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27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 09:02

Ce déclin catastrophique est dû à l’intensification des pratiques agricoles et au recours aux pesticides. Il menace la chaîne alimentaire. Par Stéphane Foucart le 19 octobre 2017 pour Le Monde.

Une libellule, près de Briesen, en Allemagne, en 2012. PATRICK PLEUL / AFP

Une libellule, près de Briesen, en Allemagne, en 2012. PATRICK PLEUL / AFP

En moins de trois décennies, les populations d’insectes ont probablement chuté de près de 80 % en Europe. C’est ce que suggère une étude internationale publiée mercredi 18 octobre par la revue PLoS One, analysant des données de captures d’insectes réalisées depuis 1989 en Allemagne ; elle montre en outre que le déclin des abeilles domestiques, très médiatisé par le monde apicole, n’est que la part émergée d’un problème bien plus vaste.

« Nos résultats documentent un déclin dramatique des insectes volants, de 76 % en moyenne et jusqu’à 82 % au milieu de l’été, dans les aires protégées allemandes, en seulement vingt-sept ans, écrivent Caspar Hallmann (université Radboud, Pays-Bas) et ses coauteurs. Cela excède considérablement le déclin quantitatif, estimé à 58 %, des vertébrés sauvages depuis 1970. »

Le facteur majeur permettant d’expliquer un effondrement aussi rapide, avancent les auteurs, est l’intensification des pratiques agricoles (recours accru aux pesticides, aux engrais de synthèse, etc.).

Impact de grande magnitude sur les écosystèmes

Formellement, les mesures publiées ne concernent que l’Allemagne. « Mais la France ou le Royaume-Uni ont des systèmes agricoles très semblables et qui utilisent les mêmes intrants qu’en Allemagne, explique Dave Goulson (université du Sussex, Royaume-Uni), coauteur de ces travaux. On ne peut pas l’affirmer, mais je dirais donc qu’il y a une bonne chance pour que l’Allemagne soit représentative d’une situation bien plus large. Si c’est effectivement le cas, alors nous sommes face à une catastrophe écologique imminente. »

Cet effondrement rapide de l’entomofaune, préviennent en effet les chercheurs, a un impact de grande magnitude sur l’ensemble des écosystèmes – les insectes formant l’un des socles de la chaîne alimentaire.

En France, de telles données n’ont pas fait l’objet de publication récente. Mais la Zone Atelier Plaine & Val de Sèvre du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), une zone de recherche située dans les Deux-Sèvres, dispose d’un site sur lequel un suivi régulier est effectué depuis plus de deux décennies.

« L’exemple que je donne souvent est celui des carabes, notamment l’espèce Poecilus cupreus, le plus abondant des milieux agricoles, puisque 70 % des individus capturés dans le cadre de notre suivi appartiennent à cette espèce, explique l’écologue Vincent Bretagnolle, chercheur (CNRS) qui travaille sur la Zone Atelier. Or, en nombre d’individus capturés, il a diminué de 85 % en vingt-trois ans. » Soit des chiffres plus alarmants encore que ceux publiés par Caspar Hallmann et ses coauteurs, à partir de données allemandes.

« Gros travail statistique »

Celles-ci forment la première évaluation du genre. « Généralement, ce type de travail est conduit sur un taxon, ou sur une espèce particulière, explique Bernard Vaissière (INRA), spécialiste de la pollinisation et des abeilles sauvages, qui n’a pas participé à ces travaux. Ici, c’est la première fois que l’évolution de la biomasse totale d’insectes est évaluée. C’est un travail solide, cohérent avec ce que nous savons sur certaines espèces, des papillons par exemple, mais le chiffre n’en est pas moins énorme. On m’aurait dit cela il y a dix ans, je ne l’aurais pas du tout cru. »

Une grande part du travail des chercheurs a été de rassembler de nombreuses mesures d’abondance d’insectes réalisées entre la fin des années 1980 et 2016, dans 63 aires protégées d’Allemagne. Toutes ces mesures ont été faites grâce à des « tentes Malaise » (du nom de leur inventeur René Malaise) – des pièges non sélectifs utilisés par les entomologistes depuis près d’un siècle.

« Les auteurs ont ensuite fait un gros travail statistique pour chercher des liens entre la diminution de l’abondance des insectes et différents facteurs comme la température, les sols, la biodiversité végétale sur le site, les changements du paysage environnant, explique Bernard Vaissière. Or ces facteurs interviennent localement, mais ne peuvent pas expliquer le déclin au cours du temps. »

Intensification agricole

Parfois, c’est même le contraire. En théorie, l’augmentation de la température est par exemple un facteur favorisant l’abondance d’insectes, et, depuis trente ans, les températures moyennes ont grimpé avec le changement climatique. Mais les insectes n’en disparaissent pas moins. « Notre analyse permet d’écarter certains facteurs, comme le changement climatique ou la perte de biodiversité végétale, qui sont parfois avancés pour expliquer le déclin des insectes », détaille M. Goulson.

Enfin, la responsabilité des pathogènes naturels (virus, parasites, etc.) peut également être écartée puisque tous les insectes sont touchés par le déclin, quelle que soit leur espèce.

Les changements de pratiques des agriculteurs forment donc, selon les chercheurs, l’explication la plus plausible à l’effondrement en cours. D’autant que 94 % des aires protégées sur lesquelles l’abondance d’insectes a été mesurée se trouvent au milieu de zones de cultures.

En outre, écrivent les chercheurs, d’autres travaux récents mettent en évidence que « l’intensification agricole, dont la disparition des marges des parcelles et les nouvelles méthodes de protection des cultures sont associées à un déclin général de la biodiversité des plantes, des insectes, des oiseaux et d’autres espèces ».

« Ce que tout le monde peut remarquer en prenant sa voiture »

Parmi les « nouvelles méthodes de protection des cultures », le traitement par enrobage des semences, grâce aux fameux insecticides néonicotinoïdes, est le principal suspect. « Il existe une variété de moyens par lesquels ces substances peuvent passer des zones cultivées vers des zones sauvages et des aires protégées », confirme Alexandre Aebi, chercheur à l’université de Neuchâtel (Suisse).

Une étude récente conduite par le chercheur suisse a montré, à partir d’un échantillonnage de 200 miels récoltés sur les cinq continents, que des résidus de néonicotinoïdes y étaient omniprésents. Or le miel, formé à partir du nectar des plantes mellifères, est un bon indicateur de l’imprégnation générale de l’environnement.

« Nous avons relevé dans ces miels une teneur moyenne de 1,8 microgramme de néonicotinoïdes par kilo, précise M. Aebi. C’est plus de dix fois au-dessus du seuil à partir duquel des effets délétères sont documentés sur certains insectes… »

L’existence d’effets à grande échelle ne serait donc pas étonnante. L’estimation du déclin reste, elle, frappante. « C’est la traduction chiffrée de ce que tout le monde peut remarquer en prenant sa voiture, conclut Vincent Bretagnolle. Il y a vingt ans, il fallait s’arrêter toutes les deux heures pour nettoyer son pare-brise tant les impacts d’insectes étaient nombreux, aujourd’hui ce n’est plus du tout nécessaire. »

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26 octobre 2017 4 26 /10 /octobre /2017 09:02

Bruxelles a revu à la baisse sa proposition de renouvellement de l’herbicide dans l’Union à la veille du vote des États membres. Par Stéphane Horel avec AFP et Reuters le 25 octobre 2017 pour Le Monde. Lire aussi  Glyphosate, un herbicide dans nos assiettes, L’Agence européenne des produits chimiques interpellée sur le dossier glyphosate, Glyphosate : l’expertise européenne truffée de copiés-collés de documents de Monsanto,La toxicité du Roundup connue de Monsanto depuis au moins 18 ans  et Paris s'opposera à la réautorisation du glyphosate.

CYRIL CHIGOT / DIVERGENCE POUR "LE MONDE"

CYRIL CHIGOT / DIVERGENCE POUR "LE MONDE"

Mardi 24 octobre restera comme une journée intense sur le front du glyphosate. Alors qu’en fin de matinée, les eurodéputés demandaient l’interdiction du glyphosate d’ici à cinq ans, environ deux heures plus tard la Commission européenne revoyait sa proposition de réautorisation à la baisse : entre cinq et sept ans au lieu de dix.

Réunis en séance plénière du Parlement européen à Strasbourg, les élus ont adopté par 355 voix pour, 204 contre et 111 abstentions, une résolution demandant l’interdiction progressive du pesticide en cinq ans, soit deux ans de plus que prévu initialement dans le texte présenté à la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI) la semaine dernière.

Les députés réclament en revanche son interdiction dans les usages non professionnels et dans les espaces publics – c’est déjà le cas en France depuis janvier –, dès le 15 décembre. Ils « souhaiteraient » – car cette résolution des élus européens n’a pas de valeur contraignante. Le texte n’en représente pas moins un puissant signal politique en direction des gouvernements des États membres.

Ils doivent, eux, se prononcer mercredi 25 octobre dans la matinée sur la réautorisation de l’ingrédient actif du Roundup, l’herbicide le plus utilisé au monde, et dont la licence arrive à échéance dans l’Union européenne le 15 décembre. Très attendu, le vote n’a finalement pas eu lieu. La Commission européenne a fait savoir qu’elle allait « réfléchir » après avoir pris note des positions des différentes délégations, précisant qu’une nouvelle date de réunion serait fixée « sous peu ». Pour être validée, la proposition de la Commission doit recueillir une majorité qualifiée – 55 % des États membres représentant 65 % de la population – majorité difficile à atteindre sans les poids lourds démographiques de l’UE.

Plusieurs États membres, la France en tête, ayant annoncé de longue date son intention de voter contre le renouvellement pour dix ans, l’Autriche, l’Italie, l’Allemagne penchant pour l’abstention, ont en effet affirmé publiquement leur opposition à une autorisation valable pour encore dix ans . Mercredi matin, la Belgique a rejoint le camp des opposants, refusant des « délais trop longs ». En début d’après-midi, le porte-parole du gouvernement français Christophe Castaner a indiqué que Paris prônait un renouvellement de la licence du glyphosate pour quatre ans afin de permettre un consensus.

Disparition progressive

Deux heures après le vote des députés, la Commission européenne avait déjà revu à la baisse sa proposition de renouvellement de la licence du glyphosate, pour une durée de cinq à sept ans pour l’homologation, contre les dix ans précédemment annoncés. « Nous voulons que toute décision soit faite autour d’une majorité de nos Etats membres la plus grande possible. Nous avons donné mandat à notre représentant (…) pour travailler dans cette direction », a expliqué le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas, lors d’une conférence de presse à Strasbourg, conscient que le dossier est devenu politiquement très sensible et suivi de près par l’opinion publique.

Lettre ouverte sous forme de plaidoyer

Pour leur part, les industriels continuent de souhaiter que le glyphosate soit réautorisé… pour quinze ans. Ils ont réitéré leur demande dans un courriel, reçu par tous les eurodéputés la veille de leur vote en plénière, lundi 23 octobre.

En pièce jointe du message envoyé par l’organisation européenne de lobbying pour le secteur des pesticides (ECPA), une lettre ouverte de plaidoyer en faveur du glyphosate commence par ces mots « Cher décideur, s’il vous plaît, ne laissez pas l’émotion éroder lentement nos processus réglementaires et nous mener tels des somnambules vers une crise de la production alimentaire en Europe. »

Publiée le 17 octobre dans Politico Europe, cette missive est signée par quatre organisations de lobbying pour les pesticides (ECPA), les biotechnologies (Europabio), les exploitants agricoles (COPA-COGECA, dont la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, la FNSEA), les céréaliers (Coceral). Un cinquième signataire, le Consumer Choice Center, est une émanation récente des cercles ultralibéraux américains.

