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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 10:56

EDF a constaté des défauts de soudure sur la tuyauterie de l’EPR de Flamanville (Manche). Le réacteur de troisième génération accumule les retards. D’après Jean-Michel Bezat le 10 avril 2018 pour Le Monde. Lire aussi Greenpeace veut débrancher l’EPR, Le talon d’Achille du nucléaire français, Anomalies en série dans les centrales nucléaires et Pour l'arrêt des nucléaires civils et militaires ... avant qu'il ne soit trop tard.

L’EPR de Flamanville devait initialement être mis en service en 2012. AFP/Charly Triballeau

L’EPR de Flamanville devait initialement être mis en service en 2012. AFP/Charly Triballeau

Electricité de France (EDF) a annoncé, mardi 10 avril, que des « écarts de qualité dans la réalisation des soudures » par rapport à son cahier des charges avaient été détectés sur l’EPR de Flamanville (Manche) et que des contrôles étaient en cours. Le groupe a déclaré cet événement « significatif » à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et ajoute que ces défauts pourraient l’obliger à reporter une fois de plus le démarrage du réacteur de troisième génération conçu par Framatome (ex-Areva NP) et l’allemand Siemens.

Jusqu’à présent, EDF avait programmé le chargement du combustible (pastilles d’uranium enrichi) à la fin du quatrième trimestre 2018 pour une mise en service commerciale dans le courant de 2019. La construction du deuxième EPR lancé dans le monde – après celui d’Olkiluoto en Finlande – a débuté en 2007 et son lancement était initialement prévu en 2012.

Le dérapage du calendrier, pour des problèmes de béton et de ferraillage – et surtout d’anomalies dans la composition de l’acier du couvercle et du fond de la cuve – a entraîné une dérive financière du projet : de 3,5 milliards d’euros au début, la facture a grimpé à 10,5 milliards (hors intérêts intercalaires). EDF n’exclut pas que ce nouveau retard entraîne un nouvel alourdissement de la facture.

C’est un très mauvais signal au moment où le groupe dirigé par Jean-Bernard Lévy finalise une négociation avec l’Inde pour la vente de six EPR. Dans les premiers échanges à la Bourse de Paris, le titre EDF perdait environ 1,6 %.

Infographie Le Parisien

Infographie Le Parisien

Contrôles additionnels de 150 soudures

Ces « écarts de qualité » portent sur les soudures sur les tuyauteries du circuit secondaire principal, qui conduit la vapeur des générateurs à la turbine. Elles avaient pourtant été contrôlées par le groupement des entreprises chargées de la fabrication du circuit, qui « les avaient déclarées conformes au fur et à mesure de leur réalisation », indique EDF. Quelque 150 soudures vont subir des contrôles additionnels avant les actions correctives qu’il proposera à l’ASN. Un travail qui doit s’achever « d’ici fin mai ».

« Sur certaines soudures, nous ne sommes pas conformes à l’attendu standard, y compris vis-à-vis du code de construction nucléaire, et donc cela veut dire que ces soudures devraient être reprises pour être remises à niveau », a précisé Laurent Thieffry, le directeur du projet EPR de Flamanville. Chaque contrôle par ultrason nécessite un binôme d’opérateurs et prend en moyenne un ou deux jours par soudure, a-t-il ajouté.

EDF avait déjà annoncé, le 22 février, des écarts de qualité. Mais il avait alors précisé que « ces tuyauteries sont bien conformes à la réglementation des équipements sous pression nucléaire. » Toutefois, les soudures auraient dû correspondre au standard « haute qualité », plus exigeant que la réglementation en vigueur, avait expliqué au Monde une porte-parole du groupe. Concrètement, EDF avait défini pour la construction de l’EPR cette nouvelle norme de qualité, et n’a pas été en mesure de la faire respecter par ses sous-traitants.

« Cet événement ne remet pas en cause le planning du projet », assurait-on alors chez EDF. Le groupe avait eu tendance à minimiser l’événement. Son analyse n’était pas partagée par l’ASN. Son président, Pierre-Franck Chevet, avait estimé, devant les députés de la commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité nucléaire, que le sujet était « sérieux ».

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5 avril 2018 4 05 /04 /avril /2018 09:04

Plusieurs départements de gauche vont consulter leurs habitants au sujet de la mesure phare de Benoît Hamon en 2017 avant une éventuelle expérimentation en 2019. Par Bérangère Lepetit le 4 avril 2018 pour Le Parisien. Lire aussi Revenu garanti, l’invité-surprise, Reprenons le mouvement de réduction du temps de travail et instaurons le revenu universel d'existence, Le revenu garanti et ses faux amis et Comprendre le Mouvement Français pour un Revenu de Base.

L’idée actuelle des départements serait de verser entre 545 euros et 845 euros par mois à chaque individu. LP / LUCAS BARIOULET

L’idée actuelle des départements serait de verser entre 545 euros et 845 euros par mois à chaque individu. LP / LUCAS BARIOULET

La Gironde avait initié le mouvement en 2016. Aujourd’hui, ce sont treize départements socialistes*, parmi lesquels la Seine-Saint-Denis, l’Aude ou la Nièvre, qui veulent expérimenter sur leur territoire le revenu de base, versement mensuel unique versé sans condition de ressources à toute la population.

Première étape : le lancement d’une grande enquête citoyenne en ligne en partenariat avec le groupe de réflexion Jean-Jaurès auprès de 8 millions d’habitants jusqu’en juin. Un même échantillon de population qui pourrait ensuite servir de cobaye pour toucher d’ici 2019, pour la première fois en France, ce filet de sécurité. Explications.

Le revenu de base, qu’est-ce que c’est ?

L’idée actuelle des départements serait de verser entre 545 euros et 845 euros par mois « à chaque individu, jeune ou moins jeune, du SDF au PDG », résume André Viola, président (PS) du conseil départemental de l’Aude. Aux internautes consultés de déterminer l’âge minimum - 18,21 ou 25 ans - des bénéficiaires. Cette somme mensuelle unique serait versée sans conditions de ressources ni d’emploi, et de façon dégressive selon les revenus de chacun. L’idée : remplacer ou être fusionné avec les minimas sociaux comme le RSA, jugé peu efficace par ces élus. Car plus de 30 % de ceux qui ont droit au RSA n’en feraient pas la demande. « Les agriculteurs, par exemple, refusent de le demander pour des raisons culturelles », déplore Jean-Luc Gleyze, le président (PS) du conseil départemental de Gironde.

A quoi ça sert ?

« L’idée est d’apporter un complément de revenu aux personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté (NDLR percevant moins de 846 euros par mois). Aider ceux qui restent au bord du chemin n’est pas incompatible avec la valeur travail », défend Jean-Luc Gleyze, le chef de file des élus PS à l’origine de l’initiative. Les élus intéressés citent les artisans, les agriculteurs mais aussi les personnes en reconversion professionnelles ou les jeunes précaires. Nombreuses seraient les personnes intéressées, tous profils confondus. Sur les modalités de versement des aides, de nombreuses questions restent en suspens mais la Caisse nationale d’allocation familiale (Cnaf) pourrait notamment gérer les fonds.

Une expérience en France, quand et comment ?

C’est là que le bât blesse. Le revenu de base est aujourd’hui testé dans de nombreux pays comme la Finlande, depuis le 1er janvier 2017. Mais en France, la loi ne permet toujours pas aux collectivités locales de lancer une telle expérience. Dans le cadre de la réforme constitutionnelle voulue par Emmanuel Macron, un volet concerne l’assouplissement du « droit à l’expérimentation » pour les collectivités locales. L’objectif de ces élus : proposer une loi d’ici l’été pour commencer l’expérience au premier semestre 2019. Avant cette date, l’ensemble des résultats de l’enquête en ligne seront analysés début juin à Bordeaux.

