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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 09:54

Les réfugiés ne fuient pas que la guerre. Pour des femmes et des hommes d'Afrique ou du Moyen-Orient, il s'agit aussi d'échapper aux persécutions dues à leur homosexualité. Même si celles-ci sont loin de s'interrompre à leur arrivée en Europe.

Par Blaise Gauquelin, correspondant du Monde à Vienne (France).

POLINE HARBALI

POLINE HARBALI

Adeyinka est une " fière Nigériane ". C'est important pour elle de le dire, même si, comme, pour les autres réfugiés interrogés, nous avons dû changer son nom pour ne pas la mettre en danger. " Au pays ", elle ne manquait de rien. Son père avait beaucoup d'argent. Elle y a fait d'excellentes études. Et elle " aime sa religion ", l'islam. A 33  ans, hébergée dans un foyer réservé aux lesbiennes migrantes, dans la banlieue de Vienne, en Autriche, elle survit désormais avec les quelques dizaines d'euros que lui donne chaque semaine une association caritative chrétienne.

" Je suis belle, et cela m'a causé beaucoup de problèmes. Je serais morte si je n'avais pas pris la route ", énonce-t-elle sur un ton déterminé, dans un bar où elle se sent en confiance, parce qu'elle est accompagnée d'une responsable de l'association autrichienne Queer Base, l'une des très rares en Europe à apporter, grâce à des fonds municipaux, un soutien spécifique aux demandeurs d'asile gays, trans et lesbiens.

Le parcours d'Adeyinka est à l'image de celui des milliers d'homosexuels qui ont gagné l'Europe au milieu des Syriens, des Irakiens et des Afghans fuyant les conflits, à l'occasion de la vague historique des migrants de 2015. Il est entaché de la violence particulière -réservée aux minorités sexuelles, mais aussi éclairé d'une entraide qui semble spécifique à cette communauté.

Beaucoup de migrants prennent la route pour des raisons intimes. C'est un fait méconnu par les sociétés occidentales, comme par leurs pouvoirs publics. Et pour cause : la plupart du temps, les principaux intéressés cachent les raisons réelles de leur exil forcé, ce qui complique leur accès à l'asile.

Il est difficile de prendre contact avec eux. Encore plus dur d'obtenir leur confiance. Ils ont peur de la trahison et de la mort, car leur tête, souvent, est mise à prix par un clan, une tribu, un chef de famille ou une autorité religieuse.

C'est le cas pour Adeyinka, notre " belle Nigériane ", qui ose pour la première fois raconter la litanie de brimades que constitue sa vie. Elle a été mariée de force à un homme d'affaires " laid et vieux ". " Il se disait très pieux, mais cela ne l'a pas empêché de me -violer et de me mettre enceinte plusieurs fois, alors qu'il voyait le dégoût que m'inspirait le moindre de nos contacts. Ses enfants, mes enfants, je les ai détestés. "

Un jour, elle est surprise en train de faire l'amour avec sa maîtresse et battue à coups de ceinture. Son époux la jettera ensuite dans la voiture de deux hommes. " Ils m'ont enfermée dans une maison où j'ai été torturée sexuellement pendant des jours. J'ai réussi à m'enfuir, j'ai récupéré l'argent que j'économisais depuis des années en secret et je suis partie. "

Le Niger, la Libye : la jeune femme connaissait bien le chemin de l'Europe. Elle avait préparé sa route. Pour traverser la Méditerranée, comme des centaines de milliers d'anonymes, elle a payé ces passeurs redoutés, qui font basculer les destins. " Pour nous, femmes noires, la couleur de nos peaux est une malédiction. Aux yeux des trafiquants, nous valons plus que l'or ! Ils m'ont vendue à la mafia nigériane, en Italie. J'avais quitté un enfer, pour devoir en découvrir un autre, sans doute plus sombre encore. "

