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17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 09:03

Un Communiqué de la Ligue des Droits de l’Homme le 15 novembre 2017.

La Ligue des droits de l’Homme a décidé d’obtenir le contrôle de constitutionnalité des principales dispositions prévues par la loi de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme.

Ces mesures, reprenant les grands traits de celles mises en œuvre dans le cadre de l’état d’urgence, sont par essence attentatoires aux libertés fondamentales.

La LDH et ses partenaires, comme la Commission nationale consultative des droits de l’Homme et le Défenseur des droits notamment, ont vivement alerté sur leurs dangers et détaillé les graves atteintes à l’Etat de droit qu’elles portaient, d’autres voies inscrites dans le droit commun étant disponibles et efficaces.

Alors que les autorités politiques, au premier rang desquelles le président de la République, Emmanuel Macron, n’ont pas exercé leurs attributions en saisissant la juridiction en charge de ce contrôle, la LDH entend contester ce texte par l’intermédiaire d’un recours au Conseil d’Etat contre sa circulaire d’application du 31 octobre 2017 et, via ce recours, poser quatre questions prioritaires de constitutionnalité portant sur les mesures principales de l’état d’urgence transcrites dans notre droit commun (fermeture des lieux de culte, périmètres de protection, mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance, visite et saisie).

Les membres du cabinet Spinosi – Sureau, avocats de la LDH, demandent au Conseil constitutionnel un contrôle strict de nécessité et de proportionnalité de ces mesures au vu des insuffisances des garanties légales de ce texte qui ouvre intrinsèquement la voie à des dérives et à l’arbitraire, que la LDH a pu d’ailleurs constater et dénoncer lors de son application pendant près de deux années.

Par ce recours, la LDH entend voir réaffirmer la primauté de l’Etat de droit et le respect des droits fondamentaux, principes et forces de notre démocratie qui ne sauraient céder devant les terroristes.

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16 novembre 2017 4 16 /11 /novembre /2017 17:25

Depuis son élection, le Président de la République ne retient pas ses mots pour rappeler l’importance du défi auquel nous sommes confrontés à travers le dérèglement climatique...  À Bonn, lors de la COP23, Emmanuel Macron s’est exprimé pour la première fois à la tribune de la conférence de l’ONU sur le climat.  KezaCOP,  le décryptage de la COP23 tous les deux jours, par le Réseau Action Climat sur www.reseauactionclimat.org. Lire aussi Le gouvernement enterre les objectifs de la loi de transition énergétique, Les émissions mondiales de CO2 repartent à la hausse, Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec et Climat : les banques continuent de financer les énergies fossiles.

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron

Suite à l’annonce du retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris, Emmanuel Macron s’est érigé en fervent défenseur de cet accord, tout en rappelant que la communauté internationale devait aller plus loin et plus vite pour lutter sérieusement contre le dérèglement climatique. Un cap a ainsi été fixé le 7 juillet, à travers le plan climat présenté par le Ministre d’Etat à la transition écologique et solidaire : atteindre, dans notre pays et d’ici à 2050, la neutralité carbone. Ambitieux, cet objectif ne se fera pas tout seul, par un simple ajustement des politiques actuelles. Il requiert au contraire d’importantes ruptures dans les pratiques et les secteurs qui, aujourd’hui, émettent des gaz à effet de serre.

Au delà des discours, qu’en est-il vraiment ?

Ainsi, au-delà des discours volontaristes et des objectifs de long terme, qu’en est-il vraiment des mesures structurantes adoptées par la France pour préparer l’avenir ? Après six mois d’exercice, force est de constater que le Gouvernement ne se donne pas les moyens de son ambition sur l’enjeu climatique.

La loi hydrocarbures, bien que positive par le message qu’elle envoie sur la fin de l’exploitation des énergies fossiles, comporte de nombreuses failles et ne vise qu’1% de l’énergie que nous consommons dans notre pays. Les énergies fossiles ont donc encore de beaux jours devant elles tant que le Gouvernement n’investira pas massivement dans les économies d’énergie, notamment à travers la rénovation massive des logements. Dans le même sens, l’annonce du Gouvernement pour interdire en France la vente des véhicules diesel et essence d’ici à 2040, ne doit pas occulter le fait que la réduction des émissions du transport routier se joue maintenant : sur la scène européenne alors qu’une proposition de législation laxiste vient d’être publiée par la Commission européenne pour limiter les émissions de CO2 des futures voitures et au niveau national, dans le cadre des assises de la mobilité, afin de réduire la part colossale que la voiture occupe aujourd’hui dans nos déplacements.

En matière fiscale, le Gouvernement a franchi un cap en actant l’augmentation progressive de la fiscalité carbone ainsi que le rattrapage diesel essence, la fiscalité étant l’un des principaux leviers pour orienter les investissements et les comportements. Si ces annonces méritent d’être saluées, elles conduisent en parallèle à renforcer l’avantage concurrentiel dont bénéficient de multiples secteurs exemptés partiellement ou totalement aujourd’hui de ces taxes, comme le transport routier ou aérien. Par ailleurs, les alternatives pour « faire autrement » face à l’augmentation de la fiscalité (transports en commun notamment) ne sont pas encore assez soutenues par le Gouvernement.

Ainsi, de politiques des petits pas en passant par des reculades (entrée en vigueur provisoire du CETA, suppression de l’élargissement de la taxe sur les transactions financières, report du calendrier pour atteindre l’objectif de baisse de la part du nucléaire dans notre mix énergétique, manque de soutien financier aux territoires à énergie positive pour la croissance verte, etc.), les mesures structurantes se font encore attendre.

Les solutions sont pourtant connues, des chantiers ont été lancés, qu’ils concernent les transports, l’agriculture et l’alimentation, la rénovation des logements ou notre futur modèle énergétique. La majorité de ces derniers doit se solder d’ici la fin de l’année.

Alors que la France accueillera le 12 décembre un sommet international sur le climat, deux ans après l’adoption de l’accord de Paris, le Gouvernement doit s’atteler au plus vite à balayer d’abord devant sa porte, pour remettre de la cohérence et de l’ambition dans ses propres politiques publiques. C’est, au final, ce qui permettra à la France de passer d’une politique de vœux pieux à une contribution tangible pour la relève des engagements des différents pays prévue en 2018.

Bonn, COP 23

Bonn, COP 23

Le déplacement du Président de la République, deux ans après l’adoption de l’accord de Paris, est un signal politique positif adressé à la communauté internationale. Mais Emmanuel Macron s’est contenté de prononcer de belles paroles et de recycler d’anciennes annonces, pourtant insuffisantes. Aujourd’hui, le climat n’attend plus : face à l’urgence d’agir, la France ne pourra pas se contenter d’une politique de petits pas. Réactions des ONG présentes à Bonn.

Pour Lucile Dufour, Responsable des politiques internationales au Réseau Action Climat :
« A la COP du Pacifique, le Président la République a rappelé l’urgence de rectifier le tir pour éviter un réchauffement catastrophique de plus de 3°C. Mais le discours d’Emmanuel Macron est une nouvelle occasion manquée : si la France veut être crédible sur la scène internationale, elle doit accélérer dès à présent sa transition vers les énergies renouvelables, sans la paralyser au bénéfice de fausses solutions comme le nucléaire. Avant le sommet du 12 décembre, la France doit donner des gages concrets pour augmenter ses soutiens financiers pour l’adaptation des populations les plus vulnérables et enfin concrétiser ses grands discours. »

Pour Anne-Laure Sablé, chargée de plaidoyer souveraineté alimentaire et climat au CCFD-Terre Solidaire :

« Face à l’aggravation de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire causée par les dérèglements climatiques, Emmanuel Macron déclare vouloir répondre par l’action. Le CCFD-Terre Solidaire rappelle que cette action ne peut être engagée à n’importe quel prix. Seule une transition agricole socialement juste et respectueuse des ressources permettra de lutter contre l’insécurité alimentaire grandissante. Et cette transition est incompatible avec des initiatives “climaticides”, comme l’Alliance globale pour une agriculture intelligente face au climat (GACSA), dont la France fait toujours partie. Nous serons particulièrement attentifs, lors du sommet du 12 décembre à Paris, à ce que de fausses solutions de ce type ne soient pas promues. »

Pour Sarah Fayolle, chargée de campagne climat à Greenpeace France :

« Le discours d’Emmanuel Macron à la COP23 semble avoir été dicté par les industriels du nucléaire. Si la France est en retard sur sa transition énergétique, c’est justement parce qu’elle entretient une dépendance extrême au nucléaire, qui empêche le déploiement des énergies renouvelables sur le marché de l’électricité. En résumé, Emmanuel Macron vient de se livrer à une instrumentalisation de la tribune climatique pour défendre les intérêts du nucléaire. S’il y a un fétiche irréaliste à abandonner, c’est bien celui qui consiste à croire que le nucléaire doit être préservé à tout prix au nom de la lutte contre les dérèglements climatiques.  »

Pour Armelle Le Comte, Responsable du plaidoyer climat à Oxfam France :

« Le leadership climatique passe par des actions concrètes, et pas par de simples discours aussi lyriques soient-ils. Malheureusement, Emmanuel Macron est venu les poches vides à la COP23 et n’a fait aucune nouvelle annonce financière pour les pays les plus pauvres, qui sont pourtant en première ligne du changement climatique. Le sommet climat du 12 décembre à Paris doit être l’occasion de rectifier le tir en annonçant un doublement des financements français pour l’adaptation, afin d’atteindre 2,4 milliards d’euros d’ici 2022, et en adoptant enfin la taxe européenne sur les transactions financières. De telles mesures concrètes enverraient un signal fort aux communautés les plus vulnérables »

Pour Emma Jagu, observatrice climat du REFEDD :

« Investir dans l’avenir de la jeunesse et des générations futures c’est avant tout désinvestir des énergies fossiles et s’assurer que notre mix énergétique soit cohérent avec les objectifs de l’accord de Paris. Le discours d’Emmanuel Macron aujourd’hui était une tentative de séduire la scène internationale, mais ne reflète pas la politique énergétique actuelle de la France. Nous attendons des mesures concrètes pour la transition vers une économie décarbonée. »

Pour Nicolas Haeringer, porte-parole de 350.org France :

« Emmanuel Macron a tenté d’incarner le rôle du leader mondial en matière climatique, expliquant n’avoir qu’une obsession – l’action – et qu’un horizon – maintenant. En l’absence de décisions fortes, le costume reste pourtant trop grand pour lui. A quelques semaines du sommet du 12 décembre, il a une opportunité unique de conjuguer l’action au présent : annoncer que la France n’accordera pas un euro de plus aux énergies du passé, afin d’investir dans la transition vers un future 100% renouvelable pour tous. »

Pour Maxime Combes, économiste et membre d’Attac France :

« Emmanuel Macron a franchi le seuil maximal autorisé d’hypocrisie climatique, cherchant à dissimuler ses multiples renoncements : de la validation du CETA qui n’est pas climato-compatible au sabordage de la taxe sur le transactions financières, source de financements pour le climat, Macron, sans un mot sur l’évasion fiscale qui soustrait des milliards aux pouvoirs publics, a prouvé que sa seule obsession est de ne surtout pas toucher aux fondements de cette formidable machine à réchauffer la planète qu’est notre insoutenable système économique. A l’alerte scientifiques aurait dû succéder un sursaut politique. Raté : le BusinesAsUsual l’emporte encore sur MakeThePlanetGreatAgain. »

Pour Fanny Petitbon, Responsable Plaidoyer de CARE France :

« Cette après midi encore Emmanuel Macron a répété la nécessité de lutter contre l’injustice climatique. Mais pour l’instant la France reste aux abonnés absents à la fois sur la solidarité internationale et même nationale. La récente décision du gouvernement de supprimer du budget national les 20 millions d’euros du fonds vert destiné à aider les collectivités françaises du Pacifique à lutter contre les effets du réchauffement climatique, a envoyé un très mauvais signal. Réintroduit in extremis la semaine dernière par les député-e-s, le fonds vert français est encore sur la sellette. Le gouvernement français devrait tirer les leçons de la catastrophe qui a récemment touché de plein fouet les îles des Caraïbes dont Saint Martin. »

Pour Célia Gautier, responsable Energie-Climat à la Fondation pour la Nature et l’Homme :

« Emmanuel Macron a voulu montrer une direction et faire preuvre d’une volonté diplomatique. Mais, comme souvent, le diable est dans les détails. Le Président n’a pas fait d’annonce nouvelle pour accélérer la transition écologique de la France. Espérons qu’elles soient gardées pour le sommet du 12 décembre à Paris sur le financement du climat. Nous saluons sa volonté que l’UE se substitue aux Etats-Unis pour financer les travaux du GIEC, et le lien explicite que le Président a effectué entre régime climatique et les politiques commerciales. Mais un très long chemin reste à parcourir afin que la logique de la politique commerciale internationale soit renversée pour être subordonnée au droit de l’environnement. Enfin, au-delà des discours, nous attendons toujours un plan concret et conjoint de la part de Mme Merkel et de M. Macron pour booster les énergies renouvelables et sortir des énergies du passé que sont le nucléaire et les énergies fossiles. »

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16 novembre 2017 4 16 /11 /novembre /2017 09:14

Capitalisme, démesure et autodestruction est le sous-titre de ce livre. Anselm Jappe est un des représentants les plus importants en France de la théorie critique de la valeur, une théorie de critique radicale du capitalisme inspirée par Karl Marx, mais qui s'oppose au marxisme traditionnel, et dont André Gorz était très proche dans ses dernières années. D’après http://dissidences.hypotheses.org et http://www.palim-psao.fr, Palim Psao qui propose un ensemble de textes et vidéos portant sur les courants de la critique de la valeur (Wertkritik) et de la critique de la valeur-dissociation (Wert-abspaltungskritik), autour des œuvres de Robert Kurz, Anselm Jappe, Roswitha Scholz, Norbert Trenkle, Ernst Lohoff, Moishe Postone, Claus Peter Ortlieb, etc., et des revues Krisis, Exit ! et Sortir de l'économie, et suivi d’un entretien avec l'auteur qui trace les traits d'une société en proie à une pulsion autodestructrice pour Mediapart.

La Découverte, 2017, 248 pages, 22 €.

La Découverte, 2017, 248 pages, 22 €.

