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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 10:16

Après le « PACTE national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi » de novembre 2012 et son corollaire le CICE (crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi), est arrivé le « PACTE de responsabilité » promis le 14 janvier dernier par François Hollande et confirmé hier comme « PACTE de stabilité » à hauteur de 50 milliards par Manuel Valls.

Ça rappelle beaucoup le « PACTE de stabilité et de croissance » européen, institué en 1997, réformé en 2005, et confirmé en 2011, qui désigne un ensemble de critères des politiques budgétaires nationales que les États de la zone euro se sont engagés à respecter - renouvelé en 2012, 2013, sous le nom de « Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance » (TSCG).

 

Voilà le discours d'Eva Sas, prononcé hier après-midi à l’Assemblée nationale à l'occasion du vote de ce plan d’économies proposé par le Premier ministre Valls.

Une intervention équilibrée, qui articule bien les différentes préoccupations des écologistes en cette période de crise et qui explique de façon très claire pourquoi la majorité de nos députéEs ont voté CONTRE – 12 sur les 17 députés EELV et apparentés, 2 se sont abstenus, 3 ont votés pour.

--------------------------------

Monsieur le Premier ministre, chers collègues,

le 30 mars dernier, les Français nous ont adressé un message. La question qui nous est posée aujourd’hui : ce message a-t-il été entendu ?

Je vous le dis, les écologistes n’en ont pas l’impression. Vous nous proposez une trajectoire de réduction des déficits qui maintient l’objectif de 3 % en 2015, qui maintient le plan d’économie de 50 milliards sur 3 ans et qui maintient les mesures d’allègement de la contribution des entreprises à la protection sociale. Ces propositions prolongent, voire accélèrent la politique que les Français ont pourtant massivement rejeté le 30 mars dernier. Les écologistes, parce qu’ils attendaient, comme les Français, une inflexion de la politique gouvernementale ne pourront vous suivre sur ce chemin.

De ce programme de stabilité, nous questionnons d’abord le rythme de réduction des déficits.

D’abord parce qu’un effort sans précédent a déjà été fait, et que ses conséquences sur l’emploi ont déjà été et seront plus encore demain négatives.

Les écologistes ne sous-estiment pas les risques liés à la dette et la nécessité de garantir des taux d’intérêt faibles, alors que nous empruntons 174  milliards par an et que la charge de la dette est le deuxième poste de dépenses de l’Etat avec 45 milliards d’euros. Mais des réponses ont déjà été apportées, d’abord grâce à l’évolution de la position de la BCE et la mise en place du Mécanisme européen de stabilité qui garantissent de fait aujourd’hui la dette des Etats,  ensuite en réduisant notre déficit structurel de 4,2 points sur la période 2010-2013. Un effort sans précédent dont l’impact estimé sur le chômage aura été de 3 points. Aujourd’hui, 3 millions 600 mille personnes sont sans emploi avec les conséquences que l’on sait pour leurs familles. Notre priorité commune aujourd’hui ce doit être l’emploi. Or le Haut Conseil des Finances Publiques, lui même, souligne que l’effet attendu du pacte de responsabilité sur l’emploi pourrait être insuffisant pour compenser l’impact négatif de la consolidation budgétaire. Un assouplissement du rythme de réduction des déficits nous apparaît, de ce fait, absolument nécessaire.

Et ce d’autant plus que la réduction à marche forcée des déficits, cumulée avec les allègements des cotisations des entreprises, pèse à la fois sur le pouvoir d’achat des ménages et sur l’investissement public. 

·         Sur les ménages d’abord, qui ont vécu dans ce premier temps de mandature, une hausse de la fiscalité. Certaines mesures étaient de l’ordre de la justice sociale, je pense notamment à la barémisation des revenus du capital, ou à l’augmentation du taux marginal d’impôt sur le revenu. Ces mesures nous les avons soutenu et nous avons même regretté pour certaines qu’elles n’aillent pas assez loin.

·         Mais d’autres ont touché les ménages plus modestes, le gel du barème, la suppression de la demi-part pour les personnes isolées, la hausse des cotisations retraite ou la hausse de la TVA.

Les ménages ont donc d’abord subi les hausses d’impôt, ils vont subir à présent le gel des prestations sociales. Les mesures que vous avez annoncées hier, notamment le non report de la revalorisation des retraites jusqu’à 1200 euros et le respect de la mise en œuvre du plan pauvreté vont dans le bons sens, mais faut-il se réjouir outre mesure qu’on ne dégrade pas plus encore la situation des plus précaires dans notre pays ? L’ensemble des ménages eux continueront à être touchés, notamment au travers du gel de la revalorisation des allocations et des retraites.

Et encore cet effort pourrait-il être compris, s’il était équivalent pour les entreprises et pour les ménages. Mais quand les entreprises bénéficient de 30 milliards d’allègements, les ménages modestes eux ne pourront en espérer que 5.

Et encore cet effort pourrait-il également être compris s’il était mis au service d’un projet. Mais quel est aujourd’hui le projet pour la France ?

Nous écologistes, nous vous proposons depuis le début de la mandature de travailler autour d’un projet, celui de la transition écologique. La transition écologique, c’est laisser à nos enfants une planète vivable où l’alimentation est saine, où l’on ne sacrifie pas la santé sur l’autel de la surconsommation, où l’air est respirable, où l’on ne subit plus, sans rien faire, des évènements climatiques violents répétés, ou l’on prépare l’économie de demain, une économie qui n’est pas dépendante de ressources de plus en plus rares, comme le pétrole ou l’uranium.

Mais pour cela, il faut une politique d’investissement. Et nous l’avons dit, cette politique d’austérité ne nous laisse pas les marges de manœuvre nécessaires pour investir, et il n’y aura pas de transition écologique sans investissement public. Ce n’est pas le seul outil à notre disposition, nous devons aussi développer les normes, les incitations fiscales, mobiliser l’épargne privée, mais c’est la responsabilité des pouvoirs publics d’investir aujourd’hui pour préparer l’économie de demain. Des investissements qui d’ailleurs sont et seront en grande partie rentables. Mais que voit-on depuis deux ans ? La priorité absolue donnée à la réduction des déficits, cumulée aux allègements de charges des entreprises, a signé l’arrêt de toute politique d’investissement écologique.

Alors qu’en 2009 et 2011, en plein cœur de la crise, l’Etat consacrait encore 1,4 milliard d’euros aux projets de transports collectifs, en 2014, le 3ème appel à projet a été annulé signant ainsi l’arrêt du soutien de l’Etat au développement de la mobilité durable. Il ne s’agissait pourtant que de 450 millions d’euros.

Si nous voulons atteindre l’objectif que nous nous sommes fixés, d’isoler 500 000 logements par an, si nous voulons développer les énergies renouvelables, et notamment l’éolien off-shore et le solaire photovoltaïque, nous avons besoin d’investissement. Et nous vous le répétons inlassablement, cet investissement sera fortement créateur d’emplois, 330 000 emplois d’ici 2030 selon le débat national sur la transition énergétique. C’est l’un des chemins de la sortie de crise, et ce programme de stabilité ne nous permet pas de le suivre.

La troisième réserve que nous exprimerons sur ce programme de stabilité, c’est la nature des économies que vous proposez. Autant nous serons d’accord pour dire que des économies sont possibles et nécessaires. Autant les mesures que vous proposez, et je pense notamment au gel des prestations sociales, nous paraissent des économies de court terme alors que des réformes de long terme, des réformes réellement structurelles en définitive, sont nécessaires.

Et je citerai deux pistes parmi de nombreuses possibles

-          le désengagement de la dissuasion nucléaire dont le coût total est de 3,5 milliards d’euros et dont la simple suppression à court terme de la composante aéroportée permettrait d’économiser 300 millions d’euros ;

-          Et plus important encore, si l’assurance maladie doit être réformée, c’est en passant d'une politique de soins à une politique de santé, et en particulier à une politique de prévention. Le surcroît de dépenses médicales suscitées en 6 ans (2003-2009) par la hausse des cancers, du diabète et des maladies cardio-vasculaires, une fois corrigés de l'évolution de la population, a été en France de 9,9 milliards d'euros, soit un montant nettement supérieur au déficit actuel de l'assurance maladie. La crise de la Sécu est donc en grande partie une crise sanitaire. L’enjeu principal de l’assurance maladie ne doit-il pas être d’endiguer cette explosion des maladies chroniques qui touchent toutes nos familles et grève le déficit des comptes sociaux ?

Au lieu de cela, vous nous proposez des économies de court terme qui vont toucher les prestations sociales. Et  les collectivités territoriales.

Nul ne nie que des économies puissent et doivent être réalisées dans certaines collectivités territoriales. Les écologistes sont d’ailleurs les premiers défenseurs de la simplification des échelons territoriaux, et l’objectif qui nous réunit tous est la meilleure efficacité de la dépense publique. Néanmoins, nous n’oublions pas que les collectivités sont aujourd’hui le premier moteur de l’investissement public en France. Un investissement dont les Français ont besoin car c’est leur qualité de vie quotidienne qui est en jeu : transports collectifs, équipements sportifs et culturels, centres sociaux, maisons de quartier, accueil de la petite enfance. Or le gel des dotations aux collectivités territoriales entre 2011 et 2013 se traduit dès aujourd’hui par un recul de leurs investissements. Ceux-ci devraient reculer de 5,6% en 2014. Comme elles portent 70% de l’investissement public, cela signifie déjà un recul de 3,9% de l’investissement public en France en une seule année. Et pourtant, vous nous proposez, dans ce programme de stabilité, non plus un gel, mais une baisse de ces concours financiers de l’Etat aux collectivités territoriales de 1,5 mds en 2014, puis 11 mds entre 2015 et 2017. Dans ces conditions, la dernière étude de la Banque Postale montre que le recul des investissements des collectivités locales pourrait atteindre 35% en 2017.

Ce n’est donc ni sur les prestations sociales, ni de façon indifférenciée sur les collectivités territoriales qu’il fallait proposer des économies mais par des réformes de long terme qui ne sont aujourd’hui qu’esquissés.

Enfin et c’est peut-être le point le plus important pour nous, écologistes, ce programme de stabilité, tel que vous nous le proposez, n’est pas compatible avec notre projet européen. Car la politique d’allègements de charges pour les entreprises que vous souhaitez mettre en œuvre, ce n’est pas pour concurrencer nos amis indiens ou chinois. Vous le savez, un indien gagne en moyenne 28 fois moins qu’un salarié français, et le pacte de responsabilité ne représentera qu’une baisse de 4 % du coût du travail. Non, ce que vous engagez là c’est une compétition contre nos partenaires européens, une course à celui qui aura le coût du travail le plus faible pour grappiller quelques parts de marché. Avec ce pacte, nous rentrons donc là dans une compétition déflationniste contre nos partenaires européens. Est-ce là le projet que nous avons pour l’Europe ? La compétition de tous contre tous ? La voix de la France ne devrait-elle pas s’élever au contraire en Europe pour demander l’assouplissement de cette politique d’austérité généralisée et l’harmonisation sociale à la hausse pour éviter le dumping social intra-européen?

En conclusion, vous l’avez compris, Monsieur le premier ministre, nous ne pourrons soutenir votre programme de stabilité

Parce que le rythme de réduction des déficits que vous nous proposez pèse de façon trop lourde sur l’emploi

Parce qu’il ne nous laisse pas de marges de manœuvre pour financer des mesures en faveur des ménages les plus modestes, ni les investissements nécessaires dans la transition écologique,

Parce que notre projet européen, ça n’est pas, et ça ne peut pas être, la compétition déflationniste.

Je vous remercie

 

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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 14:14

Capture d'écran du film documentaire «Global Gachis».

Capture d'écran du film documentaire «Global Gachis». (DR)

Dix films sont visibles gratuitement en ligne jusqu'au 30 avril. Ils traitent de thèmes tels que la biodiversité, l'agriculture, la consommation de viande, l'accès à l'eau, la pollution ou encore l'économie verte et l'énergie.

Une famille américaine qui se sèvre de produits chimiques, le monde de la viande «comme vous ne l’avez jamais vu» ou encore la sècheresse dans le sud de l’Ethiopie : 10 documentaires sont en compétition dans le cadre du premier festival online du film écologique. Pour cette deuxième édition, les documentaires sont proposés gratuitement en streaming jusqu’au 30 avril, sur le site du green up film festival, créé par une association belge Wake up!.

L’idée est de sensibiliser le public aux problématiques écologiques en invitant les internautes à voter pour l’un des dix films en compétition sur les thèmes de la biodiversité, l’alimentation et l’agriculture, la pollution, l’eau, l’économie verte et l’énergie.

New-York, la révolution verte raconte la ville de demain, Secret des champs décrypte la manière dont les plantes cultivées cohabitent avec les être vivants, LoveMEATender s’interroge sur le coût réel de notre consommation de viande, et Global Gâchis se penche sur le tiers de la production mondiale de nourriture gâchée quand un milliard d’êtres humains ne mangent pas à leur faim.

E-Wasteland porte le regard sur les 50 millions de tonnes de e-déchets générés par an, et qui finissent dans les pays du Sud, et Chemerical suit une famille américaine qui apprend à se passer des produits chimiques pour l’entretien et les cosmétiques.

Le Puit narre la vie des éleveurs Borana à l’arrivée de la saison sèche dans le sud de l’Ethiopie, Nôgô l’insalubrité, la vie quotidienne dans un quartier de Bamako avec le difficile accès à l’eau, Ensemble plonge dans la vie de quatre coopératives en Europe, une autre réponse à la crise, et enfin De plein fouet, le climat vu au Sud témoigne des effets du réchauffement déjà ressentis.

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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 19:07

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Le premier journal de campagne est sorti aux Lilas et au Pré Saint-Gervais   Vague Verte n°1
Nos candidat-es aux élections européennes en Île de France

1 – Pascal Durand

2 – Eva Joly

3 – Mohamed Mechmache

4 – Nathalie Laville

5 – Pierre Serne

6 – Aminata Niakaté

7 – Joël Roman

8 – Bénédicte Monville de Cecco

9 – Zine Eddinne M’Jati

10 – Corinne Faugeron

11 – Edouard Gaudot

12 – Françoise Dielhman

13 – Adrian Magimichi

14 – Perrine Ledan

15 – Julien Bayou

16 – Ghislaine Masson Descombes

17 – Benjamin Joyeux

18 – Florence Guery

19 – Philippe Stanisière

20 – reste à définir

21 – Mounir Satouri

22 – Agnès Michel

23 – reste à définir

24 – reste à définir

25 – Fabien Niezgoda – MEI

26 – Jannick Magne

27 – Michel Rouyer

28 – Charlotte Nenner

29 – Robert Lion

 

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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 18:37

Sortie le 14 avril 2014, une note de réflexion bienvenue de 

Terra nova 

http://www.tnova.fr/sites/default/files/14042014%20-%20social%20%C3%A9cologie.pdf

 

Par Esther Finidori, experte énergie et climat

Clélia Marty*, fonctionnaire aux affaires européennes

Florian Mayneris, économiste

Agnès Michel, consultante financière

Pierre Musseau, expert en politiques énergie-environnement

 

La question environnementale fait souvent la une de l’actualité, que ce soit lors d’un épisode climatique extrême ou, pour prendre un exemple plus récent, au moment d’un pic de pollution. Ces événements semblent toucher les populations de manière indifférenciée, mais la réalité est que les plus démunis pâtissent plus que les autres des dégâts environnementaux. Ce sont les pays les plus pauvres qui subissent les pires conséquences du dérèglement climatique ou de la perte de biodiversité, et ce sont aussi, au sein des pays riches, les populations les plus pauvres qui habitent dans les territoires les plus touchés par la pollution de l’air et le bruit. Ce sont également les plus modestes qui ont le plus de difficulté à faire face à la hausse des prix des ressources, et en premier lieu de l’énergie.

Les dégradations de l’environnement renforcent donc les inégalités sociales. C’est par ailleurs dans les pays les plus égalitaires que les politiques environnementales sont les plus ambitieuses. A contrario, la France, où les inégalités se sont fortement accrues pendant la première décennie des années 2000, est aussi un pays qui prend du retard pour répondre aux enjeux environnementaux. En témoigne la fiscalité écologique pour laquelle la France est placée en avant-dernière position dans l’Union européenne. Notre pays peine aussi à mettre en place des mesures réglementaires ou incitatives qui ont pourtant fait recettes chez nos voisins. La limitation de la circulation pour les véhicules polluants en est un exemple.  Aucune ville française n’a mis en place ce type de restriction de manière permanente alors que de telles politiques sont appliquées dans plusieurs villes européennes. 

La réduction des dégradations environnementales est nécessaire pour préserver les conditions de vie de tous, et surtout des plus vulnérables. Toutefois, il semble que la tension de court terme entre enjeux sociaux et environnementaux soit un frein majeur à la mise en oeuvre des politiques environnementales. Celles-ci sont en effet souvent perçues, à tort ou à raison, comme une contrainte, ou supposent une contribution financière inaccessible pour les plus modestes. Elles se heurtent ainsi à l’opposition d’une large fraction de la population. Pourtant, les dégradations environnementales touchent en priorité les populations les plus précaires, et renforcent encore cette précarité. Autrement dit, problèmes sociaux et environnementaux sont intimement liés, et se renforcent mutuellement. Les deux questions ne peuvent donc être dissociées.

Pour atteindre des objectifs environnementaux ambitieux, les pouvoirs publics doivent ainsi les associer à des objectifs sociaux volontaristes, et en premier lieu viser une réduction forte des inégalités. Comme pour toute politique de transfert, la mise en oeuvre d’un tel projet redistributif risque de se heurter à l’opposition de ceux qui y perdent, au cas présent les catégories de revenu les plus élevées. Pourtant, les pouvoirs publics ont deux bonnes raisons de promouvoir résolument une société où des efforts importants seraient conduits pour favoriser une répartition plus équitable des revenus :

- les travaux récents de nombreux économistes montrent que si revenu et bien-être sont positivement corrélés, le bien-être augmente de moins en moins vite avec le revenu. En revanche, à revenu donné, les inégalités tendent généralement à réduire le niveau de satisfaction des individus. Des transferts des plus riches vers les plus pauvres amélioreront donc le bien-être des bénéficiaires dans des proportions plus importantes qu’ils ne réduiront celui des contributeurs, et accroîtront ainsi le bien-être de la population prise dans son ensemble. 

- il est fort probable que les pays développés ne connaissent plus avant longtemps des taux de croissance aussi élevés que ceux des Trente Glorieuses. Ces derniers ont constitué une exception plus que la règle. Or les sociétés dans lesquelles la croissance est faible sont aussi des sociétés où les inégalités tendent à se creuser. L’invention de nouvelles formes de prospérité et la mise en place de nouvelles solidarités sont des enjeux qui s’imposeront donc prochainement aux gouvernements des pays développés. Anticiper ces mutations permettrait d’y être mieux préparés.

Parce que la dégradation de l’environnement accroît les inégalités et parce que les inégalités sont des freins à la mise en oeuvre de politiques environnementales, il est indispensable de développer sans attendre des politiques volontaristes en faveur de l’environnement et de l’égalité. Pour que la transition écologique devienne effective, il est nécessaire de l’inscrire comme réponse en même temps aux urgences sociales, écologiques et économiques. Réconcilier ces trois enjeux permettra alors de concevoir des politiques de développement durable qui répondent aux attentes de court terme tout en s’articulant avec les objectifs de long terme de la transition écologique et énergétique. 

C’est dans ce sens que deux des anciens ministres du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, Philippe Martin d’un côté, Cécile Duflot de l’autre, avaient inscrit dans leurs voeux la mise en oeuvre d’une politique sociale-écologique. Cette note entend rappeler les fondements d’une telle ambition. Face à une défiance croissante à l’égard des institutions, la sociale-écologie peut redonner du sens. Elle doit s’appuyer sur des orientations portées en haut lieu, que ce soit au niveau de l’Etat ou dans chaque collectivité territoriale.

Terra Nova approfondira ces enjeux par des propositions opérationnelles pour les politiques publiques françaises, mais aussi en élargissant le sujet à un niveau européen et international.

 

INTRODUCTION

Le contexte actuel n’incite pas à donner la priorité aux enjeux environnementaux, si urgents soient-ils. Plus de trois millions de chômeurs (soit près de 11% de la population active) au 3ème trimestre 2013, près de 700 000 personnes supplémentaires passées en-dessous du seuil de pauvreté (fixé à 50% du revenu disponible médian) entre 2008 et début 20131, 13,3 milliards d’euros de déficit de la sécurité sociale en 2012, une dette publique en passe d’atteindre les 2 000 milliards d’euros : la crise économique et sociale est grave. Elle est d’autant plus inquiétante qu’un retour à une croissance de long terme soutenue semble au mieux très incertain. Après avoir enregistré des taux de croissance supérieurs à 5% pendant les Trente glorieuses, l’économie française, comme celle des autres pays développés, a vu son taux de croissance moyen divisé de moitié sur les trente années suivantes. Après la récession de 2008-2009, nous n’assistons pour l’instant qu’à une stabilisation de l’économie. La situation est encore plus préoccupante lorsqu’on constate que même en phase de la croissance, notre modèle économique peine à entraîner une amélioration de l’emploi : depuis 1990, le taux de chômage de la France n’est quasiment jamais descendu en-dessous de 9%, laissant craindre un niveau structurel élevé.

L’écologie a été vue, après le krach financier de 2008, comme un levier de relance économique, ainsi qu’en témoignent les appels de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) en faveur de la croissance verte et du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) en faveur de l’économie verte. Mais la persistance de la crise sociale a désormais relégué l’écologie au statut de priorité de second rang ; une priorité incontestée et réaffirmée (ainsi que le montre par exemple la volonté du Président de la République d’engager le pays dans la voie d’une division par deux de nos consommations d’énergie d’ici à 2050), mais qui passe après le traitement des urgences sociales. En effet, comment réorienter notre politique industrielle et abandonner les secteurs les plus polluants alors que chaque fermeture de site met au chômage des centaines de salariés supplémentaires ? Comment mettre en place une fiscalité environnementale véritablement incitative et demander des comportements de consommation plus vertueux alors que huit millions de personnes n’arrivent déjà plus à payer leurs factures énergétiques ?

 

Pourtant, comme nous le soulignons en première partie, la dégradation de l’environnement a des conséquences directes et indirectes plus fortes sur les plus vulnérables et contribue à renforcer les inégalités sociales. Le traitement des urgences sociales ne doit donc pas laisser de côté les enjeux environnementaux, sous peine d’ignorer une des causes des inégalités et de voir les budgets sociaux augmenter sans contrôle.

A l’inverse, comme nous le montrons dans une deuxième partie, les inégalités sociales constituent un obstacle à la mise en oeuvre de politiques environnementales, en particulier pour les mesures visant un changement de comportement.

Lutte contre les inégalités sociales et protection de l’environnement sont donc des politiques qui doivent être liées. La redistribution des revenus, en s’appuyant sur une refonte fiscale et sur la réduction des rentes, permettrait de dégager des marges de manoeuvre conséquentes pour accroître la fiscalité verte, mais aussi pour faciliter des mesures telles que la rénovation énergétique des bâtiments ou encore le développement d’une agriculture moins polluante et plus saine. Par ailleurs, comme nous le montrons en troisième partie, les travaux récents sur l’économie du bien-être montrent que le bien-être s’accroît, mais de moins en moins vite, avec le revenu, et que les inégalités sont souvent sources de souffrance pour les individus. Si la mise en place d’une politique sociale-écologique risque de rencontrer des oppositions, le renforcement du caractère redistributif de la fiscalité et des politiques publiques est ainsi susceptible d’accroître le bien-être du plus grand nombre au sein de nos sociétés, et constitue donc un objectif qui mérite d’être poursuivi.

 

1 – LA DEGRADATION DE L’ENVIRONNEMENT RENFORCE LES INEGALITES SOCIALES

En 2012, la conférence Rio+20 a confirmé le constat fondamental d’injustice déjà posé lors de toutes les conférences environnementales internationales depuis 1992 : les coûts économiques et humains des crises écologiques sont inégalement répartis entre les pays, et pèsent plus lourdement sur les pays qui ont le moins contribué à déclencher ces crises. Cette injustice se manifeste notamment dans les conséquences des gaz à effet de serre, principalement émis jusqu’à récemment par les pays occidentaux. L’indice de vulnérabilité au dérèglement climatique développé

par MapleCroft2 montre en effet que les pays les plus exposés aux conséquences néfastes de ces gaz sont aussi les pays les plus pauvres (Bangladesh, Haïti, Guinée Bissau…). Les pays émergents (Chine, Inde, Mexique…) présentent également de nombreuses régions à risques. En Europe, les régions les plus à risque sont sur le pourtour méditerranéen. La France serait relativement épargnée et se classe parmi les pays les moins exposés (164ème sur 194). La plupart de ses territoires ultramarins figurent en revanche dans des zones vulnérables. Ces évaluations ne tiennent cependant pas compte d’une aggravation du dérèglement climatique à long terme probable si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites rapidement au niveau mondial. En l'absence d'actions significatives, l'impact environnemental pourrait fortement toucher les pays développés.

Ce sont aussi les pays du sud qui sont les plus vulnérables aux dégradations environnementales locales, avec deux problèmes principaux : la difficulté d’accès à l’eau potable et à l’assainissement d’une part, la pollution de l’air d’autre part en raison de l’urbanisation galopante.  

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS)3, les facteurs environnementaux « modifiables » (c'est-à-dire sur lesquels on peut agir), expliqueraient 23% de la mortalité prématurée4 au niveau mondial et un tiers de celle des enfants. La santé des habitants des pays riches en subit moins l’impact, mais près de 16% de la mortalité prématurée s’explique tout de même par les dégradations environnementales dans ces pays (14% en France), essentiellement par la pollution de l’air en milieu urbain.

Un enjeu environnemental à la fois local et global comme la biodiversité témoigne aussi de l’inégalité entre pays comme le montre l’indice de biodiversité « Planète vivante » élaboré par le WWF5 : alors que celui-ci augmentait de 7% dans les pays les plus riches entre 1970 et 2008, il a baissé sur la même période de 31% dans les pays à revenu intermédiaire et de 60% dans les pays les plus pauvres. La perte de biodiversité affecte en premier lieu les plus pauvres en zones rurales ainsi que les communautés forestières et côtières qui dépendent des services écosystémiques tirés de la nature pour leur alimentation, leur énergie et les matériaux qu’ils utilisent.

Les dégradations et les risques environnementaux sont certes moins importants dans les pays développés, mais ils contribuent là aussi à renforcer les inégalités, puisqu’ils y recoupent largement les inégalités sociales au sein de chaque pays. La présente note se concentrera sur ces inégalités.

Ces constats ont été soulignés par l’économiste Eloi Laurent qui a consacré de nombreux travaux aux inégalités environnementales depuis son ouvrage publié en 2011 sur la social-écologie6. Les chercheurs français se sont cependant intéressés tardivement à ces questions alors qu’il existe un courant appelé « environmental justice » aux Etats-Unis depuis les années 1970, et en Grande-Bretagne depuis les années 1990. Dès 2004, les pouvoirs publics britanniques ont inscrit les inégalités environnementales dans la stratégie nationale de développement durable. En France, comme en Allemagne ou en Espagne, ce concept n’est apparu que tardivement et peine encore à s’intégrer dans les politiques publiques7.

Ce n’est que récemment que des études ont pu caractériser le lien fort entre inégalités sociales et dégradations environnementales. On sait par exemple que les expositions aux pollutions et aux risques environnementaux sont plus importantes dans les zones défavorisées. Ainsi l’observatoire des zones urbaines sensibles (ZUS) a montré que les ZUS étaient à 45% classées en « points noirs du bruit », c’est-à-dire fortement exposées au bruit des transports, avec des conséquences aujourd’hui démontrées sur la santé (troubles du sommeil, affections neuro-psychiatriques…). Il a également été démontré que le fait de résider à proximité du trafic accroissait sensiblement les risques d’asthme et d’infections chez l’enfant et de nombreuses atteintes aux systèmes respiratoires et cardio-vasculaires. Les habitants des logements situés près des voies de circulation sont ainsi plus exposés à ces risques. Cela se traduit directement dans la perception des habitants : 26% des ménages du 1er décile de revenu considèrent la pollution au domicile très gênante, contre 16% pour les autres ménages8.  

Comme l’a souligné l’Institut National de Prévention et d'Education pour la Santé (INPES), les conséquences sanitaires d’un environnement dégradé sont également très importantes dans les logements (pollution intérieure liée aux matériaux de construction, affections respiratoires causées par les moisissures dans les logements humides). La récente étude de la Fondation Abbé Pierre9 montre ainsi la double peine des ménages vivant dans des logements mal chauffés : la précarité énergétique aggrave les conditions sanitaires, ce qui renforce en retour les inégalités sociales. Les principales raisons sont l’absence d’isolation ou le dysfonctionnement des appareils de chauffage qui conduisent à réduire le nombre de pièces chauffées, ainsi que l’absence fréquente de ventilation qui entraîne un risque très nettement renforcé de moisissures. Il s’ensuit une exposition accrue aux pathologies hivernales (rhumes, angines, grippes et gastroentérites), pour les adultes comme les enfants, mais aussi une plus grande fréquence de problèmes de santé chroniques respiratoires, ostéo-articulaires et neurologiques, avec notamment un accroissement des dépressions.

Enfin, les maladies professionnelles sont également plus fréquentes parmi les moins qualifiés. Par exemple, 28% des ouvriers qualifiés sont exposés à des produits cancérigènes contre 2% des cadres supérieurs10. Dans ce cas comme dans celui de la précarité des logements, les inégalités sociales sont extrêmement corrélées à un environnement dégradé, et sont par conséquent renforcées en raison de l’impact des problèmes sanitaires sur l’éducation des enfants ou sur la capacité à travailler.

L’autre dimension des inégalités environnementales concerne l’accès aux ressources. L’exemple le plus documenté aujourd’hui est l’accès à l’énergie. L’augmentation récente du prix des énergies a renforcé ce qui est maintenant communément appelée précarité énergétique. Elle concerne de cinq à huit millions de personnes en France et plus de 50 millions en Europe11. La dernière enquête sur le budget des ménages de l’INSEE, réalisée en 2006, montre que les dépenses d’énergie directes représentaient 15% des dépenses des ménages du premier quintile12, contre 6% pour les ménages du dernier quintile. Ainsi, les ménages des premiers quintiles sont proportionnellement plus exposés à une hausse du prix des énergies. Cette vulnérabilité est renforcée par une augmentation forte des dépenses contraintes (logement, énergie, eau, assurances, frais financiers) depuis 1979, laissant un « reste à vivre » de plus en plus faible13. 

