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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 09:15

Migrants : voici dix raisons d'ouvrir les frontières Une opinion de François Gemenne, politologue, chercheur et enseignant à l'Ulg (CEDEM) et à Sciences Po (Paris) et Michel Agier, Anthropologue, directeur de recherches à l’Institut de Recherche pour le Développement et directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), http://www.lalibre.be/debats/opinions/migrants-voici-dix-raisons-d-ouvrir-les-frontieres-55d6040335708aa4379f81c9.

suivi de Réfugiés : la France n’assume pas sa part, par Guillaume Duval, http://www.alterecoplus.fr/europe/refugies-la-france-nassume-pas-sa-part-201508281622-00001985.html.

Migrants : voici dix raisons d'ouvrir les frontières

Alors que l’Europe se barricade, pensant que les murs qu’elle dresse la protégeront d’un fantasmatique danger migratoire, voici, au contraire, dix raisons d’ouvrir les frontières.

Entre 2000 et 2014, 40 000 migrants sont morts aux frontières, dont 22 000 en tentant de rejoindre l’Europe, qui est aujourd’hui devenue la destination la plus dangereuse du monde pour les migrants. Depuis le début de l’année 2015, plus de 2 500 sont morts noyés en Méditerranée, alors qu’ils fuyaient violences et oppression en Syrie, en Erythrée ou dans d’autres endroits du monde. Le décompte macabre continue chaque jour, tandis que la répartition de ceux qui ont survécu au voyage fait l’objet de marchandages politiques souvent sordides, jalonnés de déclarations incendiaires. Face à cette faillite de l’Europe, nous affirmons qu’il serait plus rationnel, plus juste, plus sûr, d’ouvrir les frontières.

Contrairement à une idée trop répandue dans les médias et les discours politiques, cette proposition n’a rien d’un fantasme naïf et irréaliste. Au contraire : elle permettrait de sortir enfin d’un engrenage de violences qui a déjà fait des milliers de morts, et de dessiner un horizon pour un véritable projet politique européen en matière d’asile et d’immigration.

Voici dix raisons pour lesquelles il faut ouvrir les frontières.

1 - Fermer les frontières ne sert à rien

Notre premier argument est de bon sens. Le fait migratoire est un fait social, une réalité du monde contemporain, auquel il est absurde de vouloir résister. Vouloir empêcher les migrations est aussi vain que de vouloir empêcher la nuit de succéder au jour. Les gens ne choisissent pas de migrer ou de rester parce qu’une frontière est ouverte ou fermée. L’idée que la fermeture des frontières puisse limiter les flux migratoires est irréaliste et criminelle, et méconnaît complètement la réalité des migrations. Elle ne fait que rendre les déplacements plus précaires, plus coûteux et plus dangereux, transformant la Méditerranée en charnier. Ouvrir les frontières, c’est avant tout permettre aux gens de migrer dans des conditions sûres et dignes, c’est arrêter le massacre, mettre un terme à la tragédie qui se joue actuellement aux frontières de l’Europe.

2 - Coup d’arrêt au business des passeurs

C’est la fermeture des frontières qui permet le business des passeurs. Au contraire, ouvrir les frontières, légaliser les mobilités de tous, c’est tuer dans l’œuf le business de ceux qui ont fait profession du trafic de cargaisons humaines, en profitant d’une économie de la prohibition. C’est la manière la plus efficace de lutter contre les passeurs.

3 - Le fantasme de l’invasion

L’invasion annoncée est un fantasme. Aucune enquête n’a prouvé la véracité des "appels d’air" ou des "invasions" tant annoncées et fantasmées. Faire croire que l’ouverture ou la fermeture des frontières permet la maîtrise des flux migratoires est un mensonge électoraliste. La construction du mur entre le Mexique et les Etats-Unis n’a nullement ralenti les flux migratoires entre les deux pays, pas plus que l’ouverture de la frontière entre l’Inde et le Népal n’a provoqué d’afflux massifs de migrants.

4 - Faciliter la mobilité

L’ouverture des frontières permettrait à de nombreux migrants de rentrer au pays et de revoir leur famille. Cela faciliterait la circulation des personnes, c’est-à-dire aussi les mouvements d’allers et retours, d’entrées et de sorties. Beaucoup de migrants sont aujourd’hui coincés dans leur pays de destination, dont ils n’osent pas sortir par peur de ne plus pouvoir y revenir ensuite.

5 - Effacer les zones d’ombres

Cela ferait disparaître les zones d’ombres de l’illégalité dans lesquelles les migrants se retrouvent de force, et non par choix. Soyons légalistes : le fait d’autoriser et d’accompagner les libres circulations permettrait de mieux les "voir" et les connaître. Ouvrir les frontières, ce n’est pas supprimer les frontières : c’est simplement permettre la libre circulation, pour mieux accompagner les migrations et s’assurer qu’elles se déroulent dans les meilleures conditions possibles.

6 - Un droit fondamental

La liberté de circulation est un droit fondamental. C’est à la fois une question de liberté fondamentale et une question d’égalité. Aujourd’hui, le destin des uns et des autres reste avant tout déterminé par l’endroit où ils/elles sont né-e-s. C’est la fermeture des frontières qui crée cette inégalité insupportable, ce privilège du lieu de naissance. L’ouverture des frontières reconnaît la légitimité de toute migration, et le droit à la mobilité de chacun. Le droit de quitter son pays est inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, mais la fermeture des frontières empêche de le mettre en œuvre.