Anselm Jappe est le représentant en France de la théorie critique de la valeur, une théorie qui relit Marx à travers l’abstraction induite par la marchandisation du monde. Cette critique radicale (au sens de « à la racine ») du capitalisme, portée par la revue allemande Krisis dans les années 1990 et 2000, se distingue néanmoins profondément des autres écoles marxistes par son rejet de certains éléments clés comme la lutte de classes. L’auteur avait présenté cette théorie au public français en 2004 dans Les Aventures de la marchandise, qui est republié aux éditions La Découverte ces jours-ci, alors que paraît chez le même éditeur son nouvel ouvrage, La Société autophage.

 Dans La société autophage, le philosophe allemand Anselm Jappe livre une proposition théorique originale et très radicale du capitalisme ainsi qu’une analyse des formes de violence extrêmes. En s’intéressant au sujet narcissique-fétichiste, qu’il identifie comme la subjectivité propre au capitalisme de crise, la « critique de la valeur » élargit ici son discours à la sphère des structures psychiques, à la recherche du sujet même de la fétichisation de la marchandise. Ce livre s’adresse à tous ceux qui se préoccupent de la « pulsion de mort » de la société actuelle et qui pensent qu’elle est le résultat d’une véritable crise de civilisation.    

   Le mythe grec d’Érysichthon nous parle d’un roi qui s’autodévora parce que rien ne pouvait assouvir sa faim – punition divine pour un outrage fait à la nature. Cette anticipation d’une société vouée à une dynamique autodestructrice constitue le point de départ de La Société autophage. Anselm Jappe y poursuit l’enquête commencée dans ses livres précédents, où il montrait – en relisant les théories de Karl Marx au prisme de la « critique de la valeur » – que la société moderne est entièrement fondée sur le travail abstrait et l’argent, la marchandise et la valeur.

   Mais comment les individus vivent-ils la société marchande ? Quel type de subjectivité le capitalisme produit-il ? Pour le comprendre, il faut rouvrir le dialogue avec la tradition psychanalytique, de Freud à Erich Fromm ou Christopher Lasch. Et renoncer à l’idée, forgée par la Raison moderne, que le « sujet » est un individu libre et autonome. En réalité, ce dernier est le fruit de l’intériorisation des contraintes créées par le capitalisme, et aujourd’hui le réceptacle d’une combinaison létale entre narcissisme et fétichisme de la marchandise.
Le sujet fétichiste-narcissique ne tolère plus aucune frustration et conçoit le monde comme un moyen sans fin voué à l’illimitation et la démesure. Cette perte de sens et cette négation des limites débouchent sur ce qu’Anselm Jappe appelle la « pulsion de mort du capitalisme » : un déchaînement de violences extrêmes, de tueries de masse et de meurtres « gratuits » qui précipite le monde des hommes vers sa chute.

   Dans ce contexte, les tenants de l’émancipation sociale doivent urgemment dépasser la simple indignation contre les tares du présent – qui est souvent le masque d’une nostalgie pour des stades antérieurs du capitalisme – et prendre acte d’une véritable « mutation anthropologique » ayant tous les atours d’une dynamique régressive.

 Les conclusions de cette traversée, nécessairement partielle, des logiques contemporaines permettent d’affirmer une thèse importante : il n’y a pas de « forme-sujet » opprimé de l’extérieur par la « forme-marchandise », comme par un carcan dont il suffirait de sortir pour se libérer. Au contraire, il y a eu historiquement, comme l’affirme Jappe, un « développement parallèle et conjoint de la forme-sujet et de la forme-marchandise » (p. 220). Cette idée conduit à rien moins qu’à un changement dans le paradigme traditionnel de l’émancipation à gauche, car elle oblige chaque militant qui souhaite un changement radical à repenser l’action politique également dans les termes d’une nécessaire déconstruction de « sa propre constitution psychique narcissique ». Ambitieux programme, que celui pour lequel la sortie de la société marchande passe au préalable par une importante transformation individuelle ! D’ailleurs, l’auteur n’a pas la prétention de donner la marche à suivre : le chemin reste à trouver, à tel point que son indétermination peut paraître un peu décourageante. Il n’en reste pas moins que l’ouvrage présente l’immense intérêt, par rapport à d’autres analyses contemporaines par ailleurs convergentes, de ne pas tomber dans l’ornière de l’invocation nostalgique de formes d’organisation sociale ou de rapports humains hérités du passé, ou même d’une « nature » de l’homme qui laisserait bien peu de place à l’invention historique.

Dans un entretien accordé à Mediapart, Anselm Jappe revient sur quelques-uns des principaux thèmes de sa théorie, sur son dialogue avec la psychanalyse ou avec certains essayistes critiques de la société néolibérale, sur sa critique du marxisme traditionnel et sur le devenir du capitalisme.

Anselm Jappe

Anselm Jappe

Le livre que vous publiez ces jours-ci, La Société autophage, explore en détail le devenir du sujet dans la société capitaliste. Le concevez-vous comme la poursuite des Aventures de la marchandise, qui exposait au public français la théorie critique de la valeur ?

C’est une continuation plus personnelle. L’ouvrage Les Aventures de la marchandise s’appuyait principalement sur les grands théoriciens de la critique de la valeur, notamment ceux qui écrivaient dans la revue allemande Krisis. Depuis, une partie de ces derniers, notamment Robert Kurz, ont fait évoluer cette théorie vers une théorie de la critique du sujet, avec une critique des Lumières. J’ai développé parallèlement mes propres idées, en m’intéressant également à l’apport de la psychanalyse. En cela, j’ai été particulièrement marqué par la lecture de Christopher Lasch et de ses ouvrages La Culture du narcissisme et Le Moi assiégé, mais j’ai également repris les ouvrages de Herbert Marcuse et Erich Fromm. À cela se sont ajoutées plusieurs autres lectures importantes pour la genèse de ce livre, celle du sociologue Luc Boltanski ou encore de Dany-Robert Dufour, avec qui je ne suis globalement pas d’accord, mais dont la lecture m’a paru suffisamment stimulante pour me donner l’envie de lui répondre. C’est ce parcours, qui a duré dix ans, qui m’a permis de construire La Société autophage.

La théorie critique de la valeur souligne l’abstraction que le capitalisme par nature impose au monde. Est-ce là le point de départ de votre démonstration ?

Ce qu’il est important de comprendre, c’est que la théorie critique de la valeur n’est pas une théorie purement économique. Elle s’inscrit dans la continuité de la pensée de Karl Marx, qui entreprend une critique de l’économie politique et non pas celle d’une théorie économique particulière. Marchandise, travail abstrait, valeur et argent ne sont pas, chez Marx, des catégories économiques, mais des catégories sociales qui forment toutes les façons d’agir et de penser dans la société. Ce n’est pas explicite chez Marx, mais c’est ce que l’on peut tirer de ses écrits. C’est pourquoi je fais de la valeur un « fait social total », au sens où l’entend Marcel Mauss.

Ces catégories sont, comme le dirait Emmanuel Kant, des formes a priori, des formes vides de sens qui sont comme des moules et dont tout découle. Ainsi, dans la société capitaliste, tout prend la forme d’une pure quantité d’argent et, au-delà même, d’une pure quantité. Cela va donc bien au-delà du seul fait économique. Ces catégories ne sont cependant pas des faits anthropologiques qui existeraient partout et toujours. Ce sont des formes qui progressivement s’imposent aux autres domaines de la vie, notamment aux relations sociales. On le voit avec l’émergence du « moi quantifié » dans le cadre de la mesure, par exemple, des prestations sportives. La quantification monétaire est une des formes les plus visibles de la société capitaliste, mais ce n’est pas la seule.