Des revenus faibles rendent également plus difficile l’accès à une alimentation de qualité. Le premier quintile de revenu dépense ainsi moins de 150 €/mois et par habitant contre plus de 300€/mois pour le dernier quintile. Cette contrainte budgétaire rend quasi impossible tout changement vers des pratiques alimentaires qui nécessiteraient une augmentation du budget alloué, et favorise l’achat de produits caloriques et peu coûteux, contribuant également à renforcer les problèmes sanitaires (obésité, diabète…). Les défis que rencontrent aujourd’hui l’agriculture et la pêche (hausse du prix des matières premières dont l’énergie, impacts climatiques, raréfaction des ressources marines…) pourraient conduire à une hausse du prix de l’alimentation qui renforcerait encore les inégalités en matière alimentaire.

L’articulation entre inégalités environnementales et sociales est donc multidimensionnelle. Elle doit être encore mieux identifiée et cartographiée. Les travaux universitaires sur les enjeux de justice environnementale se multiplient. L’approche pluridisciplinaire et le décloisonnement est indispensable. C’est le constat fait par plusieurs administrations chargées du développement durable, de l’action sociale et de la santé dans un récent rapport sur les inégalités territoriales, environnementales et sociales de santé14. Les initiatives recensées montrent le rôle que peuvent jouer des outils cartographiques pour mieux caractériser les inégalités environnementales et leur lien avec les inégalités de santé. Dans cette perspective, plusieurs Agences Régionales de Santé (ARS) ont développé une observation régionale approfondie permettant de mieux cerner les enjeux santé-environnement et d’identifier des actions dans la lutte contre les inégalités associées. C’est aussi l’objet des travaux en cours du Conseil économique sociale et environnemental (CESE) qui rendra un avis à l’été 2014 sur le sujet.

Une conclusion est cependant d’ores et déjà acquise : toute politique visant la justice sociale, que ce soit au niveau international, national ou local, doit prendre en compte la dimension environnementale des inégalités.

 

2 – LES INEGALITES SOCIALES SONT-ELLES UN FREIN AUX

POLITIQUES ENVIRONNEMENTALES ?

Il est manifeste que la corrélation entre richesse et empreinte écologique15 est forte. Comme cela a déjà été souligné, plus un pays est riche, plus son empreinte écologique est importante. Le constat se vérifie aussi à l’échelle individuelle : les ménages plus aisés polluent plus que les ménages aux revenus faibles. En prenant les émissions de gaz à effet de serre comme indicateur de mesure de l’impact environnemental des ménages, il apparaît que les 20 % des ménages les plus aisés induisent, via leur consommation, 29 % des émissions de CO2 de la France, alors que les 20% des ménages les plus modestes n'en induisent que 11 %. Le bilan carbone moyen d’un Français du 5ème quintile est ainsi 2,7 fois plus élevé que le bilan carbone d’un Français du 1er quintile.

 

Figure 1 : Emissions de CO2 par personne en France, par quintile de revenus.

Quintite de revenus 

                                                               Quintile de revenus

Source : Dossier INSEE, Les émissions de CO2 du circuit économique en France, Fabrice Lenglart, Christophe Lesieur, Jean-Louis Pasquier, L'économie française, édition 2010.

 

Ce résultat combine toutefois deux effets opposés : les ménages aisés génèrent des impacts environnementaux plus importants du fait de leurs dépenses de consommation plus élevées, mais ont une intensité carbone par euro dépensé plus faible (kgCO2/k€ dépenses)16. On peut alors se demander si la redistribution d’un euro des ménages les plus riches vers les ménages les plus pauvres va réellement diminuer l’impact carbone global, puisque l’euro dépensé par ces derniers sera plus « carboné » que celui que n’aurait pas dépensé le ménage le plus riche. La redistribution des revenus serait-elle alors contraire à l’objectif environnemental ?

De nombreux constats et résultats de travaux nous incitent à penser que non, bien au contraire.

On constate ainsi que deux pays ayant atteint le même niveau de développement peuvent avoir des empreintes écologiques très différentes : le Japon présente une empreinte par habitant près de deux fois inférieure à celle des Etats-Unis. Le Japon est aussi la société la plus égalitaire parmi les 24 pays les plus riches17 alors qu’à l’inverse, les Etats-Unis présentent un niveau d’inégalité parmi les plus élevés de ce groupe de pays. Danny Dorling18 met ainsi en avant de nombreux exemples où des pays plus inégalitaires engendrent davantage de nuisances environnementales que les autres : les

habitants y consomment en moyenne plus de viande, produisent plus de déchets, prennent l’avion plus souvent et globalement, ont un impact écologique élevé19. Une autre étude a aussi montré qu’une corrélation forte existait entre niveau d’égalité et taux de recyclage des déchets20.

Il est difficile de démontrer un lien de causalité directe entre inégalités et empreinte écologique. Il semble plutôt que le lien soit indirect : les pays les moins inégalitaires seraient des pays où les politiques environnementales sont les plus avancées, permettant ainsi de réduire l’empreinte écologique plus qu’ailleurs. C’est ce que montre Eloi Laurent dans ses travaux sur la sociale-écologie à travers différentes études économiques21. Ainsi, à partir de modèles et de tests empiriques, des économistes ont montré que les ménages modestes tireraient plus de bénéfices de politiques environnementales ambitieuses que les groupes les plus favorisés (Baland et Platteau, 1997). Une autre étude souligne également que moins les sociétés sont égalitaires, pour un niveau donné de richesses, plus la dépense publique sera utilisée pour favoriser la croissance plutôt que la protection de l’environnement (Kempf et Rossignol, 2007). L’analyse des données des pays de l’OCDE le confirme (Magnani, 2000). Selon l’auteur de cette dernière étude, plus une société est inégalitaire, plus l’électeur médian sera tenté d’arbitrer en faveur de la consommation de biens privés, et ce au détriment de la dépense publique environnementale. L’accroissement des inégalités constitue donc un risque pour le progrès des politiques environnementales.

Comme le souligne aussi Eloi Laurent dans une récente note pour le think tank de la Fondation Nicolas Hulot22, plus la pauvreté s’accroît, plus il est nécessaire de compenser socialement l’effet des politiques environnementales (par exemple sous forme de chèques énergie dans le cas de la Contribution climat-énergie), et donc plus la faisabilité de ces politiques publiques est compromise (en particulier dans un contexte de finances publiques dégradées).

Le constat apparaît mitigé : alors que la dégradation de l’environnement accroît les inégalités, ces dernières empêchent de mener des politiques environnementales efficaces à coût maîtrisé. Les plus optimistes continueront à affirmer que le retour de la croissance économique offrira l’opportunité de répondre aux deux enjeux, à la fois parce qu’elle permettra de dégager de nouvelles ressources en faveur de l’environnement, mais aussi parce qu’elle est nécessaire pour faire « grossir le gâteau à partager ». Sans tomber dans le pessimisme ou le « déclinisme », nous réfutons cet attentisme et il nous paraît justifié et possible de mener dès maintenant des politiques ambitieuses en faveur à la fois de l’égalité et de l’environnement.

(à suivre...)

 

Notes :

1 Source : Observatoire des inégalités. 

2 Source : http://maplecroft.com/portfolio/new-analysis/2013/10/30/31-global-economic-output-forecast-face-high-orextreme-climate-change-risks-2025-maplecroft-risk-atlas/

3 Voir A. Prüss-Üstün et C. Corvalan, « Preventing disease through healthy environments. Towards an estimate of the environmental burden of disease », 2006, World Health Organization.

4 Mortalité avant 65 ans.

5 Rapport Planète vivante 2012, WWF.

6 Eloi Laurent, Social-écologie, Flammarion, 2011. Et plus récemment, Eloi Laurent et Patricia Crifo,

« Enjeux environnementaux et question sociale. Pourquoi et comment lier justice sociale et écologie?» Références économiques du CEDD n°23-2013, Ministère de l’écologie, 2013.

7 Voir notamment Lydie Laigle et Mélanie Tual, « Conceptions des inégalités écologiques dans cinq pays européens : quelle place dans les politiques de développement urbain durable ? », Développement durable et territoires, 2007.

8 Cf. Observatoire des inégalités, Qualité de vie et logement, source INSEE 2001.

9 Dr Barnard Ledesert, CREAI-ORS LR, « Liens entre précarité énergétique et santé : analyse conjointe des enquêtes réalisées dan l’Hérault et le Douaisis », novembre 2013.

10 Les expositions aux produits cancérigènes en 2010, Dares-Analyses n°54, septembre 2013.

11 Plusieurs définitions de la précarité énergétique. Ainsi selon l’ONPE (« La précarité énergétique en France, une question de grande actualité », 2013), 3,8 millions de ménages (soit 6,7 millions de personnes) dépensaient plus de 10% de leur revenu pour leur facture énergétique et 2,4 millions de ménages (soit 8,1 millions de personnes) déclaraient souffrir du froid. Au niveau européen, le nombre de personnes touchées a été estimé dans le cadre d’un projet européen entre 50 et 125 millions (EPEE, « Lutte contre la précarité énergétique, guide de recommandation à l’attention des décideurs publics », 2009).

12 Les quintiles de revenus partagent la distribution ordonnée des revenus en cinq parties égales. Ainsi, le premier quintile est le revenu au-dessous duquel se situent 20 % des revenus, le deuxième est le revenu au-dessous duquel se situent 40 % des revenus, etc.

13 Credoc, Consommation et modes de vie mars 2009, comptes des logements ; La mesure du pouvoir d’achat et sa perception par les ménages, INSEE, fin 2007.

14 Ministère des affaires sociales et de la santé, Ministère de l’écologie et du développement durable, « Inégalités territoriales environnementales et sociales de santé », janvier 2014.

15 L'empreinte écologique est une évaluation environnementale de la pression exercée par les hommes envers les ressources naturelles et les « services écologiques » fournis par la nature. Un indicateur exprimé en « hectares de superficie biologiquement productive nécessaire pour pouvoir aux besoins d’une population humaine de taille donnée » est calculée pour chaque pays et régions du monde par le Global Footprint Network.

16 Dossier INSEE, « Les émissions de CO2 du circuit économique en France », Fabrice Lenglart, Christophe Lesieur, Jean-Louis Pasquier, L'économie française, édition 2010.

17 Parmi les 24 pays avec le PIB par personne le plus élevé, hors pays de moins de 2 millions d’habitants

18 Conférence « Is more equal more green ? », Danny Dorling et Benjamin Henning, 2010. Disponible ici : http://sasi.group.shef.ac.uk/presentations/rgs/

19 Les données utilisées par Danny Dorling pour réaliser les corrélations proviennent respectivement de la FAO, de l’UNSD (United Nations Statistics division), de la Banque Mondiale, du PNUE et du WWF (indicateur de l’empreinte écologique).

20 Planet Ark, The Recycling Olympic Report, 2004.

21 Sont cités notamment dans l’ouvrage Social-écologie (2011) : JM Baland et JP Platteau, « Wealth inequality and efficiency in the commons. Part I : the unregulated case », Oxford Economic Papers, 1997 ; H. Kempf, S. Rossignol, « Is inequality harmful for the environment in a growing economy? », Economics and Politics, 2007 ; E. Magnani, « The environmental Kuznets curbe, pollution abatement policy and income distribution », Ecological Economics, 2000.

22 Pour une approche social-écologique, ou pourquoi nos inégalités polluent la planète, think tank de la Fondation Nicolas Hulot, juin 2013.

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 15:21

(Suite et fin...)

3 – LA REDUCTION DES INEGALITES DE REVENU : UN CHOIX POLITIQUE SUSCEPTIBLE D’ACCROITRE LE BIEN-ETRE GLOBAL, ET UNE ALTERNATIVE NECESSAIRE DANS LE MONDE DE CROISSANCE FAIBLE QUI S’ANNONCE

La réduction des inégalités environnementales et l’accélération de la transition écologique par une fiscalité et des politiques publiques plus redistributives pourraient ne pas faire l’unanimité. Comme pour toute politique de transfert, la mise en oeuvre d’un tel projet risque de se heurter à l’opposition de ceux qui y perdent, dans le cas présent les catégories de revenu les plus élevées. Pourtant, les pouvoirs publics ont deux bonnes raisons de promouvoir résolument une société où la croissance ne serait plus un préalable à toute amélioration du bien-être pour les individus, et où des efforts importants seraient conduits pour favoriser une répartition plus équitable des revenus.

Tout d’abord, la réduction des inégalités, si elle fait quelques perdants, est susceptible de générer des gains bien plus importants que ses pertes. En effet, au-delà des enjeux liés à la soutenabilité environnementale et énergétique d’un modèle de développement exclusivement tourné vers la croissance du revenu, le lien entre revenu et bien-être n’a rien d’évident, et se trouve aujourd’hui questionné par de nombreux travaux23. L’analyse des contributions les plus récentes invite clairement à relativiser l’impact positif de la croissance économique sur le bien-être des individus, du moins dans les pays les plus riches. Ces travaux montrent en revanche que les inégalités de revenus rendent généralement les individus moins satisfaits de leur propre situation.

Dès 1974, Easterlin24 s’étonne de ce que dans de nombreux pays, dont les Etats-Unis, la forte croissance du PIB par habitant depuis la Seconde Guerre mondiale ne s’accompagne pas nécessairement d’un accroissement du bien-être subjectif, ou encore du bonheur déclaré, de la population. Les données plus récentes vont dans le même sens : alors que le PIB par habitant s’est sensiblement accru du début des années 1970 au début des années 2000 aux Etats-Unis et en Europe, le niveau moyen de bien-être déclaré dans les enquêtes conduites pour mesurer le bonheur ou la satisfaction des citoyens reste extrêmement stable.

Si les résultats précédents semblent souligner que pour un pays donné, la croissance du revenu dans le temps n’est pas nécessairement associée à une amélioration du bien-être perçu par la population, le constat est tout autre lorsque l’on compare, pour une année donnée, des individus ayant des revenus différents : les plus riches déclarent systématiquement un niveau de bien-être plus élevé que les plus pauvres, et ce que l’on considère des individus appartenant à des classes de revenu différentes au sein d’un même pays (Layard et al., 2010, Stevenson et Wolfers, 2008)25 ou des individus vivant dans des pays aux revenus par habitant très différents (Deaton, 2008, Stevenson et Wolfers, 2008)26.

Il y a donc là une forme de paradoxe, connu sous le nom de « paradoxe d’Easterlin », que de nombreux économistes ont cherché à expliquer (Clark et Senik, 2008 ; Clark et Senik, 2010). Trois types d’explications permettent d’en rendre compte.

Tout d’abord, l’impact du revenu sur le bien-être individuel n’est pas homogène. Le lien positif entre revenu disponible et bien-être subjectif devient de plus en plus ténu au fur et à mesure que le revenu augmente (sans nécessairement disparaître), suggérant une forme d’effet de « satiété ». Certains vont même jusqu’à mesurer une baisse de bien-être au-delà d’un certain niveau de revenu, ce résultat ne faisant néanmoins pas consensus (Proto et Rustichini27). Pour les plus pauvres, une hausse du revenu disponible permet en effet de satisfaire certains besoins qui contribuent grandement à leur bien-être ; cette contribution de l’argent au bonheur individuel tend cependant à diminuer au fur et à mesure que ces besoins sont couverts (cf graphique ci-dessous).

 

Figure 2 : Comparaison du PIB par habitant (axe des abscisses) et du bonheur subjectif (axe des ordonnées) dans différents pays du Monde.

GDP per capita bonheur 

Source :Inglehart et al., 200828

 

Par ailleurs, cet effet de satiété est renforcé par un « effet d’habitude ». Les individus adaptent leurs attentes et leur référentiel au fur et à mesure que leur revenu s’accroît (Clark, 1999)29.

Enfin, le bien-être subjectif comporte une forte dimension comparative. Les individus n’évaluent pas leur satisfaction à l’aune de leur seule situation, mais aussi à celle de leurs voisins, de leurs collègues, de leur famille, de la population de leur pays. Beaucoup d’études montrent ainsi que la satisfaction individuelle, à revenu donné, est négativement corrélée au niveau de revenu du groupe de référence (Clark et Oswald, 1996 ; Blanchflower et Oswald, 2004 entre autres)30. Ce lien négatif entre bien-être individuel et revenu des autres n’a rien d’évident : le revenu du groupe de référence pourrait en effet être perçu comme une source d’information sur le niveau de richesse que chacun peut atteindre dans le futur (Hirschman et Rotschild, 1973)31. Mais cet effet informationnel a d’autant moins de chance d’être perçu positivement que l’on vit dans une société où la croissance et la mobilité sociale sont faibles, les places étant alors figées et les opportunités d’ascension peu nombreuses (Alesina et la Ferrara, 200532 ; Clark et Senik, 2008). Dans ce cas, les inégalités réduisent le niveau de bien-être subjectif des individus. 

Effet de satiété, effet d’habitude et dimension comparative du bonheur permettent de comprendre pourquoi, dans de nombreux pays développés où les inégalités se sont fortement accrues au cours des décennies passées, la croissance du revenu ne s’est pas nécessairement accompagnée d’une augmentation du bien-être subjectif des individus.

En revanche, au vu des résultats mis en lumière, il semble que les questions de redistribution devraient être au coeur des politiques conduites par des gouvernements soucieux d’accroître le bien-être de leurs administrés.

En effet :

A. Les gains en termes de bien-être s’amenuisant au fur et à mesure que le revenu augmente, des politiques opérant des transferts des plus riches vers les plus pauvres sont susceptibles d’accroître le bien-être global de la population : les pertes éventuelles de bien-être subies par les contributeurs seront plus faibles que les gains réalisés par les bénéficiaires de ces politiques. L’acceptabilité politique de cette redistribution plus forte des revenus n’est pas assurée, et nécessiterait un travail de pédagogie et de mise en perspective. Il est toutefois intéressant de noter que la réforme du système fiscal proposée par Landais et al. (2011)33 est calibrée pour obtenir des recettes fiscales identiques (la pression fiscale totale restant donc constante) avec un impôt plus progressif : 14% des ménages seulement verraient leur impôt augmenter. Un gouvernement progressiste soucieux d’accroître la redistributivité de l’impôt a donc des marges de manoeuvre pour mettre en place une réforme fiscale qui diminue le revenu d’une petite fraction des ménages seulement et qui soit ainsi susceptible de réunir un consensus relativement large au sein de la population.

B. Compte tenu de la dimension comparative du bien-être, de fortes inégalités de revenus sont génératrices de souffrances et tendent à faire baisser le niveau de satisfaction général au sein d’un pays.

Il est important de noter que ces tendances ne se limitent pas au lien entre bien-être subjectif et revenu. Le constat est le même lorsqu’on utilise d’autres indicateurs plus « objectifs » de bien-être. Les épidémiologistes Richard Wilkinson et Kate Pickett34 se sont en particulier intéressés aux déterminants de la qualité de la santé publique et de la cohésion sociale, en s’appuyant sur de nombreux indicateurs (maladie mentale, espérance de vie, taux de mortalité infantile, obésité et maternité précoce pour la santé publique ; niveau de confiance, réussite scolaire des enfants, homicides, taux d’incarcération et mobilité sociale pour la cohésion sociale). Comme le montrent les deux graphiques ci-dessous, l’indice de problèmes sanitaires et sociaux semble faiblement corrélé au niveau de richesse dans les pays développés. En revanche, les pays les plus inégalitaires semblent clairement souffrir de problèmes sanitaires et sociaux en moyenne plus importants. 

Figure 3 : Comparaison de l’indice des problèmes sanitaires et sociaux avec le niveau de revenu par habitant dans les pays développés (figure au dessus) et les niveaux d’inégalités de revenus (figure en dessous).

pbs_sanitaires_sociaux-niveau_revenu_1sur2.JPG 

             

  pbs_sanitaires_sociaux-niveau_revenu_2sur2.JPG

                                               Source : Wilkinson et Pickett (2013)

 

Pour ces auteurs, la réduction des inégalités est aussi une condition pour assurer la soutenabilité environnementale de nos sociétés. Ils citent ainsi une politique à vocation égalitaire et potentiellement efficace pour réduire les émissions des gaz à effet de serre : fixer un quota d’émissions autorisées pour chaque habitant. Cette politique avait été étudiée par le gouvernement de Gordon Brown, mais a été abandonnée depuis par son successeur conservateur. Wilkinson et Pickett font aussi le lien entre inégalité et enjeux environnementaux à travers le consumérisme. Revenant sur le concept de « consommation ostentatoire » théorisé en 1899 par le sociologue et économiste Thorstein Veblen dans son ouvrage « Théorie de la classe de loisir », et repris récemment par plusieurs économistes à l’instar du Richard Layard ou Robert Frank35, ils soulignent que l’accroissement des revenus des plus riches provoque des insatisfactions pour le reste de la société, et favorise une surconsommation. La baisse des inégalités pourrait alors engendrer un « déplacement historique de la source de la satisfaction humaine : il s’agira de privilégier une société plus conviviale au détriment de la croissance économique »36. Une telle perspective apparaît alors comme une réponse efficace aux enjeux environnementaux. Elle favoriserait l’engagement collectif nécessaire aux changements de comportements comme décrit dans la partie 2. Elle faciliterait aussi la mise en place de politiques environnementales ambitieuses tant au niveau national que mondial. C’est aussi la conclusion de Marie Duru-Bellat dans son récent livre « Pour une planète équitable »37. Le coût de l’inaction concerne tout autant les risques environnementaux que la montée des inégalités au niveau mondial. Pour la sociologue, il apparaît donc indispensable d’organiser la société selon les principes de justice globale pour résoudre les enjeux environnementaux.

