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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 09:08

Malgré un hiver « normal », le littoral français continue à reculer alors que les premières évacuations ont débuté il y a 5 ans. A Lacanau, les autorités étudient l’option du « repli stratégique » et de la relocalisation d’une partie des habitants, qui constituerait une première en France. D’après Patricia Jolly le 6 mars 2018 pour Le Monde. Lire aussi Le sable de la discorde en baie de Lannion.

Plus de 650 km de côtes en recul

Plus de 650 km de côtes en recul

Le bilan que l’Observatoire de la côte aquitaine (OCA) a rendu public, le 1er mars, est rédigé en termes faussement rassurants. L’hiver 2017-2018 a été jusqu’ici « normal », estime-t-il, et les marées à fort coefficient du début du mois ne devraient éroder le littoral aquitain que dans des « proportions » couramment observées en cette saison. Mais les remarques de cet organisme, qui scrute l’évolution morphologique des côtes de la région depuis plus de vingt ans, soulignent une relative accalmie plutôt qu’ils n’incitent à l’optimisme.

Submersion marine, abaissement du niveau des plages, grignotage des dunes et effondrement des falaises… Sous les coups de boutoir des éléments parfois amplifiés par le changement climatique, le « trait de côte » – limite maximale atteinte par la mer sur le rivage dans des conditions météorologiques normales ou extrêmes – recule en effet inexorablement. Selon le ministère de la transition écologique et solidaire, 26 kilomètres carrés de territoire métropolitain ont ainsi disparu entre 1949 et 2005, soit l’équivalent de 3 100 terrains de rugby.

« Deuxième région littorale la plus attractive en France, la côte aquitaine est aussi la deuxième façade métropolitaine la plus affectée par l’érosion », note Vital Baude, conseiller régional Europe Ecologie-Les Verts et délégué au littoral de la région Nouvelle-Aquitaine. Sur ses 240 km de côtes sableuses qui courent de l’estuaire de la Gironde à l’embouchure de l’Adour, le recul atteint en moyenne 1,70 m à 2,50 m par an, selon un rapport de l’OCA de décembre 2016. Certains épisodes hivernaux sont plus impressionnants : les tempêtes qui ont frappé la France le 28 décembre 2017, puis le 1er et le 4 janvier, ont provoqué localement un recul pouvant atteindre

Le retrait général de la côte sableuse sur le littoral aquitain devrait être « d’environ 20 m d’ici 2025 et même davantage par la suite selon la puissance des vagues et la fréquence des tempêtes », prévient Cyril Mallet, ingénieur en risques côtiers au Bureau de recherches géologiques et minières et chef de projet littoral pour l’OCA. Ces estimations pourraient même être revues à la hausse, car le changement climatique favorise la montée du niveau de l’océan qui se conjugue aux phénomènes d’érosion.

La protection des dunes par une méthode active dite « douce », en installant des palissades de bois et en déposant des branchages afin d’empêcher le sable de s’envoler et les gens de les piétiner, est plus que jamais de mise. Mais il faut aussi assurer celle des biens et des personnes. Or l’Insee estime que les 26 départements littoraux métropolitains devraient concentrer 43 % de la croissance démographique de la France métropolitaine d’ici 2040, avec près de 4 millions de nouveaux résidents.

Dans cette optique, le groupement d’intérêt public Littoral aquitain – adossé à l’OCA – a mis en place en 2012 une stratégie régionale de gestion du trait de côte et a invité chaque collectivité concernée à esquisser un plan pour prévenir l’érosion et préparer le déplacement des populations vers l’intérieur des terres sans tarder.

A Soulac-sur-Mer (Gironde), les vagues ont détruit le bâtiment du club de surf local, le 6 janvier 2014. JEAN-PIERRE MULLER - AFP

A Soulac-sur-Mer (Gironde), les vagues ont détruit le bâtiment du club de surf local, le 6 janvier 2014. JEAN-PIERRE MULLER - AFP

Un travail de Sisyphe

Née au début du XXe siècle et développée dans les années 1960-1970 par la mission interministérielle pour l’aménagement de la côte aquitaine, la commune de Lacanau n’a, aujourd’hui, quasiment plus de plage à marée haute l’hiver. Elle ne s’est pas fait prier pour coopérer. Les dépressions météorologiques qui se sont succédé durant l’hiver 2013-2014 ont particulièrement affecté son front de mer, le trait de côte ayant reculé de 10 à 20 m par endroits. Le mauvais temps a détruit les enrochements érigés en rempart contre les vagues, tranche par tranche, depuis la fin des années 1970 et jusqu’au milieu des années 1990.

« Ça a été le cadeau empoisonné de mon début de mandat », se souvient Laurent Peyrondet, maire (MoDem) de Lacanau depuis 2014. La réfection de l’ouvrage et la restructuration des accès à la plage, entreprises dès le printemps 2014 grâce à une procédure d’urgence, ont coûté 3,5 millions d’euros financés aux trois quarts par la commune.

« Ce mur est solide mais ne suffira pas à nous protéger jusqu’en 2040 », prédit l’élu, conscient que pour gérer le risque local d’ici à 2100, deux scénarios principaux s’offrent désormais. Soit poursuivre une « lutte active et dure » contre l’océan en continuant à renforcer le front de mer par des enrochements et des apports réguliers de sable – un travail de Sisyphe. Soit se résoudre à « relocaliser ».

Comme quatre autres communes pilotes de la côte aquitaine, Lacanau étudie donc l’option du « repli stratégique », qui constituerait une première en France. « Le ministère parle plutôt aujourd’hui de recomposition spatiale, précise Martin Renard, responsable de l’urbanisme à la mairie. Car il ne s’agit pas de reconstruire plus loin à l’identique, mais de repenser l’aménagement du territoire afin d’équilibrer l’économie. »

« Actions sans regrets »

La station balnéaire a défini son « périmètre vulnérabilité » : 1,3 km de bande côtière sur 200 à 300 m de large concentre 20 % des résidences secondaires et la majorité des activités commerciales du secteur. La valeur des 1 200 logements et de la centaine de commerces sis sur la zone a été estimée à 302 millions d’euros. « Mais en l’état actuel du droit, il faudrait au moins 300 millions d’euros supplémentaires pour gérer la relocalisation des biens concernés », calcule M. Renard. Un débours impossible pour ce gros bourg de 5 000 habitants – 50 000 en été –, au budget annuel de 20 millions d’euros.

« Nous sommes au bout de nos capacités de réflexion et de financement, poursuit M. Renard. Les réponses à nos questions sont désormais du ressort de l’Etat et même de l’Europe. Il faut faire évoluer le cadre juridique. » Et convaincre tous les administrés.

Pour Alain Crombez, président de l’Association des propriétaires et des locataires de Lacanau-Océan, le scénario de relocalisation est trop « sévère ». « On paie aujourd’hui la façon dont la mission interministérielle pour l’aménagement de la côte aquitaine, donc l’Etat, a développé la station balnéaire dans les années 1960-1970, rappelle-t-il. A lui de nous aider à entretenir et à maintenir les protections existantes. »

M. Crombez souhaite également que la métropole bordelaise mette la main à la poche. Distante d’à peine plus de 40 kilomètres de la capitale de la Gironde, Lacanau-Océan est en effet la plage de Bordeaux qui « sature », explique-t-il. Le débat sur la surfréquentation et l’éventuel « repli » n’empêchera pourtant pas le démarrage imminent d’un projet de construction de 15 appartements sur le front de mer. « Les permis de construire ont été délivrés en 2013 alors que la législation le permettait encore », plaide M. Peyrondet. Depuis 2017, s’il prévoit encore le développement économique « a minima et en fonction des besoins », le plan d’urbanisme de Lacanau n’autorise plus que l’édification d’installations « temporaires et à caractère réversible ».

Faute de pouvoir réellement arbitrer pour l’heure, la municipalité envisage de s’« adapter » au travers d’« actions sans regrets ». Comme faire reculer les parkings pour rendre l’espace à la nature. Le Surf Club de Lacanau, installé depuis 1968 près du rivage, n’est pas opposé à quelques ajustements. « Compte tenu de l’érosion, avoir une maison de la glisse les pieds dans l’eau est devenu un luxe, concède son président, Laurent Rondi, qui participe aux concertations. Faire quelques centaines de mètres planche sous le bras ne nous empêcherait en rien de fonctionner. »

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 14:08

Plusieurs militants ont été condamnés à de la prison ferme pour avoir réussi à s’introduire dans la centrale nucléaire de Cattenom. Un verdict inquiétant à plus d'un titre. Personnalités et organisations, dont Malik Salemkour, président de la LDH, s’inquiètent des peines prononcées contre les militant-e-s de Greenpeace. Une Tribune publiée le 6 mars 2018. Sur ce sujet, lire aussi Mort de Rémi Fraisse : pas de responsables, pas de coupables ! et Une nouvelle manœuvre pour faire taire les défenseurs du droit à l’eau.

 

Action de Greenpeace à la centrale nucléaire de Cattenom, en Lorraine, le 12 octobre 2017

Action de Greenpeace à la centrale nucléaire de Cattenom, en Lorraine, le 12 octobre 2017

Cette semaine, six militant·e·s de Greenpeace ont été condamnés à cinq mois de prison avec sursis. Deux autres militant·e·s ont été condamnés à deux mois de prison ferme. Une première dans l’histoire de l’organisation environnementale. Il leur était reproché d'être entrés, en octobre, dans la centrale nucléaire de Cattenom, et d’avoir déclenché un feu d’artifice devant le bâtiment abritant la piscine de combustible usé, un lieu très chargé en radioactivité et mal protégé contre les agressions externes. Par ailleurs, un salarié de l’organisation a été condamné pour complicité et la personne morale a elle-même été condamnée à une amende.

Ce verdict est inquiétant à plusieurs titres. Tout d’abord, ces militant·e·s ont agi en lanceurs et lanceuses d’alerte. Ils n’ont tiré aucun profit personnel de leur passage à l’acte. Ils ont pris des risques pour en dénoncer un bien plus grand, celui de la vulnérabilité de nos centrales nucléaires. Ils ont agi en toute non-violence dans le seul objectif de créer un débat public sur la sécurité nucléaire, un sujet qui nous concerne toutes et tous, quel que soit l’endroit où nous vivons en France.

La place de militant·e·s écologistes qui ont à cœur de protéger notre environnement n’est certainement pas en prison. Nos dirigeants politiques aiment à rappeler la nécessité de protéger les lanceurs d’alerte, expliquant qu’ils renforçaient la démocratie. Pourtant, qu’ils dénoncent le risque nucléaire, l’évasion fiscale, leurs conditions de travail ou les conditions d’accueil des migrants, les lanceurs d’alerte sont systématiquement poursuivis en justice et très souvent condamnés à des peines disproportionnées.

Les lanceurs et lanceuses d’alerte agissent au nom de l’intérêt général et du bien commun. Ils renforcent la démocratie lorsqu’ils interviennent sur des enjeux d’une telle importance. C’est ce qui les distingue des criminels de droit commun et devrait leur valoir un traitement différent dans les tribunaux.

Lors de l’audience récente à Thionville, l’avocat d’EDF n’a pas hésité à comparer les militant·e·s de Greenpeace à des trafiquants de drogue. Plus grave, par la voix du directeur de la centrale de Cattenom, l’entreprise a demandé devant le tribunal s’il aurait fallu des morts pour démontrer la sécurité. EDF continue de nier le risque nucléaire. Au lieu de prendre les décisions qui s’imposent pour renforcer ses installations, elle a fait le choix de faire taire la contestation en demandant des sommes faramineuses en justice, en réclamant des « sanctions exemplaires » et en menaçant les militant·e·s de Greenpeace.

Nous, responsables associatifs, syndicaux, personnalités publiques, représentants du monde culturel, nous nous émouvons des peines prononcées contre les militant·e·s de Greenpeace. Nous sommes soucieux de vivre dans une société où notre droit à protester, contester ou revendiquer est garanti. Nous défendons notre liberté d’action et celle des personnes qui agissent au nom de l’intérêt général. C’est dans la capacité à tolérer l’expression des lanceurs et lanceuses d’alerte que réside la vitalité d’une démocratie. Il en va de la bonne santé de notre modèle de société.

Signataires : Dominique A, chanteur ; Valentin Andry, membre de Danakil ; Fränk Arndt,député et bourgmestre de la commune de Wiltz au Luxembourg ; Marie Bazin,coprésidente de Survie ; Bibou, membre du groupe Tryo ; Jacques Beall, vice-président de Surfriders ; Eric Beynel, codélégué général de Solidaires ; Danielito Bravo, membre du groupe Tryo ; Guillaume Basile, membre de Danakil ; Flore Berlingen, directrice Zero Waste France ; Daniel Biancalana, bourgmestre de la ville de Dzdelange au Luxembourg, et membre de la commission locale d’information de la centrale de Cattenom ; Jean-Claude Boual, président du Collectif des associations citoyennes ; Dominique Bourg,philosophe ; Thomas Borrel, porte-parole de Survie ; Jeanne Cherhal, chanteuse ; Pierre Combaz, membre du conseil d’administration du réseau Sortir du nucléaire ; Maxime Combe, économiste et membre d’Attac ; Florent Compain, président des Amis de la Terre ; Anne Conan, porte-parole du collectif 3R ; Sandra Cossart, directrice de Sherpa ;Lex Delles, député et bourgmestre de la ville de Mondorf-les-Bains au Luxembourg ; Albin de la Simone, chanteur ; Mathieu Dassieu, membre de Danakil ; Fanny Delahalle, porte-parole d’Alternatiba ; Cyril Dion, réalisateur ; Clémence Dubois, chargée de campagne à 350.org France ; Michel Dubromel, président de France nature environnement ; Txetx Etcheverry, porte-parole de Bizi! ; Manu Eveno, membre du groupe Tryo ; Claire Fehrenbach, directrice générale d’Oxfam ; Brigitte Gothière, cofondatrice de L214 ;Guizmo, membre du groupe Tryo ; Samuel Juhel, porte-parole du Refeed ; Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’environnement ; Henri Kox, député luxembourgeois ; Ingrid Kragl, directrice de l’information, Foodwatch ; Bouli Lanners,comédien ; Gilliane Le Gallic, fondatrice de l’association Alofa Tuvalu ; Emilie Loizeau,chanteuse ; Christophe Mali, membre du groupe Tryo ; Guillaume Meurice, humoriste et chroniqueur ; Danielle Moreau, coprésidente de Ritimo ; Véronique Moreira, présidente de WECF-France ; Dominique Meda, philosophe et sociologue ; Roland Nivet, secrétaire national et porte-parole du Mouvement de la paix ; Jean-Marc Nollet, député belge ; Gilles Paillard, directeur général SOS Villages d’enfants ; Jon Palais, porte-parole de ANV COP 21 ; Birthe Pedersen, présidente d’ActionAid France ; Dora Pfeifer-Suger, membre de l’Alliance pour la fermeture immédiate de Fessenheim ; Dominique Plihon, porte-parole d’Attac ; Emmanuel Poilane, président du Crid et directeur général de la Fondation France libertés ; Franck Popunat, porte-parole d’Utopia ; Raphaël Pradeau, porte-parole d’Attac ;Thierry Renaud, membre de Danakil ; Thomas Ribémont, président d’Action contre la faim ; Laurence Roques, présidente du Syndicat des avocats de France ; Danielle Moreau, co-présidente de Ritimo ; Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de l’homme ; Marco Schank, député luxembourgeois ; Thomas Souil, membre de Danakil ;Taïro, auteur, compositeur, interprète ; Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac ; Claude Turmes, député européen luxembourgeois ; Pierre Villard, rédacteur en chef du mensuelPlanète Paix ; Patrick Viveret, philosophe ; Laurent Zeimet, député et bourgmestre de la ville de Bettembourg au Luxembourg.

