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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 17:32

Les États-Unis menacent de sortir de l’accord de Paris et de diminuer drastiquement leur contribution financière à la lutte contre le réchauffement climatique. Par Simon Roger le 9 mai 2017 pour Le Monde.                                      Lire aussi La hausse rapide du méthane alarme les climatologues, Lettre ouverte au Président de la République sur la place de l'écologie dans le futur gouvernement, Valérie Masson-Delmotte : « Défendre la science, ce n’est pas seulement pour le climat », cf. l'an dernier Le financement revient dans les débats sur le climat et Les enjeux de la COP22 résumés en un graphique !.

Un manifestant lors de la Marche du climat des peuples, près de la Maison Blanche, à Washington, le 29 avril 2017. JOSHUA ROBERTS / REUTERS

Un manifestant lors de la Marche du climat des peuples, près de la Maison Blanche, à Washington, le 29 avril 2017. JOSHUA ROBERTS / REUTERS

À Bonn, en Allemagne, où s’est ouverte, lundi 8 mai, la session annuelle de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), les délégués des 196 États membres ont décidé de faire bloc. Face aux mauvaises nouvelles distillées par la science (réchauffement planétaire ininterrompu, montée des eaux plus rapide que par le passé, intensification des catastrophes naturelles, etc.), face aux menaces américaines de s’extraire du cadre multilatéral de l’accord de Paris, face aux incertitudes financières qui pèsent sur les pays en développement, les négociateurs s’efforcent de convaincre — de se convaincre — que la dynamique enclenchée pendant la COP21, en décembre 2015, ne faiblit pas.

La victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle française apparaît, dans ces conditions, comme une lueur d’espoir. « J’ai la conviction que le nouveau président français donnera une impulsion forte [aux négociations sur le climat] », dit la directrice du programme climat du think tank américain World Resources Institute, Paula Caballero. Le sommet du G7, à la fin de mai, sera le premier moment important pour la France d’afficher son leadership. »

Au même moment, quelque deux cents grands investisseurs, représentant 15 000 milliards de dollars d’actifs, publiaient une lettre adressée aux pays du G7, invitant les gouvernements à agir pour respecter l’accord de Paris.

L’élection présidentielle française offre une « immense occasion d’insuffler de l’énergie dans le processus de discussion », veut croire Simone Borg, au nom de la présidence maltaise de l’Union européenne. De l’énergie, les 197 délégations de la CCNUCC vont en avoir besoin, jusqu’à la fin de la session de Bonn, jeudi 18 mai, pour mener à bien leurs travaux.

Mesures opérationnelles

« De nombreux dossiers d’ordre technique et pratique sont au menu de cette session », concède Patricia Espinosa, la secrétaire exécutive de l’institution onusienne établie dans la cité rhénane. Sur un plan plus global, il s’agit d’avancer sur le « rule book », autrement dit sur le manuel de mise en œuvre de l’accord de Paris, que la communauté internationale était convenue de formaliser d’ici à décembre 2018 lors de la COP22, à Marrakech.

Entré en vigueur pendant la conférence marocaine de novembre 2016, ratifié à ce jour par 144 États, l’accord diplomatique scellé à Paris pour limiter la hausse de la température moyenne « bien en deçà de + 2 °C » et « si possible à + 1,5 °C » par rapport à l’ère industrielle, doit désormais se décliner en mesures opérationnelles.

Les délégués, plongés pour deux semaines dans la bulle des négociations, tenteront de se mettre d’accord sur le contenu du « dialogue facilitateur » programmé en 2018, conçu comme un bilan intermédiaire des trajectoires des pays (un bilan mondial est prévu en 2023). Certains pays, notamment la Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, pourraient profiter de cette étape de 2018 pour relever leurs objectifs de lutte contre le réchauffement, et inviter leurs partenaires à réviser, eux aussi, leurs ambitions climatiques. Les engagements actuels des pays conduisent à une hausse de 3 °C du thermomètre mondial.

Dans l’intimité des réunions informelles de Bonn, dont sont exclus les médias, les délégués rouvriront aussi l’un des dossiers les plus lourds des négociations : la comptabilisation des financements climat. « Les finances, c’est la colle qui maintient dans la discussion toutes les parties prenantes », ironise Brandon Wu, de l’ONG américaine Christian Aid. Car la promesse faite en 2009 à Copenhague par les pays développés de mobiliser au moins 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 en direction des pays du Sud fragilisés par le dérèglement climatique n’est toujours pas honorée.

Dans une expertise publiée en octobre 2016, l’OCDE avançait le chiffre de 67 milliards de dollars annuels d’aide publique déjà sur la table. Selon la part variable de l’apport du secteur privé, ces flux financiers pourraient atteindre entre 77 milliards et 133 milliards de dollars en 2020, évaluaient alors les experts de l’OCDE.

Doute sur la contribution américaine

Cette bataille de chiffres est décisive pour de nombreux pays en développement, pour lesquels l’argent nécessaire au financement de l’expertise technique et des plans d’action climat fait défaut. Elle prend une tournure criante plus encore cette année avec la nouvelle administration en place à Washington. Donald Trump a prévu de baisser drastiquement les contributions financières des États-Unis à plusieurs organes multilatéraux, dont la CCNUCC ou le Fonds vert pour le climat, que Washington devait abonder à hauteur de 3 milliards de dollars (le fonds a reçu jusqu’ici 1 milliard de l’administration Obama).

Un autre enjeu de la session de Bonn sera de poursuivre les discussions engagées à Marrakech sur le fonds d’adaptation. Issu du protocole de Kyoto, cet instrument financier, d’une enveloppe limitée (depuis 2010, il a contribué, à hauteur de 337 millions d’euros, au financement d’une cinquantaine de projets), n’en demeure pas moins une manne à laquelle les pays du Sud souhaiteraient accéder plus facilement.

De son côté, le secrétariat de la Convention-cadre compte interpeller les États donateurs sur les impératifs budgétaires liés à la prochaine conférence climat, organisée en novembre à Bonn, sous présidence fidjienne. Premier petit État insulaire à piloter une COP, les Fidji ne peuvent se passer du soutien matériel et logistique de la CCNUCC. Consciente des « enjeux financiers nationaux » de nombre de pays membres, Patricia Espinosa ne désespère pas de trouver « l’équilibre délicat » qui permettra de financer la préparation et le bon déroulement de la COP23.

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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 09:04

D'importantes fuites de méthane sur des puits de gaz de schiste en Colombie-Britannique ont été mises au jour par des chercheurs canadiens. Ces derniers mettent en cause les estimations des pétroliers. Mais quid à l'échelle mondiale ? Par Eric Serres le 10 mai 2017 pour l’Humanité.                                              Lire La hausse rapide du méthane alarme les climatologuesClimat : à Bonn, négociations techniques et incertitude politique et Lettre ouverte au Président de la République sur la place de l'écologie dans le futur gouvernement.

Émission d'hydrocarbures à Watford City (Dakota du Nord), aux États-Unis. Jim Wilson/The New York Times-Redux-Réa

Émission d'hydrocarbures à Watford City (Dakota du Nord), aux États-Unis. Jim Wilson/The New York Times-Redux-Réa

Alors que l'Agence océanique et atmosphérique américaine (Noaa) annonce que le sol de la toundra en Alaska émet davantage de dioxyde de carbone (CO2) qu'il n'en capture, une étude effectuée par des chercheurs de l'université Saint-Francis-Xavier (Nouvelle-Écosse) révèle que plus de 100 000 tonnes de méthane, autre gaz à effet de serre, provenant des puits de pétrole et de gaz, s'échapperaient annuellement dans l'atmosphère du territoire de la Colombie-Britannique. Soit, d'après leurs calculs, l'équivalant d'un million de voitures supplémentaires circulant dans une province comptant 4,631 millions d'âmes. Un pavé dans la mare du gouvernement canadien, qui dit vouloir atteindre au plus vite les cibles de réduction fixées par les accords de Paris. Mais un pavé aussi dans celle de l'industrie pétrolière et gazière canadienne qui, au même titre que les officines du gouvernement, aurait largement sous-évalué les estimations sur les fuites de méthane dues à la fracturation hydraulique. « Ces émissions sont sous-estimées depuis longtemps », explique Marc Durand, docteur-ingénieur en géologie appliquée et très impliqué dans la lutte contre les lobbies du gaz de schiste canadiens. « Les gouvernements provinciaux et fédéraux n'inspectent qu'à une distance de quelques mètres autour des têtes de forage sur certains sites. De plus, les puits abandonnés sont rarement inspectés, car on ignore souvent leur nombre et leur position exacte », continue-t-il, avant d'ajouter : « En outre, il y a aussi des fuites par failles qui peuvent rejoindre les couches soumises à la fracturation hydraulique. Pour cela, il n'y a eu que peu de relevés. »

Le lobby du pétrole « made in USA »

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs de l'université Saint-Francis-Xavier n'ont pas lésiné sur les moyens : 8 000 kilomètres parcourus de long en large, deux années de travaux ­ entre 2015 et 2016 ­, plus de 1 600 plateformes d'exploitation examinées sur le bassin de Montney (à l'est de la province), qui représente à lui seul 55 % de la production gazière de la province et où 80 % de l'extraction gazière est réalisée par fracturation hydraulique.

Bientôt publiés dans le journal scientifique Atmospheric Chemistry and Physics, les résultats appuient là où ça fait mal. Alors que l'industrie incriminée déclare 78 000 tonnes d'émissions de méthane, les mesures effectuées par les universitaires atteindraient les 111 800 tonnes par an. Étendu à l'échelle de toute la province, le volume actuel de gaz relâchés dans l'air serait donc 2,6 fois plus élevé que les émissions déclarées. De quoi inquiéter, mais pas seulement à l'échelle du Canada. Aux États-Unis, le même type d'enquête a été mené avec des résultats similaires et parfois même plus inquiétants. En 2016, Alex Turner, chercheur à l'université Harvard, avait établi, à l'aide de prises par satellite et par spectrométrie infrarouge, une carte des émissions de méthane aux États-Unis. Curieux hasard, les zones les plus émissives se trouvaient dans le centre et le sud-est du pays, là où sont exploités les hydrocarbures non conventionnels. À l'issue de son enquête, le chercheur pouvait ainsi affirmer que les émissions totales de méthane sur le territoire américain avaient grimpé de plus de 30 % entre 2002 et 2014. En Europe, dès 2012, la Commission européenne, dans un rapport concernant les risques liés à la fracturation hydraulique, concluait que l'extraction par fracturation avait une empreinte écologique supérieure à l'extraction de gaz conventionnel et engendrait une quantité plus importante de gaz à effet de serre. Pourtant, face à ce danger, confirmé depuis par le premier bilan mondial des émissions de méthane établi début 2016, qui expliquait que sa présence était due, pour 21 %, à l'exploitation du charbon, du pétrole et du gaz, les obstacles pour en atténuer les effets ne cessent de s'accumuler. En février dernier, sous pression du lobby du pétrole « made in USA », l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a annoncé le réexamen d'une mesure de limitation des émissions de gaz à effet de serre pour les secteurs pétrolier et gazier. À craindre que d'autres suivent cette voie.

