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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 14:50

Par Maxime Vaudano sur http://transatlantique.blog.lemonde.fr/2016/08/30/pourquoi-la-france-veut-elle-maintenant-enterrer-le-tafta/. 

Une pancarte anti-Tafta à Francfort (Allemagne), le 26 mars 2016. ( REUTERS/Ralph Orlowski)

Le demi-tour du gouvernement socialiste français sur l’accord Tafta est désormais achevé. Après avoir approuvé le lancement des négociations transatlantiques en 2013, après les avoir soutenues pendant plusieurs années envers et contre les oppositions qui montaient d’un peu partout dans la société civile et dans l’échiquier politique, François Hollande et son gouvernement ont planté mardi 30 août le dernier clou dans le cercueil de l’accord de libre-échange Europe/Etats-Unis.

L’annonce a été faite par la voix du secrétaire d’Etat au commerce extérieur Matthias Fekl, qui a promis sur RMC qu’il demanderait au nom de la France « l’arrêt pur, simple et définitif de ces négociations » lors de sa prochaine rencontre avec ses homologues européens, fin septembre.

1. Est-ce étonnant ?

Pas tant que ça. Le gouvernement français prépare le terrain depuis plusieurs mois. La défiance croissante de l’opinion et plusieurs fuites de documents de négociation avaient déjà poussé François Hollande et Manuel Valls à monter au créneau à partir du printemps 2016, en menaçant de mettre un véto français au Tafta (également désigné sous le sigle TTIP). L’annonce-choc de Matthias Fekl, qui intervient au lendemain dune déclaration similaire de son homologue social-démocrate allemand Sigmar Gabriel, n’est que le prolongement de cette position.

2. Pourquoi maintenant ?

A priori, rien ne justifie la brusque montée de fièvre de la France contre le Tafta. Lors du conseil européen des 28 et 29 juin, les Etats européens avaient reconfirmé un par un au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker leur volonté de poursuivre les négociations – y compris la France.

Depuis, un 14e cycle de négociation du Tafta s’est tenu en juillet, mais au vu de ce qui en a filtré, il ne s’y est rien passé de dramatique qui justifierait un arrêt brutal des négociations. Tout juste a-t-il pu confirmer le manque de bonne volonté des négociateurs américains, qui irrite au plus haut point des Européens.

Mais voilà, après avoir réfléchi tout l’été, Matthias Fekl considère que « nous sommes aujourd’hui à un moment de vérité et de décision » et qu’il faut arrêter les frais.

En réalité, ce coup de poing sur la table conjoint avec Sigmar Gabriel ne fait qu’acter l’impasse dans laquelle sont actuellement enlisées les négociations, fruit d’un attentisme bien logique des deux côtés de l’Atlantique à l’approche de rendez-vous électoraux importants – la présidentielle américaine en novembre 2016, la présidentielle française en avril-mai 2017 et les élections fédérales allemandes à l’automne 2017. Aucun des deux camps n’est prêt à des compromis substantiels (indispensables à l’avancée des négociations) avant d’être relégitimé par le poids politique de ces scrutins.

Comme le président Hollande sait qu’il n’y a aucune chance, dans les circonstances actuelles, que la négociation du Tafta se finisse avant la fin de son mandat, cela ne lui coûte pas cher de marquer son opposition à un accord que villipende une grande partie de la gauche.

3. Quel est l’intérêt d’arrêter les négociations ?

Aucun, si l’on est réaliste. En effet, contrairement à la gauche radicale ou aux écologistes, Hollande, Valls et Fekl ne s’opposent pas au principe même du Tafta et du libre-échange. Ils jugent simplement que les négociateurs européens n’obtiennent pour l’instant pas des concessions suffisantes de la part de leurs homologues américains, peu conciliants. Mais pourquoi ne pas laisser les négociations aller à leur terme avant de se faire une idée sur le contenu de l’accord, et éventuellement le rejeter ? « Attendons le résultat final pour ensuite faire notre choix », plaident ainsi les eurodéputés LR Tokia Saïfi et Franck Proust.

Matthias Fekl explique aujourd’hui que « sur l’alimentation, l’énergie, la santé, les services publics, la culture », la direction qu’ont prises les négociations n’est pas bonne, ce qui justifie « un coup d’arrêt clair, net et définitif ».

On est très loin du discours de ses débuts au gouvernement, il y a deux ans, lorsqu’il intimait aux critiques de prendre patience en attendant la fin des négociations pour se faire une idée claire du contenu de l’accord. « Je pourrais très bien aller demain devant les caméras et dire qu’on dénonce ce mécanisme et qu’on le refuse. Mais ça, c’est du spectacle ! Ce n’est pas ça la politique. On doit construire des positions à plusieurs », disait-il ainsi à l’automne 2014 à propos des tribunaux d’arbitrage, qu’il voulait réformer (et il a réussi) plutôt que rejeter en bloc. De même, il a toujours vanté son combat pour la transparence des négociations, qui avaient accompli selon lui des progrès considérables depuis son entrée en fonction, pour couper l’herbe sous le pied de ses détracteurs.

4. Les négociations peuvent-elles vraiment s’arrêter ?

Comme l’a reconnu lui-même Matthias Fekl, la France n’a pas le pouvoir d’arrêter seule les négociations : « la Commission [européenne] a parfaitement la possibilité de continuer à négocier jusqu’à la fin des temps, et personne ne peut s’y opposer ». La réalité est que la seule chose que Paris peut faire, dans l’immédiat, c’est de retirer son soutien politique à la négociation – ce qui ne semble pas impressionner la commissaire européenne Cecilia Malmström, qui a assuré mardi que « les négociations continuent », en réaffirmant l’objectif (irréaliste) de les conclure d’ici la fin 2016.

Matthias Fekl espère que d’autres pays « emboîtent le pas » à la France en septembre, avec l’ambition de rassembler la majorité qualifiée indispensable pour annuler le mandat de négociation confié à la Commission européenne en 2013. Mais rien n’est moins sûr. Car même si le Royaume-Uni (fervent partisan du Tafta) est hors jeu pour cause de Brexit, l’accord transatlantique compte encore de nombreux partisans au Nord et à l’Est de l’Europe, sans même parler de l’Allemagne, où la conservatrice Angela Merkel pourrait s’opposer aux velléités de son ministre de l’économie social-démocrate Sigmar Gabriel de saborder un accord qu’elle a toujours soutenu.

Si la majorité voulue par la France n’est pas réunie, la Commission européenne pourra continuer de négocier au ralenti, comme actuellement, en se concentrant sur les sujets les moins politiques, en attendant l’arrivé de nouveaux dirigeants en France et aux Etats-Unis.

Si, au contraire, la France réussissait à saborder le Tafta, cela ne signerait pas forcément son arrêt de mort définitif. En effet, Matthias Fekl explique qu’il souhaite mettre un terme à cette négociation enlisée « pour ensuite pouvoir reprendre des discussions sur des bases modernes avec les Etats-Unis, prenant en compte l’environnement, l’écologie, le social et les PME ». « Il faut reprendre plus tard les choses sur de bonnes bases, en faisant la transparence d’emblée, en mettant d’emblée les parlementaires et les citoyens devant les informations, et en concluant des accords modernes […] prenant en compte l’environnement, l’écologie, le social et les PME […] – ce n’est pas le cas aujourd’hui », poursuit-il.

