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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 09:09

Chassée de nos assiettes, l’huile de palme s’est glissée dans le réservoir de nos voitures. Son élimination dans les moteurs d’ici à 2021 suffira-t-elle à préserver les peuples autochtones, premières victimes de cette production industrielle ravageuse ? D'après Alexandra Chaignon le mardi 6 Février 2018 pour l’'Humanité.

Infographie : L'Humanité

Infographie : L'Humanité

Le 16 janvier dernier, le Parlement européen se prononçait pour « l’élimination progressive » de l’huile de palme dans les agrocarburants d’ici à 2021. Le même jour, à Kuala Lumpur, des centaines de producteurs malaisiens d’huile de palme manifestaient, agitant des banderoles « Stop à l’interdiction de l’huile de palme » et « L’huile de palme nourrit ma famille ». Selon eux, une telle mesure détruirait les moyens de subsistance de la population rurale, soit quelque 3,2 millions de personnes…

Cette levée de boucliers résume à elle seule la controverse qui entoure cette production, entre impact social, environnemental et pressions commerciales. Marginale encore il y a quelques années, l’utilisation de l’huile de palme au niveau européen a massivement augmenté depuis 2009 : + 2,5 millions de tonnes entre 2010 et 2014, soit une augmentation de… 600 %. Un développement exponentiel qui s’explique par une avancée technologique, l’hydrotraitement, qui permet d’utiliser une plus grande quantité d’huile de palme pour produire le carburant. Et qui a été acté en 2009 par une directive européenne. En encourageant le mélange d’huiles alimentaires (colza, soja, palme) dans les carburants, il s’agissait de diminuer la dépendance au pétrole, gros émetteur de gaz à effet de serre, tout en offrant un débouché. Il s’agissait aussi d’offrir des débouchés aux agriculteurs en crise, ce que continuait à défendre, il y a quelques jours, le gouvernement malaisien, lequel estime que « les réglementations que l’Union européenne propose d’introduire nuiront aux communautés rurales et réduiront les revenus des familles ».

Solution environnementale et sociale, l’huile de palme intensive ? Faux, rétorquent de nombreux acteurs, selon qui elle a, en réalité, avant tout profité aux multinationales qui l’ont plébiscitée, parce que moins coûteuse que le soja ou le tournesol.

« Les rapports s’accumulent pour dénoncer les impacts des biocarburants, et en particulier l’huile de palme, sur le climat, la biodiversité et sur l’équilibre alimentaire mondial », rappelle Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre. Cultivé sous forme d’immenses monocultures, le palmier à huile est en effet la principale cause de déforestation en Indonésie et en Malaisie, et donc une source majeure de gaz à effet de serre. À l’usage répété des pesticides, à la pollution des sols et des eaux, à l’érosion de la biodiversité et à la menace d’extinction de nombreuses espèces végétales et animales (comme les orangs outangs) s’ajoutent aussi les atteintes aux droits humains. Les fermiers sont régulièrement victimes d’expropriation de terres, se retrouvant sans ressources. Et parfois même assassinés lorsqu’ils ne se laissent pas faire.

Une réalité confirmée par le Philippin John Mart Salunday, membre de l’ONG Coalition Against Land Grabbing (Calg, coalition contre l’accaparement des terres), venu en France à la mi-janvier pour témoigner à l’occasion d’un colloque organisé par la CFDT sur le sujet. « Si on compare les Philippines aux autres pays, c’est là où existe la meilleure protection des peuples autochtones. Le problème, c’est que la loi n’est pas respectée. Sur l’île de Palawan, classée par l’Unesco réserve de biosphère, 9 000 hectares ont été déboisés depuis 2008 malgré ce statut. Le gouvernement avait promis que la production était destinée aux populations locales, à des prix abordables. Dans les faits, 70 % de la production d’Agumil Philippines Inc (le plus gros producteur d’huile de palme de Palawan) part vers Singapour et la Chine. Des centaines de communautés autochtones ont perdu tout ou partie de leurs moyens de subsistance et arrivent à peine à nourrir leurs familles. »

L’entreprise singapourienne Wilmar contrôle plus de 43 % du commerce mondial

« Le gouvernement dit que nos terres sont abandonnées. C’est faux, elles sont utilisées pour nos cultures traditionnelles, qui impliquent des périodes de jachère pour permettre à la terre de se régénérer », renchérit Romeo Japson, invité lui aussi par le syndicat français. Lui est membre de la communauté de Palawan (Philippines), qui a perdu son autosuffisance et, avec elle, ses traditions. « Plus de 70 variétés de riz différentes étaient cultivées sur l’île. Un grand nombre ne le sont plus en raison de la production industrielle, alors qu’elles seraient utiles au regard du changement climatique, car elles ne poussent pas dans l’eau », souligne quant à lui Rustico Mauricio, membre de la communauté Batak, laquelle ne compte plus que 300 membres. « Avec l’expansion de la production industrielle, les peuples perdent leurs sources de revenus, c’est une vraie tragédie, reprend Romeo Japson, dont la communauté envisage de demander réparation et de monter un dossier auprès de l’OIT au nom de l’article 169 sur les droits des peuples autochtones. Beaucoup se posent la question : faut-il mieux lutter contre Agumil ou accepter leurs conditions pour gagner quelques sous ? » Ainsi, quand les cours de l’huile de palme baissent, les grosses compagnies font pression sur les petits producteurs, mais quand le prix augmente, il n’est bien sûr pas répercuté…

Car c’est bien de misère qu’il s’agit, la preuve avec l’entreprise agroalimentaire singapourienne Wilmar, qui contrôle plus de 43 % du commerce mondial de l’huile de palme. En 2015, ses revenus s’élevaient à 36,45 milliards d’euros. Mais les ouvriers de ses plantations et de ses fournisseurs ne gagnaient pas plus de 2,50 dollars par jour dans certains cas extrêmes. Sans compter que la multinationale est impliquée dans des incendies volontaires de forêts, des atteintes aux droits humains, accaparement des terres, travail des enfants, conditions de travail dangereuses ou encore discrimination envers les femmes… Dans le secteur, ces grandes entreprises tirent profit des violations des droits humains. En 2016, l’ONG Amnesty International a remonté la filière de l’huile de palme provenant de plantations en Indonésie : neuf multinationales réalisent ensemble un chiffre d’affaires d’environ 300 milliards d’euros. Huit de ces neuf entreprises font pourtant partie du principal organisme mondial chargé de rendre l’huile de palme plus durable, la RSPO (table ronde pour une huile de palme plus durable), créée en 2004.

« La certification ne règle rien. C’est un écran de fumée. La seule exigence pour pouvoir certifier l’huile de palme pour les biocarburants est qu’elle réponde aux critères européens de durabilité. C’est insuffisant et cela n’empêche en rien la déforestation. L’utilisation de l’huile de palme en carburant pousse la demande à la hausse et vu les volumes requis, conduit inévitablement à la création de nouvelles plantations. Ce qui se fait soit directement à la place des forêts naturelles, soit indirectement en augmentant la pression foncière et en conduisant à un déplacement des activités humaines vers les forêts », explique Sylvain Angerand. « Le label RSPO ne ralentit pas le rythme des déforestations, au contraire, affirme Dario Novellino, anthropologue à l’université du Kent et fervent défenseur des peuples à l’autodétermination. 84 000 km2 de forêts ont été perdus en 2012. En Colombie, 15 000 personnes ont été expropriées par Poligrow, qui est pourtant membre de la RSPO… » « L’huile de palme est tachée du sang de nombreuses personnes disparues. Dans ces conditions, peut-on dire véritablement que cette huile de palme certifiée est durable ? » interroge le chercheur. Longtemps utilisée en culture vivrière par les communautés indonésiennes ou africaines, la ressource n’est cependant pas sans avenir. « L’Europe ne dit pas qu’elle veut fermer la manne de l’huile de palme, mais celle de l’huile de palme utilisée pour les biocarburants. Au contraire, sur l’alimentation, il y a un vrai challenge, vu que la demande va augmenter. Il y a sans doute là une réponse, tout en commençant à maîtriser la demande locale, les terres n’étant pas extensibles », insiste Sylvain Angerand.

Si LA solution n’existe pas à ce jour, les associations ont des idées. « Il faut réfléchir aux modèles d’accords commerciaux. Quels sont les moyens pour réguler un commerce néfaste pour l’environnement, pour les droits humains, et incohérent du point de vue de l’économie, assène Julie Marsaud, coordinatrice du réseau forêt à France Nature Environnement (FNE). « Il faut se pencher sérieusement sur la question des biocarburants qui rentrent en concurrence avec la production alimentaire », estime pour sa part Arnaud Gauffier, chargé de programme agriculture durable-politiques agricoles au WWF, précisant qu’un « boycott mondial aurait des conséquences dramatiques sur les petits producteurs et les ouvriers ».

S’il est encourageant que les députés européens se positionnent sur l’interdiction de l’huile de palme dans les biocarburants, restera à voir quelle sera la position de l’État français qui, au moment du vote, a rétropédalé…

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Des animaux sauvages en grand danger

Avec le développement exponentiel des plantations de palmiers à huile, de nombreux animaux pâtissent de la destruction de leur habitat naturel. Les orangs-outangs, qui ne vivent plus à l’état sauvage qu’en Indonésie et en Malaisie, en sont les premières victimes. S’ils ne meurent pas dans les feux de forêt, ils sont braconnés. En Asie, les rhinocéros, les tigres, les éléphants sont également menacés. En Afrique, où l’exploitation de palmiers à huile se développe, gorilles et chimpanzés pourraient disparaître à l’état sauvage dans les dix ans à venir.

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