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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 09:32

Certains articles du projet de loi de finances tournent le dos à des disposition sur la lutte contre le réchauffement climatique ou la préservation de la biodiversité. Par Rémi Barroux le 21 décembre 2017 pour Le Monde.

Nicolas Hulot, ministre de la transition écologiue, à l’Assemblée nationale, le 20 décembre. ALAIN JOCARD / AFP

Nicolas Hulot, ministre de la transition écologiue, à l’Assemblée nationale, le 20 décembre. ALAIN JOCARD / AFP

Étourderie ou décision politique assumée ? Certains articles du projet de loi de finances (PLF) tournent le dos à des dispositions pourtant vantées par le gouvernement sur la lutte contre le réchauffement climatique ou la préservation de la biodiversité.

Ainsi, la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et son remplacement par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) pourrait avoir des effets pervers sur les ambitions de rénovation thermique, une « priorité nationale » selon le plan climat présenté par le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, le 6 juillet, ou encore la loi pour la transition énergétique de 2015.

« En gros, ce PLF aboutit à détaxer le patrimoine polluant et émetteur de gaz à effet de serre (avions privés, automobiles, yachts à moteur, actions de société pétrolières ou très intensives en énergie, etc.) et à surtaxer le patrimoine dépollué ou rénové », explique Guillaume Sainteny, haut fonctionnaire et maître de conférences à l’Ecole polytechnique, où il enseigne le développement durable. Le raisonnement est simple. En réalisant des travaux de rénovation thermique de son bien, un propriétaire va le voir prendre de la valeur et pourra le vendre plus cher. La plus-value immobilière sera plus importante et taxée davantage. Ce qui incite peu, explique M. Sainteny, à réaliser ces travaux.

Des travaux en baisse

Il en est de même pour l’impôt sur la fortune immobilière qui augmentera, freinant les ardeurs rénovatrices des propriétaires. « Si M. Durand est en dessous du seuil d’assujettissement à l’IFI, il sera tenté de ne pas rénover, car s’il le fait, il pourrait passer le seuil et devenir imposable, laissant ainsi son bien se dégrader », détaille Guillaume Sainteny, qui rappelle que le nombre de bailleurs effectuant des travaux ne cesse de diminuer : « moins 60 % depuis 2008 ».

Les associations de professionnels de l’immobilier mais aussi des ONG de défense de l’environnement, comme Humanité et biodiversité n’ont cessé d’alerter le gouvernement, en vain. « Il nous paraît inconcevable que les espaces naturels, dont le rendement est nul ou infime, voient leur taux d’impôt sur le revenu accru à 62,2 %, plus du double de celui des actions (30 %), soient soumis à un nouvel impôt sur la fortune immobilière et deviennent taxés à un taux de plus-value augmenté à 36,2 %, alors même que les plus-values mobilières disparaissent. Cela revient à faire des écosystèmes les biens les plus imposés de France », a ainsi écrit à M. Hulot, Agnès Michelot, la présidente de la Société française pour le droit de l’environnement, le 10 décembre.

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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 09:10

Un communiqué de la Ligue des Droits de l’Homme du 18 décembre 2017. Lire aussi Le numérique assigné à l'état d'urgence permanent, Loi de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme : La LDH demande la censure du Conseil constitutionnel et Etat d’urgence : des mesures déclarées anticonstitutionnelles.

Le Conseil constitutionnel, saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), à laquelle la Ligue des droits de l’Homme (LDH) s’était jointe, vient de déclarer contraire à la Constitution la nouvelle version, résultant de la loi du 28 février 2017, du délit de consultation habituelle des sites Internet terroristes.

Le Conseil constitutionnel, comme il l’avait déjà considéré dans sa décision du 10 février 2017 qui censurait alors la première version du texte, relève que la législation comprend déjà un ensemble considérable d’infractions et de dispositions procédurales pénales spécifiques ou de mesures administratives ayant pour objet de prévenir la commission d’actes de terrorisme.

Il critique la rédaction défectueuse du texte qui fait peser une incertitude sur la portée exacte de l’incrimination. Il considère, en conséquence, que l’atteinte portée à la liberté de communication n’est pas nécessaire, adaptée et proportionnée.

La LDH avait alerté, lors des débats parlementaires, sur ces risques d’atteintes disproportionnées aux droits et aux libertés, et rappelé que la lutte contre le terrorisme devait et pouvait s’inscrire dans le respect des libertés fondamentales.

La Ligue des droits de l’Homme salue cette décision qui rappelle une nouvelle fois, de manière ferme, au législateur que la liberté de communication des pensées et des opinions est, comme l’exprime la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, dans son article 11, un des droits les plus précieux de l’humanité.

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21 décembre 2017 4 21 /12 /décembre /2017 09:27

Les Etats membres ont voté les critères d’identification de ces produits chimiques dangereux dans le cadre du règlement européen sur les pesticides. Par Stéphane Horel le 14 décembre 2017 pour Le Monde. Lire aussi Perturbateurs endocriniens : le vote camouflet du Parlement européen et sur le fond, Perturbateurs endocriniens : la fabrique d'un mensonge et Perturbateurs endocriniens : l’histoire secrète d’un scandale.

Pulvérisation de pesticides à Fromelles (Nord), le 9 mai 2016. DENIS CHARLET / AFP

Pulvérisation de pesticides à Fromelles (Nord), le 9 mai 2016. DENIS CHARLET / AFP

Pas de tergiversations, cette fois. Mercredi 13 décembre, les Etats membres de l’Union européenne (UE) ont adopté, du premier coup, une version remaniée des critères d’identification des perturbateurs endocriniens.

Un vote en forme d’aboutissement pour la Commission européenne qui est parvenue, après dix-huit mois d’enlisement, à réunir une majorité qualifiée (55 % des pays représentant au moins 65 % de la population totale de l’UE).

Le 4 octobre, le Parlement européen avait opposé son veto à une précédente version du texte, contraignant l’exécutif à revoir sa copie, amendée jusqu’alors avec réticence pour répondre aux demandes de certains Etats membres qui la considéraient trop laxiste. Nécessaires à l’application du règlement européen sur les pesticides de 2009, ces critères doivent permettre d’identifier les perturbateurs endocriniens afin de les retirer du marché.

Omniprésentes dans les produits de consommation courante et l’environnement, ces substances chimiques sont capables d’interagir avec le système hormonal des êtres vivants. Ils sont reliés à de multiples maladies telles que certains cancers, l’infertilité, des malformations génitales ou des troubles de développement du cerveau.

Campagne de lobbying des industriels

Les eurodéputés rejetaient surtout une dérogation introduite en cours de route par la Commission sous la pression de l’Allemagne, soucieuse de préserver les intérêts de ses grands groupes agrochimiques comme BASF et Bayer. Cette clause d’exception aurait permis d’épargner les pesticides… conçus pour être des perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire élaborés pour agir sur le système hormonal de leurs cibles. Les élus l’avaient jugée illégale, car créant des exceptions dans des « éléments essentiels » de la loi, et ils avaient demandé à la Commission de proposer une nouvelle version « dans les plus brefs délais ».

Le retard s’était en effet creusé depuis décembre 2013, date butoir à laquelle les critères auraient dû être finalisés. Alliés dans une campagne de lobbying de grande ampleur, les industriels des secteurs des pesticides et de la chimie étaient parvenus à faire reporter la décision en obtenant qu’une étude d’impact économique soit menée. Saisie par plusieurs Etats membres, Suède en tête, la Cour de justice de l’Union européenne avait condamné la Commission pour son retard fin 2015.

« J’en appelle maintenant au Conseil et au Parlement européens à donner leur feu vert pour garantir une rapide mise en œuvre des critères en 2018 », a déclaré Vytenis Andriukaitis, le commissaire à la santé chargé des dossiers sur les perturbateurs endocriniens et le glyphosate – parmi les plus explosifs du moment. Dès son annonce, en juin 2016, la toute première version de son texte avait été accueillie par un déluge de critiques, y compris de la part des industriels.

 « Trois commandements »

Dorénavant, pour être identifié comme perturbateur endocrinien, un pesticide devra donc répondre à « trois commandements ». Il devra produire un effet négatif et avoir un mode d’action qui altère les fonctions du système hormonal. Mais surtout, il faudra démontrer que cet effet négatif est une conséquence directe de ce mode d’action.

« Le niveau de preuve demandé est toujours extrêmement élevé », a déploré François Veillerette, porte-parole de l’ONG Générations futures, reflétant la déception exprimée mercredi par les ONG et les scientifiques. « Les Etats membres ont échoué à saisir l’opportunité offerte par la décision du Parlement européen d’améliorer de manière considérable les critères afin de réellement protéger la santé humaine », estime, pour sa part, Genon K. Jensen, directrice de la coordination européenne Health and Environment Alliance (HEAL).

Quant à la communauté scientifique compétente, elle n’a eu de cesse, depuis 2016, de demander à modifier les critères en profondeur. Forte de 18 000 membres, la Endocrine Society dénonçait déjà un « niveau de preuve irréaliste » avant même l’introduction de la clause d’exception retoquée au Parlement.

Même s’il salue la suppression de cette dernière, Angel Nadal, président du groupe de conseil de la Endocrine Society et professeur de physiologie à l’université Miguel-Hernandez de Elche (Espagne), estime que les critères appliqués aux pesticides et aux biocides « ne sont pas à la hauteur de ce qui serait requis pour protéger de manière efficace la santé publique pour cette génération et celles à venir ».

