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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 10:05

L’omniprésence du bâti dans les agglomérations forme des îlots de chaleur qui accentuent localement le réchauffement de la planète. Par Simon Roger le 31 mai 2017 pour Le Monde. Lire aussi Les documents d'urbanisme continuent à planifier la destruction des espaces naturels, alors que les Etats-Unis d'Amérique ont décidé de quitter la communauté internationale dans sa lutte contre le dérèglement climatique ! 

Le « miroir d’eau » à Bordeaux, en mai 2017. MEHDI FEDOUACH / AFP

Le « miroir d’eau » à Bordeaux, en mai 2017. MEHDI FEDOUACH / AFP

À répéter que les acteurs non étatiques en général, et les villes en particulier, contribuent à lutter contre la surchauffe de la planète, on en oublierait presque un autre constat : les collectivités territoriales font aussi partie du problème. Les agglomérations les plus densément peuplées risquent même de subir des hausses de température très élevées, jusqu’à 8 °C d’ici à la fin de ce siècle, si rien n’est fait pour soigner leurs penchants énergivores.

Dans une étude publiée lundi 29 mai par la revue Nature Climate Change, le Mexicain Francisco Estrada, le Néerlandais W. J. Wouter Botzen et le Britannique Richard Tol (associés à l’Institut d’études environnementales de l’Université libre d’Amsterdam) en apportent une démonstration éclairante. Alors qu’elles ne représentent que 1 % de la surface de la planète, les villes consomment près de 78 % de l’énergie mondiale et sont responsables de plus de 60 % des émissions de dioxyde de carbone de l’ensemble de la planète, rappellent d’abord les trois chercheurs.

Les auteurs s’attachent ensuite à quantifier les effets combinés du réchauffement climatique global et du phénomène local des « îlots de chaleur urbain » ou ICU, des contrastes de température observés entre le cœur des villes et les zones rurales. Construisant ses calculs à partir d’un panel de 1 692 cités du monde entier – les agglomérations de plus de 30 000 habitants formant le socle de leur base statistique –, l’équipe estime qu’un quart des villes et les deux tiers de la population urbaine ont souffert, entre 1950 et 2015, d’une hausse de température supérieure à la moyenne mondiale de 0,6 °C.

Végétalisation des toits, changements de matériaux

Selon ses projections, le phénomène devrait s’amplifier avec la croissance ininterrompue des émissions de gaz à effet de serre. D’ici à 2100, les 5 % de villes les plus peuplées « pourraient voir des hausses de températures de 8 °C et plus », prédit Francisco Estrada.

Un coup de chaud largement dû, selon les chercheurs, à la multiplication des îlots de chaleur dans le tissu urbain mondial. « Aujourd’hui, la plupart des grandes villes sont confrontées à [ce phénomène], né de l’extension des surfaces minérales qui interceptent l’énergie lumineuse le jour et l’emmagasinent la nuit, observe Erwan Cordeau, chargé d’études air, énergie, climat, à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile-de-France. Ces ICU peuvent avoir un intérêt énergétique l’hiver, réduisant les besoins de chauffage, mais ils représentent un défi majeur au moment des vagues de chaleur estivales. »

Des solutions permettent de faire face à cet effet induit de la croissance urbaine. Les experts de l’Université libre d’Amsterdam en esquissent quelques-unes : la végétalisation des toits urbains, l’essor du couvert forestier à proximité de la ville, la pose de chaussées restituant l’énergie solaire, etc. « La végétalisation est une piste intéressante, confirme Erwan Cordeau. On peut intervenir aussi sur le choix des matériaux de construction, [en favorisant ceux] captant moins le rayonnement lumineux, sur les schémas de circulation de l’air en ville, et plus globalement sur la planification territoriale », mais sans perdre de vue que le problème nécessite des réponses au cas par cas, suivant la physionomie de la ville.

Jusqu’à 6 °C d’écart dans Paris

À cela s’ajoute un autre prisme, celui du niveau de développement économique des villes confrontées à la hausse des températures. « Dans les pays industrialisés, l’enjeu est celui de la réhabilitation du bâti, précise l’expert de l’institut francilien. Dans les métropoles en forte croissance des pays du Sud, le défi est d’intégrer les solutions bioclimatiques dans les pratiques de construction. »

S’ils n’ont pas poussé l’analyse jusqu’à distinguer villes du Nord et villes du Sud, les chercheurs ont tenté en revanche d’évaluer le coût de ces changements nécessaires pour rendre la température plus supportable. Selon leur fourchette de prévisions, une ville qui refuserait d’appliquer des stratégies résilientes pourrait perdre environ 1,5 % de produit intérieur brut d’ici à 2050, et entre 2,3 % et 5,6 % à l’horizon 2100. « Nous espérons que notre étude va renforcer l’intérêt des universitaires et des dirigeants pour des études de cas qui permettent d’aider ensuite à la prise de décision », suggère Francisco Estrada.

À Paris, qui figure parmi les 1 692 villes analysées, la canicule de 2003 a été le révélateur de cet impératif d’adaptation au réchauffement climatique. Cet été-là, la capitale a enregistré des écarts de température allant jusqu’à 6 °C entre le 19e arrondissement (Nord-Est) et le bois de Vincennes (Sud-Est). Depuis, une réflexion est en cours sur la gestion de crise et les alternatives en matière d’aménagement : nouveaux revêtements urbains, végétalisation… et une meilleure maîtrise de l’eau, en surveillant l’état de la nappe phréatique ou en valorisant l’utilisation des eaux de pluie. Des mesures de ce type devraient se généraliser à l’échelle planétaire car, d’ici à 2050, 75 % de la population mondiale sera urbaine, avec des mégapoles plus nombreuses et plus peuplées.

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