Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Bienvenu.e

  • : Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • : Culture, information, réflexion de l'écologie politique par les militants et les élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas, du Pré Saint-Gervais, d'Est Ensemble
  • Contact

Recherche

Nous contacter ...

S'abonner à la Lettre d'information ...

C'est dans la colonne de droite tout en bas...

20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 11:58

Des chercheurs apportent la preuve expérimentale, sur du tissu humain, d’un effet toxique démultiplié du mélange de ces substances. Par Sylvie Burnouf le 17 septembre 2017 pour Le Monde. Lire aussi Perturbateurs endocriniens : la fabrique d'un mensonge, Perturbateurs endocriniens : nouvel échec de Bruxelles, Cocktail de produits toxiques dans les cheveux de nos enfants et Hulot a cédé sur les perturbateurs endocriniens.

Appel de Prague (mai 2005)

Appel de Prague (mai 2005)

Certaines molécules de synthèse (mais aussi parfois d’origine naturelle) peuvent avoir des effets dits de « perturbateur endocrinien », c’est-à-dire qu’elles ont la capacité d’interférer avec notre système hormonal. Cela se traduit par des altérations des mécanismes biologiques qui régulent notamment le fonctionnement du système reproducteur et le développement du cerveau.

La suspicion d’un effet délétère décuplé de ce mélange de molécules – dit « effet-cocktail » – était jusqu’à présent fondée sur des études chez l’animal et dans des cellules cultivées en laboratoire. Une nouvelle étude réalisée sur du tissu humain – des testicules de fœtus – montre que chez l’homme, ce cocktail de molécules est explosif.

Ces travaux, conduits par Bernard Jégou et ses collègues de l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (Irset, Inserm) et du CHU de Rennes, en collaboration avec Andreas Kortenkamp et Martin Scholze de l’université Brunel de Londres (Royaume-Uni), ont été publiés le 13 septembre dans la revue Environmental Health Perspectives.

Les chercheurs ont testé vingt-sept molécules auxquelles les femmes enceintes sont susceptibles d’être exposées : huit pesticides (propiconazole, glyphosate, imazalil, etc.), six composés industriels (notamment bisphénol A et bisphénol S), sept médicaments (dont l’ibuprofène, le kétoconazole et l’acide valproïque), et six molécules absorbées lors de la consommation d’alcool et de café. Parmi ces composés, onze ont induit une diminution de la production de testostérone – un effet dit anti-androgénique – par les tissus testiculaires de fœtus. Il s’agissait par exemple du bisphénol A – dont la présence dans les biberons est interdite en France depuis 2010 – et des antifongiques prochloraze et kétoconazole.

Un effet multiplié par 10, voire 10 000

Pire, l’effet anti-androgénique de chacune des molécules testées individuellement se voyait amplifié par le mélange avec d’autres composés. La toxicité de départ pouvait ainsi être multipliée par 10, voire 10 000, selon les substances impliquées.

« Notre travail constitue une première : c’est la preuve de concept que des effets cocktail peuvent s’opérer sur un tissu humain dans toute sa complexité, souligne Bernard Jégou, chercheur Inserm et directeur de la recherche à l’École des hautes études en santé publique (EHESP). On peut par exemple fortement amplifier l’effet anti-androgénique du bisphénol A par l’ajout de molécules possédant des propriétés pertubatrices de même nature. Et cela, même lorsque le bisphénol A se trouve à une concentration n’occasionnant que peu ou pas d’effet, à lui seul. »

Or, l’exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse peut avoir des conséquences graves pour les organes génitaux du bébé, comme la non-descente des testicules (cryptorchidie) ou la malformation du canal de l’urètre (hypospadias) – des facteurs de risque du cancer des testicules.

 « Nos résultats ouvrent la voie à de nouvelles études : il faut maintenant étendre les analyses à d’autres molécules – y compris celles qui agissent sur d’autres hormones, comme les œstrogènes et les hormones thyroïdiennes – et combiner les approches expérimentales d’épidémiologie, d’expérimentation animale et de systèmes de culture de tissus humains », ajoute le scientifique.

Dans cette optique, les chercheurs testent actuellement l’effet cocktail des perturbateurs endocriniens sur du tissu testiculaire d’adulte. Si les résultats ne sont pas encore publiés, Bernard Jégou instille l’idée que « l’effet du mélange ne se cantonne pas à la période fœtale », mais qu’il pourrait aussi être délétère au cours de la puberté et de l’âge adulte. « On oublie trop souvent qu’il existe plusieurs fenêtres de vulnérabilité tout au long de la vie, même après une vie fœtale normale. »

Modèle de prédiction

Par ailleurs, les chercheurs ont développé un modèle mathématique leur permettant de modéliser l’effet anti-androgénique des molécules et de prédire leur toxicité, qu’elles soient seules ou en combinaison avec d’autres.

Le but est de pouvoir, à l’avenir, « cribler les activités de nombreux produits chimiques présents dans l’environnement », car « actuellement, quand on travaille de façon expérimentale sur un mélange de molécules, la sélection de ces dernières est toujours arbitraire par rapport à la vraie vie, explique Bernard Jégou. Le monde chimique est infiniment plus complexe que ce que l’on connaît. »

L’avantage du modèle mathématique - dont la justesse de prédiction a été vérifiée expérimentalement sur le tissu testiculaire fœtal - est aussi de pouvoir s’affranchir de l’utilisation de ce « matériel rare ».

Repost 0
19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 11:57

Grâce à des montages financiers « innovants », des fonds d’investissement entendent tirer profit des difficultés du secteur associatif, aggravées par la chute des contrats aidés. Par Erwan Manac’h le 13 septembre 2017 pour Politis.

Offensive libérale sur les associations

C’est une crise existentielle que traverse le mouvement associatif. Déjà fragilisé par dix ans d’effritement des subventions publiques, il doit faire face désormais à la baisse brutale des contrats aidés, qui représentent un sixième de l’emploi du secteur (130 000 personnes). L’arrêt partiel de ces contrats durant l’été a déjà contraint beaucoup d’associations à renoncer à certaines activités.

Mais là n’est pas le seul motif d’inquiétude. Le gouvernement envisage pour 2018 une cure d’austérité jamais égalée (20 milliards d’euros d’économie), à laquelle les associations payeront un lourd tribut. À cela s’ajoutent la suppression des réserves parlementaires, qui profitaient aux petites associations, la baisse déjà annoncée des crédits pour la politique de la ville et la chute des dotations de l’État aux collectivités (13 milliards en cinq ans), alors qu’elles sont les premiers bailleurs des associations. Sans compter qu’en 2016, déjà, les subventions versées par les collectivités locales enregistraient une baisse moyenne de 6 %, selon le dernier rapport de l’Observatoire des finances locales.

Pour ne rien arranger, le poste de secrétaire d’État à la vie associative a disparu de l’organigramme du gouvernement, et, si Emmanuel Macron vante allégrement les bienfaits de l’économie sociale et solidaire, c’est avant tout pour louer sa frange « business », représentée par les « entreprises sociales ». C’est d’ailleurs sous le seul angle de l’efficacité en termes d’insertion professionnelle que le gouvernement a défendu la diminution des contrats aidés, omettant l’utilité sociale de ces dizaines de milliers de professionnels.

Pourtant, Emmanuel Macron a bien un projet pour le secteur associatif… mais c’est précisément ce qui inquiète les intéressés. Avec le désengagement progressif de l’État et le boom des délégations de service public depuis le début des années 2000, s’ouvrent des marchés potentiels énormes. Et l’heure est à l’offensive libérale sur le terrain associatif, qui représente entre 5 et 6 % de l’emploi salarié en France.

Depuis une dizaine d’années, sur des recommandations de Bruxelles suivies avec zèle par les gouvernements français successifs, les subventions directes aux associations s’effacent progressivement au profit des appels à projets et des appels d’offres. Une logique de mise en concurrence qui écarte les petites structures. « Cela demande d’être vraiment costaud, car les conditions des appels à projets sont très strictes », soupire Isabelle Boyer, coordinatrice du Collectif des associations citoyennes (CAC).

C’est tout le tissu des petites organisations locales et citoyennes qui subit une chute de ses ressources, au profit de grands groupes associatifs qui grossissent et fusionnent comme le feraient des firmes capitalistes, en absorbant leurs concurrentes plus petites. « C’est la prime aux plus grosses associations, qui sont dans une logique d’entreprise », observe Guillaume Chocteau, délégué général du site Ressources solidaires, portail de l’économie sociale et solidaire.

Avec ces géantes, c’est la pensée managériale qui colonise le secteur associatif, avec l’émergence de ce que certains appellent la « génération Macron », biberonnée à l’idéologie gestionnaire dans les écoles de commerce, qui n’a cure de l’ambition émancipatrice inscrite dans l’ADN de l’éducation populaire. « On se heurte culturellement à des murs. Ce sont des gens qui sont inaccessibles à tout ce qui se passe dans la société. Il y a un risque de destruction du lien social », estime Jean-Claude Boual, président du CAC.

« Nos réseaux connaissent peu à peu un changement sémantique. Nous sommes en train d’adopter un langage entrepreneurial, de singer une pratique dans laquelle il n’y a pas de place pour la pensée. Tout doit être “efficace”, mais de quelle efficacité parle-t-on ? », s’inquiète aussi Bérénice Dondeyne, coprésidente de l’Agence de développement et de promotion de l’économie solidaire en Midi-Pyrénées.

Depuis la loi de 2014 sur l’économie sociale et solidaire, les sociétés commerciales (ou « entrepreneurs sociaux ») sont reconnues comme partie intégrante du secteur. Effet immédiat : le nombre de ces entreprises labélisées « sociales et solidaires », quoique à but lucratif, a explosé en 2016 [1]. « Les associations d’aide à domicile, par exemple, sont désemparées. Elles sont désormais concurrencées par des enseignes privées, parfois cotées en Bourse, qui s’appuient sur des micro-entrepreneurs ou de très petites entreprises », explique Bérénice Dondeyne. Beaucoup de crèches et de -maisons pour personnes âgées, potentiellement rentables, attisent par exemple l’appétit de ces entreprises.

Depuis un an et demi, le secteur privé est également invité à financer directement l’action sociale. Copiant un montage financier imaginé au Royaume-Uni, la France a créé les « contrats à impact social » (social impact bonds, en anglais). Le principe en est simple : une entreprise ou un fonds -d’investissement finance un programme social. Des objectifs de « rationalisation » lui sont fixés par l’État, qui fait plancher pour l’occasion des cabinets de consultants comme KPMG, « cost killer » bien connu parmi les soldats du « lean management », la chasse au coût dans les entreprises. Si les objectifs sont atteints, l’État rembourse l’entreprise privée avec des intérêts pouvant grimper jusqu’à 15 %, selon le modèle anglais. L’opération reste donc lucrative pour « l’investisseur » – sauf dans l’hypothèse improbable où les objectifs ne seraient pas atteints – et coûteuse pour l’État, à l’image des partenariats public-privé dans la construction.