En clair, lancer un Tafta 2 pour réussir là où le Tafta 1 a échoué. On a du mal à voir ce qui pourrait empêcher cette nouvelle tentative d’achopper sur les mêmes résistances américaines…

5. Quid de l’accord CETA entre l’Europe et le Canada ?

Si Matthias Fekl n’espère plus rien du traité transatlantique, il est toujours partisan de l’accord CETA entre l’Europe et le Canada, qu’il qualifie de « bon traité », car « c’est l’anti-Tafta » sur « beaucoup de points qui sont critiqués » dans la négociation avec les Américains.

De l’avis général, le CETA est en effet beaucoup plus favorable à l’Europe que ce qui se profile pour le Tafta. Mais il est toutefois loin de faire l’unanimité : il a été négocié dans la même « opacité » que dénonce M. Fekl pour le Tafta, est loin d’être exemplaire au niveau de l’environnement et des normes sociales et contient toujours un mécanisme de règlement arbitral qui, bien que réformé, suscite encore des interrogations.

Malgré ça, le gouvernement français en est très satisfaite et ne devrait pas faire obstacle à sa ratification, qui doit commencer à l’automne. Ce qui montre qu’il est encore loin d’être passé dans le camp des adversaires du libre-échange.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 11:12

La fonte du permafrost dans le nord du pays, causée par des records de chaleur, a libéré le dangereux bacille

Par Isabelle Mandraud pour Le Monde le 30 août 2016

Examen vétérinaire dans la péninsule de Yamal. Les rennes sont les premiers exposés à la menace de l’anthrax. MINISTÈRE RUSSE DES SITUATIONS D’URGENCE/AFP

Dans un épais rapport de 1 000 pages publié en 2014, les climatologues russes avaient glissé, au chapitre des conséquences du réchauffement global, le risque de l’apparition de l’anthrax, une bactérie potentiellement mortelle. Ils ne savaient pas encore qu’à peine deux ans plus tard leurs craintes se révéleraient justifiées. Le 1er août, dans la péninsule de Yamal, tout au nord de la Russie, un garçon de 12 ans est mort de cette infection, connue aussi sous le nom de « maladie du charbon », et supposée disparue depuis des décennies.

« C’est la première fois qu’une épidémie d’anthrax apparaît en Russie depuis 1941 », affirme Alexandre Platonov, le directeur du laboratoire des infections naturelles à l’Institut d’épidémiologie de Moscou. Et « logiquement », ajoute-t-il, « la vaccination a pris fin en 2007 » – le temps que les derniers programmes de prévention s’éteignent. Une grave erreur, pour certains. Cet été, 23 personnes ont aussi été contaminées, ainsi que 2 500 rennes. Envoyés sur place, 500 militaires ont reçu pour mission de brûler le plus vite possible les carcasses de ces animaux très répandus dans cette région arctique une fois et demie plus grande que la France.

« Hausse des températures »

Le réchauffement climatique est bien en cause. Dans son bureau, d’où il a extirpé le volumineux rapport de 2014, Sergueï Semenov, le directeur de l’Institut russe du climat, compulse sur son ordinateur les dernières données. « En juin, bien que Yamal se trouve au-delà du cercle polaire, la température moyenne normale (soit 12,3 0C) a augmenté de 6,7 0C ; en juillet, elle a été supérieure de 5,7 0C à la norme, rapporte-t-il. C’est la première fois que l’on observe une telle hausse des températures. Jamais, jusqu’ici, nous n’avions enregistré pareille anomalie ! »

Les cinq stations météorologiques du territoire de la Iamalo-Nénétsie sont formelles. Cet été, les températures ont oscillé entre 29 0C et 35 0C, du jamais-vu dans cette partie du monde. Sur l’ordinateur du scientifique, l’endroit est rouge cramoisi.

Ces dernières années, les hivers étaient certes un peu moins rigoureux, mais jamais l’été n’avait connu des changements aussi profonds. Or, en fondant, le pergélisol, ou permafrost, la partie des sols en permanence gelée dans les régions arctiques, qui recouvre, selon M. Semonov, 66 % du territoire russe, a libéré la bactérie de l’anthrax. Parfaitement conservée comme dans un congélateur, elle est capable, sous formes de spores, de se développer et de se propager dans l’air, l’eau ou la poussière.

Virus inconnus

Les troupeaux de rennes sauvages sont les premiers concernés par cette menace, mais aussi leurs congénères domestiques élevés par les Nénètses, un peuple nomade autochtone et l’ethnie la plus nombreuse en Sibérie, susceptible d’être contaminée à son tour par le bétail. Selon les experts, la transmission de Bacillus anthracis – médiatisé comme arme bactériologique après une série d’envoi d’enveloppes contaminées aux États-Unis en septembre 2001 – peut se faire aussi par piqûres de taons, nombreux dans la région.

Plusieurs cimetières, des fosses communes de troupeaux contaminés par le passé, ont été enfouis dans la toundra et les scientifiques russes s’inquiètent de la résurgence d’infections que l’on pensait disparues, engendrée par la fonte du pergélisol.

Début août, lors d’une conférence de presse à Moscou, Viktor Maléiev, le directeur de l’Institut d’épidémiologie, évoquait des risques sanitaires inquiétants avec la libération de virus comme la variole ou d’autres, inconnus, conservés depuis la « période des mammouths » : « Il est évident que le changement climatique va nous apporter plus d’une surprise, et nous devons être prêts. » À ses côtés, Boris Kerchengoltz, chercheur spécialisé dans le pergélisol à l’Académie russe des sciences de la Iakoutie, se montrait encore plus alarmant sur ces « infections millénaires dangereuses » : « Comment se comporteront ces micro-organismes dans notre environnement ? Personne ne le sait. »

« Foyer de maladie »

Yamal, l’une des régions russes d’exploitation de pétrole et de gaz les plus prometteuses dans ce secteur, attire aujourd’hui tous les regards. Mais, selon Vladimir Tchouprov, qui pilote le programme énergie de Greenpeace Russie, « le problème ne se limite pas à cette région. D’autres foyers possibles d’anthrax et de peste menacent la Iakoutie ou Taïmyr [une autre péninsule au nord de la Sibérie] ».

L’organisation écologiste, dont les militants mènent une mission au Taïmyr et qui ont vu leur Zodiac saboté par des inconnus, dénonce le projet d’un nouveau gisement pétrolier dans cette région qui, selon elle, pourrait aggraver la situation.

