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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 14:34

 

 

Par Jade Lindgaard le 24 février 2016 pour Mediapart

EDF veut prolonger la durée de vie de ses réacteurs, mais seule l’Autorité de sûreté peut l’y autoriser. Les exigences du gendarme du nucléaire exaspèrent le groupe, qui craint de ne pouvoir faire face aux énormes dépenses rendues nécessaires par le vieillissement de son parc de production.

« Alors ça, c’est une question qu’on ne m’avait jamais posée ! » Dans son bureau sans apparat de Montrouge, au sud de Paris, le président de l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN), Pierre-Franck Chevet, prend quelques secondes de respiration.

La demande est : « Si EDF fait faillite, qui est responsable de la sûreté du parc ? » La réponse arrive en plusieurs temps pendant l’heure d’entretien qui suit : « S’il n’y a personne qui d’une quelconque manière reprend ou assure la mission, s’il n’y a pas d’exploitant, il n’y a pas de fonctionnement. Je ne peux pas vous répondre mieux. Il faut des gens en salle de commande et pour la maintenance. Mais s’il n’y a personne qui assure le cadre de sûreté, ça ne peut pas marcher. Si à un moment on constate que le fait d’être en situation de faillite, pour prendre un cas extrême, conduit à ce que concrètement les règles de sûreté ne puissent plus être appliquées sur tel ou tel réacteur, on les arrête. »

Polytechnicien, ingénieur général du corps des Mines, cet homme de 55 ans tient entre ses mains une grande partie du sort du système nucléaire français : en 2018, l’ASN rendra un avis générique sur la possibilité de prolonger la durée de vie des réacteurs nucléaires les plus anciens (ceux des centrales de Tricastin, Gravelines, Blayais, Chinon, Bugey, Cruas) au-delà de 40 ans. EDF souhaite les faire tourner jusqu’à 50 ou 60 ans, mais est soumis à l’autorisation de l’ASN, agence indépendante créée en 2006, qui fixera les conditions de sûreté auxquelles la prolongation sera possible. Ses pouvoirs ont été renforcés par la loi de transition énergétique.

 

Pierre-Franck Chevet, président de l'ASN (Reuters/Charles Platiau).

L’exploitant devra alors estimer s’il est techniquement capable et économiquement en état d’y répondre. Ce sera la décision la plus importante du secteur depuis le lancement du programme électronucléaire à la fin des années 1970. Chacun des 58 réacteurs du parc sera ensuite examiné, un à un, à partir de 2019. Même si le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, affirme ne vouloir fermer que deux réacteurs dans les dix ans à venir, et table donc sur le prolongement d’au moins la moitié du parc actuel, une période décisive s’ouvre pour le secteur. Pour EDF et Areva, le moment ne pourrait pas être pire, compte tenu de leur vulnérabilité économique. D’après Europe 1, Ségolène Royal donne en partie raison à l’électricien en acceptant le principe d’un prolongement de la durée de vie des centrales jusqu’à 50 ans. Mais cela contredirait les objectifs de la loi de transition énergétique (50 % de nucléaire en 2025) et surtout, ce n’est pas de son ressort. Contacté à plusieurs reprises à ce sujet, le cabinet de la ministre de l’écologie n’a pas répondu.

Début 2016, lors de ses vœux à la presse, Pierre-Franck Chevet secoue la trentaine de journalistes venus l’écouter en déclarant que « le constat en matière de radioprotection et de sûreté est particulièrement préoccupant. Je n’ai pas employé ces mots l’année dernière. Je les emploie aujourd’hui ». Trois sujets inquiètent le gendarme du nucléaire : la phase d’enjeux sans précédent, les difficultés économiques des industriels en première ligne, le manque de moyens pour l’autorité de contrôle.

« Quand je dis que la situation est préoccupante, ce n’est pas pour dire qu’EDF est au bord de la faillite », précise-t-il dans son bureau. Mais « je ne sais pas qui, il y a trois ans, aurait imaginé la situation actuelle. Ça change totalement la donne. On a beau être une très bonne autorité de sûreté, ce qui était le cas avant que j’arrive, sans avoir un bon exploitant, ça ne marche pas ». Un bon exploitant ? « Celui qui, techniquement, a les capacités et, économiquement, a les latitudes qui permettent de faire les investissements de sûreté quand il y en a besoin. Il faut des exploitants en état de marche, une autorité en état de marche et un processus de participation du public qui marche. Ce n’est pas un huis clos, la sûreté nucléaire. »

Ce discours exaspère EDF dont certains dirigeants s’en prennent ouvertement à l’autorité de contrôle, accusée d’en faire beaucoup trop. Lors d’une réunion récente de responsables de la production nucléaire, certains y déclarent que « l’ASN, ça commence à bien faire », selon un participant. Dans son document « Cap 2030 » sur ses orientations stratégiques des quinze prochaines années, le groupe se fixe officiellement l’objectif de « refonder la relation avec l’ASN ». Selon un spécialiste en sûreté au sein du groupe, « refonder la relation avec l’ASN », ça veut dire « l’ASN nous met des bâtons dans les roues, on ne pourra plus faire de nucléaire ». D’après le récit d’un expert maison, EDF bénéficiait d’une avance sur l’ASN en moyens de calcul sur les modèles servant à évaluer la sûreté des réacteurs. Elle a fondu, alors que l’électricien réduit ses budgets de recherche et que l’autorité de sûreté a renforcé ses compétences, notamment grâce à l’utilisation de codes open source de simulation. Résultat : l’exploitant a plus de difficultés à remplir les dossiers qu’il doit remettre au gendarme du nucléaire. Contacté à ce sujet, EDF répond que « Dans le contexte d'évolutions réglementaires produites par l'ASN très nombreuses, EDF s’attachera à toujours mieux anticiper et comprendre les demandes de l’ASN en amont des chantiers et ainsi garantir le succès du programme industriel. » Le groupe cite l'exemple de la réglementation sur les équipements sous pression nucléaire (ESPN) qui « a nécessité un travail conséquent pour être industriellement réalisable ce qui a eu un impact sur certains chantiers. »

 

 cap-2030

Dans une autre instance administrative où l’on traite des enjeux énergétiques, lors d’une réunion, un représentant syndical se lâche, selon un participant : « Il va falloir calmer l’ASN. » Un conseiller ministériel parle d’une « fatwa » contre l’ASN de la part des grands acteurs de l’énergie. Pour Pierre-Franck Chevet, président de l’autorité de contrôle : « Ils se plaignent, ça prouve que sans doute nous avons de l’effet. » Ces critiques l’inquiètent-elles sur sa capacité à se faire respecter ? « Pas particulièrement. Pour un gendarme du nucléaire, le fait de ne pas être adoré par tout le monde, on connaît. Je ne dirais pas qu’on en tire de la satisfaction, on n’est pas comme ça, mais globalement, ça fait partie du métier. On fait notre boulot. » De son côté, Greenpeace continue de trouver l’ASN « très prudente » dans ses critiques. « Il a fallu les relancer plusieurs fois pour qu’ils disent que ce sont eux et eux seuls qui décideraient in fine si le couvercle et la cuve de l’EPR sont OK », explique Cyrille Cormier, spécialiste énergie et climat de l’ONG.

 

1,7 milliard d’euros par réacteur en moyenne

En réalité, la pression qui s’exerce sur l’ASN est énorme. Pour les spécialistes, elle porte le nom codé de « VD4 », la quatrième visite décennale (« VD »). Tous les dix ans, les réacteurs des centrales électriques sont inspectés de fond en comble. Mais le contrôle des 40 ans est une étape beaucoup plus exigeante : « Il ne se passe pas des choses effroyables particulières quand elles atteignent 40 ans, par contre c’est un âge assez respectable pour une installation industrielle, explique Pierre-Franck Chevet. Peut-on les prolonger ? Peut-on améliorer la sûreté de ces installations ? Ce sont les dossiers devant nous, et il y en a beaucoup. »

Entre 1977 (construction de la centrale de Fessenheim) et 1986, EDF a construit 41 réacteurs nucléaires. Dans les dix ans qui viennent, ils vont tous atteindre leur 40e année, durée de vie que l’exploitant ne comptait pas dépasser au départ. « Quand on traduit cela en quantité de travaux à faire, ça veut dire qu’ils seront amenés à faire, à l’occasion de la quatrième visite décennale, quatre fois plus de travaux qu’ils ne le font maintenant sur leurs réacteurs, explique le président de l’ASN. Pour un industriel, être capable de délivrer en toute qualité et en toute sûreté quatre fois plus de travaux à horizon 2019/20, c’est une charge énorme… Entre 2020 et 2025, entre sept et huit réacteurs feront leur visite décennale chaque année. » 

 

 

 Carte des réacteurs nucléaires en France (ASN)

