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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 10:09

Les populations du Sud algérien mobilisées contre le développement des hydrocarbures non conventionnels accueillent avec méfiance les promesses du ministre de l’Énergie, qui se dit prêt à privilégier les énergies renouvelables. Par Rosa Moussaoui le vendredi 19 Mai 2017 pour L'Humanité.

Manifestation, en mars 2015, dans le village d’In Salah, dans le désert du Sahara, prélude à une mobilisation durable. Farouk Batiche/AFP

Manifestation, en mars 2015, dans le village d’In Salah, dans le désert du Sahara, prélude à une mobilisation durable. Farouk Batiche/AFP

C’est un virage à 180 degrés et, pour les populations du Sud algérien, une précieuse avancée, à défaut d’une victoire définitive. « L’Algérie n’a pas besoin pour le moment d’exploiter le gaz de schiste que recèle le sous-sol du pays », annonçait fin avril le ministre de l’Énergie et des Mines, Noureddine Boutarfa. Priorité, donc, à l’exploitation du gaz conventionnel et aux énergies renouvelables qui font l’objet d’un programme visant, à l’horizon 2030-2035, la production de 22 000 MW. Déjà, 22 centrales sont en chantier à travers le pays, assure le gouvernement. Objectif, économiser 300 milliards de mètres cubes de gaz alors même que la consommation nationale explose, fragilisant à moyen terme l’indépendance énergétique du pays.

Dans ce domaine, l’Algérie a accumulé un net retard. Le même Noureddine Boutarfa, alors PDG de l’entreprise nationale Sonelgaz, excluait, il y a deux ans, de faire des énergies renouvelables une priorité, en raison de « contraintes financières » et du coût jugé trop lourd des investissements nécessaires à la transition énergétique. Au même moment, pourtant, le géant pétrolier Sonatrach était prêt à débourser 52 milliards d’euros d’investissement sur vingt ans pour exploiter le gaz de schiste. Mais le 27 décembre 2014, l’inauguration du premier forage pilote dans le bassin de l’Ahnet à In Salah, dans le sud du pays, allumait un conflit social d’une ampleur inédite.

Une première victoire pour le mouvement citoyen

Tout au long de l’année 2015, les manifestations et grèves se sont succédé, d’abord à In Salah, puis la mobilisation a gagné les communes voisines et finalement tout le Sud, malgré la répression et le harcèlement judiciaire des figures de la protestation. Au-delà des périls que fait peser la fracturation hydraulique sur l’environnement, avec des risques sérieux de contamination des sols et des nappes phréatiques, les opposants à l’exploitation du gaz de schiste s’alarmaient des quantités d’eau colossales requises par cette technique, dans des régions en situation de stress hydrique permanent. « La région d’In Salah a déjà été particulièrement touchée par l’utilisation irrationnelle et abusive des ressources en eau, ce qui a accéléré la dégradation d’un milieu naturel fragile », rappelaient des experts dans une demande de moratoire. Autre point de cristallisation de la contestation, l’implication, publique ou plus opaque, de multinationales étrangères.

De blocages de routes en campements aux abords des sites d’exploration, de plantations d’arbres en réunions publiques, la vague anti-gaz de schiste a pris la forme d’un mouvement citoyen autonome, résolument pacifique, avec un engagement très fort des femmes et de la jeunesse. « C’est un mouvement spontané, issu des populations locales, qui tient sur la durée », commentait à l’époque Hocine Malti, ancien cadre de la Sonatrach. Aujourd’hui, les protestataires observent avec méfiance les revirements du gouvernement. « Les lobbies favorables à l’exploitation du gaz de schiste restent puissants et très actifs. Ce recul traduit juste une manœuvre du gouvernement », tranche Tahar Belabbas, figure de proue du mouvement des chômeurs du Sud, très engagé dans cette mobilisation écologiste. Ce militant rappelle que les formations politiques liées au pouvoir, FLN en tête, ont défendu pendant la campagne des élections législatives le développement des hydrocarbures non conventionnels. Ancien premier ministre et chef du Rassemblement national démocratique (RND), Ahmed Ouyahia, l’actuel directeur de cabinet du président Bouteflika, use même des grosses ficelles en accusant la France d’orchestrer le mouvement anti-gaz de schiste. « José Bové et ses amis ont tenté de convaincre des Algériens que le gaz de schiste est contre leurs intérêts. Lorsqu’on sait qu’une puissance étrangère cherche par tous les moyens à vendre ses centrales nucléaires… Son intérêt est dans l’abandon par l’Algérie de la nouvelle source non conventionnelle de gaz. Nous avons les deuxièmes plus importantes réserves mondiales après la Chine et ils ne veulent pas qu’on les exploite », avait-il affecté à la veille du scrutin. Sans convaincre dans le Sud, où la vigilance reste de mise, et où l’on promet déjà de nouvelles mobilisations contre ces « investissements empoisonnés ».

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