* Treize départements veulent expérimenter : La Gironde, l’Ardèche, l’Ariège, l’Aude, la Dordogne, le Gers, la Haute-Garonne, l’Ille-et-Vilaine, les Landes, le Lot-et-Garonne, la Meurthe-et-Moselle, la Nièvre, la Seine-Saint-Denis.

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 16:22

POLLUTIONS, ENVIRONNEMENT, SANTÉ                 Quelles mesures écologistes pour vivre mieux ?              Samedi 7 avril - 14h30 - 18h - Hotel de ville de Montreuil - M° Mairie de Montreuil - Entrée libre

Quelles mesures écologistes pour vivre mieux ? Samedi 7 avril, 14h30
Quelles mesures écologistes pour vivre mieux ? Samedi 7 avril, 14h30
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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 09:04

Hors pesticides, point de salut ? Malgré les risques qu’elles font peser sur la santé et l’environnement, ces substances sont massivement utilisées en France. S’en passer est possible, mais cela suppose de repenser le modèle agricole. D’après Alexandra Chaignon le mercredi 28 Mars 2018 pour l'Humanité.

La France est-elle prête pour une cure de désintoxication des pesticides ?

« Je ne suis pas encore sorti des pesticides, mais j’en utilise beaucoup moins qu’avant », prévient d’emblée Gilles Menou. Céréalier à Ver-lès-Chartres, en Eure-et-Loir, porte-parole de la Confédération paysanne du Centre, ce paysan de 56 ans pratique ce qu’on appelle du « bas niveau d’intrants (engrais et pesticides – NDLR) » depuis quelques années. Le glyphosate ? Il ne veut plus en entendre parler. « Il y a deux ans, j’ai supprimé cet herbicide. J’ai aussi réduit l’utilisation des fongicides par deux. Et je ne mets que 80 % de la dose homologuée », précise-t-il. Le cas de ce paysan illustre parfaitement l’état d’esprit dans lequel se trouve une bonne partie des agriculteurs, « qui s’interrogent énormément ».

« Une simple optimisation de l’utilisation des produits phytosanitaires ne suffit pas »

S’affranchir des pesticides, partiellement ou totalement, telle est la question qui se pose aujourd’hui. Un défi majeur pour un secteur qui en est totalement dépendant. Avec 75 287 tonnes de produits phytosanitaires utilisés chaque année, la France se situe au 8e rang européen par hectare des consommateurs d’intrants chimiques. « Après-guerre, on a organisé les choix de sélections variétales dans l’objectif de nourrir le pays. Grâce à cela, ainsi qu’aux intrants et à l’agrochimie, on a multiplié les rendements par trois en quelques décennies. Mais on a vu les limites de ce système vers la fin des années 1990, avec des cas de pollution des eaux », rappelait Philippe Mauguin, président de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), à l’AFP lors du dernier Salon de l’agriculture. Depuis plusieurs années, le pays essaye de corriger le tir. En vain. Leur quantité a augmenté de 5 % en cinq ans, au lieu de réduire de 50 % (lire ci-contre).

« Une simple optimisation de l’utilisation des produits phytosanitaires ne suffit pas », reconnaît le président de l’Inra, pour qui il n’existe « pas de solution miracle ».« L’enjeu, c’est d’entraîner tous les agriculteurs conventionnels vers une réduction de l’usage des pesticides », analyse Nicolas Munier-Jolain, ingénieur de recherche à l’Inra, lequel a cependant « du mal à imaginer qu’ils puissent s’en affranchir totalement ». « Actuellement, on ne peut pas s’en passer, corrobore Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Mais il faut impérativement prendre le chemin de la sortie. Et pour commencer, s’attaquer aux produits les plus dangereux. »

C’est d’ailleurs la recommandation du rapport sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques remis au gouvernement fin 2017 par l’Igas (Inspection générales des affaires sociales), qui préconise de se concentrer sur les pesticides les plus dangereux, soit une vingtaine de substances. Pour rappel, actuellement, les pesticides classés toxiques, cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques représentent encore 23 % des ventes… Ce qui implique de changer tout le système de production agricole de façon radicale. Et, sur ce point, tout le monde est d’accord. Y compris la FNSEA, qui vient de présenter son propre plan, même si, pour certains, celui-ci s’apparente à une stratégie de communication. Quoi qu’il en soit, la volonté de répondre aux attentes des consommateurs et des agriculteurs, de plus en plus conscients des dangers, paraît réelle.

Reste à lever les freins, entre autres économiques. Et pour cause : dès que l’on parle diminution de pesticides, les agriculteurs, aux revenus souvent très fragiles, répondent « perte de rentabilité ». Une équation battue en brèche par l’Inra. L’expérience des fermes expérimentales Dephy (réseau qui a pour objectif de concevoir, tester et évaluer des systèmes de cultures permettant de réduire l’utilisation des pesticides) montre que l’on peut réduire l’usage des pesticides sans affecter la productivité à l’échelle de la ferme. « Les agriculteurs peuvent maintenir leur rendement dans 94 % des cas et leur revenu dans 78 % des cas en utilisant un tiers de pesticides en moins que la moyenne », rappelle Nicolas Munier-Jolain, coauteur d’une étude sur le sujet.

Gilles Menou en a fait l’expérience sur sa ferme : « Je me suis rendu compte que la marge la plus importante n’est pas forcément liée au rendement le plus fort. Au niveau économique, je ne vise plus le rendement maximal, mais un bon rendement. Plutôt que d’atteindre les 90 quintaux en blé, j’en espère un peu moins, aux alentours des 80 quintaux. Ce sont les derniers quintaux qui coûtent généralement le plus cher. Ainsi, on fait des économies sur les intrants. »

Mais cette transition n’est réalisable que si elle s’accompagne d’une adaptation des pratiques agricoles, lesquelles passent par des mesures agronomiques : diversification et rotation des cultures, introduction de variétés plus résistantes aux maladies, désherbage mécanique, travail superficiel du sol, recours au gel hivernal des couverts intermédiaires, etc. « J’ai appris à observer la nature et à travailler avec elle », résume Gille Menou. « J’ai supprimé les raccourcisseurs (substances qui permettent d’avoir des plants plus courts et des tiges plus solides – NDLR) et travaillé des semences plus rustiques. J’ai allongé les rotations et diversifié mes cultures : depuis quelques années, j’ai remplacé les protéagineux, économiquement peu intéressants, par de l’orge de printemps, ce qui a ramené de la biodiversité sur l’exploitation », détaille le céréalier.

Parmi les solutions de substitution, l’Inra plaide aussi pour l’augmentation du biocontrôle, c’est-à-dire la neutralisation des agresseurs par leurs prédateurs, en général des insectes, ou encore les techniques innovantes (lasers, robots intelligents). Enfin, il y a bien sûr l’agriculture biologique, qui apparaît comme le dispositif le plus efficace pour permettre aux agriculteurs de valoriser leurs efforts de réduction d’usage des pesticides, comme le souligne le rapport de l’Igas. « L’animateur chargé du bio à la chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir n’a jamais eu autant de rendez-vous », reprend Gille Menou. « Même les plus performants s’interrogent… Si j’avais dix ou quinze ans de moins, je passerais en bio sans hésitation, avoue d’ailleurs le céréalier de Ver-lès-Chartres. Mais aujourd’hui, cela me demanderait trop d’investissement. »

« L’idée, c’est d’arriver à faire progresser tout le monde. On peut aller rapidement à 30 % d’agriculture biologique, mais cela ne servira à rien si l’on continue à utiliser des pesticides dans 70 % des productions », estime François Veillerette, le président de l’association Générations futures. Bien sûr, il y a des obstacles. L’Inra a évalué 10 % à 20 % d’impasses techniques, essentiellement dans l’agriculture de conservation des sols, cette pratique qui consiste à supprimer le labour, ce qui permet de stocker le carbone dans les sols, mais nécessite une utilisation de glyphosate une fois par an pour nettoyer les sols avant semis. Sans parler des agricultures menées dans des conditions difficiles (zones de montagne, érodées, etc.). Autre difficulté : la structure même du marché des pesticides. Les coopératives qui conseillent les agriculteurs tirent aussi des revenus substantiels de la vente des pesticides, ce qui pose un sérieux problème de conflit d’intérêts. Le gouvernement envisage de séparer les activités de conseils techniques et de vente de pesticides. Mais une telle mesure sera-t-elle mise en œuvre ?