La première partie de votre livre décrit l’histoire du sujet confronté à cette abstraction imposée par le capitalisme. 

Oui, mais il est important de bien saisir la nature de cette abstraction. L’abstraction est un phénomène mental qui est évidemment une aide pour saisir le réel. On ne peut pas toujours parler d’un arbre particulier et l’on a donc recours à un concept général d’arbre. Mais il s’agit, ici, d’autre chose. Il s’agit d’une abstraction, la valeur, qui peut prendre n’importe quelle forme réelle par la quantification. Toute réalité peut être ramenée à une quantité de valeur. Elle devient alors une « abstraction réelle », concept qui n’est pas explicitement présent chez Marx, mais qui a été développé au XXe siècle. Et cela a des impacts très concrets. Un jouet ou une bombe ne deviennent ainsi plus que des quantités de la valeur abstraite et la décision de stopper ou de poursuivre leur production dépend de la quantité de survaleur, de plus-value, que ces objets contiennent.

Nous ne sommes donc plus ici dans la vision marxiste classique d’une dialectique entre base et superstructure, où l’économie s’imposerait et où le reste s’adapterait à elle. Ici, il s’agit d’une forme générale abstraite, la valeur, qui s’exprime à tous les niveaux. J’aime ainsi à citer le linguiste allemand Eske Bockelmann qui souligne qu’au XVIIe siècle la musique est passée d’une mesure qualitative à une mesure quantitative. Et cette abstraction s’exprime, au même moment, dans la nouvelle physique de Galilée ou dans la nouvelle épistémologie de Descartes.

C’est ici que prend forme l’un des éléments clés de votre pensée, la notion de fétichisme. Fondée par l'homme, la valeur dicte sa loi à l'homme. Un concept qui, selon vous, permet de saisir la nature du capitalisme au-delà des critiques habituelles.

Dans le concept marxien de fétichisme, qui découle de ce que l’on vient de dire, ce qui porte la valeur n’a aucune importance. Un jouet ou une bombe ne sont que des formes passagères d’une autre forme de réalité invisible, la quantité de travail abstrait, c’est-à-dire la valeur. Une fois cela compris, on peut aller au-delà de la simple vision moralisatrice de la société capitaliste. Le producteur de bombes produit des bombes non parce qu’il est insensible moralement, mais parce qu’il est soumis à cette logique fétichiste. L’immoralité peut s’y ajouter, mais ce n’est pas le moteur. Et, du reste, dans la société capitaliste, ce fétichisme touche aussi les ouvriers. Ceux qui fabriquent les bombes ne veulent pas perdre leur emploi. Tous participent à cette réalité, parce que tous sont soumis au fétichisme de la marchandise et de la valeur.

Il ne faut cependant pas se limiter à une vision trop systémique de la réalité. Il existe aussi un niveau de réalité fait d’idéologie et d’intérêts, où les acteurs veulent tirer des avantages réels de la situation et qui est nécessaire au bon fonctionnement du capitalisme. Les individus ne sont pas des marionnettes. Pour s’imposer, le capitalisme doit en passer par des systèmes de motivation et de gratification. C’est la carotte agitée devant l’âne. Seulement, ces motivations sont secondaires, elles peuvent toujours être remplacées par d’autres. Ce qui est essentiel pour le système, c’est l’existence une structure psychique spécifique. Et c’est ici que se joue la question du narcissisme du sujet.

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15 novembre 2017 3 15 /11 /novembre /2017 09:00

La tendance, après trois années de stagnation, est principalement due à la croissance économique de la Chine, premier pollueur mondial. Par Simon Roger et Stéphane Foucart avec AFP le 13 novembre 2017 pour Le Monde.

Les émissions mondiales de CO2 repartent à la hausse

Derrière les promesses de décarbonation de l’économie, le greenwashing et les paroles politiques, la réalité est toujours là, impitoyable. Après trois années de stagnation, les émissions humaines de dioxyde de carbone (CO2) sont reparties à la hausse en 2017, ruinant les espoirs de voir l’humanité sur le point d’entamer la décrue de ses émissions. C’est le constat majeur des travaux publiés, lundi 13 novembre dans la revue Earth System Science Data, par le consortium scientifique Global Carbon Project (GCP) qui dresse, chaque année depuis 2006, le bilan des émissions mondiales de CO2. La publication devrait faire office de piqûre de rappel aux délégués des Etats parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, réunis pour la COP23 à Bonn, en Allemagne, jusqu’au 17 novembre.

Selon les projections du GCP, l’année en cours devrait se clôturer sur un total d’environ 41 milliards de tonnes de CO2 (gigatonnes, ou GtCO2) émises par la combustion de ressources fossiles, les activités industrielles et l’utilisation des terres – essentiellement la déforestation. Soit un bilan en hausse de quelque 2 % par rapport à l’année précédente. Les auteurs soulignent que la principale raison à cette hausse – qui met fin à un plateau de trois ans – est le redémarrage des émissions chinoises, en hausse d’environ 3,5 %, ­tirées par une croissance économique estimée autour de 6,8 %. « La croissance des émissions de 2017 est fondée sur l’augmentation projetée de la consommation chinoise de charbon (+ 3 %), de pétrole (+ 5 %) et de gaz naturel (+ 12 %) », selon les auteurs.

Pékin demeure, plus que jamais, le premier émetteur de CO2 : 10,2 GtCO2, soit plus du quart des émissions mondiales, sont chinoises. Viennent ensuite les Etats-Unis (5,3 GtCO2), l’Inde (2,4 GtCO2), la Russie (1,6 GtCO2), le Japon (1,2 GtCO2), l’Allemagne (0,8 GtCO2), et l’Iran… La France arrive à la 19e place, derrière le Royaume-Uni et l’Italie. Considérée dans son ensemble, l’Union européenne arrive en troisième position, avec des émissions de 3,5 GtCO2.

Construire la confiance

Les données rassemblées par les scientifiques du GCP suggèrent en outre que le découplage entre croissance économique et croissance des émissions de carbone est possible : au cours de la décennie 2007-2016, vingt-deux pays représentant un cinquième des émissions mondiales ont ainsi vu leurs productions de CO2 décroître tout en parvenant à faire croître leur économie. C’est toutefois encore loin d’être une règle générale. Au cours des dix dernières années et dans la majorité des cas – pour 101 pays représentant la moitié des émissions –, faire grimper le produit intérieur brut entraîne mécaniquement la production de CO2.

« En dépit de la hausse de 2017, il est peu probable que les émissions mondiales reviennent à des taux de croissance durablement élevés, comme ce qui a été observé dans les années 2000 avec des augmentations de plus de 2 % par an, écrivent les chercheurs. Il est plus probable que les émissions vont se stabiliser, ou croître légèrement, grosso modo en accord avec les engagements nationaux soumis dans le cadre de l’accord de Paris. » Cependant, ces engagements sont encore loin de mettre l’atmosphère terrestre sur la trajectoire des 2 0C de réchauffement.

Une semaine avant le début de la COP23, une autre synthèse, supervisée cette fois par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), jugeait insuffisants les engagements nationaux pris fin 2015 pour contenir le réchauffement sous le seuil des 2 0C. A supposer que les 195 Etats signataires de l’accord de Paris respectent l’intégralité de leurs promesses, la planète s’achemine vers une hausse du thermomètre d’au moins 3 0C à la fin du siècle, alertent les experts onusiens.

A Bonn, les délégations des pays en développement attendent donc des pays riches, très émetteurs de gaz à effet de serre, qu’ils rehaussent leurs ambitions climatiques, mais aussi qu’ils respectent leur parole donnée. Pendant la première semaine de négociations a notamment resurgi la question des objectifs fixés dans le cadre du protocole de Kyoto, exigeant des efforts de réduction d’émissions des seuls Etats développés. Or, de nombreuses régions du Nord, à commencer par l’Union européenne, n’ont toujours pas ratifié la seconde période d’engagement de Kyoto, qui court de janvier 2013 à décembre 2020.

Source : Mise en garde des scientifiques du monde entier à l’humanité, deuxième avertissement, Bioscience, novembre 2017

Source : Mise en garde des scientifiques du monde entier à l’humanité, deuxième avertissement, Bioscience, novembre 2017

« Si nous ne respectons pas les décisions prises, comment construire la confiance, et comment donner une bonne base à l’application de l’accord de Paris ? », a souligné le négociateur chinois Chen Zhihua, très à l’aise pour aborder le sujet puisque la Chine, devenue depuis le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, reste considérée comme une nation émergente, non soumise aux décisions de Kyoto. Le soutien financier aux Etats les plus vulnérables est l’autre sujet de crispation de la COP23, qui a placé ses travaux sous la présidence d’un pays lui-même fragilisé par le changement climatique, les îles Fidji.

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14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 13:03

« Mise en garde des scientifiques à l'humanité : deuxième avertissement. » C'est une alerte solennelle que publient, lundi 13 novembre dans la revue BioScience, 15 364 scientifiques de 184 pays. A l’initiative du biologiste William J. Ripple, avec sept autres auteurs principaux, Christopher Wolf, Thomas M. Newsome, Mauro Galetti, Mohammed Alamgir, Eileen Crist, Mahmoud I. Mahmoud et William F. Laurance, biologistes, physiciens, astronomes, chimistes ou encore agronomes, spécialistes du climat ou des océans, de zoologie ou d'halieutique, mettent en garde contre la destruction rapide du monde naturel et le danger de voir l'humanité pousser " les écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie ". Lire aussi  En trente ans, près de 80 % des insectes auraient disparu en Europe, La moitié des vertébrés ont disparu en quarante ans, Climat : les banques continuent de financer les énergies fossiles et « Reconnaissons la nature comme sujet de droit ». Et aussi Le gouvernement enterre les objectifs de la loi de transition énergétique.

La mauvaise santé de la planète en 8 indicateurs - Source : Mise en garde des scientifiques du monde entier à l’humanité, deuxième avertissement, Bioscience, novembre 2017.

La mauvaise santé de la planète en 8 indicateurs - Source : Mise en garde des scientifiques du monde entier à l’humanité, deuxième avertissement, Bioscience, novembre 2017.

Il y a vingt-cinq ans, en 1992, à l'issue du Sommet de la Terre à Rio (Brésil), l’Union of Concerned Scientists et plus de 1 700 scientifiques indépendants, dont la majorité des lauréats de prix Nobel de sciences alors en vie, signaient un premier appel, le « World Scientists’Warning to Humanity ». Ces scientifiques exhortaient l’humanité à freiner la destruction de l’environnement et avertissaient : « Si nous voulons éviter de grandes misères humaines, il est indispensable d’opérer un changement profond dans notre gestion de la Terre et de la vie qu’elle recèle. » Dans leur manifeste, les signataires montraient que les êtres humains se trouvaient sur une trajectoire de collision avec le monde naturel. Ils faisaient part de leur inquiétude sur les dégâts actuels, imminents ou potentiels, causés à la planète Terre, parmi lesquels la diminution de la couche d’ozone, la raréfaction de l’eau douce, le dépérissement de la vie marine, les zones mortes des océans, la déforestation, la destruction de la biodiversité, le changement climatique et la croissance continue de la population humaine. Ils affirmaient qu’il fallait procéder d’urgence à des changements fondamentaux afin d’éviter les conséquences qu’aurait fatalement la poursuite de notre comportement actuel.

Les auteurs de la déclaration de 1992 craignaient que l’humanité ne pousse les écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie. Ils soulignaient que nous nous rapprochions rapidement des limites de ce que la biosphère est capable de tolérer sans dommages graves et irréversibles. Les scientifiques signataires plaidaient pour une stabilisation de la population humaine, et expliquaient que le vaste nombre d’êtres humains – grossi de 2 milliards de personnes supplémentaires depuis 1992, soit une augmentation de 35 % – exerce sur la Terre des pressions susceptibles de réduire à néant les efforts déployés par ailleurs pour lui assurer un avenir durable. Ils plaidaient pour une diminution de nos émissions de gaz à effet de serre (GES), pour l’abandon progressif des combustibles fossiles, pour la réduction de la déforestation et pour l’inversion de la tendance à l’effondrement de la biodiversité.

Source : Mise en garde des scientifiques du monde entier à l’humanité, deuxième avertissement, Bioscience, novembre 2017.

Source : Mise en garde des scientifiques du monde entier à l’humanité, deuxième avertissement, Bioscience, novembre 2017.

En ce vingt-cinquième anniversaire de leur appel, en réalisant le peu de progrès accomplis depuis 1992, il est temps de se remémorer leur mise en garde et d’évaluer les réponses que l’humanité lui a apportées en examinant les données de séries chronologiques disponibles. Depuis 1992, hormis la stabilisation de l’amenuisement de la couche d’ozone stratosphérique, non seulement l’humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre ces défis environnementaux annoncés, mais il est très inquiétant de constater que la plupart d’entre eux se sont considérablement aggravés. Particulièrement troublante est la trajectoire actuelle d’un changement climatique potentiellement catastrophique, dû à l’augmentation du volume de GES dégagés par le brûlage de combustibles fossiles, la déforestation et la production agricole – notamment les émissions dégagées par l’élevage des ruminants de boucherie. Nous avons en outre déclenché un phénomène d’extinction de masse, le sixième en 540 millions d’années environ, au terme duquel de nombreuses formes de vie pourraient disparaître totalement, ou en tout cas se trouver au bord de l’extinction d’ici à la fin du siècle.

L’humanité se voit aujourd’hui adresser une seconde mise en garde motivée par ces inquiétantes tendances. Nous mettons en péril notre avenir en refusant de modérer notre consommation matérielle intense mais géographiquement et démographiquement inégale, et de prendre conscience que la croissance démographique rapide et continue est l’un des principaux facteurs des menaces environnementales et même sociétales. En échouant à limiter adéquatement la croissance de la population, à réévaluer le rôle d’une économie fondée sur la croissance, à réduire les émissions de GES, à encourager le recours aux énergies renouvelables, à protéger les habitats naturels, à restaurer les écosystèmes, à enrayer la pollution, à stopper la « défaunation » et à limiter la propagation des espèces exotiques envahissantes, l’humanité omet de prendre les mesures urgentes indispensables pour préserver notre biosphère en danger.

Source : Mise en garde des scientifiques du monde entier à l’humanité, deuxième avertissement, Bioscience, novembre 2017.

Source : Mise en garde des scientifiques du monde entier à l’humanité, deuxième avertissement, Bioscience, novembre 2017.

Les responsables politiques étant sensibles aux pressions, les scientifiques, les personnalités médiatiques et les citoyens ordinaires doivent exiger de leurs gouvernements qu’ils prennent des mesures immédiates car il s’agit là d’un impératif moral vis-à-vis des générations actuelles et futures des êtres humains et des autres formes de vie. Grâce à un raz-de-marée d’initiatives organisées à la base, il est possible de vaincre n’importe quelle opposition, aussi acharnée soit-elle, et d’obliger les dirigeants politiques à agir. Il est également temps de réexaminer nos comportements individuels, y compris en limitant notre propre reproduction (l’idéal étant de s’en tenir au maximum au niveau de renouvellement de la population) et en diminuant drastiquement notre consommation par tête de combustibles fossiles, de viande et d’autres ressources.

La baisse rapide des substances destructrices de la couche d’ozone dans le monde montre que nous sommes capables d’opérer des changements positifs quand nous agissons avec détermination. Nous avons également accompli des progrès dans la lutte contre la famine et l’extrême pauvreté. Parmi d’autres avancées notables, il faut relever, grâce aux investissements consentis pour l’éducation des femmes et des jeunes filles, la baisse rapide du taux de fécondité dans de nombreuses zones, le déclin prometteur du rythme de la déforestation dans certaines régions, et la croissance rapide du secteur des énergies renouvelables. Nous avons beaucoup appris depuis 1992, mais les avancées sur le plan des modifications qu’il faudrait réaliser de manière urgente en matière de politiques environnementales, de comportement humain et d’inégalités mondiales sont encore loin d’être suffisantes.

Source : Mise en garde des scientifiques du monde entier à l’humanité, deuxième avertissement, Bioscience, novembre 2017.

Source : Mise en garde des scientifiques du monde entier à l’humanité, deuxième avertissement, Bioscience, novembre 2017.

Les transitions vers la durabilité peuvent s’effectuer sous différentes formes, mais toutes exigent une pression de la société civile, des campagnes d’explications fondées sur des preuves, un leadership politique et une solide compréhension des instruments politiques, des marchés et d’autres facteurs. Voici – sans ordre d’urgence ni d’importance – quelques exemples de mesures efficaces et diversifiées que l’humanité pourrait prendre pour opérer sa transition vers la durabilité :

  1. privilégier la mise en place de réserves connectées entre elles, correctement financées et correctement gérées, destinées à protéger une proportion significative des divers habitats terrestres, aériens et aquatiques – eau de mer et eau douce ;
  2. préserver les services rendus par la nature au travers des écosystèmes en stoppant la conversion des forêts, prairies et autres habitats originels ;
  3. restaurer sur une grande échelle les communautés de plantes endémiques, et notamment les paysages de forêt ;
  4. ré-ensauvager des régions abritant des espèces endémiques, en particulier des superprédateurs, afin de rétablir les dynamiques et processus écologiques ;
  5. développer et adopter des instruments politiques adéquats pour lutter contre la défaunation, le braconnage, l’exploitation et le trafic des espèces menacées ;
  6. réduire le gaspillage alimentaire par l’éducation et l’amélioration des infrastructures ;
  7. promouvoir une réorientation du régime alimentaire vers une nourriture d’origine essentiellement végétale ;
  8. réduire encore le taux de fécondité en faisant en sorte qu’hommes et femmes aient accès à l’éducation et à des services de planning familial, particulièrement dans les régions où ces services manquent encore ;
  9. multiplier les sorties en extérieur pour les enfants afin de développer leur sensibilité à la nature, et d’une manière générale améliorer l’appréciation de la nature dans toute la société ;
  10. désinvestir dans certains secteurs et cesser certains achats afin d’encourager un changement environnemental positif ;
  11. concevoir et promouvoir de nouvelles technologies vertes et se tourner massivement vers les sources d’énergie vertes tout en réduisant progressivement les aides aux productions d’énergie utilisant des combustibles fossiles ;
  12. revoir notre économie afin de réduire les inégalités de richesse et faire en sorte que les prix, les taxes et les dispositifs incitatifs prennent en compte le coût réel de nos schémas de consommation pour notre environnement ;
  13. déterminer à long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable tout en s’assurant le soutien des pays et des responsables mondiaux pour atteindre cet objectif vital.

Pour éviter une misère généralisée et une perte catastrophique de biodiversité, l’humanité doit adopter une alternative plus durable écologiquement que la pratique qui est la sienne aujourd’hui. Bien que cette recommandation ait été déjà clairement formulée il y a vingt-cinq ans par les plus grands scientifiques du monde, nous n’avons, dans la plupart des domaines, pas entendu leur mise en garde. Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec, car le temps presse. Nous devons prendre conscience, aussi bien dans nos vies quotidiennes que dans nos institutions gouvernementales, que la Terre, avec toute la vie qu’elle recèle, est notre seul foyer. Traduit par Gilles Berton, à lire aussi dans la revue BioScience en anglais.

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11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 09:08

On polluerait davantage dans les milieux populaires que dans les milieux aisés ? L’écologie serait un truc de riches ? Ces lieux communs ne résistent pas à l’analyse des bilans carbone. Reporterre remet les pendules à l’heure, en bande dessinée. Par Lorène Lavocat et Tommy le 9 novembre 2017 pour Reporterre.

Les milieux populaires au secours de la planète
Les milieux populaires au secours de la planète
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8 novembre 2017 3 08 /11 /novembre /2017 13:40

Alors qu'a commencée la COP 23, les engagements de Nicolas Hulot il y a 4 mois seulement - fait au nom du gouvernement dans Nicolas Hulot : « Nous visons la fin de la vente des voitures à essence et diesel d’ici à 2040 » - sont balayés. Ci-dessous un Communiqué de presse de négaWatt le mardi 7 novembre 2017 - lire aussi Le scénario Négawatt éclaire la gauche.

Ne plus différer l’échéance, mais accélérer l’action

S’appuyant sur le Bilan prévisionnel 2017 dont RTE publie aujourd’hui la synthèse, le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a annoncé mardi 7 novembre 2017 le glissement dans le temps de l’objectif de réduction à 50 % du nucléaire dans la production d’électricité en 2025, inscrit dans la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte d’août 2015.
Étonnée qu’un Ministre d’État puisse ainsi changer la loi et craignant un nouveau renoncement, l'Association négaWatt appelle au contraire à tirer tous les enseignements positifs de cet exercice prospectif inédit.

Le nouveau Bilan prévisionnel publié par RTE marque une étape importante, riche de constats et d’enseignements majeurs : s’appuyant sur une méthodologie robuste et sur l’analyse détaillée d’un très grand nombre de paramètres, il est aussi issu d’un processus de consultation très ouvert, que l’Association négaWatt salue et auquel elle est heureuse d’avoir contribué.

Cet exercice entérine avant tout une rupture historique dans l’évolution de la consommation d’électricité, appelée dans tous les cas à baisser grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique des appareils, et que seul un développement massif mais hypothétique du parc de véhicules électriques est susceptible de faire remonter à terme à son niveau actuel. Le Bilan prévisionnel conforte ainsi l’idée, portée de longue date par l’Association négaWatt, selon laquelle les potentiels d’efficacité sont supérieurs à la croissance des usages.

