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22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 09:05

Dans un entretien au « Monde », il explique que cette pandémie doit conduire à une « politique de la Terre » entendue comme une maison commune dont l’usage ne serait plus réservé aux seuls humains. Par Nicolas Truong le 20 mai 2020 sur Le Monde. Lire aussi Propositions pour un retour sur TerreImaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise et Une révolution mentale.

L'échange - Gilbert Garcin (21 juin 1929-17 avril 2020)

L'échange - Gilbert Garcin (21 juin 1929-17 avril 2020)

Anthropologue, spécialiste des Jivaro achuar, en Amazonie équatorienne (Les Lances du crépuscule, Plon, 1994), Philippe Descola est professeur au Collège de France et titulaire de la chaire d’anthropologie de la nature.

Disciple de Claude Lévi-Strauss, médaille d’or du CNRS (en 2012) pour l’ensemble de ses travaux, Philippe Descola développe une anthropologie comparative des rapports entre humains et non-humains qui a révolutionné à la fois le paysage des sciences humaines et la réflexion sur les enjeux écologiques de notre temps, dont témoignent notamment Par-delà nature et culture (Gallimard, 2005) et La Composition des mondes (entretiens avec Pierre Charbonnier, Flammarion, 2014).

En quoi cette pandémie mondiale est-elle un « fait social total », comme disait Marcel Mauss, l’un des fondateurs de l’anthropologie ?

Un fait social total, c’est une institution ou des événements qui mettent en branle une société, qui font apparaître ses ressorts et ses valeurs, qui révèlent sa nature profonde. En ce sens, la pandémie est un réactif qui condense, non pas les singularités d’une société particulière, puisqu’elle est mondiale, mais certains traits du système qui régit le monde actuel, le capitalisme postindustriel. Quels sont-ils ? D’abord, la dégradation et le rétrécissement sans précédent des milieux peu anthropisés du fait de leur exploitation par l’élevage extensif, l’agriculture industrielle, la colonisation interne et l’extraction de minerais et d’énergies fossiles. Cette situation a eu pour effet que des espèces sauvages réservoirs de pathogènes se sont trouvées en contact beaucoup plus intense avec des humains vivant dans des habitats beaucoup plus denses. Or les grandes pandémies sont des zoonoses, des maladies qui se propagent d’espèce en espèce et dont la diffusion est donc en grande partie dépendante des bouleversements écologiques.

Deuxième trait : la persistance criante des inégalités révélée par la situation de crise, à l’intérieur de chaque pays et entre les pays, qui rend ses conséquences très différentes selon la situation sociale et économique dans laquelle on se trouve. La pandémie permet de vérifier ce constat fait par l’anthropologue David Graeber que plus un emploi est utile à la société, moins il est payé et considéré. On découvre soudain l’importance cruciale des gens dont nous dépendons pour nous soigner, nous nourrir, nous débarrasser de nos ordures, et qui sont les premiers exposés à la maladie.

Troisième trait : la rapidité de la propagation de la pandémie. Que des maladies infectieuses fassent le tour de la Terre n’a rien de nouveau ; c’est que celle-ci le fasse si rapidement qui attire l’attention sur la forme présente de la mondialisation, laquelle paraît entièrement régie par la main invisible du marché, c’est-à-dire la règle du profit le plus rapide possible. Ce qui saute aux yeux, notamment avec les pénuries de masques, de tests ou de molécules thérapeutiques, c’est une division internationale de la production fondée sur deux omissions : celle du coût écologique du transport des marchandises et celle de la nécessité, pour faire société, d’une division locale du travail dans laquelle tous les savoir-faire sont représentés.

Cette crise est-elle due à la dévastation de la planète ou bien faut-il au contraire considérer que les épidémies font, depuis les âges qui ont précédé l’anthropocène, partie de l’histoire et que l’homme doit ainsi faire preuve d’humilité ?

En tant qu’américaniste, je suis douloureusement conscient du prix que les populations amérindiennes ont payé du fait de leur rencontre avec les maladies infectieuses apportées par les colonisateurs européens : entre le XVIe et le XVIIIsiècle, dans certaines régions, c’est 90 % de la population qui disparaît. Les épidémies nous accompagnent depuis les débuts de l’hominisation. Simplement, le développement de l’Etat-providence à partir de l’Europe depuis la fin du XIXsiècle a eu tendance à faire oublier à ceux qui en bénéficient que l’aléa et l’incertitude continuent d’être des composantes fondamentales de nos destins collectifs.

Pourquoi le capitalisme moderne est-il selon vous devenu une sorte de « virus du monde » ? Tout est-il la faute du capitalisme, alors que ces pandémies ne semblent pas être sans lien avec les marchés d’animaux vivants et la médecine traditionnelle chinoise ?

Un virus est un parasite qui se réplique aux dépens de son hôte, parfois jusqu’à le tuer. C’est ce que le capitalisme fait avec la Terre depuis les débuts de la révolution industrielle, pendant longtemps sans le savoir. Maintenant, nous le savons, mais nous semblons avoir peur du remède, que nous connaissons aussi, à savoir un bouleversement de nos modes de vie. Sans doute les marchés traditionnels chinois contribuent-ils à la disparition du pangolin ou du rhinocéros. Mais les réseaux de contrebande d’espèces protégées qui les alimentent fonctionnent selon une logique parfaitement capitaliste. Pour ne rien dire du capitalisme sauvage des compagnies forestières chinoises ou malaises opérant en Indonésie, la main dans la main avec les plantations de palmiers à huile et les industries agroalimentaires.

Ceux qui n’opèrent pas selon ce modèle, ce sont les populations autochtones de Bornéo (et de bien d’autres régions du monde), qui défendent leurs territoires contre la déforestation. Le capitalisme est né en Europe, mais il n’est pas définissable ethniquement. Et il continue de se propager comme une épidémie, sauf qu’il ne tue pas directement ceux qui le pratiquent, mais les conditions de vie à long terme de tous les habitants de la Terre. Nous sommes devenus des virus pour la planète.

Cette crise n’est-elle pas l’occasion de concevoir autrement les rapports entre la culture et la nature, entre les humains et les non-humains ? Ou bien ne serait-on pas au contraire tenté d’accroître la distance entre « eux » et « nous » en raison des zoonoses ?

Au tournant du XVIIsiècle a commencé à se mettre en place en Europe une vision des choses que j’appelle « naturaliste », fondée sur l’idée que les humains vivent dans un monde séparé de celui des non-humains. Sous le nom de nature, ce monde séparé pouvait devenir objet d’enquête scientifique, ressource illimitée, réservoir de symboles. Cette révolution mentale est l’une des sources de l’exploitation effrénée de la nature par le capitalisme industriel en même temps que du développement sans précédent des connaissances scientifiques.

Mais elle nous a fait oublier que la chaîne de la vie est formée de maillons interdépendants, dont certains ne sont pas vivants, et que nous ne pouvons pas nous abstraire du monde à notre guise. Le « nous » n’a donc guère de sens si l’on songe que le microbiote de chacun d’entre « nous » est composé de milliers de milliards d’« eux », ou que le CO2 que j’émets aujourd’hui affectera encore le climat dans mille ans. Les virus, les micro-organismes, les espèces animales et végétales que nous avons modifiées au fil des millénaires sont nos commensaux dans le banquet parfois tragique de la vie. Il est absurde de penser que l’on pourrait en prendre congé pour vivre dans une bulle.

Les peuples autochtones de l’Amazonie se ferment, se dispersent et se replient afin de faire face à l’épidémie. Devons-nous également nous abriter derrière nos frontières et nos nations ? Est-ce la fin, non seulement de la mondialisation, mais aussi d’un certain cosmopolitisme ?

Si l’on parle d’une cosmopolitique au sens du sociologue Ulrich Beck, à savoir la conscience acquise par une grande partie de l’humanité qu’elle partage une destinée commune parce qu’elle est exposée aux mêmes risques, alors on voit bien qu’il est illusoire de fermer les frontières. On ralentira peut-être la propagation du Covid-19, mais on n’empêchera pas une autre zoonose d’éclore ailleurs. Surtout, on n’arrêtera pas le nuage de Tchernobyl ou la montée des mers. Et si certains Amérindiens d’Amazonie ont la possibilité d’empêcher des humains de pénétrer sur leurs territoires, parce qu’ils sont vecteurs de maladie ou chercheurs d’or, ils sont en revanche beaucoup plus accueillants pour les non-humains dont ils sont familiers. Et c’est en ce sens-là que le mot « cosmopolitique » pourrait prendre toute sa portée. Non comme un prolongement du projet kantien de formuler les règles universelles au moyen desquelles les humains, où qu’ils soient, pourraient mener une vie civilisée et pacifique. Mais au sens littéral, comme une politique du cosmos.

Une politique de la Terre entendue comme une maison commune dont l’usage n’est plus réservé aux seuls humains. Cela implique une révolution de la pensée politique de même ampleur que celle réalisée par la philosophie des Lumières puis par les penseurs du socialisme. On en voit des signes avant-coureurs.

Dans plusieurs pays on a donné une personnalité juridique à des milieux de vie (des montagnes, des bassins-versants, des terroirs), capables de faire valoir leurs intérêts propres par le biais de mandataires dont le bien-être dépend de celui de leur mandant. Dans plusieurs pays aussi, y compris en France, des petits collectifs ont fait sécession par rapport au mouvement continu d’appropriation de la nature et des biens communs qui caractérise le développement de l’Europe, puis du monde, depuis la fin du XVIsiècle. Ils mettent l’accent sur la solidarité entre espèces, l’identification à un milieu, le souci des autres et l’équilibre des rythmes de la vie plutôt que sur la compétition, l’appropriation privée et l’exploitation maximale des promesses de la Terre. C’est un véritable cosmopolitisme, de plein exercice.

Assiste-t-on à un tournant anthropologique de la pensée française avec l’éclosion d’une génération notamment formée par Bruno Latour et vous-même qui ne sépare plus de manière radicale les humains et les non-humains ?

On peut appeler ça un tournant anthropologique si l’on veut, à condition d’ajouter que, paradoxalement, c’est une anthropologie qui est devenue moins anthropocentrique, car elle a cessé de ravaler les non-humains à une fonction d’entourage et de réduire leurs propriétés aux aspirations et aux codes que les humains projettent sur eux. L’un des moyens pour ce faire fut d’introduire les non-humains comme des acteurs de plein droit sur la scène des analyses sociologiques en les faisant sortir de leur rôle habituel de poupées qu’un habile ventriloque manipule.

C’est un exercice qui va à rebours de plusieurs siècles d’exceptionnalisme humaniste au cours desquels nos modes de pensée ont rendu incongru que des machines, des montagnes ou des microbes puissent devenir autoréférentiels. Il a fallu pour cela traiter le non-humain comme un « fait social total » justement, c’est-à-dire le transformer en une sorte de planète autour de laquelle gravitent de multiples satellites. J’ai appelé ça l’anthropologie de la nature.

On parle beaucoup du « monde d’après », au risque de ne pas penser le présent. Que serait-il possible et important de changer le plus rapidement ?

On peut toujours rêver. Alors, en vrac : instauration d’un revenu de base ; développement des conventions citoyennes tirées au sort ; impôt écologique universel proportionnel à l’empreinte carbone ; taxation des coûts écologiques de production et de transport des biens et services ; développement de l’attribution de la personnalité juridique à des milieux de vie, etc.

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21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 11:09

La crise sanitaire actuelle nous montre les limites du système capitaliste, productiviste et individualiste, basé sur l’exploitation infinie des ressources. Elle exacerbe également les violences du système patriarcal : exploitation du travail invisible des femmes, exclusion des minorisé·e·s de genre, marginalisation des précaires. C’est pourquoi nous trouvons urgent de construire un après-Covid19 nourri des pensées et actions écoféministes, en croisant les luttes et une critique radicale de la structure oppressive de la société dans le but de nous en libérer tous·tes. Par un large collectif d'intellectuelles et militantes le 19 mai 2020 sur Mediapart. Lire aussi « Il n’y a que des migrants sur Terre... » et Violences sexuelles, violence à la Terre, une même culture.

Le visionnaire - Gilbert Garcin (21 juin 1929-17 avril 2020)

Le visionnaire - Gilbert Garcin (21 juin 1929-17 avril 2020)

Nous vivons de façon évidente une crise écologique : l’articulation entre la propagation du virus, la mondialisation et la destruction de notre écosystème a été maintes fois mise en exergue ces derniers temps. Les actions humaines ont modifié le climat et gravement dégradé les écosystèmes naturels, terrestres et marins, rendant la terre inhabitable pour un grand nombre d'espèces. Pendant ce temps-là, le nombre de réfugié·e·s climatiques est sans cesse en augmentation, les pauvres s’appauvrissent, des femmes sont exploitées et violentées, des communautés minoritaires sont prises pour cible.

Pourtant, dans les nombreuses réflexions sur « l’après-Covid19 », on constate l’absence de l’écoféminisme et la difficulté des courants féministes français à s’emparer de la question écologique. Or depuis les années 70, les écoféminismes sont à la convergence de l’action écologique et des luttes féministes. En Amérique Latine, en Afrique ou en Inde, des mouvements lient défense des terres et des groupes minorisés de genre, de classe ou de race depuis longtemps ; ils montrent qu’une critique décoloniale est indispensable dans la construction d’une société nouvelle. Ils sont une source d’inspiration propice à la reconstruction de nouveaux modèles sociétaux.

