Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Bienvenu.e

  • : Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • : Culture, information, réflexion de l'écologie politique par les militants et les élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas, du Pré Saint-Gervais, d'Est Ensemble
  • Contact

Recherche

Nous contacter ...

S'abonner à la Lettre d'information ...

C'est dans la colonne de droite tout en bas...

10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 09:09

Les incendies hors normes sont désormais une réalité planétaire, et la protection de nos forêts exige de retrouver un rapport de bonne intelligence avec la nature, plaide la philosophe Joëlle Zask. Propos recueillis par Luc Cédelle le 07 octobre 2019 pour Le Monde. Lire aussi Philippe Descola : « En Amazonie, c’est d’abord le milieu de vie des Amérindiens qui est détruit », Des catastrophes cumulées entraînées par le dérèglement climatique, selon Nature Climate Change, La disparition des surfaces boisées mondiales a bondi de 51 % en 2016 et Le changement climatique a doublé les feux de forêt aux États-Unis.

« Mégafeu » près de Big Bend, dans le nord de la Californie, en novembre 2018. JOSH EDELSON / AFP

« Mégafeu » près de Big Bend, dans le nord de la Californie, en novembre 2018. JOSH EDELSON / AFP

Philosophe, maîtresse de conférences à l’université de Provence Aix-Marseille-I, spécialiste de philosophie politique et du pragmatisme, Joëlle Zask vient de publier Quand la forêt brûle. Penser la nouvelle catastrophe écologique (Premier Parallèle, 208 pages, 17 euros). Elle est intervenue de façon très intéressante aux Journées d'été 2019 d'Europe Ecologie Les Verts.

En quoi les gigantesques incendies, comme celui observé en Amazonie, constituent-ils une nouveauté ?

Cela apparaît comme une nouveauté dans l’opinion, mais pas dans les faits, car des feux de cette amplitude existent depuis une vingtaine d’années. Longtemps, ce phénomène est passé relativement inaperçu. Des chercheurs américains, témoins des feux à répétition en Californie, ont contribué à une prise de conscience. Jerry Williams, ancien responsable du United States Forest Service, le service américain des forêts, a inventé le terme « megafires », que je reprends à mon compte en parlant de « mégafeux ».

Par leur intensité, leurs conséquences, leur durée et leurs dimensions, ces feux hors normes, de plus en plus incontrôlables, sont à la fois un effet et une cause du réchauffement climatique. Ils ravagent l’Amazonie, bien sûr, mais sévissent aussi en Sibérie, dans toute l’Indonésie, en Afrique, en Australie, en Europe du Nord, y compris près du cercle polaire…

La focalisation récente sur la seule forêt amazonienne occulte le fait qu’ils existent sur tous les continents. De ce point de vue, il reste un écart entre la réalité et sa perception par l’opinion publique. Même l’incendie baptisé « Camp Fire » qui, en Californie, a duré du 8 novembre au 3 décembre 2018 et a détruit la ville de Paradise, faisant 85 victimes, a été perçu de manière relativement biaisée. La fuite éperdue des habitants et le caractère héroïque du combat contre les flammes ont transformé l’événement en une série à suspense, occultant sa dimension écologique.

De plus, l’idée que ces incendies, tout en étant terrifiants, sont « naturels », voire bons pour la régénération de la forêt, perdure dans l’esprit d’une partie des citoyens. Elle tend à sous-estimer cette nouvelle réalité des « mégafeux », que je traite, pour ma part, comme une alerte et un « accélérateur d’opinion » en faveur d’une action pour la sauvegarde de nos conditions d’existence.

Le lien entre la crise climatique et la multiplication des « mégafeux » qui, en outre, concourent à l’aggraver, est aujourd’hui totalement établi. Le réchauffement accroît mécaniquement le stress hydrique de la plupart des forêts, excessivement inflammables du fait qu’elles sont défrichées, fragilisées par des monocultures ou des nuisibles, et encombrées de matières sèches. Par exemple, dans la Drôme, les forêts de buis sont dévastées par la pyrale du buis, et personne ne ramasse le bois mort. D’autres causes viennent encore s’y ajouter, en particulier l’amenuisement du pastoralisme et des activités forestières en général. Moins il y a de gens dans les forêts pour s’en occuper et, en quelque sorte, les cultiver, plus elles sont encombrées et plus elles brûlent.

Vous n’êtes pas spécialiste du climat, de la forêt et des techniques anti-incendie. N’est-ce pas un handicap pour aborder un tel sujet ?

Je ne prétends pas faire œuvre de scientifique. Mais ne pas être enfermée dans une spécialité, ce qui est le propre de la philosophie, constitue aussi un avantage, car cela permet d’analyser un phénomène à partir d’un plus large spectre d’informations. Dans mon cas, le déclencheur a été le désarroi ressenti devant les ravages d’un feu sur un territoire qui m’est familier. Par ailleurs, étudier les mégafeux implique de rompre avec la compartimentation du savoir, qui correspond toujours à un découpage préalable, voire idéologique, de la réalité et fait obstacle à la prise de conscience de nouveaux phénomènes.

J’ai recouru à des sources d’information extrêmement diversifiées – géographes, anthropologues, climatologues, biochimistes, écologues… –, sans oublier les pompiers et les forestiers et le dialogue avec des victimes des incendies, ce que la plupart des spécialistes n’ont pas la possibilité ou le temps de faire. Ce type de travail est nécessaire et n’a rien d’accessoire ni de superficiel.

Vous estimez que les politiques actuelles de lutte contre les incendies contribuent paradoxalement à la multiplication des « mégafeux ». Comment l’expliquez-vous ?

Les politiques aujourd’hui dominantes en ce domaine, à la fois techniquement, financièrement et idéologiquement, peuvent avoir des effets contre-productifs, comme en médecine, lorsqu’on ne soigne que les symptômes. C’est un obstacle à des actions préventives, plus longues, laborieuses, axées sur les nécessaires changements d’attitude dans les rapports entre l’homme et la nature.

Il nous faut développer une médecine holistique de la forêt, qui était peut-être celle de nos ancêtres mais que nous devons recréer dans les conditions actuelles. Or l’interdiction légale et dogmatique de tout feu dès la première étincelle, qui a tendu à devenir la norme dans tous les pays développés, ne va pas dans ce sens. Sous prétexte de sécurité, elle aboutit à prohiber des pratiques traditionnelles, comme celles des brûlages dirigés. Ces pratiques font partie d’une culture du feu et d’une culture de la forêt – les deux formant un binôme inséparable – que nous devons retrouver. Elles sont un élément d’un rapport plus général de bonne intelligence avec la nature plutôt que de confrontation.

Le mélange actuel de la peur des feux et de la foi naïve dans la puissance des solutions techniques témoigne de la persistance du paradigme de la domination de la nature, pourtant massivement discrédité par les faits.

Vous mettez aussi en cause l’existence et le développement de « forêts industrielles ». Il y aurait donc de mauvaises forêts ?

Il faut en effet distinguer les forêts anciennes, dans lesquelles la présence humaine n’a pas été dévastatrice, et les forêts industrielles, issues de plantations, qui sont en fait des « usines à bois ». Celles-ci fragilisent à la fois les sols et les essences végétales, ce qui contribue à créer, dans le contexte du réchauffement, un terrain favorable aux « mégafeux ». Il y a des exemples anciens, comme la forêt des Landes : on pourrait la voir comme une donnée naturelle, elle est en fait l’archétype d’une forêt industrielle, créée sous Napoléon III.

Par leur présence comme par leur absence, les êtres humains sont parties prenantes de la forêt. En Suède, qui a connu, en 2018, de terribles feux, les forêts, qui couvrent environ 70 % du territoire, sont en fait des « déserts boisés », composés à 83 % de conifères destinés aux industries du papier et du bois. Ces plantations sont désastreuses pour la biodiversité, à l’exemple des rennes de Laponie, menacés car ils ne trouvent plus les lichens dont ils se nourrissent.

Outre la crise climatique en général, le développement des forêts industrielles résulte de l’enfermement capitaliste dans une logique d’accumulation. J’entends là aussi bien celle du secteur privé que les différentes formes de capitalisme d’Etat que nous avons connues. Sur le fond, il n’y a pas de vraie différence entre les deux, plutôt une compétition. Le « capitalocène » est ici en cause. Ce système productiviste, et les structures psychiques d’avidité qui l’inspirent, ne recherche ni les équilibres écologiques ni la frugalité ni le respect mutuel qu’exigent les relations entre les êtres humains et la nature.

Vous prônez le retour à une « culture du feu » et, plus généralement, à une culture d’entretien des paysages, caractérisée notamment par des pratiques ancestrales, comme les brûlages dirigés. N’est-il pas déjà trop tard pour revenir à ces traditions ?

Dans une certaine mesure, oui, au sens où, aujourd’hui, des brûlages dirigés peuvent être risqués étant donné les nouvelles conditions climatiques. Trop tard aussi du fait que beaucoup de ces savoir-faire ont disparu.

Il existe néanmoins de nombreuses tentatives pour se reconnecter avec les savoirs de la forêt, comme en Australie, où l’on tente de recréer une collaboration avec les Aborigènes, qui ont développé une connaissance extrêmement fine des brûlages dirigés, qu’ils utilisent non seulement pour leur subsistance mais aussi pour régénérer et entretenir la biodiversité. En Amazonie, les peuples autochtones pratiquent aussi ces feux qui concourent à entretenir la biodiversité, en introduisant certaines plantes et en luttant contre d’autres espèces invasives. En Corse, cette culture du feu n’a pas disparu et – malheureusement, malgré de nombreux contre-exemples – elle est mise à contribution pour entretenir les abords des maisons et des villages.

Mais l’entretien de la nature ou de la forêt par le recours aux brûlages n’est qu’une technique parmi d’autres. On peut aussi réintroduire le pastoralisme, habiter intelligemment la forêt en évitant ce qu’on appelle le mitage, c’est-à-dire la dispersion des maisons dans les bois, maîtriser l’invasion touristique…

Ce patrimoine diversifié n’est pas perdu, mais les « mégafeux » sont les signaux d’avertissement d’une situation que nous ne pouvons plus laisser se développer. Un rapport de 2010 de la mission interministérielle sur le changement climatique a affirmé qu’« à l’échéance 2050, c’est près de la moitié de la surface des landes et forêts métropolitaines qui pourrait être concernée par un niveau élevé de l’aléa feux de forêt ». Ce ne sont donc pas des problèmes « amazoniens », lointains, mais des risques qui nous concernent directement.

Que pensez-vous de l’initiative du philosophe Baptiste Morizot, qui, dans une récente tribune, a proposé l’acquisition collective de certaines portions de territoire pour permettre leur « réensauvagement » ?

Cela dépend de ce qu’on met derrière ce mot. La sacralisation de la nature « sauvage » est propice au développement du feu, car elle ne mène pas, justement, à forger cette forme de vie qui consisterait à prendre soin de notre environnement. C’est différent s’il s’agit d’une intervention active pour rééquilibrer un écosystème. Il serait dommage d’introduire une opposition binaire entre une nature dominée et une nature préservée.

Ce qui est à préserver n’est pas la nature en tant que telle mais une certaine manière de s’y comporter, qu’il faut bien distinguer d’une philosophie dont l’idéal serait une nature sans hommes. Les territoires vierges de toute intervention humaine n’existent plus aujourd’hui. Le bush australien, la forêt amazonienne abritent des centaines de milliers d’individus. L’humanité a un impact énorme sur les équilibres naturels.

Les travaux de Stephen Pyne sur l’histoire des feux anthropiques, de l’anthropologue Clifford Geertz sur la forêt cultivée indonésienne ou, plus récemment, ceux de Philippe Descola montrent que, depuis 1,6 million d’années, Homo erectus met le feu partout où il va et façonne ainsi les paysages. Il faut bien faire la distinction entre la Terre, entité physique indépendante de nous, et la terre des hommes, qu’on appelle « adama » dans la Bible, celle qui définit nos conditions d’existence, dont nous avons maintenant la conscience aiguë. C’est cette terre-là qui nous importe.

Partager cet article

Repost0

commentaires

L'écologie aux Lilas et au Pré ...

Les Lilas Ecologie en campagne

Le gouvernement abandonne Europacity, pas l’artificialisation des terres agricoles

Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre

Aux Lilas, les citoyens s’unissent pour produire de l’électricité verte

Les promoteurs, les arbres et la cité - lettre ouverte à BNP Paribas

Toxic Tour de Pantin à Romainville dimanche 16 juin 2019

Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050

Merci aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens qui ont voté " Pour le climat, tout doit changer ! "

Pollution de l’air dans les écoles et crèches franciliennes

Volonté politique de créer une régie publique de l’eau à Est Ensemble, mythe ou réalité ?

À la base … un revenu ?

Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h

La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique

La Forêt passe à l'attaque !

Plâtre et béton sur la Corniche

Agir ensemble pour les Coquelicots le 7 décembre

Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts

Destruction des océans, sur-pêche, pêche électrique... avec Bloom mardi 20 novembre

À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas

Des défenseurs de la Maternité des Lilas s'enchaînent devant le ministère de la santé

Romainville n'aura pas d'usine de méthanisation

Journal n°2 de Les Lilas Autrement (décembre 2014)

écolo ! n°19 : le téléphérique un GPII

écolo ! n°18

Gaz de schiste : du mirage économique au cauchemar écologique ?

Journée de la transition le 27 septembre aux Lilas

écolo ! n°17 : un nouveau modèle énergetique français

écolo ! n°16 : TAFTA ou TIPP, le traité de libre-échange transatlantique signerait la fin du projet