« Faire évoluer notre modèle agricole, cela veut dire changer de modèle économique »

De l’avis de l’Igas, nombre de ces changements sont « compatibles avec une réduction de la dépendance aux herbicides, au-delà du seul glyphosate ». Mais cela implique de créer les conditions économiques de ce changement, singulièrement par le biais des financements publics nationaux, des mesures incitatives promulguées via la PAC (politique agricole commune) et d’une politique de soutien et de développement à la filière bio.

« Faire évoluer notre modèle agricole, cela veut dire changer de modèle économique, dont les pesticides sont un outil de productivité : aujourd’hui, on sécurise les récoltes et les revenus en pulvérisant. Mais, la meilleure assurance de revenus, c’est l’organisation des prix », martèle Laurent Pinatel, qui remarque qu’« Emmanuel Macron prône une agriculture vertueuse, mais les arbitrages du ministère de l’Agriculture, pour l’instant, vont dans un sens contraire ». Les plans de filière élaborés pendant les états généraux de l’alimentation ne disent rien quant à la réduction des phytosanitaires. Ce changement induit pourtant des accompagnements « pour aider les agriculteurs à trouver de nouveaux débouchés », précise Nicolas Munier-Jolain. « Pour sortir de pesticides, il faut une volonté politique. Or, les moyens financiers ne sont pas là », regrette Gilles Menou.

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13e semaine pour les alternatives aux pesticides

« Après le scandale de la réhomologation du glyphosate, de la mise sur le marché d’insecticides (…) dangereux pour les abeilles et alors que les victimes des pesticides se font chaque jour plus nombreuses, il est impératif pour nos organisations de démontrer qu’il est possible et urgent de promouvoir les alternatives aux pesticides, c’est à cela que sert cette semaine citoyenne », déclare François Veillerette, porte-parole de Générations futures, à l’origine de cette initiative.

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31 mars 2018 6 31 /03 /mars /2018 09:05

Pour le physicien Bernard Laponche, cofondateur de l’association d’experts Global Chance, il faut laisser à la science le temps de trouver une meilleure alternative que le stockage géologique. Un entretien avec notre écologiste spécialiste de l’énergie préféré, recueilli par Pierre Le Hir le 28 mars 2018 pour Le Monde.                   Lire aussi Déchets nucléaires : l’État doit cesser de mentir, L’Autorité de sûreté nucléaire souligne le risque d’incendie au centre de stockage radioactif de Bure et Éboulement meurtrier sur le site d’enfouissement de déchets nucléaires de Bure.

Bernard Laponche

Bernard Laponche

Le gouvernement a annoncé un nouveau débat national sur la gestion des déchets radioactifs, en particulier ceux, à haute activité et à vie longue, qu’il est prévu d’enfouir dans un Centre industriel de stockage géologique (Cigéo), à Bure, dans la Meuse. Polytechnicien, docteur ès sciences en physique des réacteurs nucléaires et docteur en économie de l’énergie, ancien directeur général de l’Agence française pour la maîtrise de l’énergie (aujourd’hui Ademe) et cofondateur de l’association de scientifiques Global Chance, Bernard Laponche est l’un des experts les plus reconnus dans son domaine. Il estime que, pour les générations futures, le stockage des déchets radioactifs dans la croûte terrestre est un risque « inacceptable ».

La France a décidé d’enfouir à grande profondeur ses déchets les plus radioactifs. Pour le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Pierre-Franck Chevet, c’est « le seul choix responsable ». Pour le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, « la moins mauvaise solution ». Vous ne partagez pas cet avis. Pourquoi ?

L’opinion générale sur la gestion des déchets radioactifs produits par l’industrie électronucléaire est qu’il n’existe pas de solution satisfaisante. Certains prétendent alors que le projet Cigéo d’enfouissement en profondeur serait la solution la moins mauvaise. En réalité, parce qu’elle est périlleuse, définitive et irréversible, c’est la pire des solutions.

Les avis de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire [IRSN] et de l’ASN, comme les travaux d’experts indépendants, soulèvent des questions fondamentales sur la faisabilité du projet : risques d’incendie ou d’explosions liés à la production d’hydrogène, infiltrations d’eau, difficulté voire impossibilité en cas d’accident de récupérer un colis de déchets présentant un défaut, etc. Sans parler des déchets contenus dans des colis en bitume, jusqu’ici prévus pour être stockés dans Cigéo et qui seraient certainement, in fine, interdits du fait du risque d’incendie.

A cela s’ajoutent les questions de sécurité du site par rapport à des agressions externes malveillantes, alors que se déroulerait en parallèle la construction de cet immense labyrinthe de galeries et d’alvéoles d’une emprise au sol d’au moins 15 km2, équipé de bouches d’aération réparties sur tout ce territoire, et la réception et l’enfouissement de colis radioactifs. Cela représente le fonctionnement de deux installations nucléaires de base, l’une en surface et l’autre à 500 mètres de profondeur. La vulnérabilité d’un tel ensemble est évidente.

L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), chargée de ce projet, assure que le stockage sera réversible pendant au moins cent ans. N’est-ce pas une garantie ?

La loi du 25 juillet 2016 indique que « la réversibilité est la capacité, pour les générations successives, soit de poursuivre la construction puis l’exploitation des tranches successives d’un stockage, soit de réévaluer les choix définis antérieurement et de faire évoluer les solutions de gestion ». Les exigences paraissent claires mais en réalité la réversibilité serait limitée à la période d’exploitation – un peu plus d’un siècle, ce qui représente un très petit nombre de « générations futures » – et la récupérabilité, possibilité de récupérer des colis de déchets, n’est imposée formellement dans la loi que pendant les premières années.

La vérité est que l’irréversibilité du stockage a été admise dès le choix de l’enfouissement des déchets en couche d’argile. Il était clair qu’il serait impossible de « revenir en arrière » ou de changer de stratégie de gestion des déchets une fois la fermeture de l’installation effectuée. Ce choix est de fait imposé aux générations futures, sans espoir de retour, même si une solution plus satisfaisante était proposée par la recherche scientifique.

Faut-il alors stopper le projet Cigéo ?

L’Andra propose, comme première étape du fonctionnement de Cigéo, une « phase industrielle pilote » d’une dizaine d’années, préalable au déploiement du projet global. Comment peut-on admettre que l’on décide de construire une installation colossale, qui devrait contenir les déchets de haute activité et à vie longue résultant de tout le programme nucléaire français depuis son origine – un projet absolument unique au monde, les autres projets du même type à l’étranger étant en couche granitique –, sans avoir réalisé et testé auparavant un projet pilote indépendant ? Aucun ingénieur ne peut considérer comme raisonnable ce saut dans l’inconnu que représente l’enchaînement, sans aucun recul sérieux, d’une phase pilote et de la suite du projet.

