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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 15:20

Artisans de la candidature de Paris, l’ancien patron du rugby mondial Bernard Lapasset, son bras droit Étienne Thobois, issu de l’agence Keneo, et le champion Tony Estanguet ont réussi leur coup. Mais l'opacité de la gestion du Groupement d'intérêt public et le versement contesté de «primes de succès» font débat. Le 13 septembre 2017 Par Antton Rouget pour Médiapart.

Étienne Thobois, Tony Estanguet et Bernard Lapasset autour d'Anne Hidalgo  © aroundtherings.com

Étienne Thobois, Tony Estanguet et Bernard Lapasset autour d'Anne Hidalgo © aroundtherings.com

Trois hommes : un dirigeant sportif, un lobbyiste et un champion olympique. Pour un joli coup : réussir à convaincre puis à mobiliser les pouvoirs publics en vue d’organiser les Jeux olympiques à Paris. Ce mercredi 13 septembre, à Lima (Pérou), Bernard Lapasset, Étienne Thobois et Tony Estanguet savourent leur victoire devant les caméras du monde entier. Le Comité international olympique (CIO) a officiellement désigné la France pour accueillir les JO 2024. Le fruit d’une opération périlleuse pour ce triumvirat couronné de succès.

Il y a quatre ans à peine, même au sommet de l’État, peu de personnes croyaient pourtant en la possibilité d’une candidature française : les JO coûtent cher, leur image est durablement ternie par les scandales de corruption et le traumatisme de l’échec de la candidature de Paris 2012 est encore trop vif. Le défi est alors immense pour Bernard Lapasset, l'ancien homme fort du rugby mondial qui a créé en avril 2013 le Comité français du sport international (CFSI), une coquille vide pour promouvoir l’accueil des Jeux en France.

Lapasset présente sur le papier le profil idéal pour porter un tel projet : président de l’International Rugby Board (IRB) jusqu’en 2016, il est alors l’un des rares dirigeants français à la tête d’une fédération internationale. Il connaît par ailleurs parfaitement les arcanes du CIO depuis qu’il a réussi à faire du rugby à 7 une discipline olympique. Et il jouit dans le petit monde sportif d’une réputation sérieuse, que même les récentes révélations de Mediapart sur son ancien conseiller Claude Atcher, n’ont jusqu’à présent pas écornée.

Dès 2013, Lapasset enchaîne les rencontres ministérielles et convainc Laurent Fabius, alors ministre des affaires étrangères, d’activer le réseau diplomatique du Quai d’Orsay. Son bras droit au sein du CFSI, Michaël Aloïsio, un ancien de la Fédération de taekwondo et du ministère des sports, rencontre lui, en janvier 2014, les membres de la « délégation interministérielle à l’intelligence économique », rattachée aux services du premier ministre. Ce premier rendez-vous discret a pour objet de commencer à « cartographier les “boards et collatérales” des différentes instances, notamment ceux du Comité international olympique », et d'entamer les opérations de lobbying auprès de ces derniers en « nouant des alliances de circonstance avec des acteurs publics ou privés et avec d’autres comités très influents ». Dans le même temps, Lapasset fait, avec succès, le forcing auprès de Manuel Valls et de François Hollande, lequel se déclare publiquement, le 6 novembre 2014, « favorable » à une candidature de Paris.

Lettre de Bernard Lapasset à Laurent Fabius © Document Mediapart

Lettre de Bernard Lapasset à Laurent Fabius © Document Mediapart

L'opacité de la gestion du GIP en question

Cette déclaration d'intention se concrétise par la création du groupement d’intérêt public (GIP) « Paris 2024 » fin 2015. Cofinancé à hauteur de 60 millions d'euros par le public (État, la Région Île-de-France et la ville de Paris, 10 millions chacun) et des partenaires privés, le GIP est, dans les faits, contrôlé par le mouvement sportif. Les comités olympique et paralympique (CNOSF et CPSF) disposent au sein de son bureau, son conseil d'administration et son assemblée générale de 55 % des voix contre 45 % pour la ville de Paris, la région et l'État (15 % chacun). Et les sportifs se montrent bien peu soucieux de l’information au public.

Si elles sont certifiées par un contrôleur d’État, les dépenses du GIP n’ont jamais été communiquées en détail. Un document interne consulté par Mediapart permet uniquement d'avoir une vision globale sur ses principaux postes de dépenses. En tête du palmarès, se trouvent les salaires :  pour une cinquantaine d'employés (selon cette dépêche de l'AFP), la masse salariale atteint plus de 14 millions d'euros sur toute la période d'activité de la structure (moins de trois ans). La planification et les études (autour de 12 millions d'euros) arrivent en seconde position, suivis de près par la communication et les opérations de mobilisation du public (10 millions d'euros). La section « Relations internationales » comprenant notamment les missions d'« Intelligence et analyse » est dotée de près de 6 millions d'euros.

Une opacité similaire règne sur le versement de primes. Selon nos informations, le bureau exécutif de Paris 2024 du 29 août 2017 a voté l'attribution de « primes de succès »  aux salariés du GIP. Celle-ci était conditionnée à l'attribution des JO à Paris, au dégagement d'un excédent financier ainsi qu'à la levée de plus de 30 millions d'euros de fonds privés. Trois objectifs remplis. Mais l’épisode n’a pas fini de faire jaser. D’abord parce que le « succès » de Paris a été acquis face à… personne, depuis le retrait de son seul concurrent Los Angeles. Ensuite parce qu’une grande partie des membres concernés sera vraisemblablement réembauchée dans les nouvelles structures qui verront le jour pour organiser les JO. Enfin, et surtout, parce que le montant des primes a été calculé proportionnellement aux salaires. Si les enveloppes dédiées aux petites mains ayant donné de leurs soirées et week-ends resteront modestes, la facture pourrait s'envoler pour les postes les plus importants. Ce dernier point a d'ailleurs provoqué des remous au sein de Paris 2024, certains acteurs estimant en privé qu'il s'agit d'un mauvais signal adressé à l'opinion. Sollicité par Mediapart, le GIP nous a répondu que « cette prime s’élèvera à 12% de la rémunération pour l'ensemble des salariés avec un maximum capé à 3x la valeur moyenne », sans donner la grille de salaires y afférant, ni croire bon de nous expliquer s'il s'agit de rémunération mensuelle, annuelle, ou sur la totalité de l'exercice.

Le coup de force du mouvement sportif

La candidature a également été verrouillée d'un point de vue opérationnel. Dès la création de la structure, Lapasset a pris soin de placer ses hommes aux postes stratégiques. Aux côtés d’Aloïsio, l’ancien président de l’IRB a poussé au poste de directeur général de « Paris 2024 » Étienne Thobois, qui fut déjà son bras droit lors de la Coupe du monde de rugby en France en 2007.

Thobois présente une autre particularité : en 2008, avec d'autres anciens de la Coupe du monde, il a fondé le cabinet Keneo, devenu en moins d’une décennie une machine de guerre qui phagocyte le marché de l’événementiel sportif. En 2011, la société a été mandatée par le CNOSF pour rédiger un rapport d’analyse des quatre dernières défaites des candidatures françaises aux Jeux. Ce document – complété par une étude d’opportunité commandée par le CFSI et rendue en février 2015 – a servi de feuille de route à l’équipe de candidature pour 2024. Dans ses conclusions, Keneo insiste sur sa doctrine : le « mouvement sportif », qui aurait été trop en retrait lors des dernières candidatures, doit désormais être à l’avant-garde. « Une vaste fumisterie ! », peste un ancien du ministère des sports, qui y voit une « logique très anglo-saxonne, correspondant à la vision de Bernard Lapasset et visant à écarter la puissance publique des décisions ».

Les chantiers de Tony Estanguet

Avec Thobois à la tête du GIP, l’agence Keneo (dont il a cédé toutes ses parts) a bénéficié de plus de 2 millions d’euros de contrats, comme Mediapart l’a déjà raconté ici. Dans les colonnes du Monde, le directeur général de Paris 2024 s’est dit touché par la « polémique » née de notre publication. « Que quelqu’un dont le métier est de conseiller les candidatures se retrouve ensuite à la tête d’une candidature, ce n’est pas anormal. C’est même logique de ne pas embaucher des gens déconnectés de ce pour quoi vous les engagez », a-t-il justifié. Une explication qui fait grincer : « Dans le sport, ce sont toujours les mêmes à l’entrée et à la sortie », tacle un autre cadre du ministère. Comprendre : ceux qui fournissent les études récupèrent ensuite les fruits de leurs recommandations.

Ce circuit fermé est alimenté par le pantouflage de nouveaux arrivants chez Keneo ; des cadres du public (cabinet ministériel ou exécutifs locaux), au premier rang desquels figure Loïc Duroselle, l’ancien responsable des « grands événements sportifs » auprès du premier ministre Manuel Valls promu directeur général adjoint de la société.

