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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 09:23

Un autre point de vue décapant sur la crise de l'élevage français, par Christian Rémésy, nutritionniste et directeur de recherche à l’Institut national de recherche agronomique, pour LE MONDE le 02.09.2015                                                       

Des porcelets lâchés dans un supermarché de Sarlat lors d'une action d'éleveurs le 20 août 2015. YOHAN BONNET / AFP

L’élevage français est en crise, les prix de la viande de porc ou du lait ne permettent pas d’assurer un juste revenu aux éleveurs. Comble du désarroi, nos voisins allemands ou espagnols parviennent à produire de la viande de porc à des prix encore plus bas que les éleveurs français, et emportent ainsi de nouvelles parts de marché. Inutile de s’étonner d’une telle situation puisqu’on a transformé l’élevage en industrie, en créant de toutes pièces des usines à lait, à volailles ou à porc et chacun sait qu’en matière d’industrie, ce sont les entreprises les plus compétitives qui gagnent. Et comment défendre les productions françaises, si l’usine à porc bretonne a exactement les mêmes caractéristiques que sa sœur allemande.

Xavier Beulin, le président de la FNSEA a la solution. Il demande trois milliards d’euros de financement pour développer des infrastructures analogues à celles de nos voisins et souhaite des allégements de charges sociales et de contraintes environnementales. De cette manière, la concurrence sera de plus en plus exacerbée et les élevages devront franchir un pas supplémentaire dans l’industrialisation, la spécialisation et la diminution des coûts de production.

Pour un nouveau paradigme

Au final, pourquoi ne pas délocaliser les usines animales au Brésil ou ailleurs, comme cela a déjà été fait pour les volailles. Toute cette évolution est, bien sûr, monstrueuse sur le plan du respect du vivant, totalement inadaptée sur le plan écologique, absurde sur le plan économique et social et même inefficace sur le plan nutritionnel.

Finalement, l’étendue des dérives des élevages industriels dans le monde est le reflet d’une crise profonde de civilisation que l’humanité devra résoudre pour clarifier ses rapports avec la nature, affirmer son respect du vivant et développer des modes alimentaires durables et équitables. C’est d’un changement de paradigme dont nous avons besoin. Quels traitements devons-nous accorder aux animaux ? Quelle juste place accorder à l’avenir à l’élevage après des millénaires de co-évolution avec les populations humaines ? Comment intégrer l’élevage dans une démarche globale d’agroécologie ? Quelles proportions de calories d’origine animale avons-nous réellement besoin ?

Les réponses à ce questionnement sont relativement simples et seule leur prise en compte permettrait de sortir de cette situation absurde dans laquelle une majorité d’éleveurs se sont fourvoyés avec le consentement tacite des consommateurs trop souvent attirés vers les prix les plus bas, et l’encouragement d’un marketing alimentaire à consommer beaucoup de produits animaux pour satisfaire des pseudo besoins nutritionnels.

La première question à résoudre est celle du respect des animaux, de leur comportement au-delà du soit disant bien-être animal, un concept largement manipulé pour justifier l’enfermement des animaux délivrés des risques et des aléas naturels. Le comportement de chaque espèce ou race animales est parfaitement connu, celui de la vache de brouter l’herbe des prés ou le foin récolté, celui de la poule de gratter et picorer, du cochon d’utiliser son groin pour consommer feuilles, tiges et racines, et de se vautrer dans la boue pour se rafraîchir.

Le seul contrat domestique qui puisse être recevable entre l’éleveur et ses animaux serait que les conditions d’élevage soient compatibles avec le comportement global de l’espèce. Seulement, une conduite d’élevage la plus naturelle possible entraîne des contraintes considérables. Il est bien plus facile d’élever des porcs sur caillebotis qu’en plein air, de développer des élevages de chèvres hors sol que de conduire au pâturage ces animaux capricieux, de regrouper dans des usines à lait un nombre très élevé de vaches laitières autour d’un robot de traite plutôt que de déplacer un troupeau entier.

Les conditions contre nature des élevages industriels ont été en vain souvent montrées et dénoncées et au final justifiées par la prétendue nécessité nutritionnelle de fournir à chaque consommateur des quantités suffisamment élevées de produits animaux, à l’instar de ce slogan ministériel abusif des trois produits laitiers par jour, inefficace pour améliorer la santé osseuse. En fait, du point de vue nutritionnel, nos besoins quantitatifs en protéines animales sont très faibles. Cela tombe bien, car pour sortir de l’impasse, nous n’avons pas d’autre choix sur le plan éthique que de pratiquer des élevages plus naturels et moins performants, en améliorant même si possible les pratiques anciennes pas toujours vertueuses.

De nouvelles conduites d’élevage, exemplaires sur le plan du respect du comportement animal redonneraient un sens au métier d’éleveur et leur permettraient bien plus sûrement de gagner leur vie par la valorisation de leur production. Certes les prix de la viande et du lait doubleraient certainement, mais d’un autre côté, sur le plan de la santé publique, il serait souhaitable de consommer deux fois moins de produits animaux (qui plus est de meilleure qualité nutritionnelle). L’équation économique serait ainsi largement inchangée pour un bénéfice social et écologique considérable.

Réduire la consommation en produits animaux en Occident

Il est bien connu que les régimes alimentaires de type occidental sont bien trop riches en calories d’origine animale - qui représentent près du tiers de l’énergie ingérée. Cette consommation élevée de produits animaux pose en effet des problèmes de santé publique, en particulier via les graisses animales. Aussi pourrions-nous diminuer leur consommation de moitié : 15 % des calories en produits animaux équivalent encore à une consommation d’un yaourt, d’un œuf et de 100g de viandes par jour, ce qui peut suffire au plus grand nombre !

Inutile de rentrer dans le débat végétarien, une modération très sensible de la consommation de produits animaux serait déjà une solution raisonnable sur le plan nutritionnel et culturel, qui permettrait enfin une conduite plus écologique de l’élevage. Encore faudrait-il que les pouvoirs publics donnent un signal fort aux citoyens pour parvenir à réduire de moitié en 20 ans le niveau de consommation actuel des calories d’origine animale - ils ont plutôt tendance à faire l’inverse - en expliquant les bénéfices et les enjeux d’une telle évolution, à l’instar des objectifs de réduction de gaz à effet de serre.

D’ailleurs, la désintensification de l’élevage est aussi un objectif écologique majeur, puisque ce secteur par ses émissions directes, ou via les activités agricoles qui lui sont liées est responsable selon la FAO de près de 15 % des émissions de gaz à effet de serre. Le développement des élevages industriels de par le monde pour répondre à une consommation toujours croissante de produits animaux devrait déjà être dénoncé dans le cadre de la COP 21, ce qui serait une amorce de changement salutaire.

Développer un autre discours nutritionnel

Cependant l’élévation de la consommation de produits animaux demeure encore un marqueur culturel fort d’un enrichissement économique qu’il serait urgent de dénoncer. Les discours nutritionnels conventionnels ont trop longtemps mis l’accent sur les besoins en protéines si bien que beaucoup d’hommes le perçoivent comme le besoin majeur à assouvir avec les conséquences que l’on sait.

Il devient urgent de développer un autre type de vulgarisation, en cessant de justifier voire de soutenir les dérives des élevages actuels et en prônant une consommation modérée de produits animaux, puisque les besoins humains en protéines sont si faciles à couvrir en particulier par une alimentation végétale diversifiée.

Seule une perception plus juste de nos besoins pourrait contribuer à donner une place plus juste à l’élevage dans la chaîne alimentaire. Enfin délivrés de contraintes quantitatives insoutenables, des élevages plus nombreux et mieux répartis sur le territoire pourraient aider au développement d’une agro écologie nouvelle, tout en valorisant des espaces ou des productions agricoles.

Voilà, en tant que citoyens nous sommes responsables par nos choix alimentaires de l’évolution des élevages avec des conséquences écologiques et socio-économiques majeures. Les agriculteurs et les éleveurs devraient également prendre conscience de la complexité du problème et afficher la volonté ferme de le résoudre, plutôt que de chercher à produire toujours plus. Quant au discours politique, il est terriblement absent, comment pourrait-on parler juste à propos de climat ou d’écologie, tout en ayant une approche aussi conventionnelle et désuète en matière d’alimentation humaine pour satisfaire les lobbies. C’est à la société tout entière de remettre en question son approche de l’élevage et de ses habitudes alimentaires. Cela prendra du temps !

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