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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 09:08

Avec sept autres associations, l’organisation attaque le décret de 2007 autorisant le réacteur nucléaire de Flamanville. Par Erwan Benezet et Vincent Vérier le 19 avril 2017 pour Le Parisien.

Flamanville (Manche), le 24 janvier 2014. Fabriquée à l’usine Areva du Creusot, où il y a eu des dysfonctionnements, la cuve de l’EPR est plus fragile que prévu. PHOTOPQR/« OUEST FRANCE »/GILLES COLAS

Flamanville (Manche), le 24 janvier 2014. Fabriquée à l’usine Areva du Creusot, où il y a eu des dysfonctionnements, la cuve de l’EPR est plus fragile que prévu. PHOTOPQR/« OUEST FRANCE »/GILLES COLAS

La France doit-elle poursuivre la construction du réacteur nucléaire de nouvelle génération, l’EPR, sur le site de Flamanville (Manche) ? Pour les associations de défense de l’environnement, Greenpeace en tête, mais aussi Réseau sortir du nucléaire, France Nature Environnement, la Criirad…, la réponse est non. Hier, huit d’entre elles ont attaqué le décret du 10 avril 2007 qui a autorisé le lancement des travaux de l’EPR. Pour ce faire, elles ont adressé au Premier ministre un recours gracieux. Objectif : stopper définitivement les travaux. Si ce premier assaut ne suffit pas, les associations veulent saisir le Conseil d’État.

Dans le document transmis à Matignon, que nous avons consulté, elles estiment que EDF — le constructeur —, Areva — qui fabrique une partie des pièces importantes du site — et, surtout, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) — chargée de vérifier que les différents intervenants respectent les règles — ont volontairement caché aux Français des informations importantes. Des éléments graves qui, selon Greenpeace, « entachent d’illégalité les conclusions » de l’enquête publique réalisée entre le 15 juin et le 31 juillet 2006, aboutissant au décret neuf mois plus tard.

Un coût qui a triplé

Selon des éléments dévoilés récemment dans la presse et repris par les associations, il apparaît que les deux entreprises et le gendarme du nucléaire étaient au courant depuis 2005 des dysfonctionnements à la forge du Creusot (Saône-et-Loire) d’Areva. Or, c’est sur ce site que la cuve et le couvercle de l’EPR, des éléments vitaux du réacteur, ont été fabriqués. Des pièces dans lesquelles on découvrira, fin 2014, des teneurs en carbone trop importantes qui les rendent plus fragiles que prévu. « Si le public avait été informé de tous ces éléments, il est fort probable que jamais l’autorisation de lancer le chantier de l’EPR n’aurait été donnée », affirme Cyrille Cormier, de Greenpeace.

Pour les associations, ces informations cachées « confirment l’incapacité d’Areva et d’EDF à assurer dans des conditions satisfaisantes » la construction de l’EPR. « Le nouveau réacteur de Flamanville va devenir le plus puissant du monde, mais c’est aussi celui qui concentre le plus d’anomalies depuis le début », prévient Cyrille Cormier avant d’énumérer une multitude de défauts de bétonnage, de soudures s’ajoutant aux malfaçons sur la cuve et le couvercle. Le réacteur, prévu à l’origine pour 2012, ne sera d’ailleurs pas en service avant 2018. Et, son prix a triplé pour atteindre plus de 10 Mds€. Ces aléas n’inquiètent pas EDF, pour qui ils sont propres à « toute tête de série », l’EPR de Flamanville étant le premier de sa génération. « L’État doit arrêter de jouer avec la sécurité des Français, dénonce pourtant Cyrille Cormier. On fait croire que tout est sous contrôle, alors que, depuis dix ans, EDF nous cache que le projet est vérolé. »

Un avenir incertain

Si les associations écologistes ne parviennent pas à faire annuler le décret autorisant le lancement des travaux de l’EPR de Flamanville, un autre couperet pourrait tomber : celui de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). En septembre, elle doit dire si les défauts constatés sur la cuve et le couvercle du réacteur sont de nature à remettre en cause la sûreté des installations. En cas de réponse positive, deux scénarios se dessineraient. Soit remplacer les pièces, ce qui prendrait au moins sept ans de plus, pour un coût de 1 Md€ par an. Soit arrêter les frais et démanteler le chantier. Deux alternatives aux conséquences financières dramatiques pour EDF. Car elles hypothéqueraient l’avenir des cinq autres EPR en construction dans le monde : les deux de Hinkley Point, en Angleterre, celui d’Olkiluoto, en Finlande, et les deux EPR chinois. Avec à la clé, des  dédommagements à plusieurs milliards d’euros.

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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 11:03

Six mois après l’audition des victimes présumées du géant américain des OGM et pesticides, le vrai-faux procès a conclu à la nécessité de réaffirmer la primauté des droits de l’homme et de l’environnement face aux grandes firmes. Par Coralie Schaub le 18 avril 2017 pour Libération.                                      C'est la suite de Marche mondiale contre Monsanto,                                                                        Monsanto traduit devant un tribunal international citoyen à La Haye,               Les citoyens se font justice face à Monsanto et La toxicité du Roundup connue de Monsanto depuis au moins 18 ans.

Lire aussi Un million de travailleurs concernés... Pesticides : le rapport explosif de l'ANSES sur l'exposition des agriculteurs, La lutte contre la hausse de consommation des pesticides a échoué, Réduire les pesticides n’altère pas les rendements et Une quarantaine d’ONG européennes lancent une initiative citoyenne contre le glyphosate.

Geneva (Indiana), en 2013. Fin 2012, Monsanto avait engagé 142 procédures judiciaires contre des fermiers, pour violations de ses accords technologiques ou brevets sur les semences génétiquement modifiées. (Photos Mathieu Asselin)

Geneva (Indiana), en 2013. Fin 2012, Monsanto avait engagé 142 procédures judiciaires contre des fermiers, pour violations de ses accords technologiques ou brevets sur les semences génétiquement modifiées. (Photos Mathieu Asselin)

Il y a urgence à rééquilibrer le droit international, qui protège aujourd’hui bien davantage les intérêts privés de multinationales comme Monsanto que les droits de l’homme et de l’environnement. Voici, en substance, la principale conclusion de l’«avis consultatif» rendu ce mardi par les juges du «tribunal international Monsanto», un procès citoyen sans reconnaissance officielle, qui s’est tenu à La Haye, aux Pays-Bas, en octobre. Durant deux jours, cinq magistrats professionnels avaient accepté d’auditionner une trentaine d’experts, d’avocats et de victimes présumées de la multinationale américaine des OGM et des pesticides.

Six mois plus tard, les juges ont rendu un document de 66 pages. L’objectif des tribunaux d’opinion est double, rappellent-ils en préambule : «Alerter l’opinion publique et les décideurs en cas d’actes considérés comme inacceptables et injustifiables selon les standards légaux, et contribuer à l’avancée du droit.» Le tribunal «n’est pas là pour juger Monsanto, mais pour examiner la compatibilité des actions de cette société avec les droits fondamentaux, insiste auprès de Libération la présidente du tribunal, la Belge Françoise Tulkens, ancienne vice-présidente de la Cour européenne des droits de l’homme. Il ne s’agit pas de dire si Monsanto est coupable, mais de préparer la route pour qu’il y ait de vrais procès par rapport à ces questions». La juge Tulkens et ses collègues venus d’Argentine, du Canada, du Mexique et du Sénégal «regrettent» l’absence de Monsanto, qui a refusé d’être présent aux auditions. Le tribunal, dont les membres se défendent de toute partialité, précise que bien qu’il n’y ait «pas de raison de douter de la sincérité» des témoignages, on ne peut pas l’établir, en l’absence de contre-examen. Pour les besoins de leur mission, les juges ont donc «présumé» que les faits et circonstances décrits seraient prouvés.

«Agent orange»

Leur mission ? Livrer une opinion juridique sur six questions précises. La firme Monsanto a-t-elle, par ses activités, agi en conformité avec le droit à un environnement sûr, propre, sain et durable ? A-t-elle agi en conformité avec le droit à l’alimentation ? Le droit à la santé ? Les libertés d’expression et de recherche scientifique ? S’est-elle rendue complice de crimes de guerre en produisant le défoliant «agent orange» utilisé par l’armée américaine au Vietnam ? Enfin, ses activités pourraient-elles constituer un crime d’écocide, soit le fait de détruire l’environnement au point de compromettre la vie sur Terre ? Pour l’évaluer, les juges se sont fondés sur une série de textes onusiens obligatoires, mais aussi sur les «Principes directeurs sur les entreprises et les droits de l’homme» approuvés en 2011 par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, qui ne sont pas encore obligatoires.

Les réponses des juges sont sévères. Monsanto s’est bel et bien «engagé dans des pratiques qui ont un impact sérieux et négatif sur le droit à un environnement sain», écrivent-ils après avoir rappelé que les témoignages recueillis ont fait état d’impacts variés sur la santé humaine, les sols, plantes et organismes aquatiques, la santé animale, la biodiversité ou les droits des peuples autochtones. Impacts dus en particulier au glyphosate, la molécule active du Roundup, l’herbicide le plus utilisé au monde associé aux OGM de la firme.

Le tribunal conclut aussi que les pratiques de Monsanto «ont un impact négatif sur le droit à l’alimentation» et portent «atteinte à la souveraineté alimentaire». En cause, notamment, «un marketing agressif sur les OGM qui oblige les agriculteurs à racheter de nouvelles semences chaque année». Et cite au passage des cas où la contamination génétique de champs a même obligé des agriculteurs à payer des royalties à Monsanto.

Sans grande surprise, il estime aussi que la conduite de la multinationale «a affecté négativement le droit à la santé». Il cite la longue liste de témoignages faisant état de graves malformations de naissance, de lymphomes non hodgkiniens - un cancer du sang -, de maladies chroniques, d’empoisonnement au Lasso (un herbicide aujourd’hui interdit en France) ou de décès après une exposition directe ou indirecte aux produits de Monsanto. Les juges rappellent que la firme a fabriqué et vendu de nombreuses substances dangereuses. Les polychlorobiphényles (PCB), des polluants organiques persistants, ont été commercialisés exclusivement par Monsanto entre 1935 et 1979 alors même que la firme «avait connaissance des effets néfastes sur la santé». Désormais interdit, «ce produit cancérigène induit des problèmes d’infertilité, de développement chez les enfants et perturbe le système immunitaire», insistent les juges.

Quant au glyphosate, pulvérisé entre autres sur 80 % des cultures OGM et omniprésent dans l’environnement et nos corps, il a été classé «cancérogène probable pour l’homme» par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2015, entre autres pathologies constatées. Le tribunal «n’ignore pas» que d’autres rapports concluent l’inverse, notamment celui de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), tout en notant que cette dernière a refusé de révéler l’identité des scientifiques impliqués dans la rédaction du rapport, rendant «impossible de vérifier» si certains présentent un conflit d’intérêts avec l’industrie des pesticides.

Rebondissements

Les juges prennent aussi en compte l’actualité la plus récente dans le dossier à rebondissements du glyphosate. Ils relèvent que le 15 mars, l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) a estimé qu’il ne pouvait relever de la catégorie des produits cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR)… mais soulignent qu’il n’y a pas eu «de prise en considération du risque d’exposition, alors que des résidus de ce produit se retrouvent dans l’alimentation, l’eau potable ou l’urine des êtres humains». Surtout, des documents internes de Monsanto rendus publics eux aussi en mars, ont montré que la firme avait manipulé les études scientifiques, «ce qui vide de sa substance la prétendue controverse scientifique sur la dangerosité du glyphosate sur la santé».

Le tribunal conclut que le comportement de Monsanto «affecte négativement la liberté indispensable à la recherche scientifique». Et de citer le discrédit porté sur les recherches indépendantes, le recours à de faux rapports commandés par Monsanto, les pressions sur les gouvernements ou des intimidations.

Sur la question relative à l’allégation de complicité de crime de guerre par la fourniture de l’agent orange pendant la guerre du Vietnam, en revanche, le tribunal indique qu’il n’est pas «en mesure de répondre de manière définitive», en l’état actuel du droit international et «en l’absence de preuves particulières étayant cette hypothèse» car aucun des témoins auditionnés à La Haye n’a parlé de ce sujet. Il relève toutefois qu’entre 1962 et 1973, plus de 70 millions de litres de ce produit contenant de la dioxine ont été pulvérisés sur près de 2,6 millions d’hectares, causant «d’importants dommages à la santé» des civils vietnamiens et des vétérans occidentaux. Et d’estimer que si le crime d’écocide devait être érigé, à l’avenir, au rang de crime de droit international, «les faits rapportés (au Vietnam) pourraient relever de la compétence de la Cour pénale internationale (CPI)».

À ce propos, le tribunal estime que le droit international «doit désormais affirmer, de manière précise et claire, la protection de l’environnement et le crime d’écocide». Pour les juges, «le temps est venu» d’amender le statut de Rome, qui a créé la CPI, afin d’y introduire ce nouveau concept légal. La CPI ne peut juger que les personnes accusées de génocide, de crime contre l’humanité, de crime d’agression et de crime de guerre. Mais elle a fait un pas en septembre dans le sens de la poursuite pour écocide, en annonçant l’élargissement de son champ d’action à certains crimes environnementaux. Le tribunal Monsanto insiste sur le fait qu’il «n’assimile pas le crime d’écocide à aucune des formes de génocide considérées par le statut de Rome». Alors que plusieurs témoins ont employé le mot «génocide» lors des auditions à La Haye, la juge Tulkens estime en effet cela «vraiment exagéré» pour qualifier les activités de Monsanto. «Il ne faut pas tout mélanger. Cela n’aide pas la cause, explique-t-elle. Le génocide, c’est l’extermination programmée d’un peuple ou d’un groupe humain en raison de ses caractéristiques raciales ou de son identité. L’écocide, c’est plus général, ce sont des atteintes graves à l’environnement, qui peuvent faire partie d’un plan programmé, mais pas toujours.»

In fine, le tribunal conclut que si un tel crime d’écocide était reconnu, «les activités de Monsanto pourraient relever de cette infraction». Parmi elles figurent, selon les juges, la fourniture à la Colombie d’herbicides au glyphosate dans le cadre d’épandages aériens sur les plants de coca, le recours massif à des produits agrochimiques dangereux dans l’industrie agricole, la diffusion d’OGM, les graves contaminations des sols ou de l’eau, ou l’introduction de polluants tels que les PCB dans l’environnement, «qui cause des dommages sévères et à long terme, affectant les droits des générations futures».

«Responsabilité»

En complément de son avis sur les six questions posées, le tribunal a jugé nécessaire de livrer une sorte d’analyse prospective, dans laquelle il insiste sur «le fossé grandissant entre le droit international des droits de l’homme et la responsabilité des sociétés». Il lance en particulier «deux appels», affirmant «la nécessité d’affirmer la primauté du droit international des droits de l’homme et de l’environnement» face aux règles juridiques protégeant les droits des investisseurs et celle de «tenir pour responsables des acteurs non étatiques en droit international des droits de l’homme». Le tribunal estime qu’«il est temps que les multinationales soient considérées comme sujets de droit et dès lors, puissent être poursuivies en cas d’atteintes aux droits fondamentaux».

Pour Françoise Tulkens, «si ce rééquilibrage du droit ne se met pas en place, l’environnement, et donc les humains, se trouveront dans des situations de plus en plus périlleuses et dramatiques». L’avis doit être adressé à Monsanto et aux instances des Nations unies. Sera-t-il suivi d’effets ? Le droit sera-t-il rééquilibré ? Y aura-t-il un jour de vrais procès pour écocide visant des multinationales ? Nul ne peut encore le dire.

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 15:34

Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a publié mardi un rapport alarmant sur le braconnage et la déforestation illégale dans les sites naturels classés par l’Unesco. Par Martine Valo le 18 avril 2017 pour Le Monde.                       Lire aussi Les échanges commerciaux qui menacent la vie sauvage, La moitié des sites du patrimoine mondial sont menacés par des activités industrielles, Biodiversité : tous les indicateurs sont au rouge, et L’Agence française pour la biodiversité, nouvelle arme au service de la nature.                            Mais aussi « Reconnaissons la nature comme sujet de droit » et Un fleuve reconnu comme une entité vivante en Nouvelle-Zélande.

De l’ivoire confisqué par les autorités kényanes, à Nairobi, en 2016. CARL DE SOUZA / AFP

De l’ivoire confisqué par les autorités kényanes, à Nairobi, en 2016. CARL DE SOUZA / AFP

Entre 2009 et 2016, 595 gardes forestiers ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions, majoritairement en protégeant l’un des sites naturels classés au Patrimoine mondial par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Parcs nationaux, îles protégées, sanctuaires marins sont devenus d’autant plus attirants pour les braconniers et les pêcheurs illégaux qu’ils constituent les derniers refuges d’une faune et d’une flore emblématiques quasi disparues ailleurs.

La plupart des études consacrées à la diversité des êtres vivants sur la planète tendent au recensement macabre. Celle que le Fonds mondial pour la nature (le WWF) publie mardi 18 avril, sous le titre « Pas à vendre », souligne ce déclin vertigineux. L’ONG analyse la situation des espaces naturels a priori les plus en vue pour leur « valeur universelle exceptionnelle », ce qui ne les préserve pas pour autant d’une activité criminelle en pleine expansion. Car le commerce d’espèces sauvages – estimé entre 14 et 19 milliards d’euros par an – se place au quatrième rang mondial après la drogue, la contrefaçon et le trafic d’êtres humains.

Derniers abris pour les grands singes, pangolins, lémuriens ou essences rares, les sites du Patrimoine mondial abritent environ un tiers des tigres et près de 40 % des éléphants vivant à l’état sauvage. Sur 147 de ces espaces classés, 65 font l’objet de prélèvements illicites : 42 subissent les exactions de braconniers, 26 de bûcherons illégaux, 12 de pêcheurs sans scrupules, et certains souffrent de plusieurs maux à la fois.

En Tanzanie, par exemple, la réserve de gibier de Selous a perdu près de 90 % de ses éléphants depuis son inscription par l’Unesco en 1982. Six en moyenne y ont disparu chaque jour entre 2010 et 2013. Du coup, cet immense sanctuaire de 50 000 kilomètres carrés figure depuis 2014 sur la liste funeste du Patrimoine mondial en péril. Dans le monde, dix-neuf sites l’ont rejointe, dont la majorité se trouve en Afrique.

L’Amérique latine n’est pas non plus épargnée. Les braconniers y font des victimes parmi les oiseaux exotiques, les tortues marines et terrestres, les caïmans, les iguanes et les coraux. Le WWF cite en particulier la réserve de biosphère Rio Platano, au Honduras, où l’exploitation forestière clandestine se conjugue avec la chasse au pécari à lèvres blanches, au jaguar et à l’ara vert.

En Indonésie, le Parc national d’Ujung Kulon constitue l’ultime refuge d’une soixantaine de rhinocéros de Java, proches de l’extinction, tandis que les aires protégées du golfe de Californie abritent trente petits marsouins du Pacifique, les seuls encore vivants. Le Parc national de la Garamba, en République démocratique du Congo, lui, a vu s’éteindre les derniers rhinocéros blancs.

Des routes qui mènent en Chine

Les forêts intactes aiguisent les appétits des exploitants illégaux, qui n’hésitent pas à y tailler des routes pour travailler à leur aise. Celles-ci facilitent ensuite la tâche des braconniers, tout en détruisant les habitats naturels. Ainsi, à Madagascar, les lémuriens subissent le commerce incontrôlé du bois de rose : la quasi-totalité de ces espèces sont menacées, certaines ont déjà disparu. La déforestation joue aussi un rôle redoutable dans l’accélération de l’érosion des terres et de la détérioration de la qualité de l’eau.

Au chapitre des solutions, le WWF suggère d’impliquer les populations locales, d’autant que celles-ci risquent de pâtir de la chute des revenus du tourisme de nature. L’ONG appelle par ailleurs à un rapprochement des forces de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) et de l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN) pour prendre la mesure de la situation.

Barrer la route aux trafics est une tout autre paire de manches, qui nécessiterait l’implication de tous les États concernés : depuis les lieux de braconnage jusqu’aux marchés asiatiques, en passant par les pays de transit. La plupart des saisies d’ivoire, pénis de tigre, ailerons de requin ou bois précieux ont lieu à Port Kelang (Malaisie), Mombasa (Kenya), Zanzibar, Singapour, Hongkong et Miami. Ces routes mènent invariablement en Chine.

Certains pays se donnent les moyens de résister à cette boulimie dévastatrice. Le 27 janvier, le Parc national de Chitwan, au Népal, a célébré son 1 000e jour d’affilée sans braconnage de rhinocéros, d’éléphants et de tigres, grâce à l’appui des populations locales.

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 18:33

Sept candidats sur onze se sont prononcés sur l’interdiction des cages, de la corrida, du gavage ou encore de l’expérimentation animale. Le sujet reste toutefois marginal dans les discours et les meetings. Par Audrey Garric le 17 avril 2017 pour Le Monde.

Lira aussi Les défenseurs des animaux lancent un Manifeste pour peser dans le débat présidentiel, L'avis des bêtes  et Pour un secrétariat d'État à la condition animale.

L’interdiction de la corrida fait partie des sujets que 26 ONG  veulent installer dans le débat politique. ANDER GILLENEA / AFP

L’interdiction de la corrida fait partie des sujets que 26 ONG veulent installer dans le débat politique. ANDER GILLENEA / AFP

Pour la première fois, la condition animale s’invite dans une élection présidentielle. Jadis marginalisée ou moquée, elle s’est aujourd’hui imposée comme un sujet légitime pour les candidats à la fonction suprême. Les prétendants l’ont bien senti : l’attente des électeurs est forte, alors que se succèdent les scandales de maltraitance dans des abattoirs et que foisonnent les livres d’intellectuels en faveur d’une société plus respectueuse des droits des animaux.

A six jours du premier tour, sept candidats sur onze ont répondu au manifeste AnimalPolitique, lancé par une coalition – inédite – de vingt-six ONG qui souhaitent inscrire cette cause dans le débat politique. Les associations (L214, la Fondation Brigitte Bardot, etc.) leur demandaient de s’engager sur trente propositions, qui vont de l’interdiction des cages, de la castration à vif ou du gavage des animaux d’élevage jusqu’à l’obligation de les étourdir avant l’abattage en passant par la lutte contre l’expérimentation animale.

Benoît Hamon (Parti socialiste) est le plus en pointe sur le sujet : il s’est prononcé pour 29 des 30 mesures, bottant en touche sur l’interdiction de la corrida et des combats de coqs. Il devance Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), qui soutiennent 26 propositions, Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste) 23, Jacques Cheminade (Solidarité et progrès) 22, Marine Le Pen (Front national) 20 et Emmanuel Macron (En marche !) 18.

Les candidats sont notés

François Fillon (Les Républicains) et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) ont chacun envoyé une lettre générale sur la condition animale, « des textes qui ne sont pas exploitables car ils ne se positionnent pas sur des mesures précises », indique Lucille Peget, la coordinatrice du projet AnimalPolitique. Jean Lassalle (Résistons !) et François Asselineau (Union populaire républicaine) n’ont, quant à eux, pas répondu.

« Cette mobilisation est exceptionnelle, s’enthousiasme Lucille Peget. C’est la première fois qu’il y a de telles prises de position sur la condition animale lors d’une élection, d’autant plus sur des questions pointues. Alors qu’il y a quelques années encore, cette thématique n’avait ni crédibilité ni visibilité, elle est aujourd’hui omniprésente dans le débat public. »

Dans un sondage IFOP pour la coalition d’ONG, publié en mars, 39 % des personnes interrogées affirment que les propositions des candidats en matière de protection animale pourraient influencer leur bulletin de vote le 23 avril, soit un bond de 10 points par rapport à l’élection présidentielle de 2012. En outre, 72 % d’entre eux souhaitent que les compétiteurs s’engagent sur des mesures concrètes en la matière.