Le tout se fait au nom de la rationalité et de l’« innovation », qui causent des maux de tête aux acteurs du monde associatif. « Le public va forcément en pâtir, alerte Isabelle Boyer. Si une structure qui fait de l’insertion est soumise à des objectifs, elle va se mettre à trier les profils à l’entrée. » Le Haut Conseil à la vie associative et l’OCDE ont rendu des rapports très critiques sur ce qui s’apparente à une spéculation sur le social. Cela n’a pas empêché le lancement, en novembre 2016, d’une « expérimentation » ayant abouti à la signature de quatre contrats de ce type.

Ces derniers devraient rapidement faire des petits, grâce à des appuis haut placés. François Hollande et sa nouvelle fondation, La France s’engage, financée par Total, la BNP et Andros, se sont donné pour mission d’investir dans ce nouveau business. Emmanuel Macron, qui a œuvré en faveur de la légalisation du procédé lorsqu’il était ministre de -l’Économie, vient de nommer l’un des principaux lobbyistes de ces montages financiers au poste de haut-commissaire à l’Économie sociale et solidaire. Christophe Itier, directeur général de l’association Sauvegarde du Nord, a été le premier à signer un contrat avec la BNP, avec pour objectif de diminuer de 1 % le nombre de placements d’enfants en difficulté en famille d’accueil dans le département du Nord. Si les objectifs sont atteints, le conseil général remboursera les sommes investies, plus 6 % d’intérêts.

Tous ces mouvements induisent progressivement une segmentation du monde associatif. D’un côté, toutes les activités potentiellement lucratives sont abandonnées à la logique managériale et au secteur privé, au détriment de l’esprit de service public. « Le reste est laissé au caritatif, soupire Jean-Claude Boual. Mais la philanthropie ne remplacera jamais les subventions. Elle ne représente que 4 % du financement des associations, et les montants ne bougent pas. » Les donateurs sont de plus en plus sollicités, y compris par les universités, les hôpitaux et les collectivités locales, qui cherchent à faire face à leurs propres difficultés financières en sollicitant la générosité des citoyens. Dans le même temps, les besoins, eux, continuent de grandir sous l’effet du creusement des inégalités.

[1] Il a été multiplié par 2,8, pour atteindre le nombre de 236 sociétés commerciales en avril 2017, selon l’Insee.

Repost 0
19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 08:58

Suite de Huit idées concrètes pour créer des emplois sans casser le Code du travail : Alors que les opposants à la loi Travail ont manifesté dans toute la France mardi, Reporterre a demandé à neuf chercheurs, syndicalistes et associatifs de proposer d’autres réformes que la flexibilisation pour lutter contre le chômage. Aujourd'hui les bonnes idées de Julien Rivoire : « Créer une vraie sécurité sociale professionnelle pour accompagner la transition écologique de notre modèle productif »

Julien Rivoire est syndicaliste à la Fédération syndicale unitaire et membre de la campagne « Un million d’emplois pour le climat ».

Julien Rivoire est syndicaliste à la Fédération syndicale unitaire et membre de la campagne « Un million d’emplois pour le climat ».

Arrêtons de voir les emplois comme un coût à réduire, mais plutôt comme un levier de la transition écologique. Les rapports des emplois climatiques montrent qu’avec une impulsion politique forte et des investissements publics, il y a des centaines de milliers d’emplois à créer dans le secteur de l’énergie, du bâtiment, de l’agriculture.

Mais il faut accompagner la transition, afin que les salariés — ceux de l’industrie pétrolière et nucléaire par exemple — ne payent pas l’ardoise. Il nous faut un système collectif de protection, pour garantir les droits des salariés (retraite, revenu) et leur donner le temps de se former, de se reconvertir. Certains syndicats parlent d’un nouveau statut du salarié, ou d’une réelle sécurité sociale professionnelle. Grosso modo, il faut une caisse commune, alimentée par les cotisations patronales, qui permettent d’accompagner la transition. C’est une proposition radicale par rapport à la logique actuelle, très individualiste.

Repost 0
18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 11:58

Pour classer le pesticide non cancérogène, les experts ont largement plagié des documents de la Glyphosate Task Force, le consortium industriel conduit par la firme américaine. Par Stéphane Foucart le 16 septembre 2017 pour Le Monde. Lire aussi L’Agence européenne des produits chimiques interpellée sur le dossier glyphosate, La toxicité du Roundup connue de Monsanto depuis au moins 18 ans, Glyphosate et cancer : des études-clés ont été sous-estimées par l’expertise européenne et Paris s'opposera à la réautorisation du glyphosate.            Et aussi Glyphosate, un herbicide dans nos assiettes.

Glyphosate : l’expertise européenne truffée de copiés-collés de documents de Monsanto

Rarement expertise publique aura été aussi fragilisée que celle conduite par les instances européennes sur le glyphosate – l’herbicide controversé dont la Commission a proposé la réautorisation pour dix ans en Europe. Aux nombreuses accusations de collusion ou de complaisance, formulées ces derniers mois par les organisations non gouvernementales ou par des scientifiques indépendants, s’en ajoute une nouvelle, qui surpasse toutes les autres en gravité.

Selon une analyse conduite par le biochimiste autrichien Helmut Burtscher, associé à l’ONG Global 2000, révélée vendredi 15 septembre par plusieurs médias européens et que Le Monde a pu consulter, des passages cruciaux du rapport de réévaluation de l’herbicide ont été tout simplement copiés-collés. Ils proviennent de documents rédigés par les firmes agrochimiques, réunies autour de Monsanto au sein de la Glyphosate Task Force, la plate-forme réunissant les sociétés commercialisant en Europe des pesticides à base de glyphosate. Ces copiés-collés recouvrent plusieurs dizaines de pages.

Découvert par hasard

Le rapport pris en faute est celui de l’institut fédéral allemand d’évaluation des risques, le BfR (Bundesinstitut für Risikobewertung). Dans le système européen d’évaluation des pesticides, l’examen d’une substance commence par la désignation d’un État membre (l’État rapporteur), chargé d’établir un rapport d’expertise préliminaire. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) s’appuie ensuite sur ce texte pour fonder son opinion sur une substance. Dans le cas du glyphosate, c’est l’Allemagne qui a été désignée État rapporteur, et ce sont donc les experts du BfR qui ont planché sur les risques sanitaires et environnementaux posés par l’herbicide.

M. Burtscher explique avoir découvert le plagiat presque par hasard. « J’ai réalisé que des phrases et formules du rapport officiel d’expertise étaient identiques à celles d’un article publié dans la littérature scientifique sous la signature de Larry Kier et David Kirkland », explique-t-il. L’article en question avait été commandité par Monsanto auprès des deux consultants et publié en 2013 dans la revue Critical Reviews in Toxicology. « Puis, en y regardant de plus près, je me suis rendu compte que c’était des passages entiers du dossier d’homologation soumis par les industriels qui étaient repris mot pour mot », ajoute M. Burtscher.

Les passages copiés portent principalement sur l’évaluation de dizaines d’études indépendantes sur le glyphosate, publiées dans la littérature scientifique. Le rapport du BfR leur consacre quelques centaines de pages, sur les 4 300 que compte le texte. Chaque étude y est résumée et évaluée. Si l’évaluation est positive, l’étude doit être prise en compte dans l’expertise. À contrario, si l’étude est de faible qualité, elle est déclarée « non fiable » et peut être écartée. Dans la presque totalité des cas, les études montrant des effets délétères du glyphosate sont jugées non fiables, y compris celles publiées par des revues de premier rang.

L’affaire est d’autant plus embarrassante pour le BfR que son rapport précise que ces études sont résumées et agrémentées « des commentaires de l’État rapporteur ». Il s’agit en réalité, pour la plupart, de ceux des industriels. Les chapitres épinglés (cancérogénicité, génotoxicité et reprotoxicité) sont plus ou moins affectés par les emprunts. Les quelque quarante pages de celui sur la génotoxicité du glyphosate sont presque entièrement plagiées.

Déclarations contradictoires

Outre-Rhin, l’embarras pourrait se faire sentir au-delà du BfR. Car, à plusieurs reprises au cours des dernières semaines, le ministre de l’agriculture allemand avait réagi aux soupçons de trop grande proximité entre les experts allemands et les industriels, en assurant que le travail du BfR avait été conduit de manière indépendante.

Ces révélations éclairent d’un jour nouveau la controverse qui fait rage, depuis plus de deux ans, entre les agences européennes d’expertise et le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Le CIRC – l’agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée d’inventorier les causes de cancer – a en effet classé le glyphosate « cancérogène probable » pour l’homme, en mars 2015. Mais, à l’automne 2015, l’EFSA, s’appuyant sur les conclusions rassurantes du BfR, avait pris le contre-pied du CIRC, affirmant que le caractère cancérogène du glyphosate était « improbable ». Quelques mois plus tard, l’Agence européenne des produits chimiques avait rejoint le camp de l’EFSA.

En mai, Christopher Portier, un toxicologue américain de renom, associé aux travaux du CIRC et ancien directeur de plusieurs institutions de recherche fédérales américaines, avait interpellé par lettre le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Il faisait valoir que les experts européens avaient « échoué à identifier tous les cas statistiquement significatifs d’augmentation d’incidence de tumeurs, dans les études menées sur les rongeurs ». M. Portier reprochait, notamment à l’EFSA, de trop se fier aux analyses fournies par les industriels. Ces reproches prennent aujourd’hui une nouvelle épaisseur.

Interrogée, l’EFSA évoque un « malentendu sur le contenu et le contexte de mise dans le domaine public de certains documents liés à l’expertise », destiné à « jeter le doute sur l’expertise européenne ». Par ailleurs, on y assure que les références copiées ne sont que des extraits d’études « disponibles » et « des références » à des études soumises par les industriels candidats au renouvellement de la licence du glyphosate. Déclarations en contradiction avec les documents consultés par Le Monde. De son côté, l’institut allemand ne conteste pas les emprunts, mais maintient que les études soumises par les industriels, de même que celles publiées dans la littérature savante, ont été évaluées de manière indépendante par ses services.

Cela ne suffit pas à rassurer l’eurodéputé socialiste belge Marc Tarabella, l’un des parlementaires suivant l’affaire de près, qui se dit « dégoûté, en colère, mais certainement pas surpris ». « Le soutien acharné de la Commission européenne pour défendre les produits de cette entreprise a brisé la confiance des consommateurs et la nôtre », poursuit-il. « Que ce soit intentionnel ou le fruit d’une négligence, il est complètement inacceptable que des organisations gouvernementales fassent passer les analyses de l’industrie pour les leurs », s’insurge, de son côté, Franziska Achterberg, responsable de l’alimentation à Greenpeace.

Repost 0
18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 09:16

Suite de Huit idées concrètes pour créer des emplois sans casser le Code du travail : Alors que les opposants à la loi Travail ont manifesté dans toute la France mardi, Reporterre a demandé à neuf chercheurs, syndicalistes et associatifs de proposer d’autres réformes que la flexibilisation pour lutter contre le chômage. Aujourd'hui les bonnes idées de François-Xavier Devetter : « L’État doit investir dans les secteurs du bien-être social »

François-Xavier Devetter est professeur des universités et économiste

François-Xavier Devetter est professeur des universités et économiste

Il existe aujourd’hui un certain nombre de besoins et d’attentes socialement reconnues, particulièrement dans le domaine de la transition écologique et du bien-être social, insuffisamment satisfaits. La réponse à ces besoins permettrait de développer des secteurs d’activités extrêmement importants : dans le domaine social, citons l’aide aux personnes dépendantes, la petite enfance, l’action culturelle et sportive. Ces emplois liés au bien-être social dépendent principalement des départements. Imaginons alors que tous les départements français fassent comme les meilleurs d’entre eux. Une sorte d’alignement par le haut, tout à fait envisageable, via une augmentation des dotations. Il s’agit d’appliquer dans l’ensemble du territoire français ce qui se pratique dans différents départements : se rapprocher du taux d’emplois du service de la petite enfance observé dans la Nièvre, ou encore permettre aux personnes âgées de bénéficier d’autant de services de soutien à l’autonomie que dans le Nord… En faisant un rapide calcul, ces mesures permettraient de créer près de 880.000 emplois en cinq ans, soit en moyenne, 176.000 par an en France.

Évidemment, cela signifie une montée des dépenses publiques, mais elles permettent de répondre à des besoins sociaux… et de réduire d’autres coûts par ailleurs : allocation chômage (le coût public du chômeur évité se situe autour de 15.000 euros annuels).

Repost 0
17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 11:35

Malgré la publication d'une liste de 471 irrégularités sur des pièces de 12 centrales, EDF se veut rassurant. Par Vincent Vérier le 15 septembre 2017 pour Le Parisien.  Sur ce thème, lire aussi Le talon d’Achille du nucléaire français, Le jeu de dupes de la France sur la baisse du nucléaire, Nucléaire : les entrailles du démantèlement et Le nucléaire français face à ses contradictions.

La centrale nucléaire de Chooz fait partie des douze sites concernés.

La centrale nucléaire de Chooz fait partie des douze sites concernés.

Tout va très bien, madame la marquise. Jeudi, après la découverte de 471 anomalies sur des pièces forgées dans l'usine Areva du Creusot (Saône-et-Loire) et utilisées dans 12 des 19 centrales nucléaires françaises, EDF a assuré qu'il n'y avait pas de problème de sûreté.

Nombre de signalements pour anomalie sur des pièces forgées au Creusot

Nombre de signalements pour anomalie sur des pièces forgées au Creusot

Selon EDF, la moitié de ces 471 anomalies (qui ne respectent par la réglementation de la filière nucléaire), auxquelles il faut ajouter 130 fiches de non-conformité (qui ne respectent pas l'exigence de qualité requise par Areva), concernent des problèmes de température de la pièce métallique lors du processus de forgeage ; l'autre moitié, des problèmes dans la composition chimique. Pas de panique, assure EDF, pour qui ces anomalies ne sont pas de nature « à remettre en question l'aptitude au fonctionnement en toute sûreté des composants concernés ».

Cette annonce intervient alors que l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a placé cette semaine la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher) « sous surveillance renforcée », en raison de « la dégradation du niveau de sûreté ». Par ailleurs, après une visite inopinée de l'usine de retraitement de La Hague (Manche), le gendarme du nucléaire a estimé mardi insuffisante la protection contre un risque d'explosion. « Ça fait beaucoup, reconnaît une source proche du dossier. D'autant que même si EDF fait preuve de transparence, avec toute cette affaire, il y a beaucoup de suspicions. » Contactée, l'ASN n'était pas en mesure de déterminer la gravité de ces anomalies : « Les dossiers sont à l'instruction », indique un porte-parole.

Depuis 2016, l'électricien s'est engagé dans un vaste audit des 2 000 pièces fabriquées pour son compte par l'usine d'Areva (des éléments de circuit primaire, de générateur de vapeur ou encore de tuyauterie). A l'origine de cette gigantesque enquête, la révélation, en avril 2015, par l'ASN de la présence d'anomalies sur la cuve et le couvercle de l'EPR de Flamanville (Manche), la nouvelle génération de réacteur nucléaire en cours de construction. Leur taux de carbone est supérieur à la normale.

Tests falsifiés au Creusot 

En avril 2016, nouveau coup de tonnerre. Dans les bureaux de l'usine de Saône-et-Loire, les enquêteurs découvrent des dossiers barrés de deux petits traits noirs, un code signalant que ces documents contiennent des informations qu'il ne faut pas divulguer à l'extérieur. L'analyse de ces 400 dossiers, dont une centaine concernent EDF, montrera notamment que des tests de qualité ont été falsifiés. Le rapport confidentiel sur la forge du Creusot commandé en juin 2016 par Emmanuel Macron lorsqu'il était ministre de l'Economie est cinglant : perte de compétence, sous-effectif, absence de culture de la performance ou encore pression du management pour « cacher les mauvaises nouvelles », dénonce son auteur Yves Bréchet, haut-commissaire à l'énergie atomique.

Depuis, l'ASN a signalé l'affaire à la justice tandis que plusieurs ONG, comme Greenpeace, ont porté plainte notamment pour mise en danger délibérée de la vie d'autrui et usage de faux. « Quand Boeing ou Samsung ont un problème sur un appareil, ils le rappellent. Dans le nucléaire, on fait comme si ce n'était pas grave alors que nos centrales sont vieilles, s'inquiète Cyrille Cormier, en charge des questions d'énergie chez Greenpeace. Et que font nos politiques ? Personne ne réagit. » L'audit d'EDF sur les pièces forgées au Creusot doit se poursuivre jusqu'au 31 décembre 2018.

Repost 0
17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 09:11

Suite de Huit idées concrètes pour créer des emplois sans casser le Code du travail : Alors que les opposants à la loi Travail ont manifesté dans toute la France mardi, Reporterre a demandé à neuf chercheurs, syndicalistes et associatifs de proposer d’autres réformes que la flexibilisation pour lutter contre le chômage. Aujourd'hui les bonnes idées de Omar Slaouti : « Renforcer la lutte contre les discriminations raciales et sexistes au travail ».

Omar Slaouti est professeur de physique-chimie dans un lycée d’Argenteuil, et militant des mouvements antiracistes

Omar Slaouti est professeur de physique-chimie dans un lycée d’Argenteuil, et militant des mouvements antiracistes

La baisse du chômage ne doit pas s’accompagner d’une augmentation de la précarité, or c’est ce que nous promettent les ordonnances du gouvernement. La précarité touche particulièrement les femmes et les habitants des quartiers populaires, et ce sont eux qui seront le plus fragilisés par cette nouvelle réforme. Les politiques libérales accentuent la césure entre différentes catégories de la population. À l’inverse, les politiques sociales sont des politiques contre les discriminations.

Pour lutter contre le chômage, il faudra bien sûr des politiques structurelles — réduction du temps de travail et répartition des richesses, et notamment des dividendes. En parallèle, il faut mettre un terme à la division genrée et raciale du travail. Ce n’est pas compliqué : des lois existent déjà, mais elles ne sont pas respectées, car les entreprises préfèrent payer de petites amendes plutôt que de lutter contre les discriminations. Interdisons les marchés publics aux compagnies qui pratiquent la discrimination à l’embauche par exemple ! Et puis, l’État doit monter l’exemple : dans la fonction publique, les femmes sont sous-payées. Enfin, il faut mettre fin aux lois qui alimentent l’islamophobie, car ce racisme prend ainsi racine dans les mentalités et se retrouve ensuite sur le marché du travail.

Repost 0
16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 11:50

L’ONG Générations futures révèle la présence de résidus de cette substance classée «cancérogène probable» dans des céréales pour petit déjeuner, des pâtes ou même des lentilles. Par Aurore Coulaud le 14 septembre 2017 pour Libération.

Le glyphosate, un produit potentiellement cancérogène, a été détécté dans de simples légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots secs...). Garo/Phanie/Imageforum

Le glyphosate, un produit potentiellement cancérogène, a été détécté dans de simples légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots secs...). Garo/Phanie/Imageforum

Du glyphosate dans nos aliments. Voilà ce que révèle le nouveau rapport de Générations futures. Désireuse de connaître l’impact sur la santé du pesticide (composant du Roundup) le plus vendu en France et dans le monde, l’association de défense de l’environnement a analysé 30 échantillons de produits alimentaires, 18 à base de céréales et 12 de légumineuses sèches, achetés en supermarché.

Constat : seize de ces échantillons contiennent du glyphosate, soit plus de la moitié. Sept céréales de petit-déjeuner sur huit, sept légumineuses sur douze et deux pâtes alimentaires sur sept. Parmi eux, des céréales Kellogs, Weetabix, Leader Price et Granola, des lentilles vertes (qui ont le taux le plus élevé) et des haricots rouges Vivien Paille, des pois chiches Saint Eloi, des pâtes Garofalo… «Je ne suis pas étonnée, affirme Marie-Monique Robin, réalisatrice du documentaire le Roundup face à ses juges, qui sera diffusé sur Arte le 17 octobre. Les pouvoirs publics ne font pas leur boulot.»

«Probablement cancérogène»

Même si le taux de contamination n’excède pas le seuil réglementaire de concentration de résidus de produits pesticides (de l’ordre de 10 mg maximum par kilo pour le blé), François Veillerette, directeur et porte-parole de Générations futures, a rappelé, jeudi, la dangerosité de cette molécule. En mars 2015, elle a été classée par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), créé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) des Nations unies, comme «probablement cancérogène» pour les humains.

Or, les réglementations de l’Union européenne interdisent l’utilisation de pesticides lorsqu’ils sont considérés comme cancérogènes «certains» ou «probables», comme le rappelle le rapport. Une étude précédente de l’association avait permis de mettre en lumière l’exposition du corps humain au glyphosate grâce à la collecte d’échantillons d’urine de trente personnes. Elle avait montré que 100 % d’entre eux contenaient la molécule en assez forte concentration. «Il y a des effets, même à des doses faibles», indique la réalisatrice Marie-Monique Robin.

Toutefois, en vue du vote sur le renouvellement pour dix ans de la licence du glyphosate qui expire fin 2017 (lire ci-contre), l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a jugé de son côté qu’il n’y avait aucune preuve que cette matière active herbicide soit la cause de cancers tout comme l’Agence européenne de produits chimiques (Echa). Deux agences qui s’appuient pour l’essentiel sur les études fournies par les firmes agrochimiques. Un rapport publié par l’association autrichienne Global 2000 avait aussi révélé la dissimulation de preuves de la cancérogénicité du glyphosate par les autorités européennes.

«Travailler différemment»

Fin août, la France, par la voix de son ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a fait savoir qu’elle s’opposerait en octobre à la réautorisation du glyphosate en Europe, suscitant une levée de boucliers des producteurs et des agriculteurs. L’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB) a notamment fait part jeudi dans un communiqué de sa «totale incompréhension […]. Cette décision est annoncée sans aucune concertation, sans fondement scientifique.» De son côté, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) ainsi que les Jeunes Agriculteurs estiment que «la suppression du glyphosate balayerait d’un revers de main les efforts entrepris de longue date par les agriculteurs français, leurs outils de recherche et de développement, et toute une filière de progrès, acteur clé de la transition écologique que la société appelle de ses vœux». Pour l’associatif François Veillerette, il est surtout urgent «d’apprendre à travailler différemment» et de soutenir les efforts à la recherche agronomique. «On est aujourd’hui dépendant de certains produits tels que le Roundup de Monsanto, dont l’utilisation s’est banalisée, alors que certains professionnels ont appris à faire sans.»

Si la France s’est positionnée, reste à savoir ce que feront les autres pays européens tels que l’Italie ou même l’Allemagne. Outre-Rhin, l’Institut de l’environnement de Munich avait alerté en 2016 après avoir trouvé du glyphosate dans 14 bières les plus vendues dans le pays, à des taux allant jusqu’à 300 fois la limite maximale admise dans l’eau potable. Toutefois, en Europe, les études sur le glyphosate restent rares car coûteuses.

Repost 0
16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 09:08

Suite de Huit idées concrètes pour créer des emplois sans casser le Code du travail : Alors que les opposants à la loi Travail ont manifesté dans toute la France mardi, Reporterre a demandé à neuf chercheurs, syndicalistes et associatifs de proposer d’autres réformes que la flexibilisation pour lutter contre le chômage. Aujourd'hui les bonnes idées de Mireille Bruyère : « Soutenir l’économie sociale et solidaire »

Mireille Bruyère est Economiste atterrée

Mireille Bruyère est Economiste atterrée

Face à la crise écologique et sociale, il faut un changement radical, qui passe notamment par un soutien aux initiatives de l’économie sociale et solidaire. Les coopératives de production sont des organisations démocratiques à même de porter la transition écologique de notre modèle productif. Dans une coopérative, la propriété commune est impartageable. Chaque salarié participe au capital à sa mesure, et dispose d’une voix pour les décisions stratégiques. Depuis 2008, les coopératives se développent dans tous les secteurs d’activité, même comme des alternatives à l’ubérisation, comme les coopératives de livreurs à vélo. Cette forme d’organisation pourra ainsi garantir que la transition ne se fera pas de manière bureaucratique ou autoritaire. Si j’étais au gouvernement, pour mettre les pieds dans le plat, je commencerais par faire entrer les salariés au conseil d’administration de leur entreprise.

Il faudrait surtout une loi qui renforce les principes de propriété collective, et des soutiens qui ciblent cette forme d’activité. Un des problèmes des coopératives, c’est qu’elles ont peu de capital de départ. Cela passera nécessairement par une réforme bancaire, afin d’obliger les banques à soutenir les projets coopératifs.

Repost 0
15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 16:19

Le traité commercial entre le Canada et l'UE entre en vigueur le 21 septembre Par Maxime Vaudano le 14 septembre 2017 pour Le Monde.            Lire aussi Les accords commerciaux nuisent à votre démocratie, 12 raisons de s’opposer au CETA et « Au cœur du CETA », épisode 3 : CETA et climat font-ils bon ménage ?.

Manifestation le samedi 15 octobre 2016 à Paris pour dénoncer le Ceta, l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada.

Manifestation le samedi 15 octobre 2016 à Paris pour dénoncer le Ceta, l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada.

Une expertise bienvenue, mais trop tardive  : c'est ainsi que le gouvernement a accueilli le rapport qui lui a été remis, vendredi 8  septembre, par la commission d'évaluation de l'accord commercial entre l'Union européenne et le Canada (Comprehensive Economic and Trade Agreement ; CETA), présidée par Katheline Schubert, économiste de l'environnement et professeur d'université à l'Ecole d'économie de Paris. Lors d'une conférence de presse, mercredi 13  septembre, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, a annoncé que "  l'entrée en vigueur provisoire - du CETA - se fera le 21  septembre  ". M.  Lemoyne  et Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, s'exprimaient pour tirer les "  enseignements  " de ce rapport.

Installé par Emmanuel Macron en juillet, conformément à son engagement de campagne, ce panel de neuf experts a dû travailler en urgence pour éplucher en moins de deux mois les milliers de pages de cet austère traité, accusé par de nombreuses organisations de la société civile de favoriser les intérêts des multinationales au détriment des citoyens et de la planète.

Ce rapport, qui a le mérite d'apporter une analyse dépassionnée, reprend la plupart des réticences déjà soulevées depuis des années par les ONG au cours de leur travail de fourmi pour l'analyse de ce texte aride, négocié dans le secret.

Sans verser dans le catastrophisme, les neuf experts soulignent plusieurs des faiblesses du CETA, à commencer par son "  manque d'ambition  " sur le plan environnemental. Élaboré avant la COP21, cet accord ne contient, en effet, ni engagement contraignant en matière climatique ni disposition pour limiter le commerce des énergies fossiles. En outre, en renforçant les flux commerciaux, il devrait mécaniquement augmenter l'émission de gaz à effet de serre, faute de s'attaquer au transport de marchandises.

" Incertitudes et ambiguïtés "

Le rapport relaie aussi les inquiétudes des agriculteurs et ONG européens, qui redoutent que la libéralisation des échanges agricoles ne donne la primeur au moins-disant canadien en matière de normes sanitaires et environnementales, affaiblissant du même coup l'agriculture européenne. Il relève les "  exigences moindres  " du Canada sur les pesticides, les OGM ou encore les activateurs de croissance (hormones et antibiotiques). "  Le risque est que le CETA ne fournisse pas des conditions favorables aux objectifs de la transition écologique de l'agriculture  ", met en garde la commission.

Plus généralement, ce traité pourrait-il entraver la capacité des États à réglementer dans le domaine de l'environnement et de la santé  ? Ses détracteurs le craignent, en soulignant le peu de cas fait dans le CETA du principe de précaution. Les neuf experts s'abstiennent de trancher ce débat hautement sensible. Si "  les dispositifs actuels liés à l'application (…) du principe de précaution ne sont pas remis en cause  ", "  l'absence de citation explicite de ce terme dans le texte de l'accord crée (…) une incertitude sur l'éventualité de contestation par le Canada de dispositifs futurs  ". Signe de la complexité et de l'imprévisibilité de ces accords commerciaux, dont les effets ne peuvent souvent être pleinement évalués que plusieurs années après leur entrée en vigueur.

La même incertitude demeure autour du nouveau mécanisme d'arbitrage des différends, qui doit offrir aux entreprises un moyen de contester devant une juridiction spéciale certaines décisions des États préjudiciables à leurs intérêts. Permettra-t-il aux multinationales de remettre en question les décisions politiques favorables à l'environnement (comme l'arrêt du nucléaire), au droit social (augmentation du smic) ou à la santé (réglementation des perturbateurs endocriniens), sous le regard complice de juges-arbitres à l'impartialité contestée  ?

Si le rapport salue les améliorations apportées par le CETA au vieux modèle des tribunaux d'arbitrage, qui offrent d'importantes garanties contre les abus et les dérives, l'accord ne dissipe pas "  toutes les incertitudes et ambiguïtés qui découlent des mécanismes de protection des investissements  ". La commission met en garde contre une "  application non maîtrisée  " de ce mécanisme d'arbitrage, qui pourrait amputer le pouvoir normatif des gouvernements, mais juge les risques limités  : "  Il n'est pas question de voir dans ce traité un instrument qui (…) entraînera un recul des politiques environnementales et sanitaires en Europe ou au Canada.  " Les neuf experts recommandent toutefois l'introduction d'un "  veto climatique  ", qui protégerait le Canada et les États de l'Union européenne contre tout contentieux lié à leurs mesures de lutte contre le changement climatique. Une proposition qui arrive un peu tard, puisque le CETA, dont la négociation s'est achevée début 2016, doit entrer en vigueur dans une semaine, et ce alors que les ONG et l'interprofession de la viande réclamaient un report de cette échéance, voire une réouverture des négociations.

Tout en assurant prendre en compte les recommandations de la commission de Mme  Schubert, le gouvernement français se contente pour l'instant de temporiser, en renvoyant à la fin octobre pour de nouvelles propositions. Parmi les pistes sur la table figure la négociation d'un deuxième accord Europe-Canada, qui serait axé sur les questions climatiques pour compenser les lacunes du CETA.

  • 38 Parlements nationaux et locaux doivent voter le CETA

    Ratifié début 2017 par le Parlement européen, le CETA devrait entrer en vigueur provisoirement le 21  septembre. L'immense majorité de ses dispositions pourra s'appliquer immédiatement en Europe et au Canada. L'accord devra toutefois subir un véritable parcours du combattant pour parachever sa ratification. Pas moins de 38 parlements nationaux et régionaux de l'UE sont appelés à donner leur feu vert. Ce n'est qu'à l'issue de cette procédure que pourrait entrer en vigueur le chapitre le plus controversé : le mécanisme d'arbitrage entreprises-États.

Repost 0

L'écologie aux Lilas et au Pré ...

L’eau publique, c’est maintenant !

Le projet EuropaCity jugé peu compatible avec l'environnement

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas

Des défenseurs de la Maternité des Lilas s'enchaînent devant le ministère de la santé

Romainville n'aura pas d'usine de méthanisation

Journal n°2 de Les Lilas Autrement (décembre 2014)

écolo ! n°19 : le téléphérique un GPII

écolo ! n°18

Gaz de schiste : du mirage économique au cauchemar écologique ?

Journée de la transition le 27 septembre aux Lilas

écolo ! n°17 : un nouveau modèle énergetique français

écolo ! n°16 : TAFTA ou TIPP, le traité de libre-échange transatlantique signerait la fin du projet