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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 13:24

Un Toxic tour est une balade-visite guidée de lieux de pollution de l’environnement et de dérèglement climatique. Cette promenade est proposée à la suite de celles initiées il y a quelques années en Seine-Saint-Denis par Toxic Tour 93. Rendez-vous à 15h à la station de métro Bobigny-Pantin-Raymond Queneau (ligne 5). Accès libre dans la limite des places disponibles, réservation conseillée sur https://gaite-lyrique.net/evenement/toxic-tour. Lire aussi Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h et La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique.

Toxic Tour de Pantin à Romainville dimanche 16 juin 2019

Toxic tours, c’est le nom d’un phénomène protestataire né dans les années 90 aux États-Unis dans des quartiers pauvres qui se réveillaient avec des décharges industrielles clandestines, des sous-sols pollués en douce aux métaux lourds et des maladies "exotiques" en pagaille. Aujourd’hui, le mouvement s’est répandu dans le monde entier (Brésil, Bolivie, Afrique du Sud, etc.).

Programme du Toxic Tour à Romainville

En banlieue est, la densification du Grand Paris pousse à l’occupation de terrains industriels fortement pollués et les quartiers nord de Romainville en fournissent un exemple admirable. La visite guidée débute par une exploration de la ZAC de l’Horloge, sur le site historique des laboratoires Roussel UCLAF, où va notamment s’ouvrir un vaste centre d’art contemporain.

Elle se poursuit dans la Corniche des Forts, pour observer une ancienne carrière de gypse où une forêt a pris naissance, que la Région Ile-de-France aménage en "base de loisirs". Nous y ferons une pause dans les jardins familiaux où poussent des végétaux qui ne sont pas vraiment propres à la consommation.

Le tour s’achève à la cité Gagarine, promise à la destruction pour laisser place à un "éco-quartier", sur l’emplacement d'une ancienne usine de spécialisée dans le traitement et le revêtement des métaux qui a laissé de fortes quantités de cyanure dans le sol. La marche propose de faire l'expérience collective et concrète de nos conditions de vie polluées.

Rendez-vous à 15h à la station de métro Bobigny-Pantin-Raymond Queneau (ligne 5). Trajet Rue de Noisy-le-Sec à Pantin, Avenue Gaston-Roussel à Romainville • Rue Louise-Doryn, Chemin du Trou-Vassoun, Parc de la Sapinière, Cité Gagarine. La balade sera enregistrée puis diffusée sur la radio R22 Tout-monde.

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7 juin 2019 5 07 /06 /juin /2019 10:36

Après une première édition en février 2018 [1], Générations Futures publie ce 6 juin 2019 une nouvelle édition de son rapport sur les résidus de pesticides dans les fruits et légumes consommés en France, fondée sur 13 300 analyses. 71,9 % des échantillons de fruits et 43,3 % des légumes présentent des résidus de produits phytosanitaires. D’après Générations futures le 6 juin 2019. Lire aussi Les pesticides perturbateurs endocriniens présents dans les eaux de surface en France, Les cartes de la consommation française de pesticides et les Glyph’Awards de Générations Futures et Des pesticides et des perturbateurs endocriniens dans notre alimentation.

Sébastien Salom Gomis/SIPA

Sébastien Salom Gomis/SIPA

Contexte

Les résidus de pesticides présents dans les aliments préoccupent les consommateurs et consommatrices français(es) et européen(ne)s. Ainsi la présence de résidus de pesticides dans les fruits, légumes et céréales apparait au tout premier rang des préoccupations en matière de risque alimentaire en Europe ! En France ces résidus dans les fruits, légumes, céréales, infusion, aliments pour bébé font l’objet de plans de surveillance annuels réalisés par la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes). Malheureusement les consommateurs ne retirent pas une information réellement utilisable de ces plans de surveillance. En effet les résultats détaillés, aliment par aliment, ne font pas l’objet d’une communication grand public, seuls des résultats globaux étant la plupart du temps mis en avant. De plus, les résultats fournis sont irréguliers et pas forcément représentatifs : tous les aliments ne sont pas analysés tous les ans, ou alors le sont en nombre trop faible pour que les résultats trouvés soient réellement significatifs. Une grande ONG américaine (EWG) diffuse également des rapports sur les résidus de pesticides dans les aliments, mais ces rapports ne rendent pas compte de la situation française car les substances actives pesticides autorisées aux Etats-Unis ne sont pas les mêmes qu’en Europe et les pratiques agricoles sont différentes. C’est pourquoi aujourd’hui Générations Futures souhaite aller plus loin pour répondre à l’attente des consommateurs/trices français.es en leur permettant de pouvoir avoir accès à une information aussi complète et à jour que possible sur la présence de résidus de pesticides dans les fruits et légumes non bios réellement vendus et consommés en France.

Données et méthodologie

Nous avons donc réalisé ce nouveau rapport en intégrant les données des plans de surveillance de 2012 à 2017 de la DGCCRF, ce qui représente une période d’étude de 6 années ! De plus, pour pouvoir fournir des résultats réellement significatifs nous n’avons retenu que les végétaux analysés au moins 5 années sur 6 et dans un nombre significatif d’échantillons. Le résultat est un rapport exclusif bâti sur les résultats de plus de 13 000 analyses ! En tout ce sont 18 fruits et 32 légumes qui ont pu être étudiés sur la base des données fournies par la DGCCRF.

Quels résultats ?

Présence de résidus de pesticides : Valeurs moyennes pour les fruits et légumes

Sur les 6 années, ce sont en moyenne 71,9% des échantillons de fruits qui contenaient des résidus de pesticides avec 2,9% de dépassement de la Limite Maximale en Résidus (LMR). Pour les légumes, la moyenne est de 43,3% des échantillons concernés et 3,4% de dépassement de LMR.

Présence de résidus de pesticides quantifiés : Valeurs détaillées par fruits et légumes

  • La cerise (pour 89% des échantillons), la clémentine/mandarine (88,1%), le raisin (87,3%), le pamplemousse/pomelos (86,3%), les nectarines/pêches (83%), les fraises (82,9%), et les oranges (81,2%) sont tout en haut du classement pour la présence de résidus de pesticides quantifiés dans les échantillons analysés par les fraudes entre 2012 et 2017. Les fruits qui sont les moins concernés par cette présence de résidus de pesticides sont les prunes/mirabelles (50,8%) suivis des avocats (27,8%) et des kiwis (25,8%).
Des résidus de pesticides dans les 3/4 des fruits et 43% des légumes non bio
  • De la même manière pour les légumes, ce sont les céleris-branches (84,9%), le céleri-rave (82,5%), les herbes fraîches (69,3%), les endives (67,2%), ou encore les laitues (66,5%) qui se retrouvent dans le haut du classement pour la présence de résidus de pesticides quantifiés sur cette période. En fin de classement, pour cette présence des résidus de pesticides, on trouve : les betteraves (6,9%), les madères/ignames (3,7%), les asperges (2,1%) et enfin le maïs doux (0,8%). Voir ci-dessous.
Des résidus de pesticides dans les 3/4 des fruits et 43% des légumes non bio

Quid des limites maximales en résidus ? Concernant les dépassements des limites maximales en résidus de pesticides, ces seuils légaux fixés par l’UE et qui ne doivent pas être dépassés, la palme revient :

  • Pour les fruits aux ananas (9,6% des échantillons), suivi des cerises (5,2%), des kiwis (4,2%), des pamplemousses/ pomelos (4,2%) et des clémentines/mandarines (3,9%).
Des résidus de pesticides dans les 3/4 des fruits et 43% des légumes non bio
  • Pour les légumes, ce sont les herbes fraîches qui dans 21,5 % des cas présentent des dépassements de LMR, suivi du céleri-branche (15,7%) puis du céleri-rave (10,8%) et des navets (8,8%).
Des résidus de pesticides dans les 3/4 des fruits et 43% des légumes non bio
  • Enfin, dans les légumes, l’ail, le maïs, la pastèque et les potirons ne présentent aucun dépassement de LMR. En revanche, pour les fruits, tous ont été concernés par des dépassements de LMR.