Adeyinka aurait dû servir dans un réseau de prostitution forcée. Pourtant, la route des migrants homosexuels est parfois semée d'anges gardiens. Car nombre d'entre eux doivent en effet leur survie à des gays et des les-biennes, qui les ont aidés dans leur périple. " Un homo italien a tout de suite compris que je n'étais pas comme les autres filles. Je me suis sentie en confiance. Je lui ai dit que j'étais lesbienne. Il m'a pris un billet de train et m'a dit d'aller en Autriche. Si j'étais restée en Italie, les Nigérians m'auraient tuée. Ici, dès que je croise une femme noire, je regarde ailleurs. Je sais que la mafia me recherche. Dans la rue, je ne parle à personne. Les hommes m'accostent sans arrêt : “How much, how much ?” Ils veulent encore -disposer de mon corps. "

" Surtout ne pas attirer les ennuis "

Adeyinka, qui ne sait pas ce que sont devenus ses enfants et ne pense pas les revoir un jour, ne se sent à son aise que les jeudis, à la tombée de la nuit. Toutes les semaines, une soirée est organisée pour que les demandeurs d'asile homosexuels puissent se retrouver, casser leur isolement, se rendre compte qu'ils ne sont pas tout seuls.

Le lieu de leur rencontre est tenu secret : les menaces sont multiples. Une transsexuelle a été retrouvée morte étranglée en janvier 2015 dans sa chambre de Vienne. Elle était pourtant originaire d'un pays souvent considéré comme sûr : la Turquie, où les conditions de survie des personnes transgenre sont en fait terrifiantes. Il est très difficile à leurs ressortissants d'obtenir le statut de réfugié en -Europe. Il n'y a pas longtemps, un Irakien jugé efféminé s'est fait insulter par une famille arabe, dans le métro. Il y a aussi les skinheads, qui aiment à " casser du pédé ". Et puis, bien sûr, le danger islamiste. " Mais heureusement, on a de bons contacts avec une des membres de l'association LGBT de la police, qui a sensibilisé ses collègues à notre cas particulier ", explique Cécile Balbous, une Française, salariée de Queer Base. Une fois à l'intérieur, les demandeurs d'asile se lâchent.

Ils sont chaque fois une cinquantaine. -Maçon originaire des territoires conquis au Moyen-Orient par le groupe Etat islamique, serveur somalien, étudiante afghane : tous échangent avec des Autrichiens venus pour les aider. Leur hantise : qu'un djihadiste se fasse passer pour homo et intègre à son tour la soirée. Chaque fois, les nouveaux venus sont scrutés. Et gare aux hommes trop " virils " ou à ceux qui n'ont pas les bons codes vestimentaires : on les prend souvent pour des espions. Les préjugés n'épargnent personne.

Parmi les piliers du jeudi, il y a Mokhran. Cet Erythréen a passé six mois dans un camp du Tyrol à tenter de masquer son homosexualité pour échapper aux questions insistantes de certains des migrants. " Il faut faire le bonhomme dans ces camps, raconte-t-il en tirant sur sa cigarette. Dissimuler qui on est vraiment : mettre une capuche, marcher comme les autres réfugiés. Surtout ne pas attirer les ennuis. "

Cette fois, la soirée est proposée par une association gay juive. Les disques qui passent sont israéliens ou syriens. Et c'est la découverte de tout un monde pour Mokhran qui, à 19  ans, n'a lui aussi connu que les humiliations, l'angoisse et les coups. " C'est la première fois que je peux m'amuser, danser, rigoler, être moi-même ", hurle-t-il pour tenter de couvrir la musique des divas orientales.

" Les réfugiés viennent d'une zone interdite, commente Marty Huber, une autre salariée de l'association Queer Base. Au début, ils ne savent pas comment gérer leur liberté nouvelle. Pour eux, être homo parfois, c'est faire des trucs trash. On tente de canaliser un peu ces découvertes qu'ils font, après des années de frustration. " Les primo-arrivants sont conseillés sur les pratiques à risque, notamment lorsqu'ils pensent à devenir des travailleurs du sexe. On leur suggère de se faire discrets sur les réseaux sociaux : la géolocalisation des applications de drague sur mobile a par exemple valu à l'un d'eux d'être passé à tabac.

Certains demandeurs doivent également monter des dossiers complexes pour la prise en charge de traitements antirétroviraux ou hormonaux, très chers dans les deux cas. D'autres menacent de se suicider, coincés dans des coins de campagne depuis plus d'un an où ils sont brimés, dans l'attente de leur premier entretien. S'ils quittent la commune dans laquelle ils sont enregistrés, leur dossier de demande d'asile est suspendu – ils se retrouvent alors sans hébergement, sans sécurité sociale et sans argent –, et les homosexuels ne sont pas toujours considérés comme faisant partie des groupes vulné-rables pouvant déposer une demande de transfert vers Vienne.

" frères de destin "

On leur conseille également de ne jamais mentir aux personnels qui étudient leur demande, alors que certains ont peur de dévoiler la raison exacte de leur fuite, notamment à cause des traducteurs, dont plusieurs ont été jugés ostensiblement homophobes. Il faut parfois répondre aux questions intimidantes de l'employé du ministère de l'intérieur, qui s'étonne de voir des parcours de lesbiennes mariées et mères de famille ou demande pourquoi tel jeune homme ne tait tout simplement pas ses préférences sexuelles pour pouvoir retourner dans son pays d'origine.

Les réfugiés homosexuels souffrent de solitude. Comme les autres migrants, ils ont laissé derrière eux leur culture, leur pays, leur langue d'origine, mais aussi, la plupart du temps, leur entourage, dont ils doivent faire le deuil. Pour se reconstruire, ils se raccrochent à leurs " frères de destin ", ceux qui, comme eux, ont dû fuir en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

Un groupe d'Africains de l'Est, pas exemple, est devenu inséparable. Quatre garçons d'une vingtaine d'années, qui habitent tous dans une maison mise à leur disposition par la municipalité. Parmi eux, il y a Suleyman, qui ne sait ni lire ni écrire. Il a dû assister à la lapidation de son petit ami, enterré jusqu'à la tête. Lui-même a été condamné à mort.

Abdelkrim, un garçon androgyne de 19 ans qui veut devenir top-modèle et adore s'habiller en fille, est particulièrement content : hier, un dentiste lui a réparé les dents qu'on lui avait brisées, pour le punir de " s'être laissé monter comme une femme ". " Mes problèmes ont surgi lorsque j'avais 12 ans et que j'ai commencé à me maquiller, raconte-t-il. La tante qui m'élevait m'a alors interdit de sortir. Chez moi, si quelqu'un découvre que tu es gay, il doit te dénoncer, sinon il est puni aussi. " Emprisonné après un scandale, Abdelkrim devait être tué d'une balle dans la tête à sa majorité. Il a pu fuir grâce à la complicité d'un policier qui s'était entiché de lui. Un autre amoureux lui a fourni un faux passeport et le billet d'avion pour Istanbul.

Ce matin-là, flanqué de ses compagnons, il va chercher son allocation au siège d'une ONG. " On y va en groupe, comme ça, les autres réfugiés n'osent pas nous insulter ", murmure-t-il. Dans la rue, les quatre compères font semblant de ne pas se connaître. Ils écoutent Rihanna sur leurs iPhone.

En attendant le bus qui tarde à venir, Suleyman est accosté par un homme originaire du même pays que lui. Il ne lui répond pas. " S'il voit que je lui parle dans sa langue, il va nous filmer et poster la vidéo sur YouTube. " Des pages entières localisent les réfugiés homos en Europe et incitent à la violence à leur égard. Car même ici, la chasse aux gays n'est pas finie.

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