Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Bienvenu.e

  • : Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • : Culture, information, réflexion de l'écologie politique par les militants et les élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas, du Pré Saint-Gervais, d'Est Ensemble
  • Contact

Recherche

Nous contacter ...

S'abonner à la Lettre d'information ...

C'est dans la colonne de droite tout en bas...

23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 09:01

Il est devenu vital de repenser, en les limitant drastiquement, les besoins de mobilité que génère notre société. Entretien avec Philippe Bihouix, auteur de Quel futur pour les métaux ? (2010) et de L’Âge des low tech (2015), suivi de La face cachée de la voiture électrique, par Olivier Chartrain pour l’Humanité le 12 octobre 2018. Lire aussi Basculer les charges sociales vers une fiscalité écologique.

Une femme conduit une voiture électrique 2 places à Rome. Reuters/Max Rossi

Une femme conduit une voiture électrique 2 places à Rome. Reuters/Max Rossi

La voiture électrique est-elle vraiment moins polluante que la voiture thermique ?

Philippe Bihouix Tout dépend de ce dont on parle. Une voiture électrique puissante et qui pèse deux tonnes est moins écologique qu’une toute petite voiture thermique. Il faut aussi parler des infrastructures de recharge et de comment on produit l’électricité nécessaire. Mais on ne sort pas du paradigme de la giga-consommation. Au contraire, on ajoute à l’extractivisme pétrolier et gazier un extractivisme minier pour se procurer les métaux nécessaires à ces voitures. Une automobile, même électrique, ne peut pas être « propre », « zéro carbone ». Même avec le recyclage il se produit une déperdition importante. Il y aura toujours un impact. La voiture électrique peut avoir un intérêt de niche, d’ordre sanitaire, pour des zones urbaines polluées aux particules par exemple – sauf que ce sont des zones où on devrait pouvoir se passer de voiture !

Il faut faire quoi ? Mettre tout le monde à vélo ?

Philippe Bihouix Une civilisation durable ne peut pas être une civilisation de la voiture. Au niveau mondial, c’est insoutenable – mais il est difficile d’en sortir. Il faut utiliser la réglementation pour aller vers des objets de plus en plus légers, qui consomment de moins en moins : un « pot de yaourt », qui ne dépassera pas 70 km/h mais remplira la plupart des fonctions actuelles de la voiture. De toute façon la solution n’est pas technique. Connaissez-vous ce qu’on appelle « l’effet rebond » ? L’histoire montre que, à chaque progrès technique, son efficacité supérieure entraîne une hausse des besoins qui annule les gains attendus. Prenons l’exemple du covoiturage : dans une voiture avec trois personnes, il y a peut-être quelqu’un qui aurait pu prendre le train, quelqu’un qui ne se serait pas déplacé sans le faible coût du covoiturage, et le conducteur – peut-être un étudiant qui, du fait de la baisse du coût du voyage qu’il obtient en covoiturant, rentre plus souvent voir ses parents. Au final, le gain écologique est nul.

Alors faut-il repenser complètement nos besoins de mobilité ?

Philippe Bihouix Il ne peut pas exister de civilisation durable si on a des dizaines de millions de personnes et de marchandises qui font des millions de kilomètres par an. L’enjeu porte bien au-delà de l’objet automobile individuel : on parle d’aménagement du territoire, de décentralisation, d’un changement culturel aussi… Il faut arrêter la course universelle à la productivité qui pousse à mettre tout au même endroit. Des exemples ? Le passage de 22 à 12 régions en France génère des déplacements ; la fermeture d’une maternité, d’un hôpital de proximité, également ; le Grand Paris et les métropoles, même chose. Il faut arrêter de pousser les gens à vivre de plus en plus loin de leur lieu de travail, redynamiser les villes moyennes, qui sont une échelle où les besoins de transports sont limités mais où une vie sociale reste possible. Au lieu de donner des milliards de subventions pour mettre sur la route des SUV électriques, il faudrait utiliser cet argent pour développer les recycleries, les politiques « zéro déchet », la durabilité et la réparabilité des objets.

----------------------------------

La face cachée de la voiture électrique

Ce type de véhicule est présenté comme la solution face à la pollution et au réchauffement climatique. Pas si simple. De plus en plus de voix soulignent les limites d’un tel choix.

« Une civilisation durable ne peut pas être une civilisation de la voiture »

Carlos Tavares, le PDG de PSA (Citroën, DS, Opel, Peugeot), dans le rôle du lanceur d’alerte ? On a un peu de mal à y croire. C’est pourtant bien lui qui a mis les pieds dans le plat concernant la voiture électrique, dès septembre 2017, au Salon de Francfort : « Quelles solutions pour la fabrication des batteries, le recyclage des batteries, l’exploitation, mais également l’approvisionnement des terres rares, la nature de la production d’électricité… » a-t-il demandé. La déclaration a fait grand bruit dans le cercle restreint des constructeurs. D’aucuns se sont empressés de la mettre sur le compte d’un patron – qui annonce pourtant 80 % de ses gammes « électrifiées » d’ici à 2022 – largué par la concurrence et pris de panique en constatant qu’il a raté le tournant de l’électromobilité.

Pas si simple. Sous le feu des annonces successives – restrictions de circulation, fin de commercialisation des véhicules thermiques en 2040 – on pourrait croire que la voiture électrique (VE) est LA réponse à la nécessité, devenue impérieuse, de réduire la pollution et, surtout, les émissions de gaz à effet de serre (GES). Rappelons que l’Union européenne vient de se fixer l’objectif, critiqué pour son manque d’ambition, de réduire ceux-ci de 30 % d’ici à 2030.

Une chose est sûre : contre la pollution atmosphérique, l’électrique, c’est fantastique. En roulant, une VE ne produit aucun des polluants que recrachent les moteurs thermiques : oxydes d’azote, monoxyde de carbone, particules fines, qui sont responsables de 48 000 morts par an en France. Autant dire que si, comme certaines projections le prédisent, les VE constituent 50 % des immatriculations d’ici à 2050 (contre 1 % aujourd’hui), on respirera bien mieux dans nos villes. Sans compter la réduction des nuisances sonores, puisque le moteur électrique est quasi muet. Bémol : selon Airparif, l’usure des pneus, des freins et de la route produit 41 % des particules fines à Paris. La voiture électrique ne les fera donc pas disparaître.

Chaque kWh de batterie génère 150 à 200 kg de CO2

En revanche, quand bien même le transport routier pèse 16 % des émissions de GES au niveau mondial, croire ou laisser croire que l’électrification du parc automobile va nous aider à réduire nos émissions aux niveaux souhaités, ce serait alimenter une dangereuse illusion. Pour le comprendre, il faut prendre en compte l’ensemble du cycle de vie de la voiture. Là, ça se gâte. Les moteurs, les batteries et l’arsenal électronique indispensable à leur fonctionnement : tout cela est bourré de métaux et terres rares. Des substances aux noms exotiques – samarium, néodyme, tantale, antimoine, germanium… – qu’on ne trouve qu’en très petite quantité dans l’écorce terrestre. Sans leurs propriétés, pas de « nouvelles technologies » : autant dire que leur consommation a explosé depuis trente ans. On creuse la terre en Chine, en RDC, en Indonésie ou au Chili pour les trouver. Extraction, raffinage, transformation, acheminement : des étapes d’autant plus émettrices de GES qu’elles se déroulent loin de nos yeux, dans des pays peu regardants sur les conséquences sociales et environnementales parce que leur développement est à ce prix. Résultat : selon la Fondation Nicolas-Hulot, chaque kWh de batterie génère 150 à 200 kg de CO2 au stade de sa fabrication. Une petite Renault Zoe a des batteries de 41 kWh, une grosse Tesla américaine affiche 98 kWh : faites le calcul…

Et il n’y a pas que les GES. Ces industries génèrent des pollutions chimiques et radioactives extrêmement graves. Dans son livre la Guerre des métaux rares (2018), le journaliste Guillaume Pitron raconte le cauchemar de la région de Baotou, en Mongolie-Intérieure (Chine). Dans ce qui est devenu le premier centre mondial de production de métaux rares, on trouve un immense lac-dépotoir où les usines déversent eaux contaminées et boues radioactives pour le malheur des populations environnantes : cancers et malformations abondent. Une donnée qui doit tempérer le bon bilan de l’électrique : la voiture à batteries ne pollue pas… chez nous. Sa pollution a été délocalisée avec la production de ses composants essentiels.

Mais une VE doit aussi être rechargée. Son bilan carbone est donc dépendant du mode de production de l’électricité qu’elle utilise. En France, grâce à son parc nucléaire, on compte 80 g de CO2 par kWh. En Allemagne, où les centrales à charbon abondent encore, on bondit à 455 g CO2/kWh. Et en Chine, on atteint 756 g CO2/kWh ! Autant dire que quand ce dernier pays annonce sa volonté d’un parc automobile électrifié à 100 % (sans toutefois fixer d’échéance), ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour le climat. Ni pour nos économies, puisque cette démarche vise aussi – et peut-être surtout – à s’appuyer sur son gigantesque marché intérieur et sur les économies d’échelle qu’il engendre pour devenir le n° 1 mondial de l’électromobilité, des mines de terres rares (Pékin produit déjà 95 % de ces dernières) jusqu’aux usines qui les transforment en batteries et moteurs électriques… et peut-être même jusqu’aux voitures qui les intègrent.

En attendant cette échéance, pour qu’une électrique, sur l’ensemble de son cycle de vie, amortisse les GES émis lors de sa fabrication et émette réellement moins de CO2 qu’une thermique, il faut qu’elle roule. Beaucoup : une Zoe (ou équivalent) et ses 300 kg de batteries doit parcourir 50 000 km… en France. En Allemagne, ce sera 100 000 km. Des chiffres à doubler pour une Tesla et ses 600 kg de batteries. D’autant que son autonomie limitée (300 km au mieux aujourd’hui, 500 km demain avec des batteries plus lourdes et plus chères) n’incite pas à effectuer de longs kilométrages. Autre facteur limitant : la durée de vie des batteries. Estimée à dix ans, elle est plutôt moindre en réalité puisqu’on considère qu’elle est bonne pour le recyclage dès qu’elle perd 20 % de sa puissance maximale. Et s’il faut la changer, le bilan carbone – et le coût ! – s’alourdissent d’autant…

Si le tableau n’est pas tout noir, la voiture électrique n’a en tout cas rien de la panacée pour laquelle on essaie souvent de nous la vendre – dans tous les sens du terme. D’autant que sa complémentarité avec les énergies renouvelables ne doit pas faire oublier que celles-ci ne le sont pas vraiment, puisqu’elles dépendent, elles aussi, des si précieux métaux et terres rares – qui ne sont pas renouvelables du tout. Mais si des déplacements « propres » ne sont pas possibles, alors ce sont les besoins en mobilité qu’il faut réduire. Et changer un mode de développement qui, mondialisation des échanges et délocalisations en tête, fabrique des millions de kilomètres de déplacements inutilement coûteux et polluants.

Partager cet article
Repost0
22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 11:25

« Nous voulons que la gratuité soit la condition pour repenser le contenu social, écologique, démocratique du service public dans le but d’en finir avec le capitalisme et son monde. » Ci-dessous l’appel lancé à l’initiative de l’Observatoire international pour la gratuité (OIG) le 1er octobre 2018, qui rassemble plusieurs dizaines d’acteurs du mouvement social, de chercheurs de différents champs universitaires, de dirigeants et militants politiques, syndicaux et associatifs de la gauche alternative et de l’écologie antilibérale. Dans la perspective des élections municipales, une célébration des communs et du service public à laquelle nous souscrivons totalement. Lire aussi Jouir des biens communs sans posséder.

Vers une civilisation de la gratuité

Le vieux monde s’achève et ne peut prolonger artificiellement son existence qu’en sacrifiant le climat, les écosystèmes, les communs et plus d’un milliard d’êtres humains. Ce vieux monde crève de la marchandisation systématique de tout ce qui peut l’être. Il ne s’agit pas seulement d’un changement de politiques ni même de société mais de civilisation. Un autre monde existe déjà autour des expériences de gratuité qui se développent mondialement.

Nous parlons bien sûr d’une gratuité construite, économiquement construite, mais aussi socialement, écologiquement, anthropologiquement et bien sûr politiquement construite. Le livre-manifeste « gratuité vs capitalisme » (Paul Ariès, Larousse) de l’Observatoire international de la gratuité (1) rend compte de toutes les formes de gratuité existantes et à développer dans une perspective d’égalité sociale, de préservation du climat et des écosystèmes et de démocratie réelle. Comme nous y invitait le poète Rimbaud, il y a urgence à redevenir des voyants et à prendre conscience que des milliers d’ilots de la gratuité peuvent devenir demain des archipels et après-demain de véritables continents. Nous, toutes et tous, amoureux et amoureuses de la gratuité de l’eau et de l’énergie élémentaires, des transports en commun urbain et des TER, de la restauration scolaire, des services culturels et funéraires, etc., nous clamons que l’heure est venue d’en finir avec une gratuité d’accompagnement du système, la gratuité pour les seuls naufragés, une gratuité qui ne va jamais sans condescendance ni flicage, pour passer à une véritable gratuité d’émancipation qui commence non seulement à démarchandiser, à démonétariser, mais aussi à sortir d’une conception individualiste des besoins. La gratuité est un chemin qui conduit à une société des usagers davantage maîtres de leurs usages.

