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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 12:17

Jamais la question animale n'a été aussi présente dans les débats de société et le champ politique. Au risque, craignent certains, d'en oublier les libertés et les droits de l'homme par Catherine Vincent pour Le Monde le 25 novembre 2016

Photographie tirée de la série « Amelia and the Animals », représentant la fille de la photographe · Robin Schwartz

Photographie tirée de la série « Amelia and the Animals », représentant la fille de la photographe · Robin Schwartz

 

Ce n'est plus une tendance, c'est une lame de fond. Un Parti animaliste vient d'être créé, un collectif d'intellectuels appelle à la création d'un secrétariat d'État à la condition animale, les colloques se succèdent autour du statut juridique et éthique des bêtes, un collectif nommé Animal politique publie cette semaine un manifeste visant à " inscrire la condition animale dans le débat politique des prochaines échéances électorales "

Dans la société française comme dans l'arène politique, jamais cette question n'a été si présente. Au point que certains s'en inquiètent. C'est le cas du philosophe Francis Wolff, qui dénonce la perspective de " droits des animaux " comme " une caricature grotesque des droits de l'homme ". Ou encore du sénateur Jean-Louis Carrère, qui invite à " établir des garde-fous afin que la préoccupation pour le bien-être animal ne puisse prendre le pas sur les libertés et les droits de l'homme ". La prise en compte du point de vue animal éprouverait-elle notre humanité ? Le fait d'accorder un statut juridique particulier aux animaux relève-t-il, comme l'affirment certains, d'un " anti-humanisme " ? Ou bien s'agit-il, au contraire, d'un " humanisme augmenté " ?

Émergence de l'" antispécisme "

Au regard des avancées de la science, la cause est entendue : les animaux sont des êtres sensibles – donc capables de souffrir –, doués d'intelligence, d'émotions et parfois de culture. Or, les vidéos tournées en caméra cachée dans les élevages industriels ou les abattoirs en témoignent : jamais l'humanité ne les a maltraités, exploités et consommés de manière aussi massive qu'à notre époque. Ce paradoxe criant a favorisé l'émergence, ces dernières décennies, d'un courant de pensée " anti-spéciste " selon lequel les espèces animales méritent le même respect que l'espèce humaine et sont des " sujets de vie ".

C'est sur ce fondement éthique que des associations ont obtenu en France, en février  2015, la redéfinition de l'animal dans le code civil : il est désormais considéré comme un " être vivant doué de sensibilité ". Mais cette prise en compte du point de vue animal ne va pas sans heurts. Car admettre que ce qui nous sépare des bêtes est moins une différence de nature que de degré, cela revient à bouleverser en profondeur la position, très surplombante, que l'homme s'est donnée par rapport à la nature. Une position héritée de la Grèce antique, qui culmina en Europe à partir du XVIe  siècle sous le nom d'humanisme.

Au départ, Platon comme Aristote avaient pourtant imaginé un modèle continuiste : selon cette représentation biologique, il n'existait pas de séparation tranchée entre les espèces inférieures, les hommes et les dieux. Mais cette théorie, pour les Anciens, présentait un défaut de taille : elle ne reflétait pas le statut particulier de l'homme, même si celui-ci détenait des facultés paraissant lui être propres. " Il fallait donc construire un modèle théorique capable de rendre compte d'une “nature humaine”, irréductiblement distincte du reste de la nature ", précise Patrice Rouget, enseignant en philosophie et auteur de La Violence de l'humanisme (Calmann-Lévy, 2014).

Pour s'en sortir, Platon et Aristote ébauchèrent alors une seconde représentation, " selon laquelle le genre des animés se divise en trois catégories essentiellement distinctes : l'animal, l'homme et le dieu ". C'est dans cette conception métaphysique de l'homme " que se noue, dès le début de la philosophie, le destin des animaux tel qu'il ne fera que s'aggraver jusqu'à aujourd'hui ", résume Patrice Rouget. Une philosophie renforcée dans un premier temps par le christianisme, pour lequel, rappelle l'historien Eric Baratay, professeur à l'université Lyon III, " l'image de la bête est forgée en opposition à celle de l'homme ". Puis confirmée par Descartes et son " animal-machine ", qui donne à notre supériorité humaine une caution scientifique déterminante dans l'Europe du XVIIe  siècle : c'est à cette époque que s'épanouit l'humanisme, un courant culturel et moral très préoccupé par les droits fondamentaux de l'être humain – mais fort peu par le reste du vivant.

Il faut attendre le néodarwinisme du XXe  siècle pour voir apparaître en Occident une autre forme d'humanisme, dite évolutionniste. Encouragé par la pensée écologique dans les années 1970, ce mouvement philosophique s'interroge sur la place et le destin de l'humanité dans son environnement. La question, cependant, reste très anthropocentrée : s'il s'agit de savoir comment optimiser les relations de l'homme et de son biotope, c'est avant tout dans notre propre intérêt.