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 17:43

Alors que la conférence sur le climat s’est ouverte à Bonn lundi 8 mai, les scientifiques s’alarment : le taux de méthane, le deuxième gaz à effet de serre après le CO2, augmente à toute vitesse dans l’atmosphère. Par Claire Lecoeuvre le 9 mai 2017 pour Reporterre.                                                                           Lire aussi Climat : à Bonn, négociations techniques et incertitude politique et            Avec le méthane, la fracture pourrait être élevée, ainsi que                Lettre ouverte au Président de la République sur la place de l'écologie dans le futur gouvernement et Valérie Masson-Delmotte : « Défendre la science, ce n’est pas seulement pour le climat ».

La hausse rapide du méthane alarme les climatologues

La quantité de méthane dans l’atmosphère augmente de façon extrêmement rapide. Bien plus que prévu par les scientifiques. Un article publié en avril dans le journal Atmospheric Chemistry and Physics par un comité de 72 chercheurs fait état de cette augmentation inquiétante et de ses causes. Cette publication fait suite à deux articles publiés coup sur coup en décembre 2016 par la même équipe : l’un dressait l’inventaire mondial du méthane sur la période 2000-2012 tandis que le deuxième s’inquiétait du rôle croissant du méthane dans le changement climatique.

Après une stagnation entre 2000 et 2007, la concentration atmosphérique de ce gaz a crû chaque année de 5 partie par milliard (ppb/an). Les dernières données issues du réseau de référence de l’Agence américaine des océans et de l’atmosphère (NOAA) indiquent que ce chiffre est passé à 12.7 ppb/an en 2014 pour redescendre jusqu’à 9.45 ppb/an en 2016.

« Au cours des années 2014 et 2015, la concentration de méthane (CH4) a augmenté à une vitesse inégalée depuis les années 1980, explique Marielle Saunois, du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) et coordinatrice de l’inventaire mondial du méthane. La concentration de méthane dans l’atmosphère est actuellement plus de 2,5 fois plus importante qu’en 1750, avec 1.842 ppb (parties par milliards) en 2016. »

Évolution de concentration de méthane dans l’atmosphère, comparée aux scénarios de réchauffement

Évolution de concentration de méthane dans l’atmosphère, comparée aux scénarios de réchauffement

Des chiffres inquiétants : ils signifient que nous suivons le pire scénario du Giec (Groupement intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) qui prévoit une augmentation de 3,3°C à 5,5°C d’ici 2100. En effet, le méthane est le deuxième gaz à effet de serre en importance après le dioxyde de carbone (CO2), mais il est 28 fois plus réchauffant que ce dernier sur une période de 100 ans. Alors que la Cop23 aura lieu du 8 au 18 mai 2017 à Bonn, en Allemagne, les négociations oublient quasiment de prendre en compte ce gaz.

Il est vrai que l’une des grandes problématiques du méthane est qu’il n’est pas aisé de mesurer précisément ses émissions. Ni même de savoir d’où elles proviennent. Il existe en effet de nombreuses sources de ce gaz, et de nombreux puits de stockage. La première cause de sa production est la dégradation de la matière organique dans un milieu sans oxygène, un phénomène naturel. « Le méthane provient en partie de processus microbiens, diffus et donc difficiles à estimer », dit Marielle Saunois.

D’après les études du Global Carbon Project qui a publié le dernier inventaire mondial du méthane, 34 % de ses émissions proviendrait de l’agriculture et de la gestion des déchets, tandis que 36 % sont naturelles, dues en majorité aux zones humides puis aux lacs, océans et permafrost.

« L’autre source de méthane est lié à des fuites lors du dégazage naturel des sols et lors de l’usage de combustibles fossiles », poursuit la chercheuse. Rien que l’exploitation de combustibles fossiles comme par exemple le gaz de schiste causerait 19 % des émissions. Les données recueillies sur la période entre 2002 et 2012 montrent une augmentation continue des sources anthropogéniques. Et entre 2008 et 2012, les émissions proviendraient en majorité des tropiques et en particulier d’Amérique du Sud et de l’Asie du Sud et de l’Est.

Le « budget » planétaire du méthane.

Le « budget » planétaire du méthane.

Alors quelle est la cause de la brusque et récente croissance des émissions de méthane ? Les scientifiques ne le savent pas encore. L’année la plus forte, 2007, a été marquée par un pic d’émission provenant d’Arctique. Ce phénomène marginal serait dû à des températures anormalement élevées. Pour la période qui a suivi, plusieurs hypothèses se développent. La plus importante, qui considère les nombreux scenarii déjà élaborés par d’autres scientifiques, suggère que ces émissions proviennent en majorité de l’agriculture et des déchets. L’équipe de Marielle Saunois estime dans l’article publié en avril que l’agriculture et les déchets contribuent ensemble à émettre 16 Teragrammes (soit 16 milliard de kg) par an, tandis que les émissions liées aux combustibles fossiles atteindraient environ 7 Tg/an.

Il est certain qu’une politique ciblant l’agriculture et la gestion des déchets aurait des conséquences positives. « Des actions auraient un effet rapide car le méthane ne reste pas longtemps dans l’atmosphère, dit Marielle Saunois, il a une durée de demi-vie de 10 ans environ » , c’est-à-dire que la moitié de sa quantité disparait en dix ans, beaucoup plus rapidement que ce n’est le cas pour le dioxyde de carbone.

Pour réduire les émissions de méthane, une part de la solution est de réduire la taille des élevages et de les nourrir à l’herbe.

Pour réduire les émissions de méthane, une part de la solution est de réduire la taille des élevages et de les nourrir à l’herbe.

Selon le rapport du 3e groupe de travail du Giec en 2014, l’agriculture et la foresterie représentent la première source d’émissions de gaz à effet de serre avec environ 24 % de l’ensemble. Derrière les nombreux articles sur les pets des vaches, aucune remise en cause ou modification de notre système agricole n’a vu le jour. Plusieurs propositions ont pourtant été étudiées par des associations ou par le Giec dans ses mesures d’atténuation. Ainsi l’institut Solagro a imaginé un scénario écologique d’utilisation des terres : Afterres 2050. Ce document préconise de réduire la taille des élevages, de favoriser le pâturage en plein air, et de nourrir les animaux à l’herbe. Cela réduirait en effet le temps de pré-digestion dans l’estomac des ruminants, et ainsi la fermentation qui produit des gaz comme le méthane. Pour la gestion des déchets, la méthanisation à petite échelle permettrait de récupérer et de transformer le méthane. Reste à voir si ces solutions seront mises en œuvre.

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 11:27

Les grandes ONG environnementales comme la Fondation Nicolas Hulot, le Réseau Action Climat, WWF, France Nature Environnement et les Amis de la Terre interpellent le nouveau Président élu sur l'importance d'un grand ministère en charge du développement durable (avec un périmètre étendu, comprenant l'environnement/la biodiversité, l'eau, les transports, l'énergie, l'aménagement, la pêche/la mer et le climat). Un point important à suivre en vue de la composition du futur Gouvernement.    En complément, un article plus détaillé du World Wide Fund for nature du 9 mai 2017. Lire aussi Climat : à Bonn, négociations techniques et incertitude politique.

appel au nouveau gouvernement à mettre tout en œuvre pour accélérer la transition écologique © Global Warming Images / WWF

appel au nouveau gouvernement à mettre tout en œuvre pour accélérer la transition écologique © Global Warming Images / WWF

Monsieur le Président de la République,

Nos associations tiennent à vous féliciter pour votre élection à la Présidence de la République. Nous souhaiterions pouvoir vous rencontrer dans les meilleurs délais afin d’évoquer la feuille de route du quinquennat pour la transition écologique.

Dans cette attente, nous souhaitons dès maintenant vous faire part de notre avis sur le périmètre du ministère en charge de l’environnement.

L’organisation de l’État et de son gouvernement reflète l’ambition que se donne un pays. Comme vous le souligniez dans votre programme, « la transition écologique est une priorité pour aujourd’hui qui affecte tous les secteurs de la vie économique et sociale ».

La pertinence d'un grand ministère, avec à sa tête un ministre d’État, numéro deux dans l’ordre protocolaire, en charge du développement durable (écologie, biodiversité, climat et énergie, transport, logement et urbanisme, aménagement du territoire, pêche et mer) initié dans la dynamique du "Grenelle de l'environnement" a fait ses preuves et répondra à votre volonté d’un gouvernement resserré. De plus, des synergies institutionnelles fortes doivent être trouvées avec les ministères de la santé, du travail, de l'agriculture, des outremers, et enfin celui de l’économie tant leurs rôles et impacts sont essentiels pour l'environnement. Par ailleurs, vous aviez souligné dans votre programme l’importance d’une alimentation plus saine et avez annoncé la tenue d’États généraux de l'Agriculture et de l’Alimentation. Nous espérons donc que le futur gouvernement intégrera l’importance et la transversalité de cet enjeu, à la fois au niveau national et international.

De même, tout comme le Conseil National de la Transition Écologique est ouvert aux acteurs économiques et sociaux, la gouvernance doit être améliorée en ouvrant les instances de concertation des secteurs économiques et sociaux à nos associations environnementalistes, dans une logique de réciprocité d'ouverture.

Nous espérons que vous serez sensible à ces arguments et au symbole fort que représente ce large ministère. Nous rappelons notre fort attachement au dialogue environnemental et espérons que vous vous engagerez à le renforcer. Cela est indispensable pour répondre à "l'urgence écologique" que vous aviez rappelée au soir du 23 avril.

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Président de la République, l’assurance de notre très haute considération.


Michel Dubromel, président de FNE, représentée au Conseil National de la Transition Écologique

Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO

Gilles Asenjo, Président de Surfrider Foundation

Pierre Perbos, président du Réseau Action Climat

Bernard Chevassus-au-Louis, président d’Humanité et Biodiversité

Cécile Ostria, Directrice générale de la Fondation Nicolas Hulot

Pascal Canfin, directeur général du WWF France

Florent Compain, président des Amis de la Terre

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Emmanuel Macron, élu Président de la République : quelles priorités en matière d'environnement ?

Le WWF France félicite Emmanuel Macron pour son élection à la Présidence de la République et appelle le nouveau gouvernement à mettre tout en œuvre pour accélérer la transition écologique.

Le WWF France attend un premier signal fort de la part du nouveau Président avec la constitution d’un large ministère avec à sa tête un ministre d’Etat, 2ème dans le rang protocolaire.

Ce ministère devra conserver la mer, la pêche et le transport dans son périmètre. Il devra inclure le logement, l’urbanisme et la construction comme ce fut le cas lors de la création de ce grand ministère en 2007-2012. Nous serons particulièrement attentifs à ce que le lien soit fait entre ce ministère et celui de l’Agriculture notamment sur les questions d’alimentation et pour la
future négociation de la Politique Agricole Commune, avec Bercy pour le financement de la transition écologique et avec les ministères de la santé et de l’agriculture pour les questions de « santé environnementale ». Lors des Etats généraux de l’agriculture et de l’alimentation prévus par Emmanuel Macron, c’est un travail commun entre les ministères de l’environnement, de l’agriculture et de la santé qui devra être réalisé.

