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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 09:04

La Marche Solidaire, de Vintimille (30 avril) à Douvres ou Londres (8 juillet) veut plaider pour l’accueil des migrants, contre le « délit de solidarité » et contre le blocage des frontières. Participez ! Lire aussi L’autre politique d’accueil des migrants inventée par des dizaines de villes réunies en convention à Grande-Synthe, Pour une Europe plus sociale, plus écolo, plus solidaire et L’humanité de demain se construit par l’accueil des migrants aujourd’hui.

Les Etats Généraux des Migrations parrainent la Marche Solidaire

Marche Citoyenne et Solidaire

Nous marchons pour l’accueil des migrants, contre le « délit de solidarité », contre le blocage de la frontière franco-italienne et de la frontière franco-britannique.

LAISSEZ LES PASSER !

Nous demandons la liberté de circulation et d’établissement des migrants en Europe et en France : pas de blocage des frontières à l’intérieur de l’Europe, notamment entre la France et l’Italie, entre la Grande-Bretagne et la France ; pour les migrants, liberté de choix du pays dont ils veulent demander la protection.

ACCUEILLONS LES !

Nous sommes solidaires avec les migrants : nous demandons l’ouverture de centres d’accueil inconditionnel, la fin du « délit de solidarité » et des autres entraves au travail des citoyens et des organisations d’aide aux migrants.

https://www.laubergedesmigrants.fr/wp-content/uploads/2018/03/logofinalMarchefondrose-300x285.png

La Marche commence le 30 avril 2018 à Vintimille et se termine le 8 juillet à Douvres. Elle a aussi pour objectif de valoriser le travail des citoyens, des associations, des collectifs qui aident les migrants, dans les 60 villes-étapes, de créer du dialogue avec les citoyens.

Elle a aussi pour objectif la collecte de fonds et l’encouragement à la collecte des biens nécessaires aux migrants (vêtements, chaussures, couvertures, …)

Organisation et programme, parcours et calendrier

L’organisateur de la Marche est l’Auberge des Migrants, en lien avec la Roya Citoyenne, et avec des « relais locaux », citoyens, associations et collectifs d’aide aux réfugiés.

Voir la bande annonce de la marche ?

La Marche part de Vintimille le 30 avril 2018 et se termine à Calais le 7 juillet, et éventuellement Douvres le 8 juillet. Elle comporte 60 étapes, et passe notamment par Nice, Marseille, Lyon, Dijon, Paris et Lille. Voir la carte et la liste des étapes

Chaque étape suivra, sauf cas particulier, les horaires approximatifs suivants : départ 9h30, arrivée 16h30. L’étape moyenne est de 20 à 25 km. Cela suppose, en enlevant une heure de pause, en moyenne 5 à 6h de marche à 4 km/h. L’itinéraire de chaque étape sera défini en évitant les grandes voies de circulation. Il empruntera donc si possible des routes à faible circulation ou des chemins, puis des grandes artères à l’arrivée de la ville-étape. L’itinéraire, et notamment le parcours en ville, sera signalé aux autorités (préfecture, municipalité), et éventuellement négocié au préalable. Nous nous appuyons sur des “relais” locaux pour chaque étape. Ils nous aident à trouver l’hébergement et le lieu pour les repas, à définir l’itinéraire précis et à organiser l’événement permettant une rencontre avec les citoyens et la valorisation des actions locales d’aide aux migrants. Ils pourront également mobiliser les médias locaux avant et pendant la Marche.

Les participants sont les marcheurs(euses) qui se sont inscrit(es) au préalable, pour une ou plusieurs étapes. Ils participent financièrement à la Marche à la mesure de leurs moyens. Ces marcheurs sont rejoints à l’entrée de chaque ville-étape par des personnes et des organisations en accord avec leurs objectifs de la Marche et souhaitant manifester leur soutien. Pour les marcheurs inscrits, l’organisation prendra en charge l’hébergement, les repas et la sécurité. Les personnes mineures pourront être inscrites mais seront obligatoirement accompagnées d’un adulte responsable. L’inscription des marcheurs(euses) se fera au préalable auprès de l’organisateur mais les responsables pourront aussi inscrire la veille au soir ou le matin de l’étape, dans la limite de 50 personnes en tout.

Comment sera structuré le cortège ? Il sera précédé d’un fourgon sonorisé, et suivi d’un autre fourgon, lorsque le parcours empruntera des routes. Il est probable que la gendarmerie ou la police assureront ici ou là la sécurité avec un véhicule propre. Un des fourgons disposera d’une trousse de secours. Les personnes légèrement blessées ou très fatiguées pourront faire une partie de l’étape dans un des fourgons. Les responsables du cortège auront en leur possession un ou plusieurs numéros de téléphone pour prévenir un médecin, les secours ou les autorités en cas de problème.

Hébergement et repas : l’hébergement pourra se faire par la mise à disposition d’un local, ou l’hébergement citoyen, ou sur le terrain d’un camping, ou sur un terrain mis à disposition. Les organisateurs prévoient le maximum d’autonomie : tentes, matelas, matériel de cuisine… Un fourgon avec une équipe permettra de remettre en état les lieux d’hébergement après le départ du cortège, transporter le matériel vers les prochaines ville-étape, d’installer les tentes, si nécessaire, de faire les approvisionnements et de préparer le repas du soir, le petit-déjeuner suivant et les casse-croûte du midi.

Animation et rencontre avec les citoyens : dans la mesure du possible, il sera organisé, à chaque ville-étape, un événement permettant la rencontre, le dialogue et/ou la fête : repas partagé, conférence-débat, projection de film, concert… Les dépenses et recettes liées à cette organisation seront, sauf accord contraire, attribuées aux relais locaux participants à l’organisation.

Voir le dossier de présentation completPour consulter le flyer, le communiqué de presse et le document de présentation de la Marche, c'est ici.

Le budget global de la Marche est de 60 000 € (logistique, hébergement, repas, sécurité, transports, communication). Si vous soutenez cette initiative, vous pouvez aider financièrement les organisateurs, en parrainant une étape ou des marcheurs. L’excédent éventuel contribuera à aider les migrants à Calais, dans la Vallée de la Roya, et sera versé en partie au budget des Etats Généraux des Migrations.

Toutes les informations sont ici :  https://www.laubergedesmigrants.fr/fr/la-marche-citoyenne

Si vous souhaitez participer à la Marche : http://www.laubergedesmigrants.fr/fr/sinscrire-a-la-marche-solidaire/

Si vous souhaitez accueillir les marcheurs : https://www.helloasso.com/associations/l-auberge-des-migrants/collectes/parrainer-la-marche-et-les-marcheurs

Un des points forts de la Marche sera « La République Solidaire », le dimanche 17 juin, de 16 h à 20 h, place de la République, à Paris, une scène musicale et des prises de parole d’humanitaires, de réfugiés et de politiques. Cet événement est dimensionné à 10 000 personnes, avec un budget de 60 000 € (scène, sonorisation, backline, éclairage, vidéo, sécurité). Si vous souhaitez être associé à cet événement, et éventuellement lui apporter une contribution financière, écrivez à marche.auberge@gmail.com

La Marche fera l’objet d’une production cinématographique, dont le réalisateur sera un réfugié iranien, encore présent dans la jungle de Calais il y a deux ans, et qui participera à la totalité de la Marche. Le budget (équipements, réalisation, montage, sonorisation) sera de 20 000 € environ. Si vous souhaitez financer ou cofinancer ce film, vous pourrez être associé à son image et à l’exploitation de ses droits en écrivant à marche.auberge@gmail.com.

https://www.facebook.com/AubergeMigrants/videos/10155973530130339/

La Marche Solidaire est parrainée par les Etats Généraux des Migrations. Elle a le soutien notamment de R.E.S.F., de la Ligue de l’Enseignement et de Help Refugees (G.B.). 

Elle mobilise les bénévoles des associations L’Auberge des Migrants, La Roya Citoyenne, Défends Ta Citoyenneté et Utopia 56.

Contacts La Marche Solidaire. L’Auberge des Migrants, B.P. 70113, 62100 Calais-Cedex. Tel 06 78 02 05 32 ou 06 08 49 33 45. Mail : marche.auberge@gmail.com

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30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 09:05
L’Europe interdit trois pesticides néonicotinoïdes dangereux pour les abeilles

Serait-ce le début de la fin pour les néonicotinoïdes ? Vendredi 27 avril, les représentants des États membres de l’Union européenne ont décidé d’interdire trois produits de cette famille d’insecticides jugés dangereux pour les abeilles sur toutes les cultures de plein air.

La majorité qualifiée requise (55 % des États membres représentant 65 % de la population totale de l’UE) a donc été atteinte lors de la réunion du comité spécialisé chargé du dossier. La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne se sont tenues à leurs positions exprimées publiquement et ont voté en faveur de l’interdiction. Quatre pays ont voté contre : Danemark, Hongrie, République tchèque et Roumanie. Pas moins de neuf pays se sont abstenus, dont la Belgique et la Pologne.

Proposé par la Commission européenne, le texte concerne trois néonicotinoïdes (clothianidine, imidaclopride, thiaméthoxame), dont elle avait partiellement restreint l’utilisation en décembre 2013. Il s’agissait donc cette fois non seulement de prolonger ce moratoire, mais aussi de le généraliser à toutes les cultures de plein champ, seul l’usage sous serre restant autorisé.

Responsable du dossier, le commissaire européen à la santé, le Lituanien Vytenis Andriukaitis, s’est réjoui de l’issue de l’adoption de sa proposition. Il s’agit d’un vote « essentiel pour l’avenir de la biodiversité et notre agriculture », s’est pour sa part félicité l’eurodéputé socialiste, Eric Andrieu, président de la commission pesticides du Parlement européen, créée à la suite de la controverse sur le glyphosate (principe actif du Roundup).

