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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 09:11

En novembre, suite à la publication de l'alerte "Demain il sera trop tard" de 15000 scientifiques (cf. sur ce blog  Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec) s'engage une discussion entre décroissant-e-s. Il est alors décidé de lancer un appel à la convergence des forces écologiques et altermondialistes. Cet appel est très vite signé par une centaine de personnalités diverses et variées. Nous vous invitons à le découvrir et le signer sur http://initiatives-decroissantes.net/.

Ci-dessous le texte des initiateurs de l’appel sur le site de Mediapart :                        Pourquoi cet appel, pourquoi son succès ?

Cet appel à la convergence a été initié par des objectrices-objecteurs de croissance et décroissant-e-s. Il s'adresse notamment à tous/toutes les écologistes antilibéraux, les altermondialistes, les antiproductivistes. La diversité des premiers signataires qui ont accepté de parrainer ce texte témoigne non seulement qu'il correspond à une initiative attendue par beaucoup et que les idées antiproductivistes n'ont cessé de progresser au sein de la société et notamment parmi les altermondialistes et les écologistes.

Nous nous félicitons de cette convergence mais appelons à aller encore plus loin. Nous sommes convaincus qu'il nous faut prendre au sérieux l'appel des 15000 scientifiques. Nous allons tout droit vers un effondrement si les peuples ne se font pas entendre en se libérant de l'idéologie des dominants. L'écho de l'appel des 15000 scientifiques dans l'opinion publique n'a duré malheureusement qu'un petit matin. Rien ne sera possible tant que l'hégémonie idéologique appartiendra à nos adversaires. 

Nous sommes tout autant convaincus que nous ne pourrons dépasser l'éparpillement actuel de nos forces que si nous nous mettons en chemin pour construire des convergences. Ces convergences doivent se faire sur le front des idées et dans des luttes et expérimentations sociales. Cet appel repose donc sur un texte à la fois clivant et ouvert.

Texte clivant car il dit expressément qu'il nous faut penser en dehors du mythe de la croissance économique,
- car il appelle à rompre avec l'extractivisme, avec la foi béate dans la techno-science, avec l'autoritarisme,
- car il appelle à dénoncer la fabrication du mensonge et d'une science sans conscience promue par les multinationales pour défendre des produits et un monde toxiques,
- car il rappelle qu'existent des limites physiques mais aussi psychiques, culturelles et politiques au "toujours plus",
- car il dit expressément que le solution n'est pas de faire la même chose en moins, bref la décroissance ; l'antiproductivisme, l'écologisme, c'est tout sauf l'austérité qui n'est que le pendant de la croissance
Texte clivant car il soutient contre tous ceux qui cherchent à les opposer, que les solutions qui se cherchent au Nord sont aussi celles qui s'inventent au Sud.

Texte ouvert car nos histoires collectives et individuelles nous ont rendu divers. Nous aimons trop la biodiversité dans la nature pour la refuser dans les idées. Tout jardinier sait que l’efficacité d'un râteau tient au fait qu'il possède toutes ses griffes. L'efficacité de notre appel tient au fait qu'il fait de notre diversité une richesse et non une source de division.
Texte ouvert car si nous sommes multiples nous partageons quelques idées fortes,
- car nous nous refusons à hiérarchiser les résistances même si nous savons qu'on ne fera pas la révolution antiproductiviste, la transition écologique, sans le savoir et sans le vouloir,
- car nous ne voulons pas une nouvelle avant-garde détentrice d'une vérité à majuscule,
-car nous savons qu'existent des formes de vie pré et post-capitalistes que le système rend invisibles,
- car nous avons foi dans la capacité de mobiliser ce déjà-là au service de l'émancipation.

Cet appel à la convergence antiproductiviste n'est donc pas une fin en soi. Nous invitons chacun.e des signataires à multiplier les initiatives dans ce sens. Nous proposerons, pour notre part, une série d'actions dans les mois à venir. Nous vous invitons déjà à envoyer des contributions destinées à nourrir notre convergence sur le blog que nos ami-e-s de Médiapart mettent à notre disposition.

Nous vous invitons à diffuser cet appel, à le faire circuler dans vos réseaux. Le premier geste fondateur de cette convergence est de nous compter. Nous nous réjouissons que cet appel soit déjà repris dans plusieurs pays dont la Suisse, la Belgique, le Canada (Québec), en en attendant d'autres.

Nous vous invitons à le découvrir ci-dessous et à le signer.

Le collectif de décroissant-e-s à l'initiative de l'appel
Paul Ariès, Vincent Bruyère, Thierry Brugvin, Vincent Liegey, Stéphane Madelaine, Jean-Luc Pasquinet, Anne-Isabelle Veillot, Christophe Ondet, Michel Simonin, Christian Sunt

Appel : bientôt il sera trop tard… Que faire à court et long terme ?

Nous avons entendu l’appel de plus de 15000 scientifiques de 184 pays paru le 13 novembre 2017 dans lequel ils tirent la sonnette d’alarme sur l’état désastreux de notre planète. Nous avons compris qu’il s’agit de la dernière mise en garde, car si nous ne prenons pas les mesures adaptées « bientôt il sera trop tard ».

Nous, écologistes, altermondialistes, objecteurs de croissance, décroissants, souhaitons tirer les conséquences pratiques de cet appel, puisqu’il est bientôt « trop tard », c’est maintenant qu’il faut agir. Personne n’a aujourd’hui de réponses toutes faites mais nous savons que nous devons changer de paradigme dominant. L’issue n’est pas du côté de l’austérité et de la croissance mais plutôt d’une rupture avec le productivisme, l’extractivisme, la foi béate dans la techno-science, l’autoritarisme, le capitalisme.

Nous devons changer nos modes de production et d’existence, car ils sont à l’origine de la situation actuelle, et l’effondrement des ressources pourrait nous conduire à la barbarie. Mais nous ne partons pas de rien, nous savons que des alternatives existent déjà à l’échelle mondiale, qu’il faut faire converger ; nous savons aussi que le rêve des 99 % n’est pas d’imiter les 1 % contrairement à ce que voudraient faire croire les dominants.

Nous devons changer nos modes de production et d’existence mais nous savons que demain devra être mieux qu’aujourd’hui tout en divisant immédiatement par trois nos émissions de CO2 et en préservant les écosystèmes. Nous ne croyons plus aux lendemains qui chantent parce que nous voulons chanter au présent. La planète est suffisamment riche pour permettre à dix milliards d’humains de vivre bien si nous en préservons la biodiversité et savons vivre en harmonie avec les autres espèces.

Nos combats d’aujourd’hui doivent nous rapprocher de la société de demain.

Si le réchauffement climatique n’est pas endigué drastiquement, cela va provoquer des sécheresses massives et des famines mondiales. Pour que l’humanité ne disparaisse pas comme une entreprise en faillite, nous vous invitons à signer et à faire signer cet appel afin de prendre date en disant que la solution à moyen et long terme est du côté d’une société de la gratuité, émancipée de la contrainte du « toujours plus » de richesses économiques et de pouvoir sur les autres humains, les autres vivants et la planète.

Pour que l’humanité ne disparaisse pas comme une entreprise en faillite, nous vous invitons à signer et à faire signer cet appel afin d’exiger, dès maintenant, la fin des Grands Projets Inutiles imposés (de l’aéroport NDDL à Europacity en passant par le Grand Prix de France de F1), une réduction drastique du temps de travail (travailler moins pour travailler tous mieux), la généralisation des communs et de la gratuité (des transports en commun, des cantines scolaires, des services culturels et funéraires), une réduction drastique des inégalités de revenus et de patrimoine, un élargissement de la démocratie pour aller vers plus d’autonomie et de responsabilisation des peuples.

Tout doit être repensé dans le cadre de la critique de la croissance car la décroissance que nous soutenons ce n’est pas faire la même chose en moins, ce n’est pas l’éloge du sacrifice, c’est déjà construire une écologie des revenus avec un minimum et un maximum décents et revenir à des taux de prélèvement sur la nature supportables, c’est offrir un avenir dans un monde qui n’en offre plus.

Nous, écologistes, altermondialistes, décroissants, objecteurs de croissance amoureux du bien-vivre, appelons à une démarche commune pour construire un projet de transition vers une société d’a-croissance, juste et démocratique. Nous devrons pour cela dire notre volonté de nous rapprocher, afin de créer un mouvement d’idées riche de sa diversité, de mettre en réseau nos compétences et alternatives, de prendre des initiatives, d’initier des résistances, et de préparer des convergences avec tous ceux et toutes celles qui s’opposent à la barbarie qui vient.

Le collectif de décroissant-e-s à l'initiative de l'appel :
Paul Ariès, Vincent Bruyère, Thierry Brugvin, Vincent Liegey, Stéphane Madelaine, Jean-Luc Pasquinet, Anne-Isabelle Veillot, Christophe Ondet, Michel Simonin, Christian Sunt

Premiers signataires de l'appel (par ordre alphabétique) :
Yves-Marie Abraham, HEC Montréal (Québec)
Alain Adriaens, Député bruxellois honoraire, porte-parole du mouvement politique des Objecteurs de Croissance (B)
Christophe Aguiton, co-fondateur de SUD/solidaires
Gilles Alfonsi, Association des Communistes Unitaires
Gabriel Amard, militant pour l'eau, animateur La France Insoumise
Christian Araud, auteur
Paul Ariès, politologue, rédacteur en chef de la revue les Zindigné(e)s
Isabelle Attard, ancienne députée écologiste
Geneviève Azam, économiste, ATTAC
Sylvie Barbe, écoféministe, yurtao
Julien Bayou, conseiller régional d'Île-de-France et porte-parole du parti Europe Écologie Les Verts
Renda Belmallem, co-fondatrice du Réseau Universitaire Décroissant (RUD)
Jean-Claude Besson-Girard, écrivain
Martine Billard, France insoumise, ex-députée de Paris
Christophe Bonneuil, Historien, directeur de la collection Anthropocène aux Ed. du Seuil
Jacques Boutault, Maire du 2ème arrondissement de Paris (EELV)
François Briens, ingénieur et chercheur en socio-économie et prospective
Thierry Brugvin, sociologue
Thierry Brulavoine, porte-parole de la Maison commune de la décroissance, chroniqueur au journal La Décroissance
Vincent Bruyère, chargé de mobilisation citoyenne à AJENA
Florent Bussy, philosophe
Lionel Chambrot, Amis de la Décroissance Nancy
Fabrice Clavien, Réseau Objection Croissance Genève (ROC-GE)
Yves Cochet, ancien ministre, président de l’institut Momentum
Mathieu Colloghan, artiste
Maxime Combes, économiste
Philippe Corcuff, maître de conférences de science politique
Marie-Laure Coulmin Koutsaftis, animatrice CADTM, auteure
Thomas Coutrot, économiste et membre d'ATTAC
Adrien Couzinier, énergéticien, membre d'Adrastia
Geneviève Decrop, sociologue
Robin Delobel, animateur revue du CADTM
Federico Demaria, économiste écologique, Research & Degrowth
Alessandro Di Giuseppe, comédien ("PAP'40")
Alessia Di Dio, journal Moins!
Alix Dreux, co-fondateur de Jeudi Noir
Marc Dufumier, agronome
Jonathan Durand Folco, Université Saint-Paul (Quebec)
Renaud Duterme, CADTM et auteur de De quoi l'effondrement est-il le nom?
Timothée Duverger, chercheur
Jean-Baptiste Eyraud, militant associatif
Guillaume Faburel, professeur de géographie, université de Lyon
Yann Fievet, socioéconomiste
Gérard Filoche, syndicaliste
Fabrice Flipo, philosophe, Research & Degrowth
François Friche, journal Moins!
Jean Gadrey, économiste, militant ATTAC
Jean-Marc Gancille, co-fondateur de Darwin eco-système
Diane Gariépy, Réseau québécois pour la simplicité volontaire
Jean-Pierre Garnier, sociologue urbain
François Geze, éditeur
Frédérique Giacomoni, directrice des éditions Le passager clandestin
Willy Gianinazzi, biographe d'André Gorz
Michèle Gilkinet, ancienne députée belge, objectrice de croissance
Mathilde Girault, doctorante en études urbaines, membre des Lucioles (Lyon)
Françoise Gollain, sociologue, objectrice de croissance
Didier Harpagés, professeur de sciences économiques et sociales
Yohann Hubert, porte-parole de la Maison commune de la décroissance
Anne Isabelle Veillot, co-auteure d'Un Projet de Décroissance
Thierry Jaccaud, rédacteur en chef de L’Ecologiste
François Jarrige, historien
Andréa Kotarac, conseiller régional (FI)
Annie Lahmer, Conseillère Régionale EELV
Philippe Lamberts, Député Européen, Coprésident du Groupe des Verts/Alliance libre européenne
Paul Lannoye, ancien président du Groupe Vert au parlement européen et président du Grappe asbl- Belgique
Serge Latouche, professeur émérite, directeur de la collection Les Précurseurs de la Décroissance (Editions Le Passager Clandestin)
Romain Lauféron, désobéissants
Christophe Laurens, cofondateur du Master Alternatives urbaines
Stéphane Lavignotte, militant écologiste, pasteur
Anne Le Strat, consultante, ex-présidente d'Eau de Paris
Philippe Léna, géographe, sociologue, directeur de recherche émérite
Michel Lepesant, Maison commune de la décroissance (MCD)
Vincent Liegey, co-auteur d'Un Projet de Décroissance et coordinateur des conférences internationales de la Décroissance
Elise Lowy, Fondatrice de Mouvement Ecolo
Lucas Luisoni, Réseau Objection Croissance Genève (ROC-GE)
Stéphane Madelaine, objecteur de croissance, Le Havre
Pietro Majno-Hurst, médecin-chirurgien, Genève et Lugano, Suisse
Noël Mamère, ancien député
Florent Marcellesi, député européen
Charlotte Marchandise, candidate à l'élection présidentielle pour
laprimaire.org<http://laprimaire.org>
Louis Marion, philosophe
Eric Martin, professeur de philosophie, Collège Edouard-Montpetit
Myriam Martin, membre d'Ensemble ! Mouvement pour une alternative de gauche, écologiste et solidaire
Gustave Massiah, économiste altermondialiste
Bertrand Méheust, écrivain, docteur en sociologie et spécialiste de parapsychologie
Myriam Michel, Utopia
Serge Mongeau, auteur
Corinne Morel-Darleux, secrétaire nationale à l'écosocialisme, conseillère régionale (PG-FI)
Marc Mosio, Décroissance idf
Barbara Muraca, Oregon State University
David Murray, éditeur, Ecosociété
Baptiste Mylondo, enseignant-chercheur en économie, partisan du revenu universel sans condition
Laure Noualhat, journaliste réalisatrice
Nicolas Oblin, Directeur de rédaction de la revue Illusio
Christophe Ondet, co-auteur d'un Projet de Décroissance, animateur d'un atelier vélo
Claudine Ottiger, Réseau Objection Croissance Genève (ROC-GE)
Laurent Paillard, philosophe
Mathilde Panot, députée du Val de Marne (FI)
Jean-Luc Pasquinet, décroissance idf, technologos
Pascal Pavie, militant paysan
Antoine Peillon, grand reporter La Croix
Alexandre Penasse, rédacteur en chef du journal Kairos
Evelyne Perrin, sociologue, auteure
Dominique Plihon, économiste, porte-parole ATTAC
Christine Poilly, collectif anti gaz de schiste
Valentine Porche, co-fondatrice du Réseau Universitaire Décroissant (RUD)
Loïc Prud'homme, député de Gironde (FI)
Franck Pupunat, animateur Utopia
Gilles Quiniou, décroissance pays cathare
Yvon Quiniou, philosophe
Xavier Renou, désobéissants
Dany Robert Dufour, philosophe
Marie-Monique Robin, journaliste, réalisatrice du documentaire Sacré Croissance
Barbara Romagnan, ancienne députée PS
Daniel Rome, économiste, ATTAC
Pierre Rose, Objecteur de Croissance 62; collectif anti gaz de couche
Flora Sallembien, porte-parole de la MCD et membres de Décroissance IDF
Germain Sarhy, fondateur de la communauté Emmaüs de Lescar-Pau
Hélène Schmitt, décroissance Montpellier
François Schneider, Research & Degrowth, Can Decreix
Nicolas Sersiron, ancien président du CADTM-France, militant solidarité Nord/Sud
Pablo Servigne, chercheur in(terre)dépendant, auteur et conférencier
Michel Simonin, amis de la Décroissance Nancy
Agnès Sinaï, journaliste et maître de conférences à Science Po Paris
Michel Soudais, rédacteur en chef adjoint de Politis
Christian Sunt, Décroissance Pays Occitan
Jacques Testart, biologiste, militant sciences citoyennes
Eric Toussaint, porte-parole international du CADTM
Nina Treu, coordinatrice Konzeptwerk Neue Ökonomie (Allemagne)
Aurélie Trouvé, porte-parole d'ATTAC
François Verret, porte-parole de la MCD et membres de Décroissance IDF
Denis Vicherat, éditions Utopia
Maxime Vivas, écrivain, ex-référent littéraire d'ATTAC, administrateur du site
http://legrandsoir.info
Patrick Viveret, philosophe
Jean-Pierre Worms, sociologue français, ancien député français et responsable associatif
Pierre Zarka, ancien député, ancien directeur de L'Humanité, animateur ACU (Ensemble !)
Olivier Zimmermann, Réseau Objection Croissance Genève (ROC-GE)
Josef Zisyadis, président Slow Food Suisse

