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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

27 septembre 2018 4 27 /09 /septembre /2018 12:12

Une commission d’enquête parlementaire invite les industriels de l’agroalimentaire à utiliser moins de sel, de gras, de sucre et d’additifs dans leurs produits, qui augmentent les risques d’obésité, et éduquer les enfants à bien manger. D’après Le Parisien, Le Monde et AFP le 26 septembre 2018. Lire aussi L’Agriculture au glyphosate reste en Travert de la gorge des consommateurs, Cantines scolaires : deux fois trop de viande dans les assiettes et Ces parents qui mijotent une cantine publique.

LP/Delphine Goldsztejn

LP/Delphine Goldsztejn

Après six mois de travail et une quarantaine d’auditions, la commission d’enquête parlementaire sur l’alimentation industrielle a voté son rapport, mercredi 26 septembre, à l’Assemblée nationale. Additifs, aliments trop sucrés, trop salés, transformés sont dans la ligne de mire de cette commission, constituée à la demande du groupe de La France Insoumise (LFI).

Elle veut s’attaquer à la malbouffe, et à ses effets sur la santé. Les autorités sanitaires alertent depuis des années, notamment sur le lien entre la mauvaise alimentation et le surpoids, l’obésité, les maladies chroniques… « En 2030, on estime qu’il y aura au moins 30 millions de personnes obèses ou en surpoids en France : c’est un problème de santé publique », alerte la députée Michèle Crouzet (LREM) rapporteure de cette commission que préside Loïc Prud’homme (La France Insoumise). « Il n’est pas trop tard pour ne pas en arriver là et sauvegarder une alimentation saine et durable », juge-t-elle.

Plusieurs propositions sont ainsi formulées pour « reprendre le pouvoir sur nos assiettes », revendique Loïc Prud’homme, député LFI qui préside la commission. « Une mauvaise alimentation rend malade, voire tue », insiste-t-il, ajoutant que le législateur doit s’en emparer « de façon urgente ».

La composition des produits a été passée au crible, et le premier axe de propositions des députés est de réduire le nombre d’additifs autorisés dans les produits transformés et ultra-transformés, de 338 autorisés aujourd’hui, à 48 d’ici à 2025, c’est-à-dire ceux qui sont aujourd’hui autorisés dans l’alimentation biologique. Le nombre d’additifs utilisés dans un seul produit serait aussi limité. Les industriels sont aussi invités à réduire la teneur en contaminants et résidus dans aliments et emballages.

De même, il est demandé d’interdire le dioxyde de titane, un additif alimentaire très courant. Le rapport fustige aussi les composants néoformés, notamment dans l’alimentation infantile. Plusieurs études ont récemment pointé le lien entre la consommation de ces aliments ultra-transformés et le risque de cancer. « Ces produits sont un fléau pour notre alimentation », estime Loïc Prud’homme, qui s’interroge aussi sur les possibles effets cocktail de ces substances.

Autre axe de réflexion des députés : limiter « réglementairement » la teneur en sel, en sucres et en acides gras saturés des aliments transformés, car leur abus favorise des maladies chroniques, notamment cardio-vasculaires. « L’Organisation mondiale de la santé recommande une consommation de sel limitée à 5 grammes par personne et par jour, alors qu’on est aujourd’hui à une fourchette comprise entre 10 et 12 grammes », soulignait en août la rapporteure de la commission et députée LRM, Michèle Crouzet.

Un temps évoquée, la taxe sur les produits trop salés n’a pas été retenue. Mais la commission préconise de faire respecter les teneurs en sel des produits de panification à 18 grammes par kilo de farine, déjà préconisée par l’Anses depuis 2002, « un non-respect qui sera financièrement sanctionné » - en visant 16 grammes dans trois ans. Aujourd’hui, 30 % des apports quotidiens en sel viennent du pain en France, souligne Michèle Crouzet.

« Accords collectifs »

« Les recommandations ne sont pas respectées », martèle Loïc Prud’homme. S’il est convaincu que seule la contrainte peut être efficace, cela ne semble pas la voie retenue par le gouvernement. Auditionné mardi 18 septembre par les membres de la commission parlementaire, le ministre de l’agriculture Stéphane Travert a plaidé en faveur de chartes de bonnes pratiques avec les industriels, afin de faire diminuer les taux de sucre, de sel et de gras dans les aliments transformés, plutôt que d’édicter des contraintes. « Je préfère privilégier cette promotion des accords collectifs », a plaidé le ministre.

Inégalités sociales

Insister sur la pédagogie. La commission préconise de renforcer « l’éducation à l’alimentation » dès l’âge de 3 ans, en rendant cet enseignement obligatoire au plus tard dans l’année scolaire 2019-2020. Le repas de midi dans les cantines scolaires devra faire partie du programme d’enseignement en faveur d’une « alimentation saine, équilibrée et durable et de la lutte contre le gaspillage alimentaire », indique le rapport parlementaire.

Des commissions des menus devront obligatoirement être mises en place au sein des établissements scolaires, avec la participation de parents et des élèves.

Les parlementaires veulent aussi améliorer la restauration collective par un recours accru à la filière biologique, que ce soit dans les cantines scolaires, les Ehpad, les établissements de soins, tout en travaillant sur le gaspillage alimentaire. Les cuisiniers de la restauration collective devront être mieux formés afin d'« améliorer la qualité des repas servis en milieu hospitalier » et de « lutter contre la dénutrition des personnes âgées en Ehpad ».

Aider les plus démunis. Alors que « les personnes qui ont le moins de moyens sont les premières atteintes par l’obésité », constate Michèle Crouzet, des coupons pourraient être délivrés par les Caisses d’allocations familiales (CAF) pour leur permettre de consommer plus de fruits et légumes frais.

Il est crucial également de mieux informer le consommateur. L’une des propositions est de rendre plus contraignantes les publicités sur les produits destinés aux enfants. Il est aussi préconisé de rendre obligatoire la mise en place du Nutri-Score, le système d’étiquetage nutritionnel choisi par la France (aujourd’hui facultatif), sur les produits transformés ou ultra-transformés, et d’indiquer l’origine de ces produits, la proportion globale d’additifs… Le rapport recommande une refonte de la gouvernance de l’alimentation en France et des mesures pour lutter contre les inégalités sociales, car « les personnes qui ont le moins de moyens sont les premières atteintes par l’obésité », pointe le rapport.

 « On a posé des jalons, on espère que certains seront repris », insiste Loïc Prud’homme. « Il n’est pas trop tard pour sauvegarder une alimentation saine et durable », ajoute Michèle Crouzet, qui insiste sur la nécessité du suivi de la mise en œuvre de ces mesures.

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26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 13:05

Regards, Politis et Mediapart publient cet appel de 150 personnalités pour l'accueil des migrants, l’engagement de personnalités qui sonnent l’alerte des consciences. Pas de demi-mesures : il faut secourir et accueillir les migrants. Nous invitons celles et ceux qui l’approuvent à le rejoindre en le signant en ligne sur change.org et en le partageant sur les réseaux sociaux sous le hashtag #pourlaccueildesmigrants. Lire aussi  Etienne Balibar : « Pour un droit international de l’hospitalité », Créons un groupe international d’experts sur les migrations et l’asile et Les Etats Généraux des Migrations parrainent la Marche Solidaire.

Manifeste pour l'accueil des migrants

Partout en Europe, l’extrême droite progresse. La passion de l’égalité est supplantée par l’obsession de l’identité. La peur de ne plus être chez soi l’emporte sur la possibilité de vivre ensemble. L’ordre et l’autorité écrasent la responsabilité et le partage. Le chacun pour soi prime sur l’esprit public.

Le temps des boucs émissaires est de retour. Oubliées au point d’être invisibles, la frénésie de la financiarisation, la ronde incessante des marchandises, la spirale des inégalités, des discriminations et de la précarité. En dépit des chiffres réels, la cause de nos malheurs serait, nous affirme-t-on, dans la « pression migratoire ». De là à dire que, pour éradiquer le mal-être, il suffit de tarir les flux migratoires, le chemin n’est pas long et beaucoup trop s’y engagent.