Lobbying des industriels de la betterave

Du côté des ONG, Pesticide Action Network (PAN) Europe évoque « un jour historique pour l’Union européenne », tandis que Greenpeace Europe souligne qu’« il reste encore beaucoup d’autres pesticides dans la nature, dont d’autres néonicotinoïdes, tout aussi dangereux pour les abeilles et les productions alimentaires ».

Le texte avait été combattu par un lobbying intensif du secteur des produits phytosanitaires et des industriels de la betterave à sucre, une des cultures jusque-là épargnée par le moratoire. Le groupe agrochimique allemand Bayer a déploré son adoption, rappelant qu’un jugement de la Cour de justice européenne, saisie par les fabricants de néonicotinoïdes, Bayer et Syngenta, était attendu le 17 mai. « Bayer demeure convaincu que les restrictions ne sont pas justifiées, car les néonicotinoïdes sont sûrs quand ils sont utilisés conformément aux instructions d’utilisation », indique le communiqué du groupe.

Le dossier scientifique concernant ces « tueurs d’abeilles », neurotoxiques et très persistants, est pourtant plus qu’étayé. Considérée comme conservatrice et proche des intérêts des industriels, l’Autorité européenne de sécurité des aliments est elle-même parvenue, en février 2018, à la conclusion que les néonicotinoïdes sont très toxiques pour les abeilles mellifères, les abeilles solitaires et les bourdons.

De nombreuses études désignent ces insecticides comme les principaux responsables de l’effondrement des populations d’insectes pollinisateurs. Mis sur le marché dans les années 1990, ils sont appliqués en enrobage des semences lors du semis, c’est-à-dire en usage préventif, et se disséminent rapidement au-delà des cultures, contaminant l’environnement et les fleurs sauvages.

Plus récemment, ce sont leurs effets en cascade sur d’autres espèces animales qui ont été mis en évidence. En octobre 2017, une étude publiée dans la revue scientifique PLoS One avait fait les titres des journaux dans le monde entier. A partir de données de captures d’insectes réalisées depuis la fin des années 1980 en Allemagne, elle suggérait que les populations d’insectes avaient chuté de près de 80 % en moins de trente ans en Europe. En accusation : les « nouvelles méthodes de protection des cultures », qui comprennent les néonicotinoïdes.

En mars, des données publiées par le CNRS et le Muséum national d’histoire naturelle soulignaient une disparition d’un tiers des populations d’oiseaux en quinze ans en France. Une disparition qualifiée par les chercheurs de « proche de la catastrophe écologique » et également attribuée aux pratiques agricoles intensives.

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28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 17:09

A l'initiative des organisations politique - PCF, Génération.s, NPA, EELV, Ensemble, Nouvelle Donne, République et socialisme et Gauche démocratique et sociale –  et à la veille du 1er mai, un meeting en soutien aux luttes sociales aura lieu

Meeting unitaire en soutien aux luttes sociales - 30 avril 18h
Meeting unitaire en soutien aux luttes sociales - 30 avril 18h

A l'heure où le mouvement social s'ancre durablement, rejoint peu à peu par les étudiant·e·s, à l'heure où le gouvernement persiste à s’engouffrer dans une spirale libérale détruisant les services publics sur son passage, étudiant·e·s, cheminot·e·s, personnels hospitaliers, salarié·e·s des EHPAD de la Poste ou de Carrefour... tous seront présent·e·s et prendront la parole pour exposer leurs luttes.

En présence notamment de Pierre Laurent, Benoît Hamon, Olivier Besancenot et de représentant·e·s d'EELV, Nouvelle Donne, Ensemble !, du groupe FI à l'Assemblée nationale, de République et socialisme et de la Gauche démocratique et sociale.

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28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 12:31

Une plainte est déposée contre l’usine Alteo installée dans les Bouches-du-Rhône, à l’origine de la pollution. Par Luc Leroux, correspondant à Marseille pour Le Monde le 25 avril 2018. Lire à ce sujet Boues rouges de Gardanne : la Commission européenne veut des réponses.

Un nuage de poussière rouge au-dessus de Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône), le 27 octobre 2017. Jean Claude Monet/MAXPPP

Un nuage de poussière rouge au-dessus de Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône), le 27 octobre 2017. Jean Claude Monet/MAXPPP

Autour de l’usine Alteo, les poussières rouges ont obscurci le ciel de Bouc-Bel-Air, comme les boues rouges déversées en Méditerranée avaient suscité l’indignation des défenseurs de l’environnement auparavant… Des habitants de cette commune, sur laquelle Alteo exploite un site de stockage de ses déchets issus de la transformation, à Gardanne, de bauxite en alumines de spécialité, ne décolèrent pas après le passage d’un nuage rouge, début avril. Piscines colorées, chiens colorés… une couche de poussière a recouvert tout un quartier résidentiel, y compris l’école de La Bergerie.

« Mon premier réflexe a été d’enfermer les enfants à l’intérieur », rapporte une habitante. Une mère d’élève explique qu’une semaine après le nuage de poussières et en dépit d’un nettoyage de l’établissement scolaire, les enfants « avaient toujours les chaussettes et les chaussures rouges en rentrant de classe ». Le préfet des Bouches-du-Rhône, Pierre Dartout, a qualifié cet épisode d’« accident de pollution de l’air de grande ampleur » et a enjoint à l’industriel de réparer les dégâts.

« Cynisme monumental »

« Mais passer la serpillière, ce n’est pas le problème », estime la jeune association Bouc-Bel-Air Environnement, car ce nouvel envol de poussières après d’autres, « c’est clairement la goutte qui a fait déborder le vase ». Deux ans après la reprise d’exploitation à plein régime de cette décharge qui avait fonctionné au ralenti durant un demi-siècle, l’association Zea de défense de l’environnement et sept requérants – des riverains, un pêcheur professionnel – ont adressé, mardi 24 avril, au procureur de la République d’Aix-en-Provence, une plainte contre X pour mise en danger d’autrui. Une nouvelle étape dans la contestation pour accentuer la pression sur « un industriel qui affiche un cynisme monumental », selon Olivier Dubuquoy, président de Zea.

Jusqu’à fin 2015, l’usine déversait ses boues rouges en Méditerranée par une canalisation de 55 km, dans le canyon marin de la Cassidaigne au large de Cassis, où les déchets se sont accumulés pendant un demi-siècle. Désormais, elle n’envoie plus ce type de résidus, mais 270 mètres cubes d’effluents par heure, assurant avoir réduit de 99,95 % les matières solides et de 99 % leur teneur en métaux lourds.

Déshydratés grâce à deux filtres-presses, les déchets sont désormais entreposés à Mange-Garri, la décharge historique de l’usine, un sommet de colline où deux vallons ont déjà été comblés avant les années 1960. Avec des allures de planète Mars, ce site de 28 hectares entouré de pins reçoit 300 000 tonnes de boues rouges chaque année par une conduite qui le relie à l’usine de Gardanne. Ces énormes « gâteaux » de déchets tombés des filtres-presses sont étalés par des bulldozers.

Eric Duchenne, directeur industriel et du développement durable d’Alteo, assure que les envols de poussières sont une préoccupation permanente. Pour y remédier, trois solutions : la végétalisation des zones qui ne seront plus exploitées, l’« encroûtage » des surfaces par un polymère qui, une fois épandu, forme une espèce de bâche et, pour les zones en exploitation, un arrosage afin de mouiller en surface ce produit très pulvérulent. « Mais lorsque le vent souffle au-delà de 60 km/heure, c’est difficile de maintenir les poussières sur l’ensemble du site », convient-il.

La pose de tuyaux, de brumisateurs et de gicleurs, notamment sur les cheminements des engins de chantier qui soulèvent énormément de poussières, n’a pas pu être réalisée en raison de l’impossibilité de trouver les fenêtres météo nécessaires aux travaux, plaide l’industriel. Dans un arrêté de mise en demeure, le préfet des Bouches-du-Rhône va, dans les tout prochains jours, le rappeler à des obligations fixées dès juin 2016. « Il y a clairement un retard dans la mise en œuvre des prescriptions, notamment pour l’encroûtage et l’arrosage préventif, explique Maxime Ahrweiller, secrétaire générale adjointe de la préfecture. La mise en demeure donnera un délai très court pour se mettre en conformité. »

Dans la plainte dont Le Monde a eu connaissance, les opposants énumèrent les dépassements de taux de métaux autorisés dans les rejets liquides en mer, les envols de poussières, la pollution d’une source d’eau… « Alteo Gardanne viole régulièrement les prescriptions imposées par les arrêtés préfectoraux et son obligation générale de sécurité », estime Me Hélène Bras, défenseure des opposants. Selon ces derniers, l’industriel a « conscience de la mise en danger de la vie d’autrui ». Eric Duchenne martèle que ces déchets et les poussières ne sont « ni dangereux ni toxiques. Sinon, nous aurions des maladies professionnelles à l’usine ».

Estimant à l’inverse que le site de Mange-Garri peut présenter « un risque sanitaire », les plaignants en prennent pour preuve l’avis « très négatif » donné par la ministre de l’écologie, à l’automne 2015, sur l’arrêt des rejets de boues rouges en mer, tandis qu’était autorisée la poursuite du déversement d’effluents. Ségolène Royal indiquait alors que « la question de l’emploi est très importante, mais elle ne saurait conduire à fermer les yeux sur les graves questions de santé publique ».

En 2017, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail concluait, concernant l’aluminium, le plomb et l’arsenic, que « les résultats ne permettent pas d’exclure un risque sanitaire au niveau local », tout en jugeant impossible d’établir la part due à l’exploitation actuelle de Mange-Garri.