"Cher décideur" : la lettre des lobbys sur le glyphosate

"Cher décideur" : la lettre des lobbys sur le glyphosate

Conférence à Trévise

Au cours du week-end, la plupart de ces organisations ont également eu l’occasion de se faire entendre auprès d’autres « chers décideurs » dans un décor de carte postale à Trévise (Italie).

Glyphosate : les eurodéputés pour une interdiction d’ici à cinq ans, la Commission revoit sa copie et décide de reporter le vote

Financé par le secteur agricole, le cercle de réflexion Farm Europe avait en effet convié, selon sa propre comptabilité, « 200 responsables économiques et politiques de 13 États membres » pour participer à une conférence.

Étaient annoncés au programme comme intervenants plusieurs eurodéputés, les ministres italiens de l’agriculture et de l’environnement, des hauts fonctionnaires de la Commission, ainsi que Catherine Geslain-Lanéelle, directrice générale de la performance économique et environnementale des entreprises au ministère français de l’agriculture, et par ailleurs ancienne directrice de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).

« Toute distorsion supplémentaire de la concurrence au sein du marché unique doit être évitée, en particulier quand il s’agit de réglementations environnementales », les a avertis Farm Europe. Les agriculteurs étaient notamment représentés par la FNSEA et sa présidente, Christiane Lambert, et les industriels par le groupe allemand Bayer, qui est en train de racheter Monsanto.

Du côté des opposants au glyphosate, une délégation représentant plus de 100 ONG a été reçue par le commissaire à la santé chargé du dossier, le Lituanien Vytenis Andriukaitis. Les militants étaient venus lui présenter l’« initative citoyenne européenne » (ICE) demandant l’interdiction du fameux herbicide. Introduit par le traité de Lisbonne en 2009, cet outil de démocratie participative a collecté plus d’un million de signatures.

Interrogations

En sus d’interdire le glyphosate, il demande à la Commission « de réformer la procédure d’approbation des pesticides et de fixer à l’échelle de l’UE des objectifs obligatoires de réduction de l’utilisation des pesticides ». Une demande qui semble bien refléter l’opinion publique.

Selon un sondage publié mardi, réalisé pour le groupe de consommateurs SumOfUs sur un échantillon de 5 000 personnes, environ 80 % des personnes interrogées souhaiteraient que le glyphosate soit immédiatement interdit.

Glyphosate : les eurodéputés pour une interdiction d’ici à cinq ans, la Commission revoit sa copie et décide de reporter le vote

La Commission appuie sa proposition en faveur d’une nouvelle homologation de dix ans sur les évaluations d’agences réglementaires officielles. En 2015 et 2017, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ont en effet examiné les données scientifiques sur le glyphosate, soumises par les firmes qui le commercialisent. Elles ont toutes deux conclu que le pesticide ne posait pas de problème pour la santé humaine.

Mais au contraire, l’agence de référence des Nations unies, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’a déclaré, en mars 2015, cancérogène probable pour les humains. Les documents internes à la firme agrochimique, surnommés « Monsanto Papers », rendus publics dans le cadre de procès aux États-Unis, ont jeté le doute sur les études financées par Monsanto.

Cette divergence considérable entre agences a suscité de nombreuses interrogations. Scientifiques, ONG et élus aux niveaux européens et nationaux remettent en cause le processus d’évaluation des pesticides, dépendant des données des fabricants des produits.

En septembre, l’organisation non gouvernementale Global 2000 avait révélé que des passages essentiels du rapport préliminaire de l’EFSA sur le glyphosate avaient été intégralement recopiés depuis le dossier fourni par les industriels.

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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 12:45

De la biodiversité, aux ressources numériques, comment définir les «communs» ? Plus de 200 contributeurs (économistes, historiens, sociologues) relèvent le défi dans un dictionnaire. Pour la juriste Judith Rochfeld, une des coordinatrices de l’ouvrage, la notion remet en question le principe de propriété privée. Par Amaelle Guiton le 17 octobre 2017 pour Libération. Lire aussi Les communs, un projet ambigu.

Des pêcheurs de Bhola (dans le Barisal au Bangladesh), le long de la rivière Monpura, en août 2017. Photo Probal Rashid. Zuma. Rea

Des pêcheurs de Bhola (dans le Barisal au Bangladesh), le long de la rivière Monpura, en août 2017. Photo Probal Rashid. Zuma. Rea

Ils se sont frayé un chemin entre l’État et le marché, et aussi dans le débat public. Depuis la gestion collective, par des communautés locales, de ressources naturelles menacées de surexploitation jusqu’à la construction de ressources numériques collaboratives, comme les logiciels libres (1) ou l’encyclopédie Wikipédia, les «biens communs» sont au cœur d’expériences pratiques de plus en plus nombreuses. Ils font désormais l’objet d’un épais Dictionnaire des biens communs (PUF), abondé par près de 200 contributeurs. De «Abus de droit» à «Zone à défendre», en passant par «Fablab», «Habitat participatif» ou «Semence paysanne», l’ouvrage dresse un état des lieux du «commun» d’aujourd’hui autant qu’il en explore les fils généalogiques - les «inappropriables» du droit romain, la Magna Carta anglaise de 1215, les écrits de Gracchus Babeuf, de Karl Marx ou de Joseph Proudhon…

Professeure de droit à Paris-I, Judith Rochfeld a coordonné l’ensemble avec la juriste Marie Cornu et l’économiste Fabienne Orsi.

Professeure de droit à Paris-I, Judith Rochfeld a coordonné l’ensemble avec la juriste Marie Cornu et l’économiste Fabienne Orsi.

Comment est né ce Dictionnaire des biens communs ?

Il est parti d’une expérience collective : un projet de l’Agence nationale de la recherche intitulé «Propice» - pour «Propriété intellectuelle, communs et exclusivité» - lancé en 2010, et associant des juristes, des économistes, des historiens… L’objectif était d’étudier les débats et les pratiques qui émergeaient autour de la notion de «communs» : la remise en cause de la propriété intellectuelle, la réaction à certaines privatisations comme celle des gènes, ou du logiciel. Des philosophes, des sociologues se sont joints à ce travail. Il y a eu aussi beaucoup de connexions avec des personnes engagées dans des expériences de communs. Nous nous sommes dit qu’il fallait cartographier toutes ces problématiques, toutes ces expériences, en associant chercheurs et citoyens pour montrer à quel point cette question a pris de l’importance dans le débat public : pourquoi on parle aujourd’hui, par exemple, de la biodiversité comme d’un patrimoine commun.

Comment définir ce qu’est un «commun» ?

Beaucoup de notions circulent aujourd’hui : les choses communes, le patrimoine commun, les communs, le commun… Or on ne sait pas toujours à quoi ces notions font référence, ni comment elles ont été construites. C’est pour répondre à cela, entre autres, que le dictionnaire a été rédigé.

Lorsqu’on parle des communs, au pluriel, il y a une filiation dominante : l’idée de biens gouvernés en commun, qui se situent entre la propriété privée et la propriété publique. C’est le travail mené par l’économiste américaine Elinor Ostrom, récompensée en 2009 par l’équivalent du Nobel en économie, et son école, dite de Bloomington. A l’origine, ce travail portait sur des ressources naturelles - des réseaux d’irrigation, des forêts, des pêcheries… - et conduisait au constat que ces ressources, gérées par une communauté d’une centaine de personnes au maximum, faisaient l’objet d’un «faisceau de droits» distribués entre les membres : droit d’accès, droit de prélèvement, droit d’inclure ou d’exclure, droit de gouverner la ressource… Il démontrait, par des exemples concrets, qu’il existe une gouvernance collective qui permet la durabilité du bien et des usages partagés. Ce mouvement a ensuite exploré les ressources immatérielles de la connaissance ; Wikipédia, par exemple, s’inscrit assez bien dans ce schéma de gouvernance. Évidemment, si on envisage de très grands communs comme le climat, la biodiversité ou l’eau, les choses se compliquent : la communauté devient universelle et, on le voit, une gouvernance mondiale est très difficile…

Quels autres aspects recouvre aujourd’hui cette idée de «biens communs» ?

En dehors de la catégorie théorisée par Ostrom, il existe beaucoup d’articulations avec la propriété classique, à partir de l’idée d’un usage ou d’une destination collectifs. Par exemple, si j’ai sur mon terrain de l’eau ou une espèce particulière de plante, je peux être assujetti à des charges de préservation ; je peux être propriétaire d’une œuvre d’art ou d’un monument historique qui font partie du patrimoine commun. Beaucoup de montages juridiques intègrent cette idée. L’autre versant important, c’est la question du commun, c’est-à-dire de l’agir en commun : c’est la décision de gouverner ensemble une ressource qui institue le commun.

On a beaucoup parlé, ces dernières années, de «retour des communs»…

Cette idée d’un «retour» est à la fois très belle et très trompeuse. Très belle, parce qu’elle propose une filiation profonde avec la notion de res communis, les «choses communes» dans le droit romain : des choses naturellement ouvertes à l’usage de la communauté, sorties du circuit ordinaire des échanges économiques. Il s’agirait donc, à suivre cette filiation et alors que l’on a tout transformé en propriété, privée ou publique, de retirer certaines choses du circuit marchand ou de la propriété. Mais là où c’est trompeur, c’est qu’en droit romain, ce caractère commun, voire sacré, était attaché à la chose elle-même, alors qu’aujourd’hui c’est une question de destination sociale : on va décider que, pour tel type de ressource, la propriété privée totalement exclusive n’est pas la plus adaptée. Cela va être le cas pour des composantes de l’environnement - un puits, une terre agricole… -, pour certains biens culturels, ou pour le logiciel libre.

Que change le numérique à cette question ? À la différence des ressources naturelles, la question de la rareté ne se pose pas…

C’est en effet la raréfaction des ressources naturelles qui a fait comprendre, à partir des années 60 et plus encore dans les années 90 en France, qu’il fallait envisager ces ressources comme des choses communes, et qu’on ne pouvait les laisser à la maîtrise des seuls propriétaires privés. Dans le cas des ressources de la connaissance, il y a eu confrontation entre d’une part un mouvement de privatisation très important à partir des années 80, notamment dans le logiciel, et d’autre part la démocratisation de l’accès à la connaissance, la philosophie du partage, liées au numérique. Cela a mis ces questions sur le devant de la scène : jusqu’où va-t-on dans la privatisation des connaissances ? Peut-on aménager la protection d’une création ? Peut-on renoncer à sa propriété, ou l’utiliser autrement ? Les expérimentations et les théorisations autour du logiciel libre, par exemple, retournent notre conception de la propriété : on s’en sert pour mettre en partage le code, et c’est ce qui permet de faire surgir un bien et de développer les usages. Cela montre aussi, et c’est très important, qu’il n’y a pas seulement du commun subi - comme lorsqu’on impose des charges à un propriétaire, parce que son bien fait partie de l’environnement ou du patrimoine - mais aussi du commun volontaire, qui suppose de nouvelles constructions juridiques.

En France, le débat sur les communs n’a vraiment émergé que tardivement. À la différence de l’Italie, par exemple…

En réaction au servage de la société médiévale, la Révolution française a établi la propriété privée comme une manifestation de la liberté individuelle sur les biens. La France est aussi un État très centralisé, dans lequel le public a absorbé le commun. Dans notre tradition, il est très difficile de penser autre chose que la propriété privée d’une part, la propriété publique de l’autre… En Italie, ce débat a une importance sociale très forte. En 2007, le gouvernement Prodi a mandaté une commission, dirigée par le juriste Stefano Rodotà, pour travailler à une réforme du code civil ; Rodotà a alors proposé d’y intégrer, en plus des biens privés et publics, une nouvelle catégorie : les biens communs, définis comme les biens nécessaires à l’exercice des droits fondamentaux. Il y a également des expérimentations citoyennes à Naples, à Bologne ; la gestion de l’eau a fait l’objet d’un référendum national d’initiative populaire en 2011… L’État italien est plus faible et plus tardif que le nôtre, les régions plus puissantes, et la Constitution reconnaît à la propriété une «fonction sociale», dont le propriétaire privé d’un bien doit tenir compte.

Les communs ont été très présents dans les débats sur la loi numérique en France, autour de la reconnaissance du domaine public, du logiciel libre, des «communs volontaires» de la connaissance… Mais il y a eu peu d’effets concrets.

Le simple fait que ce débat ait eu lieu était très important. Les questions ont été posées - or jusque-là, elles ne l’étaient pas. Il y a beaucoup de discussions aujourd’hui sur la protection du domaine public, ou sur des exceptions au droit d’auteur pour les œuvres dites transformatives, par exemple les pratiques de réutilisation de morceaux d’œuvres existantes. Ces discussions ne sont pas achevées, mais il ne faut pas oublier d’où on part… Et puis il y a des changements : la loi sur la biodiversité de 2016, par exemple, reconnaît qu’un propriétaire peut s’imposer des obligations pour la protection de l’environnement. C’est l’aboutissement d’un processus : cela fait des années que cette idée est discutée.

Dans les années 2000, lorsqu’on travaillait sur cette question, on pouvait se sentir isolé. Mais en dix ans, il y a eu beaucoup de discussions sur les questions environnementales, ou sur le numérique. En 2015, un tribunal de La Haye a jugé recevable l’action de près de 880 personnes contre le gouvernement néerlandais, qui n’avait pas respecté ses obligations de protection du climat. Ce tribunal a tranché en leur faveur. C’est bien le signe d’un changement de mentalité.

Comment cette question est-elle appréhendée au plan politique ?

Il y a aujourd’hui tout un mouvement coopérativiste, mutuelliste, qui renoue via les communs avec des idéaux socialistes, autogestionnaires. Cela ne correspond évidemment pas à tout l’échiquier politique… Il existe par ailleurs divers courants au sein de cette sphère des «communs». Pour certains, c’est une alternative totale : on ferait du «tout commun» en remplacement des formes actuelles de propriété, étatique ou privée. Pour d’autres, c’est une zone possible entre la propriété privée et la propriété publique. Cela peut aussi être un moyen d’aménager ces dernières. Ce qui est certain, c’est que, sauf à occulter toute une partie du mouvement social, les politiques ne peuvent ignorer ni l’aspiration à une protection et une gouvernance collectives des composantes de l’environnement, ni les mouvements de mise en partage dans la sphère numérique.

(1) Des logiciels que chacun peut librement utiliser, copier, distribuer et modifier.

Sous la direction de Marie Cornu, Fabienne Orsi et Judith Rochfeld : Dictionnaire des biens communs PUF, 1 280 pp., 39 €.

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20 octobre 2017 5 20 /10 /octobre /2017 09:24

Alors que débute la deuxième phase des Etats généraux de l’alimentation, l’UFC-Que choisir dénonce la responsabilité de l’agriculture intensive, qui répand massivement des pesticides. Par Martine Valo le 17 octobre 2017 pour Le Monde. Lire aussi L’eau publique, c’est maintenant ! et Public-privé : La guerre de l’eau.

Épandage de pesticides à Bailleul, en 2015. PHILIPPE HUGUEN / AFP

Épandage de pesticides à Bailleul, en 2015. PHILIPPE HUGUEN / AFP

La qualité de l’eau continue de se dégrader en France et les responsables sont connus. Alors que débute la deuxième phase des États généraux de l’alimentation, censée promouvoir des produits sains et des pratiques durables, l’UFC-Que choisir lance mardi 17 octobre une campagne d’alerte intitulée « S. Eau S. ». Dans sa ligne de mire : l’agriculture intensive.

L’association de consommateurs dénonce la contamination persistante des écosystèmes par les pesticides essentiellement d’origine agricole. Ces substances chimiques sont désormais massivement présentes dans la moitié des rivières françaises et dans un tiers des nappes phréatiques. Et pas seulement sous forme de traces. Sur 53 % des points de mesure de la qualité des eaux de surface, la norme de qualité nécessaire pour l’eau potable (0,1 microgramme/litre) est dépassée. C’est aussi le cas dans 31 % des nappes souterraines, qui demandent pourtant bien plus de temps avant d’être touchées.

« Nous voulons lancer plus qu’un coup de gueule, une mobilisation citoyenne, prévient Alain Bazot, président de l’UFC-Que choisir. Nos réseaux sont très remontés : malgré les promesses, rien ne bouge dans la politique agricole qui est privilégiée par les pouvoirs publics, au contraire. La qualité de l’eau se dégrade et, si le public ne s’en rend pas vraiment compte, c’est que celle qui lui est servie au robinet reste acceptable, mais au prix de coûts toujours plus importants. »

Le constat est aussi décourageant sur le front des nitrates, qui résultent, eux, des épandages d’engrais azotés – organiques comme le lisier ou bien chimiques. Sur 15 % du territoire, leurs taux dépassent 25 mg/l, c’est-à-dire le niveau au-delà duquel il devient difficile de rendre l’eau potable. Le pire se cache cependant dans les sous-sols : la valeur guide européenne y est dépassée dans 43 % du territoire.

« Le pire dans les sous-sols »

Ces chiffres officiels proviennent du portail d’information sur l’eau du ministère de la transition écologique ou des agences de l’eau. Mais ils sont rarement mis en avant, tant ils illustrent sans ambages la dégradation continue de la qualité de l’eau en France, malgré les promesses des gouvernements successifs. Les uns après les autres, ces derniers se sont engagés à diminuer de moitié l’usage des pesticides dans le pays d’ici à 2018 dans un premier temps, puis d’ici à 2025 dans la deuxième version du plan Ecophyto. Or, souligne l’association de consommateurs, en moyenne triennale, l’utilisation des pesticides a encore progressé de 18 % en cinq ans.

Dans ces conditions, les traitements pour produire de l’eau potable coûtent de plus en plus cher. Tout cela est d’autant plus gênant que la répartition de la charge demeure, elle, très inégalitaire, et bien éloignée du principe pollueur-payeur. En 2005, lorsque l’UFC-Que choisir avait mené une première campagne d’information sur la qualité de la ressource, les consommateurs versaient aux agences de l’eau 89 % de la redevance pollution ; ils en versent 88 % dix ans plus tard, les industriels 5 % au lieu de 10 % précédemment, et les agriculteurs 7 %, et non plus 1 %. Encore a-t-il fallu les remontrances de la Cour des comptes, qui s’étonnait, par exemple, qu’en 2013 les usagers du bassin Seine-Normandie acquittaient 92 % de la facture.

Les grandes masses des prélèvements suivent la même logique. Les foyers, qui à eux tous utilisent 24 % de l’eau fournie, en paient 70 % ; les agriculteurs, qui en consomment le double, contribuent pour 4 % ; et les industriels (hors du secteur de l’énergie qui prélève beaucoup d’eau mais relâche l’essentiel) utilisent 6 % de l’eau, contribuant à 18 % du financement total.

« Nous réclamons la transparence »

Autre difficulté, la sécheresse, qui bat des records cette année dans le sud-est de la France et qui, avec des étiages au plus bas, fait grimper les taux de pesticides. Les habituelles pluies de septembre manquent à l’appel. En moyenne de ces six derniers mois, les Alpes-Maritimes, les Alpes-de-Haute-Provence, l’Ardèche, l’Aude, les Bouches-du-Rhône, le Gard, l’Hérault, le Var et le Vaucluse ont enregistré des déficits historiques. Selon Météo France, le Languedoc-Roussillon n’avait pas connu pareille situation depuis soixante ans ; la Corse souffre d’un déficit pluviométrique de 61 %, Provence-Alpes-Côte d’Azur de 44 %. L’été, plus de la moitié des départements français sont désormais contraints de prendre des mesures de restriction d’eau une année sur deux.

« Nous réclamons la transparence, nous voulons que le public sache que l’argent des agences de l’eau sert à traiter les dégâts causés aux écosystèmes par l’agriculture industrielle, pas au préventif qui consisterait à changer de modèle », assure Alain Bazot. Pis encore, le gouvernement s’apprête à ponctionner 15 % du budget des six agences d’eau – soit 360 millions d’euros – pour financer d’autres dossiers que celui de l’eau.

En août, les ministres de l’agriculture et de la transition écologique et solidaire ont présenté des pistes de réflexion pour résoudre au moins les problèmes de pénurie d’eau. En premier lieu, ils envisagent d’inciter le public à fermer davantage le robinet par souci d’économie. Ils suggèrent de réutiliser les eaux usées et encouragent les agriculteurs à stocker l’eau en hiver pour irriguer en été. Les écologistes y voient une forme de fuite en avant. Des projets de gigantesques bassines fleurissent sur l’ensemble du territoire… financés par les agences de l’eau.

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19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 09:33

Avec le « Grand Paris » et les JO, l’agglomération parisienne s’apprête à connaître une vague de grands projets urbains, portés par des élus et des multinationales. D’un côté, plusieurs de ces projets répondent à des préoccupations sociales indéniables. De l’autre, ils entraîneront une nouvelle hausse de l’immobilier et contribueront à bétonner davantage la région. Qu’en est-il des prétentions de leurs promoteurs à l’excellence environnementale ? Pouvait-on faire autrement et dessiner un « Grand Paris » plus proche des habitants ? Second volet de notre enquête. Par Olivier Petitjean le 17 octobre 2017 pour Bastamag. Cet article est le second volet de cette enquête sur le Grand Paris, après Avec le « Grand Paris » et les JO, une vague de béton s’apprête à submerger l’Île-de-France. Sur ce blog, lire aussi Vertigineuse partie de Monopoly sur le triangle de Gonesse, Grand Paris : non à la logique financière et à sa création Les écologistes participent à la création de la Métropole du Grand Paris.

Climat, qualité de vie, inégalités : vers un « Grand Paris » des alternatives ?

Nouvelles lignes de métro automatique, tours, centres commerciaux, équipements sportifs : avec les Jeux olympiques et le « Grand Paris », une déferlante de projets urbains est sur le point de métamorphoser la région parisienne. Avec l’objectif, selon ses promoteurs, de « créer un choc économique et urbain » [1]. Un « choc » qui risque de causer de graves dommages sociaux et environnementaux, malgré l’utilité de certains projets de transport ou de nouvelles offres de logements. A-t-on fait ce qu’il fallait pour en atténuer les effets dommageables ?

La préoccupation climatique, et plus généralement environnementale, ne pouvait certes pas être absente des réalisations même les plus pharaoniques liées au Grand Paris. Le comité d’organisation de Paris 2024 promet que ses JO seront « les plus verts de l’histoire ». EuropaCity, le projet de centre de loisirs et de commerce géant d’Auchan au nord de Paris, dans le Triangle de Gonesse, multiplie les affichages en matière environnementale, avec l’engagement d’installer des zones de maraîchage bio en lisière du site, afin de compenser ses émissions de gaz à effet de serre.

Pour les détracteurs de ces projets, cependant, de telles promesses servent surtout à éviter de poser une question fondamentale : n’aurait-il pas été préférable, du point de vue de l’environnement et du climat, que ces réalisations ne se fassent pas ? « On baisse peut-être de 55 % les émissions de gaz à effet de serre [des JO de Paris par rapport à ceux de Londres, ndlr], mais avait-on seulement besoin d’en créer ? Par nature, les Jeux Olympiques créent des nuisances, c’est donc l’opportunité même de les organiser qu’il faut critiquer », fait valoir David Belliard, président du groupe écologiste du Conseil de Paris, interrogé récemment par Basta !.

Exigences environnementales a minima

Les nouveaux buildings érigés dans la capitale devront, eux-aussi, respecter « toutes les performances énergétiques et écologiques en vigueur », assure l’adjoint à l’urbanisme de la Ville de Paris, Jean-Louis Missika. Il omet cependant de préciser que ce type de réalisation très énergivore vise avant tout des objectifs de prestige pour les élus et, pour les promoteurs, de rentabilisation maximale du foncier. Ces nouvelles tours abriteront plutôt des sièges de multinationales – comme Natixis ou Total – que des logements sociaux...

