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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 09:09

Le philosophe Emanuele Coccia explique pourquoi la pandémie actuelle réinscrit l’homme dans la nature et comment l’écologie doit être repensée, loin de toute idéologie patriarcale fondée sur la « maison ». Propos recueillis par Nicolas Truong pour Le Monde. Lire aussi sur ce blog L’homme et l’arbre font société où intervient Emanuele Coccia.

Métamorphoses est paru en mars 2020 (Bilbliothèque Rivages)

Métamorphoses est paru en mars 2020 (Bilbliothèque Rivages)

Philosophe, Emanuele Coccia est maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et l’un des intellectuels les plus iconoclastes de son époque.

Auteur de La Vie sensible (2010), Le Bien dans les choses (2013), La Vie des plantes. Une métaphysique du mélange (2016), il vient de publier Métamorphoses, qui rappelle comment les espèces vivantes – notamment les virus et les hommes – sont reliées entre elles, car « nous sommes le papillon de cette énorme chenille qu’est notre Terre », écrit-il.

Il analyse ici les ressorts de cette crise sanitaire mondiale et explique pourquoi, même si elle nécessaire, « l’injonction à rester à la maison est paradoxale et dangereuse ».

Des mesures importantes sont déployées afin que l’économie ne s’effondre pas. Faudrait-il faire de même pour la vie sociale ?

Face à la pandémie, la majorité des gouvernements ont pris des mesures fortes et courageuses : non seulement la vie économique a été en grande partie arrêtée ou fortement ralentie, mais la vie sociale publique a été largement interrompue. La population a été invitée à rester chez elle : les rencontres, les repas partagés, les rites de l’amitié et de la discussion publique, le sexe entre non-concubins, mais aussi les rites religieux, politiques, sportifs ont été interdits.

C’est tout d’un coup la ville qui a disparu ou, pour mieux dire, elle a été retirée, soustraite à l’usage : elle gît face à nous comme si elle était dans une vitrine. Plus d’espace public, plus de terrains de libre circulation, ouverts à toutes et à tous et aux activités les plus disparates vouées à la production d’une félicité à la fois individuelle et partagée.

La population s’est retrouvée seule face à cet énorme vide, elle pleure la ville disparue, la communauté suspendue, la société fermée avec les magasins, les universités, les stades : les directs Instagram, les applaudissements ou les chants collectifs au balcon, la multiplication arbitraire et joyeuse du jogging hebdomadaire sont surtout des rites d’élaboration du deuil, des tentatives désespérées de la reproduire en miniature.

Cette réaction est normale et physiologique. L’interruption de la vie économique –dont nous faisons l’expérience chaque dimanche – a été l’objet d’un nombre infini de réflexions et de mesures d’anticipation et de reconstruction. Le geste de suspension de la vie commune, beaucoup plus inédit et violent, a été abrupt et radical : aucune préparation, aucun suivi.

La nécessité de ces mesures est hors discussion : c’est seulement de cette manière qu’on pourra défendre la communauté. Mais ce sont des mesures gravissimes : elles assignent à domicile la totalité de la population. Et pourtant, il n’y a eu aucun débat, aucun échange, aucun autre discours que celui de mort et de la peur pour soi et pour les autres.

Quelle est la responsabilité des gouvernements dans cet oubli social du confinement ?

C’est assez enfantin d’imaginer qu’on peut tenir des millions des vies assignées à domicile seulement à travers des menaces ou en répandant la peur de la mort. C’est très irresponsable de la part de ces mêmes gouvernements d’obtenir la renonciation d’une communauté à elle-même en la culpabilisant ou en l’infantilisant. Le coût psychique de cette manière de faire sera immense.

Il n’y a eu aucune considération, par exemple, de la différence liée à la taille des appartements, à leur site, à la quantité d’individus de différents âges qui y résident : c’est à peu près comme si on ignorait les différences de taille de chiffre d’affaires ou du nombre d’employés lorsqu’on prend des mesures sur la vie économique.

Il n’y a eu aucune considération de la solitude, des angoisses et surtout de la violence que tout espace domestique souvent couve et amplifie. Inviter à coïncider avec son propre chez-soi signifie produire les conditions d’une future guerre civile. Elle risque d’exploser, d’ici à quelques semaines.

D’ailleurs, si, pour la vie économique, on a essayé de trouver un compromis entre la nécessité de garder en vie la société et celle de la protéger, pour la vie sociale, culturelle, psychique on a été beaucoup moins fin.

Par exemple, on a laissé ouvert les tabacs, mais pas les librairies : le choix des « biens de première nécessité » renvoie à une image assez caricaturale de l’humanité.

Il y a un sujet iconographique qui a traversé la peinture européenne : celui de « saint Jérôme dans le désert », représenté avec un crâne et un livre, la Bible qu’il traduisait. Les mesures font de chacune et chacun de nous des « Jérôme » qui contemplent la mort et sa peur, mais auxquels on ne reconnaît même pas le droit d’avoir avec soi un livre ou un vinyle.

« Restez chez vous ! » dit le président. Or, dans « Métamorphoses », vous faites une critique du « tous à la maison » et de cette obsession d’assigner la vie à résidence. Pour quelles raisons ?

Cette expérience inouïe d’assignation à domicile indéterminée et collective qui s’étend tout d’un coup à des milliards de personnes nous apprend plusieurs choses.

Tout d’abord nous faisons l’expérience du fait que la maison ne nous protège pas, elle n’est pas forcément un refuge, au contraire elle peut nous tuer. On peut mourir de trop de maison. Et la ville, la distance que toute société implique, nous protège normalement des excès d’intimité et de proximité que toute maison nous impose.

Le malaise de ces jours n’a donc rien d’étrange. L’idée que le chez-soi, la maison soit le lieu de la proximité à la « nature » est un mythe d’origine patriarcale. La maison est l’espace à l’intérieur duquel un ensemble d’objets et d’individus sans liberté vivent dans l’ordre voué à la production d’une utilité. La seule différence entre maisons et entreprises est le lien généalogique qui relie les membres de l’une mais pas de l’autre. Pour cela aussi, toute maison est l’exact opposé du politique : c’est pour cela que l’injonction à rester à la maison est paradoxale et dangereuse.

En quoi l’analyse écologique de la crise sanitaire vous semble-t-elle inappropriée, au mieux romantique et au pire réactionnaire ?

L’expérience de ces jours devrait donc nous apprendre que l’écologie, la science qui devrait nous aider à réparer la planète doit être entièrement reformée, à partir de son nom, qui abrite encore l’image de la maison (oikos en grec veut dire chez-soi, maison). L’écologie n’est pas seulement romantique, elle reste une science profondément patriarcale qui, malgré tous les efforts de l’écoféminisme, n’est pas arrivée à se libérer de son passé.

De fait, en continuant à penser que la Terre est la maison du vivant, et que toute espèce vivante a la même relation privilégiée à un territoire qu’un individu humain avec son appartement, non seulement nous nous efforçons d’assigner à domicile la totalité des espèces vivantes, mais nous projetons un modèle économique sur la nature.

Écologie et économie marchandes sont nées au même moment, elles sont deux jumelles siamoises qui partagent les mêmes concepts et le même cadre épistémologique, et il est naïf de penser que l’écologie, telle qu’elle est structurée aujourd’hui, pourra jamais combattre le capitalisme.

Non, il n’y a pas de maisons ontologiques, ni pour nous, les humains, ni pour les non-humains, il n’y a que des migrants sur Terre, car la Terre est une planète, un corps qui est constamment à la dérive dans le cosmos. En tant qu’être planétaire, tout être vivant est à la dérive, change de lieu, de corps, de vie, tout le temps. Il est impossible de se protéger des autres, et cette pandémie le démontre. On peut juste éviter quelques conséquences de la contagion, mais nous, nous le pourrons jamais, en tant qu’êtres vivants.

A la différence de ce que nous voudrions imaginer, cette pandémie est la conséquence de nos péchés écologiques : ce n’est pas un fléau divin que la Terre nous envoie. Elle est juste la conséquence du fait que toute vie est exposée à la vie des autres, que tout corps héberge la vie des autres espèces, est susceptible d’être privé de la vie qui l’anime.

Personne, parmi les vivants, n’est chez soi : la vie qui est au fond de nous et qui nous anime est beaucoup plus ancienne que notre corps, et elle est aussi plus jeune, car elle continuera à vivre lorsque notre corps se décomposera.

Le virus est perçu comme quelque chose d’inquiétant, certes, mais aussi de radicalement différent de nous. Or vous montrez dans votre livre qu’il fait partie de nous. En quel sens est-il l’un des visages de la métamorphose du vivant ?

Tous les êtres vivants, peu importe leur espèce, leur règne, leur stade évolutif, partage une seule et même vie : c’est la seule et même vie que chaque vivant transmet à sa progéniture, la seule et même vie qu’une espèce transmet à une autre espèce dans l’évolution.

La relation entre vivants, peu importe s’ils appartiennent à des espèces différentes, est celle qui existe entre la chenille et le papillon. Toute vie est à la fois la répétition et la métamorphose de la vie qui l’a précédé.

Chacun de nous (et chaque espèce) est à la fois le papillon d’une chenille qui s’est formée dans un cocon et la chenille de mille papillons futurs. C’est seulement à cause du fait que nous partageons la même vie que nous sommes mortels. Car la mort n’est pas la fin de la vie, elle est juste le passage de cette même vie d’un corps à d’autres. Ce virus, même si c’est difficile à voir, est aussi une vie future qui se prépare. Pas forcément identique à celle que nous connaissons, ni d’un point de vue biologique ni d’un point de vue culturel.

Le virus et sa diffusion pandémique ont aussi une signification capitale d’un autre point de vue. Nous avons passé des siècles à nous dire que nous sommes au sommet de la création ou de la destruction : très souvent le débat autour de l’anthropocène est devenu l’effort de moralistes pervers de penser la magnificence de l’homme dans la ruine – nous sommes les seuls capables de détruire la planète, nous sommes exceptionnels dans notre puissance nocive car aucun autre être possède une telle puissance.

Avec le Covid-19, faisons-nous l’expérience de notre extrême vulnérabilité ?

Pour la première fois depuis très longtemps – et à une échelle planétaire, globale –, nous rencontrons quelque chose dont la puissance est bien supérieure à la nôtre et qui parvient à nous mettre à l’arrêt pendant des mois.

D’autant plus qu’il s’agit du virus, c’est-à-dire du plus ambigu des êtres sur Terre, celui pour lequel on a du mal même à parler de « vivant » : il habite le seuil entre la vie « chimique » qui caractérise la matière et la vie biologique, sans qu’on puisse définir s’il appartient à l’une ou à l’autre. Il est trop animé pour l’une, trop indéterminé pour l’autre.

C’est dans son corps même qu’il trouble l’opposition nette entre la vie et la mort. Et pourtant cet agrégat de matériel génétique en liberté a fait s’agenouiller la civilisation humaine techniquement la plus développée de l’histoire de la planète. Nous avons rêvé d’être les seuls responsables de la destruction. Nous faisons l’expérience que la Terre peut se débarrasser de nous avec la plus petite de ses créatures. C’est très libérateur : nous sommes enfin libérés de cette illusion de toute-puissance qui nous oblige à nous imaginer comme le début et la fin de tout événement planétaire, dans le bien comme dans le mal, à nier que la réalité en face de nous soit autonome par rapport à nous.

Même une minuscule portion de matière organisée est capable de nous menacer. La Terre et sa vie n’ont pas besoin de nous pour imposer des ordres, inventer des formes, changer de direction.

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