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14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 11:00

La plupart des Etats réunis en Pologne pour la COP24 ne semblent pas prêts à faire de gros efforts pour réduire leurs émissions de gaz à effets de serre. Certains mettent en garde contre un accord « médiocre ». Un projet de décision vient d’être publié, mais les divisions restent fortes sur l’application de l’accord de Paris, la hausse des efforts des Etats et les financements. D’après Emilie Torgemen pour Le Parisien et Audrey Garric pour Le Monde le 14 décembre 2018. Lire aussi La France rétrogradée en 21ème position des performances climatiques et Les ONG décryptent les enjeux de la COP 24.

Le secrétaire général des Nations unis Antonio Guterres, et le président de la COP 24, Michal Kurtyka, à Katowice (Pologne), le 12 décembre. AP

Le secrétaire général des Nations unis Antonio Guterres, et le président de la COP 24, Michal Kurtyka, à Katowice (Pologne), le 12 décembre. AP

Jeudi 13 décembre, à la veille de la fin officielle de la conférence mondiale sur le climat (COP24), l’effervescence est palpable au sein du « Spodek ». Dans ce site en forme de soucoupe volante, construit sur une ancienne mine de Katowice, au cœur de la région charbonnière de la Pologne, un projet de décision vient d’être publié par la présidence polonaise des débats. Les ONG s’activent pour tenter d’en décrypter la teneur, les pays multiplient les consultations ministérielles et tous se prêtent au jeu classique des observateurs de longue date des COP : parier sur le retard que prendront les négociations.

L’enjeu est important : cette grand-messe, la plus importante depuis la COP21, doit à la fois mettre en musique l’accord de Paris conclu en 2015 et renforcer les financements pour favoriser la transition vers un monde neutre en carbone. Surtout, les Etats doivent s’engager à augmenter leurs efforts pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre alors que la planète se dirige vers un réchauffement de 3,2 °C d’ici à la fin du siècle.

Mais face à l’ampleur de la tâche, dépassés par des enjeux à la fois complexes et très techniques, les négociateurs des 196 Etats présents à la COP ont pris du retard. Beaucoup de retard tant les divisions restent fortes.

Mardi, le président des débats, le secrétaire d’Etat polonais à l’environnement, Michal Kurtyka, a repris les rênes pour retravailler lui-même le texte. Il a également nommé des « paires de ministres », issus d’un pays développé et d’un pays en développement, afin d’accélérer le processus et enlever ces fameux « crochets » – les différentes options à trancher – qui ponctuent les projets de décision.

Questions à trancher

Jeudi soir, soit deux jours plus tard que prévu, la présidence polonaise a publié une quinzaine de textes qui formeront les chapitres du guide d’application de l’accord de Paris (le rulebook, dans le jargon des négociations), c’est-à-dire l’ensemble des règles qui permettront de le rendre réellement opérationnel pour maintenir l’envolée des températures sous le seuil des 2 °C.

« Le texte n’est pas encore équilibré, plusieurs sujets clés n’ont pas encore été tranchés et certains éléments essentiels ont disparu du texte, prévient Lucile Dufour, responsable des négociations internationales au Réseau action climat, qui fédère les ONG actives sur le sujet. La présidence polonaise doit enfin jouer son rôle de chef d’orchestre pour rectifier le tir dans la dernière ligne droite. »

Parmi les points épineux qui restent à régler, l’article sur l’utilisation des marchés carbone compte le plus de crochets, avec des interrogations sur leur fonctionnement, leur gouvernance ou les règles de comptage. Le mécanisme de transparence, qui devrait intervenir à partir de 2024, est également encore en débat, pour savoir de quelle manière les pays rendent compte des progrès accomplis et quel est le degré de flexibilité accordé aux pays en voie de développement.

Les ONG déplorent un recul majeur : que le thème des « pertes et préjudices », c’est-à-dire des dommages irréversibles causés par les dérèglements du climat tels que les ouragans ou les inondations, soit relégué en note de bas de page, alors qu’un article de l’accord de Paris lui est pourtant consacré. « Nous regrettons ce choix car la demande des pays en développement de prendre en considération cet enjeu est légitime », réagit Yamide Dagnet, experte au World Resources Institute, un think tank américain.

« La mention du respect des droits humains a également disparu. Pourtant l’action climatique peut avoir des effets pervers, comme lorsque la construction de barrages hydrauliques déplace des populations entières », renchérit Anne-Laure Sablé, chargée de plaidoyer pour CCFD-Terre Solidaire.

Hausse de l’ambition

Les lignes ont en revanche commencé à bouger sur la question de l’ambition – c’est-à-dire la hausse de l’effort pour combattre le réchauffement –, longtemps reléguée au second plan.

Jeudi, une cinquantaine de pays parmi les plus vulnérables au changement climatique ont appelé à l’action face au « risque d’extinction » de leurs nations. Leur groupe informel, le Climate Vulnerable Forum, qui représente plus d’un milliard de personnes dans quarante-huit pays en Afrique, en Asie et dans les petites îles, s’était déjà engagé en octobre à accroître leurs engagements pour limiter les gaz à effet de serre (NDC) d’ici à 2020.

« Les décennies d’apathie et de procrastination doivent s’arrêter ici à Katowice », a lancé le commissaire philippin au climat Emmanuel De Guzman.

Marche pour le climat le 8 décembre à Katowice, Pologne

Marche pour le climat le 8 décembre à Katowice, Pologne

En parallèle, plus de soixante-dix Etats (onze pays européens, des Etats insulaires, le Canada, la Nouvelle-Zélande ou encore le Costa Rica), ainsi que le commissaire européen au climat et à l’énergie, regroupés en une « coalition de la haute ambition », ont également publié, mercredi, un appel dans lequel ils se disent « déterminés à augmenter l’ambition d’ici à 2020, dans le respect de l’accord de Paris ». Cela passera, indiquent-ils de manière imprécise, par la révision à la hausse des NDC. Fait notable, c’est la première fois que l’Union européenne (UE), en proie à de fortes divisions, s’engage sur le sujet.

Ce vent d’espoir est pourtant encore trop léger pour emporter l’ensemble de la communauté internationale. Pour l’instant, malgré des annonces de plusieurs pays, seules les îles Marshall ont d’ores et déjà mis sur la table une nouvelle NDC.

Surtout, les principaux pollueurs, la Chine, les Etats-Unis et l’Inde, n’ont livré aucun signal montrant qu’ils étaient prêts à aller plus loin. Pire, l’élan a été freiné, au milieu des deux semaines de la COP, par la tentative de l’Arabie saoudite, du Koweït, de la Russie et des Etats-Unis d’édulcorer une référence au rapport historique du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur la nécessité de limiter le réchauffement à 1,5 °C, une façon d’ignorer l’urgence à agir.

« Si la délégation américaine suivait les orientations du président Trump, elle serait en train de torpiller les négociations, ce qui n’est pas le cas », relativise un expert du dossier. « Il est handicapant de ne pas avoir de représentation de la France à haut niveau pour avancer », juge de son côté Lucile Dufour, alors que Brune Poirson est rentrée précipitamment à Paris mardi soir en raison de la crise des « gilets jaunes ».

Financements insuffisants

Pour les pays les plus vulnérables, l’action est bien trop lente. « Les émissions de CO2 continuent à augmenter, augmenter, augmenter. Et tout ce que nous semblons faire c’est parler, parler, parler. Nous soulevons toujours les mêmes questions fastidieuses », a déploré l’ancien président des Maldives Mohamed Nasheed.

« Rater l’opportunité d’agir ne serait pas seulement immoral, mais suicidaire », a prévenu mercredi le secrétaire général des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, qui doit revenir à la COP24 vendredi, pour maintenir la pression sur les Etats.

Reste la question des financements, le nerf de la guerre des négociations. Nombre de pays développés ont fait un geste envers ceux en développement, en promettant un total de 129 millions de dollars (114 millions d’euros) pour le Fonds d’adaptation et de 28 millions de dollars pour le Fonds pour les pays les moins développés.

Surtout, l’Allemagne et la Norvège ont annoncé doubler leur contribution (portées à respectivement 1,5 milliard d’euros et 350 millions d’euros) dans le Fonds vert, le principal mécanisme de transfert des flux financiers du Nord vers le Sud.

« C’est bien moins que ce dont ont besoin les pays en développement » pour s’adapter au réchauffement, regrette Issa Abdul Fazal, le coordinateur du Forum pour le changement climatique en Tanzanie. L’absence de promesses pour la suite, après 2025, inquiète également les pays du Sud. Le temps est désormais compté, d’ici à vendredi, samedi ou au pire dimanche, pour résoudre une majorité de conflits.

Manifestation pour le climat en marge de la COP24 le 8 décembre 2018 à Katowice, Pologne.

Manifestation pour le climat en marge de la COP24 le 8 décembre 2018 à Katowice, Pologne.

« A ce stade on a de grosses inquiétudes sur l’aboutissement de cette COP », glisse de son côté Fanny Petitbon, spécialiste climat pour l’association CARE. Ce qui explique l’alerte donnée jeudi par les pays les plus vulnérables, inquiets du « risque d’extinction » de leurs nations : « Nous appelons toutes les parties à s’unir contre toute conclusion médiocre de la COP24 », martèle ainsi dans un message vidéo la présidente des Iles Marshall, situées au beau milieu de l’océan Pacifique.

Citoyens à la rescousse

Tout n’est pas encore perdu. Le sort des COP, expliquent les connaisseurs, se joue jusque dans les dernières heures. Faute d’accord, la clôture des négociations pourrait être décalée. Parmi les rares signaux positifs, une coalition de 26 pays a appelé à relever les engagements dans la lutte contre le réchauffement climatique. Parmi les signataires, la France.

Encore faut-il que notre pays, hôte de la COP21, soit crédible alors que la crise des Gilets jaunes a fait beaucoup jaser dans les couloirs de cette conférence internationale. « Cet épisode doit rappeler aux Etats que pour mobiliser, la transition écologique doit être équitable et comprise », insiste Pierre Cannet. Sans compter que l’Hexagone n’est pas dans les clous dans ses engagements, puisqu’en 2017, ses émissions censées baisser repartent à la hausse. Parce que le carburant a été moins cher. Parce que le déploiement des énergies renouvelables prend du retard. Et la France n’est pas la seule : aucun des 28 États membres de l’Union européenne ne s’est mis en ligne avec l’accord de Paris.

Pour que Katowice ne soit pas une COP pour rien, des citoyens ont lancé un « off » parrainé par plusieurs personnalités dont Pierre Larrouturou, Corinne Lepage et Jean Jouzel. Dans la lignée des mouvements citoyens comme #ilestencoretemps, #onestpret, etc. De son côté, le mouvement #Cop24NonOfficial a prévu d’exercer « un véritable lobby citoyen » sur les pays via les réseaux sociaux. « Nous ne pouvons plus déléguer aveuglément à nos dirigeants la responsabilité d’agir pour notre avenir commun », expliquent-ils. L’initiative encourage par exemple le public à soutenir les actions en justice menées par des enfants contre des États.

Une ado appelle à faire grève pour le climat

« VAGUES de chaleur, inondations, ouragans tuent des centaines de personnes et dévastent des communautés du monde entier. Mais à quoi bon connaître les faits si les adultes les ignorent ? »

Lassée des atermoiements des « grands » censés agir à la COP24, Greta Thunberg, une adolescente suédoise de 15 ans, appelle aujourd’hui à une grève internationale dans chaque école pour le climat. Relayées sous le hashtag #Climatestrike, ses nombreuses vidéos ont fait le tour du monde et son appel à déserter les écoles a déjà été entendu en Suède, en Australie et au Japon où des élèves ont lâché leur cartable pour inciter leurs leaders politiques à prendre les mesures. Greta elle-même a déjà manifesté devant des lieux symboliques du pouvoir dans son pays et elle appelle, au dernier jour de la conférence climat de l’ONU, jeunes et moins jeunes à agir.

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13 décembre 2018 4 13 /12 /décembre /2018 12:05

Les grands pays ne sont pas sur une trajectoire permettant d’éviter un réchauffement à moins de 1,5 °C. C’est ce que révèle l’indice de performance des changements climatiques 2019 publié le 10 décembre 2018. D’après Agnès Sinaï pour Actu Environnement et Alexandra Chaignon pour l’Humanité le 13 décembre 2018.        Lire aussi Les ONG décryptent les enjeux de la COP 24 et La vie humaine totalement perturbée par le changement climatique : décès, famines, pénuries d’eau, migrations…

La Pologne est enferrée dans les énergies fossiles. Des manifestants n’ont pas manqué de le rappeler à l’occasion de la COP24 . Karolina Jonderko/NYT-REDUX-REA

La Pologne est enferrée dans les énergies fossiles. Des manifestants n’ont pas manqué de le rappeler à l’occasion de la COP24 . Karolina Jonderko/NYT-REDUX-REA

L'indice de performance des changements climatiques 2019 (CCPI), publié le 10 décembre à la COP 24 à Katowice (Pologne), montre que seule une poignée de pays ont commencé à mettre en œuvre des stratégies visant à limiter le réchauffement de la planète en dessous de 2°C voire de 1,5°C.

