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8 février 2018 4 08 /02 /février /2018 13:24

Dans un rapport sévère, la Cour des comptes dénonce le montage financier de ce « compteur intelligent » et les faibles gains pour l’usager. D’après Erwan Benezet, Matthieu Pellol et Nabil Wakim le 8 février 2018 pour Le Parisien et Le Monde. Lire aussi Ondes magnétiques, une pollution invisible et Compteurs Linky : pas de danger sanitaire.

La Cour des comptes dénonce le coût du déploiement des compteurs Linky

A qui profitent les nouveaux compteurs Linky ? A Enedis (ex-ERDF, filiale à 100 % d’EDF), mais certainement pas aux usagers, du moins pour l’instant. Ce constat sévère, ce n’est pas l’association de défense des consommateurs UFC-Que choisir — en guerre contre Linky depuis des années — qui le dresse, mais la Cour des comptes. Les sages de la rue Cambon, qui rendaient public leur rapport annuel hier matin, ont tiqué sur plusieurs points.

Enedis en profite bien

Alors que huit millions de compteurs « intelligents » Linky sont installés, le remplacement des 31 millions de vieux compteurs doit continuer jusqu’en 2024, à raison de 28 000 compteurs par jour actuellement. Coût : 5,7 Mds€. Mais le montage financier mérite qu’on s’y arrête. Car Enedis, qui avance l’argent pour l’instant, se remboursera — avec intérêts ! — dès 2021 auprès des usagers, par des augmentations de leurs factures. Au passage, selon le calcul de la Cour des comptes, Enedis empochera « une marge » de 500 M€. Un joli bonus !

La cour s’alarme également du mécanisme d’incitations mis en place : si Enedis prend du retard, les pénalités sont limitées. Mais si le projet réussit, les incitations sont très généreuses, et pourraient représenter plusieurs dizaines de millions d’euros supplémentaires pour Enedis. Les magistrats estiment donc que « les conditions de rémunérations d’Enedis sont généreuses et devraient être revues ».

La CRE et Enedis contestent ces conclusions et accusent la cour de faire « une analyse erronée » en négligeant les bénéfices apportés par les compteurs lorsqu’ils seront installés. La commission de régulation de l’énergie estime également que donner des conditions financières avantageuses et stables à Enedis était une des conditions de la faisabilité du programme.

Des bénéfices insuffisants pour les us agers

« Les coûts de pose des compteurs ont été optimisés, mais cette optimisation a été faite au détriment de la communication avec les usagers », fustigent les magistrats financiers. Avec un temps de pose moyen de trente minutes, il est dur en effet de faire de la pédagogie auprès des utilisateurs… Dommage, c’est l’autre argument massue de la Cour des comptes : « Les gains que les compteurs peuvent apporter au consommateur sont encore insuffisants. Ce sont pourtant eux qui justifient l’importance de l’investissement réalisé. »

Enedis, dans sa réponse, vante d’ailleurs les mérites des nouveaux services Linky : Linky promet des avantages clairs pour Enedis et les fournisseurs d’électricité (EDF, Engie, Direct-Energie, Total, etc.), avec notamment le relevé à distance et une meilleure connaissance de la consommation.

Mis à part le fait de ne plus devoir attendre le releveur à son domicile, Linky doit permettre au consommateur de mieux maîtriser sa consommation d’électricité et donc de faire des économies. Mais le rapport estime que les informations disponibles sont insuffisantes pour permettre aux utilisateurs de connaître leur consommation détaillée. Et souligne au passage que l’impact sur la consommation d’électricité pourrait être assez faible. Fin 2017, seuls 1,5 % des usagers disposant de compteurs Linky ont ouvert un compte pour connaître leur consommation.

Une prise en compte trop tardive des doutes exprimés

Le déploiement de Linky a fait surgir des doutes dans une partie de la population et de nombreuses critiques ont été émises, note la Cour des comptes dans son rapport. Les opposants s’inquiètent notamment des risques sanitaires liés aux ondes, même s’ils ne sont corroborés par aucune étude officielle, rappelle le rapport. Ils dénoncent également l’utilisation qui pourrait être faite des données de consommation par Enedis.

La Cour des comptes ne reprend pas ces critiques à son compte – elle souligne par ailleurs que les refus d’installation sont limités : un peu plus de 35 000 compteurs sur 6,1 millions n’ont pu être posés sur la période 2015-2017. Mais elle souligne un « défaut de pilotage » de la part de l’Etat et d’Enedis. Les études sur les conséquences sanitaires ou la protection des données privées sont arrivées trop tard, et n’ont pas été suffisamment communiquées au grand public.

Un soutien pour UFC-Que choisir

Il n’en fallait pas plus pour faire bondir UFC-Que choisir, ravie de trouver pareil soutien du côté de la Cour des comptes. « Les conditions de rémunération d’Enedis sont trop généreuses […] et les bénéfices annoncés pour les consommateurs sont loin d’être atteints », fustige l’association de consommateurs. De quoi également ravir les quelque 350 communes qui s’opposent par tous les moyens, comme des collectifs locaux ou citoyens, au déploiement de Linky sur leurs territoires.

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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 09:09

Chassée de nos assiettes, l’huile de palme s’est glissée dans le réservoir de nos voitures. Son élimination dans les moteurs d’ici à 2021 suffira-t-elle à préserver les peuples autochtones, premières victimes de cette production industrielle ravageuse ? D'après Alexandra Chaignon le mardi 6 Février 2018 pour l’'Humanité.

Infographie : L'Humanité

Infographie : L'Humanité

Le 16 janvier dernier, le Parlement européen se prononçait pour « l’élimination progressive » de l’huile de palme dans les agrocarburants d’ici à 2021. Le même jour, à Kuala Lumpur, des centaines de producteurs malaisiens d’huile de palme manifestaient, agitant des banderoles « Stop à l’interdiction de l’huile de palme » et « L’huile de palme nourrit ma famille ». Selon eux, une telle mesure détruirait les moyens de subsistance de la population rurale, soit quelque 3,2 millions de personnes…

Cette levée de boucliers résume à elle seule la controverse qui entoure cette production, entre impact social, environnemental et pressions commerciales. Marginale encore il y a quelques années, l’utilisation de l’huile de palme au niveau européen a massivement augmenté depuis 2009 : + 2,5 millions de tonnes entre 2010 et 2014, soit une augmentation de… 600 %. Un développement exponentiel qui s’explique par une avancée technologique, l’hydrotraitement, qui permet d’utiliser une plus grande quantité d’huile de palme pour produire le carburant. Et qui a été acté en 2009 par une directive européenne. En encourageant le mélange d’huiles alimentaires (colza, soja, palme) dans les carburants, il s’agissait de diminuer la dépendance au pétrole, gros émetteur de gaz à effet de serre, tout en offrant un débouché. Il s’agissait aussi d’offrir des débouchés aux agriculteurs en crise, ce que continuait à défendre, il y a quelques jours, le gouvernement malaisien, lequel estime que « les réglementations que l’Union européenne propose d’introduire nuiront aux communautés rurales et réduiront les revenus des familles ».

Solution environnementale et sociale, l’huile de palme intensive ? Faux, rétorquent de nombreux acteurs, selon qui elle a, en réalité, avant tout profité aux multinationales qui l’ont plébiscitée, parce que moins coûteuse que le soja ou le tournesol.

« Les rapports s’accumulent pour dénoncer les impacts des biocarburants, et en particulier l’huile de palme, sur le climat, la biodiversité et sur l’équilibre alimentaire mondial », rappelle Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre. Cultivé sous forme d’immenses monocultures, le palmier à huile est en effet la principale cause de déforestation en Indonésie et en Malaisie, et donc une source majeure de gaz à effet de serre. À l’usage répété des pesticides, à la pollution des sols et des eaux, à l’érosion de la biodiversité et à la menace d’extinction de nombreuses espèces végétales et animales (comme les orangs outangs) s’ajoutent aussi les atteintes aux droits humains. Les fermiers sont régulièrement victimes d’expropriation de terres, se retrouvant sans ressources. Et parfois même assassinés lorsqu’ils ne se laissent pas faire.

Une réalité confirmée par le Philippin John Mart Salunday, membre de l’ONG Coalition Against Land Grabbing (Calg, coalition contre l’accaparement des terres), venu en France à la mi-janvier pour témoigner à l’occasion d’un colloque organisé par la CFDT sur le sujet. « Si on compare les Philippines aux autres pays, c’est là où existe la meilleure protection des peuples autochtones. Le problème, c’est que la loi n’est pas respectée. Sur l’île de Palawan, classée par l’Unesco réserve de biosphère, 9 000 hectares ont été déboisés depuis 2008 malgré ce statut. Le gouvernement avait promis que la production était destinée aux populations locales, à des prix abordables. Dans les faits, 70 % de la production d’Agumil Philippines Inc (le plus gros producteur d’huile de palme de Palawan) part vers Singapour et la Chine. Des centaines de communautés autochtones ont perdu tout ou partie de leurs moyens de subsistance et arrivent à peine à nourrir leurs familles. »

L’entreprise singapourienne Wilmar contrôle plus de 43 % du commerce mondial

« Le gouvernement dit que nos terres sont abandonnées. C’est faux, elles sont utilisées pour nos cultures traditionnelles, qui impliquent des périodes de jachère pour permettre à la terre de se régénérer », renchérit Romeo Japson, invité lui aussi par le syndicat français. Lui est membre de la communauté de Palawan (Philippines), qui a perdu son autosuffisance et, avec elle, ses traditions. « Plus de 70 variétés de riz différentes étaient cultivées sur l’île. Un grand nombre ne le sont plus en raison de la production industrielle, alors qu’elles seraient utiles au regard du changement climatique, car elles ne poussent pas dans l’eau », souligne quant à lui Rustico Mauricio, membre de la communauté Batak, laquelle ne compte plus que 300 membres. « Avec l’expansion de la production industrielle, les peuples perdent leurs sources de revenus, c’est une vraie tragédie, reprend Romeo Japson, dont la communauté envisage de demander réparation et de monter un dossier auprès de l’OIT au nom de l’article 169 sur les droits des peuples autochtones. Beaucoup se posent la question : faut-il mieux lutter contre Agumil ou accepter leurs conditions pour gagner quelques sous ? » Ainsi, quand les cours de l’huile de palme baissent, les grosses compagnies font pression sur les petits producteurs, mais quand le prix augmente, il n’est bien sûr pas répercuté…

Car c’est bien de misère qu’il s’agit, la preuve avec l’entreprise agroalimentaire singapourienne Wilmar, qui contrôle plus de 43 % du commerce mondial de l’huile de palme. En 2015, ses revenus s’élevaient à 36,45 milliards d’euros. Mais les ouvriers de ses plantations et de ses fournisseurs ne gagnaient pas plus de 2,50 dollars par jour dans certains cas extrêmes. Sans compter que la multinationale est impliquée dans des incendies volontaires de forêts, des atteintes aux droits humains, accaparement des terres, travail des enfants, conditions de travail dangereuses ou encore discrimination envers les femmes… Dans le secteur, ces grandes entreprises tirent profit des violations des droits humains. En 2016, l’ONG Amnesty International a remonté la filière de l’huile de palme provenant de plantations en Indonésie : neuf multinationales réalisent ensemble un chiffre d’affaires d’environ 300 milliards d’euros. Huit de ces neuf entreprises font pourtant partie du principal organisme mondial chargé de rendre l’huile de palme plus durable, la RSPO (table ronde pour une huile de palme plus durable), créée en 2004.

« La certification ne règle rien. C’est un écran de fumée. La seule exigence pour pouvoir certifier l’huile de palme pour les biocarburants est qu’elle réponde aux critères européens de durabilité. C’est insuffisant et cela n’empêche en rien la déforestation. L’utilisation de l’huile de palme en carburant pousse la demande à la hausse et vu les volumes requis, conduit inévitablement à la création de nouvelles plantations. Ce qui se fait soit directement à la place des forêts naturelles, soit indirectement en augmentant la pression foncière et en conduisant à un déplacement des activités humaines vers les forêts », explique Sylvain Angerand. « Le label RSPO ne ralentit pas le rythme des déforestations, au contraire, affirme Dario Novellino, anthropologue à l’université du Kent et fervent défenseur des peuples à l’autodétermination. 84 000 km2 de forêts ont été perdus en 2012. En Colombie, 15 000 personnes ont été expropriées par Poligrow, qui est pourtant membre de la RSPO… » « L’huile de palme est tachée du sang de nombreuses personnes disparues. Dans ces conditions, peut-on dire véritablement que cette huile de palme certifiée est durable ? » interroge le chercheur. Longtemps utilisée en culture vivrière par les communautés indonésiennes ou africaines, la ressource n’est cependant pas sans avenir. « L’Europe ne dit pas qu’elle veut fermer la manne de l’huile de palme, mais celle de l’huile de palme utilisée pour les biocarburants. Au contraire, sur l’alimentation, il y a un vrai challenge, vu que la demande va augmenter. Il y a sans doute là une réponse, tout en commençant à maîtriser la demande locale, les terres n’étant pas extensibles », insiste Sylvain Angerand.

Si LA solution n’existe pas à ce jour, les associations ont des idées. « Il faut réfléchir aux modèles d’accords commerciaux. Quels sont les moyens pour réguler un commerce néfaste pour l’environnement, pour les droits humains, et incohérent du point de vue de l’économie, assène Julie Marsaud, coordinatrice du réseau forêt à France Nature Environnement (FNE). « Il faut se pencher sérieusement sur la question des biocarburants qui rentrent en concurrence avec la production alimentaire », estime pour sa part Arnaud Gauffier, chargé de programme agriculture durable-politiques agricoles au WWF, précisant qu’un « boycott mondial aurait des conséquences dramatiques sur les petits producteurs et les ouvriers ».

S’il est encourageant que les députés européens se positionnent sur l’interdiction de l’huile de palme dans les biocarburants, restera à voir quelle sera la position de l’État français qui, au moment du vote, a rétropédalé…

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Des animaux sauvages en grand danger

Avec le développement exponentiel des plantations de palmiers à huile, de nombreux animaux pâtissent de la destruction de leur habitat naturel. Les orangs-outangs, qui ne vivent plus à l’état sauvage qu’en Indonésie et en Malaisie, en sont les premières victimes. S’ils ne meurent pas dans les feux de forêt, ils sont braconnés. En Asie, les rhinocéros, les tigres, les éléphants sont également menacés. En Afrique, où l’exploitation de palmiers à huile se développe, gorilles et chimpanzés pourraient disparaître à l’état sauvage dans les dix ans à venir.

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6 février 2018 2 06 /02 /février /2018 14:00

A l'occasion de la Journée sans portable, l'association Agir pour l'environnement demande à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, d'interdire ces mobiles. D'après Frédéric Mouchon le 6 février 2018 pour Le Parisien.

LP/ LAURENT GENESLAY

LP/ LAURENT GENESLAY

Hélène le décrit comme un « combat quotidien » entre elle et son fils de 3 ans. Tous les jours, quand elle et son mari ont le dos tourné, Edouard subtilise le portable du papa pour « jouer aux bébêtes ». Pourtant « interdit d'écran », le petit est devenu accro à Clash of Clans, ce jeu sur mobile où l'on participe à des guerres entre tribus. « Il sait visionner tout seul des vidéos sur YouTube, soupire Hélène. Comme son cousin de 11 ans a déjà son portable, on a perdu d'avance, et si on arrive à tenir jusqu'à ses 7 ans sans lui acheter le sien, ce sera déjà bien. »

Inquiet de voir de plus en plus d'enfants pendus à un téléphone, l'association Agir pour l'environnement ira remettre ce mardi matin à la ministre de la Santé deux portables proposés aux tout petits pour lui demander d'interdire ces mobiles. Une initiative qui tombe à point nommé, le jour de la Journée sans portable.

Des modèles qui ressemblent à ceux des grands

Si l'association cible cette tranche d'âge, c'est parce qu'il existe désormais sur le marché des appareils qui lui sont spécifiquement destinés. Il suffit de taper « portable pour enfant » sur Internet pour découvrir des modèles vendus entre 30 euros et 135 euros qui fonctionnent généralement en wi-fi et permettent d'appeler cinq numéros préenregistrés, de regarder des vidéos, d'envoyer des messages instantanés, de télécharger des applications. Bref, des appareils pour bambins qui ressemblent à s'y méprendre à ceux qu'utilisent les grands.

« Pour beaucoup de parents, le portable, c'est une sorte de nouveau doudou censé les occuper et les calmer », s'alarme David Lajarge, auteur de « Tu vas lâcher ce téléphone » (Ed. Michel Lafon). Selon cet ancien coach en bien-être numérique, « enfermer son enfant devant un écran, c'est le condamner à être dans une espèce de bulle, faite de tunnels de vidéos et de jeux débiles ». L'Institut d'éducation médicale et de prévention (IEMP) a lancé lundi un site baptisé Lebonusagedesecrans.fr où des experts expliquent comment garder le contrôle et mettent en garde sur les risques pour la santé des enfants de ce trop-plein d'écrans : troubles du sommeil et de l'humeur, migraines, agressivité, désintérêt pour toute activité extérieure...

Inquiète depuis des années de l'impact sanitaire des radiofréquences, l'association Priartem remettra aussi ce mardi matin une lettre à Agnès Buzyn lui demandant de prendre en urgence un arrêté pour interdire ce type d'appareils. « Le système nerveux central des enfants est encore en formation et des études ont montré que leur cerveau absorbe jusqu'à 60 % de rayonnement électromagnétique de plus que les adultes, souligne la vice-présidente de Priartem, Jeanine Le Calvez. L'Agence nationale de sécurité sanitaire recommande de dissuader l'usage des dispositifs de communication mobile par des enfants de moins de 14 ans. »

 

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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 12:20

Ce document est l’un des premiers textes officiels décrivant en langage non technique les problèmes posés par ces substances, qui interfèrent avec le système hormonal des êtres vivants. L’IGAS recommande aux pouvoirs publics de renforcer leur action sur ces substances toxiques. D'après Stéphane Foucart le 2 février 2018 pour Le Monde. Lire aussi L’Union européenne adopte une définition des perturbateurs endocriniens, Perturbateurs endocriniens : le vote camouflet du Parlement européen, et sur le fond, Perturbateurs endocriniens : la fabrique d'un mensonge et Perturbateurs endocriniens : l’histoire secrète d’un scandale.

L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), le Conseil général de l’environnement et du développement durable et le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux ont remis à leurs ministères de tutelle, courant janvier, un rapport d’évaluation de la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens commandé en août 2017 par le gouvernement.

Très attendu, le texte, que Le Monde a pu consulter, n’est pas encore rendu public ; il est singulièrement percutant. S’il dresse un bilan positif de l’action de l’Etat engagée depuis 2014 dans ce domaine, il en souligne de nombreuses limites au regard des enjeux, qualifiés de « majeurs pour la santé et l’environnement ». Les rapporteurs se montrent aussi, en creux, très critiques vis-à-vis de l’action conduite au niveau européen, notamment par la Commission de Bruxelles, et s’interrogent sur la « crédibilité » de l’action communautaire.

