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4 mai 2021 2 04 /05 /mai /2021 09:09

Le rapport du Réseau international pour l’élimination des polluants constate que les rejets de l’homme impactent l’ensemble de la vie océanique, végétaux et faune marine, du plancton aux oiseaux. D’après le Réseau International pour l'élimination des Polluants Organiques Persistants IPEN et Martine Valo pour Le Monde le 27 avril 2021. Lire aussi Pour un observatoire de nos paysages sous-marins, Les microplastiques sont omniprésents dans les grands fleuves européens comme dans les océansLe réchauffement des océans accélère et La pollution chimique gagne les abysses.

Polluants aquatiques dans les océans et les pêcheries, rapport de l'IPEN, mai 2021, disponible ci-dessous.

Polluants aquatiques dans les océans et les pêcheries, rapport de l'IPEN, mai 2021, disponible ci-dessous.

Le diagnostic se précise sur les maux dont souffre le monde aquatique. Pas ceux de demain, que le réchauffement climatique va rendre de plus en plus aigus, mais ceux d’aujourd’hui, directement liés à ce que les humains déversent dans l’eau depuis des décennies. Engrais, pesticides, métaux lourds, hydrocarbures, résidus de médicaments, milliers de tonnes de crème solaire et plastique sous toutes ses formes, sans compter les sédiments chargés de divers produits chimiques y juxtaposent ou synthétisent leurs effets délétères. Ils entraînent des anomalies de développement, des pertes de réponse immunitaire et une baisse de la fertilité chez les espèces aquatiques. Exposés à de nombreux perturbateurs endocriniens (PE), privés de leurs frayères et de leurs nourriceries détériorées, la faune et les végétaux pâtissent des déséquilibres qui menacent des chaînes alimentaires entières, du plancton jusqu’aux oiseaux marins.

Mises bout à bout, les publications scientifiques qui rendent compte de l’irrémédiable dégradation des écosystèmes marins et d’eau douce composent un tableau consternant. Plus de deux cents de ces études sont résumées dans un rapport sur les Polluants aquatiques dans les océans et les pêcheries, publié mardi 27 avril. Ce recensement a été réalisé pour le Réseau international pour l’élimination des polluants (IPEN), qui regroupe plus de 600 ONG dans plus de 120 pays, avec l’organisation australienne pour un avenir sans toxiques (National Toxics Network, NTN).

La surexploitation reprochée à la pêche ne constitue qu’une partie du problème de l’affaiblissement des ressources halieutiques. « En réalité, l’ensemble du réseau alimentaire aquatique a été sérieusement compromis, avec de moins en moins de poissons au sommet, des pertes d’invertébrés dans les sédiments et dans la colonne d’eau, moins d’algues marines, coraux, et d’autres habitats sains, ainsi qu’une prolifération de bactéries et des apparitions d’algues toxiques », déclare Matt Landos (Sciences vétérinaires, Université de Sydney), l’un des auteurs de ce rapport avec Mariann Lloyd-Smith et Joanna Immig (NTN) .

Les Polluants aquatiques dans les océans et les pêcheries, rapport de l'IPEN, mai2021.

Changement de comportement des animaux dénutris

Comme les bars de Virginie et certains gastropodes marins d’Australie, nombre de poissons, grenouilles, reptiles, mollusques ne se reproduisent plus, car ils ont développé des caractéristiques sexuelles à la fois masculines et féminines. L’arthropode Gammarus pulex, exposé à de faibles doses d’un néonicotinoïde, voit ses déplacements entravés et en meurt… de faim. D’autres animaux ne trouvent plus à s’alimenter faute de larves d’insectes qui ont disparu, tandis que les huîtres, moules, concombres de mer, crabes, homards sont dénutris à force d’ingérer des microplastiques. Sous l’effet de pesticides organophosphorés, le flet, un poisson plat, échoue dans sa métamorphose, ce qui le prive d’yeux.

La taille n’est pas en jeu : phoques, otaries, ours polaires, tortues caouannes souffrent d’une moindre résistance aux infections compte tenu de leurs expositions chimiques. Les biologistes ont aussi constaté que le développement cardiaque des larves de thon et du martin-pêcheur est affecté par des hydrocarbures provenant de déversements pétroliers. D’autres espèces changent de comportement sous l’effet des perturbateurs endocriniens (PE). Tous ces phénomènes « altèrent la capacité de survie d’un animal et affectent à leur tour la dynamique des populations », notent les rapporteurs.

Plus de 690 espèces marines pâtissent du plastique

Ces derniers soulignent qu’il existe aujourd’hui de 100 000 à 350 000 produits chimiques disponibles dans le commerce. Une fois qu’ils sont arrivés dans l’océan par le biais des rivières, des pluies, des pulvérisations aériennes, des ruissellements ou des poussières d’industrie minière, les insecticides, par exemple, ne déciment pas que les abeilles. Pyréthroïdes et néonicotinoïdes s’avèrent également toxiques pour les écrevisses, escargots, vers et insectes aquatiques, ainsi que divers crustacés, et même pour le zooplancton, y compris à de très faibles doses. Or, l’océan ne connaît pas de frontière. L’endolsulfan – un insecticide polluant organique persistant utilisé dans la culture du coton désormais banni –, a été retrouvé, par exemple, dans 40 % d’un échantillon de krill de l’océan Austral.

Masques et plastiques

L’industrie a sa part. Très répandus bien qu’interdits dans de nombreux pays, les polychlorobiphényles (PCB), qui figurent parmi les PE les plus toxiques, continuent de contaminer les lointains milieux polaires : leurs concentrations et celles de leurs métabolites augmentent dans certains poissons d’Antarctique. On en a trouvé dans le corps d’amphipodes vivant à plus de dix kilomètres sous la surface de l’océan. Ces contaminations peuvent toucher plusieurs générations d’animaux. Une équipe néerlandaise l’a constaté avec la difficile survie de descendants de poissons zèbres (Danio rerio) à la suite d’une exposition au PFOS (un composé perfluoré aux très nombreux usages).

La généralisation du plastique est, elle, largement documentée. On recense plus de 690 espèces marines qui en pâtissent : zooplancton, bernaches, bivalves, crustacés, poissons, mammifères et oiseaux marins… Une étude a, par exemple, conclu que tous les échantillons de poissons d’eau profonde de la mer de Chine méridionale étaient contaminés par des microplastiques. Et la pandémie de Covid-19 aggrave encore la situation, en raison notamment de la pollution générée par l’usage intensif de masques de protection.

Les particules de plastique peuvent fixer dans leurs périples toutes sortes d’autres contaminants, comme les PCB et le DDT (pour dichloro-diphényl-trichloro-éthane, un pesticide). Produits chimiques toxiques et métaux peuvent par ailleurs s’amplifier à mesure qu’ils remontent dans la chaîne alimentaire, pour atteindre, finalement, des concentrations très élevées chez les grands prédateurs : requins, flétans, thons. Quant à l’aquaculture, elle va devoir évoluer pour répondre aux besoins croissants de l’appétit des humains. Et cesser de se développer dans des eaux déjà polluées, sous peine d’affronter des maladies à répétition comme celles qui frappent déjà les élevages intensifs de crevettes.

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3 mai 2021 1 03 /05 /mai /2021 15:36

Les banques et investisseurs s’entêtent à prêter massivement à l’une des industries les plus sévèrement frappées par la crise, et les plus nocives pour les populations, l’environnement et le climat : les pétrole et gaz de schiste nord-américains. Laisser les banques créer de la monnaie, c’est ne pas contrôler les finalités des investissements, affirme Jérôme Gleizes dans cette tribune publiée dans Politis le 29 avril 2021. Lire aussi « La place financière de Paris au fond du puits », le rapport des Amis de la Terre France et de Reclaim Finance publié le 11 mai 2020, à télécharger ci-dessous. Lire aussi Qu'est-ce qu'on attend pour remettre la finance à sa place ?  Paradis fiscaux et destruction environnementale : une étude montre l’ampleur des flux financiers et La Société générale exporte des gaz de schiste des États-Unis vers l’Europe.

Vers une épargne verte contre l’investissement des banques dans les pétroles et gaz de schistes

Au conseil de Paris d’avril, les écologistes ont fait adopter la création d’un dispositif de financement participatif vert et citoyen au bénéfice de la transition écologique. Comment utiliser l’épargne des classes populaires pour financer des projets de transition ? L’épargne n’est ni capitaliste ni anticapitaliste. Aristote fut l’un des premiers à décrire les échanges avec la chrématistique. La monnaie mesure uniquement la valeur des marchandises. Elle n’est que l’instrument de leur circulation et ne crée aucune valeur. Aristote fait la différence entre la valeur d’usage, celle qui détermine l’intérêt de posséder une marchandise et la valeur d’échange, celle qui détermine la capacité à échanger une marchandise contre une autre. Une épargne permet de créer des valeurs d’usage écologiste ou non. Mais elle peut être nécessaire comme avance en capital pour créer des valeurs d’usage futur, pour financer un investissement. Des panneaux photovoltaïques doivent être achetés avant de produire de l’électricité solaire. Il y a toujours un délai entre le moment du financement et le temps de la production.

L’alternative au financement par l’épargne est celui de la création monétaire, par les prêts des banques. Avec des taux aujourd’hui négatifs sur les marchés monétaires, cela pourrait se révéler pertinent. Keynes s’opposait au principe de l’école néoclassique de l’épargne préalable pour financer l’investissement. Il pensait au contraire que l’investissement devait être financé par la création monétaire, car il allait engendrer des revenus futurs permettant de générer une épargne ex-post pour rembourser l’emprunt initial.

Mais l’époque de Keynes était celle de la croissance sans crise écologique. Il faut aujourd’hui passer à la post-croissance et à de l’investissement qualitatif. Keynes défendait également l’équation de Cambridge, qui montre qu’il y a une équivalence entre le PIB en valeur et la quantité de monnaie multipliée par la vitesse de circulation de celle-ci. En effet, un euro qui circule dans une économie permet de réaliser une opération, comptabilisée dans le PIB. Ce même euro permet de réaliser plusieurs opérations économiques. Sur une année, cet euro achète plus ou moins rapidement selon la vitesse de transaction v, qui dépend des habitudes de paiement (liquide, chèques, carte bleue…). v est stable à court terme. Donc, pour avoir de la croissance, la hausse du PIB, il faut également une hausse de la monnaie en circulation, ou plus exactement avoir plus de création monétaire (nouveaux prêts) que de destruction monétaire (remboursement de prêts). Laisser les banques créer de la monnaie, c’est ne pas contrôler les finalités des investissements, or les banques sont accusées d'écocide [lire ci-dessous]. Donc on n’agit pas sur la crise.

Jérôme Gleizes, Enseignant à Paris-8.

« La place financière de Paris au fond du puits », rapport des Amis de la Terre France et de Reclaim Finance publié le 11 mai 2020.

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1 mai 2021 6 01 /05 /mai /2021 18:00

La tribune des élu-e-s Les Lilas Écologie. Parue dans Infos Lilas, mai 2021. Lire aussi Pour une restauration scolaire de qualité, durable, équitable, accessible aux Lilas.

Si l’urgence climatique, environnementale et sociale n’était pas aussi extrême, on pourrait presque prendre le temps de rire des attaques ineptes dont sont victimes les différents maires verts depuis quelques mois.

Malheureusement, derrière chaque polémique se cache la volonté farouche de ne surtout rien changer au monde tel qu’il est. Si le climatoscepticisme est passé de mode, la résistance systématique à toute forme de mesure écologiquement responsable en est sa réinvention : pas touche aux sapins de Noël, pas touche aux avions, pas touche aux voitures, pas touche à la viande, pas touche aux pesticides, pas touche, pas touche, pas touche…

En face, les solutions proposées sont ridiculement inadaptées, le courage politique manque comme l’a encore démontré la loi Climat et le travail de déconstruction des propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat.

Les maires et élus écologistes, partout, se sont engagés et ne se résignent pas à laisser l’avenir des générations futures s’assombrir de jour en jour.

A Strasbourg : transports en commun gratuits pour les mineurs, extension 15km de pistes cyclables par an

A Grenoble : menus bios et locaux à partir de 1€, 2 menus végétariens par semaine, cours d’écoles non genrées.

A Bordeaux : lutte contre la bétonisation, plantations de micro forêts

A Lyon : passage en ZFE (zone à faible émission) passage à une régie publique de l’eau.

Aux Lilas nous ne sommes pas en reste sur ces questions et nous nous félicitons des travaux en cours sur de nombreux sujets : Mobilité, Alimentation, végétalisation, énergie… la route est longue, mais nous avons pris la bonne direction.

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30 avril 2021 5 30 /04 /avril /2021 13:57

Nous commençons sur ce blog une série d'articles pour exposer les propositions des écologistes pour les élections régionales des 20 et 27 juin.  Nous serons également présents physiquement  sur le marché Bio le vendredi après-midi, et le marché dimanche matin. Vous voulez en savoir plus ? Rendez-vous sur http://idfecologie.fr/.

Elections régionales : un plan de santé pour l'Île-de-France
Elections régionales : un plan de santé pour l'Île-de-France
Elections régionales : un plan de santé pour l'Île-de-France
Elections régionales : un plan de santé pour l'Île-de-France
Elections régionales : un plan de santé pour l'Île-de-France
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Elections régionales : un plan de santé pour l'Île-de-France
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29 avril 2021 4 29 /04 /avril /2021 16:07

Les animaux sont des êtres doués de sensibilité qui ont le droit de vivre dans de bonnes conditions : l’idée s’est imposée dans la réflexion éthique et la loi mais les faits résistent aux principes. Car la place de l’humain dans le monde, et ses relations avec les autres vivants sont toujours en question. Par Claire Legros le 30 janvier 2021 pour Le Monde. Lire aussi Antispécisme, écologie, comment en finir avec ce Carnage ?  Philosophie politique de la nuitLe « chthulucène » de Donna Haraway et Jane Goodall : « Nos actes individuels peuvent aider à changer le monde ».

Peter Hill Beard (January 22, 1938 - March/April 2020) " hog ranch front lawn, night feeder (2:00am) with maureen gallagher & mbuno " (fév. 1987)

Peter Hill Beard (January 22, 1938 - March/April 2020) " hog ranch front lawn, night feeder (2:00am) with maureen gallagher & mbuno " (fév. 1987)

Depuis deux ans, une nouvelle étiquette est apparue sur des emballages de volailles dans les supermarchés. Une lettre majuscule y évalue de A à E le « bien-être » qu’a pu connaître, de son vivant, l’animal dont les cuisses ou les filets s’étalent désormais sur les linéaires : densité de l’élevage, soins apportés, accès à un parcours extérieur et à la lumière naturelle, insensibilisation au moment de l’abattage…

La démarche est portée par des organisations de protection animale, associées à des distributeurs et des producteurs, afin d’encourager « les consommateurs à orienter leurs achats vers des produits plus respectueux du bien-être animal, et les producteurs à renforcer l’intégration de la protection animale dans leurs pratiques ».

La notion s’est imposée en quelques années dans le débat public. Elle est au cœur d’un mouvement d’opinion d’une ampleur inédite. Plus des deux tiers des Français souhaitent que soit mieux pris en compte le bien-être des animaux, selon un sondage de la Fondation Brigitte Bardot publié en août 2020.

Un sujet devenu politique

Hier circonscrit au champ des sciences de la nature, le sujet est devenu politique. Après un rendez-vous manqué en octobre 2020, une proposition de loi sur la protection des animaux de compagnie et de cirque a été adoptée vendredi 29 janvier à l’Assemblée nationale.

La condition animale a aussi investi le champ des sciences sociales dans de nouveaux cursus à la croisée du droit, de la philosophie et de l’histoire, inspirés des animal studies américaines. Elle est même au programme, cette année, de l’épreuve de culture générale du concours d’entrée aux écoles de commerce.

« On constate une diffusion constante de la réflexion depuis vingt ans, et une évolution profonde de la société sur ce sujet », note la philosophe Florence Burgat, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et autrice de L'Humanité carnivore (Seuil, 2017). Pourtant, trois millions d’animaux continuent d’être soumis chaque jour en France à la violence ordinaire de l’abattoir, dont 83 % naissent et grandissent dans des élevages intensifs. Il ne se passe pas une semaine sans qu’une organisation de défense des animaux dénonce une situation de souffrance intolérable.

Florence Burgeat, L'humanité carnivore (2017)

Florence Burgeat, L'humanité carnivore (2017)

Dans les supermarchés, l’étiquetage « bien-être » des volailles reste soumis au bon vouloir des producteurs et « la meilleure catégorie récompense des élevages intensifs dont la densité est de dix poulets au mètre carré, ne risque-t-on pas de tromper le consommateur en présentant cette catégorie comme l’excellence ? », s’interroge Nicolas Treich, directeur de recherche à l’Inrae et à la Toulouse School of Economics. L’économiste s’inquiète d’« une initiative contre-productive qui risque de contribuer à maintenir un niveau élevé de consommation de viande, plutôt que d’inciter à la diminuer ».

« Incohérence éthique de notre société »

Pour la philosophe Florence Burgat, « il existe une forme d’incohérence éthique de notre société : on peut collectivement affirmer dans le code civil que les animaux sont des “êtres vivants doués de sensibilité” – c’est le cas depuis 2015 –, tout en continuant à les considérer juridiquement comme des choses. De la même façon, on peut revendiquer de ne pas supporter la souffrance des animaux, tout en perpétuant des modes de consommation qui les soumettent aux pires traitements, comme si la réalité de ce qu’ils vivent ne nous concernait pas ».

Comment expliquer ce paradoxe ? Que dit-il de notre relation à l’animal ? Que recouvre l’idée de bien-être et jusqu’où va-t-elle ? Est-elle compatible avec l’utilisation domestique et la mise à mort ? A la croisée du droit, de la philosophie, des sciences et de l’économie, la notion de bien-être animal oblige à repenser les droits des bêtes et leur statut moral, mais elle interroge aussi « la place de l’humain dans le monde, et ses relations aux autres vivants », affirme la philosophe Corine Pelluchon, spécialiste de la question animale.

La réflexion puise aux origines même de la pensée et a jalonné l’histoire des idées. « On peut assurément parler d’un débat universel, constate Florence Burgat, même s’il ne se développe pas au même rythme dans toutes les traditions ni avec les mêmes concepts ; la façon dont la tradition orientale pense la non-violence à l'égard des animaux – par exemple dans le jaïnisme, en Inde, le plus explicite sur la condition animale – diffère de la façon dont l’Occident a posé le débat. »

La tradition occidentale est marquée par le stoïcisme, avant même le christianisme, et l’idée que la nature a été faite pour l’homme, supérieur à l’animal par son intelligence. Mais dès l’Antiquité, des philosophes grecs livrent des textes majeurs sur les relations entre l’humain et l’animal. « Des penseurs du droit des animaux comme Plutarque, au Ier siècle, dans son traité S’il est loisible de manger chair, ou le philosophe Porphyre (IIIe siècle), défendent une attitude juste envers eux, allant jusqu’à s’interroger, par exemple, sur la question morale de l’acte carnivore, observe Florence Burgat. Ces philosophes justifient déjà leur propos en montrant, par la seule observation des comportements, que les animaux sont capables d’enchaîner les raisonnements, ce qui indique l’existence d’une vie psychique et d’une intelligence. »

A l’âge classique, c’est sur la sensibilité des bêtes que Montaigne fondera leurs droits, notamment dans son Apologie de Raimond Sebond. « Pour ce grand penseur de la bienveillance à l’égard des animaux, à partir du moment où les humains et les animaux peuvent tous pâtir de la souffrance, la même bienveillance est due aux uns et aux autres », note la philosophe.

Un siècle plus tard, les Lumières prolongeront sa réflexion dans des textes d’une grande richesse. Pour Condorcet, la sensibilité des animaux leur donne naturellement le droit de n’être pas maltraités. Rousseau assure de son côté que la qualité d « être sensible », « commune à la bête et à l’homme », « doit au moins donner à l’un le droit de ne pas être maltraité inutilement par l’autre ». Une formule qui, « bien avant que les éthologues n’observent les capacités psychiques et cognitives des animaux, résume le concept sur lequel repose le droit des animaux aujourd’hui, non pas fondé sur l’intelligence mais sur la sensibilité », note Florence Burgat.

Des espèces conçues pour être mangées

Pour autant, si les débats sur la condition animale traversent l’histoire des idées, la révolution industrielle va marquer une étape majeure. Certes, la contention et la sélection animale existent depuis la domestication. Mais le développement de moyens techniques et scientifiques va démultiplier les pratiques. Les premiers abattoirs modernes du Middle West américain, qui inspireront à Henry Ford les chaînes de montage des premières usines automobiles, ouvrent une nouvelle ère.

De la cadence infernale des mises à mort à la généralisation de l’élevage intensif au XXe siècle dans les pays industrialisés, on assiste à une rupture profonde du lien entre l’humain et l’animal qui, jusque-là, cohabitaient souvent dans les mêmes espaces.

« La moitié de la population française pratiquait l’agriculture après la première guerre mondiale, contre 3 % aujourd’hui. La majorité est aujourd’hui totalement coupée des animaux », note l’anthropologue Jean-Pierre Digard, auteur de L’animalisme est un anti-humanisme (CNRS Editions, 2018). Dans le même temps, la consommation de viande explose. Les progrès génétiques ouvrent la voie à la sélection d’espèces conçues pour être mangées, lapins cloués au sol par leur corps trop lourd, dindes aux cuisses hypertrophiées qui les empêchent de marcher.

Pour la philosophe Corine Pelluchon, « avec cette industrialisation forcenée de la nature, qui s’accélère encore après les pénuries alimentaires de la première puis de la seconde guerre mondiale, on entre dans un système d’exploitation illimitée des autres vivants, miroir d’une rationalité devenue folle et qui nous déshumanise ».

A ces pratiques fait écho, dans la deuxième moitié du XXe siècle, un renouveau de la réflexion éthique sur l’animal, qui contribue à re­connaître les animaux comme des êtres doués de sensi­bilité, voire comme des sujets ayant des droits.

Dans les pays anglo-saxons, la philosophie s’empare de façon frontale de la question de la condition animale. En 1975, le livre du philosophe australien Peter Singer, La Libération animale (HarperCollins), joue un rôle important dans la prise de conscience par le grand public de la réalité des abattoirs et des laboratoires qui pratiquent l’expérimentation animale.

Peter Singer, La Libération animale (1975)

Peter Singer, La Libération animale (1975)

De la violence à l’égard des bêtes

Pour Singer, qui s’inscrit dans la philosophie utilitariste, la sensibilité à la souffrance et au plaisir est un critère plus pertinent de considération morale que l’intelligence ou l’appartenance à une espèce. Il lui paraît injustifié de se nourrir du corps des animaux, alors que cette consommation ne constitue pas un besoin vital pour nous et entraîne des souffrances disproportionnées pour eux. En popularisant le terme de « spécisme », forgé en analogie avec les termes « racisme » et « sexisme », Singer va contribuer au développement de l’antispécisme, une théorie qui condamne l’exploitation animale au nom d’une égalité de considération des intérêts des individus, qu’ils soient humains ou non.

Le débat se déplace aussi sur le terrain de la philosophie des droits. En 1983, dans son ouvrage Les Droits des animaux (traduit de l’américain par Enrique Utria, Paris, Hermann, « L’avocat du diable », 2013), le philosophe américain Tom Regan définit les mêmes droits pour tous ceux qu’il appelle les « sujets-d’une-vie ». Ils ont en commun « des croyances et des désirs, une perception, de la mémoire et un sens du futur, y compris de leur propre futur, une vie émotionnelle ainsi que des sensations de plaisir et de douleur, des intérêts en rapport aux préférences et au bien-être, la capacité d’initier une action en vue de leurs désirs et de leurs buts, une identité psychophysique au cours du temps ; et un bien-être individuel (…) ». Pour le philosophe, il ne fait pas de doute que les animaux font partie de cette catégorie.

En France, c’est Jacques Derrida, dans sa philosophie de la déconstruction, qui pose la question de la violence à l’égard des bêtes en s’attaquant à la thèse de l’« animal machine » de Descartes, dénué de conscience et de pensée. Dans un livre posthume, L’Animal que donc je suis (Galilée), publié en 2006, il dénonce « l’assujettissement de l’animal par l’homme [qui] a pris depuis deux siècles des proportions absolument inouïes, d’une violence sans précédent, que nous n’avons plus le droit d’ignorer ». Si l’on a pu légitimer de tels traitements, assure-t-il, c’est parce qu’on a nommé « par un terme unique, “l’animal”, cette multitude hétérogène d’êtres vivants » qui n’existent que pour être exploités et tués, traçant de la sorte « une seule et unique limite (…) qui définirait le “propre de l’homme” et qui autoriserait le traitement infligé aux animaux ».

Jacques Derrida, L’Animal que donc je suis (2006)

Jacques Derrida, L’Animal que donc je suis (2006)

Ces réflexions s’appuient sur les formidables avancées scientifiques qui, à la même époque, révèlent la richesse de l’univers psychique des animaux. Les progrès de l’éthologie – l’étude scientifique des comportements animaliers – ont contribué à mieux comprendre ce qu’ils ont en commun avec le genre humain : leurs capacités d’anticipation, d’entraide et d’organisation, mais aussi leur affectivité et leur sensibilité. De multiples travaux ont montré qu’ils sont sujets à la joie et à la tristesse, à la souffrance, physique et psychique, et qu’ils sont attachés à leur vie.

Conscience animale

En 2012, la Déclaration de Cambridge sur la conscience, cosignée par des scientifiques internationaux de premier plan, marque un tournant. Elle affirme qu’« une convergence de preuves indique que les humains ne sont pas les seuls à posséder les substrats neurologiques qui produisent la conscience. Les animaux non humains, soit tous les mammifères, les oiseaux, et de nombreuses autres créatures, comme les poulpes, disposent des substrats neuro-anatomiques, neurochimiques et neurophysiologiques des états conscients ainsi que la capacité d’exprimer des comportements intentionnels… ».

Cinq ans plus tard, en France, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) publie une expertise scientifique collective sur la conscience animale qui conclut : « Les acquis scientifiques dans ce domaine invitent à reprendre les réflexions morales concernant les relations que les hommes entretiennent avec les animaux [et particulièrement avec les animaux domestiques]. »

Pour l’économiste Nicolas Treich, l’affaire est entendue : « Il n’existe aucun argument moral pour ignorer la souffrance d’un animal. Or, c’est ce que fait aujourd’hui la recherche en économie qui ne prend pas en compte le bien-être animal dans les critères de décision. » Le chercheur a recensé dans la littérature économique les articles qui s’intéressent aux animaux et à leur bien-être, et le constat est sans appel. « La recherche en économie ne s’intéresse pas au sujet, affirme-t-il, et lorsqu’il est évoqué en économie agricole ou de l’environnement, le bien-être animal n’est étudié qu’à travers le prisme anthropocentrique de celui des humains. Les animaux y sont considérés comme des produits ou des ressources renouvelables, sans grande différence avec l’eau ou les plantes. » Pour le chercheur, « il est temps de remettre les animaux dans une fonction de bien-être social ».

Entre welfarisme et abolitionnisme

Comment conduire les sociétés humaines à un comportement plus éthique avec les animaux ? La réflexion s’organise de part et d’autre d’une ligne de fracture entre deux grands courants de pensée.

D’un côté, le welfarisme (de l’anglais welfare, c’est-à-dire bien-être), mouvement réformiste, qui vise à limiter la souffrance des animaux en revendiquant des pratiques d’élevage plus éthiques, mais sans remettre en cause leur exploitation. « On peut défendre le bien-être d’un animal tout en assumant l’acte de l’utiliser et de le tuer, estime ainsi le philosophe Etienne Bimbenet, auteur du Complexe des trois singes. Essai sur l’animalité humaine (Seuil, 2017). C’était d’ailleurs le cas dans l’éthique utilitariste des années 1970 où Peter Singer n’excluait pas la mort de l’animal. Il existe des éleveurs qui défendent la cause des animaux tout en entretenant avec eux une relation de cotravail, dans une tradition d’élevage artisanal aux antipodes des méthodes intensives. Mais cette idée est difficile à entendre aujourd’hui car la mise à mort est devenue l’un des marqueurs les plus puissants de la cause animaliste. »

De l’autre, le courant abolitionniste défend au contraire l’idée qu’il ne peut exister de « bon élevage », et qu’aucune morale ne peut justifier la privation de liberté ni la mise à mort d’un être vivant doué de sensibilité. « Pourquoi faudrait-il en tuer un peu et “bien” les tuer ? », s’interroge Florence Burgat, qui voit dans le welfarisme « une pensée difficile à fonder du point de vue philosophique. On en arrive à des aberrations comme de revendiquer un “bien-être” des animaux dans les abattoirs parce qu’on les étourdit pour leur éviter la conscience de leur égorgement –  un étourdissement, en outre, loin d’être indolore, contrairement à ce que laisse entendre le terme – alors qu’on en est juste à éviter le pire ».

Le welfarisme s’appuie sur la définition rédigée en 1992 par l’ONG britannique Farm Animal Welfare Council (FAWC), et qui fait aujourd’hui référence dans les milieux scientifiques et associatifs. Le bien-être animal y repose sur cinq grands principes connus sous le nom des cinq « libertés fondamentales » : un animal ne doit pas souffrir de faim, de soif ni de malnutrition ; ne pas subir de stress physique ou thermique grâce à un environnement approprié ; il doit être indemne de douleurs, de blessures et de maladies, grâce à la prévention et l’accès à des traitements ; il doit avoir la liberté d’exprimer les comportements naturels propres à son espèce ; et être protégé de la peur et de la détresse.

« La difficulté, c’est que cette définition peut faire l’objet d’interprétations différentes, constate Emilie Dardenne, responsable du diplôme universitaire  Animaux et société à l’université Rennes-II, qui reproche à la filière de production animale de « détourner le terme, par exemple en justifiant l’épointage des dents des porcelets par le fait qu’elle peut leur être bénéfique en réduisant les blessures dans des espaces étroits, alors qu’elle est douloureuse et génère du stress, et que c’est une pratique qui est envisagée dans une perspective anthropocentrée. Le bien-être animal est toujours à lire dans un certain contexte et en fonction du type de relation qu’on établit avec les animaux ».

La domestication pour satisfaire les besoins humains

De son côté, l’anthropologue Jean-Pierre Digard souligne « une ambiguïté » dans la définition car « si les espèces animales doivent être libres d’exprimer les comportements propres à leur espèce, on ne peut plus les domestiquer ». Pour le chercheur, qui a consacré une partie de ses recherches à l’animal domestique, aux techniques d’élevage et, plus largement, aux relations de l’homme avec l’animal, la domestication, justement, vise à adapter les animaux afin de satisfaire les besoins humains. « Cela implique depuis sept millénaires de les sélectionner en fonction de leur acceptation sans crainte de la présence de l’homme, afin de pouvoir les approcher, ne serait-ce que pour traire une vache. »

Au-delà de la dimension éthique, la distinction entre welfarisme et abolitionnisme est surtout anthropologique. « L’organisation de la mise à mort massive des animaux, alors que nous avons la possibilité de survivre autrement, soulève une question essentielle, métaphysique, constate Florence Burgat : pourquoi les préférons-nous morts plutôt que vivants ? La réponse tient à la manière dont l’humanité s’est définie contre, et non avec, les animaux. Elle semble avoir besoin de les dominer de façon absolue. Si l’on n’avance pas sur la condition des animaux, c’est que nous avons peur d’y perdre du pouvoir. »

A travers la relation à l’animal, c’est la place de l’humain dans le monde des vivants qui est interrogée. Critique à l’égard de l’antispécisme, le philosophe Etienne Bimbenet revendique « l’exceptionnalisme humain », convaincu qu’« on peut prendre en charge le bien-être animal sans considérer qu’une forme de vie sensible résumerait notre condition fondamentale à tous, animaux et humains. Notre commune sensibilité n’est pas plus importante que ce qui fait nos différences, notamment la condition langagière ou l’engagement pour des idéaux, propres à l’humain. On n’a pas la même vie. »

L’urgence de l’élevage intensif 

A l’ère des pandémies et de la crise de la biodiversité, Corine Pelluchon, qui vient de publier Les Lumières à l’âge du vivant (Seuil, 2020), plaide de son côté pour « un humanisme de l’altérité et de la diversité. Notre modèle de développement fondé sur la réification des autres vivants a fait la démonstration qu’il est contre-productif du point de vue écologique, sanitaire, social, affirme-t-elle. Il s’agit maintenant d’inventer un nouveau rapport aux autres vivants, de repenser notre manière de cohabiter avec les animaux en respectant leurs normes éthologiques et leur subjectivité. Cela ne veut pas dire que les hommes et les animaux sont identiques. Ce sont les humains qui confèrent des droits aux animaux, lesquels tiennent compte de ce qu’ils sont et indiquent les limites que nous ne devons pas transgresser dans nos interactions avec eux. Cela suppose que nous cessions de nous octroyer une souveraineté absolue sur le reste de la création et que nous acceptions le fait que nous partageons la Terre avec les autres vivants. »

Comme elle, une partie des abolitionnistes prône une attitude pragmatique de soutien au welfarisme. Ils considèrent que la fin de l’exploitation animale prendra du temps et nécessitera des étapes. « Le conflit entre abolitionnistes et welfaristes a du sens sur le plan théorique car ils n’ont pas le même horizon. Mais d’un point de vue pratique et dans le contexte actuel, il est stérile car tout le monde n’est pas prêt à renoncer à une alimentation carnée », estime l’autrice du Manifeste animaliste - Politiser la cause animale (Alma, 2017).

La première cause de souffrance animale étant l’élevage intensif et les mutilations qu’il implique, « l’urgence est de mettre fin à ces pratiques, dont on connaît, en outre, le coût sanitaire et environnemental majeur ». Une approche imparfaite, concède-t-elle, mais qui a le mérite de « tracer des limites aux droits des propriétaires d’user comme bon leur semble des animaux ».

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19 avril 2021 1 19 /04 /avril /2021 16:49

Avec ses importations, l’Union européenne est la deuxième région la plus destructrice de forêts tropicales, avance un rapport de WWF publié le 14 avril 2021. En Europe même, la Pologne a annoncé début mars la reprise des coupes dans la forêt de Bialowieza, considérée comme l’une des dernières forêts primaires d’Europe, ranimant une bataille engagée pour sa protection voilà cinq ans. En France, le ministère de la Transition écologique n’hésite pas à créer de nouveaux espaces protégés, mais rechigne sur le nombre de postes que nécessitent ces lieux riches en biodiversité. Les parcs nationaux ont perdu entre 15 % et 20 % de leurs effectifs en dix ans, créant des souffrances chez ces professionnels investis et passionnés. D’après WWF, Marie-Noëlle Bertrand et Louise Gal pour l’Humanité, mars-avril 2021. Lire aussi Les forêts françaises attaquées par la sécheresse, Face aux méga-feux, la forêt, un commun à préserver, Notre forêt publique est malade de sa course à la rentabilité et « Le Temps des forêts » : l’exploitation de la forêt est entrée dans la démesure.

En 2017, l’Union européenne se classe au second rang des plus grands importateurs de matières premières liées à la déforestation (photo WWF)

En 2017, l’Union européenne se classe au second rang des plus grands importateurs de matières premières liées à la déforestation (photo WWF)

Engagements « zéro déforestation », certifications volontaires… les garanties avancées par le secteur privé en matière de préservation du couvert forestier suffisent-elles à freiner l’érosion de la biodiversité ? Non, à en croire le rapport publié le 14 avril par le WWF. « Dans le monde entier, les (écosystèmes naturels) continuent d’être détruits à un rythme alarmant », s’inquiète l’ONG internationale dans cette analyse de données mondiales portant sur la période 2005-2017.

Durant ces treize années, l’expansion de l’agriculture dans les régions tropicales a été responsable, à elle seule, de la perte d’environ 5 millions d’hectares de forêt par an. Soja, huile de palme et viande de bœuf s’affichent comme les productions à plus haut risque de défrichage massif.

Des matières en grande partie destinées à l’exportation, entre autres vers l’Union européenne (UE) : en 2017, et toujours selon le rapport du WWF, cette dernière était responsable de 16 % de la déforestation liée au commerce international. Elle se plaçait ainsi en deuxième place sur le podium des mangeurs de forêts, loin derrière la Chine (24 % de la déforestation dite importée), mais largement devant les États-Unis (7 %).

Une obligation de transparence de toute la chaîne d’approvisionnement

Depuis une petite dizaine d’années, pourtant, les groupes industriels, y compris européens, se sont engagés à apurer leurs fournitures. Labels, engagements et autres certifications d’écoresponsabilité se sont multipliés. Seulement voilà, souligne le rapport du WWF, ces serments sont à portée variable et à impact encore léger.

D’abord, parce qu’ils ne couvrent ni tous les produits, ni partout. En 2018, 62 % des importations européennes de soja en provenance d’Amérique du Sud étaient couvertes par un engagement « zéro déforestation » – objectif volontaire que se fixent les industriels et autres négociants –, contre 19 % des importations de bœuf sud-américain (en 2017).

Concernant le soja, toujours, l’Amazonie brésilienne bénéficiait de la plus grande couverture d’engagement (97 % du volume exporté), tandis que la forêt atlantique (Paraguay/Argentine/Brésil) souffrait de la plus minime (46 % du volume exporté). Surtout, l’effet de ces engagements sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement « n’est pas, à ce stade, établi dans de nombreux cas », relève le rapport.

L’exemple du soja du Cerrado, forêt à cheval entre le Brésil, le Paraguay et la Bolivie et dont les données annuelles sont « fiables et disponibles », montre que les engagements des entreprises n’ont pas réduit de manière significative la déforestation : dans les années suivant leur adoption, les entreprises n’ont pas connu « une baisse de leur empreinte déforestation par unité de soja sourcée ».

Les systèmes de certification des matières premières affichent eux aussi des résultats ambigus. Censés favoriser une consommation plus durable sur le marché de l’UE, « ces programmes reposent sur un ensemble de critères environnementaux et sociaux qui peuvent être très différents selon la matière première », souligne le rapport. Là encore, ils n’exigent pas nécessairement que l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement soit garanti sans déforestation.

Ces systèmes peuvent ainsi permettre à des entreprises d’acheter et de certifier un volume de matières premières, dont une partie seulement provient d’une source garantie. Si, « dans certains cas, la certification a permis de réduire (la perte du couvert forestier) », dans d’autres « elle n’a eu aucun impact mesurable », conclut le WWF.

Elle-même partie prenante de programmes de certifications, l’organisation plaide pour une législation européenne impliquant, entre autres, une obligation de transparence tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Cette réglementation devra s’adresser au vendeur autant qu’à l’acheteur, avance-t-elle en substance, et ce, quelle que soit la taille de l’entreprise.

Quand les europeens consomment, les forets se consument - Rapport WWF 14 avril 2021

En Europe, dans la forêt de Bialowieza, une menace plane sur la biodiversité

Début mars, le pays a annoncé la poursuite de l’exploitation contestée de ce site classé, reconnu comme l’une des dernières forêts primaires du continent. La décision émeut. L’exécutif a beau s’engager à viser une reprise raisonnée des abattages et cohérente avec la protection du lieu, son annonce jette un froid et présage la réactivation d’une longue bataille.

Elle démarre en 2016, peu après la victoire du très réactionnaire parti Droit et Justice (PiS). Sous prétexte d’éviter la prolifération du bostryche typographe, un coléoptère xylophage qui raffole des sapins, le ministre de l’Écologie d’alors, Jan Szyszko, autorise l’abattage d’une large zone de Bialowieza. Le site s’étale jusqu’en Biélorussie, où il est quasi intégralement préservé. Ce n’est pas le cas en Pologne, où une faible part de sa superficie bénéficie d’un statut protecteur. La richesse de son écosystème n’en est pas moins reconnue de part et d’autre de la frontière.

1 500 personnes se relaient pour des actions de désobéissance civile

Ancienne réserve de chasse féodale nationalisée en 1917, Bialowieza s’impose comme une forêt de référence pour les scientifiques depuis le XIXe siècle. En 1976, l’Unesco la classe réserve de biosphère. Ses 125 000 hectares abritent des chênes de plus de 500 ans, des charmes, des bouleaux et des pins, des ours bruns, des loups, des élans, ainsi que la plus grande population sauvage de bisons européens. Tout un monde soudain menacé, côté Pologne, par le plan du gouvernement, qui prévoit alors, sur dix ans, l’abattage de quelque 180 000 mètres cubes d’arbres.

Au printemps 2017, les premières abatteuses arrivent sur place. Au même moment, une résistance s’organise, rassemblant des militants venus de Pologne, d’Espagne ou encore d’Australie. Pendant six mois, près de 1 500 personnes se relaient pour mener des actions de désobéissance civile.

Les défenseurs de l’environnement manifestaient en 2017 pour la défense de la forêt de Bialowieza, un sanctuaire de biodiversité unique en Europe. Janek Skarzynski/AFP

Les défenseurs de l’environnement manifestaient en 2017 pour la défense de la forêt de Bialowieza, un sanctuaire de biodiversité unique en Europe. Janek Skarzynski/AFP

La Commission européenne, de son côté, saisit la Cour de justice de l'Union européenne (Cjue). En avril 2018, cette dernière estime que le motif invoqué par la Pologne ne peut pas justifier de telles « opérations de gestion forestière ». Elle pointe aussi l’absence d’ « évaluation appropriée » préalable et déplore que les décisions ne comportent pas « de restrictions tenant à l’âge des arbres ou aux peuplements forestiers ».

Une réduction des quotas d’abattage qui ne suffit pas à rassurer

Et puis, plus rien. Jusqu’au 18 février dernier, où la Commission européenne a rappelé la Pologne à son devoir. Elle « n’a pas abrogé l’annexe du plan de gestion forestière » de Bialowieza  « et ne l’a pas remplacée par des mesures susceptibles de préserver l’intégrité du site », observe-t-elle dans un communiqué, laissant deux mois au pays pour prendre des mesures. Il n’a pas attendu si longtemps.

Le 9 mars, l’exécutif polonais a annoncé la signature d’une annexe au plan de gestion forestière. Les modifications apportées conduisent « à réduire de près de 60 % la quantité de bois récolté », assure-t-il. Elles permettront ainsi « de protéger activement les habitats et les espèces de valeur, conformément aux directives de l’Unesco ».

Tout le monde, toutefois, ne la lit pas ainsi. Greenpeace Pologne singulièrement, selon qui la réduction des quotas d’abattage est loin de garantir à elle seule la protection du site. Les documents avancés « enfreignent le droit à l’environnement à bien des égards », relève l’organisation. « Ils sont fondés sur un inventaire inexact et désuet des habitats forestiers », et continuent de « permettre l’exploitation forestière dans des peuplements naturels vieux de 100 ans. » Le gouvernement polonais « a eu trois ans pour trouver la meilleure façon de protéger la forêt de Bialowieza, conclut, furibarde, l’organisation. Et après trois ans d’inaction, il a décidé de procéder de la manière la plus destructrice. »

Parc des Cévennes, 2011 (photo Damourette-BNT-SIPA)

Parc des Cévennes, 2011 (photo Damourette-BNT-SIPA)

Dans les parcs nationaux français, l’emploi des agents est mal protégé

En France, le ministère de la Transition écologique n’hésite pas à créer de nouveaux espaces protégés. Il lésine, en revanche, sur le nombre de postes que nécessitent ces lieux riches en biodiversité. Les parcs nationaux ont perdu entre 15 % et 20 % de leurs effectifs en dix ans. Quitte à créer des souffrances chez ces professionnels investis et passionnés.

Il est 8 heures, en ce frais matin de mars. Géraldine Costes, garde monitrice au sein du Parc national des Cévennes (PNC), commence sa mission de terrain dans une forêt qui surplombe le village de Meyrueis. Elle y effectue un diagnostic écologique afin que le propriétaire en connaisse les enjeux et sache comment l’administrer. Aujourd’hui, celle qui a les yeux qui pétillent lorsqu’elle parle de son métier est à la recherche de l’érythrone dent-de-chien, une fleur rare au sein du parc, afin d’en cartographier la présence.

Il faut une fine connaissance de la forêt, un grand sens de l’observation et surtout du temps pour repérer ces petites fleurs roses dissimulées par la neige. Mais, du temps, les gardes moniteurs n’en ont plus, regrette ­Géraldine Costes, en poste depuis quinze ans « Ça a bien changé, on a perdu environ 20 % du personnel en dix ans alors que les sollicitations augmentent. Nos triages se sont donc agrandis et nous devons, en plus, remplir des missions supplémentaires depuis la charte de 2007. »

Le Parc national des Cévennes a perdu 18,8 % de ses effectifs, mais il n’est pas le seul touché. L’ensemble des parcs ont en effet perdu entre 15 % et 20 % de leurs effectifs en dix ans. À cela deux raisons. La première est la mise en place, en 2007, de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), qui a entraîné le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Avec la RGPP, les transferts de postes sont devenus la règle

L’autre cause est la création de nouveaux parcs nationaux sans postes nouveaux, comme le Parc national des ­Calanques, créé en 2012, rappelle Frédéric Goulet, garde moniteur au Parc national des Écrins et cosecrétaire du Syndicat national de l’environnement-FSU. Pour les faire fonctionner, les transferts de postes sont devenus la règle d’un lieu à un autre.

C’est ce qui était prévu lors de la création, en 2019, du Parc national des forêts de Bourgogne. Mais, pour la première fois, les transferts n’ont pas été le seul dispositif actionné. Un licenciement est prévu. L’archiviste du centre de documentation et d’archives du Parc national des Cévennes voit son emploi menacé. « C’est ce qui a fait déborder notre colère : pour la première fois, une collègue en poste voit son contrat non renouvelé », confie Kisito Cendrier, géomaticien au PNC.

Des mesures insuffisantes

La riposte ne s’est pas fait attendre : à l’appel d’un regroupement syndical, des manifestations ont été organisées pour dénoncer la mise en danger des parcs nationaux. Le gouvernement a finalement pris la décision, fin février, de geler les suppressions dans les effectifs pour l’année 2021 et de créer 20 postes pour les parcs nationaux. Une bonne nouvelle, qui n’en est pas forcément une. À y regarder de plus près, cette annonce apparaît bancale et bien insuffisante, au regard des enjeux sociaux et environnementaux actuels.

« Il y a une publicité mensongère. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle, mais on ne sait pas comment vont être créés ces postes, alors que la loi de finances 2021 a déjà été votée et ne les prévoit pas », s’inquiète Patrick Saint-Léger, le secrétaire général du SNE-FSU, juste après avoir raccroché avec la secrétaire générale du ministère de la Transition écologique et solidaire. Celle-ci venait de lui confier qu’elle n’en savait rien.

« Ils font une annonce de création et, aujourd’hui, ils sont incapables de dire comment cela va se faire. C’est hallucinant ! » s’exclament les représentants du SNE-FSU, qui trouvent, quoi qu’il en soit, ces mesures insuffisantes : « Pour nous, on est sur du rattrapage, on ne nous donne pas des moyens, on évite d’en enlever. » La « bonne nouvelle » soulage encore moins les agents du PNC que les autres. En effet, « le parc est considéré comme étant en suremploi, on risque donc de perdre deux à trois postes malgré les annonces, dont celui de l’archiviste », déplore Kisito Cendrier.

Des missions essentielles

Pourtant, avec des prérogatives plus importantes et des moyens humains qui ne cessent de se réduire depuis dix ans, les gardes moniteurs du PNC ont bien du mal à trouver le temps de tout faire. Ils ont trois missions : effectuer un suivi de la faune et de la flore, mener des actions de sensibilisation auprès des écoles et de la population et, enfin, une mission de surveillance pour laquelle ils sont assermentés, afin de réprimer toute infraction en lien avec la nature.

« On n’arrive plus à faire tout le suivi d’espèces que l’on faisait avant. Quand je suis arrivée, on avait le temps de tourner dans notre secteur sans mission précise afin de bien connaître le terrain. Actuellement, le jour de la prospection, en fonction de la saison, on peut passer à côté de certaines choses », déplore Géraldine Costes, qui regrette également de ne plus disposer de temps pour sensibiliser la population.

« Le contact avec la population se perd »

Le Parc national des Cévennes est l’un des rares habités de façon permanente, la sensibilisation y est donc capitale afin que la population comprenne les enjeux du territoire au sein duquel elle vit. « Le contact avec la population se perd ; avant, je connaissais tout le monde, plus maintenant. Je suis presque gênée parce que les gens nous le font souvent remarquer », se désole la garde monitrice, persuadée qu’il est primordial d’instaurer une relation de confiance avec la population afin d’éviter des actions irréversibles sur l’environnement.

Émeric Sulmont, également garde moniteur au sein du parc depuis 2003, officie avec tout autant de passion sur une partie du mont Lozère. Mais il se sent parfois impuissant. Alors qu’il évolue sur un sentier en direction d’une forêt pour vérifier qu’une coupe d’arbre a bien été effectuée dans le respect de ses recommandations, il tombe sur une zone humide récemment brûlée par son propriétaire. La déception se lit sur son visage : « C’est un échec pour nous, l’agriculteur n’a pas conscience qu’il change la composition de cette zone. À chaque fois qu’on est face à ce type d’événement, on se dit qu’on n’a pas réussi à suffisamment partager. On a encore un travail colossal à faire sur le partage de nos enjeux. Ce n’est pas la réglementation qui va nous sauver, mais une sensibilisation de la population. » 

Désenchantement et surcharge de travail

Or, entre les suppressions de postes et un intérêt accru des touristes pour la nature, les gardes moniteurs restants se trouvent parfois dépassés. « Cet été, on n’avait clairement pas la capacité humaine pour gérer l’affluence, se souvient Émeric Sulmont. S’il y a deux agents en vacances en même temps et deux agents en constat pour une attaque de loup, il ne reste plus grand monde pour intervenir. On est aussi très justes pour faire face aux imprévus, comme la rave party qui a eu lieu sur le causse Méjean au mois d’août 2020. » Les agents se retrouvent alors obligés de refuser certaines demandes d’intervention dans des écoles ou d’organisation d’événements au sein du parc. Un véritable crève-cœur pour des passionnés de leur métier.

Au milieu d’une forêt paisible, non loin du mont Aigoual, Géraldine Costes exprime le mal-être qui touche le personnel du parc : « J’ai fait ce métier car c’était mon rêve ! Mais c’est vrai que, quand on le fait trop en courant, ça décourage. » Ce mal-être, Samy Jendoubi, garde moniteur au sein du Parc national des Écrins, le remarque également : « Il y a eu trois démissions l’an dernier, car il y a une perte de sens et une surcharge de travail. La balance est tellement déséquilibrée que certains finissent par partir. »

Précarisation constante

Alors que les enjeux environnementaux sont plus importants que jamais, le gouvernement précarise des emplois de terrain, pourtant indispensables à la protection de ces espaces. Entre un concours de recrutements inexistants de 2008 à 2018 et des conditions de travail de plus en plus difficiles, certains postes de garde moniteur sont désormais vacants. Ils sont alors occupés par des contractuels, qui n’ont pas les mêmes compétences : ils ne peuvent, par exemple, pas réaliser le travail de police d’un garde moniteur.

Sur douze postes de garde moniteur, deux sont à l’heure actuelle occupés par des contractuels au sein du PNC. « On précarise pas mal de gens qui travaillent dans le parc. Les agents contractuels ont une pression de dingue. Ils n’osent rien refuser et sont très stressés car ils ont peur de ne pas être renouvelés. Le rapport au travail n’est pas le même », rapporte Émeric Sulmont. Pourtant, le cadre de travail fait rêver sur ce massif parsemé de chaos granitiques.

Mais la beauté des lieux et la passion des agents ne sauraient suffire à surmonter le lent désengagement de l’État. « Actuellement, tout repose beaucoup trop sur la motivation du personnel, qui va faire beaucoup plus d’heures que prévu. Ce n’est pas normal, cela ne peut pas durer comme ça ! » fulmine Sandrine Descaves, cosecrétaire de la section SNE-FSU du PNC. Entre les suppressions de postes et la précarisation des emplois restants, face à des prérogatives grandissantes et une fréquentation touristique qui ne cesse d’augmenter dans les parcs nationaux, les syndiqués du SNE-FSU commencent à se demander à quoi « sert le ministère de l’Écologie ».

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15 avril 2021 4 15 /04 /avril /2021 17:51

Alors que la majorité et la gauche se divisent sur le nucléaire, la droite et l’extrême droite affichent leur soutien à la filière en vue de la présidentielle de 2022. Commandé par le gouvernement, un rapport conjoint de RTE et l’Agence internationale de l’énergie démontre qu’un mix électrique basé à 100 % sur le solaire, l’éolien et l’hydraulique, par exemple, est techniquement possible. D’après l’Agence Internationale de l’Energie, RTE et Lucas Martin-Brodzicki pour l’Humanité le 27 janvier 2021. Lire aussi La transition énergétique troublée par le Covid-19, L’accord qui protège les pollueursPourquoi ne pas investir dans des usines photovoltaïques plutôt que dans de nouveaux EPR ? et Votre fournisseur d’électricité est-il vraiment vert ?

Couverture du rapport AEI-RTE sur les énergies renouvelables paru le 27 janvier 2021

Couverture du rapport AEI-RTE sur les énergies renouvelables paru le 27 janvier 2021

Mercredi 27 janvier, à midi, 62 % de l’électricité consommée en France l’était grâce à l’atome. L’hydraulique et ses barrages arrivaient en deuxième position, avec 17 %. Quant à l’éolien et au solaire, ils n’atteignaient même pas 10 % à eux deux. Pourtant, ces deux énergies renouvelables devraient produire d’ici à 2050 une grande partie de l’électricité française. C’est du moins techniquement possible, selon un rapport de RTE et de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) présenté mercredi.

Commandés fin 2019 par le ministère de la Transition écologique, ces travaux étaient très attendus. Car le débat sur l’avenir du mix électrique français fait rage. Aujourd’hui, le nucléaire en représente environ 70 %. Mais les centrales vieillissent. Certains réacteurs sont mis définitivement à l’arrêt, comme à Fessenheim en 2020, après quarante-­trois ans de service.

Le défi d’un nouvel équilibre

Selon les conclusions de RTE et de l’AIE, un système électrique à forte part d’énergies renouvelables à horizon 2050 est faisable, mais à de multiples conditions techniques et industrielles. Et plus la proportion sera importante, voire intégrale, « plus ces défis d’industrialisation seront grands », prévient Xavier Piechaczyk, le président de RTE. La principale difficulté concerne la gestion de la variabilité, surtout à l’échelle d’un pays entier. Contrairement au nucléaire, le solaire et l’éolien sont des énergies intermittentes. En clair, sans soleil et sans vent, pas d’électricité. Mais, tout comme le nucléaire, elles sont aussi des énergies « décarbonées » : elles ne rejettent pas de CO2 dans l’atmosphère lors de la production. Il va donc falloir trouver un nouvel équilibre entre toutes ces sources d’électricité. Libre aux prochains gouvernements de prendre leurs responsabilités politiques.

Synthèse du rapport Conditions et prérequis en matière de faisabilité technique pour un système électrique avec une forte proportion d’énergies renouvelables à l’horizon 2050

« L’AIE est plutôt conservatrice sur les questions énergétiques. Ce rapport va donc dans le bon sens. Il vient contrarier un peu plus la position française, pour qui la seule solution pour un mix électrique bas carbone, c’est le nucléaire », analyse Nicolas Nace, chargé de campagne transition énergétique chez Greenpeace France. Emmanuel Macron l’a d’ailleurs assumé lors d’un discours au Creusot, en décembre 2020 : « Notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaire. »

Le besoin d’un débat démocratique

Le sujet fait l’objet d’intenses discussions chez les spécialistes. Chaque rapport – d’autres doivent suivre cette année – permet d’apporter de nouvelles cartouches aux argumentaires. Celui-ci constituerait même « un moment copernicien pour le monde de l’énergie », selon la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili.

« Quel mix électrique veut-on ? Pour quels coûts, quelle faisabilité industrielle et écologique ? Ce qu’on demande au gouvernement, c’est un vrai débat démocratique sur ces questions », relance Nicolas Nace. Pour Greenpeace, le nucléaire est loin d’être la voie royale. Au-delà des dangers liés à la prolongation de centrales vieillissantes et du stockage des déchets radioactifs, l’ONG pointe depuis quelques années le coût économique de cette technologie. Le fiasco de l’EPR de Flamanville, objet de multiples retards et surcoûts, est régulièrement cité, alors que le gouvernement a remis au prochain quinquennat la décision de construire ou non de nouveaux EPR.

Mais la transition énergétique vers les énergies vertes n’est pas un long fleuve tranquille. La France accuse un certain retard par rapport à ses objectifs, selon le baromètre 2020 de l’Observatoire des énergies renouvelables. Sur le développement de l’éolien en mer notamment, le pays est à la traîne. Dans le sud, les projets de fermes photo­voltaïques se font au détriment de tout bon sens écologique, entraînant parfois la déforestation de centaines d’hectares de forêt. Surtout lorsqu’ils sont aux mains d’acteurs privés, pour qui le déploiement des énergies renouvelables est une source de profit comme une autre.

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14 avril 2021 3 14 /04 /avril /2021 20:33

Comment repenser des manières d’habiter la Terre qui ne dissocient plus les êtres humains des non humains, c’est-à-dire qui donnent formes aux transformations réciproques des existants en les inscrivant dans des mondes communs ? Dans leur livre Le Toucher du monde, techniques du naturer (2019), David gé Bartoli et Sophie Gosselin nous invitent à réinventer notre rapport sensible au monde. Extrait du livre Le toucher du monde, techniques du naturer, de David gé Bartoli et Sophie Gosselin (éditions Dehors, sept. 2019) publié le 11 septembre 2019 sur Terrestres. Lire aussi Appel des Soulèvements de la Terre et COVID-19 : vers une gouvernementalité anthropocénique.

Deligny_4_SERRET2_CARTE_12JUIN1975_JeanLin

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Une épreuve de monde

Les existants s’inscrivent dans le mouvement du naturer. Ils adviennent dans ses écarts sensibles, dans ses jaillissements intempestifs et dans ses battements imperceptibles. Or une longue tradition de la pensée occidentale, en particulier à l’époque moderne, a au contraire défendu l’idée selon laquelle, parmi l’ensemble des existants, un seul, l’être humain, était capable de s’extraire du mouvement du naturer pour le soumettre à sa domestication. C’est ainsi que « la nature » a pu être appréhendée comme une totalité autonome que l’humain devait apprendre à dominer par les moyens du savoir et de la technique. C’est cette conception moderne du rapport entre humain et nature qui semble aujourd’hui s’accomplir dans le développement d’un pouvoir de maîtrise sans précédent des phénomènes naturels, pouvoir qui se manifeste notamment dans les capacités techno-scientifiques de modifier génétiquement les organismes vivants ou de conditionner nos environnements et qui trouve son acmé dans le concept d’anthropocène 1. Mais ce pouvoir de maîtrise semble, au même moment, atteindre ses limites dans l’événement de la crise climatique en nous confrontant à une accélération de la destruction des conditions du renouvellement de la vie sur Terre et à une déstabilisation généralisée des processus naturels. C’est avec stupeur que nous constatons que la volonté de maîtrise a conduit à son strict contraire, qu’elle nous a plongé dans une situation incontrôlable, et qu’à force de vouloir agir sur les phénomènes naturels le pouvoir techno-scientifique a déclenché des processus incalculables et immaîtrisables. C’est avec étonnement que nous redécouvrons que l’humain n’est qu’un existant parmi d’autres, et, qu’en tant que tel, il ne peut s’extraire de cela même qui conditionne son existence. La croyance selon laquelle l’être humain se différencierait essentiellement des autres existants par son savoir et sa maîtrise technique 2 se brise sous les effets du cataclysme climatique. Et c’est alors la vulnérabilité radicale des corps qui se fait entendre. Le péril ne concerne pas seulement les conditions de survie des corps biologiques, mais aussi et peut-être plus profondément, les corps dans leur capacité à affecter et à être affecté, à se laisser toucher dans l’expérience d’un monde. En se coupant du mouvement du naturer, les humains se sont privés des puissances sensibles qui rendaient possible leur inscription au monde. Car ce que l’on appelle « la nature » n’est pas d’abord ce système autonome postulé par le savoir philosophique ou scientifique, mais cette puissance qui, s’actualisant à travers une multiplicité de corps, se déploie incessamment comme ouverture et mouvement illimité, c’est-à-dire comme naturer. Ces corps sont porteurs de puissances qui, à travers leurs affections réciproques, ouvrent des mondes. C’est pourquoi la puissance de formation et de transformation dont la technique est porteuse n’appartient pas au seul humain. Il ne s’agit pas ici seulement de dire que les existants non humains sont aussi capables de technique, mais que la technique se confond avec la puissance de formation et de transformation des corps, qu’elle accompagne et articule le mouvement même du naturer. Réduire la technique à un pouvoir instrumental séparant les humains des non humains revient soit à dénier soit à tenter de capturer la puissance sensible des corps pour instaurer un pouvoir de contrainte visant à fixer et à contrôler leur instabilité ontologique. C’est au contraire en accueillant cette instabilité ontologique que nous pourrons traverser l’événement qui nous arrive. L’enjeu consiste dorénavant à libérer les corps de ce pouvoir de contrainte pour laisser vivre l’infinité des variations sensibles qui les constituent et qui rendent possible une épreuve de monde. Paradoxalement, se libérer de ce pouvoir reviendrait donc moins à se libérer de « la » technique envisagée comme ensemble d’instruments répondant de l’intentionnalité humaine, qu’à libérer la technique entendue comme puissance de formation et de transformation des corps de la capture anthropocentrique dont elle a été l’objet. Car les corps ne sont pas des « choses » co-existant au sein d’un espace et d’un temps prédéfini. C’est par leurs corps que les existants adviennent au monde et s’exposent les uns aux autres. Nous appelons technique le mouvement par lequel les corps se déploient en espaces et en temps et, ce faisant, ouvrent des mondes.

Photo extraite du livre “Le toucher du monde” (ed. Dehors)

Photo extraite du livre “Le toucher du monde” (ed. Dehors)

L’expérience de la limite

Par leurs corps, les existants s’exposent à l’épreuve de la limite. Dans leurs rencontres et transformations réciproques ils ne cessent d’éprouver les limites qui les différencient et les relient les uns aux autres, les inscrivant ainsi dans un monde commun. Mais ils s’exposent aussi, dans le même temps, au mouvement illimité du naturer depuis lequel ils surgissent. Nous avons généralement tendance à confondre monde et nature en les assimilant à une totalité englobante. Or il existe au moins une différence essentielle entre les deux. La nature relève de l’illimité, mais d’un illimité dynamique, ce pourquoi nous le pensons comme mouvement du naturer. Le naturer exprime l’émergence et la persistance continue et illimitée d’une puissance s’actualisant en une multiplicité de corps. Au contraire, le monde implique nécessairement une forme de limitation, même si celle-ci n’est jamais décidable, car n’étant ni objectivable ni appréhendable par la pensée. Le monde est ce qui donne une consistance singulière à l’ouverture illimitée du naturer en l’articulant dans et à travers des formes. Un monde se tisse et se trame de l’enchevêtrement et des relations entre une multiplicité d’existants. Ces relations prennent formes à travers des manières de frayer les espaces et de traverser les temps, de sentir et de penser, de distribuer des valeurs ou d’articuler des traces, des survivances mémorielles et des récits, c’est-à-dire à travers une multiplicité de modes techniques. Ce pourquoi on ne peut jamais dire où commence et où finit un monde puisque sa profondeur temporelle et spatiale est incalculable.

Aborder la question de la technique revient donc à penser et à éprouver le paradoxe du bord et de la limite. Car la technique est, comme le bord, l’articulation qui permet la saisie d’une chose tout en étant en lui-même insaisissable. Délimiter une surface ou une chose, c’est toujours déjà tenter de la saisir en la circonscrivant. Mais au moment où l’on met l’accent sur la limite c’est le geste même de délimitation et l’espace qu’il a ouvert qui se trouvent oblitérés, évacués. Porter attention à ce geste, c’est au contraire montrer en quoi une limite ne peut se tracer que depuis l’épreuve d’une exposition à de l’illimité. Cet illimité manifeste la participation de l’existant à quelque chose d’autre que lui-même. Considérer le mouvement technique par lequel les existants se déploient en monde, c’est donc accueillir, dans un même geste, ce double mouvement de limitation et d’illimitation : le seuil ou l’espacement à partir duquel une rencontre devient possible avec d’autres existants et un monde peut advenir. Ce seuil n’est pas pensable en tant que tel. Parce qu’il est zone d’articulation et de passage, le seuil est d’abord ce dont on fait l’épreuve. Éprouver le seuil, c’est faire l’expérience d’une co-advenue des existants en monde et de leur exposition au mouvement du naturer. La pensée ne peut surgir que depuis une telle épreuve. Elle est donc indissociable d’un geste, geste technique qui engage une approche : une manière sensible d’aborder ce qui se profile dans l’expérience d’une advenue, dans l’ouverture d’un monde.

La technique comme réveil des temps

Aborder ce n’est donc pas « monter à bord », au sens où le bord pourrait se confondre avec le bateau lui-même ; ce n’est pas s’installer dans un véhicule circulant sur la mer conçue comme un simple support matériel ou comme un environnement à maîtriser. Aborder c’est faire l’expérience d’une traversée, d’un voyage. Son geste se fait avec la mer, la traverse et se laisse traverser par elle, c’est-à-dire par toutes les traces dont elle est porteuse et qui renouvellent une mémoire chargée de multiples historicités. La traversée est l’occasion d’articuler une contingence (un tracé) et une persistance (des traces). Car si le bateau peut lui-même être associé à un bord c’est que, perdu au milieu de la mer, dans cette matière instable aux contours labiles, il dessine le tracé qui articule un milieu ouvert, sans début ni fin, sans centre ni contour. Milieu sans limite sans pour autant s’identifier à un chaos. Car ce que le tracé révèle et articule dans le même mouvement, c’est la texture singulière de ce milieu, le tissage imperceptible et ouvert d’un ensemble de traces qui l’habitent et le constituent. Ces traces préexistent au tracé lui-même qui les réveille dans son sillage. Le tracé du bateau révèle la mer en tant que profondeur de champ, c’est-à-dire en tant qu’espace d’inscription. Il ne faut donc pas concevoir le tracé du bateau comme une simple trajectoire linéaire et superficielle déterminée par les seuls bords du bateau à l’intérieur d’un milieu lui-même déterminable comme système de relations positives. Le bateau n’est pas une entité autonome, bien au contraire, puisque son sillage entre en résonance avec d’autres sillages présents, passés ou à venir, inscrits dans et à travers la texture de la mer. La possibilité d’une telle résonance indique que le tracé du bateau vient toujours déjà en écho avec un tracer qui le précède et le rend possible : écart, espacement qui ouvre la possibilité d’un passage, d’une traversée. Seuil. Le tracer dit l’instabilité ontologique du naturer, le battement imperceptible et hors-champ qui l’ouvre et le déplie comme champs de résonance. Du tracer qui ouvre au tracé qui articule, le naturer se déploie comme profondeur de temps, c’est-à-dire comme mise en résonance de traces.

Penser la nature comme totalité ou système, c’est-à-dire comme ensemble de relations positives entre des entités objectivables, c’est la penser depuis l’oblitération du débord qui conditionne l’advenue des existants. C’est manquer le sillage de l’approche que suppose mon mouvement et l’espace d’inscription qui le rend possible. Penser depuis le geste d’un aborder sera mettre l’accent sur le mouvement qui se déploie dans l’approche. Approcher au bord pour laisser, dans le mouvement de cette approche, apparaître le débord. Ainsi, le geste technique se déploie depuis l’épreuve de la mer et laisse apparaître, tout en s’y articulant, l’infinité de ses variations sensibles et la multiplicité de ses profondeurs de temps. Les existants sont des frayeurs d’espaces mouvants et des traceurs de temps multiples.

Photo extraite du livre “Le toucher du monde” (ed. Dehors)

Photo extraite du livre “Le toucher du monde” (ed. Dehors)

Le geste technique : écart-de-contact

Le geste technique ne vient donc pas déterminer une action, mais ouvre, initie une rencontre, laquelle se réalise dans l’épreuve d’un écart, d’un passage, qui accompagne une transformation, un vivre-avec. Le geste technique n’appartient donc pas à l’humain. De même, on ne peut pas simplement dire que l’humain a un monde, ni non plus que la tique a un monde 3. Il se fait qu’il y a des existants, des êtres et des traces non dénombrables dans l’espace et dans le temps, qui sont engagés dans l’épreuve d’un seuil, d’une transformation qui les expose (s’exposant les uns aux autres) et s’impose à eux (les traverse), activement et passivement. Un monde naît de la rencontre entre des existants hétérogènes. Un devenir trans-individuel les porte, les borde et les déborde : un devenir-monde est à l’oeuvre.

« Si je reviens sur la manière dont je faisais les vagues, la main à plat dans une flaque d’eau, c’est d’avoir évoqué, il y a quelques jours, ce souvenir, le réel du geste même s’en est suivi, quelques jours après, comme aspiré. Cette main à plat contre la surface froide qui se laissait trouer et se reformait par-dessus, ma main pourtant soudain plus légère, et quand je la remontais, il me semblait qu’elle aspirait l’eau, mais à peine, et j’avais ressenti l’amorce d’un de ces gestes à n’en plus finir, où le ”ma” de cette main-là se perdait. Il s’agissait de faire des vagues, pour voir, pour voir comment les vagues se faisaient, puisqu’il fallait bien qu’elles se fassent ou soient faites, mais dans le même geste voulu et même raisonné, advenait de l’agir, et j’en éprouvais comme une honte, à être là, accroupi, à cent pas de la mer du Nord, et tout seul ; une honte ? Un émoi, plutôt, et, pour ce que j’en pense maintenant, c’est que ma main était dehors, main d’humain et rien d’autre, abandonnée ou presque, hasardée à éprouver le réel, et si j’étais en faute, c’était de me croire capable de comprendre comment les vagues se faisaient. Et, de cette faute-là, j’en étais conscient, ou quasiment, alors que l’émoi de l‘agir, c’était tout autre chose qui n’était pas de l’ordre de la faute. Je m’y perdais, tout simplement, ce qui peut s’écrire : je S’y perdait. Il y allait d’un péril. » 4

C’est le bord de l’eau que Deligny cherche ici à approcher. Et alors qu’il s’était donné pour but de toucher l’eau de la main afin de déclencher le mouvement des vagues, le toucher lui-même se transmue en non-appréhendable. C’est comme si la main aspirait l’eau plutôt qu’elle n’agissait dessus : l’eau devient la respiration de la main, ce qui l’anime, ce qui l’agit. Quelque chose échappe à sa saisie intentionnelle. Le bord de l’eau devient le débord de la main, révélant en retour son propre débord, ce qu’il y a en elle d’inintentionnel : son « agir ». La main, qui dans un premier temps s’appréhendait comme instrument, se découvre comme étant d’abord toucher. Il y a écart-de-contact de la main à l’eau. L’écart se révèle comme condition de possibilité même du contact. Alors que le faire privilégie le fait d’aller au contact, déterminant chaque moment de son « aller » en étapes orientées vers cette fin, l’agir dit la persistance de l’écart dans le contact, sauvegardant, en chaque moment de l’ « aller », l’écart qui le travaille. L’agir est ce qui rend le geste technique irréductible au seul faire. Alors que le faire est tout orienté par sa finalité dans l’objet visé, que ce soit sous la forme de l’acquisition ou de la production, l’agir est sans fin, au double sens de sans finalité et d’interminable. C’est pourquoi il est d’amorce, lieu de toutes les possibles transformations et métamorphoses. Car toujours la main qui touche manque ce qu’elle voulait toucher. Mais dans l’épreuve de l’écart, elle s’ouvre au monde.

La technique ou le toucher du monde

L’expérience du toucher contient en lui le risque d’une perte, celle de S’y perdre, de se perdre dans l’écart là même où l’on pensait pouvoir se rassurer d’un contact. Plus il s’approche de l’eau, plus Deligny découvre le lointain de son agir. C’est qu’ici, dans le pli du touchant-touché, ce n’est pas la logique de la spatialité qui se trouve à l’œuvre, car ce pli est l’espacement irréductible qui travaille le corps, la main, au moment même où se touchant, elle entre en contact. Le plus proche y est aussi le plus lointain : « dehors plus lointain que tout monde extérieur, parce qu’il est un dedans plus profond que tout monde intérieur. » 5 Dans l’agir, c’est le dehors du monde qui se donne à pressentir. L’agir est ce qui, venant du dehors, traverse tous les existants et les ouvre à la rencontre. L’agir est ce qui en l’humain échappe à sa condition humaine et l’inscrit dans le mouvement du naturer.

Si le faire correspond au geste privilégié par l’humain en tant qu’être de volonté et de conscience, l’agir le rappelle au dehors qui le traverse et le déborde. Envisager le geste technique dans l’horizon de cette différence entre agir et faire, ce sera donc défaire la technique de la perspective anthropocentrique à laquelle elle a été rattachée. Ce sera accompagner Deligny dans ce geste qui vise à démettre l’être humain de sa prétention toute puissante sur une nature qui le déborde, le dé-prend et le sur-prend, à le démettre de sa volonté de soumettre les existants qui la composent à la loi de son arché, de son commandement. C’est pourquoi le faire, à quoi est généralement identifié le geste technique, se révélera n’être qu’un de ses aspects possibles, aspect qui, même s’il n’appartient pas au seul humain, a été si souvent privilégiée par lui. Accueillir l’agir du monde, ce sera reconsidérer le geste technique dans la dynamique d’un mouvement plus large, par-delà tout anthropocentrisme : envisager le geste technique comme mouvement d’accueil du déploiement de l’agir dans le/du monde, comme le toucher du monde. Le geste technique serait alors ce dans quoi et par quoi, à travers la multiplicité des êtres et formes de vie qui le composent, humains et non humains, un monde se touche.

Le geste technique nous porte au seuil du monde, tout proche, et toujours infiniment lointain. Le toucher du monde : le geste technique tient dans le double sens du génitif, dans le mouvement d’approche par où se dessinent les contours des choses du monde et dans le sentir qui y prend forme.

Notes

1 - Le concept d’anthropocène a été formulé par le géophysicien Paul Crutzen pour désigner l’époque de l’histoire de la Terre qui aurait débuté lorsque les activités humaines, en particulier le développement industriel à partir du 18ème siècle, ont eu un impact global significatif sur l’écosystème terrestre. Nous serions alors entrés dans une nouvelle époque géologique dans laquelle l’espèce humaine aurait acquis le pouvoir d’agir sur le système Terre au titre de force géologique.

2 - On retrouve ici le récit prométhéen qui a fait le fond de la conquête moderne de la nature par l’ « Homme » (figuration mythifiée du producteur et consommateur moderne).

3 - Voir Jacob Von Uexküll, Milieu animal et milieu humain, Paris, Rivages, 2010. Uexküll a développé le concept d’Umwelt (traduit en français par « monde propre ») pour qualifier l’environnement sensoriel propre à une espèce ou un individu. Ainsi la tique ne réagirait qu’à trois stimuli externes qui déterminent son Umwelt.

4 - Fernand Deligny, L’arachnéen et autres textes, Paris, L’Arachnéen, 2008, p. 219. Fernand Deligny (1913-1996) est une des références majeures de l’éducation spécialisée, proche des courants de la psycho-thérapie institutionnelle (François Tosquelles, Jean Oury, Félix Guattari). Il a été un opposant farouche de la prise en charge classique des enfants difficiles (délinquants) et des enfants avec autisme. Son expérience avec ces enfants est à l’origine des lieux alternatifs de l’éducation spécialisée que l’on regroupe sous le vocable générique de lieu de vie.

5 - Gilles Deleuze, Qu’est-ce que la philosophie, Paris, Minuit, 2005, p. 59

Vivre parmi les existants : une épreuve de monde
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11 avril 2021 7 11 /04 /avril /2021 09:07

À l'occasion de l'examen du projet de loi dit 4D (différenciation, décentralisation, déconcentration et décomplexification), 130 militant·es écologistes appellent à réhabiliter les territoires en politique. Tribune de Damien Deville et Ronan Sohier parue le 30 mars sur Politis. Lire aussi Humain et non-humain : une même santé.

Street art rebellion, manifestation du 28 mars 2021 (Photo Pierre Stoeber)

Street art rebellion, manifestation du 28 mars 2021 (Photo Pierre Stoeber)

La loi 4D entre actuellement dans le temps parlementaire, une occasion pour porter avec courage la nécessité d’un temps : un État enfin décentralisé, qui accompagne la diversité des territoires davantage qu’il ne s’y impose. Remettre le vivre-ensemble dans les territoires au cœur du modèle républicain est la condition sine qua non d’une société écologiste, c’est-à-dire d’une société de l'émancipation, de la diversité et de la solidarité.

Écouter de nouveau les territoires

Les crises actuelles nous confrontent à une nouvelle nécessité : nous avons besoin de reprendre prise sur ce qui nous entoure et d’être de nouveau en lien avec l’autre. Alors que nombre de précarités n’ont jamais autant percé le rideau de nos vies, les territoires et le vivre-ensemble en leur sein deviennent rempart de résilience et quête d’émancipation. Pourtant, ces mêmes territoires ont tendance à vivre des violences indicibles. Ils ont été privés de pouvoir d’agir : la centralisation à la française fait des couloirs des ministères parisiens l’un des seuls lieux où les décisions comptent vraiment.

Les conséquences sont importantes : l’incapacité de mettre en place des solutions adaptées aux crises contemporaines ; destruction quotidienne des relations que nous pouvons forger les uns avec les autres. Henri Lefebvre le disait déjà au tournant des années 1960 : dans les grandes villes, le seul espace d’appropriation est notre appartement. L’espace public est devenu une zone de passage, où on ne se sait plus rencontrer l’autre, co-créer ensemble, ni réellement vivre ensemble. Dans les villes petites et moyennes, les opportunités, populations, emplois et commerçants tendent à fuir vers les grandes villes. Car l’échelle des régions n’est que le miroir du jacobinisme à la française : les métropoles sont des villes-royaumes uniformisant les territoires à partir de leur centre. Certains villages ne se sont pas relevés des différentes vagues des exodes ruraux quand d’autres ont vu par la suite leurs espaces de rencontres s’effriter complètement. Enfin, dans les territoires ultramarins, des précarités partout perforent les sociétés. Dans ces lieux d’ici et d’ailleurs, entre les fantômes d’hier et les espoirs futurs, le présent est confisqué. Ces territoires ne semblent pas réellement savoir ce qu’ils sont devenus et restent dans l’attente, peut-être un jour, de pouvoir devenir encore.

Quelle poésie, quels liens sont définitivement détruits lorsque tous les services publics disparaissent d’un territoire, lorsque le dernier café fait volets définitivement fermés ? Comment ressentir l’appartenance à un lieu lorsque le pouvoir d’agir de chacun.e est prisonnier d’un État trop jacobin, trop centralisateur ? Comment faire paysage et liens avec le vivant lorsque les lois d’aménagement du territoire sont dans l’incapacité de remettre des couleurs dans nos espaces de vie, dans l’incapacité d’écouter les différentes manières de faire monde et de faire habitat ?

Réinventer le vivre-ensemble

Crise sanitaire, crise écologique, réchauffement climatique, inégalités sociales, crise démocratique, prennent leur source dans un seul et même mal : notre manière d’habiter le monde, notre manière de nous priver d’un vivre-ensemble partagé à l’échelle des territoires. Pour trouver des solutions adaptées, nous avons besoin de réentendre les territoires chanter, les boissons trinquer, les enfants jouer, les boules de pétanque tinter. Nous avons besoin de forger des récits, des symboles et des légendes qui placent liens et projets de vivre-ensemble au cœur de l’évolution des territoires. Nous avons besoin de construire des outils et des lieux qui permettent à chacun.e d’agir et de laisser une trace. Réhabiliter les territoires en politique, c’est ressentir de nouveau cette incroyable douceur d’appartenir.

L’écologie politique, par sa capacité à créer des matrices inclusives des humains et des non-humains et des tables-rondes permettant d’hybrider nos régimes d’engagements, du politique à l’associatif, en passant par l'entrepreneuriat, l’art et la recherche, peut permettre de replacer les territoires au cœur d’un projet de société. Aujourd’hui, les personnes qui font le choix de s’investir dans un mandat local se voient confrontées à un coût d’entrée technique très élevé. Les élu.es, pourtant proches des habitant.es, ont le sentiment d’être dépossédés des prises de décisions. Ce sont pourtant eux et elles qui connaissent le mieux les chemins de leurs territoires, les courbes de leurs paysages et qui peuvent expliquer avec pertinence comment villages et quartiers peuvent prendre à bras le corps les enjeux contemporains de transition écologique et de lutte contre les inégalités. Même lorsque l’élu.e parvient à se départir des difficultés politiques et techniques, les budgets alloués pour les chantiers locaux dépendent trop souvent des dotations de Bercy, variables d’une année à l’autre et enserrées dans une logique d’économies budgétaires aux antipodes des enjeux propres aux territoires.

L’écologie politique propose d'accorder davantage de pouvoir d’agir aux échelons locaux et de reconnaître maires, élu.es et acteurs locaux comme gardiens et gardiennes de la singularité de leur territoire. C'est s'affranchir de la recherche de croissance pour retrouver le sens de l'économie locale, durable et résiliente. C’est développer le lien avec tous les êtres vivants et créer “l’âge du vivant”, pour reprendre l’expression de la philosophe contemporaine Corine Pelluchon.

Planification et déconcentration, la clé pour construire une République des territoires

L’État a bien sûr un rôle à jouer pour faire vivre la diversité des territoires. L’ancienne ministre du Logement Cécile Duflot a récemment expliqué dans un entretien les difficultés de l’administration centrale et déconcentrée à travailler de concert avec les exécutifs locaux, et sa volonté de dépasser la dichotomie entre fonction publique d’État et fonction publique territoriale en mettant tous les acteurs autour de la table. Les compétences techniques des services de l’État en région sont de précieux outils pour les territoires. Alliées aux connaissances de terrain des élu.es, elles sont porteuses de changements d’envergure pour les habitant.es, en particulier pour réaliser la transition écologique et énergétique. Par exemple, au-delà de la délivrance d’autorisations ou de permis de construire, les services de l’État peuvent avoir un véritable rôle de conseil juridique et technique lors de la création d’un parc éolien citoyen.

L’époque contemporaine crée des fossés toujours plus larges entre des territoires qui vont bien et ceux qui ont davantage de mal à tirer leur épingle du jeu. Il est ainsi particulièrement souhaitable que les administrations déconcentrées accompagnent les initiatives locales. C’est le cas en matière de production d’énergie, où de plus en plus de projets éoliens ou solaires, portés par des collectifs de citoyens émergent dans les territoires. La coopérative Railcoop promet de faire revivre la ligne de train Lyon-Bordeaux, en passant par la mal-nommée “diagonale du vide”. L’infrastructure ferroviaire, pourtant existante, est en grande partie inutilisée depuis le milieu des années 1990 et l’arrivée de la grande vitesse. Le choix politique de développer le TGV selon un schéma en étoile, au départ des gares parisiennes, a laissé à quai une part considérable de la population française et aggravé les inégalités territoriales.

Les politiques publiques décidées au niveau central devraient donner la priorité aux territoires laissés à l’écart de la mondialisation et de l’essor des nouvelles technologies - comme en témoignent les nombreuses zones ”blanches” du pays où la fibre optique tarde à arriver. En matière de formation professionnelle, par exemple, pilier indispensable de la reconversion des territoires, la France pourrait s’inspirer des pays nordiques, qui encouragent ces reconversions tout en laissant le pilotage aux exécutifs locaux, premiers porte-voix des besoins spécifiques de chaque bassin de vie. À contre sens de l’émancipation de tous et toutes, la loi de septembre 2018 “pour la liberté de choisir son avenir professionnel”, réformant l'apprentissage, a retiré aux régions le rôle de régulateur des centres de formation d’apprentis. Pour renouer avec une République réellement partagée, il apparaît nécessaire de refonder un dialogue entre des territoires qui expriment des besoins en matière de santé, de transport ou d’éducation et un État central à la fois financeur et accompagnateur.

L’examen prochain de la loi “Différenciation, décentralisation, déconcentration et décomplexification” (dite 4D) constitue une opportunité intéressante pour replacer les territoires au cœur du débat national et pour inscrire dans la loi une nouvelle articulation entre collectivités territoriales et services de l’État. Face aux différents enjeux dressés, deux espoirs politiques s’ouvrent : déconcentrer l’État et planifier la distribution équitable des services et des opportunités. Les écologistes et les régionalistes prendront toute leur part, du local au national, dans le débat parlementaire à venir - le Sénat ouvre un espace pour porter haut la voix des territoires. Toutefois, c’est avant tout la pratique des institutions et la manière de concevoir les relations entre administrations et territoires qu’il faut profondément repenser. De ce chantier, qui est devenu le principal combat démocratique, citoyenneté, écologistes, élu.es comme entrepreneurs ont un rôle historique à porter.

Damien Deville, co-animateur de la mission territoires EELV 

Ronan Sohier, cadre de la fonction publique, militant écologiste en Bretagne

Premiers signataires :

Julien Bayou, secrétaire national d’Europe-Écologie-Les-Verts ; Sandrine Rousseau, vice-présidente de l'Université de Lille ; Yannick Jadot, député européen ; Eric Piolle, maire de Grenoble ; Marie Toussaint, députée européenne ; Raymonde Poncet, sénatrice ; Daniel Salmon, sénateur ; Guillaume Gontard, sénateur ; Mounir Satouri, député européen ; Marine Tondelier, conseillère municipale à Henin-Beaumont ; David Cormand, député européen ; Tristan Riom, conseiller municipal à Nantes ; Simon Worou, maire de Sainte-Juliette-sur-Viaur ; Charles Fournier, tête de liste EELV en région Centre ; Etienne Cognet, membre du bureau exécutif des jeunes écologistes ; Vincent Morel, élu municipal à Nevers ; Mélanie Vogel, membre de la direction du Parti vert européen ; Sabrina Decanton, adjointe à la transition écologique à Saint Ouen ; Slimane Tirera, militant écologiste ; Eva Sas, porte-parole EELV ; Alain Coulombel, porte-parole EELV ; ...

 

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10 avril 2021 6 10 /04 /avril /2021 09:52

Les ammonitrates, engrais moins émissifs en ammoniac, produits dans des usines classées Sevezo et stockées dans les exploitations agricoles, sont le maillon faible de la politique de prévention des risques industriels. D'après Stéphane Mandard le 8 avril 2021 pour Le Monde. Lire aussi Les engrais azotés empoisonnent l'eau et l'airLa loi « aussi vite que possible » (ASAP) continue à démanteler le droit de l’environnement et La bataille de l’ammoniac.

Le port de Beyrouth après l'explosion du stock de 2 750 tonnes d'ammonitrates.

Le port de Beyrouth après l'explosion du stock de 2 750 tonnes d'ammonitrates.

« C’est le choix qui s’impose à tous les agriculteurs soucieux à la fois de leur rendement et de l’environnement. » Ce « choix », vanté par Yara, leader mondial des fabricants d’engrais, ce sont les ammonitrates. Moins émissifs en ammoniac que les autres types d’engrais azoté de synthèse (urée et solution azotée), certes, mais beaucoup plus dangereux, en raison de leur potentiel explosif. Les Libanais sont encore sous le choc de l’explosion du stock de 2 750 tonnes entreposé dans le port de Beyrouth, qui a ravagé la ville et tué plus de 200 personnes, le 4 août 2020. Et les Toulousains n’ont pas oublié AZF et ses 31 morts, le 21 septembre 2001.

La France est le premier consommateur d’ammonitrates (également appelés nitrates d’ammonium) en Europe et le deuxième à l’échelle de la planète. Le géant norvégien Yara possède trois sites de production en France, tous classés Seveso seuil haut : au Havre (Seine-Maritime), à Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique) et à Ambès (Gironde).

Depuis dix ans, l’usine de Montoir-de-Bretagne fait l’objet d’arrêtés préfectoraux de mise en demeure pour des rejets excessifs de poussières dans l’air et d’azote dans l’eau. La dernière remonte à juin 2020. Le site d’Ambès, à une trentaine de kilomètres de Bordeaux, est aussi visé par plusieurs mises en demeure : celle du 18 décembre 2020 reproche notamment à l’exploitant de n’avoir réalisé « aucune surveillance » des rejets de polluants atmosphériques depuis 2018.

Grandpuits, Petit-Mesnil, Mont-Cauvaire…

A Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), excédés par les émanations d’ammoniac, les riverains de l’usine Timac Agro, filiale du groupe Roullier (cinq sites en France), et des associations écologiques ont saisi la justice fin mai 2020. A Mazingarbe (Pas-de-Calais), ce sont les salariés qui se relaient pour surveiller l’immense cuve remplie de 750 tonnes d’ammoniac depuis que le patron, le groupe espagnol Maxam, a abandonné le site après la mise en liquidation judiciaire en janvier. A Grandpuits (Seine-et-Marne), la fuite d’ammoniac survenue le 6 octobre 2020 sur l’un des deux sites de production de nitrate d’ammonium de Borealis (maison mère de GPN, l’ex-AZF), tout proche de la raffinerie Total, est l’objet du premier rapport, publié mi-mars, du tout nouveau Bureau d’enquêtes et d’analyses sur les risques industriels (BEA-RI).

Le BEA-RI a été créé en décembre 2020 par le ministère de la transition écologique après l’incendie de Lubrizol. Cinq jours après l’accident, la mise à l’arrêt du deuxième site de Borealis, dans la zone portuaire de Rouen, après un problème de transformateur, avait fait craindre aux habitants un scénario à la AZF. Parmi les huit enquêtes ouvertes par le BEA-RI depuis sa création, une autre concerne les ammonitrates : l’incendie survenu le 3 décembre 2020 dans un élevage bovin à Petit-Mesnil (Aube). Environ 120 tonnes d’engrais étaient stockées près du hangar parti en fumée.

Plus récemment, le 21 mars, il a fallu près de 80 pompiers pour maîtriser un incendie dans un bâtiment agricole à Mont-Cauvaire, à 20 km de Rouen. Près de 40 tonnes d’engrais à base d’ammonitrates étaient entreposées juste à côté. Elles ont fondu sans exploser. « Il est déplorable qu’après Beyrouth il ne soit pas interdit aux agriculteurs de stocker du nitrate d’ammonium dans des bâtiments contenant des matières combustibles et inflammables, comme du foin, ou dans des bâtiments attenants », estime Jacky Bonnemains, de l’association Robin des bois.

Des exploitations non surveillées

Selon les estimations du ministère de l’écologie, entre un et dix incendies se déclareraient chaque année sur des sites de stockage d’ammonitrate, majoritairement dans des exploitations agricoles. Ces dernières sont le principal maillon faible de la politique de prévention des risques industriels. La plupart entreposent moins de 250 tonnes d’ammonitrates et échappent à toute surveillance. Seuls les sites stockant plus de 500 tonnes – ils sont 250 selon le ministère de l’écologie, dont près de 200 dépassant les 1 250 tonnes de stock – sont soumis à la réglementation sur les installations classées pour la protection de l’environnement et donc sujets à d’éventuelles inspections.

Après le drame de Beyrouth, les ministères de l’écologie et de l’environnement ont missionné leurs services pour évaluer les contrôles de flux d’ammonitrates (60 % sont importés) dans les ports français, y compris fluviaux, comme celui de Saint-Malo, où transiteraient chaque année entre 40 000 et 60 000 tonnes de nitrate d’ammonium. Un rapport doit être remis ce printemps. Mais il fera l’impasse sur un autre maillon faible, le transport routier et ferroviaire, ainsi que sur les sites de production et les exploitations agricoles.

« Au même titre que les ports, les exploitations agricoles et les sites de production sont très dangereux. Or, la France minimise le danger, regrette Paul Poulain, président du Groupement des entreprises d’études en sécurité et prévention contre les risques d’incendie. Aux Etats-Unis, tous les stockages de plus de 1 000 pounds [454 kg] sont équipés de systèmes d’extinction automatique. »

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