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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 09:04

Hors pesticides, point de salut ? Malgré les risques qu’elles font peser sur la santé et l’environnement, ces substances sont massivement utilisées en France. S’en passer est possible, mais cela suppose de repenser le modèle agricole. D’après Alexandra Chaignon le mercredi 28 Mars 2018 pour l'Humanité.

La France est-elle prête pour une cure de désintoxication des pesticides ?

« Je ne suis pas encore sorti des pesticides, mais j’en utilise beaucoup moins qu’avant », prévient d’emblée Gilles Menou. Céréalier à Ver-lès-Chartres, en Eure-et-Loir, porte-parole de la Confédération paysanne du Centre, ce paysan de 56 ans pratique ce qu’on appelle du « bas niveau d’intrants (engrais et pesticides – NDLR) » depuis quelques années. Le glyphosate ? Il ne veut plus en entendre parler. « Il y a deux ans, j’ai supprimé cet herbicide. J’ai aussi réduit l’utilisation des fongicides par deux. Et je ne mets que 80 % de la dose homologuée », précise-t-il. Le cas de ce paysan illustre parfaitement l’état d’esprit dans lequel se trouve une bonne partie des agriculteurs, « qui s’interrogent énormément ».

« Une simple optimisation de l’utilisation des produits phytosanitaires ne suffit pas »

S’affranchir des pesticides, partiellement ou totalement, telle est la question qui se pose aujourd’hui. Un défi majeur pour un secteur qui en est totalement dépendant. Avec 75 287 tonnes de produits phytosanitaires utilisés chaque année, la France se situe au 8e rang européen par hectare des consommateurs d’intrants chimiques. « Après-guerre, on a organisé les choix de sélections variétales dans l’objectif de nourrir le pays. Grâce à cela, ainsi qu’aux intrants et à l’agrochimie, on a multiplié les rendements par trois en quelques décennies. Mais on a vu les limites de ce système vers la fin des années 1990, avec des cas de pollution des eaux », rappelait Philippe Mauguin, président de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), à l’AFP lors du dernier Salon de l’agriculture. Depuis plusieurs années, le pays essaye de corriger le tir. En vain. Leur quantité a augmenté de 5 % en cinq ans, au lieu de réduire de 50 % (lire ci-contre).

« Une simple optimisation de l’utilisation des produits phytosanitaires ne suffit pas », reconnaît le président de l’Inra, pour qui il n’existe « pas de solution miracle ».« L’enjeu, c’est d’entraîner tous les agriculteurs conventionnels vers une réduction de l’usage des pesticides », analyse Nicolas Munier-Jolain, ingénieur de recherche à l’Inra, lequel a cependant « du mal à imaginer qu’ils puissent s’en affranchir totalement ». « Actuellement, on ne peut pas s’en passer, corrobore Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Mais il faut impérativement prendre le chemin de la sortie. Et pour commencer, s’attaquer aux produits les plus dangereux. »

C’est d’ailleurs la recommandation du rapport sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques remis au gouvernement fin 2017 par l’Igas (Inspection générales des affaires sociales), qui préconise de se concentrer sur les pesticides les plus dangereux, soit une vingtaine de substances. Pour rappel, actuellement, les pesticides classés toxiques, cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques représentent encore 23 % des ventes… Ce qui implique de changer tout le système de production agricole de façon radicale. Et, sur ce point, tout le monde est d’accord. Y compris la FNSEA, qui vient de présenter son propre plan, même si, pour certains, celui-ci s’apparente à une stratégie de communication. Quoi qu’il en soit, la volonté de répondre aux attentes des consommateurs et des agriculteurs, de plus en plus conscients des dangers, paraît réelle.

Reste à lever les freins, entre autres économiques. Et pour cause : dès que l’on parle diminution de pesticides, les agriculteurs, aux revenus souvent très fragiles, répondent « perte de rentabilité ». Une équation battue en brèche par l’Inra. L’expérience des fermes expérimentales Dephy (réseau qui a pour objectif de concevoir, tester et évaluer des systèmes de cultures permettant de réduire l’utilisation des pesticides) montre que l’on peut réduire l’usage des pesticides sans affecter la productivité à l’échelle de la ferme. « Les agriculteurs peuvent maintenir leur rendement dans 94 % des cas et leur revenu dans 78 % des cas en utilisant un tiers de pesticides en moins que la moyenne », rappelle Nicolas Munier-Jolain, coauteur d’une étude sur le sujet.

Gilles Menou en a fait l’expérience sur sa ferme : « Je me suis rendu compte que la marge la plus importante n’est pas forcément liée au rendement le plus fort. Au niveau économique, je ne vise plus le rendement maximal, mais un bon rendement. Plutôt que d’atteindre les 90 quintaux en blé, j’en espère un peu moins, aux alentours des 80 quintaux. Ce sont les derniers quintaux qui coûtent généralement le plus cher. Ainsi, on fait des économies sur les intrants. »

Mais cette transition n’est réalisable que si elle s’accompagne d’une adaptation des pratiques agricoles, lesquelles passent par des mesures agronomiques : diversification et rotation des cultures, introduction de variétés plus résistantes aux maladies, désherbage mécanique, travail superficiel du sol, recours au gel hivernal des couverts intermédiaires, etc. « J’ai appris à observer la nature et à travailler avec elle », résume Gille Menou. « J’ai supprimé les raccourcisseurs (substances qui permettent d’avoir des plants plus courts et des tiges plus solides – NDLR) et travaillé des semences plus rustiques. J’ai allongé les rotations et diversifié mes cultures : depuis quelques années, j’ai remplacé les protéagineux, économiquement peu intéressants, par de l’orge de printemps, ce qui a ramené de la biodiversité sur l’exploitation », détaille le céréalier.

Parmi les solutions de substitution, l’Inra plaide aussi pour l’augmentation du biocontrôle, c’est-à-dire la neutralisation des agresseurs par leurs prédateurs, en général des insectes, ou encore les techniques innovantes (lasers, robots intelligents). Enfin, il y a bien sûr l’agriculture biologique, qui apparaît comme le dispositif le plus efficace pour permettre aux agriculteurs de valoriser leurs efforts de réduction d’usage des pesticides, comme le souligne le rapport de l’Igas. « L’animateur chargé du bio à la chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir n’a jamais eu autant de rendez-vous », reprend Gille Menou. « Même les plus performants s’interrogent… Si j’avais dix ou quinze ans de moins, je passerais en bio sans hésitation, avoue d’ailleurs le céréalier de Ver-lès-Chartres. Mais aujourd’hui, cela me demanderait trop d’investissement. »

« L’idée, c’est d’arriver à faire progresser tout le monde. On peut aller rapidement à 30 % d’agriculture biologique, mais cela ne servira à rien si l’on continue à utiliser des pesticides dans 70 % des productions », estime François Veillerette, le président de l’association Générations futures. Bien sûr, il y a des obstacles. L’Inra a évalué 10 % à 20 % d’impasses techniques, essentiellement dans l’agriculture de conservation des sols, cette pratique qui consiste à supprimer le labour, ce qui permet de stocker le carbone dans les sols, mais nécessite une utilisation de glyphosate une fois par an pour nettoyer les sols avant semis. Sans parler des agricultures menées dans des conditions difficiles (zones de montagne, érodées, etc.). Autre difficulté : la structure même du marché des pesticides. Les coopératives qui conseillent les agriculteurs tirent aussi des revenus substantiels de la vente des pesticides, ce qui pose un sérieux problème de conflit d’intérêts. Le gouvernement envisage de séparer les activités de conseils techniques et de vente de pesticides. Mais une telle mesure sera-t-elle mise en œuvre ?

« Faire évoluer notre modèle agricole, cela veut dire changer de modèle économique »

De l’avis de l’Igas, nombre de ces changements sont « compatibles avec une réduction de la dépendance aux herbicides, au-delà du seul glyphosate ». Mais cela implique de créer les conditions économiques de ce changement, singulièrement par le biais des financements publics nationaux, des mesures incitatives promulguées via la PAC (politique agricole commune) et d’une politique de soutien et de développement à la filière bio.

« Faire évoluer notre modèle agricole, cela veut dire changer de modèle économique, dont les pesticides sont un outil de productivité : aujourd’hui, on sécurise les récoltes et les revenus en pulvérisant. Mais, la meilleure assurance de revenus, c’est l’organisation des prix », martèle Laurent Pinatel, qui remarque qu’« Emmanuel Macron prône une agriculture vertueuse, mais les arbitrages du ministère de l’Agriculture, pour l’instant, vont dans un sens contraire ». Les plans de filière élaborés pendant les états généraux de l’alimentation ne disent rien quant à la réduction des phytosanitaires. Ce changement induit pourtant des accompagnements « pour aider les agriculteurs à trouver de nouveaux débouchés », précise Nicolas Munier-Jolain. « Pour sortir de pesticides, il faut une volonté politique. Or, les moyens financiers ne sont pas là », regrette Gilles Menou.

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13e semaine pour les alternatives aux pesticides

« Après le scandale de la réhomologation du glyphosate, de la mise sur le marché d’insecticides (…) dangereux pour les abeilles et alors que les victimes des pesticides se font chaque jour plus nombreuses, il est impératif pour nos organisations de démontrer qu’il est possible et urgent de promouvoir les alternatives aux pesticides, c’est à cela que sert cette semaine citoyenne », déclare François Veillerette, porte-parole de Générations futures, à l’origine de cette initiative.

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