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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 09:06

De nouveaux travaux suggèrent l’existence d’un point de non-retour dont on serait aujourd’hui proche, qui se situe probablement entre 1,5 °C et 2,5 °C de réchauffement. D’après l'article du journal de la National Academy of Sciences of the USA dans Earth, Atmospheric, and Planetary Sciences qui sera publié le 30 mars 2021 dans Proceeding of the National Academy of Sciences, et Audrey Garric le 15 mars pour Le Monde. Lire aussi «Les glaciers sont des partenaires sociaux... » et Fonte des glaces, réchauffement et élévation des océans, inondations… le constat alarmant du GIEC.

La couche de glace au Groenland, en juin 2012. JOSHUA BROWN / UVM

La couche de glace au Groenland, en juin 2012. JOSHUA BROWN / UVM

C’est une découverte scientifique qui débute comme un film d’espionnage. En 1966, en pleine guerre froide, des chercheurs de l’armée américaine perforent la glace du nord-ouest du Groenland, au niveau de leur base secrète de Camp Century.

Sous couvert de recherches, il s’agit de cacher sous la banquise 600 missiles nucléaires à portée de l’Union soviétique. Pratiquant un forage de 1 400 m de profondeur, les chercheurs extraient un peu plus de 3 m de carotte de sédiments sous-glaciaires, qu’ils congèlent et transfèrent dans un entrepôt, à Copenhague. Une archive unique, qui sera finalement… oubliée pendant plusieurs décennies.

La redécouverte de ces sédiments, en 2017, et leur analyse par une équipe internationale de chercheurs – dont les résultats sont publiés lundi 15 mars dans le journal de l’Académie des sciences américaine, Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) – constituent une avancée dans la compréhension de l’histoire du Groenland. Un voyage dans le temps, qui éclaire le futur de cette calotte grandement fragilisée par le réchauffement climatique et sa contribution à l’élévation du niveau de la mer.

Les travaux de l’équipe américano-européenne montrent que la calotte groenlandaise a disparu au moins une fois au cours du dernier million d’années, sous un climat à peine plus chaud que l’actuel. Il y a un million d’années, le Groenland a ainsi fondu, quasi totalement.

La calotte de la zone de Camp Century – qui mesure actuellement plus d’un kilomètre d’épaisseur – avait laissé place à une végétation de type toundra (mousse et buissons), et peut-être également à quelques arbres (environnement de taïga). La température mondiale globale était alors plus élevée de 2,5 °C (environ) que celle de l’ère préindustrielle, et le niveau des mers de 10 m plus haut. L’inlandsis groenlandais renferme en effet suffisamment de glace pour faire monter les mers de 6 m, et l’Antarctique, au pôle Sud, y a sans doute également contribué.

« Point de bascule »

Un deuxième épisode de réchauffement fait encore débat. « Il est possible que le Groenland ait aussi en partie disparu il y a quatre cent mille ans », indique Jean-Louis Tison, glaciologue à l’Université libre de Bruxelles et l’un des auteurs de l’étude. La température globale était alors entre 1,5 °C et 2 °C plus élevée qu’à l’ère préindustrielle.

A ces deux exceptions près, la majorité du Groenland a été couverte de glace la plupart du temps au cours du dernier million d’années, indique l’étude. « Nous sommes certains, précise Jean-Louis Tison, que le Groenland n’a pas disparu lors de la dernière période interglaciaire, il y a cent vingt-cinq mille ans », période durant laquelle les températures moyennes globales étaient 1 °C à 1,5 °C plus chaudes que les températures préindustrielles.

Pour les scientifiques, ces travaux suggèrent l’existence d’un point de non-retour dont nous serions aujourd’hui proches. « Le point de bascule [tipping point, en anglais] pour l’intégrité de la calotte groenlandaise se situe probablement entre 1,5 °C et 2,5 °C de réchauffement, avertit Pierre-Henri Blard, glaciologue et géochronologue (CNRS) à l’université de Lorraine, également coauteur de l’étude. Il s’agit d’une observation empirique géologique qui renforce l’importance de limiter le réchauffement anthropique en deçà de 2 °C – et plus sûrement de 1,5 °C , comme le prévoit l’accord de Paris sur le climat. »

« Le problème est urgent »

En 2020, la température moyenne était de 1,2 °C plus élevée que le niveau préindustriel, et chaque année ou presque voit de nouveaux records être établis. Les engagements volontaires pris par les Etats dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat conduisent pour l’instant à un réchauffement de plus de 3 °C à la fin du siècle, voire de plus de 4 °C (dans la mesure où ces objectifs ne sont, pour l’instant, pas tenus).

S’il existe un risque de fonte irréversible du Groenland, « nos travaux de paléoclimatologie ne disent pas à quelle vitesse la calotte glaciaire pourrait disparaître, prévient Pierre-Henri Blard. D’autres travaux, notamment de modélisation, sont nécessaires pour savoir s’il s’agit de cinquante ans ou de plusieurs milliers d’années. »

Quoi qu’il en soit, « le problème est urgent », avertissent les deux chercheurs, qui rappellent que la hausse du niveau marin prévue à la fin du siècle – sans compter une débâcle totale du Groenland – « pourrait affecter plusieurs centaines de millions d’êtres humains dès les cinquante années à venir ».

La situation est d’autant plus inquiétante que la disparition du Groenland il y a un million d’années est intervenue à une période où la concentration en dioxyde de carbone (CO2) était bien plus basse qu’aujourd’hui – de l’ordre de 280 parties par million (ppm). Désormais, cette concentration dépasse 410 ppm, ce qui interroge sur le devenir de la calotte. « Les modèles nous montrent que, contrairement au passé, la calotte glaciaire du Groenland ne pourrait pas se reformer si elle disparaissait, en raison de la hausse continue du réchauffement climatique et de la concentration en CO2 », précise Jean-Louis Tison.

Qualité des archives redécouvertes

« Cette étude est très intéressante et importante, car elle éclaire la réponse du Groenland à des perturbations climatiques, juge Aurélien Quiquet, modélisateur des calottes polaires au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, qui n’a pas participé à l’étude. On dispose actuellement d’observations précises par satellite, qui montrent une perte de masse multipliée par six en quarante ans. Mais on manquait de données sur les évolutions de la calotte sur une échelle de temps plus longue. »

Comment cette, équipe menée par Andrew Christ (université du Vermont), est-elle parvenue à une telle prouesse ? D’abord grâce à la qualité des archives redécouvertes. « Les calottes glaciaires congèlent et préservent le matériel sous-glaciaire de manière très efficace, mais c’est un miracle de découvrir des structures délicates de plantes aussi bien conservées, avance Jean-Louis Tison. Ce sont des fossiles, mais ils semblent n’être morts qu’hier. » Les chercheurs ont ainsi été étonnés de découvrir des branches, des racines, des feuilles ou des mousses mélangées au sable et à la roche.

Sédiments (brindilles, mousses) retrouvés dans les carottes conservées depuis 1966 et analysées depuis 2017. UVM

Sédiments (brindilles, mousses) retrouvés dans les carottes conservées depuis 1966 et analysées depuis 2017. UVM

Ensuite grâce à la progression des techniques de datation. Les chercheurs ont mesuré les quantités de nucléides cosmogéniques Béryllium-10 (10Be) et Aluminium 26 (26Al) dans ces sédiments sous-glaciaires. « Ce sont des isotopes rares, qui ont la particularité d’être produits par les particules cosmiques, mais uniquement quand la roche est exposée à la surface, en l’absence de glace. Quand la calotte de glace est en place, elle joue un rôle d’écran aux particules cosmiques et le rapport 26Al/10Be décroît par radioactivité. L’analyse de ce rapport permet donc de dater la durée de l’enfouissement sous-glaciaire », explique Pierre-Henri Blard. Cette technique prouve la survenue d’au moins une déglaciation du Groenland (ou peut être de deux) au cours du dernier million d’années avant notre ère.

Ces données chronologiques ont été croisées avec celles obtenues dans deux autres carottes, forées dans les années 1990 au centre du Groenland, et qui ont été réinterprétées. Elles montrent que la quasi-totalité du Groenland était déglacée il y a un million d’années, en ligne avec l’un des résultats issus de Camp Century. « Le fait de ne pas avoir de glace, ni au centre du Groenland, soit la zone d’accumulation, ni sur l’un des côtés de la calotte confirme son absence générale », indique Jean-Louis Tison.

Les chercheurs espèrent pouvoir réaliser d’autres forages dans les prochaines années, afin de retracer l’évolution spatiotemporelle de l’ensemble du Groenland. Une manière d’affiner ces archives uniques du climat passé.

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23 mars 2021 2 23 /03 /mars /2021 10:47

La catastrophe écologique n’est pas à venir, elle est déjà là. Nous ne nous résoudrons pas à la contempler, impuissant·e·s, isolé·e·s et enfermé·e·s chez nous. Nous avons besoin d'air, d'eau, de terre et d'espaces libérés. Parce que tout porte à croire que c’est maintenant ou jamais nous avons décidé de jeter nos forces dans la bataille. Par Collectif sur Terrestres le 10 mars 2021.                                             Un appel à signer sur lessoulevementsdelaterre@riseup.net avec un programme d'actions qui commence le 27 mars ! Lire aussi Une entente terrestre de l’action politique et Le Covid-19 - un cas vraiment admirable et douloureux de dépendance.

Appel des Soulèvements de la Terre

Nous sommes des habitant·es en lutte attaché·es à leur territoire. Nous avons vu débouler les aménageurs avec leurs mallettes bourrées de projets nuisibles. Nous nous sommes organisé·es pour défendre nos quartiers et nos villages, nos champs et nos forêts, nos bocages, nos rivières et nos espèces compagnes menacées. Des recours juridiques à l’action directe, nous avons arraché des victoires locales. Face aux bétonneurs, nos résistances partout se multiplient.

Nous sommes des jeunes révolté·es qui ont grandi avec la catastrophe écologique en fond d’écran et la précarité comme seul horizon. Nous sommes traversé·es par un désir croissant de déserter la vie qu’ils nous ont planifiée, d’aller construire des foyers d’autonomie à la campagne comme en ville. Sous état d’urgence permanent, nous avons lutté sans relâche contre la loi travail, les violences policières, le racisme, le sexisme et l’apocalypse climatique.

Nous sommes des paysan·nes. La France n’en compte presque plus. Avec ou sans label, nous sommes les dernier·es qui s’efforcent d’établir une relation de soin quotidien à la terre et au vivant pour nourrir nos semblables. Nous luttons tous les jours pour produire une nourriture saine à la fois financièrement accessible et garantissant une juste rémunération de notre travail.

Parce que tout porte à croire que c’est maintenant ou jamais, nous avons décidé d’agir ensemble.

Depuis longtemps, l’économie nous a séparé·es de la terre pour en faire un marché. Erreur fatale qui nous mène droit au désastre. La terre n’est pas du capital. C’est le vivant, le paysage et les saisons. C’est le monde que nous habitons en passe d’être englouti par la voracité extractiviste. Après avoir enclos et privatisé les communs, le marché capitaliste et ses institutions précipitent aujourd’hui le ravage de la biodiversité, le bouleversement climatique et l’atomisation sociale.

L’ère Covid a achevé de rendre l’atmosphère irrespirable. Entassé·es dans des métropoles chaque jour plus invivables, confiné·es dans une existence hors-sol et artificielle, un sentiment d’étouffement nous étreint. Le coronavirus relève de la dévastation écologique, de l’exploitation globale de la terre et du vivant. Il dévoile notre totale dépendance à l’économie mondialisée, révèle la fragilité de cette fausse abondance étalée dans les rayons des supermarchés. La gestion gouvernementale a pour conséquence de reconfigurer l’économie (télé-travail, dématérialisation…) tout en abolissant nos libertés fondamentales (loi sécurité globale, régime d’exception…).

Nous ne croyons pas dans une écologie à deux vitesses dans laquelle une minorité se targue de manger bio et de rouler en 4×4 hybride tandis que la majorité est contrainte de faire des jobs subis, de longs trajets quotidiens et de manger low-cost. Nous n’acceptons pas que les exploitants agricoles soient réduits au rang de sous-traitants sur-équipés et sur-endettés de l’industrie agroalimentaire. Nous ne nous résoudrons pas à contempler la fin du monde, impuissant·es, isolé·es et enfermé·es chez nous.

Nous avons besoin d’air, d’eau, de terre et d’espaces libérés pour explorer de nouvelles relations entre humains comme avec le reste du vivant.

Venu·es de toute la France, nous étions plus d’une centaine à nous retrouver à Notre-Dame-des-Landes le mois dernier. De sensibilités, de parcours et d’horizons très différents, un constat commun nous rassemble :

1 – La question foncière est à la croisée de la fin du monde et de la fin du mois, de la planète des écologistes et de la terre des paysans. Dans les dix ans à venir, la moitié des exploitant·es agricoles de France va partir à la retraite. Concrètement, près d’un tiers de la surface du territoire national va changer de main. C’est le moment ou jamais de se battre pour un accès populaire à la terre, pour restaurer partout les usages et les égards à même d’en prendre soin.

2 – Quoi qu’on puisse en penser ou en attendre, l’État laisse le champ libre au ravage marchand de la terre. Il organise le contournement des régulations foncières et environnementales qu’il a lui même instituées. En guise de verdissement publicitaire, Macron rebondit sur la proposition de la convention citoyenne sur le climat d’organiser un referendum pour “inscrire la défense de l’environnement dans la constitution”. Mais le même refuse d’interdire glyphosate et néonicotinoïdes. Le même s’apprête à bétonner à tour de bras en vue des JO de 2024. Il est grand temps d’établir un rapport de force pour faire redescendre l’écologie sur terre.

3 – Nos luttes comme nos alternatives sont absolument nécessaires mais, séparées les unes des autres, elles sont impuissantes. Syndicalisme paysan, mouvements citoyens, activismes écologiques, agitations autonomes, luttes locales contre des projets nuisibles, ne parviennent, seuls, à renverser la situation. Il est nécessaire d’unir nos forces pour impulser et inventer des résistances nouvelles, à la mesure du ravage auquel nous assistons stupéfait·es.