7 - Progrès social

C’est la condition d’un progrès social. La légalisation des migrants permet d’augmenter et de rendre visible la contribution aux prestations sociales des travailleurs immigrés et de leurs employeurs, tout en améliorant leurs conditions de rémunération. La migration ‘illégale’, par nature, ne peut plus exister avec des frontières ouvertes : les situations de précarité administrative disparaissent et les conditions de travail s’améliorent et s’harmonisent.

8 - Potentiel économique

Cela permettrait aux migrants de déployer leur plein potentiel économique dans les pays de destination et d’origine. Toutes les études montrent que la contribution économique à leur pays de destination est d’autant plus positive que leur situation y est sûre et légale. Rendre toutes les migrations légales ferait de facto disparaître l’immigration "clandestine", et permettrait aux migrants de déployer leur plein potentiel économique dans le pays d’accueil. Leur contribution économique est aussi dirigée vers leur pays d’origine : l’apport financier des migrants par leurs transferts d’argent au pays est au moins trois fois plus important que "l’aide au développement" officielle des pays industrialisés, trop souvent instrumentalisée dans le but fallacieux et vain de réduire les flux migratoires.

9 - Cesser la guerre aux migrants

Pour remettre l’hospitalité au centre de la politique. Partout en Europe, on voit des voisins solidaires et mobilisés, un tissu associatif dense capable d’organiser l’accueil des étrangers et d’aider leur insertion. Ce sont les formes d’une hospitalité sans condition qui existent déjà et qu’un gouvernement aurait la possibilité de mobiliser et d’aider, à l’opposé de la guerre aux migrants qui forme aujourd’hui le régime officiel de pensée et d’action.

10 - L’humanisme comme valeur politique

Parce que l’ouverture des frontières permet de réaffirmer l’unité de l’Homme. Contre toutes les formes de déshumanisation que nous ne cessons d’observer dans le monde, contre le retour de l’idée d’indésirabilité d’une partie des humains qui avait déjà marqué les années 1930 à propos des Juifs ou des exilés espagnols, nous avons le choix de redire l’unité de l’Homme et de traduire cette idée en politique. Contre le retour des effets désastreux de l’obscurantisme, il s’agit simplement de relancer l’humanisme comme valeur politique.

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Réfugiés: la France n’assume pas sa part

71 morts dans un camion en Autriche, 150 dans un bateau devant les côtes de Libye... Les jours se suivent et se ressemblent : ils montrent que l'Europe est confrontée à une grave crise et que, bien qu'étant la première puissance économique mondiale et l'une des zones les plus riches de la planète, elle est totalement incapable d'y faire face de manière décente. Et la France porte - certes avec d'autres - une responsabilité non négligeable dans cette incapacité. 

Selon les chiffres d'Eurostat, entre janvier et juin 2015, l'Union européenne a enregistré 420 000 demandes d'asile contre 260 000 l'an dernier, un quasi-doublement. Sur ces 420 000 demandes, 170 000 ont été déposées en Allemagne, soit 40 % du total alors que les 83 millions d'Allemands représentent 16 % de la population européenne. Ils n'étaient "que" 80 000 l'an dernier : chez nos voisins, le nombre des réfugiés a donc plus que doublé. Non sans susciter des réactions xénophobes violentes en particulier dans l'Est du pays même si – globalement – la société civile et la classe politique allemande ont été exemplaires. L'explosion des demandes d'asile est encore plus impressionnante en Hongrie, pays de moins de dix millions d'habitants : elle en a reçu 67 000 au premier semestre 2015 contre 5 400 en 2014…
Pendant ce temps la France, pays des droits de l'homme dirigé actuellement par un gouvernement de gauche, n'a enregistré que 27 000 demandes d'asiles au premier semestre, soit 6 % du total européen alors que les 66 millions de Français représentent 13 % de la population de l'Union. Qui plus est ces 27 000 demandes sont -elles - en baisse significative par rapport aux 32 000 enregistrées en 2014.

La France accorde deux fois moins souvent l'asile que la moyenne européenne

Il faut dire que la France traite si mal les réfugiés – elle leur accorde en particulier pour l'instant deux fois moins souvent l'asile que la moyenne européenne – que ceux-ci cherchent soigneusement à l'éviter. Mince consolation : les Britanniques de David Cameron se montrent encore plus hostiles que nous aux malheureux qui fuient la guerre et la misère : le Royaume-Uni accueille encore deux fois moins de réfugiés que la France…

La France refuse les quotas européens

Compte tenu de sa situation économique et démographique, il n'est pas choquant que l'Allemagne reçoive davantage de réfugiés que les autres et en particulier que la France, mais il n'y a évidemment aucune raison pour que cet écart soit aussi important : il a été de un à six sur les six premiers mois de 2015.

Curieusement, le gouvernement allemand se montre favorable dans ce domaine à la solidarité et aux transferts entre pays européens. Et il a raison, même s’il devrait accepter aussi cette même logique dans d'autres domaines, et notamment sur le terrain de la crise de la dette. Mais quand la Commission européenne a proposé de mettre en place un mécanisme de répartition obligatoire entre pays européens des demandeurs d'asile, le gouvernement français a été un de ceux qui s'est le plus vigoureusement opposé à cette proposition, freinant jusqu'ici tout progrès vers une solution collective à cette crise humanitaire majeure. Dans le contexte actuel, le très faible de nombre de réfugiés (mal) accueillis en France et la mauvaise volonté hexagonale vis à vis d'une solution européenne sont une honte pour notre pays.

Guillaume Duval

 

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commentaires

vérosimar 07/09/2015 21:38

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