Nous voulons la gratuité du bon usage face au renchérissement du mésusage. Pourquoi payer son eau le même prix pour faire son ménage et pour remplir sa piscine privée ? Ce qui vaut pour l'eau vaut aussi pour l'ensemble des communs.  

Nous voulons que la gratuité soit la condition pour repenser le contenu social, écologique, démocratique du service public dans le but d’en finir avec le capitalisme et son monde.

Au moment où les débats fleurissent à propos des prochaines élections municipales, nous vous invitons à faire de la défense et de la promotion de la sphère de la gratuité un enjeu essentiel des prochains scrutins, nous appelons toutes les personnes de bonne volonté à partager les fruits des mille et une formes de gratuité et à coopérer pour faire pousser cette belle idée.

Signer l'appel : http://appelgratuite.canalblog.com

(1)   L’Observatoire international pour la gratuité (OIG) lance une mobilisation continue avec trois premiers rendez-vous : septembre 2018, la publication du livre-manifeste « Gratuité vs capitalisme » signé par Paul Ariès au nom de l’OIG, véritable état des lieux de toutes les formes de gratuité existantes et à venir ; le 1er octobre, lancement d’un appel en faveur de la gratuité comme nouveau chemin et projet de civilisation, déjà signé par la gauche de gauche et l’écologie antilibérale ; le 5 janvier 2019, l’organisation à Lyon d’un forum national de la gratuité.

Les premiers signataires de l’appel :

Paul Ariès (Observatoire International de la gratuité, OIG, rédacteur en chef de la revue Les Zindigné.e.s), Gabriel Amard (co-président d'une association nationale de soutien à la gestion citoyenne et publique de l'Eau, orateur national de la France insoumise), Ian Brossat (chef de file du PCF aux élections européennes, maire adjoint de Paris), Danielle Simonnet (coordinatrice du PG, conseillère municipal de Paris), Clémentine Autain (députée FI, Ensemble !), Jean Ziegler (ancien rapporteur spécial auprès de l'ONU sur la question du droit à l'alimentation, vice-président du Conseil des droits de l'homme de l'ONU), Pierre Zarka (Observatoire des Mouvements sociaux, OMOS, ACU/Ensemble !), Olivier Besancenot (dirigeant national du NPA), Pierre Laurent (secrétaire national du PCF), Marjolaine Rauze (maire PCF de Morsang-sur-Orge, conseillère départementale de l’Essonne), Emilie Hache, Marc Dufumier (agronome), Jean-Marie Harribey (économiste), Eric Coquerel (coordinateur du PG, député FI), Nathalie Perrin-Gilbert  (maire du 1er arrondissement de Lyon, conseillère municipale et métropolitaine de Lyon), Jean-Michel Drevon, (Institut de recherche de la FSU), Alain Coulombel (secrétaire national adjoint EELV), Thomas Coutrot (économiste, ATTAC-France), Laurence de Cock (historienne), André Chassaigne (député PCF, président du groupe GDR à l'Assemblée nationale), Alain Bruneel (député PCF du Nord),  Christophe Aguiton (sociologue, militant syndical et politique), Agnès Sinaï (président de l’institut Momentum), Aurélie Trouvé (économiste et ingénieure, ATTAC-France), Francine Bavey (Coopérative Ecologie sociale), Myriam Martin (Ensemble !, conseillère régionale FI d’Occitanie), Viktor Dedaj (administrateur du site Le Grand Soir), Magali Giovannangeli (présidente de la communauté d'agglomération d'Aubagne de 2011  à 2014),  Pierre Khalfa (Fondation Copernic), Willy Pelletier (Fondation Copernic), Julien Bayou (conseiller régional EELV île-de-France), Maud Assila (secrétaire national du PG), Claudio Calfuquir, Laurence Pache (PG),  Sarah Legrain (secrétaire nationale du PG), Emilie Marche (conseillère régionale RCES, PG-FI), Jean-Christophe Sellin (secrétaire national du PG et membre du conseil régional d’Occitanie), Benoît Schneckenburger (Philosophe, FI), Mounia Benaili (PG), Corinne Morel-Darleux (Secrétaire national du PG et Conseillère régionale), Leila Chaibi (oratrice nationale de la FI, Co-fondatrice des collectifs jeudi noir et Génération précaire), Julien Poix (PG), Sophie Rauszer (PG), Theophile Malo (PG), Marie Laure Darrigade (PG), Hélène Le Cacheux (PG), Fabienne Grebert (élue régionale RCES), Andréa Kotarac (conseiller régional FI), Patrick Le Moal (Fondation Copernic), Noël Mamère (ancien député EELV), Patrick Farbiaz (Coopérative Ecologie sociale), Jean-Francois Pellissier (co porte-parole d’ Ensemble !), Vincent Buard  (Ensemble ! français de l’étranger), Serge Latouche (professeur émérite d’économie politique, courant de la décroissance), Germain Sarhy (village Emmaüs Lescar-Pau), Philippe Boursier (Fondation Copernic), Christine Poupin (porte-parole du NPA), Denis Vichérat (co-président de la maison d’édition Utopia) , Marc Humbert (professeur émérite d’économie politique, vice-président de l’association des amis des convivialistes),  Pierre-François Grond, Sophie Wahnich (historienne), Jean Gadrey (économiste, ATTAC), Gustave Massiah (économiste, altermondialiste), Roger Martelli (historien, directeur de la revue Regards), Fabrice Flipo (philosophe), Alain Véronèse, Jean-Louis Sagot-Duvauroux (homme de théâtre, penseur de la gratuité), Jacques Testart, Christian Vélot, Florent Bussy (philosophe et rédacteur les Zindigné.e. s/OIG), Thierry Brugvin (OIG, courant antiproductiviste), Bernard Gensane (administrateur du site Le Grand Soir), Maxime Vivas (administrateur du site Le Grand Soir), René Ollier et Catherine Marc (collectif "Rouen Métropole transports gratuits"),  Corinne Iehl (conseillère du 7° arrondissement e Lyon et conseillère métropolitaine, Ensemble !), Laurence Boffet (conseillère du 1° arrondissement de Lyon, Ensemble !), Anne Charmasson-Creus (présidente du collectif Services Publics de la Croix-Rousse, Lyon), Gilbert Dumas (responsable syndical retraités, Lyon), Armand Creus (Ensemble ! 69), Alain Touleron (Ensemble ! 69). Yvon Quiniou (philosophe), Raymond Zaharia (ATTAC, réseau Semences paysannes),  Isabelle Granjon (conseillère municipale et conseillère du 1er arrondissement de Lyon), Elliott Aubin (adjoint à la maire du 1er arrondissement de Lyon), Laurence Boffet (Conseillère du 1er arrondissement de Lyon), François Geze, Geneviève Azam (économiste, ATTAC), Christine Bergé, Jean-Luc Flavenot (assistant de conservation aux Archives Départementales du Rhône, élu CGT des personnels du département du Rhône, membre du PCF), Gilbert Rist, Didier Harpagès, Brigitte Giry (EELV), Sandrine Larizza (militante CGT, membre de la coopération intégrale du lyonnais), Tony Ferri, Laurence Lyonnais, Laurent Paillard (philosophe, rédacteur les Zindigné.e.s), Yann Fiévet (socio-économiste, rédacteur les Zindigné.e. s), Michel Husson (économiste), Lauro Silvio (adhérent à l'April pour la liberté de l'informatique, de l'information pour la coopération), Sylvie Larue (ACU/Ensemble !), Makam Rafatdjou (ACU/Ensemble !), Pierre Goldberg (ACU/Ensemble !), Catherine Bottin-Destrom (ACU/Ensemble !), Pierre Cours-Salies (ACU/Ensemble !), Luc Quinton (ACU/Ensemble !), Christiane de Dryuer (ACU/Ensemble !), Patrick Daré (ACU/Ensemble !), Michel Mourereau (Observatoire des mouvements sociaux, OMOS),  Bénédicte Goussault (OMOS), Benoit Borrits (OMOS), Daniel Vergnaud (OMOS), Josiane Zarka (OMOS), Laure Pascarel (co-présidente de la maison d’édition Utopia), David Flacher (porte parole du mouvement Utopia), Jean-Pierre Hardy (membre d’Utopia, conseiller municipal d’Auzeville (31)), Franck Pupunat (co-animateur du mouvement Utopia), Jean-Luc Pasquinet (Objecteur de croissance), Enzo Traverso, Cyril Cineux (adjoint PCF au maire de Clermont-Ferrand en charge des transports), Martin Rieussec Fournier (cofondateur LJH et Generations Cobayes), Gilles Lemaire, Jean-Pierre Hardy (Conseiller municipal), Gérard Leras (ancien vice-président de la région Rhône-Alpes, vice- président d'AGTER), Pascal Franchet (président du CADTM France), Bruno Della Sudda  (militant altermondialiste et autogestionnaire, membre d'Ensemble!-Nice), Pascal Boissel (psychiatre, Union syndicale de la psychiatrie),   Catherine Samary (économiste, membre du Conseil scientifique d'Attac), Jérémie Nestel (fondateur de Libreacces), Patrice Grevet (économiste, professeur honoraire à l'université Lille 1), Josef Zisyadis (ancien député national suisse, président de Slow food Suisse), Catherine Gonnet (OIG), Luc et Christian Terras (revue Golias), Simon Lecomte (OIG), Charlotte Belge (OIG), Michel Guibert (OIG), Maurice Levy (OIG), Camille Lecomte (OIG), Christian Sunt (objecteur de croissance, Décroissance Occitanie), Christian Causse (FI et militant CGT),  Eliane Vioennot (linguiste), Benoit Reiss (codirecteur des éditions Cheyne et poète), Pierre Lafond (PCF), Michel Lepesant (Maison commune de la décroissance), Baptiste Mylondo, Chloé Landriot (enseignante, poétesse),  Paul Zveguinzoff (psychologue clinicien, formateur et coordinateur de l’association Agir pour sa santé), Jean-Pierre Garnier (sociologue urbain), Jean-Luc Roques (maître de conférence Université de Perpignan), Christopher Pollmann (Professeur des universités agrégé de droit public), Vincent Lhuillier (maître de conférence en Economie),  Sophie Ozanne (ancienne élue municipale NPA à Louviers), Olivier Tonneau (enseignant-chercheur à l'université de Cambridge), Christian David (altermondialiste, ATTAC), Roger Winterhalter (maire honoraire de Lutterbach, ancien conseiller régional et représentant de la Maison de la citoyenneté mondiale), Alain Desjardin,  Jacques Bidet (philosophe, professeur émérite à l'université de Paris-Nanterre), Alima Boumédienne Thiery (avocate), Didier Epsztajn, Renda Belmallem (étudiante, objectrice de croissance), Willy Gianinazzi, Bernard Duterme (Centre Tricontinental), Abderrahim Afarti (bibliothécaire Paris), Emmanuelle Vibert (journaliste), Eliane Viennot (chercheuse et féministe), Benoit Reuss (éditeur et poète), Jean-Pierre Siméon, Nelly Pégeault, Loiseau Pierre., Antoine Math, chercheur,  Janie Arnéguy (conseillère Municipale Ensemble! Nîmes), Noémie Moreaux (luthier), Gilbert Guilhem (CGT), Sylvie Colin, Lysianne Cavallo, Alice Grinand (coordonnatrice des communications au Comité de Solidarité/Trois-Rivières),  Monique Kaiser, Pascal Taine, Guillaume Tanneux (FI), Anne Quecy (retraitée EN), Caroline Chateaux, Elise Lowy, Olivier Montigny, Martine Auzou (enseignante retraitée), Didier Epsztajn (animateur du blog « entre les lignes entre les mots »),  Germain Anne (docteur en médecine),  Catherine Peltier (Alternatiba et Attac 14), Dominique Bouchery (musicien, FI), Martin Rieussec-Fournier (co-fondateur #LesJoursHeureux et Générations Cobayes), Serge Seninsky, Jean-Luc Flavenot (assistant de conservation aux Archives Départementales du Rhône, Élu CGT des personnels du Département du Rhône, Membre du PCF), Stef Vincent, Juliette Bouchery (comédienne et auteure, Insoumise et membre de collectifs citoyens),  Danielle Montel, Pierre Fauconnier (retraité, projets open source et apiculture de loisir), Aurélien Murith (musicien, membre de la Fédération anarchiste), Sylvie Giosa (salariée précaire, membre de la SFEPM et du GMHL, associations pour la protection de l'environnement),  Chrysis Caporal (élue EELV à Champigny sur Marne), Françoise Boireaud (citoyenne engagée et défenseuse syndicale CGT), Chantal Zamblera  (psychologue à la retraite, membre de la France insoumise), Axel Bony (professeur d'EPS, militant Snep-FSU 91), Philippe Gastrein (agrégé en SVT, animateur de groupe d'action FI), Christophe Didion (employé de la fonction publique, adhérent d'associations comme Attac, l'April et Sortir du nucléaire), Amandine Touzeau (docteure en biologie), Alain Aumont, Pierre Goldberg, Hervé Gatignol (animateur bénévole de Lab'idouillerie, ressourcerie autogérée et atelier participatif de l'association Rien Ne Se Perd), Michèle Kiintz (ACU), Jean Brafman (FI), Guillaume Dubourg,  Brunet Marc (Attac 84), Hubert Nadin (collectif citoyen du pays de Dieulefit), Monique et Jean-Pierre Jeannin,  Claire Hilgers (Belgique),  David Lemuhot (ingénieur formation), Clémence Dethier, Sylvain Bernard, Pierre Namur, Jeanine Fradin, Bérangère Toussaint, Héléna Aerts, Michel Barthélémy, Michel G. Dehon (Belgique, Membre mpOC et du CADTM), Pauline Oppé, Jean-Pierre Quayret, Benjamin Roy, Cécile Daude (maître de Conférences de Grec, retraitée), Damien Pennetreau, Rosemarie Oster-Grellety, Robin Pringels, Danielle Montel (OMOS, ACU, technicienne pharmacologue, retraitée de Sanofi), Brigitte Bonnefille, Eric Soriano, Robin Gérard, Daniel Vergnaud (technicien, OMOS), Maxence Gallice, Bruno Thiery, Pierre Sarramagnan-Souchier, Gérard Bertre (FI), Tereza Estarque (Institut d’Étude de la Complexité),  Bruno Cadez (militant communiste), Jean-Jacques Pascal (Utopia), Jean Pires, Christian Demey, Anne Querrien, JP Denotte,  Antoine De Santis (retraité),   Damienne Derreumaux,  Lionel Darriet, Patrick flambard, Vincent Bruyère,   Brun Ludovic, Marcel Lopez, Eric Goujot, Christophe Blanckaert, Liliane Guillerm , Franck Barske (anarchiste, décroissant, délégué syndical CGT),Valérie Carlenc, Gilles Guiniot, Jocelyne Prudhon, Joaquin Valdivielso (Université de les îles Baléares, Majorque, Espagne),  Jean-Michel Cléricali, Karinne Grennier, Michel Peyrache, Eole Bonneault, Jocelyne Guillochet, Simon Olivieri (ingénieur commercial, Norvège),  Fanny Dulin,  Agnès Ricciardi, Maxime Malecki, Jean-Pierre Cattelain, Dominique Liot (ex-Robin des bois de l'énergie, monteur eRDF à la retraite ), Bertrand Dubard de Gaillarbois, Angela Bovo, Marco Candore, Cédric Azière, François Roux (FI Briançon), Chantal Behar, Odile Veillerette, Claudie Blanc Urbita, Marie Pichevin, Pascal Bonnefond (chercheur), Bernard Lombardo, Hafid El Mehdaoui, Patrice Moingeon, Jean-Pierre Gay (retraité, FI),  Jean Lafont (membre du Comité exécutif de Mouvement Ecolo), Lucile Daumas (retraitée), Isabelle Catalan,  Yves Jean, Nicole Roger (militante associative),  Jean Paul Vanhoove, François Bonnes, Etienne Adam (syndicaliste militant des droits de l'homme Caen),  Jean Rouveyrol, Alain Steinberg, Bernard Clément, Marie-Line Clément, Anne Lamouille, Xavier Sengelen, Pierre-Yves Chatagnier, Catherine Peltier  (retraitée, militante associative), Régine Pactat, Mohand Acherar (écologue et militant altermondialiste), Philippe Bayer, Gwenhaël Blorville (docteur en sociologie et rédacteur en chef de La Gazette de Gouzy), Agnès Bonnaud , Valérie Dessey, Didier Coupeau, Marie-Christine Callet, Jean-Michel Masson, Louis Moreau de Bellaing (membre du Mauss), Laurent Eyraud-Chaume (comédien), Benoît de Cornulier, Caroline Guibet Lafaye (CNRS, centre Émile-Durkheim), Richard Larmenier, Pascal Paquin (militant associatif), Bernard Clément (Ensemble ! 52), François Caussarieu (Ensemble !), Monique Demare, Vincent Buard, Claude Layalle, Daniel Lessard, Denys Piningre (cinéaste documentariste), Sylvie Faye-Pastor (Ensemble !), Pierre-Yves Pira (Ensemble !), Christiane Dedryver (ACU), Dominique Blanchard (ACU), José Tovar (ACU), Michèle et Roland Scheer (ACU), Daniel Rome (ACU).