Le 10 février 2017, Emmanuel Macron avait été le premier des candidats à l’élection présidentielle à participer au
#Pandalive du WWF France. Pendant 45mn le candidat avait répondu aux questions des 860 000 supporters du WWF France sur les réseaux sociaux. Le WWF France sera tout particulièrement vigilant à ce que les engagements annoncés à cette occasion soient respectés.

Concernant Notre-Dame-des-Landes, Emmanuel Macron avait annoncé une médiation de 6 mois. Le WWF France attend donc la nomination rapide d’un médiateur avec une lettre de mission contenant l’étude des alternatives au projet d’aéroport.

Le WWF France avait salué la volonté du candidat de maintenir les objectifs de la loi sur la transition énergétique. Ils doivent l’être. Pour sécuriser les emplois des salariés concernés, des dispositifs transactionnels et des politiques publiques d’accompagnement, tel que le contrat de transition écologique, devront être développés.

Emmanuel Macron avait déclaré lors du #Pandalive ne plus vouloir autoriser de nouveaux permis d’exploration et d’exploitation de pétrole et de gaz en France. Un moratoire existe déjà aujourd’hui pour les eaux françaises en Méditerranée et sur la façade Atlantique. L’extension de cette interdiction doit être confirmée pour protéger les eaux d’outre-mer et notamment en Guyane où Total ne se verrait donc pas autorisé à explorer les fonds et donc exploiter le pétrole qui pourrait s’y trouver.

Lors des Assises de l’Outre-mer que le Président a annoncé vouloir organiser rapidement, le WWF France veillera à ce qu’un modèle de développement économique durable soit proposé aux territoires d’outre-mer. L’argent public devra être investi de manière à soutenir l’emploi et la transition écologique et non être gâché en finançant des projets non soutenables tel que celui de la « Montagne d’or » en Guyane.

Enfin, lors du #Pandalive, le candidat avait pris position pour l’éintroduction d’ours dans les Pyrénées en rappelant « qu’on ne peut pas donner des leçons aux pays d’Afrique sur la protection des éléphants et, en France, ne pas être capables de vivre avec les loups, lynx ou ours ». Le WWF France veillera à la mise en œuvre rapide de cet engagement.

Emmanuel Macron a affiché lors de sa campagne sa volonté d’organiser des Etats généraux de l’agriculture et de l’alimentation Le WWF soutient cette initiative. La refonte du contrat entre les agriculteurs et la société sera l’une des tâches majeures du prochain président de la République car notre alimentation, nos paysages ou l’avenir de nos emplois agricoles sont un élément clé de notre contrat social, en France sans doute encore plus qu’ailleurs.

Le WWF attend du nouveau président de la République et du gouvernement une réelle volonté politique pour faire avancer l’ensemble de ces sujets sans faiblir face aux sirènes des lobbies. La prise en compte de l’environnement doit s’inscrire dans l’ensemble des politiques publiques.

Le premier test environnemental du Président sera sa capacité à endosser le leadership suffisant pour peser contre l’éventuel retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris. Il sera attendu à ce sujet lors des prochains G7 et G20 aux mois de mai et juillet.

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 09:01

En Afghanistan, des archéologues explorent un vaste site bouddhiste qui sera détruit par l'industrie minière. Par Florence Evin et Julien Bouissou, (New Delhi, correspondance) le 5 mai 2017 pour Le Monde.

Vue du site de Mes Aynak, perché à 2 500 m, à 40 km au sud de Kaboul. Au premier plan, le monastère de Kefiriat Tepe

Vue du site de Mes Aynak, perché à 2 500 m, à 40 km au sud de Kaboul. Au premier plan, le monastère de Kefiriat Tepe

Quartier Montparnasse à Paris, chez Iconem, start-up spécialisée dans le patrimoine en péril, quatre jeunes ingénieurs sont au travail dans un silence religieux. Yves Ubelmann, le fondateur et patron, revenu de Kaboul (Afghanistan), est tout à son affaire devant un écran géant sur lequel défilent des images à couper le souffle d'un chaos de montagnes pelées couleur sable, sur lequel rien ne pousse. Ces photos ont été prises avec différentes techniques – avec un drone, au scanner laser, à la perche et au ras du sol –, à 40  kilomètres au sud de la capitale afghane, dans la province du Logar. A cet endroit, les sommets sont couronnés par les ruines des monastères bouddhistes de Mes Aynak, littéralement " Cuivre et source  d'eau " (Ier siècle av. J.-C. - VIIe siècle apr. J.-C.).

De ces vestiges, bientôt, il ne restera rien. Les moines s'étaient installés sur un trésor : probablement la deuxième réserve mondiale de cuivre, dont l'exploitation a été confiée à la Chine par les Afghans. " D'un montant global de8  milliards de dollars, le contrat a été remporté en  2007 par la compagnie chinoise China Metallurgical Corporation, écrit le 5  août 2009 Frédéric Bobin, correspondant du Monde. Il confirme les ambitions mondiales de Pékin visant à sécuriser à travers la planète les approvisionnements en matières premières nécessaires à sa croissante galopante. " Déjà, à cette date, Roland Besenval, directeur de la Délé-gation archéologique française en Afghanistan (DAFA), mort en 2014, s'alarmait : " Le site boud-dhique d'Aynak est embléma-tique ", son démantèlement constituerait une perte équi-valente " à la destruction des boud-dhas de Bamiyan " par les talibans en  2001.

Face à cette perspective, le gouvernement afghan décida de repousser l'exploitation du cuivre pour permettre la mise en place d'une campagne de fouilles. -Philippe Marquis, alors directeur (de 2009 à 2014) de la DAFA, fut chargé par le ministère afghan des mines de l'expertise scientifique et technique du projet de fouille. Le chantier commencé en  2011, qui a permis le dégagement d'une dizaine de monastères défensifs, bâtis comme des forteresses en nid d'aigle, est " la plus belle révélation archéolo-gique de ces 40  dernières années en Afghanistan ", selon Philippe Marquis.

Un des bouddhas à la robe au drapé doré à la feuille. ICONEM/MINISTÈRE AFGHAN DES MINES, DAFA

Un des bouddhas à la robe au drapé doré à la feuille. ICONEM/MINISTÈRE AFGHAN DES MINES, DAFA

Un relevé en 3D

Le conservateur en chef du patrimoine, aujourd'hui à -Paris, ajoute : " Il faut faire en sorte que le site puisse être livré à l'exploitation minière vierge de vestiges archéologiques, ces derniers devant être documentés et mis à l'abri autant que possible. Plusieurs milliers de statues ont été trouvées, puis transférées au Musée national à Kaboul, ou stockées sur place. " Un riche mobilier archéologique était encore en place, décors architecturaux, fresques, céramiques, monnaies, et même un trésor, de bijoux de perles et lapis-lazuli, qui a échappé aux pillages du début des années 2000.

" La menace d'un démarrage imminent de l'exploitation minière nous a obligés à aller vite, indique à Kaboul Thomas Lorain, secrétaire scientifique à la DAFA. Et nous a contraints à mener des fouilles de sauvetage plutôt que des fouilles programmées. La zone comprend une centaine de sites archéologiques. Ceux qui ont été étudiés en priorité se -situaient dans la “zone rouge” d'exploi-tation minière. " Celle-ci est très visible sur les photos aériennes d'Yves Ubelmann, par la couleur rougeâtre des scories de la première exploitation minière par les moines.

Aujourd'hui, il reste la moitié des crêtes montagneuses du secteur à explorer, sur lesquelles siègent plus de dix monastères avec leurs ateliers, entrepôts et zones d'habitat. Ces 4  kilomètres carrés perchés entre 2 300 et 2 500  m d'altitude sont difficiles d'accès et dangereux. Situé à une heure de Kaboul, Mes Aynak est en effet situé sur un axe qu'empruntent les talibans depuis le Pakistan voisin et où ils contrôlent de nombreux districts. On y accède sous escorte policière ; le site -lui-même est surveillé par une centaine de soldats.

Dans le local exigu d'Iconem, Yves Ubelmann dévoile l'ampleur des vestiges, grâce aux dizaines de milliers de photos rapportées depuis dix ans, leur traitement numérique par des algorithmes permettant d'obtenir un relevé en 3D de la zone archéologique. " On s'est lancé dans la construction d'un modèle hypercomplexe nécessitant beaucoup d'ingénierie avec un outil de visualisation très simple à utiliser ", explique Yves Ubelmann en pointant un détail, comme dans un jeu vidéo, pour " zoomer " sur un ensemble de bâtiments. Du survol du site, nous voici circulant dans les ruines, jusqu'à pénétrer virtuellement dans les chapelles et stupas en partie écroulés, comme si on visitait les lieux jusqu'aux moindres détails.

Puis, nouveau zoom dans le monastère de Tepe Kafiriat, jusqu'aux sculptures de l'âge d'or de l'empire Kouchan (Ier  siècle av. J.-C. - IIIe apr. J.-C.). Resplendit alors le large plissé rouge rehaus-sé de dorure à la feuille d'une robe drapant un bouddha debout de six mètres de haut, comme les figures monumen-tales polychromes en terre qui l'accompagnent. De place en place, le subtil feuilleté en plaques de schiste d'une stupa ; là un bouddha décapité, assis en méditation, dont la tête a été trouvée à proximité ; plus loin une statue dont il ne reste que les pieds, ou encore un squelette figé pour l'éternité dans ce climat très sec.

Le modèle en 3D est un support d'informations à enrichir sans fin, par des images prises sur le vif, et par les archives des archéologues, plans et relevés. " C'est une première mondiale en termes de quantité de données et de méthodologie ", affirme Yves Ubelmann. Documenter l'immense site bouddhique avant sa destruction est l'obsession de cet architecte passionné d'Afghanistan. " Le passage du drone a permis de repérer des monastères dans des décrochements très doux de la topographie, qui n'avaient jamais été identifiés ", note-t-il.

Nouvelles perspectives

Du Ier au Ve siècle, le cuivre est massivement extrait de Mes Aynak et transformé sur place. Les moines frappent monnaie et développent l'artisanat. Ont aussi été dégagés des autels du feu zoroastrien, les deux religions ayant probablement cohabité aux VIe et VIIe  siècles. Si l'exploitation du cuivre s'arrête au VIIe  siècle, certains monastères sont fréquentés jusqu'aux XIe ou XIIe  siècles. L'approvisionnement en combustible pour l'opération de chauffe du minerai a-t-il fait défaut ? L'arrivée de l'islam aurait-elle entraîné une recomposition des routes d'échanges ?

" Ces questions ouvrent de nouvelles perspectives, souligne Philippe Marquis. Le bouddhisme accompagne le développement économique, les monastères jouent le rôle d'un réseau bancaire à longue distance. C'est la première fois que l'on comprend le lien très étroit entre pouvoirs religieux et politique, ainsi que le fonctionnement de ces communautés dans lesquelles le bouddhisme contrôle la matière première, les métaux, frappe monnaie au nom du souverain Kouchan et a les moyens d'une production artistique élaborée. " En témoignent les peintures murales et sculptures polychromes à la riche palette, dans le style local du Gandhara tardif, comme les décorations des maisons aux poutres sculptées.

