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27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 12:39

Le philosophe qui mène des enquêtes de terrain sur les loups et les grizzlis plaide pour de nouvelles « alliances » entre les hommes et les animaux. En pistant les prédateurs, le philosophe a réappris à faire attention à toutes formes de vie. Il critique l’existentialisme en ce qu’il a fait de l’être humain le seul sujet dans un monde vide de sens, rempli d’objets, et déconstruit le mythe occidental d’un homme au-dessus de la chaîne alimentaire, en dehors de la communauté animale. Propos recueillis en décembre 2018 par Coralie Schaub et Catherine Mary pour Le Monde et Libération. Lire aussi Manger pour régner et Florence Burgat : « L’institution de l’alimentation carnée reflète un désir très profond de l’humanité ».

Dans le Parc des loups du Gévaudan, à Marvejols (Lozère). Photo Constance Decirde. Hans Lucas

Dans le Parc des loups du Gévaudan, à Marvejols (Lozère). Photo Constance Decirde. Hans Lucas

Baptiste Morizot, maître de conférences en philosophie à l’université d’Aix-Marseille, consacre ses travaux à la relation des êtres humains avec les autres êtres vivants, en particulier les animaux. Avec une particularité : il se rend autant que possible sur le terrain, en « philosophe pisteur ».  Dans son livre Les Diplomates. ­Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant (Wildproject, 2016), il propose des ­pistes pour pacifier la relation entre l’humain et le loup. Dans Sur la piste animale (Actes Sud), il raconte comment, en suivant les traces laissées par les ours du Yellowstone, les loups provençaux, les panthères des neiges du Kirghizistan ou même les lombrics de nos composts d’appartement, il part à la recherche d’une « qualité d’attention » aux autres que nous avons perdue. Il mêle au récit de ses expériences de pistage une réflexion philosophique sur la modernité.

Pourquoi la question de notre rapport à l’animal intéresse-t-elle le philosophe que vous êtes ?

J’ai été formé par les arts et la littérature et je me suis ensuite orienté vers la philosophie de la biologie. J’ai très vite eu le sentiment que la « Nature », telle qu’elle était définie dans les sciences modernes, n’avait pas la richesse de ­signification que l’on peut trouver sous la plume d’écrivains néanmoins très férus de ­savoirs scientifiques, tels Aldo Leopold [au ­début du XXe siècle] ou Richard Powers aujourd’hui - cf. « L’Arbre-monde » de Richard Powers. Les sciences modernes ont véhiculé l’idée d’une nature homogène, régie par des lois mathématiques froides et abstraites, ce qui ne rend pas compte de la richesse du monde vivant, de l’intelligence qui l’habite, et de ses myriades de communications.

Dans quelle mesure questionnez-vous l’objectivité scientifique ?

Les sciences naturelles sont tenues de se plier à un langage qui objective leur sujet, ce qui produit un effet de violence : l’objectivation tend à tout transformer en matière inerte ­régie par des causes mécaniques. La conception opposée, c’est celle du poète qui interprète les signes de manière sensible, selon sa subjectivité. J’essaie, dans mon travail, de ­métisser les deux approches en distinguant, dans la démarche scientifique, ce qui est toxique de ce qui est émancipateur. Il ne s’agit pas d’être en rupture avec les sciences mais de les subvertir de l’intérieur. Je m’appuie sur des enquêtes rigoureuses, tout en faisant confiance à ce qu’il y a de prodigieux dans le vivant.

Votre réflexion philosophique s’appuie sur le pistage. De quoi s’agit-il ?

Nous avons l’habitude de ne voir la nature que de notre point de vue alors qu’elle est habitée par d’autres vivants. Leur présence et leur ­manière d’occuper les lieux peuvent être décelées par leurs traces. On peut, en se plaçant du point de vue de l’animal, décrypter sa manière de vivre et de communiquer. C’est ce que permet le pistage, qui consiste à être attentif aux signes, au réseau d’influences qui structurent le monde vivant. En étudiant les empreintes et les marquages, on peut tenter de décrypter la logique propre de l’animal et sa manière ­d’habiter le territoire, tissé à tous les autres. Les rochers où nous plaçons les balises de nos sentiers sont ainsi volontiers utilisés par certains animaux pour y placer des excréments qui servent, eux aussi, de marquages afin de communiquer avec les autres vivants.

J’essaie aussi de comprendre comment un paysage dialogue de manière particulière avec le corps de chaque espèce : un rocher va être vécu comme un perchoir par un vautour, comme un lieu de marquage par une panthère des neiges. Dans le pistage, on se ­demande très vite : « Si j’avais ce corps-là, où irais-je, comment passerais-je, qu’aurais-je envie de faire ? » A mon sens, l’animalité est une grande question. L’énigme d’être un humain est plus claire et plus vivante au contact des formes de vie animales qui sont des énigmes devant nous. Et l’énigme politique par excellence de vivre en commun dans un monde d’altérités y trouve d’autres implications, et d’autres ressources. C’est cela qu’on rencontre « sur la piste animale ».

Vous avez également pisté le loup dans le Haut-Var. Qu’avez-vous appris ?

J’ai beaucoup pisté le loup autour du plateau de Canjuers (Haut-Var), qui abrite depuis 1970 une base militaire. Ce qui est intéressant, avec le loup, c’est sa territorialité très marquée : il laisse des signes destinés aux autres vivants aux croisements des chemins, aux gués, aux cols. Cette manière de revendiquer la souveraineté sur son territoire défie notre mainmise sur l’espace : il nous force à nous rapporter autrement à la nature.

A partir de cette ­expérience du pistage du loup, l’idée a germé qu’il existait une troisième voie possible entre les anti-loups et les pro-loups, celle du diplomate. Il s’agit d’imaginer un personnage qui ne défende pas un camp, qui ne soit pas pour l’un et contre l’autre, mais qui travaille au service de la relation, et qui s’emploie à comprendre finement les points de vue divergents pour proposer des modus vivendi sur un même territoire. Comment, par exemple, penser des moyens de protection des troupeaux du point de vue du loup ? Ce sont des questions sur lesquelles je travaille désormais avec des éthologues sur le terrain.

Vous étendez cette réflexion aux autres animaux parce que l’humain, dites-vous, a une responsabilité envers eux. Qu’entendez-vous par là ?

Le personnage de diplomate qui m’intéresse particulièrement, c’est la figure historique du « truchement ». Dans l’histoire des relations entre les Français du Canada et les peuples amérindiens, les truchements étaient de jeunes Français qui passaient l’hiver avec les tribus algonquines. Ils apprenaient leurs usages et leur langue afin de mettre en place une relation mutuellement bénéfique avec eux – ce qui a tragiquement échoué. Comme le truchement, le diplomate est une personne qui vient de quelque part, mais qui essaie de voir le monde à travers les yeux des autres, en l’occurrence ici les vivants, les animaux sauvages : il apprend comment ils vivent et communiquent pour mieux cohabiter avec eux.

Il n’est donc pas dans une position surplombante mais parmi eux : il n’a pas de pouvoir coercitif et ne décide pas unilatéralement de ce qui se passe. L’humain, du fait des capacités cognitives qu’il a acquises au cours de son évolution, est à mon sens en mesure de jouer ce rôle de diplomate auprès des autres êtres vivants avec qui nous partageons la Terre. La diplomatie envers les vivants, c’est la théorie et la pratique des égards ajustés à leur intime altérité, pour créer de nouvelles alliances avec eux. Et c’est, je crois, d’une absolue nécessité dans la situation de crise qui est la nôtre.

L’idée est-elle de tenter de se mettre à la place de nos congénères non humains pour arriver à nous remettre à notre véritable place ?

Cette question me fascine. Je n’arrive pas à trouver ce que veut dire « véritable place », philosophiquement. Disons plutôt une place plus juste, plus pertinente. Mais une chose est claire : aujourd’hui, nos relations aux autres êtres vivants sont toxiques, pour eux et pour nous. On peut relire l’histoire de la modernité, et de ce qu’elle appelle le « progrès », comme la recherche de techniques permettant de ne pas avoir à faire attention aux autres formes de vie, à ne pas être attentionné à leur égard. D’un point de vue, cela a apporté un grand confort. Mais dépassé un certain seuil, cela devient inconfortable et même invivable. Invivable au niveau existentiel, car cela donne l’image d’un monde mort, muet, désenchanté, asphyxiant à terme. Et invivable à un niveau plus concret : en induisant changement climatique et crise de la biodiversité, cela rend le monde inhabitable pour les humains dans les décennies à venir. La question est donc de réapprendre à faire attention, à brancher sa sensibilité sur la multiplicité des formes de vie qui habitent un milieu, qui le constituent mais de manière discrète, les pollinisateurs, la faune des sols, les forêts… Le pistage permet d’élargir la gamme des êtres qui méritent notre attention.

Vouloir aller au contact des animaux sauvages est parfois perçu comme un signe de misanthropie…

Pour moi, cela n’a pas de sens. Je ne suis pas du tout misanthrope, j’aime beaucoup les humains, ce sont les animaux les plus intéressants qui soient. Au contraire, la sensibilité, la disponibilité aux autres êtres vivants produisent des effets émancipateurs sur les relations humaines. Cela nous rend, je l’espère, « mieux humains », parce que c’est une manière d’oublier son ego. Et pas sous des formes sacrificielles, mais plutôt comme on oublie son parapluie. Simplement parce que les autres sont bien plus intéressants.

Le pistage a-t-il joué un rôle dans l’évolution de l’intelligence humaine ?

C’est l’hypothèse de l’anthropologue Louis Liebenberg. Pendant deux millions d’années, l’humain a dû enquêter pour trouver sa nourriture, suivre des traces pendant des heures, décrypter des pistes, savoir qui était l’animal, où il allait, ce qu’il faisait. Ces capacités de décryptage, de raisonnement ont été valorisées par l’évolution de telle manière qu’elles se sont sédimentées en nous. Et aujourd’hui, elles sont disponibles pour que nous en fassions tout autre chose : toutes les enquêtes possibles, par exemple dans les sciences et les arts.

Sommes-nous devenus « sapiens » parce que nous n’avons pas d’odorat développé, ce qui nous a obligés, pour trouver des proies invisibles, à pister, donc à raisonner, à déduire ?

Ce raisonnement va très vite, mais il est assez juste. Primates frugivores devenus omnivores à tendance carnivore, nous avons été obligés pour pister de compenser notre absence d’odorat en développant des capacités cognitives d’un autre degré que celles de nos cousins primates. Dépourvus de nez, il nous a fallu éveiller l’œil qui voit l’invisible, l’œil de l’esprit.

Vous dites que le pistage nous permet de rentrer chez nous, sur Terre : on cherche une vie extraterrestre en oubliant qu’il y a des milliers de formes de vie à nos pieds…

Et intelligentes, complexes, riches. Des lichens aux pieuvres, en passant par les abeilles et les arbres, les formes de vie qu’on côtoie sont prodigieusement inventives. Evidemment, elles ne résolvent pas d’équations et n’écrivent pas A la recherche du temps perdu, mais il y a d’autres manières d’être intelligent. L’un des grands enjeux du XXIe siècle sera de formuler ces intelligences, de les reconnaître dans leur altérité sans projeter sur elles ce que nous sommes. Cela change la physionomie du monde. Alors que toute l’attention des modernes allait vers l’univers lointain, pour y chercher une forme de vie intelligente, au point de dévaluer la Terre en la réduisant à un stock de ressources à disposition, celle-ci redevient l’objet de toute notre attention.

Rentrer chez soi, c’est une manière de dire qu’il y a des pratiques qui repeuplent les milieux dans lesquels on vit, même les plus quotidiens, de formes de vie énigmatiques, fascinantes et parfois embêtantes. Il y a des cohabitations difficiles, comme avec le loup. Mais du fait même que le monde redevient peuplé, riche en signes, en communication, la vie devient bien plus intéressante que le monde mort dont nous avons hérité des existentialistes. J’ai été formé à la philosophie de Sartre et de Camus, qui ont été des grands penseurs de l’émancipation. Mais avec leur doctrine de l’humain comme seule liberté dans un monde de choses vides de sens, ils constituent paradoxalement des alliés objectifs de la crise écologique et de l’extractivisme, parce qu’ils ont contribué à élaborer une vision du monde dans lequel nous croyons être les seuls sujets, dans un cosmos absurde d’objets tout prêts à devenir ressources, privant les vivants de leur richesse de significations.

Le pistage des animaux sauvages nous a constitués, et pourtant nous ne le pratiquons plus depuis que nous sommes sédentarisés. N’est-ce pas cela qui nous a coupés de la nature ? 

La sédentarisation, et plus probablement l’urbanisation, nous a fait perdre l’art du pistage au sens philosophiquement enrichi, la sensibilité et la disponibilité aux signes des autres formes de vie, l’art de les lire. On ne sait plus lire, on n’y voit rien. Et il suffit de commencer à réapprendre à voir, et même commencer à estimer qu’il y a quelque chose à voir et à comprendre, pour que tout le paysage se recompose. 

Par contre, ce qui me gêne dans cette histoire de « perte », c’est qu’il y a comme un primitivisme nostalgique là-dedans, avec lequel je suis en désaccord. Je ne pense pas que c’était mieux avant, en aucune manière, ni qu’il faille revenir à des formes de vie antérieures. Il faut inventer. Même si les pisteurs amérindiens ont des capacités à lire et décrypter des signes très supérieures aux nôtres, je crois aussi beaucoup à la force des sciences, des idées contemporaines, qu’on trouve dans la recherche, les arts. Par exemple, la capacité à comprendre que les acacias sont capables de faire monter le tanin dans leurs feuilles quand ils se sentent agressés par des herbivores et ensuite de projeter des éthanols invisibles de telle manière que cela prévienne leurs congénères, vous ne pouvez pas l’inventer, il vous faut de la science de pointe pour le trouver.

Cette science attentive au vivant est un dispositif de libération à l’égard des sciences traditionnelles. Elles héritent d’une tradition d’objectivation et de réductionnisme à l’égard du vivant, mais en même temps, c’est aussi les sciences qui peuvent nous en libérer le plus efficacement, car quand elles font bien leur travail, elles subvertissant cet héritage: elles passent leur temps à montrer que le vivant est infiniment plus riche et prodigieux que ce qu’on croyait. Ces biologies subversives font aujourd’hui un grand travail de réanimation.

Vous expliquez qu’on a fini par croire qu’on est hors de la nature parce qu’on a éliminé tous les superprédateurs pour qu’ils ne nous mangent pas, pour occulter le fait que nous sommes aussi de la viande, un tabou que l’humanité occidentale s’est fabriqué…

La philosophe écoféministe Val Plumwood nous a permis de faire de belles avancées sur ce sujet. Elle propose de regarder nos pratiques d’inhumation. La pierre tombale, le cercueil capitonné et l’enterrement six pieds sous terre, juste en dessous de là où se trouve la faune du sol, entendent limiter les risques d’être mangé. D’empêcher un phénomène naturel dans d’autres cultures : restituer la dépouille, l’offrir aux autres êtres de la forêt, les vautours dans l’Est tibétain ou les grands carnassiers dans certains chamanismes sibériens.

Les humains issus de notre tradition culturelle ont essayé de rendre réel le mythe selon lequel ils étaient en dehors de la nature en étant les seuls êtres vivants qui ont le droit de manger tous les autres mais n’acceptent d’être mangés par personne. Etre le mangeur non mangeable. Ecologiquement, c’est une bizarrerie, tous les mangeurs sont mangés, même les grands prédateurs sont restitués, quand ils meurent, aux charognards, aux bactéries, à toute la faune qu’on appelle les « décomposeurs ». Nous nous sommes bricolé un mythe dans lequel nous sommes seuls et inaccessibles au sommet de la pyramide alimentaire.

Sommet de la pyramide, et aussi bout de chaîne. Vous dites qu’il y a quelque chose de métaphysique dans les lombricomposteurs. Car donner nos restes aux vers de terre suppose d’accepter que nous ne soyons plus le point de captation dernier et exclusif de la matière vivante qui monte jusqu’à nous...

Les lombricomposteurs ne sont pas aussi impressionnants que les panthères, mais ils nous permettent de nouer des relations d’alliance avec des formes de vie sauvage. Il faut comprendre leurs mœurs, comment ils vivent. Vous êtes obligé de savoir que les lombrics respirent par la peau, sinon vous leur donnez des liquides huileux et vous les asphyxiez, donc cela vous force à voir le monde par leurs yeux. C’est essentiel, «se mettre dans la peau de», pour «pouvoir respirer avec».

Et au-delà de cela, on nourrit aussi les vers de terre avec des ongles ou des cheveux, il y a là quelque chose d’un peu répugnant. Car l’idée d’être consommés par d’autres a été rendue répugnante par la métaphysique occidentale. Faire circuler notre propre matière organique, nos cheveux, nos ongles, jusqu’au lombricomposteur qui va la transformer en engrais pour nourrir toute la biodiversité d’un potager, c’est repasser à une conception du monde dans laquelle on accepte d’être membre avec d’autres de la communauté de la Terre.

Capacité d’attention va de pair avec capacité d’émerveillement, non ?

Absolument. S’émerveiller d’un lombric qui ne respire que par la peau... Même si je n’utilise jamais le mot, c’est un affect qui me travaille. Mon travail de philosophe et d’écrivain provient de ma fascination et de mon émerveillement pour l’énigme d’être vivant, en tant qu’humain, en tant qu’animal, que végétal. L’énigme d’être un humain, qui est toujours intacte, est plus vivable et plus claire quand on la compare avec d’autres formes de vie, quand on regarde les autres animaux, qu’on apprend qui nous sommes en les regardant. Quand on comprend qu’un arbre peut être stressé, et qu’il y a quelque chose de profondément parent avec notre stress et quelque chose d’absolument différent.

Comment faire, concrètement, pour réapprendre à pister, au sens large ? Nous sommes tout le temps sur Internet, dans le virtuel.

Au lieu d’opposer une sorte de réalité authentique du contact avec la nature et Internet, je pense que le pistage dont on a besoin aujourd’hui passe par Internet. Regardez ces permaculteurs qui passent la nuit sur la Toile, sur des blogs d’amateurs experts, à apprendre à décrypter les relations entre leurs poireaux, leurs fraises et les limaces, et qui le lendemain sont les mains dans la terre pour appliquer les savoirs acquis, se poser de nouvelles questions…

C’est Internet qui nous apprend que les lombrics respirent par la peau, permet aux apiculteurs amateurs d’apprendre ce qu’est une abeille… Il faut pister la nuit sur le Web, et aller suivre ce qu’on a compris le jour sur le terrain. On peut réapprendre le dehors sur Internet, notamment grâce aux blogs, aux encyclopédies libres. Lorsque les savoirs scientifiques et pratiques étaient cloisonnés dans des bibliothèques ou dans des métiers, nous ne disposions pas de cette circulation horizontale du savoir, qui est une sorte d’amplificateur de sensibilité aux énigmes du vivant qu’on n’a jamais connue dans l’histoire de l’humanité.

Pour vous donc, il n’est pas trop tard pour se réensauvager, retrouver cette empathie pour les autres ? N’est-on pas trop nombreux pour aller voir les ours ou les panthères ?

Les grands prédateurs, ce sont des symboles et des ambassadeurs puissants. Mais l’essentiel, c’est la sensibilité au vivant au sens large, et sous ses formes les plus discrètes, les moins nobles, la faune des sols, les pollinisateurs…

Le fait qu’on ait tant de mal à accepter le retour du loup ou des ours, n’est-ce pas symbolique, aussi, de notre (in)capacité à accepter l’altérité ?

Bien sûr que c’en est un symbole, un symptôme. Souvent, on me demande si je ne suis pas un peu optimiste, et je ne comprends même pas la question. Je me sens spinoziste, je dimentionne les problèmes que je me pose à l’échelle où je peux les résoudre. Je cherche à savoir ce qu’on peut faire maintenant. Je ne sais pas si ce sera suffisant à l’échelle cosmique, s’il est trop tard, si on va s’en sortir ou pas. Ce n’est pas mon problème, il y a tellement de raisons de se sentir impuissant qu’il me semble important de les minimiser. Les passions tristes nous rendent impuissants et les passions joyeuses décuplent notre puissance. La capacité politique à déplacer le seuil de l’intolérable et à nous amener à nous engager aussi volontairement contre les pesticides néonicotinoïdes « tueurs d’abeilles » que contre la peine de mort, cela ne passe pas par de la déploration, mais par de l’amour.

Comment sensibiliser au mieux à la question écologique : faut-il faire peur ou montrer que la nature est magnifique ? Sensibiliser par la beauté, via des émissions comme Ushuaïa Nature, cela ne suffit pas...

Ushuaïa, c’est faire perdurer la conception moderne de la nature selon laquelle c’est un bel espace là-bas dehors. Cela n’amènera jamais personne à se mobiliser avec la même véhémence que pour les droits sociaux. Donc il faut arriver à rendre visible la nature comme le territoire qui nous porte - une idée de Bruno Latour. Arriver à montrer que les vivants sont des cohabitants de la terre dont on dépend dans toutes les dimensions de notre existence. Ce n’est pas là-bas dehors, mais sous nos pieds. Pas une carte postale ni l’arrière-plan d’un selfie, mais un lieu de géopolitique complexe, multi-espèces, où il faut comprendre et composer les relations mutualistes, c’est-à-dire potentiellement bénéfiques pour le plus grand nombre.

Ne perdons pas trop de temps à nous demander si c’est déjà cuit, si on ferait mieux d’aller siroter des mojitos, parce que de toute façon il n’y a rien d’autre à faire. Je crois vraiment à la capacité des humains à ouvrir leur gamme de sensibilité, à élargir politiquement la gamme de ce à quoi ils font attention, à apprendre un nouveau sens de la justice à l’égard de formes de vie qui actuellement sont complètement en-dehors… Les puissances sont là. Est-ce qu’elles seront à la hauteur de la crise, je ne sais pas. Mais imaginez les premières suffragettes qui ont commencé à militer : elles ont bien fait de ne pas se dire « il est trop tard, de toute façon les hommes sont trop bêtes, ils ne vont jamais comprendre...» Soyons des suffragettes !

 

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