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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 21:00

Quatre pays ont décidé de bannir les carburants à haute teneur en soufre pour lutter contre la pollution de l'air par Serge Michel pour Le Monde le 3 décembre 2016

L'Afrique de l'Ouest vient de franchir une étape décisive dans sa lutte contre la pollution de l'air liée au trafic routier, en particulier dans les centres urbains. Le Bénin, la Côte d'Ivoire, le Nigeria et le Togo ont décidé de proscrire les carburants à haute teneur en soufre, importés massivement dans la région. Cet engagement a été pris par les ministres de l'environnement des quatre pays à l'issue d'une réunion, le 1er décembre à Abuja, la capitale nigériane, sous le patronage du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).

Le Nigeria a pris l'option radicale de diviser par 60, dès le 1er  juillet 2017, la teneur en soufre autorisée dans le diesel, qui passera de 3 000 à 50 parties par million (ppm) – des standards proches des normes européennes, fixées à 10 ppm depuis 2009.Dans la mesure où ce pays, recensant plus de 180  millions d'habitants, constitue de loin le plus grand marché africain, ce tournant est susceptible d'influencer toute la sous-région.

Emotion

D'autant que le Ghana l'avait -précédé en octobre, s'alignant lui aussi sur les recommandations du PNUE. À partir de mars  2017, le pays n'importera que des -carburants à faible teneur en soufre. S'agissant du diesel produit localement, les autorités ghanéennes ont octroyé à la raffinerie nationale un délai jusqu'en  2020 pour se conformer au nouveau standard. La Côte d'Ivoire et le Nigeria ont pris des mesures similaires, tout comme, en  2015, cinq pays d'Afrique de l'Est.

Ces mesures font suite à l'émotion suscitée par la publication, en septembre, d'un rapport de l'organisation non gouvernementale suisse Public Eye, qui dénonçait la vente massive en Afrique de carburants toxiques par des tradeurs de pétrole installés notamment à Genève. " Les carburants à faible teneur en soufre sont produits en quantité largement suffisante dans le monde pour absorber la demande des pays émergents qui se dotent de normes strictes ", estime Jane Akumu, responsable de l'Afrique au PNUE.

De nombreuses villes d'Afrique de l'Ouest accusent des niveaux de pollution de l'air qui dépassent, parfois largement, les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Des métropoles comme Lagos et Dakar affichent des taux de particules fines supérieurs à  ceux de Pékin, pourtant connu pour son " smog ". De fait, la Chine s'alignera en  2017 sur les normes européennes de teneur en soufre des carburants.

L'Afrique, elle, est régie par les standards les plus faibles de la planète, avec des carburants 200 fois plus nocifs qu'en Europe. Onitsha, dans le sud du Nigeria, la ville la plus polluée du monde, connaît des niveaux dépassant les 500 microgrammes de particules fines par mètre cube d'air (µg/m3) – alors que l'OMS recommande de ne pas dépasser 10  µg/m3 en moyenne annuelle pour les PM2,5 (dont le diamètre est inférieur à 2,5 microns).

Le problème est mortel. Une étude de l'Organisation de coopération et de développement économique, publiée en septembre, montre qu'en  2013, la pollution de l'air a  causé 246 000  décès prématurés en Afrique, un nombre appelé à croître avec l'urbanisation galopante du continent. A cela s'ajoute la hausse massive des maladies respiratoires et cardiovasculaires.

Ces développements constituent un succès pour le PNUE qui, après être parvenu à faire de l'essence sans plomb un standard quasi universel, s'est attelé au soufre. Au contraire du plomb, qui est un additif, le soufre est naturellement contenu dans le pétrole brut. Mais celui-ci peut être raffiné de façon à atténuer ses effets nocifs sur la santé et l'environnement.

Le problème des carburants à haute teneur en soufre est double. D'une part, ils sont intrinsèquement polluants en tant qu'émetteurs de dioxyde de soufre. D'autre part, la propriété corrosive du soufre détruit les technologies modernes de contrôle des émissions, comme les filtres à particules diesel, accroissant les émissions de particules fines de même que celles d'autres polluants, comme l'oxyde d'azote ou le monoxyde de carbone. Ainsi, tout effort de réduction de la pollution liée au trafic routier passe par une limitation préalable du niveau de soufre admis.

Réguler le " blending "

Aujourd'hui, plus de 50  % du -diesel importé en Afrique de l'Ouest provient d'Europe. A eux seuls, les ports de la zone " ARA " – Amsterdam, Rotterdam, Anvers – dotés d'importantes capacités de stockage et de raffinage, fournissent l'essentiel des volumes importés entre la Mauritanie et l'Angola. Bien que les carburants soient fortement réglementés au sein de l'Union européenne, rien n'interdit l'exportation de diesel hautement soufré. Dans certains cas, les tradeurs de pétrole suisses organisent le mélange en mer de carburants de qualité acceptable avec d'autres, ultrapolluants.

La donne pourrait changer. L'enquête publiée par Public Eye a déclenché de vives réactions au sein du conseil municipal de la ville d'Amsterdam, propriétaire du port. Les élus néerlandais ont adopté, mercredi 30  novembre, une motion exigeant du maire qu'il engage un dialogue avec le secteur pétrolier pour interdire la production et l'exportation de carburants ne répondant pas aux normes européennes. Il s'agit de réguler la pratique du " blending " (mélange). Ces méthodes, souvent légales, comportent leur part d'ombre, lorsqu'elles altèrent la qualité d'un carburant pour augmenter les bénéfices en profitant de la faiblesse des standards, comme en Afrique de l'Ouest.

A en croire Public Eye, des négociants en pétrole genevois comme Trafigura et Vitol ont fait de cette activité leur modèle d'affaires. Derrière ces noms peu connus du grand public se cachent des mastodontes du commerce mondial possédant raffineries et cuves de stockages. En Afrique, ces firmes disposent de filiales spécialisées dans l'aval pétrolier, c'est-à-dire les activités d'importation et de distribution, opérant respectivement sous la marque Shell et Puma. A elles seules, ces deux enseignes contrôlent plus de 2 000 stations-service sur le continent, même si le français Total reste le premier détaillant.

  • Les Chiffres

    200

    fois la norme européenne

    En moyenne, la teneur en soufre autorisée dans les carburants vendus en Afrique est de 2 000 parties par million (ppm), soit 200 fois la norme européenne. En réalité, selon les prélèvements effectués à la pompe dans huit pays africains par l'ONG Public Eye, la teneur en soufre du diesel atteint jusqu'à 378 fois le niveau autorisé en Europe.

    50 %

    C'est la proportion du diesel importé en Afrique de l'Ouest qui provient d'Europe

    Les ports d'Amsterdam, de Rotterdam et d'Anvers fournissent l'essentiel des volumes importés entre la Mauritanie et l'Angola.

1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 18:26

Près de cent scientifiques demandent à l'Europe et à la communauté internationale d'agir contre les perturbateurs endocriniens. Ils dénoncent la fabrication du doute par les industriels, déjà à l'œuvre dans la lutte contre le changement climatique dans Le Monde du 30 novembre 2016.

Olivier Bonhomme

Olivier Bonhomme

Depuis des décennies, la science est la cible d'attaques dès lors que ses découvertes touchent de puissants intérêts commerciaux. Des individus dans le déni de la science ou financés par des intérêts industriels déforment délibérément des preuves scientifiques afin de créer une fausse impression de controverse. Cette manufacture du doute a retardé des actions préventives et eu de graves conséquences pour la santé des populations et l'environnement.

Les " marchands de doute " sont à l'œuvre dans plusieurs domaines, comme les industries du tabac et de la pétrochimie ou le secteur agrochimique. À elle seule, l'industrie pétrochimique est la source de milliers de produits toxiques et contribue à l'augmentation massive des niveaux de dioxyde de carbone atmosphérique, à l'origine du changement climatique.

La lutte pour la protection du climat est entrée dans une nouvelle ère avec l'accord de Paris de 2015, malgré la farouche opposition de climatosceptiques sourds au consensus établi par les scientifiques engagés pour travailler dans l'intérêt général. Une lutte comparable fait rage autour de la nécessaire réduction de l'exposition aux perturbateurs endocriniens. La Commission européenne s'apprête à mettre en place la première réglementation au monde sur le sujet. Bien que de nombreux pays aient également manifesté leur inquiétude à l'égard de ces produits chimiques, aucun n'a instauré de réglementation qui les encadrerait globalement.

Jamais l'humanité n'a été confrontée à un fardeau aussi important de maladies en lien avec le système hormonal : cancers du sein, du testicule, de l'ovaire ou de la prostate, troubles du développement du cerveau, diabète, obésité, non-descente des testicules à la naissance, malformations du pénis et détérioration de la qualité spermatique. La très grande majorité des scientifiques activement engagés dans la recherche des causes de ces évolutions préoccupantes s'accordent pour dire que plusieurs facteurs y contribuent, dont les produits chimiques capables d'interférer avec le système hormonal.

Des sociétés savantes signalent que ces produits chimiques, appelés les perturbateurs endocriniens, constituent une menace mondiale pour la santé. Parmi ceux-ci : les retardateurs de flamme présents dans les meubles et l'électronique, les agents plastifiants dans les matières plastiques et les produits d'hygiène, ou encore les résidus de pesticides dans notre alimentation. Ils peuvent interférer avec les hormones naturelles lors de périodes critiques du développement, pendant la grossesse ou la puberté, lorsque notre organisme est particulièrement vulnérable.

Une réglementation nécessaire

On ne peut faire face à ce fardeau croissant de maladies à l'aide de meilleurs traitements médicaux : non seulement ces traitements n'existent pas toujours, mais les effets des perturbateurs endocriniens sur la santé sont bien souvent irréversibles. Les possibilités de réduire notre exposition à un niveau individuel en évitant certains produits de consommation sont, elles aussi, limitées. La plupart de ces substances atteignent notre organisme par le biais de notre alimentation.

Seule solution pour enrayer la hausse des maladies liées au système hormonal : prévenir l'exposition aux produits chimiques à l'aide d'une réglementation plus efficace. Or le projet d'établir une réglementation de ce type dans l'Union européenne est activement combattu par des scientifiques fortement liés à des intérêts industriels, produisant l'impression d'une absence de consensus, là où il n'y a pourtant pas de controverse scientifique. Cette même stratégie a été utilisée par l'industrie du tabac, contaminant le débat, semant le doute dans la population et minant les initiatives des dirigeants politiques et des décideurs pour développer et adopter des réglementations plus efficaces.

Les discussions sur le changement climatique et sur les perturbateurs endocriniens ont toutes deux souffert de cette déformation des preuves scientifiques par des acteurs financés par l'industrie. La plupart des scientifiques pensent qu'exprimer publiquement leur point de vue sur des questions politiques et participer aux débats de société pourrait compromettre leur objectivité et leur neutralité. Ce serait effectivement inquiétant si nos opinions politiques obscurcissaient notre jugement scientifique. Mais ce sont ceux qui nient la science qui laissent leurs opinions politiques obscurcir leur jugement. Avec, pour conséquence, des dommages irréparables. La manipulation de la science concernant les effets de la fumée du tabac a coûté des millions de vies.

Nous considérons qu'il n'est plus acceptable de nous taire. En tant que scientifiques, nous avons en fait l'obligation de participer au débat et d'informer le public. Nous avons la responsabilité de rendre visibles les implications de nos travaux pour la société et les générations futures, et d'attirer l'attention sur les graves dangers qui nous menacent. Les enjeux sont importants, et l'action politique pour endiguer l'exposition aux perturbateurs endocriniens et les conséquences des émissions de gaz à effet de serre est devenue une urgence.

Scientifiques spécialistes des perturbateurs endocriniens ou du changement climatique, nous avons uni nos forces, car un grand nombre d'actions essentielles à la limitation des effets des perturbateurs endocriniens contribueront également à lutter contre le changement climatique. La plupart des substances chimiques synthétisées par l'homme sont des dérivés de combustibles fossiles produits par l'industrie pétrochimique. Une réduction de la quantité de pétrole raffiné permettra aussi de réduire la quantité de sous-produits utilisés dans les plastiques et celle de plastifiants : ces produits chimiques compromettent la santé reproductive masculine et contribuent au risque de certains cancers.

Une réduction de la dépendance aux combustibles fossiles et un encouragement au développement des énergies alternatives entraîneront non seulement une baisse des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de celles de mercure. Le mercure, un contaminant issu du charbon, émis dans l'air et accumulé dans le poisson, finit par atteindre nos organismes et compromet le développement du cerveau.

Créer l'équivalent du GIEC

Bien que de nombreux Etats aient exprimé la volonté politique de traiter le problème des gaz à effet de serre, la traduction des connaissances scientifiques sur le changement climatique en action politique effective a été bloquée, notamment à cause de la désinformation du public et des dirigeants. Les gouvernements sont déjà en retard. Il est important de ne pas répéter ces erreurs avec les perturbateurs endocriniens, et d'apprendre de l'expérience des scientifiques du climat et de la recherche en santé publique.

La Commission européenne a l'occasion de choisir des instruments de réglementation qui pourront fixer de nouveaux standards pour le monde entier afin de nous protéger des effets nocifs des perturbateurs endocriniens. Nous sommes cependant préoccupés par les options réglementaires que propose aujourd'hui la Commission, très éloignées des mesures nécessaires pour protéger notre santé et celle des générations futures. Les options proposées pour identifier les perturbateurs endocriniens requièrent un niveau de preuve bien plus élevé que pour d'autres substances dangereuses, comme celles cancérigènes. Dans la pratique, il sera très difficile de reconnaître une substance dangereuse comme perturbateur endocrinien dans l'Union européenne.

Des actions urgentes sont nécessaires sur les deux thèmes. Pour cette raison, nous appelons à la mise en œuvre de mesures qui s'attaqueraient aux perturbateurs endocriniens et au changement climatique de façon coordonnée. Un moyen efficace pourrait être la création, sous les auspices de l'Organisation des Nations unies, d'un groupe ayant le même statut international et les mêmes prérogatives que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Ce groupe serait chargé d'évaluer les connaissances scientifiques destinées aux responsables politiques dans l'intérêt général et mettrait la science à l'abri de l'influence des intérêts privés. Nous le devons aux générations qui vivront demain.

Les premiers signataires de ce texte sont : Andreas Kortenkamp, université Brunel (Royaume-Uni) ; Barbara Demeneix, CNRS/ Muséum national d’histoire naturelle ; Rémy Slama, Inserm, université Grenoble-Alpes ; Edouard Bard, Collège de France ; Ake Bergman, université de Stockholm (Suède) ; Paul R. Ehrlich, université Stanford (États-Unis) ; Philippe Grandjean, Harvard Chan School of Public Health (États-Unis) ; Michael E. Mann, université Penn State (États-Unis) ; John P. Myers, université Carnegie Mellon (États-Unis) ; Naomi Oreskes, université Harvard (États-Unis) ; Eric  Rignot, université de Californie (États-Unis) ; Thomas Stocker,  université de Berne (Suisse) ;  Kevin Trenberth, National Centre for Atmospheric Research (États-Unis) ; Carl Wunsch,  Massachusetts Institute of Technology (États-Unis) ;  R. Thomas Zoeller, université du Massachusetts à Amherst (États-Unis).

1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 12:17

Jamais la question animale n'a été aussi présente dans les débats de société et le champ politique. Au risque, craignent certains, d'en oublier les libertés et les droits de l'homme par Catherine Vincent pour Le Monde le 25 novembre 2016

Photographie tirée de la série « Amelia and the Animals », représentant la fille de la photographe · Robin Schwartz

Photographie tirée de la série « Amelia and the Animals », représentant la fille de la photographe · Robin Schwartz

 

Ce n'est plus une tendance, c'est une lame de fond. Un Parti animaliste vient d'être créé, un collectif d'intellectuels appelle à la création d'un secrétariat d'État à la condition animale, les colloques se succèdent autour du statut juridique et éthique des bêtes, un collectif nommé Animal politique publie cette semaine un manifeste visant à " inscrire la condition animale dans le débat politique des prochaines échéances électorales "

Dans la société française comme dans l'arène politique, jamais cette question n'a été si présente. Au point que certains s'en inquiètent. C'est le cas du philosophe Francis Wolff, qui dénonce la perspective de " droits des animaux " comme " une caricature grotesque des droits de l'homme ". Ou encore du sénateur Jean-Louis Carrère, qui invite à " établir des garde-fous afin que la préoccupation pour le bien-être animal ne puisse prendre le pas sur les libertés et les droits de l'homme ". La prise en compte du point de vue animal éprouverait-elle notre humanité ? Le fait d'accorder un statut juridique particulier aux animaux relève-t-il, comme l'affirment certains, d'un " anti-humanisme " ? Ou bien s'agit-il, au contraire, d'un " humanisme augmenté " ?

Émergence de l'" antispécisme "

Au regard des avancées de la science, la cause est entendue : les animaux sont des êtres sensibles – donc capables de souffrir –, doués d'intelligence, d'émotions et parfois de culture. Or, les vidéos tournées en caméra cachée dans les élevages industriels ou les abattoirs en témoignent : jamais l'humanité ne les a maltraités, exploités et consommés de manière aussi massive qu'à notre époque. Ce paradoxe criant a favorisé l'émergence, ces dernières décennies, d'un courant de pensée " anti-spéciste " selon lequel les espèces animales méritent le même respect que l'espèce humaine et sont des " sujets de vie ".

C'est sur ce fondement éthique que des associations ont obtenu en France, en février  2015, la redéfinition de l'animal dans le code civil : il est désormais considéré comme un " être vivant doué de sensibilité ". Mais cette prise en compte du point de vue animal ne va pas sans heurts. Car admettre que ce qui nous sépare des bêtes est moins une différence de nature que de degré, cela revient à bouleverser en profondeur la position, très surplombante, que l'homme s'est donnée par rapport à la nature. Une position héritée de la Grèce antique, qui culmina en Europe à partir du XVIe  siècle sous le nom d'humanisme.

Au départ, Platon comme Aristote avaient pourtant imaginé un modèle continuiste : selon cette représentation biologique, il n'existait pas de séparation tranchée entre les espèces inférieures, les hommes et les dieux. Mais cette théorie, pour les Anciens, présentait un défaut de taille : elle ne reflétait pas le statut particulier de l'homme, même si celui-ci détenait des facultés paraissant lui être propres. " Il fallait donc construire un modèle théorique capable de rendre compte d'une “nature humaine”, irréductiblement distincte du reste de la nature ", précise Patrice Rouget, enseignant en philosophie et auteur de La Violence de l'humanisme (Calmann-Lévy, 2014).

Pour s'en sortir, Platon et Aristote ébauchèrent alors une seconde représentation, " selon laquelle le genre des animés se divise en trois catégories essentiellement distinctes : l'animal, l'homme et le dieu ". C'est dans cette conception métaphysique de l'homme " que se noue, dès le début de la philosophie, le destin des animaux tel qu'il ne fera que s'aggraver jusqu'à aujourd'hui ", résume Patrice Rouget. Une philosophie renforcée dans un premier temps par le christianisme, pour lequel, rappelle l'historien Eric Baratay, professeur à l'université Lyon III, " l'image de la bête est forgée en opposition à celle de l'homme ". Puis confirmée par Descartes et son " animal-machine ", qui donne à notre supériorité humaine une caution scientifique déterminante dans l'Europe du XVIIe  siècle : c'est à cette époque que s'épanouit l'humanisme, un courant culturel et moral très préoccupé par les droits fondamentaux de l'être humain – mais fort peu par le reste du vivant.

Il faut attendre le néodarwinisme du XXe  siècle pour voir apparaître en Occident une autre forme d'humanisme, dite évolutionniste. Encouragé par la pensée écologique dans les années 1970, ce mouvement philosophique s'interroge sur la place et le destin de l'humanité dans son environnement. La question, cependant, reste très anthropocentrée : s'il s'agit de savoir comment optimiser les relations de l'homme et de son biotope, c'est avant tout dans notre propre intérêt.

Il en va autrement, en théorie du moins, dans les cultures orientales. Le bouddhisme, contrairement aux religions monothéistes, rejette l'idée que l'homme occupe le sommet de la création : il estime que tous les êtres ont le droit fondamental d'exister et de ne pas souffrir. De même l'hindouisme prône largement le végétarisme et considère l'alimentation carnée au regard de la souffrance infligée aux bêtes. D'où l'assertion de Gandhi, hindouiste convaincu : " On peut juger de la grandeur d'une nation par la façon dont les animaux y sont traités. "

L'homme d'un côté, les animaux de l'autre : en Occident, telle est la règle. Pour combien de temps  encore ? Seule certitude : le socle de cette tradition philosophique se fragilise à mesure que s'accumulent les connaissances des éthologues, ces spécialistes du comportement animal qui rognent année après année notre " propre de l'homme ". Et les conditions faites aux bêtes, médiatisées sous la pression croissante des associations, sont venues déranger les consciences. Mais cette évolution suscite un fort clivage, comme en témoignent deux événements récents survenus dans l'arène politico-médiatique française.

Le premier s'est joué le 4  octobre, sous les ors du Sénat, où se tenait un colloque au titre explicite : " L'Homme et les animaux : vers un conflit de civilisations ? " Pour ses organisateurs – parmi lesquels l'Observatoire national des cultures taurines, fervent défenseur de la corrida –, il y a un " danger de rupture entre des populations attachées aux valeurs de l'humanisme et celles qui prétendent lui substituer l'idéologie animaliste ". L'anthropologue Jean-Pierre Digard (CNRS), par ailleurs membre de l'Académie d'agriculture, s'y est notamment inquiété de la modification apportée en  2015 au statut des animaux dans le code civil, considérant qu'elle mettait en cause, entre autres, " l'humanisme hérité des Lumières dans lequel l'animalisme n'a de cesse d'enfoncer de nouveaux coins ". Cette préoccupation a pris une tournure plus politique lorsque le sénateur (PS) des Landes, Jean-Louis Carrère, a annoncé, lors du même colloque, son intention de demander la création d'une commission d'enquête parlementaire sur le mouvement animaliste. " Il y a dans l'animalisme, dont les ramifications s'étendent dans le monde entier, des origines financières qui me préoccupent ", a précisé l'élu, interrogé par téléphone. Il n'en dira pas plus.

La seconde joute récente concernant l'importance qu'il convient d'accorder aux animaux s'est jouée dans nos colonnes. Le 18  octobre y était publié un manifeste, signé par une vingtaine de personnalités scientifiques et juridiques – parmi lesquelles le psychiatre et éthologue Boris Cyrulnik, le moine bouddhiste Matthieu Ricard et la philosophe Élisabeth de Fontenay. Elles demandaient la création d'un secrétariat d'État à la condition animale. " Prendre en compte les intérêts des animaux, avec qui nous partageons ce monde, est devenu une question sociétale, politique et démocratique et ne peut que favoriser la construction d'une société plus humaine dans l'intérêt des hommes, des animaux, de la planète ", concluaient-elles.

Le 27  octobre, le philosophe Francis Wolff, professeur émérite à l'ENS, publiait en réponse une tribune cinglante, affirmant que nous n'avons nul besoin d'un secrétariat d'État pour améliorer la protection des animaux. " Les grands moments de sensibilité “animalitaire” sont rarement corrélés à des mouvements de compassion “humanitaire” ", estimait-il. Et d'ajouter qu'au regard des " quelques milliers de réfugiés " que nous peinons à accueillir sur notre sol " on est parfois mieux défendu “chez nous” lorsqu'on est un animal d'une autre espèce que lorsqu'on est un être humain d'une autre culture ". Animalisme contre humanisme, nous y revoilà.

" Pourquoi le fait d'être juste avec les animaux entraînerait-il obligatoirement le fait d'être injuste avec les humains ? ", rétorque Vinciane Despret. Si cette philosophe, professeure à l'université de Liège (Belgique), salue le procédé auquel Francis Wolff a recours – " utiliser le pouvoir mobilisateur du scandale fait aux animaux pour demander plus de justice pour les réfugiés, c'est faire son métier de philosophe humaniste " , elle ne partage pas sa vision exclusive selon laquelle ou bien on s'occupe des humains, ou bien on s'occupe des animaux. " En politique, l'idée première est de concilier le plus d'intérêts possible, en les hiérarchisant selon les priorités. C'est à cela qu'il est intéressant de réfléchir, plutôt que perdre son temps autour d'un conflit entre animalisme et humanisme ", estime-t-elle. Mais le conflit existe bel et bien. Si frontal parfois qu'il faut en interroger les raisons.

" Tyrannie du bien "

La première pourrait être la légitime défense. " Certains défenseurs de l'humanisme “classique” répondent de manière outrancière à des attaques qui l'ont été aussi, souligne la philosophe Corine Pelluchon, auteure d'un Manifeste animaliste à paraître en janvier  2017 chez Alma. Les mouvements de libération animale ne sont pas toujours bienveillants envers l'humanité et exercent parfois une “tyrannie du bien” contre laquelle d'autres réagissent. " Mais il y a sans doute autre chose. Un choc culturel ? Une résistance à reconsidérer la place de l'homme dans la nature, la peur d'y perdre nos privilèges ? Pour Vinciane Despret, les travaux d'anthropologues tels que Philippe Descola ou le Brésilien Eduardo Viveiros de Castro, en montrant qu'il existait d'autres conceptions que la nôtre sur le rapport de l'homme à la nature, ont en tout cas produit " un effet de déstabilisation sur notre métaphysique anthropocentrée, une intelligence collective qui fait que beaucoup d'entre nous comprennent qu'on ne peut plus penser comme on pensait auparavant ".

À ce point de bascule entre deux conceptions philosophiques, les tenants de l'humanisme classique mèneraient-ils un combat d'arrière-garde ? Cela expliquerait pourquoi leurs arguments peinent à convaincre. Tel celui, brandi de façon récurrente, de la grande loi de protection des animaux promulguée par l'Allemagne nazie en  1933, qui laisserait penser que la sensibilité à la souffrance animale est sourde à la souffrance humaine. " On sait maintenant que ce projet de loi avait été déposé au Parlement en  1928 par le SPD, le Parti social-démocrate d'Allemagne… On est donc loin de l'affrontement politique auquel certains veulent faire croire ! ", corrige Eric Baratay.

Anthropocentrisme

Ce spécialiste de l'histoire des relations hommes-animaux rappelle par ailleurs que l'opposition entre animalisme et humanisme n'existait pas au XIXe  siècle, lorsque la protection animale s'est développée en France. " Que ce soit pour Hugo, Zola, Michelet ou Maupassant, la défense des animaux allait de pair avec celle des femmes, des enfants, des pauvres. En  1850, lorsqu'on adopte en France la loi de protection des animaux, elle est soutenue par Victor Schœlcher, qui fait abolir l'esclavage ", détaille l'historien, pour qui la défense des animaux, loin de s'y opposer, procède d'un " humanisme élargi ".  Il en va de même pour l'écrivain Vincent Message, qui souligne que " si nous restons enfermés dans l'étroitesse de notre anthropocentrisme, le seul héritage que laissera notre espèce sera d'avoir provoqué la sixième extinction massive de l'histoire de la planète ".

" Opposer les intérêts des hommes et ceux des animaux relève d'une pensée disjonctive, qui nous laisse croire que nous devrions choisir entre ces causes, alors que tout -indique au contraire qu'elles se recoupent, qu'il faut penser la convergence des luttes ", ajoute l'auteur de Défaite des maîtres et possesseurs (Seuil, 304  p., 18  euros) – roman remarqué dans lequel les hommes ne sont plus l'espèce dominante de notre planète. " Prendre en compte les intérêts des animaux, c'est élargir notre sphère de considération morale, développer des valeurs d'empathie et d'altruisme qui permettent de lutter plus largement contre toutes les formes de violence et de discrimination. " On retrouve cette conception ouverte dans un passionnant ouvrage de Sue Donaldson et Will Kymlicka, Zoopolis (Alma, 408 pages, 25,90  euros), dans lequel ces deux philosophes canadiens ébauchent une politique des droits des animaux fondée sur l'idée de communauté citoyenne.

Enrichir nos sphères culturelles et morales en accueillant la communauté des bêtes : tel est aussi le message du Parti animaliste, présenté le 14  novembre, qui rejoint la quinzaine de partis se consacrant à cette cause dans le monde. Annonçant vouloir se concentrer sur la question animale, " afin que celle-ci ne soit plus diluée parmi d'autres thématiques ", cette formation entend " prouver que les avancées dans ce domaine seront salutaires pour les animaux, mais aussi pour les humains ".

Une initiative que Corine Pelluchon salue avec confiance, estimant que " ses fondateurs, modestes et engagés, sont allés voir ce qui se fait en Europe depuis dix ans dans ce domaine et ont bénéficié des conseils de ces autres partis ". Le rôle de cette nouvelle structure ? À ses yeux, il s'agit de contribuer à former l'opinion publique, et, plus encore, celle de nos représentants. " A droite comme à gauche, ces derniers n'ont pas encore compris combien cette question devenait importante socialement et culturellement, affirme la philosophe. Ils n'ont pas compris que la cause animale, loin d'être une obsession d'extrémistes, est la cause de l'humanité. Car elle souligne tous les dysfonctionnements, aux effets délétères pour nos sociétés humaines, de notre modèle actuel fondé sur l'exploitation sans limites des vivants et de la nature. "

29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 22:29

Bruxelles a élaboré ses propres éléments de preuve pour éviter une réglementation trop stricte sur ces produits chimiques dangereux par Stéphane Horel pour Le Monde le 29 novembre 2016.

Plus de quarante produits de tous les jours qui contiennent des perturbateurs endocriniens. JULIE BALAGUÉ POUR « LE MONDE »

Plus de quarante produits de tous les jours qui contiennent des perturbateurs endocriniens. JULIE BALAGUÉ POUR « LE MONDE »

Tout, ou presque, tient en ces quelques mots : " Les perturbateurs endocriniens peuvent (…) être traités comme la plupart des substances - chimiques - préoccupantes pour la santé humaine et l'environnement. " C'est sur cette simple phrase, issue de la conclusion d'un avis de 2013 de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), que Bruxelles fonde son projet de réglementation des perturbateurs endocriniens, ces substances omniprésentes capables d'interférer avec le système hormonal à des doses souvent infimes.

Cette proposition, qui devrait être votée sous peu par les États membres, fédère contre elle la France, le Danemark ou la Suède, mais aussi l'ensemble des organisations non gouvernementales (ONG) qui estiment qu'elle ne permet pas de protéger la santé publique et l'environnement. La communauté scientifique compétente, incarnée par l'Endocrine Society – une société savante qui rassemble quelque 18 000 chercheurs et cliniciens spécialistes du système hormonal – ferraille, elle aussi, contre le projet. Une opposition surprenante puisque la Commission européenne assure s'appuyer sur la science, c'est-à-dire sur une expertise scientifique de l'EFSA.

L'explication de ce singulier hiatus se trouve dans une série de documents internes de l'administration européenne, obtenus par Le Monde. Ils le montrent sans aucune ambiguïté : la phrase-clé sur laquelle repose l'édifice réglementaire proposé par la Commission a été rédigée avant même que l'expertise scientifique ait véritablement commencé.

" Conclusions écrites à l'avance "

En décembre  2012, l'EFSA expose déjà des " conclusions/recommandations " dans un courriel adressé aux experts qu'elle a rassemblés pour réaliser ce travail : " Les perturbateurs endocriniens et leurs effets nocifs devraient être traités comme tout autre produit chimique préoccupant pour la santé humaine ou l'environnement. " La phrase-clé est déjà là. Pourtant, la toute première réunion de mise en place du travail ne s'est tenue que quelques jours auparavant. Fin mars  2013, c'est-à-dire trois mois plus tard, elle figurera bel et bien dans les conclusions de l'avis publié par l'agence. " Il est certain que les conclusions étaient écrites à l'avance, sinon sur le papier, au moins dans la tête de certains des participants ", raconte une source proche du dossier au moment des faits. La Commission n'a pas donné suite aux questions du Monde. L'EFSA, quant à elle, assure avoir correctement effectué son mandat : " Le comité scientifique - de l'EFSA - a passé en revue les différents avis émanant de nombreux experts et assemblées ", réagit l'agence européenne.

Anodine pour le néophyte, la " phrase de l'EFSA " a en réalité une portée considérable. Car si les perturbateurs endocriniens sont effectivement des produits comme les autres, alors il n'est nul besoin d'une réglementation sévère. L'industrie des pesticides, la plus concernée par le dossier, l'a fort bien compris. Ses principales organisations de lobbying – l'Association européenne pour la protection des cultures (ECPA), CropLife International, CropLife America – ou encore les groupes agrochimiques allemands BASF ou Bayer répètent ad libitum la " phrase de l'EFSA " dans leurs argumentaires et leurs correspondances avec les institutions européennes, que Le Monde a pu consulter.

De fait, la fameuse phrase revêt une importance majeure pour la réglementation européenne sur les produits phytosanitaires. C'est en 2009 que le Parlement européen a voté un nouveau " règlement pesticides ". Selon ce texte de loi, les pesticides identifiés a priori comme " perturbateurs endocriniens " ne pourront plus accéder au marché ou y rester, sauf quand l'exposition est jugée négligeable. Cette disposition n'attend plus, pour être appliquée, que l'adoption de critères scientifiques pour définir les perturbateurs endocriniens – ce que propose aujourd'hui Bruxelles. Mais si ces perturbateurs sont des produits chimiques comme les autres – c'est la " phrase de l'EFSA " qui le dit – pourquoi les interdire a priori ? La Commission a donc modifié le texte. Il suffirait maintenant d'évaluer le risque qu'ils présentent au cas par cas, si des problèmes se présentent après la mise sur le marché. Et donc a posteriori. Au prix d'un changement de l'esprit du règlement de 2009 ?

Cette modification ouvrirait une " brèche majeure " dans la protection de la santé et de l'environnement, affirme EDC-Free Europe. Cette coalition d'ONG accuse la Commission de vouloir dénaturer la philosophie de la loi européenne. Surtout, cet amendement au règlement de 2009 pose un problème démocratique, un peu comme si des fonctionnaires avaient pris l'initiative de rédiger un décret d'application n'ayant rien à voir avec l'intention des élus. C'est aussi l'opinion du Parlement européen. Dans un courrier dont Le Monde a obtenu copie, le président de la commission de l'environnement du Parlement l'a écrit le 15  septembre au commissaire à la santé chargé du dossier, Vytenis Andriukaitis : la Commission a " excédé ses compétences d'exécution " en modifiant des " éléments essentiels " de la loi. Dans une note du 10  octobre, la France, le Danemark et la Suède ne disent pas autre chose, estimant qu'elle n'a pas le droit de revenir sur " le choix politique du législateur ".

Ce reproche est d'autant plus fâcheux pour la Commission qu'elle est déjà dans l'illégalité sur le sujet. La Cour de justice européenne l'a en effet condamnée en décembre  2015 pour avoir violé le droit de l'Union : elle devait régler la question des critères d'identification des perturbateurs endocriniens avant fin 2013.

La Commission, elle, reste imperturbable sous la giboulée de critiques. Elle assure avoir rempli la condition qui l'autorise à " actualiser " le règlement : prendre en compte l'évolution de " l'état des connaissances scientifiques ", à savoir la fameuse petite phrase de l'EFSA. Celle sur laquelle repose sa justification.

Un message mortifié

Mais pourquoi l'EFSA aurait-elle écrit à l'avance une conclusion en rupture avec le consensus scientifique ? Un document interne de la Commission obtenu par Le Monde jette une lumière crue sur les intentions de la direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire (" DG santé "), aujourd'hui chargée du dossier à la Commission. Un compte rendu de réunion consigne noir sur blanc qu'elle envisageait, dès septembre  2012, de passer outre la volonté des élus européens. La DG santé disait alors ne pas être " opposée à l'idée de revenir à une réglementation fondée sur l'évaluation du risque "et être " même prête à changer complètement " la partie du règlement concernée. Le même document précise plus loin que la DG santé devra " parler à l'EFSA pour essayer d'accélérer la préparation " de son avis. Or, à ce moment-là, l'avis de l'EFSA n'existe pas encore… L'agence vient tout juste d'être saisie pour mettre en place un groupe de travail sur les perturbateurs endocriniens.

Les conditions très particulières de cette expertise se lisent d'ailleurs dans les courriels que s'échangent les experts et les fonctionnaires de l'agence. Un mois avant la remise du rapport de l'EFSA, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) publient un rapport conjoint sur les perturbateurs endocriniens. Un des experts commis par l'EFSA envoie un message mortifié à l'ensemble du groupe : " Il est presque embarrassant de comparer notre version actuelle avec le rapport OMS/PNUE. (…) Quand le rapport de l'OMS/PNUE parvient à la conclusion que la méthode traditionnelle d'évaluation des risques des produits chimiques est inadéquate - pour les perturbateurs endocriniens - , nous arrivons à la conclusion exactement opposée. "

Le scientifique juge indispensable de changer leurs conclusions. Le fonctionnaire de l'EFSA qui supervise le travail du groupe abonde dans son sens. Les " conclusions actuelles où nous expliquons que les perturbateurs endocriniens peuvent être traités comme la plupart des autres substances chimiques (…) nous isolent du reste du monde et pourraient être difficiles à défendre ", écrit-il. Pourtant, quand l'avis de l'EFSA est publié le 20  mars 2013, il comporte toujours, imperturbablement, la petite phrase. " Ce devait être une procédure fondée sur la science, une élaboration de politique fondée sur les preuves ", désapprouve quant à lui Axel Singhofen, conseiller du groupe des Verts-Alliance libre européenne au Parlement. " Mais ce à quoi nous assistons, ajoute-t-il, c'est à de l'élaboration de preuves fondée sur la politique. "

  • Le contexte

    Des substances omniprésentes

    Les perturbateurs endocriniens sont des produits chimiques présents partout dans notre environnement quotidien (plastiques, mobilier, cosmétiques…), qui contaminent la nature et nos aliments (pesticides, emballages…) et pénètrent dans nos organismes (sang, lait maternel…). Capables d'interférer avec le système hormonal, ils sont liés à de multiples maladies en augmentation chez l'homme. Ce sont les conséquences irréversibles d'une exposition pendant la grossesse qui suscitent le plus d'inquiétude. Cancers du sein, de la prostate et des testicules, diabète ou infertilité : la liste est longue et inclut des dommages sur l'intelligence collective avec des atteintes au développement du cerveau qui font baisser le quotient intellectuel moyen. Une équipe internationale de chercheurs dirigée par Leonardo Trasande (université de New York) a estimé que leur coût pour la société s'élève à 157 milliards d'euros par an en Europe.

Un déni du consensus scientifique

La Commission européenne a fait le choix de s'appuyer sur des études financées par les industriels

L'évolution des connaissances scientifiques. " C'est sur elle que la Commission européenne assure s'appuyer pour justifier ses choix décriés en matière de réglementation des perturbateurs endocriniens. Pourtant, l'Endocrine Society, une société savante majeure, juge que la Commission " ignore l'état de la science ". Comment expliquer un tel hiatus ? Pour documenter sa réflexion, la direction générale santé et sécurité alimentaire, responsable du dossier à la Commission, a mené une étude d'impact de plus de 400 pages, publiée en juin après avoir été gardée sous clé comme un secret d’État (Le Monde daté 20-21 mai). Quelles " connaissances scientifiques " y évoque-t-elle plus précisément ?

La Commission cite avant tout l'avis émis par l'une de ses agences officielles, l'Autorité européenne de sécurité des aliments, en 2013. Cet avis constitue en effet le socle de sa proposition de réglementation. Mais, comme le processus de décision a débuté en 2009, les " connaissances scientifiques " sur les perturbateurs endocriniens ont beaucoup évolué depuis cette date. Cette revue de la science, il se trouve que l'Endocrine Society l'a faite en 2015.

Elle a examiné 1 322 publications parues depuis sa dernière contribution, en 2009 justement. Conclusion : elles ne laissent " aucun doute sur la contribution des perturbateurs endocriniens au fardeau croissant des maladies chroniques liées à l'obésité, au diabète, à la reproduction, à la thyroïde, aux cancers et aux fonctions neurœndocriniennes et neurodéveloppementales ". En  2013, une vingtaine de chercheurs mobilisés pendant près de deux ans sous les auspices de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) étaient parvenus à des conclusions similaires. Leur rapport sonnait l'alerte sur une " menace mondiale à laquelle il faut apporter une solution ".

" Interprétation controversée "

Ces " connaissances scientifiques ", l'étude d'impact de la Commission les mentionne bien, mais pour les disqualifier, jugeant qu'elles ne méritent pas d'être prises en considération. " Les éléments de preuves sont dispersés et leur interprétation controversée, écrit-elle, de telle sorte qu'il n'y a pas d'accord entre les experts sur un lien de causalité ou même sur une possible association entre une exposition aux perturbateurs endocriniens à des niveaux environnementaux et les maladies mentionnées. "

Dans la foulée de cette appréciation lapidaire, elle réduit l'Endocrine Society à une " partie prenante " qui aurait publié une " déclaration ". Quant au rapport OMS/PNUE, sa méthodologie " a fait l'objet de critiques scientifiques ", indique-t-elle, citant plusieurs publications qui montrent, selon elle, que " la controverse ne semble pas résolue ". Mais quelles publications feraient donc tant autorité qu'elles pourraient pulvériser des travaux menés par les spécialistes les plus respectés du domaine ?

Ses appréciations négatives, la Commission les fonde notamment sur des " commentaires critiques ", publiés en  2014, contestant les méthodes et les conclusions du rapport OMS/PNUE. Parmi ses dix auteurs, sept travaillent pour Exponent et Gradient, des cabinets de consultants spécialisés en questions scientifiques connus sous l'appellation de " sociétés de défense de produits ".

Mais, surtout, c'est l'industrie qui a commandité l'article par le biais de ses organisations de lobbying : le secteur de la chimie avec le Conseil européen de l'industrie chimique (Cefic) et American Chemistry Council, et celui des pesticides avec CropLife America, CropLife Canada, CropLife International et l'Association européenne pour la protection des cultures.

" Légende urbaine "

Rien de tout cela ne peut être ignoré des services de la Commission. Non seulement ces sponsors figurent clairement dans la déclaration d'intérêts à la fin de l'article, mais c'est l'industrie elle-même qui le lui a fait parvenir. Le Cefic l'a en effet envoyé par courriel à une trentaine des fonctionnaires européens impliqués dans le dossier le 17  mars 2014. Dans ce message consulté par Le Monde, les industriels expliquent qu'ils ont " commandité une analyse indépendante sur le rapport OMS/PNUE à un consortium d'experts scientifiques ", redoutant notamment que, " malgré ses sérieuses lacunes, il soit utilisé pour appeler à plus de précaution dans les réglementations chimiques ".

Parmi les autres publications que cite l'étude d'impact, on trouve également un article de deux pages, dont l'un des signataires est un personnage plus connu pour ses fonctions de consultant de l'industrie du tabac que pour ses compétences sur le thème. Parmi ses co-auteurs, des toxicologues rémunérés par les industries de la chimie, des pesticides ou du plastique.

Un autre article, encore, compte deux consultants sur ses trois auteurs et parle des perturbateurs endocriniens comme d'une " légende urbaine " posant des " risques imaginaires ". Ironisant sur les effets " hypothétiques " des perturbateurs endocriniens comme la " réduction de la longueur et de la taille du pénis ", ils demandent si la question " ne relève pas plutôt de la compétence du docteur Sigmund Freud que de la toxicologie ".

Peut-on vraiment assimiler ces textes à des " connaissances scientifiques " ? Pourquoi la Commission accorde-t-elle autant de crédit à des documents qui s'apparentent à du matériau de lobbying ? Dans une tribune publiée dans Le Monde de ce jour,des scientifiques indépendants s'inquiètent d'une " déformation des preuves scientifiques par des acteurs financés par l'industrie ". Signé par une centaine d'experts de deux domaines très différents – perturbateurs endocriniens et changement climatique –, leur texte évoque les " graves conséquences pour la santé des populations et l'environnement " de cette stratégie de " manufacture du doute ".

29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 15:50

Le 10 novembre, nous avons passé une journée extraordinaire, l'association Un Plus Bio est incroyable ! Nous avons participé au débat sur les relations Élus Citoyens, fait de très belles rencontres, et puis NOUS AVONS REMPORTÉ LA VICTOIRE DE L'ENGAGEMENT CITOYEN !!!!! Nous sommes très fiers et  repartis gonflés à bloc ! par Isabelle Bretegnier pour Pas d'usine on cuisine !

Isabelle Bretegnier représente le collectif Pas d’usine on cuisine ! lors des Victoires des cantines rebelles le 10 novembre 2016.

Isabelle Bretegnier représente le collectif Pas d’usine on cuisine ! lors des Victoires des cantines rebelles le 10 novembre 2016.

« Les Lilas, c’est 2 000 convives, cuisine déléguée à une société privée, 10 % de bio. En 2012, quelques parents en mobilisent d’autres pour informer les citoyens qu’une restauration collective éco-responsable est possible. Organisation d’une journée de la transition citoyenne, distribution de tracts, pétition, médiatisation, réunions publiques, contact d’experts, réalisations et projections de films… Peu à peu, un dialogue constructif s’instaure entre parents, élus et prestataire de services.

Valeurs défendues : « Que tous les enfants – riches ou pauvres – puissent bénéficier d’un repas de qualité le midi à la cantine, recevoir une éducation au goût et nutritionnelle (provenance des aliments, moyens de productions utilisés, équilibre alimentaire, découverte de la cuisine alternative et des plats végétariens…), prendre conscience du gaspillage alimentaire (sans pour autant les culpabiliser) et de la revalorisation des déchets organiques. Également que tous les personnels de cuisine et de service aient un métier valorisant dans l’élaboration de recettes maisons avec des produits frais, bio-locaux, et dans l’éducation des enfants… »
( http://www.unplusbio.org/voici-dix-laureats-victoires-cantines-rebelles-2016/ )

Pas d'usine on cuisine, page face book https://www.facebook.com/Pas-dusine-on-cuisine-377940582369854/, adresse pasdusineoncuisine@gmail.com.

26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 14:52

Le pôle Nord connaît une vague de chaleur exceptionnelle, tandis que l’étendue de la banquise se trouve à un minimum historique pour cette période de l’année par Pierre Le Hir pour Le Monde le 25 novembre 2016.

Un ours polaire teste la solidité de la banquise dans l’Arctique, en août 2015. MARIO HOPPMANN / AFP

Un ours polaire teste la solidité de la banquise dans l’Arctique, en août 2015. MARIO HOPPMANN / AFP

Le climat a-t-il perdu le nord ? Au-delà du cercle arctique, dans la pénombre de la nuit polaire, deux inquiétants records sont en train d’être battus : celui des températures et celui du minimum d’extension de la glace de mer à cette époque de l’année. Une situation inédite dont l’ampleur interroge les climatologues.

Les relevés de l’Institut météorologique danois montrent qu’en novembre les températures journalières de l’air en Arctique ont excédé de 15 °C à 20 °C la moyenne de la période 1958-2012. Des niveaux de – 5 °C ont ainsi été mesurés, au lieu des – 25 °C habituels en cette saison. Les cinq dernières années à la même époque, le thermomètre s’écartait déjà de la courbe de la période de référence, mais avec un différentiel beaucoup moins important (de quelques degrés seulement).

Températures quotidiennes moyennes en Arctique en 2016 (en rouge), comparées à la moyenne de la période 1958-2002 (en vert). Les valeurs sont exprimées en kelvin (273,15 K = 0 °C, figuré par l’axe en bleu). Danish Meteorological Institute

Températures quotidiennes moyennes en Arctique en 2016 (en rouge), comparées à la moyenne de la période 1958-2002 (en vert). Les valeurs sont exprimées en kelvin (273,15 K = 0 °C, figuré par l’axe en bleu). Danish Meteorological Institute

Dans le même temps, la banquise arctique, qui, après avoir atteint son minimum en septembre, se reconstitue ordinairement en cette période, ne regagne que très lentement du terrain, comme le met en évidence le National Snow and Ice Data Center américain.

Le 22 novembre, elle couvrait une superficie de 8,73 millions de kilomètres carrés, contre un peu plus de 11 millions de kilomètres carrés en moyenne pour la période 1981-2010. Sa progression marque cette année des temps d’arrêt et elle connaît même des phases de rétractation.

Étendue de la banquise arctique en 2016 (en bleu), comparée à l’année 2012 (en vert) et à la moyenne de la période 1981-2010 (en noir). National Snow and Ice Data Center

Étendue de la banquise arctique en 2016 (en bleu), comparée à l’année 2012 (en vert) et à la moyenne de la période 1981-2010 (en noir). National Snow and Ice Data Center

Témoin et amplificateur du réchauffement

Que se passe-t-il donc ? Les deux phénomènes – glace de mer réduite comme peau de chagrin et températures hors normes – sont liés, explique la climatologue Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe 1 (sciences du climat) du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

« D’habitude, avec le refroidissement associé à la nuit polaire, la banquise arctique s’étend et joue ainsi un rôle d’isolant, en empêchant les flux de chaleur de l’océan vers l’atmosphère », décrit-elle. Un rôle tampon que la glace de mer, du fait de sa plus faible étendue, remplit beaucoup moins efficacement cette saison. D’où le réchauffement de l’air de la zone polaire.

Étendue de la banquise arctique le 22 novembre, comparée à la moyenne de la période 1981-2010 (en orange). National Snow and Ice Data Center

Étendue de la banquise arctique le 22 novembre, comparée à la moyenne de la période 1981-2010 (en orange). National Snow and Ice Data Center

Mais d’où vient que la banquise se trouve aussi mal en point ? La chercheuse met en avant « une circulation atmosphérique particulière », favorisant l’arrivée d’air chaud et humide venu de l’Atlantique et du Pacifique en direction de certaines régions de l’Arctique. Avec, à l’inverse, le déplacement de masses d’air froid et sec de l’Arctique vers la Russie et la Chine. A quoi s’ajoutent « des eaux de mer particulièrement chaudes dans certains secteurs de l’Arctique ».

Le coup de chaud actuel du pôle Nord, s’il peut s’expliquer en partie par des conditions météorologiques inhabituelles, ne s’inscrit pas moins dans une tendance de long terme dont le moteur est le changement climatique. « La perte de surface de la banquise, dont les relevés satellitaires montrent qu’elle s’accélère, témoigne du réchauffement planétaire, en même temps qu’elle l’amplifie dans cette région », souligne Valérie Masson-Delmotte.

Anomalies

A l’échelle de la planète, les dernières années ont été les plus chaudes de l’histoire moderne, et l’Arctique n’a pas échappé à cette poussée de fièvre. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’année 2016 devrait établir un nouveau record, avec une température moyenne « supérieure d’environ 1,2 °C à ce qu’elle était à l’époque préindustrielle ».

Dans cette prévision publiée le 14 novembre, l’organisme onusien alertait déjà sur les anomalies de la zone polaire. « Dans certaines régions arctiques de la Fédération de Russie, la température était [pour la période de janvier à septembre 2016] supérieure de 6 °C à 7 °C à la normale, rapportait-il. Et, dans de nombreuses autres régions arctiques et subarctiques de la Russie, de l’Alaska [Etats-Unis] et du nord-ouest du Canada, la température a dépassé la normale d’au moins 3 °C. »

Concernant la glace de mer, il ajoutait : « L’étendue de la banquise arctique a été nettement inférieure à la normale pendant toute l’année. Le minimum saisonnier, en septembre, était de 4,14 millions de kilomètres carrés, ce qui le place au deuxième rang des minima observés (à égalité avec 2007) après celui de 2012. Le maximum hivernal, en mars, était le plus faible jamais constaté, et à l’automne, l’embâcle [accumulation de glace] a été nettement plus lent que la normale. »

Quelles seront les conséquences de l’étiolement présent de la glace de mer sur son évolution d’ici à la fin de l’hiver et au cours de l’année à venir ? « On ne les connaît pas encore », répond Valérie Masson-Delmotte. Les extrêmes qu’affiche aujourd’hui la zone arctique donneront en tout cas du grain à moudre aux climatologues du GIEC, qui préparent un rapport spécial sur le changement climatique, les océans et la glace.

26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 11:13
Le collectif citoyen 269 Life France mène des actions chocs pour informer le grand public, comme ici à Paris, le 26 septembre 2015

Le collectif citoyen 269 Life France mène des actions chocs pour informer le grand public, comme ici à Paris, le 26 septembre 2015

Effet de mode ou tradition ancestrale ? Être végane apparaît avant tout comme l’application d’une philosophie de vie refusant la supériorité de l’être humain sur les animaux. Abolir toute forme d’exploitation animale en est la priorité. Au XIXe siècle, le philosophe Jeremy Bentham repoussait déjà les limites de la réflexion en affirmant que le plus important n’était pas de savoir si les animaux peuvent parler ou raisonner, mais de savoir s’ils souffrent. Une dimension éthique mettant les hommes, « ces autres animaux », face à leurs responsabilités, tout comme les vidéos de l’association L214, révélant la réalité des abattoirs. Le masque dissimulant la violence envers les animaux pour satisfaire les besoins de la société se fissure, mais les avancées politiques, juridiques ou universitaires se font à pas de fourmi en France. Les militants recourent donc à des campagnes choc et à l’action directe pour interpeller l’opinion. Si les quolibets et le mépris envers les véganes s’atténuent, les motivations profondes de leur mode de vie restent encore un mystère pour beaucoup. Or, que ce soit pour des raisons sanitaires, écologiques ou morales, tous partagent cette envie de changement, avant d’être mis au pied du mur par l’extinction de certaines espèces. Comme un instinct de survie.

Vanina Delmas pour Politis le 23 novembre 2016

Le véganisme est-il un humanisme ?

Véganisme : Animal politique

Si le véganisme apparaît à certains comme une nouvelle mode alimentaire, le combat auquel il se rattache a débuté dans l’Antiquité. En jeu : la domination de l’homme sur les bêtes et la mainmise sur son environnement par Ingrid Merckx pour Politis le 23 novembre 2016.

Le Parti animaliste a été lancé le 14 novembre. Il promeut « une évolution de société qui prend en compte les intérêts des animaux et qui repense la relation entre les animaux et les humains ».Objectif : faire émerger la question animale dans le champ politique, comme dans un certain nombre de pays d’Europe, dont les Pays-Bas, mais aussi l’Australie et les États-Unis.

Le 18 octobre, vingt-trois personnalités, dont le neurologue, psychiatre et éthologue Boris Cyrulnik, le moine bouddhiste -Matthieu Ricard et la philosophe Élisabeth de Fontenay [^1], signent une pétition réclamant la création d’un secrétariat d’État à la Condition animale : « Que devient notre légitimité à exploiter et à faire souffrir les animaux ? » Le 3 novembre, de nouvelles images diffusées par l’association L214 révèlent les conditions dans lesquelles sont abattues des vaches gestantes dans un grand abattoir public, à Limoges, alors qu’une commission d’enquête parlementaire a remis en septembre soixante-cinq propositions pour mettre fin à la « torture » et à la « barbarie ».

Les mots sont forts. Comme la plupart de ceux utilisés pour dénoncer l’exploitation animale : « meurtre » pour l’abattage, « viol » à propos de l’insémination artificielle, « vol » concernant le lait. Pour que les femelles donnent du lait, il faut qu’elles soient gestantes. « Les petits sont tués à la -naissance. C’est pourquoi véganes et anti-spécistes considèrent que le lait “c’est comme la viande” en matière d’exploitation animale », explique Marianne Celka, docteure en sociologie de l’université Paul-Valéry de Montpellier et chercheuse à l’Institut de recherche sociologiques et anthropologiques (Irsa-CRI) [^2].

« Végane » et « antispéciste » : ces deux appellations gagnent du terrain dans le débat public. « Les véganes sont antispécistes, mais l’inverse n’est pas forcément vrai », poursuit Marianne Celka. L’antispécisme étant, en France, considéré comme le versant le plus politique d’un mouvement qui va de la protection des animaux à leur libération. Quand le véganisme regroupe ceux qui décident de cesser de consommer tout produit provenant de l’animal : viande, poisson, œufs, lait, miel, mais aussi cuir, laine, soie et sous-produits alimentaires ou cosmétiques. « Une subculture », dit-elle. Un mode de vie, une « philosophie », une question morale ou éthique.

« Un choix politique », tranche la philosophe Florence Burgat [^3], consternée par la volonté de certains États américains d’accorder au véganisme un statut comparable à celui des pratiques religieuses. « Croire, c’est le contraire de savoir. Le véganisme ne relève pas d’une croyance, mais d’une démonstration qui se fonde sur le degré de sensibilité et de conscience des animaux pour aboutir à la volonté de leur voir reconnaître des droits moraux et légaux. »

« Après la libération des esclaves et des femmes, le temps serait venu de libérer les animaux », résume aussi Marianne Celka. Emphatiques, provocateurs, choquants les véganes ? « Ils emploient un vocabulaire très dur en réponse à l’obscénité de l’industrialisation », analyse la chercheuse. Mais ils campent moins des « illuminés préférant l’animal à l’homme », comme on les caricature, que des rationnels soucieux de rétablir les grands déséquilibres entraînés par l’industrialisation et la surconsommation. Lévi-Strauss, Kant ou Derrida à l’appui, ils interrogent la violence qu’on accepte sur les animaux comme préparation à l’acceptation de son pendant sur l’homme. Les antispécistes viennent plutôt de mouvances de gauche que du milieu de la protection animale, souligne aussi Yves Bonnardel dans Les Cahiers antispécistes.

« Notre ère postmoderne est marquée par un retour de la sensibilité pour la nature : il faudrait la respecter plutôt que l’exploiter. En ce sens, le véganisme est un écologisme », estime Marianne Celka. « Les véganes sont plutôt écolos, observe pour sa part Florence Burgat, mais l’inverse n’est pas vrai : le parti vert reste très anthropocentré. »

Francisation d’un concept anglais (« speciesism », créé dans les années 1970 par le psychologue Richard D. Ryder, par analogie avec les questions de racisme et de sexisme), l’antispécisme s’est forgé en France pour rassembler les critiques de l’anthropomorphisme. Le mot « végane » est plus ancien : il remonte à 1944, quand Donald Watson crée au Royaume-Uni la Vegan Society, par scission avec la Vegetarian Society, laquelle lui refusait un article condamnant la -consommation de produits laitiers. Le véganisme, ou végétalisme, est né officiellement comme une forme plus poussée, plus aboutie, plus « cohérente » du végétarisme. Car, au-delà des abattoirs, c’est tout le système d’exploitation de l’animal qui est condamné : élevage, laboratoires et loisirs (zoo, parcs d’attractions, animaux de compagnie…). Mais la matrice est la même : le rejet et le dégoût des violences exercées sur l’animal par l’espèce dominante.

Or, ce rejet est très ancien. Renan Larue [^4], titulaire d’une chaire sur l’histoire du végétarisme et du véganisme à l’université de Santa Barbara, en Californie, le fait remonter à l’Antiquité. En 268, le philosophe Porphyre de Tyre aurait rédigé un traité végétarien d’abstinence animale et le premier livre d’éthique animale en Occident. Chez les philosophes grecs, il y a une fracture entre les pythagoriciens, défenseurs de la cause animale, et les stoïciens anthropocentristes, pour qui « tout est fait pour servir l’homme ». On trouve déjà ce que Renan Larue appelle le « bingo de l’alimentation carnivore ». À savoir un concentré des arguments visant à contredire ou à ridiculiser les végétariens. Le plus étonnant étant que ces arguments se sont maintenus malgré des siècles de philosophie contraire, Voltaire, Rousseau, Derrida, Schopenhauer ou encore Adorno s’offusquant de notre cruauté envers les animaux.

Le droit a évolué. En 1850, les actes de maltraitance animale sont interdits en France et en Angleterre. En janvier 2015, dans l’Hexagone, l’animal est reconnu « comme un être vivant doué de sensibilité ». Mais les préjugés ont la vie dure : « L’homme s’est toujours nourri de viande, comme les lions » ; « Si l’animal souffre, l’arbre aussi ? » ; « Tu ne veux pas tuer des vaches, mais les moustiques ? » ; « Les droits des animaux, d’accord, mais devant les droits de l’homme ? »… L’histoire du véganisme, c’est aussi une affaire de dénigrement et de faux procès, s’agace Florence Burgat : « L214 s’est vu reprocher de ne pas défendre les migrants. Mais les associations ont un objet statutaire : dans leur cas, il s’agit des animaux destinés à la boucherie. Par ailleurs, pourquoi les causes seraient-elles concurrentes ? D’autant que, quand on s’oppose au système d’exploitation de l’animal, on s’oppose en général à toutes les formes d’exploitation. » Pas de hasard si l’animalisme est né à la fin du XIXe siècle, inspiré par le sort des ouvriers dans les usines anglaises.

Hors norme et autodidactes, les véganes sont rompus au démontage d’idées reçues. Mais ce combat est un peu recouvert aujourd’hui par la « mode végane », qui a explosé notamment grâce aux réseaux sociaux. Blogs, restaurants, boutiques… La tendance regrouperait aujourd’hui 2 % de la population française. Dans le monde, elle concerne plutôt les urbains des capitales occidentales, plutôt laïcs, y -compris à Tel Aviv, où le véganisme en vogue serait plutôt le fait d’une génération occidentalisée que d’une nouvelle tendance du judaïsme.

Les relations entre véganisme et religions nourrissent beaucoup de fantasmes. L’emploi du terme « holocauste » par les antispécistes de l’association internationale 269 Life, très active en Israël, n’aide pas. Et Renan Larue consacre un chapitre de son livre à l’incompatibilité entre le christianisme et l’éthique animale. « Mais il fait l’impasse sur l’abattage rituel commun au judaïsme et à l’islam,conteste Florence Burgat. C’est un trait commun aux trois religions monothéistes, qui sont des religions carnées. L’hindouisme et le bouddhisme sont plus portés sur le végétarisme, pour des raisons complexes qui ne sont pas forcément liées au respect de l’animal. Paradoxalement, l’Inde est un grand exportateur de viande. » Autre trait du véganisme : c’est un mouvement très féminin. Une caractéristique historique de la libération animale. « La sollicitude envers l’animal privé de raison est une vaine considération dont la civilisation occidentale a laissé le soin aux femmes », ironise Élisabeth de Fontenay.

Aujourd’hui, le nerf de la critique « anti-végane », c’est l’argument diététique : peut-on se passer de viande et de produits laitiers sans mettre sa santé en danger ? Plusieurs actions en justice, aux États-Unis et en Italie, ont été intentées contre des parents véganes accusés de maltraitance alimentaire sur leurs enfants. Le débat fait rage entre médecins, pédiatres, nutritionnistes et naturopathes. Les véganes citent la bio--nutritionniste Marion Kaplan, qui rappelle que les apports nutritionnels varient selon la personne et son âge. En gros, il faut surveiller et adapter : ce qui est mauvais pour les uns ne l’est pas forcément pour d’autres.

Autre référence : le médecin Jérôme Bernard-Pellet, selon qui l’hostilité du monde médical envers le végétalisme est encore très importante en France. « Pourtant, une alimentation végétalienne bien menée – notamment supplémentée en vitamine B12 – ne donne aucune carence », affirme-t-il, rappelant que toutes les protéines sont disponibles dans le monde végétal. Il cite également des revues médicales internationales qui font l’éloge du végétalisme en matière de réduction des maladies cardio-vasculaires et du nombre de cancers du côlon et de la prostate. Effet connexe : attentifs à la provenance de ce qu’ils ingèrent, les véganes consomment des produits de meilleure qualité.

Le bémol, c’est pour les nourrissons. En toute logique, les véganes et les antispécistes devraient se faire les défenseurs de l’allaitement maternel pendant les six premiers mois. Mais entre 6 mois et 3 ans ? Les études et les prises de position médicale manquent. Pour des raisons culturelles ? En vue de la présidentielle, 26 organisations se sont rassemblées en un collectif, Animal politique, qui défend trente propositions pour induire un changement de société.

[^1] Auteur du Silence des bêtes, Fayard, 1998.

[^2] « L’animalisme : enquête sociologique sur une idéologie et une pratique contemporaines des relations homme/animal », Marianne Celka, thèse disponible en ligne.

[^3] Auteur du Droit animalier (PUF, 2016) et de L’Humanité carnivore__, Le Seuil (à paraître en février 2017).

[^4] Auteur du Végétarisme et ses ennemis. Vingt-cinq siècles de débat, PUF.

Les happenings de rue (ici une militante de Peta en 2015) visent à populariser la cause animale

Les happenings de rue (ici une militante de Peta en 2015) visent à populariser la cause animale

Véganisme : Une lutte animale, mais pas seulement

Trop souvent réduits au statut d’amoureux des bêtes, les militants antispécistes défendent des idéologies plus complexes par Vanina Delmas pour Politis le 23 novembre 2016

Des corps nus, recouverts de faux sang ou de cellophane dans des barquettes en plastique géantes, en pleine rue, ou la distribution de faux membres humains aux passants… Ces happenings sanglants, volontairement choquants, se multiplient dans les grandes villes françaises, à l’initiative d’associations très déterminées dans leur défense de la cause animale. Début octobre, le joyeux cortège de la Veggie Pride défilait sous les fenêtres des Parisiens en criant : « Ni exploités ni maltraités, liberté pour les animaux ». C’était la 16e édition de ce festival antispéciste, faisant la part belle au véganisme. Preuve que ce mouvement n’est pas vraiment nouveau.

Un an plus tôt, une enquête de l’association L214 faisait tomber les murs de l’abattoir d’Alès (Gard) en montrant la souffrance des chevaux, vaches et porcs lors de leurs derniers instants. La vidéo mise en ligne montre notamment les cochons rassemblés dans une fosse pour être asphyxiés au CO2. La caméra filme leur regard, obligeant à détourner les yeux. Leurs cris obligent à couper le son. Le choc des images fonctionne : les médias s’emparent du sujet, l’opinion publique est ébranlée, l’établissement ferme et, six mois plus tard, une commission d’enquête parlementaire « sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français » est créée à l’Assemblée nationale. Des réactions à la vitesse de l’éclair qui cachent un travail de longue haleine.

« Nous nous sommes formés sur le tas car nous sentions l’urgence du problème, explique Brigitte Gothière, cofondatrice de L214. Mais les journalistes, les juges et nos détracteurs nous poussent à aller plus loin dans la vérification de nos sources. Certaines de nos enquêtes pas suffisamment abouties restent dans un tiroir pour le moment. Tout cela montre aussi que la question animale n’est plus seulement associée à la sensibilité d’individus, mais qu’elle est devenue sérieuse. »

À l’ère des réseaux sociaux, Youtube n’a pas échappé à la communauté végane. Jihem Doe, végane depuis cinq ans, a lancé sa chaîne, qui compte déjà plus de 11 000 abonnés. Un format court, fondé sur la bataille d’idées, un rythme énergique et de l’humour pour « démocratiser » ce sujet. « Je peux parler de tout, sur le ton que je veux, sans me soucier d’une ligne à suivre comme dans une association lambda, explique-t-il. Je trouvais que la communauté de vidéastes véganes en France se focalisait trop sur l’alimentation et que ça manquait de lutte animale. J’essaye d’incarner le végane qu’on aimerait croiser. » Une autre méthode pour déconstruire le stéréotype hippie et sectaire.

Pourtant, la popularité récente du mouvement végane ne convainc pas tous les militants. Ulrike Seitan (il s’agit d’un pseudonyme), membre du collectif Les Panthères enragées, regrette que l’on soit toujours dans une optique de consommation. « Aujourd’hui, de plus en plus de produits labellisés véganes remplissent les rayons des -supermarchés, il y a même des industries comme Herta qui produisent des saucisses végétales ! Pour moi, la lutte se fait encore et toujours absorber par le capital », s’indigne-t-elle. Ce collectif, l’un des plus radicaux, prône l’action directe, du sabotage économique d’industries à la libération d’animaux. « Au tout début, le mouvement de libération animale était tourné en ridicule. Puis le phénomène s’est inversé, jusqu’à ce que l’on nous considère comme des terroristes, il y a environ six ans, car tous prenaient en exemple le groupe d’activistes anglais Front de libération des animaux », rappelle Ernesto Gayvara (un pseudonyme également !), militant depuis une dizaine d’années. Leur intransigeance les rapproche de l’essence du mouvement antispéciste français, qui a émergé dans les années 1990.

Marginale en France, la question de l’éthique animale a été prise en considération dans les pays anglo-saxons dès les années 1970. En 1976, le philosophe utilitariste Peter Singer associait le concept d’altruisme aux rapports hommes/-animaux dans son livre La Libération animale, devenu une référence mondiale. Novices, les Français ont pioché dans ces exemples pour importer la lutte, tout en la modelant à leur façon : moins dans le sensible et plus dans le rationnel, incarné par la naissance des Cahiers antispécistes. De plus, les influences anarchistes les ont incités à inscrire la lutte contre le spécisme dans une critique -globale de la société, au même titre que les combats contre le capitalisme, le fascisme ou le racisme. « Entre la filiation anarchiste, les références utilitariste et juridique, associées à la méfiance à l’égard de l’affectif […], les militants français ont forgé un style qui leur permet à la fois de se démarquer de la défense animale – ils ne veulent pas être considérés comme les partisans des animaux – et de l’écologie – ils se déclarent antinaturalistes », écrit Catherine-Marie Dubreuil, ethnologue qui suit le mouvement français depuis ses balbutiements, dans Libération animale et végétarisation du monde, ethnologie de l’antispécisme.

Au fil du temps, les divergences sur les modes d’action plus ou moins radicaux ou le choix des collaborations avec d’autres groupes ont divisé la cellule-souche du mouvement. Même le vocabulaire tend à se transformer : « abolition » est préféré à « libération », tout comme « végane », jugé moins élitiste qu’« antispéciste ». Une myriade d’associations s’est donc créée, avec le même objectif, lutter contre l’exploitation animale par l’homme, mais différents moyens pour y parvenir.

L’association 269 Life France a connu plusieurs dissidences. Venue d’Israël en 2012, elle se duplique rapidement ailleurs, notamment dans l’Hexagone. Repérée par ses opérations de marquage au fer rouge, elle a toujours tenu à mettre en avant la souffrance animale comme argument prioritaire et à rester dans la légalité. Puis Alexandra Blanchard a décidé de quitter son poste de présidente pour créer sa propre association en 2015, Vegan Impact. Ses motivations profondes, liées à l’alimentation, à la santé et à l’environnement, étaient incompatibles avec celles de 269 Life France. Il faut avouer que ce sont là des arguments peu revendiqués par les autres associations antispécistes.

Dans le même temps se crée 269 Life Libération animale. « Le mouvement était trop frileux. Nous préférons aller au-devant des ennemis, choquer et prôner la désobéissance civile pour incarner un vrai contre-pouvoir », souligne Tiphaine Lagarde, la présidente. À l’inverse de L214, qu’elle juge trop prudente, elle souhaite une abolition immédiate et totale de l’exploitation animale, à coup d’actions choc et médiatiques, comme l’occupation du « couloir de la mort » d’un abattoir pendant huit heures, début novembre.

La médiatisation est un filon très exploité par les défenseurs des animaux. Cette année, Peta France a obtenu une grande victoire : la marque française de prêt-à-porter The Kooples a annoncé qu’elle bannirait la fourrure à partir de 2017. Le résultat des pressions répétées de l’association (manifestations, pétition, vidéos sanglantes) et de l’intervention très médiatisée du rockeur Pete Doherty. Une méthode à l’américaine assumée : « La réputation et la longévité de cette association viennent de ses campagnes très médiatiques et soutenues par des personnalités connues, résume Anissa Putois, chargée de campagne pour Peta France. C’est très efficace pour inscrire la question animale à l’agenda médiatique et faire changer les choses au niveau des entreprises. »

Frapper un grand coup aux portes des industriels et lancer des campagnes nationales contre la maltraitance animale donne l’espoir d’avancer à pas de géant. Mais les petits pas à l’échelle locale comptent tout autant. En Bretagne, le Collectif rennais pour l’égalité animale (CRPEA) multiplie manifestations et conférences. « Nous souhaitons diffuser la notion de spécisme et faire prendre conscience de l’oppression qu’elle représente tout en travaillant avec la mairie pour des changements concrets : trouver des solutions éthiques pour les animaux “nuisibles”, sensibiliser les écoles au végétarisme et au végétalisme, prévoir un vétérinaire municipal pour les personnes démunies », énumère François, végane depuis 2009 et membre actif. La révolution n’a pas encore eu lieu. Mais, loin des happenings de rues et du tourbillon médiatique, quelques-uns prennent soin, au quotidien, d’animaux rescapés ou « sauvés de la mort » au dernier moment dans des refuges paisibles, véritables sanctuaires dédiés à la protection des animaux.

25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 11:06

par Martine Orange pour Médiapart le 24 novembre 2016

La combine était censée ne jamais être découverte. Deux dirigeants de la branche Eau de Veolia France sont devenus actionnaires d’une société luxembourgeoise, tout de suite après lui avoir confié un énorme contrat : le traitement des paiements de toutes les factures d’eau du groupe en France. Ils espéraient revendre par la suite cette société 200 millions d’euros au minimum. À Veolia de préférence.

La machination était censée ne jamais venir au grand jour. Comment imaginer un tel dévoiement au sein de Veolia ? Alors que le groupe a supprimé plusieurs milliers d’emplois dans l’activité Eau au cours des quatre dernières années, et lancé un programme d’économies de plus de 600 millions d’euros, deux des plus hauts responsables de l’activité de la branche Eau travaillaient surtout à leur enrichissement, en utilisant les moyens financiers, les clients, la réputation du groupe pour leur seul profit personnel.

Dans la plus grande discrétion, ces dirigeants sont devenus actionnaires, avec une poignée d’acolytes, d’une toute petite structure basée au Luxembourg, Olky Payment Service Provider. Une société qu’ils venaient justement de choisir pour lui confier un énorme contrat : le traitement de tous les paiements des factures d’eau des abonnés de Veolia en France !

Cette plateforme, qui gère en particulier les paiements par TIP (titre interbancaire de paiement), a une technique particulière : elle représente automatiquement les factures impayées auprès des banques et peut mettre en place des paiements fractionnés. Un huissier des temps modernes en quelque sorte.

Ce système est censé lutter contre les impayés, de plus en plus importants dans la gestion des services d’eau. Non pas parce que la pauvreté sévit de plus en plus en France, à entendre les grands concessionnaires d’eau (Veolia, Suez environnement, Saur), mais en raison de la loi Brottes, votée en 2013. Celle-ci, selon eux, serait une incitation à ne pas payer puisqu’elle institue un droit minimum à l’eau et interdit toute coupure définitive. Vent debout contre ce texte, les concessionnaires d’eau réclament désormais que les municipalités prennent à leur charge une partie des factures impayées, au titre de l’aide sociale.

Pendant ce temps, les deux dirigeants de la branche Eau avaient tout mis en place pour engranger les bénéfices. Avec l’espoir de faire une culbute encore plus grande dans un délai assez bref. Car le but était de revendre l’ensemble de la société au groupe, ou à d’autres, le plus rapidement possible. Le prix de revente avait déjà été fixé entre les différents actionnaires : 200 millions d’euros minimum !

Antoine Frérot, PDG de Veolia © Reuters

Antoine Frérot, PDG de Veolia © Reuters

200 millions d’euros ! La cupidité des dirigeants est décidément devenue sans limite. Depuis des années, la chronique des affaires de rémunération et d’enrichissement personnel dans le monde patronal ne cesse de s’étoffer. Mais cette affaire traduit un degré supplémentaire dans l’effondrement moral, l’absence de toute éthique, de tout scrupule. Avec un sentiment complet d’impunité, ces dirigeants se sont appuyés sur leurs connaissances, ce petit monde de réseaux, de combines, d’entre-soi qui fait si souvent la marque du capitalisme français, pour monter leur machination. L’argent emportant tout.

L’affaire paraît avoir été pensée et orchestrée de longue date. Car tous les engrenages du mécanisme s’emboîtent en un temps record. Les sociétés nécessaires sont créées au moment voulu. Tout le monde semble jongler avec aisance dans l’opacité de la finance discrète et des paradis fiscaux.

Tout commence en 2014. Alain Franchi vient juste d’hériter de la responsabilité de l’activité Eau en France. Parachuté de l’extérieur en juillet 2013 pour la restructurer, ce responsable est présenté comme un manager de crise. Il est surtout le bras de droit de Serge Michel, parrain du BTP depuis plus de trente ans, qui a fait la pluie et le beau temps dans les conseils d’administration de Vinci et de Veolia (voir «Alain Minc m’a tuer »). Selon Challenges, c’est Serge Michel qui aurait imposé, en contrepartie du maintien d’Antoine Frérot à la présidence du groupe (voir notre enquête ici), la nomination de son plus proche collaborateur à la tête de la branche Eau, l’activité stratégique de Veolia. Ce qui nous a été confirmé par plusieurs sources. Le groupe dément toute interférence de Serge Michel dans cette nomination. Les relations entre Serge Michel et Alain Franchi seraient distendues ces derniers temps, dit-on. Ils continuent cependant de partager au moins sept  sociétés ensemble.

Alain Franchi connaît Olivier Boyadjian. Cet ancien de la Caisse des dépôts – il dirigeait l’équipe d’investissements de CDC Capital investissements – est responsable désormais du fonds d’investissement HIG Capital en France. Il est lui aussi présenté comme un «manager de crise ». Son fonds a repris notamment les actifs de l’usine Molex, mise en faillite par sa maison mère en 2009, des usines (ex-Pechiney) vendues par le groupe Rio Tinto en France ou des parcs de la Compagnie des Alpes. Selon nos informations, c’est Olivier Boyadjian qui aurait parlé le premier de la société Olky Payment Service Provider à Alain Franchi. «En juillet 2014 », précise Franck Rouayroux, le dirigeant de la société luxembourgeoise dans un mail, en réponse à nos questions. Olivier Boyadjian n’a pas retourné notre appel (voir la Boîte noire).

Conseiller cette société à un groupe comme Veolia est des plus étonnants. Car des plateformes de paiement, il en existe des dizaines bâties sur le même modèle et qui ont pignon sur rue. Pourquoi recommander une obscure société, basée au Luxembourg, et qui n’a quasiment aucune référence dans ces métiers ? Créée en 2011, elle n’est d’abord qu’une filiale conçue dans le prolongement d’une des activités de sa maison mère, Olky International Holding : la location de scooters.

La maison mère n’est pas plus rassurante. C’est une holding financière qui n’a guère de surface. Elle a été créée en 1998 par des fonds basés aux îles Vierges britanniques et dans l’île de Niue, un des paradis fiscaux les plus opaques – un des trusts qui figurent parmi les actionnaires fondateurs d’Olky International se retrouve d’ailleurs dans les Panama papers. Puis elle a été rachetée, semble-t-il, par Franck Rouayroux, un ingénieur français installé au Luxembourg en 2000.

Pendant toutes ces années, la holding financière vivote. Elle a des activités dans la vente d’articles de sport, la location de scooters et surtout de voitures de luxe, cette dernière activité semblant avoir été un puissant ciment entre la société et ses clients. Tout va petitement, jusqu’à ce que les autorités luxembourgeoises de contrôle lui donnent un agrément bancaire en 2013. Ce qui lui permet de travailler dans toute l’Europe.

Un tour de table sur mesure

Sur quelles bases les autorités de contrôle luxembourgeoises ont-elles pu accorder un tel agrément à une plateforme de paiement qui n’a aucune surface financière affichée, aucune référence ? Mystère. « Olky Payment a développé une usine de traitement d’opérations SEPA (Système d’Information Bancaire appelé SIO4), dont la particularité repose sur le développement de fonctionnalités novatrices permettant d’améliorer significativement les chances de recouvrement des créances impayées pour les créanciers. Cette solution opérationnelle dès 2014 a permis à Olkypay d’être reconnue comme l’une des Fintechs les plus innovantes, récompensée à plusieurs reprises en France et au Luxembourg », nous a répondu son dirigeant Franck Rouayroux. Atteint d’une brusque « extinction de voix », il a préféré nous répondre par mail.

Comment Veolia peut-il se laisser convaincre de confier à une société basée au Luxembourg tous les abonnés de ses concessions d’eau en France payant par TIP, alors qu’elle a comme seuls clients connus le groupe Beaumanoir (prêt-à-porter) et la caisse sociale de Monaco ? Encore plus mystérieux. La société semble avoir eu des arguments convaincants. Un mois à peine après avoir été présentée, elle signe dès le début août un accord d’agrément avec Veolia. Olky Payment s’engage à lui « fournir des services de paiement ». Le 22 décembre 2014, le directeur général de Veolia Eau, Alain Franchi, signe un contrat définitif, confiant pour sept ans à la société luxembourgeoise le traitement de l’ensemble de la facturation par TIP de ses services délégués sur le territoire français, à l’exception des eaux de Marseille et du grand Lyon.

D’un seul coup, c’est un flux de 3 à 5 milliards d’euros par an assuré pour la société. Une vraie manne pour la toute petite entreprise. D’autant que Veolia accepte de prendre à sa charge tous les frais de développement (près de 2 millions d’euros) pour lui permettre de gérer sa facturation. Le groupe lui promet aussi son soutien et son nom pour proposer « une offre de service [de la plateforme – ndlr] à d’autres distributeurs d’eau et à d’autres secteurs d’activité ». Les offices d’HLM sont particulièrement visés.

« J’ai été informé qu’il y avait un transfert de notre facturation vers une société au Luxembourg. Mais cette opération m’a été présentée comme un simple recours à un prestataire extérieur pour aider nos services », reconnaît le PDG, Antoine Frérot. Pour lui, il n’y avait pas de raison de s’attarder beaucoup plus sur ce dossier : ce n’était qu’un contrat de soustraitance qui ne justifiait pas d'aller voir plus loin.

Alain Franchi, directeur général de Veolia eau France © DR

Alain Franchi, directeur général de Veolia eau France © DR

En coulisses, pourtant, différentes personnes s’agitent beaucoup. Brusquement, des « investisseurs » veulent en être et participer au formidable succès à venir de cette société totalement inconnue. L’affaire, il est vrai, s’annonce prometteuse. Dès la première année du contrat Veolia, Olky Payment a réalisé quelque 6 millions d’euros de profit pour un chiffre d’affaires d’environ 13 millions d’euros. Des marges dignes de celles du secteur du luxe.

Le 11 mars 2015, lors d’une assemblée générale extraordinaire visant à acter une augmentation de capital de 1,2 million d’euros (pour le porter à 2,2 millions), de nouveaux actionnaires font leur apparition. On y retrouve Olivier Boyadjian, qui a permis de décrocher le contrat avec Veolia. Mais celui-ci ne passe pas par son fonds d’investissement. Il préfère investir à titre personnel avec sa femme, devenant le troisième actionnaire, derrière ceux qui possèdent 20 % du capital.

Avec lui arrivent des noms connus ailleurs : Didier Lombard, ancien PDG d’Orange, Jean-Yves Durance, vice-président de la chambre de commerce et d’industrie de Paris ; François Drouin, président du tunnel du Mont-Blanc ; Guy Tavenaud, ancien banquier chez Lazard. Ils arrivent souvent avec leur femme et pour des montants modérés (autour de 50 000 euros).

Comment ont-ils découvert cette société ? « Par des contacts normaux. C’est une fintech », nous a répondu François Drouin avant de couper court à la conversation. « Par l’intermédiaire de gens que je connaissais », a ajouté Jean-Yves Durance, avant de préciser qu’il n’avait « aucune intention de répondre » à nos questions. Aucun des autres n’a retourné nos appels. Olivier Boyadjian « s’est chargé d’organiser le tour de table des nouveaux entrants qu’il représente. Parmi ceux-ci se trouvent beaucoup de financiers ou ex-banquiers, séduits par le caractère innovant des solutions apportées par Olkypay dans un secteur qui leur était bien connu et qui s’est ouvert à la concurrence après la transposition de la Directive des Services de Paiement (DSP) », nous a répondu le dirigeant d’Olky Payment. S’il fallait trouver un autre point commun entre eux, la plupart entretiennent une grande proximité avec la Caisse des dépôts, dont le nom est malheureusement trop souvent cité dans des affaires obscures.

Mais une autre entité discrète prend aussi une participation significative (10 % du capital) à l’occasion de ce nouveau tour de table : Digital Transaction Services. Le dirigeant de cette société suisse n’est autre que Jean-Philippe Franchi, le frère du directeur général de Veolia Eau, Alain Franchi ! Il travaille lui aussi pour la branche Eau du groupe. Tout cela, bien sûr, n’est que pur hasard et ne pose aucun problème de conflit d’intérêts, ni d’abus de confiance.

À la suite de nos questions sur cette présence inattendue, Alain Franchi nous a fait parvenir la réponse écrite suivante : « Cette opération a été réalisée sans que j’en aie été informé. J’ai été informé de la prise de participation de Jean-Philippe dans cette société il y a environ un mois. J'ai immédiatement souhaité analyser les éventuels conflits d'intérêts qui se poseraient. Je n’avais pas encore toutes les réponses lorsque vous avez contacté le groupe Veolia. » Bref, il a découvert le pot aux roses juste avant notre enquête, mais n’avait pas encore pris la peine d’en informer le président du groupe, Antoine Frérot.

Comment le croire ? Car la prise de participations de Digital Transaction Services a vraiment des allures d’opération d’initiés. L’enchaînement, en tout cas, est parfait. Dès que le contrat entre Veolia et Olky Payment est signé, le 22 décembre 2014, la procédure pour créer la société Digital Transaction Services est lancée. Le 23 janvier 2015, elle fait enregistrer ses statuts fondateurs à Neuchâtel (Suisse). L’objet de la société est de concevoir et développer des solutions informatiques, mais aussi de prendre des participations dans des sociétés en Suisse ou à l’étranger. Elle entre au capital d’Olky Payment le 11 mars.

Un pacte d'actionnaires en or

Le tour de table, toutefois, ne sera vraiment complété qu’en novembre 2015. Le 30 novembre 2015, la maison mère de la plateforme de paiement, Olky International Holding, qui se renommera à cette occasion Utoky International Holding, tient une nouvelle assemblée générale extraordinaire. Celle-ci doit entériner l’arrivée d’un nouvel actionnaire, la société Gaway.

Philippe Malterre, directeur adjoint de Veolia Eau France © Veolia

Philippe Malterre, directeur adjoint de Veolia Eau France © Veolia

En matière d’argent, l’imagination est toujours au pouvoir : l’entrée de cette nouvelle société se fait par le biais d’une seule « action traçante ». Un concept jusqu’alors totalement inconnu. Cette seule action, comme l’explique le procès-verbal de l’assemblée, donne le droit à « 21,7391 % [quatre chiffres après la virgule !] de toutes les performances et revenus des actions par la holding dans Olky Payment (…) ainsi que du produit de la vente de tout ou partie des actifs désignés ». En résumé, grâce à cette seule action, l’actionnaire qui la détient s’octroie 6 % des profits ou du prix de cession de Olky Payment Service Provider. Cette action est souscrite par la société Gaway, logée à Montbrison (Loire). Une société totalement inconnue mais qui semble particulièrement bien informée.

Mais pourquoi utiliser un mécanisme si compliqué en multipliant les sociétés écrans ? Le secret, de fait, s’imposait : le véritable propriétaire de cette société est Philippe Malterre, le directeur général adjoint de Veolia Eau France. L’homme est un des piliers de Veolia. Il est entré dans le groupe il y a plus de trente ans, du temps où celui-ci s’appelait encore la Générale des eaux et était présidé par Guy Dejouany. Philippe Malterre n’a pas retourné notre appel.

Ainsi, dans le plus grand secret, au mépris de toutes les règles, deux responsables de la branche Eau sont actionnaires directs dans une société prestataire du groupe, portée à bout de bras par Veolia, et espèrent en tirer un profit personnel. Et pas seulement dans la gestion quotidienne.

Car les actionnaires qui sont arrivés au capital d’Olky Payment tout de suite après que cette dernière a décroché le contrat avec Veolia sont de vrais entrepreneurs ! Le jour même où ils sont entrés au capital, ils ont signé un pacte d’actionnaires dont l’objet quasiment unique est de prévoir les conditions de sortie. Il est notamment prévu que tous devront céder leurs titres « si la société reçoit une offre d’achat au moins égale à 7 fois l’Ebitda (résultat brut d’exploitation) et que celle-ci est présentée pour un prix minimum de 200 millions d’euros » !

Franck Rouayroux minimise aujourd’hui la portée de ce pacte et des engagements écrits qui ont été pris. Le pacte d’actionnaires a surtout pour but, selon lui, « de réguler les relations entre les différents actionnaires et de prévoir les conditions de sortie pour ne pas léser les minoritaires. Il prévoit notamment un montant minimal de rachat de la société Olkypay en-deçà duquel seule l’unanimité des voix est requise pour autoriser une cession ».

Les actionnaires ont-ils déjà en tête un repreneur, quand ils signent cet acte ? À qui pensent-ils ? Qui peut mettre 200 millions d’euros sur la table pour une telle société ? Un fonds d’investissement comme celui dirigé en France par Olivier Boyadjian ? Peut-être. Mais sans doute plus Veolia, objet de toutes les attentions des actionnaires puisque le pacte prévoit un comité de pilotage pour suivre spécialement le contrat avec le groupe.

« Il n’existe aucun engagement de la part de Veolia sur un éventuel rachat. Il n’y a pas non plus de projet de cession à court terme », assure Franck Rouayroux. Pourtant, une note d’honoraires de l’avocat d’Olky Payment, par ailleurs actionnaire lui aussi de la société par la biais de la société Appia, Nicola di Giovanni, fait mention de l’existence d’une lettre d’intention de Veolia.

Et puis, il y a ce bruit de fond. À partir du moment où la société a décroché le contrat Veolia, celle-ci se lance dans la recherche de prix et d’articles de presse, comme s’il y avait urgence à se faire connaître. De son côté, Veolia fait quelques déclarations, disant penser à l’avenir se développer dans les activités hightech et peut-être racheter quelques sociétés de haute technologie. Aujourd’hui, Veolia assure qu’il n’a jamais été question de racheter de telles sociétés et en tout cas, jamais à ce prix-là. Le groupe précise qu’une acquisition d’un tel montant doit être obligatoirement soumise au conseil d’administration du groupe et obtenir son approbation. Bref, selon lui, il n’y avait aucun moyen de lui faire racheter la société en douce.

Lorsqu’il a été informé de cette affaire, Antoine Frérot, le PDG de Veolia, n’y a pas cru. Puis devant l’accumulation des preuves, il a bien fallu se rendre à l’évidence : Veolia Eau était victime d’une fraude massive de la part de certains de ses dirigeants. « Eu égard aux éléments que vous avez portés à notre connaissance, nous avons décidé de lancer un audit interne portant sur l'opération incriminée, et plus largement sur toutes les sociétés de spécialité de Veolia Eau France. Cet audit sera réalisé en coopération avec les avocats du Groupe. Deux collaborateurs sont concernés par ces allégations. Ils ont fait l'objet d'une mise à pied à titre conservatoire, afin de permettre le bon déroulement de l'enquête interne. À l'aune des résultats de l'enquête, Veolia prendra toutes les mesures qui s'imposeront », nous a-t-il dit dans une déclaration officielle.

La fraude était-elle détectable avant ? Aujourd’hui, la bonne affaire espérée semble en tout cas éventée.  Il y en a peut-être d'autres construites sur le même modèle dans le groupe. Il reste de tout cela un goût de cendres devant tant de cupidité, d’effondrement moral, de collusion affairiste. Comme si les métiers de l’eau n’arrivaient jamais à se sortir de leur passé, de cette culture de la corruption.

Boite noire

Dans le cadre de cette enquête, tous les actionnaires d'Olky Payment ont été appelés, à l'exception de Didier Lombard (ex-PDG d'Orange), injoignable. Jean-Louis Durance et François Drouin ont brièvement répondu à nos questions, avant de raccrocher. Alain Franchi, le directeur général de Veolia Eau, nous a fait parvenir une réaction écrite. Le dirigeant d'Olky Payment, Franck Rouayroux, a accepté de répondre à nos questions écrites par mail. Aucun des autres n'a donné le moindre signe de vie.

24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 11:31

La valeur des services rendus par les abeilles à l'agriculture est forte dans le sud de la France par Joël Cossardeaux pour Les Échos le 24 novembre 2016.

Le niveau de mortalité très élevé qui affecte les colonies d'abeilles pourrait se payer au prix fort s'il devait s'aggraver jusqu'à les faire toutes disparaître. Leur extinction, ajoutée à celle de toutes les autres espèces butineuses, causerait en France une perte de près de 2,9 milliards d'euros, selon une étude que vient de publier le ministère de l'Environnement.

Ce chiffre, bâti sur des données de 2010 pour des raisons de cohérence avec les données des autres pays de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), correspond à la valeur monétaire du « service de pollinisation » rendu par ces insectes. Selon l'étude du ministère, ce service représente 8,6 % de la valeur marchande de la production agricole destinée à l'alimentation humaine (33,5 milliards d'euros) atteinte en France à l'issue de cette même année 2010.

Ce taux s'est révélé relativement stable entre 2006 et 2010. En revanche, il varie fortement selon les cultures et les régions. Les cultures de céréales, de racines, de tubercules et d'épices, ainsi que les cultures sucrières, se passent des abeilles. Elles ne leur apportent absolument aucun « service écosystémique ». À la différence de la culture de fruits, où ce service se chiffre à plus de 1,7 milliard d'euros, mais aussi de celle d'oléagineux (650 millions d'euros) et de légumes (486 millions).

Une préservation cruciale

Les auteurs de l'étude pointent également « une différence notable entre les départements ». Ainsi, c'est dans le Cantal que la valeur du service de pollinisation est le plus faible (100.000 euros) et dans le Lot-et-Garonne qu'elle est le plus élevée (222 millions d'euros). L'indice de vulnérabilité des cultures confrontées à un déclin des pollinisateurs fait aussi le grand écart : 1,2 % dans le Pas-de- Calais, contre 54,4 % dans les Hautes-Alpes.

Dans une dizaine de départements, tous situés dans la moitié sud de l'Hexagone, ce taux dépasse 20 %. La préservation des abeilles y est donc cruciale, et ce d'autant plus que l'activité apicole y est aussi très importante. « Les régions majoritairement viticoles et céréalières seraient, quant à elles, moins sensibles à ces enjeux, à l'instar du Pas-de-Calais ou de la Gironde, dont l'indice de vulnérabilité ne dépasse pas les 2 % », observe l'étude.

Les chiffres sont encore plus impressionnants au niveau mondial. L'impact économique de la pollinisation dépasse 150 milliards d'euros et représente près de 10 % de la valeur de la production agricole destinée à l'alimentation de l'homme. Les cultures de fruits et de légumes apparaissent encore plus dépendantes du butinage des abeilles qu'en France, avec des indices de vulnérabilité de respectivement 23,1 et 12,2. Mais ce ne sont pas les plus tributaires de l'activité des pollinisateurs. Les cultures stimulantes que sont notamment le café et le cacao, ainsi que les fruits à coque, affichent des taux de 39 % et 31 %. ■

23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 19:38

Des associations de défense des droits des animaux ont présenté le manifeste « Animal politique ». Entouré de figures médiatiques comme Matthieu Ricard, le collectif a expliqué vouloir porter la question de la condition animale dans le débat public en interpellant les candidats à l’élection présidentielle par Marie Astier pour Reporterre.

Les défenseurs des animaux lancent un Manifeste pour peser dans le débat présidentiel
  • Paris, reportage

« La question de la condition animale, les politiques s’en fichent. Ils la balayent d’un coup de poignet. » Ce constat, c’est une députée socialiste qui le fait. Geneviève Gaillard tente de mobiliser sur le sujet dans les couloirs parlementaires depuis son premier mandat, en 1997 : « Nous ne pouvons plus considérer que les animaux ne sont pas doués de sensibilité. Pour leur donner une place dans notre droit, nous avons vu le besoin de fédérer les associations de défense des droits des animaux », explique à ses côtés sa collègue la députée écolo Laurence Abeille.

Pour une fois, la question mobilise. Dans la salle de conférence du grand hôtel parisien se serrent militants, journalistes et personnalités venues en soutien. L’actrice Hélène de Fougerolles, le journaliste Allain Bougrain-Dubourg ou encore la dessinatrice Luce Lapin ont fait le déplacement. Ce mardi 22 novembre, un collectif de 26 ONG de défense des droits des animaux présentait son manifeste de 30 propositions intitulé « Animal politique ». Objectif : faire émerger la question animale dans le débat public.

« Après l’abolition de l’esclavage ou le vote des femmes, il faut se demander : quel grand pas reste-t-il à faire pour l’humanité ? intervient le moine bouddhiste Matthieu Ricard, soutien du collectif. 120 millions d’animaux sont tués chaque heure pour les besoins de l’humanité. »

Interdiction des cages et de la corrida

L’introduction du manifeste, elle, remarque que « malgré l’intérêt croissant des Français pour la cause animale, la dénonciation des actes de cruauté et la reconnaissance de la sensibilité des animaux par la science et le droit, l’engagement des politiques pour améliorer leur situation reste très insuffisant et en décalage avec les attentes de la majorité des Français ».

« 120 millions d’animaux sont tués chaque heure pour les besoins de l’humanité », a expliqué Matthieu Ricard.

« 120 millions d’animaux sont tués chaque heure pour les besoins de l’humanité », a expliqué Matthieu Ricard.

Les propositions sont déclinées selon six thématiques : animaux d’élevage, de compagnie, de divertissement, faune sauvage, etc. Les organisations demandent l’interdiction des cages ou du gavage en élevage, l’obligation d’étourdissement des animaux avant l’abattage, l’arrêt de l’utilisation des animaux pour l’expérimentation scientifique, des mesures pour limiter l’abandon des animaux de compagnie, ou encore la reconnaissance du statut d’être vivant doué de sensibilité à l’animal sauvage. Dans les semaines et mois qui viennent, ces points seront présentés à chaque candidat à la présidentielle afin de les pousser à s’engager sur le sujet. « Cela nous permettra de noter les candidats en fonction des propositions sur lesquelles ils voudront bien s’engager », explique Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot.

« On veut que ces propositions soient retenues, défendues par les politiques. Donc nous avons limité nos ambitions, tout en gardant certaines mesures symboliques comme l’abolition de la corrida », précise-t-il encore. Plusieurs associations qui prônent habituellement aussi l’abolition de la chasse ont accepté le choix pragmatique de plaider pour son interdiction « seulement » le dimanche.

Une bonne dose de pragmatisme a aussi été nécessaire pour trouver des propositions qui conviennent à des organisations ayant des buts allant de l’amélioration des conditions d’élevage des animaux (le CIWF — Compassion in World Farming —, par exemple) à l’abolition de toute forme d’exploitation des animaux par l’homme (L214, par exemple). Sur l’estrade, la députée Geneviève Gaillard rappelle qu’elle mange elle-même de la viande. « Mais, elle est abattue dans des conditions qui ne me conviennent pas », explique-t-elle. Elle recueille quelques applaudissements, mais bien moins que Matthieu Ricard, proclamant que « le seul moyen de manger de la viande casher, c’est d’être végétarien ! »

Tous les partis consultés

« Nos associations reflètent la diversité de la société. On a aussi des propositions qui s’adressent à des gens qui consomment de la viande, insiste Agathe Gignoux, du CIWF. On peut en manger mieux. L’ultramajorité des personnes ne sont pas végétariennes, et c’est important de montrer qu’elles peuvent agir pour le bien-être animal, et que les politiques aussi peuvent leur proposer quelque chose. On a des propositions qui sont réalistes, réalisables, qui font avancer la cause animale de façon progressive. »

« Nous évaluerons les candidats en fonction de leurs engagements », dit Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot.

« Nous évaluerons les candidats en fonction de leurs engagements », dit Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot.

Cette initiative intervient alors que le Parti animaliste a été officiellement lancé il y a à peine plus d’une semaine. Il vise à présenter des candidats aux élections législatives. « Nous avons le même combat. Mais le scrutin majoritaire à deux tours laisse peu de chances d’avoir des candidats animalistes élus, note Laurence Abeille. Le collectif est un autre outil, il pourra travailler avec le gouvernement. »

Il se déclare politique dans le sens où il entend soulever « un débat de société », mais apolitique « au sens partisan ». Tous les partis présentant un candidat à la présidentielle seront abordés. « Même le Front national, précise Christophe Marie. La question revient souvent, car, aujourd’hui, c’est ce parti que l’on entend le plus sur le sujet. En lui demandant de se positionner par rapport à notre manifeste, nous pourrons montrer qu’il n’est absolument pas cohérent sur sa manière de défendre les animaux. Et il faut que les autres partis se positionnent pour ne pas laisser au FN un boulevard sur ce sujet. »

Chaque candidat sera donc comparé aux autres en fonction de ses réponses à la liste de propositions. Rendez-vous aurait déjà été pris auprès de Jean-Luc Mélenchon et de Yannick Jadot. Benoît Hamon pourrait se montrer ouvert. Pour le reste, il faut attendre que tous les candidats soient choisis et déclarés.

Cependant, la présidentielle ne sera « qu’une première étape », précise Muriel Chrisostome, de la SPA (Société protectrice des animaux). « On veut s’inscrire durablement dans le débat politique français, ce manifeste est un acte fondateur. »

Published by Vert Lilas - dans Animal Elections
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