" L'arbre qui cache la forêt "

Dans ce pays aux immenses ressources naturelles, " Mes Aynak pourrait être l'arbre qui cache la forêt. Il y a probablement des centaines de monastères de ce type, juge Philippe Marquis.  Mes Aynak a permis de comprendre que le bouddhisme afghan, ce n'est pas seulement des monastères, mais quelque chose de beaucoup plus complexe. "

Principal bailleur de fonds, la Banque mondiale a permis l'ouverture de la fouille en  2011 avec le ministère afghan des mines. " Mais l'ampleur du site archéologique a été sous-estimée ", souligne Rafael Sequeira, coordinateur international du projet archéologique Mes Aynak. Avec des spécialistes afghans formés sur le terrain par la DAFA et des équipes internationales, plus de six cents personnes ont travaillé sur le chantier. " L'Unesco assiste depuis un an le gouvernement afghan dans le cadre d'un programme d'archéologie préventive, de formation, documentation et conservation, qui pourrait être optimisé ", indique Maria Rita Aceitoso, représentante onusienne à Kaboul.

Vendredi 31  mars, les fouilles ont été suspendues et les bureaux scellés. Personne ne sait quand -elles vont reprendre. Il reste la moitié du secteur à explorer. Les Chinois sont-ils en train de renégocier le contrat de concession dans le fragile contexte sécuritaire qui règne sur place ? Pour l'heure, seul un baraquement bleu, cerné d'un haut mur, signale leur présence. Aucune route d'accès n'a été aménagée pour les travaux gigantesques à venir. Ni la voie ferrée promise aux Afghans, ni la centrale thermique qui devait alimenter Kaboul en électricité, ni l'unité de transformation sidérurgique, prévue elle aussi.

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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 09:04

La deuxième Rencontre internationale des résistances aux OGM, à Lorient, a démontré la nécessité de renouveler les stratégies de lutte contre les ambitions des multinationales de l’agrochimie. Par Patrick Piro le 3 mai 2017 pour Politis. Lire aussi Une quarantaine d’ONG européennes lancent une initiative citoyenne contre le glyphosate, La toxicité du Roundup connue de Monsanto depuis au moins 18 ans, et Les juges de La Haye taillent Monsanto.

OGM : Le combat continue

En 2006, j’étais à Lorient avec Greenpeace pour empêcher l’entrée d’une cargaison de soja transgénique dans le port. Me voilà au même endroit une décennie plus tard, et les OGM destinés à l’alimentation animale passent toujours », déplore Arnaud Apoteker. Pour faire contrepoids, le militant cite la spectaculaire victoire de la population du quartier d’Intuzaingo, dans la ville de Córdoba (Argentine) : après quatre années d’affrontements, souvent violents, son blocus a finalement eu raison, en novembre dernier, du projet de construction par Monsanto d’une des plus grandes usines de production de semences transgéniques au monde.

Après la vague des fauchages de champs OGM des années 2000, le refus des consommateurs de voir des transgéniques dans leur assiette et le barrage qu’oppose le gouvernement à la culture du maïs transgénique Mon810 de Monsanto, « les gens croient que les OGM sont bannis en France, alors qu’il ne s’agit que d’un moratoire, constate un des ateliers, et que de nouvelles générations de plantes manipulées, des OGM “cachés” tels que le colza et le tournesol, sont dans les champs. »

La deuxième Rencontre internationale des résistances aux OGM, qui s’est déroulée à Lorient du 28 au 30 avril à l’initiative de l’association bretonne Ingalan, a montré que la bataille était loin d’être terminée. Bien que venu d’une trentaine de pays, le public un peu clairsemé de quelque 200 participants, où les grandes organisations françaises manquent à l’appel, a tenté de relancer une mobilisation globale face à de nouveaux défis. « On ne s’en sortira pas sans la solidarité du Nord », prévient Blandine Sankara, porte-parole du mouvement CCAE, lequel a mobilisé contre le coton OGM au Burkina Faso. Les nouveaux enjeux sont-ils insuffisamment perçus ? « Vous portez des vêtements tissés en fibres contaminées ! », lance Graciela Gásperi, de l’institut argentin Incupo. René Louail, dirigeant paysan breton, rappelle que les volumes de soja OGM importés en Bretagne pour l’alimentation animale « ont mobilisé un million d’hectares sud-américains pour une région qui en cultive 1,6 million » (lire ci-dessous) – un accaparement de terres qui ne dit pas son nom. Et l’invasion se poursuit dans le monde. En Colombie, un collectif signale « une menace récente apparue sur les semences natives, la contamination par des OGM qui occupent déjà 15 % des surfaces cultivées en maïs dans le pays ». Au Proche-Orient, rappelle l’écologiste libanaise Lilia Ghanem, la guerre a des conséquences catastrophiques pour la biodiversité des cultures et l’autonomie alimentaire. « En Irak, Monsanto et ses OGM sont arrivés avec les chars états-uniens ! » Dans cette région, berceau de plusieurs céréales, l’une des ordonnances « Bremer », laissées en héritage au pays en 2004, met les paysans, pour deux décennies encore, sous la coupe des multinationales de l’agro-industrie, l’obligation d’acheter des semences OGM supplantant l’ancienne interdiction de privatisation des ressources biologiques. Au Ghana, le mouvement Food Sovereignty Ghana mobilise une large part de la société civile depuis trois ans contre l’adoption d’une réglementation similaire.

Trop tard pour l’Argentine, qui est devenue une république transgénique depuis le milieu des années 2000. « Imaginez la moitié de la France, 24 millions d’hectares, soit 80 % des terres arables, cultivées en OGM, dont 20 millions d’hectares rien que pour le soja…, se désole Graciela Gásperi. Dans le Gran Chaco, deuxième écosystème en importance après l’Amazonie, on assiste à un crime contre la biodiversité. » Aux Philippines, où pourraient être menacées les quelque 200 variétés de riz recensées, le segment transgénique « riz doré » n’est toujours pas abandonné, bien que fortement combattu.

Qu’il s’agisse de plantes rendues résistantes à un herbicide, le Roundup de Monsanto, par exemple, dont on peut alors les asperger pour désherber alentour, ou de variétés manipulées pour produire leur propre insecticide, les cultures OGM génèrent des pollutions importantes, et parfois des ravages sanitaires soulignés dans presque toutes les interventions. « Les champs sont traités par avionnettes qui aspergent dans n’importe quelles conditions, passant en toute impunité au-dessus des maisons, des écoles, s’insurge Orlando Lemus Galacia, du réseau guatémaltèque Redsag. Dans le fleuve de La Pasión, 23 espèces de poissons ont disparu, un écocide ! »

Et puis on n’en est plus à de grossières manipulations, comme l’introduction d’un gène de poisson dans une fraise, s’alarme Guy Kastler. « La transgenèse procède aujourd’hui à des mutations accélérées via des procédés qui échappent à la définition originelle des OGM, et donc aux contraintes réglementaires qui leur sont attachées. » Le militant de la Confédération paysanne signale que les industriels des biotechnologies bataillent pour faire modifier les termes du Protocole international de Carthagène sur la biosécurité, afin de faciliter le brevetage de leurs interventions sur le vivant.

Lorient a fait une large place aux mouvements de défense des semences paysannes et de promotion de l’agroécologie. Et, coïncidence de dates, le terrain du droit livrait une victoire symbolique importante dix jours auparavant. Les cinq magistrats professionnels du « Tribunal Monsanto » citoyen ont rendu leur avis après l’examen des milliers de pages déposées par les plaignants et des témoins, en octobre dernier, à La Haye (lire aussi Monsanto traduit devant un tribunal international citoyen à La Haye, Les citoyens se font justice face à Monsanto, et Les juges de La Haye taillent Monsanto) : « oui », la firme a porté atteinte au droit international à un environnement sûr et durable, au droit à l’alimentation, à celui d’un meilleur état de santé ainsi qu’à la liberté de la recherche scientifique. Ce raisonnement juridique inédit a déjà des répercussions concrètes, signale Arnaud Apoteker, qui a coordonné le « Tribunal Monsanto » : la juge l’a évoqué lors de l’examen, fin avril, de la plainte en diffamation portée par le militant anti-OGM Christian Vélot, et la rapporteuse de la commission des droits de l’homme de l’ONU le mentionne dans un rapport sur les pesticides.

Produire sans OGM, c’est possible !

En Bretagne, terre dépendante aux OGM importés, des paysans démontrent qu’un élevage de qualité est viable grâce à une alimentation animale locale et non transgénique. Reportage.

OGM : Le combat continue

Petite leçon dans la prairie, au ras des pâquerettes. Jeanne Brault ramasse un trèfle, deux feuilles de fétuque, un peu de ray-grass anglais. Des herbes folles, à vue de botte. Pour l’éleveuse, c’est la triplette fourragère qu’elle a sélectionnée et semée en 2015, avec son associé et mari Dominique Le Calvez, pour transformer cette parcelle en une pâture nourricière. Croissance rapide, productivité, teneur en protéines… il existe de nombreuses variétés de ces espèces. « Nous n’avons pas retenu les plus énergétiques, mais celles qui pourront assurer la meilleure durabilité à la prairie. Nourrir correctement les bêtes sans épuiser la terre, et pour de nombreuses années », prévoient-ils.

Dans la pâture voisine, la cinquantaine de vaches de leur cheptel aura bientôt tout tondu. Le printemps est anormalement sec, « mais on annonce un peu de pluie la semaine prochaine ». Les bovins sont à l’herbe huit mois sur douze, et la fauche de l’excédent permet de couvrir l’hiver, moyennant un petit complément en tourteaux de colza achetés chez un voisin. Les deux exploitants, qui ont repris il y a trois ans la ferme des Hirondelles, à Plédéliac près de Lamballe (Côtes-d’Armor), se surprennent d’avoir déjà atteint la rentabilité. Le voisinage prédisait « qu’ils ne passeraient pas le premier hiver » avec leur choix d’un élevage extensif, sans pesticides et autonome : sur 70 hectares de prairie, broutent quatre fois moins de vaches que n’en avait leur prédécesseur, le lait est bio et produit sans soja importé. Radicalement à contre-courant du modèle breton.

En quelques décennies, la région est devenue le pôle emblématique de l’élevage intensif français hors sol, avec une spécialisation outrancière dans la filière porcine. Pour accroître les rendements en viande et en lait, les éleveurs ont basculé vers une alimentation à base de maïs, la plus énergétique des céréales. Les vaches de la ferme des Hirondelles donnent en moyenne 5 300 litres de lait par an. Celles des voisins, au régime maïs, produisent près du double.

Cependant, pour équilibrer ce régime alimentaire hyper-énergétique, il faut leur apporter un fort complément en protéines végétales. Et colza, pois, tournesol, luzerne locaux n’y suffisent pas, notamment parce qu’en 1992, dans un jeu de concessions réciproques avec les États-Unis, l’Union européenne accepte de limiter ses cultures de protéagineux (accord de Blair House). L’agro-industrie se tourne alors massivement vers l’importation de soja, reine des plantes à protéines, d’abord issu des États-Unis puis du Brésil et de l’Argentine, qui y consacrent d’immenses superficies à des coûts de production très compétitifs. L’optimisation économique pousse les producteurs européens de rations animales à se concentrer autour des grands ports où débarque le soja – Brest, Lorient, Saint-Nazaire pour la France. Les élevages suivent. Avec 6 % du territoire français, la Bretagne concentre près de 60 % du cheptel national de cochons.

Et au début des années 2000, apparaissent les premiers tourteaux de soja transgéniques. Sans heurt ou presque : la législation européenne n’impose pas de signaler la présence d’OGM dans les rations animales, ni dans les produits animaux issus de leur consommation. Cinq ans plus tard, la quasi-totalité du soja débarqué en France est OGM : sous la pression des géants de l’agro-industrie, dont Monsanto, l’agriculture sud-américaine s’est brutalement convertie aux variétés transgéniques. Pour la Bretagne, le piège est complet, avec à la clé le problème de la gestion d’énormes volumes d’effluents animaux, lesquels polluent presque toutes les rivières locales.

Un jour de 2007, René Louail, ancien porte-parole de la Confédération paysanne, reçoit Jean-Yves Le Drian dans sa ferme de Saint-Mayeux, près de Loudéac (Côtes-d’Armor). Deux ans plus tôt, le président du conseil régional signait la charte de Florence des régions européennes sur « la coexistence entre les OGM et les cultures traditionnelles et biologiques ». Alors que monte la résistance aux OGM, dont René Louail est une figure nationale, Jean-Yves Le Drian s’engage devant lui à investir autant dans les filières alternatives que dans l’agriculture conventionnelle. « C’est un comportement d’escroc !, fulmine le paysan contre l’élu. Dix ans après, alors que c’est un point crucial, rien n’a été fait pour que les ports de Brest et de Lorient s’équipent, comme à Saint-Nazaire, de cellules de stockage distinctes dédiées aux cargaisons non transgéniques. » Résultat, les éleveurs bretons en quête de soja non OGM doivent supporter un surcoût significatif pour leur acheminement, par camions, de Loire-Atlantique.

René Louail, pour sa part, n’a jamais voulu prendre les rails du modèle productiviste. Son exploitation, consacrée principalement à l’élevage de poules en Label Rouge, s’approvisionne en tourteaux de protéagineux locaux – féverole, lupin, pois, etc. –, dont la culture n’est désormais plus contrainte par l’accord de Blair House, qui n’a pas été renouvelé. L’éleveur est aujourd’hui à la retraite, et c’est son fils Emmanuel qui a pris sa suite, acquéreur il y a quatre ans de la moitié du capital de la ferme, une installation qu’il n’est pas peu fier d’avoir facilité. « Aux alentours, les paysans qui ont choisi l’option de l’agro-industrie ne trouvent pas de jeunes en capacité de reprendre leurs fermes, fragilisées par des dettes importantes. Alors ce sont des voisins qui rachètent, pour agrandir encore leurs exploitations… »

Ce matin-là, un franc soleil réchauffe l’atmosphère, et les volatiles en fin de croissance font leurs premiers pas hors des poulaillers. Le confinement anti-grippe aviaire, qui a un temps pesé sur les élevages de la région, vient d’être levé. « Les OGM ? Hors de question !, s’élève Emmanuel Louail. Je ressens comme une véritable humiliation la contrainte que fait peser ce système, et en particulier l’injustice du surcoût : on paye pour pouvoir se passer d’une technologie ! » Il a fait le calcul : le choix d’une alimentation non-transgénique issue de cultures locales ponctionne, en charges, l’équivalent du revenu dégagé par l’un des trois poulaillers de l’exploitation. « Et l’on ne peut pas compenser par un prix de vente plus élevé, parce que la qualité “zéro OGM” ne peut pas être valorisée sur le marché », explique Christian Salomon, technicien du groupement Breizh’Val, au service de 50 producteurs de volailles en Label Rouge et sans OGM, dont Emmanuel Louail : comme il n’existe pas de filière distincte et contrôlée pour les aliments « non OGM », l’allégation n’est pas valable.

D’autant plus, qu’à l’instar d’autres signes de qualité comme l’appellation d’origine contrôlée (AOP) et l’indication géographique protégée (IGP), le cahier des charges du Label Rouge n’impose pas non plus aux produits commercialisés d’être indemnes de transgéniques dans le processus de fabrication. « Or les consommateurs, qui dans leur très grande majorité rejettent les OGM dans leur assiette, supposent intuitivement que c’est le cas, souligne René Louail. Il serait catastrophique pour ces filières qu’ils se considèrent un jour floués, d’autant plus que nous sommes en train de gagner la bataille ! »

Car d’importants opérateurs agroalimentaires, comme Loué et Terrena, ont perçu le danger de cette incohérence, en s’engageant de manière volontariste sur l’achat de gros volumes de soja sans OGM, pour la fabrication d’aliments pour bétail. « Les professionnels ont parcouru tout le chemin, il faut maintenant enfoncer totalement le clou en faisant acter formellement par le législateur l’interdiction des OGM dans le cahier des charges des signes de qualité », insiste René Louail.

Pas si simple cependant, car l’enjeu dépasse largement le lien de confiance entre producteurs et consommateurs : le jour où les signes de qualité seraient officiellement liés à l’absence de transgéniques, les filières ne bannissant pas les OGM apparaîtraient, par contraste, de « qualité inférieure » auprès des consommateurs. « Et si nous gagnons sur les OGM, nous inversons aussi la tendance sur les pesticides agricoles, dont l’usage est étroitement associé aux variétés transgéniques », explique encore René Louail.

La situation est encourageante aussi dans la filière laitière anti-OGM, parvenue en une vingtaine d’années à constituer, avec Biolait, un groupement influent d’un millier de fermes paysannes – 30 % de la production de lait bio du pays, dont les trois quarts vendus sur le territoire. Le collectif a décidé qu’à partir d’avril 2017 les vaches de ses adhérents devraient passer à une alimentation “100 % française” afin de mieux en garantir la traçabilité. « Donc plus de soja importé, car le “non-OGM”, délicat à certifier à distance, est trop tentant pour les fraudeurs, rapportant trois à quatre fois plus que le soja transgénique », expliquent Jeanne Brault et Dominique Le Calvez, membres de Biolait. Pas d’impact pour la ferme des Hirondelles, à l’herbe, mais ils se sentent pleinement concernés : « La découverte de la pollution d’une fraction de la production affecterait la crédibilité de l’ensemble de la marque. »

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 09:07

Une vaste étude menée aux États-Unis montre des effets en cascade pour l'ensemble des écosystèmes. Par Audrey Garric le 5 mai 2017 pour Le Monde. Lire aussi Le grand orchestre de la nature est peu à peu réduit au silence, Bernie Krause, harmonies vivantes et Jana Winderen, micro climax.

Matériel de captation acoustique pour mesurer l’impact du trafic routier dans le parc de Mesa Verde (Colorado). NATIONAL PARK SERVICE

Matériel de captation acoustique pour mesurer l’impact du trafic routier dans le parc de Mesa Verde (Colorado). NATIONAL PARK SERVICE

L'homme vient rompre la quiétude des animaux jusque dans les espaces les plus sauvages. Pas seulement du fait de la déforestation ou du braconnage, mais également en raison du bruit qu'entraînent ses activités. Cette pollution sonore constitue une nouvelle menace pour les aires protégées et les espèces qu'elles abritent : elle réduit leur survie et leur reproduction, entraînant des effets en cascade pour l'ensemble des écosystèmes. Voilà l'alerte lancée par une étude publiée dans la revue Science, vendredi 5  mai, la première menée à une échelle aussi large, celle des Etats-Unis.

" La pollution sonore est souvent perçue comme un problème inhérent aux villes. Or, l'expansion de l'urbanisation, des réseaux de transports et des activités humaines dans les zones rurales change la donne. Le bruit affecte également les espaces protégés, qui sont un instrument important de conservation de la biodiversité, et qui procurent des bénéfices aux humains ", expose Rachel Buxton, biologiste de la conservation à l'université du Colorado et principale auteure de l'étude.

Les tourterelles désertent

L'équipe a analysé 1,5  million d'heures d'enregistrements acoustiques recueillis dans 492  sites. Ils ont ensuite extrapolé à l'ensemble des 100 000  zones protégées, qui représentent 14  % du territoire terrestre du pays. Enfin, ils ont calculé l'excès de bruit d'origine anthropique par rapport aux niveaux sonores considérés comme " naturels ".

Résultats : la pollution sonore liée aux humains double le bruit de fond dans 63  % des aires protégées, et le multiplie par dix dans 21  % de ces zones. Ces nuisances réduisent ainsi de 50  % à 90  % les endroits où les sons naturels peuvent être entendus : ce qui pouvait être perçu à une distance de trente mètres ne peut plus l'être qu'entre  trois et  quinze mètres. Plus inquiétant encore : 14  % des territoires qui abritent des espèces menacées voient leur bruit multiplié par dix.

" Nous avons été étonnés de découvrir que tant d'aires protégées subissent des niveaux de bruit capables d'affecter la santé des humains et des animaux – même si de vastes zones sauvages restent silencieuses, avance Rachel Buxton, dont l'équipe a dressé la carte des endroits plus ou moins touchés. De manière générale, les réserves gérées par les autorités locales sont plus bruyantes que les zones les plus sauvages, notamment parce que les premières se trouvent dans ou à proximité de grands centres urbains. " En cause, selon les chercheurs, le vacarme des voitures, des trains, des avions, des zones résidentielles, des chantiers de constructionet des activités d'extraction (bois, minerais, pétrole et gaz).

" Le bruit généré par une route ne s'arrête pas aux trente mètres de largeur de l'asphalte, il affecte les oiseaux jusqu'à 1,5  kilomètre de part et d'autre, détaille Thierry Lengagne, chercheur (CNRS) à l'université de Lyon-I, qui n'a pas participé à l'étude. Ces nuisances mettent en danger les animaux. "

Les effets délétères du bruit sont connus de longue date pour l'homme. Il perturbe le sommeil, la capacité à travailler et peut entraîner des troubles cognitifs et des risques cardio-vasculaires. Des législations ont été adoptées pour limiter cette pollution, comme la restriction des vols de nuit. Mais rien de tel n'existe en ce qui concerne la faune et la flore.

Ce n'est qu'en  2003 que des chercheurs néerlandais publient la première étude sur le sujet, dans Nature. Ils y démontrent que les mésanges des villes, comparées à celles des champs, augmentent la puissance mais aussi la fréquence de leurs émissions sonores, c'est-à-dire chantent plus aigu, pour couvrir le bruit des activités humaines.

En multipliant les recherches, les scientifiques découvrent alors que les tourterelles, faute de pouvoir modifier les basses fréquences de leur répertoire, désertent les bordures de bois situées à proximité d'autoroutes ; que les forêts voient la diversité de leurs essences réduite, alors que certains oiseaux pollinisateurs qui ont fui ne dispersent plus les graines dont ils se nourrissent ; que les baleines, qui utilisent leur ouïe plutôt que leur vue, sont menacées par les sonars des explorations pétrolières.

Augmentation du stress

" C'est maintenant prouvé : le bruit des hommes peut empêcher un animal d'entendre d'autres sons importants, qui lui permettent de se diriger, de chercher de la nourriture, de défendre son territoire, d'éviter des prédateurs, d'attirer un partenaire ou de maintenir des groupes sociaux, explique Rachel Buxton. En modifiant le comportement ou la répartition des espèces clés, des écosystèmes entiers peuvent être affectés par le bruit. "

En janvier, des chercheurs du CNRS, dont Thierry Lengagne, ont montré que la sélection génétique des espèces pouvait elle aussi être modifiée. Des rainettes soumises à l'agitation de la circulation routière subissent une augmentation considérable du stress, qui affecte leur état sanitaire. La coloration des sacs vocaux des mâles décline, alors qu'elle permet normalement aux femelles de repérer les partenaires les plus performants.

" L'intérêt de la nouvelle publication dans Science est d'avoir évalué de manière systématique l'étendue du désastre. On sait maintenant que la pollution sonore est partout, assure le chercheur. Il est urgent de mettre en place une vraie législation, qui implique de modifier les activités humaines. " Aux Etats-Unis, on tente déjà de réduire le bruit dans certaines zones protégées, avec des navettes pour limiter le trafic routier ou en demandant l'alignement des couloirs aériens sur les principales routes.

" Bien des stratégies d'atténuation du bruit fonctionnent. Il faut les généraliser, selon George Wittemyer, professeur à l'université du Colorado et coauteur de l'étude. Les gens doivent aussi considérer le son comme une composante de l'environnement naturel. "

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 15:52

L’entrée en vigueur, l’été 2016, du volet de la loi Macron consacré aux prud’hommes entraîne des interrogations sur la chute des saisines par les salariés ou les chômeurs observée dans plusieurs villes. Des avocats en droit social sont vent debout contre les nouvelles procédures, qui compliquent fortement l’accès aux juges. Par Manuel Jardinaud et Dan Israel le 3 mai 2017 pour Mediapart.

Ce sont des mots qui sonnent comme une ritournelle lorsque l’on parle de la justice : engorgement, congestion, saturation. Des termes qui qualifient notamment les conseils de prud’hommes (CPH). Il y a en France 216 de ces « tribunaux » de proximité, où la justice est rendue par des juges non professionnels, issus des organisations syndicales et patronales, sur les contentieux qui opposent salariés et employeurs. Depuis des années, à l’instar d’autres juridictions, ils croulent sous les dossiers. Certes, selon les territoires, les différences de traitement peuvent être fortes, mais la moyenne du parcours d’un dossier reste excessivement élevée.

Selon le rapport de la mission de soutien et d’accompagnement à la réforme de la justice prud’homale, remis au premier ministre le 19 avril 2017, « la durée moyenne des affaires traitées au fond étaient en 2016 de 21,9 mois et […] il est exceptionnel qu’un conseil de prud’hommes traite les affaires en moins de neuf mois ». Celui de Nanterre pulvérise les records avec une durée globale de 31,3 mois en 2016, quand celui de Saint-Omer réussit l’exploit de boucler un jugement au fond en 8 mois.

Le rapport d’où sont tirés ces chiffres tombe à propos. Il fait le point sur une réforme passée relativement inaperçue dans le cadre de la loi Macron d’août 2015, grand fourre-tout économique et social du quinquennat de François Hollande. Il s’agissait notamment, pour le volet concernant cette juridiction, de « réduire les délais de jugement et les taux d’appel excessivement élevés », selon l’exposé des motifs présentés à l’époque. Un bien bel objectif. Sauf que certains tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme sur les conséquences de cette réforme. C’est le cas d’Anne Dufour, présidente (CFDT) du CPH de Paris. Le 28 avril dernier, elle dénonçait sur France Inter une chute de 40 % du nombre de saisines devant les conseils de Lyon et Paris entre août et décembre 2016. Le président du CPH de Lyon, Bernard Augier (CGT), indique à Mediapart avoir plutôt observé une baisse de l’ordre de 20-25 % entre août 2016 et février 2017.

Une évolution qui rebute les salariés

Malgré la divergence de chiffres, le constat est identique. Selon les deux syndicalistes à la tête de ces juridictions, nombre de salariés renoncent désormais à leur possibilité de saisine à la suite de la complexification de la procédure. Avec le décret du 20 mai 2016, chaque personne doit désormais remplir un formulaire de six pages détaillant « les événements liés au litige » et les « demandes chiffrées », ainsi qu’écrire un « exposé sommaire des motifs », accompagné des pièces nécessaires. Avant la loi, qui est réellement entrée en vigueur en août dernier, un salarié ou un chômeur se contentait de saisir le CPH très simplement (en cochant quelques cases dans un document) et pouvait constituer son dossier, accompagné ou non d’un avocat, jusqu’au jour de l’audience.

« Ce changement rebute les salariés, pas tous armés quand ils n’ont pas d’avocat », constate Frédéric-Paul Martin, conseiller prud’homal CFE-CGC au CPH de Paris. « Ce décret nécessite de saisir par voie de requête motivée, ce qui est loin de la simplification présentée », détaille l’avocat en droit social David Métin. En clair : il faut désormais monter, documenter et rédiger un dossier presque aussi complet que lorsque l’on se présente devant les conseillers le jour de l’audience. Une gageure pour un individu isolé.

De nombreux avocats spécialisés dans la défense des salariés sont vent debout contre cette nouvelle procédure. « Rien que pour nous, c’est déjà un casse-tête, alors imaginez pour un salarié, déplore Lilia Mhissen, qui défend notamment la CGT d’Air France. Motiver en fait et en droit, c’est plus compliqué que de remplir des cases. C’est un vrai bazar, un vrai cauchemar. »

« Il est évident qu’il y a une baisse des saisines, cela se voit à l’œil nu quand on se rend au conseil des prud’hommes », ajoute Rachel Saada, avocate spécialisée très expérimentée. Elle dénonce une fracture qui s’établit entre les cadres, souvent conseillés et mieux à même de comprendre le dispositif, et les plus précaires. Sa consœur Isabelle Taraud témoigne, elle aussi, de la baisse de fréquentation des CPH : « En février, la dernière fois que je suis allée au CPH de Créteil, il y avait énormément moins d’affaires en audience que d’habitude, seulement quatre contre dix à douze habituellement. » L’avocat David Métin évalue la baisse d’activité des cabinets spécialisés à environ 30 % depuis huit mois, même s’il reconnaît être lui-même moins impacté par cette tendance.

Rachel Saada, très critique contre la réforme, observe le même mouvement : « Financièrement, ça devient compliqué. Les cabinets spécialisés sont des microstructures, avec peu de trésorerie. Même pour mon cabinet, je commence à être inquiète. La nouvelle procédure empêche de constituer les dossiers au fil de la procédure, et est plus pointilleuse. Non seulement le client doit nous payer d’un coup, lorsqu’on ouvre la procédure, mais en plus nous devons augmenter nos tarifs. » Elle dénonce ainsi un double mur érigé par la loi Macron – l’un lié à la procédure, l’autre à l’argent –, qui pénalise les plus fragiles.

Une tendance historique à l’éloignement du juge

Denys Robiliard, soutien de Benoît Hamon et rapporteur de ce volet du projet de loi à l’Assemblée nationale, ne croit pas à une telle influence du décret Macron sur le volume des saisines : « Notre volonté avec cette loi était d’accélérer les procédures, mais en aucun cas de les rendre plus difficiles d’accès. Et je ne vois pas comment le texte de loi aboutirait mécaniquement à une baisse du nombre de saisines. » Il convient cependant que « dans certaines juridictions », les demandes des greffes en direction des salariés vont plus loin que ce qui a été fixé dans les décrets d’application de la loi, et « parfois, dépassent ce qui était attendu ». Selon Bernard Augier, du CPH de Lyon, le gouvernement a commencé à travailler sur un nouveau décret afin d’améliorer certains dysfonctionnements. Mais l’alternance politique risque d’ensevelir ce texte.

« Il y a aussi, sans doute, un télescopage avec l’entrée en application de la loi de sécurisation de l’emploi, qui a raccourci les délais de prescription, indique Denys Robiliard. La première date d’effet de cette nouvelle prescription est arrivée justement en juin, et il est possible que des procédures aient dû être abandonnées. » Ce texte, porté par l’ancien ministre du travail Michel Sapin en 2013, réduit la capacité de demander des arriérés de salaires, passant d’un délai de cinq ans à trois ans. En réalité, cela joue à la marge. Selon la dernière étude du ministère de la justice sur « les litiges individuels du travail », parue en août 2015, les demandes ciblées sur les créances salariales ne représentaient que 0,6 % des litiges en 2013…

Le fameux décret Macron serait donc le seul responsable de cette spectaculaire baisse des saisines ? L’avocate Savine Bernard, tout en reconnaissant la complexification qu’il peut entraîner, nuance l’analyse. « Il faut également ajouter une autre loi, de 2008, portant déjà sur la prescription, qui rend moins intéressantes certaines procédures », complète-t-elle. Elle observe par ailleurs que le contentieux prud’homal est en baisse depuis déjà 2009, date de la mise en place de la rupture conventionnelle. Cette année-là, il atteignait un pic de 225 000 affaires, contre environ 200 000 aujourd’hui.

Selon elle, la loi Macron a surtout pour effet de rigidifier les procédures en appel, moins en première instance. Ce qui, sans le dire de cette manière, était l’un des buts de la loi. « L’esprit est de verrouiller l’accès au juge », résume Savine Bernard. Elle cite la cour d’appel de Versailles très pointilleuse sur la procédure, alourdissant ainsi le travail des avocats. Ce que Rachel Saada généralise par la formule : « Lorsque le législateur intervient, c’est toujours pour éloigner le juge du justiciable. »

Les moyens de la justice en question

Globalement, c’est plus une accumulation de textes qui fait aujourd’hui s’éloigner la justice prud’homale des victimes du monde du travail. Après la mise en place de la rupture conventionnelle (2009), de la loi de sécurisation de l’emploi (2013) et de la loi Macron (2015), celle dite El Khomri (2016) a institué le barème indicatif, qui devrait induire une baisse des dommages et intérêts. Et donc rendre moins intéressantes certaines procédures. Emmanuel Macron promet d’instaurer un barème obligatoire, celui contenu dans sa loi d’août 2015 ayant été retoqué par le Conseil constitutionnel.

Cet arsenal législatif, voté au fil des ans sous des gouvernements de droite et de gauche, favorise les transactions de gré à gré, entre salariés et employeurs. Avec un risque : une privatisation de la justice. « Moins de contentieux, cela veut dire moins de jurisprudence qui fait avancer le droit. Cela signifie aussi une justice privée qui n’éclaire pas le droit, analyse Isabelle Taraud. C’est problématique. Nous sommes inquiets. »

Cette tendance historique à mettre des obstacles entre le citoyen et les CPH a-t-elle un effet sur les délais de traitement des jugements, objectif premier de la loi Macron ? Impossible aujourd’hui d’y répondre en raison du manque de recul. Mais la vraie question se trouve peut-être ailleurs, dans les moyens de la justice prud’homale. Sur ce point, le rapport sur le suivi de la loi Macron est éclairant : « Le plan de soutien à la mise en place de la réforme prud’homale prévoit une dotation de 1 512 postes informatiques, soit 7 postes pour chacun des 216 conseils de prud’hommes […]. Le raccordement des postes informatiques à l’intranet est en cours. Toutefois, seuls le président et le vice-président du conseil de prud’hommes bénéficieront de cet accès. Pour des raisons budgétaires, il n’est pas prévu pour l’instant un raccordement général, ne serait-ce que celui des présidents et vice-présidents de section. » En outre, les conseillers prud’homaux n’ont un accès en ligne aux documentations que depuis mars 2017… Des éléments qui donnent une image nette du dénuement de ces juridictions et de leur inaptitude à gérer efficacement les dossiers. Et là se trouve certainement le vrai nœud du problème.