Yves Marignac, expert en sûreté nucléaire, directeur du bureau WISE Paris, est plus direct : « Les conditions dans lesquelles EDF aborde industriellement le mur des 40 ans sont les pires qu’on puisse imaginer. Les chantiers liés à la prolongation de la vie des centrales, lors de leurs quatrièmes visites décennales, vont très au-delà de la capacité qu’EDF a démontrée ces dernières années, alors que cette capacité est détériorée par la crise d’Areva et ses propres difficultés économiques. C’était déjà un mur. Et là on creuse un fossé en s’approchant de ce mur. EDF n’a pas les capacités pour assurer les délais de la prolongation de tout le parc. La maîtrise de cette opération est conditionnée par le "sacrifice" d’un certain nombre de réacteurs. » Selon son estimation, le volume de chantiers et les dépenses nécessaires au passage des 40 ans équivalent à construire cinq EPR en France chaque année. Or les travaux du réacteur de nouvelle génération à Flamanville ont pris dix ans de retard et leur coût a triplé. 

En 2011, EDF a lancé son « grand carénage », d’un montant global de 55 milliards d’euros : une série d’investissements à réaliser d’ici 2025 pour assurer la maintenance de ses centrales et répondre à la dégradation de la performance de son parc. Contrairement à une idée reçue, il ne couvre pas toutes les dépenses liées à la prolongation de la durée de vie des installations nucléaires, puisqu'il concerne pour une grande part des dépenses liées aux précédentes visites décennales. Selon la Cour des comptes dans son dernier rapport annuel, la réalisation du programme de maintenance pourrait atteindre près du double, 100 milliards d’euros (entre 2014 et 2030), soit 1,7 milliard d’euros par réacteur en moyenne. La moitié de ces investissements est liée à la sûreté. 

 

 Action de Greenpeace lors du transport de la cuve de l'EPR de Flamanville, le 12 février (©Greenpeace)

Dans ces conditions, le prolongement de la durée de vie des centrales ne pourra se faire qu’au prix d’un compromis entre sûreté et économie, selon Yves Marignac : « L’ASN et les dispositions globales de gouvernance de la sûreté ont beaucoup à perdre à ce compromis, selon lui. L’équilibre du compromis, sa possibilité même, dépendra du rapport de force sur ces questions. Il n’est pas favorable à la sûreté. Mais l’analyse technique reste ouverte, et nous verrons quelle exigence sera tenue, par exemple sur l’introduction de récupérateurs de corium [quand le cœur du réacteur entre en fusion – ndlr] ou le renforcement des piscines de stockage de combustibles. »

Du fait de leur cadence intensive de construction dans les années 80, tous les réacteurs sont du même type, par catégorie de puissance. Historiquement, ce fut un avantage en termes de sûreté : les mêmes réparations peuvent être réalisées partout. « Mais si jamais on passait à côté d’une anomalie à son stade précoce, on n’aurait qu’une solution : imposer l’arrêt d’une dizaine de réacteurs dans la semaine ou dans les 15 jours », analyse Pierre-Franck Chevet. « Cette situation peut arriver. Elle n’est pas totalement improbable. Je l’ai vécue personnellement au début des années 90 : j’étais à l’ASN, nous avons découvert un problème de corrosion sur un couvercle de cuve en fonctionnement à la centrale de Bugey [dans l’Ain – ndlr]. On ne savait pas d’où ça venait, ni le nombre de réacteurs concernés. Pendant une semaine, la question s’est posée : que fait-on pour les autres ? On arrête le parc ou pas ? Heureusement, en une semaine, EDF a proposé un système pour repérer une éventuelle fuite. Mais on est passé à deux doigts de la situation où l'on aurait dû arrêter une dizaine de réacteurs en une semaine. » 

D’un côté, l’ASN promet son extrême vigilance. De l’autre, EDF assure publiquement de son absolu respect des règles de sûreté. Mais la réalité est moins glorieuse. Les graves anomalies sur la cuve et le couvercle de l’EPR n’ont été détectées que grâce au contrôle de l’ASN. Areva, fabriquant de la cuve, n’a pas attendu le résultat des tests d’évaluation pour insérer la cuve à l’intérieur du bâtiment réacteur. Il n’a pas repéré les graves défauts de son produit, et EDF a décidé de démarrer le montage avant la fin des essais de qualification. Pour Pierre-Franck Chevet, « l’anomalie de la cuve à Flamanville a été détectée parce que nous avons fait un certain nombre de demandes insistantes. Les contrôles internes des entreprises Areva et EDF n’avaient pas fait ce qu’il fallait pour détecter l’anomalie. C’est une situation très compliquée pour nous parce qu’on travaille par sondage. On n’est pas derrière chaque geste ». Plus les difficultés économiques d’EDF s’aggraveront, moins les conditions de garantie de sûreté seront réunies.

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