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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 09:04

Une tribune collective rassemblant journalistes, universitaires et écologistes, publiée samedi 25 octobre 2014 sur Reporterre et Libération, http://www.reporterre.net/spip.php?article6405, par François Jarrige, avec Dominique Bourg, Joël Decarsin, Alain Gras, Jean-François Herouard, Hervé Kempf, Frédérick Lemarchand, Noël Mamère, Agnès Sinaï, et Hélène Tordjman.

 

Le projet de Jérémy Rifkin, célébré par les médias, est séduisant. Mais un examen attentif dévoile les contradictions d’une pensée qui tend à « éviter les remises en cause, résorber les contestations qui s’élèvent (...), en renouvelant l’utopie des technologies salvatrices qui résoudront naturellement tous les problèmes. »


Le dernier livre de Jérémy Rifkin, La troisième révolution industrielle, est ces jours-ci très abondamment commenté dans la presse alors que son auteur multiplie les conférences grassement payées et les entrevues avec les puissants.

Le succès foudroyant de cette expression "troisième révolution industrielle" n’est pas sans rappeler la formule, très à la mode dans les années 1970, de "société post-industrielle". Mais quelle est exactement sa fonction ? Que recouvre t-elle ? Et surtout, derrière son évidence apparente, que dissimule-t-elle ?

Un constat juste et partagé...

L’idée de troisième Révolution Industrielle part d’un constat apparemment juste : ce sont les lois de l’énergie qui gouvernent l’activité économique, or la crise actuelle marque l’essoufflement des trajectoires énergétiques du passé. L’énergie fossile et les terres rares qui ont fait le succès économique de notre civilisation s’épuisent. La dette entropique issue de l’activité économique passée s’accumule beaucoup plus rapidement que la biosphère n’est capable de l’absorber.

« Cette situation grave nous force à réévaluer fondamentalement les postulats qui ont guidé notre conception de la productivité. Désormais, il faudra mesurer celle-ci d’une façon qui prendra en compte à la fois l’efficacité thermodynamique et les conséquences entropiques », souligne Rifkin. Ce constat est connu et accepté, c’est lorsqu’il livre ses solutions que le prospectiviste étasunien devient un habile prestidigitateur, voire un dangereux prophète de l’abîme.

... pour une fausse solution

Comme la première Révolution industrielle qui serait née au XIXe siècle de la machine à vapeur et de l’imprimerie, ou la deuxième qui aurait vu au XXe siècle la convergence du moteur à combustion avec la communication électrique, la troisième Révolution Industrielle devrait surgir naturellement de la « jonction de la communication par internet et des énergies renouvelables », nous explique Rifkin.


- Imprimante 3D -

Elle sera arrimée sur une série de technologies plus ou moins futuristes comme l’hydrogène et les imprimantes 3D qui doivent permettre de transformer chaque immeuble en usine et en micro-centrale, mais aussi sur l’utilisation optimale des énergies renouvelables grâce à des « réseaux intelligents ».

Pourtant, cette prospective qui réjouit les gouvernements et les dirigeants des grandes entreprises n’est qu’une fable, pire elle nous enferme dans des impasses en continuant de croire que les solutions du passé résoudront les problèmes du présent.

Un mythe

La « Révolution Industrielle » fonctionne d’abord comme un mythe, elle est un élément de la propagande ordinaire qui cherche à adapter les vieilles lunes industrialistes à l’heure de l’écologie. A l’inverse, nous annonçons que la Troisième Révolution industrielle n’aura pas lieu !

D’ailleurs, les deux premières qui sont censées l’avoir précédée n’ont pas eu lieu non plus. L’expression « Révolution industrielle » a été forgée vers 1830 par des économistes marqués par le souvenir de la Révolution de 1789 pour décrire les mutations de l’économie anglaise, mais c’est d’emblée un mythe qui insiste sur le rôle déterminant des techniques (la vapeur), le « génie » de quelques inventeurs (James Watt) et la rapidité du processus.

Tous les travaux historiques ont montré depuis qu’il ne s’agissait pas d’une révolution, que le processus fut au contraire lent et graduel, très variable, que la machine à vapeur n’occupa pendant longtemps qu’un rôle très secondaire et marginal.