« Les lobbys restent très puissants »

« Nous constatons que relativement peu de sujets font consensus parmi les sept candidats, du moins dans les thèmes majeurs, note toutefois Lucille Peget. Les sujets les plus délicats, qui n’ont pas emporté d’adhésion, sont l’interdiction du gavage et des corridas, la fin de l’utilisation des animaux dans les cirques et la réforme de la chasse, sans doute parce que les lobbys restent très puissants. »

A l’inverse, tous les prétendants se sont dits favorables à plusieurs mesures moins conflictuelles : interdire la capture des animaux sauvages dans leur milieu naturel à des fins de divertissement, lancer un plan national pour trouver des méthodes de remplacement à l’expérimentation animale ou encore améliorer l’insécurité liée à la chasse pour permettre la coexistence de toutes les activités de pleine nature.

Philippe Poutou est le seul candidat à avoir également répondu au programme Veggie 2017, présenté par l’Association végétarienne de France en faveur d’une « alimentation plus éthique et plus écologique ». Il a validé 7 des 10 mesures proposées par l’ONG, telles que l’instauration d’un menu végétarien alternatif dans les cantines, l’interdiction des lobbies de la viande et du lait dans les écoles ou la mise en place d’une politique agricole de transition vers un modèle plus végétal.

« C’est aussi une manière pour les candidats de récupérer facilement des voix. Pour beaucoup d’entre eux, cela ne coûte rien de rajouter quelques phrases dans leurs programmes à ce sujet », analyse Daniel Boy, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po

Pour la première fois, en outre, le bien-être animal apparaît dans certains programmes. Jean-Luc Mélenchon souhaite végétaliser l’alimentation et redéfinir les normes d’élevage, tandis que Benoît Hamon promet un plan contre la maltraitance des animaux et Marine Le Pen veut faire de leur protection une priorité nationale, quand bien même il ne s’agit que de sa 137proposition (sur 144). « C’est une belle évolution comparé à 2012, qui marque une nouvelle phase. Mais ce n’est pas suffisant et l’on veillera à ce que ces promesses ne restent pas vaines », assure Samuel Airaud, chargé pour L214 de l’observatoire Politique & animaux.

Le site note, au moyen d’un algorithme, les partis et les personnalités politiques selon leurs actes, déclarations ou propositions pour ou contre les animaux. Jean-Luc Mélenchon caracole en tête avec 15,7/20, devant Benoît Hamon (14,7) et Philippe Poutou (14,4). Marine Le Pen décroche 10,9/20, tandis qu’Emmanuel Macron n’obtient pas la moyenne (7,1) et François Fillon finit bon dernier (4,1). Reste que dans les débats et les meetings, le sujet est éclipsé et ne parvient pas à rivaliser avec le chômage, la sécurité ou les déficits publics. La cause animale, aussi légitime qu’elle soit devenue, reste marginale.

« C’est aussi une manière pour les candidats de récupérer facilement des voix. Pour beaucoup d’entre eux, cela ne coûte rien de rajouter quelques phrases dans leurs programmes à ce sujet. Mais dans les discours, lorsqu’il faut faire des choix, les animaux passent à la trappe », analyse Daniel Boy, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

Création du Parti animaliste

Le FN, en particulier, « instrumentalise ouvertement le bien-être animal à des fins électoralistes », dénonce l’eurodéputé écologiste Pascal Durand, dans une tribune publiée dans Libération. Par leurs votes devant le Parlement européen – contre la fin des cages pour les lapins ou la limitation de la durée de transport des animaux –, « les eurodéputés frontistes soutiennent les grands groupes agroalimentaires qui ne pensent “animal” que par le prisme de l’exploitation et du profit », juge-t-il.

Pour porter cette cause, certains défenseurs des animaux se sont alors lancés eux-mêmes dans le combat politique, en créant, en novembre un Parti animaliste, à l’image de ceux qui existent dans plusieurs pays européens, notamment aux Pays-Bas. « Nous voulons identifier un électorat pour lequel la question animale est une priorité, de manière à amener les autres partis à s’en emparer plus largement », explique l’une des coprésidentes, Hélène Thouy, avocate au barreau de Bordeaux.

Le parti, qui veut notamment abolir les « pratiques génératrices de souffrance », créer un ministère de la protection animale et adosser à la Constitution française une charte de la protection animale, revendique un millier d’adhérents. Totalement indépendant d’un point de vue financier, il a d’ores et déjà investi 80 candidats aux législatives, et en vise une centaine, tous issus de la société civile.

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Published by Vert Lilas - dans Animal Elections
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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 09:27

Neuf réacteurs sont déjà en déconstruction en France. Le chantier est colossal et les défis techniques immenses. Par Pierre Le Hir le 13 avril 2017 pour Le Monde.

Lire aussi Tout est bon à EDF pour ne pas toucher à son parc nucléaire !, La double supercherie démasquée du nucléaire , Nucléaire : EDF veut reporter le démantèlement,et Le nucléaire français face à ses contradictions.

Réacteur nucléaire de Chooz A en démantèlement par EDF sur la commune de Chooz dans les Ardennes, le 5 avril. ANTONIN LAINE / DIVERGENCE POUR LE MONDE

Réacteur nucléaire de Chooz A en démantèlement par EDF sur la commune de Chooz dans les Ardennes, le 5 avril. ANTONIN LAINE / DIVERGENCE POUR LE MONDE

Faire, défaire. Ainsi va la vie. Ainsi va désormais le nucléaire. Avec la fermeture annoncée de la centrale alsacienne de Fessenheim à la fin de la décennie – si EDF et le futur gouvernement n'en décident pas autrement –, " un vaste chantier industriel de démantèlement va pouvoir démarrer ", se félicite la ministre de l'environnement et de l'énergie, Ségolène Royal.

Pour l'entreprise publique, c'est une nouvelle page de l'histoire de l'atome qui s'ouvre. L'ouvrage qui l'attend est colossal, les défis techniques immenses, le coût considérable. Ses ingénieurs n'en sont toutefois pas à leur coup d'essai. Ils ont commencé à se faire la main sur plusieurs réacteurs à l'arrêt, dont celui de Chooz A, dans les Ardennes.

Chooz – prononcer chô – est un concentré de la filière électronucléaire française. La vitrine, justement, de ce qu'elle sait faire et défaire. Nous sommes ici dans une boucle de la Meuse, à l'extrême pointe d'une étroite bande de terre, le " doigt de Givet ", planté comme un coin dans l'Ardenne belge.

Ce matin d'avril au ciel plombé, on aperçoit d'abord, gris sur gris, deux colonnes de béton dont le panache de vapeur d'eau se mêle aux nuages : les tours de refroidissement de la centrale de Chooz B, formée de deux unités de 1 450 mégawatts (MW) qui, couplées au réseau en 1996 et 1997, sont parmi les plus modernes du parc hexagonal. Mais un troisième réacteur se cache, sur l'autre rive du fleuve, enfoui sous une colline piquée de bouleaux.

Chooz A, chantier pilote

Chooz A, le " petit Chooz ", est un modèle réduit, de 305 MW, des 58 réacteurs à eau pressurisée aujourd'hui exploités en France, dont la puissance est de trois à cinq fois supérieure. Le premier de cette technologie à avoir été mis en service, en 1967, il a aussi été le premier débranché, en 1991, après avoir rempli sa fonction de démonstrateur. Son démantèlement constitue donc un chantier pilote, même si son implantation souterraine, dans deux cavernes protégées par 300 mètres de roche, en fait un cas singulier.

Réacteur nucléaire de Chooz A, en démantèlement par EDF sur la commune de Chooz dans les Ardennes, le 5 avril. Une galerie menant vers la salle du réacteur. ANTONIN LAINE / DIVERGENCE POUR LE MONDE

Réacteur nucléaire de Chooz A, en démantèlement par EDF sur la commune de Chooz dans les Ardennes, le 5 avril. Une galerie menant vers la salle du réacteur. ANTONIN LAINE / DIVERGENCE POUR LE MONDE

Pour y accéder, il faut s'enfoncer dans une galerie d'une centaine de mètres où courent des rails servant à l'évacuation des matériaux et des gaines de ventilation. Un sas maintient en dépression l'ensemble du site, pour éviter que ne s'en échappent des particules radioactives.

Nous sommes entrés en " zone contrôlée " mais, précise Sébastien Albertini, chef du projet de déconstruction, classée en " nucléaire propre ", où ne subsiste qu'un faible niveau de contamination. Nous sommes même, selon le code de couleurs en vigueur dans cette industrie, en " zone radiologique verte ", la moins exposée dans une gamme comprenant aussi le jaune, l'orange et le rouge.

Lavage chimique et décontamination

Car le gros des opérations a déjà été réalisé. Dans les premières années qui ont suivi l'arrêt du réacteur, le combustible usé a été déchargé et transféré vers les usines de retraitement de La Hague (Manche), les circuits et les tuyauteries vidangées, ce qui a permis d'éliminer 99,9 % de la radioactivité. Pour autant, souligne notre guide, " le niveau d'exigence en termes de sûreté et de radioprotection reste le même que pendant la phase d'exploitation ".

Il faut donc, avant de poursuivre plus avant, se livrer à un rituel immuable, auquel s'astreignent quotidiennement la centaine d'ouvriers et de techniciens troglodytes qui s'affairent toujours dans les entrailles de la terre. On passe successivement d'un vestiaire " froid ", où l'on se déshabille des pieds à la tête, hommes et femmes séparément, pour ne conserver que ses sous-vêtements, à un vestiaire " chaud " où l'on enfile tee-shirt, combinaison, chaussettes, chaussures, charlotte, casque et lunettes de protection, qui seront ensuite envoyés vers des laveries spécialisées. On s'équipe encore d'un dosimètre, qui nous avertirait par un signal sonore d'un taux anormal de radioactivité.

Nous voilà enfin dans le saint des saints : la caverne principale, haute de 45 mètres, longue de 40 et large de 25, où a été construit le réacteur, entre des parois rocheuses renforcées par une armature de béton et isolées par un revêtement de tôle inoxydable. " Notre difficulté principale est l'exiguïté de l'espace, qui nous a obligés à faire de la place, puis à construire avant de pouvoir déconstruire ", explique Sébastien Albertini.

Il a fallu aménager dans la grotte des paliers sur cinq niveaux, pour y installer des ateliers de découpe des composants et des silos de conditionnement des déchets. L'une des manœuvres les plus délicates a été l'extraction de leurs puits des quatre énormes générateurs de vapeur – des pièces de 14 mètres de haut et de 120 tonnes –, qui ont été sortis d'un bloc et, après lavage chimique et décontamination par projection de sable, acheminés vers le centre de stockage des déchets de très faible activité de Morvilliers (Aube).

Des robots télécommandés pour cisailler la cuve

Le démantèlement est aujourd'hui entré dans sa phase finale, ou terminale, puisqu'il s'agit bien d'une fin de vie. Il reste à enlever la pièce maîtresse, la cuve d'acier de 220 tonnes où se produisait la réaction de fission et dont le couvercle de 70 tonnes a été déposé, début mars, par un puissant pont de levage.

Pour limiter l'exposition aux radiations de cette chaudière et de ses structures internes, chargées en cobalt 60, l'opération se fera sous eau, dans une piscine de dix mètres de profondeur où l'on entrevoit en se penchant, à la lumière de projecteurs bleuâtres, une grappe de barres de métal hérissées, telles les tentacules d'une pieuvre géante tapie dans l'obscurité. Leur découpe, bout par bout, doit s'étaler jusqu'en 2022.

Réacteur nucléaire de Chooz A, en démantèlement par EDF sur la commune de Chooz dans les Ardennes, le 5 avril. Avant de sortir de la zone contrôlée tous les vêtements et objets contaminés sont déposés dans des corbeilles. Ce matériel ne sort jamais hors de la zone contrôlée. ANTONIN LAINE / DIVERGENCE POUR LE MONDE

Réacteur nucléaire de Chooz A, en démantèlement par EDF sur la commune de Chooz dans les Ardennes, le 5 avril. Avant de sortir de la zone contrôlée tous les vêtements et objets contaminés sont déposés dans des corbeilles. Ce matériel ne sort jamais hors de la zone contrôlée. ANTONIN LAINE / DIVERGENCE POUR LE MONDE

Il y faudra des robots télécommandés, munis de scies circulaires ou à ruban qui cisailleront la cuve et ses structures internes en morceaux. Ceux-ci seront plus tard expédiés vers le centre de stockage de déchets de faible et moyenne activité à vie courte de Soulaines-Dhuys (Aube), pour la plus grande partie d'entre eux, ou, pour les 20 tonnes de déchets de moyenne activité à vie longue restants, vers un nouveau site, l'installation de conditionnement et d'entreposage des déchets activés, qu'EDF prévoit d'ouvrir mi-2018 dans le Bugey (Ain).

" Appartement témoin "

La seconde caverne, que l'on rejoint par des galeries transversales, a déjà été vidée de la plupart de ses équipements : piscine de refroidissement du combustible, systèmes de sauvegarde, pompes, circuits et auxiliaires divers. N'y restent plus que cinq casemates en béton, qui contiennent encore des résines et des effluents contaminés. Assis devant un pupitre de commande, deux employés, jouant de la manette comme on manie un joystick, actionnent à distance un bras robotisé, surnommé " Predator ", dont les pinces et les lames sectionnent tôles, bidons, tuyaux, vannes et robinets.

Pour signifier que les travaux avancent à bon train, EDF s'est offert le luxe d'aménager un " appartement témoin d'un démantèlement achevé " : un boyau aux murs de béton brut où a été effacée toute trace des activités passées.

« Prouesse technologique »

Si tout va bien, la déconstruction complète de Chooz A devrait être achevée d'ici à cinq ans, permettant le déclassement du site de son statut d'installation nucléaire et sa réhabilitation. Il demeurera toutefois plusieurs années encore sous surveillance, pour contrôler le niveau de tritium des eaux s'infiltrant dans les cavernes.

Que deviendra-t-il ensuite ? On y imaginerait volontiers un musée ou une galerie d'art moderne. Mais nous sommes dans une enclave nucléaire, et EDF prévoit de combler les galeries pour empêcher qu'elles ne s'effondrent. Une large partie des 40 000 tonnes de déchets, ferraille et gravats, produits ici, dont 80 % sont conventionnels, c'est-à-dire non radioactifs, pourraient y trouver un exutoire naturel.

En attendant, il s'agit de vérifier, sur notre dosimètre, la dose de radioactivité à laquelle nous avons été exposés en près de deux heures : un microsievert seulement, le millième de la dose autorisée pour le public sur une année entière, la limite étant vingt fois supérieure pour les travailleurs du nucléaire. Mais on ne retrouvera l'air libre qu'après être passé par trois détecteurs de plus en plus sensibles, des portiques de contrôle 1, 2 et 3 qui sondent mains, pieds, torse et dos, pour vérifier que l'on n'emporte pas de poussières radioactives collées sur ses vêtements ou sous ses semelles.

" Ma plus grande satisfaction, commente Sébastien Albertini, c'est de conduire ce chantier selon le planning prévu, dans le strict respect des règles de sûreté. "" Avec Chooz A, ajoute Gilles Giron, directeur adjoint des projets de déconstruction d'EDF, nous montrons que nous savons mener à bien le démantèlement d'un réacteur à eau pressurisée et que nous saurons donc le faire pour notre parc en exploitation. Le construire a été une prouesse technologique. Le déconstruire est aussi une prouesse technologique. "

Superphénix, un démantèlement ardu

La nouvelle aventure qui attend l'industrie nucléaire est-elle alors parfaitement sous contrôle ? Ce n'est pas l'avis de la mission parlementaire conduite par Barbara Romagnan, députée (PS) du Doubs, et Julien Aubert, député (Les Républicains) de Vaucluse, qui, dans un rapport rendu public le 1er février, a jugé qu'EDF se montrait " trop optimiste " quant à la " faisabilité technique ", selon elle " pas entièrement assurée ", du démantèlement du parc atomique. Et a pointé les retards pris par plusieurs chantiers. Car si celui de Chooz A, le plus simple à mener, paraît en bonne voie, l'électricien est aussi engagé dans d'autres opérations, beaucoup plus ardues.

Dans la salle du réacteur nucléaire de Creys-Malville dit « Superphénix », en démantèlement par EDF sur la commune de Creys-Mépieu en Isère, à l'intérieur de l'ancienne cuve, le 24 mars. Les dimensions sont impressionnantes, il s'agit du plus gros réacteur jamais construit par EDF. ANTONIN LAINE / DIVERGENCE POUR LE MONDE

Dans la salle du réacteur nucléaire de Creys-Malville dit « Superphénix », en démantèlement par EDF sur la commune de Creys-Mépieu en Isère, à l'intérieur de l'ancienne cuve, le 24 mars. Les dimensions sont impressionnantes, il s'agit du plus gros réacteur jamais construit par EDF. ANTONIN LAINE / DIVERGENCE POUR LE MONDE

" immense gâchis "

Tel est le cas pour le réacteur à neutrons rapides Superphénix de Creys-Malville, en Isère. Ce prototype de 1 240 MW – une puissance à l'époque inédite –, mis en service en 1986, avait été baptisé du nom de l'oiseau mythique renaissant de ses cendres car il était censé, en mode surgénérateur, convertir de l'uranium naturel en plutonium et produire ainsi davantage de combustible qu'il n'en brûlait ou, en mode inverse, pouvoir consommer une partie du combustible usé d'autres centrales.

Las, il n'a cessé d'accumuler les avaries, avant que Lionel Jospin, alors premier ministre, ne décide, en 1997, de mettre fin à un fiasco industriel dont la Cour des comptes a chiffré en son temps le coût à 60 milliards de francs (environ 12 milliards d'euros d'aujourd'hui).

" Un immense gâchis ", estime encore Christian Gonin, ouvrier mécanicien à la -retraite qui, depuis son pavillon du hameau de Faverges, voit tous les matins, en ouvrant ses volets, le mastodonte de béton posé -devant les premiers contreforts des monts du Bugey. Il n'a rien oublié de cette histoire tumultueuse, encore moins de la grande manifestation antinucléaire européenne du 31 juillet 1977 qui vit la mort d'un jeune enseignant, Vital Michalon, victime de l'explosion d'une grenade offensive tirée par des forces de l'ordre déployées en masse.

" Un gaspillage énorme ", dit lui aussi Maurice François, agriculteur retraité, presque nonagénaire, qui, du temps où il menait la fronde écologiste, s'était équipé, par conviction autant que par bravade, d'une chaudière au biogaz alimentée par le lisier d'une porcherie.

Travail de bénédictin

Que reste-t-il aujourd'hui de Superphénix ? Une installation nucléaire hors normes, où tout est démesuré : un bâtiment de moitié plus haut (85 mètres) que celui d'un réacteur standard de 900 MW, une cuve six fois plus large (24 mètres de diamètre), des composants deux fois plus volumineux (43 mètres de hauteur pour les générateurs de vapeur). Ce qui en fait, vante EDF, " le plus grand réacteur en démantèlement au monde ". Mais, plus encore que ce gigantisme, explique Damien Bilbault, responsable du site, c'est l'utilisation de sodium liquide comme fluide de refroidissement qui s'est transformée en casse-tête pour les déconstructeurs.

Ce métal fondu, dont la cuve et les circuits contenaient 5 500 tonnes, s'enflamme spontanément au contact de l'air et explose en présence d'eau. Pour le neutraliser, il a fallu un travail de bénédictin consistant à l'injecter au goutte-à-goutte dans une solution de soude aqueuse afin de le transformer en soude ensuite incorporée, comme eau de gâchage, à 68 000 tonnes de béton. Lequel, très faiblement radioactif, devra rester entreposé sur place pendant une vingtaine d'années avant de pouvoir rejoindre un centre de stockage.

Réacteur nucléaire de Creys-Malville, en démantèlement, le 24 mars. Le panneau de sécurité que l'on retrouve à l'entrée de toutes les usines, dont les centrales électriques. ANTONIN LAINE / DIVERGENCE POUR LE MONDE

Réacteur nucléaire de Creys-Malville, en démantèlement, le 24 mars. Le panneau de sécurité que l'on retrouve à l'entrée de toutes les usines, dont les centrales électriques. ANTONIN LAINE / DIVERGENCE POUR LE MONDE

En comparaison, le reste des interventions – retrait de pompes de 125 tonnes, d'échangeurs de 70 tonnes ou d'un sas de manutention du combustible de 775 tonnes – a presque été un jeu d'enfant. Même s'il a fallu concevoir des machines et des robots spéciaux pour éliminer les poches résiduelles de sodium dans les multiples boucles et circuits d'une pile atomique extraordinairement complexe.

Et qu'en novembre 2014, à la suite d'une plainte du réseau Sortir du nucléaire, le tribunal correctionnel de Bourgoin-Jallieu (Isère) a condamné EDF pour n'avoir pas respecté une mise en demeure de l'Autorité de sûreté nucléaire, qui lui enjoignait d'améliorer la gestion des situations d'urgence, telles qu'un incendie.

Reste à finir le travail. Une fois débarrassée de ses dernières traces de sodium par injection de petites doses de gaz carbonique humide, la cuve doit être mise en eau, fin 2017, avant d'être disséquée, d'ici à 2025, par des engins téléopérés.

À l'horizon 2030, Superphénix devrait enfin avoir rendu l'âme. Sans espoir, cette fois, de renaissance ? Pas tout à fait. Demeureront en place le bâtiment du réacteur, ainsi qu'un atelier pour l'entreposage du -combustible, où se trouve une piscine contenant non seulement un cœur déjà brûlé – dont 4,8 tonnes de plutonium –, mais -également un cœur tout neuf, prêt à servir. Car EDF n'exclut pas d'installer ici, un jour, un nouveau réacteur de quatrième génération, à neutrons rapides lui aussi. Et ce, alors que le modèle de troisième génération, l'EPR en construction à Flamanville -(Manche), n'a toujours pas livré ses premiers kilowattheures.

Un des innombrables portiques de sécurité pour l'accès au site du réacteur nucléaire de Creys-Malville, celui-ci à badge et code. Antonin Lainé / Antonin Lainé/ Divergence pour Le Monde

Un des innombrables portiques de sécurité pour l'accès au site du réacteur nucléaire de Creys-Malville, celui-ci à badge et code. Antonin Lainé / Antonin Lainé/ Divergence pour Le Monde

Le réacteur de Brennilis, autre épine dans le pied d’EDF

Autre épine dans le pied d'EDF, le petit (70 MW) réacteur à eau lourde de Brennilis, dans les monts d'Arrée (Finistère). Mis en service en 1967, stoppé en 1985, il attend toujours, dans la lande battue par les vents, un démantèlement qui ne devrait pas s'achever avant 2032. Près d'un demi-siècle se sera donc écoulé entre sa fin d'activité et la fin des travaux. Et plus de trente ans dans le cas de Superphénix, autant dans celui de Chooz A. Peut-on vraiment, dans ces conditions, affirmer que les délais sont tenus ?

Ce dérapage du calendrier a certes pour raison principale un changement de stratégie d'EDF. Alors que l'électricien prévoyait au départ de procéder à un démantèlement différé, pour laisser la radioactivité décroître pendant quelques dizaines d'années et faciliter ainsi l'intervention humaine, il a, au début des années 2000, opté pour un démantèlement immédiat.

Et ce, justifie Gilles Giron, " pour bénéficier de la mémoire de ceux qui ont exploité les centrales, et parce que des techniques de téléopération étaient disponibles ". Les dossiers de démantèlement ont alors été constitués, ce qui a demandé plusieurs années, avant que soient publiés les décrets autorisant la déconstruction des îlots nucléaires. En se référant à la date de ces décrets, EDF considère donc que la durée effective d'une déconstruction est de l'ordre de quinze ans seulement.

On en est pourtant très loin, avec les six réacteurs de la première génération du parc français (Bugey 1, Chinon A1, A2 et A3, Saint-Laurent A1 et A2), eux aussi en cours de démolition. Des monstres d'un autre temps, vingt fois plus gros qu'un réacteur actuel et d'un fonctionnement incroyablement complexe. D'une technologie dite à uranium naturel graphite gaz, ils recèlent au total 17 000 tonnes de graphite, dont l'extraction sera aussi longue que difficile et qui générera des déchets de faible activité mais à vie longue, pour lesquels il n'existe pas encore de centre de stockage.

