Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Bienvenu.e

  • : Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • : Culture, information, réflexion de l'écologie politique par les militants et les élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas, du Pré Saint-Gervais, d'Est Ensemble
  • Contact

Recherche

Nous contacter ...

S'abonner à la Lettre d'information ...

C'est dans la colonne de droite tout en bas...

13 septembre 2018 4 13 /09 /septembre /2018 09:55

Pour l'économiste Daniel Cohen, le numérique donne aux consommateurs les moyens de " s'autœxploiter ". Propos recueillis par Elise Barthet, et Philippe Escande pour Le Monde le 10 septembre 2018. Ecouter aussi Comment conjuguer économie libérale et urgence environnementale ? et lire Pour un service public des données.

Daniel Cohen est directeur du département d'économie de l'Ecole normale supérieure et membre fondateur de l'Ecole d'économie de Paris. Il est aussi membre du conseil de surveillance du Monde. M. Cohen vient de publier Il faut dire que les temps ont changé… Chronique (fiévreuse) d'une mutation qui inquiète (Albin Michel, 230 pages, 19 euros). Il explique pourquoi la croissance s'est envolée dans nos sociétés avancées et pourquoi elle pourrait revenir dans la civilisation numérique qui s'annonce.

Daniel Cohen est directeur du département d'économie de l'Ecole normale supérieure et membre fondateur de l'Ecole d'économie de Paris. Il est aussi membre du conseil de surveillance du Monde. M. Cohen vient de publier Il faut dire que les temps ont changé… Chronique (fiévreuse) d'une mutation qui inquiète (Albin Michel, 230 pages, 19 euros). Il explique pourquoi la croissance s'est envolée dans nos sociétés avancées et pourquoi elle pourrait revenir dans la civilisation numérique qui s'annonce.

Dans votre livre, vous revenez sur les cinquante dernières années en analysant l'évolution des idées, des cultures, des comportements et des technologies qui nous ont fait basculer dans une nouvelle ère. Quelle place l'économie tient-elle dans cette mutation ?

Elle en est le fil conducteur. L'errance politique et sociale des cinquante dernières années tient à un facteur décisif : l'effondrement de la société industrielle, et l'immense difficulté où l'on s'est trouvé de comprendre ce qui était en train de la remplacer. La gauche, dans les années 1960, a rêvé d'une sortie du capitalisme. La droite, avec la révolution conservatrice, prônait un retour aux valeurs morales du travail et de l'effort. Toutes les deux se sont trompées. Le capitalisme n'est pas mort, et il n'est pas devenu moral…

Le titre Il faut dire que les temps ont changé est ironique. Un pacte faustien avait été signé durant la société industrielle qui consistait à faire accepter aux gens, au nom de la croissance, une déshumanisation du travail, illustrée par le taylorisme et la chaîne de production. Or, ce pacte-là, nous sommes en train de le signer à nouveau, dans la société algorithmique qui s'annonce, pour renouer avec la croissance perdue. Au travail à la chaîne et à la consommation de masse, on est en train de substituer un nouveau système tout aussi déshumanisant, celui qui nous installe derrière nos tablettes et nos ordinateurs, au bureau et chez soi. Le livre est une réflexion sur ce nouveau modèle de croissance.

Mais pourquoi la croissance manque-t-elle aujourd'hui ?

Parce que nous sommes parvenus à ce que Jean Fourastié avait prévu dès 1948 dans Le Grand Espoir du XXe siècle : une société de services. L'objet qu'elle manipule n'est plus la terre ou la matière, mais l'homme lui-même. Et comme Fourastié l'avait parfaitement anticipé, une telle société a, par nature, beaucoup de mal à générer de la croissance. Si le bien que je produis est un service aux personnes âgées, aux malades, aux enfants que j'éduque, alors la croissance bute sur la finitude du temps que je peux leur consacrer.

Pour en dégager, nous nous sommes lancés dans la chasse aux temps morts, à ce que l'économiste Philippe Askenazy appelle un nouveau stakhanovisme. Dans les années 1980, puis 1990, la reprise en main des entreprises par les actionnaires et la financiarisation de l'économie ont été à l'origine de cette nouvelle ère. Uber en est finalement l'expression parfaite. C'est toujours un chauffeur et une voiture pour aller d'un point A à un point B, mais avec un logiciel qui optimise les temps morts et organise la sortie du salariat de ses employés. Mais une fois rogné tous les temps morts, que faire ? Presser le citron et travailler toujours plus ?

Vous dites que vous vous êtes trompé sur l'interprétation du phénomène…

En effet. Fourastié croyait que le développement d'une société de services entraînerait une revalorisation du travail de l'infirmière, de l'instituteur, du restaurateur, de tous ceux dont le métier est d'être tourné vers l'homme. Développant cette idée, j'ai écrit, dans mon livre Trois leçons sur la société post-industrielle, que la valeur se créerait dans le face-à-face du prestataire avec le client. Dix ans plus tard, je constate que c'est exactement le contraire qui s'est passé. Le numérique capte la richesse et c'est le service de proximité qui tend vers la gratuité. Netflix détourne les spectateurs des salles de cinéma et les fournit en ligne.

Pour vous, la réponse est pourtant dans le numérique et les gains de productivité qu'il apporte. Pour l'instant, on ne les voit pas beaucoup…

La limite de la croissance dans une société de services, c'est l'absence de ce que les économistes appellent des économies d'échelle. Je m'occupe d'une personne à la fois, ou en tout cas d'un nombre limité d'entre elles, comme un comédien dans un théâtre. Pour toucher un nombre démultiplié de spectateurs, il faut le cinéma et la télévision. La révolution numérique engage la même transformation pour la société de services dans son ensemble.

Le développement de l'intelligence artificielle va favoriser ces économies d'échelle. L'une des plus belles illustrations de cela apparaît dans le film Her. Le héros tombe amoureux d'un logiciel qui a la voix de Scarlett Johansson. Il l'aime parce qu'elle sait tout de lui et sait répondre à ses désirs. Quand le corps devient nécessaire, elle recrute une femme " réelle " pour lui faire l'amour, pour un temps limité. Et puis, un jour, il découvre qu'elle est amoureuse de milliers de types comme lui… C'est ce que l'économiste appelle des rendements d'échelle ! Ils ont un prix : une profonde déshumanisation de la société.

N'est-ce pas aussi parce que le consommateur fait le travail à la place d'autres humains, ce qui, à terme, menace tous les emplois ?

Oui, nous faisons gratuitement nombre de tâches qui étaient autrefois salariées. Mais attention, ce n'est pas vraiment le consommateur qui a remplacé le guichetier de la gare, mais le logiciel qui lui permet de le faire. Le numérique donne aux consommateurs les moyens de s'autœxploiter…

Faut-il en conclure que les robots et l'intelligence artificielle vont détruire le travail rémunéré ? Force est de constater que tout le monde s'est trompé dans ce domaine depuis le début du XIXe  siècle avec les luddites qui cassaient leurs machines, ou l'économiste Jean de Sismondi qui craignait que " le roi, en tournant constamment une manivelle, fasse produire par des automates tout l'ouvrage de l'Angleterre ". Les pessimistes ont eu tort, mais les optimistes aussi en sous-estimant constamment les progrès de la machine. Il y a dix ans, personne ne pensait qu'un logiciel serait capable de conduire une voiture.

Quel impact cela pourrait-il avoir sur la structure de l'emploi ?

Nous sommes face à deux scénarios dont un seul est rassurant. Le premier est celui d'une société profondément inégalitaire où la valeur est captée tout en haut, dans les entreprises qui bénéficient d'économies d'échelle massives, comme Google, Facebook ou Amazon. La richesse créée se concentre au sommet. Les Bill Gates et autres auront toujours autour d'eux des médecins, des coachs, des avocats très bien payés. Mais plus on s'éloigne du centre, plus la richesse percole difficilement, vers des emplois raréfiés et mal payés.

Un autre scénario est possible, qui verra surgir, comme ce fut souvent le cas dans l'histoire, des complémentarités inédites entre les technologies et le travail humain. Par exemple, les infirmiers ou les éducateurs qui pourront offrir un bien meilleur service avec les nouveaux outils de l'intelligence artificielle. L'enjeu est de faire émerger une nouvelle classe moyenne avec des personnes qui ne seront pas forcément les plus qualifiées. Je crois ce scénario possible, mais il ne viendra pas tout seul. Il faut s'en donner les moyens. Il faut que les écoles et les hôpitaux puissent développer des instruments qui leur permettent d'offrir des services nouveaux utilisant les savoirs et la présence de leur personnel.

La présidence Macron s'engage-t-elle dans cette voie ?

Pour l'instant, j'ai l'impression qu'il veut surtout revaloriser le travail à la façon de Sarkozy, " travailler plus pour gagner plus ". C'est un discours profondément daté. Comme dans les années 1980, la seule solution serait le néostakhanovisme, la lutte contre les temps morts ? Le gouvernement veut revaloriser le travail, mais quel travail ?

Nous sommes à un moment où s'instaurent de nouveaux rapports entre l'homme et la technique. Il faut retrouver de la respiration, comprendre pourquoi nos sociétés ne semblent pas plus heureuses qu'il y a cinquante ans, alors que le revenu par tête a doublé depuis 1968. On ne peut pas se contenter des vieilles recettes de Reagan et Thatcher. La désocialisation des heures supplémentaires coûtera 3 milliards d'euros et n'aura pas d'impact sur l'emploi alors que le budget de l'enseignement supérieur est de 13  milliards d'euros et aurait grand besoin de ressources nouvelles. Les nouvelles générations doivent pouvoir s'approprier à leur profit les technologies nouvelles, mais sans les subir, en disposant à leur égard d'une distance critique qui n'en fasse pas les esclaves.

Partager cet article

Repost0

commentaires

L'écologie aux Lilas et au Pré ...

Les Lilas Ecologie en campagne

Le gouvernement abandonne Europacity, pas l’artificialisation des terres agricoles

Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre

Aux Lilas, les citoyens s’unissent pour produire de l’électricité verte

Les promoteurs, les arbres et la cité - lettre ouverte à BNP Paribas

Toxic Tour de Pantin à Romainville dimanche 16 juin 2019

Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050

Merci aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens qui ont voté " Pour le climat, tout doit changer ! "

Pollution de l’air dans les écoles et crèches franciliennes

Volonté politique de créer une régie publique de l’eau à Est Ensemble, mythe ou réalité ?

À la base … un revenu ?

Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h

La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique

La Forêt passe à l'attaque !

Plâtre et béton sur la Corniche

Agir ensemble pour les Coquelicots le 7 décembre

Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts

Destruction des océans, sur-pêche, pêche électrique... avec Bloom mardi 20 novembre

À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas

Des défenseurs de la Maternité des Lilas s'enchaînent devant le ministère de la santé

Romainville n'aura pas d'usine de méthanisation

Journal n°2 de Les Lilas Autrement (décembre 2014)

écolo ! n°19 : le téléphérique un GPII

écolo ! n°18

Gaz de schiste : du mirage économique au cauchemar écologique ?

Journée de la transition le 27 septembre aux Lilas

écolo ! n°17 : un nouveau modèle énergetique français

écolo ! n°16 : TAFTA ou TIPP, le traité de libre-échange transatlantique signerait la fin du projet