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 17:09

Le groupe de gestion de l’eau a été condamné pour avoir coupé l’eau ou réduit le débit à deux particuliers, dont l’un handicapé, en retard de paiement. Une pratique pourtant contestée, à laquelle le groupe assure ne plus se livrer. Par Rozenn Morgat le 3 mai 2017 pour Libération.                                Scandaleux !      Lire aussi Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau, et surtout Une nouvelle manœuvre pour faire taire les défenseurs du droit à l’eau.

Le siège du groupe Veolia à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le 23 janvier. (Photo Vincent Isore. IP3)

Le siège du groupe Veolia à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le 23 janvier. (Photo Vincent Isore. IP3)

Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Veolia, le numéro 1 français de l’assainissement et de la distribution de l’eau, est de nouveau aux prises avec la justice. Cette fois, ce sont les tribunaux de grande instance de Nanterre et Toulon qui l’ont condamné à payer deux amendes de 19 000 et 3 000 euros pour avoir coupé l’eau dans deux logements. Les associations France Libertés et Coordination eau Ile-de-France, qui se sont constituées parties civiles lors des procès, ont alerté les pouvoirs publics et les élus «afin que Veolia cesse de violer la loi».

Le premier client, âgé de 41 ans et lourdement handicapé, devait au distributeur la somme de 200 euros. En situation de précarité, il n’a pas pu régulariser cette dette et a été contraint de vivre sans eau pendant deux ans… Une pratique qu’Emmanuel Poilane, le directeur de France Libertés, juge «inadmissible», d’autant que «la victime avait demandé à Veolia la possibilité de payer sa facture en cinq mensualités, ce qui lui avait été refusé». Sollicité par l’AFP, Veolia évoque une erreur «regrettable» mais «possible» pour un groupe qui «gère 7,4 millions d’abonnés en France» et assure avoir «passé des consignes internes claires» pour ne plus pratiquer de coupures dans les résidences principales.

Témoignages

Dans le second cas, les faits se sont déroulés en février, alors même que Veolia assurait quelques semaines plus tôt, lors d’un forum intitulé «Quand l’eau révèle le monde», «ne plus pratiquer de coupures», rappelle le directeur de France Libertés. La personne concernée, dont les factures impayées ont été régularisées par la suite, avait vu le débit de son approvisionnement en eau fortement diminué pendant quinze jours.

Or la loi Brottes (du nom de François Brottes, ex-député PS de l’Isère), entrée en vigueur en 2013, stipule que toutes les coupures d’eau pour motif d’impayés dans les résidences principales, réduction de débit comprises, sont considérées comme illégales. En 2015, le Conseil constitutionnel, saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) déposée par l’autre géant de l’eau, la Saur, après avoir elle-même été attaquée en justice, avait déjà confirmé la validité de l’interdiction des coupures d’eau dans les résidences principales. Par la suite, la société Veolia a elle aussi déposé une QPC, l’interdiction de toute réduction du débit portant selon elle «une atteinte excessive à la liberté contractuelle et à la liberté d’entreprendre». Mais cette QPC avait été rejetée en appel.

La justice a interdit les coupures, pourtant cette pratique persiste. D’après un rapport de la Fédération professionnelle des entreprises de l’eau, les multinationales ont pratiqué 100 000 coupures en 2014 dans le pays. Emmanuel Poilane recense quant à lui seize actions en justice de son association contre des gestionnaires d’eau ayant pratiqué des coupures. «Nous avons toujours obtenu un jugement en notre faveur, avec indemnisations de préjudice pour les victimes», souligne le responsable associatif.

Et encore, ce n’est que la face émergée de l’iceberg. A côté des affaires coûteuses qu’elle porte devant les tribunaux, l’association continue de recevoir les témoignages de nombreux clients privés d’eau. Elle assure alors une médiation auprès des sociétés concernées et «l’eau revient dans les jours qui viennent», précise le directeur de France Libertés, pour qui «nul n’est censé ignorer la loi, pas même les entreprises multinationales».

" Business "

Quel est l’intérêt pour ces sociétés de pratiquer des coupures illégales ? D’après Henri Smets, le directeur de l’Association pour le développement de l’économie et du droit de l’environnement (Adede), c’est avant tout un moyen de faire pression sur les clients qui payent avec du retard. «Ce qui fonctionne, car la plupart des gens connaissent mal leurs droits», en matière d’accès à l’eau.

Emmanuel Poilane y voit, lui, une manière de perpétuer un «business de la coupure» très rentable : «Une amende de 3 000 euros, ça ne représente rien, par rapport aux frais de coupures imputés aux clients», explique le directeur de France Libertés, poursuivi depuis janvier par Veolia pour diffamation après avoir accusé le groupe de «pratiques illégales» dans la presse. L’association souhaite négocier avec la société des échelonnements de paiement pour les personnes en difficulté qui ont des factures en retard. Mais à ce jour, «Veolia n’a jamais accepté de discuter avec nous», déplore le directeur de France Libertés, dont le procès aura lieu en 2018.

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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 09:34

Pour nombre d'ouvriers et de précaires, Marine Le Pen est celle qui les entend le mieux. Mais dans les faits – les déclarations de ses dirigeants, leurs votes, leurs décisions, et même leur programme –, le Front national ne défend pas les intérêts des salariés. Démonstration en trois points. Par Dan Israel et Marine Turchi le 27 avril 2017 pour Mediapart.

Un grand, un immense sourire. En se rendant à l’improviste aux côtés des salariés de Whirlpool en grève à Amiens, mercredi 26 avril, Marine Le Pen ne cachait pas sa joie devant le coup de com’ qu’elle s’est offert aux dépens d’Emmanuel Macron. Elle s’est prêtée de très bonne grâce aux selfies réclamés par les salariés dont l’usine fermera l’an prochain, ravis de cette rencontre inopinée. En une visite éclair de 20 minutes, et en s’évitant toute discussion de fond, la candidate du Front national a consolidé son image de responsable politique à l’écoute des ouvriers et soucieuse de protéger les Français les plus fragiles des méfaits d’une mondialisation malheureuse.

Indéniablement, cela fonctionne. Un des représentants CFDT de l’usine a admis publiquement qu’il votait Marine Le Pen. Pour nombre de salariés et de précaires, elle est celle qui les entend le mieux, celle qui est proche d’eux. Et pourtant. Derrière les mots, au-delà des postures destinées à lui rallier le plus grand nombre de voix, le Front national n’est pas aux côtés des salariés. Bien sûr, son programme prétend soutenir les services publics, lutter pour l’amélioration des bas salaires, en finir avec la loi sur le travail. Mais dans les faits, les déclarations de ses dirigeants, leurs votes, leurs décisions, et même leur programme, tout se conjugue pour attester que le parti frontiste n’a au fond que faire des travailleurs ou des plus précaires. Démonstration en trois points.

  • UN PARTI LOIN DES LUTTES SOCIALES

En se rendant directement à l’usine Whirlpool, pendant que l’intersyndicale rencontrait Emmanuel Macron à la chambre de commerce, Marine Le Pen s’est aussi épargné un délicat face-à-face avec les syndicalistes. Car lorsqu’il s’agit de prendre clairement position sur les mouvements sociaux, sur le droit de faire grève ou même de manifester, au FN, l’embarras règne. Jamais on n’a vu ses militants défiler aux côtés des salariés ou des retraités, du public comme du privé. Il y a un an, alors que les manifestations et les grèves battaient leur plein contre la loi El Khomri, Florian Philippot, le numéro deux du parti, était sérieusement gêné pour dire son soutien au mouvement, tellement il craignait de paraître cautionner une action de la CGT.

Le 20 mai 2016 sur Europe 1, Marine Le Pen elle-même se disait en faveur de l’interdiction des manifestations : « En situation d’état d’urgence, il n’y a pas de manifestation », lançait-elle. Avant de faire volte-face un mois plus tard sur TF1, en assurant « respecte[r] la loi et notamment les grandes libertés publiques ». En 2014, déjà, elle avait mené la charge contre les syndicats au micro d’Europe 1, leur reprochant d’être « discrédités », d’avoir « refusé de s'opposer au libre-échange total » et de défendre « l'immigration qui pèse à la baisse sur les salaires ».

Plus tranchée encore – car opposée à la ligne nationale-républicaine, teintée d'accents de gauche, qu'incarne Philippot – Marion Maréchal-Le Pen estimait le 26 mai dernier que « le droit de grève équivaut à bafouer les droits des Français à se déplacer et à travailler », et fustigeait « ces syndicalistes, ultimes adeptes d'une lutte des classes périmée », d’une « stratégie du chaos ». Des contradictions qui ont trouvé un écho jusqu’au rang des rares parlementaires FN, lors de l’adoption de la loi sur le travail. Alors même que la dirigeante du parti dénonçait publiquement le texte, les deux frontistes du Sénat, David Rachline et Stéphane Ravier, avaient tenté d’y inclure plusieurs amendements visant à réduire les droits syndicaux, notamment dans les petites entreprises, et supprimer certains droits sociaux comme le compte pénibilité. Avant de les retirer sur injonction de Marine Le Pen. Laquelle aurait fait passer, selon Le Canard enchaîné, la même consigne aux députés Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard…

Affiche de la campagne européenne de Louis Aliot en 2009.

Affiche de la campagne européenne de Louis Aliot en 2009.

Il faut reconnaître que les accents sociaux du Front national, dans ses discours, ne sont pas nouveaux. Avant Marine Le Pen, son père avait entamé un virage, en partant à la pêche aux sans-voix, déçus ou abstentionnistes. Au soir du 21 avril 2002, il avait déclaré : « N’ayez pas peur de rêver, vous les petits, les sans-grade, les exclus » ; « vous les mineurs, les métallos, les ouvrières et les ouvriers de toutes les industries ruinées par l’euromondialisme de Maastricht. Vous, les agriculteurs aux retraites de misère et acculés à la ruine et à la disparition, vous aussi qui êtes les premières victimes de l’insécurité ».

Cinq ans plus tard, le fondateur du FN s'adresse à nouveau aux « petits », aux « obscurs », aux « sans-grade » lors de la présidentielle, le 25 février 2007, à Lille, et oppose « le capitalisme financier planétaire » à sa candidature, « la voix du peuple ». Dès 2009, le FN a tenté de récupérer la figure de Jean Jaurès, par une campagne d’affichage qui a fait grand bruit : « Jaurès aurait voté Front national. » En 2012, Marine Le Pen avait fait du thème « des invisibles » un axe de sa campagne, entamant un an plus tard un « tour de France des oubliés ».

Mais c'est un paradoxe. Car sur le terrain, non seulement le Front national n’a jamais été présent dans les luttes sociales, mais longtemps, il n’a pas non plus été le bienvenue dans les usines. Un exemple parmi d’autres : le 27 janvier 2003, dans le Pas-de-Calais, commerçants, élus locaux et habitants de Noyelles-Godault font front aux côtés des salariés de Metaleurop Nord, l’usine qui a fermé cette année-là. Une petite délégation FN, menée par Steeve Briois, alors conseiller régional, se faufile dans le cortège. La caméra du documentariste Edouard Mills-Affif les suit. Ils sont écartés. « Vous avez été baisés par la gauche. Eh bien, crevez avec la gauche ! », leur crie Steeve Briois en s’en allant.

Dans ses discours, lors de la présidentielle, en 2012, Marine Le Pen parlait peu des « ouvriers ». Mediapart avait fait le compte à l'occasion de trois discours (Nice, Paris, Metz) : le mot n'était cité au maximum qu'à trois reprises, tout comme ceux d'« employés » et de « travailleurs » (entre une et quatre fois). À Metz, en revanche, elle parlait six fois de « patriotisme », 44 fois de « Français » et 34 fois de « France ». À Nice, le terme « immigrés » (ou « immigration ») apparaissait 17 fois.

  • AU POUVOIR, LE FN NE DÉFEND PAS LES PAUVRES

Dans la pratique, la contradiction du Front national entre le discours et les actes est plus saillante encore. S’il est souvent le premier à dégainer un communiqué lorsqu’un plan social massif est annoncé (par exemple dans le dossier Vivarte, où la classe politique a été globalement silencieuse), le parti ne défend pas les salariés dans ses votes et décisions, au niveau local comme européen.

Dans ses 11 villes, le Front national a pris de nombreuses mesures anti-sociales, dont voici quelques exemples. À Hayange (Moselle), le maire a demandé au Secours populaire d’évacuer son local municipal, reprochant à l’association, qui lutte contre la pauvreté, d’avoir une « idéologie communiste » et de faire de la « propagande pro-migrants ». Face au refus de l’association de rendre les clés, il a envoyé un huissier, accompagné de la police municipale, puis, la semaine suivante, a fait couper l’électricité. Dans plusieurs communes, telles que Le Pontet (Vaucluse) ou Villers-Cotterêts (Aisne), la gratuité dans les cantines pour les plus pauvres a été supprimée. Au Pontet toujours, il a supprimé la prime des employés municipaux tout en essayant d’augmenter son indemnité d’élu.

À Fréjus (Var) et Mantes-la-Ville, les maires ont fermé un centre social (lire nos articles ici et ) ; à Beaucaire (Gard) la « Maison du vivre ensemble » – un centre socioculturel qui assurait le soutien scolaire d'une centaine d'enfants – a été contrainte de mettre la clé sous la porte après que la mairie a supprimé sa subvention de 53 000 euros par an. Le maire de la commune gardoise a aussi voulu mettre fin aux impayés dans les cantines scolaires en signalant à la CAF, au procureur de la République et à la protection de l'enfance les parents « malhonnêtes ». À Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Steeve Briois a tenté de faire passer un arrêté “anti-mendicité agressive” que le tribunal administratif de Lille a suspendu. À Villers-Cotterêts, le maire a mis fin à la subvention aux syndicats.

Plusieurs maires ont aussi rechigné à se plier aux obligations en matière de logement social, au motif que ces logements ne seraient pas réservés en priorité aux citoyens français. Le parti frontiste est d’ailleurs visé par une enquête pour « provocation à la discrimination » car il avait recommandé à ses élus, dans un guide municipal, de défendre la « priorité nationale dans l’accès aux logements sociaux ».

À Béziers, Robert Ménard, soutenu par le FN, avait promis que sa ville serait un « laboratoire social ». Le maire a multiplié les mesures visant les plus précaires. Il a ainsi proposé la suppression de l'étude surveillée du matin aux enfants de chômeurs. Il veut aussi convoquer les auteurs de petits délits à la mairie pour des « rappels à l'ordre », et souhaite suspendre les aides sociales municipales de ceux qui ne se plieraient pas à la procédure.

Dans les conseils régionaux, le Front national s’est souvent limité à un discours de dénonciation, plutôt que de propositions. Dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, les élus frontistes se sont tenus très loin des luttes des salariés de Fralib (filiale d'Unilever fabriquant les thés Lipton) et NetCacao (chocolaterie marseillaise), deux usines au bord de la fermeture en 2011. Le parti a été absent des manifestations des Fralib, qui protestaient contre la délocalisation de leur activité en Belgique. En octobre 2010, ses 24 élus au conseil régional n'ont pas non plus voté la motion de « solidarité avec les salariés de Fralib » proposée par la gauche (lire notre article).

Au Parlement européen, loin des caméras françaises, qui se risquent rarement au-delà des séances plénières, les positions antisociales s’épanouissent plus largement encore. C’est le site Bastamag qui épingle le mieux le double discours du parti frontiste. Le 4 octobre 2016, alors qu’Alstom vient d’annoncer sa volonté de fermer son usine historique de Belfort, et que Caterpillar supprime 2 500 emplois de son usine de Charleroi en Belgique, plusieurs groupes parlementaires européens tentent de faire voter une résolution « sur la nécessité d’une politique européenne de ré-industrialisation ». Ils demandent à la Commission européenne une sérieuse réflexion sur la politique industrielle européenne, pour éviter les délocalisations vers les pays moins-disant socialement et « sécuriser les emplois industriels européens ». Dix-huit députés FN, dont Marine Le Pen, ont voté contre cette résolution, et seul Florian Philippot s’est prononcé pour. La résolution a été adoptée.

Comme le montre toujours Bastamag, ce vote du FN contre les travailleurs au niveau européen n’est en fait pas isolé. En janvier, tous les eurodéputés du parti ont voté contre la proposition de créer un socle européen des droits sociaux, censé lutter contre le dumping social. Il s’agit de formaliser un seuil minimal de droits sociaux que les États membres doivent impérativement respecter. Las, pour le parti de Marine Le Pen, la souveraineté nationale doit primer, même sur ce sujet.

Les positions sont tout aussi contradictoires concernant le libre-échange, qui est pourtant désigné comme l’ennemi numéro 1 des salariés dans le discours frontiste. En commission, ni Marine Le Pen ni son suppléant n’ont voté sur le projet d’accord de libre-échange transatlantique, le Tafta, en mai 2015. Idem en janvier 2017 au sujet de l’accord de commerce entre Europe et Canada, le Ceta. Marine Le Pen n’est allée voter contre le Ceta qu’en séance plénière.

  • UN PROGRAMME SOCIAL PENSÉ POUR LES PATRONS ET LES PLUS RICHES

Toutes ces vérités transparaissent largement lorsqu’on se plonge dans le programme social du FN, comme Mediapart l’a déjà fait ici, pour mieux dissiper l’illusion entretenue par Marine Le Pen et ses troupes. Car, au-delà d’une inacceptable préférence nationale, le parti des Le Pen ne préconise quasiment aucune mesure destinée à réduire les inégalités et à protéger les plus pauvres ou les plus précaires. C’est par exemple ce que soulignait fort bien cette militante proche des Insoumis sur Twitter.

Point symbolique s’il en est : le Smic. Marine Le Pen, si prompte à dénoncer la baisse du pouvoir d’achat des Français, ne propose en fait pas d’augmenter le salaire minimum. « Cela entraîne une charge supplémentaire pour les entreprises, qui sont déjà dans une très grande fragilité dans notre pays », a décrété la candidate en janvier. Et alors qu’en 2012, elle assurait qu’elle revaloriserait de 200 euros net par mois tous les salaires jusqu’à 1 500 euros, grâce à une taxe de 3 % sur les produits importés en France, elle ne parle désormais plus que de « prime de pouvoir d’achat » pour « les bas revenus et les petites retraites », de « près de 80 euros par mois ». Signalons au passage que la taxe à l’importation devrait immanquablement renchérir le prix de produits achetés tous les jours par des consommateurs, et frapper plus durement les moins fortunés qui n’ont parfois pas les moyens de se payer du « made in France ».

Marine Le Pen ferme aussi les yeux sur les mutations du travail, et son programme donne en fait la priorité aux petits patrons, promettant d’« alléger la complexité administrative et fiscale », de supprimer le compte pénibilité instauré par le gouvernement socialiste pour « libérer » les entreprises, et de recentrer sur les PME et sur les start-up le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Tout comme Emmanuel Macron, elle projette d’ailleurs de transformer le CICE en allègement durable de cotisations sociales. Et tout comme lui, elle propose de permettre de sortir des 35 heures par des négociations « au niveau des branches professionnelles ». Elle veut aussi privilégier les entreprises françaises dans l’attribution de marchés publics, et lutter contre la directive sur les travailleurs détachés, en l’abrogeant. Mais elle néglige, tout comme les collectivités locales qui marchent dans ses pas avec la désormais fameuse « clause Molière », que si la France accueille bien 286 000 travailleurs détachés sur son territoire, elle est aussi le troisième pays à en envoyer partout en Europe : 120 000 Français travaillent sous ce statut sur tout le continent.

Le Pen annonce encore sa volonté de rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires, mesure permettant à certains salariés de gagner plus, mais bloquant l’accès au marché du travail à de nombreux autres demandeurs d’emploi, et surtout par définition inégalitaire, puisqu’elle ne bénéficie qu’à la moitié des foyers français les plus riches, ceux qui payent l’impôt sur le revenu (les autres inconvénients de cette mesure sont listés ici par Libération).

Le cas des heures supplémentaires n’est pas isolé. Le programme du FN est en fait en bonne partie dirigé vers les plus aisés, et non les précaires que Marine Le Pen drague ouvertement. C’est particulièrement clair pour les mesures fiscales. Ainsi, s’il prévoit bien une baisse générale de 10 % de l’impôt sur le revenu pour tous les Français gagnant jusqu’à 6 000 euros par mois, le programme ne propose pas de hausse d’impôt pour les plus riches, bien au contraire.

Le FN projette par exemple de « rétablir la demi-part des veuves et veufs ». La suppression de cette demi-part en 2008 – mesure qui avait pris son plein effet en 2013 – avait été vivement ressentie par les ménages les plus faibles. Mais depuis, le gouvernement a fait adopter un dispositif d’exonération permanent pour les revenus inférieurs à 13 553 euros. Autrement dit, le FN semble vouloir faire baisser la part d’impôt des revenus de la classe moyenne, mais aussi au-delà, puisqu’il n’annonce pas de plafond à cette mesure. En annonçant qu’il envisage de « rehausser progressivement le plafond du quotient familial », il poursuit dans la même logique, car le quotient familial bénéficie d’autant plus à un foyer fiscal que ses revenus sont importants.

La dernière mesure annoncée est quant à elle directement pensée pour les plus riches : limiter fortement le montant des impôts sur les successions, en permettant de transmettre à ses descendants, sans taxation aucune, jusqu’à 100 000 euros tous les cinq ans (au lieu de quinze ans actuellement). Le tout peut-être au nom de la « solidarité intergénérationnelle », mais certainement pas de la justice fiscale.

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