 

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 09:05

Au palais du littoral de la ville du Nord, près de 2 000 personnes ont participé, les 1er et 2 mars, à la première Convention nationale sur l’accueil et les migrations destinée à infléchir la politique d’accueil des migrants en s’inspirant d’expériences locales. D’après Eugénie Barbezat le 4 mars 2018 pour l’Humanité. Lire aussi 470 associations lancent les États généraux des migrations pour soutenir les lanceurs d'accueil, Monsieur le Président, vous avez instauré à Calais un protocole de la bavure et L’humanité de demain se construit par l’accueil des migrants aujourd’hui.

L’autre politique d’accueil des migrants inventée par des dizaines de villes réunies en convention à Grande-Synthe

Durant deux jours, le palais du littoral de Grande-Synthe a été en effervescence. Dans cette ville du Nord devenue un symbole en parvenant à imposer à l’État l’ouverture d’un camp humanitaire pour les migrants, 2 000 militants associatifs, citoyens, élus et chercheurs se sont réunis, jeudi et vendredi, pour participer à la première convention nationale pour l’accueil des migrants. Avec un ordre du jour : partager les expériences réussies d’intégration et montrer ensemble qu’une autre politique migratoire est possible. Dès le départ, les débats ont permis de « mettre un coup de projecteur sur ce qui fonctionne en matière d’accueil, de complémentarité entre les associations, les citoyens et les collectivités locales », souligne Damien Carême, maire écologiste de Grande-Synthe. Ils ont aussi permis aux militants et aux élus qui luttent au quotidien de se rencontrer et de développer des convergences. « Nous retrouver nous fait énormément de bien, cela nous donne de la force, on réalise que l’on n’est pas seuls à agir », témoigne Geneviève Jacques, présidente de la Cimade.

L’autre politique d’accueil des migrants inventée par des dizaines de villes réunies en convention à Grande-Synthe
L’autre politique d’accueil des migrants inventée par des dizaines de villes réunies en convention à Grande-Synthe

Le rejet des migrants n’est pas une fatalité. C’est ce qu’a permis de mettre en lumière la convention en se penchant sur la situation de ces villes et villages où des migrants ont été répartis dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO) ouverts à la suite de l’évacuation de la « jungle » de Calais. « À chaque fois, au départ, il y avait une hostilité du maire et de la population. Mais, dans 99 % des cas, au bout de six mois, la situation s’est inversée. Non seulement cela s’est arrangé au niveau des élus mais, surtout, la population est venue donner un coup de main », souligne Patrick Doutreligne, le président de l’Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux). Une analyse partagée par nombre de citoyens venus apporter leurs témoignages. « Des enfants syriens sont venus dans ma classe et j’ai compris toutes les conséquences de la guerre chez eux. Quand je vois des gens dans la rue, je leur apporte des vêtements chauds, on n’a pas besoin d’être adulte ou de faire partie d’une association pour aider », a expliqué Rose, une collégienne de 13 ans. D’autres se sont interrogés sur les modalités de leur participation. « Comment aider ? À qui s’adresser pour proposer nos compétences, nos idées ? », s’interroge une jeune Dunkerquoise. Pour Patrick Doutreligne, il y a un problème de « doxocratie, c’est-à-dire, pour reprendre Platon, le pouvoir de ceux qui pensent connaître l’opinion. Les politiques sont persuadés que l’opinion est défavorable ou mitigée sur l’accueil des migrants et qu’il faut se montrer très ferme, mais ils ont tort ».

« Contrer l’instrumentalisation de la peur de l’autre »

« Nous pouvons opposer des vérités scientifiques aux mensonges sur les exilés », affirme l’anthropologue Michel Agier, qui dirige le programme de recherche participatif Babels, destiné à sortir du « gouffre d’ignorance » qui caractérise les polémiques sur l’accueil des réfugiés. « La plupart des chiffres qui circulent à la télévision ou dans la bouche de nos gouvernants sont faux ou totalement instrumentalisés. Nous ne sommes pas face à une invasion. Il y a 504 millions d’habitants dans l’Union européenne et seulement 3,4 millions de titres de séjour délivrés, dont 7 % en France. » Autre idée reçue dénoncée par la politiste Catherine Wihtol de Wenden : « En France, on pense que plus on accueille mal les migrants, moins ça fera un “appel d’air”, toutes les études prouvent le contraire ! » Reconnaissant la nécessité de livrer bataille contre ces fake news, Benoît Hamon, l’ex-candidat socialiste, dit espérer que cette convention sera « un point de départ pour contrer l’instrumentalisation de la peur de l’autre comme ciment social ».

Face à la diversité de la situation, il n’y a pas de réponse universelle. C’est un des constats qui s’est dégagé au fil des débats. Dans les villes qui servent de points de passage comme Calais, Grande-Synthe, Briançon, Menton ou même Paris, les migrants n’ont souvent besoin que d’un lieu d’accueil pour se reposer, reprendre des forces avant de poursuivre leur route. Les localités choisies par les migrants pour s’installer, comme Nantes ou Grenoble, doivent, elles, s’engager dans l’accompagnement des nouveaux arrivants à travers la scolarisation, l’inclusion sociale et citoyenne, mais aussi pour les recherches d’emploi et de logement. Répondant à ces situations diverses, des centaines de collectifs militants et associatifs locaux ont développé des expertises en parallèle de celle des grandes organisations nationales. Rassemblés en réseau depuis juin 2017 dans le cadre des états généraux des migrations (EGM) pour partager leurs expériences et leurs savoir-faire, ces acteurs ont pu pour la première fois se réunir de visu à l’occasion des journées de Grande-Synthe. « L’idée est de permettre aux grosses organisations nationales d’avoir des retours précis et diversifiés de ce qui se passe sur le terrain, et aux petites associations locales de pouvoir se prévaloir du label EGM, pour avoir davantage de poids quand il s’agit d’interpeller les institutions locales », a précisé Nathalie Péré-Marzano, déléguée générale d’Emmaüs International et initiatrice des EGM. Aujourd’hui, cette mise en commun, qui permet de faire l’inventaire des situations de déni de droits et de mettre en place des stratégies communes, est plébiscitée : la rencontre de Grande-Synthe a permis de réunir des collectifs militants, des associations, mais aussi des élus venus d’agglomérations allant du petit village de l’Aisne aux villes de Strasbourg et Nantes.

Mais les initiatives locales se heurtent à la politique de l’État, qui refuse d’accorder des droits aux réfugiés. « C’est l’État qui est hors la loi en empêchant les personnes de circuler », a martelé Cédric Herrou. L’agriculteur de la Roya, également président de l’association Défends ta citoyenneté, était venu à Grande-Synthe témoigner de l’acharnement dont il est victime à cause de ses actions de solidarité envers les migrants à la frontière franco-italienne. Damien Carême l’a rappelé : devant à la criminalisation de la solidarité, « il faut mettre l’État face à ses contradictions, faire appel à d’autres textes comme le Code de la famille et les règlements internationaux signés par la France, concernant les villes durables par exemple ». « Nous sommes dans un combat politique, a rappelé la députée PCF Elsa Faucillon. Et la loi asile immigration qui se prépare est une attaque violente à notre idéal républicain. » À Grande-Synthe, le maire n’a pas baissé les bras malgré l’incendie qui a ravagé le camp des migrants en avril 2017. Cet hiver, il a ouvert le gymnase de sa ville aux réfugiés. Parallèlement, il se bat « contre les accords passés entre Emmanuel Macron et Theresa May qui prévoient la fin des dispositifs d’accueil dans les villes côtières ». En évoquant la bataille qui se mène aussi au niveau européen pour obtenir la révision des accords « injustes et inefficaces » de Dublin, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a conclu : « C’est ici, à Grande-Synthe, que l’on est dans le sens de l’histoire. » Ce premier grand rassemblement aura sans doute contribué à démontrer que le réalisme et la sécurité sont du côté des solidaires et des hospitaliers.

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6 mars 2018 2 06 /03 /mars /2018 12:32

Une enquête de Greenpeace Royaume-Uni révèle que des dizaines de modèles de voitures diesel parmi les plus récents, actuellement en vente en Europe, émettent des quantités dangereuses d’oxydes d’azote (NOx) largement supérieures aux normes existantes pour la qualité de l’air. Parmi les 10 modèles les plus polluants en ville, pas moins de six sont produits par le groupe Renault-Nissan. Un article publié le 2 mars 2018 par Greenpeace France.                                                             Lire aussi Le déclin programmé du moteur thermique,                                 « Vers une planète sans pollution » : les Nations Unies proposent 50 mesures urgentes, La pollution, responsable de 9 millions de morts dans le monde par an, Le Conseil d’État enjoint au gouvernement de prendre des mesures urgentes contre la pollution, Paris annonce la création d’un observatoire mondial de la pollution de l’air, Vivre près des axes routiers accroît le risque de démence, ...

© Elizabeth Dalziel / Greenpeace

© Elizabeth Dalziel / Greenpeace

Greenpeace Royaume-Uni a obtenu et analysé en détail les émissions de NOx lors de tests en conditions de conduite réelles pour des voitures diesel autorisées à la vente entre avril 2016 et septembre 2017. La moitié d’entre elles seraient interdites à la vente aujourd’hui, alors que certaines ne sont sur le marché que depuis quelques mois. En effet, d’après les données rassemblées par Greenpeace, les émissions de nombreux nouveaux modèles diesel sont supérieures aux limites légales en conditions de conduite réelles. Mais les voitures en question ont passé ces nouveaux tests avant septembre 2017, alors que ces derniers n’étaient pas encore pris en compte pour autoriser ou non la vente des véhicules.

Les tests en conditions de conduite réelles avaient été une des réponses au scandale du DieselGate de 2015 qui avait révélé l’installation par le groupe Volkswagen d’un logiciel truqueur sur des millions de voitures, afin de réduire artificiellement les émissions lors des tests en laboratoire. Gêné par l’introduction de ces tests sur route plus rigoureux en avril 2016, le lobby automobile a manœuvré pour qu’aucune limite d’émissions de NOx ne lui soit imposée sur ces nouveaux tests avant septembre 2017.

Pour Sarah Fayolle, chargée de campagne Climat à Greenpeace France, « les constructeurs automobiles ont exploité les faiblesses de la législation européenne et ont profité de la période de transition entre deux systèmes de test pour faire homologuer des dizaines de nouveaux modèles extrêmement polluants, au mépris de la santé de toutes et tous ».

Des modèles Scenic, Mégane et Captur, parmi les meilleures ventes de Renault en 2017, font partie des dix modèles les plus polluants lors des tests de conduite en ville. La Renault Scenic Energy dCi 95 émet 396 mg/km de NOx en moyenne dans les tests en conditions de conduite réelles, soit 2,4 fois plus que la limite légale actuelle et près de 5 fois plus que la norme Euro 6.

« Ces résultats catastrophiques démontrent une fois de plus l’irresponsabilité des constructeurs automobiles : ils se moquent de la crise climatique et de la pollution atmosphérique qui étouffe nos villes. Face à eux, les responsables de nos agglomérations peuvent protéger notre santé en sortant du tout-voiture, en investissant dans les transports en commun, les infrastructures cyclables et piétonnes et en encourageant les mobilités partagées », analyse Sarah Fayolle.

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3 mars 2018 6 03 /03 /mars /2018 09:01

Cette nouvelle génération d’agrotoxiques accusée de nuire aux abeilles n’augmenterait pas, dans la plupart des cas, les rendements agricoles. D’après Stéphane Foucart le 1er mars 2018 pour Le Monde. Lire aussi Ce que les abeilles murmurent à l’oreille des humains et En trente ans, près de 80 % des insectes auraient disparu en Europe.

Photo : Getty Images

Photo : Getty Images

Quels sont les bénéfices réels offerts par les fameux insecticides néonicotinoïdes, utilisés en Europe depuis le milieu des années 1990 ? Une équipe internationale de chercheurs a exploré la littérature scientifique pour en avoir le cœur net et dresse, dans la dernière édition de la revue Environmental Science and Pollution Research, un constat perturbant : ces nouvelles générations de produits agrotoxiques utilisés de manière préventive en enrobage de semences, n’ont qu’une utilité marginale, voire nulle.

Publié dimanche 25 février, ce passage en revue de quelque 200 études publiées dans la littérature savante, conduit par l’agronome italien Lorenzo Furlan (Veneto Agricoltura, Legnaro) et ses coauteurs, met en outre en évidence des méthodes alternatives pour lutter contre les ravageurs.

« Le premier enseignement de cette synthèse des connaissances disponibles est que dans la grande majorité des cas, l’utilisation de ces substances n’augmente pas les rendements agricoles », assure Jean-Marc Bonmatin, chercheur (CNRS) au Centre de biophysique moléculaire d’Orléans, coauteur de ces travaux. Ce constat d’une quasi-absence d’impact positif des traitements insecticides des semences avait déjà été souligné en mars 2014 par le Center for Food Safety américain. Ce dernier avait identifié dix-neuf études publiées ne montrant aucune augmentation significative de rendement, contre seulement quatre suggérant des gains de productivité. Que le bénéfice du recours aux néonicotinoïdes soit nul la plupart du temps n’est, au reste, pas surprenant : l’utilisation préventive de ces pesticides en enrobage de semences est en effet systématique, que des ravageurs soient présents ou non sur la parcelle.

« Les données accumulées sur trente ans dans deux grandes régions agricoles du nord de l’Italie, en Vénétie et dans le Frioul, montrent que les ravageurs du maïs ciblés par les néonics ne sont présents en moyenne que sur 4 % des superficies, dit M. Bonmatin. Ce qui signifie que 96 % d’entre elles n’ont pas besoin de traitements. En définitive, seule une toute petite partie des substances lutte effectivement contre des ravageurs : la plus grande part ne fait que contaminer l’environnement. » L’utilisation systématique des mêmes produits et leur persistance dans l’environnement ont d’autres inconvénients. « Cela engendre la résistance des ravageurs ciblés, ajoute le chercheur français, et conduit à une situation intenable dans laquelle il faut encore accentuer les traitements en cas d’attaque ou utiliser d’autres insecticides encore plus toxiques en complément. »

Parmi les alternatives identifiées par les auteurs figurent des techniques agronomiques comme la rotation des cultures, l’utilisation de la lutte biologique (le recours à des prédateurs naturels des ravageurs, etc.). L’une des possibilités à l’efficacité démontrée est une expérience conduite depuis trois ans en Vénétie, sur plusieurs exploitations agricoles représentant environ 50 000 hectares de culture de maïs. « Les exploitants se sont regroupés, ont construit un fonds d’assurance commun qu’ils abondent à hauteur d’environ 3,50 euros par hectare et par an, détaille M. Bonmatin. Ils économisent ainsi le coût des traitements de semences qui revient à quelque 40 euros par hectare et sont indemnisés si leur récolte est détruite par des ravageurs. » Le fonds est largement bénéficiaire puisque, précise le chercheur, seule la moitié des sommes récoltées est généralement redistribuée à titre d’indemnisation.

La revue de littérature conduite par les chercheurs pose question : pourquoi les agriculteurs engagent-ils des sommes importantes pour des produits chimiques la plupart du temps inutiles ? « La raison est un conflit d’intérêts structurel : le conseil technique aux agriculteurs est assuré par ceux qui leur vendent les traitements pesticides, résume M. Bonmatin. Si ces conseils étaient prodigués par des agronomes indépendants, la situation serait très différente. »

Préconisée par un récent rapport parlementaire, la séparation de ces deux activités – conseil technique et vente de phytosanitaires – est l’une des promesses de campagne d’Emmanuel Macron et l’un des axes de l’action du gouvernement pour faire baisser le recours aux traitements de synthèse dans les campagnes françaises.

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2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 09:38

Une carte inédite, basée sur des données satellitaires, révèle que les navires opèrent sur 200 millions de km2, une zone quatre fois plus vaste que celle utilisée par l’agriculture. Par Audrey Garric le 24 février 2018 pour Le Monde. Lire aussi Les Nations unies s’attaquent à la surpêche dans les océans.

Deux chalutiers chinois dans le port d’Abidjan (Côte d’Ivoire) en 2007. KAMBOU SIA / AFP

Deux chalutiers chinois dans le port d’Abidjan (Côte d’Ivoire) en 2007. KAMBOU SIA / AFP

C’est une nouvelle illustration de la colossale pression que l’humain exerce sur les océans. La pêche industrielle exploite au moins 55 % de la surface des mers dans le monde – soit plus de quatre fois la superficie occupée par l’agriculture sur terre. Voilà les conclusions d’une vaste étude, publiée dans Science vendredi 23 février, qui passe au crible, avec un degré de précision inédit, l’ampleur des prises de poissons partout sur la planète, jusqu’aux déplacements du moindre navire et à ses activités heure par heure. Elle fournit une carte interactive, accessible au grand public, de l’empreinte mondiale de la pêche.

Pour obtenir ces résultats, les chercheurs appartenant à des ONG (Global Fishing Watch, National Geographic Society, SkyTruth), des universités (Californie et Stanford aux Etats-Unis, Dalhousie au Canada) ainsi que Google ont récupéré 22 milliards de messages diffusés depuis les positions des systèmes d’identification automatique (SIA) des navires entre 2012 et 2016. Ces SIA, à l’origine conçus pour éviter les collisions, donnent l’identité des bateaux, leur position, leur vitesse et leur angle de rotation chaque poignée de secondes, enregistrés par des satellites et des stations au sol.

Technologie d’apprentissage automatique

Les scientifiques ont exploité cette gigantesque masse de données grâce à une technologie d’apprentissage automatique qu’ils ont développée (deux réseaux neuronaux convolutifs, outils couramment utilisés dans la reconnaissance avancée d’images). L’algorithme a pu identifier 70 000 navires commerciaux, leur taille et leur puissance, leur comportement (pêche ou navigation), le type de prises qu’ils pratiquent, ainsi que le lieu et le moment où ils opèrent à l’heure et au kilomètre près. Cet échantillon représente plus des trois quarts des bâtiments de plus de 36 mètres dans le monde.

L’empreinte mondiale de la pêche, par satellite. Les zones les plus concernées sont l’Atlantique Nord-Est et le Pacifique Nord-Ouest, et quelques régions au large de l’Amérique du Sud et de l’Afrique de l’Ouest. GLOBAL FISHING WATCH

L’empreinte mondiale de la pêche, par satellite. Les zones les plus concernées sont l’Atlantique Nord-Est et le Pacifique Nord-Ouest, et quelques régions au large de l’Amérique du Sud et de l’Afrique de l’Ouest. GLOBAL FISHING WATCH

Résultat : ces bateaux ont exploité 55 % de la surface des mers en 2016, soit 200 millions de km2 (contre 50 millions occupés par l’agriculture). « Mais ces données ne tiennent pas compte des régions où la couverture par satellite est mauvaise ou des zones économiques exclusives [ZEE] présentant un faible pourcentage de navires qui utilisent un système d’identification automatique », notent les auteurs. Par extrapolation, ils jugent que la pêche industrielle a plutôt concerné 73 % de la superficie des océans.

600 fois la distance Terre-Lune

Dans le détail, les chiffres donnent le tournis. Rien qu’en 2016, l’équipe de chercheurs a observé 40 millions d’heures de pêche par des navires qui ont consommé 19 milliards de kWh d’énergie et parcouru plus de 460 millions de kilomètres, soit 600 fois la distance aller-retour de la Terre à la Lune.

La pêche industrielle exploite plus de la moitié de la surface des océans

Les zones les plus concernées sont l’Atlantique nord-est (Europe) et le Pacifique nord-ouest (Chine, Japon, Russie), ainsi que quelques régions au large de l’Amérique du Sud et de l’Afrique de l’Ouest. Si la plupart des pays pêchent principalement dans leur propre ZEE, la Chine, l’Espagne, Taïwan, le Japon et la Corée du Sud représentent 85 % de cette activité en haute mer. La pêche à la palangre est la technique la plus répandue (dans 45 % des océans), suivie par la senne coulissante (17 %) et le chalutage (9 %).

La pêche industrielle exploite plus de la moitié de la surface des océans

L’étude montre également que les périodes et les intensités de la pêche ne dépendent que très peu des cycles naturels tels que les variations climatiques ou la migration des poissons, ni même du prix du fioul. Elles sont, en revanche, influencées par les décisions politiques, comme un moratoire estival instauré en Chine, et la culture – l’activité baisse durant les week-ends et les vacances de Noël dans l’hémisphère Nord.

Gestion durable de la pêche

« En permettant à tout le monde de télécharger nos données, et notamment aux décideurs politiques, nous cherchons à améliorer la transparence dans le secteur de la pêche commerciale et à renforcer les possibilités d’une gestion durable », explique David Kroodsma, auteur principal de l’étude et directeur des recherches et du développement au Global Fishing Watch.

Ces travaux ne disent toutefois rien des quantités de prises de pêche ou de leur évolution dans le temps. « Nous pouvons savoir pendant combien de temps les bateaux pêchent, mais il faudrait le combiner à d’autres données, précise Kristina Boerder, l’une des coauteurs et doctorante à l’université Dalhousie. Grâce à notre carte, nous pouvons protéger des écosystèmes fragiles comme les récifs coralliens d’eau froide menacés par le chalutage profond, travailler sur la surpêche et la pêche illégale et connaître également les zones mieux gérées ou l’efficacité des aires marines protégées. »

D’après le dernier rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, 31 % des stocks de poissons sont surexploités dans le monde, ce qui signifie que ces espèces sont prélevées plus rapidement qu’elles ne peuvent se reproduire. Un phénomène trois fois plus massif qu’il y a quarante ans. « L’empreinte mondiale de la pêche est beaucoup plus importante que les autres sources de production de nourriture alors que les pêcheries ne fournissent que 1,2 % des calories consommées par les humains, soit 34 kcal par habitant et par jour », remarquent les auteurs. Ce qui renforce la nécessité d’une gestion durable.

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1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 17:32

Dans une tribune du « Monde » le 17 février, un collectif comprenant entre autres Yann Arthus-Bertrand, Allain Bougrain-Dubourg, José Bové et Audrey Pulvar considère que le plan Loire ne suffit plus pour préserver cette espèce. « L’Etat doit aller plus loin. ». Sur ce sujet, lire aussi Les Nations unies s’attaquent à la surpêche dans les océans.

« Il faut sauver le saumon de la Loire sauvage »

Le grand saumon de la Loire et de l’Allier est en péril. Autrefois abondant, puisque 100 000 saumons remontaient le fleuve au XVIIIe siècle, il n’en restait qu’une centaine à la fin des années 1980 en raison de la dégradation continue de son milieu de vie.

En 1994, après la mobilisation victorieuse du collectif d’association Loire vivante ayant permis de stopper la construction de grands barrages inutiles sur la « Loire sauvage », l’Etat a lancé le plan « Loire grandeur nature ». Ce premier plan de gestion durable d’un grand fleuve dans notre pays comprenait un ambitieux volet de sauvetage du saumon.

En vingt ans, les retours annuels ont sérieusement augmenté, avec 700 poissons en moyenne. Un premier succès, insuffisant, mais qui a redonné espoir à tous ceux qui veillent sur l’avenir de ce voyageur incomparable, nageant sur 12 000 kilomètres entre la Loire et l’océan Atlantique durant son cycle de migration.

La plus grande salmoniculture d’Europe

Avec le plan Loire, l’Etat s’était donné les moyens de réussir. En 1998, il avait effacé plusieurs barrages inutiles sur la Loire, la Vienne, l’Allier. Il avait aussi suspendu toute forme de pêche et édifié la plus grande salmoniculture d’Europe sur les bords de la Desges, à Chanteuges, en Haute-Loire. Cet outil remarquable, devenu en 2007 le Conservatoire national du saumon sauvage, produit des juvéniles de saumons à partir de la souche du bassin de la Loire. Il en exporte aussi sur le Rhin, la Meuse, où des programmes de réintroduction ont débuté. Il joue un rôle capital pour aider à reconstituer une population viable, le temps que la restauration des habitats s’amplifie.

Et elle avance : en 2010, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, l’Etat, audacieux, a décidé d’abaisser d’une douzaine de mètres le grand barrage de Poutès. Ce grand barrage EDF, construit au cœur des meilleurs habitats et sites de reproduction du haut Allier, avait une responsabilité directe dans l’effondrement de la population. En 2021, il deviendra transparent pour le saumon.

Ces actions exemplaires

Bref, le plan Loire portait une ambition rare, dans un pays qui a encore du mal à construire de grandes politiques de restauration de sa biodiversité. Et toutes ces actions exemplaires avaient redonné de l’espoir aux scientifiques, pêcheurs, naturalistes, élus, entreprises qui se battaient depuis des décennies pour que cet animal magnifique ne rejoigne pas la longue liste des espèces disparues.

Or, au fil de ces dernières années, le plan Loire a perdu sa consistance. Aujourd’hui, la restauration des habitats patine. Pire, sous les coups de boutoir d’une petite hydroélectricité arrogante, qui prétend contribuer à la lutte contre le péril climatique, le chantier d’une microcentrale a débuté juste en amont du Conservatoire national du saumon sauvage, à quelques kilomètres du futur « Nouveau Poutès ». L’installation, d’une puissance de 75 kW, soit vingt fois moins qu’une éolienne d’aujourd’hui, menace le fonctionnement du Conservatoire du saumon et pourrait être suivie par des dizaines d’autres installations de ce type sur le bassin de la Loire.

Nous ne pouvons pas perdre le saumon de la Loire, dernier saumon de longue migration d’Europe de l’Ouest

Il est temps de nous ressaisir. Temps de redonner à la conservation du saumon de la Loire l’importance qu’elle mérite, dans un pays qui vient de voter en 2016 une ambitieuse loi de reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. Nous ne pouvons pas perdre le saumon sauvage, « l’esprit des rivières du nord », comme l’écrivait joliment le professeur Carl Safina. Nous ne pouvons pas perdre le saumon de la Loire, dernier saumon de longue migration d’Europe de l’Ouest. Nous devons stopper les projets de microcentrales sur notre dernier fleuve à grands saumons d’Europe, installations qui n’apportent rien de significatif à l’indispensable transition énergétique. M. Nicolas Hulot, aidez-nous à redonner de la vigueur au plan Loire ! Aidez-nous à sauver le saumon de la Loire !

Signataires : Yann Arthus-Bertrand (Good Planet) ; Allain Bougrain-Dubourg (LPO) ; José Bové (député européen) ; Michel Dubromel (président FNE) ; Jacky Bonnemains (président, Robin des Bois) ; Roberto Epple (président, ERN-France) ; François Letourneux (président d’honneur de l’UICN) ; Audrey Pulvar (présidente, Fondation Nicolas Hulot) ; Serge Orru (ancien directeur du WWF France, conseiller à la Ville de Paris) ; Dominique Lang (prêtre assomptionniste, biologiste et journaliste) ; Martin Arnould (Le Chant des Rivières) ; Franck Laval (Ecologie sans frontières) ; Fabrice Nicolino (journaliste) ; Francis Rome (maire de Blassac, président Allier Sauvage).

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1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 11:23

La gestion des déchets radioactifs en France est devenue inextricable. Plutôt que de continuer à empêcher le débat, les responsables doivent ouvrir l’information. Une vraie réflexion collective sur ce legs empoisonné aux générations futures est indispensable. Un dossier passionnant de Reporterre en quatre articles du 13 au 16 février, dont EXCLUSIF - EDF veut construire une piscine géante de déchets nucléaires à Belleville-sur-Loire. Introduction dans l'article ci-dessous d'après Hervé Kempf. Après l'évacuation des "hiboux" mobilisés contre le projet Cigéo à Bure, lire aussi sur ce blog L’Autorité de sûreté nucléaire souligne le risque d’incendie au centre de stockage radioactif de Bure, À Bure, la fabrique du consentement pour le projet contesté d’enfouissement de déchets radioactifs et Déchets nucléaires : l’impasse.

À Okalo, projet de site d’enfouissement en Suède (© Marion Paquet/Reporterre)

À Okalo, projet de site d’enfouissement en Suède (© Marion Paquet/Reporterre)

La réponse du gouvernement à la question posée par l’opposition, mercredi 14 février, sur les déchets nucléaires, était pitoyable et méprisante.

La députée (FI) Caroline Fiat formulait, dans le fil de la révélation par Reporterre du projet de stockage sous eau de déchets radioactifs à Belleville-sur-Loire, trois questions : la publication de la carte des sites de déchets nucléaires en France, un débat sur les déchets nucléaires, la protection des lanceurs d’alerte à Bure (Meuse), où un site d’enfouissement est envisagé.

La secrétaire d’État Brune Poirson, représentant le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, et le gouvernement, n’a répondu à aucune de ces questions, et n’a donné aucune précision sur le projet de Belleville-sur-Loire. Continuant sur la lancée du mépris des contradicteurs et du refus de la transparence qui fait l’ordinaire de la politique nucléaire en France, elle a affirmé avec une emphase qui confine au ridicule : « Nous avons exploré depuis des années, des décennies, toutes les solutions au stockage des déchets. »

Eh bien non, on n’a pas envisagé toutes les solutions, ni même posé correctement la question des déchets. Et menti plus d’une fois, comme lorsque Mme Lauvergeon prétendait que les déchets nucléaires tiendraient dans... une seule "piscine olympique".

Cinq casse-tête au lieu d’un

Posons correctement la question des déchets. En soulignant que la situation dans laquelle l’industrie nucléaire a conduit la France est particulièrement compliquée. Pourquoi ? Parce que, alors que les autres pays exploitant l’énergie nucléaire n’ont à gérer qu’un seul type de déchets, les combustibles usés sortant très radioactifs des réacteurs, la France s’est engagé dans la voie du retraitement, qui aboutit à créer cinq types de déchets, comme nous l’avons expliqué en détail cette semaine :

. les actinides mineurs ;
. le plutonium ;
. le MOx usé ;
. l’uranium de retraitement ;
. le combustible uranium usé.

On simplifie ici la situation, parce qu’on compte aussi des combustibles graphite-gaz, de l’uranium appauvri, des stériles miniers, etc. Mais restons-en à ces cinq types de déchets, les plus dangereux. Comme chacun présente des caractéristiques radioactives et thermiques différentes, chacun appelle une solution particulière. Autrement dit, alors que, par exemple, les États-Unis ou la Suède n’ont à gérer qu’un seul type de déchets nucléaires — et n’y trouvent d’ailleurs pas de solution —, la France a cinq casse-tête au lieu d’un. L’honnêteté consisterait à le reconnaître, plutôt qu’à faire croire à l’opinion qu’il y a des « déchets nucléaires » et qu’il suffira de les enfouir pour régler le problème.

Ouvrir l’information et arrêter de criminaliser les contestataires

Raisonner sur la réalité — il y a cinq casse-tête et pas un seul — entraîne trois conséquences :

  • Il faut reposer nettement sur la table tout le projet Cigéo, dont les caractéristiques techniques sont très discutables ;
  • Il faut ouvrir l’information sur le projet de Belleville-sur-Loire et sur la situation du stockage à La Hague ;
  • Il faut préparer l’arrêt du retraitement, qui complique la situation en continuant à produire ces cinq types de déchets.

Toutes les solutions, on le voit, n’ont pas été envisagées. Il est temps de le faire. Et de réfléchir aussi à l’entreposage à sec, qui est pratiqué à grande échelle dans plusieurs pays.

Le débat est urgent, comme l’est la nécessité d’ouvrir l’information, plutôt que de continuer les cachotteries, comme le font EDF et le gouvernement.

Il est tout aussi indispensable de stopper la répresseion policière et judiciaire contre ceux qui, dans la Meuse et ailleurs, contestent le projet Cigéo et les choix dangereux de l’industrie nucléaire. Ils sont, comme l’a justement dit Mme Fiat, des lanceurs d’alerte, et contribuent à avertir la société des dangers qu’elle court à fermer les yeux. Pour l’instant, la réponse que donne le gouvernement est exactement celle d’un État policier. Cela n’est plus acceptable.

Lire aussi sur Reporterre EXCLUSIF - EDF veut construire une piscine géante de déchets nucléaires à Belleville-sur-Loire,                                                                      Déchets nucléaires : les piscines de La Hague vont déborder,                                  Piscine et transport de déchets nucléaires : ça risque gros  et                                    Déchets nucléaires : à force de mauvais choix, la France est dans l’impasse.

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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 10:09

Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé la tenue d’assises de l’eau, les auteurs de cette tribune en appellent à la représentation nationale pour que la France respecte enfin ses engagements en la matière. Lettre ouverte de plusieurs grandes associations, dont la Ligue des Droits de l'Homme le 19 février 2018. Lire aussi La qualité de l’eau se dégrade encore en France, Sécheresse, surexploitation : le monde a soif et Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France.

Notez aussi, pour amplifier cette "victoire pour l'eau publique", la création d'un Collectif Eau Publique Les Lilas, qui peut être joint à collectifeaupubliqueleslilas@mail.fr, ou en laissant un message sur ce blog. Une réunion publique est prévue le 21 mars en Mairie des Lilas, avec Jean-Claude Oliva, directeur de la Coordination Eau Île-de-France, et Jérôme Gleizes, administrateur d'Eau de Paris.


Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Nous nous adressons à la nouvelle représentation nationale afin que soit institué l’accès à l’eau et à l’assainissement comme un droit effectif pour tous.

Le 28 juillet 2010, la France a officiellement soutenu l’adoption de la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies reconnaissant «le droit à une eau potable salubre et propre comme un droit fondamental, essentiel au plein exercice du droit à la vie et de tous les droits de l’homme ». Sept ans après l’adoption de cette résolution, issue d’un engagement politique fort au niveau international, l’accès au droit à l’eau et à l’assainissement n’est toujours pas intégré clairement dans notre législation interne, ni rendu effectif pour tous les Français, par le choix de mesures concrètes permettant sa mise en œuvre. Pourtant, des progrès ont été accomplis au plan national pour conforter le droit à l’eau et, en particulier, pour interdire par la loi les coupures d’eau et le « lentillage » (restriction de la distribution d’eau) au domicile principal. 

En août 2015, les États membres des Nations unies ont adopté les Objectifs 2030 du développement durable, qui placent le droit humain d’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène au cœur des 17 Objectifs de développement durable. Leur mise en œuvre devrait être garantie partout. La France, qui se veut exemplaire, doit chercher à « respecter, protéger, promouvoir » ces Objectifs, notamment ceux relatifs à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène.

En outre-mer, les conditions d’accès à l’eau potable et à l’assainissement sont indignes de notre pays 

Dans ce domaine, la situation actuelle en France reste à améliorer. Plus d’un million de ménages ont du mal à payer leurs factures d’eau car leur montant est trop élevé relativement à leurs faibles ressources. En outre, des centaines de milliers de personnes (ménages en habitat insalubre, personnes sans domicile fixe, …) sont privées d’accès à un réseau d’eau, à des toilettes et à des douches. Elles ne peuvent pas satisfaire leurs besoins élémentaires : manger, boire, se laver, y compris lorsqu’elles occupent un domicile, alors que le Conseil constitutionnel a considéré le 29 mai 2015 que « la possibilité pour toute personne de disposer d’un logement décent est un objectif de valeur constitutionnelle ». Cette situation contribue aux discriminations que subissent certaines populations comme les Roms ou les migrants. En outre-mer, les conditions d’accès à l’eau potable et à l’assainissement sont indignes de notre pays, comme en témoignent les crises de l’eau à Mayotte, en Guyane, en Guadeloupe.

D’autre part, il existe en France une inégalité de traitement entre l’assainissement collectif et non collectif. Devant cette discrimination financière, il apparait nécessaire de mettre en place les mécanismes qui permettront une égalité de traitement.

Enfin, comment garantir le droit à l’eau sans une meilleure préservation de la ressource ? La situation est préoccupante : la qualité de l’eau ne cesse de se dégrader et les pollutions de se multiplier. Sur le plan quantitatif, les pénuries d’eau se développent sous l’effet du changement climatique, intensifiant les conflits d’usage. 

Une modification de la Constitution ou voter une loi nouvelle

Compte tenu de tous ces éléments, la France ne satisfait donc pas aux Objectifs du développement durable pour l’eau. Dans ce contexte, il est nécessaire qu’elle prenne position et reconnaisse officiellement l’accès à l’eau potable et à l’assainissement comme un droit effectif pour tous. Conformément à ses engagements internationaux, la France devra rendre compte de ses progrès en matière d’atteinte des Objectifs du développement durable dès 2018 devant le Forum politique de haut niveau des Nations unies sur le développement durable.

Compte tenu de la nouvelle séquence politique dans laquelle la France est entrée, la représentation nationale pourrait porter une modification de la Constitution ou voter une loi nouvelle qui permette enfin au droit à l’accès à l’eau de devenir une réalité pour tous dans notre pays.

Mesdames et Messieurs les Parlementaires, vous incarnez le nouveau visage de la représentation nationale : mettez ce sujet prioritaire à l’ordre du jour de l’agenda politique. Nos organisations sont mobilisées partout dans le monde pour faire avancer cette cause. Nous pouvons construire la reconnaissance du droit à l’eau pour tous ensemble, rencontrons-nous.


Les organisations signataires :

La voix des Rroms ; Ligue des droits de l’Homme ; Mouvement Utopia ; Réseau Foi et justice ; Réseau Foi et justice Afrique Europe ; Secours islamique France ; Toilettes du monde ! Association des Usagers de l’eau d’Héricourt et du Pays d’Héricourt ; Hydraulique sans frontières ; Ingénieurs Sans frontières ; Intersolidar Actionaid France ; Adede ; Association de défense de l’environnement et de la nature de l’Yonne (ADENY) ; Association de défense des utilisateurs de l’eau de Salernes ; Association Eau bien Commun Côte d’or ; Eau bien Commun Gard ; Collectif national droits de l’Homme Romeurope ; Coordination Eau bien commun Auvergne Rhône Alpes (Aura) ; Coordination Eau bien commun Bourgogne Franche Comté (BFC) ; Coordination Eau bien commun Provence Alpes Côte d’Azur (PACA) ; Coordination Eau Ile-de-France ; Coordination Jurassienne Eau et assainissement-CoJEA ; Eau vive France ; Emmaüs international ; Fnasat Gens du voyage ; Fondation Abbé Pierre ; France Amérique Latine ; Green Cross International ; Hé’EAU

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18 février 2018 7 18 /02 /février /2018 10:27

Quatre personnes sur dix souffrent de la raréfaction de l’eau. Les villes sous pression de l’explosion démographique sont à leur tour touchées et menacées de rupture d’approvisionnement. Par Martine Valo le 17 février 2018 pour Le Monde.

Au Cap, en Afrique du Sud, les habitants viennent se ravitailler en eau, le 2 février. BRAM JANSSEN / AP

Au Cap, en Afrique du Sud, les habitants viennent se ravitailler en eau, le 2 février. BRAM JANSSEN / AP

Alerte à la sécheresse ! Mardi 13 février, les autorités sud-africaines ont proclamé l’état de catastrophe naturelle dans tout le pays. Les 4,5 millions d’habitants du Cap sont menacés de se voir couper les robinets. Au Mozambique voisin, alors que les réserves sont au plus bas, un quart de l’agglomération de Maputo (4 millions d’habitants) est privée d’eau potable, car le gouvernement a décidé d’alimenter en priorité l’agriculture et la production d’électricité. La situation en Afrique australe est révélatrice d’une crise mondiale de l’eau. Elle touche désormais les centres urbains et non plus seulement les campagnes. En 2015 déjà, Sao Paulo, la ville la plus peuplée du Brésil, avait failli connaître elle aussi les affres du « jour zéro ». Puis en 2016, ce fut le tour de Freetown en Sierra Leone, de La Paz en Bolivie, de Ouagadougou au Burkina Faso.

Quatre personnes sur dix souffrent de pénurie dans le monde, selon l’Organisation des Nations unies, qui prévoit une probable dégradation à l’avenir sous l’effet du changement climatique. Le réchauffement va accentuer l’aridité des régions du monde qui en souffrent déjà, contribuer au desséchement des sols, accélérant l’évaporation des végétaux et rendant plus difficile l’absorption des pluies diluviennes qui filent alors trop vite vers l’océan. Les sécheresses à répétition vont aggraver les problèmes que connaissent déjà les centres urbains sous la pression d’une explosion démographique généralisée. Plus de la moitié (54 %) de la population mondiale vit en ville aujourd’hui et les prévisions d’augmentation oscillent entre 60 % et 92 % d’ici à la fin du siècle. Les installations d’alimentation et d’assainissement ne parviennent pas à suivre un tel rythme.

« Réfléchir autrement »

« Ce ne sont pas les mégapoles mais les villes de taille moyenne qui vont avoir le plus de difficultés, car elles manquent non seulement de capacités techniques, mais aussi d’experts à l’esprit grand ouvert pour réfléchir autrement aux défis posés par une augmentation rapide de leur population de 2 % ou 3 % », estime Richard Connor, qui coordonne les rapports de référence réalisés par le Programme mondial pour l’évaluation des ressources en eau (ONU-Eau). Le thème de cette année porte sur les solutions davantage inspirées de la nature que de la technologie pour faire face aux pénuries.

 

D'après Nature Sustainability

D'après Nature Sustainability

Car les hommes épuisent les nappes souterraines dont ils dépendent sans leur laisser le temps de se recharger ; détournent des fleuves en fonction de leurs besoins sans se soucier des conséquences chez leurs voisins ; drainent les zones humides et rejettent les eaux usées dans l’environnement à 80 % sans traitement sur toute la planète. Résultat : les inquiétudes portent désormais sur les sources mêmes d’approvisionnement, et les tensions paraissent inévitables.

D’autant que plus de citadins à nourrir signifie, dans les campagnes, des besoins accrus en eau pour l’agriculture – alors que ce secteur représente déjà 70 % des prélèvements mondiaux. Les surfaces irriguées ont plus que doublé et le cheptel d’animaux domestiques a triplé en cinquante ans, selon l’ONU-Eau. « L’émergence de classes moyennes en Inde, en Chine, qui mangent plus de viande, achètent des machines à laver… accélère la demande globale », résume Richard Connor. Et de souligner :

« Le problème de l’eau reste directement proportionnel à celui de la pauvreté. Au Canada, par exemple, qui est un pays riche, des populations amérindiennes n’ont pas accès à un service d’eau adéquat… »

La Banque mondiale vient d’annoncer qu’elle allait financer à hauteur de 210 millions de dollars (170 millions d’euros) un important projet pour améliorer la desserte en eau potable et l’assainissement de Bagdad. Après des années de guerre, la capitale de l’Irak, dont la population a augmenté de 45 % en trois ans, souffre de fuites dans les canalisations, de coupures en été et d’épidémie de maladies d’origine hydrique, responsables de dysenteries.

Les pays développés sont eux aussi confrontés à des difficultés d’approvisionnement. Aux Etats-Unis, les hydrologues du bassin du Colorado prévoient que le lac Powell, l’un des principaux réservoirs du sud-ouest du pays, risque de ne même pas atteindre la moitié de son niveau habituel (47 %) au printemps, compte tenu des faibles tombées de neige de l’hiver. Or ce fleuve alimente 40 millions de personnes et de nombreuses fermes dans sept Etats américains et jusqu’au Mexique.

Sur les 482 principales agglomérations du monde abritant 736 millions d’habitants, près d’une sur quatre devrait connaître de sérieux problèmes.

En Californie, qui connaît déjà des mesures fréquentes de réduction d’eau, Los Angeles figure en tête des métropoles les plus menacées à l’avenir par les pénuries, indique une étude publiée dans Nature Sustainability en janvier. Celle-ci note que la consommation d’eau domestique a presque quadruplé au cours des soixante dernières années – davantage encore dans les villes, dont la demande pourrait encore augmenter de 80 % d’ici à 2050. A l’aune du changement climatique, la compétition s’annonce rude pour l’eau potable.

Les auteurs de cette étude – des chercheurs de l’université de Cassel, en Allemagne – ont travaillé pendant deux ans, croisant des prévisions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et des recueils de données socio-économiques, en particulier les tendances démographiques. Ils ont systématiquement développé trois scénarios : soit les prélèvements en eau servent en priorité les citadins, soit l’agriculture et l’industrie, soit, enfin, ils protègent aussi les besoins des écosystèmes naturels, maintenant notamment le débit des fleuves. Des éléments qui changent considérablement la donne.

« Un fort potentiel de conflit »

Quoi qu’il en soit, selon cette publication, sur les 482 principales agglomérations du monde abritant 736 millions d’habitants, près d’une sur quatre (27 %, soit 233 millions de personnes) devrait connaître de sérieux problèmes puisque, en 2050, ses besoins en eau seront supérieurs aux volumes disponibles en surface. Et près d’une sur cinq (19 %) de celles qui sont alimentées grâce à des transferts massifs depuis d’autres bassins versants présente « un fort potentiel de conflit entre secteurs urbain et agricole », notent les experts, en particulier dans le sud de l’Afrique, en Amérique latine, en Asie du Sud.

Pourquoi Le Cap ne figure-t-elle pas dans leur liste des 100 villes les plus vulnérables au stress hydrique ? « Parce qu’elle est victime d’une situation de sécheresse conjoncturelle, nos modèles prennent en compte des tendances de long terme, explique Martina Flörke, du Centre de recherche sur les systèmes environnementaux de l’université de Cassel, qui a dirigé l’étude avec son collègue Christof Schneider et Robert I. McDonald de l’ONG américaine The Nature Conservancy. Dans l’ensemble, les risques s’aggravent pour les villes qui manquent déjà d’eau. Et notre recherche devrait alerter les dirigeants : leurs choix stratégiques pour approvisionner les centres-villes affectent aussi les populations de zones rurales déjà soumises à des pénuries, prévient-elle. Il est temps en outre que dans des régions comme l’Amérique du Nord, les gens réalisent qu’ils utilisent beaucoup trop d’eau. »

Les difficultés des urbains ne doivent pas occulter la réalité du moment. Selon l’ONU, qui a revu ses statistiques en 2017, 2,1 milliards de personnes sur la planète n’ont pas accès à une eau gérée en toute sécurité – 263 millions se trouvent même à plus d’une demi-heure du premier point d’eau – et 892 millions défèquent en plein air. La plupart vivent en zone rurale.

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