Nous ne l’acceptons pas. Les racines des maux contemporains ne sont pas dans le déplacement des êtres humains, mais dans le règne illimité de la concurrence et de la gouvernance, dans le primat de la finance et dans la surdité des technocraties. Ce n’est pas la main-d’œuvre immigrée qui pèse sur la masse salariale, mais la règle de plus en plus universelle de la compétitivité, de la rentabilité, de la précarité.

Il est illusoire de penser que l’on va pouvoir contenir et a fortiori interrompre les flux migratoires. À vouloir le faire, on finit toujours par être contraint au pire. La régulation devient contrôle policier accru, la frontière se fait mur. Or la clôture produit, inéluctablement, de la violence… et l’inflation de clandestins démunis et corvéables à merci. Dans la mondialisation telle qu’elle se fait, les capitaux et les marchandises se déplacent sans contrôle et sans contraintes ; les êtres humains ne le peuvent pas. Le libre mouvement des hommes n’est pas le credo du capital, ancien comme moderne.

Dans les décennies qui viennent, les migrations s’étendront, volontaires ou contraintes. Elles toucheront nos rivages, et notre propre pays, comme aujourd’hui, aura ses expatriés. Les réfugiés poussés par les guerres et les catastrophes climatiques seront plus nombreux. Que va-t-on faire ? Continuer de fermer les frontières et laisser les plus pauvres accueillir les très pauvres ? C’est indigne moralement et stupide rationnellement. Politique de l’autruche… Après nous le déluge ? Mais le déluge sera bien pour nous tous !

Il ne faut faire aucune concession à ces idées, que l’extrême droite a imposées, que la droite a trop souvent ralliées et qui tentent même une partie de la gauche. Nous, intellectuels, créateurs, militants associatifs, syndicalistes et citoyens avant tout, affirmons que nous ne courberons pas la tête. Nous ne composerons pas avec le fonds de commerce de l’extrême droite. La migration n’est un mal que dans les sociétés qui tournent le dos au partage. La liberté de circulation et l’égalité des droits sociaux pour les immigrés présents dans les pays d’accueil sont des droits fondamentaux de l’humanité.

Nous ne ferons pas à l’extrême droite le cadeau de laisser croire qu’elle pose de bonnes questions. Nous rejetons ses questions, en même temps que ses réponses.

Manifeste pour l'accueil des migrants

Les 150 signataires

Christophe Aguiton, sociologue - Christophe Alévêque, humoriste et auteur - Pouria Amirshahi, directeur de Politis - Ariane Ascaride, comédienne - Jean-Christophe Attias, universitaire - Geneviève Azam, économiste - Bertrand Badie, politiste - Sébastien Bailleul,DG du CRID- Josiane Balasko, comédienne- Étienne Balibar, philosophe - Ludivine Bantigny, historienne - Pierre-Emmanuel Barré, auteur, humoriste - Lauren Bastide, journaliste, féministe - Christian Baudelot, sociologue - Edmond Baudoin, auteur, dessinateur de BD - Alex Beaupain, auteur, compositeur, interprète - François Bégaudeau, écrivain - Yassine Belattar, humoriste - Hourya Bentouhami, philosophe - Alain Bertho, anthropologue - Pascal Blanchard, historien - Romane Bohringer, comédienne - Benoît Borritz, chercheur militant - Alima Boumediene-Thiery, avocate - Rony Brauman, médecin, cofondateur de MSF - Michel Broué, mathématicien - Valérie Cabanes, juriste internationale - Hélène Cabioc’h, présidente de l’Ipam - Julia Cagé, économiste - Robin Campillo, réalisateur - Aymeric Caron, écrivain, journaliste - François Chaignaud, chorégraphe - Patrick Chamoiseau, écrivain - Paul Chemetov, architecte - Monique Chemillier-Gendreau, juriste - Mouhieddine Cherbib, Respect des libertés - Jean-Louis Cohen, historien - Cristel Cornil, enseignante-chercheuse - Marie Cosnay, écrivaine - Annick Coupé, syndicaliste - Alexis Cukier, philosophe - Jocelyne Dakhlia, historienne - Jean-Michel Daquin,architecte - Françoise Davisse, réalisatrice - Philippe de Botton, président de Médecins du monde - Laurence De Cock, historienne, Fondation Copernic - Catherine de Wenden, politologue - Christine Delphy, féministe - Christophe Deltombe, président de la Cimade - Rokhaya Diallo, journaliste, écrivaine - Georges Didi-Huberman, philosophe - Bernard Dréano, président du Cedetim - Michel Dru, anesthésiste réanimateur - Françoise Dumont, présidente d’honneur de la LDH - Annie Ernaux, écrivaine - Éric Fassin, sociologue, anthropologue - Corentin Fila, comédien - Geneviève Fraisse, philosophe - Bernard Friot, économiste, philosophe - Isabelle Garo, philosophe - Amandine Gay, réalisatrice - Raphaël Glucksmann, essayiste - Robert Guédiguian, réalisateur - Nacira Guénif, sociologue, anthropologue - Janette Habel, politologue - Jean-Marie Harribey, économiste - Serge Hefez, psychanalyste - Cédric Herrou, militant associatif - Christophe Honoré, réalisateur - Eva Husson, réalisatrice - Thierry Illouz, auteur, avocat pénaliste - Pierre Jacquemain, rédacteur en chef de Regards - Geneviève Jacques, militante associative - Chantal Jaquet, philosophe - Juliette, chanteuse, parolière, compositrice - Gaël Kamilindi, pensionnaire de la Comédie-Française - Pierre Khalfa, syndicaliste, coprésident de la Fondation Copernic - Cloé Korman, écrivaine - Bernard Lahire, professeur de sociologie à l’ENS de Lyon - Nicole Lapierre, anthropologue et sociologue - Mathilde Larrère, historienne - Henri Leclerc, président d’honneur de la LDH - Raphaël Liogier, sociologue, philosophe - Isabelle Lorand, chirurgienne - Germain Louvet, danseur étoile de l’Opéra de Paris - Gilles Manceron, historien, LDH - Philippe Mangeot, enseignant - Patrice Maniglier, philosophe - Philippe Marlière, politologue - Roger Martelli, historien, directeur de la publication de Regards - Christiane Marty, ingénieure-chercheuse, Fondation Copernic - Corinne Masiero, comédienne - Gustave Massiah, altermondialiste - Nicolas Maury, comédien - Marion Mazauric, éditrice - Caroline Mecary, avocate - Philippe Meirieu, pédagogue - Phia Ménard, jongleuse, performeuse, metteur en scène - Céline Meresse, présidente du CICP - Guillaume Meurice, auteur, humoriste - Pierre Micheletti, médecin, écrivain - Jean-François Mignard, secrétaire général de la LDH - Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue - Stanislas Nordey, directeur du Théâtre national de Strasbourg - Ludmila Pagliero, danseuse étoile à l’Opéra de Paris - Willy Pelletier, sociologue, Fondation Copernic - Nora Philippe, auteure, réalisatrice - Thomas Piketty, économiste - Edwy Plenel, journaliste, président et cofondateur de Mediapart - Emmanuel Poilane, président du CRID - Thomas Porcher, économiste - Didier Porte, humoriste - Mathieu Potte-Bonneville, philosophe - Olivier Py, auteur, metteur en scène et directeur du Festival d’Avignon - Bernard Ravenel, historien - Éric Reinhardt, écrivain - Prudence Riff, co-présidente du FASTI - Michèle Riot-Sarcey, historienne - Vanina Rochiccioli, présidente du Gisti - Paul Rodin, directeur délégué du festival d’Avignon - Marguerite Rollinde, politologue spécialiste du Maghreb - Alexandre Romanès, cirque Romanès - Délia Romanès, cirque Romanès - Paul Rondin, directeur délégué du Festival d’Avignon - Alain Ruscio, historien - Malik Salemkour, président de la LDH - Sarah Salesse, avocate - Christian Salmon, écrivain - Odile Schwertz-Favrat, ex-présidente de la Fasti - Denis Sieffert, président de la SAS Politis - Catherine Sinet, directrice de la rédaction de Siné Mensuel - Romain Slitine, enseignant à Sciences Po - Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la LDH - Lilian Thuram, fondation Lilian Thuram-Éducation contre le racisme - Sylvie Tissot, sociologue - Michel Toesca, acteur, réalisateur - Marie Toussaint, militante associative, présidente de Notre affaire à tous - Assa Traoré, comité Adama - Enzo Traverso, historien - Catherine Tricot, architecte - Aurélie Trouvé, altermondialiste, agronome - Fabien Truong, sociologue - Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH - Dominique Vidal-Sephiha, journaliste - Jean Vigreux, historien - Thierry Vila, écrivain - Arnaud Viviant, écrivain, critique littéraire - Sophie Wahnich, historienne - Jacques Weber, comédien - Serge Wolikow, historien