Face au virus, ce sont majoritairement les femmes qui sont exposées : aides-soignantes, infirmières, caissières, couturières, femmes de ménage, auxiliaires de vie. La crise remet au centre la question du care désignant l’ensemble des activités de soin de l’autre, vitales et pourtant continuellement dévalorisées, invisibles, faiblement rémunérées, assignées à des femmes bien souvent racisées. Comme l’explique Christiane Taubira, « ce qui fait tenir la société, c’est d’abord une bande de femmes », tandis que des hommes en télétravail cherchent à retrouver le chemin de la croissance à tout prix dans les conseils d’administration des grosses entreprises.

Alors ce fameux « monde d’après », qui galvanise tant d’imaginaires, se dessinera-t-il avec les femmes ? Avec les minorisé·e·s, les LGBTQI+, les sans-papiers, les migrant·e·s ? C’est maintenant que l’écoféminisme a un rôle à jouer, une place à prendre et que ses voix doivent être entendues.

L’écoféminisme est un mouvement politique et philosophique hétérogène qui établit une corrélation entre la destruction des écosystèmes par le capitalisme et l’oppression des femmes par le patriarcat. Ses courants sont nombreux (spiritualistes, décoloniaux, vegans, matérialistes...) mais tous encouragent la construction de mondes qui ne détruiraient ni les humain·e·s, ni les natures au sein desquelles ils·elles vivent. Pour cela, sortons de cette opposition entre nature et culture qui relègue les femmes, mais aussi les personnes racisé·e·s, les queers, les personnes en situation de handicap, et bien d’autres du côté de la « nature » – justifiant leur exploitation de la même façon que les sols, les plantes ou les océans.

Les écoféminismes nous invitent à croiser les luttes, à intégrer nos émotions face aux catastrophes qui ne vont cesser de croître : le désarroi d’un·e parent·e qui voit ses enfants avaler des pesticides à la cantine, l’impuissance des paysan·nes qui assistent à la construction d’un projet d’enfouissement nucléaire à côté de chez elles·eux, le désespoir d’une personne trans privée d’un emploi dans la fonction publique à cause de son genre. Les écoféminismes sont présents là où des minorités entrent en lutte contre une logique patriarcale, guerrière, qui exploite le vivant : des mouvements de femmes en lutte contre l’implantation de Monsanto en Argentine, contre la déforestation en Inde, contre l’extraction du charbon en Afrique du Sud, contre le nucléaire comme aux États-Unis dans les années 80 avec la Women’s Pentagon Action ou plus récemment à Bure, en France. Nous devons repenser entièrement la division sexuée mais aussi racialisée du travail.

Pour cela, des projets de terres écoféministes, des chantiers en mixité choisie, des communautés, des cercles de paroles, des conférences, des week-ends se mettent en place depuis longtemps partout dans le monde et depuis peu en France, mais aussi en Belgique et en Suisse. Nous demandons des fonds pour la recherche écoféministe et la construction de projets écoféministes dans des espaces divers, qui vont des zones rurales aux centres-villes, sans oublier les quartiers populaires, pour un écoféminisme pluriel et connecté à nos différentes réalités sociales et raciales.

Être écoféministe, ce n’est pas seulement pratiquer le tri sélectif, le DIY ou devenir végétarien·ne, c’est aussi lutter contre l’asservissement des femmes, des minorisé·e·s et du vivant. C’est une critique radicale de la structure oppressive de la société dans le but de nous en libérer tous·tes.

Les mouvements écoféministes se nourrissent de la création artistique, de la désobéissance civile, des luttes pour la terre, des traditions anarchistes, des mouvements de gouvernance partagée où l’on s’extrait de la hiérarchie : ils inventent une nouvelle façon d’exister et de faire de la politique ensemble. Nous sommes convaincu·e·s que c’est précisément ce dont nous avons besoin aujourd’hui.

Par Selma Muzet et Marie Bécue, avec les précieux conseils de nos co-signataires, en particulier ceux de Myriam Bahaffou et Catherine Larrère. 
Signataires :

Catherine Larrère, Philosophe, spécialiste en philosophie de l'environnement
Marie Toussaint, Eurodéputée écologiste, co-fondatrice de Notre Affaire à Tous
Clotilde Bato, Présidente de Notre Affaire à Tous
Jules Falquet, Sociologue et féministe
Lamya Essemlali, Présidente France de Sea Shepherd
Pascale d'Erm, Auteure de Sœur en écologie et de Natura
Valérie Cabanes, Juriste internationaliste, auteure de Homo Natura, en harmonie avec le vivant
Jeanne Burgart Goutal, Philosophe, enseignante et autrice d'Être écoféministe
Myriam Bahaffou, Chercheuse en philosophie et études de genre et militante écoféministe
Pablo Servigne, Auteur
Charlotte Marchandise, Femme politique, adjointe à la maire de Rennes, autrice
Gauthier Chapelle, Ingénieur agronome et docteur en biologie, auteur
Geneviève Azam, Économiste et essayiste
Élodie Nace, Militante climat
Agnès Sinaï, Journaliste, fondatrice de l’Institut Momentum, enseignante à Sciences Po
Lisa Azuelos, Réalisatrice
Flora Magnan, Co-fondatrice de RiseFor
Annie Lahmer, Conseillère Régionale EELV
Solène Ducretot, Co-fondatrice du collectif Les Engraineuses
Arthur Keller, Expert des risques systémiques et des stratégies de résilience
Mathilde Julié Viot, Militante féministe cofondatrice de Chair Collaboratrice
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15 mai 2020 5 15 /05 /mai /2020 09:33

Près de la moitié de la métropole, avec 41 départements situés pour l’essentiel dans l’Est, apparaît à risque, ainsi que les Antilles, selon une nouvelle carte de prévisions. D’après Le Parisien et Martine Valo pour Le Monde le 14 mai 2020. Lire aussi La croissance végétale en panne sèche au XXIe siècle, Sécheresse, surexploitation : le monde a soif et Catastrophes climatiques cotées en Bourse.

Le lit asséché de la Loire à Montjean-sur-Loire à la fin de l’été dernier, le 20 septembre 2019. AFP/Jean-François Monnier

Le lit asséché de la Loire à Montjean-sur-Loire à la fin de l’été dernier, le 20 septembre 2019. AFP/Jean-François Monnier

Alors que le climat s’emballe, que les températures moyennes de l’année 2019 ont été les plus élevées jamais enregistrées en Europe, le gouvernement a fait réaliser pour la première fois une carte des départements qui semblent les plus à risque face à la sécheresse estivale. Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat à la transition écologique et solidaire, devait présenter, lors d’un conseil national de l’eau, jeudi 14 mai, ce travail de projection qui repose sur des prévisions météorologiques de températures et de précipitations, des relevés de débit des cours d’eau, de niveau des nappes souterraines, de barrages réservoirs, et tient compte aussi de l’épaisseur du manteau neigeux.

« Cette carte est vraiment inédite, souligne Emmanuelle Wargon. Jusqu’à présent, les acteurs de l’eau se réunissaient pour dresser le bilan après des périodes de pénurie, alors que désormais l’idée est d’anticiper, de mieux se préparer. Il faut changer de culture : nous devons assumer de ne plus envisager les épisodes de sécheresse comme exceptionnels, mais comme une situation appelée à devenir récurrente. En 2019, 88 départements ont connu des arrêtés préfectoraux limitant les usages de l’eau. Nous devons en tirer des enseignements », insiste-t-elle.

Plutôt chauds et plutôt secs : même en restant prudentes, les prévisions de Météo-France pour les trois mois à venir sont simples à résumer. Elles pourraient passer pour l’annonce d’un bel été, mais élus, agriculteurs comme citadins savent bien, pour l’avoir déjà expérimenté dans nombre de régions, qu’elles pourraient engendrer des restrictions et des tensions dues au manque d’eau.

La moitié de la métropole à risque

Cette année, près de la moitié de la métropole apparaît à risque : 41 départements pourraient connaître des épisodes d’une sécheresse qui devrait aussi toucher les Antilles. Comme en 2018 et en 2019, c’est l’est du territoire qui est le plus susceptible de manquer d’eau : Grand-Est, Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes, le couloir rhodanien, le nord-est de la Nouvelle-Aquitaine…

Fin avril, un mois particulièrement sec et chaud, le principal syndicat agricole, la FNSEA, réclamait déjà des mesures d’urgence et donc plus de souplesse dans le versement des aides européennes. Depuis, les sols ont retrouvé quelque humidité : il a plu, « par endroits, au moins deux fois plus que la moyenne d’un mois de mai entier », souligne Michèle Blanchard, spécialisée dans la veille hydroclimatique à Météo-France : « Les prévisions comportent moins d’incertitudes pour les températures que pour la sécheresse. Nous estimons qu’elles seront probablement supérieures à la normale sur l’ensemble de l’Europe – c’est systématiquement le cas avec le changement climatique –, la normale correspond actuellement pour nous aux moyennes de la période 1981-2010. »

Voilà qui promet quelques sueurs froides pour l’alimentation de certaines villes. « Dans la Creuse, par exemple, Guéret et La Souterraine ne sont pas passées loin de l’approvisionnement en camion-citerne, se souvient la secrétaire d’Etat. L’un des retours d’expérience de 2019 est qu’il faut non seulement s’attaquer au problème des fuites d’eau importantes dans les réseaux anciens, mais surtout accélérer les réalisations d’interconnexion entre les réseaux au sein d’intercommunalités ou d’un département, afin de réduire les risques de se retrouver avec un seul captage d’eau à sec. »

N’est-il pas un peu tard pour entreprendre ce genre de travaux ? « Pendant le confinement, beaucoup de chantiers se sont arrêtés – les travaux publics étaient à un taux d’activité de 10 %. Je demande clairement aux élus de relancer les projets déjà votés et budgétés, en respectant évidemment les mesures de sécurité sanitaire, répond-elle. Et les agences de l’eau doivent aussi être prêtes à aider le financement des travaux urgents de connexion. D’autant que, compte tenu du déroulement des dernières élections, les nouveaux conseils municipaux ne sont pas installés. »

Malédiction

Mme Wargon dit avoir évoqué en début de semaine cette question d’infrastructure avec les présidents des comités des six bassins-versants français, dont certains font déjà part de leur mobilisation vigilante. Ainsi Claude Gaillard, à la tête du bassin Rhin-Meuse, s’inquiète car la nappe du sud de l’Alsace fait partie de celles qui se sont le moins bien remplies ces derniers mois. Une vraie malédiction, car, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), la France a, dans l’ensemble, bénéficié de pluies « efficaces et précoces » durant l’automne-hiver 2019-2020, qui se sont traduites par une recharge souterraine « nettement supérieure à la moyenne », et même « des niveaux particulièrement hauts » par endroits, écrit le BRGM dans son bulletin du 13 mai. A quelques notables exceptions près, dans le sud de la France notamment.

« Les pluies de mai peuvent encore avoir un effet sur les petits volumes très réactifs, pas sur les plus importants, dont les niveaux ont commencé à baisser avec l’évapotranspiration des plantes. Un phénomène normal au printemps, commente Laurence Gourcy, hydrogéologue au BRGM. Il faut aussi prendre en compte l’enneigement, qui n’a pas été mauvais cet hiver dans les Alpes. Cependant, le tableau reste négatif pour le Grand-Est, le Massif central, la Bourgogne, le bassin de la Loire amont, qui manquent de précipitations depuis 2017… » Or, de ces eaux souterraines qui alimentent forages et rivières en surface dépend la sérénité des relations entre usagers de l’eau à la saison chaude…

« Mieux partager la ressource, c’est le rôle des projets territoriaux de gestion de l’eau qui doivent être négociés, conclut Mme Wargon. Cela consiste à dire : on n’est pas contre du stockage pour les agriculteurs, mais pas au détriment de l’environnement. Donc, en réalité, ce sont les préfets qui gèrent les crises plus que les agences et les comités de bassin, qui, eux, sont dans l’anticipation. Je m’apprête à signer une instruction aux préfets pour leur dire comment aborder la saison qui arrive, avec la nécessité de mener des travaux, mais aussi de protéger les milieux et la biodiversité. Pour que plus de mesures de fond égalent moins de tensions. »

Les défenseurs de la nature jugeront sur pièce, eux qui mettent souvent en cause l’arbitrage des pouvoirs publics dans les contentieux qui se multiplient autour de la ressource hydrique. Dernier exemple en date, France Nature Environnement (FNE) Languedoc-Roussillon se félicitait, le 7 mai, de sa victoire contre l’ancienne préfète des Pyrénées-Orientales, Josiane Chevalier. Cette dernière avait, en 2015, favorisé la cause des irrigants qui prélèvent l’eau du bassin du Tech en fixant « un débit minimum biologique » de seulement 260 litres par seconde (l/s), soit beaucoup moins que le seuil de 650 l/s minimum, établi à l’issue d’une étude consciencieusement menée… par les services de l’Etat. Après le tribunal administratif de Montpellier, la cour administrative d’appel de Marseille vient à son tour de donner raison à l’association FNE.

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8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 12:23

Planet of the Humans (« Planète des humains ») déboulonne le mythe des énergies vertes, et montre que « la seule énergie propre, c’est de consommer moins d’énergie ». Un docu­men­taire proposé par le site partage-le.com disponible gratuitement en ligne, en version sous-titrée en français du film docu­men­taire dont Michael Moore est le produc­teur exécu­tif, Ozzie Zehner un copro­duc­teur, et Jeff Gibs copro­duc­teur et réali­sa­teur.