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26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 09:04

Les émissions de CO2 de l’Hexagone ont progressé en 2016, dépassant de 3,6 % l’objectif de la stratégie nationale bas carbone. Nicolas Hulot souhaite corriger cette dérive. D’après Pierre Le Hir le 23 janvier 2018 pour Le Monde. Lire aussi Un budget qui fait fi des engagements écologiques du gouvernement, La France à l’aune du défi climatique : un hiatus à combler entre discours et réalisation, Réchauffement climatique : la bataille des 2 °C est presque perdue, Les Européens réduisent leurs ambitions sur le climat et Jusqu'à 50 °C en France à la fin du siècle.

L’usine d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer, le 10 mars. BORIS HORVAT / AFP

L’usine d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer, le 10 mars. BORIS HORVAT / AFP

C’est un mauvais signal de la part d’un pays affichant volontiers son exemplarité dans la lutte contre le dérèglement climatique. Les émissions de gaz à effet de serre de la France, qui étaient déjà reparties à la hausse en 2015 – après une baisse quasi ininterrompue depuis la fin des années 1990 –, ont à nouveau progressé en 2016. C’est ce que révèlent les résultats présentés lundi 22 janvier par Nicolas Hulot, à l’occasion de ses vœux à la presse. Un constat qui, estime le ministre de la transition écologique et solidaire, « ne nous laisse aucun répit » sur le front du climat.

La contre-performance est d’autant plus notable que la France s’est dotée, en novembre 2015, d’une stratégie nationale bas carbone (SNBC). Celle-ci décline, dans les différents secteurs d’activité économique, les niveaux d’émissions de gaz à effet de serre à ne pas dépasser pour se placer sur une trajectoire conduisant au « facteur 4 », c’est-à-dire à la division par quatre de ces émissions à l’horizon 2050. Cet objectif, annoncé dès 2003 et inscrit dans la loi de transition énergétique de 2015, a été remplacé par celui, encore plus ambitieux, de « neutralité carbone », que vise le plan climat annoncé par M. Hulot en juillet 2017.

Selon les estimations fournies par le ministère, les émissions nationales ont atteint 463 millions de tonnes équivalent CO2 (Mt CO2 éq) en 2016, soit 3,6 % de plus que le plafond indicatif fixé par la SNBC, qui était de 447 Mt CO2 éq.

Emissions de gaz à effet de serre en France depuis 1990 (en bleu) et objectifs de la stratégie nationale bas carbone (SNBC, en vert). Ministère de la transition écologique et solidaire

Emissions de gaz à effet de serre en France depuis 1990 (en bleu) et objectifs de la stratégie nationale bas carbone (SNBC, en vert). Ministère de la transition écologique et solidaire

Ces rejets sont imputables pour l’essentiel aux secteurs des transports (29 %), de l’agriculture (20 %), du bâtiment (19 %) et de l’industrie (18 %), la production d’énergie pesant pour 11 % et le traitement des déchets pour 4 %.

Emissions de gaz à effet de serre par secteur, en 2016. Ministère de la transition écologique et solidaire

Emissions de gaz à effet de serre par secteur, en 2016. Ministère de la transition écologique et solidaire

Le dérapage par rapport à la feuille de route de la SNBC est particulièrement important dans le domaine du bâtiment (le dépassement y est de 11 %) et celui des transports (+ 6 %). Il est plus modéré pour l’agriculture (+ 3 %), tandis que le secteur de l’industrie est à peu près en phase avec les objectifs nationaux. De son côté, la production d’énergie obtient un bon résultat, avec des émissions inférieures de 8 % à l’objectif (en dépit d’une hausse par rapport à 2015).

Le ministère avance plusieurs explications à cette dérive globale. Il met en avant des « éléments conjoncturels », tels que « le faible prix des produits pétroliers, qui incite à la consommation », ou « l’indisponibilité de certaines centrales nucléaires, qui a provoqué un recours accru aux centrales thermiques à énergie fossile pour la production d’électricité ». Toutefois, M. Hulot considère que, pour le bâtiment et les transports notamment, « les politiques publiques nécessitent des renforcements très substantiels pour atteindre l’ambition voulue ».

La fin des passoires thermiques

C’est le sens, indique-t-il, de plusieurs chantiers de long terme prévus dans son plan climat, comme « une augmentation accélérée du prix du carbone sur le quinquennat », la « fin de la vente de véhicules émetteurs de gaz à effet de serre en 2040 », ou encore, s’agissant des bâtiments résidentiels et tertiaires, « la fin des passoires thermiques en dix ans avec 4 milliards d’euros dédiés à la rénovation énergétique ».

Au printemps 2017, le Conseil général de l’environnement et du développement durable avait déjà prévenu que les engagements de la France en matière de gaz à effet de serre nécessitaient, pour être tenus, « une intensification des efforts dans tous les domaines ».

C’est d’autant plus vrai que les indicateurs publiés par le ministère portent sur les seules émissions nationales associées aux biens et aux services produits sur le territoire français, et non pas sur « l’empreinte carbone » totale, qui intègre, elle, les rejets carbonés générés dans d’autres pays par les biens et les services importés. La prise en compte de ces flux cachés accroît de près de moitié le bilan carbone réel de l’Hexagone. Alors qu’en s’en tenant aux émissions nationales, chaque Français est à l’origine de moins de 7 tonnes de CO2 par an, son empreinte carbone véritable est en fait supérieure à 10 tonnes. Un niveau identique à celui de... 1995.

Evolution comparée de l’empreinte carbone et des émissions sur le territoire français. Ministère de la transition écologique et solidaire

Evolution comparée de l’empreinte carbone et des émissions sur le territoire français. Ministère de la transition écologique et solidaire

Il y a donc urgence à inverser la courbe. La stratégie nationale bas carbone doit être révisée fin 2018 pour fixer, annonce le ministère, « une nouvelle trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre », compatible avec l’objectif de neutralité carbone au milieu du siècle.

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25 janvier 2018 4 25 /01 /janvier /2018 09:08

Auteur et réalisateur de documentaires, Guillaume Coudray enquête depuis plusieurs années sur l’industrie des charcuteries nitrées. « Cochonneries : comment la charcuterie est devenue un poison » est publié aux Editions la Découverte. Son ouvrage révèle les dessous de ce scandale, dont les premières victimes sont les populations les plus modestes. Entretien par Alexandra Chaignon le 24 janvier 2018 pour l’Humanité. Lire aussi De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !, La viande au menu de la transition alimentaire et Cantines scolaires : deux fois trop de viande dans les assiettes.

Les nitrites de sodium accroissent les volumes et font baisser les prix, tout en donnant un aspect appétissant. Cecilia Garroni Parisi/Rea

Les nitrites de sodium accroissent les volumes et font baisser les prix, tout en donnant un aspect appétissant. Cecilia Garroni Parisi/Rea

On parle de « salaison accélérée » ou de « salaison chimique ». Qu’est-ce que ce procédé ?

Guillaume Coudray Ce processus repose sur une famille d’additifs à base d’azote. Le plus ancien est le nitrate de potassium, également appelé salpêtre. L’autre est le nitrite de sodium. Ces additifs présentent plusieurs avantages pour les industriels : ils permettent d’accélérer le processus de production, qui normalement demande de longues périodes de maturation (réduit de neuf mois à quatre-vingt-dix jours pour un jambon cru), d’allonger le délai de conservation en rayon (il ne serait que d’une quinzaine de jours sinon) et, enfin, de donner facilement une jolie coloration rouge rosé. Pour résumer, ces additifs diminuent les pertes, accroissent les volumes et font baisser les prix, tout en donnant un aspect appétissant. Ce sont vraiment des additifs « miracles » pour l’industrie.

À quand remonte l’utilisation massive de ces additifs ?

Guillaume Coudray Les premières traces écrites d’usage de salpêtre (nitrate de potassium) remontent au XVIe siècle. On y vante ses effets sur la viande comme une astuce pour lui donner une couleur rouge. Mais c’est encore un usage anecdotique. Ces additifs se généralisent vraiment aux États-Unis dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous la pression des meatpackers, les premiers charcutiers industriels, qui inventent le travail à la chaîne. À cette époque, la population des villes augmente en raison de l’exode rural. Il faut donc apporter de plus en plus de nourriture dans les zones urbaines. Les produits nitrés permettent de répondre à cette demande en produisant toute l’année des charcuteries à très bas coût. Et peu à peu, ces charcuteries accélérées envahissent le marché mondial. Un nouveau palier est franchi dans les années 1920, avec l’utilisation du nitrite de sodium, plus rapide encore que le salpêtre. En France, les autorités ont d’abord été réticentes à utiliser ce procédé, qu’elles considéraient dangereux et frauduleux. Mais en 1964, elles finissent par céder pour, comme il est écrit dans les rapports officiels, « préserver la compétitivité de la charcuterie française vis-à-vis des productions étrangères ». L’autorisation a été accordée sous l’impulsion d’Edgard Pisani, alors ministre de l’Agriculture. J’ai retrouvé des documents dans les archives du ministère qui sont accablants : les industriels y expliquent que ce procédé va leur permettre de quadrupler leur production…

Depuis quand sait-on que la charcuterie traitée au nitrate de potassium ou au nitrite de sodium est dangereuse ?