Incidemment, le rapport des trois institutions forme l’un des premiers documents officiels résumant, dans un langage non technique, l’étendue des problèmes posés par les perturbateurs endocriniens (PE), décrits comme sources de « très fortes externalités négatives », c’est-à-dire de dégâts collatéraux très importants. Ces substances – pesticides, plastifiants, solvants, etc. – sont présentes dans une grande diversité d’objets ou de produits du quotidien et dans la chaîne alimentaire. Elles ont en commun d’interférer avec le système hormonal des humains et des animaux.

Tarissement des financements

« Un certain nombre d’affections de la santé humaine sont aujourd’hui suspectées d’être la conséquence d’une exposition aux PE : baisse de la qualité du sperme, augmentation de la fréquence d’anomalies du développement des organes ou de la fonction de reproduction, abaissement de l’âge de la puberté, détaille le rapport. Le rôle des PE est aussi suspecté dans la survenue de certains cancers hormonodépendants, ainsi que des cas de diabète de type 2, d’obésité ou d’autisme. »

Les rapporteurs ajoutent que les effets de ces substances dépendent de l’âge de l’exposition, les impacts majeurs étant le fait d’une exposition « au cours du développement foeto-embryonnaire, de la petite enfance et de la puberté ». Les effets attendus étant différés dans le temps ou le résultat d’une exposition chronique, « le lien de causalité reste souvent difficile à établir », ajoutent les auteurs.

Mise en place en avril 2014, la stratégie nationale pour répondre aux défis scientifiques et réglementaires liés à ces substances est identifiée comme l’une des trois seules initiatives de ce type en Europe – avec la Suède et le Danemark. « Dans un contexte où l’Union européenne, pourtant chargée de réglementer le risque chimique, est en manque de stratégie cohérente, [cette stratégie nationale] était très opportune pour affirmer la volonté politique française d’agir sur un sujet complexe (…) prioritaire en santé-environnement », estiment les auteurs du rapport.

Mesures de réduction de l’exposition des populations (en particulier au bisphénol A), formation de professionnels de santé, investissement dans la recherche scientifique, identification des substances les plus problématiques : la stratégie française, estiment les trois institutions, a donné des résultats positifs. Même s’ils « restent le plus souvent à amplifier ». En particulier, les rapporteurs notent que les travaux de recherche conduits en France sur les PE ont produit des résultats, mais sont menacés par un tarissement des financements. « La réduction des moyens nationaux consacrés à la recherche depuis 2014, aggravée par les évolutions à l’échelon européen (…), a fragilisé la petite communauté scientifique qui s’est constituée depuis quelques années sur le thème des PE, ajoutent les auteurs. Celle-ci a tendance à se réduire par manque d’attractivité, avec un risque de pertes de compétences. »

Les travaux de recherche fondamentale sont d’autant plus cruciaux que certains PE échappent aux principes classiques de la toxicologie, selon lesquels l’effet délétère attendu est toujours proportionnel à la dose. « La quantité d’hormones nécessaire au fonctionnement du système endocrinien étant extrêmement faible, la perturbation de celui-ci peut résulter d’une très faible concentration de substances perturbatrices, notent les rapporteurs, ce qui rend inopérante l’analyse toxicologique classique consistant à définir des seuils à partir desquels le produit devient nocif. »

Impacts peu étudiés

Quant à la surveillance de l’exposition des populations aux PE ou de l’imprégnation de l’environnement, le rapport la juge « hétérogène », soulignant que « la surveillance des sols est quasi inexistante, et la surveillance de l’air est très en retard comparée à la surveillance de l’eau, cadrée par une directive européenne ».

Les impacts de ces substances sur les milieux et les écosystèmes ne sont pas suffisamment étudiés, plaident les auteurs, et ce alors qu’historiquement, les premiers effets des PE ont été relevés sur la faune et « ont servi de signal d’alarme pour la santé humaine ».

Les rapporteurs le disent sans fard : la question n’est pas seulement sanitaire ou environnementale, mais concerne aussi la crédibilité des pouvoirs publics. « Le différentiel entre la vitesse des avancées des connaissances scientifiques et la capacité d’adaptation des règlements sur ce type de sujets émergents est de nature à nuire à la crédibilité de l’action communautaire », écrivent-ils. Or, « les perturbateurs endocriniens s’inscrivent parmi les situations à risque caractérisées par un manque de confiance dans l’action publique ».

Outre le renforcement de la recherche, la réduction des expositions pour les populations à risque, et la surveillance de l’environnement, les trois institutions enjoignent au gouvernement de peser au niveau communautaire pour faire évoluer la réglementation européenne. A ce jour, les textes réglementaires de l’UE ne permettent pas d’exclure les PE, la Commission ayant accumulé un retard de plus de quatre ans dans l’adoption des critères d’identification de ces substances (dans le cas particulier des pesticides) – les rapporteurs rappellent d’ailleurs que l’exécutif européen a, dans ce dossier, été condamné en décembre 2015 par la Cour de justice de l’UE, pour carence.

Au total, le rapport plaide pour un renouvellement et un renforcement de la stratégie nationale lancée en 2014. Mais celle-ci doit être portée par l’ensemble des ministères concernés, au-delà de la santé et l’écologie, plaident les rapporteurs. « Il en va, écrivent-ils, de l’efficacité de sa mise en œuvre et de la crédibilité de l’action de l’Etat ».

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1 février 2018 4 01 /02 /février /2018 16:41

Un livre de Fred Magdoff et John Bellamy Foster, selon la critique de Jean-Pierre Garnier pour Le Monde Diplomatique.

Ce que tout écologiste doit savoir à propos du capitalisme

Avis à tous ceux qui croient encore aux vertus d’une « transition écologique » pouvant faire l’économie d’une transition vers le socialisme. C’est à eux que s’adresse cet ouvrage, synthèse claire de ce que la pensée critique anticapitaliste appliquée à la crise écologique a produit de meilleur outre-Atlantique.

Le capitalisme peut-il virer au vert ? Non, répondent les auteurs, montrant que les problèmes environnementaux majeurs ne peuvent se résoudre par des moyens technologiques tant que les rapports sociaux existants restent intacts. Même si les circonstances historiques les ont jusqu’ici empêchées de se rencontrer, les finalités de l’écologie (durabilité) et du socialisme (égalité réelle) sont indissociables. Le livre refermé, on aura compris que la « voie de la destruction planétaire » restera grande ouverte tant que perdurera le capitalisme. Optimistes, les auteurs invitent à en emprunter une autre, détaillée dans le chapitre final, qui, tirant les leçons des révolutions avortées du siècle passé, propose de « nouvelles possibilités d’émancipation humaine et de justice écologique ».

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28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 09:05

Alors que le slogan " L'imagination au pouvoir " est devenu un mantra d'entreprise, il faut, selon l'universitaire, refuser la fausse alternative entre révolution néolibérale et conservatisme social. Le 25 janvier 2018 par Judith Revel.

Les Français n'ont pas toujours bonne mémoire, mais certaines formules survivent à l'effacement des événements auxquels elles sont liées. C'est le cas de " l'imagination au pouvoir ", énoncé drapeau de 1968. Déclaration de guerre aussi : une guerre de mots et d'images, de gestes et de pratiques, de cheveux soudainement longs, de désirs libérés, d'indignation devant l'injustifiable, d'espoirs joyeux, d'envie de liberté et de justice. Une guerre qui avait en haine la vraie guerre (le Vietnam – mais le souvenir de la seconde guerre mondiale n'était pas si lointain, et celle d'Algérie venait à peine de se terminer) et qui s'opposait à toutes les formes d'autorité : celle des parents sur les enfants, des hommes sur les femmes, du premier monde sur le second et le troisième, de la bourgeoisie sur la classe ouvrière, de la culture " haute " sur les formes d'expression populaire, de l'Eglise sur les mœurs, de l'Etat sur les citoyens, de l'université sur les savoirs, de la famille sur les choix personnels.

Une partie de la jeunesse se dressait contre une génération qui avait permis Vichy puis la défense sanglante d'un monde -colonial qui avait tourné à la guerre civile et dont la France sortait à peine. Changeons le monde, envahissons les rues et les places – nous, hommes et femmes de bonne volonté, ouvriers et étudiants, -immigrés et Français, qui n'avons pas- -demandé à hériter de ce dont se sont rendus responsables ceux qui nous ont précédés. Il s'agissait d'expérimenter de nouvelles manières d'être ensemble, de nouveaux modes de vie.

On réduit souvent les événements de Mai à une révolution hédoniste et libertaire, sexuelle et artistique, apanage de quelques milliers d'étudiants parisiens privilégiés ; on y voit les prémices de cet individualisme libéral qui est aujourd'hui notre lot, chacun voulant faire valoir ses propres désirs, son propre plaisir, ici, tout de suite, au détriment de tous les autres. Rien n'est plus faux : jamais 1968, avec sa soif d'expérimentations antiautoritaires, sa volonté de destituer tous les pouvoirs et de n'en prendre aucun, sa joyeuse envie d'inaugurer le monde, n'a perdu de vue que transformer le réel ne pouvait se faire qu'ensemble – à travers des expérimentations qui, sans exiger des différences qu'elles se conforment à un modèle unique, les laisseraient au contraire libres d'être ce qu'elles étaient. Il fallait créer une société où les différences cohabiteraient sans qu'aucune ne soit jamais considérée comme supérieure à une autre. " L'imagination au pouvoir " : le refus du pouvoir, l'envie d'un monde commun constitué de différences précieuses et riches, la guerre aux autoritarismes, aux égoïsmes et aux traditionalismes de tout poil.

Faut-il attendre la catastrophe ?

Aujourd'hui, le malaise ne naît pas de l'effacement de la mémoire, mais du constat que les mêmes mots qui avaient incarné l'espoir de 1968 – révolution, imagination, transformation – sont devenus le vocabulaire d'un néolibéralisme avide de disciplinariser les vies pour rendre les individus plus productifs et plus gouvernables. La sidération consiste en cela : l'imagination est le maître mot d'une mélasse idéologique qui voudrait que nous soyons d'autant plus dociles que nous sommes utiles, et vice versa. Or notre utilité productive, aujourd'hui, c'est notre faculté d'inventer. Mantra d'entreprise, " l'imagination au pouvoir " est une injonction à se transformer en permanence soi-même, à être plus créatif, plus innovant : il s'agit de dépayser le consommateur avide de nouveautés, d'écraser la concurrence par l'innovation, de capturer l'imagination sociale et de la breveter (c'est-à-dire de la privatiser), pour nourrir la course éperdue à la valorisation économique. " Sois inventif ou crève ", nouvelle formule magique de la sélection naturelle à l'époque du néolibéralisme.

La guerre de chacun contre tous est aujourd'hui une guerre d'imagination : c'est à qui sera le plus étonnant, rapide, inattendu, étrange, paradoxal. La marque même de notre assujettissement est cette obligation du transformisme, le culte de notre propre individualité, ce capital humain que nous sommes devenus et qui nous arrache au fourmillement joyeux et partagé de la socialisation et du partage.

Refuser les transformations néolibérales de la société ? C'est être attaché à des privilèges. Lutter contre l'institutionnalisation de nouvelles injustices ? C'est appartenir au passé. Dénoncer le " détricotage " des grands acquis sociaux ? C'est ne pas être " contemporain ". " Révolution " est aujourd'hui le mot favori de ceux qui réalisent la mise en pièces méthodique de nos vies sous prétexte qu'il faut accompagner le mouvement de l'histoire : une histoire dont ils présentent la (fausse) nécessité comme allant de soi, et dont ils disent être les auteurs exclusifs. Cette histoire n'est pourtant pas la seule, et leur usage de l'imagination n'est pas le nôtre.

Il est urgent et nécessaire à présent de se réapproprier l'imagination et la révolution : elles ne sont pas ce que vous en faites. Notre imagination consiste à dire, pour commencer : je refuse la fausse alternative entre révolution néolibérale et conservatisme social. Le tour de passe-passe qui consiste à inverser les pôles (le néolibéralisme comme facteur irréfutable de progrès ; la critique du néolibéralisme comme frein à la modernité) est obscène. Là où tout est tombé par terre, il faut inventer.

Faut-il la catastrophe pour voir fonctionner à nouveau à l'endroit l'imaginaire du changement ? Pas de réponse à cela – c'est là que commence, sans doute, la responsabilité politique. Libre à nous d'attendre la catastrophe. Libre à nous aussi de décider que l'attente du pire n'est pas bonne conseillère, parce que l'indignation n'attend pas, que l'imagination frémit en chacun de nous et serpente dans la totalité des rapports sociaux : nous voulons tenter d'inventer autre chose. Non pas en dépit du monde (nous ne voulons pas être utopistes), ou sur ses ruines (nous ne voulons pas être catastrophistes), mais dans et contre ce qu'il est.

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27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 09:11

En novembre, suite à la publication de l'alerte "Demain il sera trop tard" de 15000 scientifiques (cf. sur ce blog  Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec) s'engage une discussion entre décroissant-e-s. Il est alors décidé de lancer un appel à la convergence des forces écologiques et altermondialistes. Cet appel est très vite signé par une centaine de personnalités diverses et variées. Nous vous invitons à le découvrir et le signer sur http://initiatives-decroissantes.net/.

Ci-dessous le texte des initiateurs de l’appel sur le site de Mediapart :                        Pourquoi cet appel, pourquoi son succès ?

Cet appel à la convergence a été initié par des objectrices-objecteurs de croissance et décroissant-e-s. Il s'adresse notamment à tous/toutes les écologistes antilibéraux, les altermondialistes, les antiproductivistes. La diversité des premiers signataires qui ont accepté de parrainer ce texte témoigne non seulement qu'il correspond à une initiative attendue par beaucoup et que les idées antiproductivistes n'ont cessé de progresser au sein de la société et notamment parmi les altermondialistes et les écologistes.

Nous nous félicitons de cette convergence mais appelons à aller encore plus loin. Nous sommes convaincus qu'il nous faut prendre au sérieux l'appel des 15000 scientifiques. Nous allons tout droit vers un effondrement si les peuples ne se font pas entendre en se libérant de l'idéologie des dominants. L'écho de l'appel des 15000 scientifiques dans l'opinion publique n'a duré malheureusement qu'un petit matin. Rien ne sera possible tant que l'hégémonie idéologique appartiendra à nos adversaires. 

Nous sommes tout autant convaincus que nous ne pourrons dépasser l'éparpillement actuel de nos forces que si nous nous mettons en chemin pour construire des convergences. Ces convergences doivent se faire sur le front des idées et dans des luttes et expérimentations sociales. Cet appel repose donc sur un texte à la fois clivant et ouvert.

Texte clivant car il dit expressément qu'il nous faut penser en dehors du mythe de la croissance économique,
- car il appelle à rompre avec l'extractivisme, avec la foi béate dans la techno-science, avec l'autoritarisme,
- car il appelle à dénoncer la fabrication du mensonge et d'une science sans conscience promue par les multinationales pour défendre des produits et un monde toxiques,
- car il rappelle qu'existent des limites physiques mais aussi psychiques, culturelles et politiques au "toujours plus",
- car il dit expressément que le solution n'est pas de faire la même chose en moins, bref la décroissance ; l'antiproductivisme, l'écologisme, c'est tout sauf l'austérité qui n'est que le pendant de la croissance
Texte clivant car il soutient contre tous ceux qui cherchent à les opposer, que les solutions qui se cherchent au Nord sont aussi celles qui s'inventent au Sud.

Texte ouvert car nos histoires collectives et individuelles nous ont rendu divers. Nous aimons trop la biodiversité dans la nature pour la refuser dans les idées. Tout jardinier sait que l’efficacité d'un râteau tient au fait qu'il possède toutes ses griffes. L'efficacité de notre appel tient au fait qu'il fait de notre diversité une richesse et non une source de division.
Texte ouvert car si nous sommes multiples nous partageons quelques idées fortes,
- car nous nous refusons à hiérarchiser les résistances même si nous savons qu'on ne fera pas la révolution antiproductiviste, la transition écologique, sans le savoir et sans le vouloir,
- car nous ne voulons pas une nouvelle avant-garde détentrice d'une vérité à majuscule,
-car nous savons qu'existent des formes de vie pré et post-capitalistes que le système rend invisibles,
- car nous avons foi dans la capacité de mobiliser ce déjà-là au service de l'émancipation.

Cet appel à la convergence antiproductiviste n'est donc pas une fin en soi. Nous invitons chacun.e des signataires à multiplier les initiatives dans ce sens. Nous proposerons, pour notre part, une série d'actions dans les mois à venir. Nous vous invitons déjà à envoyer des contributions destinées à nourrir notre convergence sur le blog que nos ami-e-s de Médiapart mettent à notre disposition.

Nous vous invitons à diffuser cet appel, à le faire circuler dans vos réseaux. Le premier geste fondateur de cette convergence est de nous compter. Nous nous réjouissons que cet appel soit déjà repris dans plusieurs pays dont la Suisse, la Belgique, le Canada (Québec), en en attendant d'autres.

Nous vous invitons à le découvrir ci-dessous et à le signer.

Le collectif de décroissant-e-s à l'initiative de l'appel
Paul Ariès, Vincent Bruyère, Thierry Brugvin, Vincent Liegey, Stéphane Madelaine, Jean-Luc Pasquinet, Anne-Isabelle Veillot, Christophe Ondet, Michel Simonin, Christian Sunt

Appel : bientôt il sera trop tard… Que faire à court et long terme ?

Nous avons entendu l’appel de plus de 15000 scientifiques de 184 pays paru le 13 novembre 2017 dans lequel ils tirent la sonnette d’alarme sur l’état désastreux de notre planète. Nous avons compris qu’il s’agit de la dernière mise en garde, car si nous ne prenons pas les mesures adaptées « bientôt il sera trop tard ».

Nous, écologistes, altermondialistes, objecteurs de croissance, décroissants, souhaitons tirer les conséquences pratiques de cet appel, puisqu’il est bientôt « trop tard », c’est maintenant qu’il faut agir. Personne n’a aujourd’hui de réponses toutes faites mais nous savons que nous devons changer de paradigme dominant. L’issue n’est pas du côté de l’austérité et de la croissance mais plutôt d’une rupture avec le productivisme, l’extractivisme, la foi béate dans la techno-science, l’autoritarisme, le capitalisme.

Nous devons changer nos modes de production et d’existence, car ils sont à l’origine de la situation actuelle, et l’effondrement des ressources pourrait nous conduire à la barbarie. Mais nous ne partons pas de rien, nous savons que des alternatives existent déjà à l’échelle mondiale, qu’il faut faire converger ; nous savons aussi que le rêve des 99 % n’est pas d’imiter les 1 % contrairement à ce que voudraient faire croire les dominants.

Nous devons changer nos modes de production et d’existence mais nous savons que demain devra être mieux qu’aujourd’hui tout en divisant immédiatement par trois nos émissions de CO2 et en préservant les écosystèmes. Nous ne croyons plus aux lendemains qui chantent parce que nous voulons chanter au présent. La planète est suffisamment riche pour permettre à dix milliards d’humains de vivre bien si nous en préservons la biodiversité et savons vivre en harmonie avec les autres espèces.

Nos combats d’aujourd’hui doivent nous rapprocher de la société de demain.

Si le réchauffement climatique n’est pas endigué drastiquement, cela va provoquer des sécheresses massives et des famines mondiales. Pour que l’humanité ne disparaisse pas comme une entreprise en faillite, nous vous invitons à signer et à faire signer cet appel afin de prendre date en disant que la solution à moyen et long terme est du côté d’une société de la gratuité, émancipée de la contrainte du « toujours plus » de richesses économiques et de pouvoir sur les autres humains, les autres vivants et la planète.

Pour que l’humanité ne disparaisse pas comme une entreprise en faillite, nous vous invitons à signer et à faire signer cet appel afin d’exiger, dès maintenant, la fin des Grands Projets Inutiles imposés (de l’aéroport NDDL à Europacity en passant par le Grand Prix de France de F1), une réduction drastique du temps de travail (travailler moins pour travailler tous mieux), la généralisation des communs et de la gratuité (des transports en commun, des cantines scolaires, des services culturels et funéraires), une réduction drastique des inégalités de revenus et de patrimoine, un élargissement de la démocratie pour aller vers plus d’autonomie et de responsabilisation des peuples.

Tout doit être repensé dans le cadre de la critique de la croissance car la décroissance que nous soutenons ce n’est pas faire la même chose en moins, ce n’est pas l’éloge du sacrifice, c’est déjà construire une écologie des revenus avec un minimum et un maximum décents et revenir à des taux de prélèvement sur la nature supportables, c’est offrir un avenir dans un monde qui n’en offre plus.

Nous, écologistes, altermondialistes, décroissants, objecteurs de croissance amoureux du bien-vivre, appelons à une démarche commune pour construire un projet de transition vers une société d’a-croissance, juste et démocratique. Nous devrons pour cela dire notre volonté de nous rapprocher, afin de créer un mouvement d’idées riche de sa diversité, de mettre en réseau nos compétences et alternatives, de prendre des initiatives, d’initier des résistances, et de préparer des convergences avec tous ceux et toutes celles qui s’opposent à la barbarie qui vient.

Le collectif de décroissant-e-s à l'initiative de l'appel :
Paul Ariès, Vincent Bruyère, Thierry Brugvin, Vincent Liegey, Stéphane Madelaine, Jean-Luc Pasquinet, Anne-Isabelle Veillot, Christophe Ondet, Michel Simonin, Christian Sunt

Premiers signataires de l'appel (par ordre alphabétique) :
Yves-Marie Abraham, HEC Montréal (Québec)
Alain Adriaens, Député bruxellois honoraire, porte-parole du mouvement politique des Objecteurs de Croissance (B)
Christophe Aguiton, co-fondateur de SUD/solidaires
Gilles Alfonsi, Association des Communistes Unitaires
Gabriel Amard, militant pour l'eau, animateur La France Insoumise
Christian Araud, auteur
Paul Ariès, politologue, rédacteur en chef de la revue les Zindigné(e)s
Isabelle Attard, ancienne députée écologiste
Geneviève Azam, économiste, ATTAC
Sylvie Barbe, écoféministe, yurtao
Julien Bayou, conseiller régional d'Île-de-France et porte-parole du parti Europe Écologie Les Verts
Renda Belmallem, co-fondatrice du Réseau Universitaire Décroissant (RUD)
Jean-Claude Besson-Girard, écrivain
Martine Billard, France insoumise, ex-députée de Paris
Christophe Bonneuil, Historien, directeur de la collection Anthropocène aux Ed. du Seuil
Jacques Boutault, Maire du 2ème arrondissement de Paris (EELV)
François Briens, ingénieur et chercheur en socio-économie et prospective
Thierry Brugvin, sociologue
Thierry Brulavoine, porte-parole de la Maison commune de la décroissance, chroniqueur au journal La Décroissance
Vincent Bruyère, chargé de mobilisation citoyenne à AJENA
Florent Bussy, philosophe
Lionel Chambrot, Amis de la Décroissance Nancy
Fabrice Clavien, Réseau Objection Croissance Genève (ROC-GE)
Yves Cochet, ancien ministre, président de l’institut Momentum
Mathieu Colloghan, artiste
Maxime Combes, économiste
Philippe Corcuff, maître de conférences de science politique
Marie-Laure Coulmin Koutsaftis, animatrice CADTM, auteure
Thomas Coutrot, économiste et membre d'ATTAC
Adrien Couzinier, énergéticien, membre d'Adrastia
Geneviève Decrop, sociologue
Robin Delobel, animateur revue du CADTM
Federico Demaria, économiste écologique, Research & Degrowth
Alessandro Di Giuseppe, comédien ("PAP'40")
Alessia Di Dio, journal Moins!
Alix Dreux, co-fondateur de Jeudi Noir
Marc Dufumier, agronome
Jonathan Durand Folco, Université Saint-Paul (Quebec)
Renaud Duterme, CADTM et auteur de De quoi l'effondrement est-il le nom?
Timothée Duverger, chercheur
Jean-Baptiste Eyraud, militant associatif
Guillaume Faburel, professeur de géographie, université de Lyon
Yann Fievet, socioéconomiste
Gérard Filoche, syndicaliste
Fabrice Flipo, philosophe, Research & Degrowth
François Friche, journal Moins!
Jean Gadrey, économiste, militant ATTAC
Jean-Marc Gancille, co-fondateur de Darwin eco-système
Diane Gariépy, Réseau québécois pour la simplicité volontaire
Jean-Pierre Garnier, sociologue urbain
François Geze, éditeur
Frédérique Giacomoni, directrice des éditions Le passager clandestin
Willy Gianinazzi, biographe d'André Gorz
Michèle Gilkinet, ancienne députée belge, objectrice de croissance
Mathilde Girault, doctorante en études urbaines, membre des Lucioles (Lyon)
Françoise Gollain, sociologue, objectrice de croissance
Didier Harpagés, professeur de sciences économiques et sociales
Yohann Hubert, porte-parole de la Maison commune de la décroissance
Anne Isabelle Veillot, co-auteure d'Un Projet de Décroissance
Thierry Jaccaud, rédacteur en chef de L’Ecologiste
François Jarrige, historien
Andréa Kotarac, conseiller régional (FI)
Annie Lahmer, Conseillère Régionale EELV
Philippe Lamberts, Député Européen, Coprésident du Groupe des Verts/Alliance libre européenne
Paul Lannoye, ancien président du Groupe Vert au parlement européen et président du Grappe asbl- Belgique
Serge Latouche, professeur émérite, directeur de la collection Les Précurseurs de la Décroissance (Editions Le Passager Clandestin)
Romain Lauféron, désobéissants
Christophe Laurens, cofondateur du Master Alternatives urbaines
Stéphane Lavignotte, militant écologiste, pasteur
Anne Le Strat, consultante, ex-présidente d'Eau de Paris
Philippe Léna, géographe, sociologue, directeur de recherche émérite
Michel Lepesant, Maison commune de la décroissance (MCD)
Vincent Liegey, co-auteur d'Un Projet de Décroissance et coordinateur des conférences internationales de la Décroissance
Elise Lowy, Fondatrice de Mouvement Ecolo
Lucas Luisoni, Réseau Objection Croissance Genève (ROC-GE)
Stéphane Madelaine, objecteur de croissance, Le Havre
Pietro Majno-Hurst, médecin-chirurgien, Genève et Lugano, Suisse
Noël Mamère, ancien député
Florent Marcellesi, député européen
Charlotte Marchandise, candidate à l'élection présidentielle pour
laprimaire.org<http://laprimaire.org>
Louis Marion, philosophe
Eric Martin, professeur de philosophie, Collège Edouard-Montpetit
Myriam Martin, membre d'Ensemble ! Mouvement pour une alternative de gauche, écologiste et solidaire
Gustave Massiah, économiste altermondialiste
Bertrand Méheust, écrivain, docteur en sociologie et spécialiste de parapsychologie
Myriam Michel, Utopia
Serge Mongeau, auteur
Corinne Morel-Darleux, secrétaire nationale à l'écosocialisme, conseillère régionale (PG-FI)
Marc Mosio, Décroissance idf
Barbara Muraca, Oregon State University
David Murray, éditeur, Ecosociété
Baptiste Mylondo, enseignant-chercheur en économie, partisan du revenu universel sans condition
Laure Noualhat, journaliste réalisatrice
Nicolas Oblin, Directeur de rédaction de la revue Illusio
Christophe Ondet, co-auteur d'un Projet de Décroissance, animateur d'un atelier vélo
Claudine Ottiger, Réseau Objection Croissance Genève (ROC-GE)
Laurent Paillard, philosophe
Mathilde Panot, députée du Val de Marne (FI)
Jean-Luc Pasquinet, décroissance idf, technologos
Pascal Pavie, militant paysan
Antoine Peillon, grand reporter La Croix
Alexandre Penasse, rédacteur en chef du journal Kairos
Evelyne Perrin, sociologue, auteure
Dominique Plihon, économiste, porte-parole ATTAC
Christine Poilly, collectif anti gaz de schiste
Valentine Porche, co-fondatrice du Réseau Universitaire Décroissant (RUD)
Loïc Prud'homme, député de Gironde (FI)
Franck Pupunat, animateur Utopia
Gilles Quiniou, décroissance pays cathare
Yvon Quiniou, philosophe
Xavier Renou, désobéissants
Dany Robert Dufour, philosophe
Marie-Monique Robin, journaliste, réalisatrice du documentaire Sacré Croissance
Barbara Romagnan, ancienne députée PS
Daniel Rome, économiste, ATTAC
Pierre Rose, Objecteur de Croissance 62; collectif anti gaz de couche
Flora Sallembien, porte-parole de la MCD et membres de Décroissance IDF
Germain Sarhy, fondateur de la communauté Emmaüs de Lescar-Pau
Hélène Schmitt, décroissance Montpellier
François Schneider, Research & Degrowth, Can Decreix
Nicolas Sersiron, ancien président du CADTM-France, militant solidarité Nord/Sud
Pablo Servigne, chercheur in(terre)dépendant, auteur et conférencier
Michel Simonin, amis de la Décroissance Nancy
Agnès Sinaï, journaliste et maître de conférences à Science Po Paris
Michel Soudais, rédacteur en chef adjoint de Politis
Christian Sunt, Décroissance Pays Occitan
Jacques Testart, biologiste, militant sciences citoyennes
Eric Toussaint, porte-parole international du CADTM
Nina Treu, coordinatrice Konzeptwerk Neue Ökonomie (Allemagne)
Aurélie Trouvé, porte-parole d'ATTAC
François Verret, porte-parole de la MCD et membres de Décroissance IDF
Denis Vicherat, éditions Utopia
Maxime Vivas, écrivain, ex-référent littéraire d'ATTAC, administrateur du site
http://legrandsoir.info
Patrick Viveret, philosophe
Jean-Pierre Worms, sociologue français, ancien député français et responsable associatif
Pierre Zarka, ancien député, ancien directeur de L'Humanité, animateur ACU (Ensemble !)
Olivier Zimmermann, Réseau Objection Croissance Genève (ROC-GE)
Josef Zisyadis, président Slow Food Suisse

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26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 09:04

Les émissions de CO2 de l’Hexagone ont progressé en 2016, dépassant de 3,6 % l’objectif de la stratégie nationale bas carbone. Nicolas Hulot souhaite corriger cette dérive. D’après Pierre Le Hir le 23 janvier 2018 pour Le Monde. Lire aussi Un budget qui fait fi des engagements écologiques du gouvernement, La France à l’aune du défi climatique : un hiatus à combler entre discours et réalisation, Réchauffement climatique : la bataille des 2 °C est presque perdue, Les Européens réduisent leurs ambitions sur le climat et Jusqu'à 50 °C en France à la fin du siècle.

L’usine d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer, le 10 mars. BORIS HORVAT / AFP

L’usine d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer, le 10 mars. BORIS HORVAT / AFP

C’est un mauvais signal de la part d’un pays affichant volontiers son exemplarité dans la lutte contre le dérèglement climatique. Les émissions de gaz à effet de serre de la France, qui étaient déjà reparties à la hausse en 2015 – après une baisse quasi ininterrompue depuis la fin des années 1990 –, ont à nouveau progressé en 2016. C’est ce que révèlent les résultats présentés lundi 22 janvier par Nicolas Hulot, à l’occasion de ses vœux à la presse. Un constat qui, estime le ministre de la transition écologique et solidaire, « ne nous laisse aucun répit » sur le front du climat.

La contre-performance est d’autant plus notable que la France s’est dotée, en novembre 2015, d’une stratégie nationale bas carbone (SNBC). Celle-ci décline, dans les différents secteurs d’activité économique, les niveaux d’émissions de gaz à effet de serre à ne pas dépasser pour se placer sur une trajectoire conduisant au « facteur 4 », c’est-à-dire à la division par quatre de ces émissions à l’horizon 2050. Cet objectif, annoncé dès 2003 et inscrit dans la loi de transition énergétique de 2015, a été remplacé par celui, encore plus ambitieux, de « neutralité carbone », que vise le plan climat annoncé par M. Hulot en juillet 2017.

Selon les estimations fournies par le ministère, les émissions nationales ont atteint 463 millions de tonnes équivalent CO2 (Mt CO2 éq) en 2016, soit 3,6 % de plus que le plafond indicatif fixé par la SNBC, qui était de 447 Mt CO2 éq.

Emissions de gaz à effet de serre en France depuis 1990 (en bleu) et objectifs de la stratégie nationale bas carbone (SNBC, en vert). Ministère de la transition écologique et solidaire

Emissions de gaz à effet de serre en France depuis 1990 (en bleu) et objectifs de la stratégie nationale bas carbone (SNBC, en vert). Ministère de la transition écologique et solidaire

Ces rejets sont imputables pour l’essentiel aux secteurs des transports (29 %), de l’agriculture (20 %), du bâtiment (19 %) et de l’industrie (18 %), la production d’énergie pesant pour 11 % et le traitement des déchets pour 4 %.

Emissions de gaz à effet de serre par secteur, en 2016. Ministère de la transition écologique et solidaire

Emissions de gaz à effet de serre par secteur, en 2016. Ministère de la transition écologique et solidaire

Le dérapage par rapport à la feuille de route de la SNBC est particulièrement important dans le domaine du bâtiment (le dépassement y est de 11 %) et celui des transports (+ 6 %). Il est plus modéré pour l’agriculture (+ 3 %), tandis que le secteur de l’industrie est à peu près en phase avec les objectifs nationaux. De son côté, la production d’énergie obtient un bon résultat, avec des émissions inférieures de 8 % à l’objectif (en dépit d’une hausse par rapport à 2015).

Le ministère avance plusieurs explications à cette dérive globale. Il met en avant des « éléments conjoncturels », tels que « le faible prix des produits pétroliers, qui incite à la consommation », ou « l’indisponibilité de certaines centrales nucléaires, qui a provoqué un recours accru aux centrales thermiques à énergie fossile pour la production d’électricité ». Toutefois, M. Hulot considère que, pour le bâtiment et les transports notamment, « les politiques publiques nécessitent des renforcements très substantiels pour atteindre l’ambition voulue ».

La fin des passoires thermiques

C’est le sens, indique-t-il, de plusieurs chantiers de long terme prévus dans son plan climat, comme « une augmentation accélérée du prix du carbone sur le quinquennat », la « fin de la vente de véhicules émetteurs de gaz à effet de serre en 2040 », ou encore, s’agissant des bâtiments résidentiels et tertiaires, « la fin des passoires thermiques en dix ans avec 4 milliards d’euros dédiés à la rénovation énergétique ».

Au printemps 2017, le Conseil général de l’environnement et du développement durable avait déjà prévenu que les engagements de la France en matière de gaz à effet de serre nécessitaient, pour être tenus, « une intensification des efforts dans tous les domaines ».

C’est d’autant plus vrai que les indicateurs publiés par le ministère portent sur les seules émissions nationales associées aux biens et aux services produits sur le territoire français, et non pas sur « l’empreinte carbone » totale, qui intègre, elle, les rejets carbonés générés dans d’autres pays par les biens et les services importés. La prise en compte de ces flux cachés accroît de près de moitié le bilan carbone réel de l’Hexagone. Alors qu’en s’en tenant aux émissions nationales, chaque Français est à l’origine de moins de 7 tonnes de CO2 par an, son empreinte carbone véritable est en fait supérieure à 10 tonnes. Un niveau identique à celui de... 1995.

Evolution comparée de l’empreinte carbone et des émissions sur le territoire français. Ministère de la transition écologique et solidaire

Evolution comparée de l’empreinte carbone et des émissions sur le territoire français. Ministère de la transition écologique et solidaire

Il y a donc urgence à inverser la courbe. La stratégie nationale bas carbone doit être révisée fin 2018 pour fixer, annonce le ministère, « une nouvelle trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre », compatible avec l’objectif de neutralité carbone au milieu du siècle.

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25 janvier 2018 4 25 /01 /janvier /2018 09:08

Auteur et réalisateur de documentaires, Guillaume Coudray enquête depuis plusieurs années sur l’industrie des charcuteries nitrées. « Cochonneries : comment la charcuterie est devenue un poison » est publié aux Editions la Découverte. Son ouvrage révèle les dessous de ce scandale, dont les premières victimes sont les populations les plus modestes. Entretien par Alexandra Chaignon le 24 janvier 2018 pour l’Humanité. Lire aussi De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !, La viande au menu de la transition alimentaire et Cantines scolaires : deux fois trop de viande dans les assiettes.

Les nitrites de sodium accroissent les volumes et font baisser les prix, tout en donnant un aspect appétissant. Cecilia Garroni Parisi/Rea

Les nitrites de sodium accroissent les volumes et font baisser les prix, tout en donnant un aspect appétissant. Cecilia Garroni Parisi/Rea

On parle de « salaison accélérée » ou de « salaison chimique ». Qu’est-ce que ce procédé ?

Guillaume Coudray Ce processus repose sur une famille d’additifs à base d’azote. Le plus ancien est le nitrate de potassium, également appelé salpêtre. L’autre est le nitrite de sodium. Ces additifs présentent plusieurs avantages pour les industriels : ils permettent d’accélérer le processus de production, qui normalement demande de longues périodes de maturation (réduit de neuf mois à quatre-vingt-dix jours pour un jambon cru), d’allonger le délai de conservation en rayon (il ne serait que d’une quinzaine de jours sinon) et, enfin, de donner facilement une jolie coloration rouge rosé. Pour résumer, ces additifs diminuent les pertes, accroissent les volumes et font baisser les prix, tout en donnant un aspect appétissant. Ce sont vraiment des additifs « miracles » pour l’industrie.

À quand remonte l’utilisation massive de ces additifs ?

Guillaume Coudray Les premières traces écrites d’usage de salpêtre (nitrate de potassium) remontent au XVIe siècle. On y vante ses effets sur la viande comme une astuce pour lui donner une couleur rouge. Mais c’est encore un usage anecdotique. Ces additifs se généralisent vraiment aux États-Unis dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous la pression des meatpackers, les premiers charcutiers industriels, qui inventent le travail à la chaîne. À cette époque, la population des villes augmente en raison de l’exode rural. Il faut donc apporter de plus en plus de nourriture dans les zones urbaines. Les produits nitrés permettent de répondre à cette demande en produisant toute l’année des charcuteries à très bas coût. Et peu à peu, ces charcuteries accélérées envahissent le marché mondial. Un nouveau palier est franchi dans les années 1920, avec l’utilisation du nitrite de sodium, plus rapide encore que le salpêtre. En France, les autorités ont d’abord été réticentes à utiliser ce procédé, qu’elles considéraient dangereux et frauduleux. Mais en 1964, elles finissent par céder pour, comme il est écrit dans les rapports officiels, « préserver la compétitivité de la charcuterie française vis-à-vis des productions étrangères ». L’autorisation a été accordée sous l’impulsion d’Edgard Pisani, alors ministre de l’Agriculture. J’ai retrouvé des documents dans les archives du ministère qui sont accablants : les industriels y expliquent que ce procédé va leur permettre de quadrupler leur production…

Depuis quand sait-on que la charcuterie traitée au nitrate de potassium ou au nitrite de sodium est dangereuse ?

Guillaume Coudray Dès le début du XXe siècle, les médecins hygiénistes français ont émis des soupçons vis-à-vis de ces produits. Mais les premières alertes sont apparues plus tard. Au cours des années 1960, les cancérologues ont commencé à comprendre que l’utilisation d’additifs nitrés augmentait la fréquence des tumeurs cancéreuses. Lors de la digestion ou même dès la fabrication, les nitrites peuvent faire apparaître d’autres substances, les nitrosamides et les nitrosamines, qui sont cancérogènes. Par la suite, les scientifiques ont compris que les additifs nitrés donnent lieu à un troisième composé cancérogène, appelé « fer nytrosylé ». En d’autres termes, les composés nitrés activent le pouvoir cancérogène du fer contenu dans la viande. Les études épidémiologiques montrent aujourd’hui que les charcuteries provoquent un des cancers les plus répandus des pays développés : le cancer colorectal. C’est ce risque qui a été dénoncé par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), en 2015.

On ne trouve pourtant ces additifs qu’en petite quantité…

Guillaume Coudray Il faut comprendre que ce n’est pas le nitrate et le nitrite qui sont eux-mêmes cancérogènes. Mais une fois injectés dans la viande, ils peuvent donner naissance aux trois molécules cancérogènes que je viens d’évoquer. Ces nitro-composés sont dangereux même à très faible dose.

Peut-on évaluer le nombre de personnes concernées par cette maladie ?

Guillaume Coudray C’est l’un des cancers les plus répandus. Les plus touchés sont les plus pauvres. Ce sont eux qui consomment les produits les plus nitrités. Au rayon libre-service des supermarchés, un ménage modeste achète deux fois plus de charcuterie qu’un ménage aisé. Mais il est aujourd’hui difficile de trouver des chiffres détaillés qui montrent la réalité des inégalités de consommation. Une discrétion qui colle bien avec les mensonges de la filière, qui préfère scander que « la consommation moyenne quotidienne des Français est inférieure à 50 g par jour », tout en faisant croire qu’en deçà, il n’y aurait pas de risque. L’OMS dit précisément le contraire : chaque portion de 50 g de charcuterie fait bondir de 18 % le risque d’être atteint d’un cancer colorectal ! L’OMS dit bien qu’elle n’est pas capable d’établir de dose en deçà de laquelle il n’y a pas de risque de développer un cancer. Insister sur la « moyenne » est fallacieux : en réalité, ceux qui consomment effectivement des charcuteries en mangent souvent des quantités bien plus importantes que ladite « moyenne ». Les gros consommateurs sont les agriculteurs, les ouvriers ! Je vous laisse deviner quels sont les milieux sociaux les plus accueillis dans les services d’oncologie digestive des hôpitaux français…

Est-il possible de faire sans ?

Guillaume Coudray Tout à fait. De nombreux producteurs s’en passent. Les fabricants de jambon de Parme l’ont prouvé en renonçant en 1993 à l’usage du nitrite et du nitrate. Ils sont retournés aux procédés traditionnels, à une méthode de fabrication plus lente qui laisse apparaître le pigment naturel. Mais supprimer le nitritage implique d’adapter les méthodes de travail : il faut plus d’employés, réviser les processus de fabrication et les machines, suivre des règles d’hygiène plus contraignantes, interdire l’utilisation de viande de qualité douteuse. Il faut travailler une matière première de meilleure qualité, ce qui impose de mieux rémunérer les éleveurs. Les fabricants qui renoncent aux additifs nitrés utilisent généralement du cochon qui a entre 12 et 18 mois, contre 6 mois dans les grandes industries charcutières. Il s’agit donc de transformer les modes de fabrication pour aller vers des productions plus locales, plus raisonnables, plus vertueuses. En somme, il faut réformer la filière. Y a-t-il le choix ? On peut penser qu’à force de faire des cochonneries nitrées, les gens n’en voudront plus. Je crois plutôt que la filière ne changera pas de méthode tant qu’elle n’y sera pas forcée par les autorités sanitaires.

Quels arguments, justement, oppose la filière pour continuer à utiliser le nitritage, alors même que sa toxicité est prouvée ?

Guillaume Coudray Pour les distributeurs et les fabricants, supprimer le nitritage, cela veut dire diminuer la durée de conservation tout en allongeant les délais de fabrication. Par ailleurs, les services marketing des fabricants s’y opposent car, sans lui, le jambon de Paris, les knacks et autres lardons ne seront plus roses, mais blancs ou gris. C’est risquer de vendre beaucoup moins car la couleur rose donne au consommateur l’illusion de la fraîcheur. Comme pour le glyphosate, ils répètent que, sans nitrites la filière s’effondrera, que ces additifs sont indispensables « pour protéger le consommateur ». Or, voyez le cas des 160 producteurs de jambon de Parme qui depuis vingt-cinq ans ont arrêté tout additif nitré. Ils vendent chaque année 9 millions de jambons sans avoir jamais connu aucun problème de botulisme (une grave maladie neurotoxique), que les industriels agitent comme un épouvantail.

Selon les industriels, les additifs nitrés seraient en effet l’unique moyen de combattre le botulisme…

Guillaume Coudray Le risque de botulisme a été brandi par les charcutiers industriels américains à la fin des années 1960, avant d’arriver en France. C’est une défense fabuleuse : on fait croire aux consommateurs que les nitrites servent à les protéger. Il y a tromperie, encore une fois : quand on enquête dans les archives, on s’aperçoit que tous les experts le disent : les causes du botulisme, c’est l’absence de soins et la viande avariée, et non pas l’absence de nitrites ! Les industriels n’hésitent pas non plus à réinventer l’histoire : ils jurent que ces additifs sont utilisés depuis des millénaires et qu’aucun charcutier n’a jamais pu s’en passer.

Le bio est-il garant d’une charcuterie sans nitrites ni nitrates ?

Guillaume Coudray Même pas. Et c’est aussi un scandale que la réglementation bio autorise leur utilisation. Pour trouver de la charcuterie sans additif, il faut lire les étiquettes. En cherchant bien, on trouve aujourd’hui du saucisson et du jambon sans nitrates ni nitrites.

Les autorités ne participent-elles pas, elles aussi, à cette vaste supercherie ?

Guillaume Coudray Ce n’est pas aux consommateurs de résoudre ce problème, mais aux autorités sanitaires. Et en premier lieu l’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments), qui continue à autoriser ces dangereuses molécules. Connue pour les conflits d’intérêts qui règnent en son sein, cette agence européenne pourrit le débat scientifique. Au lieu de protéger les consommateurs, l’Efsa semble avoir choisi de protéger l’industrie charcutière.

Nitrites et désinformation

Sur le site Connaissezvosnitrites.com, on apprend tout sur le nitrite de sodium. Et en particulier ses nombreux « avantages » d’un point de vue sanitaire, défendus par des « experts ». On y parle ainsi de son rôle dans la lutte contre le botulisme… Le site explique que le nitrite « renforce la salubrité des aliments en bloquant la croissance des bactéries Clostridium botulinum ». En somme, un vibrant plaidoyer pour ces additifs… plébiscité par le lobby canadien des viandes nitrées, via le Conseil des viandes du Canada, qui a justement… réalisé ce site ! Un bel exemple de désinformation.

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24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 09:51

Une semaine après la charge d’Emmanuel Macron à Calais contre les associations de soutien aux migrants, l’écrivain et réalisateur Yann Moix interpelle le chef de l’Etat, dont il dénonce la politique migratoire. Il affirme avoir filmé, dans le cadre d’un documentaire qu’il est en train de réaliser sur place, des « actes de barbarie». Tribune parue dans Libération le 21 janvier 2018. Lire aussi L’humanité de demain se construit par l’accueil des migrants aujourd’hui, 470 associations lancent les États généraux des migrations pour soutenir les lanceurs d'accueil et L’évolution de la température mondiale accroîtrait le nombre de demandes d’asile auprès de l’Union européenne.

Yann Moix à Calais filme le sort des migrants.  PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

Yann Moix à Calais filme le sort des migrants. PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

Monsieur le Président de la République,

Chaque jour, vous humiliez la France en humiliant les exilés. Vous les nommez «migrants» : ce sont des exilés. La migration est un chiffre, l’exil est un destin. Réchappés du pire, ils représentent cet avenir que vous leur obstruez, ils incarnent cet espoir que vous leur refusez. C’est à leur sujet que je vous écris.

Vous avez affirmé, dans votre discours de Calais, que «ceux qui ont quelque chose à reprocher au gouvernement s’attaquent à sa politique, mais qu’ils ne s’attaquent pas à ses fonctionnaires». Je ne m’en prendrai ici qu’à vous. Et à vous seul.

Je ne suis pas, comme vous dites, un «commentateur du verbe» : je suis un témoin de vos actes. Quant à votre verbe, il est creux, comme votre parole est fausse et votre discours, double.

J’affirme, monsieur le Président, que vous laissez perpétrer à Calais des actes criminels envers les exilés. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

J’affirme, monsieur le Président, que des fonctionnaires de la République française frappent, gazent, caillassent, briment, humilient des adolescents, des jeunes femmes et des jeunes hommes dans la détresse et le dénuement. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

J’affirme, monsieur le Président, que des exilés non seulement innocents, mais inoffensifs, subissent sur notre territoire des atteintes aux droits fondamentaux de la personne. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

Vous menacez de saisir la justice si les «faits dénoncés» ne sont pas «avérés». Voici donc, monsieur le Président, les images des conséquences obscènes de votre politique.

Ces actes de barbarie, soit vous les connaissiez et vous êtes indigne de votre fonction ; soit vous les ignoriez et vous êtes indigne de votre fonction. Ces preuves, si vous les demandez, les voici ; si vous faites semblant de les demander, les voici quand même. Les Français constateront ce que vous commettez en leur nom.

«Je ne peux pas laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre exercent des violences physiques», avez-vous dit. Ajoutant : «Si cela est fait et prouvé, cela sera sanctionné». D’abord, vous menacez de procès en diffamation ceux qui démasquent votre politique ; ensuite, vous menacez de procédures de sanction ceux qui l’appliquent.

« La brutalité du monde »

Journalistes, policiers : avec vous, tout le monde a tort à tour de rôle. Les uns d’avoir vu, les autres d’avoir fait. Tout le monde a tort sauf vous, qui êtes le seul à n’avoir rien vu et le seul à n’avoir rien fait. On attendait Bonaparte, arrive Tartuffe.

Soit les forces de l’ordre obéissent à des ordres précis, et vous êtes impardonnable ; soit les forces de l’ordre obéissent à des ordres imprécis, et vous êtes incompétent. Ou bien les directives sont données par vous, et vous nous trahissez ; ou bien les directives sont données par d’autres, et l’on vous trahit.

Quand un policier, individuellement, dépasse les bornes, on appelle cela une bavure. Quand des brigades entières, groupées, dépassent les bornes, on appelle cela un protocole. Vous avez instauré à Calais, monsieur le Président, un protocole de la bavure.

Quand une police agit aussi unie, pendant si longtemps, elle ne peut le faire sans se plier à un commandement. Est-ce bien vous, monsieur le Président, qui intimez aux policiers l’ordre de déclencher ces actions souillant la dignité de l’homme ? Vous y avez répondu vous-même : «Dans la République, les fonctionnaires appliquent la politique du gouvernement.»

L’histoire a montré qu’on peut parfois reprocher à un policier de trop bien obéir. Mais elle a surtout montré qu’on doit toujours reprocher à un président de mal commander, précisément quand le respect humain est bafoué. En dénonçant les violences policières, en cherchant à savoir qui est le donneur de ces ordres, je ne fais que défendre la police, parce que lui donner de tels ordres, c’est justement porter atteinte à son honneur.

«La situation est ce qu’elle est par la brutalité du monde qui est le nôtre», dites-vous. Peut-on attendre, monsieur le Président, qu’une situation aussi complexe soit démêlée par une pensée aussi simpliste ? Que des décisions si lourdes soient compatibles avec des propos si légers ? On attendait Bonaparte, arrive La Palisse.

Serez-vous plus enclin à l’émotion qu’à la réflexion ? Ecoutez la voix de ces jeunes qui, fuyant les assassins et la dictature, rançonnés puis suppliciés en Libye, traversent la Méditerranée sur des embarcations douteuses pour accoster, à bout de forces, dans une Europe que vous défendez par vos formules et qu’ils atteignent par leur courage.

Vous avez osé dire : «Notre honneur est d’aider sur le terrain celles et ceux qui apportent l’humanité durable dans la République.» Au vu de ce qui semblerait être votre conception de «l’humanité», les associations préfèrent l’aide que vous leur avez refusée à celle que vous leur promettez. A Calais, on vous trouve plus efficace dans la distribution des coups que dans la distribution des repas.

Ces associations, monsieur le Président, font non seulement le travail que vous ne faites pas, mais également le travail que vous défaites. Quant à votre promesse de prendre en charge la nourriture, elle n’est pas généreuse : elle est élémentaire. Vous nous vendez comme un progrès la fin d’une aberration.

La colonisation en Algérie, monsieur le Président, vous apparut un jour comme un «crime contre l’humanité». Ne prenez pas la peine de vous rendre si loin dans l’espace et dans le temps, quand d’autres atrocités sont commises ici et maintenant, sous votre présidence. Sous votre responsabilité.

Faites, monsieur le Président, avant que l’avenir n’ait honte de vous, ce qui est en votre pouvoir pour que plus un seul de ces jeunes qui ne possèdent rien d’autre que leur vie ne soit jamais plus violenté par la République sur le sol de la nation. Mettez un terme à l’ignominie. La décision est difficile à prendre ? On ne vous demande pas tant d’être courageux, que de cesser d’être lâche.

Saccages d’abris, confiscations d’effets personnels, pulvérisation de sacs de couchage, entraves à l’aide humanitaire. Tel est le quotidien des exilés à Calais, monsieur le Président. Hélas, vous ne connaissez rien de Calais. Le Calais que vous avez visité mardi dernier n’existe pas : c’était un Calais pipé ; c’était un Calais imaginaire et vide ; c’était un Calais sans «migrants». Un Calais sur mesure, un Calais de carton-pâte. Le Calais que vous avez visité, monsieur le Président, ne se trouve pas à Calais.

Crime

Le Défenseur des droits a dénoncé, lui aussi, le «caractère exceptionnellement grave de la situation», qu’il n’hésite pas à décrire comme étant «de nature inédite dans l’histoire calaisienne». Une instance de la République, monsieur le Président, donne ainsi raison à ceux à qui vous donnez tort. Mais je vous sais capable de ne pas croire vos propres services, tant vous donnez si souvent l’impression de ne pas croire vos propres propos.

Comme on se demande à partir de combien de pierres commence un tas, je vous demande, monsieur le Président, à partir de combien de preuves commence un crime.

Je citerai enfin les conclusions de la «mission IGA-IGPN-IGGN relative à l’évaluation de l’action des forces de l’ordre à Calais et dans le Dunkerquois» d’octobre 2017 - mission qui dépend du ministère de l’Intérieur : « L’accumulation des témoignages écrits et oraux, bien que ne pouvant tenir lieu de preuves formelles, conduit à considérer comme plausibles des manquements à la doctrine d’emploi de la force et à la déontologie policière, principalement à Calais. Ces manquements portent sur des faits de violences, sur un usage disproportionné des aérosols lacrymogènes, la destruction d’affaires appartenant aux migrants ainsi que le non-respect de l’obligation du matricule RIO [le référentiel des identités et de l’organisation]

Permettez-moi, monsieur le Président, de traduire cette phrase dans un français non policier : «Nous croulons sous les preuves de violences policières, notamment de gazages, mais nous refusons de les considérer comme des preuves au sens strict, car cela risquerait de froisser monsieur le ministre de l’Intérieur, qui serait obligé d’enquêter sur l’épidémie d’anonymat qui saisit ses troupes au moment de l’assaut contre les migrants.»

Vous dites : « Je ne peux laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre utilisent la violence.» Les violences vous dérangeraient-elles moins que le fait qu’on les laisse accréditer ?

A l’heure, monsieur le Président, où vous décrétez ce qui est, ou n’est pas, une «fake news», vous nous rappelez de manière salutaire que vous êtes prompt au mensonge éhonté. On attendait Bonaparte, arrive Pinocchio.

Mesures antimigratoires

Je ne sais exactement de quoi vous êtes responsable ; je sais seulement en quoi vous êtes irresponsable. Le grand mérite de votre politique, c’est qu’on peut la voir à l’œil nu.

Surtout à Calais, où tout est fait pour rendre impossible aux exilés l’accès à l’Angleterre. Non seulement ils n’ont pas le droit de rester, mais ils n’ont pas la possibilité de partir. Que doivent-ils faire ? Attendre qu’on leur brûle la rétine ? Ou bien jouer leur destin en tentant la traversée ?

Vous menacez en tout, monsieur le Président, des gens qui ne nous menacent en rien. Votre politique ne fait pas que trahir nos valeurs, elle les insulte. Les mesures antimigratoires sont toujours populaires. Mais voulant faire plaisir à la foule, vous trahissez le peuple.

Le préfet du Pas-de-Calais m’a appelé, furieux, osant se réclamer de Jean Moulin ; mais Jean Moulin s’est battu pour faire cesser la barbarie, non pour intimider ceux qui la dénoncent. Les exilés sont des victimes. Laissez les martyrs morts en paix ; cessez de faire la guerre aux martyrs vivants.

Jean Moulin fut supplicié pour une France qui accueille les hommes, pas pour une France qui les chasse. Dites à votre préfet que se réclamer d’un héros de la Résistance quand, dans sa sous-préfecture, Erythréens, Afghans et Soudanais sont harcelés, délogés, gazés nuit et jour, c’est prendre Jean Moulin en otage. Et c’est le trahir une deuxième fois.

Ce n’est plus vous qui êtes en marche, monsieur le Président, c’est la vérité. Vous pouvez porter plainte contre moi pour diffamation ; la postérité portera plainte contre vous pour infamie.

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