Législations en souffrance

Depuis le début du processus de décision en 2010, les industriels et certains Etats membres, Allemagne et Royaume-Uni en tête, se sont opposés à l’adoption d’un système de catégories inspiré du classement des cancérigènes : perturbateur endocrinien suspecté, présumé ou connu. Cette gradation permet d’établir des priorités, en termes de mesures de restriction, mais aussi d’information du public.

La rédaction des « lignes directrices » qui expliquent dans le détail comment appliquer les critères d’identification est, elle, déjà terminée. Elaborées sous l’égide des agences européennes de l’alimentation (EFSA) et des produits chimiques (ECHA), elles font l’objet d’une consultation publique jusqu’au 31 janvier.

La Commission européenne devra ensuite s’atteler à d’autres législations en souffrance, car en attente de ces critères dont l’application devrait être étendue à d’autres produits que les pesticides. C’est le cas notamment des cosmétiques, dont le règlement prévoyait une mise à jour sur la question des perturbateurs endocriniens début 2015. Le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) a d’ailleurs saisi la médiatrice de l’UE contre la Commission, fin novembre, en raison de ce retard à légiférer.

Ces dernières années, plusieurs équipes de chercheurs ont essayé d’estimer le coût, pour la société, des problèmes de santé liés aux produits chimiques. La dernière étude en date, publiée fin novembre dans la revue Environmental Health, a été réalisée par Philippe Grandjean (Harvard T.H. Chan School of Public Health, Etats-Unis) et Martine Bellanger (Ecole des hautes études en santé publique, France). Elle estime les dégâts causés par la pollution (polluants atmosphériques, perturbateurs endocriniens et substances neurotoxiques) à environ 10 % du produit intérieur brut mondial.

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20 décembre 2017 3 20 /12 /décembre /2017 11:34

  

Parce qu’elles n’accepteront pas que les centres d’hébergement deviennent des annexes des préfectures, 25 associations qui accueillent, hébergent, orientent des personnes sans abri, ont saisi le 18 décembre le Défenseur des droits au sujet du nouveau dispositif étatique destiné à l’examen de la situation administrative des étrangers sans abri hébergés ou qui sollicitent un hébergement. Lire aussi L’humanité de demain se construit par l’accueil des migrants aujourd’hui.

Annoncé aux associations lors d’une réunion organisée par les ministres de l’Intérieur et de la Cohésion des territoires le 8 décembre, ce projet, qui remet en cause l’accueil inconditionnel des personnes dans les centres d’hébergement d’urgence, principe fondamental de l’action sociale, avait provoqué le départ anticipé de représentants associatifs.

Deux circulaires (l’une publiée le 8 décembre et l’autre datée du 12 décembre, mais pas encore publiée) prévoient en effet l’envoi d’équipes mobiles constituées d’agents de l’OFII et du service étranger des préfectures dans les centres d’hébergement en vue d’identifier les personnes de nationalité étrangère.

Conséquences immédiatement anticipées par ces associations : des personnes (dont des familles avec enfants, rappelons-le) qui n’appelleront plus le 115 pour être hébergées, qui resteront  à la rue ou dans des squats ou bidonvilles de peur d’être contrôlées et expulsées ou qui subiraient des fins de prise en charge.

Les associations demandent donc au Défenseur des droits d’intervenir auprès du gouvernement afin que ces instructions portant gravement atteinte aux droits fondamentaux des personnes étrangères hébergées dans les centres ne soient pas mises à exécution.

Si ces textes devaient être opposables aux personnes : ils mettraient un point final au principe de l’accueil inconditionnel, instaureraient un contrôle généralisé et discriminatoires des personnes étrangères au sein de lieux privés et obligeraient les associations à transmettre des informations à caractère personnel préjudiciables aux personnes qu’elles accueillent.

Associations signataires de la saisine :

Fédération des acteurs de la solidarité, La Cimade, Emmaüs Solidarité, Emmaüs France, Centre Primo Levi, UNIOPSS, Fondation Abbé Pierre, UNICEF, Médecins sans frontières, la Ligue des droits de l'Homme, Samu social de Paris, Médecins du monde, Secours catholique, JRS, Fédération de l'entraide protestante, CASP, France terre d’asile, Fondation de l’Armée du salut, Association Cités du Secours Catholique, Le refuge, Droit au logement (DAL), Dom’asile, Amicale du Nid, MRAP, Fédération d’Habitat et Humanisme.

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20 décembre 2017 3 20 /12 /décembre /2017 11:18

A l’occasion de la journée mondiale des migrants, le 18 décembre 2017, 413 organisations affirment qu’elles sont « fermement décidées à promouvoir un changement radical qui mette un terme à ces politiques migratoires aux conséquences humaines dramatiques ». Et qu’elles veulent « faire ressortir des revendications communes et des propositions concrètes pour une autre politique migratoire, respectueuse des droits fondamentaux ». Lire aussi Recensement des étrangers dans les centres d’hébergement : les associations saisissent le Défenseur des droits.

 

L’humanité de demain se construit par l’accueil des migrants - tribune du 18 décembre 2017 avec la liste des signataires.

En cette journée internationale des migrants, nous pensons à ces milliers d’enfants, de femmes et d’hommes qui ont péri en Méditerranée, dans le désert, ou en captivité, alors qu’ils avaient entrepris un voyage pour une vie meilleure, plus sûre et plus digne, comme tout être humain peut la désirer. Hommage à tous ces exilés qui ont dû risquer leur vie à cause de plusieurs décennies de politiques des pays les plus riches qui ont rendu les routes de l’exil impraticables et périlleuses.

En cette journée mondiale des migrants, nos pensées se portent également vers tous et toutes ces citoyens et citoyennes engagé⋅e⋅s qui, en France, en Europe et dans le monde, pensent qu’accueillir les personnes migrantes, manifester de la solidarité envers elles, c’est construire l’humanité d’aujourd’hui et le monde de demain.

Les obstacles mis sur les routes des migrants font le jeu des profiteurs de malheur, qui sèment le trouble et la terreur en se livrant au trafic d’êtres humains, au racket et à l’esclavage. Ces maux doivent être dénoncés et combattus. Or l’arsenal répressif déployé aveuglément par les gouvernements européens frappe du même coup les personnes migrantes, renforçant encore la nécessité pour elles de recourir à des réseaux criminels.

La France est en première ligne de ce mauvais combat. Une proposition de loi actuellement en discussion au parlement permettrait la rétention administrative anticipée des personnes « dubliné.e.s » (1), puis, début 2018, un projet de loi sur l’immigration et l’asile risque d’accroître encore le dispositif de répression à l’encontre de l’ensemble des étrangers. Sans attendre l’adoption de ces réformes, le ministre de l’Intérieur, via une circulaire en date du 20 novembre, a exhorté les préfets à obtenir des résultats rapides en matière d’expulsion de personnes en situation irrégulière. Pour ajouter encore au caractère inacceptable de cette politique, d’autres mesures sont envisagées qui remettraient en question le principe de l’accueil inconditionnel dans les structures d’hébergement d’urgence, et viseraient à contraindre les acteurs associatifs opérant dans ces centres à participer au tri entre « bons » et « mauvais » migrants.

On utilise cette expression pour désigner les personnes « placées en procédure Dublin », c’est-à-dire que le règlement européen Dublin III autorise à renvoyer dans l’État de l’UE par lequel elles ont transité avant d’arriver en France.

L’action extérieure de la France est à l’avenant. Le Président Macron s’indigne du traitement des migrants détenus en Libye, et des marchés aux esclaves, qu’il feint de découvrir quand les ONG alertent sur leur existence depuis plusieurs années.

Mais ni la France ni l’Europe n’envisagent de renoncer à financer les « autorités » libyennes pour qu’elles continuent de bloquer les migrants, et donc à fermer les yeux sur les violences et les trafics dont elles se rendent de fait complices.

L’argumentaire est toujours le même : la France, comme l’Europe, ne peut pas accueillir toute la misère du monde… Sauf que « toute la misère du monde » n’a aucunement l’intention de venir en France ou en Europe ! Les chiffres l’attestent clairement. Entêtées dans cette logique manichéenne de tri, les autorités des pays européens refusent d’admettre que les causes des migrations sont multiples, et d’envisager, en conséquence, que les critères pour accueillir et accorder une protection le soient aussi.

Dans nos actions de terrain, nous, associations et organisations citoyennes, constatons quotidiennement les conséquences de ces orientations : maltraitance des migrants, violation de leurs droits fondamentaux, criminalisation des bénévoles, affaiblissement des principes guidant le travail social et la protection des personnes les plus fragiles, et donc les fondements mêmes de la solidarité nationale.

Cette politique se développe sans concertation large avec les centaines d’associations locales, collectifs citoyens ou organisations nationales qui travaillent aux côtés des personnes migrantes. En dépit de nos demandes, le gouvernement se barricade derrière ses certitudes, se limitant à quelques rencontres avec certains acteurs pour les informer de ses décisions et confirmer son choix de pratiques démagogiques, au demeurant dénuées de réalisme, érodant chaque jour un peu plus nos chances de construire un futur fait de droits, de solidarité et de respect.

Dans ce contexte plus qu’inquiétant, nous avons pris l’initiative, le 21 novembre, de lancer les « États généraux des Migrations ». D’abord marqués par des rencontres en régions de tous les acteurs citoyens impliqués, les idées et propositions qui en émergeront seront ensuite discutées à l’occasion d’une session nationale plénière prévue au printemps prochain. Notre objectif est de faire ressortir des revendications communes et des propositions concrètes pour une autre politique migratoire, respectueuse des droits fondamentaux.

Ce 18 décembre, en soutien à tous et toutes les migrant⋅e⋅s, nous sommes fermement décidés à promouvoir un changement radical qui mette un terme à ces politiques migratoires aux conséquences humaines dramatiques.

  1. On utilise cette expression pour désigner les personnes « placées en procédure Dublin », c’est-à-dire que le règlement européen Dublin III autorise à renvoyer dans l’État de l’UE par lequel elles ont transité avant d’arriver en France.
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14 décembre 2017 4 14 /12 /décembre /2017 11:03

Les expertises jointes en annexe du rapport des médiateurs remis mercredi au premier ministre ont été publiées par erreur, puis retirées, lundi 11 décembre. Sans préjuger du contenu du rapport final, certains documents, que Mediapart a pu consulter, remettent en cause les arguments pour la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-LandesPar Christophe Gueugneau et Jade Lindgaard le 12 décembre 2017 pour Mediapart. Lire aussi Trois médiateurs pour étudier le dossier de Notre-Dame-des-Landes. Et lire leur rapport ci-dessous !

RAPPORT établi par Anne BOQUET, Michel BADRÉ, Gérard FELDZER, Membres de la mission de médiation, Avec le concours d’Emmanuel CONSTANTIN, rapporteur.

C’est peut-être le rapport d’experts le plus verrouillé du début du quinquennat Macron. Confiée le 1er juin à trois personnalités chacune reconnue dans leur champ d’expertise, la médiation de sortie du conflit de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) remet le résultat de ses auditions et analyses mercredi 13 décembre au premier ministre. Rien n’en avait fuité, pas même l’heure de mise en ligne, jusqu’à lundi après-midi. Avec 48 heures d’avance, les rapports d’expertise sur lesquels se sont basés les médiateurs pour rendre leur avis se sont retrouvés en ligne. Ils ont très vite été supprimés du site de la médiation. Mais sont restés visibles suffisamment longtemps pour être téléchargés par les internautes les plus réactifs. C’est sur la base de ces documents que Presse Océan, Ouest-France et Le Télégramme ont publié, lundi, une série d’articles sur l’évaluation économique des deux aéroports.

Mediapart a pu récupérer une grande partie de ces dossiers d’expertise. Mais ni le contenu du rapport ni la conclusion de ses auteurs. Il faut donc attendre la publication de l’intégralité du document, mercredi matin, pour en apprécier la tonalité générale. Il est déjà possible d’écrire que les documents d’expertise publiés en annexe du rapport apportent des arguments favorables au réaménagement de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique (NA) sur des points techniques importants. Interrogé par Le Monde lundi, Emmanuel Macron a estimé que « quelle que soit la décision que nous prendrons, ce projet doit doter le Grand Ouest d’une structure qui lui permette d’être relié au reste de l’Europe ». « Le premier ministre et les ministres concernés demanderont des compléments s’il y a lieu, et une décision définitive sera prise au plus tard en janvier. Les intérêts climatiques seront évidemment pris en compte dans notre décision. Il y a aussi les aspects démocratiques et économiques », ajoute le président de la République. Le sort de Nicolas Hulot est-il dans la balance ? Le ministre de l’écologie, qui déclarait fin novembre à L’Obs, que le dossier constituait une « ligne rouge », a affirmé dimanche qu’il « prendrait ses responsabilités en fonction de ce qu’il y a dans le rapport », précisant que « cela ne veut pas forcément dire démissionner »

Pour Françoise Verchère, co-présidente du Cédpa (Collectif des élus doutant de la pertinence du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes), ce ne sont que des annexes qui ont été publiées par erreur, mais elles révèlent tout de même quelques points intéressants. « Pour l’instant, c’est assez positif », estime-t-elle néanmoins, « il y a là des documents majeurs qui battent en brèche certains arguments des pro-Notre-Dame-des-Landes ».

Les coûts économiques 

C’est le débat le plus intense entre les partisans et les opposants de Notre-Dame-des-Landes : combien coûterait ce nouvel aéroport, et, surtout, combien coûterait de réaménager l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique pour accueillir, à l’horizon 2040, 9 millions de passagers contre 5 actuellement. Ce dernier point divergeait énormément selon que l’on prenne les chiffres de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) ou bien ceux des opposants. La DGAC évaluait, en 2013, l’aménagement de Nantes-Atlantique (NA) à 825 millions d’euros pour 9 millions de personnes. Les opposants, eux, à 145 millions. 

Les experts interrogés de l’Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux) et du Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) établissent le coût de ce réaménagement entre 415 et 545 millions pour 9 millions de passagers. Soit peu ou prou le coût initialement prévu pour la construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, mais pour 4 millions de passagers seulement. L’atelier citoyen, ce collectif d’architectes, urbanistes, comptables et ingénieurs, qui a entièrement contre-expertisé les sujets techniques du dossier, a mis la main sur l’étude architecturale de la DGAC qui évalue à 900 millions d’euros le coût du nouvel aéroport pour 9 millions de passagers. Soit deux fois plus cher que pour l’aménagement de l’actuelle aérogare. Les experts estiment en outre à entre 4 et 11 semaines la fermeture de la piste de l’aéroport de Nantes-Atlantique, avec une perte d’exploitation estimée à 35 millions d’euros. Les opposants estimaient quant à eux qu’il n’était pas nécessaire de fermer la piste alors que la DGAC parlait en 2013 d’une fermeture pendant « trois à six mois ».

Impact sur les documents d’urbanisme

La direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages du ministère de la cohésion des territoires a été interrogée sur l’impact d’un éventuel abandon de NDDL au profit d’une extension de l’actuel sur le SCOT (Schéma de cohérence territoriale) de Nantes-Saint-Nazaire et les PLUI (Plan local d’urbanisme intercommunal) en cours d’élaboration. Le service du ministère conclut qu’un maintien de Nantes-Atlantique aboutirait à une révision du SCOT et donc des PLUI en cours d’élaboration, mais sans modifications majeures. Il note, dans sa réponse de quatre pages, que « si le nouvel aéroport est abandonné, il n’aura pas pour effet d’apporter de changements majeurs au Plan d’aménagement et de développement durable. Au contraire, il aurait pour conséquence de gommer les contradictions entre la priorité donnée à la transition écologique et énergétique du territoire et l’affirmation de ce projet »

C’est un point important car l’un des principaux arguments des pro-aéroport était que la construction d’un aéroport dans le bocage préserverait son écosystème de l’étalement urbain. Sur ce sujet, l’administration leur donne tort.

Bilan carbone

Nantes-Atlantique entraînerait légèrement moins de pollution au CO2, selon le rapport commandé à Carbone 4. « L’étude révèle que l’empreinte carbone de l’option NDDL est supérieure à celle de Nantes-Atlantique, de près de 200 kilotonnes, soit 12 % des émissions calculées pour 20 ans d’exploitation », écrivent les experts. Avant de mettre un bémol à leurs calculs : « Il est notable que cet écart d’émissions est du même ordre de grandeur que l’incertitude inhérente au calcul d’empreinte carbone. »

 

Les émissions de CO2 selon le choix de l'aéroport.

Les émissions de CO2 selon le choix de l'aéroport.

Les experts soulignent par ailleurs que « dans les deux options, ce sont les émissions des déplacements au sol des passagers qui sont nettement prépondérantes avec près de 80 % de l’empreinte carbone évaluée ». Le fait de construire des dessertes de transport en commun est donc capital. « L’empreinte carbone est sensible à la desserte des aéroports en transports en commun, notamment la desserte par les transports ferrés qui sont envisagés : prolongement d’un tramway pour NA, construction d’un tram-train pour NDDL », écrit Carbone 4. Si la construction de ces dessertes est de nature à faire baisser le bilan carbone de l’un ou l’autre des aéroports, cela ne changerait pas les grands équilibres et la différence d’émission de CO2 resterait la même. « Ce document donne l’avantage au maintien de Nantes-Atlantique », se félicite Françoise Verchère du Cédpa.

Une deuxième piste à Nantes-Atlantique ?

La DGAC s’est livrée, à la demande des médiateurs, à une « étude sommaire » concernant la construction d’une seconde piste sur l’aéroport actuel. Celle-ci présenterait l’avantage de diminuer le survol des zones habitées. Deux hypothèses ont été étudiées. La première – la construction d’une piste en V par rapport à l’existante – est jugée « intéressante » mais pose le problème du survol de Rezé. « Cette commune n’est actuellement pas survolée à l’atterrissage. Proche de l’aéroport, elle sera soumise à des nuisances et des contraintes d’urbanisme nouvelles », note la DGAC.

L’autre piste étudiée serait de créer une nouvelle piste qui couperait la première en formant un angle droit. « Cette hypothèse imposerait l’acquisition de plus de 200 ha de foncier et conduirait à une redistribution des équipements et des infrastructures sur la plateforme », écrit la DGAC.

L'aéroport de Nantes-Atlantique © Reuters

L'aéroport de Nantes-Atlantique © Reuters

Les zones humides

L’augmentation du trafic sur l’aéroport de Nantes Atlantique – qui passerait de 5 millions de passagers aujourd’hui à 9 millions en 2040 – n’aurait pas d’impact sur la zone Natura 2000 qui borde le site. « Ce document est très important car il tord le cou définitivement au mythe de l’aéroport », souligne Françoise Verchère. « La réputation du lac de Grand-Lieu au niveau international repose en très grande partie sur l’importance de ses effectifs de grands oiseaux coloniaux reproducteurs », détaille Jean-Philippe Siblet, du Muséum national d’histoire naturelle. Celui-ci ajoute plus loin dans son rapport d’une vingtaine de pages que « l’impact des avions commerciaux sur l’avifaune de Grand-Lieu est d’autant plus improbable qu’ils ne survolent que la rive orientale du lac en phase d’atterrissage, moteurs à faible régime (de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, à une altitude élevée, jusqu’à Saint-Aignan-de-Grand-Lieu, à plusieurs centaines de mètres d’altitude), très éloignée des colonies des grands oiseaux coloniaux ».  

Jean-Philippe Siblet conclut donc qu’« il est clair que ni les mouvements actuels des avions, ni l’augmentation futur du trafic de l’aéroport de Nantes-Atlantique ne sont susceptibles d’engendrer un impact significatif sur les populations d’oiseaux du lac de Grand-Lieu ». En revanche, l’extension de la piste vers le sud entraînerait la destruction de plusieurs zones humides. « Il y a toutefois lieu de s’interroger sur le projet d’extension de l’actuelle piste vers le sud. En effet, un tel scénario aurait pour conséquence la destruction de milieux naturels à caractère humide. Il est toutefois peu probable que si cette solution était retenue, elle puisse modifier les conclusions de cette expertise », dit l’expert qui indique en outre que « l’aménagement de l’aéroport actuel aura comme conséquence d’éviter les risques d’extension de l’urbanisation de la rive nord du lac qui, elle, pose des problèmes considérables en matière d’artificialisation des sols »

Là encore, c’était un point majeur de désaccord entre pro et anti-aéroport. L’ancien directeur du site naturel du lac de Grand-lieu est devenu la bête noire des pro-NDDL après avoir expliqué que les oiseaux de la zone étaient habitués aux avions et n’étaient donc pas particulièrement en péril à cause de l’essor éventuellement à venir du trafic aérien.

Le bruit

La commission a également demandé à la DGAC d’établir de nouvelles cartes d’exposition au bruit pour les habitants proches de l’actuel aéroport. Cette nouvelle étude revoit à la baisse la zone C du plan d’exposition au bruit. Cette zone est particulièrement scrutée parce qu’elle interdit dans son périmètre toute nouvelle construction et augmentation de population. Le centre-ville de Nantes n’est pas concerné par cette nouvelle étude et la construction du futur CHU sur l’île de Nantes ne devrait finalement pas être concernée par le nouveau plan d’exposition au bruit.

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13 décembre 2017 3 13 /12 /décembre /2017 13:10

L’enjeu était de taille : redynamiser l’Accord de Paris en dégageant des financements publics supplémentaires pour les pays en développement. Las, les Etats se sont contentés de rappeler leurs promesses passées sans s’engager davantage. Seuls Axa et la Banque mondiale ont joué le jeu des nouvelles annonces. Téléchargez les douze engagements internationaux du « One Planet Summit » (lien en fin d'article). D'après Emilie Massemin le 13 décembre 2017 pour Reporterre. Lire aussi Appel pour un Pacte Finance-Climat européen - Mille milliards d’euros pour le climat et #PasUnEuroDePlus pour les énergies du passé !.

One Planet Summit : que retenir d'une belle opération de com’ ?

Si le « One Planet Summit » s’est achevé avec plus d’une heure de retard, mardi 12 décembre vers 20 h 30, ce n’est certainement pas à cause d’une multiplication d’annonces fracassantes. L’objectif de ce sommet international sur le climat, organisé par la France en partenariat avec la Banque mondiale et l’Organisation des Nations unies (ONU), était de convoquer de nouveaux financements publics et privés pour l’aide au développement et la transition énergétique, au détriment des énergies fossiles. Mais après une journée de travail qui a mobilisé quelque 4.000 visiteurs dont une dizaine de chefs d’Etat, à la Seine musicale à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), les résultats n’étaient pas au rendez-vous.

Deux annonces sont quand même sorties du lot. La première émane d’Axa, le groupe français spécialisé dans l’assurance, qui a promis dans le cadre du premier panel de discussion « Verdir la finance en faveur d’une économie durable » de désinvestir 2,4 milliards d’euros supplémentaires du charbon, en retirant ses actifs des entreprises qui tirent plus de 30 % de leur chiffre d’affaires de ce combustible ultra-polluant. Jusqu’à présent, l’assureur s’était contenté du seuil de 50 % du chiffre d’affaires, ce qui ne lui avait permis de désinvestir que 500 millions d’euros. Le PDG Thomas Buberl a également indiqué que le groupe allait abandonner ses soutiens au pétrole issus de sables bitumineux. « En 2015, nous nous étions engagés à investir 3 milliards d’euros dans les investissements verts d’ici 2020, nous avons déjà atteint cet objectif. Nous décidons maintenant d’augmenter cet objectif à 20 milliards d’euros d’ici 2020 », a enfin promis M. Buberl.

La Banque mondiale a pour sa part fait la promesse très remarquée de cesser de financer le pétrole et le gaz après 2019 – même si elle se réserve la possibilité de continuer à financer des projets gaziers dans les pays les plus pauvres, à condition qu’ils soient compatibles avec l’Accord de Paris. En 2016, les financements de la Banque mondiale vers l’industrie pétrolière et gazière ont représenté environ 1,6 milliard de dollars, soit moins de 5 % de la totalité des financements accordés la même année, rappelle le site d’information Actu-Environnement. L’organisation financière s’est également engagée à calculer les émissions de gaz à effet de serre des projets qu’elle finance, à partir de 2018 et tous les ans ensuite.

« Davantage un plan de communication qu’une réelle mobilisation »

One Planet Summit : que retenir d'une belle opération de com’ ?

« Ce sont les deux seules choses intéressantes, soupire Alexandre Naulot, chargé de plaidoyer Taxe sur les transactions financières à Oxfam France. On a l’impression que les Etats se sont cachés derrière la finance privée. Il existe un réel décalage entre la réalité du changement climatique – l’intensification des ouragans sur les Caraïbes, les sécheresses dans la corne de l’Afrique, les inondations en Asie du Sud-Est – et ce sommet qui était davantage un plan de communication qu’une réelle mobilisation. »

Certes, Emmanuel Macron a annoncé la mobilisation de 1,5 milliard d’euros d’ici 2022 pour l’adaptation au changement climatique - soit une augmentation de 300 millions par rapport à l’engagement déjà pris lors de la COP21. Mais Armelle Le Comte, responsable du plaidoyer Climat et énergie à Oxfam France, ne cache pas sa déception : « Nous attendions de la France qu’elle double ses financements pour l’adaptation au changement climatique pour atteindre 2,4 milliards d’euros par an d’ici 2022. Nous ne cachons pas notre déception face à une annonce insuffisante qui ne prend pas au sérieux les impacts croissants du changement climatique sur les populations les plus pauvres. Cette annonce ne change pas radicalement la tendance : en 2020, la France consacrera à peine un tiers de ses financements climat à l’adaptation, alors même que l’Accord de Paris vise un équilibre entre réduction des émissions et adaptation. »

Alexandre Naulot, chargé de plaidoyer n’a pas non plus goûté l’engagement du président de la République d’appuyer une taxe sur les transactions (TTF) financières « à la française » au niveau européen. « La TTF en discussion au niveau européen, qui intégrait dans son périmètre les produits dérivés, aurait permis de lever 22 milliards d’euros par an. La taxe défendue par Macron, en excluant ces produits dérivés, ne permettrait de lever au mieux que 4 milliards d’euros, peste-t-il. Tout ça parce que la France, qui spécule énormément sur les produits dérivés, protège ses intérêts et cherche à attirer les flux financiers en provenance de Grande-Bretagne et des Etats-Unis. »

Pourtant, 300 milliards de dollars annuels de besoins de financement dès 2030

Les autres dirigeants n’ont pas vraiment relevé le niveau. Le Premier ministre du Danemark a indiqué la création d’une Coalition d’investissement dans les énergies propres. Le président égyptien a promis 500 millions d’euros de financement pour le développement national des énergies renouvelables. Le président du Mexique a répété – il l’avait déjà annoncée – une déclaration sur le prix du carbone intégrant le Canada, la Colombie, le Chili, le Pérou, l’Etat de Washigton, l’Ontario, Québec et la Californie (mais sans précision sur le prix de la tonne de carbone, alors qu’il doit être fixé à minimum 40 dollars pour être efficace). La Chine a elle aussi annoncé la mise en œuvre, dans les prochains jours, d’un système national d’échange de quotas de carbone. Un inventaire à la Prévert de mesures disparates, bien loin des attentes très fortes des pays en développement. « Les besoins financiers pour l’adaptation seront de 300 milliards de dollars par an en 2030 », a rappelé le Premier ministre du Bangladesh.

Plusieurs personnalités américaines avaient fait le déplacement pour signifier leur attachement à l’Accord de Paris, en dépit du retrait des Etats-Unis annoncé en juin dernier. « Ne vous inquiétez pas trop du retrait de Trump parce que les Etats et les villes ont beaucoup de pouvoir. Trump s’est retiré lui-même de l’accord de Paris, pas les Etats-Unis. Il est coincé dans le passé, et nous marchons vers l’avenir », a assuré le gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger. Bill Gates en a profité pour annoncer qu’il consacrerait 315 millions de dollars pour soutenir la recherche en agriculture en Afrique, notamment pour des semences résistantes à la chaleur, aux sécheresses et aux ravageurs – l’histoire ne dit pas s’il s’agira d’OGM (organismes génétiquement modifiés).

D’un inaltérable enthousiasme, Emmanuel Macron s’est montré satisfait de son sommet. Il l’a conclu en énumérant douze mesures internationales pour la protection du climat. « Je souhaite que chaque année nous nous retrouvions sous ce format. Nous avons besoin chaque année d’avoir une réunion de chantier », a-t-il martelé, avant de poser les pouces en l’air avec un des 180 enfants convoqués pour l’exercice de la « photo de famille ». « Merci d’avoir décidé collectivement de refuser le fatalisme, et de gagner cette bataille collectivement, avec détermination et avec force, en prenant des engagements et en les tenant ! »

Les douze engagements internationaux du « One Planet Summit » A télécharger ci-dessous.

Les douze engagements internationaux du « One Planet Summit » - à télécharger !

One Planet Summit : que retenir d'une belle opération de com’ ?
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10 décembre 2017 7 10 /12 /décembre /2017 09:15

Alors que la France s’apprête à accueillir, le 12 décembre, le sommet climat imaginé pour les deux ans de l’accord de Paris, un rassemblement d’économistes, de responsables politiques, d’artistes, de philosophes, de syndicalistes, signent un appel pour dénoncer le chaos climatique et financier vers lequel l’humanité se dirige. Jeffrey Sachs, Tim Jackson, des membres de la commission Stern-Stiglitz, Alain Grandjean, Pascal Lamy, l’ancien président de la Commission européenne Romano Prodi, l’ex-premier ministre Jean-Marc Ayrault ou la maire de Paris, Anne Hidalgo, figurent dans ce large panel. Les deux auteurs Jean Jouzel, climatologue et Pierre Larrouturou, économiste, demandent aux responsables européens de réorienter la création monétaire afin d’affecter 1 000 milliards d’euros au financement de la transition énergétique. Un appel partagé, retrouvez tous les autres signataires sur www.climat-2020.eu. Vous pouvez aussi signer cet appel. Lire aussi à la suite l’analyse de Marie Charrel et Simon Roger du 9 décembre 2017 pour Le Monde, et Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec.

Appel pour un Pacte Finance-Climat européen - Mille milliards d’euros pour le climat

Nous ne pouvons pas rester sans rien dire. Nous ne pouvons pas rester sans agir. Aujourd’hui, l’esprit se révolte contre le sort qui est promis à l’Homme. Nous, Citoyens d’Europe et Citoyens du monde associés dans une même communauté de destins, n’acceptons pas que l’humanité se dirige, sans réagir, vers le chaos climatique.

Le 31 octobre 2017, l’ONU nous alertait solennellement [1] sur l’écart « catastrophique » qui existe entre les engagements des États et les réductions des émissions de gaz à effet de serre qu’il faudrait opérer pour maintenir le réchauffement en-dessous de 2°C.

Appel pour un Pacte Finance-Climat européen - Mille milliards d’euros pour le climat

« Les engagements actuels des États couvrent à peine un tiers des réductions nécessaires, soulignait Erik Solheim, directeur du Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Gouvernements, secteur privé, société civile doivent combler cet écart catastrophique. Un an après l’entrée en vigueur de l’accord de Paris, nous sommes loin de faire ce qu’il faudrait pour préserver des centaines de millions de personnes d’une vie de misère ». Comment combler cet écart ? Comment rattraper le temps perdu ? Que peut faire l’Europe ?

Puisque c’est « au nom de l’emploi américain » que les États-Unis ont décidé de se retirer de l’Accord de Paris, il est fondamental que l’Europe fasse la preuve « grandeur nature » qu’il est possible de diviser par 4 ses émissions de gaz à effet de serre tout en créant massivement des emplois. Il est fondamental aussi que l’Europe prenne pleinement sa part pour cofinancer la lutte contre le réchauffement climatique dans les pays du Sud.

Diviser par 4 nos émissions, d’ici 2050 au plus tard ? Le chantier est colossal mais investir massivement dans les économies d’énergie et les énergies renouvelables pourrait conduire à « 900.000 créations d’emplois en France » selon les dernières prévisions de l’ADEME [2] et plus de 6 millions d’emplois pour toute l’Europe… Voilà un bon moyen de faire reculer nettement le chômage et la précarité. Un bon moyen, donc, de réconcilier l’Europe avec les citoyens.

Nul ne peut douter de la rentabilité à moyen terme du chantier, car la multiplication des événements climatiques extrêmes provoque déjà chaque année des milliers de morts, des millions de réfugiés et des dépenses de plus en plus lourdes. Le réchauffement climatique provoquera non seulement des catastrophes naturelles (sécheresses, canicules, inondations,…) mais aussi des famines et des déplacements de population meurtriers. Que se passera-t-il dans 20, 30 ou 40 ans si des centaines de millions d’hommes et de femmes doivent quitter leur terre natale, devenue invivable ? A moyen terme, nous le savons tous, c’est la Paix mondiale qui est en jeu, si nous ne sommes pas capables de réduire, drastiquement et très rapidement, nos émissions de gaz à effet de serre.

Comment financer ce chantier colossal ? Certes, ces investissements seront tous rentables à terme, mais comment « amorcer la pompe » ?

Appel pour un Pacte Finance-Climat européen - Mille milliards d’euros pour le climat

En même temps qu’une Taxe sur les Transactions Financières et une Taxe sur le CO2, deux leviers doivent être utilisés au plus vite :

  1. La création monétaire doit être mise au service de la lutte contre le dérèglement climatique. Depuis avril 2015, la BCE a créé près de 2.500 milliards d’euros et les a mis à disposition des banques commerciales. Dans le même temps, les prêts de ces banques au secteur privé (entreprises et ménages) augmentaient de moins de 300 milliards. L’essentiel des liquidités alimente la spéculation : tous les mois, les marchés financiers battent de nouveaux records et le FMI ne cesse de nous mettre en garde contre le risque d’une nouvelle crise financière…

Puisque la BCE a décidé récemment de prolonger sa politique d’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing), il nous semble urgent de « flécher » la création monétaire pour qu’elle aille vers l’économie réelle et finance, dans tous les États membres, les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables.

  1. Lutter contre le dumping fiscal européen, en créant une Contribution Climat de 5 %. En quarante ans, le taux moyen d’impôt sur les bénéfices a été divisé par 2 en Europe : il est aujourd’hui proche de 20 % alors que, aux États-Unis, le taux de l’impôt fédéral sur les bénéfices est stable, depuis plus de quatre-vingt ans, à 35 % [3].

Appel pour un Pacte Finance-Climat européen - Mille milliards d’euros pour le climat

 Même avec un taux limité à 5 %, un impôt européen sur les bénéfices permettrait de dégager chaque année plus de 100 milliards d’euros, une somme qui permettrait d’abonder le budget européen pour cofinancer le chantier « Facteur 4 » sur le territoire européen, investir massivement dans la recherche (sur le stockage de l’énergie, les transports ou une nouvelle génération d’ordinateurs, plus sobres en électricité,…) et augmenter très nettement l’aide aux pays d’Afrique et du pourtour méditerranéen.

« L’économie mondiale est comme le Titanic. Elle accélère avant le choc, nous prévient le FMI [4]. La prochaine crise risque d’être plus grave et plus générale que celle de 2008.» « Il ne nous reste que quelques années pour agir » affirment de leur côté les spécialistes du climat.

Pour éviter la double peine (une nouvelle crise financière & le chaos climatique), il est urgent de dégonfler la spéculation et de donner de nouveaux moyens à la lutte contre le réchauffement climatique.

Voilà pourquoi, puisque Angela Merkel, Emmanuel Macron et un grand nombre de dirigeants européens souhaitent relancer l’Europe en la dotant de nouveaux traités, nous, signataires de cet Appel, demandons solennellement aux chefs d’État et de Gouvernement européens de négocier au plus vite un Pacte Finance-Climat, qui assurerait pendant 30 ans des financements à la hauteur des enjeux pour financer la transition énergétique sur le territoire européen et muscler très fortement notre partenariat avec les pays du Sud.

Nous souhaitons que la création monétaire de la BCE soit mise au service de la lutte contre le dérèglement climatique et contre le chômage, et nous voulons qu’un impôt européen sur les bénéfices (de l’ordre de 5 %) permette de dégager un vrai budget pour investir dans la recherche et lutter contre le réchauffement climatique, en Europe, en Afrique comme dans tout le pourtour méditerranéen.

Appel pour un Pacte Finance-Climat européen - Mille milliards d’euros pour le climat

 Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » s’indignait Jacques Chirac à Johannesburg en 2002. Quinze ans plus tard, nous sommes de plus en plus nombreux à nous réveiller la nuit à cause de la gravité des crises qui nous menacent.

Pour éviter les catastrophes annoncées par l’ONU, il est urgent de provoquer un sursaut collectif et, par là même, de redonner du sens au projet européen en affirmant clairement quelles sont nos priorités.

Convaincus que nous ne parviendrons pas à reprendre en main notre destin si chaque nation reste isolée, nous demandons instamment aux Chefs d’État et de gouvernement de mettre en œuvre au plus vite une politique européenne qui dépasse les clivages traditionnels, mette la finance au service du climat et de la justice sociale, et nous permette de regarder sans rougir l’héritage que nous laisserons à nos enfants.

[1] Emissions Gap Report 2017. 31 octobre 2017, www.unenvironment.org

[2] ADEME : Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Agence gouvernementale française.

« L’ADEME actualise son scénario énergie-climat 2035-2050 ». 19 octobre 2017, www.ademe.fr

[3] 35 % d’impôt fédéral et 3 % en moyenne d’impôt prélevé par les états fédérés. Soit un total de 38 %.  Donald Trump souhaite baisser l’impôt fédéral sur les bénéfices mais, pour le moment, il est stable à 35 % depuis 1933. Ce qui n’a nullement empêché le développement de l’économie américaine.

[4] Rapport sur la stabilité financière dans le monde, FMI, 11 octobre 2017

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Mille milliards d’euros pour le climat

Panneaux solaires à Zaktubi, près de Ouagadougou, le 29 novembre 2017. LUDOVIC MARIN / AFP

Panneaux solaires à Zaktubi, près de Ouagadougou, le 29 novembre 2017. LUDOVIC MARIN / AFP

Mi-novembre, pendant la COP23, des milliers de scientifiques diffusaient un appel relayé sur ce blog, Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec pour mettre en garde contre la dégradation catastrophique de l’environnement. Alors que la France s’apprête à accueillir, le 12 décembre, le sommet climat imaginé pour les deux ans de l’accord de Paris, c’est un rassemblement d’économistes, de responsables politiques, d’artistes, de philosophes, de syndicalistes, qui prend la plume pour dénoncer le chaos climatique et financier vers lequel l’humanité se dirige. Jeffrey Sachs, Tim Jackson, des membres de la commission Stern-Stiglitz, Alain Grandjean, Pascal Lamy, l’ancien président de la Commission européenne Romano Prodi, l’ex-premier ministre Jean-Marc Ayrault ou la maire de Paris, Anne Hidalgo, figurent dans ce large panel.

« Il est urgent de dégonfler la spéculation et de donner de nouveaux moyens à la lutte contre le réchauffement climatique », alertent les signataires de ce texte rédigé par le climatologue Jean Jouzel et l’économiste Pierre Larrouturou, que Le Monde publie en intégralité. Les auteurs demandent aux responsables européens « de négocier au plus vite un pacte finance-climat qui assurerait pendant trente ans des financements à la hauteur des enjeux ».

Emballement incontrôlable

L’initiative a reçu le soutien de Nicolas Hulot, qui a préfacé l’ouvrage. « Face à la crise financière, l’Europe a été capable d’innover, de trouver des solutions mobilisant des centaines de milliards d’euros, argumente le ministre de la transition écologique et solidaire. Comment justifier que l’Europe ne trouve pas les moyens pour lutter radicalement contre le réchauffement en cours ? » L’Élysée, en revanche, se refuse à tout commentaire sur ce projet qui pourrait trouver un écho le 12 décembre puisque le sommet de Paris est consacré aux enjeux financiers du défi climatique. Misant sur cette caisse de résonance, un autre groupe d’économistes d’une vingtaine de nationalités demande, dans une déclaration rendue publique le 7 décembre, l’arrêt total des flux financiers en direction des combustibles fossiles.

Ancienne figure du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC, Jean Jouzel observe depuis des années l’emballement incontrôlable de la machine climatique : « L’une des mauvaises nouvelles de 2017, c’est la courbe des émissions de CO2 qui repart à la hausse en raison notamment de la croissance économique chinoise, alors qu’elle avait stagné entre 2014 et 2016. »

A l’urgence climatique s’ajoute le risque d’une crise financière. Coupable : la flambée de l’endettement public et privé, battant des records dans le monde. Mais aussi les remèdes administrés par les banques centrales pour relancer l’économie depuis 2008. « Depuis début 2015, la BCE [Banque centrale européenne] a créé plus de 2 200 milliards d’euros de liquidités mises à disposition des banques », explique Pierre Larrouturou, qui propose que 1 000 milliards soient affectés au financement de la transition énergétique.

Après avoir ramené ses taux directeurs à zéro, l’institut de Francfort a en effet lancé l’assouplissement quantitatif (quantitative easing en anglais, ou QE) : depuis mars 2015, il rachète massivement des dettes publiques et d’entreprises, en créant de la monnaie. Cette mesure a fait baisser les taux auxquels les États, les entreprises et les ménages empruntent, soutenant ainsi la reprise. « Mais la monnaie créée alimente au passage la spéculation financière et des bulles, faisant le lit de la prochaine crise », préviennent les auteurs.

Pour limiter ce risque de krach, ils suggèrent de réorienter 50 % du QE vers le financement de la transition énergétique – de quoi faire d’une pierre deux coups, en somme. En pratique, la BCE pourrait prêter plus massivement [elle le fait déjà] à la Banque européenne d’investissement (BEI). A celle-ci, ensuite, d’investir dans des projets verts. Outre une taxe sur les émissions de CO2 et une taxe sur les transactions financières, complexes à mettre en œuvre, ils proposent également d’harmoniser l’impôt sur les sociétés dans les États membres, et d’en dédier 5 % à la lutte contre le réchauffement.

Ces ressources mixtes permettraient de financer le pacte pour le climat susceptible de se traduire par un nouveau traité européen. « Ce projet concret serait mobilisateur pour les citoyens », assure Jean Jouzel. « C’est aussi un enjeu de compétitivité économique, souligne Philippe Lamberts, eurodéputé Vert de Belgique, signataire de l’appel. L’Europe a raté le coche de la révolution numérique de Google et Facebook. Si elle ne prend pas le leadership de la transition énergétique, il ne lui restera rien. » Sans parler des emplois que pourraient créer les investissements verts : jusqu’à 900 000 en France, selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Et près de 6 millions dans l’Union européenne.

« Organiser un référendum »

L’idée de réorienter la création monétaire vers l’écologie est déjà soutenue par nombre d’économistes depuis plusieurs années, tels que Gaël Giraud, économiste en chef de l’Agence française de développement (AFD), et Alain Grandjean, fondateur du cabinet de conseil Carbone 4. « C’est un projet pertinent à plus d’un titre », approuve Jézabel Couppey-Soubeyran, économiste à la Sorbonne, auteure de plusieurs tribunes sur le sujet. « Aujourd’hui, nombre des dettes rachetées par la BCE sont celles d’entreprises polluantes des vieilles industries : c’est aussi choquant qu’inutile », souligne Stan Jourdan, de QE for People, l’ONG en pointe sur ce combat, qui a également signé le pacte.

Mais un tel changement de cap n’est pas aussi simple à obtenir que le suggèrent les auteurs. Il se heurte à un calendrier serré. Après le sommet climat du 12 décembre, le climatologue et l’économiste s’accordent un an pour récolter 3 millions de signatures à travers toute l’Europe. « Dans la foulée, nous pourrions organiser un référendum sur l’adoption du nouveau traité européen incluant nos propositions », précise M. Larrouturou, s’inspirant d’une idée du philosophe allemand Jürgen Habermas. Ce référendum se tiendrait le même jour dans tous les Etats, fin 2018-début 2019. Ceux qui l’adoptent démarreraient ensuite une coopération renforcée autour de sa mise en œuvre.

Problème : à ce moment-là, les possibilités offertes par le QE seront plus limitées. Les rachats de dettes de la BCE, aujourd’hui de 60 milliards d’euros mensuels, tomberont en effet à 30 milliards en janvier 2018, et devraient baisser encore après septembre 2018. Certes, à première vue, rien n’empêche la BCE de les réaugmenter pour financer la BEI.

Sauf que cela pourrait entrer en contradiction avec son mandat, pierre angulaire de toutes les mesures prises depuis 2008. A savoir, soutenir l’activité pour faire converger l’inflation vers la cible de 2 %, synonyme d’une économie en bonne santé. Une fois ce seuil atteint probablement en 2019, la BCE cessera d’acheter de nouvelles dettes. Et ce, afin d’éviter de déclencher une hausse des prix trop forte, nuisible au pouvoir d’achat. « Ne pas le faire serait violer son mandat et enfreindre le principe de son indépendance face au politique », souligne Julien Pinter, chercheur à Paris I et économiste au think tank BSI Economics. « L’écologie est une orientation relevant des gouvernements, s’en décharger sur la BCE, qui n’est pas élue, serait à la fois un peu lâche et dangereux », souligne Grégory Claeys, du think tank bruxellois Bruegel.

Pourquoi, dès lors, ne pas modifier les statuts de l’institution pour élargir ses missions ? « Délicat, car c’est un grand tabou pour les Allemands », explique Gilles Moëc, économiste chez Bank of America ML, en rappelant que ces derniers n’ont accepté de participer à l’euro qu’à condition que les États ne mêlent jamais des affaires de la BCE. « Ils redoutent que les pays les moins sérieux, dont la France, en profitent pour laisser aller leurs finances publiques », détaille une source européenne.

Mais nos voisins sont également conscients de l’urgence climatique. « L’Allemagne est en pleine réflexion sur le financement de la sortie du charbon, c’est le moment ou jamais », assure M. Larrouturou, convaincu que la coalition que la chancelière Angela Merkel négocie pour former un nouveau gouvernement pourrait se saisir du pacte. Dans tous les cas, l’adhésion du couple franco-allemand serait déterminante pour porter ce projet. Sans cela, il sera difficile de convaincre l’Irlande, le Luxembourg et les autres États membres à la fiscalité légère, de consacrer une partie de leurs recettes aux investissements verts.

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9 décembre 2017 6 09 /12 /décembre /2017 12:37

Le 12 décembre prochain, deux ans après l’adoption de l’Accord de Paris, la France accueillera un sommet international “Finance et climat”. Mobilisons-nous en masse pour dire haut et fort : #PasUnEuroDePlus pour les énergies du passé ! 10 / 12 – Tribunal des peuples | 12 / 12 – action de masse ! Suivi de la Déclaration Finance et Climat à l’initiative de la coalition Pas un euro de plus pour les énergies du passé.

#PasUnEuroDePlus pour les énergies du passé !

Malgré l’appel des 15 000 scientifiques à prendre en mesure l’urgence climatique, et celui de 80 économistes de ce jour sur le nécessaire désinvestissement fossile, le compte n’y est pas : les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter à un rythme soutenu, les banques à investir dans des projets climaticides, les États ne tiennent pas leurs engagements et accordent des subventions, aides au développement ou prêts à l’industrie fossile et aux promoteurs des fausses solutions.

Maintenir le réchauffement climatique en dessous des 2°C et préserver nos communs impose de stopper ces financements à leur source : pas un euro de plus ne doit aller vers les activités destructrices du climat. Les financements doivent être intégralement réorientés dans le soutien à la transition vers des sociétés justes et durables.

Rejoingnez la mobilisation de 350.org, Alternatiba, les Amis de la Terre France, ANV-COP21, Attac France, le CRID, le Réseau Action Climat France, Oxfam France et bien d'autres pour faire entendre nos voix pour intégrer la problématique de la protection de l'eau à celle du climat et vice-versa ! 

Le 10 décembre, venez participer à un Tribunal des peuples qui, après les témoignages des personnes impactées, jugera la finance climaticide.

Le 12 décembre, nous nous retrouverons au lever du soleil, pour une action de masse, devant le Panthéon pour faire entendre haut et fort notre voix et appeler la France et la communauté internationale à passer enfin aux actes et exiger l’exemplarité de la France!

Préparons l’action ensemble !

Samedi 09/12 : 10h00 – 13h00 Atelier banderoles et pancartes

Dimanche 10/12 : 11h – 13h Atelier de préparation à l’action

Lundi 11/12 : 19h-20h30 Répétition générale

Tous les ateliers ont lieu au 23, rue du Château Landon, 75010 Paris

Si vous souhaitez rejoindre la mobilisation, inscrivez-vous ici !

#PasUnEuroDePlus pour les énergies du passé !

Déclaration Finance et Climat à l’initiative de la coalition Pas un euro de plus pour les énergies du passé.

Nous, sous-signé.e.s, appelons à la fin immédiate de tout investissement dans de nouveaux projets de production et d’infrastructure de combustibles fossiles, et encourageons une hausse significative du financement des énergies renouvelables.

Nous publions cet appel à l’action à l’approche du sommet sur le climat organisé à Paris en décembre par Emmanuel Macron. Le président français et d’autres dirigeant.e.s se sont déjà exprimé.e.s sur la nécessité d’un soutien financier accru aux solutions climatiques, mais ont gardé le silence sur l’autre partie de l’équation, plus problématique : les financements qui continuent à être accordés à de nouveaux projets de production et d’infrastructures charbonnières, gazières et pétrolières.

Partout dans le monde, le changement climatique et les destructions environnementales prennent une ampleur sans précédent, et des actions inédites seront nécessaires pour limiter les conséquences néfastes de notre dépendance au pétrole, au charbon et au gaz.

Il est crucial de réduire drastiquement l’intensité carbone de nos systèmes économiques. Mais il est tout autant essentiel de mener sans délai des actions ambitieuses pour mettre un terme à l’exploration et à l’expansion de projets fossiles ; ainsi que de gérer la baisse de la production existante, conformément aux objectifs de l’accord de Paris.

Les études montrent que le C02 contenu dans les gisements de combustibles fossiles actuellement exploités suffit à nous amener au-delà du seuil de réchauffement climatique critique. Les nouveaux projets d’exploration et de production sont incompatibles avec le maintien du réchauffement de la planète en dessous des +2 °C (et le plus près possible de +1,5 °C), mais de nombreux projets en cours devront être abandonnés plus rapidement qu’en suivant le rythme de l’épuisement des resources. Pour le dire autrement : il n’y a plus de place pour de nouvelles infrastructures fossiles, et il n’y a donc aucune raison de continuer d’investir dans le secteur.

Il est temps que l’ensemble des acteurs économiques mondiaux se tournent pleinement vers des énergies renouvelables sûres et d’abandonner les combustibles fossiles. Nous affirmons par cette lettre que les institutions de développement comme les investisseurs publics et privés ont la responsabilité urgente et l’obligation morale de montrer la voie en mettant fin à l’exploitation des combustibles fossiles.

La transition mondiale vers un avenir sobre en carbone est déjà entamée, et nous savons que l’abandon total des combustibles fossiles offre la possibilité de passer à un nouveau paradigme économique de prospérité et d’équité. L’expansion continue du charbon, du gaz  et du pétrole ne fait que ralentir cette inévitable transition, tout en contribuant à exacerber les conflits, alimenter la corruption, menacer la biodiversité et les ressources d’eau et d’air non pollués, mais aussi à enfreindre les droits des peuples indigènes et ceux des pays et des communautés vulnérables.

La demande et l’accès à l’énergie peuvent et doivent être entièrement couverts par les énergies renouvelables du XXIe siècle. L’idée que de nouveaux combustibles fossiles (comme l’attrait renouvelé pour le gaz) sont nécessaires à cette transformation est erronée, et elle contribue à bloquer la pénétration des énergies renouvelables.

La communauté des investisseurs a le pouvoir de créer les conditions pour rendre ce changement possible. Les investissements actuels et futurs dans la production de combustibles fossiles vont à l’encontre d’une transition sûre et équitable visant à éviter des désastres climatiques encore plus grands.

Les investisseurs, les institutions et tous les acteurs internationaux du développement doivent reconnaître que la poursuite des investissements dans la production d’énergies fossiles est incompatible avec une réelle action pour le climat. Il faut au contraire accorder la priorité aux incroyables opportunités d’investissement que représentent les énergies 100 % renouvelables du futur, grâce auxquelles nous pourrons construire une économie saine tout en protégeant les salarié.e.s du secteur de l’énergie, les communautés et en tenant compte des limites écologiques d’une planète finie.

Yanis Varoufakis, Jeffrey Sachs, Neva Rockefeller Goodwin, Tim Jackson, Pierre-Richard Agenor, Prof. Robert Costanza, Dr. Simplice Asongu, Peter A. Victor, Dominique Plihon, Ramón López, Helene Ollivier, Mouez Fodha, Katheline Schubert, Thomas Porcher, Lionel Fontagné, Slim Ben Youssef, Jean Gadrey, Maxime Combes, James Kenneth Galbraith, Katrin Millock, Aurore Lalucq, Claudia Kemfert, Prof. Phoebe Koundouri, Dr Ashok Khosla, Valentina Bosetti, Marzio Galeotti, Rick Van der Ploeg, Reyer Gerlagh, Suzi Kerr, Co-Pierre Georg, Emilio Padilla Rosa, Thomas Sterner, Mark Campanale, Kate Raworth, Ann Pettifor, Kate Pickett, Richard Wilkinson, Dr Michael Mason, Dr Ben Groom, Dr. Charles Palmer, Michael Jacobs, Prof. Michael Finus, Terra Lawson-Remer, Dr. Ron Milcarek, Herman Daly, Shahriar Shahida, Michael Pirson, Prof. Simone Borghesi, Jaime De Melo, Mohammad A Jabbar, John C. Quiggin, Ilan Noy, Carolina Burle Schmidt Dubeux, Yifat Reuveni, Prof. James Renwick, Dr Richard Denniss, Frank Ackerman, Prof Ross Garnaut, John Hewson, Robert M. Freund, Mariana Mazzucato, Takeshi Mizuguchi, Jusen Asuka, Mutsuyoshi Nishimura, Shuzo Nishioka, Jon D. Erickson, David Blittersdorf, Patrick Criqui , Alain Karsenty, Alain Grandjean, Nicolas Bouleau, Ivar Ekeland, Jean-Pierre Ponssard, Cécile Renouard, Ian Kinniburgh, Oliver Sartor, Seyhun Orcan Sakalli, Gautam Sethi, Ramon E. Lopez, Tom Sanzillo, Tom Steyer (liste des signataires à jour ici).

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9 décembre 2017 6 09 /12 /décembre /2017 09:16

Viande et produits laitiers - l’État laisserait il les lobbies contrôler l’assiette de nos enfants ? Dans les cantines scolaires, entre deux et six fois trop de protéines sont servies aux enfants par rapport aux recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES). Partant de ce constat accablant, Greenpeace France a publié le 4 décembre 2017 un rapport à télécharger ici, résumé ci-dessous, qui démontre comment les représentants des filières viandes et produits laitiers influencent les recommandations officielles de l’État en matière d’achat pour la restauration scolaire.                  Sur ce sujet, aux Lilas, lire aussi Ces parents qui mijotent une cantine publique, Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre et Scandale sur la viande, et rejoignez le collectif de parents d'élèves lilasiens Pas d'usine, on cuisine, cf. page Face book https://www.facebook.com/Pas-dusine-on-cuisine-377940582369854/.

Un repas écologique servi dans une école maternelle à Guabiruba, au Brésil. © Peter Caron

Un repas écologique servi dans une école maternelle à Guabiruba, au Brésil. © Peter Caron

Un milliard de repas servis par an

La restauration scolaire, c’est plus d’un milliard de repas servis par an, de la maternelle au lycée. Près de sept millions d’élèves sont concernés. Plus de 80 000 tonnes de produits carnés et plus de 120 000 tonnes de produits laitiers sont distribués chaque année, pour un chiffre d’affaires de plus de 460 et 280 millions d’euros respectivement. Des chiffres qui semblent démesurés, et pour cause : à la cantine, on sert de la viande ou du poisson tous les jours ou presque. Or, cette surconsommation de protéines animales a des conséquences désastreuses sur la santé des enfants, mais aussi sur l’environnement.

Les impacts de cette surconsommation sur la santé des enfants

Une alimentation trop riche en graisses et en protéines animales peut entraîner une augmentation des maladies chroniques d’origine nutritionnelle, comme l’obésité, le diabète, les maladies cardio-vasculaires ou encore les cancers, d’après un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les enfants ne sont pas épargnés par ce constat alarmant, puisqu’ils consomment au minimum deux fois trop de viande par rapport à leurs besoins nutritionnels. Pourquoi les menus des cantines scolaires sont-ils constitués presque uniquement de repas carnés, alors même que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) conseille de réduire la part des protéines animales au profit des protéines végétales ? En menant une enquête sur la restauration scolaire, Greenpeace France a découvert que les lobbies ont une réelle emprise sur les contenus des assiettes des cantines.

L’influence des lobbies sur les textes officiels - jusqu’à six fois trop de protéines dans l’assiette

Si l’on prend les chiffres, les recommandations nutritionnelles officielles du GEM-RCN conduisent à des apports en protéines démesurés en comparaison des recommandations nutritionnelles scientifiques (« Apport Nutritionnel Conseillé » ou ANC, établis par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, ANSES) :

* En ne prenant en compte que la portion de viande du plat principal et le produit laitier, les protéines contenues correspondent à plus de 200 % de l’ANC pour un enfant de 11 ans. Cela va jusqu’à plus de 400 % pour un enfant de 3 ans.

* Sur l’ensemble d’un repas (viande du plat principal et produit laitier mais aussi un peu de pain, pâtes et légumes), nous arrivons à plus de 600 % de l’ANC en protéines établi par l’ANSES pour un enfant de 6 ans.

Comparaison entre les Apports Nutritionnels Conseillés (ANC) en protéines par l’ANSES et l’apport obtenu si on suit les quantités recommandées par le GEM-RCN aux cantines scolaires

Comparaison entre les Apports Nutritionnels Conseillés (ANC) en protéines par l’ANSES et l’apport obtenu si on suit les quantités recommandées par le GEM-RCN aux cantines scolaires

Des instances de décisions totalement déséquilibrées

Les défenseurs d’intérêts privés pèsent au sein des instances de gouvernance du PNNS et du GEM-RCN, et en influencent les orientations.

Par exemple, au sein du GEM-RCN, un relevé de présence que Greenpeace s’est procuré, concernant l’année de réunions qui a précédé la dernière mise à jour des recommandations, permet de constater que :

•  les représentants de l’Etat (ministère de la Santé et ministère de l’Agriculture) ne sont pas présents aux réunions,

•  les scientifiques sont eux aussi absents,

•  les représentants des filières viandes et produits laitiers pèsent autant sur les décisions que les nutritionnistes, alors que ces derniers sont bénévoles et ont donc moins de moyens que des organisations aussi puissantes que l’Association Nationale des Industries Alimentaires (ANIA) et le GécoFood, association qui regroupe tous les géants de l’industrie agro-alimentaire, qui sont eux bien présents.

Part des membres du GEM qui assistent à plus de 3 réunions par an

Part des membres du GEM qui assistent à plus de 3 réunions par an

Les lobbies de la viande et des produits laitiers jusque dans les écoles

 

Depuis plusieurs années, certains lobbies agro-alimentaires ont poussé les portes des écoles pour venir y « informer » les enfants sur les bienfaits de leurs produits, et les inciter ainsi, dès leur plus jeune âge, à les consommer. Il s’agit notamment des lobbies du lait, du sucre et plus récemment de la viande.

Des animations et ateliers sont proposés pour continuer à perpétuer ce mythe erroné que les protéines animales sont indispensables à tous les repas.

L’exemple d’Interbev (interprofession du bétail et de la viande) : Interbev, c’est un budget annuel de 36,5 millions d’euros en 2016, dont 20 millions (55 %) sont consacrés directement à la communication. C’est également une organisation de lobbying politique, en France et en Europe.

Elle a déclaré entre 100 000 et 150 000 euros dépensés pour des activités directes de représentation d’intérêts à l’Assemblée nationale en 2013, et entre 100 000 et 200 000 euros pour sa représentation à l’Union européenne en 2016.

Parmi ses nombreuses activités « informatives », Interbev propose des activités pédagogiques et intervient directement dans les écoles pour promouvoir des kits comme celui intitulé « La Planète, les Hommes, les Bêtes » (un dispositif soutenu par le gouvernement). Ces supports font bien sûr la part belle aux viandes et à l’élevage, et passent sous silence ou minimisent les bienfaits des protéines d’origine végétale qui peuvent également contribuer à l’équilibre alimentaire.

 

L’exemple du Cniel (interprofession du lait)

 

Le Cniel, avec son slogan « Les produits laitiers sont vos amis pour la vie », représente un budget de 40 millions d’euros en 2016. Il reçoit également des financements publics de la France et de l’Union européenne pour certaines actions de communication, à savoir 7,4 millions d’euros en 2016. Au total, le Cniel a ainsi consacré 29 millions d’euros à la communication de la filière et à la promotion des produits laitiers en 2016, soit plus de 60 % de son budget total.

En 2009, le Cniel a par exemple lancé la campagne « À table pour grandir » dans les classes de CM1-CM2, dont « l’objectif est d’aider les enfants à mettre en pratique le repère de consommation de 3 à 4 produits laitiers par jour », programme qui a déjà touché près de 125 000 enfants. Le Cniel a également des partenariats avec l’Education nationale et certaines Inspections académiques.

Pour Greenpeace France, ces défenseurs d’intérêts privés n’ont strictement rien à faire dans les écoles. S’il est compréhensible que l’Éducation nationale et ses personnels cherchent à s’informer auprès d’acteurs extérieurs et à mettre à jour régulièrement les contenus pédagogiques destinés aux enfants, il n’apparaît pas normal que sur certains sujets – ici les produits laitiers, la viande, le sucre et même le goût –, ces contenus proviennent d’organisations dont l’objet même est de défendre les professionnels qu’ils représentent et les produits issus de leurs filières. Cela semble encore plus scandaleux quand ces derniers entendent apporter une éducation à la santé, en ne s’appuyant que sur des contenus issus de leurs propres centres de ressources et publications scientifiques.

 

Quelques données sur l’impact de l’élevage

 

La surconsommation et la surproduction de viande a un impact dévastateur sur l’environnement. L’élevage est responsable de 14,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, d’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). La fermentation entérique des animaux produit du méthane et l’entretien des terres est l’une des causes des émissions de CO2 et de protoxyde d’azote. L’élevage contribue aussi à la déforestation car les terres boisées sont rasées pour en faire des zones de pâturage pour le bétail ou pour produire des cultures qui sont ensuite utilisées pour nourrir les animaux.  L’élevage industriel détériore les ressources en eau en perturbant les équilibres et en polluant les cours d’eau.

Côté santé, l’alimentation d’aujourd’hui, riche en graisses et centrée autour d’aliments d’origine animale, a entraîné une augmentation des maladies chroniques d’origine nutritionnelle (obésité, diabète...). Pour les enfants, un fort apport en protéines animales, et en particulier celles issues de produits laitiers, à l’âge de 12 mois pourrait être associé à des problèmes de surpoids à l’âge de 7 ans. Enfin, l’antibiorésistance, liée à l’élevage industriel, est aujourd’hui une menace majeure et mondiale.

 

Les mesures que l’État doit mettre en œuvre selon Greenpeace

1 -Réformer en profondeur la gouvernance des politiques publiques en matière d’alimentation.

2 - Assurer les ressources nécessaires à la mise en œuvre de ces politiques en faveur d’une alimentation plus saine et plus durable. Par exemple, la formation des personnels de cuisine aux notions d’équilibre nutritionnel, l’accompagnement pédagogique des élèves pendant les repas ou encore celui des collectivités locales, pour qu’elles puissent s’approvisionner en produits locaux, sains, de saison, le moins transformés possible, à dominante végétale et biologique.

3 - Interdire les interventions des lobbies de la viande et des produits laitiers dans les écoles.

Ces interventions viennent pallier les lacunes de l’État en la matière, qui doit donc allouer des budgets au développement d’outils pédagogiques objectifs.

4 - Introduire deux repas végétariens par semaine dans les cantines scolaires, à horizon 2020.

5 - Augmenter la part du bio dans toute la restauration scolaire, issu le plus souvent possible de filières locales, pour garantir une alimentation sans pesticides, sans OGM, sans additifs chimiques.

Pour des menus plus éco-responsables à la cantine

Modifier la constitution des menus dans les cantines scolaires, c’est agir sur un milliard de repas distribués chaque année, et donc limiter de façon non négligeable les conséquences désastreuses de l’élevage industriel sur le climat. Il est urgent de stopper la surconsommation de viande et de produits laitiers dans les cantines !

Vous pouvez signer ici la pétition de Greenpeace

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