Guillaume Coudray Dès le début du XXe siècle, les médecins hygiénistes français ont émis des soupçons vis-à-vis de ces produits. Mais les premières alertes sont apparues plus tard. Au cours des années 1960, les cancérologues ont commencé à comprendre que l’utilisation d’additifs nitrés augmentait la fréquence des tumeurs cancéreuses. Lors de la digestion ou même dès la fabrication, les nitrites peuvent faire apparaître d’autres substances, les nitrosamides et les nitrosamines, qui sont cancérogènes. Par la suite, les scientifiques ont compris que les additifs nitrés donnent lieu à un troisième composé cancérogène, appelé « fer nytrosylé ». En d’autres termes, les composés nitrés activent le pouvoir cancérogène du fer contenu dans la viande. Les études épidémiologiques montrent aujourd’hui que les charcuteries provoquent un des cancers les plus répandus des pays développés : le cancer colorectal. C’est ce risque qui a été dénoncé par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), en 2015.

On ne trouve pourtant ces additifs qu’en petite quantité…

Guillaume Coudray Il faut comprendre que ce n’est pas le nitrate et le nitrite qui sont eux-mêmes cancérogènes. Mais une fois injectés dans la viande, ils peuvent donner naissance aux trois molécules cancérogènes que je viens d’évoquer. Ces nitro-composés sont dangereux même à très faible dose.

Peut-on évaluer le nombre de personnes concernées par cette maladie ?

Guillaume Coudray C’est l’un des cancers les plus répandus. Les plus touchés sont les plus pauvres. Ce sont eux qui consomment les produits les plus nitrités. Au rayon libre-service des supermarchés, un ménage modeste achète deux fois plus de charcuterie qu’un ménage aisé. Mais il est aujourd’hui difficile de trouver des chiffres détaillés qui montrent la réalité des inégalités de consommation. Une discrétion qui colle bien avec les mensonges de la filière, qui préfère scander que « la consommation moyenne quotidienne des Français est inférieure à 50 g par jour », tout en faisant croire qu’en deçà, il n’y aurait pas de risque. L’OMS dit précisément le contraire : chaque portion de 50 g de charcuterie fait bondir de 18 % le risque d’être atteint d’un cancer colorectal ! L’OMS dit bien qu’elle n’est pas capable d’établir de dose en deçà de laquelle il n’y a pas de risque de développer un cancer. Insister sur la « moyenne » est fallacieux : en réalité, ceux qui consomment effectivement des charcuteries en mangent souvent des quantités bien plus importantes que ladite « moyenne ». Les gros consommateurs sont les agriculteurs, les ouvriers ! Je vous laisse deviner quels sont les milieux sociaux les plus accueillis dans les services d’oncologie digestive des hôpitaux français…

Est-il possible de faire sans ?

Guillaume Coudray Tout à fait. De nombreux producteurs s’en passent. Les fabricants de jambon de Parme l’ont prouvé en renonçant en 1993 à l’usage du nitrite et du nitrate. Ils sont retournés aux procédés traditionnels, à une méthode de fabrication plus lente qui laisse apparaître le pigment naturel. Mais supprimer le nitritage implique d’adapter les méthodes de travail : il faut plus d’employés, réviser les processus de fabrication et les machines, suivre des règles d’hygiène plus contraignantes, interdire l’utilisation de viande de qualité douteuse. Il faut travailler une matière première de meilleure qualité, ce qui impose de mieux rémunérer les éleveurs. Les fabricants qui renoncent aux additifs nitrés utilisent généralement du cochon qui a entre 12 et 18 mois, contre 6 mois dans les grandes industries charcutières. Il s’agit donc de transformer les modes de fabrication pour aller vers des productions plus locales, plus raisonnables, plus vertueuses. En somme, il faut réformer la filière. Y a-t-il le choix ? On peut penser qu’à force de faire des cochonneries nitrées, les gens n’en voudront plus. Je crois plutôt que la filière ne changera pas de méthode tant qu’elle n’y sera pas forcée par les autorités sanitaires.

Quels arguments, justement, oppose la filière pour continuer à utiliser le nitritage, alors même que sa toxicité est prouvée ?

Guillaume Coudray Pour les distributeurs et les fabricants, supprimer le nitritage, cela veut dire diminuer la durée de conservation tout en allongeant les délais de fabrication. Par ailleurs, les services marketing des fabricants s’y opposent car, sans lui, le jambon de Paris, les knacks et autres lardons ne seront plus roses, mais blancs ou gris. C’est risquer de vendre beaucoup moins car la couleur rose donne au consommateur l’illusion de la fraîcheur. Comme pour le glyphosate, ils répètent que, sans nitrites la filière s’effondrera, que ces additifs sont indispensables « pour protéger le consommateur ». Or, voyez le cas des 160 producteurs de jambon de Parme qui depuis vingt-cinq ans ont arrêté tout additif nitré. Ils vendent chaque année 9 millions de jambons sans avoir jamais connu aucun problème de botulisme (une grave maladie neurotoxique), que les industriels agitent comme un épouvantail.

Selon les industriels, les additifs nitrés seraient en effet l’unique moyen de combattre le botulisme…

Guillaume Coudray Le risque de botulisme a été brandi par les charcutiers industriels américains à la fin des années 1960, avant d’arriver en France. C’est une défense fabuleuse : on fait croire aux consommateurs que les nitrites servent à les protéger. Il y a tromperie, encore une fois : quand on enquête dans les archives, on s’aperçoit que tous les experts le disent : les causes du botulisme, c’est l’absence de soins et la viande avariée, et non pas l’absence de nitrites ! Les industriels n’hésitent pas non plus à réinventer l’histoire : ils jurent que ces additifs sont utilisés depuis des millénaires et qu’aucun charcutier n’a jamais pu s’en passer.

Le bio est-il garant d’une charcuterie sans nitrites ni nitrates ?

Guillaume Coudray Même pas. Et c’est aussi un scandale que la réglementation bio autorise leur utilisation. Pour trouver de la charcuterie sans additif, il faut lire les étiquettes. En cherchant bien, on trouve aujourd’hui du saucisson et du jambon sans nitrates ni nitrites.

Les autorités ne participent-elles pas, elles aussi, à cette vaste supercherie ?

Guillaume Coudray Ce n’est pas aux consommateurs de résoudre ce problème, mais aux autorités sanitaires. Et en premier lieu l’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments), qui continue à autoriser ces dangereuses molécules. Connue pour les conflits d’intérêts qui règnent en son sein, cette agence européenne pourrit le débat scientifique. Au lieu de protéger les consommateurs, l’Efsa semble avoir choisi de protéger l’industrie charcutière.

Nitrites et désinformation

Sur le site Connaissezvosnitrites.com, on apprend tout sur le nitrite de sodium. Et en particulier ses nombreux « avantages » d’un point de vue sanitaire, défendus par des « experts ». On y parle ainsi de son rôle dans la lutte contre le botulisme… Le site explique que le nitrite « renforce la salubrité des aliments en bloquant la croissance des bactéries Clostridium botulinum ». En somme, un vibrant plaidoyer pour ces additifs… plébiscité par le lobby canadien des viandes nitrées, via le Conseil des viandes du Canada, qui a justement… réalisé ce site ! Un bel exemple de désinformation.

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24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 09:51

Une semaine après la charge d’Emmanuel Macron à Calais contre les associations de soutien aux migrants, l’écrivain et réalisateur Yann Moix interpelle le chef de l’Etat, dont il dénonce la politique migratoire. Il affirme avoir filmé, dans le cadre d’un documentaire qu’il est en train de réaliser sur place, des « actes de barbarie». Tribune parue dans Libération le 21 janvier 2018. Lire aussi L’humanité de demain se construit par l’accueil des migrants aujourd’hui, 470 associations lancent les États généraux des migrations pour soutenir les lanceurs d'accueil et L’évolution de la température mondiale accroîtrait le nombre de demandes d’asile auprès de l’Union européenne.

Yann Moix à Calais filme le sort des migrants.  PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

Yann Moix à Calais filme le sort des migrants. PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

Monsieur le Président de la République,

Chaque jour, vous humiliez la France en humiliant les exilés. Vous les nommez «migrants» : ce sont des exilés. La migration est un chiffre, l’exil est un destin. Réchappés du pire, ils représentent cet avenir que vous leur obstruez, ils incarnent cet espoir que vous leur refusez. C’est à leur sujet que je vous écris.

Vous avez affirmé, dans votre discours de Calais, que «ceux qui ont quelque chose à reprocher au gouvernement s’attaquent à sa politique, mais qu’ils ne s’attaquent pas à ses fonctionnaires». Je ne m’en prendrai ici qu’à vous. Et à vous seul.

Je ne suis pas, comme vous dites, un «commentateur du verbe» : je suis un témoin de vos actes. Quant à votre verbe, il est creux, comme votre parole est fausse et votre discours, double.

J’affirme, monsieur le Président, que vous laissez perpétrer à Calais des actes criminels envers les exilés. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

J’affirme, monsieur le Président, que des fonctionnaires de la République française frappent, gazent, caillassent, briment, humilient des adolescents, des jeunes femmes et des jeunes hommes dans la détresse et le dénuement. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

J’affirme, monsieur le Président, que des exilés non seulement innocents, mais inoffensifs, subissent sur notre territoire des atteintes aux droits fondamentaux de la personne. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

Vous menacez de saisir la justice si les «faits dénoncés» ne sont pas «avérés». Voici donc, monsieur le Président, les images des conséquences obscènes de votre politique.

Ces actes de barbarie, soit vous les connaissiez et vous êtes indigne de votre fonction ; soit vous les ignoriez et vous êtes indigne de votre fonction. Ces preuves, si vous les demandez, les voici ; si vous faites semblant de les demander, les voici quand même. Les Français constateront ce que vous commettez en leur nom.

«Je ne peux pas laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre exercent des violences physiques», avez-vous dit. Ajoutant : «Si cela est fait et prouvé, cela sera sanctionné». D’abord, vous menacez de procès en diffamation ceux qui démasquent votre politique ; ensuite, vous menacez de procédures de sanction ceux qui l’appliquent.

« La brutalité du monde »

Journalistes, policiers : avec vous, tout le monde a tort à tour de rôle. Les uns d’avoir vu, les autres d’avoir fait. Tout le monde a tort sauf vous, qui êtes le seul à n’avoir rien vu et le seul à n’avoir rien fait. On attendait Bonaparte, arrive Tartuffe.

Soit les forces de l’ordre obéissent à des ordres précis, et vous êtes impardonnable ; soit les forces de l’ordre obéissent à des ordres imprécis, et vous êtes incompétent. Ou bien les directives sont données par vous, et vous nous trahissez ; ou bien les directives sont données par d’autres, et l’on vous trahit.

Quand un policier, individuellement, dépasse les bornes, on appelle cela une bavure. Quand des brigades entières, groupées, dépassent les bornes, on appelle cela un protocole. Vous avez instauré à Calais, monsieur le Président, un protocole de la bavure.

Quand une police agit aussi unie, pendant si longtemps, elle ne peut le faire sans se plier à un commandement. Est-ce bien vous, monsieur le Président, qui intimez aux policiers l’ordre de déclencher ces actions souillant la dignité de l’homme ? Vous y avez répondu vous-même : «Dans la République, les fonctionnaires appliquent la politique du gouvernement.»

L’histoire a montré qu’on peut parfois reprocher à un policier de trop bien obéir. Mais elle a surtout montré qu’on doit toujours reprocher à un président de mal commander, précisément quand le respect humain est bafoué. En dénonçant les violences policières, en cherchant à savoir qui est le donneur de ces ordres, je ne fais que défendre la police, parce que lui donner de tels ordres, c’est justement porter atteinte à son honneur.

«La situation est ce qu’elle est par la brutalité du monde qui est le nôtre», dites-vous. Peut-on attendre, monsieur le Président, qu’une situation aussi complexe soit démêlée par une pensée aussi simpliste ? Que des décisions si lourdes soient compatibles avec des propos si légers ? On attendait Bonaparte, arrive La Palisse.

Serez-vous plus enclin à l’émotion qu’à la réflexion ? Ecoutez la voix de ces jeunes qui, fuyant les assassins et la dictature, rançonnés puis suppliciés en Libye, traversent la Méditerranée sur des embarcations douteuses pour accoster, à bout de forces, dans une Europe que vous défendez par vos formules et qu’ils atteignent par leur courage.

Vous avez osé dire : «Notre honneur est d’aider sur le terrain celles et ceux qui apportent l’humanité durable dans la République.» Au vu de ce qui semblerait être votre conception de «l’humanité», les associations préfèrent l’aide que vous leur avez refusée à celle que vous leur promettez. A Calais, on vous trouve plus efficace dans la distribution des coups que dans la distribution des repas.

Ces associations, monsieur le Président, font non seulement le travail que vous ne faites pas, mais également le travail que vous défaites. Quant à votre promesse de prendre en charge la nourriture, elle n’est pas généreuse : elle est élémentaire. Vous nous vendez comme un progrès la fin d’une aberration.

La colonisation en Algérie, monsieur le Président, vous apparut un jour comme un «crime contre l’humanité». Ne prenez pas la peine de vous rendre si loin dans l’espace et dans le temps, quand d’autres atrocités sont commises ici et maintenant, sous votre présidence. Sous votre responsabilité.

Faites, monsieur le Président, avant que l’avenir n’ait honte de vous, ce qui est en votre pouvoir pour que plus un seul de ces jeunes qui ne possèdent rien d’autre que leur vie ne soit jamais plus violenté par la République sur le sol de la nation. Mettez un terme à l’ignominie. La décision est difficile à prendre ? On ne vous demande pas tant d’être courageux, que de cesser d’être lâche.

Saccages d’abris, confiscations d’effets personnels, pulvérisation de sacs de couchage, entraves à l’aide humanitaire. Tel est le quotidien des exilés à Calais, monsieur le Président. Hélas, vous ne connaissez rien de Calais. Le Calais que vous avez visité mardi dernier n’existe pas : c’était un Calais pipé ; c’était un Calais imaginaire et vide ; c’était un Calais sans «migrants». Un Calais sur mesure, un Calais de carton-pâte. Le Calais que vous avez visité, monsieur le Président, ne se trouve pas à Calais.

Crime

Le Défenseur des droits a dénoncé, lui aussi, le «caractère exceptionnellement grave de la situation», qu’il n’hésite pas à décrire comme étant «de nature inédite dans l’histoire calaisienne». Une instance de la République, monsieur le Président, donne ainsi raison à ceux à qui vous donnez tort. Mais je vous sais capable de ne pas croire vos propres services, tant vous donnez si souvent l’impression de ne pas croire vos propres propos.

Comme on se demande à partir de combien de pierres commence un tas, je vous demande, monsieur le Président, à partir de combien de preuves commence un crime.

Je citerai enfin les conclusions de la «mission IGA-IGPN-IGGN relative à l’évaluation de l’action des forces de l’ordre à Calais et dans le Dunkerquois» d’octobre 2017 - mission qui dépend du ministère de l’Intérieur : « L’accumulation des témoignages écrits et oraux, bien que ne pouvant tenir lieu de preuves formelles, conduit à considérer comme plausibles des manquements à la doctrine d’emploi de la force et à la déontologie policière, principalement à Calais. Ces manquements portent sur des faits de violences, sur un usage disproportionné des aérosols lacrymogènes, la destruction d’affaires appartenant aux migrants ainsi que le non-respect de l’obligation du matricule RIO [le référentiel des identités et de l’organisation]

Permettez-moi, monsieur le Président, de traduire cette phrase dans un français non policier : «Nous croulons sous les preuves de violences policières, notamment de gazages, mais nous refusons de les considérer comme des preuves au sens strict, car cela risquerait de froisser monsieur le ministre de l’Intérieur, qui serait obligé d’enquêter sur l’épidémie d’anonymat qui saisit ses troupes au moment de l’assaut contre les migrants.»

Vous dites : « Je ne peux laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre utilisent la violence.» Les violences vous dérangeraient-elles moins que le fait qu’on les laisse accréditer ?

A l’heure, monsieur le Président, où vous décrétez ce qui est, ou n’est pas, une «fake news», vous nous rappelez de manière salutaire que vous êtes prompt au mensonge éhonté. On attendait Bonaparte, arrive Pinocchio.

Mesures antimigratoires

Je ne sais exactement de quoi vous êtes responsable ; je sais seulement en quoi vous êtes irresponsable. Le grand mérite de votre politique, c’est qu’on peut la voir à l’œil nu.

Surtout à Calais, où tout est fait pour rendre impossible aux exilés l’accès à l’Angleterre. Non seulement ils n’ont pas le droit de rester, mais ils n’ont pas la possibilité de partir. Que doivent-ils faire ? Attendre qu’on leur brûle la rétine ? Ou bien jouer leur destin en tentant la traversée ?

Vous menacez en tout, monsieur le Président, des gens qui ne nous menacent en rien. Votre politique ne fait pas que trahir nos valeurs, elle les insulte. Les mesures antimigratoires sont toujours populaires. Mais voulant faire plaisir à la foule, vous trahissez le peuple.

Le préfet du Pas-de-Calais m’a appelé, furieux, osant se réclamer de Jean Moulin ; mais Jean Moulin s’est battu pour faire cesser la barbarie, non pour intimider ceux qui la dénoncent. Les exilés sont des victimes. Laissez les martyrs morts en paix ; cessez de faire la guerre aux martyrs vivants.

Jean Moulin fut supplicié pour une France qui accueille les hommes, pas pour une France qui les chasse. Dites à votre préfet que se réclamer d’un héros de la Résistance quand, dans sa sous-préfecture, Erythréens, Afghans et Soudanais sont harcelés, délogés, gazés nuit et jour, c’est prendre Jean Moulin en otage. Et c’est le trahir une deuxième fois.

Ce n’est plus vous qui êtes en marche, monsieur le Président, c’est la vérité. Vous pouvez porter plainte contre moi pour diffamation ; la postérité portera plainte contre vous pour infamie.

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19 janvier 2018 5 19 /01 /janvier /2018 16:09

... au Pré Saint-Gervais, aux Lilas, à Bagnolet... aussi avec                                   Electrons solaires 93 - plus de détails sur http://www.electrons-solaires93.org/ !

Le 17 janvier, à l’occasion de la journée « Energies renouvelables citoyennes : et en Ile de France ? », 180 acteurs franciliens de l’énergie ont acté l’émergence d’une nouvelle dynamique dans le développement des énergies renouvelables : l’énergie citoyenne. Les pouvoirs publics manifestent leur intérêt et leur volonté de la soutenir. Electrons solaires 93 participait à l'organisation de cette journée.

Erwan BOUMARD, directeur d’Energie Partagée, est le nouveau président de Solarvip, société de gestion des actifs solaires de la ville de Paris.

Erwan BOUMARD, directeur d’Energie Partagée, est le nouveau président de Solarvip, société de gestion des actifs solaires de la ville de Paris.

A l’initiative d’Energie Partagée, mouvement de l’énergie citoyenne, 180 représentants de collectivités locales, d’organisations de la société civile, d’entreprises et de spécialistes des énergies renouvelables (EnR) se sont intéressés à cette nouveauté : les projets d’EnR portés par les citoyens eux-mêmes, associés aux collectivités.
Face aux enjeux régionaux en matière de développement des EnR, Jean-Philippe DUGOIN-CLEMENT, Vice-président de la Région en charge de l’écologie et du développement durable, a insisté sur l’impératif de recueillir l’adhésion des citoyens et de s’appuyer sur les initiatives locales. Le Directeur de l’Environnement, Dominique GAMON, a pour sa part assuré que le soutien aux projets citoyens serait inscrit dans la nouvelle stratégie énergie en cours d’élaboration à la Région.
Coté Etat, Aurélie VIEILLEFOSSE, Directrice adjointe de la DRIIE, a proposé d’organiser les échanges avec les services du patrimoine (Bâtiments de France), pour traiter les difficultés d’intégration en milieu urbain dense, auxquelles font face ces projets. Estimant que l’énergie citoyenne est un véritable relais de croissance pour les EnR, Michel GIORIA, Directeur régional de l’ADEME, a annoncé la prochaine mise en place d’un mécanisme de soutien à la phase de développement des projets citoyens.
Maire-adjointe de Paris en charge de l’environnement, Célia Blauel a souligné combien ils se situent au carrefour de deux priorités majeures de la Ville : le développement des renouvelables – dans le cadre du nouveau Plan Climat- et la participation citoyenne. C’est d’ailleurs dans le cadre du Budget participatif que la Ville a réservé une enveloppe de deux millions pour investir aux côtés de ces projets, dans les quartiers populaires.
Au-delà des échanges montrant la mobilisation des différents acteurs sur la thématique, cette journée a été l’occasion de lancer deux dispositifs qui viendront la soutenir :
- par la signature de la charte des acteurs franciliens de l’investissement public et citoyen dans les EnR, convention de partenariat entre Energie Partagée et trois SEM : Energie Posit’if, SIP EnR et SDESM Energie. A la clé : une mutualisation pour faciliter et renforcer l’investissement dans les projets EnR portés par les collectivités et les citoyens.
- la reprise par Energie Partagée de Solarvip, société de gestion des actifs solaires de la ville de Paris (dont la centrale de la Halle Pajol), qui change de nom à cette occasion et devient Tener’IF. Avec de nouvelles orientations et la volonté de développer l’activité.

http://energie-partagee.org/   

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18 janvier 2018 4 18 /01 /janvier /2018 10:26

Le gouvernement installe un comité de pilotage sur la reconversion du site nucléaire, le plus vieux du parc. Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat, est chargé de déminer le dossier. L’arrêt d’autres centrales nucléaires durant le quinquennat est peu probable, malgré la volonté de Nicolas Hulot de disposer d’un calendrier clair de fermeture de réacteurs. L’Elysée et EDF semblent jouer la montre. D’après Pierre Le Hir le 17 janvier 2018 pour Le Monde.

La centrale nucléaire du Bugey, le 8 avril 2016 à Saint-Vulbas (Ain) qui a connu des incidents d’exploitation en juin dernier. PHILIPPE DESMAZES / AFP

La centrale nucléaire du Bugey, le 8 avril 2016 à Saint-Vulbas (Ain) qui a connu des incidents d’exploitation en juin dernier. PHILIPPE DESMAZES / AFP

C’était en juillet 2017. Nicolas Hulot, fraîchement nommé ministre de la transition écologique et solidaire, annonce sur RTL qu’il faudrait fermer « peut-être jusqu’à 17 réacteurs nucléaires » d’ici à 2025 pour faire descendre la part de l’atome dans la production électrique française à 50 %. Mais, début octobre, le ministre revient sur l’objectif de 2025, affirmant qu’il n’est pas tenable sans compenser la diminution du nucléaire par des centrales au gaz, qui émettent du CO2.

Alors que s’amorcent les discussions sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), il semble de plus en plus improbable que la France ferme d’autres réacteurs que Fessenheim pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron.

La PPE doit dessiner la trajectoire énergétique de la France pour les dix prochaines années. Cette feuille de route, qui doit être arrêtée fin 2018, inclut par exemple les objectifs de développement des énergies renouvelables ou de réduction des gaz à effet de serre.

Mais ce sont les termes employés sur le futur des 58 réacteurs du parc nucléaire qui seront scrutés avec attention par tous les observateurs. Les premiers ateliers se sont conclus, mardi 16 janvier, sans détailler les perspectives de fermeture de réacteurs. Les ONG déplorent que n’aient été étudiés que les scénarios les plus favorables au nucléaire.

« Choisir ses batailles »

Pour Nicolas Hulot, cette PPE est pourtant une occasion rêvée de rendre concret l’engagement d’« enclencher la décrue du nucléaire ». « Il faudra dans la PPE avoir un calendrier précis, avec le nom des réacteurs qui vont fermer », a expliqué au Monde le ministre, pour qui « le nucléaire n’est pas forcément une énergie d’avenir ». Selon lui, EDF a désormais compris que l’objectif de 50 %, même décalé dans le temps, « n’était pas négociable ».

Pour le ministère, il y aura trois critères pour décider quels réacteurs seront ciblés : la sûreté, après avis de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le rendement économique, et le volet social. « Il faut prendre le temps de la concertation, discuter avec EDF, avec les syndicats, il ne faut pas faire les choses brutalement », estime le ministre.

« C’est un exercice difficile », reconnaît M. Hulot, conscient des réticences, aussi bien chez EDF qu’au sein du gouvernement. « S’il n’était pas au gouvernement, on serait reparti pour la construction de deux EPR », assure un très proche du ministre.

C’est peu dire que le scepticisme de Nicolas Hulot sur le nucléaire ne fait pas l’unanimité dans l’exécutif. Si, pendant la campagne, Emmanuel Macron s’était clairement engagé à diminuer la part du nucléaire, il estimait, en même temps, qu’il s’agissait d’« une énergie d’avenir ». Surtout, le président a depuis répété que la priorité était de lutter contre le changement climatique – avant donc de diminuer la part du nucléaire, qui n’émet pas de CO2. « Il faut choisir ses batailles (…). Si je ferme demain une centrale nucléaire en plus, ce n’est pas vrai que je peux la remplacer par du renouvelable », prévenait-il sur France 2, le 17 décembre 2017.

Orientations pas forcément incompatibles

A l’Elysée, on explique que ces orientations ne sont pas forcément incompatibles. Mais qu’il faut commencer par un développement massif des énergies renouvelables et par la fermeture des quatre dernières centrales à charbon françaises avant de se poser la question du nucléaire. « On ira bien à 50 % de nucléaire, et il y aura des fermetures de réacteurs. Mais les trajectoires doivent être réalistes tant d’un point de vue climatique qu’économique », défend-on à l’Elysée, où l’on évoque des scénarios de fermeture de réacteurs entre 2030 et 2040.

« Ça n’aurait pas de sens de donner dès maintenant une liste de centrales à fermer », ajoute-t-on. D’autant que l’exécutif cherche aussi à préserver l’équilibre économique d’EDF, mis à mal par sa dette importante et par les difficultés du parc nucléaire. Autrement dit : il n’y aura pas d’engagement clair à fermer des réacteurs tant que la voie ne sera pas tracée pour un déploiement beaucoup plus important des énergies renouvelables.

Un scénario qui sera probablement jugé insuffisant par les mouvements écologistes, qui ont accueilli avec sévérité le report de l’objectif de 50 %. « Si on veut envoyer un signal positif pour le développement des énergies renouvelables, il faut annoncer des fermetures de centrales, prévient Cyril Cormier de Greenpeace France. Sinon, personne n’y croira ».

Doubler le nombre d’éoliennes

A titre d’exemple, l’éolien ne représente aujourd’hui que 4 % de la production électrique française, et la France ne compte aucune éolienne en mer. Pour diminuer à 50 % la production de nucléaire en 2030, il faudrait plus que doubler le nombre d’éoliennes aujourd’hui implantées sur le territoire et quintupler les efforts sur le solaire, selon les données de RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité.

L’objectif de démultiplier les efforts sur les renouvelables est, lui, largement partagé au sein de l’exécutif. Nicolas Hulot, qui porte avec vigueur ce dossier, a vertement incité EDF à se mobiliser. L’électricien a fait bonne figure en annonçant, en décembre 2017, un plan solaire conséquent, semblant répondre directement aux injonctions du ministre.

Mais, en interne, on se dit confiant sur le fait qu’aucune nouvelle fermeture de réacteur ne sera engagée rapidement. « Nos propositions pour la PPE, c’est de poursuivre nos réacteurs jusqu’à 50 ans, et pour certains au-delà », explique ainsi un dirigeant d’EDF.

Une grande partie du parc nucléaire français va atteindre quarante ans de fonctionnement dans les années 2019-2025, et il appartiendra à l’Autorité de sûreté de dire à quelles conditions ces centrales peuvent être prolongées sans danger. Cet avis de l’ASN est d’autant plus crucial que M. Macron a répété qu’il s’appuierait sur lui pour décider quels réacteurs fermer. Il devait initialement être rendu en 2018 mais il a été repoussé à 2021. Juste avant la fin du quinquennat.

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16 janvier 2018 2 16 /01 /janvier /2018 09:09

Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de sûreté nucléaire, souligne le risque d’incendie associé à certains déchets destinés au centre d’enfouissement de la Meuse. Propos recueillis par Pierre Le Hir pour Le Monde. Lire aussi À Bure, la fabrique du consentement pour le projet contesté d’enfouissement de déchets radioactifs, Nouveaux doutes sur le stockage des déchets nucléaires à Bure, Déchets nucléaires : l’impasse et Le projet de stockage de déchets radioactifs à Bure gelé par la justice.

Le laboratoire souterrain de Bure, le 21 novembre 2017. FREDERICK FLORIN / AFP

Le laboratoire souterrain de Bure, le 21 novembre 2017. FREDERICK FLORIN / AFP

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) rend public, lundi 15 janvier, son avis sur le « dossier d’options de sûreté » du Centre industriel de stockage géologique (Cigéo). Celui-ci vise à enfouir, dans le sous-sol de la commune de Bure, dans la Meuse, 85 000 m3 de déchets hautement radioactifs et à vie longue. Sa mise en service doit débuter en 2026 ou 2027 et s’étaler jusqu’au milieu du siècle prochain.

Tout en jugeant globalement « très bon » le dossier présenté par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), chargée de ce projet, le président de l’ASN, Pierre-Franck Chevet, estime qu’il doit être amélioré.

A ce stade, la fiabilité du futur site du stockage vous semble-t-elle garantie ?

Ce dossier est une étape importante, au regard de l’enjeu majeur de sûreté que constitue la gestion des déchets nucléaires les plus radioactifs et à vie longue – on parle ici de centaines de milliers d’années. La France, et je m’en réjouis, a choisi l’option du stockage géologique à grande profondeur, qui est aussi la solution de référence au niveau international. C’est le seul choix responsable, sauf à reporter sur les générations futures la charge de gérer ces déchets sur le long terme. Pour autant, il se peut que des alternatives soient trouvées dans le futur, raison pour laquelle la loi a prévu que le stockage soit réversible pendant au moins cent ans.

L’Andra nous a soumis un très bon dossier. Il confirme que la zone argileuse retenue possède les caractéristiques géologiques requises. Et il marque des avancées significatives en termes de sûreté. Toutefois, nous avons des réserves sur un sujet important : celui des déchets bitumés. Sur ce point, l’Andra doit revoir sa copie. Si ce sujet n’est pas traité de manière satisfaisante, le stockage de ces déchets ne sera pas autorisé par l’ASN.

Quel risque ces déchets présentent-ils ?

Il s’agit de boues radioactives qui, par le passé, ont été conditionnées dans des matrices en bitume. Actuellement entreposés dans les installations du CEA [Commissariat à l’énergie atomique] à Marcoule [Gard] et d’Areva à la Hague [Manche], ces produits de moyenne activité à vie longue représentent un peu plus de 40 000 « colis », soit environ 18 % des conteneurs destinés à Cigéo.

Or, outre que le bitume lui-même peut s’enflammer dans certaines conditions, ces déchets sont aussi susceptibles, par réaction chimique, de monter en température. Avec, en cas de départ de feu, le risque d’un emballement thermique propageant l’incendie dans les alvéoles souterraines de stockage. Cette éventualité doit pouvoir être totalement écartée.

J’insiste sur le risque d’incendie, car il est particulièrement problématique en milieu souterrain. Il existe des précédents. En France, celui de Stocamine, le centre de stockage de déchets – non radioactifs – installé dans d’anciennes mines de potasse d’Alsace, où un feu a été provoqué en 2002 par la réaction chimique de produits entreposés, ce qui a conduit à l’arrêt définitif de l’exploitation. Et, aux Etats-Unis, celui du WIPP [Waste Isolation Pilot Plant], site de déchets nucléaires militaires implanté au Nouveau-Mexique, dans une couche de sel, où se sont produits en 2014 un incendie et un relâchement de radioactivité.

Quelles sont les solutions ?

La première, que nous privilégions, est de demander aux producteurs de ces déchets – le CEA, Areva et EDF – de les reprendre et de les reconditionner, pour les rendre inertes. Cela exige de développer à l’échelle industrielle un procédé de neutralisation chimique. L’autre voie serait de revoir la conception d’ensemble de Cigéo, en espaçant suffisamment les colis pour éviter la propagation d’un feu, et en mettant en place des moyens de détection très précoce d’une montée de température ainsi que d’extinction d’un feu. Industriellement, c’est sans doute compliqué. En tout état de cause, nous ne transigerons pas avec la sûreté.

Si, finalement, ces 40 000 colis ne pouvaient trouver place dans le centre de stockage, celui-ci ne perdrait-il pas une partie de sa raison d’être ?

En aucune façon. Les déchets les plus pénalisants que nous avons à gérer sont ceux de haute activité, issus notamment du retraitement du combustible nucléaire. La vocation principale de Cigéo est de confiner ces produits de façon sûre et durable. Pour les déchets bitumés, il faudra trouver un autre mode de stockage.

Vous demandez néanmoins à l’Andra d’améliorer son dossier sur d’autres aspects...

Des questions subsistent en effet, en particulier sur la tenue de l’installation face aux aléas naturels, spécialement aux séismes, ou sur la gestion des situations post-accidentelles. En cas d’accident ou d’incident dans une galerie, quelles sont les dispositions prévues pour intervenir, pour éviter la propagation du sinistre, pour poursuivre les opérations de stockage ? Ces questions sont normales au stade d’un dossier d’options de sûreté. L’Andra devra y répondre. Nos remarques doivent lui permettre d’amender et d’améliorer son projet.

Qu’en est-il du risque d’actes de malveillance, récemment pointé par Greenpeace pour les piscines d’entreposage du combustible des centrales nucléaires ?

L’ASN est chargée de la sûreté des installations nucléaires, mais la sécurité n’est pas de son ressort. Cependant, l’Andra devra aussi apporter des précisions sur la façon dont elle pense se prémunir, à Bure, contre des actes tels qu’un incendie d’origine criminelle. Encore une fois, le sujet est particulièrement complexe pour un site souterrain. Et plus encore pour une installation dont l’exploitation est prévue sur cent ou cent cinquante ans.

L’Andra prévoit de vous soumettre sa demande d’autorisation de création de Cigéo en 2019. Compte tenu de vos demandes, ce calendrier est-il réaliste ?

Le dossier est très bien avancé. Il est tout à fait possible de tenir le calendrier. Nous jugerons sur pièces, le moment venu.

L’Andra avait chiffré le coût du centre de stockage à près de 35 milliards d’euros, EDF, Areva et le CEA, qui le financent, à 20 milliards. L’ex-ministre de l’écologie, Ségolène Royal, a tranché pour 25 milliards. Ne lésine-t-on pas sur la sûreté ?

La responsabilité de ce chiffrage revient au gouvernement. Le plus important est que l’arrêté signé en 2016 par Mme Royal précise que ce coût sera régulièrement réévalué, à chaque étape-clé du projet. Cigéo est une installation d’un type nouveau. Il est donc logique que l’estimation du coût évolue dans le temps.

Compte tenu des risques et des incertitudes qui subsistent, certains opposants prônent l’abandon du projet d’enfouissement au profit d’un entreposage en surface. N’est-ce pas la voie de la prudence ?

Au contraire. Un entreposage en surface, ou près de la surface, est certes concevable pour des déchets dont la durée de vie est de l’ordre du siècle, pas pour des déchets qui resteront radioactifs des centaines de milliers d’années. Qui peut garantir l’existence d’un contrôle humain et sociétal d’une telle installation à un horizon aussi lointain, qui dépasse toute capacité d’anticipation ? Personne. Je le redis, le stockage géologique profond est la seule solution responsable.

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13 janvier 2018 6 13 /01 /janvier /2018 09:04

Que faire de Notre-Dame-des-Landes dans l’hypothèse où l’État aurait renoncé au projet d’aéroport ? Des centaines d’occupants, installés pour longtemps dans le bocage, poursuivent de prometteuses innovations, révélatrices des évolutions profondes de la société française. Les auteurs de cette tribune plaident pour un règlement global et pacifique, qui transformerait ce conflit en solution d’avenir, pour le bien de tous. Journaliste engagé pour l’écologie, Fabrice Nicolino est chroniqueur à La Croix et à Charlie Hebdo. François de Beaulieu a publié depuis 1967 une soixantaine de livres et plusieurs centaines d’articles sur le patrimoine naturel et culturel de la Bretagne et est engagé dans la protection de la nature et spécialement des landes bretonnes. Jean-Paul Besset, journaliste, a été député européen écologiste de 2009 à 2014. Lire aussi Notre-Dame-des-Landes: des expertises plutôt favorables aux opposants.

Rien n’est terminé, tout peut recommencer, le pire peut encore se produire. Le texte qui suit n’envisage qu’une possibilité et une seule : l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes par le gouvernement, au terme d’une médiation intelligente de quelques mois. Mais, même dans ce cas, il resterait à régler la redoutable question de la présence de plusieurs centaines d’occupants sur le site. Selon nous, une intervention policière, même après le renoncement à toute construction, conduirait à des affrontements graves, potentiellement meurtriers. Pour quantité de raisons, dont celle-ci : bon nombre d’occupants sont devenus paysans, éleveurs, tisserands, maçons, charpentiers. Notre-Dame-des-Landes est devenu leur pays.

Avant de développer notre proposition, il nous semble nécessaire de garder à l’esprit que la société française est en train de vivre une révolution aussi vive que rapide de ses habitudes alimentaires. La consommation de produits bio, qui n’en est qu’un aspect, a augmenté de 20 % l’an passé, et de 278 % en neuf ans. Quel secteur économique pourrait en dire autant ? Neuf Français sur dix ont acheté des produits bio en 2016. La surface agricole dédiée à la bio a grossièrement triplé depuis 2007, et la demande, loin de s’essouffler, oblige à importer massivement.

C’est un mouvement de fond, qui atteint un modèle agricole déjà en crise depuis des années pour des raisons structurelles. Il existe dans le fond culturel de la société française une aspiration massive à manger mieux et autrement. Pesticides, antibiotiques, chimie de synthèse, intensification des productions et concentration des animaux d’élevage sont des méthodes du passé.

Des millions de Français le savent ou le pressentent, et parmi eux, un nombre croissant d’agriculteurs, coincés par un système qui les aura enrichis avant de les ruiner. Il existe une base sociale capable d’entendre de nouveaux discours et de soutenir des projets audacieux. À deux conditions au moins : qu’ils soient bien entendu porteurs d’avenir et qu’ils soient aidés avec sincérité et dans la durée par la puissance publique.

Les changements de pied du pouvoir politique, si fréquents depuis une dizaine d’années, ont cristallisé un sentiment de défiance généralisé. Plus personne ne croit plus personne. Les partisans de l’aéroport restent nombreux, mais ils ont clairement perdu le leadership qu’ils croyaient durable à la suite de la consultation. Bruno Retailleau, qui aurait pu incarner politiquement cette position, surtout s’il était entré au gouvernement, a perdu la main. Il reste des intérêts épars, qui sont loin d’être tous cohérents. Mais avouons-le, cela peut encore changer.

Du côté des opposants organisés, on peut distinguer quatre forces de tailles disparates :

La structure dite Copain, qui regroupe des paysans engagés de longue date dans ce combat. Son cœur est la Confédération paysanne, qui a dans le département de Loire-Atlantique des attaches historiques. Copain dispose d’une vraie légitimité dans le monde agricole local, qui a résisté en partie au conflit.

L’Acipa, bien sûr, actrice historique, est parvenue à organiser, à fédérer un très grand nombre d’initiatives qui ont débouché sur la création de comités dans la plupart des villes importantes du pays. L’Acipa, qui jouit d’une grande considération, a toujours voulu, et c’est à noter, conserver des liens vivants, bien que parfois tendus, avec les occupants du site. Il n’est pas interdit de parler d’une dialectique avec ces derniers.

Les Naturalistes en lutte sont un groupe informel, né fin 2012 dans l’esprit de François de Beaulieu et de Fabrice Nicolino. Pendant trois ans, une centaine de naturalistes — des amateurs éclairés, des biologistes, des salariés de bureaux d’études évidemment bénévoles — ont sillonné le bocage. Cette mobilisation sans précédent dans ce secteur de l’opinion a conduit à des publications, et fait émerger une question jusque là ignorée : la nature. La défense de la biodiversité est entrée en fanfare dans la bagarre et en est devenue une sorte d’épicentre fédérateur. Où a-t-on vu 30.000 personnes défiler derrière un triton géant, sinon dans les rues de Nantes ?

Les Occupants, cela va de soi. Leur présence sur place a permis de donner au projet d’aéroport la dimension d’un vaste débat national, puis européen, et parfois mondial. Ne revenons pas sur le sujet de la violence exercée par une minorité d’entre eux, car notre but est précisément de la laisser derrière nous tous. Le fait est et demeure que les plus pragmatiques d’entre eux sont devenus d’étonnants entrepreneurs sociaux, qui entretiennent cette vaste zone humide et la protègent, tout en commençant à produire des biens agricoles de qualité, et en construisant des bâtiments en bois d’une esthétique indiscutable. Et ce n’est pas toujours le cas dans nos campagnes.

Notre projet repose sur une idée fondatrice : personne ne doit partir des 2.000 hectares autrefois destinés à la construction de l’aéroport. Tel est notre changement de perspective : personne ne part. Ou plutôt, personne n’est contraint de partir, car comme on le verra, certains parmi les plus énervés du lieu partiront nécessairement, mais sur la durée.

La première question est à coup sûr celle du foncier. Que faire de la surface — 850, 1.250, 1.400 hectares ? — déjà préemptée, entre les mains pour l’heure d’Aéroport Grand Ouest-Vinci ? Cette zone peut bien entendu être remise entre les mains du système agricole dominant. Il est probable dans ce cas que, la Safer [société d’aménagement foncier et d’établissement rural] aidant, quelques propriétaires locaux trouveraient là le moyen de s’agrandir, au travers d’un mini-remembrement fait d’arasement au bulldozer de nombreux talus boisés. L’un des soubassements de la lutte contre l’aéroport — la défense intransigeante de la nature — disparaîtrait avec. Est-ce bien souhaitable ?

Il existe heureusement d’autres voies, dont certaines sont puissamment originales.

Certains imagineraient volontiers qu’on crée sur la Zad la réserve naturelle nationale justifiée par de nombreux critères européens. Cela suppose un fort investissement financier et que l’on chasse les occupants. Or, nous sommes dans une configuration toujours affirmée sur le papier mais jamais réalisée dans les faits où la population d’un lieu fait siens les objectifs de protection de la biodiversité dans la durée d’un espace naturel habité. Mieux encore, cette étonnante population le fait gratuitement.

Sur cette base, il convient donc de reprendre la question foncière moins insoluble qu’il y parait. Quand François Mitterrand s’est retrouvé face à Valéry Giscard d’Estaing pour l’élection présidentielle de 1981, il a dû composer avec un vote écolo — 5 % au premier tour pour Lalonde et Bouchardeau — et a promis l’abandon de l’extension du camp militaire du Larzac.

Vainqueur, Mitterrand tint parole, mais il restait à décider la destination de plusieurs milliers d’hectares achetés par l’État en vue de son projet. En 1985, grâce à un montage juridique astucieux, 6.300 hectares furent rétrocédés à la Société civile des terres du Larzac, sous la forme d’un bail emphytéotique de 60 ans. La terre revenait aux paysans du plateau, sous la forme étonnante d’un bien commun. Nous reviendrons sur cette dimension.

Est-il possible d’imaginer quelque chose de proche mais de différent avec les terres de l’aéroport ? Sans aucun doute. Les centaines d’hectares de zone humide bocagère sont un pur joyau écologique, presque banal en apparence, mais dont la cohérence et la richesse globales ne se retrouvent plus que rarement en France. On peut à bon droit parler d’une butte-témoin, rappel des temps où les activités humaines pactisaient avec les écosystèmes. Et c’est pour cette raison un synonyme d’espoir.

Lâcher ce territoire serait, sans jeu de mots, une défaite collective en rase campagne. Il faut imaginer, ensemble, une vision utile à l’avenir et à nous tous.

Nous pensons qu’il faut donc tenir le territoire de Notre-Dame-des-Landes pour un tout. La société et la politique l’ont transformé à jamais en y faisant apparaître des acteurs nouveaux — les occupants —, dont la plupart entretiennent des rapports de confiance avec une partie des paysans locaux, ceux de Copain notamment. Il faut leur proposer un pacte global qui tienne compte des singularités et conformations de leur collectif. Son caractère novateur devrait être assumé sous le nom de laboratoire écologique et social.

Rappelons qu’en France, les deux tiers des exploitations menées par des plus de 55 ans n’ont aucun successeur. Or, les chefs d’exploitation ont en moyenne 48 ans, ce qui annonce une nouvelle vague de déprise agricole au moment même où se posent de nouvelles et radicales questions sur le dérèglement climatique et l’alimentation de bientôt neuf milliards d’humains.

Le pacte consisterait bien sûr en une charte des engagements de part et d’autre. Soit l’usage de la terre en échange de conditions vérifiables, disons tous les dix ans. Et bien sûr sous la forme de communs, terme ancien revenu à la mode, qui renvoie ici au mode de gestion traditionnel du million d’hectares de landes qui couvraient la Bretagne avant la première révolution agricole. N’entrons pas dans les détails : il s’agit pour une communauté de définir un mode de gestion de biens, naturels ou non, dans le but de les gérer et de les conserver au mieux. On pourrait voir dans ces constructions sans appropriation individuelle une élucubration, mais signalons, parmi tant d’autres, les travaux d’Elinor Ostrom et Oliver Williamson, qui leur ont valu le prix Nobel d’économie en 2009. Elinor Ostrom ouvre grandes les portes d’un avenir où la décision collective des communautés deviendrait, au travers des communs, le centre de l’activité économique.

Oui, on peut imaginer sur place une bouillonnante expérience dans laquelle les occupants tiendraient toute leur place. Y compris ceux qui — minoritaires selon nous — ne rêvent que d’affrontements avec la police ? Non, sans eux. Un projet de cette sorte fixerait la population qui pratique déjà quantité d’activités durables, et découragerait peu à peu ceux qui n’auraient plus l’occasion d’en découdre en se réclamant d’une cause qui aurait définitivement changé. En somme et en résumé, la Zad deviendrait une terre pacifiée et constructive.

Comme on s’en doute, cela ne saurait suffire à régler la situation, car la réputation des occupants est, dans la région épouvantable. Et c’est à ce point de l’histoire qu’il faut se montrer encore plus grand, en commençant par un vaste travail de pédagogie assistée. Auprès de qui ? Mais des paysans, évidemment ! Fixons pour commencer deux points fondamentaux. Un, il existe déjà une frange importante de paysans sympathisants ou membres de Copain, qui doivent être invités au premier rang, en coopération avec le syndicat minoritaire de la Confédération paysanne, très présent. Deux, le syndicat majoritaire — la FDSEA 44 — a plusieurs fois pris position contre l’aéroport, notamment au regard des terres agricoles sacrifiées.

Mais cela ne suffira pas encore, en toute hypothèse. Il faut proposer un accord qui inclue tous les paysans volontaires de la zone — et même de sa périphérie —, quel que soit leur profil. Nous devons parler à tous en leur promettant ceci : un engagement solennel sur 25 ans, signé et contresigné, qui leur offre un statut expérimental généreux, en échange de la participation, fût-elle symbolique — nous souhaitons au passage désarmer les plus acharnés — à l’aventure commune. En deux mots, il s’agirait de rejoindre le mouvement réel de la société, qui réclame toujours plus des productions de qualité, sans chimie ni maltraitance animale, et du même coup garantisse la pérennité des exploitations et la considération de tous.

Inutile de dire que l’opération, complexe et incertaine, serait de vérité sur l’état de la France. Ce pays est-il capable d’une sorte de « paix des braves » à Notre-Dame-des-Landes entre ceux qui défendent le système ancien de production agricole et les autres ? Cette phase, périlleuse entre toutes, pourrait s’étendre sur un temps compté en mois, pendant lequel quantité de spécialistes du sol — les Bourguignon —, de la terre en général — Pierre Rabhi —, des arbres — Jean-Yves Morel —, des friches — Gilles Clément — , de l’eau — Jean-Claude Pierre —, de grands cuisiniers, des paysans d’ailleurs — Via Campesina — viendraient éclairer le débat de leurs savoirs et de leurs pratiques, sous la forme de rencontres, de conférences, ce que plusieurs groupes d’occupants ont déjà engagé. Sans un considérable effort de pédagogie vivante, soyons lucides, l’idée a peu de chances d’aboutir.

Faisons maintenant une pause et résumons avant de passer au très concret. Compte tenu d’évolutions réelles de la société, de nouvelles perspectives apparaissent. Il existe dans le bocage nantais des forces disponibles, dont certaines doivent désormais se parler et se comprendre. L’intérêt bien compris d’un ministre écologiste est d’aider au renouveau sur une terre devenue malgré elle un symbole international. Mais quoi proposer publiquement, qui puisse claquer comme notre étendard à tous ?

Eh bien, les discussions que nous avons eues avec les occupants et l’Acipa nous permettent de dire qu’une cause permet de réunir la plupart des opposants à l’aéroport : la biodiversité. Et c’est d’autant plus intéressant que celle-ci, à Notre-Dame-des-Landes, nous éloigne des habituelles gesticulations médiatiques. En ce qu’elle porte sur une nature ordinaire d’une part — loin des images de baleines ou d’éléphants — et d’autre part, qu’elle est le fruit d’une longue cohabitation entre les humains au travail et quantité d’espèces végétales et animales qui ont su s’adapter à ce cadre. Toute personne considérant l’avenir du monde doit convenir que tel est l’enjeu qui domine les autres : comment cohabiter ? Comment faire en sorte que la présence des hommes ne conduise à la disparition de tout le reste ? De la réponse heureuse à cette question angoissée dépend en partie la suite de la crise écologique.

Donc, la biodiversité. Nous tenons là l’occasion peut-être unique de sortir des phrases convenues pour ouvrir enfin un chantier qui pourrait, par-delà tant de divergences, nous rendre collectivement fiers de l’œuvre accomplie. Sous quelle forme ? Nous proposons pour commencer la création d’un :

Observatoire de la biodiversité. Cet organisme neuf, ouvert aux non-professionnels, se chargerait de collecter pour tous le maximum d’éléments scientifiques sur l’évolution de la faune et de la flore du site, un site que nous souhaitons, rappelons-le, parcouru par les hommes et leurs troupeaux. D’évidence, ici plus qu’ailleurs, l’intelligence collective doit primer. Un état des lieux serait régulièrement réalisé, numérisé, disponible partout dans le monde. Ce bilan, répété sur des années, servirait de fil conducteur à une réflexion transdisciplinaire et permanente sur les liens entre l’homme et la nature simple où il vit et travaille. Décliné sous une infinité de formes — vidéo, livres et livrets, conférences et entretiens, classes vertes —, il pourrait servir de base à une revivification de tout l’enseignement de ce qu’on n’appelle plus les sciences naturelles dans l’enseignement secondaire.

Il faut également envisager le lancement d’un :
Centre international de l’agroécologie, adossé à l’université de Nantes. Notre pays manque cruellement d’une formation de haut niveau, universitaire, qui rende compte de pratiques de plus en plus répandues, et qui permettend’en tirer tous les enseignements, tout en fournissant une formation théorique digne de ce nom. Il est invraisemblable que l’Université française soit à ce point absente de ce grand questionnement. Notons que c’est tout à côté de Notre-Dame-des-Landes, à Granjouan-en-Nozais, qu’a été créée en 1830 la première école d’agriculture de tout l’Ouest.

Pourquoi pas un Centre de recherche sur l’écoconstruction ? Une telle initiative, outre qu’elle permettrait sans doute d’intégrer sur place des occupants très inventifs — et bien d’autres de la région, jeunes ou moins jeunes — serait un encouragement institutionnel à tous ceux qui veulent habiter d’une manière plus raisonnable l’espace qui est le leur.

En complément, et en cohérence, imaginons :

Un centre international de l’alimentation et des productions alimentaires, ouverte aux étudiants du monde entier. L’avenir — faut-il le rappeler ? — est avant tout autre chose alimentaire.

Encore deux projets, qui complètent les précédents :

Un festival international du goût et de l’alimentation, dans le droit fil du Salone del Gusto, de Carlo Petrini. Nantes, le pays nantais et bien sûr Notre-Dame-des-Landes pourraient accueillir un rendez-vous bisannuel de toutes les saveurs, senteurs et productions du monde. Depuis le café sauvage de la forêt d’Harenna (Éthiopie) jusqu’à l’oignon violet de Zalla (Espagne) et le piment serrano de Tlaola (Mexique), passant par le sel de Baleno (Afrique du Sud) ou encore le cumin d’Alnif (Maroc).

Une bibliothèque de l’écologie, de l’agriculture, de la nourriture, avec un prolongement numérique accessible à tous. Quand donc la France acceptera -t-elle enfin de jouer un rôle moteur dans la diffusion de connaissances aussi décisives ? On peut, on doit viser 100.000 volumes en dix ans. En attendant mieux. C’est, bien sûr, le prolongement de la belle initiative de la bibliothèque du Taslu créée sur la Zad.

Et tout cela ne serait rien encore si les futurs habitants du merveilleux bocage de Notre-Dame-des-Landes ne disposaient d’un label conforme à la qualité de leur terre et de leurs pratiques respectueuses. Oui, il est concevable — mais des conditions strictes sont à réunir — d’imaginer d’ici quelques années un label de qualité pour les productions locales. Pour les miels, les laits et fromages, les viandes, les pains, les charpentes. Un tel renversement, de nature économique, serait une manière presque parfaite de tourner la page de dix ans de tensions et d’affrontements. Tel serait pour nous le meilleur moyen de garantir l’avenir d’un bocage qui a failli disparaître.

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12 janvier 2018 5 12 /01 /janvier /2018 09:01

Tout enfant né en France à partir du 1er janvier 2018 devra obligatoirement recevoir avant ses 2 ans onze vaccins, contre trois auparavant. Désireux de rappeler les bienfaits incontestables de ce mode de prévention, le gouvernement recherche l’efficacité. Mais la volonté de clore le débat scientifique et politique pourrait au contraire relancer les soupçons qui l’empoisonnent, en renvoyant chacun à ses certitudes. Par Leïla Shahshahani pour Le Monde Diplomatique de janvier 2018.

Anonyme. – « “I” comme “infirmier” », illustration issue d’un abécédaire de vingt-trois gravures sur bois, 1863, Imprimerie Pellerin, Épinal - © Duvallon - Leemage

Anonyme. – « “I” comme “infirmier” », illustration issue d’un abécédaire de vingt-trois gravures sur bois, 1863, Imprimerie Pellerin, Épinal - © Duvallon - Leemage

Les enfants non vaccinés n’auront plus accès aux établissements d’accueil collectifs à compter du 1er juin 2018. Les sanctions à l’égard des parents réfractaires ne relèveront plus du code de la santé publique spécifique à la vaccination, mais du code pénal relatif à la santé de l’enfant, qui prévoit une peine beaucoup plus lourde (deux ans de prison et 30 000 euros d’amende). La ministre des solidarités et de la santé Agnès Buzyn assume pleinement ce tournant autoritaire avec une expression révélatrice : « La contrainte vise à rendre la confiance (1). »

Les onze souches désormais obligatoires (2) correspondent aux « vaccinations jusque-là recommandées sur le calendrier vaccinal (...) dont l’intérêt a été affirmé par le Haut Conseil de la santé publique [HCSP] », explique le professeur Benoît Vallet, chef de la direction générale de la santé (DGS), ajoutant que l’obligation pourra être levée lorsque les couvertures optimales seront atteintes (au moins 95 % de la population). En 2007, le vaccin BCG, contre la tuberculose, a perdu son caractère obligatoire, tandis que la dernière obligation, contre la poliomyélite, datait de 1964.

La prise en charge des onze vaccins sera assurée par un cofinancement de la Sécurité sociale (65 %) et des assurances complémentaires (35 %). Des centres de vaccination ou de protection maternelle et infantile proposeront des prises en charge gratuites. Le surcoût de cette mesure pour les caisses d’assurance-maladie est estimé à 12 millions d’euros par les autorités, « ce qui est peu au regard de l’enveloppe globale de 270 millions déjà engagés pour la vaccination », estime M. Vallet.

Douche froide

Avec cette nouvelle politique, le gouvernement entend répondre à une injonction du Conseil d’État, qui, le 8 février 2017, demandait à la ministre de prendre les mesures « dans un délai de six mois » pour remettre sur le marché un vaccin DTP (diphtérie, tétanos, poliomyélite) seul (3). Depuis sa suspension temporaire en 2008, par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), au motif d’une hausse d’effets indésirables, les laboratoires ne fournissaient qu’une formule lui combinant d’autres souches. Pour se conformer à la loi, les parents voulant vacciner leurs enfants contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite n’avaient pas d’autres choix que de lui voir associer jusqu’à trois souches non obligatoires (coqueluche, hépatite B, Haemophilus influenzae B). Mais, plutôt qu’obliger les laboratoires à fournir le DTP seul, la nouvelle ministre a choisi de rendre les autres vaccins obligatoires.

C’est la douche froide pour les citoyens qui avaient saisi le Conseil d’État en 2015. Comme pour plus d’un million de personnes signataires d’une pétition réclamant le retour du DTP seul et sans adjuvant à base d’aluminium. En 2014, l’association Entraide aux malades de la myofasciite à macrophages (E3M, qui milite pour des vaccins sans adjuvant aluminique) a porté plainte contre X pour faux, usage de faux et escroquerie, contestant la hausse de manifestations allergiques avancées par Sanofi pour retirer le vaccin. Le DTP coûtait alors 7 euros, contre 39 euros pour l’hexavalent actuel. Ainsi s’achève le grand débat public promis par l’ancienne ministre de la santé Marisol Touraine, la même responsable qui déclarait le 29 mai 2015 : « La vaccination, ça ne se discute pas. »

Pour justifier sa décision, Mme Buzyn s’appuie sur les conclusions du comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination, dont le fonctionnement a été dénoncé comme « une véritable opération de propagande (...) menée pour inciter les Français à se vacciner » par l’ancien secrétaire général de la Conférence nationale de santé Thomas Dietrich. Lors de sa démission fracassante, le 19 février 2016, ce haut fonctionnaire s’était alarmé des conséquences de l’absence de démocratie sur les questions de santé : « De plus en plus de parents renonceront à vacciner leurs enfants, prédisait-il, faute de pouvoir disposer d’une information qui ne soit pas entachée du soupçon de la partialité et du conflit d’intérêts avec les laboratoires pharmaceutiques » (4).

De fait, l’agence de presse médicale APMNews révélait quelques mois plus tard, en décembre 2016, que trois médecins du comité d’orientation avaient déclaré des liens d’intérêts avec des laboratoires commercialisant ou développant des vaccins, et que l’un d’eux n’avait « pas mentionné une dizaine de conventions avec MSD, huit avec Sanofi et des avantages avec ces deux laboratoires et Pfizer (5) ». Il apparaissait également que le président du comité, M. Alain Fischer, n’avait pas noté dans sa déclaration publique d’intérêts avoir reçu, en 2013, un prix Sanofi-Institut Pasteur de 100 000 euros. En outre, les conclusions présentées par celui-ci n’étaient pas le reflet de la concertation sur des points majeurs. Le jury de professionnels de la santé estimait, par exemple, que « le principe d’obligation vaccinale n’instaure pas la confiance », le jugeant même « contre-productif ». Le jury de citoyens suggérait, lui, d’explorer la piste de vaccins sans adjuvant aluminique, situant cette question « au cœur de la controverse ». Le comité a conclu que « les recherches en cours n’ont pas pour but de remplacer les sels d’aluminium, dont l’efficacité et la sécurité d’utilisation sont bien démontrées dans les vaccins existants ». Selon l’association pour une information médicale indépendante Formindep, cette concertation constitue « un échec complet » et traduit « un tableau alarmant de notre “démocratie sanitaire” ».

Pour justifier sa mesure, la ministre de la santé a aussi plusieurs fois évoqué « une couverture vaccinale qui ne cesse de baisser ». Mais les données officielles de Santé publique France indiquent le contraire : en 2015, la couverture des enfants de 2 ans contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche et Haemophilus influenzae B dépassait les 95 % (alors qu’elle oscillait entre 87 et 91 % entre 2000 et 2013). Inférieures, les couvertures pour les autres vaccins progressaient également (6). En outre, confirme l’organisme, la primo-vaccination du nourrisson (98 % ou plus) est « très élevée et conforme aux objectifs de santé publique ». D’après le « Baromètre santé 2016 » — soit avant l’obligation —, seuls 2 % des Français étaient opposés à toute vaccination, et 41 % à certaines (grippe et hépatite B en tête). Ils étaient 53 % en 2010.

Radicalisation du discours

« Des enfants meurent de la rougeole aujourd’hui en France. Dans la patrie de Pasteur, ce n’est pas admissible », déclarait le premier ministre Édouard Philippe dans son discours de politique générale de juillet 2017 en évoquant les dix morts survenues entre 2008 et 2016. Le Collège national des généralistes enseignants (CNGE), pourtant farouche défenseur de la vaccination, lui a répondu : « D’autres exemples sanitaires pourtant bien plus graves n’entraînent pas à juste raison une telle posture autoritaire. » En apportant cette précision : la majorité des personnes mortes de la rougeole souffraient « d’un déficit immunitaire contre-indiquant de fait cette vaccination ».

Il n’y avait donc pas d’urgence sanitaire. Les autorités ont postulé une baisse de la couverture vaccinale en cas de levée des obligations ou de retour sur le marché du DTP. Pourtant, le HCSP rappelait en 2014 que « les pays européens de niveau comparable à la France obtiennent (...) des couvertures vaccinales supérieures à 90 % sans obligation ».

Exiger ou préconiser ? - Cécile Marin

Exiger ou préconiser ? - Cécile Marin

Dans l’arène politique, la mesure n’a pas suscité de remous, hormis la demande d’un moratoire par sept parlementaires de tous bords. Elle a été saluée par la plupart des sociétés savantes, dont l’Académie nationale de médecine et par de nombreuses sociétés de pédiatrie et des syndicats médicaux qui ont exprimé leur soutien à la ministre dans un communiqué commun : « Une proportion, certes minoritaire, des enfants n’est pas protégée et met aussi en danger les autres, en particulier dans les collectivités. La plupart de ces vaccins protègent également de façon indirecte les sujets fragiles, les malades, les sujets âgés et les nourrissons trop petits pour avoir déjà reçu leurs propres vaccins. »

Reconnaissant que la plupart des pays n’ont pas besoin d’obligation, les signataires expliquent néanmoins que « l’extension des obligations a été la seule solution que nos tutelles pouvaient retenir en raison du contexte spécifique français », qui tiendrait, selon une note jointe, à la forte proportion « d’hésitants » face à la vaccination. Cosignataire du communiqué, le professeur Philippe Sansonetti, de l’Institut Pasteur, souligne que « les jeunes parents ont du mal à imaginer concrètement ce que serait un monde sans vaccin. Il leur manque un référentiel, l’expérience vécue de ce qu’étaient les ravages des maladies infectieuses (7) ».

À l’inverse, pour le CNGE, cette mesure « simpliste et inadaptée » contredit la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades, laquelle précise qu’« aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne ». Les généralistes enseignants craignent que l’obligation ne « renforce la défiance et la suspicion d’une partie croissante de la population » et qu’elle ne sape des années de pédagogie auprès de leurs patients. Une inquiétude partagée par le Collège de la médecine générale.

Outre-Atlantique, Mme Hillary Clinton tweetait en 2015 : « La Terre est ronde, le ciel est bleu, et les vaccins fonctionnent. » Mme Buzyn affirme aujourd’hui : « Nous avons la certitude que ces vaccins sont inoffensifs. » Lise Barnéoud raconte dans son livre sur les vaccins (8) les « minimisations hypocrites des risques » entendues de la bouche d’experts reconnus. L’acte vaccinal comporte toujours une part d’aléa, même infime. La notice d’un vaccin suffit à s’en convaincre. Ainsi, le 7 mai 2015, le HCSP suspendait la recommandation du vaccin contre le rotavirus (gastro-entérite) après « la notification d’effets indésirables graves y compris ayant pu entraîner la mort, après la vaccination, de nourrissons ». Pourtant, questionner la sûreté de chaque acte vaccinal, qui est irréversible et se fait en général sur un corps en bonne santé, c’est prendre le risque d’être taxé d’« antivaccins ». Et ce rejet du débat radicalise le discours en face, qui n’échappe pas à l’irrationnel.

Le temps et les moyens de la réflexion

« Trop de mythes et de croyances entrent dans l’acceptation ou le refus d’un vaccin », constate Lise Barnéoud, qui plaide l’abandon du discours sur la vaccination en général au bénéfice des faits, vaccin par vaccin. Les questions qui alimentent les controverses sont nombreuses : quelle part l’hygiène et l’accès aux soins ont-ils joué dans la régression de certaines maladies ? Jusqu’où le principe de la vaccination solidaire (pour protéger les plus faibles ou les personnes immunodéprimées, qui ne peuvent être vaccinées) doit-il s’étendre ? Est-il justifié de vacciner un bébé contre l’hépatite B, qui se transmet par le sang et les relations sexuelles ? Consacre-t-on suffisamment de moyens à l’étude des risques ? Autant de questions qui méritent le temps et les moyens de la réflexion. « Les vaccins interrogent notre façon de faire société », résume Lise Barnéoud, qui décrit les obstacles, psychologiques et financiers, rencontrés par les chercheurs dont les travaux examinent certains de ces enjeux. Faut-il s’en étonner, puisque « la plupart des études sur les vaccins sont financées par l’industrie », comme le remarque le professeur Bruno Lina, référent national sur la grippe (9) ?

Dans une lettre ouverte aux députés, des généralistes estiment disproportionnée la privation de collectivité pour des enfants non vaccinés au vu des risques « inexistants ou infinitésimaux » de certains vaccins obligatoires, et ajoutent que, pour les infections à méningocoque C, notamment, « la vaccination universelle risque de provoquer plus d’effets indésirables graves chez les nourrissons que de bénéfices dans la population générale ». A contrario, la varicelle — très contagieuse — cause une vingtaine de morts par an, mais reste considérée par les autorités françaises et l’ensemble du corps médical comme une maladie infantile bénigne, alors que le vaccin est obligatoire en Italie (avec neuf autres). Ces praticiens rappellent aussi la responsabilité des autorités dans la crise de confiance en évoquant l’emballement et la surévaluation du risque dans la gestion de l’épidémie de grippe H1N1 en 2009-2010, malgré des données rassurantes en provenance de l’hémisphère Sud. L’exclusion des médecins généralistes du dispositif de vaccination d’envergure mis en place à cette époque et l’injection « à la hâte dans des lieux de vaccination collectifs en dépit des risques évidents de contamination » a signé, selon eux, un échec de l’expertise scientifique et de la concertation. Le Sénat avait constaté que seulement 6 millions de doses de vaccins avaient été utilisées sur les 94 millions commandées par l’État via des contrats d’un « remarquable déséquilibre » au profit des laboratoires et d’une « légalité douteuse de certaines de leurs clauses » (10). Et l’ANSM avait confirmé, en 2013, un lien entre le vaccin Pandemrix utilisé dans cette campagne et l’augmentation des cas de narcolepsie, ouvrant la voie à des indemnisations par l’État.

Autre époque, autre affaire : les ratés de la campagne de vaccination massive contre l’hépatite B dans les années 1990. La communication agressive, voire mensongère, des laboratoires sur les dangers de la maladie, reprise par les pouvoirs publics jusque dans les collèges, avait conduit le tiers de la population à se faire vacciner, largement au-delà des adolescents, ciblés au départ. Puis, en 1998, face à l’augmentation de cas de sclérose en plaques rapportés à la pharmacovigilance, le secrétaire d’État à la santé Bernard Kouchner avait décidé de suspendre la vaccination scolaire et de la limiter chez les adultes aux personnes « à risque », en la conservant chez le nourrisson. La controverse, doublée de feuilletons judiciaires, ne s’est jamais éteinte. Après dix-sept ans d’instruction, la justice française a rendu, en mars 2016, un non-lieu dans l’enquête sur le vaccin contre l’hépatite B. En l’absence de « causalité certaine », la juge, suivant les réquisitions du parquet, n’a pas retenu de faute d’imprudence ou de négligence, tandis que les parties civiles déploraient « une volonté de ne pas aboutir » (11).

Mais, le 21 juin 2017, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) ouvrait une brèche pour des poursuites après la plainte d’une personne victime d’une sclérose en plaques contre Sanofi Pasteur, qui produit le vaccin contre l’hépatite B : « Nonobstant la constatation que la recherche médicale n’établit ni n’infirme l’existence d’un lien entre l’administration du vaccin concerné et la survenance de la maladie dont est atteinte la victime, certains éléments de fait invoqués par le demandeur constituent des indices graves, précis et concordants permettant de conclure à l’existence d’un défaut du vaccin et à celle d’un lien de causalité entre ce défaut et ladite maladie (12).  » Les présomptions restent à l’appréciation du juge, et la Cour de cassation a rejeté le 18 octobre 2017 les preuves rapportées par deux victimes (13).

Dans un autre registre, le Conseil d’État a reconnu, en 2012, un lien entre l’aluminium d’un vaccin et les symptômes de la myofasciite à macrophages, une maladie touchant les muscles et les articulations. Le professeur Romain Gherardi, spécialiste des maladies neuromusculaires, a mis en évidence cette liaison chez certaines personnes, avec une possible prédisposition génétique. Ses récents travaux ont réveillé la controverse sur la toxicité de l’adjuvant aluminique (utilisé dans les vaccins pour optimiser leur efficacité), comme ceux très récents du professeur Christopher Exley établissant un lien possible avec l’autisme (14).

Interrogée à l’Assemblée nationale le 26 juillet 2017 lors des questions au gouvernement, la ministre de la santé avait répondu : « Vous dites : “Pouvons-nous trouver des adjuvants moins nocifs ?” Mais ils ne sont pas nocifs pour la santé, tous les rapports le montrent »... Exit la piste de l’adjuvant à base de phosphate de calcium réclamé par certains citoyens. Huit vaccins sur les onze obligatoires contiennent de l’aluminium.

Certains chroniqueurs déplorent de voir « le juge s’ériger en majesté au-delà du savoir scientifique (15) ». Mais, pour les personnes s’estimant victimes d’un vaccin, ces décisions de justice apportent l’espoir de voir leurs souffrances reconnues. C’est le cas de centaines de familles ayant recouru au vaccin Meningitec, dont plusieurs lots défectueux ont été retirés de la vente en septembre 2014. Celles-ci bataillent pour faire reconnaître les effets indésirables dont souffrent leurs enfants. Après les conclusions de l’ANSM de juillet 2016 sur l’absence de risque pour les personnes vaccinées avec les lots défectueux, elles espèrent être entendues devant les tribunaux, sur la base d’une autre expertise faisantétat d’une contamination par des nanoparticules de métaux lourds. Des plaintes au civil et au pénal ont été déposées. Cependant, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux n’examinera pas ce dossier, ce vaccin n’étant pas obligatoire.

Limites de la pharmacovigilance

Les lacunes de la pharmacovigilance participent de ce manque de reconnaissance des victimes. Celle-ci est pourtant essentielle pour signaler des effets indésirables d’autant plus indétectables lors des essais cliniques qu’ils restent exceptionnels. Le professeur Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations, notait qu’« il est généralement admis que 1 à 10 % des effets secondaires graves liés aux médicaments font l’objet d’une déclaration aux centres régionaux de pharmacovigilance (16) ».

Bruno Toussaint, directeur éditorial de la revue indépendante Prescrire, confirme que « ce que l’on voit comme effets indésirables n’est que la pointe de l’iceberg ». Manque d’incitation, de temps, craintes de lourdeurs administratives ou de litiges, ou supposition d’absence d’un lien de cause à effet sont à l’origine de la sous-notification par les professionnels de santé. Les autorités ont mis en place un système de surveillance renforcée et un formulaire de déclaration en ligne des effets indésirables pour le public.

Comme le souligne Paolo Bellavite, professeur de pathologie générale à l’université de Vérone, la pharmacovigilance a ses limites, car elle « renseigne sur des réactions étroitement liées dans le temps à la vaccination, alors qu’il est beaucoup plus probable qu’une maladie inflammatoire chronique ou auto-immune apparaisse à une telle distance de temps qu’il n’est plus possible d’établir (...) si elle a été déclenchée par le vaccin ou par d’autres facteurs environnementaux ou infectieux (17) ».

Les effets à long terme inquiètent d’autant plus que les vaccins sont plus nombreux : 264 seraient actuellement en développement dans les laboratoires américains, selon le dernier rapport annuel de cette industrie (18). « Viseront-ils tous à améliorer notre santé, ou bien celle des industriels qui les commercialisent ? », interroge Lise Barnéoud. En 2010, le sociologue Didier Torny, du comité technique des vaccinations, écrivait dans la revue du HCSP : « Il n’est pas rare que les structures d’expertise considèrent qu’un vaccin n’a pas d’intérêt en santé publique, même s’il est disponible, possède une autorisation de mise sur le marché et peut donc être prescrit. »

En employant un discours alarmiste, qu’ils reprochent aux plus critiques de la vaccination, et en renvoyant toute réserve au camp des antivaccins, les pouvoirs publics éludent la complexité du débat. Et nagent à contre-courant d’une partie de la société décidée à prendre sa part dans les choix en matière de santé. L’État passe ainsi à côté de son rôle d’arbitre censé mettre à distance tout intérêt privé dans la prise de décision, générant ses propres scandales. Les inquiétudes sur les vaccins ne pourront être levées qu’après un examen démocratique de tous les éléments scientifiques sur la base du principe de précaution. Hélas, noyée dans un vaste débat sur le budget de la Sécurité sociale, la question vaccinale n’aura été qu’effleurée par la nouvelle assemblée. Pour être vite enterrée par le gouvernement.

(1) France Inter, 15 septembre 2017.

(2) Au vaccin trivalent contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP) s’ajoutent ceux contre la coqueluche, l’hépatite B, la rougeole, les oreillons, la rubéole, Haemophilus influenzae B, le méningocoque C et le pneumocoque.

(3) Conseil d’État, « M. B... », décision no 397151 sur la vaccination obligatoire, 8 février 2017.

(4) Thomas Dietrich, « Démocratie en santé. Les illusions perdues » (PDF), contribution au rapport de l’Inspection générale des affaires sociales sur le pilotage de la démocratie en santé au sein du ministère des affaires sociales et de la santé remis le 19 février 2016.

(5) « Concertation citoyenne sur la vaccination : démocratie sanitaire et indépendance mises en question », APMNews, 2 décembre 2016.

(6) Pneumocoque, 91 % ; hépatite B, 88 % ; ROR, 78 % ; méningocoque C, 70 %.

(7) Philippe Sansonetti, Vaccins. Pourquoi ils sont indispensables, Odile Jacob, Paris, 2017.

(8) Lise Barnéoud, Immunisés ? un nouveau regard sur les vaccins, Premier Parallèle, Clamecy, 2017.

(9) « Vaccination : comment restaurer la confiance ? », Ordre national des médecins, juin 2017.

(10) « Rapport de la commission d’enquête sur le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion par le gouvernement de la grippe A (H1N1)v », Sénat, 29 juillet 2010.

(11) Le Monde, 14 mars 2016.

(12) Cour de justice de l’Union européenne, affaire C-621/15, « N. W. e. a. contre Sanofi Pasteur MSD SNC e. a. », arrêt du 21 juin 2017.

(13) Cour de cassation, « Santé publique - responsabilité du fait des produits défectueux - Union européenne », arrêts n° 1099 et n° 1101 du 18 octobre 2017.

(14) Christopher Exley, Andrew King, Matthew Mold et Dorcas Umar, « Aluminium in brain tissue in autism », Journal of Trace Elements in Medicine and Biology, vol. 46, Elsevier, Amsterdam, mars 2018 (en ligne depuis le 26 novembre 2017).

(15) Blog de Jean-Yves Nau, Journalisme et santé publique, 22 juin 2017.

(16) Daniel Floret, « Comment faire de la pédagogie autour du vaccin ? », Actualité et dossier en santé publique, no 71, Haut Conseil de la santé publique, Paris, juin 2010.

(17) Paolo Bellavite, « Scienza e vaccinazioni. Plausibilità, evidenze, deontologia » (Science et vaccinations. Plausibilité, évidences, déontologie), texte adressé aux ordres provinciaux des médecins et aux responsables de la santé publique d’Italie.

(18) « Medicines in development, 2017 report. Vaccines », America’s Biopharmaceutical Companies, 9 novembre 2017.

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11 janvier 2018 4 11 /01 /janvier /2018 10:48
Mort de Rémi Fraisse : pas de responsables, pas de coupables !

Un communiqué du 10 janvier 2018 de la Ligue des Droits de l’Homme que nous partageons totalement. Lire aussi Sivens: les chiffres qui montrent une justice à deux vitesses et Sivens - Le rapport de la Commission d'enquête de la LDH sur les conditions ayant conduit à la mort de Rémi Fraisse.

Au petit matin du 26 octobre 2014 mourrait Rémi Fraisse, militant écologiste pacifiste de 21 ans, frappé par le tir d’une grenade offensive lancée par un gendarme suite aux affrontements ayant eu lieu sur le site de Sivens.

La confusion qui avait suivi ce dramatique évènement, avec une succession d’informations contradictoires caractérisant une communication gouvernementale calamiteuse, avait conduit la Ligue des droits de l’Homme (LDH) à initier une enquête citoyenne visant à faire la lumière sur les faits ayant conduit à la mort de la jeune victime.

Au terme de ces travaux et des auditions des témoins sur le terrain, rappelant que les pouvoirs publics sollicités avaient refusé d’y répondre, le rapport d’enquête souligne le climat de violence disproportionnée induit par une présence massive des forces de l’ordre sur le site, et les errements quant aux prises de décisions des autorités impliquées, conjugués à l’opacité des responsabilités dans les chaînes de commandement tant aux plans politique qu’administratif.

Ce 8 janvier 2018, les juges d’instruction de Toulouse ont rendu une ordonnance de non-lieu en faveur du gendarme auteur du tir de grenade ayant causé la mort de Rémi Fraisse et placé sous le statut de témoin assisté depuis 2016.

Ainsi, après cette dernière décision, encore susceptible d’appel, personne ni aucun niveau hiérarchique n’aura finalement été amené à assumer ses responsabilités quant aux décisions qu’il a pu prendre. Qui peut croire que la justice y trouvera son compte ?

 

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