Greenpeace s’appuie notamment sur des courriers de scientifiques. Dans l’une de ces lettres, datée d’il y a tout juste un an et dont Le Monde a obtenu une copie, le chef du département vétérinaire de l’Institut de l’agriculture et de l’écologie de l’Arctique affirmait que la région de Taïmyr constitue « un foyer de maladies, en particulier de l’anthrax, avec 39 fosses communes [de rennes sauvages] ». « Sur le territoire des travaux prévus, poursuit Alexandre Prokoudine, il en existe deux, chacune de 60 km2, datant de l’épidémie de 1931, plus, non loin, trois autres de la même époque d’une surface de 60 à 200 km2 (…). Les travaux de terrassement dans les zones à grand risque d’anthrax vont, bien sûr, augmenter le danger de résurgence de cette infection. »

Apparition de tornades

Le réchauffement climatique n’est pas limité à la Russie mais il menace tout particulièrement le plus vaste Etat du monde. « Notre pays se réchauffe plus que d’autres, souligne le climatologue Semenov, et depuis 1976 l’augmentation des températures moyennes y est deux fois plus accentuée. »

La Russie a ainsi constaté l’apparition de tornades, totalement inconnues jusqu’alors sur son territoire. Mais l’Arctique, surtout, est concernée par le réchauffement et le scientifique pointe d’autres dangers, si la situation devait perdurer : « Les fondations des habitations et des oléoducs, construits sur la dureté de la terre gelée, deviennent moins solides, moins fiables, dit-il en montrant des photos d’immeubles en partie effondrés en Iakoutie. Il faudra de nouvelles normes de construction, plus profondes, ce qui nécessitera beaucoup d’argent. » Déjà, des tuyaux ont commencé à être installés sous le ballast des chemins de fer, pour refroidir la terre.

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 12:28

Dans le cadre de la Semaine européenne de la mobilité, participez à la balade à vélo en boucles à la découverte des forts de l'Est parisien le dimanche 18 septembre 2016 après-midi.
Organisée par l'antenne Est ensemble à vélo de l'association francilienne MDB (Mieux se déplacer à bicyclette), en partenariat avec la Ville de Romainville et le territoire Est ensemble du Grand Paris, effectuez un parcours facile à partir de Romainville jusqu'aux communes des Lilas et Noisy-le-Sec.
La balade guidée est construite en 2 boucles autonomes et complémentaires formant un grand "8" d'une durée totale de deux heures, pauses-découverte comprises : les deux boucles sont à enchaîner à partir du même lieu de départ, celui de l'hôtel de ville de Romainville.
Pour des questions d'organisation (nombre de participants limité à 20 personnes),
inscription gratuite et obligatoire auprès de la Ville de Romainville, organisatrice de la journée, par courriel :
abourgeois@ville-romainville.fr
Pour tous contacts et informations : est@mdb.org ou au 01 43 20 26 02


>> 1er parcours : boucle Est du fort de Noisy.
Lieu et horaire de départ : 14 h 30, place de la Laïcité devant la mairie de Romainville.

Le parcours ira à la découverte du fort de Noisy, situé sur la commune de Romainville.
Le groupe sera encadré par des membres de l'association et accompagné par un guide-cycliste qui évoquera l'histoire des forts autour de Paris, du fort de Noisy et des futures liaisons de transport dans le secteur : prolongements du métro ligne 11 et du tramway ligne T1. Un quizz sera proposé aux participants.
Avec un relief en pente douce durant la boucle et l'utilisation de petites rues à très faible trafic, la balade est ouverte à tous cyclistes, même à des débutants. Les enfants doivent être accompagnés et pour ceux de moins de 7 ans, ils devront être installés dans un siège enfant ou dans une remorque.
Le parcours passera place Carnot à Romainville, rejoindra la mairie de Noisy-le-Sec et longera le glacis du fort de Noisy
Retour par les quartiers sud et le vieux Romainville.


>> 2e parcours : boucle ouest du fort de Romainville.
Lieu et horaire de départ : 15 h 30, place de la Laïcité devant la mairie de Romainville.

Le parcours ira à la découverte du fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas.
Le groupe sera encadré par des membres de l'association et accompagné par un guide-cycliste qui évoquera l'histoire des forts autour de Paris, du fort de Romainville et de la future base de loisirs de la Corniche des Forts.
Retour au centre de Romainville par la cité Marcel Cachin et le vieux Romainville.
Aucun relief durant la boucle et utilisation de petites rues à très faible trafic. Les enfants doivent être accompagnés et pour ceux de moins de 7 ans, ils devront être installés dans un siège enfant ou dans une remorque.

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 10:00

Des prélèvements seront conservés en Antarctique durant des siècles

Des scientifiques forent la glace avec un carottier au col du Dôme, dans le massif du Mont-Blanc. SARAH DEL BEN/WILD TOUCH/FONDATION UGA

Des scientifiques forent la glace avec un carottier au col du Dôme, dans le massif du Mont-Blanc. SARAH DEL BEN/WILD TOUCH/FONDATION UGA

Par Pierre Le Hir, envoyé spécial du Monde à Chamonix Mont-Blanc (Haute-Savoie)

De la gare d’arrivée du téléphérique de l’aiguille du Midi (3 842 mètres) dominant la vallée de Chamonix, le regard cogne d’abord contre un enchevêtrement de parois englacées et d’arêtes rocheuses. Puis il s’envole, sur une ligne d’horizon d’un bleu sans nuage, vers les courbes du col du Dôme (4 300 mètres), sur la voie classique de l’ascension du mont Blanc. Ce mercredi 24 août, le grand beau est de sortie et l’on distingue, sur la neige étincelante, de minuscules taches sombres.

Ce sont les tentes où, depuis la mi-août, bivouaquent une douzaine de chercheurs (des Français, des Italiens, un Américain et un Russe) engagés dans une extraordinaire aventure scientifique : le projet « Protecting Ice Memory », conçu par les laboratoires de glaciologie de l’université de Grenoble, du CNRS et de l’université Ca’Foscari de Venise. Il s’agit de prélever des échantillons glaciaires dans les différents massifs du monde et de les acheminer en Antarctique, afin de préserver la mémoire des glaces pour les générations futures.

« Valeur inestimable »

Le col du Dôme est le premier site retenu pour cette entreprise mémorielle, explique le chef de la mission, Patrick Ginot, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Près d’une tonne d’équipement y a été déposée par hélicoptère, une base de vie aménagée, un carottier (instrument de forage) installé. Les échantillons remontés à la surface, par section d’un mètre, sont placés dans des caisses isothermes, avant d’être descendus par hélicoptère dans la vallée, où un camion frigorifique les achemine jusqu’à une chambre froide près de Grenoble.

« Jusqu’ici, la manip a vraiment bien marché, se félicite le chercheur. Alors que nous avions prévu cinq jours par carottage, deux jours et demi nous ont suffi. Sauf mauvaise surprise, à la fin de la semaine, nous plions bagage. » Une carotte de 126 mètres – l’épaisseur de la glace jusqu’au socle rocheux – a déjà été retirée voilà quelques jours. Une deuxième, de 129 mètres, a suivi. Une troisième doit encore être extraite.

L’un des trois échantillons sera analysé par des équipes de Grenoble et de Venise, afin de déterminer la composition physico-chimique de ses différentes strates et d’établir ainsi une base de données de référence. Les deux autres mettront le cap vers l’Antarctique, en 2020 si tout se passe comme prévu. Ils rejoindront, sur les hauts plateaux du continent blanc, la base scientifique franco-italienne Concordia, à 3 233 mètres d’altitude. Ils y seront stockés dans une cavité creusée sous la neige, à une température moyenne de − 54 °C qui garantira leur conservation pour les décennies, voire les siècles à venir.