Si l’on juge utile de poursuivre la voie de l’enfouissement profond, il est indispensable de construire et d’exploiter un pilote industriel, une « maquette de démonstration » du projet Cigéo – une galerie et quelques alvéoles par exemple – qui permette de tester dans des conditions réelles, y compris avec chargement de déchets radioactifs, non seulement toutes les opérations prévues dans le projet mais aussi les réponses à des situations accidentelles et surtout l’évolution du système de stockage sur une durée suffisante, de l’ordre de cinquante à cent ans. La décision de la réalisation éventuelle d’une installation de stockage de la taille envisagée pour Cigéo ne serait prise qu’après la réalisation et l’exploitation de ce pilote industriel.

Pour le gouvernement et le Parlement, il est inacceptable de laisser aux générations futures le fardeau de ces déchets…

La thèse selon laquelle on dispense ainsi les générations futures de se soucier des déchets radioactifs, parce que, d’une certaine façon, on va les faire « disparaître », est d’une grande hypocrisie : en les enfouissant de manière totalement irréversible dans la croûte terrestre, on impose en fait aux générations futures une pollution du sous-sol dont elles vont très probablement pâtir, sans aucun moyen d’agir.

A long terme, la présence d’eau dans la couche d’argile où est prévu le stockage entraînerait la corrosion des emballages de tous les types de déchets et conduirait à des fuites d’éléments radioactifs, parmi lesquels les éléments gazeux remonteraient à la surface. En outre, quels que soient les dispositifs imaginés pour informer nos lointains descendants de la présence d’un stockage de déchets nucléaires, il est à craindre que, dans quelques milliers d’années, subsiste seulement dans les mémoires qu’il y a, sous la terre, quelque chose qui pourrait bien être précieux et qu’il faudrait aller chercher.

A court et moyen termes, le plus grave est que si la France, « championne du nucléaire », adoptait cette solution d’enfouissement en profondeur, de nombreux Etats et entreprises s’empresseraient d’imiter son exemple. Ce « modèle » serait internationalement adopté pour faire disparaître non seulement des déchets radioactifs, mais aussi toutes sortes de déchets toxiques, dans des conditions incontrôlables. Et l’on se retrouverait en moins d’un siècle avec une croûte terrestre, où circule de l’eau, parsemée de trous soigneusement rebouchés, contenant des déchets extrêmement dangereux. C’est cette perspective qui est inacceptable. Le choix de faire ou ne pas faire un stockage profond est loin d’être seulement scientifique et technique : c’est un choix éthique, politique et citoyen.

Quelle alternative préconisez-vous ? Qu’espérez-vous de la science ?

Il n’existe pas à l’heure actuelle de solution satisfaisante pour la gestion de ces déchets. Celle qui paraît la moins mauvaise est l’entreposage à sec en subsurface, c’est-à-dire près de la surface. En Allemagne et surtout aux Etats-Unis, les combustibles usés, qui sont considérés comme des déchets puisqu’ils ne sont pas retraités comme en France pour fabriquer de nouveaux combustibles, sont placés dans des entreposages à sec de longue durée, après un séjour d’environ cinq ans dans les piscines de refroidissement situées près des réacteurs nucléaires.

L’option de la subsurface permet de stocker les combustibles usés dans des galeries creusées à faible profondeur, ou à flanc de colline, afin d’assurer la protection du site par rapport aux agressions extérieures. De la sorte, on facilite la surveillance et on garantit la possibilité d’extraire ces combustibles. Cette méthode pourrait s’appliquer également aux déchets de haute activité et à vie longue destinés à Cigéo, après une période de refroidissement nécessaire. Certes, il ne s’agit pas d’une solution définitive. Mais un tel entreposage, réversible et contrôlé, peut être assuré sur une durée de plusieurs siècles. On donne ainsi une marge de manœuvre à la recherche pour développer une ou des solutions satisfaisantes, et aux générations futures la possibilité de faire des choix.

A la logique du projet Cigéo – l’oubli et la confiance dans la nature et la technique comme garantie de sûreté – s’oppose la notion d’entreposage surveillé et pérennisé qui repose sur une attitude très différente. La notion d’évolution – évolution scientifique et technique, évolution des esprits et des sociétés – est au cœur de cette proposition alternative. On rejoint ainsi l’association de deux des voies proposées par la loi de 1991 relative aux recherches sur la gestion des déchets radioactifs : associer l’entreposage à moyen terme en subsurface à la poursuite de la recherche afin de réduire la nocivité et la durée de vie des déchets nucléaires les plus dangereux. Le fait qu’il n’existe pas de solution satisfaisante aujourd’hui ne justifie en aucune façon l’abandon de la voie de la recherche pour trouver une meilleure option que l’enfouissement.

Mais qui peut savoir si, dans deux ou trois siècles, il existera toujours une filière et une recherche nucléaires avec des moyens humains, techniques et financiers garantissant la sûreté d’un entreposage ?

De toute façon, il faudra surveiller et contrôler pendant au moins trois cents ans les stockages en surface qui existent déjà pour les déchets de faible activité : c’est la durée nécessaire pour que la décroissance de leur radioactivité permette de les considérer comme inoffensifs. Les compétences et les moyens devront donc être conservés pendant toute cette période.

Au vu des progrès de la recherche dans tous les domaines pendant les quatre-vingts ans qui nous séparent de la découverte de la fission nucléaire, je pense qu’il y a de fortes chances que la recherche soit capable de découvrir une solution satisfaisante pour la gestion des déchets bien avant deux ou trois siècles. En tout cas, le choix restera ouvert.

C’est aussi une question de moyens. Le coût de Cigéo est aujourd’hui chiffré à 25 milliards d’euros. L’Andra l’avait même estimé à 35 milliards d’euros. Poursuivre ce projet risque de conduire à des dépenses colossales et inutiles. Pour soutenir la recherche de façon volontaire et continue, l’engagement politique pourrait être pris d’utiliser une partie d’un tel budget pour maintenir des équipes de scientifiques dans un cadre international, car cela intéresse toutes les nations utilisant l’énergie nucléaire, à l’image des activités du CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire.

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30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 09:01

France Nature Environnement, la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (FRAPNA) et l’Association nationale pour la protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes (ANPCEN) ont obtenu gain de cause le 28 mars devant le Conseil d’Etat : le gouvernement a neuf mois pour prendre les textes d’application de la loi sur la pollution lumineuse. Un communiqué de la FNE le mercredi 28 mars 2018. Lire aussi Nuit sur la ville, en attendant le prochain Jour de la nuit le 13 octobre 2018.

Huit ans après, le Conseil d'Etat condamne l’Etat à agir contre la pollution lumineuse

Un problème sanitaire et environnemental qui prend de l’ampleur

Liée à l’essor de l’électricité, la pollution lumineuse est un phénomène très récent à l’échelle de l’apparition de la vie sur terre. La nécessité de prendre en compte les impacts des émissions de lumière artificielle sur le paysage, sur l’environnement, sur la santé et sur la biodiversité est reconnue depuis le Grenelle de l’environnement. Près de dix ans plus tard, l’Etat n’avait toujours pas pris les mesures réglementaires nécessaires.

Pourtant, le phénomène prend de l’ampleur. Selon une récente étude américaine, l’essor de l’utilisation des lampes LED a eu pour conséquence une amplification de la pollution lumineuse. En effet, celles-ci étant plus économiques, les agglomérations ont posé des éclairages là où il n’y en avait pas avant. De leur côté, les particuliers éclairent des endroits de leur propriété laissés auparavant dans l’obscurité et ont tendance à laisser les lumières allumées plus longtemps.

La plus haute juridiction juge que l’Etat a pris trop de retard

Après plusieurs alertes, les 3 associations ont d’abord saisi le ministre de l’écologie en 2016 puis, face au refus ministériel, le Conseil d’Etat en 2017 pour prendre les mesures nécessaires afin que cette affaire avance.

La décision du Conseil d’Etat du 28 mars 2018 donne satisfaction aux requérantes et ordonne à l’Etat d’agir dans un délai de neuf mois, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Il est urgent de protéger la biodiversité et notre santé de cette pollution

La prévention des pollutions lumineuses fait l’objet de dispositions législatives depuis la loi Grenelle 2 du 12 juillet 2010. L’Etat devait prendre ensuite des arrêtés précisant les prescriptions techniques pour chacune des catégories d'installations lumineuses. Cependant, aucun des ministres qui se sont succédés n’a publié les arrêtés précisant les conditions d'implantation et de fonctionnement des points lumineux, la puissance lumineuse moyenne, l'efficacité lumineuse des sources utilisées… ni précisé les mesures spécifiques à mettre en place dans les espaces protégés (sites Natura 2000, sites classés, parcs nationaux…).

Pour Raymond Léost, administrateur responsable des questions juridiques de France Nature Environnement, « ce refus d’agir de l’Etat rendait ineffectifs les dispositifs permettant de réduire la pollution lumineuse et le gaspillage énergétique. Il est donc urgent désormais de passer de l’intention aux actes pour que ces objectifs deviennent enfin une réalité tangible. »

Anne-Marie Ducroux, présidente de l’ANPCEN, précise : « il est regrettable que nos avancées auprès des parlementaires soient mises à mal par l’inaction des gouvernements successifs et qu’il faille que les associations fassent un contentieux devant la plus haute juridiction pour obtenir la prise en compte des enjeux pluriels de la pollution lumineuse. »

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29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 17:11

A quelques jours de la date limite (31 mars) fixée par le Conseil d’Etat au gouvernement et à certaines collectivités locales pour qu’elles élaborent de nouveaux plans contre la pollution de l’air, médecins et associations unissent leurs voix pour rappeler l’urgence d’agir. Par le Réseau Action Climat (RAC) dans Infos de Serre de mars 2018.

Médecins et associations unissent leurs voix pour rappeler l’urgence d’agir face à la pollution de l’air

La France est récidiviste en matière de pollution de l’air : depuis 2009, la Commission européenne lui a adressé de manière régulière des avertissements, en vain. Ainsi, l’hexagone se classe au 6ème rang, au sein de l’Union européenne, en ce qui concerne les dépassements des niveaux légaux de pollution de l’air.

Le conseil d’État, en juillet 2017, a enjoint au Gouvernement français de prendre, avec les collectivités concernées, toutes les mesures nécessaires pour ramener les concentrations de particules et de NOx en-deçà des niveaux légaux avant le 31 mars 2018 (au sein, de nouvelles feuilles de route pour la qualité de l’air dans 14 zones de France).

Le manque d’ambition des mesures envisagées, en particulier dans le secteur des transports, est inquiétant. À ce jour, le plan d’action du gouvernement, communiqué à Bruxelles reste très insuffisant et les collectivités locales ont avancé des propositions sans garantie aucune qu’elles soient à la hauteur des enjeux.

Médecins et associations unissent leurs voix pour rappeler l’urgence d’agir face à la pollution de l’air

Le Réseau Action Climat et ses associations membres publient ainsi leur propre proposition de feuille de route pour la qualité de l’air. Celle-ci présente les mesures concrètes et indispensables qu’il est urgent de mettre en œuvre au niveau national, dans le cadre de la future loi d’orientation sur les mobilités ainsi qu’au niveau local. Cette feuille de route permettrait de mettre les politiques de transports et de mobilité au service de la santé de tous et de la lutte contre les changements climatiques.

Parmi les mesures proposées, les nouveaux projets routiers doivent être abandonnés, et des financements suffisants pour des solutions de transports plus écologiques comme le vélo et les transports en commun doivent être développées. Les véhicules diesel et essence sont interdits de circulation dans des « zones à très faibles émissions » situées dans toutes les agglomérations polluées d’ici à 2025 pour protéger la population. L’application du principe pollueur-payeur, au moyen de la fiscalité écologique dans le transport de marchandises, permettrait de dégager les ressources nécessaires pour financer les alternatives et les mesures d’accompagnement des secteurs et des ménages les plus modestes.

La feuille de route du Réseau Action Climat

La feuille de route du Réseau Action Climat

Médecins et associations unissent leurs voix pour rappeler l’urgence d’agir face à la pollution de l’air
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29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 10:11

Un communiqué du 27 mars 2018 par le Forum citoyen pour la responsabilité sociale des entreprises (FCRSE), suivi de la tribune « La loi sur le secret des affaires est un danger pour nos libertés fondamentales » appelant à signer la pétition « Ne laissons pas les entreprises et les banques d'affaires imposer la loi du silence ». Le débat n'a duré qu'un jour et la loi a été adoptée dès hier 28 mars !

A l'Assemblée nationale, le 13 février. Photo Gérard Julien. AFP

A l'Assemblée nationale, le 13 février. Photo Gérard Julien. AFP

Le 27 mars 2018, l’examen de la proposition de loi sur le secret des affaires a débuté à l’Assemblée nationale. Ce texte, qui est la transposition d’une directive européenne adoptée en 2016 malgré les mises en garde des journalistes, des ONG, des syndicats, et l’opposition massive des citoyen.ne.s, a été élaborée par les représentants des lobbies des multinationales et des banques d’affaires. Il constitue en l’état une offensive sans précédent qui met « gravement en cause l’intérêt général et le droit des citoyens à l’information ». La définition du « secret des affaires » est si large que n’importe quelle information interne à une entreprise pourra être classée dans cette catégorie.

Habituellement, les directives européennes sont transposées par un projet de loi gouvernemental, passant en conseil des ministres et comportant une étude d’impact. La France a cette fois choisi une discrète proposition de loi d’initiative parlementaire. Discrète et express : déposée le 19 février 2018, elle est examinée ce jour en plénière à l’assemblée nationale et sera présentée au Sénat courant avril, avec adoption dans la foulée, l’urgence ayant été déclarée par le gouvernement. Tout cela sans aucun débat public alors qu’ONG, syndicats, journalistes et citoyen.ne.s ont à plusieurs reprises eu l’occasion de dénoncer le danger pour les libertés de cette directive.

Secret des affaires : ONG, syndicats et journalistes appellent les députés à protéger les libertés

La pétition du collectif, intitulée « Loi secret des affaires: ne laissons pas les entreprises et les banques d’affaires imposer la loi du silence ! » a déjà récolté près de 150 000 signatures en une semaine - à signer ici.

Plusieurs député.e.s ont déposé des amendements pour restreindre le champ d’application de la directive aux seuls acteurs économiques concurrentiels, et empêcher ainsi les poursuites de syndicalistes, chercheurs, lanceurs d’alerte, ONG ou journalistes. Afin d’inciter les parlementaires à voter en faveur de ces amendements, le collectif a mis en place une plateforme d’appels et une campagne de tweets afin d’informer les député.e.s des enjeux de cette loi et de porter la voix des citoyen.ne.s qui s’y opposent en l’état. Malheureusement, le débat a été si court que la loi a été adoptée... le lendemain 28 mars !

Voici la tribune :

« La loi sur le secret des affaires est un danger pour nos libertés fondamentales »

L’Assemblée nationale et le Sénat s’apprêtent à remettre en cause nos libertés fondamentales en votant, via une procédure accélérée, une proposition de loi portant sur le secret des affaires.

Ce texte, qui sera étudié en séance publique à l’Assemblée nationale le 27 mars et qui porte sur «la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués contre l’obtention, l’utilisation et la divulgation illicites», est la transposition d’une directive européenne adoptée en 2016 malgré les mises en garde des ONG, des syndicats, des journalistes, des chercheurs et l’opposition massive des citoyens. Cette directive a été élaborée par les lobbys des multinationales et des banques d’affaires qui souhaitaient un droit plus protecteur pour leurs secrets de fabrication et leurs projets stratégiques, alors que le vol de documents et la propriété intellectuelle sont déjà encadrés par la loi.

La France dispose de marges de manœuvre importantes pour la transposition de la directive dans notre droit national, et peut préserver les libertés tout en respectant le droit européen. Pourtant, le gouvernement et la majorité semblent avoir choisi, en catimini, de retenir une option remettant gravement en cause l’intérêt général et le droit des citoyens à l’information. La proposition de loi sur le secret des affaires a des implications juridiques, sociales, environnementales et sanitaires graves. De fait, ce texte pourrait verrouiller l’information à la fois sur les pratiques et les produits commercialisés par les entreprises.

En effet, la définition des « secrets d’affaires » est si vaste que n’importe quelle information interne à une entreprise peut désormais être classée dans cette catégorie. L’infraction au secret des affaires aurait lieu dès lors que ces informations seraient obtenues ou diffusées et leur divulgation serait passible de sanctions pénales. Les dérogations instituées par le texte sont trop faibles pour garantir l’exercice des libertés fondamentales. Des scandales comme celui du Mediator ou du bisphénol A, ou des affaires comme les Panama Papers ou LuxLeaks pourraient ne plus être portés à la connaissance des citoyens.

Qu’il s’agisse d’informations sur les pratiques fiscales des entreprises, de données d’intérêt général relatives à la santé publique ou liées à la protection de l’environnement et à la santé des consommateurs, les journalistes, les scientifiques, les syndicats, les ONG ou les lanceurs d’alertes qui s’aventureraient à rendre publiques de telles informations s’exposeraient à une procédure judiciaire longue et coûteuse, que la plupart d’entre eux seraient incapables d’assumer face aux moyens dont disposent les multinationales et les banques. C’est là le pouvoir de cette loi : devenir une arme de dissuasion massive.

Pour les téméraires qui briseront cette loi du silence, on peut toujours espérer que les tribunaux feront primer la liberté d’expression et d’informer. La récente affaire Conforama indique plutôt le contraire. Les soi-disant garanties proposées par le gouvernement français ne couvrent pas tous les domaines de la société civile et notamment le travail des associations environnementales. Ces dérogations ne sont qu’un piètre hommage aux grands principes de la liberté d’informer. Elles ne vaudront pas grand-chose devant une juridiction armée d’un nouveau droit érigeant le secret des affaires en principe, et la révélation d’informations d’intérêt public en exception.

Cette offensive sans précédent sur notre droit à l’information est un enjeu démocratique majeur qui est en train de mobiliser l’ensemble de la société civile, comme le montre le succès de la pétition dans ce sens. Lanceurs d’alertes, syndicats, ONG, journalistes, avocats, chercheurs et citoyens : nous nous opposerons à l’adoption en l’état de cette loi. Le droit à l’information et l’intérêt des citoyens ne sauraient être restreints au profit du secret des affaires.

Signataires :

Pablo Aiquel, journaliste, SNJ-CGT ; Eric Alt, vice-président de l’association Anticor ; Patrick Apel-Muller , directeur de la rédaction de l’Humanité ; Eric Beynel, porte-parole de l’union syndicale Solidaires ; Sophie Binet, secrétaire générale adjointe de l’UGICT-CGT ; Thomas Borrel, porte-parole de Survie ; Dominique Cellier, président de Sciences citoyennes ; Florent Compain, président des Amis de la Terre France ; Sandra Cossart, directrice de Sherpa ; Antoine Deltour, lanceur d’alertes Luxleaks, Dr Marc Arazi, lanceur d’alerte du Phonegate ; Mathilde Dupré, présidente du Forum citoyen pour la RSE ; Ivan du Roy, journaliste, corédacteur en chef de Basta ! ; Jean-François Julliard, directeur exécutif de Greenpeace France ; Wojtek Kalinowski, codirecteur de l’Institut Veblen ; Patrick Kamenka, journaliste, SNJ-CGT ; Ingrid Kragl, directrice de l’information, Foodwatch ; Marie-José Kotlicki, secrétaire générale de l’UGICT-CGT ; Elliot Lepers, directeur de l’ONG le Mouvement ; Elise Lucet, journaliste ; Jean Merckaert, rédacteur en chef de la Revue Projet ; Patrick Monfort, secrétaire général du SNCS-FSU ; Edouard Perrin, journaliste, président du collectif Informer n’est pas un délit ; Eric Peres, secrétaire général de FO Cadres ; Olivier Petitjean, journaliste, coordinateur de l’Observatoire des multinationales ; Dominique Plihon, économiste, porte-parole d’Attac ; Emmanuel Poilane, directeur général de France Libertés et président du CRID ; Patrick Raffin, photographe ; Christophe Ramaux, économiste à l’université Paris-I, membre des Economistes atterrés ; Clément Remy, président de l’ONG Pollinis ; Laurence Roques, présidente du Syndicat des avocats de France ; Agnès Rousseaux, journaliste, corédactrice en chef de Basta ! ; Bernard Salamand, Ritimo ; Clément Thibaud, président de l’Association des historiens contemporanéistes de l’enseignement supérieur et de la recherche ; Aurélie Trouvé, porte parole d’Attac ; Emmanuel Vire, secrétaire général du Syndicat national des journalistes CGT (SNJ-CGT).

Les organisations Ingénieurs sans frontières-AgriSTA, CrimHalt, le collectif On ne se taira pas !, Action Aid France-Peuples solidaires.

Les sociétés de journalistes de l’AFP, BFMTV, Challenges, les Echos, le Figaro, France 2, l’Humanité, le JDD, Libération, Mediapart, le Monde, le Parisien-Aujourd’hui en France, le Point, Premières Lignes, Radio France, RMC, Télérama, TV5 Monde, la Vie et les rédactions d’Alternatives économiques, Magneto Presse et la Télé libre.

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 09:07

Paysan, écrivaine, sociologue, député européen ou maire, ils veulent repenser l’Europe quand le repli sur soi nationaliste semble sur le point de s’imposer. Une Union européenne qui s’appuie sur des valeurs et pas seulement sur l’économie. Par Marie Desplechin, écrivaine, Yannick Jadot, député européen, Dominique Méda, sociologue, Benoit Biteau, paysan et Damien Carême, maire de Grande-Synthe, publiée le 25 mars 2018 dans Libération.

Le drapeau européen projeté sur la Grand Place de Bruxelles le 31 janvier. Photo: EMMANUEL DUNAND/AFP

Le drapeau européen projeté sur la Grand Place de Bruxelles le 31 janvier. Photo: EMMANUEL DUNAND/AFP

Aujourd’hui pour nous, demain pour nos enfants, leur avenir et leurs rêves, nous avons deux solutions : le repli sur soi, cette peste politique et mentale qui s’empare de l’Italie, après la Grande-Bretagne, l’Autriche et tant d’autres ; ou la réinvention du monde, via celle d’une Europe démocratique et solidaire. Créer l’Europe verte et sociale dont nous rêvons ou se résoudre à disparaître.

Nos démocraties risquent de s’éteindre faute de porter le moindre projet de civilisation, de dépérir faute de dessein commun. Il nous faut porter cette Europe « matrie » dont parle le sociologue Bruno Latour, édifier la maison commune qui protège la planète, cultive le vivant et nous réconcilie les uns avec les autres, et donc d’abord avec nous-mêmes. Nos enfants méritent qu’on se batte pour leur offrir le monde.

Pour ce faire, nous devrons combattre les replis et les haines, les fausses promesses de frontières réductrices qui ne seront protectrices de rien et les nostalgies régressives de l’Etat national et total. Mais aussi rejeter le statu quo des rentiers du vieux monde qui pilotent aujourd’hui ce qui reste de l’ancien projet européen et sacrifient notre futur à tous aux habitudes et aux intérêts de quelques-uns. Il nous faut, pour sauver l’idée européenne, oser rompre avec le « machin » qui prétend l’incarner, et en l’incarnant si mal, l’avilit.

Quelle est cette Union qui laisse un jeune sur cinq au chômage, un sur trois en Italie et en Espagne, un sur deux en Grèce ? Quelle est cette politique qui multiplie les travailleurs pauvres et précaires, abandonne les quartiers populaires comme les zones rurales, sacrifie les services publics, refuse de prendre au sérieux la transition écologique ? C’est une politique menée au nom de l’Europe qui mine la démocratie. Et l’Europe.

Comment promouvoir l’ouverture au monde quand la mondialisation lance salariés et territoires les uns contre les autres ? C’est bien parce qu’elle abandonne ici les classes populaires pour mieux les exploiter là-bas que cette mondialisation produit défiance et phobie. Pour sortir de ce cercle vicieux, nous avons besoin de l’Union européenne. Et loin de nous en sortir, elle semble nous y enfoncer.

Comment faire émerger un imaginaire européen si l’Europe martyrise les Grecs, légitime le dumping social et fiscal, se plie aux lobbys des pesticides, du nucléaire, du pétrole ou du diesel, se divise face à Poutine, à Erdogan ou à Trump, implose lorsque frappe à nos portes une part, juste une infime part de la misère du monde ?

Le « cercle de la raison » qui prétend faire l’Europe à « petit pas » la défait, en réalité, à grande vitesse. Son modèle de développement est périmé, dangereux, mortifère. Face à une telle aporie, ceux qui s’accrochent à leur pouvoir et à leurs vieilles lunes organisent la culpabilisation et la compétition des laissés-pour-compte : ruraux contre quartiers populaires, usagers contre services publics, travailleurs pauvres et précaires contre chômeurs, nationaux contre migrants. Si rien ne change, tout s’effondrera.

Or, une autre voie est possible. Et nécessaire. L’Europe peut créer des millions d’emplois à haute qualité sociale. Elle peut offrir à un million de jeunes l’opportunité de réaliser un projet professionnel, associatif, culturel, sportif ou universitaire dans un autre pays de l’Union. Elle doit être immédiatement protectrice et mobiliser l’ensemble de son arsenal de politiques publiques pour protéger la santé, le climat et la biodiversité en accompagnant l’innovation, la modernisation et la conversion de l’économie, de l’énergie, de l’agriculture et de la pêche.

La Banque centrale européenne (BCE) rachète chaque mois pour 30 milliards d’euros de dettes publiques sur le marché secondaire avec un impact très marginal sur le financement de l’activité réelle. Utilisons cette ressource gaspillée pour un « Green New Deal » qui financera prioritairement la transition énergétique, la santé et la jeunesse, soit des investissements immédiatement utiles pour les Européens.

Ça tombe bien : la transition écologique - dans l’énergie, l’agriculture, la mobilité, l’industrie - et la création d’un service public européen de la santé sont les deux secteurs les plus intensifs en emplois et les mieux répartis sur tous les territoires ! C’est le pilier d’un nouveau contrat européen de progrès et de protection, la condition indispensable pour s’attaquer aux crises de solidarité qui détruisent le projet européen.

Renforçons cet objet politique extraordinaire que pourrait, que devrait être l’Union. Son espace de délibération démocratique est unique, qui dépasse les frontières nationales pour construire des souverainetés partagées. L’Europe est une communauté de droits et de règles à même, si elle le désire, de réguler la mondialisation plutôt que de la subir. Elle est l’échelle indispensable pour sortir de l’âge du carbone ou des pesticides. Pour combattre les paradis fiscaux ou réguler les Gafa. Pour bâtir un socle commun de droits sociaux. Pour préserver la paix.

Mais l’Europe doit être beaucoup plus que cela : un projet de civilisation en perpétuelle construction. Un projet subversif de liberté et de droits qui, face aux nouvelles menaces, offre de nouvelles sécurités individuelles et collectives. Cette Europe existe déjà. Sous forme d’embryons éparpillés. De villes en quartiers, d’associations en entreprises, de fermes en centres de recherche, elle germe et grandit. Elle s’expérimente, s’invente, se dessine et ne demande qu’à naître vraiment. Mettons cette énergie vitale au cœur de l’agenda.

Le grand débat sur l’Europe s’ouvre donc. Il est crucial pour nous, pour la planète. Nous allons y contribuer avec ferveur, ambition, détermination. Sans rien céder ni aux tenants du statu quo ni aux partisans du repli. Soyons des « semeurs de civilisation », pour reprendre l’expression de Victor Hugo l’Européen. Ensemble, nous sommes l’Europe !

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27 mars 2018 2 27 /03 /mars /2018 11:15

« L’évaluation mondiale sur les pollinisateurs, la pollinisation et la production alimentaire », premier rapport élaborée par la Plateforme sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), a été présenté aux gouvernements réunis du 22 au 28 février à Kuala Lumpur pour la quatrième plénière de cette instance. Le résumé pour décideurs correspondant a été approuvé. Il alarme sur une dégradation des sols critique pour la sécurité alimentaire et pour le climat, pour les conditions d’existence et l’épanouissement des individus. D’après la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) et Sylvie Burnouf le 26 mars 2018 pour Le Monde.                      Lire aussi Conférence internationale sur la biodiversité : tous les indicateurs sont au rouge,     Sur tous les continents, la nature et le bien-être humain sont en danger, Les oiseaux des campagnes disparaissent à une vitesse vertigineuse, Sécheresse, surexploitation : le monde a soif, Ce que les abeilles murmurent à l’oreille des humains et En trente ans, près de 80 % des insectes auraient disparu en Europe.

Déforestation par le feu en Argentine, en août 2017. JIM WICKENS / MIGHTY EARTH

Déforestation par le feu en Argentine, en août 2017. JIM WICKENS / MIGHTY EARTH

La Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité, qui anime le Comité français pour l'IPBES, se félicite de cette approbation obtenue dans une ambiance très constructive avec l’ensemble des pays présents.

Ce rapport de plus de 800 pages, réalisé par 77 experts de différentes disciplines et pays, dresse un panorama aussi complet que possible des connaissances actuelles, mais aussi des incertitudes et des besoins de recherche sur ce domaine.

Le résumé pour décideurs en tire 23 messages clés, un ensemble de fait essentiels et surtout une palette d’outils pour l’action dont les décideurs publics ou privés sont invités à se saisir (téléchargeable ici).

La délégation française à laquelle participait plusieurs membres de la FRB, a été très active lors des discussions et s’est attachée à ce que ressortent clairement dans le résumé pour décideurs plusieurs éléments du rapport complet qui lui ont semblé particulièrement pertinents.

Le rapport

En premier lieu, le rapport rappelle l’importance de la pollinisation pour la sécurité alimentaire mondiale (35 % de la production agricole globale, soit un marché de 235 à 577 milliards de dollars en 2015) et donc les revenus des agriculteurs. Cette dépendance mondiale à la pollinisation s’est fortement accrue par ailleurs du fait de l’accroissement des surfaces dévolues à des cultures ainsi pollinisées (300 % en 50 ans). Au-delà de l’abeille domestique, bien connue, l’évaluation rappelle l’importance des 20 000 pollinisateurs sauvages comprenant principalement des insectes (bourdons, papillons, abeilles solitaires…) ou encore des vertébrés comme les chauves-souris ou les singes.

Bien que le rôle des pollinisateurs soit primordial, l’évaluation menée montre qu’ils sont menacés à l’échelle mondiale. La liste rouge de l’UICN indique que 16,5 % des vertébrés pollinisateurs sont menacés d’extinction tout comme 9 % des espèces d’abeilles et de papillons en Europe. 30 % de ces espèces sont par ailleurs en déclin.

Les risques et les pressions qui s’exercent sur les pollinisateurs sont analysés dans le rapport : changement d’usage des terres, dégradation des habitats naturels, agriculture intensive, recours aux pesticides, pollution, développement des espèces exotiques envahissantes, changement climatique.

S’agissant de l’incidence des insecticides, la délégation française a été attentive à ce que le résumé pour décideurs mette bien en évidence les avancées scientifiques dans ce domaine et, à plusieurs reprises, d’autres délégations ont soutenu nos prises de position. En particulier, le rapport indique qu’il est maintenant bien établi que les insecticides, et notamment les néonicotinoïdes, ont des effets létaux et sublétaux démontrés en laboratoire. Le rapport souligne le manque de données concluantes en conditions réelles, tout en notant qu’une étude récente a montré des effets négatifs sur les pollinisateurs sauvages. De manière générale, le rapport invite à poursuivre les efforts pour évaluer les impacts, notamment à long-terme et sur un ensemble large d’espèces.

Au-delà des recherches portant sur l’incidence des insecticides néonicotinoïdes, la recherche française se mobilise fortement pour répondre aux défis de connaissances soulevés dans le rapport. Plusieurs équipes françaises travaillent notamment sur l’analyse des différentes autres pressions s’exerçant sur les pollinisateurs, ainsi que sur les réponses des pollinisateurs à ces pressions.

Le rapport présente enfin un ensemble de leviers d’actions possibles assorties d’une évaluation de leur faisabilité. Le Ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer, en charge des relations internationales sur le climat a fait un résumé du résumé pour décideurs que vous pouvez télécharger ci-dessous.

Résumé français du résumé IPBES pour décideurs, par le Ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer, en charge des relations internationales sur le climat.

La dégradation des terres a atteint un stade critique

C’est un signal d’alarme que lancent les experts de la biodiversité : l’activité humaine est à l’origine d’une détérioration massive – et lourde de conséquences – des terres à l’échelle planétaire. Les terres, ce sont les sols, mais aussi ce qui les recouvre : les forêts, les prairies ou encore les zones humides.

Leur constat découle d’un travail de longue haleine : pendant trois ans, une centaine d’experts de 45 pays ont décortiqué et analysé plus de 3 000 références sur la dégradation et la restauration des terres – des publications scientifiques, mais aussi des données provenant de sources gouvernementales et de savoirs indigènes et locaux. Leurs observations, qui constituent la première étude mondiale sur l’état des sols, ont été regroupées dans un rapport d’un millier de pages approuvé lors de la 6e session plénière de la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), qui s’est déroulée du 17 au 24 mars à Medellin (Colombie).

Disparition des zones humides

La plate-forme, souvent qualifiée de « GIEC de la biodiversité », en référence au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, a été créée en 2012 sous la tutelle des Nations unies et rassemble actuellement 129 Etats membres. Elle a pour vocation d’éclairer les gouvernements et l’opinion publique sur les enjeux liés aux changements de la biodiversité, et réalise pour cela une synthèse régulière des connaissances scientifiques.

En l’occurrence, les experts alertent sur une situation plus qu’alarmante : nous faisons face à un phénomène systémique et généralisé de dégradation des terres, qui touche l’ensemble des surfaces terrestres de la planète. L’exemple des zones humides est peut-être le plus parlant : plus de la moitié a disparu depuis le début du XXe siècle. Selon les estimations de l’IPBES, si moins d’un quart des étendues terrestres échappent encore, aujourd’hui, aux effets substantiels de l’activité humaine, cette part tombera à 10 % en 2050. Il s’agira, pour l’essentiel, de zones non adaptées à une exploitation humaine (déserts, régions montagneuses, toundra et territoires polaires).

Mettre en place des mesures visant à réduire – voire à éviter – la dégradation des terres, et à restaurer celles d’ores et déjà dégradées, constitue pour les experts une « priorité d’urgence » pour protéger la biodiversité et les services écosystémiques, vitaux pour la vie sur Terre.

Sixième extinction de masse

Car les retombées négatives sont déjà visibles et multiples : la détérioration des terres constitue la première cause de disparition des espèces animales et végétales, contribuant de fait à la sixième extinction de masse. Elle participe également à l’exacerbation du changement climatique, en raison notamment de la déforestation et de la diminution de la capacité de stockage de carbone des sols. De plus, les terres dégradées concourent à l’altération de la sécurité alimentaire et de la santé des êtres humains, affectant le bien-être de plus de 3,2 milliards d’hommes et de femmes. Les experts entrevoient de surcroît des répercussions lourdes en termes de migrations et de conflits au sein des populations touchées.

Qui faut-il blâmer pour ces faits alarmants ? La consommation effrénée de la plupart des pays développés, assortie de celle, en hausse, des pays en développement, estime l’IPBES. Le tout dans un contexte d’augmentation de la population mondiale. L’expansion de l’agriculture est de fait visée – « notamment dans ses formes les plus intensives », souligne Florent Kohler, qui a participé à l’élaboration du rapport et de son résumé. L’anthropologue pointe la « part de plus en plus insoutenable des cultures fourragères », notamment celles du maïs et du soja. Mais d’autres facteurs ont également leur part de responsabilité, comme l’exploitation forestière, l’extraction minière et pétrolière, ou encore l’urbanisation excessive et incontrôlée.

 « Il faut une prise de conscience massive pour que les terres – et plus spécifiquement les sols – soient enfin considérées à leur juste valeur, et non plus comme un simple substrat sur lequel on bâtit, on cultive, ou dans lequel on creuse pour extraire des matières premières, estime Hélène Soubelet, directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, qui fait partie de la délégation française. Nos terres (…) représentent un bien commun extrêmement précieux et l’avenir de l’humanité dépend de leur protection. »

« Il faut que, collectivement, nous construisions une société plus sobre… mais pas seulement du fait d’une certaine élite : il faut que ce soit un mouvement global de nos concitoyens », ajoute-t-elle, recommandant pour cela la mise en place de mesures simples, favorisant la transition. « Il existe déjà des solutions et il suffirait de les mettre en œuvre pour que la situation s’améliore », note-t-elle, citant pour exemple les pratiques agro-écologiques (qui préconisent l’arrêt des pesticides et des labours profonds), l’incorporation, dans le prix des aliments, du coût écologique de leur production, l’intégration de la valeur des sols dans la planification urbaine, ainsi que le développement d’une économie circulaire.

Réduire le gaspillage alimentaire

D’autres leviers d’action ont également été mis en avant dans le rapport de l’IPBES, comme le recours à une alimentation moins carnée et la réduction du gaspillage alimentaire.

Par ailleurs, les experts estiment que les bénéfices économiques que l’humanité tirera de la protection et de la restauration des terres seront dix fois supérieurs aux coûts investis. Mais les bénéfices attendus ne sont pas uniquement d’ordre monétaire, ils « touchent également à l’humanité elle-même, à ses conditions d’existence, à l’épanouissement des individus », insiste Florent Kohler.

Attaché aux dimensions éthiques qu’englobent les questions environnementales, l’anthropologue se réjouit de l’intégration, dans le rapport, du concept de solidarité écologique, qui pose pour principe que les hommes sont solidaires entre eux, avec les générations futures, mais aussi avec les écosystèmes dont ils font partie. Cela implique de prendre pleinement conscience de l’impact de la consommation sur les ressources planétaires.

Sauvegardées, ces terres pourraient garantir une absorption et un stockage non négligeable du carbone atmosphérique, et contribuer à maintenir le réchauffement climatique sous la barre des deux degrés, tel que défini dans l’accord de Paris sur le climat.

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À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas