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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 10:52

Partout en Europe, des travailleurs reprennent leur usine en faillite. Ils se sont retrouvés à Thessalonique pour échanger sur leur rêve d’égalité et de solidarité. Par Erwan Manac’h le 7 décembre 2016 pour Politis.

Thessalonique, nord de la Grèce. Quelques vieux sacs de gravats oubliés gisent sur des palettes noircies par le temps, à l’entrée de l’ancienne usine de matériaux de construction VioMe. Sur le sol et les murs, une fine poussière blanche. Des vestiges d’une autre vie, témoins depuis cinq ans d’une histoire inédite. Vingt-trois travailleurs ont repris l’ancienne usine désertée par le patron pour relancer une activité de détergents biologiques, en pariant sur la solidarité pour créer l’emploi qu’ils n’avaient aucun espoir de retrouver ailleurs.

C’est sous ces imposantes toitures en tôle que se sont tenues fin octobre les 2e rencontres euro--méditerranéennes de l’économie des travailleurs. Cinq cents ouvriers et militants de toute l’Europe se sont retrouvés pendant trois jours pour travailler à un rêve commun : reconstruire eux-mêmes, sur les déserts laissés par le capitalisme.

La crise de 2008 a vu fleurir en Europe les reprises d’usines, suivant la voie ouverte dans les années 2000 en Amérique latine. « Les coopératives de travailleurs ont fait leur grand retour, après avoir disparu du mouvement ouvrier à la fin du XIXe siècle », note Benoît Borrits [1], économiste français et animateur de l’association Autogestion.

Ces projets naissent le plus souvent à la suite d’une faillite imputable à des choix stratégiques douteux – voire tout simplement illégaux – des propriétaires de l’usine. Refusant de se résigner à perdre leur emploi, les ouvriers imaginent leur propre alternative en pariant sur la solidarité. C’est elle qui doit remplacer les leviers de l’économie capitaliste que sont la finance et la concurrence. Ainsi, les détergents biologiques fabriqués à VioMe n’ont pas la certification pour être commercialisés dans les circuits traditionnels, mais ils s’échangent dans des réseaux de solidarité qui, eux, ne connaissent ni frontières ni restrictions légales. « La logique de collaboration remplace celle du capital, de la fabrication à la distribution. Il s’agit d’humaniser et de repolitiser l’économie », s’enthousiasme Anthony Nicholas Prassoulis, chercheur canadien ayant étudié le cas de VioMe.

En Croatie, l’usine de machines à commandes numériques Itas a carrément créé son propre syndicat pour soutenir son projet de reprise. Il compte aujourd’hui 700 adhérents. En Italie, plusieurs projets grandissent avec une volonté encore plus affirmée de faire jouer la solidarité. Des coopératives sociales conçues pour embrasser tous les aspects de l’existence ont vu le jour après la crise. Ces « centres sociaux » adossés à un projet de production en autogestion cassent la distinction entre travail, loisir et bénévolat. Elles retissent le lien du travailleur avec la ville, le consommateur et le fournisseur. De son côté, le mouvement libertaire catalan imagine une « coopérative intégrale » qui instaure l’autogestion dans toutes les composantes de la vie sociale (logement, éducation, production, monnaie alternative, énergies propres). Il fédère aujourd’hui 2 000 membres [2].

Toutes ces initiatives ont pour point commun de renverser l’organisation du travail. Abandonnant la hiérarchie verticale pour l’autogestion. Préférant l’épanouissement personnel à la rationalisation de la production. Privilégiant les principes de solidarité et d’égalité, y compris salariale. « On a remis l’humain au cœur de l’usine. Il n’y a plus de concurrence entre nous. On prend plaisir à travailler avec ses camarades », témoigne Yves Baroni, ouvrier chez Scop-Ti, l’ex-usine des thés Éléphant qui a redémarré une activité sans patron en septembre 2015 (lire Politis n° 1407). Dans cette usine en passe de devenir l’emblème des coopératives en Europe, la cadence de travail a été ralentie, et les trois-huit ne sont plus qu’un mauvais souvenir.

De fil en aiguille, ces projets ont vocation à bouleverser toutes les composantes de l’économie. Une figure discrète incarne cette obsession et la partage dans les rangs du forum de Thessalonique : c’est Andrés Ruggeri, universitaire argentin et coordinateur du programme « Facultad Aberta ». Initiateur en 2006 des premières rencontres des usines récupérées d’Argentine, il a inspiré le rapprochement qui s’opère aujourd’hui entre les usines en Europe. « Nous ne pensions pas que cela continuerait. Or, aujourd’hui, nous comptons 370 usines récupérées en -Argentine », rapporte-t-il, convaincu qu’il faut faire converger les expériences pour aboutir à un véritable contre-modèle. Il en propose même le nom : « l’économie des travailleurs ». « L’auto-gestion est conçue comme une forme de résistance au travail indigne. Mais elle doit aussi être pensée comme une transition vers quelque chose de nouveau. Une alternative à l’économie capitaliste », détaille le chercheur et militant.

L’exemple argentin, dans un pays où l’arrivée d’un pouvoir néolibéral a considérablement affaibli le mouvement des usines récupérées, au point que nombre d’entre elles ont fermé depuis un an, montre aussi l’importance du combat politique. La plupart des usines récupérées restent en effet vulnérables face aux pouvoirs politiques. Ici pour un certificat, là pour un bail ou pour une autorisation à recevoir du public : l’administration a droit de vie ou de mort sur ces coopératives, encore considérées comme du parasitage.

C’est l’amère expérience qu’a faite Jugo-remedija, usine de médicaments serbe rachetée par ses ouvriers lors de la vague de privatisations qui a frappé le pays au début des années 2000. Elle a dû déposer le bilan en 2014, après un redémarrage de son activité, plombée par une décision de justice lui ordonnant d’indemniser l’ancien propriétaire des lieux. Les usines récupérées représentent donc des luttes nécessairement politiques. Leur pérennité et leur capacité à essaimer dépendent encore de l’élaboration d’un cadre juridique permettant, par exemple, la réquisition des usines lorsqu’un propriétaire déserte pour des raisons fallacieuses.

En France, où la tradition coopérative est foisonnante et déjà ancienne, se pose un autre type de problème. L’Hexagone recèle mille et une coopératives qui fonctionnent, avec un réseau de Scop (sociétés coopératives et participatives) déjà mûr. Un cinquième des emplois créés en 2015 dans le secteur coopératif venait de la reprise d’entreprises en difficulté par leurs salariés. Et ce modèle est viable ! Après cinq ans d’activité, 65 % des Scop sont pérennes, contre seulement 50 % pour l’ensemble des entreprises françaises (chiffres 2015).

 

Scop-Ti et la fabrique du sud : cause commune

Deux coopératives sœurs sont en train de se rapprocher dans le sud de la France. D’un côté, Scop-Ti, usine récupérée de thé et d’infusions, sise à Gémenos (Bouches-du-Rhône), qui commercialise les marques 1336 et Scop-Ti ; de l’autre, la Fabrique du sud et ses 23 salariés-coopérateurs, qui ont lancé depuis Carcassonne (Aude), en avril 2014, leur marque de glaces, La Belle Aude.

Les deux coopératives partagent l’ambition de produire à l’échelle industrielle des produits bio et de qualité, à destination notamment de la grande distribution.
La première vend surtout en hiver, la seconde ne vend quasiment qu’en été. Elles ont donc décidé de partager le coût de l’énorme travail de démarchage commercial nécessaire au référencement de leurs produits dans les supermarchés. « Ce sont des prémices, mais nous avons mis à l’essai une mutualisation de la force commerciale », explique Gérard Cazorla, du côté de Scop-Ti. « L’idée, à long terme, serait de créer une coopérative de commercialisation, voire des espaces de stockage et de vente en commun », détaille Michel Mas, de l’association « Les Amis de la Fabrique du sud », qui a soutenu le projet de reprise d’activité.

 

Mais l’exemple français montre aussi le risque que comporte une trop forte institutionnalisation_. Le mouvement grec qui accompagne les ouvriers de VioMe s’en méfie comme de la peste. « Nous ne voulons pas être cooptés par le pouvoir, car il tentera toujours de nous contrôler et de planifier notre activité selon les normes propres au capitalisme, comme la concurrence », tonne une militante du centre social autogéré Micropolis, installé dans un immeuble au cœur de Thessalonique.

« Les coopératives qui embrassent l’esprit capitaliste finissent par échouer, renchérit Benoît Borrits. Nous arrivons à la limite de la forme légale et juridique du débat abordé ces derniers siècles. » Pour s’en préserver, Micropolis veut croire aux vertus de la démocratie directe, seule à même, selon les porteurs du projet, de sauvegarder son ambition d’« œuvrer à un monde solidaire ».

Se pose alors un ultime défi, comme l’ont montré des décennies d’expérience. Celui de la transmission de l’esprit et plus encore de la propriété de l’entreprise. Les nouveaux embauchés doivent-ils devenir coopérateurs ? Ont-ils seulement les moyens d’en -acheter une part ? Partagent-ils l’aspiration à l’autogestion et à l’égalité salariale ?

Au Margin, restaurant végane et coopératif installé à Varsovie, l’activité s’organise sans structure hiérarchique, et toutes les décisions sont prises à l’unanimité. « Cela ne nous posait aucun problème jusqu’au jour où des non-coopérateurs nous ont rejoints », pointe Marrec Golonka. Au regard de la fragilité économique de la coopérative, les nouveaux arrivants – qui représentent aujourd’hui la moitié des salariés – ne souhaitent pas y prendre de participation. Ce panachage risque de transformer peu à peu la coopérative en entreprise classique, certes contrôlée par une minorité de coopérateurs. Au Margin comme partout ailleurs, c’est la pérennité du projet autogestionnaire et sa capacité à essaimer à plus grande échelle qui sont compromises.

Mais cela ne refroidit pas Emina Busuladzic. Emmitouflée dans une polaire à capuche pour se protéger du vent glacial qui siffle entre les hangars, la coopératrice de l’usine de détergents industriels Dita, en République serbe de Bosnie, vit un rêve vibrant. Celui de voir converger toutes ces initiatives, pour rompre leur isolement et leur donner de la force. « Nous devons nous regrouper, travailler ensemble pour avancer vers une nouvelle internationale », proclame Emina.

C’est ce qu’ont esquissé concrètement les travailleurs réunis à Thessalonique dans une assemblée commune, au cours de laquelle ont émergé deux grandes idées. Tout d’abord, la mise en place d’un réseau d’usines récupérées pour en distribuer les produits, -partager les expériences ou s’entraider. Plusieurs -initiatives ont vu le jour. L’union syndicale Solidaires, qui a réamorcé un travail sur l’idée auto-gestionnaire depuis 2012, a notamment envoyé des délégations sur les routes -d’Europe et tisse un lien avec une soixantaine d’organisations syndicales intéressées par ce renouveau. Deuxième idée : la création d’un fonds de soutien pour venir en aide aux projets de reprise d’usine. Car l’argent reste un obstacle majeur à la reprise d’une usine. C’est aussi la conclusion du mouvement coopératif traditionnel, qui concentre aujourd’hui ses efforts pour élaborer un système bancaire alternatif.