Ce « congélateur » naturel devrait par la suite recevoir de nouvelles carottes, issues de différents glaciers continentaux. Les prochains forages, encore plus acrobatiques, doivent être réalisés en 2017 sur le glacier bolivien de l’Illimani, à 6 432 mètres. D’autres pays (Allemagne, Autriche, Brésil, Canada, Chine, États-Unis, Népal, Russie ou Suisse) envisagent de s’associer à l’initiative. Ainsi se constituera une bibliothèque mondiale d’archives glaciaires, « d’une valeur inestimable » aux yeux du climatologue français Jean Jouzel, ancien vice-président du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat.

« Les glaciers sont des livres d’histoire, image Jérôme Chappellaz, chercheur CNRS au Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement. En déchiffrant leur alphabet, on peut reconstituer le passé de notre planète. » Au fur et à mesure qu’elle se dépose, année après année, la neige ensevelit en effet avec elle de multiples informations sur le climat, l’environnement ou les pollutions ambiantes. Plus l’on creuse profond et plus l’on remonte dans le temps. Les presque 130 mètres des échantillons remontés du col du Dôme vont ainsi permettre d’explorer une période d’un siècle et demi.

Les scientifiques ont appris à faire parler ces archives. En particulier, la température qui prévalait au moment où sont tombés les cristaux de neige se déduit de la proportion des différentes formes (isotopes) de l’oxygène et de l’hydrogène des molécules d’eau qui les composent. En se tassant, les grains de neige emprisonnent aussi des bulles d’air, dont on peut mesurer a posteriori la composition gazeuse. C’est cette méthode qui a permis d’établir une corrélation entre la température planétaire et la concentration atmosphérique de gaz à effet de serre.

Ce n’est pas tout. La neige retient aussi des impuretés, poussières, particules ou aérosols, qui sont autant de témoins des activités humaines. De précédents carottages au col du Dôme ont mis en évidence la présence de divers polluants – oxydes de soufre, oxydes d’azote ou métaux lourds – attestant du développement industriel des vallées alpines au XXe siècle.

On trouve encore, couchés sur ces froids registres, des organismes biologiques, virus et bactéries. Ou encore des radioéléments. « Dans un carottage effectué en 1994, relate Jérôme Chappellaz, on voit, à 30 centimètres de profondeur, un pic très net de césium 137, trace du passage du nuage radioactif de Tchernobyl en avril 1986. »

Archéologie préventive

Gardiens immémoriaux de notre histoire, les glaciers reculent pourtant presque partout sur le globe, devant les coups de boutoir du réchauffement. Avant la fin du siècle, tous les domaines englacés situés en dessous de 3 500 mètres, dans les Alpes, et de 5 400 mètres, dans les Andes, auront probablement disparu. Sans même attendre cette débâcle, s’inquiète le chercheur, « la hausse des températures va entraîner, dans les toutes prochaines années, une percolation de l’eau de fonte à l’intérieur des glaciers, qui va les altérer irrémédiablement ».

Des pages uniques de notre histoire commune vont ainsi s’effacer à tout jamais. Ce qui donne tout son sens au projet de conservatoire antarctique. Ce programme, porté par la Fondation Université Grenoble-Alpes, n’en est cependant qu’à ses prémices. Il lui faut, d’abord, boucler le budget de 3 millions d’euros nécessaire à ses cinq premières années de fonctionnement, avec le concours de mécènes et le lancement, à l’automne, d’une campagne de financement participatif. Il lui faut, ensuite, mettre en place une gouvernance mondiale du futur sanctuaire polaire.

Comment, dans les temps à venir, les chercheurs exploiteront-ils les échantillons glaciaires sauvés du désastre ? Quelles « trouvailles scientifiques totalement inédites », ainsi que l’escompte Jean Jouzel, feront-ils alors, en utilisant des technologies probablement plus avancées ? « Nul ne le peut le dire aujourd’hui », répond Jérôme Chappellaz.

C’est aussi ce qui fait la beauté de ce projet. Une beauté glaçante en vérité, qui voit les scientifiques contemporains contraints, pour conjurer l’oubli, à une forme d’archéologie préventive. Peut-être nos descendants s’émerveilleront-ils du génie des scientifiques qui, au début du XXIe siècle, eurent l’idée de confier à la calotte antarctique la mémoire de leur civilisation. Sans doute songeront-ils aussi, avec effarement, à la folie destructrice de leurs ancêtres, incapables de préserver une planète tempérée où l’on pouvait encore croire les neiges éternelles.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 11:04

Une étude menée au Royaume-Uni sur dix-huit ans illustre de façon incontestable la relation entre pesticides et déclin des butineurs sauvages.

Par Martine Valo pour Le Monde le 18 août 2016.

Les insecticides de la famille des néonicotinoïdes, les plus efficaces jamais synthétisés, tuent massivement abeilles et bourdons. Il n’y a plus désormais que les firmes agro-chimiques pour le nier. Ou du moins pour sous-estimer le rôle de ces pesticides dans le déclin catastrophique des colonies d’insectes butineurs. Ces sociétés préfèrent le réduire à un facteur pathogène parmi d’autres : virus, monocultures réduisant et fragmentant leurs habitats, champignons, invasion de frelons, réchauffement climatique...

Il semble, au contraire, que les néonicotinoïdes multiplient par trois cette mortalité́ accélérée. C’est ce que défend une étude britannique publiée mardi 16 août par la revue Nature Communications et signée par sept chercheurs du centre pour l’écologie et l’hydrologie de Wallingford et de Fera Science Limited, un centre de recherche semi-privé sur l’environnement et l’alimentation sis à York (nord de l’Angleterre).

Voilà des années que les apiculteurs alertent sur l’impact des néonicotinoïdes, qu’ils lient à l’effondrement du nombre de leurs colonies d’abeilles, depuis que l’usage de ces produits chimiques s’est généralisé́ dans les campagnes occidentales, à partir de 1995.

De précédentes études scientifiques ont évalué́ leurs effets sub-létaux et neurotoxiques sur les abeilles domestiques, en particulier. Elles ont montré notamment que celles-ci perdent leur sens de l’orientation, ou que les bourdons donnent naissance à 80 % de femelles en moins...

Des preuves solides

Mais tous ces travaux n'ont pas apporté de « preuves solides » de l'impact de ces pesticides sur la disparition des espèces sauvages dans la nature, avancent les auteurs de la présente étude. À défaut d'établir un lien irréfutable de cause à effet, ces derniers estiment qu’ils illustrent cette fois de façon incontestable la relation entre produits chimiques et déclin des insectes en ayant croisé dix-huit années de données nationales, portant sur 62 des 250 espèces sauvages d’Angleterre, avec leur exposition aux champs de colza traités aux néonicotinoïdes. Cette échelle de temps paraît pertinente, écrivent-ils, pour observer les évolutions des populations d’insectes et, en parallèle, « les répercussions des changements historiques dans la gestion de l’agriculture ».

Les chercheurs ont eu recours aux relevés rigoureusement effectués au Royaume-Uni par des entomologistes volontaires, amateurs ou non, de la société́ nationale Bees, Wasps and Ants Recording, de 1994 à 2011. Ils en ont écarté́ les abeilles domestiques, car les apiculteurs les déplacent parfois en fonction des floraisons. Ils ont retenu les insectes sauvages repérés au moins cinq cents fois sur des parcelles d’un kilomètre carré ayant fait l’objet d’au moins deux recensements complets en dix-huit ans. Soit au final, une collection de 31 800 inventaires.