Quand ces ancêtres ont été mis à la retraite, EDF avait prévu de terminer leur démantèlement vers 2040. Mais, consultées par appel d'offres sur la méthode retenue – un retrait du graphite sous eau –, les entreprises sous-traitantes se sont déclarées incapables de mener à bien cette tâche. En 2016, EDF a fait volte-face et annoncé qu'elle envisageait désormais une extraction sous air, reportant du même coup l'élimination complète de ces réacteurs au début du siècle prochain.

" XXIIe siècle " - L’électricien sèchement tancé par l’ASN

" Les difficultés techniques évoquées sont réelles, mais repousser l'échéance au début du XXIIe siècle ne nous paraît absolument pas raisonnable, ni très conforme à la doctrine du démantèlement immédiat. Ou alors, la notion d'immédiateté a changé ", s'est fâché le président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Pierre-Franck Chevet, auditionné, le 22 février, par la commission du développement durable de l'Assemblée nationale.

Au-delà de ce cas particulier, le gendarme du nucléaire a sèchement tancé l'électricien pour le " manque d'informations " fournies sur la stratégie de démantèlement du parc actuel. " Entre les trois exploitants - EDF, Areva et le CEA - celui sur lequel on a le moins d'éléments techniques pour porter un jugement sur la nature des opérations futures, sur leur faisabilité, sur leur crédibilité, y compris en termes de calendrier, c'est clairement EDF ", s'est-il irrité.

Et de brandir le dossier d'EDF, cinq fois moins épais que celui du CEA. D'autant, insiste M. Chevet, que chaque réacteur a une histoire particulière et qu'il est " indispensable d'identifier, site par site, les éventuels problèmes spécifiques qu'il a pu rencontrer ", par exemple " les pollutions diverses, à l'intérieur de l'installation ou sur les sols ".

Responsable de la production nucléaire et thermique à EDF, Dominique Minière n'en assure pas moins que " la faisabilité technique du démantèlement des réacteurs à eau pressurisée est d'ores et déjà acquise ". Et que sur les anciennes filières, comme celle à graphite-gaz, elle est " à notre portée ", même si aucun réacteur de puissance de ce type n'a encore été totalement déconstruit.

La réalité est pourtant que l'industrie -nucléaire n'avait aucunement anticipé la fin de vie de ses réacteurs, pas davantage que la gestion de leurs déchets ultimes. Sûre qu'elle était que, le moment venu, ses ingénieurs sauraient trouver les solutions. Ce n'est que depuis 2006 que la loi exige que, lors de la création d'une installation atomique, soient définis " les principes généraux proposés pour le démantèlement ". " La filière nucléaire a été incapable d'envisager son déclin, juge Yves Marignac, directeur de l'agence d'information sur le nucléaire -WISE-Paris. Or, comme en montagne, c'est souvent dans la descente, quand l'attention se relâche, que surviennent les accidents. "

  Le bâtiment de Superphénix vu depuis le hameau de Malville. Les « ailes » de couleur jaune abritent les quatre générateurs de vapeur, hauts de 20 mètres. La petite construction au toit conique, sur la gauche, est un ancien kiosque d'accueil du public, comportant un espace d'exposition et depuis lequel les visiteurs avaient une vue générale du site. Il est fermé depuis de nombreuses années.

Le bâtiment de Superphénix vu depuis le hameau de Malville. Les « ailes » de couleur jaune abritent les quatre générateurs de vapeur, hauts de 20 mètres. La petite construction au toit conique, sur la gauche, est un ancien kiosque d'accueil du public, comportant un espace d'exposition et depuis lequel les visiteurs avaient une vue générale du site. Il est fermé depuis de nombreuses années.

Une déconstruction hors normes et hors de prix

Le grand chantier de la déconstruction a bien sûr un coût. La facture est estimée à 1 milliard d'euros, au bas mot, pour Superphénix, l'ancien réacteur de Creys-Malville (Isère), près de 500 millions d'euros pour Brennilis (Finistère), 400 millions pour Chooz A (Ardennes) et environ 300 millions pour un réacteur classique. Pour l'ensemble des 58 réacteurs en activité et des neuf pionniers à l'arrêt, EDF chiffre l'addition finale à 60 milliards d'euros, gestion des -déchets et des derniers cœurs comprise. Afin de disposer de cette somme le moment venu, le groupe avait provisionné 24,4 milliards d'euros au 31 décembre 2016, une enveloppe dont Dominique Minière, responsable de la production -nucléaire et thermique à EDF, rappelle qu'elle a été validée par plusieurs audits.

Mais la mission parlementaire sur " la faisabilité du démantèlement des installations nucléaires " a rendu, en février 2017, des conclusions bien différentes. Elle estime que " les charges de démantèlement sont sous-évaluées " et relève que les provisions constituées par l'électricien français " sont parmi les plus basses - des pays - de l'Organisation de coopération et de développement économiques, sans filet de sécurité en cas d'écart sur les coûts ".

Un alléchant marché international

En 2012, la Cour des comptes avait elle-même calculé que, rapportés au parc français, les coûts de démantèlement prévus par les États-Unis étaient jusqu'à deux fois plus élevés et ceux retenus par l'Allemagne jusqu'à plus de trois fois selon certaines études. " L'expérience de l'Allemagne et du Royaume-Uni montre que, lorsque ces pays sont passés d'une hypothèse de coût de démantèlement à un devis opérationnel, avec des entreprises prestataires, la note a été multipliée par deux ou par trois ", prévient aussi Yves Marignac, directeur de l'agence d'information sur le nucléaire WISE-Paris.

Pour EDF, cette charge est toutefois une forme d'investissement. Quelque 110 réacteurs ont déjà été définitivement arrêtés dans le monde et 200 autres pourraient l'être d'ici quinze ans, sur les près de 450 aujourd'hui en fonctionnement. Mais très peu d'entre eux ont été démantelés : six l'ont été complètement aux États-Unis, une quinzaine sont en passe de l'être. C'est donc un alléchant marché international qui s'ouvre, sur lequel le français espère bien tenir une place de choix, grâce aux compétences acquises dans l'Hexagone. Une façon aussi de compenser en partie les emplois perdus lors de la fermeture d'une centrale, dont le démantèlement occupe entre cinq et dix fois moins de salariés que son exploitation.

Au reste, l'électricien projette déjà de bâtir sur le territoire national, pour remplacer les unités en fin de course, " trente à quarante " EPR, qu'il faudra eux-mêmes raser un jour. Faire et défaire. Encore et encore.

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 09:02

La retraite par compte notionnel, gâteau empoisonné macronien. Par Jean-Marie Harribey, membre du conseil scientifique d’Attac, le 12 avril 2017 pour Politis. Lire aussi Halte à la décroissance sociale !.

Les mauvais comptes de la retraite selon Macron

 

Le jeune Macron s’occupe des futurs vieux. Il leur promet un avenir radieux, car universel et égalitaire. Et simple à comprendre : « Un euro de cotisation donnera le même droit à pension pour tous. » Fini les interminables discussions sur l’âge de départ en retraite ou la durée de cotisation. Fini les différences entre régimes. Encore plus fort que la retraite par points, le compte « notionnel » résout tous les problèmes démographiques ou économiques de financement des retraites. Telle est la litanie d’inepties proférées par ceux qui veulent accomplir (enfin !) une réforme « structurelle » des retraites.

De quoi s’agit-il ? On ouvre un compte virtuel (c’est pour cela qu’il est dit « notionnel ») à chaque salarié. Ce compte n’est pas financier : aucun titre n’est acheté, rien n’est placé sur les marchés. On enregistre le montant des cotisations du salarié. Le montant de la pension sera alors égal à ce capital virtuel actualisé divisé par un coefficient dépendant de l’espérance de vie de la génération à laquelle appartient le salarié au moment où il part à la retraite et du taux moyen de progression du revenu par tête. On applique le principe de la « neutralité actuarielle », selon lequel le total des sommes perçues pendant tout le temps de retraite est le même, quel que soit l’âge de départ. Bien que les cotisations servent toujours à payer les pensions du moment, le système par répartition devient une fiction. On substitue la notion de salaire différé à celle de salaire socialisé en consacrant la contributivité individuelle stricte, qui élimine toute redistribution, aussi mince soit-elle.

Le salarié décide ainsi de partir à la retraite quand il veut : quoi de plus juste en apparence puisque son capital virtuel de cotisations dépend de l’espérance de vie ? Mais, au sein d’une même génération, au moment de partir à la retraite, les différences d’espérance de vie sont très grandes entre les catégories socio-professionnelles. Six ans de plus pour un cadre que pour un ouvrier. Et les femmes, vivant plus longtemps, auront des pensions au rabais. En outre, pour avoir un niveau de pension plus élevé, que sera tenté de faire quelqu’un qui a travaillé dur pour un salaire bas ? Travailler le plus longtemps possible. Ce sera pour lui la double peine : mauvaises conditions de travail, salaire bas en activité, pension faible et durée de vie raccourcie à la retraite. Cerise sur le gâteau empoisonné macronien : le projet de supprimer le compte pénibilité, qui procure des droits pour partir plus tôt à la retraite.

La supercherie de ce système par comptes notionnels est à son comble quand ses promoteurs affirment qu’il permet de faire face à l’évolution démographique ou à une récession économique. Or, le vieillissement de la population est un problème auquel tous les systèmes de retraite sont confrontés puisque les pensions proviennent du travail des actifs. De plus, dans les pays où ce système est en place (Suède, Italie), les pensions ont été revues à la baisse quand la crise a éclaté, car le coefficient divisant le capital virtuel intègre un facteur lié au taux de croissance économique. Ainsi, tout est pensé pour universaliser le recul social.

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Published by Vert Lilas - dans Retraites Elections
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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 09:04

Depuis deux décennies, les passeurs opérant en bandes organisées se succèdent autour de Calais et de Grande-Synthe, où le camp humanitaire a été ravagé par un incendie dans la nuit du 10 au 11 avril. Hommes invisibles qui dorment le jour, vivent la nuit, ils sont détestés des migrants mais indispensables pour franchir la frontière. Un ancien passeur a accepté de témoigner. Par Elisa Perrigueur le 11 avril 2017 pour Mediapart. Lire aussi Le maire de Grande-Synthe veut que le camp de migrants survive à l’incendie.

À la tombée de la nuit en 2015-2016, il était courant d’apercevoir des silhouettes marchant à travers champs pour rejoindre les autoroutes et, a priori, créer des barrages © Elisa Perrigueur

À la tombée de la nuit en 2015-2016, il était courant d’apercevoir des silhouettes marchant à travers champs pour rejoindre les autoroutes et, a priori, créer des barrages © Elisa Perrigueur

Parfois baptisés par les migrants les « parkings de l’enfer », ces lieux sont des ressources stratégiques. Une partie des camions qui filent vers le Royaume-Uni s’y garent. Il faut ensuite ruser pour y faire monter les migrants contre quelques milliers d’euros. Technique clandestine la plus utilisée, elle rapporte gros : entre 3 500 et 12 000 euros par tête. Être « chef de parking » est un statut qui se protège. Alors les groupes s’arment, « pistolets, couteaux et gaz lacrymos », confie Zirak, ancien passeur. Les passeurs sont généralement des tombes, mais lui accepte de révéler anonymement des bribes de ses années d’expérience. « Il y a eu des blessés dans des règlements de compte. » Le Kurde irakien l’admet : « 90 % des migrants ont peur de nous car il arrive que des personnes les battent. Ce sont ceux qui boivent, se droguent et perdent le contrôle. » Lui, sous sa carrure imposante, n’aime pas « ces comportements violents », dit-il.

Depuis une décennie, rien n’a changé sous le ciel du Nord. Les passeurs originaires du Kurdistan irakien et d’Albanie règnent sur ce business, organisant les montées dans les camions, mais également des passages clandestins avec de faux documents. Autour d’eux gravitent d’autres réseaux tenus par des Érythréens, des Soudanais, des Vietnamiens… ou encore des Iraniens qui, arrivés sur le tard en 2015, tentent les traversées par bateaux sur la Manche agitée, comme le 3 avril dernier au large de Calais. D’autres migrants, enfin, essayent seuls, se glissant sous les châssis des bus ou des camions. Ou lors de barrages sur les routes, comme à l’aube du démantèlement de la « jungle » de Calais, en octobre 2016. Spectaculaires mais peu efficaces. La stratégie de l’invisible est plus sûre.

Le « réservoir » de Grande-Synthe

Ces organisations criminelles résistent aux démantèlements successifs des camps. Celui du bidonville de Calais les a tout au plus déstabilisées. « Leur activité est constante. Lorsqu’on démantèle un réseau, on le désoriente pendant quelques mois, mais d’autres trafiquants reviennent systématiquement combler le vide », note Vincent Kasprzyk, capitaine de la Brigade mobile de recherches de Coquelles (BMR). Connus des réfugiés, les passeurs sont des spectres pour les riverains ou les associations. Autour d’eux, c’est l’omerta. Outre-Manche, les migrants se livrent sous anonymat. En France, ils restent muets. « C’est trop risqué de parler », souligne Sylvain de Saturne, de l’association L’Auberge des migrants. « Les réfugiés ne veulent pas griller leurs plans vers l’Angleterre, qui représentent un investissement énorme. Parfois, j’ai rencontré des gamins qui avaient été tabassés. Ils m’avaient affirmé que c’était la police, puisque ça arrive souvent… J’ai su après que c’était des trafiquants. Ils préféraient mentir pour se protéger. »

Car ces hommes de l’ombre sont au plus près des migrants. À l’exception des ressortissants albanais, pouvant circuler 90 jours avec des passeports biométriques et qui logent souvent dans des hôtels, la majorité s’installent dans les camps de réfugiés, se faisant eux-mêmes passer pour des migrants. Celui de la Linière, à Grande-Synthe, qui abritait 1 700 personnes dont des familles et qui a brûlé dans la nuit du 10 au 11 avril, « était un gros réservoir de passeurs. Ils étaient nombreux à vivre à l’intérieur », signale la BMR. Selon les premières informations concernant l’incendie, une rixe a éclaté entre Kurdes et Afghans, ces derniers étant mécontents de leurs conditions de logement, davantage précaires. « Le camp était tenu par les passeurs Kurdes irakiens, précise la BMR de Coquelles. Au départ, ils voulaient rester entre eux et n’acceptaient pas l’entrée des Afghans, qui ont fini par venir en grand nombre [à partir de décembre, après le démantèlement de la « jungle » de Calais – ndlr]. Des tensions étaient rapportées depuis plusieurs semaines… Pour que le camp finisse en cendres, cela suppose que plusieurs départs de feux aient été allumés. Il y avait une volonté de destruction. »

En 2017, sept filières trans-Manche ont été disloquées sur le littoral par cette brigade renforcée en septembre. Vingt l’année précédente. À coups d’écoutes téléphoniques, de surveillances, il faut deux à trois mois environ pour « taper » une cellule, selon le jargon policier. « Avec l’incendie de La Linière, cela risque de rendre les investigations plus compliquées. Les passeurs feront tout pour ne pas perdre leur marché, mais on ne sait pas où ils seront rassemblés. Ils seront moins visibles, indique la BMR. Tout ça est encore très flou. Ils vont se réorganiser… »

Entre eux, ils se donnent des surnoms : Dana, Kerouane, Soura… Ces hommes, plutôt jeunes et sans papiers, sont une centaine, calcule la police aux frontières (PAF). Les chiffres restent des estimations dans ce système obscur. Des micro-réseaux : cinq à six personnes. Une logistique dérisoire : des voitures, souvent immatriculées en Grande-Bretagne, des téléphones portables, dont les numéros sont eux aussi britanniques. Ils s’enrichissent vite. 3 500 euros le passage semble être le tarif minimum ; il peut vite flamber en fonction des nationalités. « On voit que les personnes érythréennes ou soudanaises paient moins cher, car elles ont peu d’argent. Les syriennes, elles, paieront plus, considérées comme plus aisées, détaille Vincent Kasprzyk. Les groupes albanais sont également beaucoup plus gourmands et ne font passer que des personnes originaires d’Albanie. »

« Ils opèrent comme les réseaux de stupéfiants »

Un autre agent de la BMR compare : « Ils opèrent comme les réseaux de stupéfiants : leurs marchandises sont des êtres humains qu’ils tentent de dissimuler de la même façon qu’ils cacheraient de la drogue pour la faire passer illégalement. » « On ne les aime pas, mais impossible d’aller en Grande-Bretagne sans un passeur », résume l’Iranien Olan. Dans le nord de la France, ils trouvent toujours du travail. Des Érythréens, Soudanais, Éthiopiens, Kurdes, Albanais, Afghans et Vietnamiens sont toujours candidats pour le Royaume-Uni. Arpentant les champs et les routes entre Calais, Dunkerque et Boulogne-sur-Mer, les passeurs connaissent également par cœur ces confins de la France. Des confins si barricadés que leur « expertise » de terrain devient indispensable. Car derrière les barbelés qui bordent les autoroutes, deux infrastructures aux allures de forteresses se dressent à la frontière. L’Eurotunnel et le port de Calais, principales portes d’entrée vers l’Angleterre, par où transitent des milliers de poids lourds chaque jour, n’ont cessé de renforcer leurs protections : chiens renifleurs, scanners, clôtures « végétalisées », caméras infrarouges, détecteurs de pulsations cardiaques… Mais autorités et migrants le concèdent : les traversées clandestines se poursuivent ; à un rythme peu intense mais régulier. Pour les passeurs, rien ne semble impossible.

Dans le nord, tout est question de routes pour les passeurs. D’après les policiers, les Kurdes d’Irak et les Albanais se sont « approprié » des parkings le long des autoroutes dans le courant des années 2000 © Elisa Perrigueur

Dans le nord, tout est question de routes pour les passeurs. D’après les policiers, les Kurdes d’Irak et les Albanais se sont « approprié » des parkings le long des autoroutes dans le courant des années 2000 © Elisa Perrigueur

Des « moineaux » par dizaines

Zirak, lui, a été « lieutenant » pendant des années, celui qui ferme les portes des camions pour dissimuler ceux que les réseaux nomment leurs « clients ». Cela se passe lorsque les villes dorment, cinq soirs par semaine, le samedi et dimanche étant des jours off, en raison du faible nombre de poids lourds. Le « lieutenant » raconte avec détachement son exercice d’autrefois, remuant lentement son café, la manière dont il se faufilait pour « charger », selon la formule, les migrants avec rapidité, ses « performances » : environ dix migrants à chaque fois, pour 3 500 euros par personne. Il jouissait d’une bonne réputation pour son travail, se remémore-t-il, satisfait. « Ça joue sur la régularité de tes prestations. Si jamais tu ne fais passer personne pendant trois semaines, tes clients iront voir ailleurs. Tout se sait. » L’ex-passeur, désormais loin de cet univers calaisien, a cessé cette activité illégale. « Trop fatigante », abrège-t-il, triturant le col de sa chemise. Il n’en dira pas plus sur sa nouvelle vie. Dans la bouche de Zirak, cela semblait un business comme un autre. « Je suis arrivé ici, je n’avais pas d’argent. On m’a proposé ce boulot. On le fait tous pour ça. En Irak, tout le monde est pauvre. Alors certains envoient de l’argent à leur famille, à un proche blessé au pays… »

C’est seulement à leur arrivée dans le nord que les migrants approchent le réseau. « Par téléphone ou par Facebook. Nos réputations se diffusent par le bouche-à-oreille. » Il est rare, précise l’ex-trafiquant, qu’un groupe organise tout le trajet des migrants à travers l’Europe. « Chaque frontière possède ses micro-réseaux indépendants. Ce sont toujours des Kurdes. Nous sommes sur toutes les frontières, nous avons ça dans le sang », sourit l’homme. Après les premiers contacts, les tentatives commencent. Et la plus courante : la tactique du « camion pollué », comme la qualifie le parquet de Boulogne-sur-Mer, lorsque les migrants montent à l’insu du chauffeur routier. « Si le client se fait prendre aux contrôles ou par les chauffeurs, on réessaye jusqu’à ce qu’il passe. C’est la prestation. Et ça fonctionne peu du premier coup », prévient l’Irakien. Durant leurs opérations, les passeurs utilisent des codes par téléphones, conscients des écoutes. « On rebaptisait nos clients de noms d’oiseaux, comme “moineaux”, et nos voitures devenaient des “ânes”. » Une fois que les migrants montent dans les camions, ils ne savent généralement pas où ils arrivent au Royaume-Uni. Leur itinéraire s’arrêtera à l’adresse de livraison du poids lourd. Aucun passeur ne les attend outre-Manche.

Zirak est monté en grade au sein du réseau. Il a commencé « transporteur », avant de devenir « lieutenant ». Pour que l’activité tourne à plein régime, la cellule se structure. Il y a d’abord le « rabatteur » qui recrute les « clients », le « transporteur », qui les mène aux aires d’autoroute, puis le « lieutenant ». En haut de cette hiérarchie, le « chef de parking », puis le « banquier », qui s’assure du paiement à l’arrivée. Un système informel sans traces : la hawala (mandat en arabe). Un transfert est effectué depuis le pays d’origine du payeur, trois quarts de la somme, souvent par la famille, au « banquier », intermédiaire généralement installé au Royaume-Uni. Le dernier quart n’est remis qu’une fois le « client » arrivé à destination. « S’il ne donne pas l’argent à l’arrivée, on va voir la famille au pays [d’origine – ndlr], on discute, on peut aussi baisser le prix, ajoute l’ex-passeur. Mais c’est rare que les gens ne payent pas. » Pour rembourser leurs dettes envers la famille ou les amis, une partie des migrants travaillent ensuite au noir au Royaume-Uni.

Le turn-over des « passeurs d’opportunité »

Bien sûr, l’homme avoue avoir eu peur de la prison, avoir connu les courses à tombeau ouvert pour fuir la police. De Dunkerque à Calais, en passant par Douvres, près de 600 agents de la PAF veillent. L’ancien passeur connaissait les peines maximales encourues, cinq ans ferme et 30 000 euros d’amende pour une aide à l’entrée et au séjour irréguliers. Dix ans ferme et 75 000 euros d’amende si le délit est effectué en bande organisée, dans des conditions dangereuses. Au contraire de Zirak, d’autres sont tombés dans le milieu. Des figures comme Pasha, dont les autorités évaluent les bénéfices à près de 5 millions d’euros entre août 2015 et septembre 2016. Cinq ans fermes, en septembre dernier.

Alors, pour se faire plus discret, « on va, on vient », dit Zirak. Lui se « mettait au vert », plutôt dans un autre pays d’Europe, ce que la PAF confirme. Une partie des membres des réseaux sont des récidivistes. « Tu travailles bien pendant trois mois, tu gagnes pas mal d’argent, puis tu pars en vacances pour te faire oublier des autorités et ensuite tu reviens, résume-t-il. Pendant ce temps-là, tu donnes tes clients à deux personnes de confiance. »

« On ne sait pas où est l’argent »

Plus sûre que le « camion pollué », les passeurs proposent la prestation du « passage garanti » ou « VIP » pour 10 000 à 12 000 euros. Lors de ce que le groupe appelle l’intifaqi, le chauffeur du véhicule est complice. Des caches sont aménagées dans les véhicules ou les poids lourds : à l’intérieur de la marchandise, derrière des doubles cloisons ou encore dans le bloc moteur… Des faux papiers peuvent également être fournis aux migrants.

Le chauffeur de mèche devient lui-même un « passeur d’opportunité », d’après l’expression de la police, un complice qui n’appartient pas au réseau. Les routiers de l’Est se laissent le plus souvent tenter, comblant un salaire de misère. Mais la gamme des « passeurs d’opportunité » est plus large que les seuls camionneurs. Zirak l’atteste, d’autres « petites mains » éphémères interviennent dans le business kurde irakien. Avec un large taux de turn-over. Quelques Français, rares, voulant arrondir leurs fins de mois. Mais surtout beaucoup de migrants eux-mêmes. « Si quelqu’un n’avait pas d’argent mais voulait aller en Angleterre, je lui proposais de travailler pour moi. Il acheminait les gens jusqu’au parking pendant 10-15 jours et je le faisais passer gratuitement. »

À l’aube du démantèlement de la « jungle », en octobre 2016, les barrages se sont multipliés sur les autoroutes © Elisa Perrigueur

À l’aube du démantèlement de la « jungle », en octobre 2016, les barrages se sont multipliés sur les autoroutes © Elisa Perrigueur

Ces « passeurs d’opportunité » défilent plusieurs fois par semaine dans les tribunaux du Nord. Pascal Marconville, procureur de la République à Boulogne-sur-Mer, rappelle que les comparutions immédiates de cette cour sont passées de quelque 250 en 2015 à 400 pendant l’année 2016. Sur ces affaires, la moitié environ concerne les passages clandestins. Pour Me Marie-Hélène Calonne, qui a souvent défendu ce type de passeurs, la comparution immédiate est « un moyen de poursuite extrêmement violent ». « On a souvent affaire, dans ces cas-là, à des hommes qui ont peur et craignent des représailles pour leur famille. Les peines sont extrêmement lourdes et c’est du ferme quasi systématique lorsque la personne est étrangère. Un Français se verra plus facilement accorder un sursis… », signale cette avocate. « Ce traitement différencié entre étrangers et Français me dérange. » Et de citer le cas de ce chauffeur polonais, qui, le 30 mars, a écopé de douze mois de prison, dont six fermes. « Il a perdu connaissance au tribunal », souligne-t-elle.

Les passeurs qui se retrouvent à la barre de la justice française ne sont souvent que des « ouvriers », selon le langage des groupes. Le haut de la pyramide est rarement dans l’Hexagone. Le trésor non plus. Sur les sept millions d’avoirs criminels autour du trafic de migrants saisis chaque année en France, les autorités ne dénichent presque rien sur le littoral. « On ne sait pas où est l’argent », admet Julien Gentile, patron de l’Ocriest.

Collaborer sur des enquêtes financières avec les États d’origine des passeurs en réseau s’avère complexe. « L’Albanie a plus d’intérêt à enquêter en raison des aides qu’elle reçoit de l’Europe, mais elle a peu de moyens. Quant au Kurdistan irakien, impossible : il n’y a pas d’État. » Reste la Grande-Bretagne, où se trouvent « beaucoup de commanditaires, au moins financiers », explique Julien Gentile. « Avant 2013-2014, le Royaume-Uni ne luttait pas contre les réseaux, considérant que les trafiquants étaient surtout en France. Ils débutent dans le domaine. » Une prise de conscience que le phénomène des passeurs trans-Manche ne concerne pas seulement le littoral. « Certains groupes descendent plus au sud, près de Reims, Orléans… sur des aires d’autoroutes moins surveillées, détaille Julien Gentile. Mais il y a aussi la voie aérienne, via Paris ou des petits aéroports avec des faux documents. » Depuis le début de l’année, six réseaux à destination de la Grande-Bretagne ont été démantelés loin du littoral du nord.

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 12:27

Détruit par les flammes, le camp de réfugiés de Grande-Synthe est en sursis. Le maire, Damien Carême, n'entend pas laisser l'État en finir avec ce lieu dans lequel vivaient près de 1 500 personnes, principalement des Kurdes irakiens et des Afghans en transit vers l'Angleterre. Par Carine Fouteau pour Mediapart le 11 avril 2017. Lire aussi Un ancien passeur raconte le trafic de migrants entre la France et l’Angleterre.

Le camp de Grande-Synthe, après l'incendie qui l'a détruit dans la nuit du 10 au 11 avril 2017. © Reuters

Le camp de Grande-Synthe, après l'incendie qui l'a détruit dans la nuit du 10 au 11 avril 2017. © Reuters

Un gigantesque incendie a ravagé dans la nuit du 10 au 11 avril le camp de Grande-Synthe (Nord), qui hébergeait environ 1 500 migrants, provoquant la désolation de celles et ceux qui s’étaient démenés pour voir surgir de terre ce lieu, le premier campement aux normes internationales sur le sol français à accueillir des réfugiés. Désolation de voir des familles déjà éprouvées par l’exil subir un nouveau traumatisme ; désolation de voir leurs efforts partis en fumée ; désolation d’entendre leurs opposants politiques se saisir de ce drame, qui n’a pas causé de décès, pour dénoncer leur initiative.

« C’est un coup sur la tête, on se relève, il faut faire face, on continue, on va trouver des solutions », affirme Damien Carême, le maire EELV de la ville, à l’origine avec Médecins sans frontières (MSF) de l’ouverture du camp en mars 2016.

Personne ne le conteste, l’incendie est le fait des migrants eux-mêmes. Il a fait suite à deux rixes qui ont éclaté, dans l’après-midi et la soirée du 10 avril, entre des ressortissants kurdes irakiens et des ressortissants afghans, les deux principales communautés présentes sur place, entre lesquelles les tensions étaient récurrentes. Selon des témoignages recueillis par l’AFP, les Afghans étaient mécontents d’être parqués dans les cuisines collectives tandis que les Kurdes, arrivés avant eux, dormaient dans des chalets dont le nombre n’a pas été accru. « Lors de la première bagarre, un migrant a été blessé à l’abdomen par un coup de couteau, six personnes ont été blessées ; puis vers 22 heures, cela a repris, 15 autres personnes ont été blessées », raconte Damien Carême, joint par Mediapart en début d'après-midi.

« Ça s’est envenimé », poursuit-il : les Kurdes ont mis le feu aux cuisines collectives ; en représailles, les Afghans ont incendié les « shelters ». Le feu a été maîtrisé au milieu de la nuit, à la suite de l’intervention d’une soixantaine de sapeurs-pompiers ; les forces de l’ordre ont permis « de ramener le calme et de limiter le bilan des victimes à quelques blessés », indique le ministère de l’intérieur.

Sur les 291 cabanons en bois, seule une trentaine a été épargnée par les flammes. Le camp transformé en champ de ruines est aujourd’hui inaccessible, une enquête confiée au commissariat de sécurité publique de Dunkerque étant en cours. « Les familles sont désespérées, elles ont tout perdu : leur maigres affaires, leurs papiers, elles sont à nu, elles n’ont plus rien », indique le maire, réconforté par sa conversation téléphonique, en milieu de journée le 11 avril, avec le nouveau ministre de l’intérieur Matthias Fekl, qui a rappelé que « les premières victimes de ce drame étaient les migrants eux-mêmes ». Sur les 1 500 migrants délogés par l'incendie, 600 ont été hébergés dans trois gymnases mis à disposition par la municipalité ; les autres sont partis le long des routes, vers Calais ou Dunkerque, à la recherche d’emplacements pour passer la nuit.

« L’hébergement dans les gymnases ne peut pas durer ; des activités y sont programmées ; ces installations sont en ville, ce n’est pas gérable vis-à-vis de la population », indique le maire, prêt à recevoir la visite de Matthias Fekl et d’Emmanuelle Cosse, la ministre du logement, en fin d’après-midi. « Malgré la période électorale peu favorable, nous allons trouver des solutions », veut-il croire. Dans un premier temps, l’idée serait d’installer des tentes ou des conteneurs sur le campement, une fois les travaux de déblaiement terminés. « Ensuite, poursuit-il, nous pourrions envisager la reconstruction de maisonnettes. » « Peut-être pas en bois », ajoute-t-il.

La propagation rapide du feu a forcément interrogé le choix initial des cabanons en bois. « Il n’y a pas de solution miracle, rappelle la porte-parole de MSF – c'est l'ONG qui a conçu le camp – Corinne Torre. Le problème, ce n’est pas le matériau utilisé. Nous avons construit ce camp parce que personne ne faisait rien, que des gens dormaient dans des bois avec de la boue partout », souligne-t-elle. « Le problème, cela a plutôt été le management : ce camp est resté un camp au lieu de devenir un lieu de vie », estime-t-elle. MSF a créé l’espace, mais ne l’a jamais géré, deux structures associatives s’étant relayées à cette tâche : d’abord Utopia 56, puis l’Association des Flandres pour l’éducation, la formation des jeunes et l’insertion sociale et professionnelle (Afeji).

« Gérer ce genre de lieu suppose un encadrement solide, des travailleurs sociaux, des personnes capables de s’occuper de l’accompagnement des familles. Cela suppose beaucoup de ressources humaines. Or, sur place, ils n’étaient pas assez nombreux », observe Corinne Torre.

Aux tensions intercommunautaires s’ajoutait, à Grande-Synthe, un autre problème de taille : la présence de réseaux de « passeurs », principalement des Kurdes irakiens, installés dans les parages depuis des années (lire l’enquête d’Elisa Perrigueur) et faisant payer la traversée vers la Grande-Bretagne entre 3 500 et 12 000 euros par personne. Des armes circulaient, les règlements de comptes se terminant parfois en coups de feu ou coups de couteau. « Tout le monde était au courant de ce contexte explosif, poursuit la porte-parole de MSF. Il aurait fallu prendre cette situation à bras-le-corps. »

« Cela a été fait, rétorque Damien Carême. Des réunions hebdomadaires étaient organisées en mairie avec l'association gestionnaire, les forces de l’ordre et le procureur. Les personnes soupçonnées d’organiser le trafic étaient repérées et mises sur écoute : en un an, 31 personnes ont ainsi été interpellées. Certaines ont pris de lourdes peines. » Le maire ne nie cependant pas que les difficultés subsistaient : la Cimade avait par exemple décidé d'ouvrir son bureau d'aide juridique aux migrants en centre-ville, afin que les personnes demandant l'asile ne soient pas repérées par les passeurs et soumises à leur pression.

« Je soutiens l’État dans ses efforts pour trouver des hébergements en CAO »

Pour l’État, la priorité est double : « prévenir les troubles à l’ordre public », avec l’envoi d’unités de forces mobiles, et mettre à l’abri les personnes à la rue. Venu dans la nuit, le préfet du Nord, Michel Lalande, a semé le doute dans la matinée en évoquant la « fin » du camp, réduit à un « amas de cendres ». « Il sera impossible de remettre des cabanons à la place de ceux qui existaient auparavant », a-t-il ajouté, laissant penser que les autorités pourraient profiter du drame pour en finir avec ce campement, qu’elles financent pour partie mais qu’elles ont mis du temps à accepter et qu’elles ne voudraient pas voir perdurer trop longtemps.

 

Des migrants relogés dans un gymnase de Grande-Synthe, le 11 avril 2017, après l'incendie du camp dans lequel ils vivaient. © Reuters

Des migrants relogés dans un gymnase de Grande-Synthe, le 11 avril 2017, après l'incendie du camp dans lequel ils vivaient. © Reuters

Les ministres de l’intérieur et du logement communiquent d’ailleurs sur leur volonté d’orienter les migrants « désireux d’entrer dans la démarche d’asile » vers les centres d’accueil et d’orientation (CAO) répartis partout en France. « Les tensions sont nées de la surpopulation du camp, confirme Damien Carême. Je soutiens donc l’État dans ses efforts pour trouver des hébergements en CAO. » Le maire souhaite revenir à l’effectif maximum de 700 atteint à l’automne dernier, avant le « démantèlement » de la « jungle » de Calais, qui a conduit plusieurs dizaines d'exilés à se réfugier à Grande-Synthe. Il demande aussi des renforts policiers « pour éviter que cela recommence ».

Mais il affirme rester sourd aux nombreuses attaques politiques qui n’ont fait que redoubler depuis la catastrophe. « L’incendie géant du campement de Grande-Synthe (…) est le signe du grand chaos migratoire qui bouscule notre pays depuis des années (...). Ce chaos doit cesser. L’ensemble des campements de migrants seront démantelés après mon élection si les Français m’élisent à la tête de l’État », a lancé Marine Le Pen, la présidente du FN. « Nous réduirons drastiquement l’asile. Nos frontières nationales seront immédiatement rétablies », a-t-elle ajouté. Le candidat des Républicains lui a emboîté le pas à quelques nuances près. « Ça montre que le démantèlement de Calais n’était pas suffisant, que la construction de camps n’est pas la solution, parce qu’elle amène sans cesse de nouvelles vagues de migrants et que la seule solution c’est le contrôle aux frontières », a affirmé François Fillon.

La question de la poursuite de l’engagement de l’État se pose donc dramatiquement en raison du contexte électoral. Le 17 mars 2017, Emmanuelle Cosse avait renouvelé pour six mois le soutien des pouvoirs publics ; mais elle avait dû, pour cela, démentir le ministre de l’intérieur, alors Bruno Le Roux, qui, quelques jours auparavant, avait affirmé vouloir « procéder au démantèlement » de Grande-Synthe « le plus rapidement possible ».

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Incendie à Grande-Synthe : l’impasse de la Manche s’est encore assombrie

L’hypocrisie diplomatique qui se joue à Calais comme à Grande-Synthe doit cesser, elle conduit la France à contrôler la frontière d’un pays tiers et les personnes migrantes à se mettre en danger. Par La Cimade le 12 avril 2017.

Le maire de Grande-Synthe veut que le camp de migrants survive à l’incendie

Un incendie s’est propagé dans le camp de la Linière dans la nuit du 10 au 11 avril, réduisant en cendres une initiative de mise à l’abri dans des conditions dignes de personnes exilées « en transit » vers la Grande-Bretagne. Ce drame souligne l’urgence de créer plusieurs lieux d’accueil humanitaire dans une région où de nombreuses personnes continuent à arriver dans l’espoir de traverser la Manche.
En effet, le démantèlement du bidonville de Calais n’a pas mis fin à l’attraction du Royaume-Uni. L’État français doit sortir du statu quo et assumer son devoir de protection humanitaire de femmes, d’hommes et de mineurs isolés se trouvant en danger actuellement.
« L’impasse de la Manche s’est encore assombrie, mettant en danger encore plus de personnes en demande de protection : l’État ne peut pas persister dans ce déni de réalité », affirme Geneviève Jacques, présidente de La Cimade.
Le 28 février dernier, La Cimade interpellait avec ses partenaires – Amnesty International France, Médecins du Monde, le Secours Catholique, Emmaüs France, Médecins Sans Frontières, le Mouvement français pour le Planning familial et la Fondation Abbé Pierre – les ministres français de l’intérieur et du logement, sur « la nécessité de créer plusieurs lieux d’accueil humanitaire dans le Calaisis et le Dunkerquois pour permettre aux personnes migrantes de sortir de l’errance et des graves dangers auxquels elles sont exposées » face aux « conditions de vie et de sécurité devenues critiques à l’intérieur du camp » et à « l’apparent silence des autorités administratives et judiciaires ». La demande de réunion de crise est restée sans réponse.
La Cimade, qui assure une permanence d’accès aux droits installée dans la ville de Grande-Synthe depuis un an, réitère plus que jamais la nécessité de créer des lieux d’accueil humanitaire sur le littoral.
De plus, les personnes exilées qui souhaitent, après information, demander l’asile en France, doivent pouvoir le faire depuis un lieu aux conditions d’accueil dignes, avec un réel accompagnement social, sans risquer d’être renvoyées dans un autre pays européen en application du règlement « Dublin ».
Enfin, pour les personnes qui souhaitent rejoindre le Royaume-Uni, les démarches doivent être soutenues par l’État français. L’hypocrisie diplomatique qui se joue à Calais comme à Grande-Synthe doit cesser, elle conduit la France à contrôler la frontière d’un pays tiers et les personnes migrantes à se mettre en danger

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 12:26

Chasseuse de matières sonores au cœur de la diversité animale, la Norvégienne se produit au festival Présences électronique, à Paris. Par Olivier Lamm le 10 avril 2017 pour Libération. Lire aussi sur le même sujet Bernie Krause, harmonies vivantes et Le grand orchestre de la nature est peu à peu réduit au silence.

Jana Winderen, traqueuse de sons. (Photo F. Petursson)

Jana Winderen, traqueuse de sons. (Photo F. Petursson)

L’instrument préféré de Jana Winderen est le Telinga, un micro muni d’une parabole qui permet d’attraper des sons minuscules jusqu’à 50 mètres de distance. Perfectionné à la limite du magique, le Telinga, tout comme sa collection d’hydrophones (conçus pour enregistrer sous l’eau) ou le micro miniature DPA 4060 (idéal pour capter les petits insectes) permet à cette musicienne norvégienne de saisir des phénomènes géologiques ou organiques hors d’atteinte de l’homme, dans un confort tout relatif - Jana Winderen doit tout de même voyager pour investiguer, et créer. Le voyage est même, avec la technologie de pointe, la condition sine qua non de son art. Diplômée en art et en écologie piscicole, la Norvégienne œuvre dans la sphère mal comprise du field recording, domaine de l’art sonore à équidistance du musical et du scientifique, dont les performeurs sont les ruisseaux et les montagnes, les rumeurs des villes, des campagnes ou des océans.

Pour créer ses disques et BO d’installation, Winderen, comme ses comparses et prédécesseurs Chris Watson ou Eric La Casa, explore le monde à la recherche d’environnements et phénomènes exceptionnels pour s’en faire l’écho. Son art dépend ainsi à égalité des sons qu’elle trouve et de ce qu’elle choisit d’en restituer, et son empreinte d’artiste des genres de lieux qu’elle affectionne - en l’occurrence les souterrains et océans de Russie jusqu’en Arctique, dont l’homme, dans sa bulle, a décrété qu’ils étaient silencieux, et où elle traque pour le contredire toutes les espèces qui font bruisser le monde hors de la portée de son oreille.

En 2009, elle faisait par exemple se décrocher quelques mâchoires dans les milieux mélomanes et scientifiques avec The Noisiest Guys on the Planet («les gars les plus bruyants sur la planète»), compte rendu d’investigations sonores au large des côtes scandinaves à la rencontre des Decapoda - famille des crustacés à cinq paires de pattes dont font partie les galathées, les crevettes ou les écrevisses - qui témoignait de leur existence jusque dans leurs activités les plus intimes avec une clarté ahurissante.

Quarante ans après le Chant des baleines de Roger Payne, hit inattendu qui fit découvrir au grand public la magnifique étrangeté des cris des baleines à bosse, l’œuvre de Jana Winderen, récemment prolongée par des immersions chez les insectes d’eau douce (The Listener, 2016) dans les bancs de phytoplancton (The Wanderer, 2015) ou parmi les chauve-souris (Out of Range, 2014) révèle littéralement la texture de la vie à des échelles et des endroits où l’on pensait qu’elle existait nécessairement sans nous. Non seulement saisissants dans leurs matières et textures, ses paysages sonores en deviennent poignants quand l’auditeur s’autorise à s’y projeter lui-même, côtoyant ce qu’il reconnaît, pourquoi pas, comme des cousins éloignés.

À Présences électronique, Jana Winderen présentera une œuvre intitulée Déclassifiée, basée sur «des enregistrements de phoque barbu, de crépitements de crustacés, d’orque, de baleine à bosse et baleine-pilote, de grognements de morue, de goberge, d’aiglefin et de poisson-crapaud».

Festival Présences électronique Le CentQuatre, 5, rue Curial, 75019. Du 14 au 16 avril. Accès gratuit, mais places à retirer une heure avant les concerts. Rens. : www.104.fr

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 10:35

Alors que Madrid et Paris se refusaient, depuis six ans, à entériner l'abandon par l'ETA de la lutte armée, c'est un collectif de citoyens non violents qui vient de livrer l'arsenal de l'organisation à la police française. Par Patrick Piro le 8 avril 2017 pour Politis. Lire aussi Pays basque : Le Roux s’en prend aux pacifistes.

La société civile basque désarme l'ETA

Samedi 8 avril 2017, 7 h 55, instant historique : les Artisans de la Paix annoncent avoir remis à la police française les coordonnées de huit caches de l'ETA, dans les Pyrénées-Atlantiques et d'autres départements du Sud-Ouest, recelant 120 armes, près de trois tonnes d'explosifs et des milliers de munitions. Il s'agit de l'intégralité de l'arsenal de l'organisation séparatiste, qui a renoncé à la lutte armée en 2011.

Par cette courte dépêche, ce collectif de la société civile basque vient « d'officialiser » le désarmement de l'ETA par ses bons soins, une opération que les gouvernements espagnol et français se refusaient d'engager depuis six ans, bloquant tout processus d'apaisement et de résolution de nombreux dossiers en souffrance – les conditions de détention des prisonniers, les mesures frappant les exilés, la reconnaissance de toutes les victimes, les réparations, l'engagement d'un processus de justice « transitionnelle » pour la vérité et la réconciliation au sein de la société basque, etc.

Conférence de presse à la mairie de Bayonne. « Depuis six ans, nous sommes nombreux à avoir attendu ce moment historique », salue le maire Jean-René Etchegaray (UDI), également président de la communauté d’agglomération du Pays basque (qui en rassemble toutes les communes), très impliqué depuis des semaines dans sa facilitation technique et politique. « La société civile a permis de lever un blocage si important qu'il empêchait la construction d'une paix durable dans le Pays basque. Mais ce sont toutes les composantes de la société qui ont été parties prenantes – autorités civiles et religieuses, aux niveaux local et national. »

172 observateurs de la société civile

À la tribune, Matteo Zappi, archevêque de Bologne, le révérend Harold Good, qui fut très actif dans le désarmement de l'IRA en Irlande, Txetx Etcheverry, l'une des figures principales des Artisans de la Paix, ainsi que le Sri-Lankais Ram Manikkalingam, coordinateur de la Commission internationale de vérification (CIV), qui a contrôlé depuis six ans la sincérité des engagements pris par l'ETA — arrêt de la violence armée, inventaire de l'arsenal, pose de scellés dans des caches. Il se montre « très satisfait » : « Ce qui s'effectue aujourd'hui constitue pour nous le désarmement effectif de l'ETA. Alors que les deux États concernés, Espagne et France, n'ont eu de cesse de refuser d'engager ce processus, nous assistons aujourd'hui à la naissance d'un nouveau modèle de désarmement et de vérification organisé par des associations, des syndicats, des politiques locaux, des collectifs d'entreprises. »

La CIV a également joué les intermédiaires pour les Artisans de la Paix, afin de remettre les coordonnées des caches aux autorités françaises, qui ont refusé d'articuler leur intervention avec les militants. Sur les huit sites, 172 observateurs de la société civile avaient été postés, avec pour mission d'attendre que la police ait pris les armes en charge. Il avait auparavant été négocié qu'ils ne soient pas arrêtés, pour complicité avec l'ETA par exemple – l'ensemble de l'opération a un caractère illégal.

Le ministère de l'Intérieur prend acte

Les autorités de la Navarre et du Pays basque espagnol étaient d'ailleurs absentes à l'heure des déclarations politiques, à Bayonne. « Elles manifestent leur méfiance envers la société civile », regrette Michel Berhocoirigoin, autre figure des Artisans de la Paix. « Mais la porte reste ouverte à tout moment », ajoute Michel Tubiana, président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme, qui a été impliqué, comme Michel Berhocoirigoin et Txetx Etcheverry entre autres, dans l'opération « test » de désarmement organisée le 16 décembre dernier à Louhossoa (Pyrénées-Atlantiques), point de départ de cette journée du 8 avril.

Le ministère de l'Intérieur s'est rapidement exprimé dans la matinée, en des termes qui marquent une rupture dans la doctrine de Paris : alors qu'à Louhossoa les militants avaient été arrêtés et brièvement associés aux « terroristes de l'ETA », le communiqué du 8 avril prend acte de la remise des armes par l'organisation et de leur sécurisation. Et, autre nouveauté, Paris attendait généralement la réaction de Madrid pour s'y conformer.

La société civile basque désarme l'ETA

« Ce qui se passe aujourd'hui n'est pas un point final, mais une nécessaire étape sur le chemin d'une résolution complète du conflit, commente Txetx Etcheverry. Et il est remarquable que ce soit le peuple basque dans sa quasi-intégralité qui puisse se revendiquer de cette opération de désarmement. Cela signifie que personne ne pourrait, le cas échéant, se revendiquer de lui pour relancer un cycle de violence. »

Dans l'après-midi, confirmation du soutien populaire avec la convergence d'une foule énorme de 15 000 à 20 000 personnes sur la place Paul-Bert de Bayonne. Des personnalités de tous les secteurs de la société locale et d'ailleurs sont venues saluer sans réserve ce « 8-Avril » historique et exhorter les États espagnol et français à saisir cette occasion unique de clore définitivement un cycle de 80 ans de violence ininterrompue autour de la question basque.

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