Air Paca livrera bientôt les résultats d’une campagne de mesures des polluants industriels et des particules fines et ultrafines, conduite depuis février 2017. « Le dernier comité de suivi de site, ajoute Maxime Ahrweiller, a décidé, avant de confier à Santé publique France une étude épidémiologique, de créer un comité d’orientation et de suivi afin de permettre l’analyse des attentes des acteurs locaux et du contexte local. Il est ouvert aux riverains. »

Capacité de valorisation des déchets

La plainte des opposants évoque aussi « l’abstention des services de l’Etat à prendre les mesures appropriées ». L’autorité administrative est pointée du doigt, car, « afin de mettre un terme au rejet en mer des résidus de bauxite, [elle] a, en réalité, autorisé un transfert de la pollution sur la terre et non une réduction de la pollution ». Alteo dispose d’une autorisation d’exploiter Mange-Garri jusqu’au 8 juin 2021 et, annonce Eric Duchenne, « on demandera une prolongation, car nous avons des capacités de stockage jusqu’en 2035 ». Un calcul contesté par les opposants, selon lesquels, au rythme d’exploitation actuel, « le site sera plein comme un œuf en 2021 ».

L’avenir de la colline rouge de Bouc-Bel-Air tient dans la capacité de valorisation de ces déchets – ce qui est aujourd’hui le cas pour 10 % seulement du tonnage. Il est question d’outil de dépollution des sols pour fixer des métaux lourds, de sous-couche pour les routes, de granulat pour alléger le béton… mais la Bauxaline est toujours considérée comme un déchet. « On pousse pour que l’administration accepte de la déclassifier et en faire un simple produit », insiste Eric Duchenne.

Cependant, pour les opposants, ces pistes de valorisation ne sont « pas fiables, ni d’un point de vue sanitaire ni d’un point de vue écologique ». L’urgence, selon eux, est « d’œuvrer à la reconversion » de l’une des plus anciennes usines d’alumine au monde, et de ses 450 salariés directs et 300 sous-traitants.

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25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 09:36

Après les effets nocifs des insecticides et herbicides utilisés dans l’agriculture, des chercheurs dénoncent des produits, les « SDHI », qui empêchent le développement des champignons en bloquant leur respiration. Passant dans la chaîne alimentaire, ils pourraient affecter gravement la santé des humains.  Dans cette tribune publiée en exclusivité dans « Libération » le 16 avril 2018, ces chercheurs appellent à suspendre l’utilisation de ces produits utilisés dans l’agriculture tant qu’une estimation des dangers pour la santé n’aura pas été réalisée par des organismes publics et indépendants des industriels.

Huit jours après, l'ONG Génération futures constate qu'ils sont omniprésents dans nos assiettes et demande au gouvernement d'agir.

En France, en 2014, les SDHI étaient utilisés sur près de 70 % des surfaces de blé tendre et 80 % des surfaces d’orge d’hiver. Roger Rozencwajg / Photononstop

En France, en 2014, les SDHI étaient utilisés sur près de 70 % des surfaces de blé tendre et 80 % des surfaces d’orge d’hiver. Roger Rozencwajg / Photononstop

Une révolution urgente semble nécessaire dans l’usage des antifongiques

Nous sommes un collectif de chercheurs, cancérologues, médecins, et toxicologues, du CNRS, de l’Inserm, de l’Université, et de l’Inra. Au moment où se multiplient les communications alarmantes sur l’effondrement de la biodiversité en France, en Europe et dans le monde, il nous paraît urgent d’attirer l’attention sur les risques potentiels pour la santé humaine et l’environnement de l’usage d’une classe de pesticides, les SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase), désormais utilisés à grande échelle comme antifongiques en agriculture. Ces fongicides visent à détruire les champignons, moisissures qui se développent sur les végétaux dans les cultures, les produits de récolte et les fruits. En France ce sont de l’ordre de 70 % des surfaces de blé tendre et près de 80 % de celles d’orge d’hiver qui sont traitées par les SDHI (données de 2014). S’y ajoute le traitement des semences, des fruits (raisins et des agrumes), mais aussi des pelouses, notamment celles des terrains de golf.

Les SDHI visent à bloquer une étape clé de la respiration des champignons, celle assurée par la succinate déshydrogénase (SDH). Or, les cellules de tous les êtres vivants respirent. Tous. Depuis les micro-organismes, les champignons, les plantes, les animaux, jusqu’aux hommes. Ce processus essentiel à la vie est rendu possible grâce à la présence dans chaque cellule d’« usines à énergie », les mitochondries. Présentes en grand nombre dans chaque cellule, elles jouent un rôle fondamental en libérant l’énergie contenue dans nos aliments (sucres, graisses, protéines) sous forme de carburant et de chaleur, à travers la respiration cellulaire. Cette dernière est assurée par un ensemble de protéines, les enzymes mitochondriales, qui agissent de concert pour assurer une suite de réactions biochimiques. Si l’une de ces enzymes est défectueuse, la respiration des cellules se fait moins bien et chez l’homme cela conduit à l’émergence de nombreuses maladies, certaines très graves (1).

Dans cette suite de réactions biochimiques, la SDH joue un rôle crucial, et il est connu depuis longtemps maintenant que des mutations génétiques de la SDH, entraînant la perte de son activité, sont la cause de maladies humaines. Ces mutations peuvent être d’une part à l’origine d’encéphalopathies sévères chez de jeunes enfants, la première identifiée en France en 1995 par une équipe de l’Hôpital Necker (2). D’autres mutations, identifiées dès 2000 par une équipe américaine (3), puis une équipe de l’hôpital européen Georges-Pompidou (4) peuvent entraîner la formation de tumeurs du système nerveux au niveau de la tête ou du cou, ou encore dans les zones thoraciques, abdominales ou pelviennes. Elles prédisposent en outre à certains cancers du rein, ou du système digestif (5). Ainsi des anomalies du fonctionnement de la SDH peuvent entraîner la mort des cellules en causant de graves encéphalopathies, ou au contraire une prolifération incontrôlée des cellules, et se trouver à l’origine de cancers. Des anomalies de la SDH sont aussi observées dans d’autres maladies humaines, telles que l’ataxie de Friedreich, le syndrome de Barth, la maladie de Huntington, de Parkinson et certaines asthénozoospermies (perturbation de la mobilité des spermatozoïdes). Ces données établissent le rôle essentiel de cette enzyme dans la santé humaine.

La respiration cellulaire et l’enzyme SDH, universelles, fonctionnent dans toutes les espèces vivantes. Comment ne pas se sentir concernés par la présence des SDHI dans nos assiettes à travers la contamination des aliments ? Comment de tels pesticides ont-ils pu être mis sur le marché avec l’assurance de n’avoir aucun impact sur la santé humaine, mais aussi sur l’écosystème tout entier ?

Nos travaux de recherche sur l’enzyme SDH ont mis en évidence un mécanisme très particulier de dérèglement cellulaire : le blocage de cette enzyme conduit à l’accumulation d’une petite molécule, le succinate. Celui-ci va entraîner à long terme, un changement de la structure de notre ADN : ce sont des phénomènes de modifications épigénétiques (6). Ces anomalies épigénétiques liées au blocage de la SDH vont déréguler des milliers de gènes, expliquant la survenue de tumeurs et cancers, sans pourtant entraîner de mutations dans les gènes comme c’est souvent le cas des carcinogènes. Et ces modifications, contrairement aux mutations, ne sont pas détectées, ni testées, au cours des tests de toxicité conduits avant la mise sur le marché des pesticides.

En tant que chercheurs et médecins, nous avons dédié ces deux dernières décennies à comprendre comment la perte de fonction de la SDH pouvait être la cause de ces maladies et à chercher comment traiter les patients. Pour d’autres, nous consacrons notre activité de recherche à l’évaluation de l’impact des polluants environnementaux sur la santé humaine (7). Ensemble, nous ne pouvons qu’être alarmé·e·s par l’utilisation à grande échelle des SDHI dans nos champs.

Les pesticides précédemment utilisés comme insecticides ou fongicides et qui visaient la mitochondrie et la respiration ont été graduellement abandonnés, du fait de leur dangerosité, de leur efficacité réduite et/ou de l’apparition de résistances. Comme substituant, les firmes ont obtenu l’autorisation de proposer les SDHI depuis 2009, SDHI dont elles se félicitent de la grande stabilité et persistance dans l’environnement.

A ce titre, il nous semble pour le moins étrange qu’aucun des laboratoires de recherche spécialistes de la SDH dans les pathologies humaines, n’ait été consulté. Il est aujourd’hui très difficile d’accéder aux informations ayant donné lieu aux autorisations de mise sur le marché pour ces molécules, mais, à notre connaissance, seuls quelques tests sur la toxicité chez l’humain ont été réalisés par les firmes elles-mêmes.

Sur la base de nos tout récents résultats (8) et pour ne pas reproduire les erreurs du passé, nous appelons à suspendre l’utilisation tant qu’une estimation des dangers et des risques n’aura pas été réalisée par des organismes publics indépendants des industriels distribuant ces composés et des agences ayant précédemment donné les autorisations de mise sur le marché des SDHI.

(1) «Genetic and Biochemical Intricacy Shapes Mitochondrial Cytopathies», de Turnbull, Rustin, in Neurobiol Dis, 12 février 2015, 92, 55-63.
(2) «Mutation of a Nuclear Succinate Dehydrogenase Gene Results in Mitochondrial Respiratory Chain Deficiency», de Bourgeron, Rustin, Chrétien… in Nat Genet, octobre 1995, 11(2), 144-149.
(3) «Mutations in SDHD, a Mitochondrial Complex II Gene, in Hereditary Paraganglioma, de Baysal, Ferrell, Willett-Brozick… in Science, 4 fév. 2000, 287 (5454), 848-851.
(4) «The R22X Mutation of the SDHD Gene in Hereditary Paraganglioma Abolishes the Enzymatic Activity of Complex II in the Mitochondrial Respiratory Chain and Activates the Hypoxia Pathway», de Gimenez-Roqueplo, Favier, Rustin… in Am J Hum Genet, décembre 2001, 69(6), 1186-1197.
(5) «Defects in Succinate Dehydrogenase in Gastrointestinal Stromal Tumors Lacking KIT and PDGFRA Mutations», de Janeway, Kim, Lodish… in Proc Natl Acad Sci USA, 4 janv. 2011, 108 (1), 314-318.
(6) «SDH Mutations Establish a Hypermethylator Phenotype in Paraganglioma», de Letouzé, Martinelli, Loriot… in Cancer Cell, 10 juin 2013, 23(6), 739-752.
(7) «The Environmental Carcinogen Benzo[a]pyrene Induces a Warburg-Like Metabolic Reprogramming Dependent on NHE1 and Associated With Cell Survival» de Hardonniere, Saunier, Lemarié… in Sci Rep, 4 août 2016, 6, 30776.
(8) «A New Threat Identified in the Use of SDHIs Pesticides Targeting the Mitochondrial Succinate Dehydrogenase Enzyme», de Benit, Bortoli, Huc, Schiff, Gimenez-Roqueplo, Rak, Gressens, Favier, Rustin in BioRxiv 289058, doi: https:/doi.org/10.1101/289058

Premiers signataires : Paule Bénit PhD, ingénieure de recherches IR2 à l’Inserm, Dominique Chrétien PhD, ingénieur de recherches IR2 à l’Inserm Malgorzata Rak PhD, chargée de recherches CR1 au CNRS, Manuel Schiff MD, PhD, pédiatre, maître de conférences des universités, praticien hospitalier APHP, Pierre Rustin PhD, directeur de recherches CE au CNRS, unité Inserm UMR1141, (équipe physiopathologie et thérapie des maladies mitochondriales), hôpital Robert-Debré, université Paris-Diderot, Judith Favier PhD, directrice de recherches DR2 à l’Inserm, Anne-Paule Gimenez-Roqueplo MD, PhD, professeure, APHP-Université, unité Inserm UMR970 (équipe phéochromocytomes et paragangliomes), hôpital européen Georges-Pompidou, université Paris-Descartes, Sylvie Bortoli PhD, ingénieure de recherches IR1 à l’INSERM, UMR 1124, (équipe toxicologie, pharmacologie et signalisation cellulaire), université Paris-Descartes, Laurence Huc PhD, chargée de recherches CR1 Inra, unité Inra - Toxalim (équipe contaminants et stress cellulaire), université Toulouse-Paul-Sabatier.

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Boscalid SDHi : Générations Futures demande des mesures de retrait immédiat

Après l’alerte des chercheurs sur la dangerosité des fongicides SDHi, Générations Futures alerte sur leur omniprésence dans notre environnement et demande des mesures de retrait des autorisations au niveau national et européen.

 

Rappel des faits : Mi-avril, des chercheurs de l’INSERM, du CNRS et de l’INRA ont alerté sur la dangerosité pour l’homme d’une classe de fongicides, les SDHi (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase). Ces fongicides sont très largement utilisés en agriculture. En France, ce sont ainsi plus de 70 % des surfaces en blé qui sont traitées avec ces produits, en 2014. Les fabricants de ces produits assurent que ces fongicides inhibent spécifiquement l’activité de cette enzyme dans les moisissures. Mais des scientifiques français à l’origine d’une publication scientifique[1] et d’une tribune dans Libération[2] ont sonné l’alarme car, selon leurs travaux, ces fongicides bloquent également l’enzyme humaine. Le blocage de cette enzyme conduit à l’accumulation d’une petite molécule, le succinate. Celle-ci va entraîner à long terme, un changement de la structure de notre ADN : ce sont des phénomènes de modifications épigénétiques. Pour ces chercheurs, cela peut avoir comme conséquence l’apparition d’encéphalopathies sévères et même de certains cancers du rein ou du système digestif. Ces modifications, contrairement aux mutations, ne sont pas détectées ni testées, au cours des tests de toxicité conduits avant la mise sur le marché des pesticides.

Le boscalid, un SDHi très (trop) présent. Suite à la publication de ces travaux, notre association s’est questionnée sur l’exposition des populations à ces fameux SDHi. Nos travaux révèlent aujourd’hui un autre aspect du problème : l’exposition importante de la population au fongicide SDHI le plus utilisé : le boscalide (ou boscalid). Le boscalide est une substance active autorisée dans l’UE depuis 2008 et son autorisation expire le 31/07/2018[3]. En France, on le trouve dans une douzaine de spécialités commerciales ayant une Autorisation de mise sur le marché (AMM)[4].  Il est autorisé sur les crucifères oléagineuses, le blé, l’avoine, l’orge, le seigle, le tournesol, les pommiers, les amandiers, les cerisiers, les asperges, la carotte, les fraisiers, la laitue, etc.

Cette molécule nous était familière, c’est pourquoi elle a attiré notre attention et nos recherches ont révélée qu’on retrouve ce fongicide SDHi :

  • Dans les eaux de surface. En effet, le boscalide était en 2013 le 8e pesticide le plus fréquemment quantifié, dans les eaux souterraines c’était le 12e[5].
  • Dans l’air. Le boscalide est l’un des deux fongicides les plus quantifiés dans l’air en PACA en 2016[6]. Dans l’Isère aussi c’est un des pesticides les plus retrouvés dans l’air[7].
  • Dans les aliments. Surtout le boscalide est le résidu de pesticides le plus fréquemment quantifié dans les aliments au niveau européen (6 704 déterminations). On le retrouve dans presque 10 % des recherches le ciblant, tous aliments confondus[8] ! Dans les enquêtes que Générations Futures a pu mener (analyses de fraises, salades ou muesli), ce résidu ressort très fréquemment[9].

« Au regard de l’alerte scientifique majeure lancée par des scientifiques français sur la dangerosité des fongicides SDHi et de l’exposition importante de la population au principal représentant de cette famille, Générations Futures demande que l’ANSES de suspendre immédiatement les autorisations de mise en marché des produits contenant du boscalide et autres SDHis, à titre conservatoire. » déclare F. Veillerette, porte-parole de Générations Futures.

« Nous demandons également que la France fasse usage de la clause de sauvegarde prévue au niveau européen pour faire obstacle à l’entrée d’aliments traités avec des substances de cette famille chimique et demande une révision communautaire de l’homologation de ces substances actives SDHi. Enfin, l’autorisation du boscalide arrivant à son terme en juillet de cette année, nous demandons à la France de s’opposer à sa réhomologation. » conclut-il.

L’ONG Générations futures a envoyé le 24 avril 2018 des courriers aux ministères concernés et à l’ANSES.

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21 avril 2018 6 21 /04 /avril /2018 09:00

Malgré l’accord de Paris sur le climat et la lutte contre les émissions de CO2, la consommation d’or noir devrait encore progresser d’ici à 2040. Par Nabil Wakim le 18 avril 2018 pour Le Monde.

Une installation pétrolière de la compagnie Saudi Aramco, à 160 km de Riyad, le 23 juin 2008. MARWAN NAAMANI / AFP

Une installation pétrolière de la compagnie Saudi Aramco, à 160 km de Riyad, le 23 juin 2008. MARWAN NAAMANI / AFP

Quelle sera la durée de vie du pétrole ? La croissance continue du secteur de la pétrochimie, qui permet notamment de produire des matières plastiques, pourrait bien soutenir, pendant longtemps encore, la demande d’or noir.

Dernier exemple en date : le 11 avril, le groupe pétrolier saoudien Aramco a annoncé un gigantesque projet de raffinage et de pétrochimie en Inde pour 44 milliards de dollars (environ 36 milliards d’euros). « La pétrochimie est le point aveugle du débat sur le pétrole », analysait début mars, devant des journalistes, Fatih Birol, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). « Dans les cinq prochaines années, elle pourrait représenter 25 % de la demande », notait M. Birol.

Cette prédiction du patron de l’AIE sur la pétrochimie vient renforcer une analyse partagée dans les milieux pétroliers : la demande – et donc la consommation – de pétrole va augmenter de manière significative au moins jusqu’en 2040. Et ce, en dépit de l’accord de Paris sur le climat ­visant à limiter les émissions de CO2, de l’émergence rapide du marché des véhicules électriques et de la baisse du coût des énergies renouvelables.

« Il n’y a aucun signe d’un pic de la demande », tranche Fatih Birol. Certes, d’ici à 2040, la demande de pétrole pour les voitures devrait enfin atteindre un plateau, souligne le rapport annuel de l’AIE. Le monde consomme aujourd’hui 20 millions de barils de pétrole par jour pour les véhicules individuels, et ce chiffre devrait légèrement décliner avant 2040, sous l’effet conjugué du développement des véhicules électriques et d’une plus grande efficacité énergétique des moteurs.

La demande de pétrole va continuer à augmenter

Mais, pour tous les autres secteurs, les perspectives sont clairement orientées à la hausse. Les besoins du transport routier pourraient passer de 15 à 19 millions de barils, ceux de l’aviation de 11 à 15,7 millions. Surtout, ceux de la pétrochimie et de l’industrie augmenteraient de 17,4 à 23,6 millions, selon les chiffres de l’AIE.

Stagnation puis déclin aux Etats-Unis, au Japon et en Europe

Dans son récent scénario prospectif, le groupe britannique BP se montre plus prudent, mais avertit : même avec une interdiction totale – très hypothétique – de la vente de véhicules à essence en 2040, la consommation de ­pétrole sera tout de même largement supérieure à celle de 2017.

Aucun de ces scénarios ne permet de respecter l’accord de Paris, dans lequel la quasi-totalité des pays du monde se sont engagés à maintenir le réchauffement « bien au-dessous de 2 0C par rapport aux niveaux préindustriels ».

Dans une note intitulée « Les multiples voies vers un pic de la demande », publiée en juillet 2017, plusieurs experts du Boston Consulting Group (BCG) se révèlent un peu plus optimistes. Ils estiment que pour diminuer fortement la demande de pétrole dès 2025 – et, partant, limiter les rejets de CO2 dans l’atmosphère –, trois facteurs peuvent jouer un rôle-clé : une hausse massive et rapide de l’usage de véhicules électriques, une substitution massive du ­ pétrole par le gaz dans la pétro­chimie et, surtout, un ralentissement de la croissance économique mondiale, aujourd’hui tirée par l’Asie.