Demandes

Après la publication du précédent rapport de Générations Futures sur les résidus de pesticides en 2018, des professionnels avaient regretté que notre travail ne présente pas des données selon la zone de production des végétaux : France, UE, hors UE. Nous n’avions pas pu à l’époque réaliser ce type de présentation car les données fournies par la DGCCRF ne contenaient pas les éléments nécessaires. Nous avons donc demandé à la DGCCRF qu’elle nous transmette des données mentionnant les lieux de production des denrées analysées en 2018 et en 2019. Nous n’avons malheureusement reçu aucune réponse à ces demandes à ce jour. De même, nous souhaiterions pouvoir accéder aux données brutes afin de connaitre le détail des molécules retrouvées et le nombre de résidus par échantillons, informations qui font aussi défaut. Gageons que nous aurons ces éléments pour la mise à jour de notre rapport en 2021.

« Nous espérons que ce nouveau rapport apportera toutes les informations que les consommateurs français attendent sur la réalité de la présence de résidus de pesticides chimiques de synthèse dans leurs fruits et légumes non bios. » déclare François Veillerette, Directeur de Générations Futures. « Bien sûr il faut encourager la consommation de fruits et de légumes. Mais aujourd’hui les consommateurs veulent bénéficier de leurs bienfaits sans avoir à ingérer en même temps des résidus de pesticides aux propriétés inquiétantes. Au-delà de constituer une source d’information utile au consommateur dans ses choix, nous souhaitons que ce rapport permette à tou.te.s de prendre conscience de la nécessité de changer les pratiques agricoles en sortant de notre dépendance à ces polluants dont certains présentent un danger pour notre santé et notre environnement. » ajoute t-il.

Téléchargez le rapport complet Résidus de pesticides fruits et légumes 2019

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6 juin 2019 4 06 /06 /juin /2019 09:07

Une vaste étude anglaise révèle que les antibiotiques contaminent la plupart des fleuves du monde, atteignant des concentrations jusqu'à 300 fois supérieures au niveau sécurisé. Les fleuves d'Afrique et d'Asie sont les plus contaminés. La pollution de l'eau peut permettre aux bactéries de développer une résistance aux antibiotiques. D’après Leila Marchand et Claude-Marie Vadrot pour Les Echos et Politis. Lire aussi Les cours d'eau européens gravement pollués par des produits agricoles interdits.

Les échantillons prélevés sur le Danube en Autriche contenaient sept antibiotiques. Shutterstock

Les échantillons prélevés sur le Danube en Autriche contenaient sept antibiotiques. Shutterstock

Des centaines de rivières dans le monde sont contaminées par des antibiotiques, révèle la plus importante étude menée jusqu'à présent sur le sujet et présentée ce lundi à Helsinki. Sur 711 sites testés par les chercheurs, 65 % se sont révélés être contaminés par ces médicaments.

« C'est assez effrayant et déprimant », a déclaré  Alistair Boxall, chercheur en sciences environnementales et coresponsable de l'étude, lors de la  conférence à Helsinki organisée par la SETAC (Société de toxicologie et de chimie de l'environnement). Il s'est dit inquiet que ces niveaux élevés ne participent à la résistance des bactéries aux antibiotiques.

De grandes quantités d'antibiotiques sont libérées dans les cours d'eau par les rejets des stations d'épuration ou par les ruissellements naturels. Dans ces zones en particulier, les bactéries apprennent à s'adapter et résister à ces substances. L'augmentation de bactéries résistantes est une urgence sanitaire mondiale qui pourrait tuer 10 millions de personnes d'ici 2050, a prévenu l'ONU le mois dernier.

Concentrations supérieures aux niveaux de sécurité

« Jusqu'à présent, la majeure partie du travail de surveillance environnementale des antibiotiques a été effectuée en Europe, en Amérique du Nord et en Chine - souvent avec seulement quelques antibiotiques. Nous connaissons très peu l'ampleur du problème à l'échelle mondiale », a déclaré John Wilkinson, chercheur de l'université d'York. « Notre étude contribue à combler cette lacune en matière de connaissances en générant des données pour des pays qui n'avaient jamais été surveillés auparavant ».

Dans cette étude menée par l'université de York, les scientifiques ont recherché 14 antibiotiques couramment utilisés dans 72 pays. Résultat, dans 111 des 711 sites testés, les concentrations en antibiotiques sont supérieures aux niveaux de sécurité. Dans les cas les plus graves, ces concentrations dépassent de plus de 300 fois la limite de sécurité. C'est notamment le cas sur un site du Bangladesh avec le métronidazole, un antibactérien utilisé pour traiter les infections de la peau et de la bouche.

Les fleuves qui posent problème et dont les mauvais résultats ont surpris les chercheurs sont aussi bien européens qu’asiatiques puisque la Tamise qui traverse l’Angleterre comme le Brahmapoutre qui irrigue le Bangladesh sont concernés, même si le second présente une concentration supérieure. Les pays à faible revenu, ne disposant souvent pas de la technologie nécessaire pour éliminer les antibiotiques dans leurs installations de traitement des eaux usées, sont les plus pollués. Trente-cinq pour cent des sites testés en Afrique dépassent les niveaux de sécurité, un fleuve au Kenya étant même tellement contaminé qu'aucun poisson ne peut y survivre, ont déclaré les chercheurs. Des niveaux considérés comme dangereux ont également été identifiés au Pakistan, au Kenya, au Ghana et même dans les rares systèmes d’irrigation situés à la frontière de la Palestine et d’Israël. Les mêmes risques ont été identifiés dans la Seine, le Mékong ou le Tibre.

La Tamise, cocktail d'antibiotiques

Les pays les plus riches ne sont pas non plus à l'abri. Le « beau Danube » réputé bleu, deuxième fleuve d’Europe pour sa longueur, vient au premier rang pour son niveau de pollution médicamenteuse, le record étant détenu lors de sa traversée de l’Autriche. Les échantillons prélevés contenaient sept antibiotiques, dont la clarithromycine, utilisée pour traiter les infections des voies respiratoires, à un taux presque quatre fois supérieur au niveau considéré sans risque.

S’agissant des antibiotiques identifiés, c’est la ciprofloxacine qui a été le plus fréquemment identifiée. Ce médicament est utilisé pour combattre de nombreuses infections, notamment celles qui affectent les poumons et les bronches. Ce produit est interdit d’utilisation pour les enfants et les femmes enceintes, qui risquent donc d'en absorber par le biais de la consommation d’eau. Le produit « vedette » identifié au Bangladesh est le métronidazole, un antibactérien traitant de nombreuses affections allant de l’acné aux troubles intestinaux.

Évidemment, ces résidus de produits antibiotiques n’empoisonnent personne mais ils contribuent à la croissance rapide de la résistance aux pouvoirs de guérison de nombreux médicaments, comme le souligne le professeur Alistair, le patron de l’Institut environnemental de l’université de York qui a réalisé cette étude : « De nombreux scientifiques et des responsables politiques reconnaissent désormais le rôle de l’environnement dans la progression des résistances aux traitements par les antibiotiques. Les résultats préoccupants vont nous ouvrir les yeux car ils montrent à quel point le système mondial des cours d’eau contribue à cette contamination. Régler ce problème sera une tâche gigantesque et nécessitera de lourds investissements dans le domaine du traitement des déchets et des stations d’épuration des eaux. »

La Tamise - dans laquelle deux tiers des déchets sont constitués de microplastiques - recèle un cocktail de cinq antibiotiques, rapporte le « Guardian ».  La ciprofloxacine, utilisée pour traiter les infections de la peau et des voies urinaires, y est présente à un niveau trois fois supérieur au niveau de sécurité.