 Anne Hidalgo, Emmanuel Macron et Tony Estanguet, à Lausanne, le 11 juillet. © Reuters

Anne Hidalgo, Emmanuel Macron et Tony Estanguet, à Lausanne, le 11 juillet. © Reuters

Dans une synthèse de son étude sur les échecs des précédentes candidatures françaises, Keneo avait aussi noté que si « le leader de la [prochaine] candidature n’était pas issu de la “famille olympique” », il conviendrait alors de « renforcer la présence des “sportifs” dans son entourage immédiat ». Tony Estanguet cochait dès lors toutes les cases pour émerger aux côtés du binôme Lapasset-Thobois. Triple champion olympique, porte-drapeau de la délégation française à Pékin en 2008, le sportif palois est aussi réputé fin politique depuis qu’il est parvenu à se faire élire au Comité international olympique en juillet 2013.

Son profil idéal lui a permis de trouver progressivement sa place à la direction de Paris 2024, dont il est aujourd’hui la tête d’affiche dans les médias. Tandis que Bernard Lapasset, qui aura 76 ans en 2024, devrait être contenu dans un rôle de président d’honneur, Tony Estanguet, 39 ans aujourd’hui, est clairement appelé à être dans sept ans « l’homme des Jeux », à l’instar de l'ancien athlète Sebastian Coe lors des JO de Londres en 2012.

Il ne fait pas l'ombre d'un doute que l'ex-champion prendra la tête du Comité d'organisation des Jeux olympiques (COJO), la structure chargée de l’opérationnel. Dans son entourage, on réfléchit également à une candidature à la tête du Comité national olympique du sport français (CNOSF) dont l’actuel président, Denis Masseglia, ne sera plus en poste en 2024. Aux côtés du COJO, la Société de livraison des équipements olympiques (Solideo) sera chargée du suivi de la construction des infrastructures. Solideo est présidée par Anne Hidalgo, qui pourrait hésiter à ne garder que la tête de cette structure dans laquelle il n’y a « que des coups à prendre [entre retard des travaux et surcoûts – ndlr] », selon les termes d’un fin observateur.

« Anne Hidalgo sera aussi vice-présidente du COJO », tempère Jean-François Martins, adjoint aux Sports de la mairie de Paris, qui estime de surcroît que la coopération entre les acteurs sera désormais « plus facile » que pendant la phase d'organisation : « Chacun mettra son savoir-faire au service de son domaine de compétences. Les sportifs vont gérer les parties sportives. Les politiques vont gérer les aménagements. Et nous aurons certains sujets communs, comme la question environnementale ou les politiques tarifaires en matière de billetterie. » Un troisième pôle, chargé de l’héritage des JO (le devenir des infrastructures mais aussi l’impact de l’événement sur les politiques publiques), voire de l’accompagnement d’une nouvelle génération d’athlètes jusqu’aux Jeux, est également en gestation.

Projet de construction du village olympique sur le site Pleyel – Bords de Seine en Seine-Saint-Denis. © DPA / Luxigon / Paris 2024

Projet de construction du village olympique sur le site Pleyel – Bords de Seine en Seine-Saint-Denis. © DPA / Luxigon / Paris 2024

Cette architecture institutionnelle est tout sauf anecdotique. Car de sa composition découlera l’articulation entre les différentes parties (mouvement sportif, collectivités locales et État), et notamment le poids des pouvoirs publics dans les prises de décision. Autre point non négligeable : les relations avec le CIO, dont les penchants interventionnistes pourraient rapidement générer des tensions. Le souvenir de l’Euro 2016 de football, de l’influence de l’UEFA sur l’organisation de la compétition et de ses exigences démentes – notamment en matière de fiscalité –, est encore dans toutes les têtes. « Il faut bien mesurer que le CIO rêve de JO “en kit”, que l’on peut déplacer de pays en pays, notamment dans l’espoir de les organiser un jour en Afrique. Il faudra donc instaurer un rapport de force sur certains aspects de l’organisation », plaide un ancien ministre, plutôt confiant.

Une gageure qui se combine avec un autre enjeu : la guerre de l’opinion. « Il est faux de dire que les Français sont aujourd'hui derrière les JO, estime un proche de la candidature. On est dans une phase transitoire. Et sur ce point, les jeux sont encore loin d’être faits. Tout s’est pour l’instant fait dans l’ombre. L’enjeu pour Tony Estanguet est désormais de convaincre l’opinion que Paris 2024 est une bonne chose pour la France. »

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