Les normes actuelles applicables aux bâtiments sont effectivement plus strictes que par le passé, en termes d’isolation par exemple. Elles ne suffisent cependant pas à rendre « écologique » un projet immobilier qui ne l’est pas au départ. Emmanuel Macron a d’ailleurs annoncé une réduction générale du niveau des exigences sociales et environnementales du logement, afin d’être « pragmatique » et de « libérer » la construction.

Des éco-quartiers pas vraiment écolos ni sociaux

Les groupes de BTP ne multiplient-ils pas les « écoquartiers », avec agriculture urbaine et toits végétalisés de rigueur ? « Aujourd’hui, beaucoup d’écoquartiers, comme les Docks de Saint-Ouen, ne proposent que du logement classique, avec un habillage environnemental et une hausse substantielle des loyers à la clé, estime Ivan Fouquet, du cabinet d’architectes Fair. Quand on examine la manière dont fonctionnent les certifications environnementales dans le bâtiment, comme BBC [bâtiment basse consommation, ndlr] ou HQE [haute qualité environnementale, ndlr], il n’est pas très difficile pour un promoteur de les respecter. On se contente d’appliquer les recettes existantes, sans aller de l’avant. Tout est fait pour en rester à un niveau de base et ne pas aller vers des projets qui soient réellement différents. »

Et qu’en est-il de l’appel à projets « Inventons la métropole du Grand Paris » ? Les critères environnementaux et climatiques y figurent bien, mais derrière « l’innovation » et « les ambitions urbaines ». Malgré une mention des « grands défis environnementaux » de la métropole, la plupart des projets en train d’être examinés par le jury ne vont guère au-delà des marqueurs à la mode : un peu d’agriculture urbaine ici, un peu de végétalisation là, un soupçon de « partage » et une dose de « smart ». Sans oublier une structure de l’économie sociale et solidaire dans le consortium portant le projet.

Pas de voix au chapitre pour des projets alternatifs

Étonnant ? Pas lorsque l’on constate que les promoteurs et les investisseurs ne varient pas : Vinci, Linkcity (Bouygues), Compagnie de Phalsbourg, Cogedim, Kaufman & Broad… Plusieurs des sites proposés, comme à Gonesse ou sur le Plateau de Saclay, sont des terres encore non construites, destinées à un bétonnage au moins partiel. Le projet alternatif porté par le groupement Carma sur le Triangle de Gonesse, auquel contribuent les architectes de fair, n’a pas été retenu parmi les finalistes : il ne proposait que de l’agriculture. Quand l’« innovation environnementale » passe avant la préservation de l’environnement et le maintien de productions locales…

Un autre critère brille par son absence dans cet appel à projets : celui de l’utilité sociale. C’est pourtant l’un des arguments majeurs des défenseurs du Grand Paris face aux critiques des écologistes. La création du Grand Paris Express – un ensemble de nouvelles lignes de métro – permettra en théorie de développer l’offre de transports en commun dans l’agglomération, d’améliorer les dessertes de banlieue à banlieue, et donc d’y réduire l’usage de la voiture et de faciliter la vie des habitants d’Île-de-France.

Une utilité sociale controversée

Pourtant, si certaines des futures lignes du Grand Paris Express auront une utilité indéniable si l’on en croit les prévisions de fréquentation, ce n’est pas le cas de toutes. La ligne 17, qui relie Saint-Denis et Roissy, en desservant EuropaCity, doublera la desserte du RER et sera exposée à la concurrence du CDG Express (au départ de Gare de l’Est). Résultat : quand l’actuelle ligne RER B transporte chaque jour 900 000 passagers entre la banlieue nord et la capitale, la ligne 17 ne fera voyager que 75 000 personnes pour un coût de 1,8 milliard d’euros [2]. Une partie des tronçons de ligne 18, à l’ouest, sont aussi sujets à caution pour des raisons similaires.

D’autres modalités de transport auraient pourtant pu être étudiées pour desservir ces territoires. Le choix de creuser d’immenses tunnels à grande profondeur – jusqu’à 55 mètres sous terre – est en partie responsable de l’explosion programmée des coûts. Cela aura également pour conséquence d’augmenter considérablement les émissions de gaz à effet de serre liées aux chantiers. Les architectes invités par Nicolas Sarkozy envisageaient initialement un métro aérien, ce qui avait aussi l’avantage d’assurer aux passagers une qualité de l’air bien meilleure que dans les transports souterrains. D’autres privilégieraient la rénovation des lignes existantes et la création d’infrastructures plus légères de type tram-train. Sans parler des besoins d’investissements pour rénover et améliorer les lignes RER existantes.

Résultat : entre les pollutions générées par ces chantiers et leurs apports en matière environnemental une fois mis en service le Grand Paris Express, les bénéfices ne sont pas si évidents. « Au vu de l’immensité du chantier à venir, 40 années d’utilisation des nouvelles installations pourraient être nécessaires pour compenser tout le CO2 qui aura été émis pour la construction des sites », estime une étude du cabinet Carbone 4 citée par Mediapart.

Répondre aux besoins des habitants ou des multinationales ?

La création de la future piscine olympique de Saint-Denis est souvent citée par les défenseurs de Paris 2024 comme un exemple des infrastructures « utiles » réalisées grâce aux jeux. De nombreuses voix soulignent qu’il aurait été possible, pour le même budget, de réaliser une dizaine de piscines plus proches des besoins des habitants. Son emplacement est aussi contesté : la piscine sera construite sur une partie d’un site appartenant à Engie, sponsor officiel des JO, qui bénéficiera ainsi d’une passerelle d’accès directe depuis la gare RER du Stade de France grâce à la piscine. La ville d’Aubervilliers, qui avait proposé un site alternatif, n’a pas caché sa déception.

Plusieurs réalisations du Grand Paris répondent à des besoins réels des habitants de l’agglomération. Il est cependant difficile d’échapper à l’impression qu’elles seront réalisées seulement parce qu’elles sont surtout sources de profits pour les multinationales. Que ce soit en matière de transport en commun ou de logement, les gros projets sont préférés aux aménagements plus légers et à la rénovation de l’existant. Comme s’il suffisait de créer une nouvelle offre, sans agir sur les autres paramètres, pour résoudre les problèmes réels de la métropole parisienne. « Sortir des limites du périphérique et penser le Grand Paris comme tel, c’était un vrai besoin, résume Ivan Fouquet. Faire plus de métros résoudra-t-il tous les problèmes ? Une des solutions serait plutôt la ville des courtes distances. »

D’autres visions pour le Grand Paris ?

Des projets se distinguent, comme le futur écoquartier fluvial de l’Ile-Saint-Denis. Celui-ci, conçu indépendamment de Paris 2024, a été rattaché a posteriori au village olympique, lequel s’étendra aussi sur une partie des communes de Saint-Denis et de Saint-Ouen. Construit sur le site d’anciens entrepôts du Printemps et des Galeries Lafayette, ce quartier sans voiture devrait accorder une large place aux plans d’eau, au végétal et au réaménagement les berges de la Seine pour la promenade, filtrer les eaux pluviales et gérer les risques d’inondation [3].

« Nous avons été sollicités par le comité de candidature, qui a été séduit par notre projet d’écoquartier, dont la première tranche était en cours de construction et dans lequel ils ont vu un atout vis-à-vis du Comité international olympique, explique Michel Bourgain, ancien maire (EELV) de la commune. Nous en avons débattu au sein de la municipalité et avec la société civile. Même si les Jeux olympiques, avec le passif accumulé, n’étaient pas forcément notre tasse de thé, nous avons raisonné de manière pragmatique, dans le contexte d’un rapport de forces défavorable à une petite commune comme la nôtre, et essayé de voir ce qui pouvait en ressortir de bon. » La petite ville de 7000 habitants réussit à obtenir plusieurs infrastructures, comme des murs anti-bruits autour de l’autoroute A1 ou l’enfouissement des lignes à haute tension. « Nous avons même réussi à imposer le principe de la neutralité carbone de l’ensemble du village olympique et celui de la réversibilité des aménagements pour les JO, car notre but est bien d’en faire, au final, un quartier de vie. »

Quand le Grand Paris bétonne, Paris réfléchit à « débitumiser »

Hasard du calendrier : la ville de Paris présentait elle aussi, fin septembre, sa « stratégie de résilience », fruit de deux ans d’élaboration [4]. Objectif : mettre la capitale et sa population en position de répondre aux crises majeures – inondations, hausse des températures, attentats... – mais aussi aux difficultés quotidiennes de la métropole. Contrairement aux critères choisis par les aménageurs du Grand Paris, l’accent est mis sur les inégalités et les solidarités concrètes entre les habitants. « Indépendamment des crises, il s’agit aussi de remettre du lien entre les gens, de renforcer la cohésion sociale, expliquait Célia Blauel, adjointe à la maire de Paris en charge de l’eau et du climat, à nos confrères du Monde. Une ville soudée et solidaire est une ville plus résiliente. »

Autre paradoxe : alors que le Grand Paris bétonne, Paris cherche à enlever le bitume. Une « débitumisation » des cours d’écoles – plus de 600 000 m2 dans la capitale – et une collaboration avec les agriculteurs franciliens pour protéger la qualité de l’eau voire alimenter les cantines scolaires de la ville sont envisagées [5]

Cette « stratégie de résilience » envisage également des projets plus ambitieux, comme la transformation du boulevard périphérique en avenue urbaine « verte » ou la création, à l’image de Rotterdam, de grands espaces verts publics pouvant se transformer en cas de fortes pluies ou d’inondations en bassins de rétention d’eau [6]. Ces velléités, déjà fortement combattues par tous ceux qui s’opposent à la réduction de la place de la voiture à Paris, réussiront-elles à faire contrepoids au rouleau compresseur urbanistique du Grand Paris et des Jeux olympiques ? L’exemple de l’extension du palais des sports de Bercy Paris Arena, sous prétexte de Jeux olympiques, aux dépens du parc de Bercy, illustre à petite échelle la contradiction entre deux visions très différentes de l’avenir de la capitale.

Vers un nouveau festival de « greenwashing »

Les grandes entreprises cherchent désormais à s’approprier le discours de la « participation », de « l’humain », de la « résilience » et de « l’innovation sociale ». Au moment même où Paris annonce sa stratégie de résilience, l’Institut Veolia et la Fabrique de la cité, un think tank créé par Vinci, organisent une semaine de débats sur le même thème. La « stratégie » parisienne elle-même, élaborée avec le soutien de la fondation Rockefeller et citant Veolia et Engie parmi ses partenaires [7], n’est pas sans entériner un certain mélange entre intérêts publics, philanthropiques et privés. Si cette approche semble désormais la règle en matière d’action officielle contre le changement climatique, elle n’est pas sans créer des risques de détournement ou de confusion.

L’organisation des JO et les chantiers du Grand Paris promettent en effet un nouveau festival de « greenwashing » (lire nos articles sur la COP21 ici et ). Suez, BNP Paribas, Air France, La Poste, Engie, Orange, Accor, LVMH, JC Decaux… les listes des sponsors officiels des deux événements se recouvrent largement. Autant d’entreprises qui auront à cœur de faire la démonstration de leurs « excellence environnementale », en profitant de multiples opportunités de marketing et de relations publiques.

Les JO, une opportunité ?

Il risque d’être bien difficile de faire la part entre les opérations de pur marketing, les projets intéressants mais limités, les opérations dites vertes légitimant une appropriation privée de l’espace urbain, et les véritables projets innovants. Comment ne pas laisser de réelles opportunités écologiques et sociales être dénaturées ? Sans l’échéance symbolique des JO et la perspective d’organiser certaines épreuves sur la Seine et ses canaux, la municipalité parisienne bénéficierait-elle de la même dynamique pour y améliorer la qualité de l’eau, ce dont bénéficieront in fine les Parisiens ?

De même pour le projet d’écoquartier fluvial de L’Ile-Saint-Denis, qui peinait à obtenir les financements nécessaires pour réaliser tous ses objectifs. Pour l’ancien maire Michel Bourgain, le fait d’avoir préservé la gouvernance préexistante du projet et que la commune obtienne un siège au conseil d’administration de l’entité chargée de livrer les équipements des JO – présidée par Anne Hidalgo – constituent une garantie que l’écoquartier ne sera pas dénaturé par rapport à ses ambitions initiales.

L’ancien maire estime même que son intégration dans le village olympique a contribué à tirer vers le haut les ambitions écologiques du comité d’organisation, y compris pour les parties du village situées à Saint-Denis et Saint-Ouen. Véronique Dubarry, élue écologiste au conseil municipal, est moins optimiste. L’envergure nationale, voire internationale, que prendra le projet de village olympique risque, selon elle, de nuire au respect des conditions posées par la commune. D’autant que des interrogations financières subsistent. S’inscrire dans une dynamique de méga-projet urbain, comme les JO ou le Grand Paris, avec tous les risques que cela implique, serait-il désormais le seul moyen pour les communes de sortir du carcan de l’austérité et de se donner les moyens de leurs ambitions écologiques et sociales ?

S’appuyer sur ces alternatives qui viennent des habitants

Toute option alternative se confronte au profil très technocratique des personnages clés du Grand Paris. Thierry Lajoie, président de Grand Paris Aménagement, a navigué dans tous les cabinets socialistes depuis les années 1980. Le président de la Société du Grand Paris. Philippe Yvin, est un proche de Claude Bartolone, l’ancien président socialiste de l’Assemblée nationale. Quant à David Lebon, directeur du développement d’Alliages et Territoires, la filiale d’Auchan en charge d’EuropaCity, il est un ancien de la gauche socialiste et du cabinet d’Arnaud Montebourg...

Pour certains élus de gauche, le Grand Paris a été conçu avec des ambitions sociales louables – celles de rééquilibrer l’agglomération entre les zones riches – Hauts-de-Seine et Yvelines – et les autres. Leur conviction que, pour y parvenir, il faut travailler avec les multinationales plutôt qu’avec les citoyens demeure profondément ancrée. La ville de Paris est l’héritière de ces contradictions : comment concilier son ambition d’être pionnière sur l’enjeu climatique et la qualité de vie de ses habitants, et celle de bien figurer dans la « compétition mondiale » des grandes métropoles, telle que l’imaginent les élites politiques et économiques ?

Tiraillées entre des impératifs peu compatibles, les politiques urbaines de l’agglomération parisienne peuvent-elles déboucher sur un nouvel équilibre ? Pour les architectes du cabinet Fair, une démarche plus audacieuse et moins technocratique aurait été possible, en partant de la multitude d’alternatives concrètes portées par des associations, des coopératives ou des groupes de citoyens en Ile-de-France. « Les organisateurs des Jeux de 2024 devraient s’inspirer des centaines d’initiatives collaboratives, les multiples expériences de vie associative, d’actions bénévoles qui fourmillent déjà sur le territoire francilien », estiment-ils dans un billet de blog. Basta ! a déjà recensé plus d’une centaine d’initiatives de ce type en région parisienne (voir notre carte des alternatives).

Le Grand Paris des alternatives

Le Grand Paris des alternatives

Les exemples ne manquent pas : des ateliers R’Urban, ces mini-cités d’agriculture urbaine vouées à la résilience (lire ici) à des des projets où paysagistes travaillent avec des enfants des cités pour embellir leur quartier, en passant par des supermarchés collaboratifs comme La Louve (lire ici). Amplifier ces initiatives et leur donner une portée régionale nous emmènerait aux antipodes du Grand Paris tel qu’il se dessine pour l’instant.

Olivier Petitjean

Notes

[1] Formule utilisée par Philippe Yvin, président de la Société du Grand Paris, citée dans un article du Monde.

[2] Lire à ce sujet l’article récent de Mediapart.

[3] Voir le site officiel du projet.

[4] Voir ici et .

[5] Lire notre enquête. Un projet est à l’étude pour la fourniture des cantines du XIe arrondissement par des exploitations agricoles « sans pesticides » de la région, sur le modèle de ce qui se fait depuis des années à Munich.

[6] Les Néerlandais ont même transformé leur expertise en matière d’urbanisme « résilient » en opportunité commerciale. Voir cet article récent du New York Times.

[7] Le document a été élaboré dans le cadre du réseau « 100 villes résilientes », initié par la fondation Rockefeller, héritière d’une partie de la fortune de la Standard Oil mais pionnière du désinvestissement des énergies fossiles. La fondation a ainsi financé un poste de « haut responsable à la résilience » au sein de la municipalité parisienne, et contribué à l’élaboration de la stratégie, y compris en offrant l’expertise de ses entreprises partenaires. Partenaires parmi lesquels on retrouve à nouveau Veolia, ainsi que des géants du béton comme Cemex, mais aussi de nouveaux acteurs plus inquiétants comme Microsoft et surtout Palantir, l’entreprise spécialisée dans la surveillance, de Peter Thiel, proche de Donald Trump, qui a multiplié les marchés avec le gouvernement états-unien (lire notre article).

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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 09:12

Les États membres se divisent sur le partage de l’effort nécessaire pour réduire leurs gaz à effet de serre. Par Simon Roger le 16 octobre 2017 pour Le Monde. Lire aussi Climat : à Bruxelles, la France lâche les renouvelables  et Les reculs sur le projet de loi Hulot prouvent que notre maison brûle et que nous votons ailleurs.

Camions en route pour l’Italie, à Chamonix, le 14 avril. JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Camions en route pour l’Italie, à Chamonix, le 14 avril. JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

L’Union européenne le répète à chaque rendez-vous international, elle entend assumer un rôle moteur dans la lutte contre le réchauffement climatique. Elle ne devrait pas changer de discours pendant le sommet préparatoire de la COP23 (ou « pré-COP »), du 16 au 18 octobre aux Fidji, l’État qui présidera la prochaine conférence sur le climat, en novembre à Bonn (Allemagne). Pourtant, l’ambition brandie par l’UE se heurte à une réalité bien plus nuancée et disparate.

Troisième plus gros émetteur mondial de gaz à effet de serre derrière la Chine et les États-Unis, l’Europe des Vingt-Huit s’est engagée à réduire ses rejets de 40 % à l’horizon 2030 par rapport à leur niveau de 1990. Pour y parvenir, elle s’appuie notamment sur son « marché ETS » (pour Emissions Trading Scheme), un système d’échange de quotas d’émissions de CO2 consistant à fixer un plafond annuel d’émissions aux activités industrielles : les entreprises qui franchissent le seuil peuvent acheter des quotas supplémentaires à celles qui ne l’ont pas atteint.

Dans les secteurs des transports, de l’agriculture, du bâtiment et de la gestion des déchets – soumis à un objectif de réduction des émissions de 30 % d’ici à 2030 par rapport à 2005 –, un mécanisme de partage de l’effort s’applique. Il consiste à contraindre les États membres les plus riches à des baisses drastiques et à demander aux pays au PIB plus faible de moindres efforts. L’enjeu est de taille puisque ces secteurs représentent 60 % des rejets de l’UE.

Fractures

Mais ces deux principaux instruments sont aujourd’hui mis à mal. La réforme du marché ETS, entreprise à l’été 2015, est bloquée notamment par les pays charbonniers, Pologne en tête, hostile à une revalorisation du prix de la tonne de CO2. Varsovie cherche même à financer la construction de nouvelles centrales à charbon. Une sixième session de concertation entre le Conseil, le Parlement et la Commission européenne devrait intervenir d’ici à la COP23 pour tenter de sortir de l’impasse.

Les négociations sur la répartition de l’effort, à l’ordre du jour du dernier conseil des ministres européens de l’environnement, le 13 octobre à Luxembourg, ont été un bon révélateur des fractures de l’UE sur la question climatique. Le compromis adopté à cette occasion autorise les pays n’ayant pas atteint leurs objectifs de réduction en 2030 à piocher dans une cagnotte de crédits carbone fixée à 115 millions de tonnes de CO2. Ce mécanisme de flexibilité est « une échappatoire pour ne pas faire les efforts nécessaires vers la trajectoire dictée par l’accord de Paris » qui vise à contenir la hausse globale des températures bien en-dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, juge Neil Makaroff, responsable des politiques européennes au Réseau Action Climat (RAC).

À Luxembourg, les ministres européens ont également fait le deuil d’une proposition de l’Allemagne destinée à calculer l’effort de réduction non pas à partir des niveaux de 2017-2018 mais en fonction des objectifs de 2020, plus ambitieux. La requête a reçu un accueil glacial parmi les pays retardataires ou parmi ceux, comme l’Espagne ou l’Italie, dont l’économie dépend fortement de l’agriculture et des transports.

« Mauvais signal »

Le soutien des ministres suédois et néerlandais, entre autres, n’a pas suffi à faire pencher la balance dans le sens souhaité par l’Allemagne. La Suède dispose depuis le 15 juin d’un outil législatif complet avec sa « loi climat ». Calée sur un objectif de neutralité carbone d’ici à 2045, elle impose au gouvernement de mettre en œuvre un plan d’action tous les quatre ans.

Au Pays-Bas, le nouvel exécutif semble porter une attention particulière à la question du climat. Il a annoncé le 10 octobre qu’il fermerait la totalité des centrales à charbon d’ici à 2030 et qu’il réduirait ses gaz à effet de serre de 49 % à cette même échéance (et non de 36 % comme le lui demande l’UE). Deux jours plus tard, c’est Londres qui rendait publique sa « stratégie pour une croissance verte ». Cette feuille de route, attendue depuis plusieurs mois, vise une baisse d’émissions de 57 % d’ici à 2032 (au-delà des 37 % prévus par l’UE).

Sur cette scène européenne en mouvement, la France brouille les pistes. Dans les débats sur la répartition de l’effort, elle est longtemps restée silencieuse, puis s’est finalement rangée derrière la majorité. « Le pays qui se revendique comme le champion de l’accord de Paris envoie un mauvais signal », réagit Caroline Westblom, de l’ONG CAN Europe.

« Face à un compromis que certains pourraient considérer comme insuffisant, nous allons faire la preuve que l’ambition, c’est la solution », assure pourtant Nicolas Hulot, qui assistait le 13 octobre à son premier conseil environnement. Le ministre de la transition écologique et solidaire espère que les discussions sur la répartition de l’effort, qui vont à présent s’engager avec le Parlement européen, aboutiront d’ici à la COP23. « L’Union européenne avance vers la COP en rognant sur ses ambitions, estime Neil Makaroff, du RAC. En termes de crédibilité et de leadership, elle est loin du compte. »

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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 13:33

L'ASN a annoncé lundi avoir observé un état « dégradé » de tuyaux de circulation d'eau dans 29 réacteurs, causé par la corrosion. En cas de séisme, le système de pompage pourrait ne pas fonctionner. Par Erwan Benezet le 17 octobre 2017 pour Le Parisien. Lire aussi Risque terroriste : des failles dans la sécurité des centrales nucléairesAnomalies en série dans les centrales nucléaires et Le talon d’Achille du nucléaire français.

La centrale de Nogent-sur-Seine (Aube) fait partie des sites affectés par la corrosion. LP/Aurélie Ladet

La centrale de Nogent-sur-Seine (Aube) fait partie des sites affectés par la corrosion. LP/Aurélie Ladet

Des problèmes de tuyauteries dans une maison, ça passe encore. C'est pénible mais pas forcément grave. Quand, en revanche, cela concerne une centrale nucléaire, c'est plus inquiétant. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) vient d'annoncer avoir observé un état « dégradé » de tuyaux de circulation d'eau dans 29 réacteurs, sur les 58 réacteurs que compte le parc nucléaire français. La moitié donc, répartie sur 11 des 19 centrales.

Aucun incident n'est survenu pour le moment, mais le problème a quand même été jugé suffisamment grave pour que le gendarme du nucléaire choisisse de le classer au niveau 2 de l'échelle Ines (échelle internationale des événements nucléaires), qui en compte 7. Une décision rare qui n'avait pas été prise depuis cinq ans. Cet indicateur a été créé après l'accident de Tchernobyl en 1986, afin d'aider les populations à pouvoir immédiatement évaluer la dangerosité d'un accident nucléaire, à la manière dont l'échelle de Richter informe sur la puissance des tremblements de terre.

Nucléaire : des réacteurs menacés par la rouille

À certains endroits, les tuyaux sont tellement rouillés que l'épaisseur de leurs parois a diminué. « Suffisamment pour qu'en cas de séisme le risque que ces tuyaux ne puissent pas résister aux secousses soit réel », alerte Rémy Catteau, directeur chargé des équipements sous pression nucléaires à l'ASN. Or ces tuyaux transportent l'eau puisée dans une rivière ou dans la mer pour refroidir des composants essentiels qui maintiennent les réacteurs à température. « En cas de rupture de cet approvisionnement d'eau froide, des réservoirs d'eau permettent de refroidir temporairement les réacteurs, reprend l'expert. Mais si le problème dure, on peut redouter, au stade ultime, la fusion du combustible, ce qui constitue un accident nucléaire grave. » 

Lors de l'accident de Fukushima au Japon en 2011, c'est la rupture de l'un de ces circuits de refroidissement et l'incapacité pour les diesels de secours, noyés par le tsunami, de fournir l'énergie électrique nécessaire pour activer des arrivées d'eau additionnelles, qui avaient conduit à la fusion du combustible du réacteur numéro 4. Et finalement à son explosion.

EDF se veut rassurant

Comment en est-on arrivé là ? « Ces dégradations sont la conséquence de la corrosion qui a pu se développer en l'absence d'une maintenance préventive adaptée », pointe du doigt l'ASN. « EDF doit absolument renforcer l'efficacité de sa maintenance, renchérit Frédérique Ménage, directeur de l'expertise de sûreté à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). D'autant que les centrales vieillissent, certains réacteurs s'approchent de la quarantaine, ce qui était a priori la limite de leur durée de vie. Nous courons le risque de rencontrer ce genre de problème de plus en plus souvent. »

EDF l'avait signalé la semaine dernière. Contactée, l'entreprise considère que cela n'a « aucune conséquence réelle pour la sécurité des salariés, ni pour l'environnement ». « Le vieillissement de certains matériaux est un phénomène naturel, connu, étudié et pris en compte par l'exploitant dès la conception des centrales, nous explique-t-on au siège. Les contrôles et les opérations de maintenance permettent précisément de remplacer les équipements qui le nécessitent. » Ces travaux devraient a priori pouvoir se faire sans interrompre l'activité des réacteurs.

Aussi un problème de diesel de secours

Avant l'eau, l'Autorité de sûreté du nucléaire (ASN) avait déjà pointé, au mois de juin, un risque de rupture d'approvisionnement, mais en électricité cette fois-ci. Les 20 réacteurs de 1 300 MW des centrales de Paluel et Penly (Seine-Maritime), Flamanville (Manche) et Golfech (Tarn-et-Garonne), étaient concernés. Le problème ? Les diesels de secours n'étaient pas suffisamment bien fixés en cas de séisme. Or ces générateurs électriques tiennent un rôle essentiel dans la sûreté nucléaire. Ce sont eux qui fournissent l'électricité au réacteur en cas de coupure avec le réseau. Des inspections complémentaires viennent d'identifier des problèmes similaires dans deux autres centrales dotées de réacteurs de première génération (900 MW) : Bugey (Ain) et Fessenheim (Haut-Rhin).

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14 octobre 2017 6 14 /10 /octobre /2017 09:06

Alors que les surfaces agricoles diminuent chaque année, le ministre de la Transition écologique souhaite l'instauration d'une taxe frappant les constructeurs qui investissent des espaces naturels. Dossier par Frédéric Mouchon le 11 octobre 2017 pour Le Parisien.

A la campagne ou en région parisienne (ici en Seine-et-Marne), les terres agricoles sont de plus en plus grignotées par les constructions. LP/Hugues Tailliez

A la campagne ou en région parisienne (ici en Seine-et-Marne), les terres agricoles sont de plus en plus grignotées par les constructions. LP/Hugues Tailliez

Lire aussi Pascal Canfin : « Refonder un nouveau pacte agricole et alimentaire », Les documents d'urbanisme continuent à planifier la destruction des espaces naturels, « L’alliance de l’agronomie et de l’écologie peut réconcilier les Français avec leur agriculture », Les députés débattent de nouveau de l’accaparement des terres agricoles, Manifeste pour la sauvegarde des terres agricoles et Pour l’agriculture de demain, protégeons les sols européens.

En France, chaque mois, l'urbanisation consomme une surface équivalente à 6 400 terrains de football. Des centres commerciaux, des bureaux, des logements... Pour le ministre de l'Écologie, trop, c'est trop. Dénonçant une «frénésie souvent injustifiée», Nicolas Hulot vient, selon nos informations, de proposer au Premier ministre de taxer les bétonneurs qui construisent sur des espaces naturels (lire ci-dessous). Le fruit de cette taxe servira à financer la protection de la biodiversité. Les Français semblent lui donner raison. D'après un sondage IFOP dévoilé mardi par le WWF France, 78 % se disent favorables à un moratoire sur l'artificialisation des terres agricoles dès 2020.

Pour protéger les terres agricoles, Hulot veut taxer les bétonneurs

« Toutes ces atteintes détruisent de vastes terres fertiles et réduisent la capacité des sols à absorber l'eau des phénomènes météorologiques extrêmes, augmentant ainsi les risques et les conséquences des inondations », souligne l'association écologiste. Sur le terrain, les militants antibéton s'organisent. À Cellieu (Loire), au milieu des vergers, une centaine de personnes ont inauguré dimanche une tour de veille contre l'autoroute A 45, érigée sur le terrain d'un paysan dont l'activité est menacée par cette construction. Le collectif de paysans mobilisés contre ce projet n'entend pas « laisser les promoteurs [...] prendre possession des terres cultivées... ».

La métropole du Grand Paris dans le viseur

La colère ne gronde pas seulement dans les campagnes. En région parisienne, plusieurs collectifs d'habitants s'élèvent contre la bétonnisation de la banlieue. Réunis au sein de la coordination de préservation des espaces verts et publics d'Ile-de-France, ils dénoncent la « spéculation immobilière en cours » dans le cadre des aménagements du Grand Paris. « Sous couvert de faire une super région parisienne comme Londres ou Rotterdam, on a ouvert les vannes aux promoteurs, accuse Pascal Mage, président de l'association Murs à pêches, à Montreuil. Dans notre ville, par exemple, on prévoit d'aménager des logements sur un site classé d'intérêt national qui constitue un patrimoine unique en Seine-Saint-Denis. » Et les militants de citer aussi l'exemple de Paris, où « le parc de Bercy risque d'être amputé au profit d'une infrastructure dédiée aux JO ». Elus et promoteurs, eux, s'abritent derrière le schéma directeur de la région Ile-de-France qui autorise la « densification des constructions dans les tissus urbains existants, notamment en exploitant des friches et des enclaves urbaines ». Ce document officiel incite même les élus de la région à « favoriser le développement des grandes opérations en zones urbaines ».

Il dénonce la «folie des grandeurs»

Nicolas Hulot - LP/Arnaud Dumontier

Nicolas Hulot - LP/Arnaud Dumontier

Prélever une taxe auprès des « bétonneurs » proportionnelle aux surfaces naturelles accaparées par leur projet. Cette idée vient d'être soufflée par Nicolas Hulot (photo) à Matignon. « J'étudie une nouvelle source de financement qui permettrait de lutter contre l'artificialisation des sols et de financer la préservation de la biodiversité, nous explique le ministre de l'Ecologie. C'est une réflexion que j'ai proposée au Premier ministre, qui m'a invité à y travailler. » Hulot souhaite « freiner les choses » en « mettant fin à cette frénésie souvent injustifiée ». Il estime que les surfaces naturelles « jouent un rôle important dans l'équilibre climatique, la préservation de la biodiversité et notre souveraineté alimentaire ».

« La France détient le record du monde des ronds-points, il y a les ZAC, les ZUP et j'en passe, soupire-t-il. Il faut sortir de la folie des grandeurs, ce mimétisme qui mène à la construction de gigantesques centres commerciaux. » Et pour conclure, il insiste : « C'est un des signaux que je veux donner. Car lorsqu'on prend à la nature, il faut lui rendre ailleurs. »

«On a bousillé le paysage»

À gauche, un opposant à Europacity, un grand projet de centre de loisirs dans le Val-d'Oise. À droite, Pierre Creuzet, fondateur d'une association de défense des centres villes. LP/F. Naizot/F. Hubin

À gauche, un opposant à Europacity, un grand projet de centre de loisirs dans le Val-d'Oise. À droite, Pierre Creuzet, fondateur d'une association de défense des centres villes. LP/F. Naizot/F. Hubin

Pour Pierre Creuzet, fondateur de l’association d’élus Centre-ville en mouvement, qui travaille sur les cœurs de ville, stopper l'étalement urbain est une nécessité

Faut-il comme le clame Nicolas Hulot « sortir de cette folie des grandeurs qui mène à la construction de gigantesques centres commerciaux » ?

Pierre Creuzet. Il faut stopper l'étalement urbain, car la France perd tous les sept ans l'équivalent de la surface d'un département au profit de l'urbanisation. Et donc au détriment des terres agricoles. Avec le développement des intercommunalités, toutes les communautés d'agglomération réclament leur Ikea. Or, une seule grande enseigne d'ameublement de ce type, c'est 150 magasins tout autour. L'an dernier, 22 % de surfaces supplémentaires ont été accordées à la grande distribution. Regardez ce que sont devenues les entrées de ville : c'est un désastre écologique.

Faut-il taxer davantage les projets d'urbanisation ?

Taxer la grande distribution, dont les propriétaires font partie des familles les plus riches de France, ne changera rien. Au pire, ils se rattraperont sur les prix et c'est le consommateur qui paiera. La seule solution est d'instaurer un moratoire d'un an pendant lequel on gèlerait tous les projets de la grande distribution prévus en périphérie des villes afin de réfléchir à ce que l'on veut faire du territoire français. Pendant quinze ans, sous des gouvernements de droite comme de gauche, on a laissé faire n'importe quoi et on a bousillé le paysage.

Que préconisez-vous ?

Que les centres villes, qui sont créateurs de lien social et de convivialité, soient classés en 2018 grande cause nationale. Plus d'un millier de cœurs de ville sont devenus moribonds à cause de la concurrence de ces mastodontes qui ouvrent en périphérie. Et puis il faut respecter nos campagnes en créant une loi où il serait impossible de construire dans et autour des agglomérations sans arborer un minimum. Cela ne veut pas dire tout interdire, mais qu'au moins les monstres commerciaux soient cachés sous une couverture végétale.

Dans la Val-d'Oise, Europacity fait cauchemarder habitants et écolos

50 000 m2 de surface culturelle, 150 000 m2 de surface de loisirs, des bars, une salle de concerts, des restaurants... le complexe de loisirs Europacity, prévu en 2024 dans le triangle de Gonesse (Val-d'Oise), se rêve en rival de Disneyland ou du Parc Astérix. Mais ces ambitions font cauchemarder certains habitants et militants écolos.

L’enquête publique ayant conclu cet été que ce complexe n'était pas très écolo-compatible, les promoteurs du projet, porté notamment par Auchan, ont proposé une nouvelle mouture, plus aérée et végétalisée. Mais les opposants dénoncent le gigantisme de cette opération qui implique de sacrifier plusieurs dizaines d'hectares de terres agricoles. « Une dent creuse enclavée entre deux autoroutes, une nationale et deux aéroports », balaye le directeur du développement d'Europacity, David Lebon. Les promoteurs mettent en avant la création de 10 000 emplois et affirment que ce «nouveau quartier de loisirs du Grand Paris» renforcera l'attractivité touristique de la France.

Dimanche, une centaine d'opposants au projet ont manifesté dans Paris en affichant des banderoles où l'on pouvait lire : « Des radis, pas des Caddies », « Des légumes, pas du bitume ».

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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 09:04

Mercredi 11 octobre, le président de la République a pris la parole pour faire le bilan de la première partie des États généraux de l’alimentation. Tant sur la forme que sur le fond, le monde écolo et paysan reste dubitatif. Certains pourraient se retirer des discussions. D’après Marie Astier le 11 octobre 2017 pour Reporterre, avec ajouts d’autres sources, suivi de Macron dégaine ses ordonnances.

États Généraux de l'Agro-industrie ? Le Ministre de l’agriculture Stéphane Travers doit choisir son assiette

États Généraux de l'Agro-industrie ? Le Ministre de l’agriculture Stéphane Travers doit choisir son assiette

Lire sur ce sujet L’UFC-Que choisir dénonce les « marges exorbitantes » de la grande distribution sur les fruits et légumes bio et Le marché bio s’envole, les paysans bio craignent de perdre leur âme, et aussi sur l'alimentation Pacte pour une agriculture et une alimentation d’intérêt général, sur la mobilisation locale De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !, sur la sécurité alimentaire Nous mangeons trop de produits ultra-transformé et Sécurité alimentaire : l’agence européenne minée par les conflits d’intérêts.

Que sont les États généraux de l’alimentation ?

Un grand débat sur l’alimentation en France vise à rassembler autour d’une même table « l’ensemble des parties prenantes : producteurs, industries agroalimentaires, distributeurs, consommateurs, restauration collective, élus, partenaires sociaux, acteurs de l’économie sociale, solidaire et de la santé, organisations non gouvernementales, associations (...), banques, assurances... », d’après Matignon. Les discussions ont été réparties entre 7 ateliers, certains rassemblant jusqu’à 60 participants de tous bords. Deux thèmes pour deux « chantiers » successifs ont été retenus : « la création et la répartition de la valeur » pour le premier chantier qui s’achève, « une Alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous » pour le deuxième qui se clora en décembre.

« Comment éviter un échec des États généraux de l’alimentation ? »

C’est la question, posée par les 50 organisations de la plateforme « pour une transition agricole et alimentaire ». Elles prennent la parole alors que mercredi 11 octobre, à 16 h au marché de Rungis, se tient la scène finale de l’Acte 1 des États généraux de l’alimentation : le président de la République établit un premier bilan des discussions entamées depuis fin août.

Une intervention permettant de savoir ce que le gouvernement retient comme pistes de réponses au sujet premier chantier : « la création et la répartition de la valeur ». Au cœur du sujet, le revenu des agriculteurs, et les relations commerciales tout au long de la chaîne depuis le producteur jusqu’au consommateur.

« Le diagnostic de départ, qui est que la rémunération des paysans n’est pas suffisante, nous paraissait plutôt juste, relate Nicolas Girod, paysan et secrétaire national de la Confédération paysanne. Il semblait même partagé par tout le monde. Mais au fur et à mesure, les discussions ont glissé vers moins de prise en compte des problématiques paysannes et plus de prise en compte de celles des industriels », regrette-t-il.

Une impression qui résume celle de beaucoup d’autres membres de la plateforme pour une transition agricole et alimentaire, qui s’inquiètent de la direction que prennent ces États généraux « tant dans leur format que sur le fond des sujets », ont-ils expliqué mardi 10 octobre. Parmi les membres de ce rassemblement, des syndicats paysans comme la Confédération Paysanne ou la FNAB (fédération nationale de l’agriculture biologique), des ONG de solidarité comme Action contre la faim ou le CCFD Terre solidaire, des associations environnementales comme Générations futures (pesticides), France Nature Environnement ou le RAC (Réseau action climat), des mouvements agricoles de terrain tels que le Miramap (union des Amap), etc.

« On se demande où est la cohérence » 

« Nous avons fait le bilan entre nous, et nous avons dégagé plusieurs constats communs », explique Cyrielle Denarthig, chargée des questions agricoles au Réseau action climat (RAC).

Sur la forme d’abord, « on se demande où est la cohérence, poursuit-elle. On organise des États généraux pour discuter et pendant ce temps-là, une quantité de décisions politiques sont prises sur les questions agricoles et alimentaires : les aides au maintien de l’agriculture biologique sont supprimées, le CETA [traité de libre-échange avec le Canada] entre provisoirement en vigueur et le gouvernement n’est pas clair sur la question du glyphosate. » Une contradiction fortement ressentie à la FNAB, la Fédération nationale de l’agriculture biologique : « Nous on considérait que la bio répondait aux objectifs des États généraux de l’alimentation : créer des revenus pour les paysans, de la valeur, et une alimentation de qualité. Mais il n’y a pas d’ambition », regrette la présidente du syndicat Stéphanie Pageot.

États Généraux de l’Alimentation : et les citoyens dans tout ça ?

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La finalité de cette lourde organisation reste aussi incertaine : cela va-t-il aboutir à une loi ? Quelques mesures par-ci par-là ? Et surtout, comment le gouvernement tranchera-t-il en fin de course entre des propositions et visions de l’avenir de l’agriculture forcément contradictoires ?

Quant au cadre des discussions, l’industrie alimentaire et la grande distribution étaient largement représentées à la présidence des ateliers des états généraux de l’alimentation, au détriment des écologistes et des paysans bio ou petits. Mais il était encore difficile de juger l’impact de ces présidences sur la tenue des débats. Finalement, les retours des participants sont très divers en fonction des ateliers. « Dans certains ateliers, les débats étaient vraiment intéressants et les intervenants pouvaient parler librement », note Nicolas Girod. « Il était laborieux de se faire entendre, voire même d’être pris au sérieux », a de son côté observé Cyrielle Denarthig dans un autre atelier. « Quand on souhaitait prendre de la hauteur, la présidente d’atelier nous coupait la parole pour dire qu’il fallait des mesures concrètes et positives. Donc des mesures bordées, ciblées, qui ne froissent personne. »

« Surtout, le plus difficile n’était pas tant de se faire entendre que de voir nos propositions reprises dans les conclusions des ateliers », poursuit-elle. Car ce sont les synthèses de chaque atelier, comprenant des propositions « concrètes » et faisant consensus, qui ont été demandées et remises au gouvernement. « Dans notre atelier, elles avaient été rédigées par la présidence et comprenaient des propositions, notamment sur les agrocarburants, qui faisaient dissensus », dénonce encore Cyrielle Denarthig.

Des « frustrations » que la coprésidente de cet atelier 3 sur la « bioéconomie » et « l’économie circulaire » attribue à une mauvaise compréhension des objectifs. Karen Serres est présidente du réseau de développement rural Trame et membre du bureau national de la FNSEA. « On avait à cœur de laisser beaucoup de temps pour les débats, mais le cadre était contraint, rappelle-t-elle. Il s’agissait de trouver des propositions concrètes permettant de créer plus de valeur. Les idées prônant des interdictions, des contraintes supplémentaires, ou les postures politiques ne rentraient pas dans le cadre. »

« Tout a été laissé au bon vouloir des présidents de séance » relève Jean-David Abel, de France Nature Environnement (FNE). « Le comble est que la synthèse des débats a été rédigée par les salariés de Trame, et non par les représentants des ministères. » continue-t-il. « Imaginez qu’on l’ait confiée à des salariés de la FNE ! Tout le monde aurait hurlé ! »

« La consigne est de ne pas trancher entre les modèles »

Un désaccord sur le cadre, qui révèle en fait un dissensus de fond. Par exemple sur les questions d’innovation. Stéphanie Pageot, agricultrice et présidente de la FNAB (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), s’en est rendu compte dès la deuxième réunion de l’atelier 14, sur les investissements dans l’avenir dans l’agriculture. « Je suis tombée des nues, raconte-t-elle. On a commencé à nous proposer des semences issues des nouvelles biotechnologies, que l’on considère comme des OGM. On nous propose une gestion « décomplexée » de l’eau, qui consistait, en gros, à prendre tout pour l’agriculture et rien pour les autres... »

Des désaccords peu surprenants, finalement, vu les visions opposées qui s’affrontent dans le monde agricole. Mais c’est le refus d’arbitrer qui frustre le plus les associations. « Il faut dire qu’il y a des modèles qui ne se valent pas, qu’il y a des systèmes en échec du point de vue économique et de la santé, mais ce n’est pas le cas », insiste Stéphanie Pageot. « On a le sentiment que la consigne est qu’il ne faut pas trancher entre les modèles, il n’y a pas de place pour des politiques structurantes qui pourraient entraîner un changement profond de l’agriculture », estime Cyrielle Denarthig.

Dans ce cadre-là, certains se posent la question de continuer à participer à la deuxième partie de ces États généraux de l’alimentation. C’est le cas de la Confédération paysanne : « Cela demande de gros moyens militants et salariés. Il faut qu’on sente que des lignes bougent », indique Nicolas Girod. La FNAB est sur la même position.

Tout va dépendre des annonces d’Emmanuel Macron. « Le choix d’aller à Rungis pour faire son discours n’est pas très rassurant : c’est un lieu où l’on échange de gros volumes à prix tirés... » note Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération Paysanne. « Après, paraît-il que le faire dans une ferme était logistiquement trop compliqué. Je comprends aussi. »

De son côté l’Élysée a donné quelques pistes hier. Le Président souhaiterait un « changement de philosophie » dans les négociations commerciales entre producteurs, transformateurs et distributeurs. Pour cela, les agriculteurs seraient encouragés à se structurer en filières afin de renverser le rapport de force. Une augmentation des prix pour le consommateur est aussi assumée, avec l’espoir que cette valeur supplémentaire se répartira tout au long de la chaîne, et en particulier jusqu’au producteur.

Laurent Pinatel n’est pas encore convaincu par ce qu’il a pu percevoir des intentions présidentielles : « En gros, Emmanuel Macron nous a fait comprendre qu’on était assez grands pour s’entendre entre producteurs, transformateurs et distributeurs. Mais nous, on considère que si on ne contraint pas industriels, cela ne fonctionnera pas. Il y a 450.000 agriculteurs et seulement 4 centrales d’achat pour la distribution. Avec des relations aussi déséquilibrées, on ne peut pas s’en remettre à bonne volonté de chacun... »

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Rémunération des agriculteurs : Macron dégaine ses ordonnances

Aux États généraux de l’alimentation mercredi, le chef de l’État a annoncé une loi pour mi-2018 visant à imposer un meilleur partage aux industriels et distributeurs. D’après Philippe Brochen le 11 octobre 2017 pour Libération, avec ajouts d'autres sources.

Emmanuel Macron, aux États généraux de l’alimentation à Rungis, mercredi. Photo Albert Facelly

Emmanuel Macron, aux États généraux de l’alimentation à Rungis, mercredi. Photo Albert Facelly

Stopper la guerre des prix dans les produits alimentaires, destructrice de valeur pour tous, mais surtout pour les agriculteurs en amont de la chaîne. Et, ce faisant, stopper la paupérisation de toute une profession en lui redonnant des marges grâce à un nouveau mode de calcul de la rémunération… Telle est l’intention affichée par Emmanuel Macron, qui répète depuis son arrivée à l’Élysée que «les agriculteurs doivent pouvoir vivre de leur travail et l’alimentation est un enjeu prioritaire pour la France».

Mercredi, à mi-parcours des états généraux de l’alimentation, à Rungis (Val-de-Marne), le Président a donc annoncé qu’il allait légiférer par ordonnances début 2018 pour rééquilibrer les contrats entre agriculteurs et distributeurs, afin que les premiers soient mieux rémunérés. «Nous modifierons la loi pour inverser la formation du prix qui partira du coût de production», a déclaré le chef de l’État. Cela tombe bien, c’était l’objectif de la première phase des états généraux de l’alimentation, lancés le 20 juillet, réunissant producteurs, industriels transformateurs, distributeurs, consommateurs, ONG, élus…

«Dérive»

Selon la Mutualité sociale agricole (MSA), sécurité sociale et caisse de retraite des agriculteurs, le revenu moyen mensuel de ces derniers était compris entre 1 083 et 1 250 euros en 2016… C’est peu dire que les annonces d’Emmanuel Macron étaient très attendues par la profession agricole, qui revendique depuis des années une répartition plus équitable de la valeur ajoutée. «On va voir si Macron a du courage et prend de la hauteur», avait prévenu la veille Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Devant quelque 600 invités, réunis mercredi après-midi au marché de Rungis, le président de la République n’est donc pas venu les mains vides.

«Il faut un changement complet de paradigme, mettre un terme à cette dérive et revisiter les équilibres actuels», a-t-il d’abord affirmé, en appelant à la «responsabilité collective indispensable». Car «il n’est pas possible qu’un tiers des agriculteurs gagnent moins de 300 euros par mois». «L’objectif de ces États généraux est de redonner le juste prix aux agriculteurs», a renchéri Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture. Pour y parvenir, Macron souhaite une «contractualisation rénovée, sur une base de trois à cinq ans, entre les différents acteurs pour donner de la visibilité aux producteurs». Objectif : que les agriculteurs élaborent avec leurs partenaires un contrat tenant compte de leurs coûts réels de production. Le chef de l’État a promis qu’une loi sera votée dès le premier semestre 2018 : «L’État prendra ses responsabilités avec des contrôles effectifs et des sanctions appliquées», a-t-il martelé. Avant de s’en prendre aux entreprises qui ne publient pas leurs chiffres : «La coopération commerciale doit être plus transparente.»

«Il est question de créer une charte qui servira de fil conducteur avant d’arriver à la promulgation d’une loi», se félicite Bernard Lannes, président national de la Coordination rurale, deuxième syndicat de la profession. Son but : faire en sorte qu’en dessous du seuil du coût de production de l’agriculteur, le transformateur et l’industriel ne puissent pas acheter la matière première. Une décision qui va dans le sens de la demande de Laurent Pinatel, celle d’«une loi qui réoriente l’agriculture et permette de sanctionner, une loi qui impose aux industriels un prix de base». Macron a demandé que les négociations commerciales qui débuteront en novembre et s’achèveront fin février entre industriels-transformateurs et distributeurs «reflètent cette philosophie, sans attendre la loi». «D’ici à la fin de l’année, je vous demande de conclure des plans de filières pour retrouver le juste prix», a-t-il lancé.

«Label rouge»

Autre demande présidentielle : le regroupement des agriculteurs en organisations de producteurs. «Il faut que vous preniez vos responsabilités, a-t-il dit à leur adresse. Les aides de l’État seront conditionnées à la taille de ces organisations.» Pour lutter contre les prix «abusivement bas» pratiqués par des distributeurs, il faut, selon Macron, «éviter les effets de rente, rehausser le prix de revente à perte des produits alimentaires», mais aussi «encadrer les promotions». Enfin, le Président s’en est pris aux «choix absurdes en matière de qualité alimentaire qui ont été protégés jusqu’ici et ne correspondent plus à nos goûts et nos besoins. Il y a des modèles productifs dans lesquels il n’y a pas d’avenir. Il faut que cela cesse, a-t-il insisté. Il faut valoriser les indications géographiques, le label rouge, le bio, favoriser le bien-être animal, moderniser les abattoirs, renforcer l’étiquetage sur l’origine des produits transformés.»

De bonnes paroles assorties quand même de quelques gages : «L’État est prêt à s’engager financièrement pour accompagner ces mutations, filière par filière, a-t-il conclu. Mais chacun va devoir faire des efforts, faire différemment et accepter de donner un peu à l’autre.» Encore faut-il que tous les acteurs de la filière jouent le jeu. À commencer par les gros industriels et les distributeurs, dans le collimateur présidentiel.

Et Nicolas Hulot ?

Les États généraux de l’agriculture c’était son idée !

Après un long discours présidentiel, Nicolas Hulot s’est dit « tout à fait rassuré ». « Cela fait longtemps que les agriculteurs n’ont pas entendu de tels mots venant d’un président de la République », estime-t-il. Évoquant la nécessité de se doter d’un « modèle agricole qui réponde aux objectifs de santé et d’environnement », l’agroécologie, le bien-être animal ou encore les « choix absurdes » faits sur les modes de production, Emmanuel Macron a sans doute répondu aux attentes de son ministre. « Le discours fixe une orientation, réagit M. Hulot. Avec la perspective d’une loi sur ces questions, je suis sûr maintenant qu’il y a l’atterrissage politique que j’attendais. »

Preuve encore de la prise en compte des attentes de l’ancien militant écologiste, le ministre de l’agriculture a insisté sur l’évolution nécessaire du modèle en introduisant le premier bilan des EGA. « L’agriculture se trouve désormais au cœur d’une mutation majeure, celle de la transition écologique et durable », a déclaré M. Travert, mercredi, à Rungis. La conclusion des États généraux, en décembre, et le dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes auront valeur de test pour Nicolas Hulot. Le ministre évaluera alors son utilité au sein du gouvernement.

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12 octobre 2017 4 12 /10 /octobre /2017 12:48

La loi Hulot sur les hydrocarbures votée par l'Assemblée Nationale le 10 octobre devait permettre de tenir les engagements pris lors de la COP21. Par Maxime Combes, économiste, membre d’Attac France, auteur de "Sortons de l'âge des fossiles!", et Nicolas Haeringer, chargé de campagne pour 350.org, auteur de "Zéro Fossile" . Lire aussi « Aux députés français d’aller plus loin que la loi Hulot dans la lutte contre le réchauffement » et Hydrocarbures : le gouvernement a plié devant les intérêts miniers.

Vue aérienne du gisement de Lacq, dans les Pyrénées Atlantiques UIG via Getty Images

Vue aérienne du gisement de Lacq, dans les Pyrénées Atlantiques UIG via Getty Images

"J'ai été élu pour représenter les citoyens de Pittsburgh, pas de Paris", affirmait Donald Trump au mois de juin pour justifier sa décision de sortir de l'Accord de Paris. En citant la ville qui fut la capitale mondiale du charbon et de l'acier, et est désormais un emblème de la "révolution" des gaz de schiste aux États-Unis, Trump envoyait un message clair : entre le climat et les intérêts de l'industrie fossile, il avait choisi.

Un choix qui a le mérite de montrer, par un effet de miroir, l'horizon d'une politique climatique ambitieuse: suivre le chemin inverse de celui choisi par Trump. Autrement dit: assumer de prendre des décisions qui vont directement à l'encontre de l'industrie fossile.

La loi Hulot sur les hydrocarbures, qui doit-être votée par l'Assemblée nationale ce mardi 10 octobre, devait jouer ce rôle. Celui d'un symbole, d'un signal envoyé au reste de la communauté internationale: tenir les engagements pris lors de la COP21 (maintenir le réchauffement au plus près des 1,5°C) implique de redonner aux États le pouvoir de dire 'Non'. Non aux projets de l'industrie fossile, non à notre dépendance aux hydrocarbures, non aux lobbies industriels désireux de prolonger leur rente aussi longtemps que possible, quel qu'en soit le coût climatique et social.

Nous avions rendu compte, en amont de la COP21, du refus de la communauté internationale d'envisager, si ce n'est une interdiction, a minima des restrictions à l'exploitation des énergies fossiles. Nous nous attendions donc à ce que l'industrie fossile réagisse et à ce que les forces conservatrices déploient toute leur énergie pour maintenir l'existant –c'est-à-dire la possibilité de forer toujours plus loin et plus profond. En ouverture du débat parlementaire, Nicolas Hulot exhortait les députés à se montrer courageux, en soulignant la dimension libératrice de l'interdiction d'explorer et d'exploiter des gisements d'hydrocarbures: son texte de loi devait nous permettre de "retrouver notre liberté -liberté de renoncer à notre addiction aux hydrocarbures".

Grâce à une mobilisation rapide (plusieurs milliers de messages envoyés aux député.e.s siégeant dans les commissions "Affaires économiques" et "Développement durable" de l'Assemblée nationale) et à un gros travail de plaidoyer de 350.org, des Amis de la Terre, d'Attac France et des collectifs en lutte contre l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures de schiste et de couche, le texte de loi était arrivé renforcé devant l'ensemble des député.e.s.

Las, au gré d'amendements d'un gouvernement et de députés plus enclins à écouter les tenants de l'immobilisme que ceux qui, depuis des années, se mobilisent pour "mettre fin aux énergies fossiles", le projet de loi a été affaibli. Ainsi, par exemple, la fin annoncée de l'exploitation des énergies fossiles en 2040 est désormais assortie de trop nombreuses exceptions: pour le gisement de Lacq qui, toute proportion gardée, est à la France pour le gaz ce que Pittsbugh est aux États-Unis pour le charbon, pollutions locales comprises. Exception, également, pour les concessions déjà délivrées dont le terme va au-delà de 2040. Exception, toujours, pour les concessions qui ne permettraient pas aux industriels de rentrer dans leurs frais à temps. Au nom d'une conception datée de la "liberté d'entreprendre" le gouvernement a préféré protéger les droits des industriels, plutôt que commencer à résoudre le défi de ce début de 21e siècle: faire en sorte que le droit des affaires, notamment le droit minier et la liberté d'entreprendre, soient enfin soumis à l'impératif climatique.

Les reculs sur le projet de loi Hulot prouvent que notre maison brûle et que nous votons ailleurs

Nicolas Hulot n'a en effet cessé d'expliquer que le gouvernement craignait une censure des mesures contenues dans les amendements allant dans le sens d'un renforcement du texte, pour mieux justifier leur rejet. Il met ainsi en évidence le fait que notre droit (notamment le code minier et son emblématique "droit de suite") n'est pas adapté à notre époque et au défi que représente la lutte contre le réchauffement climatique. Il prouve également que l'État avance plus lentement que les juges, qui ont déjà largement intégré le fait que le droit de l'environnement devait primer sur les intérêts des industriels. Il montre enfin que l'État a une vision étriquée du droit et de son évolution: le droit n'est pas qu'une force conservatrice. Il change, s'adapte, se transforme -par le travail législatif et, parfois, dans des rapports de force, par des conflits d'interprétation. Bref: le droit n'est pas une entité figée, mais un cadre mouvant, dont l'appropriation sociale n'est pas la moindre des dynamiques transformatrices.

Les reculs du gouvernement sur le projet de loi Hulot nous montre que l'État n'a toujours pas pris la mesure de l'état d'urgence climatique dans lequel nous sommes. Il ne s'agit pas du renoncement d'un homme (Nicolas Hulot) qu'il faudrait vouer aux gémonies, mais du symptôme d'un mal plus profond. Nous continuons à faire de la politique et à voter des lois comme si le réchauffement climatique était une menace abstraite, distante. Comme s'il suffisait d'un peu de communication et de quelques modifications à la marge de cette fabuleuse machine à réchauffer la planète qu'est notre système économique.

Comme Nicolas Hulot le faisait (presque) dire à Jacques Chirac, dans le discours que le premier avait écrit pour le second, "notre maison brûle et nous votons ailleurs".

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