L’incertitude produite par la crise sanitaire ne doit pas nous empêcher de nous projeter et de nous organiser sur le long terme. Nous voulons faire advenir des soulèvements pour la défense de la terre comme bien commun. Nous voulons arracher des terres à l’exploitation capitaliste pour constituer des espaces libérés, propices à une multiplicité d’usages communs, de relations et d’attachements. Nous voulons défendre le monde vivant grâce à une agroécologie paysanne et solidaire, à la protection des milieux de vie et à une foresterie respectueuse.

Cela commence par trois gestes :

1- Pour faire cesser le ravage, nous appelons à enclencher le frein d’urgence,à concentrer nos forces pour cibler, bloquer et démanteler trois des industries toxiques qui dévorent la terre : celles du béton, des pesticides et des engrais de synthèse. Nous nous retrouverons en juin et à l’automne pour des grosses actions de blocage d’industrie.

2 – Remettre la terre entre nos mains et l’arracher des griffes des accapareurs exige que nous soyons chaque jour plus nombreux à remettre les mains dans la terre. Des centres urbains jusqu’aux confins des périphéries, nous appelons à des reprises de terres,par l’installation paysanne, le rachat en commun ou l’occupation. Nous nous retrouverons dès ce printemps pour des actions d’occupations de terres contre l’artificialisation.

3 – Pour restituer aux habitant·es et aux paysan·nes de chaque localité le pouvoir de décider de l’attribution, l’usage et la destination des terres, nous appelons à s’introduire en masse, chaises en main, dans les diverses institutions et lieux de pouvoir où se décide sans nous le devenir de la Terre. Nous ne pouvons laisser plus longtemps ce pouvoir entre les mains de la FNSEA et de l’agroindustrie, des aménageurs et des bétonneurs. Nous nous retrouverons à partir de la rentrée prochaine pour occuper ces lieux de décision.

La première saison des soulèvements de la Terre sera marquée par une première vague d’occupations de terres et de blocages contre le bétonnage : 27 mars aux Vaites à Besançon (jardins populaires vs extension urbaine), les 10 et 11 avril à Rennes à la Prévalaye (cultures collectives vs métropole), les 22 et 23 mai au Pertuis en Haute-Loire (paysans expropriés vs construction d’une déviation routière), les 19-20-21 juin à St-Colomban en Loire-Atlantique (défense du bocage menacé par les carrières de sable et le maraîchage industriel), au cours du printemps sur le plateau de Saclay dans l’Essonne (terres agricoles vs technopole), à partir du 29 juin (semaine d’actions de blocages d’envergure et simultanées ciblant l’industrie de la construction et du Grand Paris). Les 3-4 juillet, un grand rassemblement festif aura lieu pour célébrer la fin de la saison 1 sur des terres à défendre en Île-de-France.

La seconde saison des soulèvements de la Terre s’ouvrira en septembre par une marche populaire jusqu’aux portes du ministère de l’agriculture et de l’alimentation à Paris. Elle sera prolongée tout au long de l’automne et de l’hiver par des actions de réappropriation dans les institutions et des blocages des industries qui empoisonnent les terres.

Faire date. Agir ensemble au fil des saisons. Jeter toutes nos forces dans la bataille. Remuer ciel et terre. Entre la fin du monde et la fin de leur monde, il n’y a pas d’alternative. Rejoignez les soulèvements de la Terre.

Depuis la Zad de Notre-Dame-des-Landes, le Dimanche 24 janvier 2021.

Pour plus d’informations

Site web – lessoulevementsdelaterre.org
Mail – remuercieletterre@riseup.net
Brochure / Twitter / Facebook

Pour signer : lessoulevementsdelaterre@riseup.net.

Programme

Saison 1 – Printemps-été 2021 : faire barrage à l’artificialisation des terres

Au printemps, nous lancerons une suite d’actions contre l’artificialisation de terres agricoles et la destruction de milieux naturels par les métropoles et les industries empoisonnant les sols.

27 mars : Marche pour la défense des terres des Vaîtes (Besançon, Doubs)

Aux Vaîtes, à Besançon, 34 hectares riches en biodiversité sont menacés par un projet d’écoquartier porté par la ville de Besançon qui met ainsi en danger une multitude de jardins familiaux autogérés depuis des décennies, des zones humides, des espaces boisés, des terres maraîchères cultivées en bio… Les travaux ont été momentanément arrêtés grâce à des recours juridiques et à la mobilisation sur le terrain. Il s’agit de défendre le vivant : les espèces protégées ou non, les vieux arbres et la flore locale ; de dire aussi que les jardinièr·es populaires, les habitant·es qui vivent et se promènent dans ce quartier, ne sont pas des invisibles dont l’avis ne vaut rien. La lutte vise maintenant l’abandon ferme et définitif du projet et la restauration des espaces abîmés par les premiers chantiers. Le 27 mars, une manifestation partira du centre-ville vers ces terres toujours menacées pour y passer un après-midi fertile et festif.

10 et 11 avril : (Re)prises des terres à la Prévalaye (Rennes, Ille-et-Vilaine)

La Prévalaye est un secteur de 450 hectares peu urbanisé à l’ouest de la ville de Rennes, avec un paysage de bocage et une vocation agricole historique : une centaine d’hectares sont des terres cultivables, le reste comportant des surfaces boisées et des zones humides. La métropole, pour garder la main sur le foncier, refuse tout projet d’installation agricole durable au profit d’aménagements touristico-récréatifs ou de l’extension des infrastructures du Stade Rennais. Pour s’y opposer et redonner à la Prévalaye sa vocation nourricière et sauvage, les différents collectifs d’habitant-es, associations écologistes et paysan-nes organisent un week-end festif de manifestation et plantations les 10 et 11 avril prochain.

22 et 23 Mai : Face à la RN88, manifestation et semis pour la défense des terres du pays des Sucs (Haute-Loire)

Le projet de déviation de la RN88 en Haute-Loire (entre le Pertuis et Saint-Hostien) porté haut et fort par Laurent Wauquiez connaît depuis quelques mois une opposition grandissante. Ce tracé – qui représente actuellement le plus gros chantier routier de France – impacte 29 fermes en moyenne montagne, et plus de 140 hectares de terres (forêts, zones humides, prés, sources, haies). Une partie des voies sera encaissée dans le sol, ce qui conduira à extraire une quantité exorbitante de terre. Depuis janvier, les travaux de défrichement sont entamés, haies et arbres rasés, sans même respecter les mesures environnementales de l’arrêté préfectoral. Laurent Wauquiez attaque l’agriculture paysanne depuis son investiture à la région et il défend des projets qui impactent directement le foncier agricole : TGV Lyon-Turin, RN88, et anciennement A45. Le collectif “La lutte des sucs” appelle à être rejoint en nombre les 22 et 23 mai, pour semer sur des terres expropriées, les rendre aux paysan.nes impacté.es, et barrer la route à Laurent Wauquiez avant les régionales !

Du 19 au 21 juin: Camp de défense des terres à Saint-Colomban (sud de Nantes, Loire-Atlantique)

Les paysan.nes et habitant.es de Saint-Colomban font face à un projet d’extension sur des dizaines d’hectares des carrières de sable Lafarge et GSM utilisées par l’industrie du béton. Chaque sablière amène avec elle l’appétit vorace du maraîchage industriel qui détruit le bocage et le remplace par des mers de plastique. Chaque année les terres alentours s’assèchent un peu plus à mesure que carriers et maraîchers vident l’eau des nappes phréatiques pour les besoins de leurs exploitations.

Sur place, une bataille est engagée face aux industriels, aux pouvoirs publics, et au contournement programmé des règles locales censées empêcher l’agrandissement des sablières. Cette bataille va se jouer dans les prochains mois sur une commune déjà cernée par un projet de méthaniseur xxl et de plate-forme Amazon. Nous nous y retrouverons pour dresser un camp sur les terres à défendre et cultiver les soulèvements. Discussions, ateliers, manif, actions… rejoignez le camp de lutte de Saint-Colomban !

Au cours du printemps – Occupation sur le Plateau de Saclay (Île-de-France)

Du Triangle de Gonesse au Plateau de Saclay, les lignes 17 et 18 du métro du Grand Paris express – avec leurs projets de gares au milieu des champs – vont enclencher l’artificialisation des dernières terres agricoles aux portes de Paris, parmi les plus fertiles de France. Le projet du Grand Paris express s’inscrit dans une logique de métropolisation continue et de spécialisation des territoires, génératrice d’inégalités sociales et d’insécurité alimentaire. Les travaux commencent ! Il est grand temps de lancer un campement qui, au delà du plateau de Saclay, constituera un point de ralliement et d’ancrage des luttes pour la sauvegarde des terres et des réserves de biodiversité de toute l’Île-de-France. Venez semer et construire de jolies cabanes sur le plateau !

À partir du 29 juin – Semaine d’actions de blocages simultanées ciblant les industries de la construction et du Grand Paris

Le Grand Paris est depuis des dizaines d’années le point nodal de l’urbanisme galopant qui ravage ce qu’il reste du peu de terres agricoles en Île-de-France. Il est aussi une menace continue pour tous ceux vivant dans les premières couronnes de la capitale, qui voient leur territoire transformé par des projets toujours plus absurdes et nocifs. Des communes entières et des paysages risquent d’être bientôt défigurés pour justifier les 200 km de tunnel du Grand Paris Express. A partir du 29 juin, des actions de grande envergure vont cibler ce projet d’un autre temps et pointer les principaux responsables de l’artificialisation. Ces actions massives seront rejoignables.

3-4 juillet – Grand rassemblement festif pour célébrer la fin de la saison 1 sur des terres à défendre en Île-de-France

À venir…

Saison 2 – Automne 2021 : Agir face aux institutions et industries qui perpétuent l’accaparement des terres et l’empoisonnement des sols

La seconde saison des soulèvements de la Terre s’ouvrira en septembre par une marche populaire jusqu’aux portes du ministère de l’agriculture et de l’alimentation à Paris. Elle sera prolongée tout au long de l’automne et de l’hiver par des actions de réappropriation dans les institutions et des blocages des industries qui empoisonnent les terres.

A bientôt dans les rues et dans les champs !


Premiers signataires

ORGANISATIONS, COOPÉRATIVES, ASSOCIATIONS, GROUPES (ETC.) DU MONDE PAYSAN ET DE LA FORÊT

Adret Morvan (58,21,71,89), la Confédération Paysanne France, Conf’IDF, la coopérative bocagère (Notre Dame des Landes, 44), le collectif du Jardin des ronces (Nantes, 44), Collectif de Paysan-Forestier Longo Maï Treynas (07), le Collectif l’Îlot Vivant (Rennes 35), des terres pour Auber (Aubervilliers, 93), GAB44 (Groupement des Agriculteurs Biologistes 44), GAB (25/90), ISF Agrista (Ingénieur.es sans frontières groupe Agricultures et souveraineté alimentaire), l’association les Jardins des Vaîtes (25), l’association Abiosol, l’association Vigilanceogm21, les Lombrics Utopiques (44), l’Atelier Paysan, la classe BPREA 3 de l´Ecole du Breuil (75), le GFA citoyen Champs Libres, les ami·es de la Confédération Paysanne, La Maison Paysanne de l’Aude, MIRAMAP (mouvement inter-régional des AMAP), Mouvement des coopératives Longo Maï, Nature et Progrès, Pôle INPACT (Initiative pour une Agriculture Citoyenne et Territoriale), le RAF (le Réseau pour les Alternatives Forestières), SCIC Couveuse Coopérative Les Champs des Possibles, Sème ta ZAD (Notre Dame des Landes, 44), SOS forêt France.

FERMES

La Bête Rave (23), Baptiste Cousin (vigneron, 49), Bergerie La Pastorale (38), Domaine Les Déplaude de Tartaras (42), GAEC De Croix Perriere (69), GAEC de La Viry (42), GAEC Ty Menez (35), GAEC St Hubert (44), Estelle Cizeron paysanne, Jardins de Vauvenise (70), l’association Lâche tout (Plessé, 44), la ferme ciboulette (Savagna, 39), la ferme collective de l’âne arrosé (79), la ferme collective de la Tournerie (87), la ferme de l’Oseraie (76), la ferme de la Pommeraie (39), la ferme des pailles (Quilly, 44), la ferme du Bouffay (44), la ferme de Lachaud sur le plateau de millevaches (Creuse -23), la ferme du Limeur (44), la ferme Lou Vié Staou (38)la ferme du Moulin du Châtillon, la ferme des Trois Fontaines (69), la ferme du mouton noir (25), la ferme Duthilleul (70), la ferme en Cavale (ferme Paysanne et Pédagogique, 35), la ferme de la Quintilliere (69), la ferme le Miam (Larchant, 77), le collectif de Vispens (St Affrique, 12), le collectif des jardins de Marsaü (65), le jardin debout (34), le jardin des tille légumes (21), le jardin des maraîchers (21), les trois parcelles (45), Romain Balandier paysan dans les Vosges, Récoltes et Semailles, ferme maraîchère (95).

COLLECTIFS, ORGANISATIONS, GROUPES ETC.

Alternatiba ANV COP 21 Besancon, Amis de la Terre France, ARPENT (L’Association pour la Restauration et la Protection de l’Environnement Naturel du Tonnerrois), Assemblée des usages de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (44), ATTAC France, Attac Besançon, Baronnies en transition (26), CAPEN71 (Confédération des Associations de Protection de l’Environnement et de la Nature pour la Saône et Loire), COLL•E•C – Collectif d’Échanges Citoyens du Pays d’Aix, Collectif l’Îlot Vivant (Rennes 35), La coopérative de le Maison Commune de la décroissance (85), Coordination des oposant.e.s à l’A45, collectif Jaggernaut – Editions Crise et critiques, comité Pli (revue, éditions, désertion), Désobéissance ecolo Paris, Espace autogéré des Tanneries (21), l’association Sciences citoyennes, l’Union syndicale Solidaires 25, l’association Après la Révolution, l’Internationale des Savoirs pour Tous, la Brigade d’Intervention Champêtre (BIC) (Rennes, 35), la cagette des terres (44), La Commune de Chantenay (44), la Coopération Intégrale du Haut Berry CIBH (18), la Foncière Antidote, le groupe “Ecologie sociale Liège”, Les jardins de l’Engrenage (21), la librairie-café Les Villes Invisibles (Clisson, 44), Les faucheurs Volontaires (69/42), la lutte des sucs : le collectif contre la RN88 de Haute-Loire (43), la tendance Emancipation intersyndicale et pédagogique, la ZAD du Moulin (67), le Carrouège – café culturel (58), le Chaudron des alternatives (centre Alsace), le collectif artistique ZO PROD (Poitiers 86), le collectif bassines non merci de la Vienne (86) et des Deux-Sèvres, le collectif l’Antivol (37), le collectif la tête dans le sable (St Colomban, 44), le collectif Le Sabot (revue littériaire de sabotage), le collectif Or de Question, le Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), le collectif SAGA (Nantes, 44), le GRAPE (Groupe de Recherche et d’Action sur la Production de l’Espace), Ledokiosque (Lons le Saunier, 39), les casse-noix (26, 38), les militant·es du Plateau de Saclay, Maiouri Nature Guyane, NDDL Poursuivre Ensemble, Quartier Libre des Lentillères (21), Reprises de Terres (collectif d’enquêtes), RER (Résistance Ecologiste Rennes), réseau RELIER (réseau d’expérimentation et de liaison des initiatives en espace rural), RISOMES (Réseau d’Initiatives Solidaires Mutuelles et Écologiques) (Malain, 21), Terrestres (revue d’écologie politique), UCL65 (l’union communiste libertaire 65), XR France, XR PEPPS, XR Poitiers, XR Besançon, Youth For Climate France, ZEA.

SOUTIENS

Alain Damasio (écrivain), Alain Jugnon (philosophe), Alessandro Pignocchi (auteur de BD), Alèssi Dell’Umbria (écrivain), Alexis Forestier (metteur en scène et musicien), Anselm Jappe (philosophe, auteur), Audrey Vernon (comédienne), Aurélie Trouvé (porte parole d’Attac), Baptiste Morizot (enseignant chercheur, écrivain), Baptiste Victor (enseignant bio/écologie, salarié paysan), Barbara Glowczewski (directrice de recherche au CNRS), Benjamin Fouché (auteur), Catherine Balteau (restauratrice de sculptures), Christiane Vollaire (philosophe), Christophe Bonneuil (historien, CNRS), Christophe Laurens (architecte), Claire Dupeux (étudiante), Corinne Morel Darleux (écrivaine), Damien Najean (architecte maçon), Didier Bergounhoux (documentariste), Dom Bouillet, Dominique Cerf (artiste), Dominique Gauzin-Müller (architecte-chercheur), Edith et Philippe Monvoisin, Emmanuelle Monnin, Emilie Hache (philosophe), Emmanuelle Rallu (retraitée), Eric Chapalain (educateur sportif / socio-culturel), Fabian Lévèque (doctorant), Fabrice Flipo, Fanny Ehl (designer militante), Franck Doyen (poète, 54), François Jarrige (historien), François Lotteau (médecin généraliste, 71), Françoise Guiol (comédienne, art thérapeute), Frédéric Barbe (géographe, Nantes, 44), Frederic Brun (ancien inspecteur général de l’agriculture, fondateur de la revue écologie et politique), Frédéric Neyrat (philosophe), Gaëtan du Bus de Warnaffe (ingénieur forestier indépendant, docteur en sciences), Geneviève Azam (essayiste), Geneviève Martinet, Geneviève Nouhaud (habitante campagnale), Gilles Clément (paysagiste), Gilles Fumey (professeur de géographie culturelle), Guillaume Faburel (enseignant-chercheur en études urbaines, université Lyon 2), Guy et Anne-Marie Second, Isabelle Fremaux (art-activiste), Itto Mehdaoui (metteuse en scène et comedienne), Jacques Caplat (agronome et anthropologue), Jacob Rogozinski (philosophe), Jacques Delamarre (futur paysan), Jean-Baptiste Fressoz (historien), Jean-Louis Tornatore (anthropologue), Jean-Loup Amselle (anthropologue), Jean-Luc Nancy (philosophe), Jean-Marie Gleize (écrivain), Jérôme Baschet (historien), Jocelyne Porcher (chercheure INRAE), Johan Grzelczyk (écrivain), John Jordan (art-activiste), José Bové, Josep Rafanell i Orra (psychologue, écrivain), Julien Blaine (poète), Kristin Ross (historienne), Laëtitia Moreau (réalisatrice de documentaire), Laure Ferrand (sociologue), Laurence Petit-Jouvet (cinéaste), Laurent Cauwet (auteur, éditeur), Léo Coutellec (philosophe des sciences), Liliane Giraudon (poétesse), Malcom Ferdinand (chercheur CNRS), Marie Christine Bayol (entrepreneuse salariée des Champs des Possibles), Marie-Anaïs Taillandier (étudiante), Martin Paquot (rhaspode de la revue Topophile), Mathias Rollot (architecte), Mathilde Dumontet (doctoresse en études théâtrales), Mathilde Girault (docteure en études urbaines), Michel Surya (directeur de publication de la revue Lignes), Miguel Benasayag (philosophe), Mireille Perrier (actrice, metteur en scène), Nataska Roublov (artiste), Nathalie Quintane (écrivain), Nathalie Blanc (géographe), Nelo Magalhães (doctorant), Nicolas Zurstrassen (auteur), Olivier Dubuquoy (militant écologiste), Olivier Vinay (vétérinaire, technicien agricole, professeur agrégé), Oscarine Bosquet (écrivain, enseignante en école d’art), Patricia Pol (universitaire militante), Patrick Bouchain (architecte), Philippe Quandalle (mathématicien), Pierre Bitoun (sociologue), Raphael Pauschitz (rhaspode de la revue Topophile), Raphaël Lhomme (auteur), Ségolène Darly (géographe), Sidoine (clown), Zoé (81), Silvia Grünig Iribarren (architecte, urbaniste, professeure-chercheure), Sophie Wahnich (historienne), Thierry Grosjean (porte parole CAPEN71, membre de FNE BFC), Thierry Paquot (philosophe), Véronique Guislain (bénévole Terre de Liens), Yves Peutot, Patricia Lunven , André Fouchard (Agrobiologiste), Christian Prigent (écrivain), Georges Didi-Huberman (philosophe), Jean-Christophe Bailly (écrivain), Jean-Philippe Milet (professeur de philosophie), Maële Giard (géographe militante), Philippe Blanchon (écrivain), Philippe Cado (philosophe), Raphaël Lhomme (auteur), Véronique Weimann (paysanne à la retraite -23), Yves Dupeux (philosophe).

 

Appel des Soulèvements de la Terre
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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 15:09

Les chercheurs en écologie Jean-Marc Roda et Jacques Tassin soulignent l’« incapacité dramatique » à entrevoir la misère d’une partie de la population mondiale, et « l’insolidarité de masse » à leur égard : c’est la précarité rurale qui conduit les agriculteurs à convertir les forêts en terres agricoles et qui est à l’origine des zoonoses. Tribune parue dans Le Monde le 20 mars 2021. Lire aussi Plantation Rébellion contre la déforestation mondiale, La croissance végétale en panne sèche au XXIe siècle, Ensemble, stoppons la déforestation ! et « Le Temps des forêts » : l’exploitation de la forêt est entrée dans la démesure.

par Najah Albukaï, parmi les dessins sortis de l’enfer des prisons de Syrie

par Najah Albukaï, parmi les dessins sortis de l’enfer des prisons de Syrie

Assurément, les forêts se portent mal. Une étude récente conduite par le Joint Research Centre (JRC), publiée dans la revue Science Advances le 5 mars, révélait des données accablantes. Les forêts tropicales humides ont reculé de 220 millions d’hectares dans les trente dernières années, et la déforestation en zone intertropicale a été sous-estimée d’environ 30 % sur le seul continent africain. Les forêts tropicales humides, qui abritent la moitié des espèces de plantes et d’animaux connues, couvrent moins de 10 % des terres émergées. Les services écologiques que rendent ces forêts s’évanouissent avec elles.

Pourtant, les causes premières de la déforestation mondiale ne sont toujours pas regardées en face. Or, les forêts tropicales disparaissent principalement sous le fer et le feu d’agriculteurs en quête de terres. La précarité rurale et l’insécurité foncière sont les origines premières de ce phénomène mondial. Au Brésil, il s’est longtemps agi de donner aux paysans sans terres des terres sans paysans, cela en convertissant les forêts en terres agricoles.

En Afrique, les paysans en situation de dénuement foncier, privés de tout titre de propriété, n’ont d’autre choix que de défricher pour disposer d’un lopin de terre. La précarité des populations rurales, vouées de surcroît à devoir prélever dans les formations boisées le bois de cuisson ou de chauffe dont leur survie dépend, représente le maillon originel de cette chaîne dévastatrice.

La peste naît de l’insalubrité rurale

Or, c’est cette même précarité rurale que l’on retrouve à la source des zoonoses. C’est d’elle que résultent en effet, en grande partie, les épidémies susceptibles de s’étendre à une échelle mondiale. Nous savons que depuis 1347, la peste naît et renaît de l’insalubrité rurale. Le virus Ebola s’est propagé à la suite de la consommation de viande prélevée sur des animaux malades par des braconniers en situation de survie. Il en est vraisemblablement de même du virus du sida, apparu au Cameroun au début du XXe siècle à la faveur de la consommation de chimpanzés infectés.

La fièvre de Lassa se propage elle-même dans les foyers ruraux les plus pauvres. Les zoonoses proviennent de mises en contact d’animaux infectés avec des populations souffrant de dénutrition et pénalisées par une santé déjà déficiente. Elles ne sont donc pas le produit direct de la déforestation, comme on le prétend parfois. S’il est un lien entre cette dernière et les zoonoses, c’est celui de leur origine commune.

Nous partageons avec les forêts « une communauté de destins », déclarait en 2011 l’Organisation internationale de la francophonie. Nous redécouvrons avec l’épidémie de Covid-19 engendrée par le SARS-CoV-2 que cela vaut aussi pour notre santé. Selon une règle immuable du vivant, la mise en contact d’êtres vulnérables, que ce soient des animaux sauvages, des animaux domestiques ou des êtres humains, tient toujours du cocktail mortifère. Elle débouche même parfois sur des recombinaisons virales ou bactériennes désastreuses pour la santé de l’ensemble de la population humaine mondiale. Si l’on doit craindre de nouvelles épidémies dans l’avenir, c’est parce qu’il y a lieu de croire que l’éradication de la pauvreté n’est pas pour demain. C’est pourtant là qu’est la clé d’un devenir commun entre forêts et humains.

Il n’est pas certain, hélas, que les historiens de demain, se penchant sur la mise au point de vaccins et sur le déploiement des campagnes de vaccinations en cours, y entreverront la marque d’une solidarité mondiale. Ils ne manqueront pas d’observer plutôt qu’aux Etats-Unis, les Afro-Américains, qui ne gagnent que les deux tiers de ce que gagne la moyenne des Américains (Le Monde, 16 septembre 2020), ont été les premières victimes du SARS-CoV-2 et ont contribué à l’ancrer dans le territoire.

Sans doute étudieront-ils avec le même intérêt les statistiques de la mortalité atypique en Seine-Saint-Denis lors de cette même pandémie. Certainement s’interrogeront-ils tout autant sur l’indigence des campagnes de vaccination dans les pays du Sud, peu soutenues par ceux du Nord.

Pas de « complot » de la nature

Il serait absurde d’interpréter le virus du SARS-CoV-2 comme une vengeance de la nature à notre égard. Au printemps 2020, des prosopopées de ce type circulaient sur Internet, donnant la parole à un pangolin vengeur déterminé, par le truchement d’un virus, à faire rendre gorge à une humanité dévastatrice.

Les épidémies ne sont pas l’expression d’un complot de la nature dirigé contre l’humain. Il est tout aussi déplacé de laisser croire que les zoonoses résultent directement de la déforestation. Non seulement aucun lien direct n’est scientifiquement établi dans ce sens, mais une telle assertion occulte les conditions premières de leur émergence : la précarité des populations rurales vivant aux confins des forêts tropicales et, plus en amont, l’insolidarité de masse à leur égard.

Il est toujours indécent de recouvrir « la clameur des pauvres sous la clameur de la Terre », écrivait le pape François dans l’encyclique Laudato’si. Il n’y a, à la source de la déforestation et des pandémies en cours, qu’une terrible nonchalance de notre part, une incapacité dramatique à entrevoir la misère d’une grande partie de la population mondiale.

Peut-être le SARS-CoV-2 nous conduira-t-il à opérer une révolution mentale encore jamais conduite à l’échelle planétaire. Cela suppose toutefois que nous menions une tout autre guerre que celle qui nous occupe actuellement. Il y va d’une vaste communauté de destins.

Jean-Marc Roda, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et détaché à l’université Putra Malaysia à Kuala Lumpur, est spécialiste de la complexité de l’exploitation des ressources naturelles par les sociétés humaines.

Jacques Tassin, chercheur en écologie forestière au Cirad, est spécialiste des invasions biologiques. Il est l’auteur de Penser comme un arbre (Odile Jacob, 2018).

Penser comme un arbre, de Jacques Tassin (mai 2018).

Penser comme un arbre, de Jacques Tassin (mai 2018).

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16 mars 2021 2 16 /03 /mars /2021 09:00

Renégocier le Ceta, mettre fin aux tribunaux d’arbitrage, subordonner les règles des échanges mondiaux à l’urgence climatique : autant de préconisations de la Convention citoyenne pour le climat qui ont été enterrées. Une tribune de Maxime Combes Économiste, chargé des questions « commerce-relocalisation » à l’Aitec publiée le 10 mars 2021 par Politis. Lire aussi Les velléités écologistes de Macron notées 3,3/10 par la Convention citoyenne pour le climat, Ne pas signer le Ceta au nom de l’accord de Paris... et Rétablir la justice fiscale en taxant les entreprises les plus polluantes.

Somnolence par Celçuk, d'après Nadar.

Somnolence par Celçuk, d'après Nadar.

Proposée par la Convention citoyenne pour le climat, la renégociation du Ceta, cet accord de libéralisation du commerce et de l’investissement entre l’Union européenne (UE) et le Canada, a été immédiatement écartée par Emmanuel Macron. Le 29 juin 2020, dans les jardins de l’Élysée, le Président affirmait retenir 146 propositions sur les 149 soumises par la convention citoyenne, tout en confirmant que le Ceta continuerait à s’appliquer. L’une des 146 propositions officiellement retenues était donc d’emblée enterrée. Le ton était donné.

En écartant l’une des mesures phares de la convention, à application et effet immédiats, Emmanuel Macron aggravait la situation abracadabrantesque qui entoure le Ceta. Voici en effet un traité qui s’applique très largement depuis le 21 septembre 2017, alors que le processus de ratification n’est pas arrivé à son terme – ni en France ni au sein de l’UE. Voté par l’Assemblée nationale en juillet 2019 par une courte majorité, le texte avait d’ailleurs été présenté en « procédure accélérée ». Près de deux ans plus tard, de report en silence et de silence en report, le Ceta n’a toujours pas été présenté au Sénat.

Le Ceta s’applique donc de façon « provisoire » depuis trois ans et demi. Pourtant, le constat est clairement établi : « Le climat est le grand absent du Ceta », a statué, dès septembre 2017, la commission d’experts nommée pour évaluer cet accord. En rejetant la proposition de la Convention citoyenne, Emmanuel Macron entérine ainsi son refus de remettre en cause la mondialisation des échanges et de faire de la lutte contre le réchauffement climatique un principe supérieur à son expansion. Et ce au moment même où la pandémie de Covid-19 a mis en exergue les failles de cette même mondialisation néolibérale et productiviste.

Ce n’est pas la seule mesure de la Convention citoyenne portant sur le commerce international qui a été enterrée. La proposition 4.1.2 visait à « mettre fin aux tribunaux d’arbitrage » qui permettent à des entreprises d’attaquer les pouvoirs publics, notamment lorsque ces derniers prennent des mesures en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Dernier cas d’école en date : la multinationale allemande RWE poursuit les Pays-Bas et réclame 1,4 milliard d’euros de compensation à la suite de leur décision de sortir du charbon d’ici à 2030 (1). Pour cela, RWE utilise le méconnu traité sur la charte de l’énergie (TCE). Négocié, signé et ratifié dans les années 1990, il visait à protéger les investissements des énergéticiens européens dans les pays de l’ex-URSS, jugés insuffisamment sûrs sur le plan juridique. Aujourd’hui, il sert surtout aux multinationales européennes pour poursuivre d’autres pays européens lorsque ceux-ci prennent des mesures climatiques qui contreviennent à leurs profits actuels ou espérés. De fait, le TCE retarde, renchérit ou empêche la transition énergétique. Il protège les pollueurs (2).

Les associations alertent là-dessus depuis des années. Avec un certain succès puisque des centaines de parlementaires et de scientifiques appellent désormais l’UE et ses États membres à désarmer ce traité. Un million de personnes en Europe ont même signé une pétition en ce sens en à peine quinze jours (et vous ?) (3). Mais la Commission européenne préfère viser une impossible modernisation (4). La France se limite pour l’instant à demander à Bruxelles d’envisager les conditions d’un éventuel retrait coordonné des 27 États membres. La proposition visant à supprimer ces tribunaux d’arbitrage ne figure d’ailleurs ni dans la liste des propositions de la France pour réviser la politique commerciale européenne ni dans celles retenues par la Commission européenne. Plus généralement, tout le monde parle de relocalisation, mais ni Paris ni Bruxelles n’ont réellement pris la mesure des transformations à opérer pour que les règles du commerce international ne soient plus des obstacles en matière de transition énergétique et de lutte contre le réchauffement climatique.

Les batailles en cours, d’un côté pour la sortie du TCE, de l’autre pour bloquer l’accord UE-Mercosur et œuvrer en faveur de la relocalisation écologique et solidaire, notamment en proposant aux collectivités territoriales de s’engager à ce sujet (5), sont donc décisives : ne laissons pas passer cette occasion.

(1) « Pays-Bas. La sortie du charbon attaquée par la multinationale de l’énergie RWE via le Traité sur la charte de l’énergie », 8 février 2021, www.collectifstoptafta.org

(2) « L’accord qui protège les pollueurs », Politis, 20 novembre 2019.

(3) Pétition « L’UE et la France doivent sortir du traité sur la charte de l’énergie, ce traité qui protège les pollueurs », à signer sur www.collectifstoptafta.org

(4) Lire notre décryptage, « Analyse des propositions de Bruxelles sur le Traité sur la charte de l’énergie », 2 mars 2021, aitec.reseau-ipam.org

(5) « Stop accord UE-Mercosur : demandons aux collectivités territoriales de s’engager », 6 octobre 2020, www.collectifstoptafta.org

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15 mars 2021 1 15 /03 /mars /2021 09:39

La sociologue Dominique Méda plaide pour « un vaste programme décennal de rénovation des bâtiments publics et privés ». Chronique publiée le 27 février 2021 dans Le Monde. Lire aussi Un prélude à la reconversion écologique de nos sociétés.

Transition écologique en chantier

Pendant que les commissions compétentes de l’Assemblée nationale s’apprêtent à discuter des mesures de la loi Climat et résilience – jugées unanimement insuffisantes –, les alertes des institutions les plus sérieuses se succèdent.

Le 11 janvier, l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) publiait une note intitulée « Croissance sans croissance économique », qui rappelait les trois points suivants : la « grande accélération » actuelle de la perte de biodiversité, du changement climatique, de la pollution et de la perte de capital naturel est étroitement liée à la croissance économique ; le découplage entre les premiers et la seconde est probablement impossible ; la décroissance ou la postcroissance sont des alternatives à envisager sérieusement.

Le 2 février, l’économiste Partha Dasgupta présentait, devant la Royal Academy britannique, un rapport consacré à l’évolution de la biodiversité, dans lequel il constatait que l’humanité se trouve à un véritable tournant et appelait à « réencastrer l’économie dans la biosphère ». Quelques jours plus tard, le directeur de l’AEE, Hans Bruyninckx, employait exactement ces mêmes termes lors des journées consacrées par l’Institut syndical européen à la nécessité d’un nouveau contrat social-écologique, réunissant des dizaines de chercheurs, partenaires sociaux et responsables politiques. L’ensemble de ces travaux prenait d’une certaine façon acte des résultats scientifiques mettant en évidence que la croissance verte est un mythe et que nous devons reconstruire nos économies et apprendre à produire autrement (« Is Green Growth Possible ? », Jason Hickel & Giorgos Kallis, New Political Economy, 17 avril 2019).

Changement de cap

Renoncer à ce mythe devrait nous permettre de gagner un temps précieux et d’organiser dès maintenant le changement de cap et la bifurcation nécessaires. Car nous savons ce qu’il faut faire : nous devons investir immédiatement, massivement et sans relâche dans la reconversion écologique de notre économie – la vraie, la matérielle – de manière à continuer à satisfaire nos besoins sociaux dans des limites environnementales strictes.

Un tel investissement, qui accroîtra certes notre endettement mais permettra de transmettre aux générations futures un monde habitable, est non seulement une exigence, mais c’est aussi une bonne nouvelle. Car nous savons que les secteurs dans lesquels il nous faut investir sont créateurs d’emplois et même que plus nous investirons, plus nous aurons d’emplois demain. Il nous faut donc saisir pleinement l’occasion qui nous est aujourd’hui offerte de résoudre en partie la très grave crise de l’emploi dans laquelle nos pays sont – et vont être – plongés.

Les études qui ont été récemment consacrées à ces questions mettent en effet en évidence que de très nombreux emplois pourraient être créés grâce à la reconstruction et à la décarbonation de nos économies. L’étude de l’Ademe réalisée à l’occasion de la publication du rapport annuel 2020 du Haut Conseil pour le climat indique ainsi que 600 000 emplois pourraient être créés à l’horizon 2030, notamment dans le bâtiment, les transports et l’industrie. Selon celle du WWF, ce sont même près de 2 millions d’emplois qui pourraient être déployés dans les transports, le verdissement des processus industriels ou la rénovation thermique des bâtiments, selon un scénario dit de « relance verte ».

Politique ambitieuse

Concernant la rénovation thermique des bâtiments, le rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale qui vient d’être rendu est très clair : il indique que pour réussir l’ambitieuse politique de rénovation énergétique dont nous avons besoin, il faudrait « plusieurs centaines de milliers de professionnels en plus », alors que, « en dix ans, le secteur a perdu pratiquement 250 000 emplois et, rien qu’en 2019, 140 000 départs en retraite ont été dénombrés dans le secteur. On constate parallèlement un fort recours au travail détaché et à la main-d’œuvre étrangère ». Il y a donc dans ce secteur un énorme gisement d’emplois non délocalisables et qui recouvrent une très grande diversité de compétences.

Non seulement un vaste programme décennal de rénovation des bâtiments publics et privés générerait de l’emploi, des baisses de facture et une amélioration du confort pour les habitants des 4,8 millions de passoires énergétiques, mais il serait sans doute aussi l’occasion de redéfinir une véritable politique d’aménagement du territoire. Faut-il rénover tels quels les bâtiments existants ou en profiter pour repenser nos métropoles, redessiner nos villes moyennes et nos campagnes ? Comment articuler nos objectifs de diminution de la consommation d’énergie avec notre souci de rapprocher emplois et lieux d’habitation pour éviter des déplacements devenus insupportables et prendre en compte le développement du télétravail ? Doit-on profiter de cette dynamique pour reconstruire de fond en comble nos villes, engager un processus de démétropolisation, repenser nos politiques industrielles et nos politiques de relocalisation des activités ? Autant de questions qui doivent faire l’objet d’une vaste réflexion, impliquant les territoires, les partenaires sociaux et l’ensemble des administrations, bref d’un véritable plan.

Il ne s’agit évidemment pas d’imposer, à partir des bureaux parisiens, un nouvel aménagement du territoire français, mais bien de tenter de coordonner ces différentes dimensions trop peu souvent articulées au niveau central, mais aussi dans les territoires où les schémas sectoriels se juxtaposent sans se structurer. C’est vraiment d’un plan décennal ambitieux dont nous avons besoin pour mettre en route ce chantier titanesque mais enthousiasmant.

Dominique Méda est professeure de sociologie, directrice de l’Irisso (université Paris-Dauphine-PSL)

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14 mars 2021 7 14 /03 /mars /2021 18:32

L’uniformisation des territoires a conduit à la crise actuelle. Il est urgent de remettre de la diversité et des liens au cœur de nos modèles de développement. Une tribune du géo-anthropologue Damien Deville, parue dans Politis le 10 mars 2021. Lire aussi Face aux crises écologique, économique et sociale, la nécessité de (re)toucher terre et Un rapport mondial mesure l'impact de la perte accélérée de biodiversité.

Faire basculer la terre

Faire basculer la terre

Et si les crises sociales, environnementales et sanitaires pouvaient s’expliquer par une « crise de l’un » ? La pandémie l’a démontré, l’oubli de toutes les diversités territoriales entraîne l’incapacité à protéger la résilience. L’uniformisation que nous vivons depuis plus deux siècles a modifié en profondeur l’habité des territoires, transformé les valeurs sociales des communautés et des villages, achevé de détruire ce qui pourtant caractérise l’émerveillement quotidien : la capacité de créer des espaces d’émancipation pour les humains comme pour les non-humains.

C’est sûrement à l’échelle des territoires que s’observe le plus facilement l’uniformisation à l’œuvre. Depuis la fin du XIXe siècle, la compétitivité des territoires est devenue la norme des politiques de développement : le déploiement des avantages comparatifs d’abord, l’émergence des pôles de compétences ensuite, et enfin l’apogée de la métropolisation ont mis de nombreux territoires en difficulté. Les hommes du noir (les mines), les femmes du fil (le textile) et les hommes du feu (les hauts fourneaux) avaient une vie difficile, mais ils et elles faisaient la fierté de certains lieux. Ces lieux ont vu leurs structures sociales s’effondrer.

Deuxième facteur d’uniformisation : le couronnement du capitalisme, réincorporant chaque différence à sa solde. Bien des peuples, bien des communautés, bien des individus ont vu leurs valeurs réinjectées dans les lois du marché. Or le marché fait perdre la relation symbolique aux choses : sans symbole, nous ne sommes rien que des peuples de robots manipulés par le verbe et l’image. Le marché a également tendance à éroder cette fine compréhension de l’espace nécessaire pour s’adapter, créer et partager.

Enfin, l’histoire de la protection de la nature a été elle-même un outil d’uniformisation et de mise en précarité. Elle s’est inventée autour d’une représentation duale du monde : la nature contre la culture. Pourtant, ces dernières ont toujours été étroitement liées. Car humains comme non-humains sont fragiles : ils survivent et s’émancipent par la rencontre. Ces rencontres forment des événements qui forgent des histoires, et ces histoires modèlent les sociétés.

La pandémie elle-même est en grande partie le résultat de cette uniformisation. Elle a circulé de grande ville en grande ville, les métropoles se caractérisant par leurs connexions aux flux financiers internationaux. Le capitalisme a sacrifié les structures de résilience locale, rendant les sociétés davantage vulnérables aux chocs globaux. Enfin, de nombreux zoologues ont démontré que c’est parce que nous détruisons en masse l’habitat des non-humains que ces derniers deviennent porteurs d’une charge virale importante. Nous détruisons les espaces tampons et la diversité génétique des populations animales et végétales, nous spécialisons l’agriculture et surconcentrons les espèces élevées. Autant de processus qui détruisent la relation et augmentent les risques sanitaires.

Nous devons repenser nos manières d’habiter la Terre. Nous devons nous enraciner, remettre la diversité et les liens au cœur des modèles de développement. Nous devons « atterrir », pour reprendre l’expression du philosophe Bruno Latour. Nous devons également contourner cette incapacité démocratique qui nous cloue : la possibilité d’adapter les solutions en fonction des réalités locales. La gestion de la crise sanitaire en France a montré la violence mais également les limites des politiques centralisées. Elles feront très sûrement de la casse : restaurateurs, acteurs de la culture, centres universitaires, petits commerces, quartiers d’étudiants de tout territoire sont soumis aux mêmes politiques gouvernementales. Pourtant, les réalités locales de diffusion du virus sont extrêmement variées. Redonner confiance aux territoires, c’est porter un État qui les accompagne davantage qu’il ne s’y impose. Enfin, se réancrer, c’est nécessairement repenser, dans l’aménagement du territoire, des hybridations entre humains et non-humains.

Désurbaniser la terre, remettre de la diversité paysagère, accueillir populations animales et végétales dans un seul et même lieu. Vivre réellement ensemble. Changer nos manières d’être pour rendre la relation possible devient alors mère d’une nouvelle sagesse : celle consistant à forger de nouvelles sources de résistance et de résilience, à créer l’alliage d’une santé globale pour l’humain et le reste du vivant.

Damien Deville Géographe et anthropologue de la nature, auteur (avec Pierre Spielewoy) de Toutes les couleurs de la Terre. Ces liens qui peuvent sauver le monde (Tana, 2020).

Damien Deville ©http://www.damiendeville.eu

Damien Deville ©http://www.damiendeville.eu

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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 17:14

La Convention citoyenne pour le climat fait la démonstration qu’impliquer des citoyens ordinaires sur des enjeux politiques complexes au niveau national est possible, observe Hélène Landemore, Professeure de sciences politiques. Tribune + propos publiés dans Le Monde en février-mars 2021. Lire aussi  Les velléités écologistes de Macron notées 3,3/10 par la Convention citoyenne pour le climat et L'Etat est jugé responsable de son inaction climatique.

Réunion de la Convention citoyenne pour le climat, le 8 février. KATRIN BAUMANN / CONVENTION CITOYENNE POUR LE CLIMAT

Réunion de la Convention citoyenne pour le climat, le 8 février. KATRIN BAUMANN / CONVENTION CITOYENNE POUR LE CLIMAT

La Convention Citoyenne sur le climat vient de terminer sa cinquième session, avec seulement deux rencontres supplémentaires avant de devoir rendre ses propositions au gouvernement début avril. Cette convention, qui rassemble 150 citoyens français tirés au sort depuis octobre 2019, réfléchit à la meilleure manière de réduire de 40 % (par rapport à leur niveau de 1990) les émissions de gaz à effet de serre de la France d’ici à 2030, le tout dans un esprit de justice sociale. S’il est encore trop tôt pour parler du contenu et de l’avenir de ces propositions, on peut poser d’autres questions : qu’a accompli cette convention jusqu’à présent et que représente-t-elle, plus largement, dans ce moment de crise de la démocratie que nous traversons ?

La première chose à dire, c’est que cette Convention citoyenne a déjà accompli une tâche historique. Elle fonctionne bien – dans son organisation logistique comme dans ses délibérations – et elle est visible, faisant l’objet d’une couverture médiatique importante en France et, de plus en plus, à l’étranger. Elle fait ainsi la démonstration empirique, symboliquement importante, qu’impliquer des citoyens ordinaires sur des enjeux politiques complexes au niveau national est possible, même dans un pays aussi grand et multiculturel que la France.

Jusqu’ici, les assemblées et processus délibératifs ayant bénéficié d’une visibilité similaire avaient été mis en place au niveau infranational (par exemple, en Colombie-Britannique et dans l’Ontario, au Canada), ou dans des pays considérés comme trop petits ou trop homogènes (l’Islande, l’Irlande) pour que leur exemple puisse être généralisé. Le « grand débat national » lui-même, que cette assemblée vient en un sens compléter, n’avait permis de vraies délibérations qu’au niveau local (notamment dans les 21 assemblées régionales tirées au sort).

Frémissements conceptuels

Cette convention marque donc une avancée importante pour la démocratie délibérative, à savoir l’ensemble des théories et pratiques qui placent au cœur de la légitimité démocratique l’échange raisonné entre citoyens libres et égaux. La convention citoyenne française est, à cet égard, un jalon sur le plan international. Elle a déjà suscité des ambitions accrues au Royaume-Uni, où a démarré, le 25 janvier, une assemblée citoyenne sur le climat (« UK citizen’s climate assembly »), et en Espagne, qui vient d’annoncer la tenue d’une convention sur le modèle français. Elle va sans doute, aussi, donner plus d’audace à ceux qui aimeraient passer à des échelles supérieures sur les enjeux climatiques ou autres, par exemple ceux de l’Union européenne et, pourquoi pas, de la planète.

Surtout, cette convention a le mérite de remettre à plat des questions de philosophie politique que nous croyions stabilisées depuis deux cents ans, mais que la crise des institutions représentatives et des corps intermédiaires (Parlement, partis, syndicats, etc.) nous force à rouvrir. Qu’est-ce que la représentation démocratique ? La légitimité et la responsabilité des représentants peuvent-elles venir d’autre chose que d’un mandat électoral ? Comment articuler les diverses formes de démocratie invoquées par les uns et les autres – démocratie délibérative, mais aussi « directe, » « participative » ou encore « citoyenne » d’un côté, et démocratie dite « représentative » de l’autre ?

A cet égard, les échanges publics qui ont eu lieu à la convention lors de la visite présidentielle du 10 janvier sont emblématiques de frémissements sémantiques et conceptuels intéressants, qui pourraient, à terme, aboutir à des reconfigurations institutionnelles ou même constitutionnelles. Quand Jocelyn, 16 ans, membre de la convention venu d’Alsace, demande au président : « Est-ce que vous pensez que l’avenir de la démocratie française se trouve dans une démocratie plus délibérative, à l’image de cette convention ? », il obtient une réponse conciliatrice : « En même temps qu’on invente la démocratie délibérative, il faut restaurer la démocratie représentative. »

Par démocratie « représentative », le président entend, comme beaucoup, démocratie « électorale », restreignant ainsi implicitement aux élus le statut de représentants du peuple français et le manteau de la légitimité politique. S’il envisage une place pour les citoyens tirés au sort, c’est en renfort aux élus (dont lui), non comme leur concurrence. Une autre réponse possible à la question de Jocelyn, plus radicale, aurait été d’admettre qu’inventer la démocratie délibérative demande de penser la représentation et la légitimité autrement, au-delà de l’élection et, donc, en partie en compétition avec elle. Dans les faits, la promesse de soumettre « sans filtre » certaines des propositions de la convention à référendum peut d’ailleurs se lire comme une mise en compétition avec le Parlement, ainsi contourné dans sa prérogative législative.

Un rôle de « haut-parleur »

Les membres de la convention n’hésitent pas, eux, à se voir comme des représentants d’un genre nouveau. Comme l’a dit Nicolas, 17 ans, autre lycéen de la convention venu d’Aix-en-Provence, en se présentant au président : « Je représente la jeunesse d’où je viens. » Il s’attribuait ainsi, précisait-il par la suite dans un entretien, un rôle de « haut-parleur » pour les jeunes, dont il essaie de dire « ce qu’ils pensent » et au nom desquels il essaie d’« agir ».

Interrogés sur leur rôle à la convention (par l’intermédiaire de questionnaires), les participants le décrivaient majoritairement, dès la fin de la première session, en des termes évoquant un rôle de représentant. Seule une minorité des répondants disait ne prendre la parole qu’en leur seul nom propre, plutôt qu’au nom d’eux-mêmes et de gens comme eux, au nom de causes qui leur sont chères, au nom d’autres groupes et intérêts particuliers, ou même au nom du public dans son ensemble.

Quid de la légitimité de cette assemblée tirée au sort ? Elle est conférée, légalement, par l’autorisation présidentielle. Les philosophes la chercheraient plutôt, d’un point de vue normatif, dans l’impartialité et l’égalité du sort, dans la représentativité descriptive du groupe, ou encore dans ses capacités délibératives. Certains parmi les 150 membres la voient comme étant « à construire ». Elle passe, pour eux, par un dialogue avec le reste de la société, d’où leurs efforts pour porter leurs travaux hors les murs, dans les médias comme dans des réunions locales, et leur invitation au grand public à contribuer à leur plate-forme en ligne. Elle pourrait requérir à terme une constitutionnalisation du principe du tirage au sort.

On peut ainsi voir la démocratie délibérative incarnée par les participants à la convention non pas comme une alternative à la démocratie représentative, mais comme une autre de ses modalités possibles. En tous les cas, il ne s’agit pas de démocratie « directe. » Le tirage au sort, comme l’élection, crée une médiation entre l’ensemble de la population et le sous-groupe sélectionné. Il ne s’agit guère non plus de démocratie « participative », puisque seulement 150 personnes sur 67 millions de Français sont impliquées dans l’expérience actuelle.

« Représentation lotocratique »

Je propose pour ma part de conceptualiser l’activité des 150 comme une forme de « représentation lotocratique » (ou représentation par le sort). La représentation lotocratique a le mérite, par rapport à la représentation électorale, de créer « une France de poche », pour reprendre la formule d’un participant, dont la ressemblance démographique avec la France réelle minimise le risque que ses délibérations ignorent la perspective de pans entiers de la population. Comme le président l’a admis avec une certaine candeur lors de sa rencontre avec les participants, faire cette Convention citoyenne sur le climat plus tôt lui aurait permis d’anticiper la révolte des « gilets jaunes » contre la taxe carbone. Peut-être n’est-il pas trop tard pour en envisager une autre sur la réforme des retraites ?

Mais si la délibération au sein d’un groupe suffisamment large de citoyens tirés au sort a des mérites que n’a pas la délibération entre élus, pourquoi ne pas envisager un transfert de pouvoir des représentants élus vers les représentants lotocratiques ou, tout au moins, une nouvelle distribution des rôles ? Certains ont proposé de créer une « chambre du futur », sur la base du tirage au sort, pour traiter spécifiquement de sujets environnementaux. On pourrait aussi envisager une « assemblée du peuple » ayant une autonomie législative propre sur l’ensemble ou une partie des sujets traités à l’heure actuelle par les Chambres élues. Elle pourrait soit venir en remplacement de l’une des Assemblées existantes (l’Assemblée nationale, le Sénat ou le Conseil économique, social et environnemental), soit s’articuler à elles d’une manière qui reste à déterminer.

Envisager de tels changements demande de conduire une analyse comparée des mérites respectifs de différentes formes de représentation démocratique. Cela implique aussi de penser une légitimité politique autre que celle conférée par l’élection, ainsi que la possibilité d’une responsabilité politique réalisée autrement que par la sanction électorale. La Convention citoyenne pour le climat, de ce point de vue, si elle était pérennisée institutionnellement, pourrait donc préfigurer une nouvelle forme de démocratie représentative, moins strictement électorale et plus accessible – plus « ouverte » – aux citoyens ordinaires.

Le 10 mars, Hélène Landemore ajoute :

Les notations finales des citoyens sont sévères pour le gouvernement et on peut le comprendre : face à l’urgence climatique, le but à atteindre est la diminution de 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Or le projet de loi sur le climat n'est pas à la hauteur, donc certains des membres de la convention ont voulu marquer leur désaccord.

Mais cet échec ne concerne qu’une partie des objectifs. Un autre enjeu de la convention était l’amélioration de la vie démocratique en France, et, de ce point de vue, le bilan est positif. Elle a fait la preuve que des citoyens tirés au sort, venus d’horizons variés, et représentatifs d’une grande partie de la société française, peuvent parvenir à un consensus, afin d’imaginer des solutions à un problème que les politiques ne parviennent pas à résoudre.

Les 150 citoyens ont rendu des propositions ambitieuses et permis aussi de médiatiser les enjeux climatiques : 70 % des Français disent aujourd’hui connaître ces propositions. Des parlementaires et ministres, qui levaient les yeux au ciel il y a un an, considèrent aujourd’hui la convention comme un acteur politique à part entière.

Par ailleurs, si l’on prend un peu de distance et que l’on se place dans une perspective internationale, cette première assemblée citoyenne dans un pays de grande taille à la population multiculturelle est une étape importante dans un mouvement plus global.

Une future assemblée citoyenne mondiale sur le climat se prépare, qui va rassembler 1 000 personnes tirées au sort sur les cinq continents. Elle va poursuivre ce travail en élaborant des recommandations en marge de la COP26 qui se déroulera à Glasgow en novembre 2021. L’idée des organisateurs, activistes et universitaires est de l’inscrire dans la durée et qu’elle devienne un autre pilier de la gouvernance mondiale, adossé aux COP, pour faire émerger des propositions plus démocratiques sur l’urgence climatique, indépendamment de la gouvernance officielle des États qui reste souvent oligarchique et opaque. De ce point de vue, la convention française est un cas d’école, dont il conviendra de tirer rapidement les leçons.

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10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 19:55

Partisans d'une politique anticapitaliste et partisans d'un renouvellement cosmologique n’ont pas (encore) trouvé à s’entendre. Pourtant plusieurs luttes réinventent leur pratique en tissant des liens avec des êtres non-humains dans leurs actions. Sommes-nous en présence d’une nouvelle forme d'alliance politique ? Cet article de Lena Balaud et Antoine Chopot a été publié sur Terrestres le 15 novembre 2018, donne un  avant-goût de Nous ne sommes pas seuls – Politique des soulèvements terrestres, de Lena Balaud et Antoine Chopot, qui sort le 18 mars 2021 (Essais Anthropocène, Seuil). Lire aussi Le Covid-19 - un cas vraiment admirable et douloureux de dépendance , Philosophie politique de la nuit et Le « chthulucène » de Donna Haraway.

Une entente terrestre de l’action politique

La politique porte sur ce qu’on voit et ce qu’on peut en dire, sur qui a la compétence pour voir et la qualité pour dire, sur les propriétés des espaces et des possibles du temps.

Jacques Rancière

J’étais de garde en haut de la colline, J’ai regardé Birnam, et, là, j’ai cru   Que la forêt se mettait à bouger.

William Shakespeare

Des habitants de San Francisco greffent des tiges d’arbres fruitiers de manière illégale sur les arbres ornementaux des quartiers pauvres, pour que l’espace urbain redevienne un commun comestible et non-marchand pour tous. Ils ont baptisé ce mode d’action la guerilla grafting (1).

En France, des amoureux et des techniciens de la forêt se rassemblent pour racheter collectivement de nombreux hectares forestiers pour les sortir des griffes du marché, et aider ainsi l’écosystème à retourner à un peuplement plus irrégulier, plus diversifié et résilient. Ils composent le Réseau pour les Alternatives Forestières (RAF) (2).

À la ZAD, des férus de botanique ont mis à nu une zone de sol de la dernière lande du bocage pour favoriser la germination de la gentiane pneumonanthe, plante rare protégée par la loi, dans le but d’en faire un obstacle juridique de plus à la bétonisation de la zone. Ils font partie des Naturalistes en lutte (3).

De nombreux mouvements convoquent des êtres non-humains et leurs puissances d’agir dans leur combat politique : des capacités à restaurer des milieux vivables, à soutenir une vie plus autonome du marché, mais aussi à faire obstacle à des projets néfastes et à guider des formes d’action collectives. Cela semble indiquer un renouvellement des pratiques, où l’on s’autorise à tisser des solidarités d’un nouveau genre pour la politique, traditionnellement conçue comme un espace prioritairement humain, reléguant les non-humains à une fonction d’environnement. Ce renouvellement résonne avec certaines mutations du regard dans le champ intellectuel (pensons aux travaux novateurs de Baptiste Morizot et de Anna Tsing (4)). Nous proposons ici d’éclairer les enjeux d’une entente terrestre de l’action politique.

Entre désastre et réenchantement

Le moment présent pourrait être décrit comme l’épreuve d’une rencontre parfaitement synchrone entre le désastre et le réenchantement. Désastre toujours plus accusé de la situation écologique planétaire ; réenchantement tout aussi profond de notre rapport au monde et aux multiples êtres vivants qui le composent. Là où le premier représente l’absence de futur désirable et débouche sur un temps fini, le second représente un désir d’exploration des relations et ouvre un temps infini. Mais avec le désastre tout comme avec le réenchantement, c’est la possibilité d’habiter la Terre en terrestre qui est pour nous convoquée, et radicalement mise en question. Il se peut que la seule manière de tenir subjectivement dans cet état de choses vertigineux soit l’entrée en lutte face aux responsables de la crise écologique.

Mais tout le monde ne s’accorde pas sur les manières de répondre à cet état de choses. Nous percevons deux grandes positions qui structurent actuellement le champ du débat écologique et politique.

Certains défendent la nécessité de remettre en question l’anthropocentrisme et l’euro-centrisme, dont l’origine se situe dans une critique de l’idée occidentale de Nature. Cette position, que l’on peut dire ontologique ou cosmologique, pousse à la reconnaissance de la place incontournable des non-humains dans la composition des mondes que nous habitons. Pour Bruno Latour, Philippe Descola et bien d’autres, il s’agit d’en finir avec la séparation entre humain et non-humain, qui coupe l’homme de ses relations vitales et constitutives à tous les autres êtres, vivants, techniques…

D’autres entendent, en réponse à l’urgence climatique globale, maintenir une différence cruciale entre l’humain et le non-humain, la société et la nature, pour des raisons politiques. Ici l’enjeu est de pointer les causes sociales du Capitalocène (5) et de retrouver une capacité collective d’action et d’initiative politique, qui puisse assembler des volontés – bien humaines – contre le capitalisme fossile. Bref, nous ne pouvons pas compter sur les « non-humains » pour transformer la situation, pour démanteler au plus vite l’organisation capitaliste des rapports à la nature – unique responsable de la catastrophe climatique. En réalité, plus nombreux sont les problèmes environnementaux, plus il devient impératif de distinguer ce qui relève du pôle de la société et des responsabilités humaines de ce qui relève du pôle de la nature.

Cette deuxième position, plus directement marxiste, est représentée par des penseurs désormais bien connus comme Andreas Malm (6), ou moins connus comme Jodi Dean ou Alf Hornborg. Elle prend le contre-pied de la logique de déconstruction de l’opposition humain/non-humain, nature/société, et voit dans le « tournant non-humain » (7) une impasse politique : une substitution de la puissance d’agir des choses à la puissance d’agir du peuple. En effet, si les études intégrant les non-humains dans leurs analyses multiplient effectivement les êtres capables d’agir et de « fabriquer des mondes » (comme les symbioses de champignons et d’arbres décrites par Anna Tsing), on assiste pourtant dans ces recherches à un net désintérêt pour la pensée sérieuse de l’action collective organisée, pour le désir non-fantasmé de transformation du monde. Autrement dit : si nous dissolvons l’opposition nature/société, ne faisons-nous pas aussi disparaître la spécificité humaine de la politique, et par là même la possibilité de construire une opposition radicale, intentionnelle, populaire et internationale aux dégâts du capitalisme ? Pire : et si le tournant non-humain, avec son optimisme ré-enchanteur, n’était que le symptôme d’une impuissance politique à transformer l’état des choses défini par le capitalisme ? Les puissances d’agir non-humaines prolifèrent là où la capacité d’action humaine s’est absentée…

Si cette critique nous paraît ajustée à certains égards, elle semble pourtant ne pas entendre la bonne nouvelle que contient ce tournant non-humain. Pour nous, il s’agit de trouver une réelle articulation entre (1) le maintien d’une irréductibilité de l’action humaine, seule source de décision politique sur laquelle nous pouvons compter ; et (2) la volonté d’épaissir ce que cela veut dire être « humains », en se ré-envisageant comme participants à des écologies vivantes de sens, de valeurs et d’histoires partagées avec d’autres espèces et d’autres matérialités. L’enjeu est que dans notre agir politique il en aille de notre être de vivant pris dans le tissu de la vie, sans céder sur la capacité spécifique aux humains de s’organiser et formuler les termes d’un conflit avec l’ordre en place.

S’attaquer aux causes, s’attaquer aux cadres

Dit autrement, de manière directement politique : l’enjeu contemporain est de pouvoir tenir à la fois la volonté de s’attaquer aux causes des menaces pesant sur la vie et les sociétés (visée ancienne des pensées marxistes, socialistes autant que de l’écologie politique, lorsqu’elles visent les initiatives, passées et présentes, les choix politiques qui amènent à faire que le monde soit soumis aux seules « lois » de l’économie), et la volonté d’intégrer cette richesse d’êtres et de relations qui nous viennent du tournant non-humain.

Si les pensées allant de la social-écologie à l’éco-socialisme proposent bien une analyse du capitalisme renouvelée par la question écologique, celle-ci reste néanmoins beaucoup trop centrée sur la question du réchauffement climatique et des énergies fossiles, ce qui a pour résultat de laisser dans l’ombre la dimension cosmologique de l’écologie, celle de la transformation des sensibilités collectives, ainsi que les autres luttes, celles des peuples indigènes, qui ne se mènent pas seulement dans les métropoles occidentales ni dans un cadre seulement moderne. Or, ce sont aussi ces luttes qui peuvent nous aider à réinterroger et réinventer nos propres manières de faire de la politique.

Cette absence produit des philosophies et visions politiques qui ne peuvent-être que tronquées : car le désastre écologique est conjointement le produit du capitalisme et d’une mise en exception de l’homme, d’une économie d’appropriation du travail d’autrui et d’un déni des relations aux autres : à l’atmosphère, à la photosynthèse, aux pollinisateurs, aux aquifères, ainsi qu’aux esclaves et aux travailleurs invisibles. À la suite des travaux de Jason Moore nous défendons l’idée que l’opposition moderne de la nature et de la société est fondatrice du capitalisme : pour réaliser du profit, celui-ci a eu besoin de construire une frontière violemment policée entre les êtres appartenant à la « nature » (autant les non-humains que les humains que l’on peut mettre gratuitement au travail) et les êtres « sociaux » (dont on reconnaît le travail par l’attribution d’un salaire) – une frontière ayant des origines profondes dans le colonialisme (8). Le capitalisme n’est donc pas « une société qui exploite la nature », mais une manière violente de régir un monde qui se constitue sur la séparation pratique et intellectuelle d’une « nature » opposée à une « société ».

Il s’agit donc non seulement de s’attaquer aux causes, mais aussi aux cadres de l’expérience héritée – qu’on les désigne comme naturalisme, dualisme, ou humanisme. Aujourd’hui, s’attaquer aux cadres dominants de l’expérience, c’est troubler un certain ordre politique des places, un ordre capitalo-naturaliste. Cet ordre est structurant dès la plus petite enfance, dans toute socialisation, et détermine ce qui peut être dit acteur et ce qui ne peut pas l’être, ce qui peut être reconnu comme travail et ce qui ne peut pas l’être, ce qui peut être perçu comme sensible, vital, intelligent et ce qui ne le peut pas. Ces cadres de l’expérience sont inscrits non seulement dans les institutions mais aussi dans nos perceptions, nos pratiques et nos récits. Ils ne se contentent pas d’être à propos du monde : ils matérialisent un certain monde, ils construisent des injustices et des murs bien réels, qu’un certain pouvoir entretient (9).

Rancière a montré que la dimension politique d’une action ne réside pas seulement dans sa force de conflit avec les dirigeants qui prennent les décisions. Sa force est constituée avant tout par sa capacité à bouleverser les manières de percevoir ce qui est donné pour le monde commun, et l’ordonnancement du visible et de l’invisible dans ce commun. Il s’agit pour lui de mettre en question les évidences inégalitaires quant à qui peut penser, parler et donc qui peut décider au sein d’une communauté humaine (10). Mais, pour des raisons que plus personne ne devrait pouvoir nier, la communauté concernée par la politique doit s’élargir à une communauté non-humaine. L’action politique doit approfondir son œuvre de déstabilisation des cadres de l’expérience, troubler les séparations qui font évidence entre humains et non-humains, et réinterroger les relations possibles entre eux.

Comment la nécessaire prise en compte des êtres non-humains, particulièrement les êtres vivants, peut-elle transformer positivement notre entente de la politique et les pratiques contemporaines du conflit social ? La manière dont nous proposons de tenir ensemble le geste de s’attaquer aux causes et celui de s’attaquer aux cadres passe par une nouvelle entente de l’alliance.

Qui peut transformer la situation ?

Qu’est-ce qu’une action politique ? Nous la reconnaissons à ces trois éléments : c’est faire effraction dans un ordre donné, interrompre localement cet ordre, et commencer un autre processus, en écart avec cet ordre.

Que peut devenir l’action politique lorsque les collectifs humains ne peuvent plus être considérés comme les seuls « acteurs », les seuls participants du monde que nous habitons ? Partir du motif de l’alliance entre des humains et des non-humains nous oblige à requestionner ce en quoi elle consiste.

Parler d’une alliance, c’est d’abord dire et reconnaître que nous ne sommes pas seuls : une solidarité existentielle nous attache aux autres, humains et non-humains, et nous partageons une vulnérabilité commune face à l’impasse écologique. Mais comment actualiser cette solidarité de fait ? Cela passe par reconnaître, de manière encore plus cruciale, que nous ne sommes pas seuls à pouvoir transformer la situation présente : peut-être y a-t-il effectivement, dans une compréhension écologique du monde, bien d’autres puissances d’agir que les puissances humaines à pouvoir interférer, intervenir et remédier à la situation présente.

D’autres manières de faire, de se relier, de se protéger, de soigner peuvent être convoquées : des manières animales, végétales, sylvestres, bactériennes, fongiques, sont à l’œuvre pour fabriquer des mondes vivables. Il nous faut moins les fantasmer qu’apprendre à les connaître, à les rencontrer, à les défendre, à les amplifier, dans leurs spécificités. « Réparer les dégâts humains ne peut jamais advenir selon la seule action humaine », nous enseigne l’anthropologue des plantes Natacha Myers (11). Après des coupes rases, seules les forêts savent recréer des forêts, des sols vivants et résilients, pour les humains mais aussi pour une multitudes d’autres êtres. De même que l’émancipation d’esclaves par le marronnage a reposé sur des alliances avec des puissances d’agir non-humaines, les voies de sortie du capitalisme et de l’Anthropocène n’existent pas sans les capacités propres de ces autres êtres à fabriquer des mondes habitables.

En un premier sens, les alliances avec d’autres formes d’existence et d’autres puissances d’agir sont des alliances vitales, comme le défend de manière convaincante Baptiste Morizot (12), nécessaires à la tenue de cohabitations épanouies. Il s’agit bien de changer les cadres de l’attention, et de réapprendre, là où les savoirs et les techniques ont disparu, à recomposer intelligemment avec ces existences bâtisseuses de mondes : il en va du réapprentissage de la manière dont certains milieux soutiennent et constituent des vies. De là peut émerger l’identification de causes communes, entre différentes espèces, différents contextes.

Mais réenchanter l’expérience avec ces alliances vitales ne doit pas être une nouvelle mode académique ou une expérience de « développement personnel », autant de manières de contourner la question de l’action politique : comment les lier au geste de s’attaquer aux décisions ou aux projets d’un certain ennemi commun, qui empêchent de vivre bien de manière autonome, égalitaire, et de perdurer ensemble ?

Une entente terrestre de l’action politique

Porter un agir qui n’est pas le nôtre

C’est une nouvelle donne pour les héritiers de l’idée d’émancipation : comment les actions politiques peuvent-elles porter un agir qui n’est pas le leur ? Comment faire place dans la forme des actions politiques à l’agir soignant des formes de vie extra-humaines, à leur puissance de résurgence dans des zones dévastées, mais aussi à leurs puissances d’entrave de la machine économique ?

Pour cheminer vers une réponse, nous prenons l’histoire des activistes paraguayens et argentins, ayant trouvé à s’allier à une plante : l’amarante, devenue résistante au glyphosate et un véritable fléau pour l’agriculture intensive (13). L’alliance s’est composée dans une situation de guerre de subsistance contre un ennemi qui leur était commun, les multinationales de l’agro-business. L’invention politique des paysans et activistes aura été celle d’oser amplifier la puissance d’agir d’un végétal, en confectionnant des « bombes à graines » (composées d’argile et de graines d’amarante résistante) lancées dans les champs de soja OGM, pour en entraver la culture. Ici se trouve clairement à l’œuvre une dialectique des causes et des cadres, s’en prenant à la fois à la source d’injustices partagées et aux cadres dominants de l’action politique traditionnelles, à travers le récit d’une alliance effective entre différentes espèces. L’intérêt de cet exemple est de nous montrer que, depuis d’autres cosmologies, l’action politique peut s’envisager comme la réponse de certains humains à ce qui a été perçu comme une initiative non-humaine, une initiative d’une plante qui résiste, qui est aussi une divinité pré-colombienne prenant sa revanche sur les colons.

Pour notre part, nous n’en savons rien : est-ce qu’une plante peut prendre une initiative, et passer une alliance ? La cosmologie humaniste dont nous héritons présuppose qu’il faut une intention pour qu’il y ait initiative, et un contrat pour qu’il y ait alliance. En effet, comment tisser une alliance avec des entités dont on ne peut pas prouver l’intentionnalité ?

Pour répondre, il faut déplacer le problème : en politique l’alliance existe moins sur le mode d’un contrat entre agents rationnels et parlants que sur le mode d’un réseau d’actes, une résonance d’actes les uns par rapport aux autres (14). Une alliance naît lorsqu’un collectif répond par ses actes à des actes portés par d’autres (15). Tisser une alliance politique terrestre, c’est alors moins prêter une intention politique aux acteurs non-humains, que traiter leurs actions (de mise en échec des méthodes de l’agriculture intensive par exemple) comme éléments d’un réseau d’actions qu’il s’agit de faire croître. C’est reconnaître ici que des plantes ayant réussi à survivre en devenant résistantes aux herbicides ont produit une différence dans une situation (16), et que cet événement appelle une réponse par des actes politiques : nous pouvons faire le choix de nous joindre à elles et à leur manière de le faire.

Ainsi nous sommes amenés à laisser des actions non-humaines, non politiques en elles-mêmes, orienter nos actions politiques. L’alliance est bien le contraire de l’instrumentalisation, en rupture avec le rapport de manipulation et d’optimisation des vivants dans le capitalisme industriel : c’est trouver à se laisser guider par l’autre, par la relation, et trouver à se laisser affecter dans ses choix par une dynamique qui n’est pas la sienne, plus que la sienne, dans la constitution d’une ligne de conflit.

Mais le cas de l’amarante résistante n’est pas à prendre comme modèle. Il y a des alliances moins fulgurantes, moins spectaculaires, où ce n’est pas une plante elle-même qui arrive à mettre à mal des projets. Il faut souvent un agencement imprévisible de plusieurs dimensions pour qu’une alliance politique terrestre puisse voir le jour. Pour éclairer ce point, arrêtons-nous sur une initiative que nous avons croisée récemment, le projet Abrakadabois sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Un pari sur les cent prochaines années

Pendant plusieurs décennies, le (désormais enterré) projet d’aéroport aura eu la vertu insoupçonnée de mettre à l’arrêt le développement de l’agriculture intensive dans le bocage. L’absence d’une exploitation effective des terres aura notamment rendu possible le réensauvagement de certaines parcelles forestières de plantations. C’est le début d’une résurgence (le redémarrage de processus vivants reprenant leur propre dynamique) avec laquelle certaines personnes ont envisagé de s’allier.

La dynamique collective Abrakadabois s’est constituée autour de formations pratiques et théoriques en lien avec la forêt, avec des balades et des chantiers sur la zone à défendre. Le groupe s’est posé la question d’une possible alliance des besoins dans une situation de lutte, des besoins des occupants et de ceux de la forêt, même s’ils ne sont pas nécessairement les mêmes. Comment construire en dur, se chauffer de manière autonome, pour occuper pleinement ces lieux de lutte, être moins vulnérable, tout en continuant à laisser vieillir les arbres, et la forêt suivre son cours ? Au-delà de l’usage, comment favoriser la diversité, diversifier les essences d’arbres, faire revenir les oiseaux et les herbes du sol dans une plantation d’Épicéa de Sitka devenue silencieuse et acide ? L’enjeu est aussi devenu celui d’apprendre à ne pas intervenir, à ne pas être partout, et voir ce qui peut advenir. La possibilité d’une alliance vitale s’ouvre lorsqu’on se demande, depuis la question de nos besoins, comment laisser aux autres l’occasion d’exprimer leurs potentiels singuliers, pour nous indiquer les chemins à suivre.

On voit ici que l’alliance politique terrestre soulève aussi la question d’une alliance des temps : la rencontre d’une temporalité longue, celle dont la forêt a besoin pour réparer son milieu, et d’une temporalité plus courte, celle du rythme de la politique, constituée par l’occupation et la résistance au jour le jour. C’est ce nouage des temps qui peut les amener aujourd’hui à oser « un pari sur les cent prochaines années », suivant en cela un ordre de grandeur plus propre aux arbres qu’aux humains. C’est dans cette tension féconde entre alliance vitale et alliance politique qu’on assiste sur la zone à la naissance d’une culture forestière, avec ses nouveaux « us et coutumes », dans un pays et un bocage nantais qui n’est pas forestier à la base.

La démarche autour de l’usage de la forêt se fait en lien et en discussion avec d’autres forestiers (de Longo Maï, du RAF) et avec les naturalistes en lutte présents sur la zone, pour prendre finement en compte la faune et la flore. De cette démarche, il est important de retenir ceci : la portée du geste de « se laisser guider pour mieux habiter » croît à mesure de la mise en résonance des différents regards, pratiques, savoirs : ceux du naturaliste, de l’aspirant forestier, du bûcheron, de l’occupant, de l’amoureux de la forêt.

Et cette résonance des regards change l’expérience de la forêt : en amenant chacun à aller au-delà de son identité particulière, elle multiplie les êtres et les relations à prendre en compte. Leur conviction est que seul le travail collectif rend possible une perception affinée du milieu forestier dans lequel ils se trouvent. C’est bien la qualité d’attention apportée par ce travail qui leur a permis de s’allier au geste de réensauvagement et de réparation initié par la forêt.

Mais cette résonance est aussi une manière directe de s’attaquer à l’une des causes de la dégradation des écosystèmes forestiers en France : la fragmentation des regards, des pratiques, des savoirs et des secteurs de travail, constituant un des problèmes majeurs de la filière bois aujourd’hui (17). Les membres d’Abrakadabois se situent en rupture avec cette logique de fragmentation en cherchant une vision plus globale, allant « de l’arbre à la poutre ». C’est de là, depuis un regard non fragmenté et partisan sur les forêts, que des alliances vitales et politiques ont pu être vues et construites.

Après la victoire contre l’aéroport, une question se pose désormais : comment garder la « gestion » de la forêt de Rohanne, tout en défendant le statut de communs accessible à tous, irréductible à une forme d’appropriation ou de propriété juridique ? Car cette forêt (publique) est convoitée par le Conseil Général qui pourrait la revendre (selon les bruits qui court) au plus offrant. Les membres d’Abrakadabois demandent quant à eux le droit d’usage (puisque ce sont eux qui en ont pris soin, qui l’ont défendu), quitte à obtenir une gestion partagée avec l’ONF. Et c’est ici que pourrait se trouver un improbable retournement de situation : car les orientations de l’ONF sont fortement critiquées par ses propres membres, qui est traversée par un conflit syndical concernant la mise au travail de plus en plus brutale de ces agents et des massifs forestiers (18). Certains en viennent donc à se demander si une alliance politique entre des agents de l’ONF et les membres d’Abrakadabois ne deviendrait pas aujourd’hui possible…

De nouvelles solidarités politiques

Résumons. Dans ces alliances que nous avons rencontrées, ce ne sont plus seulement les humains qui sont capables de produire une différence dans une situation politique, mais bien un certain agencement de puissances, un foyer de relations entre différents acteurs, dont seulement certains sont humains. Autrement dit, il est possible de convoquer des puissances d’agir non-humaines sans le faire au détriment de la politique, selon une action ré-envisagée depuis une capacité de produire un écart dans une situation politique, redistribuée par-delà les humains. Et c’est bien le fait de donner à l’action politique la forme de l’alliance plus qu’humaine qui rend possible, dans le même temps, de cibler les éléments jugés responsables du désastre et de déplacer les cadres dominants de l’expérience.

Dans l’actuel mouvement pour le climat aussi bien que dans les luttes territoriales contre les grands projets inutiles, nous discernons le désir d’une alliance renouvelée entre humains et non-humains, affect qui pourrait aujourd’hui devenir une source majeure de politisation individuelle et collective. Cela suppose l’émergence d’un nouveau sens de la solidarité politique. Pour Val Plumwood, la solidarité est le fait de se tenir avec l’autre dans une relation de soutien actif, sans réduire les altérités en jeu ni reposer sur une identification hâtive, anthropocentrique, des intérêts (19). Les gestes de cette solidarité s’inventent à présent entre différentes espèces, et différents peuples, différentes situations de vulnérabilité dans un monde marqué par le danger d’un emballement des dégradations planétaires et du repli identitaire. Amplifier cette solidarité est à nos yeux une voie qui mérite d’être explorée pour que le futur puisse être autre chose qu’un effondrement programmé.

(1) http://www.guerrillagrafters.org

(2) http://alternativesforestieres.org

(3) https://naturalistesenlutte.wordpress.com

(4) Morizot Baptiste, Les diplomates, Wildproject, 2016 et Tsing Anna, Le champignon de la fin du monde, Les empêcheurs de penser en rond/La découverte, 2017.

(5) La notion de « Capitalocène » a été proposée par différence avec celle d’ « Anthropocène », pour contester la responsabilité de l’humanité en général dans le dérèglement planétaire actuel, et insiste au contraire pour désigner clairement le capitalisme et l’histoire des inégalités comme principal responsable. Voir par exemple Bonneuil Christophe et Fressoz Jean-Baptiste, L’événement Anthropocène, Seuil, 2013.

(6) Malm Andreas, The Progress of this Storm, Verso, 2018.

(7) Le tournant non-humain n’est pas à confondre avec le courant « post-humain », en ce qu’il ne s’appuie pas sur le récit d’un Progrès inévitable allant de l’humain au post-humain ou au trans-humain. Le tournant non-humain insiste au contraire pour dire que l’humain a toujours co-évolué, coexisté ou collaboré avec le non-humain – nous ne sommes humains qu’en relation au non-humain (aux autres êtres vivants notamment). Richard Gursin décrit ce non-human turn dans les sciences sociales et humaines comme un mouvement d’engagement « dans le décentrement de l’humain en faveur d’un tournant vers et d’un concernement pour le non-humain, compris de manières multiples en termes d’animaux, d’affectivités, de corps, de systèmes organiques et géophysiques, de matérialités ou de technologies. ». Voir Gursin Richard, The Non-Human Turn, Minnesota Press, 2015.

(8) Moore Jason, Patel Raj, Comment notre monde est devenu cheap, Flammarion, 2018.

(9) Blaser Mario, « Ontological Conflicts and the Stories of Peoples in Spite of Europe: Toward a Conversation on Political Ontology, » Current Anthropology 54, no. 5 (October 2013).

(10) Rancière Jacques, Le partage du sensible, La Fabrique, 2000.

(11) Myers Natasha « Photosynthesis », Cultural Anthropology, 2016, https://culanth.org/fieldsights/790-photosynthesis

(12) Morizot Baptiste, « Nouvelles alliances avec la terre. Une cohabitation diplomatique avec le vivant », Tracés. Revue de Sciences humaines, 2017. http://journals.openedition.org/traces/7001

(13) Beilin Katarzyna Olga, Suryanarayanan Sainath, « The War between Amaranth and Soy: Interspecies Resistance to Transgenic Soy Agriculture in Argentina », Environmental Humanities, Volume 9, Issue 2. https://read.dukeupress.edu/environmental-humanities/article-standard/9/2/204/133011/The-War-between-Amaranth-and-SoyInterspecies. Nous remercions Baptiste Morizot pour nous avoir indiqué l’existence de cette histoire.

(14) L’expression réseau d’actes est reprise à Gilbert Simondon, voir L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information, Millon, 2013.

(15) Feltham Oliver, Anatomy of Failure, Bloomsbury, 2013.

(16) Ceci est une définition de l’ « agentivité » adaptée de Bruno Latour, qui entend reformuler le cadre de pensée des sciences sociales par-delà l’opposition a priori entre sujet/objet, actif/passif, humain/non-humain, société/nature ( « Toute chose qui vient modifier une situation donnée en y introduisant une différence devient un acteur »). « Outre le fait de ‘déterminer’ et de servir d’ ‘arrière-fond de l’action humaine’, les choses peuvent autoriser, rendre possible, encourager, mettre à portée, permettre, suggérer, influencer, faire obstacle, interdire, et ainsi de suite. La sociologie de l’acteur-réseau n’est pas fondée sur l’affirmation vide de sens selon laquelle les objets agiraient ‘à la place’ des acteurs humains : elle dit seulement qu’aucune science du social ne saurait exister si l’on ne commence pas par examiner avec sérieux la question des entités participant à l’action, même si cela doit nous amener à admettre des éléments que nous appellerons, faute de mieux, des non-humains. », cf. Changer de société, refaire de la sociologie, La découverte, 2006, p. 102-103.

(17) C’est d’abord la fragmentation des secteurs : par exemple, les gestions des eaux et forêts, d’abord réunies ensemble à la création de l’ONF en 1964, ont été séparées à partir de 1966. C’est ensuite la fragmentation du travail, avec des agents en charge de gérer différents éléments du territoire, qui en viennent à être séparés d’une vision d’ensemble : il y a ceux qui vont marquer l’arbre à couper, puis les gens qui vont le couper, puis les gens qui le transformeront, etc. Le problème central reste que les financements de l’ONF sont assurés par… la coupe et la vente de bois ! Ce qui, dans le contexte de coupe budgétaire et de réduction des effectifs qui s’est accéléré depuis 2002, pousse l’agence forestière à demander de couper toujours plus de bois pour pouvoir assurer sa propre mission de gestion des forêts… C’est cette orientation économique de l’ONF, soumise à une logique de productivité et de rentabilité, qui pousse certains agents à se battre (source : communication personnelle avec des agents de l’ONF lors de la Marche pour la forêt. Pour cette dernière, voir note 18 ci-dessous).

(18) L’organisation de la Marche pour la forêt, durant trois semaines, et sur quatre trajets différents, a permis de rassembler les agents de l’ONF et leurs soutiens, afin d’attirer l’attention sur leurs causes et sur la cause des forêts. Ils dénoncent notamment la privatisation en cours de la gestion des forêts publiques et leur transformation en « usine à bois ». Voir le site de la marche : https://marche-pour-la-foret.webnode.fr/pourquoi-cette-marche/

(19) Plumwood Val, Environmental Culture, Routledge, 2001.

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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 09:08

Deux récentes affaires portées devant les tribunaux laissent espérer que le temps de l’impunité touche à sa fin pour les pollueurs et les décideurs publics tentés par le laisser-faire. Tribune de Valérie Cabanes, membre de la fondation Stop écocide, et Marie Toussaint, eurodéputée EELV, cofondatrices de Notre affaire à tous, publiée le 25 février dans Politis. Lire aussi L'Etat est jugé responsable de son inaction climatiqueLes hommes ont conscience de transformer le climat bien avant la révolution industrielle et La justice enjoint l'État de respecter ses engagements climatiques.

Marche pour le climat à Paris le 16 mars 2019 (AFP)

Marche pour le climat à Paris le 16 mars 2019 (AFP)

Les principaux émetteurs de CO2 aussi bien que les autorités publiques doivent réfléchir à deux fois avant de persister à ne pas prendre en compte les réalités écologiques. Les temps changent, et l’impunité et l’irresponsabilité semblent désormais de moins en moins tolérables. Deux décisions de justice rendues en février ouvrent ainsi enfin la voie à l’établissement d’une responsabilité dans le dérèglement climatique et annoncent une révolution bien plus importante.

La première est celle de l’Affaire du siècle. Le 3 février, le tribunal administratif de Paris donnait raison aux quatre associations ayant lancé en décembre 2018 ce recours contre l’État français pour inaction climatique. Notre affaire à tous, Greenpeace France, la Fondation Nicolas-Hulot et Oxfam France, soutenues par de nombreuses personnalités et jusqu’à 2,3 millions de citoyen·nes, faisaient alors condamner l’État pour son inaction climatique et l’irrespect du budget carbone français. Si les juges se sont laissé deux mois pour déterminer s’ils demanderont des mesures de réparation et formuleront des injonctions pour orienter l’action de l’État à l’avenir, ils ont d’ores et déjà établi que le dérèglement climatique constitue un préjudice écologique pour lequel des responsabilités peuvent être établies et réparties. Ils ont aussi défendu le fait que les émissions de CO2 devaient être prises en compte dans la durée : plus précisément, sur cent ans.

La deuxième décision est plus discrète et peut sembler anodine : il n’en est rien. Le 11 février, le tribunal judiciaire de Nanterre a rejeté l’exception d’incompétence soulevée par Total, la firme française la plus pollueuse, dans l’affaire l’opposant à quinze collectivités et quatre associations (Notre affaire à tous, Sherpa, ZEA Océans et Éco Maires) pour manquement à son devoir de vigilance climatique. Comme nombre de firmes pollueuses mises en cause, Total agit de sorte à reporter le procès et à être jugée par des magistrats qu’elle considère comme plus amis de sa cause : ceux du tribunal de commerce. Peine perdue : les juges de Nanterre ont considéré que « la lettre » des dispositions relatives au devoir de vigilance « commande un contrôle judiciaire ».

Récemment renommée TotalEnergies pour appuyer une stratégie supposément vouée à la lutte contre le dérèglement climatique et au déploiement des renouvelables, la firme persiste à investir dans les énergies fossiles et à entraver l’accès à la justice des défenseurs et défenseuses de la planète : elle a annoncé dans la presse faire appel de cette décision. Mais l’espoir semble enfin permis, car la bataille légitime des ONG et des collectivités pour l’intérêt général rencontre l’action des juges pour défendre leurs compétences et l’office qui est le leur : rendre justice au nom de toute une société.

Photo AFP - JULIETTE AVICE Hans Lucas

Photo AFP - JULIETTE AVICE Hans Lucas

Ces deux décisions sont importantes d’abord en ce qu’elles mettent un coup d’arrêt à la fuite en avant des pollueurs et des décideurs publics supposés tout faire pour les empêcher de détruire le vivant. Grandes firmes et États ayant succombé à leurs stratégies d’influence pour permettre et faciliter l’usage des énergies fossiles et la poursuite des émissions de gaz à effet de serre auront désormais des comptes à rendre. Et les stratégies d’évitement judiciaire ne porteront plus aussi aisément leurs fruits que par le passé.

Ces décisions constituent ensuite une promesse et annoncent un mouvement global de montée en puissance de la prise en charge juridique de la protection de l’environnement. L’Affaire du siècle viendra ainsi certainement nourrir la décision des juges vis-à-vis de Total, quand le conflit de juridiction aura enfin pris fin. Car elle a ouvert la voie à l’établissement d’une responsabilité climatique pour tout acteur : public ou privé.

Ces deux décisions sont enfin un signe d’espoir pour la lutte contre d’autres activités nuisibles mais sciemment poursuivies par les grands pollueurs, dont les producteurs de pesticides. En France, l’usage de ces derniers a en effet augmenté de 25 % en dix ans, malgré les engagements pris en 2007 de le réduire de moitié d’ici à 2025 ; la responsabilité des producteurs de pesticides aussi bien que des autorités publiques est à juste titre soulevée.

La fuite en avant des entreprises les plus pollueuses ne peut et ne doit plus durer. En France comme ailleurs, ces firmes sont rattrapées par la détermination de celles et ceux qui demandent justice, et par la justice elle-même. Avant même la reconnaissance de l’écocide, qui viendra, inexorablement, condamner et donc prévenir ces actes de destruction de la planète et de l’avenir, commis et réitérés en toute connaissance de cause.

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3 mars 2021 3 03 /03 /mars /2021 09:26

Du 26 au 28 février, la session finale de La Convention citoyenne pour le climat (CCC) a jugé sévèrement la « prise en compte » de ses propositions par le gouvernement. Le projet de loi climat autant que l’attitude déloyale du Président de la République ont été décriés. D’après AFP, Emilie Torgement pour Le Parisien et Gaspard d’Allens pour Reporterre, le 1er mars 2021. Lire aussi Cent-dix organisations de la société civile appellent à plus d'ambition pour la loi Climat et résilience, L'Etat est jugé responsable de son inaction climatiqueLa Convention Citoyenne pour le Climat passée du « sans filtre » aux cents filtres et Cinquante propositions de la convention citoyenne pour « porter l’espoir d’un nouveau modèle de société ».

Les velléités écologistes de Macron notées 3,3/10 par la Convention citoyenne pour le climat

Thierry Pech, coprésident de la gouvernance de cette expérience de démocratie participative
inédite en France, a conclue de sa voix douce le dernier jour de la dernière session. En tout, dix-sept mois d’investissement et lors de cette ultime rencontre — en visioconférence, Covid oblige — s’exprimait une déception généralisée. Leur ressentiment ne faisait plus aucun doute. Après des mois à subir, plus ou moins en silence, le sabotage de leurs propositions par le gouvernement, les membres de la Convention citoyenne pour le climat ont enfin pu lui répondre. Lors de leur dernière et ultime session, du vendredi 26 février au dimanche 28, le sentiment de trahison était palpable, la colère débordante. Invités à se prononcer sur la manière dont le chef de l’État avait repris ou non leurs mesures, les citoyens lui ont envoyé un verdict aussi cinglant qu’une gifle.

Captation de la vision conférence de la Convention citoyenne pour le climat, le 28 février.

Captation de la vision conférence de la Convention citoyenne pour le climat, le 28 février.

Réunis en visioconférence pendant trois jours, les citoyens ont pris successivement la parole derrière leurs écrans respectifs. L’âpreté du dispositif numérique n’a pas atténué leur détermination. Dès vendredi matin, ils ont commencé à tirer à boulets rouges sur l’exécutif. « Nos mesures ont été transformées en mesurettes », s’est ainsi plainte Brigitte. « On est venu nous chercher pour faire un travail mais finalement, nos avis, ils n’en tiennent pas compte », a regretté Benoît. Thierry, lui, a dénoncé « une fumisterie », « le gouvernement nous a méprisés » . « On a été pigeonné », a ajouté Nicolas. « On s’est servi de nous comme d’un mouchoir de poche », a poursuivi Nadine.

Tous ont en ligne de mire le manque d’ambition du projet de loi Climat qui sera débattu à l’Assemblée nationale en mars. « Il y a tromperie sur le produit et je pèse mes mots », a déclaré Claude. « On est écœuré, c’est riquiqui ce qu’il contient par rapport à ce que l’on avait proposé », a enchaîné Yolande. « Il ne s’agit pas d’être pessimiste ou optimiste mais d’être réaliste », a continué Jean-Pierre. « Je constate le peu d’exigence du gouvernement envers lui-même. Il n’est pas à la hauteur de ses propres objectifs. Son projet de loi trompera sûrement une partie de la population mais il ne trompera pas le climat ».

Manifestation d'humeur des conventionnels le 28 février.

Manifestation d'humeur des conventionnels le 28 février.

Vendredi, les citoyens ont joué au « jeu des 146 différences » en comparant leurs propositions à celles, édulcorées, du gouvernement. Après un examen détaillé de plusieurs heures, ils ont pu constater que toutes les mesures significatives avaient été abandonnées ou revues à la baisse. « Le manque de loyauté » du président de la République a été pointé du doigt. Il avait pourtant promis de transmettre « sans filtre » les propositions des citoyens soit au Parlement soit par référendum.

« Notre travail a accouché d’une souris et on ne peut pas s’en contenter, a estimé Pierre. Tout retard pris sur nos engagements nous précipite vers l’emballement climatique et la fin de l’humanité. C’est criminel. Il n’y a pas de compromis possible ».

Les mesures du gouvernement permettront-elles de réduire de 40 % les émissions ? Note moyenne des réponses : 2,5 sur 10.

Les mesures du gouvernement permettront-elles de réduire de 40 % les émissions ? Note moyenne des réponses : 2,5 sur 10.

« Ce n’est pas une condamnation mais une demande de sursaut »

Dimanche, les citoyens étaient invités à une série de votes pour évaluer précisément comment les mesures de la Convention avaient été prises en compte par le gouvernement. Le scrutin s’est métamorphosé en un vote sanction. Sur les six grands thèmes « consommer », « se nourrir », « se loger », « se déplacer », « produire et travailler », « gouvernance », le gouvernement n’a jamais obtenu la moyenne. Ses notes ont tourné autour de 3/10.

La traduction des objectifs emblématiques de la Convention a été durement jugée : « Limiter les effets néfastes du transport aérien » a obtenu 2,8 de moyenne. Pour rappel, le gouvernement souhaite interdire les vols aériens si une alternative en train existe en moins de deux heures trente. La Convention proposait quatre heures.

Les velléités écologistes de Macron notées 3,3/10 par la Convention citoyenne pour le climat

« L’introduction dans le droit d’un délit d’écocide », largement remanié (et atténué) par l’exécutif a obtenu une note de 2,7/10, la régulation de la publicité 2,6. L’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre sur les autoroutes et les voies rapides 2,5. Dès juin dernier, Emmanuel Macron avait abandonné la proposition phare de la Convention qui voulait limiter la vitesse sur les autoroutes à 110 kilomètres/ heure.

Une vingtaine de citoyens ont systématiquement voté zéro. Ils y ont vu le dernier outil à leur disposition pour enjoindre les parlementaires et le gouvernement à être plus ambitieux. « Ce n’est pas une condamnation mais une demande de sursaut », considère Hubert. Il n’empêche qu’avec ces résultats, le gouvernement est renvoyé à l’image d’un cancre en matière d’écologie. « Il pourra toujours se rattraper à l’oral avec les amendements », s’est amusée Évelyne lors du débat. Après avoir infantilisé les Français tout au long de son quinquennat, Emmanuel Macron a été remis à sa place par de simples citoyens tirés au sort.

Les velléités écologistes de Macron notées 3,3/10 par la Convention citoyenne pour le climat

« Pourquoi on laisse les gros industriels faire la loi ? »

À la question générale : « Quelle est votre appréciation de la prise en compte par le gouvernement des propositions de la Convention citoyenne ? », les citoyens ont encore une fois sorti le stylo rouge et donné une note moyenne de 3,3/10. À la seconde question qui se demandait si les décisions du gouvernement permettaient « de s’approcher de l’objectif de diminution d’au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 », les membres ont répondu plus sévèrement : 2,5/10 seulement.

Au cœur de leurs discours, les membres de la Convention ont aussi insisté sur le travail de sape des lobbies. Ils ont vécu, en accéléré, la violence de la Ve République gangrenée par les groupes d’intérêts. Ils se sont heurtés au plafond de verre de l’oligarchie et en ont fait l’amère expérience. « Le Medef et les cabinets d’audit nous ont planté un coup de poignard dans le dos », a jugé avec le recul Sylvain. « Pourquoi on laisse les gros industriels faire la loi ? s’est demandé Grégory. Moi je suis électricien. Si je fous le feu à votre maison, vous me virez, alors pourquoi on ne fait pas pareil ? C’est gens-là sont des criminels. Ils détruisent notre avenir à tous ».

Les velléités écologistes de Macron notées 3,3/10 par la Convention citoyenne pour le climat

Selon Samyr, la Convention citoyenne devait permettre une nouvelle approche. Mais sa conclusion en demi-teinte est « révélatrice de la crise démocratique ». « Le filtre de l’argent a triomphé », pour Murielle. « C’est un mauvais signal qui risque encore de nourrir la défiance vis-à-vis de la politique », s’est inquiété Mickaël.

À l’avenir, les Conventionnels souhaiteraient reproduire l’expérience mais voudraient que celle-ci soit mieux définie juridiquement pour éviter les déconvenues. D’ici là, ils vantent, tous, la métamorphose individuelle qu’ils ont vécue pendant ces dix-huit mois. « Une expérience riche qui change la vie » : « Je ne sais pas vous, mais moi maintenant je lis des projets de loi au petit déjeuner le dimanche matin », a raconté, souriante, Mélanie. Elle est aussi devenue maire de son petit village dans la Sarthe.

Les velléités écologistes de Macron notées 3,3/10 par la Convention citoyenne pour le climat

La dernière session se finissant, les membres de la Convention ne semblent pas vouloir se quitter. « On est tous devenus des soldats en lutte contre le réchauffement climatique » a expliqué Pierre. Pour Claire, c’est déjà ça. « Aujourd’hui, il y a 150 Français en colère qui sont devenus militants pour le climat. Emmanuel Macron a fabriqué 150 citoyens qui ne vont pas voter pour lui en 2022 ».

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