Une vision simpliste des technologies

La thèse de la 3e révolution Industrielle et tous ceux qui vantent le capitalisme numérique, restent enfermés dans une vision simpliste des technologies et de leurs effets.

Ils oublient de penser les rapports de pouvoir, les inégalités sociales, les modes de fonctionnement de ces "macro-systèmes" comme les enjeux de l’autonomie des techniques et des technosciences, sans parler de la finitude des ressources et de l’ampleur des ravages écologiques réels de ce capitalisme soi-disant immatériel.

Malgré la fausseté et le simplisme de son analyse, il n’est pas surprenant que tout le monde célèbre Rifkin et ses prophéties. Grâce à son rêve technologique il n’est plus nécessaire de penser aux impasses de notre trajectoire, à nos vrais besoins, il suffit de s’en remettre aux grandes entreprises, aux experts et aux entrepreneurs high tech de toutes sortes qui vont nous offrir les solutions techniques pour sortir de l’impasse.

Un projet illusoire et contradictoire

Outre que ce projet intellectuel est largement illusoire, il est aussi anti-démocratique car il s’appuie sur les experts et les seuls décideurs en laissant de côté les populations invitées à se soumettre, à accepter avec reconnaissance le monde ainsi vanté dans les médias.

C’est un des paradoxes de cette « Troisième révolution industrielle » : censée promouvoir un pouvoir « latéral », décentralisé et coopératif, elle fait appel à des forces hautement capitalistiques.

Censée réduire les consommations d’énergie, elle repose sur des systèmes numériques hautement sophistiqués, virtuellement centralisés et dévorateurs de métaux rares, via des serveurs géants actionnés par une poignée d’entreprises mondiales qui récoltent au passage des données personnelles sur les heureux utilisateurs.

Censée reposer sur la généralisation des énergies renouvelables, elle ne calcule ni la matière ni l’énergie nécessaires pour édifier ces machines. Cette nouvelle utopie technicienne est hors sol et invente un nouveau mythe qui rejoint celui de la transition énergétique, conciliant l’inconciliable : croissance verte autoproclamée et pénurie de matière, entropie et expansion miraculeuse des énergies, liberté individuelle et société de contrôle.

Une "révolution" rassurante qui ne change rien

Mais peut-être est-ce le secret de l’annonce répétée de la « Troisième Révolution industrielle » : éviter les remises en cause, résorber les contestations qui s’élèvent aujourd’hui en renouvelant l’utopie des technologies salvatrices qui résoudront naturellement tous les problèmes.

Le succès du rêve de Rifkin vient en définitive de son aspect rassurant, de ce qu’il nous berce d’illusions, il est le visage intellectuel de la technocratie écologique en gestation. Il correspond au désarroi d’une immense majorité de nos contemporains qui attendent des techniciens qu’ils façonnent le nouveau monde clés en main, en les dotant toujours plus en smartphones et en écrans plats.

Cette nouvelle servitude volontaire vient peut-être de ce que nous sommes toujours plus avides de confort et aussi toujours davantage privés du goût de la vraie liberté : celle dont il est possible de jouir sans la moindre prothèse et sans le moindre risque d’addiction.


Source : Courriel à Reporterre. Ce texte a aussi été publié par Libération en accord avec les auteurs et avec Reporterre.

François Jarrige est historien, Dominique Bourg est professeur à l’université de Lausanne, Joël Decarsin est membre fondateur de Technologos , Alain Gras est Socio-anthropologue des techniques à l’université de Paris-I, Jean-François Hérouard est maire-adjoint à l’aménagement durable de Cognac, Hervé Kempf est rédacteur en chef de Reporterre, Frédérick Lemarchand est socio-anthropologue, Noël Mamère est député de Gironde, Agnès Sinaï est fondatrice de l’Institut Momentum sur l’anthropocène, et Hélène Tordjman Maître de conférence en économie

Photos :
. Chapô : Wikipedia (CC BY-SA 2.0/Stephan Röhl)
. Machine à vapeur : Wikipedia
. Puce : RT Flash
. Imprimante 3D : Wikipedia

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