Organisations de soutien

Assemblée citoyenne des Originaires de Turquie, Auberge des migrants, Baam, CCFD-Terre solidaire 93, Cedetim, CICP, la Cimade, Coalition internationale des sans-papiers et migrants, Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie, Coordination 75 des sans-papiers, Coordination 92 des sans-papiers, Coordination 93 des sans-papiers, Droits ici et là-bas (DIEL), Fasti, Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives, Gisti, Initiatives pour un autre monde, Ligue des droits de l’homme, Roya citoyenne, Syndicat des avocats de France, Union juive française pour la paix (UJFP), Utopia 56

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22 septembre 2018 6 22 /09 /septembre /2018 09:45

Selon une étude exclusive Elabe-Mutuelle familiale, 97 % des sondés associent dégradation de l’environnement et explosion des maladies chroniques. D'après Stéphane Guérard, suivi d’un entretien réalisé par Alexandra Chaignon avec André Cicolella, Président du Réseau Environnement santé le vendredi 21 Septembre 2018 pour l’Humanité. Lire aussi « Les cobayes lancent l’alerte » : appel pour la marche « vérité et justice » pour la santé environnementale.

Pour les Français, santé et environnement, même combat en situation de crise sanitaire

Bisphénols, phtalates, parabènes, glyphosate, ­particules fines, CFC, méthane, métaux lourds, nitrates… inconnus du plus grand nombre, il y a encore quelques années, ces noms barbares de perturbateurs endocriniens, pesticides et autres polluants de l’air, des sols et des eaux, ont désormais leur place dans les dictionnaires. Un signe parmi d’autres du fait que ces vecteurs de dégradation de notre environnement sont entrés dans le quotidien des Français. L’enquête d’opinion menée par l’institut Elabe pour la Mutuelle familiale, en partenariat avec le Réseau Environnement santé, que nous révélons ici, vient formaliser ce ressenti.

La malbouffe mise en cause

Pour 97 % de nos concitoyens (69 % en sont certains, 28 % le jugent probable), le lien est désormais établi entre qualité de l’environnement et santé. L’opinion est très largement partagée, du cadre et professions intermédiaires (76 % certains) aux employés et ouvriers (63 %), du Parisien (75 %) aux habitants de communes rurales (64 %). Un niveau de certitude qui atteint même 80 % parmi les gens souffrant de maladie chronique.

« On voit rarement une telle quasi-unanimité sur d’autres sujets de société, souligne Bernard Sananès, président de l’institut Elabe. Le niveau de maturité sur le lien entre santé et environnement est élevé, voire très élevé. Certains débats lors de la dernière élection présidentielle ont pu concourir à cette prise de conscience. Mais le premier vecteur de sensibilisation a trait à l’alimentation. » D’ailleurs, la malbouffe est identifiée comme la deuxième cause de maladies et de décès, juste derrière la pollution chimique, dont les perturbateurs endocriniens. Et la qualité des produits alimentaires est le premier domaine préconisé par les Français pour réduire la mortalité et les maladies chroniques, devant l’environnement et les conditions de travail. Les actions contre la pollution de l’air, contre la sédentarité ou en faveur d’une meilleure qualité des produits du quotidien, sont citées à un moindre degré comme des vecteurs d’amélioration, devant la lutte contre la pollution des sols, de l’eau et la qualité de l’habitat.

Si les solutions désignées sont multifactorielles, les acteurs d’une meilleure prise en compte de la santé environnementale sont clairement pointés. Au premier rang se trouvent les « industriels et producteurs », « les individus, chacun d’entre nous » et les « professionnels de santé ». « Comme à chaque étude consacrée à l’environnement, pour les Français, la responsabilité est collective. Il y a ceux à la source des problèmes sanitaires et environnementaux, ceux qui traitent des conséquences et les citoyens consommateurs qui ont une responsabilité dans leurs choix », relève Laurence Bedeau, d’Elabe. Le gouvernement et les agences de sécurité sanitaire arrivent juste après dans ces réponses à choix multiples. Signe que les Français attendent beaucoup de ceux qui peuvent prendre des décisions. C’est bien là que le bât blesse.

La semaine prochaine, l’Assemblée générale de l’ONU s’apprête à reprendre les objectifs fixés par l’Organisation mondiale de la santé : réduction de 30 %, d’ici à 2030, de la mortalité prématurée due à des maladies chroniques et arrêt de la progression du diabète et de l’obésité. La France devrait signer ces objectifs. Les maladies chroniques, très souvent liées à des causes environnementales, représentent déjà 60 % des dépenses de santé de la Sécurité sociale. Mais elle a déjà prévu de ne pas s’y conformer. Le plan santé dévoilé par Agnès Buzyn ne contient pas une ligne sur la santé environnementale. Quant à la loi alimentation, en instance d’adoption parlementaire, elle n’a pas avancé sur la transformation du modèle agricole productiviste français. D’ailleurs, le ministre de l’Agriculture a de nouveau bloqué, il y a une semaine, un amendement imposant la fin de l’utilisation du glyphosate d’ici trois ans.

Refus de la fatalité

Les ONG environnementales, associations de patients ou acteurs de santé ont donc encore du pain sur la planche pour que le système de santé intègre ces enjeux. « À la Mutuelle familiale, nous sommes aux premières loges de l’augmentation des maladies chroniques. Mais nous n’acceptons pas cette fatalité ou le discours de culpabilisation des malades. Nous avons un rôle à jouer », souligne sa présidente, Léonora Trehel. La Mutuelle organise donc, avec le Réseau Environnement santé, ce vendredi matin, au Conseil économique, social et environnemental, un colloque sur les coûts de l’action et de l’inaction. 

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André Cicolella « On est en situation de crise sanitaire »

Face à l’explosion des maladies chroniques, André Cicolella attend que les politiques agissent enfin sur les causes.

Le lien entre qualité de l’environnement et santé est fait par 97 % des Français. La bataille de l’opinion semble gagnée ?

André Cicolella J’ai été surpris, je ne m’attendais pas à un tel score ! Il y a encore dix ans, la santé environnementale, ça ne parlait pas aux gens. On sent bien qu’il y a une prise de conscience, qui s’explique par la croissance des maladies chroniques. Lesquelles sont à l’origine de l’explosion des dépenses de santé. C’est le fond du problème. Prenez l’infertilité. Cette question est une vraie préoccupation, notamment chez les jeunes parents, qui s’inquiètent pour la santé de leurs enfants. L’OMS, depuis 2006, parle d’épidémie mondiale de maladies chroniques et s’attend à « une mise en péril du système d’assurance-maladie ». Pour moi, on est en situation de crise sanitaire…

L’AG des Nations unies organise, fin septembre, une réunion sur ce thème des maladies chroniques. Cela va dans le bon sens ?