La demande de pétrole va continuer à augmenter

Car si les États-Unis, le Japon et l’Europe doivent voir leur consommation de pétrole stagner puis décliner dans les années à venir, c’est d’Inde et de Chine que viendra la demande d’hydrocarbures. « La moitié de la croissance va venir de ces deux pays », précise Fatih Birol. Mais aussi de nombreux pays en développement, qui ne se voient pas ralentir leur développement économique sous le prétexte de la lutte contre le réchauffement climatique.

« Nos pays ont besoin des hydrocarbures pour survivre », s’est défendu le secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), Mohammed Barkindo, lors d’un sommet pétrolier à Houston (Texas), en mars. « Tout le monde se focalise sur les énergies fossiles, mais on devrait plutôt se concentrer sur la lutte contre les émissions de CO2 », a-t-il souligné, faisant mine d’oublier la responsabilité des producteurs de pétrole et de gaz dans les émissions de gaz à effet de serre.

« Transformation en cours »

Cette analyse est majoritaire dans les pays producteurs de pétrole, qu’il s’agisse de l’Arabie saoudite, de la Russie ou des États-Unis. « Il serait ridicule de défendre l’idée qu’on se sera débarrassé des énergies fossiles en 2030. Et alors ? On devra vivre comme en 1850, sans électricité ? », plaisantait récemment le « climato­sceptique » Rick Perry, le secrétaire à l’énergie de Donald Trump.

« Oui, il y a une transformation en cours, avec les énergies renouvelables et les véhicules électriques. Mais leur part de marché est extrêmement réduite », a expliqué au Monde en avril Amin Nasser, le PDG de Saudi Aramco. « Et même si cette part va augmenter, il faut prendre en compte d’autres facteurs qui vont peser sur la demande de pétrole : la croissance de la classe moyenne dans de nombreux pays, la demande pour la pétrochimie, l’aviation, le transport maritime, les poids lourds. »

Les compagnies pétrolières partagent dans l’ensemble ce constat de demande en hausse, même si elles restent précautionneuses dans l’analyse. « Certes, il est possible que la consommation de pétrole décroisse, analysait récemment Patrick Pouyanné, le PDG de Total. En 2040, je pense qu’elle sera inférieure à celle de 2018. Mais le monde consommera encore 80 ou 90 millions de barils par jour. »

D’autant que les observateurs du monde du pétrole sont plutôt préoccupés par un autre problème ces derniers mois : la baisse des investissements, due aux prix bas du pétrole ces dernières années. « Ce n’est pas la perspective d’un pic de la demande qui m’empêche de dormir la nuit, confiait il y a peu un dirigeant américain du secteur, c’est plutôt qu’on ne puisse pas pourvoir aux besoins de la ­planète en pétrole. »

Le déclin naturel des champs pétroliers existants n’est pas compensé par la mise en production de suffisamment de champs, avertit l’AIE. « Il y a un vrai problème d’investissement, observe son directeur, Fatih Birol. En plus de la hausse actuelle de la production mondiale, l’industrie pétrolière aurait besoin d’ajouter l’équivalent de la production de la mer du Nord chaque année, pour satisfaire la hausse de la demande. » Même si cela heurte les objectifs fixés par l’accord de Paris.

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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 12:46
David Buckel s’est immolé par le feu dans un parc de New York pour dénoncer la destruction de l’environnement. D'après Corine Lesne, correspondante à San Fransisco pour Le Monde le 16 avril 2018.
David Buckel, image via Lambda Legal defense

David Buckel, image via Lambda Legal defense

Pendant des années, il avait mené le combat pour le mariage pour tous, mais c’est au nom de la défense de l’environnement que David Buckel, un avocat et militant de renom, s’est donné la mort, samedi 14 avril, à New York. La méthode choisie pour son geste a suscité beaucoup d’émotion : l’homme s’est immolé par le feu, après s’être aspergé d’essence, ce carburant dont il entendait dénoncer le rôle dans la pollution atmosphérique.

« La plupart des humains sur la planète respirent maintenant un air rendu insalubre par les carburants fossiles et beaucoup, en conséquence, mourront prématurément. Ma mort prématurée au moyen d’un carburant fossile reflète ce que nous sommes en train de nous infliger », a-t-il écrit dans un e-mail envoyé aux médias avant son passage à l’acte.

Agé de 60 ans, David Buckel a été prononcé mort à 6 h 30 du matin à Prospect Park, dans le quartier de Brooklyn, là où il a embrasé ses vêtements. Un promeneur a découvert son corps près du terrain de base-ball. A côté, dans un chariot de supermarché, se trouvait une note manuscrite : « Je suis David Buckel et je viens de m’immoler par le feu en signe de protestation. Je m’excuse pour le dérangement. » Un autre message a été retrouvé sur place, correspondant à celui qui avait été expédié à la presse. « La pollution ravage notre planète et la rend plus inhospitalière par l’air, le sol, l’eau et le climat », dénonce-t-il dans le texte reçu à 5 h 55 par les médias et publié par le New York Times.

« Donner une voix à la Terre »

L’avocat avait participé à plusieurs grands procès pour discrimination sexuelle dans l’Iowa et devant la cour suprême du New Jersey. Il avait été le défenseur principal dans l’enquête ouverte contre un shérif après le meurtre du transgenre Brandon Teena, à Falls City, dans le Nebraska – un crime qui a été porté à l’écran en 1999 avec Boys Don’t Cry. Directeur juridique de l’organisation de défense des droits de la communauté LGBT Lambda Legal, David Buckel avait été à l’avant-garde du combat pour la légalisation du mariage pour tous. Depuis quelques années, il s’était mobilisé pour la défense de l’environnement. « Sa mort est une perte terrible pour l’ensemble du mouvement pour la justice sociale », a réagi l’organisation.

Dans son message, David Buckel précise qu’il est en bonne santé, mais qu’il souhaite attirer l’attention de ses contemporains sur l’importance de passer à des actions plus conséquentes pour la défense de l’environnement. « Avoir des buts honorables dans la vie invite à avoir des buts honorables dans la mort », déclare-t-il. Il exprime enfin l’espoir que « donner une vie puisse attirer l’attention » sur « la nécessité de donner une voix à notre maison, la Terre ». En souhaitant qu’elle « soit entendue ».

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16 avril 2018 1 16 /04 /avril /2018 14:14

Bonne nouvelle pour ceux d’entre nous qui mettent en garde contre les dangers de « l’extractivisme des données » depuis des années : la méfiance envers Facebook est de plus en plus vive. Par Evgeny Morozov le 10 avril 2018 pour  Silicon circus, blog collectif dédié au problème technologique sur le site du Monde Diplomatique.

« post industry » cc Tomek Augustyn

« post industry » cc Tomek Augustyn

Enfin une preuve incontestable que sous la rhétorique grandiloquente de Facebook, qui prétend « construire une communauté mondiale qui œuvre pour tous », se cache un projet agressif et cynique qui nous vampirise, dans le but de construire un aspirateur de données mondial. Comme d’autres dans ce secteur, Facebook se fait de l’argent en puisant nos données personnelles — qu’il fait émerger grâce à nos pokes et nos likes, à l’image des grands groupes du secteur énergétique qui forent des puits de pétrole : les profits avant tout, les conséquences sociales et individuelles attendront.

En outre, plus grand monde ne croit en l’avenir numérique idéal où des publicités sur-mesure financeraient ce que Mark Zuckerberg appelle « l’infrastructure sociale ». Si cette dernière ne coûte rien financièrement, aux contribuables du moins, elle aurait un prix social et politique peut-être plus lourd encore que le pétrole bon marché des années 1970.

Cette prise de conscience, aussi soudaine et brutale soit-elle, ne suffit pas. Facebook n’est que l’un des symptômes, non la cause de nos problèmes. À long terme, fustiger sa culture d’entreprise pourrait s’avérer aussi vain que de s’en prendre à soi-même.

Ainsi, au lieu de se demander s’il faudrait mettre Mark Zuckerberg au ban des chefs d’entreprise, tâchons de comprendre comment réorganiser l’économie numérique afin qu’elle bénéficie aux citoyens, et pas seulement à une poignée d’entreprises multimilliardaires qui considèrent leurs utilisateurs comme des consommateurs passifs, dénués d’aspirations politiques et économiques.

Ce programme de transformations se heurte à de nombreux obstacles structurels qu’une « appli » miracle ne saurait lever. Ils proviennent non pas de notre addiction supposée aux réseaux sociaux ou de l’usage abusif qu’en feraient les entreprises technologiques, mais de l’inquiétante dynamique du capitalisme contemporain, qui est bien plus constante que ne le laisse croire notre obsession pour l’innovation et la « disruption » (rupture).

Pour commencer, on aura beau médire des géants du web, Facebook, Alphabet, Amazon, Microsoft et d’autres encore, ont joué un rôle capital pour propulser la bourse américaine à des niveaux records. Ils jouissent d’une prospérité relative alors même que le reste de l’économie est encore aux prises avec les retombées de la crise financière.

En un sens, le marché américain de la technologie des années 2010 partage quelques points communs avec l’immobilier américain de la décennie précédente : tous deux ont essayé de créer de la richesse en comptant sur la valorisation de leurs actifs, même quand l’économie réelle battait de l’aile. Si l’on retirait les bénéfices considérables générés par les actions des grands groupes high-tech ces dernières années, on ne pourrait pas parler d’une reprise significative de l’économie. C’est la principale raison qui pousse les États-Unis à laisser les coudées franches à ses géants de la technologie, surtout depuis que ceux de la Chine bombent le torse et s’implantent à l’étranger. Donald Trump continuera donc à vilipender Amazon… jusqu’au jour où il découvrira Alibaba.

Facebook peut bien entendu essayer de changer son modèle économique, à l’instar d’Amazon et Alphabet, qui se sont récemment diversifiés dans les services, un secteur bien plus lucratif, car l’intelligence artificielle (IA) et l’informatique en nuage permettent de se tailler des marges plus confortables et de contourner les problèmes qui émergent dans leur branche principale. Malgré ses excellents chercheurs en IA et un stock de données suffisant pour les occuper un moment, Facebook est à la traîne. Après tous les scandales récents, il aura du mal à convaincre ses potentielles entreprises clientes que leurs données sont en sécurité.

Il ne lui reste donc plus qu’une possibilité, déjà promue par ses investisseurs les plus anciens comme Roger McNamee : renoncer à la publicité et introduire des frais mensuels pour ses services ; en d’autres termes, des abonnements. Facebook pourrait ainsi faire d’une pierre deux coups : décourager la propagation de fausses nouvelles (lire « Les vrais responsables des fausses nouvelles »), tout en se soulageant de l’urgence de collecter et stocker tant de données d’utilisateurs. La perspective d’un tel changement reçoit peu de faveurs : qui voudrait payer pour Facebook après tout ce qu’il a fait ? Cependant, la situation pourrait évoluer une fois que les scandales actuels se seront dissipés et qu’une foule d’États, d’universités et de philanthropes se presseront pour payer ces factures mensuelles à Facebook.

Entretemps, les politiciens — surtout en Europe —, mais aussi les cadres des entreprises technologiques ne manqueront pas de faire barrage en promettant d’améliorer la surveillance de nos données et d’instaurer de nouvelles lois pour punir ces mauvaises pratiques flagrantes. Nous devrons alors faire preuve d’une grande prudence, car une telle rhétorique rétablira inévitablement l’impression de normalité quant à l’état général de l’économie numérique, en essayant de nous convaincre qu’à part quelques cas isolés qui ne respectent pas l’éthique, les fondations sont saines et les enjeux limités.

Cette impression de normalité retrouvée s’intégrera parfaitement à la vision du monde partagée par les technocrates européens et les technologues de Facebook, souvent présentés comme diamétralement opposés. Malgré l’antagonisme prétendu, ces deux camps considèrent que le monde s’articule autour du sacro-saint marché, où des entreprises régulées offrent toutes sortes de services possibles aux utilisateurs-consommateurs tout-puissants, qui optimisent l’utilité et qui, s’ils ne sont pas contents, peuvent toujours aller faire affaire ailleurs.

Les seules interventions permises dans ce monde sont les initiatives visant à renforcer les droits des consommateurs vis-à-vis de leurs données, favoriser la concurrence et peut-être, prélever plus d’impôts (la spécialité des technocrates européens) ou concevoir des services et technologies encore meilleurs (la chasse-gardée des ingénieurs de Facebook). Dans ce monde merveilleux, l’histoire est bel et bien finie : non seulement le capitalisme règne sur le monde, mais de surcroît il fonctionne et répand la prospérité et la méritocratie partout où il passe.

Ainsi, nul besoin d’envisager ou d’imaginer d’autres formes d’organisation sociale ou politique, des modèles où, par exemple, les villes, les groupes de citoyens ou les États-nations auraient plus de poids sur le marché et pourraient décider quelles parties de nos vies nous voulons exclure de ce marché. Si ces nouvelles formes de société étaient si utiles, le marché y aurait déjà pensé. Et pourquoi se donner cette peine, puisque de toute façon il est censé fonctionner à merveille ?

Cette conception du monde se heurte à la réalité empirique : la réussite des géants de la technologie aux États-Unis et en Chine est la conséquence directe d’une intervention étatique forte, et non d’un laisser-faire. L’armée américaine a mis des décennies à financer la construction de la Silicon Valley et presque autant à mettre au point un système de marché mondial pour empêcher d’autres pays de développer des technologies similaires.

Mais une différence essentielle sépare les Européens des Américains : si les seconds font l’inverse de ce qu’ils disent, les premiers — assez naïvement — font exactement ce qu’ils disent. Ainsi, tandis que la Chine et les États-Unis font tout pour protéger leur secteur technologique en pleine croissance, l’Europe fait tout pour assurer une concurrence loyale entre ses propres entreprises et celles des Américains et des Chinois.

Malheureusement, le Vieux Continent s’est donc retrouvé avec une capacité technologique relativement faible. Mais heureusement, contrairement aux États-Unis, où l’économie dépend beaucoup des nouvelles technologies, et à la Chine, où l’extractivisme des données n’a pas d’impact sur les élections, par exemple, tout bonnement parce qu’il n’y en a pas, l’Europe est le seul acteur bien placé pour mener une révolution tout à fait différente en matière de données, afin de retourner la situation en sa faveur et encourager l’innovation, sur les fronts technologique et politique.

En un mot, au lieu de laisser Facebook nous faire payer ses services ou continuer à exploiter nos données à des fins publicitaires, il faut trouver un moyen pour que les entreprises de son acabit paient pour avoir accès à nos données, qui seraient considérées comme une propriété collective et non individuelle.

Toutes les autres parties qui souhaitent se servir de ces données pour élaborer des services (universités, bibliothèques, institutions chargées de la protection sociale ou sociétés publiques de transport en commun) pourront avoir accès aux données sous certaines conditions, parfois gratuitement, ou grâce à de grosses subventions, issues par exemple de fonds d’investissement gérés par les États, qui s’assureraient ainsi que les entités principales, pour utiliser au mieux ces données, comme pour le développement de l’IA, soient généreusement subventionnées.

D’où proviendraient tous ces fonds ? Pour commencer, il serait bien utile que Facebook, Alphabet et compagnie paient pour accéder aux données, au lieu de pratiquer l’évasion fiscale. Le but ne serait pas d’optimiser les revenus obtenus grâce à cette nouvelle couche de données (autant déployer une sorte de système d’enchères pour vendre des « droits d’accès aux données »). Non, l’objectif consisterait à « planter » des arbres à données qui croîtraient selon des logiques différentes : si Facebook veut proposer des services pour monétiser la surveillance perpétuelle, il devrait être libre de le faire, mais à condition de payer le prix fort, de se soumettre à une supervision totale et d’obtenir le consentement libre et éclairé de ses utilisateurs. Cependant, d’autres modèles pourraient aussi bien être proposés autour des mêmes ensembles de données : abonnement, accès subventionné, accès gratuit en fonction du revenu, etc.

Il existe des arguments solides pour déterminer le bon équilibre entre un droit de propriété individuel des données et un droit collectif. D’aucuns avancent que nous devrions devenir des « actionnaires » de nos données, qui nous rapporteraient des dividendes tandis que Facebook et Google continueraient à les extraire pour la publicité, entre autres. Or, la valeur réelle de ces données n’émerge que lorsqu’elle s’ajoute à celles de plusieurs individus (surtout si elle utilisée pour l’apprentissage automatique). On ne peut donc pas simplement diviser l’ensemble des bénéfices de ces entreprises par le nombre d’utilisateurs pour savoir ce qui nous est dû. En outre, une bonne partie des données que nous générons, quand nous marchons dans une ville financée par la fiscalité, équipée d’un système d’éclairage intelligent également financé par la fiscalité, s’apparentent davantage à des données pour lesquelles nous avons des droits d’utilisation collectifs et sociaux en tant que citoyens, plutôt que des droits individuels en tant que producteurs ou consommateurs.

Un tel système se heurte souvent à l’argument des potentiels usages abusifs par l’État, puisque les données ne seraient plus entre les mains d’entreprises comme Facebook et seraient stockées sur une sorte de « nuage public ». Certes, ce risque existe, mais le système actuel génère déjà beaucoup de débordements de sa part, que nous continuons à traiter comme des exceptions et non comme les règles du jeu étatique, même après les révélations d’Edward Snowden (1)…

Il ne s’agit pas d’abolir la tradition européenne de la protection des données, mais de changer de perspective. Au lieu de continuer d’avancer dans une voie qui prétend exister en dehors de l’histoire, en négligeant les pressions exercées par le capitalisme mondial, la montée de la Chine ou l’influence grandissante qu’exerce la Silicon Valley sur le modèle social-démocrate européen, il faudrait allier la protection des données à un projet économique et démocratique dynamique, afin que les citoyens ne perdent pas le contrôle des précieuses ressources (les données) et infrastructures (l’IA) sur lesquelles se fonderont les futures institutions politiques et économiques.

La droite, du moins sa frange la plus créative et marginale, a bien compris les enjeux de la bataille qui se prépare. Lors d’un événement récent organisé par le quotidien britannique Financial Times, Steve Bannon a cité, parmi les trois grands thèmes qui nourrissent la colère populiste contre la mondialisation, le combat pour restaurer « la souveraineté numérique ». Il s’agit selon lui de récupérer notre propriété intellectuelle personnelle confisquée par les grandes entreprises technologiques. En réalité, M. Bannon n’affiche là qu’un anti-mondialisme de façade, car la seule manière de monétiser nos données et d’en recevoir un dividende consisterait, selon lui, à laisser en place les institutions les plus mondialisées, à savoir les marchés financiers, voire à étendre leur pouvoir à des domaines aujourd’hui maîtrisés par Facebook et Alphabet, à savoir, la vie quotidienne.

La gauche, à l’exception de quelques expériences courageuses sur la propriété des données à l’échelle municipale, n’a pas grand-chose à dire sur le sujet (lire « Pour un populisme numérique (de gauche) »). Pourtant, ce débat sur les données représente une occasion unique pour repenser nombre de ses autres positions : comment organiser l’aide sociale à l’ère de l’analyse prédictive, comment organiser la bureaucratie et le secteur public à une époque où les citoyens sont équipés de capteurs, voire de technologies plus avancées, comment organiser de nouveaux syndicats alors que l’automatisation se généralise, comment organiser un parti politique centralisé à l’ère des communications décentralisées et horizontales ?