Partager cet article
Repost0
16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 13:01

Le premier colloque sur le thème « Changement climatique : quelles conséquences sanitaires ? » a été organisé au Sénat le 12 octobre 2018 par Esther Benbassa, sénatrice EELV. La problématique des risques sanitaires du réchauffement tarde à être prise en compte par les milieux scientifiques comme par les pouvoirs publics. La sénatrice EELV a peiné à dénicher des spécialistes pour ce colloque : « Certains chercheurs développent des observations sur l’impact sanitaire du réchauffement, notamment dans le domaine des maladies infectieuses : nous sommes le pays de Pasteur, quand même, s’exclame Esther Benbassa. Mais ils travaillent isolément et dans leur domaine. »  « La littérature scientifique en français est quasi inexistante sur le thème santé-climat, constate Emmanuel Drouet, excepté quelques publications de l’OMS traduites et assez générales. Rien dans la presse médicale. Et rares sont les chercheurs qui s’y intéressent. » Microbiologiste, docteur en pharmacie à l’université de Grenoble et responsable de l’onglet « Santé » sur l’Encyclopédie de l’environnement, site Internet piloté par une équipe d’universitaires exigeants, il est l’auteur de l’article ci-dessous. Lire aussi Pour les Français, santé et environnement, même combat en situation de crise sanitaire et « Les cobayes lancent l’alerte » : appel pour la marche « vérité et justice » pour la santé environnementale.

Dérèglement climatique : quels effets sur notre santé ?

Changement climatique : quels effets sur notre santé ?

Entre 2030 et 2050, les changements climatiques devraient générer près de 300 000 décès supplémentaires par an, en accroissant la malnutrition et la sous-alimentation des enfants, les maladies transmises par des insectes, les diarrhées et les stress liés à la chaleur. Les influences potentielles de ces changements sur la santé sont donc multiples et liées. A ces dommages, il faut ajouter les migrations de populations fuyant des modifications profondes de leur cadre de vie : diminution des rendements agricoles, inondations, élévation du niveau des mers… Près de 250 millions de « réfugiés climatiques » sont attendus à l’horizon 2050. Chacun a en mémoire l’excès de mortalité en Europe lors de la canicule de l’été 2003 où l’on a recensé 70 000 décès sur le seul mois d’août. Les effets climatiques sur les maladies infectieuses sont plus complexes. Mais les entomologistes sont convaincus que l’élargissement des zones chaudes et humides à la surface du globe décuplerait les populations d’insectes vecteurs de virus. Enfin, les impacts économiques des changements climatiques sont éloquents : le coût estimé des dommages directs pour la santé se situe entre 2 et 4 milliards de dollars par an d’ici 2030.

1. Un constat alarmant

La température a augmenté d’environ 0,85°C dans le monde au cours des 130 dernières années. Cette augmentation est essentiellement due à celle des gaz à effet de serre. Ces 25 dernières années, le rythme s’est accéléré et l’on est à plus de 0,18°C de réchauffement par décennie [1] Le niveau des mers s’élève, les glaciers fondent et la répartition des précipitations change. A ces événements factuels, s’ajoutent des changements climatiques globaux, plus complexes à mesurer et qui se manifestent, entre autres, par des événements météorologiques extrêmes (sécheresse, inondations, vagues de chaleur) augmentant en intensité et en fréquence (Lire Cyclones tropicaux : impacts et risques). A part quelques rares effets du changement climatique que l’on pourrait considérer comme positifs (ex. baisse de la mortalité hivernale dans les zones tempérées), ceux-ci apparaissent délétères pour la santé. A titre d’exemple, on peut citer les impacts négatifs du changement climatique sur les rendements de la plupart des cultures. Dans leur cinquième rapport d’évaluation [2], les membres du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) constatent de nombreuses périodes d’augmentation très rapide du prix des produits alimentaires et des céréales, suite à des événements climatiques extrêmes (incendies géants, tempêtes, inondations).

Cela a (et aura) un impact très fort sur les populations les plus pauvres, pour qui l’achat de denrées alimentaires est alors devenu très difficile. Un rapport de 2009 publié par la revue britannique The Lancet [3] avait identifié le changement climatique comme la plus grande menace mondiale pour la santé publique au 21e siècle. En conclusion les effets du changement climatique sont déjà perceptibles aujourd’hui et les projections pour l’avenir représentent un risque potentiellement catastrophique et d’une ampleur difficilement acceptable pour la santé humaine. Enfin les effets du réchauffement climatique sur la santé humaine s’ajoutent aux effets des changements liés à la globalisation (changements démographiques, changement sociaux, activité économique) [4].

2. Quels effets sur la santé de l’homme ?

Figure 1. Modélisation des effets sur la santé humaine, liés à la température : augmentations de températures (+1,5°C et +4°C) sur différentes périodes de temps. Les données semi-quantitatives sont exprimées en unités arbitraires. Les potentiels d’adaptation face à ces risques sont bien décrits dans les références [2] & [4]. [source: Smith KR et al. (2014)]

Figure 1. Modélisation des effets sur la santé humaine, liés à la température : augmentations de températures (+1,5°C et +4°C) sur différentes périodes de temps. Les données semi-quantitatives sont exprimées en unités arbitraires. Les potentiels d’adaptation face à ces risques sont bien décrits dans les références [2] & [4]. [source: Smith KR et al. (2014)]

La figure 1 résume les effets du changement climatique sur la santé humaine. Globalement on peut distinguer deux types d’effets :
(a) les effets directs : malnutrition et sous-alimentation (sans doute le plus important), mortalité et morbidité liés aux événements extrêmes (vagues de chaleur), mortalité et taux de morbidité liés aux maladies infectieuses (transmissions par vecteurs et infections d’origine alimentaire et hydrique).
(b) les effets indirects sur la santé : disponibilité de l’eau, accès à la nourriture, élévation du niveau des mers,….

Mais bien d’autres pathologies sont liées aux changements climatiques :
(a) le stress mental post-traumatique lié aux événements extrêmes et aux phénomènes migratoires qui peuvent en découler pour les réfugiés climatiques ;
(b) les pathologies respiratoires liées à la pollution atmosphérique, telle la teneur  en ozone qui augmente avec la température. L’accroissement des températures devrait également augmenter les allergies, plus complexes à évaluer dans le cadre du changement climatique.

Figure 2. Du réchauffement climatique aux changements globaux. Le réchauffement climatique induit de nombreux changements environnementaux (sur la biodiversité, les écosystèmes, etc.) qui ont à leur tour des impacts considérables sur les activités économiques, etc.

Figure 2. Du réchauffement climatique aux changements globaux. Le réchauffement climatique induit de nombreux changements environnementaux (sur la biodiversité, les écosystèmes, etc.) qui ont à leur tour des impacts considérables sur les activités économiques, etc.

Nous commencerons cet inventaire en citant certains effets directs et incontestables (ex : vagues de chaleur), puis nous continuerons ce chapitre vers des sujets plus complexes (ex : malnutrition) associés à de nombreux facteurs au-delà du climat (notamment géopolitiques et démographiques) (Figure 2).

2.1. Vagues de chaleur mortelles

Figure 3. Cartes représentant l’anomalie de températures par rapport aux moyennes saisonnières, au niveau de l’Europe en aout 2003 : En France, les 11 et 12 août 2003 ont été les plus meurtriers, cette surmortalité étant dû à un effet cumulatif des jours chauds précédents, associé à une absence de vent et une pollution par l’ozone.

Figure 3. Cartes représentant l’anomalie de températures par rapport aux moyennes saisonnières, au niveau de l’Europe en aout 2003 : En France, les 11 et 12 août 2003 ont été les plus meurtriers, cette surmortalité étant dû à un effet cumulatif des jours chauds précédents, associé à une absence de vent et une pollution par l’ozone.

Survenue de juin à août, la canicule européenne de 2003 est un événement climatique d’ampleur exceptionnelle. Marquée par de nombreux records de température au cours de la première quinzaine du mois d’août, elle n’aurait pas eu d’équivalent depuis le XVIe siècle [5]. Cette canicule avait suivi un printemps exceptionnellement chaud et sec avec des températures atteignant déjà les 30°C fin avril à certains endroits. Associée à une sécheresse record, cette canicule rappelle la vague de chaleur de l’été 1947 en Europe et la sécheresse de 1976 (Figure 3). Dans certains pays, comme la France ou le Portugal, les conséquences furent importantes sur les écosystèmes, le niveau des récoltes (-20% en France), la population, et les infrastructures… provoquant même une crise politique. Différentes sources (Inserm, Insee, INED ; ) convergent aujourd’hui vers une estimation d’environ 15 000 décès en excès en France, soit une surmortalité de +55% ! Un excès de décès observé majoritairement chez les personnes âgées. Le groupe d’âge le plus atteint est celui des plus de 75 ans. A âge égal, les femmes ont été plus touchées que les hommes. Les signes rapportés étaient les suivants : crampes musculaires, épuisement dû à la chaleur, mortalité par coup de chaleur (décompensation cardiovasculaire).

Figure 4. Expansion planétaire (avec une échelle de couleur allant de 0 à 1 en fonction du degré d’expansion) du moustique-tigre (vecteur de maladies virales i.e. Chikungunya, Dengue, Zika) aussi appelé Aedes albopictus versus Aedes aegypti (vecteur de la Dengue, Fièvre Jaune)

Figure 4. Expansion planétaire (avec une échelle de couleur allant de 0 à 1 en fonction du degré d’expansion) du moustique-tigre (vecteur de maladies virales i.e. Chikungunya, Dengue, Zika) aussi appelé Aedes albopictus versus Aedes aegypti (vecteur de la Dengue, Fièvre Jaune)

Cette canicule restera un point de référence pour les événements antérieurs et postérieurs du même type. D’autres canicules ont été depuis enregistrées dans le monde, notamment aux USA durant l’été 2012 (Figure 4). Ce dernier événement, après un hiver doux et pluvieux, a été associé à une recrudescence de cas d’encéphalites de West Nile (encéphalites d’origine virale – Virus West Nile) [7] (voir Tableau 1). Une étude récente [8] conclut que près d’un individu sur trois dans le monde serait exposés à des vagues de chaleur potentiellement mortelles, une proportion qui pourrait grimper à trois sur quatre à la fin du siècle, si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent à leur rythme actuel.

2.2. Des maladies infectieuses vectorielles à la hausse

2.2.1. Données générales

L’expansion des insectes vecteurs de microbes infectieux est due à plusieurs facteurs : (i) La hausse des températures hivernales augmenterait leur période d’activité (et donc de reproduction) et ainsi modifierait le profil épidémiologique des maladies vectorielles à moustiques et à tiques (transmission continue due à une quasi-absence de diapause). (ii) Les sécheresses incitent à stocker l’eau dans des citernes propices à la prolifération des moustiques. (iii) Les pluies à leur tour créent des points d’eau favorables au développement des moustiques.

Ainsi la diffusion géographique des virus transmis par les moustiques [9] – les arbovirus (arthropod borne viruses) – devrait s’étendre. Elle pourrait notamment engendrer une hausse globale du nombre de cas de fièvre jaune, de dengue et de leurs complications hémorragiques. Plusieurs arboviroses sont transmises par des moustiques tigres du genre Aedes (250 espèces vectrices de nombreux virus), très sensibles aux variations climatiques. Vecteur de maladies virales telles que le Chikungunya, la Dengue et le Zika, le moustique tigre Aedes albopictus est en pleine expansion planétaire. Originaire d’Asie, il a traversé les océans et c’est l’un des agents vecteurs les plus invasifs sur la planète aujourd’hui [10] (Figure 5). On le retrouve déjà dans quelque 80 pays, dont la France. Doué d’une grande capacité adaptative, ce diptère se propage par ses œufs que les femelles pondent en général dans des eaux stagnantes.

Par ailleurs, l’activité des tiques du genre Ixodes est maximale à des températures douces. La fréquence des encéphalites transmises par ces insectes devrait donc s’élever avec le réchauffement climatique (voir Tableau 1).

2.2.2. Quelques exemples de maladies vectorielles

Premier exemple d’arbovirose dont l’incidence augmente avec le réchauffement climatique est la Dengue [11], dont le virus est transmis par Aedes aegypti et Aedes albopictus. Cette maladie est observée dans les zones équatoriales d’Amérique, d’Afrique et d’Asie. Les épidémies notifiées sur le globe et les cas en Europe [12] sont de plus en plus nombreux. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, environ 2,5 milliards de personnes sont désormais exposées à ce risque ; il y aurait chaque année 50 millions de cas de Dengue et 500 000 cas de Dengue hémorragique, dont une forte proportion d’enfants nécessitant une hospitalisation. Les experts estiment que 3 milliards de personnes en plus pourraient être exposées au risque de transmission de la dengue d’ici les années 2080 [13].

Tableau 1. Liste des arboviroses dont l’incidence est susceptible d’augmenter avec le changement climatique

Tableau 1. Liste des arboviroses dont l’incidence est susceptible d’augmenter avec le changement climatique

Véhiculé par des moustiques du genre Culex, le Virus de West Nile (WNV) est transmissible aux oiseaux et aux mammifères, dont l’homme. Son émergence aux USA en 1999 et sa forte résurgence en 2012 militent pour un rôle du changement climatique dans cette région du globe (Tableau 1 et Figure 5). Depuis son introduction en Amérique du Nord, le virus a touché des millions d’américains : 780 000 sont tombés malades et plus de 16 000 ont développé une encéphalite et 1549 en sont morts [14].

Figure 5. Probabilité d’extension du Virus West Nile (WNV) aux USA (la résolution de ces cartes ne doit pas faire illusion sur les nombreuses incertitudes inhérentes à ce type de prédiction) [source : d’après Harrigan et al.]

Figure 5. Probabilité d’extension du Virus West Nile (WNV) aux USA (la résolution de ces cartes ne doit pas faire illusion sur les nombreuses incertitudes inhérentes à ce type de prédiction) [source : d’après Harrigan et al.]

Pour certaines maladies virales, la hausse du nombre de cas est due à la fois au réchauffement climatique et à des phénomènes liés au changement global. Par exemple, en Amérique latine, la déforestation et l’urbanisation ont modifié les caractéristiques épidémiologiques de la Dengue. Cette maladie est passée d’un mode enzootique et sylvatique (forestier) à un mode endémique et urbain [15]. On peut se poser la question de savoir si la répétition à une échelle de gravité croissante (au cours du temps) des épidémies de virus Ebola en Afrique ou si l’émergence récente du virus Zika en Amérique latine ne pourraient pas à être une des conséquences du changement climatique [16].

Figure 6. Émergence de différentes maladies infectieuses (virales et bactériennes) avec risques d’extension épidémique.

Figure 6. Émergence de différentes maladies infectieuses (virales et bactériennes) avec risques d’extension épidémique.

Mais il existe d’autres exemples de virus véhiculés par les moustiques du genre Aedes :
(i) L’infection due au Virus du Chikungunya a largement circulé en Afrique et en Asie (Figure 6). Caractérisée par une douleur articulaire fébrile, sa transmission locale a augmenté en Italie. Le moustique vecteur est aussi largement présent en France.
(ii) L’infection à Virus de la Fièvre de la Vallée du Rift (RVFV) est responsable d’épizooties chez le bétail. La promiscuité entre l’homme et les animaux a accru le nombre de cas, avec une expansion vers le nord (Arabie Saoudite) (Figure 6).

Concernant les agents du paludisme (Plasmodium vivax et Plasmodium falciparum) véhiculés par le moustique Anopheles gambiae, des épidémies ont été observées au Kenya, notamment à des altitudes supérieures à 2000 mètres où les températures dépassent 18°C et des précipitations supérieures à 15 cm/mois [17]. Les populations immunologiquement naïves vivant dans les régions d’altitude seront particulièrement exposées au paludisme en fonctions du niveau de réchauffement dans ces zones montagneuses [18].

2.3. Catastrophes naturelles : quels effets sanitaires ?

Multipliant le nombre de tempêtes et d’inondations, le phénomène climatique El Nino constitue un facteur de risque important pour les diarrhées infectieuses [19] et les gastroentérites dues aux norovirus [20]. Fait aggravant, il provoque des mouvements de population et une promiscuité qui peut amplifier les transmissions inter-humaines, entre hommes et animaux, et par les eaux souillées. Diarrhée épidémique causée par la bactérie Vibrio cholerae, le choléra a été particulièrement étudié (voir Figure 6). En effet, par une série de mesures s’échelonnant entre 1980 et 1998, des chercheurs avaient remarqué que l’incidence du choléra au Bangladesh suivaient des variations saisonnières corrélées avec les oscillations des températures liées au phénomène El Niño [21].

Au Bangladesh comme au Pérou, la dynamique du choléra est effectivement liée aux oscillations d’El Niño ; ces dernières semblent notamment liées à la ré-emergence du choléra au Pérou en 1991, les bactéries se fixant sur le plancton et dérivant à travers l’océan pacifique d’Ouest en Est.

Autre fait marquant en 2001-2002 : l’émergence en Malaisie du Virus Nipah, responsable de fièvres hémorragiques gravissimes et mortel dans 70 % des cas. Un événement analysé comme l’action conjointe d’un phénomène El Niño majeur en 1998 et d’intenses déforestations dans cette région du monde [22]. Le virus a alors été véhiculé par des chauve-souris infectées fuyant massivement les forêts dévastées. Ne développant pas de symptômes, elles ont ensuite facilement contaminé les mammifères (ex : porcs) et en particulier l’homme.

Les hantavirus sont un autre exemple de micro-organismes sensibles aux variations climatiques, notamment aux pluviosités extrêmes. Ils provoquent essentiellement deux syndromes chez l’homme : une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (en Asie et en Europe), et un syndrome cardiopulmonaire (en Amérique du Nord) (Figure 6).

2.4. Quel impact sur l’eau et la nourriture ?

2.4.1. Un accès à l’eau de plus en plus contraint

Le caractère de plus en plus aléatoire des précipitations aura probablement des effets sur l’approvisionnement en eau douce (Lire Risquons-nous d’avoir une pénurie d’eau ?). Or le manque d’eau salubre peut compromettre l’hygiène et augmenter le risque de maladies diarrhéiques qui tuent près de 600 000 enfants âgés de moins de 5 ans chaque année. Dans les cas extrêmes, la pénurie d’eau aboutit à la sécheresse et à la famine. Et d’ici 2090, le changement climatique devrait étendre les zones affectées par les sécheresses, doubler la fréquence des sécheresses extrêmes et multiplier leur durée moyenne par six [23].

Les inondations augmentent aussi tant en fréquence qu’en intensité. Elles contaminent les sources d’eau douce, accroissent le risque de maladies à transmission hydrique et créent des gîtes pour les larves d’insectes vecteurs de maladies tels que les moustiques (voir plus haut). Elles provoquent également des noyades et des traumatismes physiques, endommagent les logements et perturbent les services de soins et de santé.

2.4.2. Accès à la nourriture et malnutrition

Hausse des températures, incidences des événements climatiques (dégradation des écosystèmes, dommages causés aux infrastructures et aux établissements humains)… Tous ces facteurs auront des répercussions sur la production alimentaire (Figure 7). Une étude récente de l’OMS mentionne déjà une baisse de la production vivrière dans de nombreuses régions parmi les plus démunies, jusqu’à 50% d’ici 2020 dans certains pays africains [24]. Ces effets seront aggravés par l’élévation du niveau des mers, et la contamination (ou salinisation) des réserves d’eau et des terres agricoles.

Figure 7. Impacts globaux du changement climatique (horizon 2050) sur la productivité des récoltes à partir de simulations enregistrées entre 1994 et 2010 [source : d’après Wheeler & von Braun, 2013].

Figure 7. Impacts globaux du changement climatique (horizon 2050) sur la productivité des récoltes à partir de simulations enregistrées entre 1994 et 2010 [source : d’après Wheeler & von Braun, 2013].

A plus long terme, les changements climatiques risquent d’accroitre la variabilité des rendements des cultures d’une année sur l’autre. Cela risque de faire grimper les prix des denrées, alors même que les besoins annuels de produits agricoles sont en hausse. De plus en plus d’experts parlent d’insécurité alimentaire. Les projections les plus pessimistes prévoient des réductions de rendements de 2% par décennie, alors même que la demande mondiale devrait augmenter de 14% par décennie jusqu’en 2050. Au-delà, le risque d’incidences plus fortes sur le rendement devrait encore augmenter et dépendre du niveau de réchauffement. Globalement, il en résultera une fréquence accrue de la malnutrition et de la dénutrition, actuellement à l’origine de 3,1 millions morts par an [25].

2.5. Impact du changement climatique sur la santé mentale – réfugiés climatiques

Co-récipiendaires du Prix Nobel de la paix en 2007, Al Gore et les experts du GIEC prévoient une hausse des pathologies liées au stress [26]. Stress, suicide… : les impacts des changements climatiques sur la santé mentale ont été prouvés lors des vagues de chaleur ou de sécheresses exceptionnelles [27]. Avec 250 millions de réfugiés climatiques estimés à l’horizon 2050, ces pathologies seront aggravées par les mouvements de population dus à l’élévation du niveau des mers et à la destruction des logements, des établissements médicaux et d’autres services essentiels [28]. Rappelons que plus de la moitié de la population mondiale vit à moins de 60 km de la mer ! Les populations touchées seront contraintes de se déplacer, ce qui renforcera divers risques sanitaires, des troubles de la santé mentale aux maladies à transmission respiratoires et digestives.

Par ailleurs, une étude récente [29] suggère qu’aux États-Unis l’augmentation des températures ferait augmenter le taux de suicide. L’étude, menée par une équipe de chercheurs de la prestigieuse université de Stanford, a utilisé des données sur les taux de suicide aux États-Unis entre 1968 et 2004 ainsi que les taux mensuels de suicide au Mexique entre 1990 et 2010. Ceux-ci, en comparant ces données avec les données de température et de précipitations dans les comtés américains – à partir d’un outil de cartographie climatique appelé PRISM – ont trouvé une relation très cohérente entre les augmentations de température et l’augmentation du risque de suicide.

2.6. Des microbes relargués par la fonte du permafrost ?

En aout 2016, un jeune garçon de 12 ans vivant dans la toundra sibérienne est évacué d’une zone épidémique d’anthrax en Russie. Il meurt à l’hôpital de la ville de Salekhard, capitale du district autonome de Iamalo-Nénétsie, alors que vingt autres personnes sont diagnostiquées avec la maladie. Le décès est bien relié à l’anthrax, maladie infectieuse due à la bactérie Bacillus anthracis. Le garçon avait la forme intestinale de la maladie, plus dure à diagnostiquer. L’infection a ainsi refait surface en Sibérie occidentale après 75 ans d’absence. Cet événement survient alors que des études épidémiologiques suggèrent un rôle de la fonte du permafrost dans le relargage des bactéries à partir de troupeaux de rennes (1,5 millions de rennes) décimés par la maladie entre 1897 et 1925 en Sibérie, et enfouis dans le permafrost [30]. Il est probable que les vagues de chaleur actuelles entrainent un relargage des spores d’anthrax (forme de résistance de la bactérie) à partir de ces zones d’enfouissement.