Enfin, la transition vers un modèle de développement qui ne soit pas exclusivement tourné vers la croissance risque fort de ne plus être à l’avenir une option dont il faudrait débattre, mais une obligation qui s’impose à nos gouvernements. En effet, nous ne connaîtrons certainement plus avant longtemps les taux de croissance des Trente Glorieuses. Alors que les pays de l’OCDE ont vu leur PIB par habitant augmenter de 4% en moyenne entre 1960 et 1974, ce taux est tombé à 1,7% entre 1974 et aujourd’hui. Si l’on adopte une perspective de très long terme, le PIB par habitant au niveau mondial est resté relativement stable jusqu’à la révolution industrielle où il a commencé à fortement augmenter en Europe. Les périodes prolongées de forte croissance correspondent en réalité à des phases de diffusion de technologies génératrices de gains de productivité importants ou à des phases de rattrapage, comme dans l’après-guerre, après la période atone de l’entre-deux-guerres et les destructions massives de la Seconde guerre mondiale. Une fois ces phases passées, il est difficile de maintenir des taux de croissance aussi élevés. De plus, dans nos pays développés, la tertiarisation des économies rend peu crédible le retour à des taux de croissance équivalents à ceux des Trente Glorieuses : les gains de productivité sont en effet bien moins importants dans les services que dans l’industrie. Par ailleurs, si les innovations technologiques actuelles, telles que les technologies de l’information, modifient durablement nos pratiques, les travaux étudiant l’impact des nouvelles technologies de l’information sur la productivité peinent à démontrer un lien de causalité robuste entre les deux. Dans les années 1980, alors que les ordinateurs se diffusaient, la productivité avait même d’ailleurs plutôt tendance à décélérer, notamment aux Etats-Unis, ce que l’on appelle parfois le « paradoxe de Solow ». Les travaux plus récents portant sur les Etats-Unis sont moins pessimistes mais en Europe, la croissance de la productivité ne semble toujours pas significativement corrélée à l’utilisation des  technologies de l’information par les entreprises. Pour certains, l’utilisation des nouvelles technologies devrait être accompagnée de changements organisationnels pour qu’elle affecte sensiblement la productivité38. 

Comme le souligne l’Iddri (2013)39, il semble donc bien que nous n’ayons pour seul choix que d’apprendre à prospérer dans un monde de faible croissance. Or les revenus du patrimoine s’en sortant mieux que ceux du travail dans de telles périodes, faible croissance et montée des inégalités vont généralement de pair (Piketty, 2013)40. Ainsi, alors que les inégalités de revenus ont commencé à croître aux Etats-Unis dans les années 1970, puis au Royaume-Uni dans les années 1980, on observe également une hausse des inégalités en France depuis la fin des années 199041. En France, entre 2000 et 2010, le revenu moyen annuel des 10% les plus pauvres a progressé, inflation déduite, de +5% (soit 400 €) tandis que celui des 10% les plus riches a progressé de +19% (soit 8 950 €). Les chiffres sont encore plus frappants lorsqu’on se concentre sur les très hauts revenus : entre 2004 et 2010, les 0,01% les plus riches ont vu leur revenu moyen annuel progresser de +32% (soit 178 900 €).

De fait, les systèmes fiscaux des pays développés, dont la France, s'avèrent de plus en plus inégalitaires, en raison d'une vision du monde reposant sur un certain nombre de mythes aujourd’hui démentis. Prenons par exemple le mythe du « ruissellement » (trickle down) selon lequel les bénéfices de la croissance redescendraient en pluie vers l’ensemble de la société. Comme le montre J. Stiglitz (« Le prix de l'inégalité »), la concentration de richesses aux mains des 1 % les plus riches ne se traduit pas par le développement d'activités bénéficiant au plus grand nombre (création d'emplois, circulation de richesses, etc.) mais par le développement de rentes, rentes de plus en plus élevées, et notamment par leur immobilisation dans des placements financiers aux maigres retombées sociales et productives. Dans le même esprit, un document de travail récent du FMI montre que les pays plus égalitaires croissent plus vite et plus longtemps que les pays inégalitaires. En distinguant les inégalités avant et après redistribution, les économistes de l’institution financière mondiale montrent par ailleurs que les politiques redistributives n’ont pas d’impact négatif sur la croissance42. Face à l’aggravation des inégalités, de plus en plus d’économistes réagissent et préconisent des mesures radicales pour réduire les inégalités de revenus et de patrimoine.  

Il faut alors agir en amont et en aval de la production des inégalités. En amont, en agissant à la source sur la fixation des revenus en renforçant le dialogue social à tous les niveaux : au niveau social, à l’échelle des branches, mais aussi au niveau international et au sein des entreprises. A ce titre la diffusion de la responsabilité sociale dans les entreprises, tant dans les multinationales que dans l’ensemble du tissu économique, ainsi que le renforcement de l’économie sociale et solidaire et des pratiques démocratiques inspirées des coopératives, pourraient faire favoriser la réduction des écarts de salaires. Il faut aussi agir en amont grâce à la redistribution fiscale, par une fiscalité plus juste et plus efficace pour assurer des ressources minimales pour tous et aussi pour mettre un coup d’arrêt à l’inflation galopante des revenus des plus riches. 

Que ce soit par conviction écologique, éthique de vie ou réalisme, nous devons donc absolument préparer l’avenir en remettant en place des politiques redistributives. Concevoir de nouvelles manières de prospérer et de réduire les inégalités constitue deux impératifs auxquels les responsables politiques se doivent de répondre dans les décennies qui viennent.

 

CONCLUSION

L’analyse des contradictions et des divergences possibles entre les objectifs de protection de l’environnement et de lutte contre les inégalités débouche sur deux enseignements :

• Tout d’abord, en raison du lien largement analysé entre inégalités économiques et sociales et dégradations environnementales, il existe de grandes complémentarités à rechercher entre les politiques de réduction des inégalités sociales et les politiques nécessaires à la transition écologique. Par de nombreux aspects, la réduction des inégalités apporte une réponse aux principales limites, craintes et critiques que l’on peut formuler à l’égard de la transition écologique.

• Alors que les perspectives de retour d’une croissance forte sont très incertaines, des politiques volontaristes pour réduire les inégalités apparaissent nécessaires pour maintenir un niveau de bien-être élevé. Il est possible de mener dès maintenant des politiques publiques qui s’appuient sur une volonté affichée de réduire les inégalités tout en promouvant des objectifs environnementaux ambitieux. Des propositions opérationnelles pour les politiques publiques seront approfondies dans les futurs travaux du pôle économie verte de Terra Nova.

 

Notes :

23 On parle ici de bien-être subjectif, tel que mesuré dans des enquêtes cherchant à appréhender le niveau de satisfaction des personnes interrogées auxquelles on demande de noter, sur une échelle donnée, leur « niveau de bonheur ». Le Gallup World Poll fournit par exemple de telles données pour de nombreux pays.

24 Easterlin R., 1974, « Does Economic Growth Improve the Human Lot ? Some Empirical Evidence », in P.A. David et M.W. Reder, eds, Nations et Households in Economic Growth, p 89-125, New-York, Academic Press.

25 Layard R., G. Mayraz et S. Nickell, 2008, « The Marginal Utility of Income », Journal of Public Economics, 92, 1846-1857. Stevenson, B., et J. Wolfers, 2008, « Economic Growth and Subjective Well-Being: Reassessing the Easterlin Paradox », Brookings Papers on Economic Activity, Spring.

26 Deaton, A., 2008, « Income, Health and Well-Being around the World: Evidence from the Gallup World Poll ». Journal of Economic Perspectives, 22, 53-72.

27 Clark, A. et C. Senik, 2010, « Will GDP growth increase happiness in developing countries? », (with Claudia Senik), in Robert Peccoud (Ed.) Measure For Measure: How well do we Measure Development ?, Paris: STIN, (2011), pp. 99-176. Proto E., Rustichini A., 2013, « A Reassessment of the Relation Between GDP and Life Satisfaction », PLOS one.

28 Inglehart, R., R. Foa, C. Peterson et C. Welzel , 2008, « Development, Freedom, and Rising Happiness: A Global Perspective (1981–2007) », Perspectives on Psychological Science, 3, 264-285.

29 Clark, A.E. (1999). « Are Wages Habit-Forming? Evidence from Micro Data », Journal of Economic Behavior and Organization, 39, 179-200. 

30 Clark, A.E., et A.J. Oswald, 1996, « Satisfaction and Comparison Income », Journal of Public Economics, 61, 359-81. Blanchflower D.G. et A. Oswald, 2004, « Well-being over time in Britain and the USA », Journal of Public Economics, 88, 1359-1386.

31 Hirschman, A. et M. Rothschild, 1973, « The Changing Tolerance for Income Inequality in the Course of Economic Development », Quarterly Journal of Economics, 87, 544-566.

32 Alesina, A. et E. La Ferrara, 2005, « Preferences for Redistribution in the Land of Opportunities », Journal of Public Economics, 89(5-6), pp897-931. 

33 Landais, C., Piketty, T. et E. Saez, 2011, Pour une révolution fiscale Un impôt sur le revenu pour le XXIème siècle, Le Seuil/République des idées.

34 Wilkinson, R et Pickett K, 2013, Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous, Ed. Les petits matins.

35 Voir notamment R. Layard, Le prix du bonheur, Ed Armand Collin, 2007, et R. Frank, La course au luxe, ed. Markus Haller, 2010.

36 Willinson et Pickett (2013) ibid.

37 M. Duru-Bellat, Pour une planète équitable, La République des idées, 2014. Voir aussi son interview pour le think tank de la Fondation Nicolas Hulot : « Pour une planète équitable, l’urgence d’une justice globale : entretien avec

Marie Duru-Bellat », janvier 2014.

38 M. Draca, R. Sadun, and J. Van Reenen, 2009, « Productivity and ICTs: A review of the évidence », The Oxford

Handbook of Information and Communication Technologies.

