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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 11:13

Aujourd'hui à New York, les chefs d’États et de gouvernement signent l'accord de Paris de la COP21. L'occasion de relancer l'idée d'une Organisation Mondiale de l'Environnement, comme indiquée dans la tribune ci-dessous et publiée ce jour par Libération, par Olivier de Schutter Ex-rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l'alimentation et professeur à l’Université catholique de Louvain, Philippe Lamberts Coprésident du groupe des Verts-ALE au Parlement européen, Benjamin Joyeux écologiste européen, fondateur de l’association pour la promotion de l’Organisation mondiale de l’environnement (L’APOME), Vandana Shiva écologiste et féministe indienne, le 21 avril 2016.

Un iceberg flottant dans l'Antarctique le 2 mars 2016. Cette région sauvage est menacée par le réchauffement climatique Photo EITAN ABRAMOVICH. AFP

Les grandes entreprises mondiales du pétrole offshore se sont encore réunies début avril pour s’accorder sur leur stratégie mondiale afin de pouvoir creuser toujours plus profond dans les océans à la recherche d’hydrocarbures. États et multinationales sont d’accord: l’accord de Paris marque un beau moment de communication solennelle mais nullement une date historique mondiale pour sauver notre climat.

Ce vendredi 22 avril à New York, sur invitation du Secrétaire Général des Nations unies Ban Ki Moon, se déroule la cérémonie de signature de l’accord de Paris, en présence de chefs d’État et de gouvernement du monde entier. Un peu plus de quatre mois après la conclusion de la COP 21 en grande pompe au Bourget, ce rendez-vous doit marquer la première étape du processus de ratification. La communauté internationale exprimera à nouveau sa volonté de poursuivre «l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C». L’accord de Paris impose à l’ensemble des pays de revoir à la hausse leurs objectifs climatiques.

Mais du papier au réel, il y a un fossé: à cette heure, sur le terrain absolument rien ne change. Deux exemples illustrent tristement ce constat: en plein scandale du dieselgate, les autorités françaises ont fait pression sur Bruxelles pour faire baisser les seuils d’émission de pollution de l’air, c’est-à-dire changer les règles plutôt que punir la triche, dans l’intérêt des constructeurs automobiles et non du climat et de la santé des Européens. Plus récemment, les grandes entreprises mondiales du pétrole offshore se sont retrouvées à Pau du 5 au 7 avril pour se mettre d’accord sur leur stratégie mondiale afin de pouvoir continuer à creuser toujours plus profond dans les océans à la recherche d’hydrocarbures.

États et multinationales sont d’accord: l’accord de Paris marque un beau moment de communication solennelle mais nullement une date historique mondiale pour commencer enfin à changer de modèle pour sauver notre climat. Chaque minute qui passe, la possibilité de limiter l’élévation des températures à 1,5°C s’éloigne malgré toutes les belles promesses. Comme un fumeur qui en fume toujours une dernière avant d’arrêter malgré les alertes sur sa santé, le système économique mondial continue sa course aveugle et mortifère à la croissance et au productivisme en contradiction totale avec les objectifs de la COP21. Les négociations du Traité transatlantique pour augmenter les échanges commerciaux entre l’Union européenne et les États-Unis symbolisent à quel point la recherche du profit l’emporte sur le souci de sauvegarder la planète, notre climat et le sort des générations futures.

Il est temps de siffler la fin de la récréation. Si l’on ne peut compter ni sur les États agissant isolément, ni sur les grandes entreprises, il faut se doter d’un gendarme international aux pouvoirs contraignants et à la légitimité indiscutable, susceptible de mettre en œuvre tant les objectifs de la COP21 que les plus de 300 conventions et traités internationaux de droit de l’environnement. On ne manque pas d’engagements solennels en la matière. Mais cessons enfin de prendre les mots pour la chose: ces engagements demeurent largement inappliqués car leurs objectifs sont vus comme non prioritaires par rapport aux chiffres de la croissance, du PIB et de la balance du commerce extérieur.

Nous appelons donc à la relance de l’Organisation Mondiale de l’Environnement. Cette belle idée, portée par des ONG et des associations écologistes durant les années 2000, reprise ensuite par des chefs d’État même en France, a finalement été balayée par la crise économique mondiale à partir de 2008 et abandonnée par manque de courage politique. Pourtant, si cette OME existait pour rappeler aux autres institutions internationales, aux États et aux grandes entreprises leurs devoirs et leurs obligations en matière de climat et d’environnement, elle pourrait grandement aider à faire passer un message tout simple: en l’état actuel de notre planète, la bonne marche des affaires et la croissance des profits de l’actionnariat ne peuvent plus constituer la priorité absolue primant sur la sauvegarde même de la vie sur Terre.

A l’instar de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui depuis plus de vingt ans encourage la réduction progressive des droits de douane grâce à la clause de «la nation la plus favorisée», nous avons besoin d’une OME qui pourrait imposer le respect d’une clause de «la nation à l’environnement le plus favorisé», pour que l’État signataire le plus exemplaire en matière de protection environnementale et d’atténuation du changement climatique impose progressivement à tous ses partenaires de s’aligner sur les critères les plus exigeants en la matière. Il s’agirait de subordonner l’accès aux marchés au respect, par les partenaires commerciaux de l’État en question, de standards jugés équivalents. C’est une forme d’incitation à une course vers le mieux-disant. C’est une telle liaison entre commerce et environnement qui a permis par exemple au protocole de Montréal, adopté en 1987, d’amener à l’abandon progressif des CFC, ces gaz responsables de la destruction de la couche d’ozone dans l’atmosphère.

Nous ne fétichisons pas particulièrement les institutions internationales et nous savons les limites des solutions imposées d’en haut. Cependant, la mise sur pied de mécanismes contraignants, introduisant davantage de cohérence dans la gouvernance mondiale constituerait sans conteste un progrès.

Si nous voulons vraiment mettre en œuvre les objectifs de la COP21 et faire enfin primer le droit de l’environnement sur le droit des affaires, il faut se doter d’une Organisation Mondiale de l’Environnement. Le programme des Nations Unies pour l’environnement existe déjà. Il ne reste plus qu’à le transformer pour lui donner enfin les pouvoirs et la légitimité de son rôle et de ses objectifs. Le temps presse.

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