Malgré tout, la gauche ne cesse de brandir l’argument technocrate de la protection des données : plus d’impôts, plus de lois antitrust. Cet argument, en dépit de son intention originelle, semble de plus en plus néolibéral. Ces mesures ne sont pas mauvaises en soi, mais elles ne sont pas à la hauteur des défis qui s’annoncent, d’autant que la crise guette les institutions grâce auxquelles la gauche s’est démarquée pour revendiquer les intérêts des plus désavantagés (protection sociale, secteur public, syndicalisme, parti politique). Il n’y a pas de quoi se réjouir d’une réglementation accrue lorsqu’elle va dans le mauvais sens, même si cela donne aux fonctionnaires européens l’impression rassurante que le capitalisme imaginé par les pères fondateurs de l’Union dans les années 1950 continue de fonctionner, comme promis.

Il existe trois scénarios politiques. Nous pouvons conserver le modèle actuel, en laissant Facebook, Alphabet, Amazon, etc. s’arroger de plus en plus de fonctions qui incombent à l’État. Avec le temps, peut-être n’aurons-nous plus à craindre qu’ils utilisent leurs technologies pour influencer les élections puisque notre vie dépendra en grande partie de ce qui se décidera dans leur salle de réunion — et non au Parlement.

La deuxième voie serait celle d’un anti-mondialisme douteux incarné par Steve Bannon, visant à retrouver une certaine autonomie vis-à-vis des géants de la technologie en donnant un pouvoir excessif au secteur financier (que M. Banon entend bien sûr maîtriser à l’aide de crypto-monnaies ; au risque d’un inversement des rôles, car à ce petit jeu, les banques ont toujours gagné, non sans avoir dévoré leurs concurrents).

La récente controverse sur les données fournit enfin l’occasion de mettre en place une politique véritablement décentralisée et émancipatrice, par laquelle les institutions de l’État (du niveau national au niveau municipal) seront déployées pour reconnaître, créer et favoriser de nouveaux droits sociaux aux données. Ces institutions devront regrouper les données dans des groupes aux conditions d’accès différentiées. Elles s’assureront aussi que les entités qui proposent de bonnes idées, sans grand intérêt commercial mais prometteuses d’un point de vue social, reçoivent des financements pour les réaliser à partir de ces groupes de données.

En repensant ainsi les institutions existantes dans lesquelles les citoyens semblent avoir perdu confiance, il serait possible de remédier au sentiment d’aliénation vis-à-vis de la vie publique et du jeu politique, partagé par tant d’individus à travers le monde. La tâche s’annonce ardue, mais faisable. Aujourd’hui du moins, car ce ne sera peut-être plus le cas dans cinq ou dix ans, quand les coûts politiques et économiques de l’extractivisme des données éclateront au grand jour. Les puits de données que nous portons en nous, comme tous les sites d’extraction, ne dureront pas toujours.

(1) Sur les ramifications de l’affaire Snowden, lire Dan Schiller, « Géopolitique de l’espionnage », Le Monde diplomatique, novembre 2014.

 

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13 avril 2018 5 13 /04 /avril /2018 09:01

Alors qu'à Notre-Dame-des-Landes, la ferme des cent noms est tombée, de nombreuses personnalités politiques, associatives, syndicales ou universitaires demandent « l’arrêt immédiat des interventions policières et l’ouverture d’un vrai dialogue qui permette dans le respect de la loi l’élaboration de conventions individuelles, mais aussi collectives ». Tribune collective le 12 avril 2018 sur Mediapart.

Au prétexte du respect de l’« Etat de droit », des femmes et des hommes qui cultivaient la terre et pratiquaient l’élevage ont été délogé·e·s de leur lieu d’activité et de vie. Leur ferme, où deux agneaux sont nés la semaine passée, a été détruite. Ces paysannes et ces paysans occupaient un terrain appartenant à l’Etat. Pourtant, il leur avait été promis qu’une solution viable, pacifique et tournée vers l’avenir serait recherchée. Ils/elles étaient en discussion avec la préfecture pour obtenir une convention d’occupation collective de ces terrains.

Le collectif : voilà le sujet du combat qui se joue à Notre-Dame-des-Landes. Quand le Gouvernement impose des conventions d’occupation temporaires individuelles, des paysan·ne·s, de la ferme des Cent noms ou d’ailleurs, envisagent leur activité collectivement.

La question de la propriété de la terre et le fait qu’elle puisse appartenir à celles et ceux qui la travaillent est un enjeu considérable de l’Histoire politique de notre pays et du monde. L’un des ressorts de la Révolution française reposait sur cette question majeure. La lutte des paysan·ne·s sans-terre d’Amérique latine comme l’accaparement des terrains agricoles par la Chine et les puissances occidentales en Afrique en sont l’expression criante aujourd’hui. Si notre tradition et notre Histoire envisagent la possession de terres principalement de façon individuelle, l’imaginaire politique qui existe à Notre-Dame-des-Landes et ailleurs prend appui sur un constat critique du rapport à la propriété pour expérimenter des propositions nouvelles.

Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. Dès lors, les écologistes et toutes celles et tous ceux qui réfléchissent à une autre relation à l’agriculture et aux sols envisagent légitimement, à côté de la propriété individuelle, une propriété collective, partagée, de la terre, ainsi qu’un travail lui aussi appréhendé collectivement.

Depuis des décennies, le labeur des agricultrices et des agriculteurs n’a cessé de s’alourdir pour des revenus de plus en plus faibles. Isolé·e·s les un·e·s des autres, les agriculteurs·trices de notre pays souffrent et meurent. À Notre-Dame-des-Landes, l’intervention brutale des forces de l’ordre ne vise pas à faire respecter le droit. Elle vise à combattre une idée : celle d’un autre rapport à l’agriculture, en rupture avec le modèle productiviste.

Dans un monde globalisé, où la concurrence et l’individualisme font rage en délitant les liens de solidarité humaine et en détruisant l’environnement, les paysan·ne·s de Notre-Dame-des-Landes sèment les graines d’un autre monde. Les défricheuses et les défricheurs de ce nouveau monde désirable n’ont pas toujours raison, mais celles et ceux qui les moquent, les oppriment et qui les blessent ont toujours tort. En accordant la possibilité de conventions d’occupation collective des terres de Notre-Dame-des-Landes à celles et ceux qui en font la demande, ce que le droit permet, le Gouvernement n'abandonnerait pas son autorité. Au contraire, il ferait la preuve de sa disponibilité et de son ouverture à une approche différente de l’agriculture.

La ferme des 100 noms est tombée mais son imaginaire, celui qui s’est épanoui à Notre-Dame-des-Landes, est porteur d’espoir. Nous sommes convaincu·e·s que cet espoir est notre avenir. Il n’est pas trop tard. Nous réclamons le droit de laisser vivre cette alternative pour transformer en réalité le rêve d’une agriculture ancrée sur les territoires, respectueuse du vivant et des paysan.ne.s.

Nous affirmons que cette France qui s’investit contre les grands projets destructeurs et dangereux sait et peut construire un monde meilleur.

Nous demandons l’arrêt immédiat des interventions policières et l’ouverture d’un vrai dialogue qui permette dans le respect de la loi l’élaboration de conventions individuelles, mais aussi collectives, d’occupation des terres de Notre-Dame-des-Landes.

Pour signer cette tribune en ligne : https://100noms.typeform.com/to/TO4gy9

Premier·e·s signataires :
Arnaud Apoteker, tribunal Monsanto; Isabelle Attard, ancienne députée; Clémentine Autain, députée du groupe LFI; Geneviève Azam, Attac; Laurence Abeille, ancienne députée écologiste;

Pénélope Bagieu, autrice de bandes dessinées; Guillaume Balas, co-coordinateur de Génération.s; Clotilde Bato, directrice de SOL-asso; Michel Bauwens, fondateur de la Fondation P2P; Julien Bayou, porte-parole EELV; Sandrine Bélier, ancienne députée européenne; Esther Benbassa, sénatrice EELV; Fatima Benomar, Les effrontées; Michel Bérhocoirigoin, paysan, co-fondateur de la Confédération paysanne; Martine Billard, secrétaire nationale à l’écologie du PG; Christophe Bonneuil, historien, CNRS; Dominique Bourg, philosophe; Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris; Pauline Boyer, porte-parole Alternatiba; Sophie Bringuy, conseillère régionale EELV des Pays-de-Loire; Sophie Bussière, avocate au barreau de Bayonne et militante écologiste;

Valérie Cabanes, essayiste et juriste; Alice Canabate, vice-Présidente de la FEP; Aymeric Caron, journaliste, écrivain, porte-parole du REV; Damien Carême, maire EELV de Grande-Synthe; Naima Charai, Génération.s; Pascal Cherki, Génération.s; Philippe Colomb, président d'Agir pour l’environnement; Eric Coquerel, députée du groupe LFI; Maxime Combes, économiste; Hugo Cordier, co-secrétaire des Jeunes écologistes; David Cormand, secrétaire National EELV; Christel Cournil, juriste et enseignante chercheuse; Thomas Coutrot, porte-parole d’Attac;

Célia Da Costa Cruz, co-secrétaire des Jeunes écologistes; François Damerval, Cap21; Laurence de Cock, professeure et chercheuse; Jean-Paul Deléage, fondateur et directeur de la revue Ecologie & Politique; Estelle Deléage, rédactrice en chef de la revue Ecologie & Politique; Karima Delli, députée européenne EELV; Stéphane Delpeyrat, Génération.s; Florence Denier-Pasquier, membre du CESE; Marie Desplechin, auteure; Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice; Cyril Dion, auteur-réalisateur; Clémence Dubois, 350.org; Michel Dubromel, Président de FNE; François Dufour, conseiller régional, syndicaliste et faucheur volontaire; Marc Dufumier, agronome; Julien Durand, porte-parole de l’ACIPA, paysan;

Quentin Erades, lauréat de l'Institut De l'Engagement; Txetx Etchevery, Bizi;

David Flacher, Porte-parole d’Utopia; Charles Fournier, vice-Président EELV de la Région Centre Val-de-Loire; Bastien François, président de la Fondation pour l'écologie politique;

Roccu Garoby, autonomiste corse, membre du PNC; François Gemenne, chercheur en sciences politiques, Université de Liège, professeur à SciencesPo.; Guillaume Gontard, sénateur divers gauche de l’Isère; Gueraud Guibert, président de la Fabrique écologique;

Emilie Hache, philosophe; Nicolas Haeringer, 350.org; Benoit Hamon, Génération.s;

Nicolas Imbert, directeur de Green Cross France;

Yannick Jadot, député européen EELV; Mila Jeudy, Génération.s; Eva Joly, députée européenne EELV; Samuel Juhel, Président du REFEDD; Jean-François Julliard, Délégué général de Greenpeace France;

Stéphen Kerckhove, Délégué général d’Agir pour l’environnement;

Annie Lahmer, conseillère régionale EELV; Jean-Charles Lallemand, secrétaire général du PG; Aurore Lalucq, porte-parole de Génération.s; Philippe Lamberts, président du groupe Verts – ALE au Parlement Européen; Frédéric Lamblin, directeur d'une association agricole et environnementale; Mathilde Larrere, historienne; Sarah Legrain, Secrétaire nationale aux relations extérieures du PG; René Louail, paysan; Benjamin Lucas, Génération.s; Roxane Lundy, Génération.s; Alexandra Lutz, présidente de CliMates;

Sébastien Mabile, avocat; Noel Mamère, journaliste et militant écologiste; Dominique Méda, sociologue et philosophe; Jean-Luc Mélenchon, président du Groupe LFI à l'Assemblée nationale; Guillaume Meurice, humoriste; Benoit Monange, directeur de la Fondation de l'Ecologie Politique; Claire Monod, co-coordinatrice Génération.s; Corinne Morel-Darleux, conseillère régionale AURA LFI; Cécile Muret, secrétaire Nationale de la Confédération Paysanne;

Franck Nicolon, conseiller régional EELV Pays-de-Loire;

Jon Palais, ANV-Cop 21; Mathilde Panot, députée du groupe LFI; Corine Pelluchon, philosophe, professeur à l'Université Paris-Est-Marne-La-Vallée;

Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération Paysanne; Eric Piolle, maire EELV de Grenoble; Emmanuel Poilane, directeur de France Liberté; Thomas Porcher, économiste; Loïc Prud'homme, député du groupe LFI;

François Ralle Andreoli, conseiller consulaire; Sandra Regol, porte-parole EELV; Michèle Rivasi, députée européenne EELV; Marie-Monique Robin, journaliste d'investigation et réalisatrice; Barbara Romagnan, militante écologiste et féministe; Clément Rossignol Puech, maire de Bègles;

Laetitia Sanchez, conseillère régionale EELV de Normandie; Olivier de Schutter, ancien rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation de l’ONU et Président de IPES Food; Arnaud Schwartz, membre du CES européen; Pierre Serne, conseiller régional EELV; Danielle Simonet, coordinatrice du PG; Pierre Stoeber, EELV;

Claude Taleb, conseil Régional écologiste de Normandie; Laura Slimani, Génération.s;

Annie Thebaud-Mony, association Henri Pezerat; Nicolas Thierry, vice-président du Conseil Régional Nouvelle Aquitaine, EELV; Marie Toussaint, présidente de Notre affaire à tous;

François Veillerette, militant écologiste; Véronique Vinet, conseillère régionale EELV d’Occitanie; Vincent Verzat, youtubeur; Denis Vicherat, directeur des éditions Utopia; Patrick Viveret, philosophe...

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12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 09:01
« Les cobayes lancent l’alerte » : appel pour la marche « vérité et justice » pour la santé environnementale

Malbouffe, pollutions, exposition aux produits toxiques,  lobbys : BASTA !

Alors que les conquêtes sociales, l’hygiène, les progrès médicaux et l’accès à la nourriture pour tous ont fait progresser l’espérance de vie tout au long du 20eme siècle, on voit celle-ci stagner ou reculer dans les pays dits développés occidentaux.

 Maladies cardio-vasculaires, cancers, maladies respiratoires, obésité, diabète, troubles du comportement et de la reproduction, maladies neuro-dégénératives, maladies liées à des accidents médicamenteux et vaccinaux… la quasi-totalité des pays est confrontée à une épidémie de maladies chroniques. C’est le constat fait par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Face à cette crise sanitaire, les politiques de santé restent figées sur le modèle ancien, qui mise tout sur le soin et a oublié que les maladies ont des causes. Le facteur environnemental est le grand oublié de la santé publique.

Car nos modes de vie sont en cause ainsi que notre modèle libéral – productiviste avec ses rejets d’industries chimiques (pesticides, OGM, résidus médicamenteux, plastiques, nanomatériaux…) et nucléaires faisant pénétrer des produits étrangers à la vie dans le cycle de l’air, de l’eau, de la vie, dans nos organes vitaux… Nous ne pouvons plus accepter d’être pris avec notre écosystème pour une gigantesque poubelle à ciel ouvert. S’ajoute à cela le poids des lobbys et de l’argent qui fait primer souvent en matière de santé publique les intérêts de l’industrie sur l’intérêt général.

La crise sanitaire est bel et bien la 4eme crise écologique à côté de la crise climatique, de l’extinction de la biodiversité et de l’épuisement des ressources naturelles. Comme les autres, cette crise est créée par l’homme.

Or, aujourd’hui, 2 décès sur 3 dans le monde sont le fait des maladies chroniques (maladies cardio-vasculaires ou respiratoires, cancers, diabète…). En France, environ 15 millions de personnes, soit près de 20% de la population, sont atteints de maladies chroniques ; ces maladies progressent 4 à 5 fois plus vite que le changement démographique. Le cancer touche 1 homme sur 2 et 2 femmes sur 5. Il y a eu un doublement des diagnostics de cancers depuis 30 ans. 115 personnes meurent chaque jour à cause des particules fines émises par le diesel en France et la pollution atmosphérique est responsable de 6 mois d’espérance de vie en moins et cause 48000 décès par an. S’ajoute à cela une forte progression depuis 10 ans des AVC et de l’insuffisance cardiaque ; une augmentation du diabète ; l’obésité a plus que doublé chez l’adulte et forte progression des maladies d’Alzheimer, de Parkinson et de maladies émergentes est à noter. Enfin, il faut signaler l’apparition de maladies infectieuses inhabituelles sous nos climats ; les pubertés précoces de plus en plus fréquentes et l’influence de l’environnement sur la baisse de la fertilité humaine. Les coûts générés font imploser les systèmes de santé.

Face à cette catastrophe sanitaire galopante, un collectif d’associations et d’ONG a décidé à l’initiative de notre eurodéputée Michèle Rivasi de mobiliser l’ensemble des citoyens dans le cadre d’une grande marche autour des victimes de la dégradation de notre environnement et solidaires avec elle pour les citoyens condamnés au sursis si rien ne se passe.

Entre le premier mai et le 30 juin, nous participerons à la Marche vérité et justice pour la santé environnementale pour :

  • rendre visibles les personnes isolées et victimes dans leur travail, dans leur lieu de vie, dans leur alimentation, dans leurs soins… de produits toxiques, de produits de santé dangereux, de polluants dangereux pour la santé et les générations futures ;
  • créer un mouvement citoyen et un éveil des consciences contre l’inertie des pouvoirs publics en matière de santé environnementale ;
  • réclamer la justice, la réparation, la reconnaissance des responsabilités et l’indemnisation des victimes de la crise sanitaire et environnementale avec l’inversion de la charge de la preuve (ce doit être à l’industriel de prouver l’innocuité de son produit et non à la victime de prouver le lien de causalité entre sa pathologie et le facteur de pollution ou le produit toxique) ;
  • exiger une recherche, une expertise et une justice indépendante et refonder toutes les méthodes d’évaluation et d’homologation par un panel indépendant de chercheurs universitaires avec un contrôle citoyen ;
  • renforcer la protection de la santé au travail en rétablissant les CHSCT et des instances de contre-pouvoirs, d’alerte et de la contre-expertise pour les salariés.

Nous marcherons donc pour exiger une révolution de notre système de santé publique. Après les progrès réalisés à la fin du 19eme siècle pour vaincre les grandes maladies infectieuses (choléra, typhus, tuberculose…), il faut stopper les épidémies modernes en revisitant notre système de santé publique et en intégrant des politiques de santé environnementale. Enfin !

 Nous marcherons pour en finir avec la capture scientifique et réglementaire des lobbys industriels sur nos vies.

 Nous marcherons pour exiger le droit fondamental à un air sain, une alimentation saine, un environnement sain et la préservation de la santé de tous.

Car, nous ne voulons plus mourir empoisonné.e.s, asphyxié.e.s, intoxiqué.e.s…

REFUSONS D’ETRE DES COBAYES !

RDV à Fos-sur-Mer le 1er mai à 17h, tout au long de la route, à Paris le 30 juin à 11h et les 1er et 2 juillet à Bruxelles.

Citoyens, Signez l’appel - Les associations qui souhaitent signer l’appel peuvent nous envoyer un mail pour signer à: contact@marchedescobayes.org  

Europe Écologie Les Verts soutient cette marche citoyenne des victimes empoisonnées dans leur travail, asphyxiés par l’air qu’elles respirent, intoxiquées par ce qu’elles mangent… EÉLV souhaite la réussite de cette marche, mobilise les militants dans les régions où passe la marche pour qu’il s’implique dans l’organisation logistique (accueil, restauration, manifestations…) de la marche et des étapes et s’associe à la manifestation nationale du 30 juin à Paris.

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