Quant au colza, il a été choisi pour sa progression fulgurante. Cet oléagineux est désormais la principale culture traitée aux néonicotinoïdes et couvre ainsi 8,2 millions d’hectares en Europe.

L’année 2002 sert enfin de référence : c’est celle où s’est répandue outre-Manche cette famille de pesticides qui a pour caractéristique d’enrober la semence, puis de persister dans toute la plante, fleurs y compris, et dans les sols. Les chercheurs ont comparé́ les courbes d’abondance que chaque espèce d’abeilles aurait dû suivre si ses effectifs avaient poursuivi la tendance dessinée avant 2002, avec les trajectoires réelles ultérieures.

Un déclin accéléré

Leurs modèles en ont déduit que, dans un premier temps, le colza fournit aux abeilles de quoi butiner, mais ce bienfait ne compense pas la toxicité́ des pesticides. Au contraire. « Nous estimons que, depuis 2002, l’usage de néonicotinoïdes est à lui seul responsable d’une perte supérieure à 20 % pour cinq espèces [Halicte tumulorum, Lasioglossum fulvicorne, L. malachurum, L. pauxillum et Osmia spinulosa] », affirment les auteurs. La même cause suscite un déclin de 10 % chez vingt-quatre espèces, de plus de 15 % pour onze autres, voire de 30 % chez les plus touchées.

Au total, les espèces sauvages friandes de colza traité aux néonicotinoïdes déclinent trois fois plus que les autres, observent-ils. Cependant, les non-butineuses ne sont pas non plus épargnées et semblent contaminées par d’autres fleurs ayant poussé́ à proximité́ de ces oléagineux.

Après bien des atermoiements, l’Union européenne a accepté́, en 2013, d’interdire sur son territoire trois insecticides néonicotinoïdes sur certaines cultures. Officiellement décidé pour deux ans, le moratoire est encore en vigueur aujourd’hui.

En France, la nouvelle loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, adoptée le 20 juillet, prévoit de tous les bannir au 1er septembre 2018 sur l’ensemble des terres agricoles… mais avec de possibles dérogations jusqu’en 2020.

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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 14:59

Par Pierre Le Hir (Bure (Meuse), envoyé spécial pour Le Monde, 15 août 2016

« Et la forêt, elle est à qui ? Elle est à nous ! Andra, dégage ! » Dimanche 14 août en fin de matinée, le slogan claque dans le cortège qui s’avance, sous un soleil de plomb, vers une forêt dominant le petit village de Bure, aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne.

Il donne la nouvelle tonalité, plus radicale que pastorale, de la lutte contre le Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) que prévoit de construire ici l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) pour y enfouir les résidus nucléaires les plus dangereux.

Joignant le geste à la parole, environ 400 opposants – militants historiques de la région, agriculteurs, villageois mais aussi, en plus grand nombre, jeunes activistes pour beaucoup cagoulés et masqués – investissent un domaine forestier où, depuis plusieurs semaines, l’Andra mène des travaux de reconnaissance.

D’ordinaire, les gendarmes mobiles et les vigiles de l’agence quadrillent le terrain, empêchant toute intrusion et multipliant les contrôles d’identité. Aujourd’hui, ils ont choisi de se retirer pour éviter tout incident. Pas un seul uniforme en vue. La forêt est ouverte, seulement survolée par un hélicoptère.

« Sabotage collectif et joyeux »

Les manifestants en profitent. Plusieurs dizaines d’entre eux, munis de masses, de barres à mine, de béliers, de pioches et de cordes, abattent l’un après l’autre les pans d’une enceinte de béton avec lesquels l’agence a fortifié son chantier.

D’autres taguent la paroi où s’étalent des devises colorées. « Vos déchets on n’en veut pas », « ni ici ni ailleurs », « que revive la forêt communale », ou plus loin, en grosses lettres jaunes, « on défait le mur ! ». D’autres encore replantent des arbrisseaux sur les parcelles déboisées.

« Un monde sans mur » FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

« Ce sont les tombes de l’Andra », dit un jeune opposant qui se fait appeler Sylvestre et qui revendique « un acte de sabotage collectif et joyeux ». « La vraie violence, défend-il, c’est celle d’une agence qui colonise le territoire, défriche la forêt en toute illégalité et construit un mur de la honte. »

De fait, la fronde contre la « poubelle nucléaire de Bure », longtemps limitée aux associations locales et aux réseaux antinucléaires, a changé de visage et de méthodes, depuis que l’Andra a entrepris des travaux dans ce massif de 220 hectares, dit bois Lejuc, sur la commune de Mandres-en-Barrois (Meuse).

Il se trouve en effet à l’aplomb du futur site de stockage, conçu pour confiner à 500 mètres sous terre, dans 300 kilomètres de galeries, 80 000 mètres cubes de déchets hautement radioactifs et à vie longue, pour un coût prévisionnel de 25 milliards d’euros.

 

Un cimetière radioactif à 500 mètres sous terre. Andra

Ces travaux, indique l’Andra, consistent en « une campagne de reconnaissance géotechnique destinée à recueillir les données nécessaires aux études de conception du projet Cigéo ». En clair, des forages et des relevés de terrain qui lui permettront de présenter, en 2018, une demande d’autorisation de création du centre de stockage, pour un démarrage du chantier de construction en 2021 et une mise en service en 2025.

Camp fortifié

Pour « sécuriser le site dont elle est propriétaire », l’agence a d’abord planté une double rangée de piquets et de barbelés. Cette clôture a été arrachée et cisaillée par des militants, qui en ont fait des barricades derrière lesquelles ils ont tenu la forêt pendant trois semaines, entre le 19 juin et le 7 juillet, avant d’être délogés par les gendarmes mobiles.

A la place, c’est un mur de béton de deux mètres de hauteur qui a été érigé, transformant le chantier en camp fortifié. Il doit s’étirer sur près de quatre kilomètres de long et sa pose, au milieu d’une large saignée, a entraîné, selon les opposants, le défrichement de sept hectares sur lesquels « des chênes centenaires ont été tronçonnés ».

« Nous n’avons jamais interdit à personne de se promener dans les bois qui nous appartiennent, d’y pique-niquer ou d’y cueillir des champignons, répond Jean-Paul Baillet, directeur du centre Meuse-Haute-Marne de l’agence. Mais nous devons protéger nos salariés, qui subissent des menaces, et nos matériels scientifiques, qui ont fait l’objet de dégradations. »

En poussant à l’intérieur de la forêt, on découvre en effet la carcasse calcinée d’un bâtiment préfabriqué de l’Andra qui a été incendié la veille, au milieu d’un stock de tubes de forage et de cloisons de béton prêtes à être posées.

Le bois Lejuc, ce bout de forêt perdu au milieu de nulle part, est ainsi devenu le foyer de la contestation anti-Cigéo et, plus largement, des luttes antinucléaires. Les opposants se défendent pourtant de vouloir créer ici une nouvelle « zone à défendre », à l’image de celles de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) ou de Sivens (Tarn).

De son côté, l’Andra dit vouloir avant tout « éviter la violence ». Mais la mobilisation, dont la journée du 14 août n’était qu’une étape, n’en semble pas moins partie pour durer. « Aujourd’hui, nous avons fait tomber les murs, se félicitait dimanche un jeune activiste. C’est aussi la chape de plomb de la fatalité et de la résignation qui s’est fissurée. Ce que nous vivons ici, c’est le renouveau du mouvement antinucléaire. »

Quatre cents manifestants se sont rassemblés près de Bure (Meuse), dimanche 14 août, pour s’opposer au projet de « poubelle nucléaire ». FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Guérilla militante et juridique

D’autant qu’à la guérilla militante les anti-Cigéo ajoutent la guérilla juridique, en conjuguant actions sur le terrain et dans les prétoires. Et ils ont remporté un premier succès. Le 1er août, le tribunal de grande instance de Bar-le-Duc, saisi par des associations et des habitants de Mandres-en-Barrois, a considéré que l’Andra avait procédé, pour installer son mur, à un défrichement « illicite ».

Il lui a ordonné de suspendre tout déboisement et de remettre les lieux en état – c’est-à-dire d’y replanter des arbres – dans un délai de six mois, sauf à obtenir de la préfecture l’autorisation de défrichement nécessaire. L’Andra reconnaît « une erreur d’appréciation » sur la réalité du déboisement, tout en annonçant qu’elle « n’exclut pas de reprendre les travaux de pose de la clôture dans les prochains jours ».

De mémoire d’opposant, c’est la première fois que le projet d’enfouissement des déchets radioactifs subit un revers devant un tribunal. « C’est une victoire historique, juge Régine Millarakis, militante de longue date contre le projet Cigéo et membre de la coordination Burestop. Elle nous redonne du courage pour continuer à nous battre face à un organisme public qui agit comme un rouleau compresseur. »

Directeur des opérations industrielles de l’Andra, Patrice Torres craint, lui, que toutes ces actions « ne fassent perdre du temps et de l’énergie pour un projet essentiel pour la nation et pour l’Etat ».

Dimanche, alors que la nuit tombait, les manifestants quittaient le bois Lejuc. Ils annonçaient avoir mis à bas l’enceinte de béton sur un kilomètre, soit la presque totalité de sa longueur. Une nacelle de vigie, installée à l’orée du bois, montait la garde.

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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 13:40

Une intéressante réflexion, toujours actuelle, extraite du livre THÉORIE ET PRATIQUE DU COLLECTIVISME OLIGARCHIQUE lu par Winston Smith dans « 1984 » :

« La guerre donc, si nous la jugeons sur le modèle des guerres antérieures, est une simple imposture. Elle ressemble aux batailles entre certains ruminants dont les cornes sont plantées à un angle tel qu’ils sont incapables de se blesser l’un l’autre. Mais, bien qu’irréelle, elle n’est pas sans signification. Elle dévore le surplus des produits de consommation et elle aide à préserver l’atmosphère mentale spéciale dont a besoin une société hiérarchisée.

Ainsi qu’on le verra, la guerre est une affaire purement intérieure. Anciennement, les groupes dirigeants de tous les pays, bien qu’il leur fût possible de reconnaître leur intérêt commun et, par conséquent, de limiter les dégâts de la guerre, luttaient réellement les uns contre les autres, et celui qui était victorieux pillait toujours le vaincu. De nos jours, ils ne luttent pas du tout les uns contre les autres. La guerre est engagée par chaque groupe dirigeant contre ses propres sujets et l’objet de la guerre n’est pas de faire ou d’empêcher des conquêtes de territoires, mais de maintenir intacte la structure de la société. »

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 11:33
Un rapport interministériel préconise le recours à l’amende pour l’usage de cannabis - ROBYN BECK / AFP

Un rapport interministériel préconise le recours à l’amende pour l’usage de cannabis - ROBYN BECK / AFP

Manuel Valls osera-t-il reprendre à son compte les conclusions du rapport sur « l’efficacité de la réponse pénale appliquée aux usagers de stupéfiants » qu’il avait lui-même commandé en juillet 2015 ? Réunis sous l’égide de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), des représentants des ministères de la justice, de l’intérieur, des finances et de la santé sont arrivés à la conclusion qu’il serait pertinent de faire évoluer la loi de 1970 réprimant – notamment – la consommation de cannabis.

Constatant l’inefficacité de la législation actuelle, ils se sont prononcés à l’unanimité en faveur de la suppression de la peine d’un an de prison pour simple usage de drogue et pour la mise en place d’une contravention de 5e classe pour usage de stupéfiant, avec une amende forfaitaire dont le montant pourrait être de l’ordre de 300 euros. Le groupe de travail a fait le choix de ne pas distinguer le cannabis -  90% des interpellations pour usage -, des autres stupéfiants, dans le but de ne pas le « banaliser ».

Le rapport, que Le Monde s’est procuré, est sur le bureau du premier ministre depuis le 30 octobre 2015. Depuis, rien n’a bougé. Comme si, à quelques mois de la fin du quinquennat, réformer – ou même simplement toiletter – la loi de 1970 sur les stupéfiants était politiquement trop risqué pour l’exécutif. Nulle part pourtant, le rapport du groupe de travail ne propose une quelconque légalisation ou dépénalisation du cannabis, des sujets beaucoup plus polémiques.

Interrogée par Le Monde, la chancellerie dit avoir « conscience du problème soulevé » par le rapport mais assure qu’« il n’y a pas de volonté de modifier la législation à court terme, sous pression médiatique ». Les préconisations des spécialistes devraient donc rester lettre morte d’ici à la fin du mandat de François Hollande.

« Effet dissuasif limité »

Le constat des experts des ministères est sévère. Si la loi prévoit en théorie une sanction d’un an de prison et 3 750 euros d’amende pour un usager de drogues, rares sont les consommateurs qui sont finalement condamnés à une telle peine au regard du nombre de délits relevés. En 2014, plus de 170 000 personnes ont été interpellées pour usage de stupéfiants, ce que les auteurs du rapport qualifient de « contentieux de masse ». Dans la plupart des cas, elles détenaient sur elles des quantités « modestes » de cannabis qui ne permettaient pas aux forces de l’ordre de les poursuivre pour « détention de stupéfiant », un délit plus grave, passible de dix ans de prison et 7 500 euros d’amende, qui concerne les personnes soupçonnées de trafic.

Sur les 100 000 faits d’usage ensuite traités par les tribunaux, les deux tiers ont fait l’objet d’alternatives aux poursuites (dont près de 41 000 rappels à la loi). Au final, seules 1 426 personnes ont été condamnées à de l’emprisonnement ferme. Et seules 150 personnes – récidivistes – purgent actuellement une peine d’emprisonnement pour la seule infraction d’usage de stupéfiants.

« Puisque les peines d’emprisonnement ferme sont rarement prononcées et encore plus rarement mises à exécution, l’effet dissuasif est limité », jugent les auteurs du rapport. « Un nombre important d’infractions constatées ne fait l’objet d’aucune procédure », constatent-ils également, estimant que cela contribue au « renforcement du sentiment d’impunité des usagers ».

De fait, l’usage du cannabis semble s’être banalisé en France. Près de 700 000 Français fument chaque jour des joints. En 2014, 11 % des Français âgés entre 18 et 64 ans ont consommé du cannabis au moins une fois dans les douze mois précédents, selon une étude de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes, aujourd’hui Santé publique France) parue en avril 2015. Face à ces mauvais chiffres, en hausse, Danièle Jourdain-Ménninger, la présidente de la Mildeca, expliquait en octobre 2015 étudier « plusieurs pistes pour déterminer ce qui serait le plus efficace pour faire baisser les consommations ».

Si la contraventionnalisation proposée permettrait une plus grande lisibilité de la réponse pénale aux yeux des consommateurs, elle permettrait également de dégager du temps aux policiers, gendarmes et magistrats submergés par le traitement de ces petits délits. Les forces de l’ordre consacreraient ainsi plus d’un million d’heures chaque année à traiter ces procédures pour usage de drogues et seraient même « contraintes », pour assurer ces tâches, « de se détourner fréquemment des missions et des secteurs initialement assignés », fait valoir le groupe de travail.

La mise en place d’une telle amende viendrait par ailleurs confirmer un mouvement de fond. En 2013, il y a déjà eu 21 159 condamnations à une peine d’amende pour usage de stupéfiants, un nombre multiplié par deux entre 2007 et 2012. « L’usage de stupéfiants est de plus en plus massivement traité par des peines d’amende », soulignait l’Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT) en 2015.

Frilosité de la gauche

Les auteurs du rapport laissent cependant au législateur le soin de fixer le nombre de fois à partir duquel le recours au timbre-amende ne serait plus possible, entraînant le retour à une procédure de droit commun. En cas de récidive, synonyme de « consommation problématique », il faudrait par exemple pouvoir orienter l’usager vers une structure de soin adaptée. Un seuil en termes de quantité de drogue détenue devrait également sans doute être défini. En dehors de ces deux points, et sous réserve que le montant de l’amende ne soit pas « prohibitif », car celle-ci risquerait de ne pas être acquittée, « une pré-étude d’impact de la faisabilité juridique d’une telle évolution révèle l’absence de difficulté majeure de mise en œuvre », font valoir les différents représentants des ministères.

Lors de l’examen de la loi santé en deuxième lecture à l’Assemblée nationale, le 27 novembre 2015, alors même que le rapport avait été rendu à Matignon un mois plus tôt, la ministre de la santé Marisol Touraine s’était opposée à une telle mesure, défendue par des élus de l’opposition, en expliquant que « le gouvernement souhait[ait] attendre les propositions de la Mildeca » pour se prononcer. Deux mois plus tôt, elle avait rejeté l’idée, estimant que la contraventionnalisation « serait un mauvais signal à adresser ».

Face à la frilosité de la gauche, la droite pourrait finalement reprendre à son compte une telle mesure. Alain Juppé a inscrit dans son programme son souhait d’infliger une amende « d’une centaine d’euros, payable sur-le-champ, avec information de la famille » aux consommateurs de cannabis. Nicolas Sarkozy, lui, avait déjà préconisé cette mesure en 2003, avant de faire marche arrière, critiquant sévèrement durant la campagne pour la présidentielle de 2012 François Rebsamen, le maire PS de Dijon alors pressenti pour le ministère de l’intérieur, lorsqu’il avait proposé une telle contraventionnalisation. A moins que la droite ne recule au dernier moment, comme le premier ministre Jean-Pierre Raffarin en 2004, déjà par peur du signal donné.

« C’est un débat inflammable qui peut être détourné de son objectif, à gauche comme à droite, estime Laurent Marcangeli, député LR de Corse-du-Sud et corapporteur en 2014 d’un comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques consacré à ce sujet. Certains ont le sentiment que contraventionnaliser, c’est descendre dans l’échelle de la peine, alors qu’en réalité, c’est garantir son effectivité. »

Des usagers interpellés, mais peu condamnés

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 10:53

Dans la nouvelle Préface qu'a écrit Aldous Huxley en 1946 pour la réédition de son livre Le meilleur des mondes, une réflexion toujours actuelle...

" (...) En admettant, donc, que nous soyons capables de tirer de Hiroshima une leçon équivalente de celle que nos ancêtres ont tirée de Magdebourg, nous pouvons envisager une période, non pas, certes, de paix, mais de guerre limitée, qui ne soit que partiellement ruineuse. Au cours de cette période, on peut admettre que l'énergie nucléaire sera attelée à des usages industriels. Le résultat, la chose est assez évidente, sera une série de changements économiques et sociaux plus rapides et plus complets que tout ce qui s'est vu à ce jour. Toutes les formes générales existantes de la vie humaine seront brisées, et il faudra improviser des formes nouvelles pour conformer à ce fait non humaIn qu'est l'énergIe atomique, Procuste en tenue moderne, le savant en recherches nucléaires préparera le lit sur lequel devra coucher l'humanité; et, si l'humanité n'y est pas adaptée ma foi, ce sera tant pis pour l'humanité. Il faudra procéder à quelques extensions et à quelques amputations - le même genre d'extensions et d'amputations qui ont lieu depuis le jour où la science appliquée s'est réellement mise à marcher à sa cadence propre; mais cette fois, elles seront considérablement plus rigoureuses que par le passé. Ces opérations, qui seront loin de se faire sans douleur, seront dirigées par les gouvernements totalitaires éminemment centralisés. C'est là une chose inévitable: car l'avenir immédiat a des chances de ressembler au passé immédiat, et dans le passé immédiat les changements technologiques rapides, s'effectuant dans une économie de production en masse et chez une population où la grande majorité des gens ne possède rien, ont toujours eu tendance à créer une confusion économique et sociale. Afin de réduire cette confusion, le pouvoir a été centralisé et la mainmise gouvernementale accrue. Il est probable que tous les gouvernements du monde seront plus ou moins totalitaires, même avant l'utilisation pratique de l'énergie atomique; qu'ils seront totalitaires pendant et après cette utilisation pratique, voilà qui parait à peu près certain. Seul un mouvement populaire à grande échelle en vue de la décentralisation et de l'aide individuelle peut arrêter la tendance actuelle à l'étatisme."

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 10:51

Par Aude Massiot le 8 août 2016 pour Libération.

Une manifestante, à Vancouver en 2014, contre les projets d’oléoduc transportant le pétrole extrait des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’aux côtes du Pacifique et de l’Atlantique. Photo Darryl Dyck. AP

Une manifestante, à Vancouver en 2014, contre les projets d’oléoduc transportant le pétrole extrait des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’aux côtes du Pacifique et de l’Atlantique. Photo Darryl Dyck. AP

Après quinze ans d’existence, le sommet altermondialiste quitte l’hémisphère sud. A l’affiche : le combat contre les énergies fossiles et la souveraineté des peuples autochtones.

Montréal accueille, à partir de ce mardi, le plus grand rassemblement altermondialiste annuel au monde. Pour la première fois depuis sa création en 2001, à Porto Alegre au Brésil, le Forum social mondial (FSM) se tient dans un pays du Nord, le Canada. Jusqu’à dimanche, plusieurs dizaines de milliers de militants altermondialistes, ainsi que - les organisateurs l’espèrent - des citoyens curieux, se retrouveront pour cette grande messe populaire du mouvement social. Dès ses débuts, le FSM s’est imposé comme un «anti-Davos», une alternative au Forum économique mondial, dans la station suisse où se rencontrent chaque hiver dans la station suisse patrons de grandes entreprises, chefs d’Etat et de gouvernement.

Fondés initialement en opposition à la création d’institutions internationales «pro-mondialisation» comme le Fonds monétaire international et l’Organisation mondiale du commerce, les forums sociaux mondiaux, en quinze ans d’existence, ont su porter sur la scène internationale de grandes revendications comme la lutte contre les inégalités, les droits humains, la justice fiscale. Seulement, depuis quelques années, le rassemblement d’associations, d’ONG, et de mouvements sociaux semble s’essouffler. Le FSM doit-il rester un espace de rencontres et de débats sur les grands enjeux économiques, sociaux et environnementaux de notre temps ? Ou bien s’imposer comme un rassemblement pour l’organisation d’actions concrètes internationales ? Ces nouvelles orientations feront, sans nul doute, l’objet de discussions dans les couloirs du forum, cette semaine. Selon Gustave Massiah, membre du conseil international du FSM, «une nouvelle étape de l’altermondialisme» se joue à Montréal. Pour cette édition, quelque 50 000 personnes sont attendues, loin de la centaine de milliers présente aux forums organisés à Porto Alegre, les premières années.

Une nouvelle génération de militants

L’organisation de l’événement pour la première fois dans un pays membre du G7 est à marquer d’une pierre blanche. «Le choix de cet emplacement est controversé, car c’est une ville qui reste difficile d’accès pour les participants vivant dans des pays du Sud, à cause des prix des billets d’avion, des visas et du logement, admet Claude Vaillancourt, président d’Attac Québec et impliqué dans l’organisation du forum. Il faut tout de même reconnaître que c’est dans les pays du Nord que sont prises les grandes décisions politiques et économiques.» L’organisation de l’événement dans une ville proche de la frontière des Etats-Unis et dans un pays où vient d’être élu un Premier ministre à la ligne libérale progressiste, Justin Trudeau, permettrait donc de faire porte-voix pour les revendications qui vont émerger cette semaine. «Etant organisé au Québec, le forum va aussi mettre en lumière les multiples mouvements sociaux nord-américains qui ont vu le jour depuis six ou sept ans, et qui demeurent inconnus du reste du monde», ajoute Christophe Aguiton, membre fondateur d’Attac et grand habitué des FSM. Cette nouvelle génération d’activistes, dont la plupart sont âgés de 20 à 30 ans, s’est illustrée, entre autre, dans les manifestations pro-Bernie Sanders, l’ex-candidat à la primaire démocrate américaine, porteur d’une «révolution politique» pour la présidentielle. Au Canada, et plus particulièrement au Québec, une jeune scène militante fourmille aussi depuis plusieurs années. Elle est apparue lors du «printemps érable» des grèves estudiantines historiques dites du «carré rouge», organisées en 2012 dans la province francophone, en opposition à l’augmentation des frais de scolarité universitaires. La mobilisation fut telle que les étudiants ont obtenu gain de cause. Pour Gustave Massiah, un des grands enjeux de cette édition du forum est justement «d’organiser la convergence entre les mouvements qui ont créé, il y a quinze ans, les forums sociaux, et cette nouvelle génération de militants qui émerge dans le monde depuis 2011». Deux générations qui partagent une même culture politique, mais pas les mêmes structures d’actions.

La désobéissance civile à l’honneur

Les organisateurs de l’édition 2016, pour la plupart membres de la société civile canadienne, affirment que l’accent sera mis sur la planification de mobilisations concrètes. «Nous avons créé des espaces pour passer de la réflexion à l’action, décrit Sarah Sultani, membre du collectif d’organisation du FSM au Québec. Vingt et une assemblées de convergence seront organisées, chaque jour, sur des thématiques que partagent des mouvements internationaux. A la fin, un calendrier sera établi.» Dans une volonté de prôner le pacifisme, élément essentiel de l’identité du Forum, la désobéissance civile sera mise à l’honneur, à l’image des actions menées en marge de la COP 21, à Paris, en décembre.

Le forum vise à aussi dépasser les clivages Nord-Sud pour orienter les mobilisations sur des thématiques sociales communes aux deux hémisphères, comme les ravages environnementaux causés par l’extraction des énergies fossiles ou le droit à l’autodétermination des peuples autochtones. Cette dernière question est une des grandes thématiques cdu FSM 2016, car elle est source de tensions politiques au Canada. De nombreux représentants de ces communautés seront présents à Montréal pour faire connaître leur lutte, alors que le gouvernement a annoncé, le 3 août, le lancement pour septembre de la très attendue enquête nationale sur les femmes et filles autochtones assassinées ou disparues. Ces minorités sont touchées par un très fort taux de suicide et subissent directement les conséquences environnementales de l’extraction de sables bitumineux, un des fers de lance de l’économie canadienne.

Des mobilisations sont justement prévues pour s’opposer au projet de construction du pipeline Energie Est par la compagnie TransCanada. Partant de la province de l’Alberta, il permettrait de transporter du pétrole à travers tout le pays, vers la côte Est et à destination de l’Europe. Les militants environnementaux canadiens craignent de lourdes pollutions sur le tracé du projet. La journaliste et activiste canadienne Naomi Klein viendra pour parler de la mobilisation citoyenne autour de la justice climatique. Le forum est aussi l’occasion de donner la parole aux acteurs sociaux d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud qui subissent la répression de gouvernements autoritaires, au Nicaragua, au Honduras, au Guatemala et au Pérou.

De nombreux visas refusés

Plusieurs ONG et associations françaises sont aussi présentes. Le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD)-Terre solidaire a même envoyé une délégation de 150 jeunes Français. Plusieurs jeunes militants de leurs pays partenaires en Afrique et en Asie devaient aussi venir, mais beaucoup se sont vu refuser leur visa. «Sur 24 invités, 10 n’ont pas obtenu leur visa. Comme la procédure de demande est très longue, ils n’ont pas eu le temps d’en refaire une et ne peuvent pas venir à Montréal, regrette Nicola Bullard, responsable du service Asie à CCFD-Terre solidaire. Le principal motif de refus donné est le manque d’éléments prouvant que nos partenaires reviendraient dans leur pays après le forum. C’est aberrant.»

L’ONG française n’est pas la seule touchée par ce problème : plus de 200 conférenciers ou invités étrangers n’ont pas obtenu d’autorisation d’entrée au Canada, comme la militante altermondialiste malienne Aminata Traoré, le président du syndicat palestinien des postiers Imad Temiza ou encore Rogerio Batista, du syndicat brésilien CUT. Les organisateurs du FSM ont pourtant créé «une structure pour faciliter l’attribution de visas, en collaboration avec les institutions gouvernementales», affirme Sarah Sultani. Pour pallier ces problèmes administratifs, un forum «hors les murs» sur Internet est mis en place, où seront visibles certains ateliers et conférences, et où des échanges par Skype seront organisés. Un coup dur porté à l’image du Canada comme traditionnel pays d’accueil. Des organisations participantes d’Afrique de l’Ouest ont déjà demandé le retour du FSM dans un pays du Sud.

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