Il en va autrement, en théorie du moins, dans les cultures orientales. Le bouddhisme, contrairement aux religions monothéistes, rejette l'idée que l'homme occupe le sommet de la création : il estime que tous les êtres ont le droit fondamental d'exister et de ne pas souffrir. De même l'hindouisme prône largement le végétarisme et considère l'alimentation carnée au regard de la souffrance infligée aux bêtes. D'où l'assertion de Gandhi, hindouiste convaincu : " On peut juger de la grandeur d'une nation par la façon dont les animaux y sont traités. "

L'homme d'un côté, les animaux de l'autre : en Occident, telle est la règle. Pour combien de temps  encore ? Seule certitude : le socle de cette tradition philosophique se fragilise à mesure que s'accumulent les connaissances des éthologues, ces spécialistes du comportement animal qui rognent année après année notre " propre de l'homme ". Et les conditions faites aux bêtes, médiatisées sous la pression croissante des associations, sont venues déranger les consciences. Mais cette évolution suscite un fort clivage, comme en témoignent deux événements récents survenus dans l'arène politico-médiatique française.

Le premier s'est joué le 4  octobre, sous les ors du Sénat, où se tenait un colloque au titre explicite : " L'Homme et les animaux : vers un conflit de civilisations ? " Pour ses organisateurs – parmi lesquels l'Observatoire national des cultures taurines, fervent défenseur de la corrida –, il y a un " danger de rupture entre des populations attachées aux valeurs de l'humanisme et celles qui prétendent lui substituer l'idéologie animaliste ". L'anthropologue Jean-Pierre Digard (CNRS), par ailleurs membre de l'Académie d'agriculture, s'y est notamment inquiété de la modification apportée en  2015 au statut des animaux dans le code civil, considérant qu'elle mettait en cause, entre autres, " l'humanisme hérité des Lumières dans lequel l'animalisme n'a de cesse d'enfoncer de nouveaux coins ". Cette préoccupation a pris une tournure plus politique lorsque le sénateur (PS) des Landes, Jean-Louis Carrère, a annoncé, lors du même colloque, son intention de demander la création d'une commission d'enquête parlementaire sur le mouvement animaliste. " Il y a dans l'animalisme, dont les ramifications s'étendent dans le monde entier, des origines financières qui me préoccupent ", a précisé l'élu, interrogé par téléphone. Il n'en dira pas plus.

La seconde joute récente concernant l'importance qu'il convient d'accorder aux animaux s'est jouée dans nos colonnes. Le 18  octobre y était publié un manifeste, signé par une vingtaine de personnalités scientifiques et juridiques – parmi lesquelles le psychiatre et éthologue Boris Cyrulnik, le moine bouddhiste Matthieu Ricard et la philosophe Élisabeth de Fontenay. Elles demandaient la création d'un secrétariat d'État à la condition animale. " Prendre en compte les intérêts des animaux, avec qui nous partageons ce monde, est devenu une question sociétale, politique et démocratique et ne peut que favoriser la construction d'une société plus humaine dans l'intérêt des hommes, des animaux, de la planète ", concluaient-elles.

Le 27  octobre, le philosophe Francis Wolff, professeur émérite à l'ENS, publiait en réponse une tribune cinglante, affirmant que nous n'avons nul besoin d'un secrétariat d'État pour améliorer la protection des animaux. " Les grands moments de sensibilité “animalitaire” sont rarement corrélés à des mouvements de compassion “humanitaire” ", estimait-il. Et d'ajouter qu'au regard des " quelques milliers de réfugiés " que nous peinons à accueillir sur notre sol " on est parfois mieux défendu “chez nous” lorsqu'on est un animal d'une autre espèce que lorsqu'on est un être humain d'une autre culture ". Animalisme contre humanisme, nous y revoilà.

" Pourquoi le fait d'être juste avec les animaux entraînerait-il obligatoirement le fait d'être injuste avec les humains ? ", rétorque Vinciane Despret. Si cette philosophe, professeure à l'université de Liège (Belgique), salue le procédé auquel Francis Wolff a recours – " utiliser le pouvoir mobilisateur du scandale fait aux animaux pour demander plus de justice pour les réfugiés, c'est faire son métier de philosophe humaniste " , elle ne partage pas sa vision exclusive selon laquelle ou bien on s'occupe des humains, ou bien on s'occupe des animaux. " En politique, l'idée première est de concilier le plus d'intérêts possible, en les hiérarchisant selon les priorités. C'est à cela qu'il est intéressant de réfléchir, plutôt que perdre son temps autour d'un conflit entre animalisme et humanisme ", estime-t-elle. Mais le conflit existe bel et bien. Si frontal parfois qu'il faut en interroger les raisons.

" Tyrannie du bien "

La première pourrait être la légitime défense. " Certains défenseurs de l'humanisme “classique” répondent de manière outrancière à des attaques qui l'ont été aussi, souligne la philosophe Corine Pelluchon, auteure d'un Manifeste animaliste à paraître en janvier  2017 chez Alma. Les mouvements de libération animale ne sont pas toujours bienveillants envers l'humanité et exercent parfois une “tyrannie du bien” contre laquelle d'autres réagissent. " Mais il y a sans doute autre chose. Un choc culturel ? Une résistance à reconsidérer la place de l'homme dans la nature, la peur d'y perdre nos privilèges ? Pour Vinciane Despret, les travaux d'anthropologues tels que Philippe Descola ou le Brésilien Eduardo Viveiros de Castro, en montrant qu'il existait d'autres conceptions que la nôtre sur le rapport de l'homme à la nature, ont en tout cas produit " un effet de déstabilisation sur notre métaphysique anthropocentrée, une intelligence collective qui fait que beaucoup d'entre nous comprennent qu'on ne peut plus penser comme on pensait auparavant ".

À ce point de bascule entre deux conceptions philosophiques, les tenants de l'humanisme classique mèneraient-ils un combat d'arrière-garde ? Cela expliquerait pourquoi leurs arguments peinent à convaincre. Tel celui, brandi de façon récurrente, de la grande loi de protection des animaux promulguée par l'Allemagne nazie en  1933, qui laisserait penser que la sensibilité à la souffrance animale est sourde à la souffrance humaine. " On sait maintenant que ce projet de loi avait été déposé au Parlement en  1928 par le SPD, le Parti social-démocrate d'Allemagne… On est donc loin de l'affrontement politique auquel certains veulent faire croire ! ", corrige Eric Baratay.

Anthropocentrisme

Ce spécialiste de l'histoire des relations hommes-animaux rappelle par ailleurs que l'opposition entre animalisme et humanisme n'existait pas au XIXe  siècle, lorsque la protection animale s'est développée en France. " Que ce soit pour Hugo, Zola, Michelet ou Maupassant, la défense des animaux allait de pair avec celle des femmes, des enfants, des pauvres. En  1850, lorsqu'on adopte en France la loi de protection des animaux, elle est soutenue par Victor Schœlcher, qui fait abolir l'esclavage ", détaille l'historien, pour qui la défense des animaux, loin de s'y opposer, procède d'un " humanisme élargi ".  Il en va de même pour l'écrivain Vincent Message, qui souligne que " si nous restons enfermés dans l'étroitesse de notre anthropocentrisme, le seul héritage que laissera notre espèce sera d'avoir provoqué la sixième extinction massive de l'histoire de la planète ".

" Opposer les intérêts des hommes et ceux des animaux relève d'une pensée disjonctive, qui nous laisse croire que nous devrions choisir entre ces causes, alors que tout -indique au contraire qu'elles se recoupent, qu'il faut penser la convergence des luttes ", ajoute l'auteur de Défaite des maîtres et possesseurs (Seuil, 304  p., 18  euros) – roman remarqué dans lequel les hommes ne sont plus l'espèce dominante de notre planète. " Prendre en compte les intérêts des animaux, c'est élargir notre sphère de considération morale, développer des valeurs d'empathie et d'altruisme qui permettent de lutter plus largement contre toutes les formes de violence et de discrimination. " On retrouve cette conception ouverte dans un passionnant ouvrage de Sue Donaldson et Will Kymlicka, Zoopolis (Alma, 408 pages, 25,90  euros), dans lequel ces deux philosophes canadiens ébauchent une politique des droits des animaux fondée sur l'idée de communauté citoyenne.

Enrichir nos sphères culturelles et morales en accueillant la communauté des bêtes : tel est aussi le message du Parti animaliste, présenté le 14  novembre, qui rejoint la quinzaine de partis se consacrant à cette cause dans le monde. Annonçant vouloir se concentrer sur la question animale, " afin que celle-ci ne soit plus diluée parmi d'autres thématiques ", cette formation entend " prouver que les avancées dans ce domaine seront salutaires pour les animaux, mais aussi pour les humains ".

Une initiative que Corine Pelluchon salue avec confiance, estimant que " ses fondateurs, modestes et engagés, sont allés voir ce qui se fait en Europe depuis dix ans dans ce domaine et ont bénéficié des conseils de ces autres partis ". Le rôle de cette nouvelle structure ? À ses yeux, il s'agit de contribuer à former l'opinion publique, et, plus encore, celle de nos représentants. " A droite comme à gauche, ces derniers n'ont pas encore compris combien cette question devenait importante socialement et culturellement, affirme la philosophe. Ils n'ont pas compris que la cause animale, loin d'être une obsession d'extrémistes, est la cause de l'humanité. Car elle souligne tous les dysfonctionnements, aux effets délétères pour nos sociétés humaines, de notre modèle actuel fondé sur l'exploitation sans limites des vivants et de la nature. "

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