« Même les faibles concentrations observées en Europe peuvent entraîner l'évolution de la résistance et augmenter les risques de transfert de gènes de résistance à des agents pathogènes humains », a prévenu William Gaze, chercheur spécialisé dans la résistance aux antimicrobiens lors de la conférence. L'équipe de recherche envisage maintenant d'évaluer les impacts environnementaux de la pollution par les antibiotiques sur la faune, y compris les poissons, les invertébrés et les algues.

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5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 10:29

En 2018, cinq mille exploitations ont abandonné engrais de synthèse et produits phytosanitaires chimiques pour se convertir au bio. Avec deux millions d’hectares cultivés en bio l’an dernier en France, il y a vraiment « un cap franchi » côté production, « en ligne avec l’objectif de parvenir à 15 % de la surface agricole en bio fin 2022 », a déclaré Florent Guhl, directeur de l’Agence Bio. D’après l’Agence Bio, Le Parisien et Laurence Girard pour Le Monde le 4 juin 2019.

L'aggrozouk, un "véloculteur" équipé d'outils en tout genre, conçu pour circuler entre les rangées de légumes, par l'Atelier paysan/Joseph Templier/Fabrice Clerc

L'aggrozouk, un "véloculteur" équipé d'outils en tout genre, conçu pour circuler entre les rangées de légumes, par l'Atelier paysan/Joseph Templier/Fabrice Clerc

« Je ne voyais plus de perspective dans l’agriculture conventionnelle. Des rencontres et des visites d’autres exploitations m’ont convaincu d’abandonner la chimie » : Frédéric Piot explique ainsi les raisons de sa conversion à l’agriculture biologique.

Après s’être déjà posé la question en 2009, avant de refuser l’obstacle, il a finalement sauté le pas en 2015. Un choix radical négocié par ce quinquagénaire, propriétaire de la ferme d’Egreville à Saint-Germain-Laxis, en Seine-et-Marne.

Sur 230 hectares, il produisait blé, colza et orge. L’exemple même de l’exploitation céréalière d’Ile-de-France. « Nous sommes passés à une dizaine de cultures, comme la luzerne, les lentilles, le soja ou le pois, mais aussi à des cultures valorisées comme le blé, l’orge ou le maïs et nous relançons la betterave. On revient en gros à ce que faisaient nos grands-parents. Et quitte à revenir à avant, nous avons réintroduit l’élevage avec un atelier de poules pondeuses et un troupeau de vaches à viande », explique M. Piot avant d’ajouter qu’il a aussi une vingtaine de chevaux en pension. « Il faut prendre du plaisir à notre métier, mais aussi en vivre », lâche-t-il.

Un exemple de conversion marquant du fait de la taille de son exploitation, mais qui n’est pas un cas isolé. Le bataillon des agriculteurs prêts à jeter aux orties engrais de synthèse et produits phytosanitaires chimiques n’a jamais été aussi important qu’en 2018.

Selon les chiffres publiés mardi 4 juin par l’Agence Bio, 5 000 exploitations supplémentaires sont venues grossir les rangs de l’agriculture biologique, portant leur nombre, en net, à 41 623. Un niveau de recrutement record. Désormais, 9,5 % des fermes françaises sont certifiées bio. En termes de surface, un seuil a aussi été franchi avec le passage du cap des 2 millions d’hectares cultivés selon des principes respectueux de l’environnement. Ce qui représente 7,5 % de la surface agricole utile (SAU) française.

Progression record du bio dans l’agriculture française

Surcroît de travail

« Nous sommes passés à la vitesse supérieure. Dans plusieurs régions, il y a un phénomène de bascule. Les surfaces converties en bio sont plus importantes, signe que les cultures céréalières s’y mettent également », souligne Florent Guhl, directeur de l’Agence Bio.

La palme reste toutefois détenue par les vergers dont les surfaces plantées en bio dépassent les 23,3 %. En queue de peloton, les grandes cultures avec un pourcentage de bio de 4,3 %, les élevages de poulets de chair (1,6 %) et les élevages porcins avec un maigre 1,3 %.

Progression record du bio dans l’agriculture française

Une opportunité saisie par Alain Gibault, à Lengronne, dans la Manche. Lorsqu’il a repris la ferme de la Datinière en 2015 et s’est associé avec ses oncles, il a décidé d’installer un élevage de porcs bio dans un bâtiment vide. Des porcs élevés sur paille. Une production qui s’accompagne de neuf cultures différentes en bio sur 280 hectares. Selon la coopérative bretonne Cooperl, une dizaine de ses éleveurs s’est convertie au bio. Sur ce marché de la viande porcine, l’offre ne répond pas à la demande. Et de loin.

Reste que passer au bio, n’est pas sans risque ni aléas. « Tous les matins vous êtes seuls face à votre problème. Avec la chimie, c’est comme si vous aviez une gomme. Quand vous faites un mauvais dessin, vous prenez la gomme et vous effacez. En agriculture bio, quand vous faites une erreur, vous payez cash », explique M. Piot. Il souligne aussi le surcroît de travail inhérent à sa nouvelle organisation. Même constat à la ferme de la Datinière, qui emploie quatre salariés contre un auparavant. D’où la forte hausse du nombre d’emplois direct. Les fermes bio en totalisent 100 300, ce qui représente 14 % de l’emploi agricole.

Les retards de paiement des aides de l’État n’ont cessé de s’accumuler, mettant en difficulté nombre d’exploitations

Pendant la période charnière de transition entre les deux modes de production, des aides à la conversion sont prévues pour soutenir l’agriculteur. Elles sont versées pendant cinq ans, sachant que le temps de conversion stricto sensu dure trois ans. Période pendant laquelle les productions n’ont pas encore le label AB et n’ont donc pas la valorisation correspondante.

Des aides au maintien devaient par ailleurs prendre le relais après le cap des cinq ans. Le gouvernement s’était ainsi engagé à un financement de 1,1 milliard d’euros pour le plan bio sur la période 2018-2022.

Progression record du bio dans l’agriculture française

Oui mais voilà, le versement de ces aides a viré au casse-tête. Les retards de paiement n’ont cessé de s’accumuler mettant en difficulté nombre d’exploitations. « Les dates de versement ne sont pas respectées. Nous n’avons rien touché au titre de l’année 2018. Ce qui représente entre 40 000 et 45 000 euros. Nous avons dû faire des prêts à court terme pour compenser », explique M. Gibault.

Même son de cloche chez Gwenaël Le Berre. Propriétaire de la ferme de Kerdroual à Gourlizon dans le Finistère, il a cumulé depuis son passage en bio, il y a trois ans, une « dette d’Etat » de même ordre et n’a rien touché au titre de 2018. « L’échéance de paiement est maintenant fixée au 30 juin », assure M. Le Berre, qui a choisi d’abandonner l’élevage laitier conventionnel pour se tourner vers un élevage bio de race à viande Angus.

Un retard préjudiciable alors que, dans le même temps, l’Etat a fixé dans la loi Alimentation un objectif de 15 % de surface agricole française cultivée en bio en 2022. « Même si nous sommes sur une bonne pente, le rythme n’est pas suffisant pour atteindre les objectifs fixés par la loi. Il faudrait 7 000 conversions par an », tempère M. Guhl.

Un risque de guerre des prix

Face à cette progression de la production, l’appétit des consommateurs est scruté de près. « La consommation de produit bio croît à un rythme très proche de celui de la production. En 2018, les Français ont dépensé 1,4 milliard d’euros supplémentaires soit un total de 9,7 milliards d’euros, ce qui représente 5 % des achats alimentaires des ménages », estime M. Guhl, qui tient à souligner la stabilité de la part des importations, à 31 %. « Le bio est une valeur refuge, gage d’innocuité, face à la peur des pesticides », analyse Charles Kloboukoff, président de la société Léa Nature.

Si la grande distribution, qui compte bien profiter de ce marché, joue un rôle clé dans la démocratisation du bio, certains s’interrogent sur un risque de guerre des prix qui pourrait bousculer la chaîne de valeur de cette agriculture.

« Malheureusement, les marchés porteurs, comme le bio ou le végétal, peuvent être identifiés comme des marchés d’appels. La pression de la grande distribution est entière. Il y a presque une logique de dire qu’il est important de se positionner de manière compétitive sur ces tendances de consommation », affirme Olivier Clanchin, dont l’entreprise Triballat Noyal a été un des pionniers du bio dans les magasins spécialisés mais aussi dans la grande distribution avec sa marque Vrai.

Il met aussi en garde contre l’excès de production de lait bio en France. « L’offre est passée de 600 millions de litres en 2016 à 1 milliard de litres aujourd’hui », précise-t-il

Progression record du bio dans l’agriculture française

Tout l’enjeu pour les agriculteurs bio est de défendre des prix rémunérateurs. M. Le Berre, qui vend sa viande en circuit court, s’est associé à trente éleveurs pour soutenir un projet de réouverture d’un petit abattoir public dans le Finistère. Ou comment allier bio et local, un argument précieux aux yeux des consommateurs.

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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 14:49

Le méthane est, avec le CO2, le principal gaz à effet de serre. Sa concentration croit très rapidement dans l’atmosphère, indiquent les dernières observations, ce qui inquiète vivement les climatologues. D'après Climat Nexus le 1er juin 2019 pour Reporterre. Lire aussi La hausse rapide du méthane alarme les climatologues et Le boom des émissions de méthane menace la lutte contre le réchauffement.

Le méthane croit de manière alarmante dans l’atmosphère

Une hausse inattendue du méthane atmosphérique mondial menace d’effacer les gains escomptés de l’Accord de Paris sur le climat. En avril dernier, la NOAA (National oceanic and atmospheric administration), aux États-Unis, a publié des données préliminaires montrant qu’un bond historique du niveau mondial de méthane atmosphérique s’est produit en 2018. Cette information couronne une vague de données scientifiques récentes et d’informations indiquant que les niveaux de méthane dans l’atmosphère, auparavant stables, ont augmenté de façon inattendue ces dernières années.

En 2018, le niveau de méthane dans l’atmosphère a atteint un nouveau sommet historique, marquant la deuxième plus forte hausse d’une année sur l’autre enregistrée au cours des 20 dernières années. Plus important encore, le bond en avant de 2018 a prolongé une reprise pluriannuelle imprévue de la croissance des niveaux mondiaux de méthane.

Cela suscite de très vives préoccupations dans la communauté scientifique. Dans un article publié par la revue Global Biochemical Cycles, des chercheurs alertent sur le fait que cette poussée du méthane – un puissant gaz à effet de serre - menace d’éliminer les gains escomptés de l’Accord de Paris sur le climat. Cet accord est en effet fondé sur des modèles qui supposent que le niveau du méthane est stable.

En cause : les zones humides, les combustibles fossiles, les bovins

Pourquoi ce sursaut du méthane se produit-il ? Cela n’est pas encore bien compris. Mais la plupart des experts estiment que toutes les sources traditionnelles (naturelles et anthropiques) contribuent au moins en petite partie au phénomène, en particulier les zones humides. Cependant, la réponse à la question de savoir quelle source d’émissions est à l’origine de l’augmentation de méthane est très différente de la réponse à la question de savoir quelle source d’émissions il vaut le mieux cibler pour enrayer cette augmentation.

Ainsi, les experts s’entendent pour dire que, quels que soient les facteurs à l’origine de cette poussée, la réduction des émissions provenant de la production et de la distribution de combustibles fossiles, principalement en mettant fin aux fuites et à la ventilation, est l’une des rares options disponibles pour contrôler les niveaux mondiaux de méthane et que cette option est la plus pratique.

À l’échelle mondiale, les émissions anthropiques de méthane représentent environ 48 % des émissions totales de méthane. À elles seules, les émissions de méthane provenant des combustibles fossiles représentent environ 34 % des émissions anthropiques totales.

Aux États-Unis, le système gazier et pétrolier est la principale source d’émissions de méthane. L’analyse la plus récente suggère que les émissions américaines de méthane provenant de l’activité pétrolière et gazière ont augmenté au cours des dix dernières années de 3,4 % par année environ 40 % au cours de la décennie.

Le méthane est un gaz à effet de serre éphémère mais superpuissant et est le deuxième plus important contributeur au réchauffement climatique anthropique après le CO2. Il représente un quart du déséquilibre radiatif anthropique (le forçage humain du réchauffement) depuis l’ère pré-industrielle. Avant l’ère industrielle, les niveaux mondiaux de méthane étaient faibles et relativement stables depuis 800.000 années, allant de 300 à 800 ppm (parties par million). Avec l’avènement de l’agriculture, puis de l’exploitation des combustibles fossiles, les niveaux de méthane ont grimpé en flèche pour atteindre plus de 1.800 ppm.

À partir des années 1990, la croissance des niveaux mondiaux de méthane a commencé à ralentir, et le méthane mondial est devenu relativement stable au cours de la période 2000-2006. Il est essentiel de noter que les niveaux de méthane étaient considérés comme stables dans les modèles de trajectoire préparés pour l’Accord de Paris sur le climat.

Néanmoins, les niveaux mondiaux de méthane ont repris une croissance rapide à partir de 2007. Cette croissance exceptionnelle s’est poursuivie en 2018, et la NOAA constate que le taux d’augmentation du méthane s’est accéléré au cours des cinq dernières années, dépassant de 50 % le taux de croissance observé pour la période 2007-2013. La dernière fois qu’une telle croissance a été observée était durant les années 1980, moment où l’industrie gazière de l’URSS s’est développé très rapidement.

La période de reprise de la croissance des niveaux mondiaux de méthane est maintenant de 12 ans (2007-2018) comparativement à la période de 7 ans de niveaux stables de méthane (2000-2006). Et les données préliminaires de 2018 indiquent que la tendance d’une croissance extraordinairement élevée s’établit maintenant à 5 ans.

Si la reprise de la croissance du méthane à l’échelle mondiale est maintenant bien documentée, les causes en sont mal comprises. Les réseaux mondiaux actuels de surveillance de l’environnement ne fournissent que peu d’informations sur les concentrations de méthane, ce qui rend difficile et complexe la distinction entre la myriade de sources individuelles de méthane provenant des industries des combustibles fossiles et les sources dispersées comme les zones humides et l’agriculture. Les lacunes dans la surveillance ne permettent pas non plus d’exclure une diminution de l’efficacité des mécanismes naturels qui absorbent le méthane de l’atmosphère.

Parmi les facteurs potentiels d’augmentation des émissions, mentionnons les émissions provenant des pratiques agricoles intensives, les émissions provenant des activités pétrolières et gazières et l’augmentation des émissions provenant des terres humides en réponse au réchauffement planétaire. Ce dernier facteur potentiel est particulièrement inquiétant, car il implique l’engagement d’une boucle de rétroaction sur le réchauffement climatique.

La production de combustibles fossiles est l’un des principaux moteurs du maintien des niveaux de méthane à l’ère industrielle. Par conséquent, la réduction de ces émissions aurait un impact significatif sur la lutte contre la montée du méthane. L’Agence internationale de l’énergie estime que l’industrie peut réduire ses émissions mondiales de 75 % - et que deux tiers de ces réductions peuvent être réalisées à coût net nul.

En outre, il existe des possibilités de réduire les émissions provenant de l’agriculture notamment en changeant l’alimentation des bovins.

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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 13:40

Une future usine de nettoyage des linges radioactifs, en Haute-Marne, inquiète les riverains. Par Emilie Torgemen le 28 mai pour l'Humanité. Lire aussi Ces déchets nucléaires près de chez vous.

Les combinaisons et textiles divers utilisés dans les centrales nucléaires sont nettoyés dans des laveries spécialisées,  comme celle qui doit ouvrir en 2021 non loin de Bure (Meuse).

Les combinaisons et textiles divers utilisés dans les centrales nucléaires sont nettoyés dans des laveries spécialisées, comme celle qui doit ouvrir en 2021 non loin de Bure (Meuse).

À Suzannecourt (Haute-Marne), la Marne s’écoule à petit filet. Si près de sa source, l’affluent de la Seine n’a pas le fort débit qu’il atteint en région parisienne. C’est sur les berges de cette petite rivière qu’Unitech compte installer sa prochaine « laverie nucléaire ». Or, 101 riverains et trois associations environnementales, Cedra (Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs), Nature Haute-Marne et le Réseau Sortir du nucléaire, attaquent en justice ce gigantesque pressing destiné à laver le linge contaminé des centrales nucléaires françaises. Ils ont déposé hier un recours en référé contre un arrêté accordant un permis de construction d’une laverie nucléaire dans cette commune.

« C’est un non-sens d’installer une activité polluante et radioactive en tête de bassin, pointe Bertrand Thuillier, ingénieur remonté contre ce projet. La chimie et notamment les phosphates vont faire proliférer les algues, la radioactivité va polluer l’eau potable des villes alentour. » Jusqu’au lac du Der, site touristique à 40 km, qui pourrait selon lui être contaminé.

60 000 L d'eau rejetés chaque jour eau

A terme, l’installation, qui doit ouvrir en 2021, doit laver plus de 1 900 t de linge par an et rejeter chaque jour près de 60 000 l d’une eau potentiellement chargée en phosphates, en nitrates, en métaux lourds… et en matières radioactives.

« Il n’y a pas d’inquiétudes à avoir, défend de son côté Jacques Grisot, directeur général d’Unitech. Selon les études, les rejets prévus seront trois cents fois sous les seuils légaux. »

Les laveries nucléaires sont des installations peu connues : on y nettoie combinaisons, vêtements, textiles divers utilisés dans les centrales avant de les retourner à l’envoyeur. A Suzannecourt, on lavera 30 % de « linge blanc », c’est-à-dire non radioactif, et 70 % de « linge rouge » irradié. Mais les combinaisons les plus exposées aux radiations n’y ont « pas droit de cité », insiste Jacques Grisot. Considérées comme des déchets, elles sont stockées à La Hague (Manche). Historiquement, les centrales françaises disposaient chacune de leurs machines à laver mais la tendance est à la sous-traitance. La laverie de Suzannecourt est censée prendre la relève de celle d’Areva à La Hague.

Le futur « pressing atomique » de Haute-Marne est situé à une vingtaine de kilomètres de Bure, le village de la Meuse qui doit accueillir Cigéo, le projet d’enfouissement des déchets radioactifs. Surprenant ? Pas du tout. « C’est la double peine, s’agace Jacques Leray, porte-parole du Cedra. Comme nous acceptons la poubelle radioactive du pays, l’Etat nous a promis une enveloppe pour développer le territoire (NDLR : les producteurs de déchets radioactifs distribuent dans ce département 30 millions d’euros par an). L’argent ne va pas dans des projets porteurs, il retourne en fait au nucléaire ! » Sur les rives de la Marne, au milieu des champs et des jolis corps de ferme, les industries nucléaires inquiètent de plus en plus. Quatorze communes situées plus bas sur le cours d’eau ont délibéré contre ce projet. La contestation se développe au fil de l’eau.

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30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 12:11

Des recommandations pour mettre en œuvre une biorégion résiliente face aux risques d’effondrement de l’Ile-de-France. Le Forum Vies Mobiles (think tank de la mobilité soutenu par la SNCF pour imaginer la transition vers des modes de vies plus durables et désirés) et l’Institut Momentum (réseau de réflexion sur les politiques de l’Anthropocène) présentent le visage d’une Île-de-France post-effondrement et proposent des recommandations pour limiter les conséquences du collapse de notre société industrialisée.               Lire aussi  La Métropole de demain sera verte ou invivable, Paris, encore loin des villes européennes modèles pour la pollution de l’air et la mobilité,              Climat, qualité de vie, inégalités : vers un « Grand Paris » des alternatives ? et « Une civilisation durable ne peut pas être une civilisation de la voiture ».

Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050

Les signes d'un effondrement de nos systèmes thermo-industriels se multiplient : épuisement des ressources naturelles, dérèglement climatique, déclin de la biodiversité, congestion et pollution liées à nos déplacements croissants… S’oriente-t-on vers une catastrophe planétaire ? L’hypothèse de l’effondrement semble avoir fait son chemin et devient crédible si aucune mesure politique sérieuse n’est prise pour l’éviter. Cependant, nous avons encore la capacité d’agir.

Pour le futur : transition ou effondrement ?

Le Forum Vies Mobiles a vocation à imaginer une transition vers des modes de vie plus soutenables et désirés. Il a néanmoins souhaité s’associer à l’institut Momentum pour réfléchir à l’effondrement.

Le Forum Vies Mobiles et l’institut Momentum s’accordent sur le fait que notre système de mobilité joue un rôle central dans les risques systémiques actuels et qu’il est urgent de repenser nos modes de vie futurs en prenant conscience du caractère limité de nos ressources et de la très faible résilience des mégalopoles.

Pourquoi imaginer une Île-de-France après l’effondrement ?

Le Forum Vies Mobiles préconise d’anticiper la possibilité d’un effondrement systémique afin d’en limiter autant que possible les conséquences par l’adoption de modes de vie plus sobres en énergie, de politiques d’évitement des déplacements inutiles ou subis et de politiques de résilience des territoires.

Caractérisée par une densité humaine et bâtie hors normes, la métropole francilienne, engorgée par des embouteillages à répétition, souffre de pics de pollution et de plus en plus souvent de températures caniculaires en été. Son extrême dépendance à un système de production et de distribution lui-même mondialisé la rend vulnérable. De ce fait, elle constitue un cas d’école pour penser l’effondrement et la manière de l’anticiper via une politique de sortie du « tout voiture » et plus généralement, la fin de notre addiction au pétrole et de la dépendance alimentaire.

Triptique Porte de Saint-Cloud : au centre, état actuel; à droite, vision 2050 si les recommandations sont suivies, à gauche, si aucune mesure n'est prise. ¢Caroline Delmotte.

Triptique Porte de Saint-Cloud : au centre, état actuel; à droite, vision 2050 si les recommandations sont suivies, à gauche, si aucune mesure n'est prise. ¢Caroline Delmotte.

Biorégion Île-de-France 2050

Dans le projet Biorégion Ile-de-France, Yves Cochet, Agnès Sinaï et Benoit Thévard de l’Institut Momentum ont appliqué l’hypothèse d’une sortie de l’Anthropocène en rupture avec nos modes de vie actuels à l'Ile-de-France.

L’ambition du projet

L’automobile est au cœur d’un système désormais bien documenté qui pose des problèmes de santé publique (accidents, pollution, sédentarité), consomme et dégrade une part importante de l’espace, qu’il soit urbain ou rural et, qui plus est, participe au changement climatique.

Caractérisée par une densité humaine et bâtie hors normes, l’Île-de-France souffre de plus en plus de pics de pollution et d’embouteillages à répétition, et de son extrême dépendance à un système de production et de distribution lui-même de plus en plus mondialisé. De ce fait, elle constitue un cas limite particulièrement intéressant pour penser une sortie du « tout voiture » et plus généralement, la fin de notre addiction au pétrole.

Or, si nous sommes de plus en plus nombreux à penser qu’une transition vers des modes de vie plus désirés et plus soutenables est nécessaire, force est de constater que la prise de conscience tarde à se concrétiser dans les politiques publiques, au risque qu’il soit trop tard. Si un effondrement de notre système nous prenait de court ? Un futur désirable sera-t-il alors encore imaginable ?

Le Forum Vies Mobiles a proposé à l’Institut Momentum d’explorer un scénario francilien à horizon 2050, en rupture avec nos modes de vies actuels, répondant à trois grandes hypothèses :

  • la prise de conscience a trop tardé et l’effondrement du système actuel a eu lieu ;

  • les territoires ont dû trouver une forme nouvelle d’autonomie en termes d’approvisionnement énergétique, de production alimentaire et de modes de déplacement ;

  • et une décroissance démographique d’envergure en a résulté.

Inspirés par l’exemple concret de collectivités post-pétrole telles que San Buenaventura en Californie, Bristol et Birmingham en Angleterre, Yves Cochet, Agnès Sinaï et Benoît Thévard adoptent une approche systémique et holistique pour leur travail de scénarisation : leur idée est de transformer et de réorganiser le territoire régional autour de milieux de vie locaux, les biorégions 1 .

Pour cela, ils ne se contentent pas d’utiliser la méthode du backcasting. Ils intègrent plusieurs ruptures fondamentales au cours des prochaines années pour imaginer une Île-de-France où l’automobile aura disparu ou presque, qui sera plus résiliente de façon à tendre vers une organisation humaine viable, réellement durable, voire désirable.

Le visage de l’Île-de-France en 2050 : une réorganisation en Biorégions

A contrario de la centralisation actuelle, une nouvelle société francilienne, e rupture avec la précédente, se serait organisée progressivement en huit biorégions. Il s’agirait de territoires plus autonomes découpés de façon à permettre aux populations de vivre en indépendance alimentaire et énergétique, limitant ainsi les déplacements des individus et des marchandises. Plutôt qu’une organisation administrative et politique basée sur un découpage arbitraire (en fonction notamment des infrastructures ou des intérêts économiques et politiques), c’est l’écosystème naturel qui serait pris en compte, avec pour objectif de limiter la dépendance aux grandes industries agroalimentaires. Côté transports, le nombre de véhicules individuels serait divisé par 55, soit 90 000 voitures en Île-de-France en 2050, contre cinq millions en 2015. La traction animale serait à nouveau développée et les lignes ferroviaires secondaires réhabilitées. En 2050, la consommation énergétique de la région aura été divisée par trois et sa population par deux. L’emploi agricole deviendra la première source d’activité devant les services marchands et les services publics.

Les recommandations de Momentum pour faire face à l’effondrement en Île-de-France

Si la société actuelle ne change pas d’orientation (croissance économique, croissance des mobilités carbonées, consommation des ressources, productivisme, …), le risque d’effondrement est réel. Pour limiter ces risques, ou au moins les impacts d’un effondrement en Île-de-France, des solutions existent :

  • Diviser par deux le nombre d’habitants dans la région. Plutôt que d’attendre une décroissance démographique forcée, il faut organiser une déconcentration des activités. C’est d’autant plus plausible que l’étude Aspirations et projets de mobilité résidentielle des Franciliens du Forum montre qu’une personne sur deux souhaite quitter l’Île-de-France.

  • Réduire progressivement la consommation énergétique par habitant à une tonne équivalent pétrole, soit une division par 2,6 par rapport à la moyenne nationale actuelle. Développer un réseau de production locale d’électricité afin de tendre à l’autosuffisance énergétique.

  • Réduire les déplacements et le nombre de voitures : passer d’environ cinq millions aujourd’hui à moins de 90 000 véhicules en Île-de-France en 2050. Ouvrir les champs aux circulations pédestres ; développer une culture du cheval et de la traction animale. Valoriser et réhabiliter les lignes ferroviaires secondaires en Île-de-France.

  • Promouvoir une nouvelle donne économique basée sur la proximité des échanges, les énergies renouvelables et la gestion des communs par un établissement foncier agricole biorégional et des manufactures coopératives.

  • Promouvoir les métiers manuels et le low-tech. Passer de dix mille emplois agricoles en 2017 en Île-de-France, à environ un million et demi en 2050.

  • Transformer en polycultures les 600 000 hectares de surface agricole utile de l’Île-de-France afin de garantir son autosuffisance alimentaire.

  • Assurer la continuité des trames vertes par l’insertion de parcs agricoles urbains résorbant les entrées de villes.

  • Valoriser le rationnement comme principe d’égalité des citoyens et de lutte contre le dépassement

Le projet Biorégions 2050 a été l’objet d’une publication téléchargeable gratuitement : Télécharger la synthèse des résultats !

Télécharger la synthèse des résultats du projet Biorégions 2050

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29 mai 2019 3 29 /05 /mai /2019 09:15

Avec ses 58 réacteurs et 60 ans d’existence, l’industrie électronucléaire française produit des déchets radioactifs en masse, qui s’accumulent au fil des ans. Que deviennent-ils ? Où sont-ils stockés ? Par où transitent-ils ? Notre carte des déchets nucléaires vous permet de découvrir les 70 principaux lieux de stockage et axes de transport de matières et déchets radioactifs à proximité de votre commune. Par Greenpeace le 28 mai 2019. Lire aussi L’enfouissement des déchets radioactifs n’est pas la seule solution, selon un rapport de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, Seul 1% du combustible nucléaire français est recyclé et Déchets nucléaires : l’État doit cesser de mentir.

Le Parisien Infographie K. Vasseur, source Greenpeace.

Le Parisien Infographie K. Vasseur, source Greenpeace.

Nous sommes toutes et tous concerné.e.s par les déchets nucléaires. Alors qu’un débat public sur la gestion des déchets radioactifs se tient jusqu’au 25 septembre, chaque citoyen.ne doit pouvoir faire entendre sa voix, pour que l’industrie nucléaire ne soit pas la seule à s’exprimer.

Vous pouvez agir face à la crise des déchets nucléaires

Pourquoi une carte des déchets nucléaires ?

Carte interactive sur https://www.greenpeace.fr/dechets-nucleaires-pres-de-chez-vous/.

Les déchets nucléaires ne concernent pas seulement les riverains des centrales nucléaires. Ils se sont accumulés sur l’ensemble du territoire français métropolitain. A elle seule, l’industrie électronucléaire est responsable de près de 60 % des déchets radioactifs produits en France, soit près d’un million de mètres cubes selon l’inventaire officiel de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra).

Ces matières et déchets radioactifs circulent de leur lieu de production à un lieu d’entreposage ou de stockage à un autre, souvent à l’insu des riverains. C’est cette réalité de la crise des déchets nucléaires que nous exposons à travers cette carte des sites et points de passage des matières et déchets radioactifs.

Que montre cette carte des déchets nucléaires ?

La carte des déchets nucléaires créée par Greenpeace présente uniquement les principaux sites d’entreposage et points de transit des déchets radioactifs générés par l’industrie électronucléaire, des installations industrielles et de recherche liées à cette industrie ainsi que trois sites militaires.

A cela s’ajoutent des matières radioactives, non considérées comme des « déchets nucléaires » par l’industrie car théoriquement « valorisables ». Dans les faits, elles sont très peu réutilisées : seul 1% du combustible usé est réellement valorisé. Le reste s’accumule, sans perspective de réutilisation.

Nous avons choisi de représenter sur notre carte, en plus des déchets officiels répertoriés par l’Andra, plusieurs lieux de passage (routes, gares…) ou d’entreposage de combustibles usés et de substances issues du retraitement (tel que le plutonium). Ces matières, non classées parmi les déchets, n’en sont pas moins dangereuses. Elles circulent et s’accumulent aux quatre coins de France.

Cette carte ne mentionne pas en revanche les déchets radioactifs issus de la médecine, de la recherche fondamentale (hors secteur électro-nucléaire et/ou militaire) et d’autres activités civiles et militaires.

D’où viennent les données de cette carte ?

Les sites d’entreposage et de stockage de déchets radioactifs sont ceux répertoriés par l’Andra. Les points de transit des convois nucléaires ont eux été identifiés par Greenpeace, sur la base de nos observations. Ces convois circulent dans des gares et sur des routes très fréquentées et sont donc facilement identifiables par tout un chacun.

Pour en savoir plus sur les déchets nucléaires

Notre carte des déchets nucléaires  https://www.greenpeace.fr/dechets-nucleaires-pres-de-chez-vous/ présente les sites et points de passage de déchets radioactifs, avec des fiches sur chaque lieu. Les détails sur les différents types et caractéristiques des déchets qui s’y trouvent sont disponibles sur le site de l’inventaire de l’Andra. Pour plus d’informations sur la crise des déchets nucléaires, vous pouvez également consulter nos articles et rapports :

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27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 17:18
Merci aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens qui ont voté " Pour le climat, tout doit changer ! "

Merci

aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens, et en particulier aux jeunes générations, qui ont choisi de voter pour la liste Pour le climat, tout doit changer !

Ensemble, le 26 mai 2019, nous avons rassemblé 24,45 % des voix sur notre ville, plaçant Europe Ecologie en tête aux Lilas, et Les Lilas en tête de l’Île-de-France comme le plus fort pourcentage de suffrages exprimés pour notre liste Pour le climat, tout doit changer !

Merci d’avoir cru avec nous que l’échelon européen est le seul auquel il est possible, sous la pression des citoyens, de mener une action efficace contre le dérèglement climatique. Douze député.e.s écologistes ont été élu.e.s en France et mettront tout en œuvre pour faire appliquer Pour le climat, tout doit changer ! : adopter un traité environnemental européen contre l’acceptation du productivisme et la valorisation de la consommation comme moyen d’émancipation, contre le capitalisme néo-libéral, anti-social et anti-écologiste.

Oui, Europe Ecologie Les Verts veut « Changer le système, pas le climat ! », la politique, nos vies. C’est ce à quoi nous participons aux Lilas depuis longtemps, pour une écologie politique du quotidien, qui préserve notre environnement, la santé des lilasiennes et des lilasiens et développe les communs aux Lilas : un air non pollué et une eau en régie publique, une alimentation bio et accessible à toutes les bourses, une mobilité douce et partagée, une énergie renouvelable locale, un poumon vert à la Corniche des Forts, une qualité de vie pour toutes et tous.

Europe Ecologie Les Verts ne prétend pas avoir le monopole des préoccupations écologiques, et aux Lilas, nous saluons d’abord la jeunesse mobilisée pour le climat tous les vendredis, et singulièrement le 24 mai, mais aussi toutes les électrices et les électeurs d’Urgence écologie, du Parti animaliste, de Genération.s, de La France Insoumise, de Envie d’Europe écologique et sociale… tous adeptes d’un mieux vivre ensemble – à l’opposé des 9,1% qui ont donné leurs suffrages au Rassemblement national aux Lilas. Ensemble, nous pouvons construire pour nos concitoyens une réponse locale à l’urgence écologique et sociale, contre la privatisation des services publics pour mettre Les Lilas en commun.

   Merci !

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24 mai 2019 5 24 /05 /mai /2019 17:53

Dimanche, les Européens éliront leurs 705 représentants au sein de l’Union. Mais, quel est le rôle des eurodéputés, notamment en matière écologique ? D'après Politis et Reporterre. Lire aussi « L’écologie doit être au cœur de toute décision » : 77 organisations appellent à une grève mondiale pour le climat le 24 mai, Votez pour le climat ! et Qu'est-ce qu'on attend pour tout changer ?

Le Parlement européen est utile à l’écologie ... malgré les lobbies !

Dimanche, les Européens éliront leurs 705 représentants au sein de l’Union. Mais, quel est le rôle des eurodéputés, notamment en matière écologique ? Reporterre aide à y voir plus clair dans cette terre de lobbies, de jeux politiques et de pouvoir.

Que vous vous promeniez dans une zone Natura 2000 ou que vous achetiez un véhicule moins polluant qu’auparavant, c’est grâce à l’Union européenne. Les limites de pollution aux particules fines, la protection des cours d’eau ou de certaines espèces d’oiseaux, c’est encore l’Europe. « Plus de 80 % des dispositions du Code de l’environnement viennent de directives ou de règlements européens », souligne l’avocat Arnaud Gossement, spécialiste du sujet.

« Sur l’écologie et le climat, tout se joue à Bruxelles [à la fois le siège de la Commission européenne et là où se tiennent les commissions et les séances additionnelles du Parlement européen] », confirme Karima Delli, eurodéputée écologiste et candidate aux élections du 26 mai. L’environnement fait en effet partie des « compétences partagées » : l’Union européenne est prioritaire sur les États pour légiférer. Ainsi, « depuis l’adoption de la directive Oiseaux en 1979, le droit de l’environnement a pris une place de plus en plus importante au sein de l’Union européenne, précise Arnaud Gossement. C’est un des domaines où l’on prend le plus de directives ». Et, qui dit directives, dit eurodéputés. Le Parlement européen partage en effet le pouvoir législatif avec le Conseil européen, réunissant les gouvernements des États membres. Pour le meilleur, et pour le pire : « L’autorisation du glyphosate, le paquet ferroviaire ou les traités de libre-échange sont dans les compétences des parlementaires européens », rappelait Manon Aubry, tête de liste des « insoumis » aux élections européennes. À bien des égards, le libéralisme de l’Union européenne paraît effectivement contradictoire avec l’urgence écologique.

Malgré tout, la plupart des acteurs s’accordent à le dire : « Sans le Parlement européen, nous n’aurions pas de progression du droit de l’environnement », dit Me Gossement. « C’est une institution qui tient tête aux États, et qui est très souvent bien plus progressiste que le Conseil ou la Commission sur les questions écologiques », confirme Neil Makaroff, du Réseau Action Climat (RAC).

« Très souvent, on a une bonne proposition des parlementaires, mais elle est amoindrie ou même vidée de sa substance par le Conseil » 

L’exemple de la pêche électrique, dont l’interdiction d’ici 2021 a été obtenue au début de cette année, est éclairant. « Au départ, la Commission européenne, qui est à l’initiative des directives, avait proposé un texte qui étendait les possibilités de la pêche électrique », raconte Frédéric Manach, de l’ONG Bloom. Avec l’appui de plusieurs eurodéputés, dont Yannick Jadot (EELV) et Younous Omarjee (France insoumise), Bloom est parvenu à convaincre une majorité de parlementaires, dans tous les groupes politiques. « Ils ont amendé le texte et voté massivement, en janvier 2018, pour l’interdiction de cette pratique », poursuit M. Manach. Il a ensuite fallu se battre contre le Conseil, plutôt favorable à l’électrocution des poissons, au sein du « trilogue » : quand les deux institutions législatives ne sont pas d’accord sur un texte, elles négocient un accord, sous la houlette de la Commission européenne — soit un « trilogue », regroupant Conseil, Commission et Parlement européens.

« Les Pays-Bas, pro-pêche électrique, avaient mis en place une force diplomatique pour convaincre les autres États de rejeter la position du Parlement, se rappelle M. Manach. Et le problème est que le Conseil a un poids plus important, il dispose d’une capacité de négociation plus forte. » Le Parlement a finalement emporté le bras de fer. Mais ce n’est pas toujours le cas, tant s’en faut. « Très souvent, on a une bonne proposition des parlementaires, mais elle est amoindrie ou même vidée de sa substance par le Conseil », résume M. Manach. Le projet de redevance pour les poids lourds, porté par des députés, dont Mme Delli, est ainsi pour le moment bloqué par les représentants des gouvernements. Idem pour le glyphosate, dont la réautorisation pour cinq ans a été permise par une décision de l’Allemagne.

Le bâtiment Louise-Weiss, siège du Parlement européen à Strasbourg (Bas-Rhin)

Le bâtiment Louise-Weiss, siège du Parlement européen à Strasbourg (Bas-Rhin)

Autre exemple, la directive sur les énergies renouvelables, adoptée en novembre 2018, est moins ambitieuse qu’espéré : « On n’est pas allé aussi loin que ce qu’on aurait pu et dû, affirme Neil Makaroff. Une part de 32 % dans le mix énergétique, ça reste faible. » À qui la faute ? « Beaucoup de pays, ceux d’Europe de l’Est mais également l’Allemagne, et même la France, se sont montrés très réticents ».

La Commission peut aussi jouer la frileuse. C’est ce qui s’est passé sur la réduction des émissions de CO2 pour les véhicules. Les eurodéputés portaient une proposition de baisse de 40 % des émissions d’ici à 2030. Un objectif décevant par rapport aux évaluations de plusieurs instituts, préconisant une diminution de 70 % d’ici à 2030 pour respecter l’Accord de Paris. Mais le Parlement allait plus loin que la position de la Commission européenne, qui proposait une baisse de 30 % en 2030, et que le Conseil, d’accord pour un timide - 35 %. En définitive, les parties se sont accordées sur un objectif de - 37,5 % à horizon 2030. « Heureusement qu’il y avait le Parlement européen pour rectifier le tir, insiste Karima Delli. Nous avons dû batailler dur, contre la Commission et contre le lobby automobile. »

« À Bruxelles, tous les lobbyistes sont déclarés dans un registre, on sait ce qu’ils font et qui ils rencontrent » 

Le poids de ces groupes d’intérêts, notamment au sein de la Commission, explique en partie l’insuffisance des ambitions environnementales. « Certains textes de la Commission sont purement et simplement formulés par les industriels, dit Frédéric Manach. Pour 30.000 fonctionnaires à Bruxelles, il y a 30.000 lobbyistes. » Difficile pour les ONG de lutter à armes égales contre Bayer-Monsanto ou Volkswagen. « Bloom est absent de la Commission, car nous n’avons pas les moyens humains et financiers d’assurer une présence à l’année, et nous préférons nous concentrer sur l’information des parlementaires », indique M. Manach. Même son de cloche du côté du Réseau Action Climat, qui envoie deux représentants, dont Neil Makaroff, à Bruxelles, « quand certaines entreprises automobiles peuvent en envoyer quarante », selon le chargé de mission. Valentine Tessier, avocate en droit de l’environnement, constate cependant de nettes améliorations : « Ont été mis en place les Green10, qui rassemblent les 10 plus grandes ONG à vocation environnementale, afin d’aider les institutions européennes dans l’élaboration des politiques publiques, explique-t-elle. Ainsi, les lobbies environnementaux sont également très présents à Bruxelles, ils permettent d’apporter un équilibre dans la défense de l’intérêt général. »

Le siège de la Commission européenne, à Bruxelles

Le siège de la Commission européenne, à Bruxelles

Arnaud Gossement préfère lui aussi voir le verre à moitié plein : « Je rêverais que la France se dote des mêmes règles de contrôle et de transparence que l’UE, dit-il. À Bruxelles, tous les lobbyistes sont déclarés dans un registre, on sait ce qu’ils font et qui ils rencontrent. Alors, oui, ça sort dans les médias, mais c’est une bonne nouvelle, ça permet d’impulser une résistance. » Un contre-pouvoir qui peut venir de mobilisations citoyennes — comme sur le climat —, d’ONG environnementales, qui mènent ainsi des campagnes de contre-lobbying et de contre-expertise, mais aussi, d’après l’avocat, des parlementaires eux-mêmes : « Les eurodéputés sont souvent à la manœuvre pour dénoncer les pressions de groupes économiques », fait observer Arnaud Gossement.

Le Parlement n’est pas non plus tout vert dans cette histoire. Nombre de députés adoptent des positions anti-environnementales, comme l’a montré notamment l’Observatoire des élus pour le climat, porté par le RAC. « Les partis de droite et d’extrême droite, et dans une moindre mesure les centristes du Modem ou d’En marche, se sont majoritairement opposés aux mesures de transition écologique les plus ambitieuses », constate M. Makaroff. Un frein que déplorait Yannick Jadot dans un entretien à Reporterre il y a quelques semaines : « Les majorités qui mettent en place des politiques publiques sont libérales et conservatrices, expliquait-il. Le Parlement aurait pu voter contre le Ceta [le traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne]. Il suffisait d’un vote ! Malheureusement, les socialistes ont rejoint les libéraux et les conservateurs en faveur du Ceta. » D’après la tête de liste des écologistes français, « le Parlement pèse ainsi beaucoup moins dans les institutions européennes que ce que lui donnent ses compétences. Il pourrait par exemple rejeter le budget. » L’intérêt général s’empêtre ainsi dans des jeux politiques et de pouvoir.

« Les parlementaires peuvent orienter les enveloppes vers la transition écologique » 

Reste qu’une des principales raisons pour lesquelles la cause écologique ne progresse pas assez vite n’est pas à chercher du côté de l’Union européenne, mais des États eux-mêmes. « Pour s’appliquer dans un État membre, une directive doit être transposée en droit national, à travers l’adoption d’une loi ou d’un décret, explique Arnaud Gossement. Or, certains pays, la France en tête, ont tendance à attendre le dernier moment. » Ainsi, la directive Habitats de 1992, qui a notamment instauré les réserves Natura 2000, a mis une dizaine d’années à être appliquée, mais de manière incomplète. « Face à l’opposition d’une partie du monde rural, les gouvernements successifs ont préféré différer, explique Simon Jolivet, maître de conférence en droit public. Il leur semblait plus facile politiquement d’accuser Bruxelles et de montrer leurs muscles. » Les pays peuvent être condamnés, y compris avec des sanctions financières, en cas de non-transposition ou de mauvaise transposition. Ainsi la France a été maintes fois mise en cause par la justice européenne : récemment, c’est sur les biocarburants, l’efficacité énergétique, et la qualité de l’air que nous avons été épinglés. Mais « ce mécanisme reste peu efficace, constate Lucas Globensky dans une note rédigée pour La Fabrique écologique, car trop long, avec des États membres trop peu mis en cause et des sanctions trop rares ».

Selon lui, les pays traîneraient des pieds à cause, entre autres, d’un manque de financements, les fonds européens étant limités. « La France touche en moyenne un total d’environ 2,8 milliards d’euros de fonds européens pour l’environnement, dit Lucas Globensky, alors que pour mener à bien la transition énergétique, il faudrait entre 45 et 60 milliards d’euros d’investissement chaque année. » Conclusion : il faudrait plus d’argent, donc plus de recettes. Même si les questions fiscales demeurent le pré carré des États membres, Neil Makaroff attend beaucoup des futurs eurodéputés : « Des discussions sont actuellement en cours sur la répartition des 1.200 milliards d’euros de budget pour la période 2021-2027, dit-il. Les parlementaires peuvent orienter les enveloppes vers la transition écologique. »

L’hémicycle du bâtiment Paul-Henri Spaak, lieu de travail du Parlement européen à Bruxelles

L’hémicycle du bâtiment Paul-Henri Spaak, lieu de travail du Parlement européen à Bruxelles

Autre enjeu essentiel auquel devront se confronter les futurs élus, la réforme de la politique agricole commune (PAC). « L’UE a jusqu’ici été très lente pour modifier son approche vers une agriculture plus écologique », dit Lucas Globensky. « Les neuf milliards d’euros d’argent public qui tombent en France tous les ans doivent servir à soutenir ceux qui ont fait la conversion au bio et surtout à aider tous les autres à se convertir », soutenait également M. Jadot.

Outre le pouvoir législatif et budgétaire, les députés peuvent mener des commissions d’enquête comme celle sur le Diesel Gate ou l’évaluation des pesticides. Ils sont également d’intéressants pourvoyeurs de fonds pour leurs partis nationaux. Ceux-ci récupèrent chaque année une part des 30 millions d’euros distribués par le Parlement européen aux différents groupes. Les parlementaires reversent également une part de leur indemnité (6.600 euros net par mois) à leur mouvement politique.

In fine, la balance écologique pencherait donc plutôt du côté du Parlement européen. Tout en admettant un certain nombre de limites, Neil Makaroff veut y croire : « Pour gagner la bataille climatique, ce n’est pas à 65 millions de Français qu’on y parviendra, mais à 500 millions d’Européens », dit-il. « L’Europe permet à de nombreux pays d’aller plus loin dans leurs ambitions écologiques, souligne aussi Lucas Globensky. Même si cela paraît insuffisant, la Pologne n’aurait jamais fait de telles avancées, par exemple sur la préservation de la forêt primaire de Bialowieza. »

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