André Cicolella Oui. Et, cette fois, devraient être adoptés des objectifs quantifiés, comme la baisse de 30 % de mortalités prématurées d’ici à 2030. C’est important, car c’est un enjeu sanitaire, social, économique et politique.

La France va signer ces objectifs… qu’elle n’appliquera pas ! Le plan santé n’en parle pas…

André Cicolella Il y a une contradiction. La France va voter un texte qu’elle n’appliquera pas. Certes, la France a pris le leadership européen sur la question des perturbateurs endocriniens, et c’est une bonne chose. Certes, la France s’est dotée d’une stratégie nationale sur le sujet. Mais il y a un problème de financement. En outre, c’est encore une chose de dire qu’on s’engage à réduire la mortalité prématurée…

Quels sont les leviers qu’il faudrait mettre en place ?

André Cicolella Il faut refonder notre politique de santé. Il est nécessaire de soigner, mais il faut aussi se préoccuper d’agir avant. Il faut donc construire une politique s’attaquant à ces causes, qui sont en grande partie identifiée. C’est transformer le mode de production agricole ; c’est arrêter le tout-plastique ; c’est repenser notre système de normes, qui est obsolète… De son côté, la société civile, elle, a mûri, elle est prête. C’est le message donné par le sondage. Aux politiques de faire des propositions. 

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20 septembre 2018 4 20 /09 /septembre /2018 09:21

Le documentaire de François-Xavier Drouet décrit le double visage de l’exploitation forestière française, du spectacle accablant de la gestion industrielle grâce à des machines démesurées, à la sylviculture « qui ne soit pas hors sol » d’hommes et de femmes attachés à remettre un peu de « raison » sous le couvert forestier. Il dénonce la mal-forestation et la monoculture du « douglas ». D’après Clarisse Fabre pour Le Monde et Jean-Pierre Tuquoi pour Politis.                                          Lire aussi « L’Arbre-monde » de Richard Powers, ...                                              et Le monde est un champignon sauvage dans une forêt détruite !

Ça sent le sapin. Il flotte une atmosphère de mort latente, pas visible à l’œil nu, dans le documentaire de François-Xavier Drouet, sobrement intitulé Le Temps des forêts. Les arbres sont bien là, dans le Limousin, le Morvan, les Vosges ou les Landes. Mais cette verdure rassurante – surtout pour les citadins – devrait pourtant nous inquiéter. Il faut dessiller les yeux du spectateur. Toute la force et l’originalité du film résident dans la déconstruction de l’image de la forêt authentique, au fil d’une enquête patiente et tenace dans la veine des films de Dominique Marchais – Le Temps des grâces (2009) et La Ligne de partage des eaux (2014).

Comme pour démasquer les faux-semblants, le film s’ouvre sur l’image d’une forêt sur le plateau de Millevaches. L’instant d’après apparaît une carte postale ancienne du même paysage, mais dénudé. A l’origine, les arbres n’existaient pas. Ils ont été plantés pour des raisons industrielles, et le paysage s’est assombri, explique en voix off une vieille dame, qui, telle une conteuse, ajoute : « Les sapins m’ont fait partir. » La promenade commence, et on entre petit à petit dans ce sujet touffu et paradoxal, où le tapis d’aiguilles peut être un signe de mauvais présage.

Le danger, explique François-Xavier Drouet, n’est pas la déforestation mais la « mal-forestation » : on ne laisse plus le temps aux arbres de grandir. On plante ceux qui poussent le plus rapidement en vue de les couper le plus vite possible. Dans cette course à la compétitivité, qui se conjugue avec l’engrais, le sapin sort gagnant. Victoire du « douglas » et de la monoculture au détriment de la diversité des feuillus. On coupe l’arbre, rien ne reste en ­travers du chemin et il n’y a plus de nichoirs pour les oiseaux. D’ailleurs, on ne les entend plus chanter.

Car « raisonnable », l’exploitation actuelle de la forêt ne l’est plus. Les travers qui accablent l’agriculture se retrouvent dans le monde forestier comme décalqués. Ce sont les deux faces d’un phénomène unique. De la même façon que l’on désherbe les champs avec force pesticides, on maltraite le couvert forestier à coup de glyphosate. De la même façon que les variétés de céréales cultivées se réduisent comme peau de chagrin, les essences d’arbres cultivées elles aussi se comptent sur les doigts de la main. Ici, le pin triomphe. Là, ce sera le douglas. Tous alignés, tirés au cordeau, à la façon d’un champ de maïs. Malheur au chêne ou au bouleau que le hasard a fait germer dans une plantation industrielle de douglas. Il est condamné d’avance. Des images choquantes montrent des chênes splendides, en pleine force de l’âge, couchés le long des sentiers forestiers et promis à finir dans un poêle sous forme de plaquette forestière. C’est un beau gâchis que ne soupçonnent sans doute pas les adeptes de ce type de plaquettes de bois.

« Le Temps des forêts » : l’exploitation de la forêt est entrée dans la démesure

Un défilé de machines monstrueuses, démesurées

D’autres images, tout aussi spectaculaires, s’arrêtent sur l’exploitation d’une parcelle forestière. C’est un défilé de machines monstrueuses, démesurées. Certaines coûtent un demi-million d’euros. Les premières à intervenir dans la forêt sont les abatteuses. En quelques secondes, elles ont abattu, ébranché, tronçonné et déposé sur le sol un arbre adulte. Elles font en une journée le travail d’une centaine de bûcherons. D’autres engins, à la puissance phénoménale, se chargeront de broyer et de transformer tout aussi rapidement les souches en copeaux de bois. Viennent derrière les camions chargés de transporter les grumes en bordure de route. Ce sont des monstres d’une trentaine de tonnes. Visiblement, les sols gorgés d’eau des Vosges, tels que nous les montre François-Xavier Drouet, auront beaucoup de mal à se remettre de leur passage. Ensuite, pour les grumes, ce sera le chemin de la scierie. Celle sur laquelle s’attarde le réalisateur fait en une journée autant de travail qu’une petite scierie en une année.

C’est le « désert vert », dit l’auteur. L’une des images les plus saisissantes du film est la vision d’agents forestiers qui, tels des Playmobil, plantent des minisapins selon un geste répétitif, quasi chorégraphique. On a pourtant assez d’essences (bouleau, châtaignier…) pour faire la route dans l’autre sens, pour paraphraser Alain Souchon. La forêt durable est compatible avec les enjeux économiques, affirment des forestiers « résistants ». La sonnette d’alarme avait déjà été tirée dans une étude réalisée en 2013 par des habitants du plateau de Millevaches (dont François-Xavier Drouet fait partie), Rapport sur l'état de nos forêts, téléchargeable sur internet.

À ces images extravagantes, le réalisateur oppose d’autres images, plus rafraichissantes (celles d’un bûcheron travaillant à l’ancienne, d’une propriétaire adepte d’une régénération naturelle des sols) et des propos bienveillants tenus par tous ceux qui défendent une sylviculture qui ne serait pas hors sol. Deux mondes s’opposent. La caméra de François-Xavier Drouet les a saisis au plus près.

On coupe et on replante

Récompensé le 11 août du Grand Prix à la Semaine de la critique du Festival de Locarno, Le Temps des forêts arrive en salle avec de nombreuses séances-débats en perspective. Car ce film engagé laisse la parole à ceux qui assument la gestion actuelle : les arbres, affirment-ils, ça se récolte. On coupe et on replante. Le transport des marchandises, la mondialisation nécessitent de l’emballage. Faire pousser des arbres pour qu’ils finissent en palette ? Nul doute que l’Office national des forêts enverra dans les salles obscures des représentants de la direction. Dans le cadre de leur mandat syndical, des agents de l’ONF ne cachent pas en effet leur profond désarroi.

Sans provoquer ni chercher à contredire son interlocuteur, le réalisateur pose des questions simples. Quel est le quotidien du conducteur de l’abatteuse ? L’un d’eux répond que l’engin coûte cher et qu’il faut l’amortir. Il travaille « dix à douze heures par jour » afin de couper ses « deux cents mètres cubes » quotidiens. « On est un peu esclaves de nos machines », reconnaît-il.

On apprend qu’un arbre a besoin de temps, disons quarante ans, pour puiser sa force dans le sol. Ce n’est qu’ensuite qu’il peut « lui » rendre à son tour des éléments nutritifs – la chute des feuilles et leur décomposition participent à la formation d’un humus protecteur. Le couper avant, c’est un peu un crime. Une forestière le dit : « C’est une ­société, une forêt. »

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19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 09:02

821 millions de personnes sont sous-alimentées ou en manque chronique de nourriture, selon un rapport de la FAO publié le 11 septembre 2018. D'après Rémi Barroux pour Le Monde.

Sécheresses en Afrique, inondations et tempêtes en Asie… Les dérèglements climatiques de plus en plus nombreux et intenses affectent la capacité des populations à se nourrir, et menacent les progrès qui avaient été réalisés dans la lutte contre la faim dans le monde depuis le début des années 2000, constate l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dans un rapport publié mardi 11 septembre. Avec les conflits et les crises économiques, la « variabilité du climat » et ses phénomènes extrêmes sont une des principales causes de la sous-nutrition et de l’insécurité alimentaire dans le monde, selon la FAO.

Or le nombre d’habitants de la planète souffrant de la faim est en progression pour la troisième année d’affilée, et retrouve son niveau d’il y a dix ans. « Le nombre total de personnes sous-alimentées est passé de 804 millions en 2016 à près de 821 millions en 2017 », avance l’étude, publiée avec le concours du Fonds international de développement agricole, de l’Unicef, du Programme alimentaire mondial et de l’Organisation mondiale de la santé.

Le réchauffement climatique aggrave la faim dans le monde

L’objectif de développement durable (ODD) numéro 2, « faim zéro » à l’horizon 2030, adopté en septembre 2015 par les Nations unies, apparaît donc inatteignable. Au nombre de dix-sept, les ODD visent à assurer un avenir durable pour tous, et concernent l’éducation, la santé, l’agriculture, la lutte contre la pauvreté, l’énergie, l’eau… « Nous sommes extrêmement préoccupés, déclare Dominique Burgeon, directeur de la division des urgences à la FAO. On craignait l’an dernier que cette évolution ne devienne une tendance. Nos craintes se sont révélées exactes. »

« Il faut promouvoir des solutions de long terme »

Le message tombe à la veille de la 73e session de l’Assemblée générale des Nations unies, qui s’ouvrira à New York le 18 septembre. La FAO appelle à des « financements de grande ampleur en faveur de programmes de réduction et de gestion des risques de catastrophe et d’adaptation au changement climatique ». C’est aussi la question de l’aide humanitaire aux pays confrontés aux crises climatiques qu’il faut revoir, selon l’organisation. « Il faut faire de l’humanitaire de façon différente, affirme Dominique Burgeon. Après une catastrophe, les vies doivent certes être sauvées, mais cela ne suffit pas. Au-delà de l’urgence, il faut promouvoir des solutions de long terme, atténuer la vulnérabilité des pays touchés. »

Le constat est sans appel. Inondations, sécheresses et tempêtes tropicales sont les risques qui ont le plus d’incidence sur la production alimentaire. Le réchauffement climatique est directement en cause – même si la FAO prend la précaution de préciser que tout ne peut lui être imputé. Il influe sur la variabilité du climat, « qui se manifeste par un début précoce et/ou un raccourcissement de la saison de végétation », accroît l’intensité des événements, y compris les températures extrêmes (chaudes ou froides) et les variations des précipitations, partout dans le monde. « En 2017, 124 millions de personnes, dans 51 pays, ont été confrontées à des crises de sécurité alimentaire aiguës et ont eu besoin d’une aide alimentaire d’urgence. Dans 34 de ces pays, la cause principale était liée au choc climatique », explique Dominique Burgeon.

Le réchauffement climatique aggrave la faim dans le monde

Selon la FAO, les inondations provoquent plus de catastrophes que les autres événements climatiques extrêmes. Ce sont elles qui ont connu la plus forte augmentation (+ 65 %) depuis vingt-cinq ans. L’Asie est la région qui en subit le plus. Ces phénomènes ont en revanche diminué en Afrique depuis une douzaine d’années. La fréquence des tempêtes océaniques et des cyclones tropicaux n’a pas autant augmenté que celle des inondations, mais ils représentent la deuxième cause de catastrophes liées au climat.

Le document cite de nombreux exemples illustrant les interactions entre dérèglement climatique et progression de la sous-nutrition. A Wenchi, au Ghana, les agriculteurs estiment que la mauvaise répartition des précipitations et les sécheresses fréquentes sont les changements liés au climat les plus importants. Au Vietnam, dans le delta du Mékong, les variations de date et d’ampleur de la submersion en saison des pluies ainsi que l’invasion d’eau salée en saison sèche ont une incidence sur la culture du riz. Les catastrophes liées au climat au Pakistan (cyclone en 2007 et inondations en 2007, 2010 et 2011) ont occasionné des dommages et des pertes d’un montant de 6,6 milliards d’euros, un chiffre quatre fois supérieur au budget que l’Etat pakistanais a consacré au secteur agricole entre 2008 et 2011.

« Il faut promouvoir des agricultures paysannes et familiales »

« Au Malawi, une hausse de température de 1 degré Celsius fait reculer la consommation globale par habitant d’environ 20 % et la ration calorique de près de 40 % », détaille le rapport. Moindre qualité nutritionnelle, maladies pour les personnes et pour le bétail, retards de croissance sont aussi pointés par la FAO. En Afrique de l’Est, plus de la moitié des manifestations d’El Niño se sont accompagnées d’une flambée épidémique d’une maladie virale transmise aux animaux d’élevage, la fièvre de la vallée du Rift. « En 2006 et 2007, une épidémie dans le nord-est du Kenya a tué plus de 420 000 moutons et chèvres, et les pertes de lait prévues ont été estimées à plus de 2,5 millions de litres en raison des avortements subis par le bétail et les dromadaires », notent les auteurs.

Avant de mettre l’accent sur les conséquences du changement climatique, la FAO s’était intéressée en 2017 à l’influence des conflits sur la malnutrition. « Les deux problèmes sont souvent liés, avec des conséquences sur l’accès aux terres, à l’eau, aux pâturages. Sans ces problèmes d’accès aux ressources et de pertes de récoltes, la planète pourrait largement fournir de quoi nourrir tout le monde », insiste Dominique Burgeon.

Cet accès limité à la nourriture, « et en particulier à des aliments bons pour la santé », contribue aussi bien à la dénutrition qu’à l’excès pondéral et à l’obésité. Alors que le nombre d’enfants de moins de 5 ans avec un excédent pondéral reste à peu près stable, à 38 millions, soit un enfant sur cinq, l’obésité chez les adultes s’aggrave, un sur huit étant touché dans le monde, soit plus de 672 millions de personnes. Le risque d’insécurité alimentaire et de malnutrition augmente surtout parmi les populations les plus pauvres, alerte la FAO, leurs moyens d’existence étant particulièrement sensibles à la variabilité du climat.

Dès la publication du rapport, l’ONG Oxfam France a plaidé pour que les responsables politiques s’attaquent aux causes structurelles de la faim. Selon Hélène Botreau, chargée du plaidoyer sur la sécurité alimentaire à Oxfam France, « il faut promouvoir des agricultures paysannes et familiales, dont on sait qu’elles permettent de nourrir l’humanité, et garantir des financements aux pays les plus pauvres afin de permettre leur adaptation au changement climatique ».

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18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 09:32

La chronique de Jérôme Gleize dans Politis le 12 septembre 2018.

De l’impuissance des politiques à l’effondrement écologique

Cet été des records de températures ont été battus. Le plus inquiétant est le réchauffement arctique où pat exemple les 33°C (15°C au-dessus des moyennes) ont été atteints à l'extrémité nord de la Scandinavie. Ce phénomène, deux à quatre fois plus rapide que le reste de la planète et au-dessus des prévisions des modèles, est analysé par des scientifiques dans Nature (1). La question d’un point de non-retour se pose de plus en plus, c’est-à-dire l’incapacité de notre société d’empêcher l’emballement climatique. Aujourd’hui, les pires scénarios deviennent de plus en plus probables.

Pourtant, les différents rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) analysent et proposent des solutions depuis 1990 (2). Les équations de Kaya ou d’Ehrlich - qui décomposent l’émission des Gaz à Effet de Serre selon le contenu carbone du modèle énergétique (GES/Tonne Équivalent Pétrole), l’intensité énergétique du modèle de croissance (TEP/PIB), le niveau de vie moyen de la population (PIB par habitant) et le nombre d’habitants sur la planète - nous indiquent les objectifs à atteindre. Le GIEC recommande une division par trois des GES pour éviter un emballement climatique. Mais en 2017, les émissions de CO2 ont bondi de 1,8% en moyenne dans les 28 pays européens, et même de 3,2% en France. Selon le Commissariat général au développement durable, la consommation finale énergétique a crû de 0,9 % à climat constant et la facture énergétique du pays a bondi de 23%, et les émissions de CO2 de 4 % (2) alors qu’elle avait baissé de 56% entre 2012 et 2016.

Nous sommes loin de l’accord de Paris. Dans un tel contexte, la démission de Nicolas Hulot était inévitable tellement il incarnait un TINA (« There is no alternative ») écologiste (3). « On s’accommode de la gravité et on se fait complice. » a-t-il ainsi déclaré. Aujourd’hui l’effondrement de nos écosystèmes est possible, entraînant celui de nos sociétés. Les êtres-humains ne sont pas au-dessus de ceux-ci, ils sont une partie de ceux-ci pour le pire comme le meilleur. La planète peut continuer son évolution avec une espèce vivante en moins comme elle l’a fait durant les 4,5 milliards d’année d’existence. Depuis la publication, en 2012, dans la revue Nature (4) d’un article décrivant les différents scénarios d’effondrement de la biosphère, cette question est cruciale, et a été même créé son propre domaine de recherche, la collapsologie.

L’humanité se trouve confrontée à un moment singulier de son histoire, le risque de sa disparition ou plus exactement de l’implosion de ses sociétés. Au XXe siècle, l’humanité a vécu deux guerres mondiales et le risque de l’autodestruction nucléaire ; le XXIe siècle, lui, est confronté au risque d’implosion planétaire, ce que d’autres civilisations ont vécu « localement » comme les Mayas ou les Egyptiens. Au lieu d’engager un combat planétaire pour empêcher cette situation, les politiques baissent les bras en se contentant d’un discours sur l’adaptation. A l’inverse, les ultra-riches s’y préparent soit en se construisant des abris ultra-sécurisés, soit en privatisant la conquête de l’Espace, comme Elton Musk ou Jeff Bezos. Nous avons aujourd’hui le choix entre une implosion inégalitaire et un sursaut collectif.


(1) The influence of Arctic amplification on mid-latitude summer circulation, D. Coumou, G. Di Capua, S. Vavrus, L. Wang, S. Wang, Nature Communications volume 9, n° 2959 (2018) https://www.nature.com/articles/s41467-018-05256-8
(2) Bilan énergétique de la France métropolitaine en 2017 - Données provisoires
http://www.statistiques.developpementdurable.gouv.fr/publications/p/2753/969/bilan-energetique-france-metropolitaine-2017-donnees.html
(3) Voir ma précédente chronique du 27 novembre 2017 Nicolas Hulot ou le « Tina » écologiste
https://www.politis.fr/articles/2017/11/nicolas-hulot-ou-le-tina-ecologiste-37973/
(4) Approaching a state shift in Earth’s biosphere Anthony D. Barnosky & Alii Nature volume 486, pages 52–58 (07 June 2012) https://www.nature.com/articles/nature11018

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17 septembre 2018 1 17 /09 /septembre /2018 09:02

L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a été le fer de lance de la directive européenne REACH qui vise à renforcer la protection de la santé humaine et de l’environnement contre les risques que peuvent engendrer les produits chimiques. Ses normes sont appliquées à la fabrication, la fourniture et l'utilisation sécurisée des produits chimiques dans l'ensemble de l'Union Européenne. Dans une étude parue le 12 septembre 2018, l’ECHA estime que 30 000 à 40 000 tonnes de plomb sont dispersées dans les écosystèmes européens par la chasse et le tir sportif. D’après l’European Chemicals Agency et Stéphane Foucart pour Le Monde.

Selon l’étude de l’ECHA, les chasseurs utilisent à eux seuls 21 000 tonnes de plomb chaque année, en Europe.

Selon l’étude de l’ECHA, les chasseurs utilisent à eux seuls 21 000 tonnes de plomb chaque année, en Europe.

Les munitions utilisées par les chasseurs et les tireurs sportifs sont à l’origine d’une contamination insoupçonnée au plomb des écosystèmes et posent un risque pour l’environnement et la santé humaine. C’est le constat majeur d’une expertise rendue publique, mercredi 12 septembre, par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).

Basée à Helsinki, elle avait été saisie en 2015 par la Commission européenne, qui réfléchit à des mesures de restriction de l’usage des munitions au plomb dans les zones humides, les plus vulnérables. L’ECHA a répondu l’année suivante que les données disponibles justifient des restrictions de l’usage du plomb dans ces environnements fragiles. L’agence préconise désormais, après examen de nouvelles données, des mesures de restriction additionnelles.

De fait, les chiffres sont impressionnants. Chaque année, selon les données de l’industrie citées par l’ECHA, 30 000 à 40 000 tonnes de plomb sont utilisées en Europe dans des munitions de types variés. Sur ce total, précise l’ECHA, « 21 000 tonnes sont utilisées par les chasseurs, dont un maximum de 7 000 tonnes dans les zones humides et de 14 000 tonnes sur la terre ferme ». Le tir sportif disperse, de son côté, sur les champs de tir, de 10 000 à 20 000 tonnes de plomb par an.

La répartition de cette contamination dans les États membres de l’Union européenne n’est pas connue avec précision, mais la France s’octroie à l’évidence la part du lion : environ un quart des quelque 5,2 millions de chasseurs européens sont français.

« Un poison »

Les effets sur l’environnement concernent d’abord la faune sauvage. L’ECHA estime de manière « préliminaire » qu’entre un et deux millions d’oiseaux meurent chaque année d’intoxication au plomb. Soit en ingérant directement des grenailles de plomb, soit par contamination secondaire, dans le cas des rapaces.

Le plomb n’est pas seulement toxique pour les animaux, il l’est aussi pour les humains. C’est l’un des neurotoxiques les plus puissants et le consensus scientifique à son sujet est qu’il n’existe aucune dose d’exposition sans risque.

« Le plomb est un poison non spécifique qui affecte la plupart des fonctions de l’organisme, avec des effets négatifs sur l’état de santé général, la reproduction ou encore le comportement, pouvant conduire à la mort, explique l’ECHA dans son rapport. Le plomb affecte tous les animaux sur lesquels il a été étudié, des oiseaux migrateurs aux humains. Il diffère de bien des contaminants en ce sens qu’il n’existe aucun seuil de toxicité pour de nombreux effets, en particulier sur le développement du cerveau ou sur le rein. »

La toxicité considérable de ce poison réserve toujours des surprises aux chercheurs : une récente étude vient de conclure que l’exposition à bas bruit de la population générale américaine pourrait être responsable d’environ 18 % de la mortalité aux Etats-Unis.