Les discussions n’ont pas été simples, au cours de l’assemblée générale de clôture du dimanche après-midi. Fatigués par trois jours de débats, écouteurs vissés sur les oreilles pour entendre les traductions en toutes les langues, les travailleurs sont partagés entre des sentiments contradictoires et un brin d’incompréhension. « Nous pensions que la procédure était prête pour prendre une décision ; malheureusement, les travailleurs ne sont pas assez mûrs », s’impatiente Makis, de l’usine VioMe.

Ce mouvement, neuf, est certes encore balbutiant. Beaucoup d’usines récupérées en sont encore au stade de la lutte, aux prises avec d’énormes difficultés pour pouvoir seulement exister. Il dessine en revanche une nouvelle forme de combat politique, capable d’écrire une page inédite pour la gauche alternative.

[1] Auteur de Coopératives contre capitalisme, Syllepse, 2015 (lire l’article de Thierry Brun paru dans le n° 1377 de Politis).

[2] Rébellion et désobéissance, la Coopérative intégrale catalane, Emmanuel Daniel, éd. Ateliers Henry Dougier, 2016.

Le renoncement de Florange

François Hollande avait affiché des ambitions pour aider les reprises d’usine, mais son bilan reste décevant.

Février 2012. François Hollande, candidat à la présidentielle, grimpe sur une camionnette devant les hauts--fourneaux d’Arcelor Mittal, à Florange (Lorraine). Devant les ouvriers de l’usine menacée de fermeture, il lance une promesse : les « grandes firmes » qui veulent fermer une usine seront obligées de la céder à un repreneur éventuel.

La promesse de Florange est transcrite deux ans plus tard dans le droit français, sous une forme bien moins contraignante que prévu. Le propriétaire de l’usine est tenu de chercher un repreneur, mais l’amende, s’il ignore cette obligation, est peu dissuasive (28 600 euros au maximum). Il revient par -ailleurs au propriétaire de l’usine, et à personne d’autre, de choisir finalement s’il vend ou non son unité de production. Et cette obligation ne concerne que les entreprises appartenant à un groupe de plus de mille salariés.

« L’exemple le plus criant des lacunes de ce système, c’est la papeterie de Docelles, dans les Vosges », note Benoît Borrits, économiste et spécialiste des coopératives ouvrières. Elle a été fermée en 2014, alors qu’une partie de ses 161 employés avait réuni trois millions d’euros pour reprendre l’usine. « Le groupe finlandais UPM a refusé de la céder, arguant que le prix était trop faible, et a préféré la laisser pourrir », regrette-t-il.

Les socialistes avaient également promis, en 2012, la création d’un « droit de préférence » donnant la primeur aux salariés en cas d’égalité entre plusieurs offres de reprise. Mais l’idée a fini par être abandonnée, au profit d’un simple « droit d’information », inscrit dans la loi Hamon sur l’économie sociale et solidaire.

Les reprises d’usines ont par ailleurs été considérablement freinées par la loi de juin 2013, issue de l’accord national interprofessionnel (ANI). « Les plans de sauvegarde de l’emploi [PSE] passent directement au tribunal administratif. Il n’y a plus de contestation possible devant les tribunaux d’instance, relève Benoît Borrits. Or, cela peut être déterminant. Dans le cas de l’ex-usine Fralib, par exemple, il a fallu trois ans et demi et le rejet de trois PSE successifs par les tribunaux pour qu’un accord soit finalement négocié et que l’usine puisse redémarrer en coopérative. »

Le cas récent de l’usine de barquettes en aluminium Ecopla, en Isère, a aussi démontré que les tribunaux préfèrent arbitrer en faveur des créanciers, lorsqu’une entreprise endettée est liquidée, plutôt que de faire confiance au projet de reprise des salariés. Les 77 employés du site industriel avaient pourtant recueilli trois millions d’euros pour relancer la production en coopérative. Mais le tribunal de commerce de Grenoble a préféré céder les machines au concurrent italien Cuki Cofresco, qui alignait, lui, 1,5 million d’euros et la promesse de rembourser les dettes. Il récupérerait ainsi les machines, abandonnant les salariés au guichet de Pôle emploi. Dans cette affaire, seul un appel du parquet aurait permis de relancer le dossier judiciaire, en octobre. Il a cruellement manqué.

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 09:24

Composés d’ingrédients recombinés au point qu’on ne reconnaît plus l’aliment d’origine, les produits ultra-transformés sont pauvres en micronutriments et participent au développement de maladies chroniques. L’auteur de cette tribune s’alarme que ces produits soient aujourd’hui consommés massivement, notamment par les classes défavorisées. Par Anthony Fardet, chercheur en alimentation préventive et holistique, pour Reporterre le 29 novembre 2016.

Nous mangeons trop de produits ultra-transformés

Les produits ultra-transformés ont envahi nos rayons de supermarché, les fast-foods, les distributeurs et autres points chauds de restauration dans la rue. On estime même qu’ils pourraient constituer plus de 80 % des aliments emballés en supermarchés [1]. On peut par exemple citer les barres chocolatées, les desserts lactés, les céréales du petit-déjeuner pour enfants, les jus de fruits reconstitués, les pizzas préparées, etc. S’il faut reconnaître que ces produits jouent un rôle social et peuvent trouver une utilité dans certaines situations de la vie courante (repas sur le pouce, confiseries, repas festifs…), ils posent un sérieux problème de santé publique quand ils deviennent la base de notre alimentation.

Il est difficile de dire exactement quand les produits ultra-transformés sont apparus dans les rayons, probablement leur apparition massive date des années 1980. Ils n’ont été définis précisément que très récemment par la communauté scientifique. Les épidémiologistes de l’université de Sao Paulo ont notamment retenu plusieurs critères [2] :

  1. « Formulations industrielles réalisées à partir typiquement de cinq ingrédients ou plus d’ingrédients » ;

  2. « Le but des divers additifs et ingrédients est d’imiter les qualités sensorielles des aliments pas ou peu transformés et des préparations culinaires réalisées à partir de ces aliments, ou de masquer les qualités sensorielles indésirables des produits finaux » ;

  3. « L’objectif principal de l’ultra-transformation industrielle est donc de créer des produits qui sont prêts à l’emploi ou à être chauffés, remplaçant à la fois les aliments pas ou peu transformés qui sont naturellement prêts à être consommés, tels que les fruits et fruits à coque, le lait et l’eau, les boissons, plats, desserts et repas fraîchement préparés. Les attributs communs des produits ultra-transformés sont l’hyper-palatabilité [3], des emballages sophistiqués et attrayants, des allégations santé, une forte rentabilité, et ils appartiennent généralement à de grandes marques de compagnies transnationales ».

Bref, pour nous, consommateurs il suffit de connaître les règles suivantes pour reconnaître un produit ultra-transformé :

  • Ce sont les seuls à contenir une longue liste d’ingrédients (généralement plus de 5) — comme les huiles hydrogénées, le gluten, les protéines hydrolysées, les isolats de protéines de soja, les maltodextrines, le sucre inverti (mélange équimolaire de glucose et de fructose obtenu par hydrolyse du saccharose), lécithine de soja, amidon de riz et/ou du sirop de glucose pour n’en citer que quelques-uns ;

  • Ce sont des produits artificiels fabriqués par l’homme à partir d’une recombinaison d’ingrédients : ces aliments ne sont donc pas fournis en tant que tel par la nature et leur matrice n’est plus naturelle ;

  • Ce sont des aliments tellement raffinés qu’on ne reconnaît plus l’aliment d’origine.

Les barres chocolatées sont des produits hyper-transformés.

Les barres chocolatées sont des produits hyper-transformés.

Par exemple, les barres chocolatées des distributeurs automatiques sont des aliments ultra-transformés : il n’existe pas d’élevage ou de culture de Mars ! Pareils pour les sodas. Mais même un yaourt nature contenant des colorants ou du pain avec des émulsifiants peuvent être considérés comme des aliments ultra-transformés, selon ces chercheurs.

Plus pauvres en micronutriments protecteurs et riches en énergie 

Même s’ils sont décriés et en partie responsables de l’augmentation de la prévalence des maladies chroniques lorsque consommés en trop grande quantité, ils ont une place utile dans l’offre alimentaire. On en revient toujours au sacro-saint adage : « Le poison est dans la dose. »

Ces aliments peuvent jouer un rôle dans des marchés de niche, comme les friandises, les pâtisseries, les aliments à destination clinique, les rations de survie ou pour l’effort (armée, sport…) ou, pourquoi pas, l’alimentation dans l’espace, autant de situations, sportives, festives, pathologiques…, où les aliments ultra-transformés peuvent vraiment être utiles. Le problème, c’est qu’aujourd’hui ils ne sont pas des produits de niche mais de consommation courante au point de constituer plus de 50 % de l’apport calorique dans de nombreux pays, surtout dans les grandes villes.

Or, ils sont souvent plus pauvres en micronutriments protecteurs et riches en énergie (calories) provenant des sucres, matières grasses (ajoutées) notamment. C’est pourquoi certains scientifiques parlent de calories « vides », donc vides de micronutriments !

Une étude brésilienne [4] a montré qu’au-delà de 13 % de calories quotidiennes provenant des produits ultra-transformés, le risque d’obésité commence à augmenter significativement. Il n’est donc pas exagéré de conseiller de ne pas dépasser 1 calorie sur 6 en provenance des produits ultra-transformés, et non 1 sur deux comme cela tend à devenir le cas dans les pays occidentalisés, notamment anglo-saxons, la France semblant mieux résister que d’autres pays européens — sans doute en raison de sa tradition culinaire.

Le symbole de la pensée réductionniste occidentale 

En outre, des études récentes [5] montrent très clairement que les produits ultra-transformés sont moins rassasiants et plus hyperglycémiants [6] que les produits pas, peu ou normalement transformés. Pourquoi ? Car leur texture est différente, souvent plus molle ou moins dure et qu’ils sont consommés en solitaire, deux conditions qui sont associées à moins de mastication ; et qui dit moins de mastication dit un temps trop court pour bien stimuler les hormones de satiété [7].

On l’aura compris, il ne s’agit bien évidemment pas de pointer du doigt la transformation mais plutôt l’ultra-transformation excessive des aliments complexes d’origine. Les aliments ultra-transformés ont le droit d’exister, ne serait-ce que parce qu’ils participent du besoin de créativité de l’homme ; mais le problème, c’est qu’aujourd’hui, comme ils sont vendus en masse, ils sont peu chers à produire, peu chers à la vente et sont donc davantage consommés par les classes défavorisées. Pas étonnant alors qu’elles soient davantage touchées par l’obésité !

Les produits ultra-transformés sont le symbole de la pensée réductionniste occidentale qui tend à fractionner la réalité en entités isolées pour mieux l’étudier. Si les aliments ne sont qu’une somme de nutriments alors pourquoi ne pas fractionner les aliments puis recombiner les ingrédients dans des combinaisons infinies ? C’est pourtant oublier que le tout est supérieur à la somme des parties (2 > 1+1, ou synergie). Revenir à une vision plus holistique, c’est donc moins fractionner l’aliment et lui appliquer des traitements technologiques moins drastiques. Pourrait-on alors parler de « respect de l’aliment » ou de « bien-être de l’aliment » ? À trop vouloir détruire l’harmonie naturelle des choses de la nature on finit par détruire notre propre fonctionnement harmonique, ce que l’on appelle la santé !

[1] Luiten, C. M., I. H. Steenhuis, et al. (2016). « Ultra-processed foods have the worst nutrient profile, yet they are the most available packaged products in a sample of New Zealand supermarkets », Public Health Nutr 19(3) : 530-538.

[2] Monteiro, C., G. Cannon, et al. (2016). « The star shines bright » World Nutrition 7(1-3) : 28-38.

[3] La palatabilité est la caractéristique de la texture des aliments agréables au palais ; elle intervient dans le plaisir alimentaire. L’hyper-palatibilité est donc le fait d’enrichir l’aliment en sucre, sel et gras pour accentuer encore plus le plaisir.

[4] Louzada, M.L., Baraldi, L.G., Steele, E.M. et al. « Consumption of ultra-processed foods and obesity in Brazilian adolescents and adults », 2015, Prev Med 81:9-15.

[5] Fardet, A. « Minimally processed foods are more satiating and less hyperglycemic than ultra-processed foods : a preliminary study with 98 ready-to-eat foods », 2016, Food & Function 7:2338–46.

[6] Qui augmente le niveau de glucose sanguin (ou glycémie).

[7] Voir aussi pour plus de détails : Chambers, L. « Food texture and the satiety cascade », 2016, Nutrition Bulletin 41:277-82.

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 18:11

Grâce au numérique, la « civic-tech » veut impulser une autre façon de prendre part au débat politique, plus horizontale et plus participative. Doux rêve ou réelle vision citoyenne ? Par Julia Gualtieri pour Politis le 7 décembre 2016.

A Nuit debout, les outils numériques ont permis de relier rapidement différents acteurs.

A Nuit debout, les outils numériques ont permis de relier rapidement différents acteurs.

L’univers numérique a un nouveau dada : « les civic-tech ». Derrière ce néologisme se cacherait le moyen de renouveler notre démocratie en crise, de faire sa « mise à jour » et de la rendre plus interactive. Ces « technologies civiques », en bon français, ce sont par exemple les primaires citoyennes organisées par Primaire.org, qui entamera du 15 au 31 décembre le second tour de l’élection de son « candidat citoyen », avec presque autant de participants que la primaire écolo. Mais ce sont aussi des sites de contribution aux projets législatifs, à l’instar du site Parlement & Citoyens, ou encore des espaces de débat et de d’échanges tels que DemocracyOS.

La liste est encore longue : interpeller les élus avec le « PiPhone » de la Quadrature du Net, un outil de campagne téléphonique, ou mobiliser grâce au mastodonte qu’est devenu Change.org, avec ses sept millions de Français signataires, donner de son temps avec -Fullmob, un outil de « crowd-timing » … Autant dire que le registre des « civic-tech » est plutôt disparate. Avec cependant un point commun : se servir des technologies pour interroger la démocratie et proposer aux citoyens de participer en continu pour influer collectivement sur la sphère publique et politique. Un brin ambitieux ? « Les civic-tech portent un fort potentiel de transformation démocratique », estime le professeur de science politique Loïc Blondiaux.

La transformation est donc en marche ? Difficile de répondre simplement, vu la diversité des initiatives, qui n’ont pas toutes les mêmes ambitions. En comparaison de certaines tentatives institutionnelles, les civic-tech semblent bien plus efficaces pour mobiliser les citoyens. Le sociologue Dominique Cardon cite un exemple « un peu méchant », de son propre aveu. En 2013, l’Union européenne organisait une consultation publique sur la pêche en eaux profondes. Au même moment, la dessinatrice Pénélope Bagieu publie une bande dessinée accompagnée d’une pétition sur le même sujet. Résultats : 16 contributions pour la consultation contre 600 000 signatures pour la BD.

Illustration de la paresse supposée du citoyen ou réelle performance pétitionnaire ? Signer est en effet facile… et demande moins d’engagement que de se frotter aux CRS. Ainsi, les sujets qui mobilisent suscitent davantage de réactions émotionnelles que d’analyses réfléchies, favorisant ainsi une forme de démocratie d’opinion. Mais, selon Clément Mabi, chercheur à l’université de Compiègne et membre du collectif Démocratie ouverte, si les pétitions sont critiquables, il ne faut pas les sous-estimer. Simples et populaires, elles créent du débat public, « peut-être même plus que pas mal d’associations actuellement » et elles sont surtout les seules à permettre de décloisonner les publics.

Toutefois, en dépit du réel succès de ces pétitions, l’ensemble des civic-tech est loin d’avoir trouvé son public. Jean Massiet, créateur de la chaîne Accropolis, qui permet de commenter en direct les séances parlementaires, ne s’en formalise pas : « Avec mes 5 000 abonnés, je suis peut-être bien loin des YouTubeurs humoristes, mais j’ai une communauté fidèle, avec une vraie proximité. » L’enjeu des civic-tech, ouvrir la participation citoyenne, reste donc un vaste chantier. À l’inverse des moyens de démocratie participative traditionnelle, comme les conseils de quartier, les technologies civiques parviennent à attirer un public jeune, considéré comme éloigné de la participation politique, mais qui n’est pas pour autant plus représentatif de la population dans son ensemble.

À la mairie de Schiltigheim, dans le Bas-Rhin, -Laurent Py, le directeur des services techniques, en a fait le constat. L’installation de l’application Tell My City, qui recueille les doléances des citoyens, n’a pas permis de diversifier les publics. Selon un sondage réalisé auprès d’élus en mars 2016 par le think tank Décider ensemble, seul un tiers des municipalités ayant déployé ce type d’applications estime toucher des publics nouveaux. « Nombreux sont ceux qui n’ont pas accès au numérique ou n’ont ni les connaissances ni le temps nécessaire pour s’en emparer », analyse Clément Mabi. À l’évidence, les outils seuls ne peuvent activer l’engagement citoyen dans la sphère publique.

Stéphanie Wojcik, chercheuse en sciences de l’information et de la communication, relève une autre faiblesse. En dépit des discours, la collaboration collective est souvent la grande absente de ces initiatives : les civic-tech font le plus souvent dans la compilation de propositions, dans la vérification des programmes (fact-checking) ou dans le signalement, comme avec Tell My City. « En fin de compte, la dynamique est plus individuelle que collective, on évite de se demander comment débattre collectivement, comment faire pour que les gens s’écoutent et construisent ensemble. »

Un regret que partage Pierre, de la commission numérique de Nuit debout : « Il nous manque des outils qui s’inscrivent dans des dynamiques de délibération, de partage des compétences, et pas seulement dans la possibilité de donner son opinion. » Un réseau social local a cependant séduit la commission : Communecter, qui relie tous les acteurs d’une commune, des citoyens aux syndicats, des associations aux entreprises. Car, sans ce contact direct, les civic-tech risquent de « virtualiser un phénomène qui n’existe pas », précise Pierre.

Même avis du côté de Clément Mabi : « Ce qui m’intéresse, ce sont moins les créations de civic-tech que la façon dont elles peuvent venir servir d’autres luttes. » Une perspective qui est loin d’être partagée, sans pour autant être écartée. Pour le chercheur, les civic-tech se trouvent à un tournant : « Serons-nous dans une démocratie participative d’élevage, qui ne bouscule pas trop, ou dans une logique de transformation réelle ? » Rien n’est encore gagné. D’autre part, la civic-tech pourrait-elle se doter d’un projet politique ? Stéphanie Wojcik trouve, dans l’ensemble, les initiatives assez consensuelles : « Les acteurs d’aujourd’hui sont loin des utopies d’Internet des années 1980-1990, du rêve d’une démocratie directe et sans intermédiaire, de la volonté de faire des référendums permanents. »

Pour le moment, la tendance est plutôt de mieux faire fonctionner la démocratie représentative que de remettre en cause son fonctionnement ou le pouvoir décisionnel. D’abord parce que, en matière de décision et de mise en œuvre, les civic-tech restent dépendantes des institutions. Ensuite parce qu’une partie des outils est vendue à ces institutions. C’est le cas de la plupart des applications destinées aux communes. « Pour certains, dont je fais partie, explique Pierre, la civic-tech a été récupérée par des acteurs qui y voient avant tout un business. »

Stéphanie Wojcik acquiesce. « Depuis les campagnes de profiling américaines, il y a une forme de monétisation de la participation et des professionnels spécialisés. » Les sites de pétitions en sont les héritiers directs. Avaaz est une ONG, mais Change.org est une entreprise dont les revenus reposent sur la récupération de données, utilisées ensuite pour vendre des campagnes ciblées. Impossible toutefois de savoir exactement ce qu’engrange l’entreprise, car ses comptes ne sont pas publiés.

Il ne faudrait toutefois pas limiter la portée de civic-tech à ces « entrepreneurs de la participation ». De nombreuses initiatives vivent de crowdfunding et parfois de subventions… venues de Google. « Ce sont les seuls à donner de l’argent », relève Jean Massiet, d’Accropolis, quelque peu contrarié que le gouvernement, toujours prompt à saluer le travail de la civic-tech pour redorer son propre blason, n’ait pas encore créé une fondation, contrairement à d’autres pays d’Europe. La France s’apprête pourtant à accueillir, du 7 au 9 décembre, le 4e Sommet mondial du Partenariat pour un gouvernement ouvert, lequel regroupe 70 États et des organisations de la société civile agissant pour « la transparence, la participation citoyenne et l’innovation démocratique ».

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 09:46

La production agricole locale et bio augmente en Île-de-France. Pourtant, expliquent les auteurs de cette tribune, l’exécutif régional Les Républicains a réduit drastiquement les financements alloués à ces structures, au risque de briser cette dynamique.

  • Grande soupe musette jeudi 15 décembre 2016, dès 18 h, devant le conseil régional,

Pour Reporterre le 7 décembre 2016 par Maud Granger Remy, membre d’une Amap à Paris et Florent Sebban, paysan en Amap à Pussay. Ils coprésident le Réseau Amap Île-de-France. Amap désigne une Association pour le maintien d’une agriculture paysanne, comme La courgette solidaire, La tomate solidaire... aux Lilas, Le PréVert et La marmite sauvage au Pré Saint-Gervais.

extrait de « Découverte des circuits agricoles courts en Île-de-France »

extrait de « Découverte des circuits agricoles courts en Île-de-France »

Malgré les réserves formulées par une grande partie des groupes politiques représentés au conseil régional de la région Île-de-France (PS, EELV, Front de gauche, Modem, UDI), la majorité (Les Républicains) a décidé mercredi 16 novembre de réduire drastiquement les financements attribués aux structures historiques d’accompagnement de l’agriculture biologique. Ainsi, les financements alloués par la région au Réseau Amap Île-de-France diminuent de 35 %, ceux alloués au Groupement des agriculteurs biologiques de 30 %, quand les subventions destinées à Terre de liens et à la couveuse d’activités agricoles les Champs des possibles sont tout simplement réduites à néant. D’un autre côté, les financements pour l’agriculture biologique destinés aux chambres d’agriculture, pourtant rarement identifiées comme les avocats de la bio, augmentent de 318 %.

Cette décision très soudaine est assez compliquée à comprendre. Le fait qu’un mouvement similaire de transfert du pilotage de l’agriculture biologique des structures citoyennes aux chambres d’agriculture soit en cours en région Auvergne – Rhônes-Alpes ne suffit pas à l’expliquer.

Essayons de comprendre les conséquences que cette décision va entraîner.

Aujourd’hui, l’Île-de-France est une région où la consommation de produits issus de l’agriculture biologique est supérieure à la moyenne nationale et où elle ne cesse d’augmenter (57 % des Franciliens déclarent acheter des produits bio au moins une fois par mois). Par ailleurs, l’agriculture biologique constitue un véritable vivier d’emplois et une vraie opportunité de développement économique local. Toutefois, malgré un réel décollage ces dernières années, les surfaces cultivées en bio (2 %) restent bien inférieures à la moyenne nationale (6 %). Avec près de 300 fermes engagées en mode de production biologique fin 2016, l’agriculture francilienne ne parvient que très partiellement à répondre à cette demande.

Le développement d’une agriculture citoyenne répondant réellement aux attentes sociétales 

Le développement de la production agricole locale et bio est donc essentiel. L’État et la région Île-de-France se sont d’ailleurs mis d’accord sur un Plan bio 2014-2020 qui vise à « doubler les surfaces bio d’ici 2017 et les tripler d’ici 2020, dynamiser les conversions, en maintenant un objectif de 10 à 15 installations en agriculture biologique par an, développer les outils de structuration collective de filières pour soutenir le développement des produits bio locaux, et encourager l’introduction de produits locaux, en particulier issus de l’agriculture biologique, dans la restauration collective ».

En Ile-de-France, Les Républicains asphyxient l’agriculture biologique - Grande soupe musette au Conseil régional jeudi 15 décembre 2016 dès 18 h

Dans le même temps, de très nombreux candidat(e)s à l’installation en agriculture biologique tapent aux portes de la Région. Ils ont des profils très diversifiés. Certains sont issus de familles agricoles, mais souhaitent faire évoluer leurs fermes, d’autres n’ont pas de parents agriculteurs et cherchent à reprendre ou à créer des fermes. Ces candidats ont chacun(e) leurs particularités. Si l’on souhaite les accompagner pour développer l’offre francilienne en produits bio, il faut s’adapter à leurs profils.

C’est précisément ce que les structures de l’agriculture citoyenne ont su faire au sein du pôle Abiosol [1], et ce que les chambres d’agriculture connaissent moins, car elles n’accompagnent que très peu de candidats « hors-cadre familial ». De plus l’union des consommateurs et des producteurs au sein de ces structures permet le développement d’une agriculture citoyenne répondant réellement aux attentes sociétales, aussi bien des futurs paysans que de ceux qui les soutiennent. Ce partenariat est essentiel : les futurs paysans se sentent intégrés dans un réseau solide, ouvert et accueillant qui les aide à sauter le pas, les citoyens qui financent les installations se sentent investis par leur responsabilité et sensibilisés par ce rapport de proximité avec les producteurs et les porteurs de projets.

Ainsi, les structures du pôle Abiosol, soutenues par la Région, ont permis, depuis leur création en 2009, d’accompagner l’installation de 89 nouveaux paysans bio, de former 250 paysans et candidats à l’installation aux techniques de production biologique, de permettre à 40.000 Franciliens(ne)s d’établir des partenariats avec 95 producteurs de la région, d’offrir à 40 entrepreneurs à l’essai l’opportunité de tester leurs projets sur des fermes franciliennes, ou encore d’acquérir sept fermes biologiques avec le concours de l’épargne citoyenne.

L’implication citoyenne est un atout pour l’agriculture 

Le doublement des surfaces en bio intervenu en Île-de-France entre 2009 et 2015 est une conséquence directe des actions menées par les membres du pôle Abiosol. Ceci démontre que l’implication citoyenne est un atout pour l’agriculture ! Il serait absurde d’y mettre un terme en décidant du jour au lendemain que les structures citoyennes ne doivent plus se mêler de l’agriculture biologique. Les chambres d’agriculture ont bien entendu un rôle à jouer, mais elles ne pourront répondre seules aux attentes des nouveaux paysans.

C’est pourquoi les citoyens franciliens sont appelés à se mobiliser pour affirmer la nécessité de faire émerger une agriculture biologique, paysanne et citoyenne en Île-de-France. Les structures du pôle Abiosol ont lancé un appel dans ce sens.

Les Franciliens pourront également manifester leur joie et leur envie de manger bio et solidaire en participant à une grande soupe musette ce jeudi 15 décembre, dès 18 h, devant le conseil régional. Ce sera l’occasion de danser, de chanter et de festoyer pour l’agriculture biologique, paysanne et citoyenne, et d’interpeller l’exécutif régional, alors que les conseillers régionaux seront en plein débat sur le budget 2017.

[1] Le pôle Abiosol est composé des organismes suivants : Réseau AMAP IDF, Les Champs Des Possibles, Terre de Liens IDF, le Groupement des Agriculteurs Biologiques IDF

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 18:36

Matignon évoque le contentieux européen en cours et l’indisponibilité des forces de l’ordre, mais assure qu’il ne s’agit pas d’un abandon du projet d’aéroport. Par Rémi Barroux le 10 décembre 2016 pour Le Monde.

Le gouvernement repousse l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes

Contrairement à ce qu’avait annoncé à de nombreuses reprises Manuel Valls, alors premier ministre, la « zone à défendre » (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) ne sera pas évacuée à l’automne. Ni même probablement durant l’hiver. Et sans doute pas avant la fin du quinquennat. Vendredi 9 décembre, les services de Matignon ont confirmé le report de toute intervention des forces de l’ordre dans le bocage nantais.

Les centaines d’occupants de la ZAD, militants écologistes et anticapitalistes, agriculteurs, qui luttent contre le projet de transfert de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique vers le bourg de Notre-Dame-des-Landes, à une vingtaine de kilomètres au nord de Nantes, devraient passer les fêtes de fin d’année tranquilles.

Nommé premier ministre en remplacement de M. Valls, désormais candidat à la primaire de la gauche, Bernard Cazeneuve n’entend pas mettre à exécution la menace de son prédécesseur, reprenant ce qu’il expliquait déjà, alors ministre de l’intérieur : évacuer les zadistes pour démarrer le chantier n’est pas une priorité.

Le report provoque une grande colère chez les partisans du transfert de l’actuel aéroport. Ils espéraient que le gouvernement traduirait sur le terrain le résultat de la consultation locale du 26 juin, proposée par le chef de l’État, qui avait donné 55,17 % des voix en faveur de ce projet, ancien de plus de cinquante ans.

« Si ces informations se révèlent exactes, cela représente un véritable parjure de la part de l’État qui, il y a encore quelques semaines, nous promettait une évacuation rapide de la ZAD », a déclaré Alain Mustière, le président de l’association Des ailes pour l’Ouest, colonne vertébrale des pro-aéroport.

Contentieux européen

Mais le chef du gouvernement a changé et Manuel Valls, possible futur candidat à l’élection présidentielle, se voit désavoué. Pour autant, M. Cazeneuve ne va pas jusqu’à évoquer l’abandon. Et personne, au gouvernement, ne propose l’abrogation de la déclaration d’utilité publique de 2008, seul moyen selon les opposants de mettre un coup d’arrêt au projet.

« Le projet d’aéroport n’est pas abandonné, mais une telle opération, l’évacuation de la zone, se prépare dans des conditions qui doivent être sécurisées, à la fois sur le plan juridique et sur le plan opérationnel », a précisé au Monde un proche du premier ministre.

Et d’évoquer le contentieux avec la Commission européenne, qui a reproché à la France, en avril 2014, de n’avoir pas respecté la réglementation concernant les effets cumulés de plusieurs chantiers. Les autorités, par le biais du nouveau schéma de cohérence territoriale (SCOT) de Nantes-Saint-Nazaire, devaient répondre à l’Europe.

La commission d’enquête publique qui a rendu un avis favorable sur le SCOT a toutefois précisé qu’il fallait encore réaliser l’évaluation de l’impact d’ensemble de ce projet et des chantiers connexes, ainsi qu’améliorer l’analyse et la présentation des mesures d’évitement, de réduction et de compensation. Le schéma doit être voté par les élus de la métropole nantaise le 19 décembre. Mais ce document est susceptible de nouveaux recours devant la justice. Les opposants disposeront d’un délai de deux mois pour le contester.

La décision européenne sur les corrections françaises ne devrait donc pas intervenir tout de suite. « Soit on continue avec la procédure d’infraction, soit on considère que tout est réglé », précise Enrico Brivio, porte-parole du commissaire européen chargé de l’environnement.

Indisponibilité des forces de l’ordre

L’autre condition évoquée par Matignon, la faisabilité en toute sécurité de l’opération, est loin d’être remplie. « La disponibilité des forces de l’ordre, avec la reconduction de l’état d’urgence, la menace terroriste et le plan Vigipirate renforcé, la surveillance des frontières, le dossier de Calais [Pas-de-Calais], la période des fêtes avec les marchés de Noël, les grands magasins et les lieux touristiques, ne permet pas d’envisager cette opération à haut risque », avance-t-on à Matignon.

Le nouveau ministre de l’intérieur, Bruno Le Roux, ne devrait pas dire le contraire. Même si, en octobre, alors chef de file des députés du Parti socialiste (PS), il avait vivement critiqué Ségolène Royal qui avait suggéré d’« arrêter les frais » sur Notre-Dame-des-Landes.

La ministre de l’environnement peut, elle, se satisfaire de la nouvelle orientation gouvernementale. « Il est inutile d’exacerber les tensions et de faire prendre des risques aux gendarmes mobiles. Le contentieux n’est pas terminé. Et les élus locaux doivent prendre leurs responsabilités sans renvoyer à l’État les conséquences de leur choix », a confié au Monde Mme Royal, qui plaide pour l’étude d’une alternative au projet, avec le réaménagement de l’actuel aéroport Nantes-Atlantique.

Le report, voire l’annulation, de toute intervention pour évacuer la ZAD – cette opération à quelques semaines de l’élection présidentielle paraissant improbable –, est une « claque pour la démocratie », selon l’actuel président (Les Républicains) de la région Pays de la Loire, Bruno Retailleau. « Au nom d’un prétendu contentieux européen, l’évacuation de la ZAD serait impossible. Je suis scandalisé, pas seulement de ne pas avoir été prévenu, (…) je suis scandalisé par le mensonge. Une fois de plus, Bruxelles, l’Europe, n’est qu’un alibi. C’est faux et c’est archi-faux », s’est emporté l’élu.

Très proche du candidat de la droite à l’élection présidentielle, Bruno Retailleau assure que « François Fillon fera respecter l’autorité de la loi et de l’Etat » à Notre-Dame-des-Landes, s’il est élu.

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 12:15

Après Incinérateur d’Ivry : un grand projet inutile et polluant aux portes de Paris - rassemblement vendredi 9 décembre, on y était hier matin, alors que commençait le Conseil du SYCTOM, afin de mettre un maximum de pression sur les élus tentés de faire un beau cadeau (durable pour le coup) à Veolia, de quelques milliards, une mobilisation des citoyens (dont beaucoup d'adhérents d'EELV) engagés dans le Plan B'OM http://www.planbom.org/ pour les ordures ménagères.

Faute d'avoir pu rester devant l'entrée de la rue Lobeau, à l'arrière de l'Hôtel de ville de Paris, sous la pression policière, nous nous sommes repliés sur le parvis de l'Hôtel de ville, bien encadrés par une petite compagnie de CRS, qui auraient pu être bien plus utile en allant coller des PV aux automobilistes ne respectant pas les consignes de circulation alternée ! Quelques images...
Mobilisation contre l'incinération - Ivry avant Romainville le 13 décembre 19h
Mobilisation contre l'incinération - Ivry avant Romainville le 13 décembre 19h
Mobilisation contre l'incinération - Ivry avant Romainville le 13 décembre 19h
Ma pomme, Pierre Stoeber et Dominique Busson - le futur candidat aux élections législatives pour EELV en mai 2017 sur la circonscription 93-9 du Pré Saint-Gervais à Bondy en passant par Les Lilas, Romainville et Noisy-le-Sec (en père Noël).
 
En attendant de nous mobiliser contre le projet d'incinérateur à Romainville... on vous attend mardi 13 décembre à 19h à l'Hôtel du territoire Est Ensemble, 100 avenue Gaston Roussel, à Romainville !
Didier Delpeyrou
Mobilisation contre l'incinération - Ivry avant Romainville le 13 décembre 19h
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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 09:08

Le nouveau président des États-Unis veut relancer la houille. Un défi qui laisse les analystes très sceptiques, alors que le coût des énergies renouvelables baisse rapidement partout dans le monde. Par Patrick Piro le 7 décembre 2016 pour Politis.

Un centre de traitement du charbon à Price dans l'Utah

Un centre de traitement du charbon à Price dans l'Utah

« Avec nous au pouvoir, l’industrie du charbon va faire son grand retour », affirmait en mars dernier le candidat Donald Trump à Louisville (Kentucky), dans un État charbonnier acquis à son discours. Le nouveau président des États-Unis, s’il a adouci sa position très négationniste sur le dérèglement climatique depuis son élection, n’est pas revenu sur sa promesse de démanteler, dès son arrivée à la Maison Blanche, le plan énergie propre (CPP) d’Obama, qui, pénalisant les émissions de CO2, vise à -déclasser le charbon, la plus polluante des énergies fossiles [1]. « Ces réglementations ridicules qui vous empêchent d’être compétitifs, nous allons en faire table rase », ajoutait-il deux mois plus tard à Charleston (Virginie-Occidentale) devant des mineurs aux emplois menacés. Entre 2008 et 2016, leur nombre est passé de 85 000 à 53 000 selon les chiffres officiels, et la part du charbon dans la production nationale d’électricité a chuté de 48 % à 33 %.

Alors que les fragiles promesses de l’Accord de Paris sur le climat signé en 2015 sont encore bien loin de se traduire en actions concrètes, les déclarations pro-charbon de Trump ont provoqué des remous dans le monde. Le risque d’une régression énergétique planétaire ? Pas sûr.

Depuis quelques années, les stratégies de lutte climatique ciblent prioritairement le charbon, relativement bon marché et la plus abondante des énergies fossiles [2]. Sa combustion est responsable de 45 % des émissions de CO2 humaines. L’an dernier, une étude de l’University College London a déterminé les conditions d’un scénario économiquement pragmatique pour limiter à 2 °C la hausse des températures planétaires : d’ici à 2050, il faudrait laisser une grande part des réserves fossiles dans le sous-sol : 30 % pour le pétrole, 50 % pour le gaz… et jusqu’à 80 % pour le charbon.

Si l’exploitation de la houille est encore loin d’appartenir au siècle dernier, des signaux tangibles suggèrent pourtant qu’elle est entrée dans une phase de déclin. En 2015, pour la première fois depuis près de deux décennies, la demande mondiale en charbon a diminué, relève l’Agence internationale de l’énergie (AIE), confirmant le coup d’arrêt de l’année précédente [3].

En 2015, la somme des capacités de production d'électricité installées dans les renouvelables (éolien, solaire, biomasse, géothermie, petit hydraulique) a dépassé le total de toutes les autres filières.

En 2015, la somme des capacités de production d'électricité installées dans les renouvelables (éolien, solaire, biomasse, géothermie, petit hydraulique) a dépassé le total de toutes les autres filières.

Cette énergie est surtout destinée (pour 70 %) à la production d’électricité dans des centrales thermiques, un secteur où elle domine les autres sources, avec 40 % du total. La bataille du charbon se concentre donc principalement sur le terrain des centrales électriques. À l’occasion du sommet climatique de Marrakech (COP 22), le Royaume-Uni a annoncé un ambitieux plan de sortie : la fermeture avant neuf ans de toutes ses centrales à charbon, qui produisent le tiers de son électricité et comptent pour 16 % de sa consommation finale d’énergie. Idem pour le Canada (18 % de l’électricité), à l’horizon 2030. L’Allemagne suit, quoique plus modestement. Le pays, qui veut fermer toutes ses centrales nucléaires d’ici à 2022, dépend à près de 45 % du charbon et du lignite (qui en est la plus polluante des variétés) pour son électricité. Berlin s’est engagé à en sortir après 2040.

Cependant, l’Union européenne et les États-Unis comptent pour moins de 20 % de la consommation du charbon, dont l’avenir mondial se décide désormais en Asie. Or, la Chine, qui absorbe la moitié de la production mondiale, a engagé une mutation sensible : selon l’AIE, la demande y a culminé en 2013, mettant un terme « abrupt » au « boom des années 2000 ». C’est l’effet d’une bonne volonté récente dans la lutte climatique, mais surtout la nécessité d’endiguer l’effarante pollution atmosphérique générée par les industries lourdes et les centrales électriques. Cette politique énergétique pourrait conduire à un recul de la part du charbon de 66 % à 45 % dans la consommation chinoise d’ici à 2040. En parallèle, les énergies vertes montent rapidement en puissance. Elles couvrent 12 % de la consommation. La Chine, qui a capté 36 % des investissements mondiaux dans les renouvelables en 2015 (qui ont atteint 286 milliards de dollars, un record), est actuellement le principal soutien de la très forte dynamique planétaire de ces filières.

Au point que la danse du charbon est désormais menée par l’Inde, deuxième consommateur mondial (75 % de son électricité en provient). En signant l’Accord de Paris, et tout en affichant de grandes ambitions dans les renouvelables, le pays avait prévenu que ses besoins en houille s’accroîtraient dans les prochaines années, afin de soutenir sa croissance économique. Mais la mutation énergétique de l’Inde pourrait s’accélérer. « Le solaire est désormais meilleur marché que les centrales à charbon modernes », se réjouissait le ministre de -l’Énergie, Piyush Goyal, en avril dernier.

Certes, les plans de retrait ou de décroissance du charbon restent globalement très insuffisants au regard de l’objectif climatique de maintenir le réchauffement en dessous de 2 °C. Cependant, la plupart des prospectivistes jugent la tendance résolument engagée. Les États-Unis, troisième consommateur au monde, peuvent-ils la contrarier ? L’élection de Trump a donné un coup de fouet aux valeurs boursières de grandes compagnies charbonnières très mal en point, comme Peabody. Mais pour combien de temps ? Bien peu d’analystes considèrent comme crédible la promesse d’un retournement de situation. L’administration états-unienne avait évalué, avant la présidentielle, que les mesures du CPP d’Obama n’induiraient qu’une diminution marginale de la consommation mondiale de charbon – de l’ordre de 5 % à l’horizon 2040. Le démantèlement du CPP s’annonce donc comme une mesure à visée essentiellement domestique.

Par ailleurs, Barack Obama, entravé par le Congrès, n’a eu finalement qu’une influence limitée dans la lutte climatique – le CPP date de 2016, et il est contesté en justice. Le recul du charbon états-unien s’explique par des réglementations « vertes » prises à l’échelle des États et par le désintérêt des investisseurs, mais surtout par la pression économique. Le gaz de schiste, meilleur marché, moins émetteur de gaz à effet de serre (et en surproduction), a connu un essor exceptionnel depuis dix ans. Spectaculaire aussi est la croissance du solaire et de l’éolien, de plus en plus concurrentiels et employant aujourd’hui près de 15 fois plus de travailleurs que le charbon.

Enfin, Trump veut-il « du charbon propre, beaucoup de charbon propre » ? Un effet de manche de plus : la technologie de capture et de stockage du CO2 émis par les cheminées des centrales, qui fait fantasmer les charbonniers, n’en est qu’au stade expérimental. Pas encore au point, elle coûte extrêmement cher et comporte des risques environnementaux probablement inacceptables.

[1] À énergie produite égale, il émet plus de CO2 que le pétrole (35 %) et le gaz (72 %).

[2] Les réserves connues couvriraient plus d’un siècle de consommation mondiale actuelle.

[3] World Energy Outlook 2016, novembre 2016.

Hollande a encore reculé

Dans le sillage de l’Accord de Paris, le président de la République avait annoncé, lors de la conférence environnementale d’avril dernier, l’adoption d’une taxe nationale sur la tonne de CO2 émise par les producteurs d’électricité. Ségolène Royal, la ministre de l’Écologie, toujours réticente à froisser les industriels, avait obtenu que seul le charbon soit touché, ce qui aurait accéléré la fermeture des quatre dernières centrales du secteur. Le gouvernement y a finalement renoncé, juste avant la COP 22, devant les menaces de la CGT – le charbon représenterait 5 000 emplois directs et indirects. La mesure a été renvoyée à l’échelon européen, veut rassurer le gouvernement. Mais imagine-t-on la Pologne ou l’Allemagne, pays charbonniers, soutenir un tel projet ? Le choix de l’instaurer unilatéralement en France visait justement à contourner ce type d’obstacle…

Charbon : Des investisseurs sur liste noire

La pression internationale suscite le retrait de nombre d’institutions publiques ou privées. D’autres s’obstinent à soutenir le secteur du charbon par Patrick Pirole 7 décembre 2016 pour Politis.

Subventions, sauvegarde d’emplois locaux, défense de l’indépendance énergétique… Le volontarisme des politiques nationales pèse encore beaucoup sur le secteur du charbon. Ainsi, l’Indonésie envisage la construction prochaine de dizaines de centrales, dont la consommation soutiendra les compagnies minières qui voient les importations chinoises de charbon diminuer.

Les acteurs privés sont en revanche motivés par les perspectives économiques ; or, celles-ci sont devenues très incertaines dans le secteur du charbon, qui nécessite des investissements à long terme. La taxation des émissions de CO2 à des montants de plus en plus dissuasifs, perspective probable, plombera la rentabilité de futures centrales. « Les compagnies minières spécialisées dans le charbon battent de l’aile », indique Lucie Pinson, des Amis de la Terre. La pression citoyenne, dans le monde, a suscité le retrait de plusieurs dizaines de milliards de dollars de la part de fonds, d’institutions publiques ou privées. « Un quart des universités du Royaume-Uni n’ont plus d’actifs charbonniers », indique Nicolas Haeringer, du mouvement 350.org. Les énergéticiens sentent aussi le vent tourner. Engie vient de décider la fermeture de la centrale australienne d’Hazelwood, réputée la plus polluante au monde.

Attentives aux réactions de leur clientèle, les banques, investisseurs névralgiques des projets charbonniers, sont particulièrement ciblées par les mouvements citoyens. Si les établissements états-uniens se contentent de réduire l’exposition au charbon de leurs portefeuilles, les banques australiennes s’ajustent avec l’objectif climatique de - 2 °C. En Europe, d’autres vont plus loin, comme le Crédit agricole, qui ne finance plus de nouvelles centrales ou d’acquisition de mines. La Société générale lui a partiellement emboîté le pas, mais BNP Paribas se fait toujours tirer l’oreille (Voir le rapport « Still Coughing Up for Coal » : www.amisdelaterre.org).

Prochaine étape pour les militants : débusquer les investissements indirects – gestion d’actifs de tiers impliqués dans le charbon, par exemple. Début 2017, les Amis de la Terre vont révéler une « liste noire » d’établissements à éviter en raison de leur persistance à soutenir le charbon.

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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 09:52

Réunis à Cancun, au Mexique, jusqu'au 17 décembre, 196 pays vont tenter de stopper l’érosion de la vie sauvage, terrestre et maritime, lors d’une COP de la diversité biologique. Par Pierre Le Hir pour Le Monde le 7 décembre 2016.

Une vue aérienne au Brésil. UESLEI MARCELINO / REUTERS

Une vue aérienne au Brésil. UESLEI MARCELINO / REUTERS

Nul n’ignore plus que le climat a sa conférence annuelle, la COP, dont la 21e édition s’est conclue, en décembre 2015, par l’accord de Paris, et dont la 22e session vient de se tenir à Marrakech, au Maroc. Plus rares sont ceux qui savent que la biodiversité a elle aussi sa COP : la Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB). Cette faible visibilité est en elle-même symptomatique. Elle montre que le monde vivant reste pour les gouvernements une préoccupation subsidiaire, alors même que son appauvrissement est aussi alarmant que le dérèglement climatique.

La CDB fait pourtant partie des trois conventions des Nations unies adoptées lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro (Brésil) en 1992, aux côtés de celle sur le changement climatique et de celle – tout aussi méconnue – sur la lutte contre la désertification. À ce jour, 196 États en font partie, soit la quasi-totalité des pays, à l’exception notable des États-Unis, qui n’y ont qu’un statut d’observateur. Tous sont représentés à Cancun (Mexique), du 4 au 17 décembre, pour une « COP biodiversité » qui, de rythme bisannuel, en est à sa treizième session. Avec la volonté affichée d’enrayer le dramatique déclin de la biodiversité terrestre et marine.

Pression de plus en plus forte

Pour la faune et la flore sauvages, tous les voyants sont en effet au rouge. Le dernier rapport « Planète vivante » du Fonds mondial pour la nature (WWF) a pointé que plus de la moitié des vertébrés ont disparu en quarante ans et que, si rien n’est fait, ce sont près des deux tiers qui n’existeront plus d’ici à 2020. « La pression sur les milieux naturels est de plus en plus forte et la situation s’aggrave, observe Maïté Delmas, directrice des relations internationales au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, présente à Cancun. Une course contre la montre est engagée. »

Qu’attendre, face à ce sombre tableau, de la COP mexicaine ? Elle n’a pas vocation à prendre de grande décision comparable à l’accord de Paris sur le climat. Il s’agit surtout de dresser, à mi-parcours, un bilan de l’avancement des « objectifs d’Aichi », adoptés lors de la conférence tenue en 2010 dans la préfecture japonaise du même nom. Ces vingt objectifs, rassemblés dans un « Plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020 », s’inscrivent dans une vision à long terme, selon laquelle « la diversité biologique est valorisée, conservée, restaurée et utilisée avec sagesse, en assurant le maintien des services fournis par les écosystèmes, en maintenant la planète en bonne santé et en procurant des avantages essentiels à tous les peuples ».

Cette feuille de route énonce quelques principes vertueux, postulant par exemple que, « d’ici à 2020 au plus tard, les individus soient conscients de la valeur de la diversité biologique ». Mais elle fixe aussi des trajectoires précises, comme la protection d’« au moins 17 % des zones terrestres et d’eaux intérieures, et 10 % des zones marines et côtières », ou encore la réduction « de moitié au moins du rythme d’appauvrissement de tous les habitats naturels, y compris les forêts ». Or, à mi-chemin, le retard s’accumule, quand l’état de santé des écosystèmes ne se détériore pas.

Progrès insuffisants

« Des progrès importants ont été accomplis dans la réalisation de certains éléments (…). Cependant, dans la plupart des cas, ces progrès ne suffiront pas pour réaliser les objectifs établis pour 2020 », constate le secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, dans son dernier bilan.

Sur les vingt objectifs d’Aichi, seuls quatre sont réalisés ou en passe de l’être, au moins en partie : conservation de 17 % des zones terrestres et d’eaux intérieures, entrée en vigueur (depuis octobre 2014) du protocole de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques, amélioration des connaissances scientifiques sur la biodiversité, élaboration par les Etats de plans d’action pour la biodiversité.

Pour la plupart des autres, il n’y a « aucun progrès significatif » ou la progression se fait « à un rythme insuffisant ». Pire, pour cinq objectifs, « la situation se dégrade au lieu de s’améliorer ». Il en va ainsi pour la fragmentation des milieux naturels, la pollution par les engrais, la mise à mal des récifs coralliens, la protection des espèces les plus menacées, ou la sauvegarde des services écosystémiques (rendus par la nature, comme une eau de qualité ou la pollinisation des plantes) indispensables aux communautés locales les plus pauvres.

Cet affligeant constat est étayé par une étude que publient, mercredi 7 décembre, cinq ONG de protection de l’environnement. En compilant les engagements pris par 101 Etats membres de la Convention sur la diversité biologique, elles ont établi que seuls 10 % d’entre eux ont des objectifs nationaux à la hauteur des ambitions de la feuille de route d’Aichi, et que 5 % seulement sont en bonne voie de les atteindre.

L’Europe en retard

Globalement, les pays les moins développés se révèlent les mieux-disants, alors que les pays avancés sont à la traîne. En particulier, l’Union européenne dans son ensemble apparaît très en retard. « Pour les nations dont l’économie, l’agriculture, les transports ou l’urbanisme sont très développés, il est plus difficile de changer de braquet. Un pays en développement peut, s’il y est aidé, démarrer sur de meilleures bases pour ce qui est de la protection de la biodiversité », explique Isabelle Laudon, responsable des politiques publiques au WWF France.

Cette ONG s’est penchée sur le cas de la France, qui affiche selon elle « un bilan mitigé », en dépit de l’adoption, en juillet, d’une loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. La France fait figure de « bonne élève de la classe mondiale » grâce, notamment, à la création d’aires marines protégées représentant « plus de 20 % » du domaine maritime national, ou encore à l’interdiction, à compter de 2018 (avec dérogation possible jusqu’en 2020), des insecticides néonicotinoïdes tueurs d’abeilles. Mais « le compte n’y est pas sur d’autres points cruciaux », ajoute le WWF France, qui cite la libéralisation des tirs de loups ou le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Déclaration de Cancun

La cause de la vie sauvage est-elle alors perdue ? Samedi 3 décembre, en prélude à la COP proprement dite, les représentants des gouvernements, dont la secrétaire d’Etat française à la biodiversité, Barbara Pompili, ont adopté une « déclaration de Cancun » visant à intégrer la protection de la biodiversité dans les secteurs de l’agriculture, de la foresterie, de la pêche et du tourisme. « Si cette déclaration est mise en œuvre concrètement, ce sera parfait, réagit Isabelle Laudon. D’ici là, il faut agir, il y a urgence. On ne peut pas attendre le plan 2020-2030 pour que la question de la biodiversité soit prise en compte dans toutes les politiques publiques sectorielles, nationales comme régionales, avec les financements nécessaires. »

Pour garder espoir, on retiendra quelques signaux positifs envoyés depuis le Mexique. D’abord, la création, à l’initiative des Pays-Bas, d’une « coalition » pour la protection des pollinisateurs. Elle ne fédère pour l’instant que douze pays européens, dont la France, mais pourrait s’élargir dans les prochains jours. Ensuite, l’annonce, par le Brésil, d’un vaste plan de restauration de 22 millions d’hectares de sols déboisés ou dégradés. Il est vrai que, selon les relevés de l’Institut national pour la recherche spatiale, près de 8 000 km2 de forêts ont été détruits dans l’Amazonie brésilienne entre août 2015 et juillet 2016, soit 29 % de plus que l’année précédente. Jamais, depuis 2008, les coupes n’avaient été aussi massives au sein de ce réservoir de biodiversité unique au monde.

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 15:46
Incinérateur d’Ivry : un grand projet inutile et polluant aux portes de Paris - rassemblement vendredi 9 décembre

Pourquoi mettre en œuvre une véritable politique de réduction de nos déchets lorsque l’on peut simplement donner deux milliards d’euros à Vinci et Suez pour reconstruire un incinérateur géant aux portes de Paris ? Par Olivier Petitjean le 8 décembre 2016 pour l’Observatoire des multinationales. Une bonne question alors même qu’à Romainville, un projet d’incinérateur refait surface – nous vous tiendrons au courant dès que nous aurons suffisamment d’informations. Rassemblement ce vendredi 9 décembre à 8h30 devant l’Hôtel de Ville de Paris à 8h30 pour souhaiter un joyeux Noël à Suez et Vinci.

Triste symbole, à un moment où la région parisienne connaît un nouvel épisode de grave pollution atmosphérique : les élus de 84 communes franciliennes, dont la ville de Paris, sont appelés à donner leur feu vert, vendredi 9 décembre, au chantier de la reconstruction de l’incinérateur d’Ivry Paris 13. Il s’agit de remplacer, en réduisant légèrement sa capacité, l’incinérateur existant, dont les deux tours se détachent depuis 1969 sur l’horizon de l’Est parisien, au bord de la Seine. 544 000 tonnes de déchets devraient y être traitées par an à partir de 2023. Une opération très coûteuse – deux milliards d’euros pour l’investissement et l’opération, soit quatre fois le budget de Notre-Dame-des-Landes - qui fera les beaux jours des grands groupes privés auxquels elle a été confiée : principalement Vinci, chargée du chantier, et Suez, qui gérera l’incinérateur pour le compte du Syctom, syndicat intercommunal de gestion des déchets de l’agglomération parisienne. Mais la capitale et sa banlieue ont-elles vraiment besoin d’un tel équipement, et est-ce la meilleure manière d’utiliser les deniers publics dédiés au secteur des déchets ?

Pour beaucoup, la réponse est clairement non à ces deux questions. Et il n’y a même pas besoin d’envisager des politiques ambitieuses de réduction et de tri de nos déchets, du type des politiques « zéro déchets » mises en œuvre à San Francisco et dans de nombreuses villes européennes. Comme le souligne Flore Berlingen, directrice de Zero Waste France, il suffirait que l’agglomération parisienne parvienne au même niveau de tri des déchets que des villes comme Lyon ou Nantes – dont la performance dans ce domaine n’a rien d’exceptionnel, précise-t-elle – pour rendre l’incinérateur d’Ivry Paris XIII inutile. Car la capitale, à l’heure actuelle, fait clairement figure de mauvaise élève. Près de la moitié des déchets qui se retrouvent dans les poubelles communes de Paris et de sa banlieue sont recyclables et ne devraient donc pas s’y trouver. 30% du contenu des poubelles jaunes (destinées aux recyclables) est refusé et redirigé vers les incinérateurs ou les décharges. « Pour ce qui est du geste de tri et du recyclage, Paris et sa région tirent la moyenne nationale vers le bas, et la politique du Syctom, focalisée sur les capacités d’incinération, en est en partie responsable », dénonce Annelaure Wittmann, co-présidente du Collectif 3R. La Chambre régionale des comptes elle-même a récemment dénoncé l’incapacité du syndicat à envisager une alternative à l’incinération. 80% des déchets que le syndicat traite sont aujourd’hui incinérés.

Priorité à l’incinération

Les hypothèses de collecte qui justifient la reconstruction de l’incinérateur d’Ivry sont également en contradiction avec les objectifs inscrits dans la loi de transition énergétique – 10% de déchets ménagers en moins d’ici 2020, 65% de recyclage d’ici 2025 et la généralisation du tri à la source des déchets organiques, qui suffirait à elle seule à alléger la poubelle des parisiens de 30%. Le Syctom, plus important syndicat de traitement des déchets ménagers d’Europe, a apparemment choisi de faire comme si rien n’allait changer, ou le moins possible, en adoptant des scénarios de réduction des déchets très conservateurs, plus lents même que la tendance observée ces dernières années.

Pour ses opposants, l’incinérateur Ivry Paris 13 crée donc un précédent dangereux dont les enjeux dépassent largement le seul cadre francilien. Tout d’abord, le dimensionnement même du projet semble prendre pour acquis que les objectifs inscrits dans la loi de transition énergétique en matière de déchets ne seront pas atteints. Ensuite, il ancre pour plusieurs décennies le primat de l’incinération en Île-de-France, avec un effet dissuasif pour la mise en place de politiques préventives, puisque l’incinérateur aura besoin d’un approvisionnement continu pour fonctionner. À l’image d’autres incinérateurs surdimensionnés en Europe, celui d’Ivry Paris 13 pourrait ainsi être amené à importer des déchets du reste de la France ou de l’étranger.

Enfin, il entérine la stratégie des géants français du secteur, Suez et Veolia, consistant à repeindre en vert l’incinération (désignée désormais, dans la novlangue des multinationales, sous le nom de « valorisation énergétique ») en la présentant comme source d’énergie alternative au charbon ou au gaz. Une source d’énergie qu’elles n’hésitent d’ailleurs pas à qualifier de « renouvelable » au motif que les déchets ne cessent d’arriver et qu’ils contiennent des biodéchets (ce qui leur permet aussi, au passage, de bénéficier d’avantages fiscaux appréciables) ! « C’est devenu la justification numéro un de l’incinération en France », témoigne Flore Berlingen. « Et depuis un ou deux ans, l’engouement ne fait que se confirmer avec le développement de la filière des combustibles solides de récupération. » En l’occurrence, le futur incinérateur d’Ivry alimentera les réseaux de chaleur de l’agglomération et produira accessoirement de l’électricité. Mais brûler du plastique et des matières organiques reste une source de gaz à effet de serre, ainsi que d’autres polluants. En outre, les matières organiques qui composent une grande partie des déchets incinérés brûlent très mal, de sorte que le bilan énergétique de ces installations n’est pas très favorable. Au final, les bénéfices climatiques de l’incinération sont donc plutôt douteux. Ceux du compostage et des politiques de réduction et de réutilisation des déchets paraissent bien plus évidents.

Politique du fait accompli

Tout ceci ressemble donc fort à un nouveau « grand projet inutile », aux portes de la capitale, qui illustre l’enfermement de nos structures politiques dans des logiques d’un autre temps, alors que des solutions alternatives plus efficaces et moins coûteuses sont à portée de main. Les opposants, avec le soutien du collectif 3R et de Zero Waste France, ont d’ailleurs élaboré leur propre projet, le plan B’OM (pour Baisse des ordures ménagères), qui propose un ensemble de mesures concrètes de prévention des déchets, d’extension de la collecte des biodéchets, d’amélioration du tri et de promotion de la réutilisation, qui permettraient de se passer totalement de l’incinérateur d’Ivry. Selon ses promoteurs, le plan B’OM ne nécessiterait qu’un investissement de 200 millions d’euros et créerait nettement plus d’emplois que la reconstruction de l’incinérateur.

Lors des débats publics, le Syctom a mis en avant divers projets complémentaires visant à donner une image plus verte au nouvel incinérateur. Il a ainsi longtemps été question d’y installer une unité de tri mécano-biologique (TMB), un procédé très contesté pour la mauvaise qualité du compost qu’il produit, d’ailleurs remis en cause par la loi de transition énergétique. La délibération proposée ce 9 décembre au conseil d’administration du Syctom, dont nous avons pu prendre connaissance, indique qu’une réflexion a été engagée avec Suez pour voir comment le projet pourrait s’accorder avec les objectifs énoncés par cette loi. Aujourd’hui, le Syctom évoque un système « plus simple », avec une « unité de valorisation organique », qui devrait en réalité surtout servir à produire des « combustibles solides de récupération », c’est-à-dire des déchets optimisés pour ... l’incinération ! La méthanisation, quant à elle, serait externalisée. Le tout sans aucun objectif ni tonnage précis. « La seule chose qui n’a pas varié d’un iota au cours du temps, c’est le principe d’un incinérateur d’une capacité de 350 000 tonnes. Pour le reste, c’est le flou total », constate Annelaure Wittmann. Ce qui n’empêche pas le Syctom de demander aux élus de valider immédiatement le lancement des procédures (permis de construire, de démolir et d’exploitation) en vue de la reconstruction de l’incinérateur proprement dit, avant qu’il n’arrive en fin de vie. Ce qui ressemble beaucoup à une tentative de créer un fait accompli.

Le poids des syndicats intercommunaux

Pourquoi la ville de Paris – dont le poids au sein du Syctom est important, quoique minoritaire - soutient-elle ce projet ? « On les sent un peu schizophréniques sur ce dossier », constate Anne-Laure Wittmann. La municipalité emmenée par Anne Hidalgo a annoncé, au début de l’année, des objectifs relativement ambitieux en matière de tri et de prévention des déchets, destinés à rattraper le retard parisien dans ce domaine. La ville va notamment généraliser la collecte des déchets organiques (avec une expérience pilote dans les 2e et 12e arrondissements), multiplier les recycleries-ressourceries de quartier, et a commencé à installer de nouveaux bacs de tri « Trilib’ » dans l’espace public. Comment cela est-il compatible avec la reconstruction de l’incinérateur ? En privé, de nombreux élus parisiens se déclarent opposés au projet, mais la ville a choisi de le soutenir, apparemment en raison d’arrangements politiques au niveau de l’agglomération parisienne. Le président du Syctom n’est autre qu’Hervé Marseille, sénateur-maire de Meudon. La ville est également liée par contrat commercial avec le Syctom via la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), dont elle est co-actionnaire à 33% avec Engie, qui utilise la chaleur de l’incinération pour alimenter une partie de ses réseaux.

L’affaire illustre donc aussi à sa manière le rôle peu démocratique des grands syndicats intercommunaux chargés d’assurer certains services publics au niveau de l’agglomération parisienne, où élus de tous bords se partagent les places depuis des décennies. En pratique, ces syndicats apparaissent surtout comme les champions de la délégation de ces services aux multinationales (on lira à ce sujet l’article de Marc Laimé, « Les âmes mortes du Grand Paris ».) On connaît le Sedif, le réseau d’eau de la banlieue parisienne présidé par André Santini et vendu corps et bien à Veolia (proche d’André Santini, Hervé Marseille est également vice-président du Sedif). Le SIAAP, chargé de l’assainissement, présidé par un conseiller général et adjoint au maire communiste de Montreuil, vient de passer discrètement un nouvel accord avec Suez entérinant la soumission de ce service au secteur privé. Le Syctom fait partie de ces structures techniques sinon technocratiques – qui collaborent d’ailleurs de plus en plus entre elles - où techniciens et secteur privé ont davantage de poids que les politiques, et d’où la société civile est totalement écartée. « Les trois quarts des élus ne savant pas pour quoi ils votent », soupire un observateur.

Mais certains peuvent parfois aussi se réveiller. Le conseil municipal d’Ivry, contre toute attente, a refusé le 20 octobre dernier de donner son feu vert au projet de reconstruction de l’incinérateur. Dans la foulée, le maire de la ville a demandé à ce que toutes les communes impactées puissent se prononcer sur le projet en conseil municipal. Le Syctom semble avoir choisi de passer outre. Vous avez dit démocratie ?

Olivier Petitjean

 Le collectif 3R et Zero Waste France appellent à un rassemblement ce vendredi 9 décembre à 8h30 devant l’Hôtel de Ville de Paris à 8h30 pour souhaiter un joyeux Noël à Suez et Vinci.

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 15:35

L’opportunité et l’efficacité de la circulation alternée déclenchée à Paris et à Lyon fait polémique. Les mesures de fond, elles, se font toujours attendre. Par Richard Schittly (correspondant à Lyon), Laetitia Van Eeckhout et Sophie Landrin pour Le Monde le 8 décembre 2016.

À Paris, ici le 6 décembre, le niveau de concentration en particules fines reste très élevé, malgré les mesures mises en place. Christophe Ena / AP

À Paris, ici le 6 décembre, le niveau de concentration en particules fines reste très élevé, malgré les mesures mises en place. Christophe Ena / AP

Une partie de la France est plongée dans un brouillard de particules fines et la situation va perdurer. Il s’agit du plus long et du plus intense pic de pollution hivernal depuis dix ans, qui met en lumière l’inertie des pouvoirs publics. Le phénomène, qui frappe essentiellement les zones urbaines, est peu lié à des transferts de pollution entre régions ou depuis l’étranger, mais à des conditions anticycloniques installées sur l’Hexagone et sur une large partie de l’Europe de l’Ouest. Elles entraînent la stabilité des masses d’air et favorisent l’accumulation des polluants locaux près du sol.

À Paris, la faiblesse du vent, de 5 à 6 km/heure tout au plus, provoque, en soirée et tôt le matin, une concentration des particules fines émises par le trafic routier, certaines installations industrielles mais aussi le chauffage, en particulier au bois. S’y ajoute un phénomène d’inversion des températures – l’air à proximité du sol est plus froid que celui de l’atmosphère – qui piège les polluants au sol (particules fines, dioxyde d’azote) comme sous un couvercle.

Pour le troisième jour consécutif, la Préfecture de police de Paris a reconduit, jeudi 8 décembre dans la capitale et dans vingt-deux communes de la petite couronne, le principe de la circulation alternée et de la gratuité des transports en commun. Airparif, l’observatoire de qualité de l’air en Ile-de-France, prévoit en effet un nouveau dépassement du seuil d’alerte (80 microgrammes par mètre cube d’air) des concentrations en particules fines.

Difficultés dans les transports en commun

La capitale n’est pas la seule touchée. Marseille, Avignon, Rouen, Grenoble ou la vallée de l’Arve sont aussi affectées. À Lyon et à Villeurbanne, où le seuil critique de 80 µg/m3 risque d’être dépassé dans les prochains jours, le préfet de région, Michel Delpuech, s’est également résolu à appliquer la circulation alternée. La mesure entrera en vigueur vendredi 9 décembre. Des dispositifs préfectoraux, comme la réduction de vitesse ou la limitation de certaines activités industrielles, avaient été pris dans le passé. Mais c’est bien la première fois que l’autorité préfectorale décide de restreindre la circulation automobile.

La mesure fait polémique. À Paris comme à Lyon, elle vient s’ajouter à des difficultés dans les transports en commun. À Lyon, ils sont affectés par une grève, alors que la ville s’apprête à célébrer la fête des Lumières, prévue du 8 au 10 décembre, une manifestation qui draine traditionnellement plusieurs millions de visiteurs. Le débat est vif sur la nécessité d’imposer la gratuité des transports. Le préfet y est favorable, la métropole dirigée par Gérard Collomb (PS) s’y oppose.

Dans la capitale, de fortes perturbations sur le réseau SNCF ont mis en doute l’utilité des restrictions du trafic automobile. Les usagers ont dû faire face mercredi à une nouvelle série noire, avec un arrachage de caténaire qui a interrompu tout le trafic au départ de la gare du Nord, après un incident similaire sur le RER B la veille. Au point que la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a demandé, mercredi, la suspension de la circulation alternée « tant que la situation ne sera pas revenue à la normale » sur le réseau SNCF.

L’épisode de pollution a relancé l’opposition entre la municipalité parisienne et la région, qui s’affrontent depuis plusieurs mois sur la question de la circulation automobile et sur le dossier de la fermeture des voies sur berge.

Sur les transports en commun, « il y a eu de gros problèmes », a rétorqué la maire (PS) de Paris, Anne Hidalgo, « c’est à la région de s’en occuper. Je demande à la présidente de la région de se consacrer à sa tâche plutôt que d’être toujours en train de polémiquer sur d’autres sujets ». « Les perturbations sur le réseau SNCF ne justifient pas que la mesure soit suspendue, appuie Christophe Najdovski, adjoint (Europe Ecologie-Les Verts) à la maire de Paris chargé des transports. La santé publique reste la priorité. Abandonner à la moindre difficulté la lutte contre la pollution de l’air serait un aveu d’impuissance. »

Sanctions peu dissuasives

Une chose est sûre, dans l’agglomération parisienne, le dispositif de circulation alternée qui inclut de nombreuses dérogations a été peu respecté. L’agence de la qualité de l’air n’a enregistré, mardi, qu’une baisse de 5 % à 10 % du trafic par rapport à une journée habituelle. Le niveau de concentration en particules fines est resté très élevé, atteignant plus de 100 µg/m3 en moyenne, quatre à cinq fois plus qu’à l’ordinaire.

En mars 2014, le dispositif avait été mieux suivi et avait permis de réduire le trafic routier de 18 % à Paris et de 13 % dans la petite couronne. Résultat : la concentration de particules fines PM10 (d’un diamètre inférieur à 10 microns) avait diminué en moyenne de 6 % et celle de dioxyde d’azote de 10 %. Aux heures de pointe, ces baisses étaient plus importantes, jusqu’à – 20 %.

« La circulation alternée ne résout pas tout, mais peut avoir une certaine efficacité face à un pic pourvu qu’elle soit respectée », défend M. Najdovski, qui réclame une intensification de la surveillance. Mardi, 10 249 véhicules ont été contrôlés et 4 064 ont fait l’objet d’une verbalisation, des chiffres en baisse mercredi. Mais les sanctions sont relativement peu dissuasives. Les automobilistes en infraction sont passibles d’une amende de deuxième classe de 35 euros, ramenée à 22 euros si elle est payée immédiatement.

Évidentes limites

La circulation alternée présente d’évidentes limites car elle ne vise pas les véhicules les plus polluants. La municipalité parisienne a décidé de les éliminer progressivement d’ici à 2020 et de mettre en place une zone de circulation restreinte. À compter du 16 janvier 2017, pour circuler dans Paris, les voitures devront arborer sur leur pare-brise une vignette de couleur témoignant de son niveau de pollution, la Crit’air. Avec ces pastilles, les pouvoirs publics pourront agir plus efficacement lors des pics de pollution en ne laissant rouler que les véhicules électriques et de normes Euro récentes.

D’autres décisions urgentes s’imposent concernant les émissions liées au chauffage au bois, aux activités industrielles et agricoles, au développement des transports en commun et à la conversion du parc automobile pour supprimer les véhicules les plus polluants, notamment les diesel. À l’étranger, des capitales comme Londres, Stockholm, Oslo ou Dublin ont notamment instauré un péage urbain pour décongestionner leur centre-ville.

La France n’a pas pris la mesure des enjeux sanitaires de la pollution de l’air qui provoque chaque année 48 000 décès et coûte à la société 101 milliards d’euros par an. Les gouvernements successifs ont durant des années subventionné la motorisation la plus polluante, faisant de l’Hexagone le champion du diesel. Le silence de Ségolène Royal, la ministre de l’environnement, depuis le début de l’épisode de pollution actuel, est l’illustration s’il le fallait de l’immobilisme du gouvernement.

Météo France prévoit durant le week-end une petite perturbation et un léger renforcement du vent sur le nord de la France qui permettra de faire retomber temporairement les niveaux de pollution. Mais un temps sec et peu venteux devrait se réinstaller ensuite pour une quinzaine de jours.

La gare Montparnasse à Paris le 7 décembre. FRANCOIS MORI/ AP

La gare Montparnasse à Paris le 7 décembre. FRANCOIS MORI/ AP

« Davantage que les pics, la pollution chronique a le plus fort impact sur la santé »

À Paris, entre 2007 et 2010, les pics ont été responsables de 7 % de la mortalité et des hospitalisations cardiaques liées à la pollution de l’air, les 93 % restantes étant provoquées par la pollution quotidienne. Sylvia Medina, médecin épidémiologiste, responsable du programme de surveillance air et santé à Santé publique France, étudie depuis des années l’impact sanitaire de la pollution atmosphérique. Entretien par Audrey Garric pour Le Monde le 8 décembre 2016.

Quels sont les effets pour la santé de la pollution de l’air ?

À court terme, la pollution va entraîner des symptômes plutôt bénins, comme des toux, des gênes respiratoires légères, des irritations des yeux et de la gorge. Les personnes qui ont des problèmes de santé, qui sont âgées, ou qui sont plus exposées à la pollution que d’autres, peuvent nécessiter un recours aux soins pour des affections respiratoires ou cardio-vasculaires et, dans les cas les plus graves, des décès peuvent survenir.

À long terme, c’est-à-dire au-delà de quelques mois, la pollution peut induire des maladies chroniques, respiratoires ou cardio-vasculaires, telles que des cancers du poumon ou des coronaropathies (famille des infarctus du myocarde). Elle a aussi des effets chez les femmes enceintes, comme des naissances prématurées car les particules fines peuvent traverser la barrière placentaire. Elle peut avoir également des conséquences sur la fonction cognitive de l’enfant, et des maladies neurologiques chez les personnes âgées. Dans les cas les plus graves, la pollution peut conduire à une réduction de l’espérance de vie et à des décès.

Quel est l’impact sur la mortalité ?

En France, la pollution due aux particules fines entraîne 48 000 décès par an, soit 9 % de la mortalité, selon l’étude que nous avons publiée en juin. Cela équivaut, dans les villes les plus polluées, jusqu’à deux ans de perte d’espérance de vie. C’est autant que les décès dus à l’alcool et deux tiers de ceux liés au tabac (78 000 morts par an).

De quelle manière les polluants affectent-ils l’organisme ?

Les particules fines, qui sont les polluants les plus étudiés, vont aller jusqu’au fond des poumons, dans les alvéoles, puis dans la circulation sanguine. À partir de là, tous les organes sont susceptibles d’être affectés. Les PM10 (d’un diamètre inférieur à 10 micromètres) et les PM2,5 (2,5 microns) entraînent des inflammations répétées, conduisant à une irritation chronique qui peut aller jusqu’à la mutation cellulaire. C’est pourquoi les particules fines sont classées comme cancérogènes certains pour l’homme par l’Organisation mondiale de la santé.

Les pics de pollution sont-ils les plus dangereux pour la santé ?

Ces pics affectent bien sûr la santé mais seulement quelques jours par an. C’est la pollution chronique, tout le reste de l’année, qui a l’impact le plus important pour notre organisme. Le seuil d’alerte, déclenché à partir de 80 microgrammes de PM10 par mètre cube d’air, a ainsi été dépassé un jour à Bordeaux et à Toulouse, 7 à Marseille, 10 à Paris, 23 à Lyon et 28 à Lille entre 2007 et 2010. Sur cette période, à Paris, ces pics ont été responsables de 7 % de la mortalité et des hospitalisations cardiaques liées à la pollution de l’air, les 93 % restantes étant provoquées par la pollution quotidienne, lors de laquelle le seuil d’alerte n’est pas déclenché mais où les polluants atmosphériques sont bel et bien présents. À Bordeaux, l’incidence liée aux pics de pollution est de 1 % et à Nancy 15 % – le maximum de notre étude.

Peut-on connaître l’impact de l’épisode actuel de pollution ?

Il est impossible de fournir en temps réel une analyse robuste de l’impact de la pollution sur la santé. Les conséquences apparaîtront peut-être dans nos indicateurs dans une ou deux semaines ; et même si, dans notre dispositif de surveillance, nous détectons, par exemple, une augmentation des consultations pour causes respiratoires, cela peut être lié au froid et aux viroses respiratoires, normales à cette période de l’année.

On fait donc des analyses rétrospectives sur plusieurs années, sur les dernières données de santé disponibles. Nous faisons alors tourner des modèles dans lesquels on contrôle les facteurs de confusion potentiels que sont, entre autres, la température, les pollens au printemps ou les virus l’hiver, pour être sûrs de pouvoir isoler l’impact de la pollution sur la mortalité.

Quelles actions peut-on mettre en place pour réduire la pollution ?

En termes de prévention, il faut agir sur toutes les sources de pollution – le chauffage, la circulation routière, les pollutions agricole et industrielle – et à toutes les échelles, réglementaire, collective et individuelle.

Comment se protéger ?

Les personnes les plus vulnérables doivent davantage se protéger, à savoir les femmes enceintes, les enfants de moins de cinq ans, les personnes âgées ou celles qui souffrent de maladies chroniques. Il s’agit d’éviter les sorties aux heures de pointe du trafic routier, ainsi que tout effort physique qui ne serait pas indispensable. Il ne faut pour autant pas se calfeutrer chez soi mais continuer à ventiler son logement et à marcher, si possible aux endroits les moins exposés.

Les sportifs ou les personnes qui travaillent en extérieur doivent également faire plus attention, en limitant leur effort physique et en s’éloignant des sources de pollution. Reste que faire du vélo s’avère plus bénéfique qu’être dans une voiture ou ne pas bouger.

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