Selon cette étude, qui évalue et compare chaque année les actions engagées par 56 pays et l’Union européenne – responsables à eux seuls de près de 90 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre –, aucun n’est sur la bonne trajectoire pour contenir l’élévation des températures bien en dessous de 2 °C. « Les émissions augmentent à nouveau, après trois années consécutives d’émissions de CO2 stables. Seuls quelques pays ont commencé à mettre en œuvre des stratégies visant à limiter le réchauffement de la planète en dessous de 2 °C voire de 1,5 °C », relèvent les organisations Germanwatch, New Climate Institute et Climate Action Network (CAN), corédactrices de ce classement.

Selon le classement, qui compte quatre critères (les émissions de gaz à effet de serre, les énergies renouvelables, la consommation énergétique et la politique climatique), « aucun des 56 pays, ni l’Union européenne n’est sur une trajectoire de 1,5 °C dans ses performances globales, malgré des signaux encourageants dans certains pays ».

La France rétrogradée en 21e position

Désignée championne du climat après son engagement diplomatique pour la COP21, la France est ainsi tombée de son piédestal. En baisse, elle est aujourd’hui classée à la 21e place, avec la mention « passable », bien loin du leader, la Suède, mais aussi du Maroc, qui a considérablement accru sa part en énergies renouvelables, de la Lituanie ou même de l’Inde (11e). « Passable » également pour l’Allemagne, qui chute de nouveau, passant de la 22e à la 27e position, ses émissions n’ayant pas chuté depuis 2009. « Les décisions relatives à l’élimination du charbon ou à une stratégie de décarbonisation du secteur des transports font encore défaut », analyse Jan Burck, coauteur de l’étude chez Germanwatch. Classée 16e, l’Union européenne, qui s’est fixée comme objectif de réduire de 55 % ses gaz à effet de serre à l’horizon 2030, a, elle, un engagement jugé « trop faible ».

L'Inde passe au onzième rang en raison d'une amélioration de ses performances en matière d'énergies renouvelables et de niveaux d'émissions par habitant relativement faibles. La Chine se rehausse au 33e rang, faisant partie pour la première fois du groupe des pays à performance moyenne.

Dans le groupe des pays très peu performants, on trouve près de la moitié des pays du G20 : Japon (49e), Turquie (50e), Russie (52e), Canada (54e), Australie (55e), Corée (57e) et, en bas de l’indice, les États-Unis (59e), qui perdent encore plusieurs places en raison de la politique climatique de l’administration Trump, et enfin l’Arabie saoudite (60e). Mais les experts ont mis en évidence « certains signaux positifs en raison de l’action climatique menée dans plusieurs États et villes ». Les résultats de la Pologne, pays hôte de la COP24, sont eux aussi qualifiés de « mauvais ».

Les trois premiers rangs du CCPI 2019 restent inoccupés, car « aucun des pays ne se situe clairement sur une trajectoire en deçà de 2 °C dans sa performance globale ». « Au total, l’ambition des pays et le niveau de mise en œuvre ne sont pas assez élevés », analysent les organisations à l’origine de ce classement. Celles-ci pointent notamment « un manque de volonté politique de la plupart des gouvernements d’éliminer progressivement les combustibles fossiles ». « Sur la base des développements techniques de ces dernières années, le retard dans la mise en œuvre de solutions sobres en carbone ne peut guère être justifié », déplore ainsi Jan Burck.

En clair, l’écart entre les niveaux d’émission actuels et ce qui est nécessaire pour mettre le monde sur la bonne voie, bien en dessous de 2 °C, se creuse. Une fois de plus, les ONG appellent les pays à se montrer « plus ambitieux le plus rapidement possible pour atteindre les objectifs de Paris ». Même appel du pied à l’Europe des 28. Comme l’exhorte Stephan Singer, de CAN : « Il est très important que l’Union européenne renforce son engagement actuel en faveur du climat pour faire preuve de leadership. »

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6 décembre 2018 4 06 /12 /décembre /2018 12:05

Pour sauver le principe d’une fiscalité carbone, il faut d’abord rétablir la justice fiscale. Une taxe carbone ne peut être utile pour orienter les choix que lorsque les choix existent. L'annulation des hausses de taxe sur les carburants va générer un manque à gagner de presque 4 milliards d'euros dans le budget de l'Etat, qu'Edouard Philippe prévoit de résorber par des « économies supplémentaires ». Il suffirait de faire payer les entreprises les plus polluantes, jusqu'ici largement exonérées, pour sauver le principe même de la fiscalité carbone. D’après Maximes Combes le 5 décembre 2018 pour son Blog Sortons de l'âge des fossiles ! Lire aussi Les fin de mois et la fin du monde, Le fléau de l’assistanat … aux entreprises ! et Les émissions de gaz à effet de serre augmentent en France, en contradiction avec nos engagements climatiques.

Rétablir la justice fiscale en taxant les entreprises les plus polluantes

C'est un point aveugle du débat sur la fiscalité carbone. Si le caractère socialement injuste de la taxe carbone a été largement débattu et commenté, l'assiette sur laquelle repose la fiscalité carbone en France est largement passé sous silence. Les exemptions existantes sur le kérosène et le fioul lourd ne sont en effet que la partie émergée de l'iceberg. L'essentiel des sites industriels et des entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre en France sont en effet exonérés de la taxe carbone payée par les ménages, les artisans et les petites entreprises. Soit presque 1400 sites, industriels ou non, qui représentent environ 107 millions de tonnes de C02 relâchés dans l'atmosphère en 2017, et en hausse de 5% par rapport à 2016 (données de l' Agence environnementale européenne).

Ménages taxés – Industriels exemptés

Pour les ménages, artisans et petites entreprises, c'est assez simple : chaque fois que l'on fait son plein de carburant – ou que l'on remplit sa cuve de fioul – on paie une taxe carbone sur chaque litre acheté. Pour les 1400 sites industriels les plus polluants du pays, la situation est bien plus avantageuse. Soumis au marché carbone européen, ils profitent en effet d'un prix de la tonne carbone bien plus faible – dans les rares cas où ils doivent payer – et de facilités auxquels les ménages, artisans et petites entreprises n'ont pas accès. Un peu comme si chaque ménage ne payait la taxe carbone que pour les carburants qu'il consomme les dimanches et jours fériés, et qu'il ne la paie pas les autres jours de l'année. Les détails, parfois techniques, sont expliqués dans cette note :

Basculer la fiscalité carbone sur les entreprises les plus polluantes et jusqu'ici largement exonérées - note Attac

Faire du moratoire une opportunité pour renforcer la fiscalité carbone sur les entreprises

Cette inégalité de traitement est indéfendable : elle justifie que soit mis en œuvre un rattrapage rapide et général pour que les industries les plus polluantes paient, a minima, le même niveau de fiscalité carbone que les ménages, artisans et petites entreprises.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le moratoire annoncé par Édouard Philippe en offre l'opportunité. La hausse des taxes sur les carburants prévue au 1er janvier 2019 aurait du générer un total de 3,7 milliards d'euros de recettes supplémentaires sur l'année 2019. L'annulation de cette augmentation par Emmanuel Macron, désavouant au passage son premier-ministre qui n'avait jusqu'ici évoqué qu'une suspension de six mois,  va donc constituer un manque à gagner pour l'Etat du même montant environ, soit 3,7 milliards d'euros, que le gouvernement va chercher à compenser afin de conserver un budget à l'équilibre. Deux options sont dès lors envisageables :

  • se lamenter sur la suspension de la taxe carbone comme le fait déjà une partie du mouvement écologiste et regarder le gouvernement rogner sur de nouvelles dépenses publiques importantes ;
  • ou alors, œuvrer, de manière collective, pour que le gouvernement instaure unilatéralement et immédiatement une taxe carbone complémentaire pour l'ensemble des sites industriels français soumis au marché carbone européen afin que chaque tonne de carbone relâchée soit taxée au même niveau que les carburants achetés par les ménages, artisans et petites entreprises ;
Rétablir la justice fiscale en taxant les entreprises les plus polluantes

Cette deuxième proposition, simple, a déjà été expérimentée et mise en œuvre au Royaume-Uni, pour leurs centrales électriques. Elle est donc possible. Théoriquement, une telle fiscalité carbone sur les 1400 sites indsutriels peut rapporter plus de 4,7 milliards d'euros, soit le produit de 107 millions de tonnes de CO2 (émissions en 2016) taxées à 44,6 euros la tonne, le prix que paie les ménages, les artisans et les petites entreprises.(cette proposition peut bien évidemment être accompagnée de l' exigence de supprimer les exonérations sur le kérosène et le fioul lourd).

Cette proposition va tout de suite susciter une levée de boucliers au motif qu'elle conduirait des sites industriels à fermer ou délocaliser. Si cette réserve est très largement exagérée, il existe des parades complémentaires pour éviter ces conséquences.

Cette proposition, qui a pour elle la force de l'évidence, mettrait fin au principe du "Pollueur - Payé" et d'enfin appliquer le principe du "Pollueur - Payeur" pour les entreprises les plus polluantes. Elle conduirait la France à s'équiper d'un dispositif climatique d'une toute autre ambition que le très défaillant marché carbone européen. Et elle aurait le mérite, pour toutes celles et ceux qui y tiennent, de défendre le principe même de la fiscalité carbone que certains voudraient voir emporter avec le moratoire du gouvernement. Alors, chiche ?

Maxime Combes, économiste et auteur de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, Anthropocène, 2015.

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4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 15:39

Les ONG françaises présentes à la COP24 de Katowice (Pologne) décryptent les évolutions des négociations internationales sur le climat, du 2 au 14 décembre 2018. D’après le Réseau Action Climat et Greenpeace le 4 décembre 2018. Lire aussi Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts le 8 décembre, La vie humaine totalement perturbée par le changement climatique : décès, famines, pénuries d’eau, migrations…, Des catastrophes cumulées entraînées par le dérèglement climatique, selon Nature Climate Change et Dérèglement climatique : quels effets sur notre santé ?

Les ONG décryptent les enjeux de la COP 24

Quels sont les enjeux de la COP24 ? Les 196 pays présents à Katowice ont 15 jours pour répondre aux derniers enseignements de la science et rendre l’application de l’accord de Paris crédible.

Un contexte peu favorable, un test pour la coopération internationale sur le climat

La COP24 qui a démarré hier, se déroule dans un contexte international particulier. D’un point de vue géopolitique d’abord, l’équilibre mondial reste bouleversé. De nouveaux pays, en plus des États-Unis, ont décidé de tourner le dos à l’action climatique : le Brésil, par exemple qui après l’élection du candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro a renoncé à organiser a COP25, ou encore l’Australie, qui a reculé sur l’intégration d’objectifs climatiques ambitieux dans sa législation nationale.
D’un point de vue scientifique ensuite, le dérèglement climatique n’a jamais été aussi visible, ni aussi bien documenté. Alors que les impacts ne cessent de se multiplier, la concentration de CO2 dans l’atmosphère a dépassé un nouveau seuil en 2017, en atteignant 405,5 ppm. Les conclusions du rapport du GIEC sur la limitation du réchauffement global à 1,5°C sont également sans appel. Il reste au mieux une décennie pour accélérer drastiquement les efforts climatiques. Et pour cela, la date charnière est 2020 : c’est à cette échéance politique que les pays devront adopter des objectifs climatiques plus ambitieux (au moins 5 fois plus, selon le PNUE) qui leur permettront de rectifier le tir.

En réalité, les pays présents à la COP24 sont face à leurs responsabilités : devant des signaux climatiques toujours dans le rouge et alors que la plupart des pays peinent à atteindre leurs objectifs, ils doivent répondre à la double incohérence dans laquelle se trouve la trajectoire climatique mondiale : une incohérence entre les objectifs de l’accord de Paris et les engagements des pays, mais aussi une incohérence entre ces mêmes engagements, et les actions adoptées pour les atteindre.

Les ONG décryptent les enjeux de la COP 24

Trois piliers pour rendre l’accord de Paris crédible, grand enjeu de la 24e COP

L’enjeu majeur de la COP24 est de démontrer que les pays croient encore en la capacité de l’accord de Paris à guider leur action climatique collective, et qu’ils sont donc prêts à lui donner les moyens de réaliser cet objectif. Pour cela, ils devront réaliser des progrès dans trois domaines.

Les pays devront d’abord achever le travail minutieux d’élaboration d’un manuel d’application pour l’accord de Paris. Ce sont les règles contenues dans ce manuel qui permettront de donner corps aux objectifs et grands principes adoptés à la COP21. Par exemple, elles obligeront les pays à comptabiliser leurs émissions de gaz à effet de serre avec des méthodologies fiables et comparables, à être redevables de leurs engagements climatiques ou encore à accélérer leurs efforts tous les cinq ans. Sans ces règles, l’accord de Paris ne peut pas être appliqué.

Pour compléter ce travail, les pays devront s’attacher à répondre au rapport du GIEC. La seule réponse à la hauteur, c’est une décision collective de s’engager (et expliquer comment) adopter de nouveaux objectifs climatiques avant 2020, et surtout de les appliquer. Des pays montrent déjà la voie : 48 pays plus vulnérables comme les Iles Fidji ou l’Ethiopie se sont d’ores et déjà engagés rehausser leurs objectifs de réductions d’émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020. Mais ce sont surtout les pays les plus émetteurs qui doivent se mobiliser, et notamment l’Union européenne, qui a les moyens et la responsabilité de se donner des objectifs bien plus ambitieux à 2030 et un horizon neutre en gaz à effets de serre avant 2050.

Enfin, pour donner à tous les pays les moyens d’accélérer leurs actions de lutte contre le dérèglement climatique, la solidarité entre les pays développés et en développement doit être renforcée. Alors que l’ONU estime à 56 milliards les financements publics pour le climat fournis en 2017, les pays n’ont en réalité fait que la moitié du chemin pour atteindre les 100 milliards de dollars promis à Copenhague d’ici à 2020. Il s’agit donc pour les pays les plus riches d’augmenter leurs efforts, notamment en préparant des promesses ambitieuses de financements pour le Fonds Vert pour le climat, un canal privilégié pour débourser les soutiens financiers aux pays et populations qui en ont le plus besoin.

COP24 - Katowice 2018, United Nations Climate Change Conference

COP24 - Katowice 2018, United Nations Climate Change Conference

L’Union Européenne, acteur clé pour regrouper les États autour de l’Accord de Paris

Enfin, alors qu’une petite trentaine de chefs d’États et de gouvernement prennent aujourd’hui la parole à la tribune de la CCNUCC, les pays, au premier rang desquels la France, doivent plus que jamais questionner la notion de leadership climatique. En pleine phase de mise en œuvre de l’accord de Paris, il est évident que les discours prononcés aujourd’hui ne seront pas suffisants pour répondre au décrochage des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Au contraire, un leadership crédible impose d’adopter des mesures structurantes aux échelles nationales, dans tous les secteurs, pour se donner les moyens d’accélérer une transition énergétique ambitieuse et juste pour tous.

Première COP européenne depuis Paris, la COP24 de Katowice est l’occasion de mettre l’Union européenne et ses États-membres face à leurs responsabilités. Alors que tous les États européens sont censés être solidaires dans la mise en œuvre de la contribution européenne à l’accord de Paris, ils arrivent en ordre dispersé entre partisans de plus d’actions climatiques et défenseur du statu quo.

Depuis 1980, l’Europe a perdu 450 milliards d’euros dans les catastrophes naturelles liées au changement climatique. Ces dommages économiques se sont accentués ces dernières années. Après quinze années de baisse, les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse : +0,6 % en Europe entre 2016 et 2017. Les principaux responsables sont les secteurs du transport en hausse continue depuis 1990, de l’énergie, encore marqué par une forte dépendance vis-à-vis des énergies fossiles en particulier le charbon, et du bâtiment dont les rénovations peinent à décoller. Cette situation souligne un ralentissement de la transition énergétique. La France ne fait pas figure d’exemple puisqu’elle est en retard sur la réduction de ses émissions et sur le développement des énergies renouvelables. Néanmoins, le cas le plus emblématique est celui de l’Allemagne qui est en bonne voie de rater ses objectifs climatiques pour 2020 en raison de la part toujours élevée du charbon dans son mix électrique.

Le 28 novembre dernier, la Commission européenne a reconnu que les contributions actuelles des pays de l’Union permettraient de réduire les émissions de seulement 60% d’ici 2050. Une telle trajectoire mettrait l’Europe complètement hors des clous de l’Accord de Paris de 2015. Or, jusqu’à présent, les États-membres n’ont pas été capables de relever en conséquence la contribution de l’UE à la lutte contre le changement climatique.

Les ONG décryptent les enjeux de la COP 24

Une Europe neutre en gaz à effet de serre, un plan qui divise

Afin de remédier à cela, la Commission européenne a présenté un plan pour une Europe neutre en gaz à effet de serre d’ici à 2050. C’est en effet le minimum pour maintenir des chances de limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C. S’il est appliqué, ce plan permettrait à l’Europe d’engager des transformations majeures dans tous les secteurs d’activités afin de réduire drastiquement les émissions. C’est le message d’une transition sans regret qui pourrait considérablement améliorer la qualité de vie des Européens, que la Commission a voulu envoyer en amont de l’ouverture de la COP24.

La balle est maintenant dans le camp des États pour valider ce plan. Le Parlement européen comme 15 pays dont la France souhaitent que l’Europe renforce ses engagements climatiques et accélère sa transition, mais d’autres, comme la Pologne, pourtant hôte de la COP24, freinent cette dynamique pour maintenir le statu quo. C’est aussi le cas de l’Allemagne qui reste empêtrée dans ses hésitations à fixer une date de sortie du charbon. L’Europe doit prendre sa juste part dans la lutte globale contre le dérèglement climatique et montrer un leadership exemplaire.

L’urgence de l’action à court terme

Des actions de court terme sont nécessaires pour que l’Union européenne puisse atteindre la neutralité d’ici 2050. Les Européens ont réussi à se mettre d’accord sur l’accélération de leur transition énergétique, même si elle reste timide, en adoptant des objectifs d’énergies renouvelables et de réduction de la consommation d’énergie plus élevés. Mais beaucoup reste à faire pour enclencher cette transition en Europe. En parallèle de la COP24, des dossiers brûlants continuent à être négociés entre les Députés européens et les gouvernements.

C’est le cas des normes de CO2 pour les voitures et poids lourds qui pourraient, si elles sont suffisamment élevées, contraindre les constructeurs automobiles à produire des modèles plus économes en attendant la fin des véhicules essences et diesel, horizon obligatoire si l’on veut que l’Europe atteigne la neutralité.

De même, la réforme du marché de l’électricité peut mettre fin aux soutiens financiers accordés par les États aux centrales les plus polluantes en Europe. Cette bataille, bien que difficile, sera pivot pour tourner le dos aux énergies fossiles. La Pologne est à la tête des pays qui s’y opposent. En cause un projet de centrale à charbon géante, Ostroleka C, qui pourrait recevoir plus de 1,7 milliard d’euros à travers ce mécanisme.

Au moment où les citoyens européens se mobilisent massivement pour le climat à travers des  marches aux quatre coins de l’Europe, les gouvernements s’affichent divisés sur les actions à mettre en place pour qu’enfin, 3 ans après la COP21, le continent soit sur les rails de l’accord de Paris.

La France en retard sur ses objectifs climatiques

En octobre 2018, l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI) publiait une étude montrant l’étendue du retard de la France sur ses objectifs climatiques. Les auteurs de l’étude ont souligné un écart grandissant entre les objectifs de la France et la réalité de ses émissions de gaz à effet de serre.  Depuis 2015, les émissions françaises sont reparties à la hausse. Pire : la France a prévu de ne pas respecter ses objectifs de réduction des émissions de GES sous le quinquennat d’Emmanuel Macron.

Les transports font déraper le climat

Les ONG décryptent les enjeux de la COP 24

En France, le secteur des transports est responsable de 30 % des émissions de gaz à effet de serre. Si la France ne tient pas ses objectifs climatiques, c’est entre autres le secteur des transports qui a contribué à la faire déraper. Il est urgentissime de réduire la place de la voiture, et d’investir massivement dans les moyens de transport alternatifs. Le projet de loi Mobilités présenté il y a quelques jours par le gouvernement français manque cruellement d’ambition sur le plan climatique.

La déforestation est responsable d’environ 15% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Les forêts sont nos meilleures alliées pour relever le défi climatique : la France doit lutter contre la déforestation et le trafic de bois illégal. En 2018, la France devait se doter d’une stratégie robuste et contraignante contre la déforestation importée. Malheureusement, les timides avancées de novembre 2018 ne répondent pas à l’enjeu climatique et ne permettent pas de faire oublier les incohérences du gouvernement sur l’huile de palme.

De plus, alors que le trafic aérien mondial devrait doubler d’ici une dizaine d’année (selon l’OACI), la volonté du gouvernement d‘incorporer 50 % d’agrocarburants d’ici à 2050 dans les réservoirs des avions est extrêmement préoccupante. En l’état actuel des technologies disponibles et des données économiques, cela provoquerait en effet une explosion de la demande en huile de palme et donc de nouvelles déforestation massives, fortement émettrices, dans les pays producteurs. L’huile de palme n’a rien à faire dans les transports. Le soutien aux agrocarburants de première génération (obtenus à partir de cultures alimentaires) va complètement à contresens de l’urgence climatique et de la protection des forêts. Il faut y mettre un terme le plus vite possible.

Mener le chantier de la rénovation énergétique

Les ONG décryptent les enjeux de la COP 24

Le secteur des bâtiments est le 2ème secteur fortement émetteur de gaz à effet de serre et co-responsable du retard pris par la France sur ces objectifs climatiques. En France, on dénombre plus de 7 millions de passoires énergétiques : logements mal isolés, à l’origine des factures de chauffage très élevées de nombreux Français-es, qui sont de plus en plus nombreuses-eux à ne pas pouvoir les payer. L’objectif de rénovation de 500 000 logements par an n’est pas atteint : du fait du retard accumulé, il devra être revu à la hausse.

Malheureusement, en l’état la Stratégie nationale bas carbone et la Programmation pluriannuelle de l’énergie publiés par le gouvernement ne semblent pas réunir les moyens pour améliorer rapidement la performance énergétique des logements.

Mettre le paquet sur les renouvelables

Emmanuel Macron s’est dit très favorable au développement des énergies renouvelables. Mais il aussi affirmé qu’il n’y avait aucun lien entre part du nucléaire et rythme de développement des énergies renouvelables. Pourtant, si la France accuse un sérieux retard en la matière malgré son énorme potentiel, c’est bien à cause de l’effet “verrou” du nucléaire. Verrou qui n’est pas prêt de sauter : en annonçant la fermeture de seulement 6 à 8 réacteurs d’ici à 2030, il devient plus que difficile d’atteindre l’objectif fixé par la Loi sur la Transition Énergétique de produire 40% de l’électricité à partir d’énergies renouvelables.

Les ONG décryptent les enjeux de la COP 24

Le président Emmanuel Macron doit en tout cas réaliser qu’il n’existe aucune alternative aux énergies renouvelables pour résoudre la crise climatique. La France arrive à la COP24 les mains pleines de contradictions et de renoncements, et risque fortement de se décrédibiliser sur la scène internationale. Ce n’est plus notre avenir qui est en danger, c’est notre présent. Lors de cette 24ème COP, nous attendons d’Emmanuel Macron et des autres dirigeants qu’ils agissent concrètement pour enrayer la crise climatique et protéger les populations dont la vie et la survie sont directement menacées. Le « business as usual » n’est plus compatible avec l’enjeu climatique. Le dernier rapport du GIEC le dit très clairement : décideurs politiques, réveillez-vous !

Climat, pauvreté et droits humains : un même combat

L’accord de Paris doit son succès à deux piliers : une ambition climatique forte et une dimension humaine et sociale intégrée en son sein. En effet, l’accord s’inscrit dans des principes fondamentaux tels que les droits de l’homme, la sécurité alimentaire, les droits des peuples autochtones, l’égalité des sexes, la participation du public, l’intégrité des écosystèmes, l’équité intergénérationnelle et la transition juste. Pour la première fois dans le cadre d’un traité environnemental, les droits fondamentaux ont été intégrés. Leur intégration complète dans le manuel d’application permettra de ne pas passer à côté de l’objectif premier de la lutte contre les dérèglements climatiques : garantir les conditions de vie digne pour tous, à commencer par les plus vulnérables. La publication du rapport du GIEC en octobre 2018 montre bien que ne pas dépasser les 1.5°C est une question de survie pour des millions de personnes, et les plus pauvres sont souvent les premiers touchés par les dérèglements climatiques.
Mais certaines technologies d’émissions négatives telles que la séquestration à grande échelle présentent aussi des menaces sur les droits humains, la sécurité alimentaire et les droits fonciers. Le GIEC lui-même le souligne. Par exemple, la bioénergie avec capture et stockage du carbone dans le sol (BECCS) vise à produire de l’énergie à partir de la biomasse, tout en capturant les gaz à effet de serre émis au moment de la combustion en les enfouissant dans le sol. Mais la surface requise pour cette technologie va entraîner une importante compétition sur les terres et les conséquences socio-environnementales pourraient être désastreuses. Faute de vision politique fondée sur l’approche par les droits, le risque existe de voir se multiplier des solutions dangereuses pour les populations les plus vulnérables, notamment les paysans et les peuples autochtones.

Les ONG décryptent les enjeux de la COP 24

Une ambition climatique fondée sur les droits de l’homme : la piste inexplorée pour ne pas dépasser les 1.5°C

Une étude, pilotée par l’alliance CLARA dont le Secours catholique – Caritas France et le CCFD-Terre Solidaire sont les membres français, montre qu’ancrer l’action climatique sur les droits humains permet d’atteindre de meilleurs résultats en termes de séquestration et de protection du carbone présent dans les forêts tropicales. Le respect du droit foncier des peuples autochtones permettrait de protéger près de 1000 Gt de CO2 stocké dans ces forêts. Les politiques agricoles fondées sur le droit à l’alimentation et les droits fonciers permettent le développement de l’agroécologie, ce qui permettrait d’atténuer le poids de nos systèmes alimentaires dans les émissions de GES globales, et de lutter contre l’insécurité alimentaire au niveau local par l’adaptation des cultures. L’émission de 11 Gt d’équivalent CO2 par an serait évité et près de 10Gt/an de CO2 serait séquestré par des pratiques d’agroforesterie d’ici à 2050 au niveau mondial. A titre de comparaison, les scénarios du GIEC indiquent qu’une trajectoire permettant de rester sous +1.5°C nécessite entre 100 et 1000 Gt d’émissions négatives d’ici à 2100. Réaliser l’ambition climatique par une approche fondée sur les droits humains et la transformation des systèmes alimentaires permet donc d’atteindre les mêmes objectifs, et présente de nombreux co-bénéfices sociaux et environnementaux.

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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 14:29

Les travaux reprennent à Romainville. Il est grand temps de vous donner quelques nouvelles de la forêt menacée et de vous inviter à y revenir, encore plus nombreux qu’au cours de ces dernières semaines. Pour résumer l’affaire d’un mot, la région Île-de-France envisage depuis 25 ans d’aménager en « base de loisirs » une forêt spontanée, apparue sur la friche d’une ancienne carrière de gypse. N’écoutant que sa témérité, dès son élection à la présidence de la Région en décembre 2015, Valérie Pécresse s’est empressée de reprendre un projet qui ne s’était pourtant pas enlisé sans raison. Sans concertation sur le fond ni aucune réflexion nouvelle, son vice-président aux sports et loisirs, Patrick Karam, a simplement repris les choses dans l’état où il les a trouvées. Une fois obtenues les autorisations administratives de destructions d’espèces protégées et de défrichement d’un tiers de la forêt, le saccage pouvait commencer. Par Sylvain Piron, collectif Les amis de la Corniche des Forts le 3 décembre 2018. Lire aussi Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts, À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale et La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes.

Toutes les photographies de cet article nous ont été fournies par Julien DANIEL / MYOP. Depuis 15 mois, il documente le site de Romainville et ses enjeux. Ces photographies ont fait l’objet d’une exposition à Arles en juillet 2018 pendant les Rencontres Internationales de la Photographie. www.juliendaniel.com

Toutes les photographies de cet article nous ont été fournies par Julien DANIEL / MYOP. Depuis 15 mois, il documente le site de Romainville et ses enjeux. Ces photographies ont fait l’objet d’une exposition à Arles en juillet 2018 pendant les Rencontres Internationales de la Photographie. www.juliendaniel.com

Le 8 octobre, nous n’étions qu’une poignée sur place à faire face aux machines, mais par un prompt renfort, la semaine suivante, la multiplication des amis surgissant dans les bois pour stopper les travaux a conduit les entreprises à jeter l’éponge. La cheffe de chantier a visiblement fait jouer son droit de retrait, en réclamant à la Région de sécuriser le site. Celle-ci s’est alors tournée vers le préfet, lequel lui a répondu, dans sa grande sagesse, qu’il n’enverrait les forces de l’ordre que s’il était contraint de faire évacuer les lieux par une décision de justice. Le 8 novembre, le tribunal administratif de Montreuil n’a pu que constater l’absence d’occupation illégale dans la forêt, puisque nous ne faisons en effet qu’y passer. La Région répond maintenant en faisant installer une palissade métallique autour de la forêt. Après deux jours d’intervention policière musclée pour déloger les manifestants (mardi et mercredi dernier), c’est maintenant sous la surveillance d’une société privée de gardiennage que l’installation de la palissade se poursuit. La reprise du défrichement est prévue pour cette semaine, en pleine COP 24. Le timing de Karam est une fois de plus d’une redoutable efficacité symbolique. Profitant de ce contexte, de notre côté, nous organisons samedi 8 décembre à 11h un rassemblement pour les forêts et les quartiers populaires, qui servira de point de départ à la marche pour le climat (cf. Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts). Tous les collectifs de luttes qui défendent des espaces sauvages sont invités à se joindre à nous.

Plâtre et béton sur la Corniche

Si nous associons à présent à ce thème la défense des quartiers populaires, c’est que l’enjeu est également de défendre la cité Gagarine qui surplombe la forêt, elle aussi menacée par un projet de « requalification urbaine ». Cet article a pour but de faire comprendre à quel point les deux opérations sont liées. Pour cela, il faudra reconstituer la longue histoire d’un projet dont personne ne comprend plus le sens. Ce travail s’appuie sur diverses archives auxquelles j’ai pu avoir accès. Le dossier mériterait de faire l’objet d’une étude bien plus fouillée de sociologie critique de l’action publique, tant les dysfonctionnements et les aveuglements s’y sont cumulés au fil des années. À la différence de Bure ou de Notre-Dame-des-Landes, il n’y a ici aucun enjeu stratégique d’État. Il s’agit seulement de la politique de loisirs de la première région de France, ce qui rend plus risible encore la crispation des élus et leur incapacité à entendre les protestations des bénéficiaires supposés de leurs décisions opaques.

Dans les trente années qui ont suivi la fin de l’exploitation de la carrière et de l’usine de plâtre, le devenir de la friche qui occupe près d’un dixième du territoire communal a dû souvent solliciter les imaginations. La première initiative forte remonte au printemps 1992, quand la mairie communiste de Romainville fait interrompre les travaux de remblaiement préalables à un projet immobilier, puis présente un projet d’aménagement du terrain en espace vert. Peu après, l’idée d’implanter une base de loisirs en Seine-Saint-Denis fait son chemin. L’Institut d’urbanisme et d’architecture de la Région, chargé d’étudier les trois propositions soumises, constate qu’aucun des sites ne présente des conditions idéales. Celui de Romainville est décrit comme « le moins inapproprié [...] malgré sa faible surface et les problèmes liés au sous-sol ». Les bases de loisirs d’Île-de-France sont habituellement de vastes plaines réparties autour d’un plan d’eau. La base de Créteil, d’une taille comparable à celle-ci, est toute entière située au bord d’un lac. En revanche, la Corniche se présente comme une succession d’espaces hétérogènes sur un relief escarpé, qui demandent de surcroît de lourds travaux de sécurisation pour être entièrement ouverts au public. Dès le départ, il est clair que le concept n’est pas adapté. Pourtant, la procédure suit son cours. L’obstination des élus tient sans doute surtout aux à-côtés du projet, on y reviendra. Mais il doit également y entrer une part de fascination pour l’aménagement d’un espace vacant, si proche de la capitale, qu’il serait indécent de laisser subsister sans schéma organisationnel.
 

Plâtre et béton sur la Corniche

La seconde étape importante est celle du concours, organisé à l’automne 2002. Romainville connaît alors un moment d’enthousiasme pour la démocratie participative, qui ne durera guère. Des ateliers urbains se réunissent pour exprimer les souhaits des habitants, puis pour examiner les projets soumis. Les comptes rendus des deux réunions d’octobre 2002 laissent clairement voir qu’un seul projet, intitulé « la forêt ombreuse », répond parfaitement aux critères voulus. Il « propose de conserver un espace le plus naturel possible voire tel qu’il est aujourd’hui en partie centrale […] La gestion du parc proposée est respectueuse de la flore actuelle et les interventions à prévoir sont légères et spécifiques […] les abords des cités [Gagarine et Parat-Langevin] sont bien traités ». Lors de la seule consultation de la population qui ait jamais été organisée, de même qu’aujourd’hui, les riverains réclament d’abord une préservation du caractère forestier et un respect du relief. Les politiques gagneraient à se souvenir de cette unanimité dans le temps. Pourtant, ce n’est pas ce projet qui a été retenu. Lors de cette consultation, la proposition d’Ilex est accablée de critiques (« les chemins s’enroulent en spirale et ne mènent nulle part […] peu de coutures entre les quartiers pourront se faire à travers l’organisation de l’espace proposé »). Pourquoi a-t-elle été choisie par la Région ? C’est le point qu’il faudrait éclaircir, car il conditionne toute la suite de la procédure. À défaut de fournir une réponse assurée, il vaut peut-être la peine de se souvenir que dans les années 1990, l’attribution des marchés publics d’Île-de-France était l’occasion de détournements de fonds de grande ampleur au profit des quatre principaux partis (l’affaire est jugée en appel, on peut l’évoquer sans crainte). Les pratiques étaient-elles beaucoup plus honnêtes sous le premier mandat de Jean-Paul Huchon, qui a lui aussi été condamné pour « prise illégale d’intérêts » ?

Plâtre et béton sur la Corniche

Une fois attribué le marché de maîtrise d’œuvre (en octobre 2003), les études préliminaires se multiplient mais l’engagement des opérations tarde en raison des difficultés à réaliser les acquisitions foncières. L’opération immobilière interrompue en 1992 se solde tardivement, avec d’importantes indemnités versées en 2008, pour compenser les travaux de remblais effectués. La prise de possession de ces terrains permet enfin la reconnaissance géotechnique complète des galeries. Moment de vérité : on découvre un degré inattendu de pollution des sols. Les carrières ont été remblayées pendant des décennies avec toutes sortes de matériaux. Qui sait pourquoi des traces élevées de strontium se retrouvent un peu partout ? Cela rend impensable le remodelage complet de la zone avec de la terre prélevée sur place, tel que l’imaginait le projet Ilex. En juin 2009, le rapport d’un élu vert romainvillois (Gérald Calzettoni) met les pieds dans le plat et dénonce le caractère destructeur et disproportionné de ce projet, tout en indiquant d’autres pistes, dont certaines étaient évoquées dans la concertation de 2002 ou dans le projet de la « forêt ombreuse » (par exemple, des mares pédagogiques en bas du site). La critique est entendue. Après les élections régionales de 2010, une nouvelle programmation est commandée, qui débouche sur des préconisations plus respectueuses de la topographie et de l’écologie naturelle de la friche. Pour autant, ces études ne remettent pas en cause l’attribution du marché à Ilex, qui est seulement contraint de revoir sa copie. La variante 2011 est très proche du projet qui est actuellement mis en œuvre.

Les choses semblent enfin sur la bonne voie. Pourtant, rien ne se passe. Les discussions achoppent sur l’acheminement des matériaux destinés au comblement. Le point est technique mais il vaut la peine de l’expliquer. Il existe deux méthodes de comblement des carrières. L’une procède par injection d’un coulis de sable et d’eau, qui se solidifie dans les galeries pour former un bloc imperméable. Si la technique est requise sous les fondations des bâtiments, elle ne l’était pas à l’époque pour consolider des carrières non destinées à être bâties. L’autre méthode est celle du comblement minier par gravats qui a pour avantage de préserver la perméabilité des galeries et l’absorption des écoulements d’eau. Or cette question est cruciale, vu la topographie du lieu. La forêt reçoit non seulement des eaux de pluie, mais aussi l’écoulement de la nappe phréatique du plateau, retenue par une couche d’argile (on appelle ça une « nappe perchée », c’est le genre d’expression qui fait aimer la géologie). En dessous, les galeries des carrières servent de bassins naturels de rétention. Préserver l’infiltration de l’eau est donc un enjeu crucial. Dans les documents de 2012-13, il était prévu de panacher les deux méthodes et de n’employer l’injection qu’au pied du front de taille, dans la zone la plus fragile, au sud-ouest des carrières. Pourtant, à l’été 2015, c’est une montagne de sablons qui a été livrée sur le site, préjugeant donc d’un mode de comblement exclusivement par injection. Pour comprendre ce qu’il s’est passé entre temps, un petit excursus dans la politique locale et départementale est indispensable.

Plâtre et béton sur la Corniche

À ce stade du récit, il faudrait présenter rapidement l’étonnant couple que forment Corinne Valls, maire de Romainville depuis 20 ans (elle a succédé à Robert Clément en cours de mandat en 1998), et son conjoint, Jacques Champion, adjoint à l’urbanisme depuis cette date ; raconter comment tous deux ont rompu avec le parti communiste peu après les élections de 2001, pour constituer leur propre formation locale, puis se rapprocher du PS sans jamais y entrer. Ce sont des personnages de roman ! Je préfère ne rien dire de plus pour ne pas gâcher le tableau. Il faudrait également présenter un troisième larron, Stéphane Weisselberg, caution « citoyenne » lors de l’élection de 2001, qui a rompu bruyamment en 2005, avant de se rallier une nouvelle fois à C. Valls peu après (On pourra lire un témoignage d’une grande franchise sur sa première collaboration avec elle : https://www.ecole.org/fr/667/VC091205.pdf). En 2012, par une méthode d’entrisme assez banale, Weisselberg prend le contrôle de la section locale d’EELV, probablement à l’instigation de ses patrons qui ont compris que cette force politique peut devenir un allié important qu’il vaut mieux étroitement contrôler en vue des prochaines municipales. Indication que les choses deviennent sérieuses, Jacques Champion reprend la fonction de président du syndicat mixte de la base de loisirs en 2014. (Depuis lors, Weisselberg lui a succédé). Préalablement, les gêneurs sont évincés du syndicat mixte.

L’élément sur lequel je m’appuie pour comprendre ce retournement est un article du Parisien, daté du 2 juillet 2015, qui montre la venue sur place du président sortant de la Région, Jean-Paul Huchon, accompagné de son successeur attendu, Claude Bartolone. Bartolone a fait toute sa carrière au Pré-Saint-Gervais, au pied de la corniche. Il habite aux Lilas, à vingt mètres à peine de l’entrée d’une pointe avancée de la base (là encore, l’information est publique : Le Canard enchaîné a publié en mars 2014 une photo sa villa, aménagée à prix d’ami). La réalisation du grand projet représenterait assurément pour lui un succès personnel. Mais surtout, Bartolone est conscient de la plus-value qu’apporte l’ouverture d’un espace vert aux projets immobiliers environnants. Or, et c’est aussi de notoriété publique, le PDG du promoteur Nexity, Alain Dinin, a apporté son soutien à la campagne de Bartolone aux régionales. Pour preuve qu’il n’est pas un ingrat, après l’échec de Bartolone, Dinin a nommé en février 2017 son ancien chef de cabinet à l’Assemblée nationale, Jean-Luc Porcedo, directeur des « nouveaux paysages urbains » au sein du groupe Nexity. Quant à elle, Corinne Valls ne peut rien ignorer des ambitions et des arrière-pensées de Bartolone. Elle a été sa vice-présidente au conseil général de Seine-Saint-Denis (2008-2012), puis sa suppléante à l’Assemblée nationale (2012-2017).

Plâtre et béton sur la Corniche

Pour tirer les fils de ce réseau d’indications, on peut formuler la déduction suivante. En 2014-15, alors que Bartolone se voit déjà à la tête de la Région, il se prépare à mettre en œuvre rapidement une première tranche du projet Ilex, sans renoncer à poursuivre la suite de l’aménagement. Dans le même temps, l’annonce des travaux du prolongement de la ligne 11 sonne le démarrage d’un programme de construction massif à travers Romainville. Il y a beaucoup d’argent à se faire. Les grues s’élèvent de toutes parts, sous le contrôle étroit de la mairie. Et toutes les plaquettes des promoteurs vont monter les prix en laissant miroiter la proximité d’un futur parc. (Mais on construit beaucoup trop d’un seul coup, les prix ne montent pas assez vite au goût des promoteurs. La population de Romainville augmente tout de même de 12% entre 2012 et 2017, si l’on se fonde sur l’évolution du nombre de foyers fiscaux).

La grande ironie de l’histoire, c’est non seulement la défaite de Bartolone aux élections régionales, mais surtout la façon dont Valérie Pécresse a repris, clés en main, un projet conçu pour son ennemi intime. Karam n’y voit que du feu. Il valide sans réfléchir un projet d’aménagement qui a pour principal objectif la valorisation des projets immobiliers des amis de Bartolone. Si l’on observe de près la carte des aménagements prévus, la corrélation entre le programme immobilier et l’aménagement de la forêt saute aux yeux. La Villa Natura, construite par Nexity à l’aplomb du front de taille, n’est rendue constructible que par le comblement des fontis situés au pied de la falaise. D’après le cahier des charges initial, l’entrée du parc aurait dû se faire depuis une esplanade située devant le château (celle-ci a été réalisée sur les fonds de la Région, avant que le château brûle, puis disparaisse). Dans la version revue, elle se fera depuis une nouvelle allée autour de laquelle un Monoprix s’est installé, au pied d’un ensemble construit par Fiminco, autre promoteur ami de la ville. La présence, dans le périmètre du projet actuel, d’un aménagement de loisirs situé à l’écart de la forêt, tout en bas de la rue Paul de Kock, se comprend mieux si l’on pense à la proximité d’un autre chantier de grand standing mené par Nexity (les « Coudes Cornettes »).

Plâtre et béton sur la Corniche

Quant aux cités voisines, dont l’accès à la forêt était considéré comme un critère essentiel dans la concertation de 2002, elles n’ont pas été oubliées, bien au contraire. Gagarine doit disparaître. Il faut faire du neuf, exploiter les espaces vides pour densifier, amener une nouvelle population, multiplier les taxes foncières. Un article entier serait nécessaire pour expliquer le projet de « requalification urbaine » de la cité, préparé en sous-main depuis des années, mais énoncé publiquement en 2016 seulement. Il vise à casser toutes les barres d’un ensemble HLM de qualité, qui souffre avant tout d’avoir été délaissé par la ville depuis vingt ans et d’être dénigré et maltraité par ses élus. L’opération implique évidemment l’expulsion des habitants, dont la plupart ne pourront pas être relogés sur place. Ce serait le parachèvement du projet de refonte complète du paysage urbain, étroitement lié à l’aménagement de la forêt. Ni l’un ni l’autre ne doivent se faire. C’est donc ensemble que nous devons lutter.

Lors de son unique visite sur place, fin septembre, Valérie Pécresse s’est contentée d’inaugurer des panneaux de présentation, sous les huées des opposants (avec un cynisme achevé, la communication de la Région présente maintenant l’épisode comme une « rencontre de 2h30 avec les associations »). Elle n’a pas jeté un seul regard sur la forêt. Mais elle a toutefois eu une bonne inspiration, en admettant que le projet actuel n’avait plus rien à voir avec une base de loisirs à l’ancienne. Elle parle à présent d’une « promenade écologique » et le vocabulaire semble avoir percolé dans le discours officiel de la Région. En bon français, cette expression de langue de bois veut simplement dire « un sentier en forêt ». Or les sentiers, Madame Pécresse, les sentiers sont déjà là ! Ce sont eux que nous voulons garder, au lieu des aménagements d’aire d’autoroute sur sol artificiel que propose le lamentable projet Ilex.

Les questions en suspens sont nombreuses. La dépollution des sols est un sujet d’inquiétude de première importance. Le boulet que constitue le contrat accordé à Ilex en 2003 pèse toujours autant. Car s’il se confirme que les phases ultérieures seront abandonnées et que le reste de la forêt est véritablement « sanctuarisé », il faudra bien indemniser Ilex pour ces tranches perdues. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas l’indemniser globalement et dénoncer un contrat qui, au fil des avenants passés, n’a tout simplement plus aucun sens ? Patrick Karam réclame des associations un contre-projet. Il n’a qu’à se pencher sur les archives de ses services techniques pour trouver quantité de belles propositions qui demandaient depuis le départ la préservation de la « forêt ombreuse ».

Karam et Pécresse auraient tort de continuer à narguer leurs prédécesseurs, en prétendant avoir nettement amélioré un projet destructeur. Ils ne savent pas que ce projet avait été amendé depuis longtemps. Les élus socialistes vont finir par se lasser de leurs moqueries inutiles. Les nouveaux patrons de la Région auraient également intérêt à se rendre compte qu’en poursuivant une opération sans fin, ils continuent de creuser un budget abyssal pour un résultat si maigre que la Cour des Compte finira bien par s’y intéresser. Il est plus que temps d’arrêter les frais. Ils devraient aussi prendre garde à l’absurdité de leur rhétorique. La seule justification qu’ils parviennent à énoncer pour défendre leur projet serait d’« ouvrir un poumon vert ». Mais pourquoi faudrait-il amputer d’un tiers un organe dont on prétend bénéficier ? Si le poumon est indispensable à la respiration de la ville, il n’y a pas à y toucher. Enfin, si l’on remonte le fil de l’histoire, c’est la toute première bévue qu’il faudrait maintenant corriger. Il est temps d’abandonner pour de bon l’optique paternaliste des « loisirs » qui seraient imposés à des populations passives. Tout le monde l’a maintenant bien compris, le véritable enjeu concerne la valeur écologique d’une forêt qu’il faut préserver dans sa totalité, sans préjuger de ses usages. La focalisation sur cette seule partie de la Corniche des Forts ces dernières années a fait perdre de vue l’ensemble du parcours qui mène de Pantin à Noisy-le-Sec. En réalité, la réflexion doit maintenant se déployer à une échelle plus vaste, en envisageant la continuité d’un « parc naturel urbain » qui court le long de la colline, des Buttes Chaumont et du Père Lachaise jusqu’aux parcs de Montreuil et au fort de Noisy. L’idée d’une base de loisirs sur terrain accidenté en milieu dense est irrémédiablement obsolète. La seule question qui importe aujourd’hui est de savoir laisser proliférer l’espace sauvage au cœur de la métropole.

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1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 09:23

La conférence internationale consacrée à la préservation du vivant s’est conclue le 29 novembre en Égypte. Elle ouvre la voie à deux ans de négociations censées accoucher, en 2020, d’un nouveau cadre d’action mondiale pour sauver les espèces et les écosystèmes. D’après Marie-Noëlle Bertrand le jeudi 29 novembre 2018 pour l’Humanité.                                                              Localement, nous avons participé aux Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre. Lire aussi Sur tous les continents, la nature et le bien-être humain sont en danger, Le plan de Nicolas Hulot pour sauver la biodiversité ne répond pas à l’artificialisation des sols  et Les échanges commerciaux qui menacent la vie sauvage.

Les scientifiques s’accordent à dire que la 6e extinction massive des espèces nous pend au nez, l’érosion du vivant ne cesse de s’accélérer. Antonio Scorza/AFP

Les scientifiques s’accordent à dire que la 6e extinction massive des espèces nous pend au nez, l’érosion du vivant ne cesse de s’accélérer. Antonio Scorza/AFP

Vaste, interconnectée et furieusement menacée par certaines activités humaines, la biodiversité est d’abord un néologisme, la synthèse des mots diversité et biologie prononcé pour la première fois en 1984 par le biologiste Edward O. Wilson, marqué par la généralisation de l’idée qu’une crise aiguë menace le vivant. De fait, la biodiversité est un concept bien plus vaste que la simple collection d’espèces animales et végétales. « C’est la diversité de la vie à tous ses niveaux d’organisation, du gène jusqu’aux écosystèmes », relève la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, sur son site. Certes, elle comprend l’ensemble des êtres vivants. Mais elle définit aussi les interactions qui les relient entre eux et avec le milieu où ils vivent. Les humains en sont une des composantes, et interagissent dans le temps et dans l’espace avec les autres.

On a compris, dès le XVIIIe siècle, que l’être humain pouvait provoquer la disparition d’espèces. Le dodo, oiseau de l’île Maurice, a été le premier à en faire les frais. En revanche, il n’existe pas d’unité commune permettant de qualifier la globalité des dégradations dont souffre le tissu vivant de la planète, par définition trop divers. Reste que des indicateurs fiables existent. La liste rouge des espèces animales en danger d’extinction, installée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en 2000, est de ceux reconnus. « Nous travaillons à en construire d’autres, entre autres pour les écosystèmes », explique Cyriaque Sendashonga, directrice des politiques de l’UICN.

Les principales causes de cette érosion de la biodiversité sont connues, identifiées, incontestées. La destruction des forêts, des sols ou autres écosystèmes du fait de l’urbanisation, de l’extractivisme ou encore de l’intensification agricole, arrive en tête de liste. En mars 2018, l’Ipbes, équivalent du Giec dédié à la biodiversité, établissait que seul un quart des terres n’est pas ou peu affecté par les activités humaines. Les zones humides sont les biotopes les plus touchés, avec une perte de 87 % de leur étendue à l’ère moderne. La surexploitation des ressources, la pollution, l’essor des espèces invasives et enfin le réchauffement climatique complètent la liste des causes majeures de l’érosion de la biodiversité.

Les zones humides sont les biotopes les plus touchés, avec une perte de 87 % de leur étendue à l’ère moderne. Ici le Pantanal, la plus grande zone humide de la planète en territoire brésilien, dans l'État du Mato Grosso. Photo Carl de Souaz/AFP

Les zones humides sont les biotopes les plus touchés, avec une perte de 87 % de leur étendue à l’ère moderne. Ici le Pantanal, la plus grande zone humide de la planète en territoire brésilien, dans l'État du Mato Grosso. Photo Carl de Souaz/AFP

Un nouveau pacte mondial pour la biodiversité en 2020 ?

L’érosion de la biodiversité a beau être éclatante, elle peine à sortir de l’ombre que lui fait la crise climatique. La COP14 sur la diversité biologique, cousine silencieuse, pour ne pas dire aphone, de la COP24 sur le climat, s’est déroulée du 17 au 29 novembre à Charm el-Cheikh, sans avoir réussi à se faire entendre. Ce rendez-vous, orchestré par l’ONU, marquait pourtant un moment charnière de la mobilisation internationale contre la disparition des espèces végétales et animales. Avec lui démarre un cycle de négociations qui va durer deux ans : en 2020, la communauté mondiale devra s’entendre autour d’un futur cadre de lutte pour la préservation de la biodiversité. Accord, protocole, traité… simple document politique ? Sa nature n’est pas encore arrêtée. Quoi qu’il en soit, c’est lui qui définira la stratégie que les 196 États parties prenantes du processus suivront jusqu’en 2030, afin d’enrailler la 6e extinction massive des espèces, dont les scientifiques s’accordent à dire qu’elle nous pend au nez. En bref, il sera, pour le vivant, ce qu’est l’accord de Paris pour le climat.

Échec sur toute la ligne pour les objectifs d’Aïchi

Car tous les indicateurs le montrent : l’érosion du vivant ne cesse de s’accélérer. Les populations d’animaux vertébrés n’ont jamais décliné à un rythme aussi rapide, aujourd’hui 100 à 1 000 fois supérieur que celui calculé au cours des temps géologiques, rappelle ainsi le WWF en octobre, dans son rapport annuel sur l’état de la planète publié en octobre (lire encadré). Qu’elles portent sur les oiseaux, les abeilles, voire sur des écosystèmes entiers, qu’ils proviennent d’ONG, d’équipes scientifiques ou de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques), les synthèses alarmantes se multiplient, offrant toutes des perspectives peu réjouissantes (voir ci-dessus).

Et pourtant, depuis 1992, date de la création de la convention sur la diversité biologique (CDB), chargée de piloter le travail diplomatique dédié à la question, trois stratégies mondiales se sont succédé visant enrayer le phénomène.

La dernière en date remonte à 2010. Adoptée au Japon, lors de la COP10, baptisée « objectifs d’Aïchi », elle établissait vingt cibles à atteindre pour 2020. Entre autres celles de diviser par deux le taux de perte des habitats naturels, de créer des aires protégées sur 17 % des surfaces terrestres et 10 % des zones maritimes, de restaurer au moins 15 % des espaces dégradés ou encore de réduire au minimum les pressions anthropiques (liées aux activités humaines) exercées sur les récifs coralliens et les autres écosystèmes marins vulnérables.

Huit ans après, seules ont progressé les créations d’aires protégées. Les autres objectifs sont pour ainsi dire au point mort. Très logiquement, le constat est le même pour les précédents engagements internationaux : tous, à ce jour, ont failli.

La vogue des réserves exclusives passée de mode

« Savoir pourquoi l’on échoue à agir est compliqué et pourtant finalement assez simple », relève Aleksandar Rankovic, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). « Dès 2002, un premier bilan avait permis d’identifier une trentaine de problèmes, qui restent d’actualité. » Tous peuvent se synthétiser en un seul : le manque de volonté politique des États à transformer les choses en profondeur. « On peut créer toutes les aires protégées que l’on veut – et il en faut ! –, cela ne changera pas le problème sur le fond : nous restons partout pris par des contradictions entre les actions entreprises en faveur de la biodiversité et le modèle de développement actuel. » Visés, par le scientifique, les systèmes d’agriculture ou de pêche intensifs, la surexploitation des ressources, l’extraction minière ou encore les agrocarburants, dont l’essor grignote un peu plus les écosystèmes, entre autres forestiers. Autant de facteurs d’érosion de la biodiversité clairement identifiés, au point de ne quasiment plus faire débat.

« Contrairement à ce qui se passe dans le cadre des négociations climatiques, celles consacrées à la biodiversité abordent de front les responsabilités sectorielles », reprend Aleksandar Rankovic. La cible n° 3 des objectifs d’Aïchi commandait ainsi l’élimination des subventions néfastes à la biodiversité – autrement dit, celles accordées aux activités écocides. La cible n° 4 intimait les gouvernements à prendre des mesures « pour assurer une production et une consommation durables ». Mais les pays, ceux d’Europe singulièrement, « restent ancrés sur leurs vieux modèles », conclut le chercheur, lesquels continuent d’exercer une pression insoutenable sur le tissu vivant de la planète.

Longtemps, on aura tenté de contourner le problème. La vogue de créer d’immenses réserves exclusives, en Afrique ou en Amérique latine, interdisant toute forme d’activités humaines au point d’empêcher celles de populations autochtones, n’a plus le vent en poupe. Le principe, émergé au début des années 1990, de donner une valeur financière à la nature pour mieux la défendre est en revanche toujours d’actualité. « On a pu voir, au cours du temps, plusieurs projets de marchandisation, portés par l’idée très libérale selon laquelle on ne réussira à conserver la biodiversité que si cela rapporte, ou au moins que si l’on estime qu’elle a de la valeur », explique Valérie Boisvert, chercheuse à la faculté des géosciences et de l’environnement de Lausanne, en Suisse. Une vision pragmatique, supposée, aussi, parler aux décideurs. « Les milieux de la conservation eux-mêmes se sont convaincus qu’il n’y avait que cela qui parlerait aux gens », poursuit la scientifique.

Le mirage de la financiarisation fait long feu

Prenant pour modèle le rapport Stern, qui, en 2007, donnait une évaluation chiffrée des coûts induits par le réchauffement climatique, une flopée d’études ont fleuri pour démontrer ceux qu’aura la disparition des abeilles ou encore des mangroves. Dans la foulée, étaient créés des instruments de marché de la biodiversité, soutenus par l’idée que la nature regorgeait de ressources, entre autres génétiques, exploitables par milliers. Cette conviction ne devait pas manquer d’allécher les industriels, singulièrement ceux du secteur pharmaceutique, et les rendre du même coup désireux de protéger ce capital vivant. « Le problème, reprend Valérie Boisvert, c’est que cela reste de l’ordre de l’imaginaire. Donner un prix à ce qui n’en a pas est toujours compliqué. Quand on parle de quelque chose de vital, de grand cycle biogéochimique, de la présence d’espèces sur terre qui ne sont pas du domaine du marchand, ça n’a pas beaucoup de chance d’évaluer monétairement. » De fait, le mirage a passé, d’autant plus que les industriels ont vite appris à synthétiser les molécules dont ils avaient besoin.

A ce sujet, lire les analyses de Razmig Keucheyan sur ce blog, entre autre Quand la finance se branche sur la nature.

La question, cependant, continue de phagocyter les débats internationaux. Les problèmes éthiques qu’elle pose en matière d’accès et de partage des bénéfices, même limités, engendrés par l’exploitation de ces ressources génétiques, restent objet de conflits entre les pays dits du Nord et ceux dits du Sud. Schématiquement, ces derniers, qui ne disposent ni des mêmes forces industrielles, ni de la même recherche publique, mais qui abritent l’essentiel de la biodiversité mondiale, redoutent d’être, une fois de plus, les dindons de la farce. Un risque à conjurer d’autant plus vite qu’il contribue à ralentir, pour l’heure, les autres prises de décision.

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30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 09:07

Le vendredi 7 décembre à 18H30, les signataires de l’Appel à la résistance pour l'interdiction de tous les pesticides Nous voulons des Coquelicots se retrouvent à nouveau devant les mairies de leurs villes et villages. 338 événements sont annoncés pour le 7 décembre ! Cf. Nous voulons des coquelicots...

Rassemblement Nous voulons des coquelicots devant la mairie des Lilas, 2 novembre 2018

Rassemblement Nous voulons des coquelicots devant la mairie des Lilas, 2 novembre 2018

Ça va swinguer, coquelicots à la boutonnière ! Nous vous avons concocté quelques chansons pas piquées des vers (à télécharger ici). Aux nouveaux venus, on souhaitera la bienvenue et on se rappellera ensemble le sens de l’Appel. Ceux qui étaient là la fois précédente dresseront un bilan des 2 mois écoulés et nous imaginerons ensemble les prochaines actions à mener. Avec UN objectif central, impératif, essentiel : récolter des signatures. A l’aide des feuilles de signatures, via une tablette ou avec votre téléphone portable. Faire signer, c’est le mot d’ordre!

Enfin, si vous avez prévu le coup, on descendra quelques verres de vin, de cidre ou d’orangeade, au milieu des cris d’enfants, des sonnettes de vélos, des tambours et des casseroles. Juré, on va à nouveau s’amuser et faire du bruit. On vous a concocté une petite note, pour rappeler l’essentiel : se rassembler est un droit (constitutionnel, même!).

Nous voulons des coquelicots !

Rassemblement Nous voulons des coquelicots devant la mairie des Lilas, 2 novembre 2018

Rassemblement Nous voulons des coquelicots devant la mairie des Lilas, 2 novembre 2018

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29 novembre 2018 4 29 /11 /novembre /2018 09:09

Une étude indépendante estime pour la première fois le coût de la prise en charge des maladies associées au trafic routier. Le diesel compte pour 80%. D’après https://www.planetoscope.com et Stéphane Mandard le 26 décembre pour Le Monde.

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Pour justifier la hausse du prix des carburants, en particulier celle du diesel, et rappeler l’impérieuse nécessité de sortir de la dépendance aux énergies fossiles, les élus de la majorité présidentielle, invités sur les plateaux de télévision pour commenter le mouvement des « gilets jaunes », partagent désormais tous le même élément de langage : la pollution tue chaque année en France 48 000 personnes. Au passage, ils oublient souvent de préciser qu’il s’agit de morts prématurées et que le trafic automobile n’est qu’une des sources, certes importante, de la pollution de l’air.

Une étude publiée mardi 27 novembre devrait leur fournir un nouvel argument, économique celui-là : les coûts de santé liés à la seule pollution automobile dépassent 60 milliards d’euros par an en Europe. Et ce sont les très toxiques oxydes d’azote (NOx) rejetés par les moteurs diesel qui en sont les principaux responsables. Par coûts de santé, on entend les frais liés à la prise en charge des nombreuses maladies (respiratoires et cardiovasculaires) associées aux NOx et autres particules fines recrachées par les pots d’échappement.

Commandé par l’Alliance européenne pour la santé publique (EPHA), ONG qui regroupe une centaine d’associations et de professionnels de la santé, ce rapport est le premier à tenter d’estimer les coûts sociaux générés par le trafic automobile et en particulier par les diesels.

Dans la foulée du scandale du « dieselgate »

Jusqu’ici, les rares données concernaient la pollution de l’air dans son ensemble. En 2015, dans la foulée du scandale du « dieselgate », une commission d’enquête sénatoriale avait ainsi évalué les coûts économiques (et pas seulement sanitaires) de la pollution de l’air à 100 milliards d’euros en France.

Menée par le centre de recherche indépendant néerlandais CE Delft, l’étude s’appuie sur les données récoltées en 2016 dans neuf pays de l’Union européenne aux parcs automobiles plus ou moins développés : Allemagne, Pologne, Espagne, Autriche, Hongrie, Slovénie, Bulgarie, Roumaine et Estonie. En se fondant sur la norme européenne de calcul des émissions de polluants des voitures (Copert), les chercheurs arrivent à la facture totale de 66,7 milliards d’euros de frais de santé. Les véhicules diesel représentent 83 % de ce montant.

Varsovie dans un nuage de pollution. [Shutterstock]

Varsovie dans un nuage de pollution. [Shutterstock]

Ils ont également effectué ce travail d’estimation à partir des mesures réalisées dans le cadre du projet TRUE (The Real Urban Emissions Initiative). Développé par le Conseil international pour un transport propre (ICCT), l’ONG à l’origine des révélations sur le « dieselgate », ce programme a permis d’enregistrer les niveaux de pollution, en condition de conduite réelle, de plus de 400 000 véhicules à travers l’Europe et de constater qu’ils étaient supérieurs à ceux obtenus à partir du référentiel en vigueur Copert. Selon cette méthodologie plus fine, la facture monte à 79,8 milliards d’euros, dont 75 % attribuables aux diesels.

La nécessité de changer le parc automobile

Les trois quarts de ses coûts sont supportés par les Etats à travers le système d’assurance sociale, toujours selon l’étude. Mais ils pourraient être sérieusement allégés si les gouvernements s’engageaient rapidement vers une sortie des moteurs thermiques. D’ici à 2030, ils pourraient chuter d’environ 80 % avec une généralisation des véhicules à faibles émissions.

Reste que la trajectoire actuelle du parc automobile européen n’en prend pas le chemin. Selon un rapport publié le 22 novembre par l’Agence européenne de l’environnement (AEE), la part de véhicules électriques et hybrides n’a quasiment pas progressé entre 2016 (7,1 %) et 2017 (7,2 %), et reste très en deçà de l’objectif de 10 % fixé à l’horizon 2020. Et si pour la première fois, en 2017, les ventes de voitures à essence (53 %) ont dépassé celle des diesels (45 %), cette motorisation reste prédominante en Europe (67 %).

Plus inquiétant, trois ans après le « dieselgate », le nombre de véhicules qui ne respectent pas les normes antipollution continue de croître. Selon les calculs de l’ONG Transport & Environment, environ 43 millions de véhicules émettant des niveaux de NOx au moins trois fois supérieurs aux normes sont toujours en circulation dans l’Union européenne. Avec 8 741 000 véhicules concernés, c’est la France la plus touchée devant l’Allemagne (8 208 000) et le Royaume-Uni (7 267 000).

La Commission européenne avait convié les Etats à une réunion ministérielle mardi 27 novembre pour les inciter à mettre la pression sur les constructeurs afin que ces derniers tirent enfin toutes les leçons du « dieselgate ». Le ministre allemand des transports, Andreas Scheuer, ayant décliné l’invitation, le sommet a été annulé et reporté à 2019.

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28 novembre 2018 3 28 /11 /novembre /2018 09:31

L’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) en appelle au grand public pour financer l’acquisition de réserves où la faune et la flore évoluent en toute liberté. D’après www.aspas-nature.org et Pierre Le Hir pour Le Monde. Lire aussi « La nature face au choc climatique » : la moitié des espèces des régions les plus riches en biodiversité menacées d’extinctions , La sixième extinction de masse des animaux s’accélère et Les échanges commerciaux qui menacent la vie sauvage.

Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans

Voici une trentaine d’années, le 20 novembre 1987, en créant son Conservatoire E.S.P.A.C.E., l’ASPAS avait eu l’idée visionnaire de protéger des milieux par la maîtrise foncière. Pour pallier l’incurie de l’État, face à la dégradation générale de notre patrimoine, l’ASPAS remet à jour la charte du conservatoire ESPACE en avril 2010.
Le 7 juillet 2010 elle concrétise son Conservatoire avec sa toute première acquisition dans le Massif central (4 parcelles pour une surface totale de 3,27 ha). Première d’une longue série.
En 2014, le « Conservatoire E.S.P.A.C.E. » laisse place aux Réserves de Vie Sauvage, et son label « Réserve de Vie Sauvage® » est déposé à l’INPI (Institut national de la propriété industrielle).

Pourquoi des réserves de vie sauvage ?

Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans

Parce que l’État ne fait pas son travail ! Suite aux oppositions systématiques des lobbies ruraux, les exigences en matière de protection de  la nature ont sérieusement baissé.
La majorité des régimes juridiques des espaces protégés n’interdit pas la chasse, qui est autorisée dans certains parcs nationaux, comme ceux des Cévennes et des Calanques, ainsi que dans 70 % des Réserves Naturelles Nationales. De même, l’exploitation forestière peut se pratiquer dans tout ou partie de ces espaces dits « protégés » (dans tous les Parcs Nationaux par exemple).
Les différentes chartes des Parcs Naturels prévoient, avant tout, d’assurer la pérennisation des activités humaines en son sein, et non comme on pourrait le penser, de mettre tout en œuvre pour une vraie protection de la nature sauvage.
Sous la pression des lobbies financiers, agricoles et de la chasse, on ne protège plus que ce qui ne les dérange pas : c’est-à-dire quasiment rien.
L’urgence est donc de préserver des espaces de vraie nature libre, où la vie sauvage se développe à l’abri de toute destruction et de toute exploitation mercantile.

Qu'est-ce qu'une réserve de vie sauvage ?

C’est un espace naturel dont la gestion est, en fait… la non gestion, ou la libre naturalité. L’objectif est de reconstituer des îlots de nature intacte, des zones de quiétude pour la faune et de naturalité pour la végétation.
Le niveau de protection correspond à la catégorie 1b « Zone de nature sauvage » du classement de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) attribuée aux espaces qui ont conservé leur caractère et leur influence naturels, et sont protégés et gérés aux fins de préserver leur état authentique.
Sont interdits : la chasse, l’exploitation forestière, la pêche, les dépôts de déchets, les feux, la circulation des véhicules à moteur en-dehors des voies publiques prévues à cet effet et sauf service ou sécurité, toute forme de cueillette et de prélèvement (faune et flore), le passage de chiens non tenus en laisse, l’exploitation agricole et l’élevage d’animaux domestiques, et toute autre activité humaine néfaste à la faune et à la flore.

Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans
Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans

Quels terrains ?

Des terrains sauvages de toutes sortes, de préférence d’un fort intérêt ou d’un fort potentiel biologique tels que zones humides, forêts, falaises, landes, cols migratoires, etc. Chaque acquisition sera précédée d’une étude de terrain.

Comment obtenir la maîtrise foncière ?

✔ par l’acquisition de terrains. À cet effet, une recherche active est actuellement menée. Si vous avez connaissance de terrains abritant une nature riche en vente dans votre entourage, vous pouvez nous prévenir. L’ASPAS a ouvert une ligne budgétaire spécifique pour le financement de ce projet.
✔ Par les donations et les legs. La reconnaissance d’utilité publique de l’ASPAS facilite ce mode d’acquisition puisqu’elle permet désormais une exonération totale des droits de mutation (contre 60 % jusqu’à présent). Transmettre ainsi vos terrains naturels à l’ASPAS vous donnera la certitude qu’ils demeureront préservés dans le temps.

Une réserve de vie sauvage, c’est comment ?

Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans

D’abord, le silence. Puis, traversant les frondaisons, le cri rauque d’une grande aigrette, flèche blanche dans le ciel automnal. Devant nous, un plan d’eau bordé de saules et de peupliers scintille de reflets ambrés. Massée sur un îlot, une colonie de cormorans – une centaine au bas mot – bat des ailes en cadence dans le froid mordant. Des hérons cendrés montent la garde. Un martin-pêcheur prend son envol. Bienvenue dans la réserve de vie sauvage des Deux-Lacs, l’une des quatre déjà créées par l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). Sa démarche, unique en France : financer l’achat de terres pour les rendre à la nature, si nécessaire en faisant appel au grand public.

Ici, dans la petite commune de Châteauneuf-du-Rhône, à la limite de la Drôme et de l’Ardèche, elle est propriétaire, depuis l’été 2013, d’une zone humide de 60 hectares. Un ensemble de deux lacs – d’anciennes gravières remises en eau – planté de landes, d’aulnes, d’aubépines, de roseaux et d’arbustes propres aux milieux aquatiques. Un havre de tranquillité où, peu à peu, la nature reprend ses droits.

Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans

« Cinq ans, c’est encore trop court pour juger de l’évolution de la faune et de la flore. Mais ce qui me frappe, c’est de voir que, en quelques années seulement, les espèces d’oiseaux présentes se sont beaucoup diversifiées. C’est un très bon signe pour l’avenir », témoigne Béatrice Kremer-Cochet, naturaliste, qui fait découvrir le site. Entre le parc de Miribel-Jonage, près de Lyon, et la Camargue, les Deux-Lacs sont devenus une étape, parfois un refuge et une aire de nidification, pour de nombreux oiseaux migrateurs, aigrettes garzettes, guêpiers d’Europe ou hérons pourprés, qui côtoient sur ces rives, en toute quiétude, foulques macroules, grèbes huppés, sarcelles et bécassines.

Les animaux arpentant le sol prennent eux aussi leurs aises, comme le montrent les images dérobées par des caméras dissimulées dans les buissons. On y aperçoit chevreuils, renards, martes, blaireaux, ou encore des genettes, petits carnivores nocturnes. Mais la vedette des lieux est le castor d’Europe. Sur une berge du lac principal, un amoncellement de branches taillées en biseau, percé de conduits d’aération, révèle qu’une famille de rongeurs a construit ici sa hutte.

Le castor d’Europe est l’animal emblématique de la réserve drômoise. REMI COLLANGE

Le castor d’Europe est l’animal emblématique de la réserve drômoise. REMI COLLANGE

Créée voilà un peu plus de trente ans et forte de quelque 10 000 adhérents, l’Aspas met un point d’honneur à ne recevoir aucune subvention de l’Etat. En plus des Deux-Lacs, elle a acquis, avec les seuls fonds de ses membres et de donateurs, trois autres domaines, transformés en réserves. L’un, à dominante forestière, dans la Drôme également, un autre dans les Côtes-d’Armor, le dernier dans l’Hérault, pour un total de près de 700 hectares. Elle projette de presque doubler cette superficie, en leur adjoignant 500 hectares de forêts anciennes, de falaises et de ruisseaux, dans le Vercors.

VERCORS VIE SAUVAGE Un projet ambitieux porté par une ONG hors norme

Des « parts de vie sauvage » symboliques

« Ce nouveau projet sera notre vitrine, avec un espace d’accueil des visiteurs et des postes d’observation des cerfs, loups, aigles, gypaètes, vautours… », annonce Clément Roche, coordinateur des réserves de vie sauvage de l’Aspas. A condition que l’association réunisse les 2,6 millions d’euros nécessaires à cette acquisition foncière, pour laquelle elle a ouvert une souscription. Les donateurs deviennent propriétaires de « parts de vie sauvage » symboliques.

Si l’Aspas s’est lancée dans l’achat de terres, c’est, explique-t-elle, « parce que l’Etat ne fait pas son travail ». Malgré ses 10 parcs nationaux, ses 53 parcs régionaux et ses 347 réserves naturelles (167 nationales, 173 régionales et 7 corses), sans compter 1 776 sites Natura 2000 terrestres et marins, la France n’assure une « protection forte » de la nature que sur « moins de 1 % du territoire national », déplore la directrice de l’association, Madline Reynaud. La chasse est de fait autorisée dans la plupart des réserves naturelles de l’Etat, et même dans une partie des parcs nationaux des Cévennes et des Calanques.

Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans

« La France est un magnifique décor d’opéra avec trop peu de chanteurs, déplore Gilbert Cochet, naturaliste comme son épouse, Béatrice. Elle possède un très riche patrimoine naturel, mais la vie sauvage y est moins dense que chez beaucoup de nos voisins, où le niveau de protection est plus élevé. »

Au sein des réserves de vie sauvage, les règles sont donc strictes : chasse, pêche, cueillette, feux, exploitation forestière, canotage, véhicules à moteur, chiens non tenus en laisse y sont interdits, seuls les promeneurs sur les sentiers aménagés étant les bienvenus. Ce qui crée parfois des tensions avec les chasseurs et les pêcheurs – spécialement aux Deux-Lacs, où des plans d’eau avoisinants sont ouverts à la pêche –, que les agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, ou les bénévoles formés comme gardes assermentés, doivent régulièrement rappeler à l’ordre.

Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans

La chute vertigineuse de la biodiversité

Ces enclaves préservées bénéficient ainsi du plus haut degré de protection défini par l’Union internationale pour la conservation de la nature. Elles font aussi partie du réseau Rewilding Europe (« réensauvager l’Europe »), qui compte déjà plus d’un million d’hectares de réserves, notamment dans les Carpates, les deltas du Danube et de l’Oder, le massif du Velebit en Croatie, la chaîne italienne des Apennins, ou encore au Portugal. Avec un principe de gestion simple : l’absence de toute intervention humaine.

« L’homme a évolué au milieu de la vie sauvage. Il a besoin de cette proximité. La rencontre avec la faune sauvage est toujours un moment magique », plaide Gilbert Cochet. Aux Deux-Lacs, la végétation regagne elle aussi du terrain. « Dans ce milieu très modifié par l’homme, avec les multiples barrages aménagés sur le Rhône, un couvert forestier plus diversifié et plus mature commence à s’installer, qui va devenir de plus en plus attractif pour de nombreuses espèces, poursuit le naturaliste. Nous en sommes au tout début, mais il augure de belles surprises avec, pourquoi pas, le retour de rapaces comme le balbuzard ou le pygargue à queue blanche. »

Cette initiative citoyenne ne suffira évidemment pas à enrayer la chute vertigineuse de la biodiversité, dont le dernier rapport « Planète vivante » du Fonds mondial pour la nature (WWF) a confirmé l’ampleur, avec une perte de 60 % des populations mondiales de vertébrés en moins d’un demi-siècle. Du moins contribue-t-elle à offrir à la faune et la flore sauvages de petites oasis de paix et de liberté.

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27 novembre 2018 2 27 /11 /novembre /2018 09:04

Selon les rapports d’Oxfam et des Amis de la Terre, 3 ans après l’accord de Paris, les banques françaises financent encore plus massivement le pétrole et le charbon. D’après Oxfam, Les Amis de la Terre et Le Monde le 26 novembre 2018.

COP 21 + 3 ans : les banques françaises toujours au charbon

Trois ans après l’Accord de Paris pris lors de la COP21, les banques françaises continuent de financer massivement les énergies fossiles : sur 10 euros, 7 euros vont à ces énergies climaticides, et seulement 2 euros aux énergies renouvelables (l’euro restant allant aux énergies nucléaire et hydraulique).

COP 21 + 3 ans : les banques françaises toujours au charbon

Oxfam a publié le 24 novembre un nouveau rapport « Banques françaises, les fossiles raflent la mise » après avoir étudié les financements de 6 banques françaises (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, Banques Populaires Caisse d’épargne, le Crédit-Mutuel CIC et la Banque Postale) en direction de 290 entreprises et 89 projets d’énergies renouvelables. Et le constat est accablant.

Alors que les scientifiques s’accordent à dire qu’il est urgent d’agir, pour préserver le climat, de rester sous la barre fatidique des 1,5 °C de réchauffement climatique, les banques continuent de soutenir massivement les énergies qui produisent le plus de gaz à effet de serre, comme le charbon, le pétrole et le gaz. De 2016 à 2017, elles ont réduit leurs financements à destination des énergies renouvelables (moins 1,8 milliard d’euros) d’un montant équivalent à l’augmentation de leurs financements vers les énergies fossiles (plus 1,8 milliard d’euros).

Alors que la finance mondiale se réunit à partir de lundi 26 novembre à Paris dans l’objectif affiché de construire un système financier durable, la note « COP21 + 3, les banques françaises toujours au charbon » publiée ce lundi 26 novembre par Les Amis de la Terre France révèle que les banques françaises soutiennent toujours la construction de nouvelles centrales à charbon en finançant massivement les entreprises qui portent ces projets.

La capacité mondiale de production d’électricité à partir de charbon a augmenté de 92 GW depuis l’adoption de l’Accord de Paris en 2015 et 1380 projets sont encore prévus aujourd’hui dans le monde [1].

Quelles sont les banques françaises qui nuisent le plus au climat ?

D’après de nouvelles données financières [2], BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et Natixis ont accordé depuis la COP21 plus de 10 milliards d’euros de financements aux 120 entreprises les plus agressives en matière de construction de nouvelles centrales à charbon [3]. C’est 52% de plus que les 6,7 milliards d’euros accordés pendant les trois années précédant la COP21.

COP 21 + 3 ans : les banques françaises toujours au charbon

BNP Paribas, arrive en tête avec 12,8 milliards d’euros de financements en 2016 et 2017, suivie de très près par le Crédit Agricole et la Société Générale, qui ont respectivement financé les énergies fossiles à hauteur de 12,6 milliards d’euros et 11,5 milliards d’euros sur la même période.

La faute aux politiques sectorielles des banques qui n’excluent de manière stricte que les financements de projets et ont au contraire des critères très faibles sur les financements d’entreprises. BNP Paribas, qui comptabilise près de 4 milliards d’euros de prêts et d’émissions d’actions et d’obligations aux 120 entreprises, a ainsi pris des mesures nettement insuffisantes pour restreindre directement ses soutiens aux entreprises très actives dans le secteur ou qui prévoient d’augmenter leur capacité charbon.

BNP Paribas, la Société générale et le Crédit agricole ont accordé plus de 11 milliards de dollars (9,7 milliards d’euros) de financements, entre janvier 2016 et septembre 2018, aux 120 entreprises les plus « agressives » en matière de développement de centrales à charbon identifiées par l’ONG allemande Urgewald. Un chiffre en augmentation par rapport aux 6,5 milliards d’euros de financements de la période 2013-2015.

Parmi les firmes soutenues se trouvent des acteurs européens, comme les allemands RWE et Uniper ou le tchèque CEZ. « Ces entreprises étendent leurs mines et construisent de nouvelles unités, alors que les efforts devraient se porter sur la fermeture des 275 centrales actuellement en opération en Europe, dénonce Lucie Pinson, référente de la campagne sur la finance privée des Amis de la Terre et coauteure du rapport. Par ailleurs, elles intimident les gouvernements, comme lorsque RWE menace de poursuivre en justice les Pays-Bas s’ils actent une fermeture sans compensation de leurs centrales à charbon. »

Elle ajoute : « Les banques françaises refusent d’exclure un certain nombre d’entreprises au motif de les accompagner dans leurs efforts pour la transition énergétique. Nous disons que cela ne doit valoir que pour les entreprises qui s’efforcent réellement de se transformer en vue de s’aligner avec une trajectoire 1,5°C. Celles qui construisent délibérément des projets charbon que les plus hautes autorités scientifiques et politiques ont qualifiés à de multiples reprises de strictement incompatibles avec l’Accord de Paris doivent immédiatement être mises au ban. Refuser de le faire, c’est se porter responsable du développement du secteur le plus émetteur de CO2 et signer dès maintenant l’échec des objectifs climatiques adoptés en 2015 par la communauté internationale ».

Si les financements de projets ont toujours représenté moins de 10% des financements au secteur du charbon, la part des financements d’entreprises dans la construction de nouvelles centrales est amenée à croître du fait des risques réputationnels énormes associés au charbon. C’est notamment le cas en Europe où 66 projets sont toujours prévus, alors que tous les efforts devraient être tournés vers la fermeture avant 2030 des 275 centrales à charbon en opération [4].

Lorette Philippot, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre France explique : « Avec respectivement 1,8 milliard et 1 milliard d’euros de financements aux développeurs européens de nouvelles centrales à charbon depuis la COP21, BNP Paribas et Société Générale sont les 3ème et 10ème banques internationales à soutenir le plus les entreprises qui bloquent l’Europe dans sa transition énergétique. Parmi leurs clients figurent l’allemand RWE et le tchèque CEZ dont les activités charbon à 500 kilomètres de Paris ou de Katowice où se tiendra la COP24, menacent notre climat, notre santé et même des villages entiers de destruction. Le rapport du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement à 1,5°C a démontré qu’il nous fallait accélérer la sortie des énergies fossiles. Il est criminel de continuer de financer les entreprises du charbon, mais aussi des sables bitumineux et des gaz de schiste comme le font Crédit Agricole et Société Générale ».

La note publiée par Les Amis de la Terre, quelques jours avant le Climate Finance Day et la COP24, appelle les banques à revoir leurs politiques. Les banques françaises doivent s’engager à aligner leurs activités avec une trajectoire + 1,5 °C, exclure immédiatement les entreprises qui étendent leurs activités dans le secteur du charbon ou y sont fortement actives ou exposées, et conditionner leurs soutiens aux autres entreprises à l’adoption d’ici 2020 d’un plan détaillé de fermeture de leurs infrastructures charbon.

« Seuils d’exclusion »

Le mécanisme est le même pour le pétrole ou le gaz. Selon Profundo, en 2016, BNP Paribas a, par exemple, souscrit à une émission d’obligations du pétrolier anglo-néerlandais Royal Dutch Shell pour une valeur de 390 millions d’euros. En 2017, le Crédit agricole a octroyé un prêt de 594 millions d’euros à la société gazière russe Gazprom.

Pour réduire leurs aides aux entreprises les plus polluantes, les banques ont mis en place des « seuils d’exclusion ». Le Crédit agricole et Natixis (filiale de BPCE) l’ont fixé à 50 % pour le charbon, c’est-à-dire qu’elles écartent de leurs aides les firmes qui font plus de 50 % de leurs revenus ou de leur production à partir de cette énergie. BNP Paribas et la Société générale n’ont pris un tel engagement que pour leurs nouveaux clients.

Un seuil encore trop élevé pour les associations, qui appellent à l’abaisser à 30 % au maximum, comme le font de nombreux investisseurs, tels qu’Allianz ou Generali. « [L’anglo-suisse] Glencore, le 8e plus gros producteur de charbon au monde, tire 21 % de ses revenus de [celui-ci]. Il est indispensable que les banques excluent les entreprises en fonction de leur production absolue, et non plus seulement relative, si elles veulent réellement limiter l’impact de leurs financements sur le climat », avance Lucie Pinson, qui appelle les banques à « cesser immédiatement de soutenir toutes les entreprises qui développent de nouvelles activités charbonnières ». Oxfam, de son côté, les enjoint de « publier un plan de sortie des énergies fossiles ».

Financer les énergies renouvelables et se désengager des énergies fossiles

Force est de constater que malgré les beaux discours verts, les banques sont dans l’immobilisme face au défi du changement climatique ! Pourtant, une véritable transition énergétique ne peut s’opérer que si les banques financent les énergies renouvelables et cessent de financer les énergies fossiles.

Alors que les grands acteurs de la finance internationale se réunissent à Paris, en cette fin de mois de novembre, dans le cadre des Climate Finance Days, et que la COP 24 s’ouvre début décembre en Pologne, Oxfam demande aux banques :

  • De cesser de soutenir les entreprises qui développent de nouvelles activités charbonnières
  • De publier un calendrier de sortie des énergies fossiles
  • D’être transparentes sur leurs financements.

Enfin, l’Etat doit également prendre ses responsabilités face à l’urgence climatique en renforçant l’ambition de la Loi sur la Transition énergétique qui impose aux banques d’évaluer les risques liés aux changements climatiques.

Nous sommes à un tournant dans l’action climatique qui demande immédiatement une union et une ambition commune du secteur privé, des pouvoirs publics et des citoyens. Les financements d’aujourd’hui façonnent le modèle énergétique de demain or, et les mobilisations pour le climat l’attestent, il est temps d’agir et de prendre les bonnes décisions. Ce message sans équivoque doit maintenant être entendu des banques.

Note : Le rapport d’Oxfam montre que BNP Paribas est la banque française qui soutient le plus les énergies fossiles : charbon, pétrole et gaz. En mars 2018, les Amis de la Terre ont montré que Société Générale, elle, arrivait en tête concernant les énergies fossiles considérées comme les plus impactantes pour le climat : charbon, sables bitumineux, pétrole et gaz de schiste, forages en région Arctique et eaux profondes, gaz naturel liquéfié.

Chiffres clés :

  • Plus de 1380 projets de centrales à charbon sont encore prévus dans le monde, dont 66 en Europe ; si elles sont construites, elles augmenteraient la capacité installée globale de plus de 33%.
  • 120 entreprises particulièrement agressives dans le développement de nouvelles centrales à charbon représentent 68% du pipeline mondial de nouvelles centrales à charbon et constituent la Coal Plant Developers List (CPDL).
  • BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et Natixis, ont augmenté leurs financements aux 120 développeurs de charbon depuis la COP21 et l’adoption de leurs engagements charbon, passant de 6,7 milliards d’euros entre 2013 et 2015 à 10,25 milliards d’euros entre 2016 et 2018.
  • BNP Paribas comptabilise près de 4 milliards d’euros de prêts et d’émissions d’actions et d’obligations à ces entreprises depuis la COP21.
  • Si Crédit Agricole finance majoritairement des entreprises asiatiques, BNP Paribas et Société Générale financent les développeurs de charbon européen, avec respectivement 1,8 milliard et 1 milliard d’euros de financements.
  • BNP Paribas et Société Générale financent les entreprises qui développent leurs mines et centrales à charbon au sein même de l’Europe et bloquent ouvertement la sortie du charbon sur le continent, comme les Allemandes RWE et Uniper, ou la Tchèque CEZ.

[1] Voir le communiqué de presse d’e l’ONG allemande urgewald du 4 octobre 2018 : https://coalexit.org/sites/default/files/download_public/Urgewald%20Press%20Release%20-%20Coal%20Plant%20Developers%20-%2010-04-2018_final2.pdf

 [2] Recherche financière effectuées par le cabinet indépendant Profundo aux Pays-Bas à la demande des Amis de la Terre France, urgewald, BankTrack, Re:Common et Rainforest Action Network.

[3] Liste des 120 développeurs de charbon définit par urgewald et disponible sur https://coalexit.org/database

[4] https://beyond-coal.eu

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