39 Demailly, D., Chancel, L., Waisman, H. et C. Guivarch, 2013, « Une société post-croissance pour le xxie siècle -

Peut-on prospérer sans attendre le retour de la croissance ? », IDDRI, Studies 2013/08.

40 T. Piketty, Le capital au XXIème siècle, collection « Les Livres du nouveau monde », Le Seuil, Paris, 2013.

41 World Top Income Database: http://topincomes.g-mond.parisschoolofeconomics.eu/

42 « Redistribution, Inequality, and Growth », J. Ostry, A. Berg et C. Tsangarides, IMF Staff Discussion Note SDN/14/02.

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 14:47

En pleine bataille européenne autour des gaz de schiste, sortie en salle de Holy Field Holy War (Champ sacré, sacrée guerre), film calme et majestueux de Lech Kowalski sur la résistance des paysans polonais de Zurawlow contre le projet de forage de la multinationale Chevron. Récit et extraits vidéo du film, par Jade Lindgaard pour Médiapart, 26 mars 2014.

Depuis juin 2013, des paysans de l’est de la Pologne, près de la frontière avec l’Ukraine, bloquent un forage de Chevron. Sur les terres de la commune de Zurawlow, ils ont dressé un campement, et ont baptisé leur mouvement de résistance du nom d’« Occupy Chevron », en référence aux activistes qui avaient occupé des places dans les cités américaines en 2011. On peut voir ci-dessous la dernière photo en date diffusée par leur webcam (visible en ligne ici).

occupy_Chevron.png

Prise de vue depuis le campement d'Occupy Chevron.


Leur lutte est devenue emblématique des anti-gaz de schiste en Europe (voir par exemple ici un reportage vidéo diffusé sur Arte), parce que la Pologne est aujourd’hui l’un des principaux territoires de prospection des compagnies minières et pétrolières.

C’est dans ce contexte qu’est sorti en salle, mercredi 26 mars, Holy Field Holy War, un film calme et majestueux sur la résistance des paysans polonais de Zurawlow. Un an avant le début de la lutte d’Occupy Chevron, le documentariste Lech Kowalski avait longuement filmé les agriculteurs de cette région très rurale. Ils racontent leur désarroi et leur impuissance face à l’arrivée d’une agriculture industrielle qui pollue leur environnement direct par son usage excessif d’engrais, ses épandages gargantuesques de lisier, ses rejets de produits toxiques. Tout autour d’eux, l’air empeste désormais, et les abeilles meurent à petit feu, comme on le voit dans un premier extrait du film Holy Field Holy War (cf http://www.mediapart.fr/journal/international/260314/gaz-de-schiste-le-film-de-la-bataille-de-pologne)

Avant la bataille du gaz de schiste, c’était déjà la guerre à Zurawlow, un conflit larvé et totalement disproportionné entre de petites exploitations familiales, où un vieil homme travaille à la faux et en veste, et l’agro-industrie. Ce choc économique et culturel est raconté avec beaucoup de rage et d’émotion par les résidents de la commune, filmés longuement par Kowalski.
Cette micro-société déjà meurtrie voit un jour apparaître un nouvel ennemi : la colonne de camions vibreurs, mis en branle par des sous-traitants locaux de la multinationale américaine. Là encore, le cinéaste prend le temps de filmer au long cet événement qui prend vite la forme d’une catastrophe : riverains mis devant le fait accompli, chantage à l’argent promis par le pétrolier, absence des autorités polonaises, et incivilités multiples des opérateurs du forage, comme dans cette autre scène extraite du film, quand ils tentent de pomper sans autorisation l’eau d’un champ agricole (cf 2e extrait, http://www.mediapart.fr/journal/international/260314/gaz-de-schiste-le-film-de-la-bataille-de-pologne).

Une précédente version de ce film a été diffusée sur Arte l’année dernière sous le titre La Malédiction du gaz de schiste (lire ici le compte-rendu qu’en avait fait Ludovic Lamant). Elle alternait scènes tournées en Pologne et aux États-Unis, et reprenait les codes du reportage télévisuel, à commencer par la voix off.

Cette fois-ci, dans son format pour le cinéma, le documentaire se concentre sur Zurawlow, magnifiquement filmé, sans aucun commentaire de l’auteur. Il s’achève par une scène d’anthologie : une réunion d’information entre résidents et un représentant de Chevron qui tourne au vinaigre. D’abord silencieux, presque passif, le public comprend peu à peu à quel point il se fait rouler dans la farine par le pétrolier. Une voix de protestation s’élève, puis une autre, encore une autre. Généalogie d’une révolte.

Il faut rappeler qu'en Pologne, une cinquantaine de forages ont déjà été réalisés. Une première extraction, à titre expérimental, a été conduite en juillet 2013. En mars dernier, le gouvernement polonais a décidé d'exonérer d'impôts jusqu'en 2020 les activités d'extraction de gaz de schiste. Les réserves du pays sont parfois estimées à entre 800 et 2 000 milliards de mètres cubes, mais ces chiffres sont contestés tant les évaluations pétrolières ont été contredites par les faits. Une compagnie basée à Dublin, San Leon – financée notamment par le milliardaire George Soros – a annoncé en début d’année être sur le point d’entamer la production du gaz de schiste en Pologne dans le but de le vendre, ce qui serait une première. Elle a installé un puits de forage dans le bassin baltique, au nord du pays. Elle compte commencer à exploiter ce gisement dès juillet prochain. « Si vous pouvez prouver que l’exploitation du gaz de schiste en Pologne est possible, cela ouvrira les portes dans d’autres pays », a déclaré son président à Reuters.

La perspective d’exploiter ce gaz non conventionnel, dont les forages s’avèrent néfastes pour l’environnement (émission de gaz à effet de serre, pollution de nappes phréatiques, destruction de paysages…) mais lucratives pour ses exploitants aux États-Unis, fait l’objet d’une âpre bataille en Europe. La commission européenne multiplie les décisions favorables au recours au gaz de schiste : en janvier, elle a refusé d’établir un moratoire, et elle vient d’exempter les forages de toute obligation d’étude d’impact. Gunther Oettinger, le commissaire européen à l’énergie, ne rate pas une occasion de manifester son soutien au gaz de schiste. Chaque semaine ou presque, une tribune paraît dans les médias européens, sous la plume d’un patron, d’un scientifique ou d’un élu pour vanter les mérites des hydrocarbures à extraire de la roche mère. La bataille politique des gaz de schiste fait rage.

 

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 12:49

Une belle initiative se construit à Romainville avec Les Lilas, Le Pré Saint-Gervais …

grande-parade-metheque_affiche.jpg

L’association « un sur quatre » est un collectif d’habitants, de voisins, d’amis des Lilas, de Romainville, de Pantin et du Pré-Saint-Gervais. Nous organisons le 24 mai prochain, la première édition de la Grande Parade Métèque, qui traversera ces quatre villes. L’objectif est de valoriser, transmettre et partager les bienfaits de l’immigration, de clamer la fierté de vivre dans un pays riche de populations d’origines et de cultures différentes. Il s’agit de rappeler que l’égalité politique pour tous est un fondement de la République française.

« Pas besoin d'être français pour se sentir français, pas besoin d'être étranger pour se sentir étranger »

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Tout le monde peut participer

La Grande Parade est soutenue par les municipalités des villes traversées, et par de nombreuses associations et ONG (le MRAP, RESF, la Ligue des Droits de l'Homme, les Amoureux au ban public, la Cimade, Migreurop …), le collège Gustave Courbet, le Conservatoire de Romainville, des artistes, des collectifs de sans-papiers, ...

grande-parade-metheque_3.jpg

La parade se veut légère et festive. Les citoyens ou collectifs pourront construire leur propre char et déguisements pour accompagner ceux réalisés par l’organisation (chars à motricité humaine, animale ou électrique uniquement).

->  Rendez-vous tous les samedis de 14h à 18h dans notre usine, au 39 rue Carnot à Romainville, vous y trouverez de l'aide, des conseils, des outils et des matériaux.

grande-parade-metheque_4.jpg 

La parade se terminera dans le Parc de Romainville et sera suivie d'un débat dans une Agora et d’un grand bal en soirée.

grande-parade-metheque_5_plan.jpg

Vous voulez en savoir plus ? La plaquette de l'évènement répond à toutes les questions.

 

Tout le monde peut participer ... À quoi servira la collecte ?

http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/la-grande-parade-meteque

La totalité des contributions à notre organisation sont bénévoles : artistes de rue, musiciens, fabrication de chars, service d'ordre, logistique, intervenants à l'Agora ... La préfecture de Seine-Saint -Denis et la ville de Romainville nous ont accordé une subvention de 6000€ qui couvre les frais de fonctionnement courant pendant la préparation de l'évènement : énergie, outils, matériaux, assurances, déplacements, impressions ...

Il reste à charge de l'association la location d'un chapiteau et de tentes annexes (4500€), du matériel sono et l'éclairage (3000€) pour l'Agora et le Bal, les toilettes sèches (1000€), les T-Shirts pour les bénévoles (700€), la signalétique sur place (700€)... et des surprises.

Heureusement, nos artistes métèques associés, le dessinateur Rémi Malingrey, Amalia Rama, Ilona Mikneviciute, Eric Angenot et Damien Villière vous ont concocté de superbes contreparties pour nous aider à atteindre l'objectif !

Merci de votre aide !

Pour le collectif : Damien Villère (Président), Pierre Pezziardi (vice-président), Pascal Brame (Trésorier), 

 

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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 18:13

Quelques lignes pour signaler un bel événement présenté par l'association qui l'organise

Carte de visite TPUV

TPUV organise régulièrement, sans soutien actuellement, des bourses aux vélos d’occasion très appréciées du public.
C’est aussi pour vous l’occasion de faire connaissance avec TPUV, de se renseigner sur les actions de l’association, sur les activités et services proposés, de faire marquer votre vélo et... d’adhérer si vous ne l’avez déjà fait.
>>>Calendrier des prochaines bourses aux vélos TPUV (https://www.facebook.com/pages/Association-Tous-pour-un-velo/135039463270413
Seuls les particuliers sont admis à proposer des vélos à la vente.

Dans le cadre du festival des utopies concrètes

Affiche-Festival-des-utopies-concretes-TPUV.jpg

Une bourse à vélo in situ est programmée ce 26 Avril 2014

au 33 rue de l'égalité aux Lilas.

L’organisation et le déroulement d’une bourse aux vélos est habituellement comme suit (informations données à titre indicatif : se référer au tract spécifique édité à l’occasion de chaque bourse) :

  • les vendeurs déposent leur vélo à vendre de 10h à 12h30

    • présentation obligatoire d’une pièce d’identité

    • Tous les types de vélo sont les bienvenus : femme, homme, enfant, vélo de ville, VTC, VTT.
      Mais attention : seuls seront acceptés les vélos en bon état.

    • prix de vente fixé d’un commun accord avec MDB

    •   TPUV remet au vendeur un bon de dépôt qui devra être présenté lors de la restitution du vélo ou du produit de la vente

  • la vente se déroule de 14h à 18h00

    • distribution des tickets à partir de 13h45

    • impossibilité d’essayer le vélo à l’intérieur de l’espace fermé de la bourse

    • paiement en espèces et chèque uniquement

  • les vendeurs récupèrent le produit de la vente (ou le vélo invendu) de 17h30 à 18h45

    • l’association garde 10% du prix des vélos vendus

    • les vélos invendus sont rendus gratuitement

    • les vélos invendus non réclamés après 19h seront donnés à l'association TPUV.

*Les vélos collectés en 2013/2014 par l'association TPUV seront également vendus ce jour.

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 10:48

Dans le Politis_l_aveuglement.jpg de cette semaine…

Ce serait quoi, un « changement de cap » ? Ce changement de cap auquel se refuse obstinément François Hollande, et auquel Manuel Valls est peu enclin, c’est le moins qu’on puisse dire  ! Eh bien, ce pourrait être tout simplement ceci : tracer enfin les contours précis d’un véritable programme de transition énergétique, assorti d’un calendrier, une réflexion sur la réduction du temps de travail et un début de réforme fiscale. (…)

Pas vraiment une révolution puisqu’une mesure, au moins, figurait dans le programme de François Hollande : la transition énergétique. Une autre – la réforme fiscale – a déjà été agitée en période de gros temps par Jean-Marc Ayrault, mais n’a rien été d’autre pour l’instant qu’un hochet – ou un « effet d’annonce » pour Premier ministre en quête de points dans les sondages. La troisième, enfin, renvoie à toute l’histoire de la gauche, c’est une des revendications majeures des écologistes – mal comprise, mal adaptée en 1998 par les socialistes qui en ont fait la réforme des 35 heures. Cette gauche qui, depuis le XIXe siècle, s’est toujours battue pour la réduction du temps de travail et qui a curieusement abandonné cette revendication au moment où la technologie rend possibles les plus spectaculaires gains de productivité.

Chacun l’aura compris, nous n’avons pas voulu ici égrener un catalogue. Mais nos trois pistes ne sont pas anodines. Car toutes sont emblématiques d’une gauche moderne : l’écologie, la justice fiscale, le rapport au travail – et donc aux loisirs. Deux au moins sont créatrices d’emplois, tout en remettant en cause le dogme de la croissance. Mais toutes ces propositions auraient l’inconvénient de déplaire fortement aux commissaires européens, gardiens du temple libéral. D’où la recommandation préalable de l’économiste Philippe Légé, qui appelle le président de la République à revoir certains engagements européens de la France. Cela aussi était une promesse de campagne du candidat Hollande…

Denis Sieffert

Une première piste...

Une transition à gros bénéfices

Réduire les consommations, traquer le CO2, basculer vers les renouvelables, donner du pouvoir aux instances locales : une politique énergétique ambitieuse aurait d’importantes vertus économiques, écologiques et sociales.

Elle figure au nombre de ses promesses clés, il l’a répété lors de la conférence environnementale de septembre dernier puis de ses vœux 2014 : pour François Hollande, la loi sur la transition énergétique sera « l’un des textes les plus importants du quinquennat ». Huit mois après le Débat national sur la transition énergétique, dont l’une des conclusions est un excellent rapport du 21 mai 2013 « Quels coûts, bénéfices et financement de la transition énergétique ? », http://www.transition-energetique.gouv.fr/sites/default/files/dnte_gt4_rapport_projet_02b.pdf, il a pourtant fallu attendre la semaine dernière pour voir le ministre de l’écologie [Philippe Martin] qui pilote le processus, livrer ses premières propositions.

Idées-forces : la création d’un « budget carbone » fixant les les volumes d’émissions à ne pas dépasser lors des trois prochaines quinquennats, via une « stratégie nationale bas carbone », ou encore une programmation pluriannuelle de l’énergie. Plusieurs mesures sont à l’étude – efficacité énergétique, réforme du soutien aux énergies renouvelables, compétences des collectivités, révision de certaines prérogatives d’EDF, notamment dans le nucléaire.

 

Cependant, ces documents n’ont pas fait l’objet de discussions interministérielles, et ils pourraient être largement remaniés par la nouvelle équipe gouvernementale annoncée. D’autant plus qu’ils ne comportent encore aucun objectif : quels engagements de réduction du CO², quelle part pour les renouvelables, quel calendrier pour la réduction des consommations ?

Il y a urgence : le gouvernement compte faire bonne figure pour fin 2015, quand la France recevra le sommet annuel des Nations Unies sur le climat. Le projet de loi doit être présenté au conseil des ministres mi-juin pour un débat parlementaire à l’automne et une adoption espérée fin 2014.

Redoutant que le contenu ne soit pas à la hauteur, lassé des annonces contradictions et des tergiversations, un collectif de neuf organisations environnementalistes (dont le Réseau Action Climat (RAC), France Nature Environnement, Agir pour l’environnement, le Réseau pour la transition énergétique (Cler), la LPO,…) a pris la plume pour proposer le 26 février dernier un « VRAI projet de loi sur la transition énergétique » http://www.rac-f.org/Transition-energetique-Le-VRAI. Son ambition dépasse largement la réduction des émissions de carbone, priorité qui domine l’ébauche actuelle (et qui donne un rôle avantageux au nucléaire) : il entend livrer « une vision pour l’avenir de la France » avec des réponses durables aux problèmes du climat (diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050) et de l’approvisionnement énergétique, mais aussi des retombées économiques et sociales (http://www.rac-f.org/IMG/pdf/Vrai_Projet_de_loi.pdf).

Il s’agit de réduire fortement la facture des importations de combustibles fossiles (70 millions d’euros par an), de faire naître plus de 600 000 emplois d’ici à 2030, de sortir cinq à huit millions de Français de la précarité énergétique, de mettre en valeur les ressources des territoires (gisements éoliens, solaire, marin, etc…), de réduire la pollution de l’air, de réorienter des secteurs entiers de l’activité économique (transport, bâtiment…)

Et à dose d’utopie réduite : les rédacteurs ont voulu traduire concrètement les conclusions du Débat national sur la transition énergétique de 2013 – qui regroupait notamment des industriels, des syndicats, des représentants du gouvernement, des parlementaires, des scientifiques, des associatifs. « Notre document découle à 80 % de leurs propositions consensuelles, souligne Anne Bringault, chargée de mission pour le RAC et le Cler. Les 20 % restants résultent de nos propres arbitrages sur les points qui font débat ».

Sans excès non plus puisque, dans le domaine du nucléaire, il s’agit de programmer la fermeture de vingt réacteurs pour appliquer la promesse de François Hollande de ramener de 75 à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité d’ici à 2025.

Les autres grands objectifs de cette « vraie loi » : pour 2030, réduire de 45 % les émissions et de 35 % la consommation d’énergie, de porter à 45 % la part des renouvelables et à 750 000 par an les rénovations thermiques « haute performance » dans les logements.

 

Pour cela, les associations préconisent notamment le retrait du marché des appareils les moins performants (dans l’électroménager, notamment), l’obligation d’isoler lors de travaux importants dans un logement, l’abandon des grands projets autoroutiers et aéroportuaires, le soutien aux transports collectifs et à faible impact, la limitation de la vitesse sur route, la lutte contre l’étalement urbain en aidant à l’acquisition de logements neufs proches des dessertes collectives, la simplification des procédures et le maintien des aides financières pour les unités de production d’énergie renouvelable, l’élimination des avantages fiscaux aux énergies fossiles (20 milliards d’euros par an, dont les aides au diesel et au kérosène).

Ce texte alternatif envisage aussi une banque dédiée, qui délivrera des prêts à taux réduits pour les projets estampillés « transition énergétique ».

Patrick Piro

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 09:15

 Non_Tafta.JPG

Nous vous avons déjà parlé sur ce blog du grand marché transatlantique, le Partenariat Transatlantique de Commerce et d'Investissement appelé TTIP ou TAFTA, dans "L'Île-de-France ne sera pas soumise au grand marché transantlantique", http://leslilasecologie.over-blog.com/article-tarification-sociale-des-cantines-des-lycees-d-ile-de-france-qui-ne-sera-pas-soumise-au-grand-march-122596944.html ou dans « Le grand marché transatlantique ne doit pas se faire ! » http://leslilasecologie.over-blog.com/article-le-grand-marche-transatlantique-ne-doit-pas-se-faire-120895807.html, je vous avais alerté contre TAFTA, alias Europe Ecologie Les Verts appelle à participer à la manifestation organisée par le collectif Stop Tafta , dont fait partie EELV...

Le jeudi 10 avril à partir de 16h00 jusqu'à 19h00, 10 Avenue d'Iéna, 75116 Paris, métro Iéna.

Pourquoi ?  Ce 10 avril, le commissaire européen au commerce Karel de Gucht rencontre à huis clos une centaine de leaders financiers et économiques dans un luxueux hôtel du 16ème arrondissement, le Shangri-La, pour discuter du futur du commerce transatlantique. 

Du beau monde (http://www.development-institute.com/en/sitededie/47/transatlantic_trade/speakers), prêt à payer plus de 1400 euros le ticket d'entrée pour se tenir à jour des derniers secrets liés aux négociations… à l'abri du débat démocratique que nous exigeons depuis des mois. 

Nous serons donc là, dans la rue, pour faire du bruit et réclamer transparence et démocratie !

Et puis...

Le diable Tatfa 

à 19h30 à la Rotonde Place de la bataille de Stalingrad - comptez 40 minutes pour vous rendre au métro Stalingrad,

Meeting de lancement de la campagne européenne en Ile de France avec tous les candidats franciliens, et notamment Pascal Durand tête de liste francilien, Eva Joly, José Bové co-tête de liste européenne, Yannick Jadot, ...

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L'écologie aux Lilas et au Pré ...

Pour une restauration scolaire de qualité, durable, équitable, accessible aux Lilas

Les zadistes de Gonesse ont-ils raison de s’opposer à une gare en plein champ ?

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