Contamination des nappes phréatiques

Or, note l’ECHA, l’accumulation de plomb dans l’environnement présente un risque de contamination des ressources en eau. Le tiers des champs de tir sportif de Finlande sont par exemple situés à moins de 100 mètres d’un aquifère, illustre l’agence, ajoutant que des chercheurs finlandais ont identifié au moins trois cas de contamination au plomb de ces nappes phréatiques – les concentrations du métal lourd étaient alors environ dix fois supérieures aux valeurs réglementaires en vigueur.

Outre ce risque, la consommation du gibier abattu est aussi problématique. Et ce même en retirant la grenaille de l’animal. « De récentes recherches suggèrent que des fragments de plomb se dispersent largement dans les tissus, sous forme de particules microscopiques, potentiellement de taille nanométrique, écrit l’ECHA. Enlever la chair autour de la blessure ne suffit pas à ôter tout le plomb qui pourrait être absorbé par le consommateur. »

A l’heure actuelle, vingt-quatre des vingt-huit Etats membres réglementent, chacun à sa manière, l’utilisation de munitions en plomb dans certaines zones. Mais la pusillanimité de ces restrictions ne semble pas en mesure de réduire la contamination environnementale issue de la chasse et du tir récréatif.

« Les coûts de remplacement des grenailles de plomb sont limités, dans la mesure où des alternatives en acier sont disponibles et peuvent être utilisées dans la plupart des fusils, précise l’ECHA. Ainsi, le surcoût pour les chasseurs serait faible. »

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16 septembre 2018 7 16 /09 /septembre /2018 10:06

A l'occasion du World Cleanup Day qui a lieu ce samedi 15 septembre partout dans le monde, les 17 candidat·e·s écologistes français pour les élections européennes de 2019 soulèvent la question cruciale des déchets et de leur gestion.

Déchets, ce que l’Union Européenne peut faire

Le projet du « World clean up day », nettoyer la planète en un jour le 15 septembre, est une formidable goutte d’eau dans l’océan pour souligner à la fois l’ampleur mondiale du problème posé par nos déchets et la capacité de mobilisation des citoyens.

La gestion de nos déchets est une question politique locale, encadrée par une législation européenne. Chaque année, nous produisons plus de 300 millions de tonnes de plastiques, dont 8 millions se retrouvent dans nos océans. D’ici 2050, on prévoit qu’il y aura plus de plastiques que de poissons dans les océans. Aujourd’hui, l’Union Européenne, notamment grâce à l’action des associations et des élus écologistes, a décidé l’interdiction des sacs à usage unique et bientôt d’autres produits plastiques du quotidien (couverts, pailles...). En juin dernier, de nouvelles directives ont été publiées encadrant la question des déchets d’emballage et de la mise en décharge. Un objectif précis de réemploi et recyclage est désormais fixé (65% des déchets municipaux en 2035), le tri à la source et la collecte séparée des biodéchets seront généralisés en 2024.

Cependant, si les textes adoptés présentent des avancées vers une plus grande protection de l’environnement, ils sont le résultat de rabotages successifs. Alors que le texte initial (qui date de 2014)  prévoyait l’interdiction d’ici 2025 de mise en décharge de déchets recyclables, cette possibilité reste maintenue, et des dérogations peuvent permettre à certains États membres de repousser les objectifs fixés par l’Union. Comme souvent, la négociation entre les États et la commission aboutit à réduire les ambitions proposées par le parlement.

Les avancées législatives bienveillantes de l’Union Européenne sont aussi influencées par d’autres décisions. Alors qu’elle importait jusque là 70 % des déchets électroniques mondiaux, et 85 % des plastiques collectés de l’Union Européenne, la Chine a fermé en janvier 2018 ses frontières à l’entrée de ces déchets. Si la puissance économique de la Chine lui donne la capacité d’imposer cette décision, d’autres États, comme la Thaïlande, le Pakistan, le Sénégal, le Nigéria… continuent à subir les stratégies de mise sous le tapis de déchets provenant la plupart du temps des pays riches. Les plastiques, les déchets électroniques, mais aussi les vieux diesels dont on cherche ici à se débarrasser s’y entassent, et ont des conséquences graves sur l’environnement et la santé des populations exposées. Ces exportations souvent illégales, sont en augmentation : le nombre de saisies de déchets par la douane française a presque doublé entre 2016 (257 saisies) et 2017 (471 saisies). Il faut renforcer la convention de Bâle et mettre en place des outils de régulation et de contrôle des déchets au niveau mondial.

C’est un sujet dont doivent se saisir les citoyens européens pour :

  • En finir définitivement avec la société du plastique, et plus généralement sortir de la dépendance aux produits pétroliers. Généraliser les emballages durables et consignables, valoriser le vrac, développer et contrôler les filières de recyclage.
  • Investir dans la prévention, la réparation et le réemploi, notamment par la mise en place d’une fiscalité qui valorise les pratiques vertueuses : des politiques zéro déchets et la fin de l’incinération et de la mise en décharge.
  • Mettre fin à l’exportation de déchets hors de l’Union Européenne, notamment plastiques et électroniques, sous-traitant à des pays plus pauvres et moins protégés, les pollutions générées par nos sociétés de consumation.
  • Doter le parlement européen d’une pleine compétence législative. Les enjeux environnementaux doivent faire l’objet de débats publics mondiaux et de décisions démocratiques au moins à l’échelle de notre continent.

L’environnement et la justice sociale doivent être les priorités de l’Union Européenne. Pour défendre des politiques écologistes, il faut des élu·e·s écologistes.

Les signataires :

Abdallah Benbetka, Leyla Binci, Sophie Bussière, Damien Carême, David Cormand, Guillaume Cros, Gwendoline Delbos-Corfield, Karima Delli, Jean-Laurent Félizia, Catherine Hervieu, Yannick Jadot, Julie Laernos, William Lajeanne, Michèle Rivasi, Mounir Satouri, François Thiollet, Marie Toussaint

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16 septembre 2018 7 16 /09 /septembre /2018 09:08
Nous voulons des coquelicots...

Une toute petite troupe de bénévoles, soutenus par des groupes et associations sans affiliation politique ont lancé le 12 septembre 2018 un immense Appel pour l’interdiction de tous les pesticides*. Il durera deux ans, et nous permettra de réunir des millions de soutiens.

Vous allez le signer, car vous le devez, comme nous, comme quiconque. Nous ne pouvons plus accepter sans réagir que des humains soient atteints dans leur santé, jusqu’aux nouveau-nés, et que l’eau de pluie, la rosée, les sols, les aliments, l’air lui-même soient massivement empoisonnés. Faudra-t-il demain vivre dans un monde sans oiseaux, sans abeilles, sans papillons, sans coquelicots ? C’est impensable.

Il faut considérer notre mouvement comme une grande aventure collective. Sans quartier général, sans contrôle ni hiérarchie, sans aucune mainmise politique. L’Appel des coquelicots est d’emblée celui de toute la société. Nous ne lancerons aucune négociation avec les autorités de notre pays, car nous entendons rappeler ce qu’est une démocratie vivante. Qui a le droit de demander. Qui a le droit d’exiger. Nos gouvernants, quelle que soit leur couleur politique, devront plier devant l’opinion. Telle est la loi d’un pays libre.

Fabrice Nicolino, Journaliste, Président de Nous voulons des coquelicots

L'appel

Les pesticides sont des poisons qui détruisent tout ce qui est vivant. Ils sont dans l’eau de pluie, dans la rosée du matin, dans le nectar des fleurs et l’estomac des abeilles, dans le cordon ombilical des nouveau-nés, dans le nid des oiseaux, dans le lait des mères, dans les pommes et les cerises. Les pesticides sont une tragédie pour la santé. Ils provoquent des cancers, des maladies de Parkinson, des troubles psychomoteurs chez les enfants, des infertilités, des malformations à la naissance. L’exposition aux pesticides est sous-estimée par un système devenu fou, qui a choisi la fuite en avant. Quand un pesticide est interdit, dix autres prennent sa place. Il y en a des milliers.

Nous ne reconnaissons plus notre pays. La nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux ont disparu en quinze ans; la moitié des papillons en vingt ans; les abeilles et les pollinisateurs meurent par milliards; les grenouilles et les sauterelles semblent comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Ce monde qui s’efface est le nôtre et chaque couleur qui succombe, chaque lumière qui s’éteint est une douleur définitive. Rendez-nous nos coquelicots ! Rendez-nous la beauté du monde !
Non, nous ne voulons plus. À aucun prix. Nous exigeons protection.

Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides* en France.       

Assez de discours, des actes.

*de synthèse

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15 septembre 2018 6 15 /09 /septembre /2018 09:56

" Les arbres sont des créatures sociales et sociables ". L'écrivain américain Richard Powers fait des rois des végétaux les vrais héros de " L'Arbre-monde ", son nouveau roman. Ces arbres si importants dans l'imaginaire littéraire et, matière première du papier, dans l'économie de l'édition. Et pour cause : l'arbre porte en lui l'écriture dans le liber, pellicule végétale située entre le bois et l'écorce, et étymologie latine du mot " livre ". Propos recueillis par Florence Noiville pour Le Monde.

« L’Arbre-monde » de Richard Powers

Découvert en 1985 avec Trois fermiers s'en vont au bal (Cherche-Midi, 2004), Richard Powers est l'un des écrivains les  plus puissants de la scène littéraire américaine. Après des études de physique, il se lance en littérature, explorant les relations entre sciences (physique, génétique), technologies et art (la musique en particulier). Il reçoit en  2006 le National Book Award pour La  Chambre aux échos (Cherche-Midi, 2008). Dans son douzième roman, L'Arbre-monde, ses héros mesurent près de 100 mètres de hauteur et sont vieux de plusieurs siècles : ce sont les arbres autour desquels s'enroulent les destins de neuf personnes convergeant vers la Californie, où un séquoia géant est menacé de destruction. Un éco-roman dont l'auteur explique qu'il a profondément changé sa propre manière d'être au monde et ses liens avec les autres vivants, les " non-humains ".

Pour l'écriture de ce roman, vous vous êtes installé dans les Appalaches. E vous n'en êtes pas revenu. Vous vivez avec et parmi les arbres. Qu'est-ce qui vous frappe ?

J'ai été stupéfait de découvrir, pendant les six ans passés à faire des recherches pour ce roman, que 95  % à 98  % des forêts américaines avaient été abattues. Toutes les forêts de feuillus originelles ont disparu. J'avais lu qu'un des rares endroits où l'on peut encore trouver des vestiges de la forêt primaire est l’arrière-pays reculé des Great Smoky Mountains. Il y a trois ans – j'étais encore immergé dans l'écriture –, je suis allé les voir, dans le Tennessee. Je pensais savoir à quoi m'attendre. J'avais tort ! Au moment où j'ai pénétré dans la forêt primaire, j'ai compris à quoi ressemblaient les forêts de ce pays lorsque les Européens sont arrivés. A quoi elles ressemblaient il y a des milliers d'années, depuis la fin de l'ère glaciaire. Dans une forêt primaire, les sons, les odeurs, les sensations sont différentes. La biodiversité est d'une richesse qui saute aux yeux, même pour un néophyte en langage des arbres.

" L'Arbre-monde ", votre roman, suggère que ces derniers ont beaucoup à nous dire…

Tous, de l'aralie épineuse – la " canne du diable ", bizarrement tordue, aux énormes feuilles composées – à l'imposant tulipier – qui peut atteindre sept ou huit mètres de circonférence – ont beaucoup à nous apprendre. Exemple ? Un arbre isolé attaqué par des insectes est capable de diffuser des insecticides pour se défendre. L'arbre émet des signaux chimiques aéroportés pour prévenir ses congénères, qui peuvent ainsi se protéger. Ou pourrait dire que les arbres s'associent en un vaste système immunitaire partagé. Plus incroyable : ils peuvent être reliés par des filaments de champignon qui s'insinuent dans les cellules des racines et tissent une toile souterraine sur des kilomètres carrés. Ces réseaux fongiques s'apparentent à une immense économie solidaire qui unit même des espèces différentes. Les arbres partagent leur nourriture et leurs remèdes. Un sapin de Douglas géant peut renflouer un bouleau malade ou rabougri ! Les arbres sont des créatures bien plus sociales et sociables que nous ne l'imaginons. Il n'y a pas d'individu isolé dans une forêt.

Le fait que les arbres aient un " plan de développement ", comme vous dites dans la si belle histoire du châtaignier de l'Iowa, sur une échelle de temps considérable, ne rend-il pas les destins de vos personnages humains quasi dérisoires en comparaison ?

La vie humaine n'est en aucun cas dérisoire. Mais nous ne sommes pas l'unique centre de la création. S'il y a une dimension politique dans mon roman, c'est celle-là : il y a du sens en dehors de nous, humains. Et nous devons changer notre façon de l'appréhender. La fiction, qui fait directement appel aux affects, à l'identification et au besoin de récit, est une arme unique pour influer sur les cœurs et les esprits, comme les statistiques et l'argumentation peuvent rarement le faire.

L'idée que les arbres peuvent prendre soin les uns des autres est présente dans les mythes comme celui de Philémon et Baucis. Redécouvrons nous aujourd'hui ce que les Anciens savaient depuis longtemps ?

Quand j'ai dit à mon entourage que j'écrivais un roman où les arbres sont des personnages parmi d'autres, j'ai senti du scepticisme. Mais plus je mesurais les relations de dépendance entre arbres et humains, plus je me demandais pourquoi il existait si peu de livres de ce type. Puis j'ai pris conscience du fait qu'une grande part de la littérature place le non-humain au cœur de l'imaginaire (lire ci-contre). Depuis les mythes grecs et les  fables d'Ovide jusqu'à l'animisme dans la  tradition européenne du conte populaire, ou aux panthéismes des littératures indigènes, les arbres sont partout, représentés comme des créatures actives, avec des besoins et des desseins. Ce n'est qu'avec l'essor d'un humanisme individualiste et utilitariste en Occident que notre littérature a sombré dans l'obsession exclusive d'une psychologie intime qui n'assigne de sens qu'à l'individu, comme si les humains offraient la seule histoire possible. Peut-être nous sommes-nous persuadés d'avoir pris définitivement l'ascendant sur la nature. Que ce qui se joue entre humains et non-humains est désormais scellé en notre faveur. Pourtant, la nature revient nous hanter et la grande épopée de notre tentative de survie sur Terre se rejoue sur un mode urgent et tragique.

Après les incendies qui ont ravagé la Californie cet été, le président Donald Trump a déclaré qu'il faudrait abattre les arbres car, s'il y avait moins d'arbres, il y aurait moins d'incendies…

Cette déclaration grotesque mais dévastatrice me met en rage. En l'espace de vingt mois, cette administration a entrepris de démanteler l'essentiel d'une législation environnementale cruciale, conquise de haute lutte. Plus rien n'est en sécurité aux États-Unis, pas même nos parcs nationaux, dont certains sont déjà offerts en pâture à l'exploitation mercantile. Cette remarque ahurissante de Trump s'inscrit dans une vision paternaliste qui place les hommes au-dessus des femmes, les Blancs au-dessus des autres races, les Américains au-dessus des autres nations, et confère aux humains un pouvoir absolu sur tous les êtres vivants.

La domination de l'homme sur le non-humain n'est pas la solution. Comme le dit dans le roman ma petite bande d'activistes : le contrôle tue, l'union guérit. Si nous voulons continuer à vivre sur cette planète, nous devons œuvrer à rétablir les innombrables connexions qui nous lient au monde non humain. Encore une fois, pendant des millénaires, la littérature a fait de ces connexions une matière à récits. Les romanciers sérieux d'aujourd'hui doivent se remémorer ces récits et ces mythes, et entreprendre d'en inventer de nouveaux. Nous ne sommes pas seuls au monde. Il est grand temps de faire connaissance avec nos voisins et de revenir sur terre.

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