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29 janvier 2019 2 29 /01 /janvier /2019 16:21

Près de 150 000 manifestants se sont rassemblés en France et en Belgique les 26 et 27 janvier pour un week-end d’actions (marches, chaînes humaines, die-in, flashmobs, etc.) organisées dans une centaine de villes françaises et étrangères par des collectifs citoyens apparus cet automne et déterminés à se rassembler chaque mois. Les formations à l'action directe et non violente préparent à la désobéissance civile. La prochaine étape devrait être une grève scolaire mondiale, le 15 mars. D’après Audrey Garric, Jean-Pierre Stroobants, Richard Schittly pour Le Monde. Lire aussi Agora pour le Climat le 27 janvier 2018, Le monde ne prend pas le « tournant climatique » nécessaire pour limiter le réchauffement sous 1,5 °C et Des ONG attaquent la France en justice pour inaction climatique.

Les citoyens ressentent l’urgence climatique et sanitaire et maintiennent la pression sur les gouvernements

Ils étaient 70 000 à Bruxelles, 8 500 à Paris, 5 000 à Montpellier et Lyon, 3 500 à Grenoble, 3 000 à Nice, 2 000 à Nantes, Rennes et Toulouse – présents également dans une quinzaine d’autres pays – à dénoncer « l’inaction » des gouvernements et à exiger de leurs dirigeants des politiques ambitieuses face à l’urgence climatique, scandant un slogan devenu leur leitmotiv : « Changeons le système, pas le climat ».

« Une petite révolution » belge

A Bruxelles, le mouvement Rise for Climate Belgium, qui avait appelé à manifester, a vu ses espérances dépassées : son action visait initialement à « maintenir la pression » après une première manifestation qui avait réuni 65 000 personnes le 2 décembre 2018, à l’appel d’une « Coalition climat » regroupant des mouvements de défense de l’environnement, des ONG et des syndicats.

Depuis, des jeunes ont eux aussi défilé à trois reprises dans la capitale belge. Séchant les cours, ils étaient 35 000 réunis par le groupement Youth for Climate, jeudi 24 janvier. Ils affirment qu’ils seront encore plus nombreux jeudi 31 janvier, quand leur action sera appuyée par des étudiants des universités.

Beaucoup d’entre eux, rejoints par leurs parents et/ou leurs grands-parents, étaient en tout cas à nouveau présents dans le cortège dimanche. La manifestation comptait également des groupes de citoyens prônant des actes de désobéissance civile non violente. Quelques-uns de leurs membres ont été appréhendés à l’approche de la zone neutre, siège des institutions politiques fédérales.

Quelques délégations de partis politiques ont participé au défilé, dont celle des formations écologistes Ecolo et Groen. Actuellement dans l’opposition, ils comptent bien capitaliser sur cette mobilisation dont l’ampleur surprend tous les observateurs. Une étude menée par l’Université de Gand et l’institut néerlandais Burat indique que si la question environnementale occupe la septième place dans les préoccupations des Belges de plus de 50 ans, elle arrive en tête pour les 18-25 ans.

Manifestation pour le climat à Bruxelles, dimanche 27 janvier. YVES HERMAN/REUTERS

Manifestation pour le climat à Bruxelles, dimanche 27 janvier. YVES HERMAN/REUTERS

« Une petite révolution », selon les termes du politologue Carl Devos, qui pourrait bénéficier d’abord aux Verts lors des prochaines élections fédérales et régionales qui seront couplées, en Belgique, avec les européennes du 26 mai. Déjà en forte progression lors des municipales qui ont eu lieu en octobre 2018, les partis écologistes exploitent, en outre, les carences des partis au pouvoir, auxquels Anuna De Wever, 17 ans, figure déjà emblématique du mouvement des jeunes, a lancé un nouvel appel, dimanche.

« Je suis un peu déçue par leurs réactions, affirmait dimanche la jeune étudiante de Gand, à l’issue de la manifestation. J’ai le sentiment qu’ils ne perçoivent pas la nécessité d’agir d’urgence. Les solutions existent. Les experts indiquent qu’il faut décider maintenant, mais pour les politiques, ce n’est pas totalement clair. » Elle exhorte les dirigeants à élaborer rapidement une politique cohérente fondée sur les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC) – dont le dernier, publié en octobre 2018, appelait à une action « sans précédent » pour limiter le réchauffement à 1,5 °C.

Ce n’est pas la voie suivie par la Belgique. Faute d’un accord entre les quatre ministres de l’environnement du royaume début décembre, le pays s’est rangé aux côtés de la République tchèque pour tenter de rejeter les objectifs européens en matière d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables. Ce vote, lors d’un conseil des ministres européens, a été l’un des moteurs de la contestation actuelle. Comme les incertitudes quant à la sortie du nucléaire : promise pour 2025 compte tenu, notamment, du vieillissement du parc de centrales, elle semble toujours très incertaine.

Action en justice contre l’Etat

En France, la mobilisation prend des formes différentes de la grande manifestation bruxelloise : marches multiples, agoras, chaînes humaines, flashmobs, die-in et actions non violentes dans 120 villes. « Le mouvement ne fait que s’amplifier », affirme François Dubreuil du collectif Unis pour le climat, créé en septembre 2018. Il en veut pour preuve les 2,1 millions de personnes qui ont signé la pétition soutenant l'action en justice contre l'Etat pour inaction climatique, un record. Quelques « gilets jaunes » étaient visibles parmi la foule dans plusieurs villes, venus partager leur préoccupation écologique en défendant un référendum d’initiative citoyenne sur le sujet.

A Paris, c’est Place de la République que s’est tenue l’Agora pour le climat, le 27 janvier. RAFEL YAGHOBZADEH / AP

A Paris, c’est Place de la République que s’est tenue l’Agora pour le climat, le 27 janvier. RAFEL YAGHOBZADEH / AP

« Nous sommes ceux qui regardons la réalité en face »

8 500 personnes ont participé à un Grand Débat place de la République à Paris dimanche 27 janvier, lors d’une après-midi d’« agora », afin de proposer des pistes d’action dans la lutte contre le dérèglement climatique, au niveau local et global. Mais c’était leur grand débat à eux, ni voulu ni encadré par le gouvernement. Au contraire, ceux qui se rassemblaient souhaitaient dénoncer l’inaction des Etats contre le changement climatique. « Plus chaud, plus chaud que le climat », les manifestants ont bravé la pluie et le froid.

 

« Face à l’urgence climatique, avez-vous vu des actions du gouvernement ? La politique des petits pas ne suffit pas ! », ont lancé les cinq collectifs citoyens organisateurs (Alternatiba, le Collectif citoyen pour le climat, Unis pour le climat, Rise for climate et Il est encore temps), qui cherchent à maintenir la pression. Les citoyens, de tous âges et toutes professions (dont une majorité d’étudiants), étaient appelés à débattre, d’abord en binôme, puis à quatre et enfin à huit, dans le cadre de cinq ateliers thématiques : « Fin du monde, fin du mois », « Changer sa ville », « Mobilisation étudiante et lycéenne », « Le grand débat » et « Désobéir pour le climat ».

« Bloquer des institutions »

« J’ai du mal à croire que l’on va faire bouger les choses en discutant. Je commence à m’imaginer bloquer des institutions et des points de passage, comme le fait Extinction Rebellion à Londres », lance Xavier Capet, 45 ans, océanographe à l’Institut Pierre-Simon Laplace, en référence au mouvement de désobéissance civile créé en novembre au Royaume-Uni et qui essaime partout dans le monde. « Avoir des scientifiques au sein de ce mouvement permet de le légitimer de manière institutionnelle », ajoute-t-il. « Je suis d’accord, mais c’est risqué dans le climat de répression actuel, avec les forces de l’ordre qui usent de fumigènes ou de Flash-Balls », prévient Laurent Le Guyader, un électronicien de 56 ans, ancien « faucheur volontaire » d’OGM.

Plus loin, sous une autre tente, on s’interroge sur comment « consommer moins et mieux ». Valentine, libraire de 23 ans à Paris, défend le modèle de la Louve, un supermarché coopératif du 18e arrondissement de la capitale. « On devrait multiplier ce type d’initiatives, pour accéder à des produits bio et locaux peu chers », affirme la jeune femme, qui se dit prête à y « bosser deux heures par semaine ». « Dès que l’on s’éloigne de Paris, c’est difficile d’adopter un mode de vie écolo », rétorquent Rebecca, Johanne, Augustin et Michaël, un groupe d’étudiants en première année de HEC.

Sur leur campus de Jouy-en-Josas (Yvelines), ils ont développé des paniers bio et remplacé les gobelets en plastique par des verres réutilisables. « Ce n’est pas parce qu’on étudie dans une école de commerce que l’on est tous des capitalistes débridés », s’amusent les deux jeunes filles, qui se destinent à l’entreprenariat social et l’action publique.

Sensibiliser les enfants pour toucher les adultes

Autre grande école, autre lutte : Djamila Vuilleumier-Papaloïzos et Alexia Beaujeux, deux étudiantes en urbanisme à Sciences po, ont créé en janvier 2018 l’association Villes & décroissance, qui réfute l’idée que « développement et durabilité puissent être compatibles ». « On nous apprend à imaginer des politiques publiques pour agrandir les villes ou accroître les déplacements mais pas comment réduire les émissions de gaz à effet de serre », regrette Alexia, 22 ans, qui propose, entre autres, de stopper la métropolisation et de relocaliser la production de nourriture dans les villes.

Les familles ne sont pas en reste : à l’atelier « kids », animé par l’association Little citizens for climate, créée en novembre, on cherche à sensibiliser les plus jeunes pour toucher les adultes. « Notre idée, c’est de donner aux enfants une tribune et d’agir dans les écoles, avec les enseignants, pour montrer ce que l’on peut faire à notre niveau », expliquent Stéphane et Anne Dierick, un informaticien et une médecin investis dans le Collectif citoyen pour le climat. « Les solutions, c’est le zéro-déchet, manger moins de bœuf, utiliser les transports en commun, acheter d’occasion », récitent leurs enfants, Pauline, 12 ans, Lucie 9 ans et Baptiste, 6 ans.

« S’approprier » le grand débat national

A l’issue de trois heures de débat, on convient d’occuper des mairies, de changer de banque « tous en même temps », de récupérer la nourriture non consommée dans les supermarchés et les écoles, de taxer les logements énergivores et les entreprises polluantes, de dénoncer les magasins qui n’éteignent pas la lumière, d’occuper le nouveau site d’Amazon en France, de permettre un accès moins cher au bio, ou d’organiser des conférences dans les établissements scolaires avant la grève internationale des étudiants prévue le 15 mars.

Quant au grand débat national, les citoyens ont décidé de « s’approprier le questionnaire » jugé « trop orienté » et aux « thématiques trop restreintes » en faisant leurs propres propositions. « Il y a aussi l’idée de se rassembler dès que possible avec la famille, les amis, les voisins, les collègues pour débattre, ainsi qu’avec les gilets jaunespour trouver des points de convergence », précise Gabrielle Valente-Le Pors, professeure des écoles à Meudon (Hauts-de-Seine), qui a modéré l’atelier « Le grand débat ».

« Dès demain, j’espère que vous passerez à l’action. Il faut enclencher un vrai rapport de force », a lancé à la foule Victor Vauquois, l’un des fondateurs de la campagne « Il est encore temps » des youtubeurs engagés pour la protection de l’environnement. « On vous traite de radicaux, d’illuminés, d’extrémistes ou d’utopistes, poursuit-il. Mais ce que nous ont appris des milliers de scientifiques, c’est que nous sommes les gens raisonnables, ceux qui regardent la réalité en face. »

A Marseille, plusieurs centaines de personnes ont participé à deux flashmobs, restant figées durant cinq minutes, pour symboliser l’immobilisme de la société face à l’urgence climatique, avant de chanter « Nous, nous changerons ».

« On veut respirer », clament ces manifestants à Lyon dimanche 27 janvier, pour enjoindre aux autorités d’agir pour le climat. JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

« On veut respirer », clament ces manifestants à Lyon dimanche 27 janvier, pour enjoindre aux autorités d’agir pour le climat. JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

A Lyon, les manifestants, toutes générations confondues, ont constitué une immense chaîne humaine, encerclant complètement la presqu’île entre le Rhône et la Saône. Deux grandes banderoles noires emmenaient les défilés étirés sur plusieurs kilomètres. « Lyon suffoque » disait l’une ; « On veut respirer », répondait l’autre. « On veut démontrer à quel point le climat préoccupe la population, et pas seulement une poignée de bobos », explique Maxime Forest, 25 ans, membre d’Alternatiba, l’un des principaux mouvements organisateurs, qui propose de limiter les voitures dans le centre des villes, et de programmer la fin du diesel et de l’essence.

Grève scolaire mondiale

La pollution de l’air était au cœur de la plupart des conversations. Les associations de défense de l’environnement réclament l’expérimentation d’une journée par mois sans voiture en ville. « Il est grand temps de faire quelque chose, on pense à nos enfants, nos petits-enfants, les décisions politiques ne sont pas à la hauteur de l’enjeu », estime Pierrette, 65 ans, venue d’Oullins avec un masque sur la bouche, décoré en papillon et portant le message : « Je ne veux pas disparaître ».

Dans tous les rassemblements, chacun avait en tête la prochaine étape : l’appel à une grève scolaire mondiale, le 15 mars, lancé par l’adolescente suédoise Greta Thunberg. Elle sera suivie par une journée internationale de mobilisation le 16 mars.

Les citoyens ressentent l’urgence climatique et sanitaire et maintiennent la pression sur les gouvernements

Extinction Rebellion se prépare à « entrer en résistance » en France

C’est un logo qui devient viral sur les réseaux sociaux : un sablier à l’intérieur du cercle de la Terre, peint en noir. Cet emblème est celui d’Extinction Rebellion, un mouvement actif depuis novembre 2018 au Royaume-Uni, qui appelle à la désobéissance civile pour dénoncer la passivité des gouvernements face à la crise écologique et climatique.

Blocages des ponts de Londres, interruption du trafic automobile ou obstruction d’un ministère : ces militants, qui luttent de manière radicale mais non violente, sont prêts à risquer la prison pour se faire entendre. Leur message a rapidement séduit : 40 000 personnes ont désormais rejoint le mouvement dans 119 pays, dont la France.

« Le succès du mouvement est lié à l’urgence de la situation. Nous sommes en rébellion pour changer l’ensemble du système et non le climat », affirme Tina, d’Extinction Rebellion Royaume-Uni. Le soutien de la jeune Suédoise Greta Thunberg, qui a lancé un mouvement international de grève scolaire pour le climat, a contribué à populariser Extinction Rebellion, notamment auprès des plus jeunes. Et l’appui de 200 universitaires et intellectuels (dont le linguiste américain Noam Chomsky et l’essayiste canadienne Naomi Klein) lui a donné ses lettres de noblesse.

« On tente de contourner les GAFA »

En France, plus de mille militants sont désormais inscrits sur le forum interne, hébergé sur un serveur privé et alimenté par des énergies renouvelables. « Les services de messagerie et de partage de documents ont tous été décentralisés pour éviter que nos données soient récupérées par les autorités, et aussi parce que l’on tente de contourner les GAFA [les entreprises les plus puissantes d’Internet, Google, Apple, Facebook et Amazon] », explique Armelle, 26 ans, l’une des membres d’Extinction Rebellion France, « XR » comme tous le surnomment. 

Des citoyens se forment à la désobéissance civile à l’appel du mouvement Extinction Rebellion France. Julien Daniel

Des citoyens se forment à la désobéissance civile à l’appel du mouvement Extinction Rebellion France. Julien Daniel

« Déclaration de rébellion »

Dans les conversations en ligne, les « rebelles », sous pseudos, débattent pour savoir si le mouvement est anticapitaliste, quelle convergence est possible avec les « gilets jaunes » ou comment « faire bouger les lycées ». On s’échange des articles, on organise des rencontres, on se répartit les groupes de travail (actions et logistique, coordination internationale, arts ou médias et messages). Surtout, on prépare les actions à venir, c’est-à-dire l’entrée en résistance concrète.

Elle aura lieu le 24 mars, officialisée par une « déclaration de rébellion », en présence d’activistes et de personnalités écologistes qui liront les revendications à tour de rôle. Comme outre-Manche, les Français demandent aux gouvernants de reconnaître la gravité des crises actuelles, de réduire immédiatement les émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2025 et de créer une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs. S’y ajoute une quatrième revendication propre à l’Hexagone : l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques, terrestres et aériens.

« Faire perdre de l’argent au système »

« Les actions débuteront de une à deux semaines après cette déclaration pour ne plus s’arrêter, dans une logique d’escalade de la rébellion », explique Damien, 25 ans, un autre membre d’« XR » France. Comme à Londres, ils imaginent bloquer et occuper l’espace public, détourner des publicités ou immobiliser des voitures. « L’idée finale, c’est quand même de cibler les lieux de pouvoir, comme par exemple le quartier de la Défense à Paris ou des banques, pour déranger l’économie et le système, lui faire perdre du temps et de l’argent », poursuit Damien.

En parallèle des grandes opérations spectaculaires, Extinction Rebellion incite à la multiplication des actions locales et spontanées, à partir du moment où trois personnes sont d’accord. « On se veut un mouvement très décentralisé, horizontal, sans porte-parole et accessible à tous », avance Damien. Une manière de recruter largement des profils de tous âges (même si les jeunes sont majoritaires) et de tous métiers (ingénieur, psychologue, maraîcher, artiste, etc.) Tous s’attellent déjà à la préparation de la Semaine internationale de la rébellion, prévue mi-avril. L’insurrection est lancée.

Face à l’urgence climatique, les militants se tournent vers la désobéissance civile

L’action directe s’est démocratisée. Elle attire de plus en plus de citoyens, qui veulent inverser le rapport de force et retrouver un collectif. Avec l’arrivée de cette armée de militants prêts à aller en prison pour leur cause, mais aussi la contestation sociale des « gilets jaunes », les stages de désobéissance civile font le plein. « Les gens veulent savoir comment réagir face aux violences policières et au contexte de tensions. On organise désormais des stages tous les week-ends, contre une fois par mois auparavant », constate Rémi Filliau. Le jeune homme de 35 ans appartient au collectif des Désobéissants, qui a formé près de 2 000 personnes depuis sa création en 2006 par un ancien de Greenpeace.

Apprentissage des techniques pour ralentir l’évacuation par les forces de l’ordre. JULIEN DANIEL

Apprentissage des techniques pour ralentir l’évacuation par les forces de l’ordre. JULIEN DANIEL

Agir de manière non violente et à visage découvert est « essentiel », juge-t-il. Il invoque des raisons éthiques : « On ne peut pas construire un monde plus juste en utilisant des moyens injustes. » Mais aussi d’efficacité, pour recruter largement, en dehors des cercles militants traditionnels : « La violence dissuaderait beaucoup de gens de nous rejoindre. Or plus nous sommes nombreux, plus nous avons du poids et plus nous pouvons créer un rapport de force avec nos adversaires. »

Car c’est bien là la spécificité du mouvement actuel : la démocratisation de l’accès à la désobéissance civile, un concept imaginé par le philosophe, naturaliste et poète américain Henry David Thoreau au milieu du XIXe siècle.

« On se met physiquement en danger »

Les stagiaires ont de 18 à 75 ans, dont une majorité de jeunes et de femmes. Certains ont déjà milité, voire participé à des actions, mais tous cherchent à « aller plus loin » dans leur engagement. Il y a Carolina Granado Torres, 24 ans, étudiante catalane en master d’histoire et de philosophie des sciences à Paris, qui considère que les « actions individuelles, même si elles sont importantes, ne changent pas grand-chose » : « C’est une façon pour les gouvernements de ne pas agir, assure-t-elle. Nous devons changer le système capitaliste. »

Il y a aussi Valérie, 47 ans, libraire-épicière en Corrèze, qui a fait sa « première manif écolo à l’âge de trois semaines » mais a « l’impression que rien n’a avancé depuis quarante ans dans la protection de l’environnement ». Comme d’autres, elle se demande jusqu’où aller dans la désobéissance civile. « J’ai un gamin de 8 ans », justifie-t-elle. « C’est un gros engagement, qui a un coût émotionnel, économique, en temps et en responsabilité, abonde Paul (le prénom a été changé), un ingénieur de 26 ans. On se met physiquement en danger. Je dois réfléchir à quels risques je suis prêt à prendre. »

Le premier exercice apporte un début de réponse. Les stagiaires doivent se positionner en fonction de leur adhésion ou non aux actions proposées. S’allonger par terre devant l’Elysée pour symboliser les morts du changement climatique ? « Cela nécessiterait une action de masse pour que je le fasse et que je prenne le risque d’une garde à vue », affirme Véronique, une ingénieure dans la gestion de l’eau. Hélène, de l’équipe médias d’Extinction Rebellion, est plus confiante et table sur « un écho médiatique intéressant ». Taguer une pub d’EDF ? « On ne sait plus quel message on fait passer : contre la pub ou contre EDF », juge Paul.

L’humour pour « désarmer l’adversaire »

Le formateur dévoile ensuite un éventail de techniques utiles lors des actions pour ralentir l’évacuation par les forces de l’ordre : « la tortue » ou « le petit train » qui consistent à s’emmêler bras et jambes, « le poids mort » ou le fait de s’enduire de peinture. L’humour est également un outil efficace afin de « désarmer l’adversaire » et s’attirer « la sympathie de l’opinion publique », explique Rémi Filliau.

L’humour est un outil efficace afin de « désarmer l’adversaire » et s’attirer « la sympathie de l’opinion publique », explique le formateur Rémi Filliau, du collectif des Désobéissants. JULIEN DANIEL

L’humour est un outil efficace afin de « désarmer l’adversaire » et s’attirer « la sympathie de l’opinion publique », explique le formateur Rémi Filliau, du collectif des Désobéissants. JULIEN DANIEL

Au-delà de la méthodologie, c’est aussi une quête du collectif que viennent chercher les stagiaires. « Je vois la désobéissance civile comme un moyen de ne pas rester inactif ou résigné, mais aussi d’éviter de déprimer grâce à la rencontre de personnes qui ont le même engagement », témoigne Phillip Shapiro, un informaticien de 60 ans, venu d’Auray (Morbihan).

« L’élément moteur, c’est de retrouver la montée d’adrénaline, avec des actions théâtralisées et souvent spectaculaires, comme interrompre une assemblée générale d’un groupe du CAC 40. C’est plus stimulant et amusant que de faire une énième fois le trajet République-Bastille, à Paris, avec le camion de la CGT et les merguez », analyse Manuel Cervera-Marzal, postdoctorant à l’université Aix-Marseille, qui a réalisé une thèse sur la désobéissance civile.

« Une méthode qui montre des résultats »

Un engagement d’autant plus attirant qu’il est devenu accessible et non plus réservé aux militants les plus chevronnés. Depuis 2015, des ONG comme Alternatiba (avec sa branche de désobéissance civile ANV-COP21), Les Amis de la Terre ou 350.org ont développé des formations faciles à mettre en place et à reproduire, sorte de kits pour apprentis désobéissants.

De début juin à début octobre 2018, l’association a organisé son Tour Alternatiba, 5 800 km à vélo à travers la France, qui a donné lieu à 105 formations à l’action non violente, rassemblant près de 2 500 participants. Elles ont débouché sur la création d’une quarantaine de nouveaux groupes d’action locaux ANV-COP21. Et sur une mise en pratique immédiate, avec 253 actions de « nettoyage », balais et éponges à la main, menées de septembre à décembre devant les locaux de la Société générale pour protester contre son financement des énergies fossiles.

 « Les gens ont désormais confiance dans une méthode qui montre des résultats », justifie Elodie Nace, la porte-parole d’Alternatiba France. Au-delà de la légendaire occupation du plateau du Larzac dans les années 1970 ou du mouvement des « faucheurs volontaires » anti-OGM, elle cite, plus récemment, la décision de la banque BNP Paribas de ne plus soutenir les énergies fossiles les plus sales, en octobre 2017, ou l’abandon du projet d’autoroute 45 entre Lyon et Saint-Etienne, en octobre 2018.

« Ce n’est pas seulement grâce à la désobéissance civile, prévient-elle, mais aussi au travail de plaidoyer pour proposer des revendications concrètes et des alternatives crédibles. » Grâce également à la mobilisation citoyenne plus classique. Manuel Cervera-Marzal résume : « C’est souvent parce qu’on participe aux marches qu’on veut ensuite aller plus loin. »

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commentaires

Candice 30/01/2019 01:32

Très bel article, très intéressant et bien écrit. Je reviendrai me poser chez vous. A bientôt.

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