Il marque aussi et surtout une étape essentielle dans la construction d’une trajectoire maîtrisée sur la production explorant pour la première fois à ce niveau dans un exercice institutionnel différentes logiques possibles de réduction du nucléaire.

Si les scénarios qui en résultent montrent la difficulté à atteindre dans des conditions maîtrisées l’objectif décidé de réduction de la part du nucléaire du fait de l’inaction des dernières années, ils sont loin de montrer que c’est impossible. Au contraire, les options explorées par RTE montrent à la fois :

  • que réduire la capacité nucléaire installée par rapport au niveau actuel est, dans tous les cas, économiquement pertinent,
  • que la substitution du nucléaire par les renouvelables jusqu’à des taux de 40 % ou davantage est possible sans recours accru aux énergies fossiles,
  • que la fermeture systématique des réacteurs au plus tard à l’échéance des 40 ans (1) est possible sans augmentation non maîtrisée des émissions de gaz à effet de serre — le scénario négaWatt 2017-2050, plus ambitieux sur les renouvelables et la baisse de la consommation, montre même que c'est possible sans aucune augmentation de ces émissions.

Si l’inaction passée pèse de tout son poids sur l’échéance de 2025, le Bilan prévisionnel ne porte pas un message de renoncement. Il appelle au contraire, que l’on retarde cette échéance ou non, à ne plus différer l’action, soulignant que c’est par les décisions d’aujourd’hui que se construisent les marges de manœuvre de demain.

À cet effet, tout en rappelant l’extrême fragilité des scénarios misant sur la prolongation hasardeuse d’une partie des réacteurs compte tenu des incertitudes qui l’entoureraient, l’Association négaWatt souligne l’urgente nécessité de renforcer la maîtrise de la consommation et d’accélérer le développement des énergies renouvelables.

Forte de ses propositions en matière de sobriété, d’efficacité et de développement des énergies renouvelables, elle contribuera partout où la consultation est ouverte à porter ce message : accélérons l’action pour ne plus avoir à repousser les échéances !

 

(1) Plus précisément avant leur 4ème « visite décennale »

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6 novembre 2017 1 06 /11 /novembre /2017 16:44

La COP23 démarre aujourd'hui à Bonn. Malgré l’accord de Paris, des sommes considérables d’argent public et privé continuent de financer les énergies fossiles, première cause des dérèglements du climat. Y compris la France en Afrique, ou les banques françaises avec les sables bitumineux. Par Jade Lindgaard le 5 novembre 2017 pour Mediapart.

Climat : les banques continuent de financer les énergies fossiles

Le vingt-troisième sommet de l’ONU sur le climat, la COP23, commence lundi 6 novembre à Bonn, en Allemagne. Deux ans après l’accord de Paris, qui engage les signataires à tout faire pour limiter la hausse des températures à 2 °C, des sommes considérables d’argent public et privé continuent de financer des projets de centrales à charbon, fioul et gaz, de nouveaux gazoducs ou oléoducs, et même de futurs forages de sables bitumineux. C’est-à-dire exactement ce qu’il ne faut plus faire si l’on veut se donner une chance d’éviter la catastrophe climatique.

Pourquoi ? Deux rapports d’ONG éclairent les raisons de cette incohérence majeure. Oxfam s’est intéressé au rôle de la France dans la transition énergétique en Afrique saharienne. L’association a analysé les projets énergétiques financés par l’Agence française de développement (AFD) et sa filiale dédiée au secteur privé, Proparco. L’AFD est, par ses statuts, une banque publique et solidaire. C’est l’acteur central de la politique française de développement.

Premier problème : seuls 23 % des financements énergie de l’AFD sont dirigés vers les pays les moins avancés, déplore l’ONG, alors qu’ils ont des besoins considérables en termes d’accès à l’énergie. « Cette situation reflète les difficultés de ces pays à développer des projets d’infrastructures d’ampleur suffisante pour prétendre aux financements de l’AFD et le manque de garanties financières qu’ils peuvent apporter au remboursement de prêts. »

Or, l’AFD étant une banque, elle agit essentiellement en prêtant de l’argent aux États, à des conditions qui leur sont plus ou moins favorables. La part des dons ne représente que 6,7 % des opérations de l’agence sur l’énergie en 2016 (environ 153 millions d’euros). Au total, le portefeuille énergie atteint 2,2 milliards d’euros. La moitié est consacrée aux renouvelables et à l’efficacité énergétique (réduire la consommation des appareils et des infrastructures). Ce mode d’action a un effet direct sur le type de projets aidés : puisqu’il faut les rembourser, ils doivent être rentables. Ainsi, 82 % des projets énergie de l’agence concernent des infrastructures.

Cours de biologie la nuit tombée au Sierra Leone (©Oxfam)

Cours de biologie la nuit tombée au Sierra Leone (©Oxfam)

Or les habitant.e.s de ces pays sont à la fois les plus impacté.e.s par les dérèglements du climat et les moins responsables de cette pollution : la part de la moitié la plus pauvre de la population mondiale, soit 3,5 milliards de personnes, dans les émissions mondiales de CO2 n’est que de 10 %, d’après un précédent rapport d’Oxfam. L’Afrique subsaharienne est la région du monde où le taux d’accès à l’électricité est le plus faible : deux tiers de ses habitant.e.s n’y ont pas accès. Sur la planète, un milliard de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité.

Deuxième problème : sur les dix dernières années, 8 % des financements énergie de l’AFD ont encore profité à des projets fossiles, principalement des centrales à gaz et au fioul lourd, selon l’estimation d’Oxfam (en nombre de projets). Depuis 2013, l’agence assure ne plus financer de centrales à charbon. Mais entre 2003 et 2013, elle a financé une vingtaine de projets gaziers. Parmi eux, l’extension d’une centrale à gaz en Indonésie, soutenue à hauteur de 27,5 millions d’euros par Proparco. En 2008, la filiale privée de l’AFD a investi 30 millions d’euros dans la construction d’une centrale électrique au fioul au sud du Kenya.

Pour Oxfam, c’est insuffisant. L’ONG demande à l’agence de mettre un terme à tout soutien financier aux énergies fossiles, car « ceci est incompatible avec la mise en œuvre de l’accord de Paris ». Le conseil d’administration de l’AFD est présidé par Laurence Tubiana, une des principales négociatrices de l’accord de Paris. « Les énergies renouvelables sont une vraie opportunité pour les plus pauvres, explique Armelle Le Comte, auteure du rapport d’Oxfam. C’est un outil de lutte contre l’extrême pauvreté. Sans électricité, il n’y a pas d’ordinateur, pas d’Internet dans les écoles, pas de lumière pour étudier le soir, et, dans les hôpitaux, on opère à la bougie. Les renouvelables créent moins de pollution, impactent moins les terres et sont beaucoup moins consommatrices d’eau que les fossiles. Or l’eau est une ressource très précieuse dans les régions arides. »

L’AFD ne conteste pas cette estimation de 8 % d’énergie fossile. « Ce ne sont pratiquement que des projets gaz, le gaz étant la moins nuisible des énergies fossiles, explique Christian de Gromard, chef de projet énergie à l’AFD. Il n’y a plus du tout de projet charbon. En fait, ce sont des projets relativement anciens et qui s’inscrivent dans des schémas de transition énergétique de pays qui sont à des niveaux moins avancés. En particulier, le gaz reste une énergie de base dans ces pays pour compenser ce que les renouvelables ne peuvent pas fournir. Le solaire ou l’éolien fournit de l’énergie pendant 2 000 ou 3 000 heures au maximum en un an. Mais une année dure 8 000 heures. Donc il faut bien un complément. » 

Damien Navizet, responsable de la division climat de la banque, précise : « On s’inscrit toujours dans un contexte national. Certains pays ont entamé une transition énergétique. Mais cela va prendre au moins 20 ou 30 ans aux pays les moins avancés. Parfois, on sera peut-être amené à considérer le financement de gaz. Mais a priori on en fait de moins en moins. Surtout, on a une politique de sélectivité : on ne veut pas financer les projets très émetteurs, au-delà d’un million de tonnes de CO2 par an. On va faire majoritairement des renouvelables. Pour qu’elles fonctionnent, il y a besoin d’une couche de base facilement mobilisable et le gaz, c’est parfait pour ça. »

En revanche, l’agence conteste ne pas assez soutenir les petits projets des pays les moins avancés : « Oxfam oppose les puissantes et les petites énergies, mais je crois qu’il ne faut pas les opposer, réagit Christian de Gromard. On est présents sur les deux tableaux. Mais ils ne comptent pas de la même façon dans des bilans globaux. Une centrale solaire peut aller jusqu’à 500 MW, c’est la moitié d’un petit réacteur nucléaire. Cela pèse très lourd en financements. Quand vous faites de l’électrification décentralisée pour 10 000 familles, ça coûte 300 euros par famille, donc 5,6 millions d’euros en tout. Ça ne va pas peser lourd dans le milliard d’euros global. Ça ne veut pas du tout dire qu’on n’est pas présents sur le décentralisé. On est au contraire très présents sur l’électrification, en particulier en Afrique, à travers de nouveaux systèmes de gestion décentralisée. Mais la somme des petits projets ne fera jamais l’équivalent d’un très gros engagement. »

BNP Paribas dans le top 5 des banques européennes liées aux sables bitumineux

Les Amis de la terre, avec 11 autres ONG (dont Rainforest Action Network, BankTrack, Sierra Club…), ont décortiqué les financements de l’extraction de sables bitumineux (« tar sands » en anglais) dans un rapport publié le 2 novembre, en anglais, à lire ici (et un communiqué en français). C’est probablement l’énergie la plus sale par les multiples pollutions qu’elle cause et la plus attentatoire aux droits et coutumes des peuples premiers, du fait de la localisation de ses gisements – essentiellement au Canada. C’est la raison pour laquelle ces associations considèrent que les forages et l’exploitation des sables bitumineux, des « énergies fossiles extrêmes », doivent être les premiers à être abandonnés, avec les forages en Arctique et les puits en eau très profonde.

Depuis la signature de l’accord de Paris en décembre 2015, le volume de financement des sables bitumineux a chuté. Mais plusieurs nouveaux projets sont en cours de développement, concernant des mines et des oléoducs. S’ils sont menés à terme, ils augmenteront la production énergétique des sables bitumineux de plus de 70 % d’ici à 2040. Parmi les projets identifiés par le rapport, l’oléoduc Keystone XL, relancé par Donald Trump, l’oléoduc Trans Mountain de Kinder Morgan, entre les provinces de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, la ligne 3 d’Enbridge au Minnesota et « la mine de la frontière » de Teck Resources, sur le territoire du peuple Athabasca Chipewyan, au Canada.

Mine de sables bitumineux de Syncrude, au nord de Fort McMurray, en Alberta, au Canada (Reuters, Todd Korol)

Mine de sables bitumineux de Syncrude, au nord de Fort McMurray, en Alberta, au Canada (Reuters, Todd Korol)

Les auteurs du rapport ont constitué la liste des banques impliquées dans le financement de ces projets. On y trouve de grands groupes américains : Bank of America, Citigroup, JPMorgan Chase, Wells Fargo. Parmi les groupes européens, plusieurs banques françaises se distinguent : BNP Paribas, Crédit agricole et Société générale.

BNP Paribas, deuxième banque européenne, vient d’annoncer de nouveaux critères de décision de financement pour les projets non conventionnels de pétrole et de gaz. Mis en œuvre, ils lui interdiraient de collaborer avec des groupes dont plus de 30 % des activités sont consacrées aux sables bitumineux, ainsi que de financer la totalité de ce type de projets. Mais son implication passée est si importante qu’elle figure dans le top 5 des banques européennes les plus liées aux sables bitumineux, avec Barclays, HSBC, Deutsche Bank et Crédit suisse.

« La COP23 va démarrer, nous sommes deux ans après la COP21, et si on fait le bilan du point où en sont les banques françaises depuis 2015, rien ne s’est passé !, résume Lucie Pinson, chargée de campagne sur la finance privée pour les Amis de la Terre. Même les sables bitumineux continuent d’être financés massivement par les grandes banques. C’est dramatique. BNP Paribas vient d’adopter une nouvelle politique, mais c’est la seule. Les engagements des banques sur le charbon sont insuffisants et ont été pris avant la COP21. D’ici à 2018, ce sont toutes les énergies fossiles extrêmes qu’il aurait fallu laisser derrière nous. Les banques ont l’impression que c’est bon, qu'elles ont fait le job, alors que chaque année elles devraient faire plus. »

À la différence des investisseurs, dont une partie s’engage dans une forme de désinvestissement des énergies fossiles (voir ici et là), les banques peuvent continuer à financer des projets fossiles très polluants sans en porter le risque. Selon le décompte des Amis de la Terre, 1 600 centrales à charbon représentant une puissance de 800 gigawatts sont en cours de développement dans le monde aujourd’hui (en cours de construction ou en passe de l’être). Cela représente le double de l’actuelle capacité de production en Inde. C’est énorme.

Alors que Donald Trump vient d’annoncer la suppression totale du plan américain de fermeture des centrales à charbon, ces deux rapports secouent les facilités de pensée : la présidence américaine, aussi graves soient ses décisions, est loin d’être la seule responsable de la destruction en cours du système climatique.

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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 09:06

Dans un essai philosophique et politique, Valérie Cabanes exhorte à agir sur tous les leviers possibles pour se préparer au changement d’ère. Par Ingrid Merckx le 1er novembre 2017 pour Politis à lire sur www.politis.fr. Lire aussi « Reconnaissons la nature comme sujet de droit ».

En avril 2017, le tribunal international citoyen contre Monsanto rend ses conclusions à La Haye

En avril 2017, le tribunal international citoyen contre Monsanto rend ses conclusions à La Haye

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 15:55

La notion de collapse civilisationnel n’est plus l’apanage des catastrophistes. Les désastres déjà visibles interdisent le déni et invitent à agir en profondeur. Par Vanina Delmas le 1er novembre 2017 pour Politis à lire sur www.politis.fr. Cf. En trente ans, près de 80 % des insectes auraient disparu en Europe et La moitié des vertébrés ont disparu en quarante ans.

Les militants d’Ende Gelände lors d’une action contre des mines de charbon dans le bassin du Rhin, en Allemagne le 26 août 2017.

Les militants d’Ende Gelände lors d’une action contre des mines de charbon dans le bassin du Rhin, en Allemagne le 26 août 2017.

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Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas