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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 20:54

 

Le 31 janvier dernier, Catherine Withol de Wenden, Directrice de recherche au CNRS ( CERI Sciences Po), spécialiste des migrations internationales, intervenait au colloque du Collectif National pour le Droit des Femmes intitulé : "Face à la crise les extrêmes droites sont un danger pour les droits des femmes et la justice sociale".

"Je suis aussi membre de la Ligue des droits de l'homme, je voulais le rappeler.  Je ne vais peut-être pas tellement parler des aspects théoriques, mais je vais essayer de traiter la thématique que vous m'avez proposée, c’est à dire sur les dynamiques nouvelles qui ont affecté les tendances des flux migratoires dans le monde sur les vingt dernières années, et sur les tentatives de gestion régionale et mondiale des flux.  

Ce colloque me semble très utile, car il essaye d'aller à l'encontre des idées reçues, qui courent facilement, malheureusement, et elles sont très nombreuses, concernant les phénomènes migratoires. En tant que chercheure, je suis amenée à intervenir dans de nombreux débats, et je m'étonne, année après année, de voir combien les sujets que l’on traite ont beaucoup de mal à passer dans l'opinion publique, sauf auprès de gens convaincus. Et combien ces stéréotypes qui circulent fortement, reposent sur une très grande méconnaissance des sujets. L'ignorance faite lit des succès des ouvrages dont on a parlé, comme celui d'Éric Zemour, truffé d'erreurs sur le thème de l'immigration - je voulais le mentionner - et beaucoup d'autres ; de même que sur l'islamophobie, il y a énormément d'erreurs, par rapport aux travaux d'enquêtes sur la question.  

Comme la plupart des gens ne connaissent pas ces sujets, parce que le thème est peu enseigné à l'école, il fait partie d'un ensemble de savoirs qui ont été créés par des gens de ma génération, c’est à dire qui progressivement ont pris dans toutes les disciplines (histoire, économie, sociologie), pour créer un champ de recherches particulier sur l’immigration. Comme sur l'Europe ou sur quantité de sujets, la plupart des gens ignorent ces réalités et ces savoirs, sont extrêmement perméables aux idées reçues ; et à propos de ce thème, je vais essayer à chaque fois de rappeler ces idées reçues, qui sont contredites par toute une série de chercheurs, d'experts, de gens qui font des enquêtes de terrain, de rapports sur la question.  

En ce qui concerne la mondialisation, beaucoup de choses se sont passées depuis les 20 à 30 dernières années, qui ne sont pas perçues par l’opinion. Dans l’ensemble, l'opinion publique a l'image de l'immigration qui est celle des années 60 et 70, qui croit que l'immigré est quelqu'un de rural, très peu scolarisé, qui vient pour travailler, et qui va repartir dans son pays, et que s'il ne repart pas, c'est la catastrophe absolue pour la société du pays d'accueil. C'est une première idée reçue qui a 40 ans d'âge, et qui ne correspond plus du tout à la réalité. On a assisté depuis trente ans à une généralisation du droit de sortie. En fait, dans quantités de régions dans le monde, dont le bloc communiste, la Chine, il est devenu possible de sortir de chez soi, comme pour beaucoup de pays du Sud. Il est devenu possible de sortir, alors que le droit de sortie auparavant était accordé parcimonieusement. Mais il y a eu un durcissement du droit d'entrée, avec tous les effets pervers qu'on voit, et qui en sont le résultat : multiplication des sans-papiers, restrictions du droit d'asile, mineurs non accompagnés, trafics du passage, morts aux frontières etc. C’est le résultat de ce déséquilibre, parce que presque tous les pays du monde ont donné le droit de sortie, mais les pays d'accueil ont restreint et sécurisé le droit d'entrée.  

C'est un premier élément très important, car en fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, c'était l'inverse. Il était difficile de sortir de chez soi pour le plus grand nombre, parce que les Etats tenaient à leur population, pour des raisons agricoles, militaires, fiscales ; mais il était assez facile de rentrer quelque part, notamment dans les pays qui colonisaient mais aussi dans ceux qui étaient colonisés. Le système s'est inversé, on est passé d'un droit de sortie difficile à un droit d'entrée difficile. C'est un élément très important apparu depuis la chute du mur de Berlin.  

Deuxième élément très important, les migrations se sont mondialisées. Aujourd'hui, presque toutes les régions du monde sont concernées par les flux migratoires. Même si les flux, contrairement à une autre idée reçue, sont peu nombreux finalement. 3,1 % de la population mondiale, c'est 240 millions de personnes.  

Deuxième idée fausse dans ce registre, il y a autant de gens qui vont vers le Sud, que de gens qui vont vers le Nord. La plupart des gens ont du mal à accepter cette idée, les gens croient que tout le monde vient chez nous, que les grandes catastrophes des civilisations occidentales viennent du fait

que tout le monde veut venir chez nous. Or c'est faux, les pays du Sud attirent beaucoup. Les pays du Golfe sont la troisième région d'immigration au monde. Beaucoup de pays émergents sont devenus de grands pays d’immigration. La migration se généralise à la fois pour le départ, l'accueil, et le transit. Émigration, immigration, transit, beaucoup de pays sont les trois à la fois dans ce contexte.  

Autre phénomène qui s'est beaucoup développé, c'est l'individualisation du départ. Le migrant n'est plus quelqu'un qui vient parce qu'un patron est venu le chercher dans son pays d'origine, etc. Un migrant a souvent un projet, contrairement à une idée reçue, c'est quelqu'un de plus en plus urbanisé et scolarisé. Une étude récente fait apparaître que le niveau moyen des migrants, en termes de scolarité, est supérieur au niveau moyen d'éducation du pays où il arrive. C'est un phénomène colossal. Les gens croient que ce sont des pauvres, incultes, c'est totalement faux, beaucoup de gens ont envie de partir de chez eux. Beaucoup de gens ont un projet individuel de partir pour des raisons diverses (crise…) Mais en moyenne, ils sont plus scolarisés et formés que la moyenne de la population du pays. Dans ces profils individualisés, il y a les femmes, 51 % parmi les migrants internationaux, c'est un phénomène en pleine expansion. Ce qui explique un autre phénomène, qui coexiste avec la mondialisation, la régionalisation des flux. Aujourd’hui, il y a plus de migrants qui viennent de la même région, que de gens qui viennent d'ailleurs. Justement parce qu’il y a des migrants qui sont des femmes, qui vont moins loin que les hommes, parce qu'elles ont des contraintes familiales. Les mineurs non accompagnés, les réfugiés de conflits, les déplacés environnementaux, ce sont des gens qui ne vont pas très loin, qui vont dans le pays juste à côté, sauf pour ceux qui ont beaucoup d'argent. Tous ces nouveaux profils accentuent le phénomène de régionalisation.  

L'Amérique du Sud, l'écrasante majorité des migrants d'Amérique du Sud viennent d'Amérique du Sud. Ils vont des pays andins vers le Brésil, le Venezuela, l’Argentine le Chili, l’Uruguay. Si vous prenez l'Amérique centrale, le pôle d'attraction c'est les États-Unis, mais aussi le Mexique. Beaucoup de migrants, plus de la moitié des migrants viennent d'Amérique centrale, du Mexique et du Canada, ce n'était pas vrai il y a trente ans.  

L'Australie a rêvé d'être une Australie blanche, aujourd’hui, la moitié des migrants viennent d'Asie du Sud-Est.  

La Russie est le 4e pays d'immigration au monde. L’essentiel des flux viennent des pays de l'ex URSS, c'est-à-dire de la CEI, Asie centrale et Sud Caucase.  

Pour l'Europe, l'essentiel des migrants vient des pays de la rive sud des pays méditerranéens, et des pays européens, enfin devenus mobiles depuis 2004. Tout cela change très vite.  

En Afrique, un migrant sur deux va vers l'Afrique.  

En fait, on a à la fois un phénomène de mondialisation et de régionalisation des flux migratoires, qui change beaucoup les données du problème. Il y a des réponses, des tentatives d'adaptation de certaines régions à ce phénomène. On a des systèmes régionaux de libre circulation, qui se sont mis en place, et qui ne fonctionnent pas toujours très bien à cause des conflits et des crises : la CDAO, Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest. C'est une tentative entre 15 pays d'Afrique de l'Ouest de faciliter la circulation des personnes, le commerce, les échanges.  

Pour l'Amérique du Sud, il a l'UNASUR, variante du MERCOSUR, entre pays d'Amérique du Sud.  

En Afrique du Sud, on a trois ou quatre systèmes avec les pays avoisinants. Il y a l'ASEAN, entre les pays d'Asie du Sud-Est.  

Pour la Russie, du temps de l'URSS, on avait un passeport intérieur, le Propiska, aujourd’hui, la Russie a supprimé les visas.  

La Turquie a supprimé les visas avec 48 pays, dont les 28 de l'Union européenne pour faciliter les échanges, la circulation, le tourisme.    

C'est donc un système qui se régionalise tout en se mondialisant. C’est un phénomène qui va aller croissant.   

Un autre élément de cette réalité, qui explique les idées de l'extrême-droite, c'est que l'État-nation est le grand perdant de la mondialisation.  

Les États-nations sont les grands perdants de la mondialisation, car quantité de flux de migrations échappent au contrôle de l’État-nation, qui cherche à pratiquer des contrôles de l'identité etc. L'immigration est un élément de désordre international, dans un monde où chaque État aurait sa population à l'intérieur de ses frontières, qu'il contrôlerait. Les effets de tout ça, c'est des tentatives surtout militantes, mais pas seulement, de proposer un mécanisme de gouvernance de la migration ; il y en a d'autres, dans d'autres domaines. Mais la migration est une thématique qui a peu de légitimité sur la scène internationale, parce que les États d'accueil sont encore très forts. Les tentatives de proposer un mécanisme de gouvernance de la migration sont surtout des tentatives militantes, mais pas seulement. Dans le domaine de la migration, les États sont encore très forts. C'est le plus fort qui gagne. On est dans le Far-West, les États-Unis, le Japon, l'Europe, l'Australie, quelques grands pays du monde déterminent finalement les règles du droit à la mobilité, les autres pays doivent s'aligner devant les l'imposition de visas, de systèmes de contrôle.  

Kofi Annan avait proposé, il y a 10 ans, un système multilatéral, mettant autour de la table les pays d'accueil, les pays de départ, les associations, des O.N.G., tous ceux qui ont des intérêts divers autour des migrations, pour essayer d'établir des normes qui s'imposeraient aux États. C'est très difficile à mettre en œuvre, il y a eu, à ce sujet, deux dialogues de très haut niveau. Les forums sont très actifs sur les droits des femmes dans la migration, il y a eu deux forums locaux, le forum de Manille pour un travail décent, un forum sur l'égalité entre les hommes et les femmes au regard des droits, comme travailleurs migrants. Quantité de forums traitent des droits des femmes migrantes et des mineurs non accompagnés, et d'autres catégories. Ces forums essayent de soulever les situations les plus criantes, pour  les mettre sur la table, et en débat. C'est une forme de militance qui avance lentement. Il y a ce que certains appellent « d'étranges compagnons de lit », ceux qui sont pour l'ouverture des frontières (les patrons, les associations de droits l'homme, les associations de migrants,  les pays de départ), et de l’autre côté ceux qui sont contre, et qui n'ont pas l'habitude de militer ensemble : les pays d'immigration, les mouvements nationalistes, ceux qui craignent pour le welfare, qui sont aussi des gens très hétéroclites.  

Le militantisme pour cette cause progresse lentement, mais progresse un peu, parce que autour de cela sont mis en avant les effets pervers des modes de gestion des flux migratoires. 40 000 morts en Méditerranée depuis les années 1990, on a eu encore la catastrophe de la période de début janvier, où trois cargos sont arrivés en Italie, cela existe en permanence et de façon récurrente. On a abandonné Mare nostrum, en disant qu'il fallait que ce soit repris par Frontex, qui est surtout une politique de contrôle au niveau de l'Europe. Tout cela ne fonctionne pas, les politiques de dissuasion ont échoué depuis 30 ans. Deuxième constat, les politiques de fermeture des frontières ne sont pas possibles à mettre en œuvre. Les grands pays de destination sont l'Europe, les États-Unis, les pays du Golfe, la Russie. Pour ces grands pays, l'essentiel des flux sont des flux qu'on ne peut pas éviter, parce que ce sont des flux de droits : la plupart des gens qui entrent sont des gens qui entrent parce qu’ils en ont le droit : regroupement familial, demandeurs d'asile, étudiants.  

De façon plus modeste, le quatrième point, les gens qui viennent pour travailler, et qui veulent entrer, d'ailleurs fort difficilement, légalement sur le marché du travail.  

L'essentiel des flux sont donc des flux de droit. L'idée de la fermeture des frontières est impossible à mettre en œuvre, ne serait-ce que à cause des accords signés par les grands pays d'accueil, et au niveau de l'Europe, sur toute une série de dispositions. Notamment, en ce qui concerne la demande d'asile, il y a une clause de non rapatriement pour les personnes qui viennent des pays en crise, même si on ne leur donne pas le statut de réfugié. Pour les mineurs non accompagnés, il y a la déclaration des droits de l'enfant. La plupart des flux sont des flux de droit. Les politiques de dissuasion ont échoué.  

Troisième constat. L'idée de la substitution des Européens aux non Européens sur le marché du travail, sujet extrêmement débattu depuis 30 ans par le Front National, ne fonctionne pas. Malgré le chômage, il n'y a pas eu de substitution des nationaux aux étrangers, dans les secteurs qui sont les plus pénibles, les plus mal payés, soumis aux intempéries etc.   

Dans la plupart des grands pays d’immigration, le marché du travail est très segmenté, il n'y a pas de substitution des nationaux aux étrangers, sauf des cas très exceptionnels. C'est un élément auquel il faut répondre, car c'est un sujet qui court les rues, avec des « il n’y a qu’à ».  

Autre idée fausse, les politiques de retour n'ont donné aucun résultat. Les politiques de développement souvent mises en œuvre pour accompagner le retour, le rendre un peu plus doux, ne sont pas une alternative à la migration. Depuis 40 ans qu'il y a des travaux à ce sujet, on constate que ces politiques de développement n’ont rien à voir avec la migration, le développement crée la mobilité, il n'est pas une alternative à la mobilité. Plus il y a de développement, plus il y a de migrations. La migration est un facteur de développement humain. On est dans un monde de contradictions, de globalisation contradictoire. On est dans un monde de libéralisme économique, mais en même temps, le facteur humain est celui qui circule le moins facilement. Si on était vraiment dans un monde de libéralisme économique, les gens auraient le droit de circuler. On est dans une politique de  libéralisme, mais on a une politique ultra-sécuritaire sur le plan des flux migratoires. La plupart des pays du monde se réclament des droits de l'homme, qui sont bafoués, pour l'essentiel de la gestion des flux migratoires au quotidien. Autre contradiction, tous les rapports d’experts disent que la mobilité est un facteur essentiel de développement humain, et en même temps, les deux tiers de la population de la planète n'ont pas le droit de circuler librement, et sont soumis à des visas, quelle que soit la destination qu’ils se proposent d’avoir.  

Une classification a été faite sur le droit à la mobilité selon les pays du monde. Si on est danois, on peut circuler dans 164 pays du monde. Si on est originaire du Malawi, on doit fournir des visas pour toutes les destinations dans lesquelles on se propose d'aller. On a une inégalité flagrante, en termes du droit de circuler. Ce qui se joue dans la gouvernance, c'est l'idée de promouvoir le droit à la mobilité, comme droit de l'homme pour le XXIe siècle. En disant qu’une des plus grandes inégalités du monde, c'est le droit de circuler. Selon le pays où on est né, on a le droit de circuler ou pas. Aujourd’hui le monde bouge, le monde rencontre le monde. Au Sud, les gens veulent aussi bouger, ils veulent comme nous, vivre dans la mobilité, comme mode de vie. Cette incapacité pour le plus grand nombre d’entrer dans les catégories légales de la migration fait qu’il y a une économie du passage qui s’est développée, avec à la clé, pour pouvoir le financer, toute une forme d’économie parallèle, avec des formes de racket etc.  

Comment faire passer ces idées ? C'est très difficile. Les gens croient que si on ferme les frontières nationales, cela va arrêter la migration, que si on fait du développement, ils n'auront plus envie de venir chez nous, alors qu'en fait ils sont inondés, au Sud, d'informations et de réseaux qui donnent envie de bouger, quand il y a 40 % de chômage chez les jeunes scolarisés dans leur pays d’origine etc. Comment faire passer aussi l'idée que, ne serait-ce que par intérêt égoïste pour notre sécurité, on a intérêt à ce que les gens circulent, et à ne pas maintenir aux portes des pays européens des gens enfermés derrière des frontières, une population, avec un âge médian de 25 ans, de jeunes scolarisés 40 % de chômage etc. qui n'a pas le droit de bouger ? Et avec une offre de mobilisation islamiste à nos portes.  

Tout cela, ce sont des choses très difficiles à faire passer. Pourquoi ? Parce qu’on est dans le court terme. Les politiques ne font pas leur travail en la matière, ils essayent d'aller dans le sens de l'opinion publique, on est dans une politique d'opinion, de réponse à très court terme. On n'évolue pas beaucoup, en termes de réponse à cette question migratoire. Il ne s'agit pas d'être pour ou contre, mais de gérer une réalité. Le discours a en général 30 ans de retard, par rapport à la réalité. Avoir en tête que ce n'est pas en fermant les frontières qu'on va résoudre les problèmes. Avoir en tête que les migrants viennent pour des raisons légales, que les politiques de retour ont échoué depuis 40 ans mais il continue toujours à y avoir des politiques de retour, que le développement n'est pas une alternative à la migration, qu'il n'y a pas de substitution des nationaux aux étrangers.  

Tout cela a bien du mal à passer, et ne parlons pas des questions relatives à l'intégration. Là aussi, on a une série d'idées reçues qui ne correspondent pas à la réalité. Il ne faut pas oublier que, il y a deux semaines, on était dans un climat d'islamophobie terrible. Il y avait une médiatisation du livre de Zemmour et du livre de Houellebecq considérable, sur l'ensemble des médias. En Allemagne, le mouvement xénophobe progresse dans les rues de Berlin et ailleurs.  

On est dans un contexte qui exacerbe ces sentiments extrêmes, et qui leur donne énormément de publicité, et qui leur donne des facilités de réflexion et de langage, Et tout cela nuit à une approche rationnelle de ces questions.  

On ne parle d'immigration ni au G8, ni au G20, cela dérange. Donc, tant qu'on n’en parle pas en haut lieu, qu'on ne met pas en lien telle décision prise par le FMI ou la banque mondiale pour telle politique de développement , ou tels investissements dans telle région du monde, avec les conséquences que cela peut avoir sur l'immigration, comme tout est interdépendant, on n'avance pas sur le terrain d'une meilleure concertation. La bonne gouvernance serait de faire de la mobilité un bien public mondial. Accompagner les flux, au lieu de considérer que c'est une catastrophe, pour avoir une autre approche, et mieux valoriser les migrants, leur pays de départ et les pays d’accueil. On est très loin de cette approche positive, parce qu'on est dans une série de politiques, et d'opinions qui consistent à ne pas accepter l'idée que l'Europe est devenue une terre d'immigration, d'installation, de circulation et de peuplement. La plupart des gens refusent cette idée, qui est une réalité depuis 50 ans. L'Europe partage cette caractéristique, avec les pays du Golfe, d'être devenue au fur et à mesure des années une terre d'immigration et d'installation, sans accepter cette réalité. C'est une des raisons de cette politique aussi restrictive, soutenue par l'opinion."

Catherine Withol de Wenden est l'auteure de nombreux ouvrages dont :

Faut-il ouvrir les frontières? Paris, Presses de Sciences-Po, 2014

Le droit d'émigrer, Paris, CNRS Éditions, 2013

Pour accompagner les migrations en Méditerranée, Paris, l'Harmattan, 2013

Atlas des migrations. Paris, Autrement, 2012

Les nouvelles migrations. Paris, Ellipses, 2013

 

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