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8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 09:07

Ce texte pour contribuer aux réflexions en cours a été publié sur Mediapart le 1er mai, signé par des personnes de tous horizons et de très nombreux territoires surtout non franciliens. Il s’inscrit dans l’esprit unitaire de l’Appel « Plus jamais ça », signé par 18 responsables de syndicats, d’ONG, d’associations. Vous pouvez signer ce texte en ligne sur https://framaforms.org/ensemble-tout-est-possible-soyons-responsables-1588181014. Lire aussi Plus jamais ça ! Construisons ensemble le jour d’après.

L'examen de conscience - Gilbert Garcin (1929 - 17 avril 2020)

L'examen de conscience - Gilbert Garcin (1929 - 17 avril 2020)

Disons la vérité : Le monde entier savait qu’une pandémie interviendrait un jour ou l’autre. Combien d’alertes en cinquante ans ! Mais les chercheur.e.s ont été négligé.e.s, et leurs travaux non financés, alors que s’imposait une intense circulation planétaire, un capitalisme productiviste destructeur sur le plan écologique et social. Les politiques d’austérité ont mis à mal les systèmes publics de santé. Cette crise sanitaire a été engendrée par ce mode de production. Elle a été accélérée et aggravée par les politiques de la classe dirigeante. Et cela vaut partout, tant en Europe que dans le reste du monde.

Aujourd’hui doivent s’imposer les exigences de sécurité de l’ensemble de la population, des personnes qui travaillent (matériel de protection, droit de retrait et salaires garantis, refus de faire travailler des secteurs économiques non essentiels). De toute urgence, pour les plus pauvres, des millions au sud de l’Italie, dans tous les pays des Balkans et d’Europe centrale, les Etats et la Banque Centrale européenne doivent prendre des  mesures concrètes pour garantir le droit à la vie de tous les sans droits et les précaires (sans papier, sans toit, sans emploi…). De même ils doivent s’engager à coopérer avec l’Afrique et les pays du Sud pour la santé, l’agriculture et le climat. Ces mesures ne justifieront pas une austérité future, déjà annoncée par les ministres de l’économie et du budget.

Depuis des années nous subissons une dérive sécuritaire (lois et jurisprudence) et une répression policière contre les mouvements sociaux, écologistes et, à bas bruit, avec constance et combien de violences contre les jeunes des quartiers populaires. Les nécessaires mesures de sécurité sanitaire qui s’inscrivent dans ce contexte dégradé ne doivent pas renforcer une logique autoritaire pérennisée, avec des mesures gouvernementales qui menacent durablement l’état de droit, les libertés et les droits fondamentaux mais aussi la démocratie. Les mesures face au Covid-19 doivent viser à éliminer ce virus et aussi à rétablir une culture de la prévention, par les formes de sortie du confinement. Nous refusons d’être mis devant le fait accompli d’une relance anti sociale, anti écologique et liberticide. Notre but est d’agir, en France et en Europe pour que s’établissent des conditions de vie libre.

Pour que demain ne soit pas la reprise d’hier et d’avant-hier, que faut-il changer ?

Les drames et les souffrances de cette épidémie auraient pu, en grande partie, être évités.

* Combien de ministres, de Présidents, de gouvernements et de majorités parlementaires ont de lourdes responsabilités dans la dégradation des hôpitaux, des maisons de retraites, de la recherche, dans la dépendance à certaines productions étrangères essentielles. Des enquêtes doivent permettre aux citoyennes et citoyens de les juger démocratiquement et décider de leur avenir politique.

* Loin de favoriser les recherches, ces dirigeants les ont désorganisées, privatisées, ont coupé les budgets. Au lieu de faire jouer des complémentarités mondiales…, ils ont fait la course aux profits en délocalisant et en détruisant les formations et emplois de qualité pour des biens utiles : c’est la concurrence, qu’ils appellent « libre et non faussée », qui en fait exploite la main d’œuvre et les ressources naturelles plus durement à l’échelle mondiale en lieu et place des coopérations d’intérêt général.

* Pendant des années et des années, les personnels de santé, les usagers ont lutté. Ils n’ont pas été écoutés et les gouvernements successifs ont fait l’inverse ; ils ont imposé gestion libérale, privatisations, partenariats public-privé, diminution drastique des moyens matériels, des lits, des postes, des moyens de formation, des équipements en matériels, avec aussi la fermeture et la désorganisation de lieux de soins de proximité (cliniques, hôpitaux publics, centres de santé, dispensaires, EHPAD …). Pour ne plus subir cette situation, il faut instaurer les changements dans les budgets (revalorisation des salaires et embauches de personnel dans les hôpitaux et aussi les EHPAD, réouverture de lits d’hospitalisation…) ; et surtout, à la place  des ARS d’autres formes de direction et de fonctionnement dans les hôpitaux et les services… Les personnels doivent avoir un contrôle et un pouvoir d’intervention pour une autre politique de santé. Imposons de nouvelles règles pour une médecine rétribuée non plus au nombre d’actes mais pour l’activité dans des centres de santé publics.

* Afin de donner des garanties aux usagers, qu’ils disposent d’un lieu d’expertise et d’information, la création d’un service public démocratique du médicament et d’une santé environnementale, de la prévention est indispensable ; en France, en Europe et dans des règles internationales. S’impose mondialement l’expropriation des groupes pharmaceutiques.

* La crise sanitaire révèle, aux yeux de tous, la nécessaire priorité aux reconquêtes et au développement de services publics, à la reconquête de la Sécurité Sociale et la création massive d'emplois socialement et écologiquement utiles ; la relocalisation concertée et la reconversion de l'économie, pour des échanges écologiquement et socialement responsables partout dans le monde ; le soutien à une agriculture de proximité, paysanne et bio en lien avec les citoyen-ne-s.

* Le redéploiement des services publics, à rétablir et restaurer, est inséparable d’un pouvoir de contrôle des salarié.e.s et des usagers. Nous devons garantir à toutes et à tous  un accès égal à des services de qualité et de proximité pour  supprimer les inégalités territoriales. Le sous-équipement des « quartiers populaires », défavorisés, est intolérable depuis trop longtemps. Cette situation est due à un recul de l’État dans son rôle de régulation et de correction des inégalités socio-territoriales. Le droit au logement, notamment par le logement social et la mixité sociale et fonctionnelle des quartiers, doit s’appuyer sur la préemption des terrains libérés afin de contrecarrer les appétits privés, la spéculation immobilière et aussi sur une politique de réquisition des logements vides. De même s’impose une gestion des transports tournée vers la réponse à l’impératif écologique et l’égalité sociale. Abandonnés ou ignorés nombre de territoires ruraux vivent la destruction du lien social.

* Après des décennies d’austérité, une diminution importante du temps et de l’intensité du travail est urgente, sans perte de salaire, ainsi qu’une relance de l’embauche selon les besoins. À l’opposé des politiques de destruction des droits sociaux, il faut un code du travail digne du XXIème siècle, développer les institutions représentatives du personnel (IRP), renforcer l’inspection du travail, rétablir et développer les moyens de contrôle des CHSCT, les prud’hommes… Il faut retirer les contre réformes sur les retraites, la scandaleuse remise en cause des droits des chômeurs et les « lois travail ».   Les précaires, les ubérisés, les jeunes de 18 à 25 ans, les « bénéficiaires » des minima sociaux, les étudiant.e.s, les bas salaires, et beaucoup sont des femmes, doivent avoir un salaire, un statut et un revenu leur permettant de vivre décemment (60% du revenu médian), avec l'accès assuré aux biens de première nécessité : alimentation, eau, énergie, logement, culture, mobilité... Pour tous les salarié.e.s, ainsi que les chômeurs, retraité.e.s, étudiant.e.s  des revalorisations de salaires, de pensions et d’allocations sont indispensables pour tous ceux et toutes celles actuellement en-dessous de 5 fois le SMIC. Le statut de la fonction publique, nécessaire aux usagers comme aux personnels, doit être défendu et amélioré.

* La réouverture des entreprises utiles devra être imposée, pour assurer la pérennité des emplois et des savoir-faire et non des dividendes. Y compris sous forme de SCOP et de SCIC, dès que les travailleuses et travailleurs le souhaitent : que les fonds publics viennent en aide ! Les collectivités, l'État doivent être des facilitateurs de ces démarches coopératives. Si des aides publiques s’avéraient indispensables au maintien des emplois et de savoirs faire d’utilité sociale; elles devront être conditionnées, contrôlées et s’adresser en priorité aux TPE-PME. La reconversion de l'industrie automobile, du nucléaire, des secteurs d'énergie fossile, de l’agrobusiness…implique des choix humains antiproductivistes qui rompent avec les logiques mortifères de profit sans contraintes des multinationales et des grandes banques, afin de s’appuyer sur des pratiques alternatives et de développer une coopération écologique et sociale à partir des territoires, sur toute la planète.

Tout cela est possible

L’axe stratégique doit être la satisfaction des besoins fondamentaux de la population et de la préservation du vivant, non pas des actionnaires. Il est temps de repenser l’économie comme outil pertinent au service du bien-être et du vivre ensemble, de la solidarité et de la sobriété.

Par une autre utilisation des richesses de ce pays, de nos voisins européens et bien au-delà. Les richesses sont là mais doivent être utilisées autrement. Nous avons besoin d'une nouvelle Europe politique, citoyenne, écologiste et solidaire : des « forums » de salarié.e.s, associations, syndicalistes, d’élus et de forces politiques… traceront un autre avenir, d’autres politiques. C’est le moment aussi de reconnaître les droits des migrant.e.s, des « exilé.e.s », des résident.e.s extra-communautaires, de  régulariser tou.te.s les sans-papiers ; et les traiter tout-es dignement. Cela devra sûrement aboutir à un nouveau Traité pour une nouvelle Europe, une construction institutionnelle en rupture  avec les marchés financiers, les multinationales et les lobbies économiques. Immédiatement s’imposent, non pas le déversement de milliards d’euros pour sauver le capital, mais  la récupération des évasions fiscales, des impôts conséquents sur les dividendes, des emprunts forcés, l’annulation des contrats illégitimes du type « public-privé ». L’injection de fonds par la Banque Centrale européenne, la nationalisation et la socialisation des banques doivent les mettre au service des biens communs et des productions utiles. Cela passe par un contrôle démocratique (syndicats, usagers, élu.e.s, associations…) fixant leurs activités et missions de services publics en faveur de l’emploi  et de la transition écologique.  

En France par exemple, un contrôle démocratique doit organiser les activités de la Banque Publique d’investissements et de la Caisse des dépôts ; des socialisations de secteurs stratégiques sont nécessaires, et doivent donner lieu à des débats publics, pour organiser la transition écologique et satisfaire l’accès aux besoins fondamentaux de la population.  De façon emblématique, l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) doit être rétabli et le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), même transformé,  doit être supprimé.

La Sécurité Sociale – ses 4 branches - doit se développer comme bien commun, gérée démocratiquement, remplir pleinement son objectif « chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins » : vers le 100 % Sécu, prise en charge de la perte d’autonomie incluse dans le cadre de la branche maladie de la Sécurité sociale, maintien et amélioration de l’ensemble des retraites…

Les mobilisations citoyennes, associatives, syndicales, féministes, paysannes, environnementales et climatiques peuvent et doivent ouvrir un nouveau chemin d'alternative : les lois d’urgence liberticides doivent être abolies,  les institutions doivent changer, les formes de démocratie active sont à l’ordre du jour.  La citoyenneté pleine et entière (citoyenneté de résidence) doit être reconnue pour toutes et tous.

Nous voulons un autre monde !

Avec le confinement, l’auto-organisation sociale s’est développée à travers l’entraide, la coopération, la mutualisation des pratiques, la relocalisation des activités, le recyclage des objets, des épiceries sociales…Les demandes pour  un changement des productions, une démarchandisation, la gratuité des transports en commun et pour des services publics avec des tarifications solidaires, des premiers accès gratuits à l’énergie  se manifestent avec force…  

Depuis des années s’affirment des approches nouvelles, celles des biens communs, de la révolution féministe, celles d’une priorité écologique et de droits sociaux et humains… En France même s’est exprimée la volonté de la démocratisation radicale de la démocratie. Mettons en mouvement les exigences de débats et décisions (RIC), portées par les gilets jaunes : des assemblées populaires pour exprimer les demandes sociales et veiller à la mise en œuvre des lois.

Il est urgent de relier ces transformations des attentes politiques avec celles exprimées dans beaucoup de pays.

- Le FMI, la Banque Mondiale et l’Organisation Mondiale du Commerce doivent répondre des politiques qui ont mené le monde à la catastrophe écologique, économique et sociale. Toutes ces institutions agissent dans l'intérêt d’un système de surconsommation et de gaspillage pendant que d'autres crèvent de misère et de faim. Il faut arrêter le pillage des ressources naturelles dans l'intérêt des multinationales (déforestation, accaparement des terres, brevetage du vivant, destruction des cultures vivrières au nom de l’agro-business). 

 - Nous voulons l’annulation des dettes illégitimes, publiques et privées, une étape dans la redéfinition d’un nouveau système économique.

- Les absurdes dépenses militaires de 2000 milliards par an et les opérations militaires imputables aux Etats, doivent cesser et ces moyens reconvertis dans des politiques de coopération et de protection des peuples. Nous voulons la paix, le désarmement.

- Une Assemblée générale extraordinaire des Nations Unies, ne se limitant pas aux représentants des États, doit être convoquée pour organiser  l’effectivité de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et pour élaborer une déclaration des droits des peuples, qui donnera une force politique aux conclusions des COP (climat, biodiversité, pollutions…). Elle doit donner à l’OMS les moyens de son indépendance par rapport aux États et pour faire disparaître la pénurie des médicaments en organisant une sécurité de production, coordonnée par grandes zones géographiques. Elle doit réaffirmer dans des règles le principe de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) : « le travail n’est pas une marchandise ». Les conventions de l’OIT doivent être respectées par tous les États. Les Pactes sur les migrations doivent assurer l’égalité des droits et la liberté de circuler quel que soit le pays de naissance.

En proposant une alternative au productivisme et au capitalisme nous portons une responsabilité avec les mobilisations sociales, les soulèvements populaires de ces dernières années et la génération climat. Face à la démesure productiviste, nous devons regrouper les forces permettant de développer un mouvement altermondialiste qui rassemblera les mobilisations et pèsera sur les divers gouvernements pour la nécessaire rupture écologique, démocratique, sociale et géopolitique.

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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 09:48

Du fait de l'arrêt des cantines qui permettaient de nourrir les enfants à des tarifs accessibles, de la fermeture des épiceries sociales et des distributions alimentaires, et de la fin des petits boulots qui permettaient de boucler les fins de mois, beaucoup de ménages se retrouvent aujourd'hui dans la précarité. Pour faire face à cette urgence sociale, les propositions du gouvernement (la dernière en date : une prime de 200 euros pour les jeunes précaires) sont très insuffisantes, et sans commune mesure avec les moyens déployés pour soutenir les entreprises. Nous publions donc aujourd'hui les propositions d'EELV pour faire face à l'urgence sociale : 5 priorités, 21 mesures, parce que la solidarité est notre priorité. Parues le 6 mai 2020 sur https://eelv.fr/repondre-a-urgence-sociale/. Lire aussi Plus jamais ça ! Construisons ensemble le jour d’après.

Répondre à l’urgence sociale : 5 priorités, 21 mesures dès maintenant

Les deux mois de confinement ont été plus particulièrement difficiles pour les plus fragiles d’entre nous : familles pauvres ne disposant plus de cantine, habitant.e.s des bidonvilles, travailleuses et travailleurs ou étudiant.e.s précaires, intermittent.e.s du spectacle, chômeuses.eurs en fin de droits…

Le versement d’une aide exceptionnelle par le gouvernement le 15 avril aux foyers aux revenus les plus modestes était, comme l’a souligné le collectif “Alerte-exclusion”, un premier pas, insuffisant, et ne touchant pas l’ensemble des personnes en situation de précarité. Alors que le gouvernement est capable de mobiliser des milliards d’euros pour sauver, à juste titre, des entreprises françaises, il consacre à peine 900 millions d’euros pour 4,1 millions de foyers. 

Dans ses annonces mardi 28 avril Edouard Philippe n’a proposé aucune mesure spécifique ou supplémentaire pour les plus pauvres d’entre-nous ou pour celles et ceux qui pourraient, du fait de la crise, le devenir. Celles et ceux qui ont des difficultés aujourd’hui à payer leurs loyers. Celles et ceux dont les enfants n’ont pu bénéficier pendant deux mois d’une cantine scolaire à tarif accessible. Celles et ceux pour qui la difficulté d’accès aux soins en temps normal, accentue la vulnérabilité. Celles et ceux que le chômage récent plonge dans la précarité. A croire que la seule réponse du gouvernement à la pauvreté est le retour d’une hypothétique croissance, alors même que l’urgence sociale est là, et que la responsabilité des pouvoirs publics est d’y répondre sans délai.

Dans les territoires d’Outre-mer, dans certains quartiers de métropole, pour beaucoup de familles, c’est l’accès même à l’alimentation qui fait défaut et si les communes, les associations, les voisin.e.s ne prenaient pas en charge cette urgence humanitaire, ce serait peut-être des émeutes  qui seraient à craindre, en France, en 2020.

Des mesures durables pour réduire les inégalités sociales doivent figurer dans les plans d’après Covid et des mesures d’urgence et de réparation doivent être prises aujourd’hui. C’est la demande solennelle que nous adressons au président de la République et à son gouvernement.

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6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 16:54

Alors qu’a été publié le 5 mai Le temps est venu : l’appel de Nicolas Hulot pour poser les premières pierres d’un nouveau monde, alors que le comédien Vincent Lindon a confié à Mediapart une longue réflexion lue face caméra chez lui, je vous propose de lire les Propositions pour un retour sur terre, par Dominique Bourg, Philippe Desbrosses, Gauthier Chapelle, Johann Chapoutot, Xavier Ricard-Lanata, Pablo Servigne et Sophie Swaton, publiées le 15 avril 2020 sur le site La pensée écologique., propositions dont il a été beaucoup question dans le débat La crise sanitaire annonce-t-elle l'effondrement de nos sociétés ?. Lire aussi Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise.

une œuvre de Peter Hill Beard (January 22, 1938 - March/April 2020)

une œuvre de Peter Hill Beard (January 22, 1938 - March/April 2020)

Changer, maintenant

La pandémie du Covid-19, et plus précisément la façon dont un grand nombre de pays tentent d’y répondre, peuvent nous permettre d’analyser la donne plus générale qui nous échoit. L’enjeu est une véritable bascule de civilisation avec un socle commun, consensuel, à partir duquel l’adversité démocratique – le jeu majorité et opposition – peut à nouveau se déployer et s’exprimer. Quel est ce socle commun ? De quelle bascule s’agit-il ?

La pandémie : une conséquence de notre rapport au vivant

Ce que tout le monde pensait impossible, un arrêt partiel des économies, s’est imposé à la quasi-totalité des nations sur Terre. Face à une pandémie, qui plus est débouchant sur une mort horrible, par étouffement, sans tests en masse, ni remèdes, ni connaissance assurée de toutes les voies de transmission du virus, ni vaccin, il n’est d’autre moyen d’en éviter la diffusion qu’un confinement quasi général des populations. Même les plus récalcitrants, les Trump et autres Johnson, ont dû s’y résoudre. La nature a eu ainsi raison de nos économies et de notre folie consumériste ordinaire.

Parler de nature n’est pas ici qu’une clause de style. Le coronavirus nous a sévèrement rappelés à notre vulnérabilité, à savoir à notre animalité, en nous ramenant toutes et tous à notre condition humaine biologique. Nature encore parce que cette crise est d’origine écologique. Il s’agit avec le coronavirus d’une de ces zoonoses qui se multiplient depuis quelques décennies parce que nous détruisons des écosystèmes, et partant l’habitat de certaines espèces qui du coup se rapprochent de nos propres habitats ; et parce que détruisant la biodiversité sauvage comme la diversité génétique des espèces domestiques, nous déstabilisons les équilibres entre populations et facilitons la circulation des pathogènes. Nous avons en outre superbement ignoré l’importance du « cortège biotique » qui nous accompagne et qui nous relie aux cortèges biotiques des autres, des animaux et des plantes (bactéries commensales, acariens, parasites et symbioses).

A quoi s’ajoutent aussi les effets du dérèglement climatique favorisant l’expansion des maladies infectieuses vectorielles comme le Chikungunya ou le virus Zika. Le Covid-19 avait pour hôte, et sans pathologie aucune pour lui, une espèce de chauve-souris contrainte de se rapprocher de nous ; et le virus nous a atteints, mais en produisant alors des ravages, via probablement une espèce intermédiaire, le pangolin, apprécié par la pharmacopée chinoise pour ses écailles (et donc gravement menacée). C’est donc la nature, et plus exactement les effets de notre action sur elle, notre destructivité, qui nous ont imposé une radicalité qui détermine la nature de nos réponses, elles aussi radicales.

Le dérèglement climatique : toujours notre rapport au vivant

Or, c’est une situation analogue à laquelle l’ensemble des dégradations du système Terre, changement climatique en tête, nous confronte désormais. Ces dégradations ont atteint un degré inouï et rien ne semble annoncer quelque décrue. Nombre de pays ont même désigné à leur tête des chefs d’État qui ont en commun un déni des questions écologiques, de Trump à Bolsonaro en passant par Modi, Xi Jinping, Poutine, etc. Sur le plan de l’action, le déni est quasi-universel. Effondrement du vivant, pollutions au plastique, destruction des sols, entrée dans le dur des dérèglements climatiques, etc., la litanie est connue. Prenons toutefois appui sur le climat, car il peut donner le tempo.

La température moyenne au sol sur Terre est de 1,1°C supérieure à ce qu’elle était dans la seconde moitié du 19e siècle et, selon l’un des grands modèles au monde, celui de l’IPSL (Institut Pierre-Simon-Laplace, Paris), elle devrait atteindre les 2°C dès 2040, en raison des émissions déjà émises pour l’essentiel. C’est énorme.

Rappelons qu’avec une augmentation de plus de 1°C, nous connaissons désormais des cyclones qui flirtent quasi systématiquement avec le plafond de la catégorie 5, des inondations hors normes et des méga-feux, des pics de chaleurs jamais atteints et des méga-sécheresses. Les récoltes australiennes de riz et de sorgho à l’issue de l’été austral ont par exemple diminué de 66 %. Avec +2°C, certaines régions de la zone intertropicale pourraient déjà connaître plusieurs jours par an où l’accumulation chaleur et humidité saturerait nos capacités de régulation thermique : nous ne serions plus en mesure, sans refuge dans un endroit plus frais au bout de 7 à 8 minutes, de réguler et de maintenir la température de notre corps à 37°, et ainsi d’échapper à la mort. Avec une élévation de la température de 3,5 à 4 degrés, cet état de choses durerait des semaines et s’étendrait même au-delà des tropiques. L’enjeu n’est donc autre que le maintien de l’habitabilité de la Terre pour l’espèce humaine et les autres espèces.

Au-delà de l’arrêt brutal, organiser le ralentissement général

Et il en va de cette situation comme du Covid-19, elle relève de la donne physique que nous avons produite et appelle un changement non moins radical : à savoir une redescente brutale, dans la décennie, avec effort immédiat, de notre destructivité ainsi que des émissions mondiales de gaz à effet de serre, qui devraient être réduites de moitié au moins, pour atteindre a minima la neutralité carbone au milieu du siècle.

En d’autres termes, à la place d’un retour fulgurant à la croissance, il conviendrait de décélérer brutalement — et à long terme — nos consommations d’énergie, et indirectement nos consommations tout court. La pandémie nous a montré qu’un court ralentissement global était possible, mais l’effort de ralentissement qui suivra sera bien plus difficile qu’un arrêt momentané des activités. Il devra être structurel.

Ensuite de quoi il conviendrait de construire une vitesse de croisière économique compatible avec le rythme de la biosphère, c’est-à-dire une consommation globale inférieure à une planète. Pourquoi inférieure ? Pour se donner une marge de régénération des écosystèmes et des agroécosystèmes que nous aurons détruits. C’est une décélération significative, qui nous obligera à vivre définitivement sans croissance économique globale. Il s’agit bien d’une bascule de civilisation.

Ainsi, bien au-delà de ce que nous a montré l’arrêt de l’économie pendant le Covid-19, nous n’aurions d’autre choix que de changer profondément les modes de vie, ce qui implique évidemment une restructuration totale de l’appareil de production.

Une restructuration totale, un tournant de civilisation

Nous devrons métamorphoser les modes de vie des pays les plus riches, dont le nôtre, tout simplement parce que les causes des destructions du système-Terre ne sont autres que nos niveaux de consommation de ressources énergétiques, minérales, halieutiques, de surfaces, d’eau, de biomasse, etc. Un seul exemple, les 10 % les plus riches de la population mondiale émettent la moitié des gaz à effet de serre, alors que la moitié la plus pauvre de la population n’émet que 10 % de ces mêmes gaz.

C’est donc une association nouvelle de modes de vie et de techniques, probablement pour l’essentiel en “basse technologies” (low-tech), vers laquelle il conviendrait de s’orienter. Ce qui appellerait une profonde transformation de l’appareil de production, tournée plus vers les infrastructures (moins de virtuel), avec très peu de petits objets, mutualisés, modulables, recyclables, et à portée de réparation pour tous, en évitant les objets sophistiqués et riches en matériaux et en énergie.

C’est aussi tout notre urbanisme qu’il convient de revoir pour rendre les villes habitables durant la saison chaude, qui dépasse désormais largement l’été : avec des trottoirs et des chaussées, notamment, végétalisés, pour ne citer que ces exemples…

Avec la modernité, nous avions cherché à nous arracher à la « vallée des larmes » de la misère. Nous nous sommes donnés comme dessein de toujours produire plus. Contrairement au souhait formulé par John Stuart Mill au 19e siècle, nous ne sommes pas parvenus à trouver quelque optimum. Nous avons poursuivi jusqu’à l’absurde la quête de richesses matérielles et qui plus est depuis une quarantaine d’années avec une explosion des inégalités en termes de répartition de la richesse sur Terre et au sein de chaque nation, en dépit de l’arrachement des classes moyennes des pays émergents à la misère. Nous sommes désormais menacés d’un retour à la « vallée des larmes », sous la forme d’un désert brûlant.

Le consensus moderne s’était construit autour de la nécessaire production de richesses et leur nécessaire partage ; on s’écharpait sur les moyens optimaux de production et sur les critères de redistribution de la richesse produite.

Aujourd’hui, il s’agit de nous entendre sur la nécessaire décrue de la production et sur son partage, c’est-à-dire sur le nécessaire resserrement des écarts de richesses. Au sein de ce cadre, la matière à adversité démocratique ne manquerait pas : nous pourrons nous différencier quant au degré de resserrement opportun des inégalités sociales autant qu’au sujet du niveau de décrue de la production et des types de production à privilégier ou non.

Rappelons qu’à terme, en cette matière, il n’y a pas d’intérêts divergents : continuer sur la tendance actuelle c’est aboutir à une planète inhabitable pour l’ensemble des espèces vivantes.

Le risque létal d’un “retour à la normale”

Bien des manières d’aborder en ce moment l’après ne sont guère rassurantes, et rappellent les suites de la crise économique de 2008-2009. La tentation est forte, en effet, de revenir à la situation d’avant, mais en pire. A l’hôpital, on maintient bille en tête les « restructurations » en vue de « l’optimisation de l’offre de soins publique » – entendez les suppressions de centaines de postes et de lits -, que ce soit dans le Grand Est (!) mais aussi dans le nord de Paris, déjà sous-doté. Des économistes orthodoxes font à nouveau entendre leur petite musique : il va falloir « relancer la machine », « tout miser sur la croissance », faire passer l’économie avant l’écologie. Du côté de la puissance publique, on entend déjà que les « réformes structurelles » et une « austérité » redoublées sont plus que jamais nécessaires pour « éponger la dette ».

Ce sont souvent les mêmes qui, de plateaux d’experts en tribunes de presse, de chaînes d’information en « téléphone sonne », préviennent contre les méfaits certains d’une « écologie punitive ».

A ces « réalistes » auto-proclamés, dont le « réel » est d’une abstraction inédite dans l’histoire de l’humanité, car il se compose d’indicateurs, de spreads, de nanosecondes et de pures spéculations (pas celles des philosophes, hélas, celles des traders), il faut rappeler quelques faits bien établis, dont tout le monde, à l’occasion de cette catastrophe sanitaire, a pu faire l’expérience parfois douloureuse.

De la même manière qu’il a fallu deux étés caniculaires éprouvants pour que, dans leur chair, nos contemporains saisissent ce que veut dire le dérèglement climatique, nous avons vu et ressenti les effets désastreux et irrationnels de la « RGPP » (Révision générale des politiques publiques) et autres dispositifs du « new public management » néolibéral qui mise tout sur le « flux » au détriment du « stock » : c’est parce qu’il n’y avait pas de « stocks » de tests, de masques et de gel qu’il a fallu confiner tout un pays. Pour économiser des millions d’euros dans un univers stable, qui mutile l’État-providence en pariant que tout ira bien, ce sont des centaines de milliards que nous brûlons parce que le monde a ses imprévus et que le « flux tendu » gestionnaire ou logistique ne tolère pas le moindre incident.

A ceux qui, face à la fermeté des mesures à prendre pour « lisser la courbe » – cette fois-ci, la courbe climatique – seraient tentés de crier à « l’écologie punitive », rappelons que la punition est déjà là : mort de masse par contamination, confinement général, arrêt brutal de l’économie, dilapidation de milliers de milliards d’euros. Ajoutez à cela l’attaque en règle contre les libertés et droits fondamentaux. Qui, dans ces conditions-là, peut encore parler d’écologie punitive sans sombrer dans le ridicule ?

Souvenez-vous, les renoncements nécessaires pour atténuer les effets du dérèglement général de la planète étaient inacceptables, nous disait-on : baisser notre consommation folle, couper dans les dépenses somptuaires, cesser de fabriquer des objets inutiles, des 4×4 rutilants et vrombissants, des vols en avion… On nous disait que la croissance n’était pas négociable. Erreur, elle l’était.

Quand on voit les sacrifices et les renoncements auxquels (presque) tout le monde se plie pendant le confinement, on se dit que tout était déjà possible. Faut-il rappeler que 48 000 personnes meurent par an en France de la pollution atmosphérique, 15 000 des effets du chômage, et que la canicule de 2003 a fait 19 000 morts ?

Retourner à la situation d’avant, “relancer la machine” à l’identique, indiquerait non seulement que nous n’avons pas tiré de leçon des catastrophes, mais surtout que nous décidons de faire mourir toutes ces personnes. C’est bien évidemment inacceptable.

Les propositions qui suivent ont pour but de contribuer aux changements structurels de nos institutions démocratiques et économiques.

Une vision et un programme

L’objectif global est l’adoption consensuelle d’un nouveau cap de civilisation, dont les grandes lignes sont :

  • ECONOMIE : Produire moins de biens (sobriété), et mieux (efficacité), pour que nos économies s’insèrent dans le cadre des limites planétaires et deviennent régénératives plutôt que destructives ; resserrer les écarts de revenus.

  • ETAT : refonder la représentation, enrichir les procédures démocratiques, protéger les biens publics et les biens communs ; redonner du sens au service du public.

Il y a bien sûr différentes interprétations possibles de ces objectifs et des mesures précises qui peuvent contribuer à les atteindre. Libre à d’autres, dans un esprit d’alternance démocratique, de proposer d’autres interprétations et mesures de mise en œuvre.

Nous avons choisi de proposer des mesures, très centrées sur l’État. Ce n’est évidemment pas incompatible avec une démarche de participation populaire (et toutes les initiatives de la société civile allant dans le même sens), que nous encourageons par ailleurs. Mais nous soulignons que même ces processus démocratiques “venant du bas”, doivent reposer sur des garanties de l’État. Par les mesures qui suivent, nous nous donnons des instruments puissants pour réellement changer les choses.

Certaines des réformes que nous proposons pourraient être, autant que faire se peut, immédiates, d’autres exigent au contraire du temps, par exemple la réorganisation du commerce international et la démondialisation, d’autres enfin appellent une mise en œuvre dynamique et progressive comme le plafonnement des consommations et le resserrement des inégalités.

A. Vers une économie « réelle » au service des biens communs (18 mesures)

Les dégradations du système Terre sont le résultat du substrat énergétique et matériel de nos modes de vies actuels et de la manière dont ceux-ci envahissent les territoires les plus divers et reculés. Les propositions ci-dessous visent à réduire le potentiel destructeur de nos activités et des modes de vie dont elles sont solidaires. Elles visent également à concilier cet objectif avec une amélioration qualitative du bien-être et la justice sociale, qui repose sur la reconnaissance de l’égale dignité de tous les êtres humains. Toutes ces considérations nous imposent de transformer nos modes de vie en adoptant des instruments qui permettent de mesurer l’effet destructeur de nos modes de vie et de le borner, comme l’Empreinte Écologique et les quotas de consommation individuelle.

Mesure 1 – Pour ce faire, nous aurons besoin d’indicateurs robustes quant aux conséquences écologiques et énergétiques des niveaux de production, et quant à leurs incidences en termes de bien-être humain. On peut constater en Europe une timide percée de ce discours même au sein de la droite classique.

Mesure 2 – Relocalisation maximale de l’activité via un protectionnisme coordonné et coopératif au niveau international. Cette relocalisation permettrait de contrôler plus efficacement les flux de matière et d’énergie à l’échelle d’un territoire ; et d’évaluer leur impact sur les écosystèmes. L’objectif est ici de parvenir à terme à une empreinte écologique inférieure à 1 planète (objectif partiel de 1,5 d’ici à 10 ans), tant il est nécessaire de stimuler les capacités de régénérescence des écosystèmes. Il existe dans la littérature internationale un indicateur mixte combinant Empreinte Écologique et Limites Planétaires, qu’il conviendrait d’adopter à l’échelle de chaque territoire. Ce qui importe avant tout, c’est d’engager une dynamique de resserrement progressif de l’empreinte écologique. Doivent être relocalisés en premier les secteurs essentiels à la vie de la nation comme l’alimentation, les fournitures relatives au secteur médical et de santé, l’énergie, l’électronique et le web (nécessairement à l’échelle européenne) et évidemment la défense.

Mesure 3 – Modification du droit des sociétés : l’objet social doit préciser la contribution au bien commun. Les entreprises seraient soumises au resserrement de l’Empreinte Écologique et adopteraient une comptabilité tenant compte de l’empreinte écologique et de la dynamique écologique globale des écosystèmes. Les entreprises adopteraient pour cela une comptabilité à trois capitaux : actifs classiques, capital social et capital naturel, les trois n’étant pas fongibles (aucune compensation ne serait possible, même pondérée). Cette démarche, associée à la nécessaire transformation de la gouvernance des entreprises (de manière à la rendre plus démocratique) revient à généraliser les principes de l’ESS de transformation écologique à toutes les entreprises et tous les secteurs d’activité (internationalisation des externalités négatives, participation et autonomie). Il faut aussi changer les règles de l’entreprise sur la transparence des actionnaires, que l’on sache, publiquement, qui finance quoi. Pierre Samuel le proposait déjà en 1970.

Mesure 4 – Comptabilité en matière/énergie et instauration de quotas d’énergie/matière par individu (variable en fonction de la situation géographique et de la part « contrainte » des dépenses). Il s’agirait de plafonner démocratiquement, de façon progressive, les consommations d’énergie / matière (et notamment les consommations d’énergie fossile, émettrices de CO2). De tels plafonnements pourraient être mis en place non seulement pour les achats directs d’énergie, mais pour tous les produits (chaque produit serait marqué d’un “prix” en énergie / matière, et chaque achat serait reporté sur un compte personnel). Le quota serait calculé par bio-région, selon la formule suivante : empreinte écologique = 1/nombre d’habitants de la bio-région. Ces plafonnements s’accompagneraient de péréquations de façon à garantir à tous les Français des conditions de vie équitables : les régions moins bien dotées pourraient recevoir des “transferts de quotas” provenant des régions les mieux dotées, en respectant à terme une empreinte écologique globale inférieure ou égale à 1. Sans de tels plafonnements, absolus et non négociables, il est impossible de faire baisser les émissions sur un territoire donné, autrement qu’en laissant le marché déterminer le prix des consommations “hors quota” (c’est le principe des “marchés de quotas”, par exemple de la “carte carbone” conçue par les Britanniques avant la crise de 2008, les riches pouvant racheter aux pauvres leurs quotas), ce qui reviendrait à marginaliser une grande partie de la population et à accroître les inégalités sociales. Il n’y a jamais avec de tels quotas qu’un mode de gestion séculaire, celui des communs, toujours assortis, comme l’a montré Elinor Ostrom, de règles d’usage rigoureuses. Et rappelons-le, nous concernant, nous sommes déjà en situation de surpâturage climatique et biologique.

Mesure 5 – Généralisés à toutes les consommations, les quotas énergie/matière reviennent à relativiser le signal prix. Le signal prix devient relatif dans une économie qui tend vers un plafonnement généralisé, dont les plafonds décroissent progressivement pour atteindre les objectifs démocratiquement fixés : la consommation des biens rares n’est plus réglée par leur prix, elle est plafonnée “a priori”, et obéit à un principe d’équité (les quotas sont fixés en tenant compte des “consommations contraintes” de chacun). Les écarts de consommation (entre riches et pauvres) se portent sur les services purs ou les objets patrimoniaux. Toutefois les services deviennent eux aussi plus rares (la productivité des activités de service pur ne progresse pas ou très peu : les quantités sont donc “données” par le niveau de la Population Économiquement Active (PEA), elles sont constantes à court terme). On pourrait craindre que les services deviennent plus coûteux en raison de leur relative rareté, et qu’ils ne soient accessibles qu’aux plus riches. Mais il convient de rappeler ici que les écarts de revenus et de patrimoine étant par ailleurs démocratiquement bornés, les disparités concernant les quantités consommées le seraient aussi.

Mesure 6 – Dette publique : nous proposons que l’État français cesse de payer les intérêts de la dette publique cumulés depuis 1974, date à laquelle on a mis fin au privilège de la Banque de France de battre monnaie : c’est l’essentiel (70%) de la dette française qui serait purement et simplement effacé. L’indépendance de la Banque Centrale et le recours au marché obligataire pour le refinancement des États avaient pour dessein d’empêcher ces derniers d’exercer leur prérogative de création monétaire, en la déléguant à des entités indépendantes. Cette décision apparaît, avec le recul, d’autant plus injustifiée que les banques centrales indépendantes (la BCE ou la FED par exemple) ont récemment adopté (ou envisagent de le faire) des instruments de politique monétaire “non orthodoxes” (Quantitative Easing ou “Helicopter Money for People”), les exacts équivalents de la “planche à billet” que les orthodoxes reprochaient aux États de faire tourner à la moindre difficulté. Nous n’ignorons pas qu’une telle mesure pourra pénaliser les épargnants qui détiennent des obligations d’État, mais considérons qu’elle est conforme à l’intérêt du plus grand nombre, actuellement obligé de s’acquitter d’un impôt pour assurer le paiement des intérêts illégitimes de la dette publique.

Mesure 7 – Nous proposons de restituer à l’État les instruments de pilotage monétaire et financier, indispensables à la réorientation des flux d’investissement et à la relocalisation des consommations et des productions. Il s’agirait en premier lieu de   mettre fin à l’indépendance des banques centrales. Cette mesure revient à restituer à l’État l’instrument de pilotage public de la monnaie et des services financiers. Elle s’accompagnerait de la nationalisation totale ou partielle du secteur bancaire (ce dernier est nationalisé de fait depuis la crise de 2008, dans la mesure où l’État s’est porté garant, en dernier ressort et sans limitation de montant, non seulement des dépôts des épargnants, mais plus généralement des dettes contractées par les banques françaises).

Mesure 8 – Nous n’ignorons pas la résistance de certains gouvernements européens à de telles idées. La France engagerait des négociations avec ses partenaires pour les convaincre de l’impérieuse nécessité d’une telle politique. Dans l’hypothèse où elle n’obtiendrait pas gain de cause, elle pourrait décider de recouvrer sa souveraineté monétaire : elle plaiderait alors pour conserver l’Euro sous la forme d’une monnaie commune et non plus “unique”, suivant la proposition jadis formulée par la Grèce. La France adopterait dans ce cas une politique monétaire reposant sur le pluralisme monétaire et la reconnaissance des monnaies locales et complémentaires (fondantes, dédiées, vectorielles, etc.), répondant à l’objectif de viabilité écologique et sociale des productions et consommations (empreinte écologique inférieure ou égale à 1 et encadrement des inégalités de revenus et de patrimoine).

Mesure 9 – Mise en place d’un Revenu de Transition Écologique. Le RTE se destine à des personnes physiques, en contrepartie d’activités orientées vers l’écologie et le lien social ; la rémunération de ces activités (par exemple : agroécologie, permaculture, artisanat, low-tech) par le marché est souvent bien inférieure à leur valeur réelle. Le RTE comprend un volet monétaire et un volet accompagnement dans le cadre d’une coopérative de transition écologique (CTE). Une CTE a trois fonctions principales : financière avec le versement d’un revenu conditionné ; d’outillage des porteurs de projet en termes de formation et d’accompagnement, pour franchir progressivement les étapes de la transition ; de mutualisation des coûts, des pratiques et des connaissances au sein du groupe ainsi constitué. Les personnes et les initiatives déjà actives ou émergentes dans la transition gagnent ainsi en visibilité, et serviront de levier pour changer d’échelle et redynamiser les territoires. L’intérêt majeur du RTE est de s’appuyer sur des personnes, des réseaux et des structures déjà existantes, dont il constitue la pierre angulaire à travers la mise en œuvre d’une CTE. Celle-ci peut prendre différentes formes juridiques : une société collective d’intérêt collectif (SCIC) intègre des structures démocratiques diverses, dont des coopératives d’activité et d’emplois (CAE), des entreprises locales, des collectivités. La première CTE a été créée en 2019 dans la commune de Grande-Synthe avec la volonté de contribuer directement aux politiques territoriales de transitions (agricole et alimentaire ; transition énergétique ; mobilité ; économie circulaire etc.). La prochaine CTE est en cours de création dans le département de l’Aude. Les territoires en expérimentation sont eux-mêmes en réseau. Ainsi, le RTE a vocation à construire un nouveau modèle économique, écologique et social, grâce à un processus bottom-up.

Mesure 10 – Forcément, par voie de conséquence, encadrement des écarts de revenus (salaires, revenus du capital) serait à établir, à l’intérieur d’une fourchette dont l’amplitude est à définir de manière démocratique et par voie de référendum. De même que le revenu de transition écologique comble la distance entre le revenu jugé “minimal” et la rémunération réelle par le marché, le revenu maximal est le produit d’une décision démocratique qui interdit la “sur-rémunération” par le marché, dès lors que celle-ci introduit des écarts de revenus que la société juge néfastes. La même logique prévaut dans un cas comme dans l’autre : la borne inférieure et supérieure des revenus est déterminée démocratiquement. Les mérites des uns et des autres ne sont pas méconnus pour autant : la société dispose d’une grande palette d’instruments pour les reconnaître à leur juste valeur (charges et honneurs de toutes sortes sont une juste rétribution, non monétaire, de ces mérites et vertus).

Mesure 11 – Fiscalité écologique et sociale (exonération de la TVA et modulation de l’impôt sur le revenu en fonction du bilan “énergie / matière” des consommations). Cette fiscalité vise à inciter les consommateurs à adopter des comportements de consommation “vertueux” et accompagne la mise en place des quotas évoqués aux points 3 et 4. Si l’on fixe un quota élevé dans un premier temps, un système de modulation du taux d’imposition en fonction du bilan énergie/matière des consommations peut amener vers plus de sobriété. Cette solution est intéressante tant que le plafond est assez élevé et permet d’encourager les consommateurs à réduire leurs consommations “non vertueuses”, qui s’ajusteront d’elles-mêmes au plafond “cible”, progressivement rabaissé.

Mesure 12 – Agriculture : vers une “agroécologie décarbonée” (sans énergies fossiles). Il est urgent de mettre en place un modèle agricole à très haute productivité par unité de surface et à faible productivité par unité de travail. Une telle agriculture exigera de mobiliser à terme entre 15 et 30 % de la PEA, d’abandonner presque entièrement la motorisation à énergie fossile et d’avoir massivement recours à l’énergie musculaire (animale ou humaine). Cela implique également d’imposer un phasage de l’utilisation des pesticides de synthèse (néfastes pour toute la biodiversité) et les engrais de synthèse, autre poste important de l’utilisation/dépendance des combustibles fossiles en agriculture.

Imposer la sortie de cet ancien modèle est aussi une façon de se projeter dans le nouveau, celui qui permettra de faire de l’agriculture le premier secteur économique fixateur de carbone, comme le demandent les scénarios du GIEC que tous les pays ont admis avec la COP 21 dont la France est si fière. Ce modèle inclut aussi un retour à l’intégration des arbres dans nos pratiques agricoles, entre forêt-jardin, systèmes agro-forestiers et sylvo-pastoraux (soit le démembrement du remembrement). Par ailleurs, pour éviter la stratification sociale entre individus se consacrant à des activités dont les taux de productivité horaire sont très différents, nous proposons que cette mobilisation concerne TOUTE la Population Économiquement Active (PEA), sous la forme d’une activité agricole à temps partiel, spécialement dans les périodes où les besoins de main d’œuvre sont très élevés (récoltes, préparation des sols, désherbage, etc.). Le régime d’activité du futur serait donc celui de la “poly-activité intermittente”, qui verrait chaque individu se consacrer, alternativement et par phases, à l’entretien du vivant (dont l’agriculture est une forme essentielle) et à d’autres activités productives ou de services. Cette alternance aurait également des vertus démocratiques (puisqu’elle place tous les paysans, permanents ou intermittents, sur un pied d’égalité et de coopération) et culturelles, car elle permettrait de rétablir le lien entre tous les habitants du territoire national et “l’autre société” des espèces vivantes qui habitent ce même territoire.

Mesure 13 – Agriculture : vers une libération des semences et diversification génétique. La libéralisation des semences du domaine public constitue un élément majeur de l’autonomie et de la sécurité alimentaire. Il y a, à l’heure actuelle, grâce au travail institutionnel de différents acteurs, à l’échelon national et Européen, des avancées importantes pour la réhabilitation et la réappropriation des ressources génétiques natives (semences paysannes – variétés ancestrales, etc.). Il conviendra de mettre un terme à l’actuel système d’encadrement du marché des graines. Les semences paysannes sont d’ailleurs libres de tout droit de propriété intellectuelle, de tout brevet ou C.O.V. (titulaire d’un Certificat d’Obtention Végétale). Notons enfin que des travaux en cours (INRA – CIRAD de MONTPELLIER) tendent à montrer que les semences paysannes, à la différence des semences industrielles, sont riches d’endophytes (écosystèmes microbiens symbiotiques), lesquels contribuent fondamentalement à la vie les plantes, comme des sols.

Aucune loi n’interdit de re-semer les graines de son champ ou de son jardin, surtout si elles sont dans le domaine public, donc libres de tout droit de propriété intellectuelle… Cependant, le privilège de l’industrie (déposer des brevets sur les semences) leur a servi de tremplin pour accaparer les semences libres paysannes, et faire interdire leur usage libre. Le G.N.I.S. (Groupement National Interprofessionnel des Semences), par exemple, est une instance ambigüe à double casquette, représentant des intérêts privés des firmes qui le constituent, (Bayer, Monsanto, Dupont, Pioneers Syngenta, Limagrain, etc.) et chargé en outre par l’État français de gérer le secteur officiel des semences et de représenter l’État français pour toutes les missions officielles concernant la réglementation des semences… Cette situation est intenable d’un point de vue éthique, et dangereuse pour la biodiversité, c’est-à-dire l’avenir de l’agriculture. Nous proposons d’en finir avec les brevets de semences.

Mesure 14 – Agriculture : “réempaysannement des Terres”. La préservation et la répartition du foncier agricole, qui disparaît toujours au rythme de 1 département tous les 6 ans en France, est un enjeu majeur pour la pérennité de notre société. Les terres arables garantes de notre avenir alimentaire s’effondrent dans la plus totale indifférence. L’effet est plus dramatique encore dans les pays du Sud (Asie – Afrique – Amérique Latine) par l’accaparement dont l’ampleur constitue une menace globale pour l’humanité, avec des conséquences irréversibles sur le court terme. Les appropriations et la concentration des terres par quelques-uns entraînent la destruction des sociétés paysannes, l’exclusion de millions de petits producteurs, la destruction des écosystèmes et des ressources en eau et l’accélération du réchauffement climatique. Les paysans sont par millions victimes des évolutions actuelles des structures agraires qui violent les droits des populations et pillent littéralement les territoires, en créant partout la précarité et les pénuries alimentaires. Pourtant les agricultures paysannes sont dix à cent fois plus productives par unité de mesure que l’agriculture industrielle et elles nourrissent encore aujourd’hui 75 % de la population mondiale avec seulement 25 % des terres agricoles et très peu de protéines animales. Pour mettre fin à cette dérive en France, les SAFER verront leurs missions redéfinies et leurs prérogatives légales renforcées : maintien et développement des agricultures familiales (pratiquant la polyculture vivrière agroécologique), accompagnement des nouveaux paysans désirant participer à un programme de “reconquête paysanne”, pouvoirs d’investigation pour mettre en échec les opérations de contournement de la loi foncière.

Mesure 15 – Fin à terme de la métropolisation. L’alternance décrite (12 – §2) exige de rapprocher le lieu de résidence des espaces agricoles, afin de réduire la dépense énergétique liée au transport des personnes et des productions (circuits courts). Les politiques de réaménagement du territoire viseraient des agglomérations de 300 000 habitants en moyenne. Les distances domicile – lieu de travail se trouveraient alors réduites à tel point qu’elles pourraient être parcourues en ayant recours à l’énergie musculaire ou à des transports publics dont le coût serait d’autant plus faible pour la collectivité que les distances à parcourir seraient courtes. La redistribution de la population sur le territoire pourrait être encouragée par une fiscalité écologique et sociale adaptée (par exemple, la fiscalité foncière pourrait être réduite dans les zones à forte contribution écologique et sociale, et le manque à gagner pour les communes pris en charge par l’État). De tels changements s’effectuent sur des décennies.

Mesure 16 – A terme, politique de transport public intégrale ou mutualisée à l’échelle de petits collectifs (individus + bagages). Le transport individuel serait progressivement réduit par le moyen d’un quota carbone / Transport ; celui-ci étant rabaissé au fur et à mesure que l’offre alternative de transports publics serait renforcée.

Mesure 17 – Arrêt immédiat des subventions aux énergies fossiles. Cette mesure n’exige aucun préalable car rien, ni la rationalité économique ni l’intérêt général ne justifient ces subventions : celles-ci ne doivent leur existence qu’aux participations croisées de l’État dans les entreprises extractives. Leur rentabilité nette entretient une véritable dépendance de l’État aux énergies fossiles et l’entraîne dans une diplomatie et des opérations extérieures visant à garantir ses approvisionnements.

Mesure 18 – Fin des paradis fiscaux. Pour faire disparaître totalement le recours des entreprises aux paradis fiscaux, la loi prévoirait des sanctions pénales applicables aux dirigeants (actionnaires compris). Le rapatriement fiscal des avoirs détenus par les sociétés et les particuliers permettrait de restituer à l’État des ressources (la perte fiscale est actuellement estimée à près de 5 milliards par an, les avoirs nets des ressortissants français détenus par les paradis fiscaux à plus de 300 milliards d’euros) qui pourraient être consacrées à la conversion écologique.

B. Vers un État garant du bien public et des biens communs (7 mesures)

C.   Propositions internationales (10 mesures)

La suite sur https://lapenseeecologique.com/propositions-pour-un-retour-sur-terre/.

 

 

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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 09:18
Dans le cadre du Big Bang, une visio-conférence sur le thème " la crise sanitaire annonce-t-elle l'effondrement de nos sociétés ? " animée par Alain Coulombel, porte-parole EELV, avec Pablo Servigne, ingénieur-agronome, Geneviève Azam, économiste, Dominique Bourg, philosophe. C'est en direct, mercredi 29 avril à 18h. Lire aussi Fédérer au sein des gauches et des écologistes : le temps nous oblige, vite et Plus jamais ça ! Construisons ensemble le jour d’après.
La crise sanitaire annonce-t-elle l'effondrement de nos sociétés ?

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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 08:00

StopCovid n'a l'air de rien, et l'application est d'une utilité plus que douteuse. Elle n'en porte pas moins atteinte à nos libertés. Il est des engrenages où il ne faut pas mettre le doigt. Par Esther Benbassa, sénatrice EELV, le 27 avril 2020.

StopCovid : notre santé est primordiale, nos libertés ne le sont pas moins
StopCovid. Le mot a tout d’une injonction. D’aucuns voudraient le faire passer pour le nom du sésame capable de nous sortir d’un confinement anxiogène tout en nous promettant des jours meilleurs. Il ne désigne en fait qu’une application de plus à installer sur son smartphone. Et dont le but est de tracer anonymement les contacts entre personnes saines et personnes infectées, d’anticiper et de contrôler les risques de contamination, et par là de juguler la circulation du virus.

Cette application n’est pas encore prête, mais suscite déjà maintes interrogations sur son efficacité et sur les dangers qu’elle fait peser sur les libertés publiques dans un pays comme le nôtre, dont le goût prononcé pour les états d’urgence n’est plus à démontrer, alors que chez nombre de nos voisins, par exemple en Allemagne, on est loin d’être aussi prompt à s’y lancer même en période de pandémie. 

Un penchant bien français pour les états d'urgence

Rappelons que plusieurs des mesures prises sous l’état d’urgence décrété à la suite des attentats terroristes de 2015 ont été par la suite intégrées dans notre droit commun. Cette pérennisation pourrait bien concerner aussi StopCovid. D’où le débat qu’il suscite dans la sphère politique et dans le monde associatif. Au point que les chefs des partis d’opposition ont demandé avec insistance au Premier ministre un débat à ce sujet au Parlement, suivi d’un vote.

Initialement, seul un débat était prévu. Le vote finalement accepté sera purement indicatif. De surcroît, pour parer à toute division gênante, y compris au sein de la majorité gouvernementale, à la dernière minute on l’a inséré dans un package : celui des mesures de « déconfinement » que le Premier Ministre exposera le 28 avril l’Assemblée. Le traçage, sujet hautement inflammable, devenant ainsi une mesure parmi d’autres. Il en sera de même, la semaine du 4 avril, au Sénat.

L’utilisation de cette application aurait justifié le vote d’une loi, mais on a pu s’en passer pour une raison toute simple : le cadre juridique en matière de traçage est respecté, il n’est pas interdit, en la circonstance, de procéder à une collecte de données individuelles, l’article 9 du Règlement général sur la protection des données (RGPD) l’autorisant lorsque le traitement en est nécessaire pour des motifs d’intérêt public dans le domaine de la santé publique. De même que l’article 15 de la directive européenne e-Privacy de 2002. Une loi spécifique aurait pourtant permis un suivi du recours à cette application plus strict que celui que propose Cédric O, secrétaire d'État chargé du Numérique, et aidé à parer à d’éventuelles dérives – telle, justement, la pérennisation de cette mesure.

Une efficacité douteuse sur le plan sanitaire, un danger pour nos libertés

Le gouvernement cherche à rassurer en arguant du fait que l’application n’utilise pas la géolocalisation mais plutôt le Bluetooth, moins invasif, qu’a priori elle ne centralise pas les informations sur une base de données, que celles-ci seront supprimées de toute façon tous les 21 jours, que l’application sera installée sur la base du consentement, et que l’anonymat sera garanti.

Pour la présidente de la Commission nationale informatique et Libertés (CNIL) StopCovid n’en présente pas moins un risque d’« atteinte forte » aux libertés. En fait, elle demande que le dispositif reste proportionné en privilégiant les solutions les moins invasives, et temporaire, pendant la seule durée nécessaire au traitement de la crise sanitaire. Elle demande la suppression régulière des données afin qu’aucune collecte ou fichage ne soient réalisés, la possibilité, pour le citoyen, de désactiver l’application à sa guise, des dispositions l’empêchant d’être discriminatoire – dans le cas, par exemple, où un employeur n’autoriserait ses salariés de reprendre le travail après le déconfinement qu’à la condition de télécharger l’application.

En période de crise sanitaire, la notion de consentement est par ailleurs plus que sujette à caution. Il ne faut pas sous-estimer ici le poids des attentes et des craintes de la collectivité au point de se transformer en pression morale sur ceux qui n’auraient pas spontanément opté pour le chargement de cette application. On peut facilement imaginer aussi, dans ce contexte, un développement de la délation.

On soutient que les Français seraient tous disposés à utiliser StopCovid. Mais doit-on oublier que seuls 39% d’entre eux accordent leur confiance au gouvernement ? Et sait-on seulement si ce système, qui n’est toujours pas au point, serait efficace ? Une chose, au moins, est certaine : il ne remplacera jamais le respect des gestes barrière, le port du masque et les tests. Et son utilisation à Singapour n’y a pas empêché une nouvelle vague de contamination et un reconfinement le 7 avril. Qui, enfin, pourrait faire fi de la fracture numérique qui handicape notre pays ? Les zones blanches y sont nombreuses. Les personnes les plus vulnérables comme les seniors sont 44% à avoir un téléphone mobile, alors qu’il faudrait plus de la moitié de la population télécharge l’application pour qu’elle joue son rôle. Et l’on n’oubliera pas les questions techniques importantes posées par la variété des modèles de smartphone…

Un paravent pour le gouvernement ?

Après tout, c’est au gouvernement que revient la gestion de cette crise sanitaire. Ce sont les choix austéritaires et libéraux successifs en matière de santé publique dans notre pays qui ont mis nos hôpitaux dans l’état où nous les voyons. Ce sont les choix économiques de nos dirigeants qui ont fragilisé notre industrie. Nous sommes dépendants, entre autres de la Chine, pour ces masques qui n’arrivent pas, pour ces tests qui ne sont pas prêts, pour ces respirateurs qui ne sont pas à la norme. À quoi il faut ajouter le manque de médicaments, de blouses pour le personnel hospitalier ou de gel hydroalcoolique en quantité suffisante…

Cette pandémie a été affrontée dans la confusion, avec des contradictions en série, et pas mal d’amateurisme. Pour le déconfinement du 11 mai, la communication aura de nouveau primé sur la rigueur, et les mesures annoncées sont de nouveau illisibles. StopCovid deviendrait-il un paravent pour le gouvernement ? Ce dernier chercherait-il à se mettre en retrait en transférant aux citoyens la responsabilité d’une deuxième vague ? En présentant ce dispositif comme un moyen de prévention crucial, l’exécutif se prépare-t-il insidieusement, en cas de nouveau pic, à en rendre coupables les citoyens qui n’auraient pas téléchargé l’application ou l’auraient mal utilisé ? Il faut espérer que non.

StopCovid est une « forme de bracelet électronique », un autre confinement ayant ses propres règles, en fait « une détention globale de tous les Français » à la merci d’une cyber-techno-police. En avons-nous vraiment besoin ? Au sein de l’Union européenne, les pratiques liberticides se développent. Songeons ainsi à l’application qui, en Pologne, depuis le début de la pandémie, sert à vérifier le respect de la quarantaine stricte pour les personnes rentrant de l’étranger. Il est des engrenages où il ne faut pas mettre le doigt. Une fois qu’une liberté est mise en cause, rien n’empêche que toutes le soient progressivement. Notre santé est primordiale. Nos libertés ne le sont pas moins.

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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 09:05

Depuis l’apparition de l’épidémie du COVID19, les discours bellicistes se multiplient. Nous serions en guerre. Cette rhétorique de la guerre n’est pas anodine. Elle sert à nier le lien évident entre la crise écologique et la pandémie. Elle a, en outre, une fonction performative, adapter nos esprits à une situation de guerre, une bataille contre un virus invisible, le SARS-CoV-2. Cette rhétorique est un piège pour nous faire croire que la situation exceptionnelle et singulière que nous vivons serait une guerre qui nécessiterait une administration de temps de guerre. Ce discours a déjà été utilisé dans la lutte face au terrorisme. Par Jérôme Gleizes le 16 avril 2020 pour Le Bruit des Arbres FIN DU MOI DÉBUT DU NOUS – Le journal de l’écologie politique., un magnifique journal en ligne auquel vous pouvez vous abonner. De Jérôme Gleizes, lire aussi Effondrement et justice sociale  et De l’impuissance des politiques à l’effondrement écologique.

Les conséquences - Gilbert Garcin (1929-17 avril 2020)

Les conséquences - Gilbert Garcin (1929-17 avril 2020)

Lexicalement, une guerre est une situation conflictuelle entre deux ou plusieurs pays, États, avec ou sans lutte armée, interétatique ou intra-étatique. S’il y avait une guerre, nous le serions contre la vie car le virus est un être vivant qui s’adapte à son environnement.

Par contre, nous vivons une crise singulière qui demande la mise en œuvre de politiques publiques économiques et sociales exceptionnelles comme ce fut le cas pour le New Deal décidé par le président Roosevelt aux États-Unis d’Amérique en 1933, la NEP dans l’Union Soviétique de Lénine en 1921, ou la reconstruction de l’Europe après la seconde guerre mondiale.

La lutte contre la pandémie du COVID19 nécessite en effet un ensemble de politiques très variées, notamment en recherche et développement, mais tournées vers un seul objectif et non un seul ennemi. En revanche, comme dans les années 1930, cette crise pourrait être un catalyseur de nouveaux conflits, profitant de l’affaiblissement de certains pays. La crise du COVID19 remplace la crise financière de 1929. Certains États, incapables de gérer la crise, trop dépendants pour leur approvisionnement ou ayant des décès trop nombreux dans les secteurs clé du pays, seront affaiblis et pourront devenir la cible d’États prédateurs. L’équilibre géopolitique est en train d’être déstabilisé.

Pouvons-nous être en guerre contre la vie elle-même ?

Le SARS-CoV-2 est un virus à ARN comme l’est le VIH du Sida. Ce type de virus serait à l’origine de la vie en permettant le développement des premières cellules et de leur noyau (1). 8 % de notre génome serait d’origine virale, fruit de contaminations passées. Les virus infectent nos cellules mais comme tout processus darwinien, la téléologie d’une espèce vivante est de vivre et de se répliquer. Contaminer un être vivant pour le tuer, c’est se tuer soi-même. Un article récent de Nature montre que ce virus s’est aussi rapidement développé et répandu sur notre planète pour devenir une pandémie car il s’adapte efficacement à notre société par un processus de sélection naturelle darwinienne (2). Il n’y aucune intentionnalité chez un virus, contrairement à un ennemi dans une guerre.

Ce virus est totalement adapté à notre monde globalisé et à sa métropolisation, la concentration humaine dans des ensembles urbains (3). Il a des caractéristiques, très adaptées au modèle capitaliste dominant. La période d’incubation est très longue, de 6 à 14 jours avec des pics à 40 jours. Le taux de mortalité est 20 à 25 fois plus élevé que celui de la grippe (4). Le virus « est plutôt discret et très contagieux avec une très forte transmissibilité y compris par des sujets asymptomatiques ». Le taux de contamination est de 2,4 à 6 par personnes contre 1,3 pour la grippe. La portée de la contamination est estimée entre 40 et 70 % de la population. Sur celle-ci, 80 % ne vont pas développer la maladie, ou faiblement, mais, sur les 20 % restants qui auront besoin de soins intensifs, 5 % risquent de mourir.

La conjonction d’une forte contamination avec une moindre mortalité risque de provoquer des millions de morts sur toute la planète. Selon une étude d’une université australienne, il y en a aurait au minimum 15 millions (5). La crise sanitaire actuelle n’est que la conjonction entre la mutation d’un virus et son adaptation à une planète dominée par les êtres humains et leurs activités. C’est cette conjonction qui fait la singularité de cette crise. Jamais une espèce vivante n’aura eu une expansion aussi rapide grâce à un véhicule, l’espèce humaine, une espèce invasive présente sur toute la planète, circulant rapidement d’un point à un autre, sur toute sa surface. Aujourd’hui, pas un seul pays n’est épargné.

Une crise économique singulière

Nous ne sommes pas en guerre, donc nous n’avons pas besoin d’une économie de guerre. Dans une économie de guerre, la production et l’offre s’effondrent. Les situations de guerre s’accompagnent de pénuries notamment  en ressources naturelles et matérielles qui nécessitent de revoir le cycle complet de production orientée vers la fabrication de matériel de guerre. Toute la main d’œuvre est occupée par l’appareil de guerre. Une logistique se met en œuvre en réduisant tous les délais au minimum (production, transports). Au contraire, nous connaissons aujourd’hui une crise de la demande avec une offre qui ne s’écoule plus. Le confinement mondial met des millions de personnes au chômage et selon les systèmes sociaux (l’absence de système de chômage partiel), les revenus distribués vont nettement diminuer. Cette baisse de la consommation est renforcée par tous celles et ceux continuant à percevoir leurs revenus qui, durant le confinement, auront une épargne forcée.

Mais comme pour chaque crise, l’évènement, ici la pandémie, n’est pas la cause mais le révélateur d’une crise sous-jacente du capitalisme comme ce fut le cas avec la hausse du prix du pétrole en 1973, les subprimes en 2008 (6). À la différence de la crise des subprimes qui a affecté essentiellement les pays occidentaux en 2008 et impacté le reste du monde en 2009, cette crise est globalisée, n’épargnant aucun pays en 3 mois, de l’Iran aux États-Unis. Elle est universelle et quasi-immédiate, comme le sont nos communications. En terme de politiques économiques, la réponse devrait aussi être la même partout et elle a été présentée par Keynes lors de la crise de 1929 avec le concept de « demande effective » (7) et les politiques de relance, mais à l’échelle de la planète. Les États doivent se substituer aux entreprises et aux ménages lorsque ceux-ci sont défaillants. Cette fois-ci contrairement à la crise des subprimes, l’Union européenne a décidé de s’affranchir des contraintes de Maastricht, en levant la « norme » des 3 % de déficit budgétaire alors qu’elle ne l’avait pas fait en 2009. C’est un premier pas mais cela ne suffira pas car ce virus révèle aussi et surtout la fragilité de nos sociétés.

La singularité de cette crise est son universalité, sa quasi-immédiateté et son impact mondialisé : la première pandémie depuis la grippe espagnole de 1918-20. La globalisation de la production est en fait une centralisation de la production en Asie, un éclatement des processus industriels. Le néo-libéralisme a affaibli les États, notamment du fait des privatisations de nombreux services publics, à commencer par ceux de la Santé, ce qui a fragilisé les systèmes de soins. Cette crise singulière révèle notre faible résilience. Le COVID19 va plus tuer indirectement que directement, dans les EHPAD, dans les hôpitaux, par insuffisance de lits, de respirateurs, de masques, de personnels soignants… La singularité, c’est aussi la surprise d’une épidémie pourtant prévisible tant par les études scientifiques (8) que par les militaires. Comme souvent, les gouvernants sont en retard sur le reste de la société. Il y a eu un effet de sidération, et peut-être du cynisme de la part de certains, qui a fait que les différents gouvernements ont pris du retard et laissé le virus se répandre sur toute la surface habitée de la planète avec un objectif, atteindre une immunité de groupe. Seuls certains pays asiatiques ont été plus réactifs mais souvent au détriment des libertés publiques réactivant le concept de biopolitique, développé par Foucault.

Biopolitique (9) et post-capitalisme

Foucault pour construire son concept de biopolitique part d’une analyse de la « gestion » des grandes épidémies (lèpre, peste, choléra). La biopolitique consiste à maximiser et préserver la vie des populations au nom de l’économie contre le droit de vie et de mort qui caractérisait les formes plus anciennes de souveraineté. Dans cette droite ligne, Wendy Brown nous a alertés sur le néo-libéralisme comme négation de la démocratie (10) en se basant sur les concepts foucaldiens de biopolitique, de discipline et de « société de contrôle ».

Aujourd’hui, le néolibéralisme a inversé la biopolitique en un contrôle total des populations. Aujourd’hui, « toute action et toute décision politique obéissent à des considérations de rentabilité, (…) toute action humaine ou institutionnelle est conçue comme l’action rationnelle d’un entrepreneur, sur la base d’un calcul d’utilité, d’intérêt et de satisfaction, conformément à une grille micro-économique moralement neutre, dont les variables sont la rareté, l’offre et la demande. » Petit à petit, la politique a abandonné les normes pour des chiffres, des probabilités pour gérer les populations. Quant à la technologie biopolitique, pour Foucault, elle « doit s’exercer sur les individus en tant qu’ils constituent une espèce d’entité biologique qui doit être prise en considération, si nous voulons précisément utiliser cette population comme machine pour produire, pour produire des richesses, des biens, produire d’autres individus ». (9) Elle s’appuie sur la police qui « à travers le quadrillage et la surveillance permanente qu’elle assure – va permettre de constituer la population comme objet de l’action gouvernementale. »

Les analyses de Michel Foucault sont parlantes pour comprendre le présent même si actuellement la biopolitique ne se conjugue pas avec une société disciplinaire mais avec une société du contrôle. Les règles, les normes ne suffisant plus à contrôler les individus, « des corps dociles » ; des technologies vont permettre de prendre leur contrôle dans leur totalité.

C’est cette biopolitique par les chiffres que nous avons vu au début de la crise sanitaire avec la stratégie d’immunité de groupe : laisser le virus contaminer la population pour que celle-ci produise des anticorps. Ce virus apparaissait mortel uniquement pour les personnes les plus âgées. Un député républicain américain a même dit : « Laissez mourir les vieux, laissez-moi mourir, on a bien vécu, ne confinez personne, sauvez l’Amérique et ses emplois pour notre jeunesse ». Maintenir l’objectif de production, la priorité des priorités, laisser les probabilités gouverner nos vies avec un taux de létalité faible. Mais lorsque les gouvernants ont compris que si 80 % des contaminés vivent la maladie comme « une simple grippe », 5 % des malades vont mourir, ce qui représente des centaines de milliers de morts, ils ont été pris de panique. Les gouvernements décident alors les uns après les autres de confiner leur populations avec toujours cette même absence de contrôle de la maladie. Après n’avoir masqué et testé que les personnes ayant développé la maladie, tout le monde est confiné : porteurs asymptomatiques, malades en phase d’incubation, malades ne nécessitant pas d’hospitalisation. Après avoir laissé les probabilités gouverner la contamination des populations, le zéro risque devient la norme car les hôpitaux sont dans l’incapacité de soigner tous les malades. Le modèle épidémiologique SIR (pour Sain, Infecté, Recovered, guéri) devient le modèle qui gouverne notre confinement ou pas. Nous ne tentons pas de comprendre la diffusion de la maladie pour élaborer une stratégie d’endiguement, nous laissons notamment les espaces déjà fermés devenir des mouroirs, comme en France, avec les EHPAD ou encore les prisons. Mais parallèlement se construit un état juridique d’exception pour gérer la singularité du moment historique vécu. Les ordonnances se substituent aux lois. La police est garante de cet ordre biopolitique, de cette incertitude de l’état médical, malade ou pas, contagieux ou pas, immunisé ou pas.

Certains voient dans cette crise une forme d’effondrement de nos sociétés mais celle-ci n’a rien à voir avec la raréfaction des ressources non renouvelables, les conséquences du dérèglement climatique. Ce n’est pas un effondrement, c’est le contraire, le ralentissement brutal du capitalisme, une réduction de la production, et donc la non-consommation de ressources. La seule ressource qui diminue, ce sont des êtres humains, et souvent des êtres non-productifs pour le néo-libéralisme. Aujourd’hui, les êtres humains sont une ressource contrôlée sous toutes ses formes, et demain d’un point de vue sérologique pour sortir du confinement, un mélange entre le monde d’Orwell et celui de Huxley. Le nouvel ordre est loin d’être démocratique et surtout très inégalitaire. Le capitalisme, comme système d’accumulation infinie de capital, bute sur la raréfaction des ressources. Les capitalistes anticipent déjà ce monde d’après dont nous parlons. La crise sanitaire accélère cette transformation avec la mise en œuvre d’une société coercitive de contrôle (11). La question de la pénurie de ressources non renouvelables, des conséquences du dérèglement climatique ou de la pandémie ne sont plus des sujets réservés pour les écologistes mais des faits pris en compte pour les hyper-capitalistes. Le néo-libéralisme qui s’est souvent appuyé sur les États pour démanteler les services publics au nom d’une orthodoxie financière pourrait se transformer en société post-capitaliste en imposant un ordre autoritaire pour imposer un biopouvoir en réponse à toutes ses crises.

Néanmoins, l’heure n’est pas au bilan, mais au confinement, en absence de tests et de masques, même si la situation que nous vivons est due au cynisme et/ou à des erreurs politiques, car la contagiosité de la maladie est certaine.

Pour autant, nous ne pouvons pas accepter l’état de surprise ni l’usage de biais cognitifs (12). Nous ne sommes dans la situation du cygne noir de Nassim Nicholas Taleb (13) ; nous ne sommes pas face à un évènement imprévisible mais face à un évènement pratiquement certain, une zoonose. La seule incertitude était le type de virus et les formes d’infection, la grippe, un coronavirus, un paléo-virus avec la fonte du permafrost, ou un autre. Cette crise est une crise écologique, une perturbation extrême de nos écosystèmes, due à l’anthropocène. Et il y a une réponse écologiste à cette crise.

Une crise écologique niée

Vernadski est le premier scientifique en 1926 avec la notion de biosphère (14), à avoir une analyse bio-géologique et écologique, posant comme hypothèse que la vie est une force géologique qui transforme la Terre. Il développe une vision systémique de notre terre en développant les concepts développés par Pierre Teilhard de Chardin et Henri Bergson. Il montre que toute la vie vient de la biosphère et que notre planète est composée de cinq différentes couches en interaction : la lithosphère, noyau de roche et d’eau, la biosphère constituée par la vie, l’atmosphère, enveloppe gazeuse constituant l’air, la technosphère résultant de l’activité humaine et la noosphère ou sphère de la pensée.

Cette pandémie n’aurait jamais pu se produire si l’espèce humaine n’occupait pas autant la planète, si la circulation humaine n’était pas aussi rapide. Ce virus vient de la chauve-souris et aujourd’hui, les êtres humains contaminent d’autres animaux, des chats ou des chiens domestiques mais aussi des animaux en zoo comme des tigres, et peut-être des animaux sauvages. Les probabilités que certains ont voulues domestiquer par l’immunité de groupe agissent comme un effet boomerang : la sur contamination multiplie le nombre de mutations du virus.

De même, la propagation du Covid-19 dans le monde est liée au changement anthropique de l’environnement. La promiscuité entre les êtres humains et les animaux est un facteur qui favorise le risque de zoonose (15). Il y a les animaux d’élevage, déjà à l’origine de la grippe H5N5, mais aussi les animaux sauvages qui sont soient braconnés, soit poussés hors de leur habitat naturel par l’expansion humaine, notamment dans les forêts primaires. 65 % des maladies émergentes sont issues des animaux.

Par ailleurs, le confinement produit un ralentissement de la production, et donc des pollutions. L’effet est tel que de nombreux animaux sauvages reviennent dans les écosystèmes qu’ils avaient abandonnés. Le confinement n’est pas une suspension du temps, c’est une réorganisation du monde.

Cette épidémie n’est pas une guerre. L’anthropocentrisme est une impasse de la pensée et la réalité est celle d’une planète qu’aucune espèce vivante ne doit pouvoir contrôler. Nous vivons un moment de la période de l’anthropocène qui était prévisible et qui pourra s’orienter autant vers un nouvel ordre plus autoritaire qu’une prise de conscience écologiste.

(1) Nicholas V. Hud et David M. Fialho, “RNA nucleosides built in one prebiotic pot”, Science, vol. 366, n° 6461,‎ 4 octobre 2019, p. 32-33 DOI 10.1126/science.aaz1130

(2) Andersen, K.G., Rambaut, A., Lipkin, W.I. et al. “The proximal origin of SARS-CoV-2” Nat Med (2020). https://doi.org/10.1038/s41591-020-0820-9

(3) « La métropolisation du monde est une cause de la pandémie », 28 mars 2020, entretien avec Guillaume Faburel, https://reporterre.net/La-metropolisation-du-monde-est-une-cause-de-la-pandemie

(4) « Le Covid-19 est un réel danger ! », deux scientifiques font le point sur le coronavirus SARS-CoV2, Le quotidien du médecin, le 6 mars 2020, https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/infectiologie/la-covid-19-est-un-reel-danger-deux-scientifiques-font-le-point-sur-le-coronavirus-sars-cov-2

(5) https://anu.prezly.com/coronavirus-is-highly-uncertain-and-the-costs-could-be-high#

(6) Jérôme Gleizes & Yann Moulier-Boutang, « Une lecture écologiste de la crise, la première crise socio-écologique du capitalisme », Ecorev’ n° 32, mai 2009.

(7) Voir Gilles Raveau, https://blogs.alternatives-economiques.fr/gilles-raveaud/2009/05/15/de-la-demande-effective-chez-keynes

(8) Depuis la crise de 2003 sur le SRAS, les chercheurs alertent sur l’inéluctabilité de ce type de pandémie, de cette zoonose. Par exemple, Noël Tordo, virologue, https://www.youtube.com/watch?v=Lh-rjnFj8O0&t=2934s ou le professeur Philippe Sansonetti, Covid-19 ou la chronique d’une émergence annoncée, https://www.youtube.com/watch?v=JKY1i7IpK3Y

(9) Pour aller plus loin sur les différentes interprétations du concept, Alexandre Macmillan, « La biopolitique et le dressage des populations », Cultures & Conflits [En ligne], 78 | été 2010, mis en ligne le 6 mars 2012, consulté le 5 avril 2020. http://journals.openedition.org/conflits/17959 ; DOI : https://doi.org/10.4000/conflits.17959

(10) Wendy Brown, « Néo-libéralisme et fin de la démocratie », 2 octobre 2004, Vacarmes n° 29 : http://vacarme.org/article1375.html

(11) Au nom du coronavirus, l’État met en place la société de contrôle, Gaspard d’Allens (Reporterre), 4 avril 2020, https://reporterre.net/Au-nom-du-coronavirus-l-Etat-met-en-place-la-societe-de-controle

(12) La Biosphère, 2e édition revue et augmentée, Paris, Librairie Félix Alcan, 1929, 323 p. – Rééd. avec une préface de Jean-Paul Deléage : Paris, Seuil, coll. « Points/Science », 2002

(13) L’hypothèse du cygne noir, c’est la réalisation d’un évènement rare mais possible. Les cygnes sont généralement blancs mais il peut y avoir la naissance d’un cygne noir.

(14) HEC Paris Webinar Series – Prise de décision et biais cognitifs: l’exemple du COVID-19 https://www.youtube.com/watch?v=H6IAOM3Ei2o&t=1062s

(15) Plusieurs études dont la dernière, Global shifts in mammalian population trends reveal key predictors of virus spillover risk, Christine K. Johnson, Peta L. Hitchens, Pranav S. Pandit, Julie Rushmore, Tierra Smiley Evans, Cristin C. W. Young et Megan M. Doyle, publié le 8 avril 2020 https://doi.org/10.1098/rspb.2019.2736

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