Les experts mondiaux scrutant cette région du globe (zones péri-arctiques) particulièrement touchée par le réchauffement climatique estiment plausible une augmentation spectaculaire de l’incidence d’autres maladies infectieuses de type zoonoses (bactériennes : brucellose, maladie de Lyme, leptospirose – virales : rage, fièvre à Hantavirus, encéphalite à tiques, encéphalite de West Nile) [31].

3. Conclusion : Santé, changement climatique & changement global

Dans ce chapitre nous avons tenté de montrer les effets les plus évidents du changement climatique sur la santé de l’homme. Deux points sont à souligner. Tout d’abord, la mesure des effets du changement climatique sur la santé ne peut être que très approximative, notamment sur les effets graduels par opposition aux événements extrêmes type canicule (ex. impact sur les maladies vectorielles). Ceci est essentiellement dû au côté « imprévisible » des agents infectieux.

Figure 8. Changement global et impact sur la santé des populations [source : d’après AJ McMichael 2013].

Figure 8. Changement global et impact sur la santé des populations [source : d’après AJ McMichael 2013].

Le changement climatique, déjà complexe dans sa nature, est concomitant à un changement global de nos modes de vie (Figure 8). Ceci rend parfois illusoire certains modèles prévisionnels utilisés afin d’anticiper les situations.

En revanche, voici ce dont nous sommes certains au sujet de l’impact du changement climatique sur la santé [4] :

  • Hausse du nombre de cas annuels de décès ou d’hospitalisations causés par des coups de chaleur, aussi bien dans les pays riches que pauvres ;
  • Extension géographique des maladies infectieuses vectorielles ou de leurs vecteurs (ex. paludisme d’altitude) ;
  • Augmentation des épidémies de choléra sur les régions côtières en lien avec El Niño ;
  • Hausse du prix des denrées alimentaires, notamment dans les pays souffrant de précarité, aboutissant à des privations alimentaires dans les foyers à faible revenu (trappes de pauvreté).

Le changement climatique aura donc des répercussions très négatives sur la santé et les effets du changement global les accentueront. Toutes les populations ressentiront les effets du changement climatique, mais certaines sont plus vulnérables que d’autres, par exemple :

  • Celles qui vivent dans de petits états insulaires, ou dans d’autres régions côtières, dans les mégapoles, dans les régions montagneuses et dans les zones polaires sont particulièrement vulnérables.
  • Les enfants, en particulier ceux qui vivent dans les pays pauvres, sont parmi les plus vulnérables aux risques sanitaires qui vont en résulter et seront plus longtemps exposés à en subir les conséquences.

Les effets sanitaires devraient être aussi plus graves pour les personnes âgées et les sujets présentant des infirmités ou des états pathologiques préexistants.

Selon l’OMS, les zones n’ayant pas de bonnes infrastructures de santé, pour la plupart dans les pays en développement, seront les moins en mesure de se préparer et de faire face à la situation sans assistance.


Références et notes

[1] IPCC. Summary for Policymakers. In: Edenhofer O, R. Pichs-Madruga, Y. Sokona, E. Farahani, S. Kadner, K. Seyboth, A. Adler, I. Baum, S. Brunner, P. Eickemeier, B., Kriemann JS, S. Schlömer, C. von Stechow, T. Zwickel and J.C. Minx editors (2014), Climate Change 2014, Mitigation of Climate Change Contribution of Working Group III to the Fifth Assessment Report (AR5) of the Intergovernmental Panel on Climate Change. Cambridge, United Kingdom and New York, NY, USA, Cambridge University Press

[2] Smith KR et al. (2014) Human Health: Impacts, adaptation, and co-benefits. In Climate change: Impacts, Adaptation, and vulnerability. Part A: Global and Sectoral aspects. Contribution of Working Group II to the 5th assessment Report (AR5) of the Intergovernmental Panel on Climate change. Field CB et al. (eds), Cambridge University Press, UK pp 709-754

[3] Costello A et al. (2009) Managing the health effects of climate change. Lancet 373: 1693-1733

[4] McMichael AJ (2013) Globalization, climate change and Human Health. New Engl J Med 368: 1335-1343

[5] Schär C (2004) The role of increasing temperature variability in European Summer heatwaves. Nature 427: 332-336

[6] Robine JM et al. (2008) Death toll exceeded 70,000 in Europe during the summer of 2003. Les Comptes Rendus/Série Biologies, 331:171–78

[7] Wimberly et al. (2014) Regional variation of climatic influences on West Nile virus Outbreaks in US. Am. J Trop. Med Hyg. 91: 677-684

[8] Mora C et al. (2017) Global risk of deadly heat. Nature Climate Change. doi:10.1038/nclimate3322

[9] Zhang Y, Hansen A, Bi P. (2014) Climate change and vector-borne viral diseases. In Viral infections and global change. Singh SK ed John Wiley & sons Hoboken, New Jersey

[10] Kraemer MU et al. (2015) The global distribution of the arbovirus vectors Aedes aegypti and Ae. albopictus. Elife 4:e08347

[11] Hales S et al. (2002) Potential effect of population and climate changes on global distribution of dengue fever: an empirical model. Lancet 360:830-4

[12] Schaffner F & Mathis A (2014). Dengue and dengue vectors in the WHO European region : past, present, and scenarios for te future. Lancet Infect Dis 14: 1271-1280

[13] Bhatt S et al. (2013) The global distribution and burden of Dengue. Nature 496: 504-507

[14] Harrigan RJ et al. (2014) A continental risk assessment of West Nile Virus under climate change. Global Change Biology 20: 2417-2425

[15] Weaver S (2013) Urbanization and geographic expansion of zoonotic arboviral diseases: mechanisms and potential strategies for prevention. Trends Microbiol. 21(8):360-3.

[16] Paz S. & Semenza J.C. (2016) El Niño and climate change-contributing factors in the dispersal of Zika virus in the Americas? Lancet 387(10020):745

[17] Jonathan A. Patz & William K. Reisen (2001) Immunology, climate change and vector-borne diseases. Trends in Immunology Vol.22 No.4 April 2001

[18] Lindsay S.W. & Martens W.J. (1998) Malaria in the African highlands: past, present and future. Bull World Health Organ. 76(1):33-45

[19] Pascual M. et al. (2000)  Model relationship between ENSO and cholera in Bangladesh (Int. Center For Diarrhoeal disease Research, Bangladesh) Science, 289(5485):1766-9.

[20] Chrétien J.P. et al. (2015) Global climate anomalies and potential infectious disease risks. Plos Current outbreaks doi:  0.1371/currents.outbreaks.95fbc4a8fb4695e049baabfc2fc8289f

[21] Rodo X et al. (2002) ENSO and cholera: a non stationary link related to climate change? Proc Natl Acad Sci USA 99(20):12901-6.

[22] Chua KB et al. (2002) Anthropogenic deforestation, El Niño and the emergence of Nipah virus in Malaysia. Malays J Pathol. 24(1):15-21.

[23] Food Policy Report n° 21, septembre 2009. Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) Quatrième rapport d’évaluation du GIEC: Changements climatiques 2007 (AR4)

[24] WHO (2014) Quantitative risk assessment of the effects of climate change on selected causes of death, 2030s and 2050s. Geneva: World Health Organization

[25] Wheeler T & von Braun J. (2013) Climate change impacts on global food security. Science 2013;341:508–13

[26] Levy BS & Patz JA (2015) Climate change, Human rights and social justice. Annals Global Health 81, 3: 310-322

[27] Berry H.L., Bowen, K & Hjellstrom T. (2010) Climate change and mental health: a causal pathways framework. Int J Public Health. 55(2):123-32.

[28] Black R, Bennett SR, Thomas SM, Beddington JR (2011) Climate change: Migration as adaptation. Nature 478:447–9.

[29] Burke M et al. (2018). Higher temperatures increase suicide rates in the United States and Mexico. Nature Climate change 8: 723–729

[30] Revich BA & Podolnaya MA (2011) Thawing of permafrost may disturb historic cattle burial grounds in east Siberia. Global Health Action  doi: 10.3402/gha.v4i0.8482. Epub 2011 Nov 21

[31] Parkinson AJ, Evengard B, Semenza JC, et al. (2014) Climate change and infectious diseases in the Arctic: establishment of a circumpolar working group. Int J Circumpolar Health. doi: 10.3402/ijch.v73.25163. e


L’Encyclopédie de l’environnement est publiée par l’Université Grenoble Alpes - www.univ-grenoble-alpes.fr. Cet article d'Emmanuel DROUET (2018), Changement climatique : quels effets sur notre santé ?, Encyclopédie de l’Environnement, est en ligne sur : https://www.encyclopedie-environnement.org/sante/changement-climatique-effets-sante-de-lhomme/. Les articles de l’Encyclopédie de l’environnement sont mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

Partager cet article
Repost0
11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 16:02
Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Dans la continiuité de la Journée mondiale d'actions locales pour le climat le 8 septembre 2018...

Samedi 13 octobre 2018 : marche pour le climat dans toute la France.

Malgré les dizaines de tribunes, d’appels publiées, le changement de trajectoire nécessaire à une lutte efficace n’a pas encore eu lieu. Nous sommes aujourd’hui au stade où un autre monde est nécessaire.

Après la formidable mobilisation du 8 septembre, une nouvelle marche pour le climat s’annonce à Paris et dans toute la France, le 13 octobre 2018.

Malgré les dizaines de tribunes, d’appels publiées depuis plusieurs décennies pour agir contre le changement climatique, le changement de trajectoire nécessaire à une lutte efficace n’a pas encore eu lieu. Mais l’urgence s’avance : partout dans le monde, les effets de l’évolution du climat se font sentir.

Océans de plastique, phénomènes climatiques extrêmes, épuisement de la biodiversité et des terres arables, fonte des glaciers et des banquises, libération de gaz à effet de serre du fait du réchauffement des steppes, migrations climatiques...

Ces dernières années, le slogan « Un autre monde est possible » a souvent été entendu. Nous sommes aujourd’hui au stade où un autre monde est nécessaire. 
Cet autre monde est à portée de main.

En démissionnant du gouvernement le 28 août dernier, Nicolas Hulot est devenu un lanceur d’alerte. L’alerte a été entendue le 8 septembre, et nous y avons manifesté notre volonté de voir apparaître ce monde neuf, où l’activité humaine ne travaille pas contre l’environnement qui rend son existence possible, mais avec lui.

Ce monde, nombreux·ses sont celles et ceux qui, durant ces dernières décennies, ont contribué à l’imaginer et à le faire avancer. Lors de cette marche qui s’annonce comme une marche des solutions, nous voulons leur donner la parole, afin de commencer à bâtir ce monde pour tous, sans attendre.

Nous appelons ces bâtisseur · ses à venir présenter leurs solutions pour enfin impulser le changement nécessaire dans nos sociétés, pour garder notre planète habitable, préserver notre environnement et sa bio-diversité et répondre immédiatement et sans faux-semblants à l'urgence qui s'avance.

Marche pour le climat à Paris :

  • 13h Ouverture du village des solutions à République, jusqu'à 18h donc même pendant la Marche.
    Village d'ateliers et de stand thématiques où les associations présentent leurs solutions.
    Forum citoyen : et après on fait quoi ? Tous les participants sont invités à venir en discuter.
    Prise de paroles : Rapport du Giec, démographie, système politique… des scientifiques viennent présenter leur constat, Cyril Dion et -M- clôtureront ce moment
  • 14h Départ de la marche à Opéra
  • 16h Arrivée de la marche à République
  • 18h Orchestre debout

------------------------

dimanche 14 octobre à 15h à la Sapinière :

Lire La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes.

  • marche citoyenne pour préserver la biodiversité du bois de Romainville contre l’aménagement de la « Corniche des Forts ».
Partager cet article
Repost0
11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 11:29

Mardi 9 octobre à la Haye, près de 900 citoyens ont emporté une victoire historique en appel contre les Pays-Bas, condamnés à réduire les émissions de gaz à effet de serre aux Pays-Bas de 25 % d’ici à 2020. Le premier jalon d’une justice climatique. D’après Le Monde et La Croix le 10 octobre 2018. Lire aussi Des citoyens attaquent en justice l’Europe pour son échec à les protéger contre le réchauffement climatique, La Commission européenne attaquée sur la pollution de l’air renvoie la France devant la Cour de justice de l’Union européenne et Le Conseil d’État enjoint au gouvernement de prendre des mesures urgentes contre la pollution.

Marjan Minnesma, directrice de la fondation environnementale Urgenda, arrive au tribunal de La Haye en mai 2018. / Jerry Lampen/Epa/Maxppp

Marjan Minnesma, directrice de la fondation environnementale Urgenda, arrive au tribunal de La Haye en mai 2018. / Jerry Lampen/Epa/Maxppp

C’est une décision sans précédent en matière de justice climatique. L’Etat néerlandais a désormais l’obligation légale de prendre des mesures pour protéger ses citoyens contre les conséquences du changement climatique. Mardi 9 octobre, la cour d’appel de La Haye a confirmé un jugement rendu en première instance, le 24 juin 2015, ordonnant au gouvernement néerlandais de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) du pays plus rapidement que prévu.

La juridiction a affirmé que l’Etat agissait « illégalement et en violation du devoir de diligence » sans prononcer de sanction contre lui. D’ici à la fin de l’année 2020, les émissions de CO2 néerlandaises devront être inférieures d’au moins 25 % au niveau qu’elles avaient atteint en 1990, afin de protéger sur le long terme la vie des populations néerlandaises et du reste du monde, une obligation consacrée par la Convention européenne des droits de l’homme.

« Compte tenu des grands dangers qui risquent de se produire, des mesures plus ambitieuses doivent être prises à court terme pour réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de protéger la vie et la vie familiale des citoyens », a déclaré la cour dans un communiqué.

Pour Marie-Anne Tan-de Sonnaville, la juge qui présidait l’audience : « Tout report des réductions d’émissions exacerbe les risques liés au changement climatique. Le gouvernement néerlandais ne peut pas se cacher derrière les émissions d’autres pays. Il a le devoir indépendant de réduire les émissions de son propre territoire. »

« Le gouvernement doit se mettre au travail »

Cette décision marque une nouvelle victoire de l’organisation environnementale néerlandaise Urgenda. Cette ONG a engagé le recours au nom de 886 citoyens néerlandais dans le cadre d’une action de groupe. En juin 2015, un tribunal de district avait donné partiellement raison aux plaignants en demandant au gouvernement néerlandais alors en exercice de « faire plus » en matière climatique.

Ce gouvernement – qui avait fait appel en septembre 2015 – a depuis été remplacé. Celui aujourd’hui en fonctions – qui peut encore contester devant la Cour suprême la décision prise mardi par la cour d’appel – a fait savoir qu’il s’y conformerait, estimant que l’objectif pour 2020 « peut être atteint ».

« L’incertitude concernant l’objectif pour 2020 est très grande, a néanmoins déclaré la cour d’appel, mardi. Il y a un risque évident que la réduction n’atteigne pas l’objectif de 25 %, ce qui est inacceptable ». « Une baisse de 25 % d’ici à 2020 n’est que le minimum ! Le gouvernement doit se mettre au travail », a renchéri Urgenda sur Twitter, après le prononcé du jugement. En 2017, les émissions de GES des Pays-Bas, un des pays les plus pollueurs de l’Union européenne (UE), n’ont été inférieures au niveau de 1990 que de 13 %.

Ce jugement historique de la cour d’appel de La Haye intervient au lendemain de la parution du rapport spécial du GIEC sur la nécessité d’agir d’urgence en matière de climat. Le document souligne que les températures moyennes progresseront probablement jusqu’au seuil critique de 1,5 °C, entre 2030 et 2052, si le changement climatique continue au même rythme et que les Etats ne prennent pas des mesures « rapides » et « sans précédent ».

894 actions judiciaires en cours dans le monde

En mai, le gouvernement néerlandais a annoncé son intention de fermer les deux plus anciennes centrales à charbon du pays d’ici à 2025. Les trois autres centrales de même type qui produisent de l’électricité devront fermer d’ici à 2030. Fin juin, en effet, sept formations politiques représentant une large majorité au Parlement ont conclu autour d’une proposition de loi l’accord le plus ambitieux jamais exposé par un pays en matière climatique.

Inspiré par les Verts (GroenLinks) et le Parti social-démocrate (PvdA), et soutenu par les partis de gauche et de droite, ce texte prévoit une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 49 % d’ici à 2030 par rapport à 1990, et de 95 % d’ici à 2050 par rapport à 1990, ainsi qu’un objectif de production de 100 % d’électricité neutre en carbone en 2050.

Le gouvernement néerlandais devra présenter tous les cinq ans un plan climat détaillant les principaux thèmes de politique climatique pour les années suivantes, et les mesures nécessaires pour tendre vers les objectifs. Ce plan sera évalué, voire révisé, tous les deux ans, et une Journée nationale du climat sera célébrée tous les quatrièmes jeudis d’octobre.

Le Royaume-Uni, le Danemark, la Finlande, la France – avec sa loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, la Norvège et la Suède, ainsi que le Mexique, ont légiféré sur le climat avant les Pays-Bas. Cette tendance est à mettre en parallèle avec la multiplication des contentieux dans ce domaine. En mars 2017, un rapport publié par le Programme des Nations unies pour l’environnement a recensé 894 actions judiciaires en cours dans le monde.

A partir du 29 octobre, « Juliana v. US » (Juliana contre Etats-Unis), un autre procès emblématique des questions climatiques, doit s’ouvrir aux Etats-Unis. En 2015, vingt et un enfants et adolescents, aujourd’hui âgés de 10 à 21 ans et résidant pour la plupart dans l’Oregon, ont attaqué le gouvernement fédéral avec le soutien de l’ONG Our Children’s Trust. Ils s’estiment victimes de discrimination au profit des « intérêts économiques » d’un « autre groupe de citoyens » : les industriels exploitant des énergies fossiles. Mais le gouvernement fédéral a tenté une énième manœuvre dilatoire, le 5 octobre. Ses avocats ont déposé une requête devant le tribunal fédéral d’Eugene (Oregon) demandant un sursis en attendant l’examen de l’affaire par la Cour suprême des Etats-Unis.

Partager cet article
Repost0
10 octobre 2018 3 10 /10 /octobre /2018 09:57

Plus de cent juristes venus des cinq continents demandent aux Nations unies de voter en faveur d’un nouveau traité international. Tribune publiée le 9 octobre 2018. Lire aussi Examen de passage réussi pour le projet de pacte mondial pour l’environnement.

« L’ONU doit adopter le Pacte mondial pour l’environnement »

Le 10 mai 2018, l’Assemblée générale des Nations unies (ONU) a adopté à une très large majorité une résolution ouvrant la voie à la négociation d’un Pacte mondial pour l’environnement. Ce traité international regrouperait dans un texte unique les grands principes juridiques qui guident l’action environnementale.

Depuis plus de trente ans, la communauté internationale des juristes appelle les Etats à l’adoption d’un tel texte, depuis les experts juridiques du rapport Brundtland de 1987 jusqu’au projet de Pacte sur l’environnement et le développement de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) de 1995 et celui élaboré, en 2017, par un groupe d’experts, composé d’une centaine de juristes issus de quarante pays du Sud et du Nord, représentant toutes les traditions juridiques.

En 2015, l’adoption des Objectifs de développement durable et de l’accord de Paris sur le climat (COP 21) a créé une dynamique mondiale nouvelle en faveur de la protection et de la conservation de l’environnement. Ces textes ont marqué des avancées majeures.

Toutefois, les atteintes à l’environnement persistent et sont même d’une gravité sans précédent. Les années 2017 et 2018 ont été marquées par des températures record. La biodiversité continue de se dégrader à grande vitesse. Il est nécessaire de franchir une nouvelle étape. Au-delà de la question du climat, le besoin se fait sentir d’un texte plus global, fixant les principes directeurs de la gouvernance mondiale de l’environnement.

La pierre angulaire du droit international

Avec le Pacte mondial pour l’environnement, la communauté internationale se doterait pour la première fois d’un traité à caractère général, couvrant l’ensemble des domaines de l’environnement. Pierre angulaire du droit international de l’environnement, le Pacte constituerait un « umbrella text » permettant de créer un lien entre les différents traités sectoriels existants (climat, biodiversité, déchets, pollution, etc.).

Le Pacte n’entend pas se substituer à ces textes. Au contraire, il vise à les compléter et à en faciliter la mise en œuvre. Il pourrait ainsi combler leurs lacunes ou encore s’appliquer cumulativement à eux, lorsqu’il n’y a pas d’incompatibilité, afin de leur donner davantage d’effectivité et d’efficacité.

S’agissant de son contenu, ce nouveau traité refléterait les principes environnementaux partagés par la plupart des Constitutions dans le monde et consacrés dans certains textes internationaux importants mais sans valeur juridique, comme la Charte mondiale de la nature de 1982 ou la déclaration de Rio sur l’environnement et le développement de 1992.

Il bénéficierait à tous les acteurs de la gouvernance de l’environnement, en rassemblant de façon systématique, en tant que socle minimal, les dispositions internationales, constitutionnelles et législatives déjà existantes dans de nombreux pays.

Harmonisation des règles du jeu

Dans chaque Etat, le législateur y trouverait des références pour l’adoption de lois plus protectrices de l’environnement. Les Cours suprêmes y puiseraient une inspiration commune pour consolider, dans le cadre d’un dialogue entre les juges, les fondements d’un droit global de l’environnement. Les citoyens et les organisations non gouvernementales verraient leurs droits environnementaux renforcés. Les entreprises tireraient parti de cette harmonisation des règles du jeu au plan mondial, qui favoriserait une plus grande sécurité juridique et des conditions de concurrence équitable.

Alors que sont célébrés les soixante-dix ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, et cinquante ans après l’adoption des deux pactes internationaux de 1966, relatifs l’un aux droits civils et politiques et l’autre aux droits économiques, sociaux et culturels, le moment est venu de franchir une nouvelle étape dans l’histoire du droit international.

C’est pourquoi nous appelons à l’adoption d’un troisième Pacte consacrant une nouvelle génération de principes fondamentaux : les droits et devoirs relatifs à la protection de l’environnement.

Les premiers signataires de cette tribune sont : Yann Aguila, président de la Commission environnement du Club des juristes ; Antonio Herman Benjamin, juge à la Haute Cour nationale du Brésil, président de la Commission mondiale du droit de l’environnement de l’UICN ; Laurent Fabius, ancien président de la COP21 ; Bruce Ackerman, Sterling professeur de droit et de sciences politiques, université de Yale ; Laurence Boisson de Chazournes, professeure, université de Genève ; David Boyd, professeur de droit, de politique et de développement durable, université de la Colombie-Britannique, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme et l’environnement ; Robert Carnwath, juge à la Cour suprême du Royaume-Uni ; Parvez Hassan, avocat à la Cour suprême du Pakistan, président émérite de la Commission mondiale du droit de l’environnement de l’UICN ; Marie Jacobsson, ancienne membre de la Commission du droit international des Nations unies de 2007 à 2016 et rapporteure spéciale ; Donald Kaniaru, ancien directeur de la mise en œuvre environnementale au PNUE ; Swatanter Kumar, ancien juge à la Cour suprême indienne, ancien président du National Green Tribunal indien ; Luc Lavrysen, juge à la Cour constitutionnelle de Belgique, président du Forum européen des juges pour l’environnement ; Pilar Moraga Sariego, professeure au Centre du droit de l’environnement, université du Chili ; Tianbao Qin, professeur, université de Wuhan, secrétaire général de la Société chinoise de droit de l’environnement et des ressources naturelles ; Nicholas A. Robinson, professeur à l’Ecole de droit Elisabeth Haub, université de Pace, New York ; Jorge E. Vinuales, professeur, université de Cambridge, président du Comité d’examen du respect des dispositions du Protocole sur l’eau et la santé de la CEE-ONU/OMS-Europe ; Margaret Young, professeure associée, université de Melbourne.

Partager cet article
Repost0
9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 12:11

Pour lutter contre le réchauffement de la planète, il faudra aussi freiner la croissance démographique, estime dans une tribune ce collectif de scientifiques. Tribune publiée le 9 octobre 2018 dans Le Monde.

Ces dernières semaines, depuis la démission de Nicolas Hulot, les manifestes et articles dans les journaux se multiplient pour tirer la sonnette d’alarme et appeler les pouvoirs publics à engager une action vigoureuse et immédiate en faveur de l’environnement : réduire notre consommation d’énergie polluante et notre production de déchets, accroître l’efficacité environnementale de nos modes de production, etc.

Mais il est frappant de constater que la croissance démographique est la grande absente de ces prises de position : on fait comme si démographie et environnement étaient deux sujets séparés, alors qu’ils sont indissociablement liés.

En effet, si les efforts pour améliorer l’efficacité environnementale des pays développés restent la première priorité à court terme, à moyen et long terme, les effets combinés de la croissance à venir de la population et de l’augmentation inéluctable de la consommation par habitant (à la fois dans les pays développés et encore plus dans les pays en voie de développement) conduisent à une véritable catastrophe pour notre planète : destruction de la biodiversité, ressources en eau menacées, montée des eaux par fonte des glaciers, raréfaction des ressources halieutiques, épuisement et salinisation des terres cultivées, réchauffement de plus de 5 °C en 2100 en France avec des pointes à plus de 50 °C, déplacements massifs de populations.

Pour éviter cette catastrophe il faudra, donc, et avant tout dans les pays développés, réduire fortement nos émissions de gaz à effet de serre : c’est la transition énergétique. Mais on ne pourra pas faire l’impasse sur une réduction importante de l’accroissement de la population mondiale : c’est la transition démographique, non achevée dans bien des régions du monde.

11,2 milliards d’humains en 2100 ?

La population mondiale a déjà crû de façon exponentielle : elle est passée de 2 à 7,6 milliards entre 1950 et 2017 ! Les dernières prévisions démographiques de l’ONU, qui datent de 2017 et qui font autorité en la matière, nous indiquent dans une hypothèse moyenne que la population mondiale atteindra 8,6 milliards en 2030, 9,8 en 2050 et 11,2 en 2100. Et il est intéressant de noter que ces projections moyennes ont une tendance nette à la hausse : en 2011, l’ONU prévoyait 10,1 milliards d’habitants en 2100… Tous les continents sont concernés, mais l’Afrique concentrera un peu plus de 50 % de cette croissance d’ici à 2050 et plus de 85 % d’ici à 2100 (le continent est supposé, toujours selon l’hypothèse moyenne, atteindre 4,3 milliards d’habitants en 2100).

En pleine COP23, qui se tenait à Bonn (Allemagne) en 2017, 15 000 scientifiques du monde entier ont publié un appel urgent concernant l’habitabilité de la planète. Il y est recommandé entre autres des mesures démographiques allant dans le sens d’une forte réduction du taux de fécondité. Cela concerne plusieurs régions du monde, mais nous prenons ici l’exemple de l’Afrique, de par sa proximité culturelle avec la France, et parce qu’il s’y est produit un événement important auquel nous proposons de réagir positivement.

Il s’agit de la conférence de Ouagadougou (Burkina Faso) de juillet 2017 au cours de laquelle les présidents des Parlements des 15 pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) plus le Tchad et la Mauritanie ont élaboré une charte. Conscients qu’une trop forte démographie est un obstacle à leur développement économique, ils se sont engagés à œuvrer pour faire baisser leurs indices de fécondité respectifs à trois enfants par femme au plus d’ici à 2030.

Ils partent de l’idée que c’est aux femmes de décider combien elles veulent d’enfants, quand et avec qui. Mais il faut qu’elles soient éduquées, il faut des agents de santé qui aillent à domicile pour proposer une gamme de contraceptifs, il faut diffuser des messages audios à la communauté dans les différents dialectes, en utilisant par exemple les téléphones portables.

Tout cela est possible : certains pays, comme l’Ethiopie par exemple, ont dégagé des moyens et obtenu des résultats fort encourageants.

Se servir du financement de la COP21

Tout cela coûte cher, mais peut être financé dans le cadre de budgets déjà décidés, sans engagements supplémentaires. Les signataires demandent que la France et l’Europe aident ces courageux Etats africains à mettre en place leur programme de baisse de la fécondité. Dans le cadre des accords signés lors de la COP21 à Paris en 2015, les pays riches se sont engagés à verser aux pays moins riches 100 milliards de dollars par an pour lutter contre le changement climatique.

Comme il est clair que la démographie a un impact direct sur les augmentations de dioxyde de carbone et sur le climat, il est parfaitement légitime de consacrer une part significative de cette aide aux programmes de « santé reproductive », terme utilisé pour désigner la contraception et le planning familial. Une telle politique offrirait aussi la possibilité d’améliorer le bien-être et la qualité de vie des femmes qui sont le plus souvent les premières à souffrir de la situation actuelle.

Il faut aussi tout faire pour favoriser le développement économique des régions pauvres à forte natalité, car c’est un des meilleurs moyens, grâce en particulier à l’éducation des femmes, de les amener à changer leurs comportements et à réduire le nombre de leurs enfants.

C’est sans doute le défi le plus important que nous ayons collectivement à résoudre dans les vingt prochaines années. Freiner la croissance de la population est une nécessité absolue pour sauver l’habitabilité de notre planète d’un désastre annoncé. Car il n’ y a pas de planète B.

Liste des signataires : Jean-Claude André, Académie des sciences ; Jacques Bentz, président Tecnet participations ; Jean-Loup Bertaux, planétologue, directeur de recherche émérite CNRS, Académie de l’air et de l’espace ; Albert Bijaoui, astrophysicien, Académie des sciences ; Jacques Blamont, conseiller auprès du président du CNES, Académie des sciences ; Philippe Blime, chef d’entreprise ; Christian Bordé, physicien, Académie des sciences ; Roger-Maurice Bonnet, ancien directeur scientifique de l’Agence spatiale européenne ; Guy Brasseur, ancien directeur à l’Institut Max Planck de météorologie de Hambourg (Allemagne) et directeur associé du National Center for Atmospheric Research (Etats-Unis) ; Marie-Lise Chanin, Académie des sciences ; Claude Darmon, chef d’entreprise ; Bruno David, président du Museum national d’histoire naturelle ; Bernard Esambert, président de l’Institut Georges Pompidou ; François Forget, planétologue, Académie des sciences ; Alain Hauchecorne, Académie de l’air et de l’espace ; Georges Jobert, professeur honoraire université P.-et-M.-Curie ; Rosine Lallement, Académies des sciences des Etats-Unis et de Russie ; Serge Michaïlof, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et à la Fondation pour la recherche en développement international (Ferdi) ; Michel Pébereau, Académie des sciences morales et politiques ; Jean-Claude Pecker, astrophysicien, Académie des sciences ; Philippe Waldteufel, directeur de recherche émérite CNRS.

Partager cet article
Repost0
8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 10:55

Limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C ? Encore possible, à condition d’aller vite vers des objectifs concrets, montrent les experts scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dont le rapport spécial sort aujourd’hui 8 octobre. Ce nouveau signe de l’échec des gouvernements intensifie les mobilisations au sein de la société civile, ONG, associations, réseaux, villes, régions, entreprises... Plus qu’un défi technologique de réduction des émissions de carbone, faire muter l’économie et les modes de vie dépend de la société et des décideurs. D’après Politis et Le Parisien le 8 octobre 2018.

Une action de Greenpeace sur le glacier d'Aletsch en Suisse, 2007 - Photo Fabrice Coffrin/AFP

Une action de Greenpeace sur le glacier d'Aletsch en Suisse, 2007 - Photo Fabrice Coffrin/AFP

Dans les tout derniers instants de la fameuse COP 21, conclue en décembre 2015 par la signature de l’accord de Paris sur le climat, une petite extension a été jointe au paragraphe des objectifs. Il est entendu depuis longtemps qu’il s’agit de ne pas dépasser 2 °C d’augmentation de la température planétaire moyenne, conformément aux préconisations de la communauté scientifique, qui explique qu’au-delà la dérive de l’ensemble du système climatique risque fort de conduire à des bouleversements incalculables (hausse de plusieurs mètres du niveau des mers, Amazonie transformée en savane, etc.). Mais les petits pays insulaires, notamment, qu’un monde à + 2 °C risque de voir disparaître, submergés par les océans, ont insisté pour que l’on mentionne une perspective plus exigeante : « Et poursuivre les efforts » vers l’horizon + 1,5 °C.

Le Giec a donc été saisi pour produire un rapport spécifique sur cette ambition, cernée par deux questions : quelle différence attendre de ce 0,5 °C gagné dans la bataille climatique ? Et comment y parvenir ?

La réponse à la première question est sans appel : il y a un univers d’écart entre les deux plafonds. Et si les chiffres varient, parfois largement, d’une étude à l’autre, selon la méthode ou le périmètre d’observation retenus, la tendance globale ne se dément pas. Résumé de Lucile Dufour, qui suit les négociations internationales au Réseau action climat (RAC) : « Chaque dixième de degré compte pour éviter des conséquences dramatiques pour les populations et la planète. » Et la compilation réalisée par le Giec, renforcée par les travaux parus depuis la date limite de réception que le groupe s’est donnée (fin 2017), montre aussi qu’un monde à + 2 °C, et même à + 1,5 °C, est déjà dramatiquement changé par rapport à celui que nous connaissons, plus chaud déjà de 1 °C depuis le début de l’ère industrielle. Ainsi, de nombreux récifs de coraux sont d’ores et déjà irrémédiablement condamnés.

L’indicateur géophysique le plus parlant est la hausse du niveau des mers : celle-ci est due à la dilatation des eaux par réchauffement et surtout, actuellement, aux glaciers terrestres, dont la vitesse de fonte est beaucoup plus rapide qu’auparavant. Une hausse de 2 °C au lieu de 1,5 °C reviendrait par exemple à « accepter » 120 cm d’élévation du niveau des mers au lieu de 90 cm à long terme (on approche déjà des 30 cm) : ce sont des centaines de millions de personnes qui devraient fuir leur lieu de vie actuel, notamment sur les terres rases du golfe du Bengale.

Le régime des pluies, crucial pour l’agriculture de nombreux pays africains et asiatiques, serait moins perturbé : à + 1,5 °C, le rendement de certaines céréales ne chuterait « que » de 45 % au lieu de 60 %, rapporte l’ONU, observatrice de la sécurité alimentaire. Et les trois quarts des pays sensibles (Moyen-Orient, Afrique subsaharienne, Asie centrale et du Sud-Est, Amérique du Sud) subiraient une moindre augmentation de leur vulnérabilité à l’insécurité alimentaire. Selon une étude chinoise, le nombre de personnes exposées à des précipitations extrêmes diminuerait de 20 à 40 %. L’impact est spectaculaire pour la biodiversité : en rester à + 1,5 °C permettrait de conserver 14 % du globe comme zone refuge pour les espèces vivantes, au lieu de 5,5 %. Et de réduire de plus de 45 % le nombre d’espèces qui risquent de voir leur habitat naturel réduit de moitié.

Les chercheurs évaluent aussi les conséquences socio-économiques. Dépasser le seuil de + 1,5 °C pourrait provoquer une baisse très importante de la croissance des pays proches de l’équateur. Plus de 100 millions de personnes pourraient voir leur état de pauvreté s’aggraver encore. C’est un grand classique : ces populations, dont la responsabilité est marginale dans le dérèglement climatique, s’apprêtent à en encaisser la plus lourde facture. Inondations et sécheresses vont s’intensifier, avec leurs cortèges de décès, et plusieurs maladies véhiculées par des insectes vont étendre leurs zones d’endémisme – paludisme, dengue, maladie du Nil occidental, maladie de Lyme.

L’International Institute for Applied Systems Analysis (IIASA) a réalisé une étude originale et très frappante tant elle est démonstrative : à + 1,5 °C, 1,5 milliard de personnes (20 % de la population mondiale) présenteront en 2050 un risque modéré à élevé pour deux des trois secteurs vitaux : eau, énergie, alimentation-environnement.

Avec + 2 °C, ce sont 2,7 milliards de personnes qui seraient affectées, et vivant à plus de 90 % en Afrique et en Asie.

Question fort préoccupante, puisqu’elle détermine la marge de manœuvre qu’il reste à l’humanité : à quel moment le climat entrera-t-il dans la zone rouge ? Alors que les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse depuis trois ans dans le monde, le rythme du réchauffement s’accélère, et, si la tendance se poursuit, la planète franchira les 1,5 °C en 2040, selon le Giec. Mais les évaluations varient, parce que les dynamiques actuelles, généralement aggravantes, prennent souvent les chercheurs à contre-pied. Pour l’Institut météorologique britannique (le Met Office), le franchissement pourrait déjà avoir lieu au milieu de la décennie prochaine !

Dès lors, la réponse à la seconde question est globalement pessimiste. « Il est encore possible d’un point de vue géophysique de contenir le réchauffement à 1,5 °C, explique Myles Allen, de l’université d’Oxford, qui organisait mi-septembre une grande conférence sur le sujet. Mais cela signifie qu’il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20 % pour gagner 0,1 °C dans cette bataille ! Mais ce n’est pas la théorie qui déterminera les options, les politiques évalueront d’abord ce qui est praticable… »

La réponse ne réside en tout cas pas du côté de la technologie, insiste Michael Oppenheimer, de l’université Princeton. « C’est d’abord un défi de société : sommes-nous prêts à décarboner massivement notre économie ? Et surtout : les pays du Nord sont-ils disposés à modifier substantiellement leur mode de vie ? » Pour Simon Bullock, responsable de campagnes d’interpellation du réseau européen des Amis de la Terre, « c’est possible, bien sûr, si l’on comprend qu’il faut agir tout de suite et fort : plus besoin de débats pour s’en convaincre ».

La vertu principale de ce rapport du Giec, estime Lucile Dufour, est d’apparaître « comme la preuve scientifique définitive que la bataille de 1,5 °C est avant tout une question politique ». Avec des bénéfices attendus, s’il faut séduire du côté économique et social : limiter les émissions abaissera la pollution atmosphérique, cause de centaines de milliers de décès par an ; mettre le paquet sur l’isolation thermique des bâtiments et le basculement vers les énergies renouvelables fait miroiter la création de millions d’emplois durables, etc.

Le rapport du Giec tente de scénariser des trajectoires possibles vers le Graal 1,5 °C. La première étape consiste à inverser très rapidement la tendance actuelle, la hausse des émissions, pour les faire ensuite décroître drastiquement. Si les estimations varient quant au volume du « reste à émettre » (et donc au délai octroyé pour tenir l’objectif), une grande majorité s’accorde sur la nécessité absolue et prioritaire d’éradiquer, à terme rapproché, le charbon de la palette énergétique. C’est la source fossile la plus fortement émettrice de CO2 et encore la plus utilisée pour produire de l’électricité dans le monde.

La notion de neutralité carbone, consacrée pour la première fois comme objectif collectif à l’échelle internationale dans l’accord de Paris, devrait guider un bon nombre de décisions politiques. « Ce texte parle d’atteindre la neutralité carbone dans la seconde moitié du siècle, précise Lola Vallejo, directrice du programme climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Mais elle représente un moment dans l’action climatique, un point de passage, et pas une fin en soi. Nous ne devons pas arriver à la neutralité et nous arrêter là. »

L’objectif pourrait être définitivement hors de portée, selon certains scénarios moins volontaristes, si l’on n’a pas recours à des mécanismes d’absorption du CO2 émis dans l’atmosphère. Le plus acceptable consiste à planter de vastes forêts, qui feraient le travail pendant la période de croissance des arbres (1). À condition qu’elles restent sur pied et que les risques de conflits d’usage soient réduits, notamment pour les petits paysans des zones tropicales, que la disponibilité des terres et la vitesse de croissance de la végétation rendent favorables aux projets de forêts fixatrices de CO2. Variante : orienter l’agriculture vers des pratiques favorisant l’absorption de CO2. Là encore, rien ne dit que l’intérêt des populations locales, notamment leur autonomie alimentaire, ne pâtirait pas de cet objectif climatique présenté comme prioritaire. « Mais ces technologies ne sont pas la panacée, car elles sont encore balbutiantes, et il serait dangereux de ne se reposer que sur elles », prévient Lola Vallejo.

Et puis restent les fantasmes de la géo-ingénierie, qui font hurler les écologistes. Cette approche technocratique du problème climatique consiste à agir massivement sur des mécanismes naturels pour réduire les radiations solaires (réflecteurs spatiaux, formation de nuages par ensemencement de l’atmosphère, etc.) ou accélérer l’absorption du CO2 par les océans (en « engraissant » les micro-algues marines, en favorisant la formation de calcaire…). Parmi ces hypothèses d’apprentis sorciers, dont plusieurs n’ont connu que des expérimentations limitées et peu convaincantes, se détache l’épouvantail de l’époque : la capture et la séquestration du CO2 dans des couches géologiques profondes. Il s’agit de canaliser les émissions des centrales à charbon pour les injecter dans d’anciennes veines d’énergies fossiles vides. Cette technologie séduit par son potentiel théorique, mais elle n’est pas vraiment au point, et son coût la rend pour le moment hypothétique. Jusqu’à quand ? Certaines expérimentations, dans le Sahara algérien par exemple, ont montré que les veines de stockage pouvaient relarguer une partie du CO2 dans l’atmosphère : une bombe radicale léguée aux générations futures.

(1) À maturité, l’absorption (par la photosynthèse) et le rejet (par la « respiration ») du CO2 se compensent.

Partager cet article
Repost0
7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 09:07

La contestation grandit au sein de l’Office national des forêts. À l’appel d’une large intersyndicale, les agents organisent cet automne une « marche pour la forêt ». L’objectif : défendre ce « bien commun » menacé par des choix productivistes. D'après Alexandra Chaignon le jeudi 4 octobre 2018 pour l’Humanité. Lire aussi « Le Temps des forêts » : l’exploitation de la forêt est entrée dans la démesure et Sylvothérapie : « les bains de forêt » améliorent votre santé.

Marche à Mulhouse vers la forêt de Cerilly, le 26 septembre. Thierry Gachon/Photopqr/L’Alsace/Maxppp

Marche à Mulhouse vers la forêt de Cerilly, le 26 septembre. Thierry Gachon/Photopqr/L’Alsace/Maxppp

 « On vient de traverser la forêt du Doubs. On y trouve encore une grande variété de feuillus gigantesques, avec une véritable biodiversité. » Garde forestier au sein de l’ONF (Office national des forêts) mais aussi secrétaire général du syndicat Snupfen Solidaires, Philippe Berger ne se lasse pas d’évoquer ce « bien commun », « malheureusement » de plus en plus soumis aux lois du marché. C’est pourquoi, depuis le 26 septembre dernier, il participe quotidiennement à la « marche pour la forêt », une initiative portée par le personnel de l’ONF, constitué en une large intersyndicale, avec le soutien d’associations environnementales, pour dénoncer « l’industrialisation de la forêt publique et la privatisation de sa gestion ».

Philippe Berger, lui, est parti de Mulhouse – sachant que trois autres parcours coexistent (au départ de Strasbourg, Perpignan et Valence), pour converger à pied en forêt de Tronçais, dans l’Allier, le 25 octobre, où un grand rassemblement s’y déroulera. « Chaque jour, nous sommes entre 25 et 60 à marcher », constate le syndicaliste, tout en expliquant les origines de cette action. Celle-ci s’inscrit dans une lutte opposant depuis des années les agents à leur direction, sur fond de réforme : saignée des effectifs, dégradation des conditions de travail, instauration de critères de rentabilité. « La marche, c’est le résultat d’une longue exaspération », résume Gilles Quentin, de la CGT forêt.

Un modèle économique intenable

La racine du problème, tous les syndicats la dénoncent, c’est la privatisation de la gestion des forêts. Depuis sa création, en 1964, l’ONF tire l’essentiel de ses revenus de la vente de bois. En 2016, le dernier contrat d’objectifs et de performance pluriannuel prévoit de prélever en 2020 environ 1 million de mètres cubes de bois supplémentaires par rapport à 2014. « Ce mode de financement est bancal : le cours du bois n’ayant cessé de chuter depuis cinquante ans, cela accentue la pression pour toujours couper plus de bois, explique le secrétaire du Snupfen. On se retrouve à remplir des objectifs de coupe commerciale du bois, en contradiction avec la gestion à long terme que nécessite la forêt. Accaparés par les tâches les plus rentables, on est contraint d’en délaisser d’autres, décisives, comme l’entretien des forêts, l’accueil du public ou la surveillance… »

Découpe forestière et sociale

« Protection, biodiversité et accueil du public sont sacrifiés sur l’autel de la rentabilité de court terme. Les forêts sont de plus en plus considérées comme de vulgaires usines à bois à mettre au service de l’industrie », dénonce l’intersyndicale dans un tract. « Le personnel souffre d’une perte de sens », confie Gilles Quentin, évoquant « une période noire qui a abouti à des suicides ». Sans parler du climat social délétère, dénoncé par l’intersyndicale, qui a poussé en septembre 2017 cinq syndicats à démissionner des instances représentatives du personnel de l’ONF. « Le dialogue est rompu avec cette direction, qui va jusqu’à mettre les syndicats au tribunal », illustre la CGT. Sans compter qu’entre 2002 et 2016 un quart des effectifs a été supprimé. « Nous étions 16 000 en 1986. Aujourd’hui, on est à 8 500. On est à l’os. On n’est plus en capacité physique d’assurer la gestion des forêts », estime Philippe Berger. « 226 suppressions sont prévues en 2019. Et 1 600 postes en moins d’ici à 2022, a calculé Gilles Quentin. En outre, lorsqu’il remplace, l’office embauche des salariés de droit privé et non plus des fonctionnaires. Quand les fonctionnaires seront minoritaires, le statut de l’établissement changera. L’objectif, c’est la privatisation de l’établissement. L’ONF a été configuré pour devenir une entreprise privée. »

« Cette pression aboutit à une perte de la biodiversité, alerte également Philippe Berger. Un chêne, c’est 160 à 250 ans. Du coup, les industriels mettent une forte pression pour que l’on reboise plus de résineux, à la croissance rapide. En clair, on demande à la forêt de s’adapter à l’industrie. On est en train d’industrialiser la forêt. Aujourd’hui, on assiste à une fuite en avant de surproduction de bois qui va au-delà de la capacité de la forêt à se renouveler. 

Partager cet article
Repost0
6 octobre 2018 6 06 /10 /octobre /2018 09:08

Notre mouvement est celui de la vie en marche, et rien ne l’arrêtera plus. Ce texte a été lu au cours du rassemblement devant la mairie des Lilas, cf Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30, et Nous voulons des coquelicots....

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...Les amis des coquelicots étaient bienvenus...
Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Etes-vous dix ce soir, ou cent, ou mille ? Quel que soit votre nombre, recevez de l’association « Nous voulons des coquelicots » un vibrant merci. Ou mieux, comme on dit ailleurs, un abrazo, c’est-à-dire une étreinte, une accolade. Notre mouvement est avant tout celui d’humains parlant à d’autres humains, sur un ton différent de celui des langues de bois habituelles. Notre mouvement est celui de la vie en marche, et rien ne l’arrêtera plus.

Nous vous devons quelques explications. Nous ne savons plus, nous ne voulons plus savoir comment tout a commencé. Et c’est très bien, car tout ce qui se crée autour de nous appartient aussitôt à tout le monde. Disons que nous avons été saisis, emportés par le besoin d’agir enfin, sans chefs ni argent, simplement parce que nous n’avons plus le temps. Nous savons, et vous savez, que de merveilleuses formes vivantes sont envoyées au tombeau par la dissémination des pesticides.

Inutile de trop insister, car si vous êtes là, c’est que vous en savez autant que nous. Mais nous voulons dire l’obligation qui nous est faite d’unir toutes les forces sociales, et morales, disponibles. Nous prônons un sursaut. N’ayons pas peur des mots : nous souhaitons un sursaut historique qui montrera enfin à qui gouverne que cela ne peut plus durer. Ce qui est en jeu est sacré, et ne saurait être négocié avec qui que ce soit. Nous sommes et nous serons chaque jour un peu plus le peuple, celui qui dans un pays démocratique fait la loi.

Tant de désillusions parsèment le chemin de la liberté. Sincèrement, nous n’avons plus l’espoir que la solution puisse surgir de la politique classique. Toutes les tendances ont accepté ou défendu l’invasion du monde par les pesticides. Nous en sommes encore à discuter de l’interdiction du glyphosate, alors qu’une toute nouvelle étude montre que ce poison de Monsanto s’attaque aussi, comme les néonicotinoïdes, interdits depuis le 1er septembre, aux abeilles. La vérité, qui l’ignore encore ? L’industrie des pesticides se renforce d’année en année malgré les preuves du crime, et trouve assez d’appuis dans l’administration de l’Etat français pour commercialiser trois molécules quand une seule est interdite.

Amis des coquelicots, avez-vous entendu parler des SDHI, ces pesticides utilisés massivement sur le blé des plaines ? Non, probablement. Des scientifiques de l’Inra, de l’Inserm, du CNRS pensent qu’ils sont la cause de très graves maladies chez les enfants et les adultes. Combien faudra-t-il de morts ? Un million, cinq, dix ?

Mais notre Appel ne s’intéresse pas seulement aux hommes. Tout ce qui est vivant est désormais contaminé, et menacé. Les oiseaux, les insectes dont nos sublimes abeilles, les papillons, les eaux. Est-ce possible ? En tout cas, c’est devenu insupportable. Et parce que c’est devenu insupportable, il faut se lever. Sans plus attendre une seconde.

La mobilisation que nous menons avec vous n’a pas de précédent. Cette ruse est souvent utilisée pour mobiliser les troupes, mais nous pensons en effet que nous créons une coalition toute nouvelle. Ce mouvement nous oblige tous à sortir de ce que nous sommes d’habitude. Oui, il faut un peu s’oublier. Trouver du temps et de l’énergie pour une cause supérieure à nous tous. C’est compliqué, c’est évidemment difficile, mais nous vous le disons sans hésiter : sans un mouvement personnel, constant, héroïque – lâchons le mot -, l’Appel des coquelicots apparaîtra demain comme une dérisoire tentative.

Notre objectif est limpide : forts de 5 millions de soutiens, nous contraindrons nos gouvernants. Comment ? Nous aurons l’occasion d’en reparler, mais soyez certains que nous avons beaucoup à dire sur la question. Au-dessous, nous en resterions à une pétition, que nous considérons comme une antithèse de notre Appel.

L’Appel des coquelicots est en effet un Appel à, l’action et retenez-bien ces mots : le 5 octobre n’est que le premier de 24 rendez-vous mensuels. Même si le premier n’est pas à la hauteur de nos espérances communes, comprenez que nous allons tous apprendre. En octobre 2020, nous serons des millions devant les mairies de France. Et bien avant cela, vous tous, individus et comités divers, vous aurez trouvé, imaginé, créé des milliers d’événements de toute taille, de toute sorte, en soutien à notre Appel commun.

Amis des coquelicots, tout – rigoureusement tout – repose sur vous. Vos idées et enthousiasmes, vos poèmes, vos cris, vos amis, vos enfants, votre joie de vivre. N’oubliez surtout pas de prendre des photos de tous les rassemblements, et de noter des impressions, avant de tout envoyer à l’adresse : coquelicots@nousvoulonsdescoquelicots.org

Le site nousvoulonsdescoquelicots.org en rendra compte autant qu’il nous sera possible. Amis des coquelicots, votre présence est un bonheur. On vous embrasse. Nous allons gagner.

L’équipe de « Nous voulons des coquelicots ».

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

L'écologie aux Lilas et au Pré ...

Pour une restauration scolaire de qualité, durable, équitable, accessible aux Lilas

Les zadistes de Gonesse ont-ils raison de s’opposer à une gare en plein champ ?

Une nouvelle ZAD près de chez vous

Pour le projet CARMA contre la reprise des travaux de la gare "Triangle de Gonesse"

Les Lilas écologie - en campagne pour gagner

Les Lilas Ecologie en campagne

Le gouvernement abandonne Europacity, pas l’artificialisation des terres agricoles

Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre

Aux Lilas, les citoyens s’unissent pour produire de l’électricité verte

Les promoteurs, les arbres et la cité - lettre ouverte à BNP Paribas

Toxic Tour de Pantin à Romainville dimanche 16 juin 2019

Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050

Merci aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens qui ont voté " Pour le climat, tout doit changer ! "

Pollution de l’air dans les écoles et crèches franciliennes

Volonté politique de créer une régie publique de l’eau à Est Ensemble, mythe ou réalité ?

À la base … un revenu ?

Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h

La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique

La Forêt passe à l'attaque !

Plâtre et béton sur la Corniche

Agir ensemble pour les Coquelicots le 7 décembre

Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts

Destruction des océans, sur-pêche, pêche électrique... avec Bloom mardi 20 novembre

À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas