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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 13:44

La nouvelle convention sur l’assurance chômage va s’imposer la semaine prochaine dans l’indifférence générale. Hélène Crouzillat, membre du collectif les Matermittentes, et Rose-Marie Pechallat, présidente de l’association de défense des chômeurs Recours radiation, tentent d’alerter sur les dangers de ce texte. Par Hélène Crouzillat et Rose-Marie Pechallat le 28 avril 2017 pour Politis.

photo : JACQUES DEMARTHON / AFP

photo : JACQUES DEMARTHON / AFP

À l’heure où les consignes de vote pour le second tour des présidentielles fleurissent comme des coquelicots, une course de vitesse se joue dans les salons de la République pour l’agrément par la ministre du Travail de la nouvelle convention d’assurance chômage. Vous n’êtes pas au courant ? C’est normal. Personne n’a intérêt à vous informer de ce qui vous attend si, par malchance, le marché du travail ne voulait plus de vous.

Cette nouvelle convention d’assurance chômage fait suite à un protocole d’accord signé le 29 mars dernier, par les « partenaires sociaux » gestionnaires de l’Unédic, l’organisme qui gère et encadre les conditions d’indemnisation des chômeurs. Il prévoit l’économie de 900 millions par an sur les trois prochaines années pour pallier un déficit estimé à 4 milliards d’euros par an.

Quelques voix – des organisations de chômeurs – à peine audibles, annoncent le tableau : les premiers chômeurs touchés par les économies sont les femmes, les seniors et les salariés sous contrat courts ou travaillant à temps partiel, du public comme du privé. On aurait pu penser qu’une hausse des cotisations patronales, un déplafonnement des cotisations sur les hauts salaires ou encore une hausse du salaire des femmes pour atteindre celui des hommes, pourraient suffire à remplir la caisse. Que nenni ! Les précaires, les vieux et les femmes sont démasqués : ils sont responsables de la dépense ; ils devront donc avaler des couleuvres et manger des clous en attendant des jours meilleurs.

En juin dernier, les négociations entre les partenaires sociaux s’étaient interrompues, le Medef refusant catégoriquement de supporter une hausse des cotisations patronales sur les contrats courts, sujet au cœur des tractations. Faut dire que des contrats courts, il y en a beaucoup. On parle même d’« explosion » des CDD. Il n’est pas inutile de rappeler ici la définition d’une explosion : une rupture violente et accidentelle provoquée par une pression excessive. Presque la moitié des chômeurs qui s’inscrivent à Pôle emploi le font à la suite d'un CDD. Ces chômeurs grèveraient les finances de l’assurance chômage, quand ils font les choux gras des employeurs sur le marché du travail (86 % des nouvelles embauches se font en CDD).

Opération blanche pour les entreprises

Ce type de salariat n'est pas accidentel, il est le fruit d'une volonté farouche des organisations syndicales siégeant à l'Unédic, salariées et patronales réunies (exceptée la CGT), de transformer le marché du travail. Violent, il l’est assurément quand la protection sociale des salariés repose sur le fantasme du plein emploi et des contreparties alignées sur la règle du CDI. Quant à la pression, elle est certes excessive tant par l’idéologie qu’elle charrie que par l’absence réelle d’un contre-pouvoir des salariés, tant ceux qui devraient les représenter ont vendu leur âme au diable.

Avec le mouvement contre la loi travail, il s’en fallait de peu pour que les opposants au projet, mesurent la nécessité de défendre d’une même voix les droits des chômeurs et ceux des salariés, les deux étant indissociables pour qui comprend qu’un niveau d’indemnisation chômage élevé et réellement protecteur donne des ailes et du pouvoir aux salariés. Dans ce climat, les négociations ont cessé, le Medef quittant la table, et l’État a prolongé la précédente convention.

Mais revenons aux oiseaux de mauvais augures. La loi travail promulguée, les partenaires sociaux ont remis le couvert en mars dernier et négocié une hausse de 0,05 % des cotisations à la charge des employeurs sur les contrats courts, symbole d’un effort des employeurs salué par le gouvernement, qui a pu à cette occasion se féliciter d’un dialogue social vivifiant.

Sauf que les efforts annoncés ne sont ni plus ni moins qu'un tour de prestidigitation. De l’aveu même de l’entourage de Pierre Gattaz (président du Medef) se voulant rassurant dans les pages du Figaro du 29 mars : « Les chefs d'entreprise verront bien que la hausse des cotisations à l'assurance chômage est temporaire et qu'elle va de pair avec une baisse de la cotisation aux AGS [organisme payant notamment les rémunérations des salariés d'entreprises en défaillance, NDLR], et avec une suppression, en deux temps, de la taxation des contrats courts. »

Donc, la hausse est compensée et produit une opération blanche pour les entreprises, mais qui plus est, les baisses du montant de l’indemnisation des chômeurs continuent, et s'amplifient de convention en convention, tandis que la hausse des cotisations, elle, devient temporaire !

« On n’est jamais mieux servi que par soi-même »

Mieux. Là où le gouvernement s’enorgueillit des avancées du dialogue social, il fait mine d’ignorer que les partenaires sociaux pourront désormais, à travers un nouveau comité de pilotage – comité tout spécialement créé à l’occasion de cette dernière convention –, décider de la baisse des contributions des employeurs comme des salariés : « Les taux des contributions des employeurs et des salariés au financement du régime d'assurance chômage seront réduits à compter du 1er janvier ou du 1er juillet de chaque année si, au cours des deux semestres qui précèdent, le résultat d'exploitation de chacun de ces semestres est excédentaire d'au moins 500 millions d'euros et à condition que le niveau d'endettement du régime soit égal ou inférieur à l'équivalent de 1,5 mois de contributions calculé sur la moyenne des 12 derniers mois. »

En clair, ce groupe dont la légitimité est contestable et sans aucun contrôle des premiers concernés, pourra vider à loisir la caisse de l’assurance chômage si par bonheur davantage de cotisations entraient à l’Unédic. Autrement dit, le déficit tant décrié, qui sert de soupe aux commentateurs en tout genre (économistes, journalistes, politiques..), est savamment organisé et instrumentalisé par les mêmes – en tête, le Medef et la CFDT – qui usent abondamment de l’argument, et s'en servent de levier pour réduire les droits des chômeurs.

La boucle est bouclée, mais l’entourloupe ne s’arrête pas là. Elle se niche dans le détail des textes de la convention qu’il serait bien difficile de résumer ici sans que le lecteur ne sombre dans une parfaite somnolence. Car, c’est un véritable cauchemar de lire ces textes réglementaires, et il ne suffit pas de s’armer de patience pour y survivre.

Pour avoir un ordre d’idée, il faut se plonger dans les quelque 160 pages réparties entre la convention elle-même, le règlement intérieur, une notice explicative, les annexes et une vingtaine d’accords d’application, se référant les uns aux autres. Nous avons eu accès à plusieurs moutures dont certaines étaient illisibles tant les modifications, ratures, ajouts, et bariolage ajoutaient à la confusion.

Si la lecture des textes est si difficile, nous direz-vous, pourquoi ne pas laisser ça aux spécialistes ? Parce que c'est exactement ce que ces spécialistes-là espèrent en jargonnant de la sorte : faire leur tambouille seuls en camouflant les ingrédients qui la composent. Parce que l’adage « on n’est jamais mieux servi que par soi-même » frappe ici mieux qu’ailleurs. Nous en avons fait l’expérience lorsque nous avons contesté la dernière convention devant le Conseil d’État, qui l’a retoquée en octobre 2015 ; une première dans l’histoire de l’assurance chômage.

Mais, si nous avons plongé patiemment ces derniers temps dans les arcanes de la convention, nous avons manqué cruellement de temps pour aiguiser nos vues. La raison en est simple : le calendrier était serré ; sciemment serré. À peine les partenaires sociaux avaient-ils signé leur accord, à l’exception de la CGT, que la transcription juridique effectuée par l’Unédic était déjà sur la table, passant de 15 à 160 pages. Nous pourrions supputer une collusion entre certains membres de la direction de l’Unédic et les principaux syndicats patronaux et salariés, alors qu’à peine les textes posés sur la table, la cavalcade commence : les documents quasi définitifs sont lus à une telle rapidité qu’il n’y a pas le temps d’assimiler ou de contester certaines formulations, ou de repérer des mesures non discutées en amont.

Intérêt général

Les syndicats qui ne sont pas dans la confidence des préparatifs, peuvent, s'ils ont tout saisi au vol, agir à la marge et, s'ils sont intègres, refuser de faire payer aux chômeurs la dette de l'Unédic, en ne signant pas les textes. Faut-il rappeler que les négociations se font au siège du Medef à huis clos, sans aucune forme de contrôle démocratique, alors qu’elles concernent directement quelque 5,52 millions de personnes et indirectement 28 millions de travailleurs ?

Deux séances de lecture pour acter la version définitive et les documents ont atterri bien vite sur le bureau de la ministre, tout juste avant le premier tour de l'élection présidentielle. Avant le second tour, madame El Khomri doit désormais jouer de son pouvoir d’appréciation concernant l’intérêt général et l’équilibre financier du régime d’assurance chômage, pour agréer les fameux textes. En vérité, la ministre est sous pression : l’Union européenne, Hollande et les partenaires sociaux scrutent attentivement sa décision et il est très probable que de petites notes tranchantes s’amoncellent sur son bureau au point d’étouffer le moindre souffle critique.

La notion juridique d'intérêt général, elle pourra opportunément la défendre, songeant que cette nouvelle convention vise principalement les catégories de chômeurs les plus désarmés, et sécher une larme à leur mémoire. Tant pis si seuls les jours travaillés seront indemnisés, tant pis pour les plus jeunes, les plus de 50 ans, les femmes, les plus vulnérables. Quant à l’équilibre financier, elle constatera avec candeur et respect pour le dialogue social que le nouveau comité de pilotage mené par les partenaires sociaux se charge de tout.

On pourrait nommer ces différents acteurs – l’Union européenne, le gouvernement, les partenaires sociaux – les liquidateurs, si on voulait titrer le film qui se déroule sous nos yeux. Dans le cas où la ministre voudrait se racheter d’avoir porté une loi travail qui fait honte à notre justice sociale et refusait d'endosser le rôle principal, elle n'agréerait pas la convention d'assurance chômage. Elle ne modifierait en rien les sombres intentions de Macron ou Le Pen vis-à-vis des chômeurs, mais au moins, cet acte apporterait un autre regard sur les responsabilités de chacun concernant ces populations sacrifiées à l'aune d'une économie dite en crise, alors qu'elle est loin de l'être pour tout le monde.

Nous sommes très nombreux à vivre de miettes, mais nous connaissons notre incroyable puissance quand nous prenons en main nos propres affaires. Et puis, il y a la rue. Nous battrons le pavé et pas seulement pour nous tenir chaud.

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 09:27

Un cortège syndical contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a réuni le plus grand nombre de manifestants du défilé traditionnel du 1er Mai à Nantes. En pleines tensions de l’entre-deux-tours, les manifestants voient dans la rue le seul espace d’expression politiquePar Jade Lindgaard le 1er mai 2017 pour Mediapart.

Cortège contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes dans la manifestation syndicale du 1er mai, à Nantes (JL)

Cortège contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes dans la manifestation syndicale du 1er mai, à Nantes (JL)

Nantes (Loire-Atlantique), envoyée spéciale. Un pied, puis l’autre, et inversement, à un rythme intermittent. Elle se danse en ligne et en frappant le sol d’un bâton. C’est la plinn, danse traditionnelle bretonne revisitée par des occupant.es de la Zad de Notre-Dame-des-Landes en s’inspirant de pas de luttes venues d’ailleurs dans le monde. Lundi 1er mai, des dizaines d’opposant.es à l’aéroport du Grand Ouest l’ont étrennée dans le centre-ville de Nantes, derrière les tracteurs de paysans et en tête d’un cortège historique : le premier défilé du collectif intersyndical contre l’aéroport, au sein de la traditionnelle marche pour les droits des travailleurs. À vue d’œil, c’est la présence la plus importante de la manifestation, où défilent entre averses et rayons de soleil des militant.es de la CGT, FSU, Solidaires – FO ne participe qu’au rassemblement. C’est aussi la plus joyeuse et la plus jeune – avec le bloc tout de noir vêtu qui proclame « Soyons ingouvernables » et « Refusons les élections, faisons la révolution » quelques dizaines de mètres devant eux.
Les organisateurs annoncent 6 000 participants en tout, la préfecture 4 000. En tête de manifestation, les syndicats appellent à « en finir avec les reculs sociaux qui font le terreau de l’extrême droite ». Les rangs sont plus fournis qu’en 2016, mais on y compte près de dix fois moins de manifestants qu’en 2002. À l’époque, près de 40 000 personnes avaient marché pour dire non à l’élection de Jean-Marie Le Pen. « Ce n’est pas le raz-de-marée de 2002, la banalisation du Front national s’est produite entretemps », décrit Jean Brunacci, porte-parole de Solidaires 44.

Contre le FN, mais pas pour Macron : en pleines tensions de l’entre-deux-tours, les militants cherchent à faire entendre des voix combatives, autonomes vis-à-vis de l’issue du scrutin du 7 mai. « On ne donne pas de consigne de vote, les gens font ce qu’ils veulent. Blanc, abstention ou pour Macron, chaque expression est respectable, explique Laurent, un militant CGT. Le Pen ou Macron, c’est du pareil au même. Ce seront les luttes sociales qui décideront. » Une militante CGT affirme que « le 1er Mai, c’est pour dire à Macron que s’il est élu, on sera là, et on sera pas dupes ». Pour Fabrice David, secrétaire général de l’Union départementale de la CGT en Loire-Atlantique : « Pas une seule voix ne doit aller à Marine Le Pen. Ce parti est un danger mortel pour le monde salarié et syndical. Mais on dénonce aussi le programme de Macron, ses attaques contre le monde du travail et la protection sociale. C’est dans la droite ligne de la politique de Hollande que nous avons combattue pendant cinq ans. »

Sono dansante, cuisine vegan roulante, quatre tracteurs et une bétaillère : le cortège contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes détonne dans le défilé nantais. Ses drapeaux noirs claquent au vent : on y voit un poing blanc écraser un avion. Tout autour, une ronde de lettres : « Collectif intersyndical contre l’aéroport à NDDL et son monde ». Le slogan de la Zad, « contre l’aéroport et son monde », a été modifié pour convenir aux militants syndicaux qui défendent le maintien de leur actuel lieu de travail, l’aéroport de Nantes Atlantique. Peinte en larges lettres blanches sur fond noir, la banderole du cortège résume la prouesse politique accomplie par le jeune collectif intersyndical : « Maintien de Nantes Atlantique, Non aux expulsions sur la Zad ». Ou comment figurer l’alliance politique inattendue entre travailleurs aéroportuaires et militants anticapitalistes et anti-hiérarchies. Pour Steeve, militant de la CGT AGO qui réunit des salariés de l’actuelle plateforme aéroportuaire de Nantes Atlantique : « Le système économique nous divise tous. La convergence des luttes paysannes et ouvrières avait disparu à Nantes. Mais aujourd’hui la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et celle pour le garder là où il est se rapprochent. »

Militants de CGT AGO, qui regroupe des travailleurs de l'actuel aéroport, le 1er mai à Nantes (JL)

Militants de CGT AGO, qui regroupe des travailleurs de l'actuel aéroport, le 1er mai à Nantes (JL)

Cheville ouvrière du collectif, Tristan porte haut dans les airs un drapeau barré d’un avion. « Avec le mouvement contre l’aéroport, on se retrouve dans la lutte. On a les mêmes revendications. Ils nous soutiennent dans notre lutte. Et nous on les soutient dans la leur. » Une petite dizaine de travailleurs de Nantes Atlantique sont présents. Difficile de mobiliser, alors que la saison bat son plein sur l’aérogare et que la journée de travail est payée double en ce jour férié. Pour Camille, membre du collectif et habitant de la Zad, « on souhaite s’adresser au monde des salariés et syndiqués et faire passer le message que les arguments pro-NDDL au nom de l’emploi sont mensongers. On voudrait aussi faire connaître aux salariés dépossédés de leur travail ce qui se vit sur la Zad : on peut repenser la production, sans patron et sans hiérarchie ». Militant de l’union locale CGT de Carquefou, Jean-Luc considère qu’« il faut affirmer qu’il existe au sein du mouvement syndical une composante opposée à l’aéroport. Cette dimension existe mais ne s’était jamais complètement exprimée jusqu’ici. C’est une façon de combattre la réduction de Notre-Dame-des-Landes à un combat écologique. L’enjeu fondamental c’est la convergence des luttes sociales et des luttes écologistes ». Autour d’eux, la foule chante : « Ni avion, ni béton ! Ni patrie, ni patron ! »

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 09:07

Des travaux scientifiques suggèrent que les océans ont monté, entre 2004 et 2015, 25 % à 30 % plus vite qu’entre 1993 et 2004. Par Stéphane Foucart le 29 avril 2017 pour Le Monde.

 

Près de Port Kirwan, dans le province de Terre-Neuve-et-Labrador, le 26 avril. Drew Angerer / AFP

Près de Port Kirwan, dans le province de Terre-Neuve-et-Labrador, le 26 avril. Drew Angerer / AFP

La hausse du niveau des mers s’accélère. C’est la conclusion majeure de l’étude d’une équipe franco-suisse conduite par Anny Cazenave, du Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales, à Toulouse, et publiée dans la dernière édition de la revue Geophysical Research Letters. C’est la première à déceler une accélération du rythme d’élévation des océans depuis le début des observations satellites, en 1993.

Ces travaux suggèrent ainsi que le niveau marin est monté, entre 2004 et 2015, 25 % à 30 % plus vite qu’entre 1993 et 2004. Ils permettent de réconcilier deux types d’observations : les mesures d’élévation du niveau des mers d’une part, et les mesures de perte des glaciers continentaux d’autre part. Car, jusqu’à présent, le compte n’y était pas. Depuis une décennie, du fait du changement climatique, la perte de masse des calottes glaciaires ne cesse d’accélérer, mais cette observation ne se traduisait pas, comme attendu, par une accélération de la montée des océans.

Selon les chiffres les plus consensuels, le seul inlandsis du Groenland a perdu en moyenne quelque 35 milliards de tonnes de glace par an dans les années 1990, contre environ 215 milliards de tonnes par an en moyenne entre 2002 et 2011. Autant de glaces censées faire grimper toujours plus vite le niveau marin. Pourtant, en dépit de cette accélération, les observations satellites assuraient que, si les océans montaient, ils le faisaient à la même vitesse depuis le début des années 1990.

A qui la faute ? A un appareil défectueux, l’altimètre Topex B, embarqué sur le satellite américano-européen Topex-Poséidon, lancé en 1992. « On savait que l’instrument était sujet à une dérive et il a été remplacé en 1999, raconte Anny Cazenave. Mais pendant plusieurs années, cette dérive n’a pas été quantifiée et on pensait que son effet était mineur. »

Bonne et mauvaise nouvelle

Ce n’était pas le cas. Il faut attendre 2012 pour que des chercheurs français de la société Collecte localisation satellites montrent que la dérive de Topex B est significative, en comparant les mesures satellitaires avec les enregistrements des marégraphes. En clair : l’instrument Topex B exagère ses mesures, chaque année, de quelques dixièmes de millimètre. Trois ans plus tard, une équipe australienne donne une première estimation de ce biais : le défaut de l’appareil ajoute artificiellement, chaque année, entre 0,9 mm et 1,5 mm.

Pour en avoir le cœur net, Anny Cazenave et ses coauteurs ont rassemblé toutes les données disponibles sur les différentes contributions à l’élévation du niveau marin : dilatation thermique des océans, fonte des glaces continentales, perte de glace des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique, volume des retenues d’eau douce (barrages, etc.). « Or, après avoir fait des moyennes d’ensemble, nous trouvons que la somme de toutes ces composantes présente un très bon accord avec les mesures satellites de hausse du niveau moyen des mers, mais seulement à partir de 1999 », explique Mme Cazenave.

Sur la période précédente, entre 1993 et 1998, le hiatus qui intriguait tant les scientifiques est donc vraisemblablement attribuable à la dérive instrumentale de Topex B. Un hiatus qui correspond, dit la chercheuse française, « à la fourchette haute de l’estimation publiée en 2015 par nos collègues australiens ». Soit une dérive instrumentale de 1,5 mm par an environ. Ce n’est presque rien pour le béotien, mais largement suffisant pour biaiser significativement les mesures.

Une fois le biais de Topex B pris en compte, la hausse du niveau marin doit être révisée à la baisse pour les années 1990. Au final, elle aurait donc été de l’ordre de 2,5 mm par an au cours de la première décennie d’observation (1993-2004) et d’environ 3,3 mm dans la décennie suivante (2004-2015). La bonne nouvelle est que la tendance globale sur l’ensemble de la période d’observation doit être légèrement révisée à la baisse – de l’ordre de 3 mm par an, en lieu et place de la valeur qui fait jusqu’à présent consensus, soit 3,3 mm par an. La mauvaise est qu’une accélération de la hausse du niveau marin sur les deux dernières décennies n’augure rien de bon pour les projections de hausse des océans, d’ici la fin du siècle.

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 09:11

Stupéfiante défaillance des cuves du Creusot - Pendant le prochain quinquennat, 53 des 58 réacteurs du parc atomique français dépasseront les quarante années de fonctionnement. Faudra-t-il prolonger leur exploitation au-delà de la durée prévue lors de leur conception, remplacer ces centrales par une nouvelle génération ou sortir progressivement du nucléaire ? L’histoire édifiante d’une pièce essentielle du dispositif de sûreté interroge les choix à venir. Par Agnès Sinaï pour Le Monde Diplomatique de mai 2017.

Barthélémy Toguo - « Nuclear Destiny III » (Destinée nucléaire III), 2015, Galerie Lelong, Paris - Bandjoun Station, Cameroun.

Barthélémy Toguo - « Nuclear Destiny III » (Destinée nucléaire III), 2015, Galerie Lelong, Paris - Bandjoun Station, Cameroun.

Ce bloc en acier mesurant 23,2 centimètres d’épaisseur et 4,72 mètres de diamètre joue un rôle crucial dans le confinement des centrales électronucléaires. La cuve du réacteur abrite la fission contrôlée de l’uranium dans une eau sous haute pression. Une fissure ou une rupture brutale de la calotte du fond conduirait à un accident majeur difficilement maîtrisable. La montée en pression dans l’enceinte de confinement en béton serait trop rapide pour être endiguée. L’explosion de celle-ci entraînerait des rejets de radioactivité dans l’atmosphère, avec pour conséquence des dommages incalculables.

« La rupture doit être exclue », dit avec force le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), M. Pierre-Franck Chevet, devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. Ce 25 juin 2015, les élus sont sidérés par la découverte des défauts de fabrication de la cuve déjà installée dans l’EPR (1), réacteur dit de « troisième génération », en construction à Flamanville (Manche). Alors que dès 2007 l’ASN a demandé à l’entreprise de procéder à des essais pour pouvoir prononcer la conformité de ces pièces à l’exigence de qualification technique (2), ceux-ci n’ont eu lieu qu’en octobre 2014, sur une calotte similaire initialement destinée au marché américain. Et les résultats communiqués au printemps 2015 s’avèrent désastreux : la résilience de la cuve se limite par endroits à 36 joules et en moyenne à 52 joules, quand la réglementation en impose un minimum de 60 (3). C’est une avarie de premier ordre pour un chantier pharaonique.

Avec une puissance électrique annoncée de 1 630 mégawatts (MW), l’EPR sera, s’il voit le jour, le réacteur le plus puissant du monde. Destiné à remplacer à terme tous les réacteurs actuels (900, 1 300 et 1 450 MW), ce modèle est présenté comme plus rentable, plus sûr, entièrement informatisé et d’une durée de vie de soixante ans. Dès la création d’Areva en 2001, issue du rachat de Cogema par Framatome, Mme Anne Lauvergeon, alors présidente-directrice générale du groupe, en a fait son principal argument pour la relance du nucléaire, en France comme à l’international. Mais les vicissitudes de la construction des prototypes trahissent la démesure du projet. En Chine, l’inauguration des deux EPR en chantier à Taishan a été repoussée à la fin de l’année (4). En Finlande, l’EPR d’Olkiluoto, qui devait démarrer en 2009, ne sera raccordé au réseau électrique au mieux que fin 2018. À Flamanville, le chantier lancé en 2007 accumule les retards : déjà plus de six années. Estimé initialement à 3,3 milliards d’euros, son coût sera au moins de 10,5 milliards d’euros (5), et à condition qu’Areva trouve une parade à ses nouveaux déboires, qui révèlent un défaut majeur dans la maîtrise de la qualité des pièces forgées.

La cuve en acier d’un réacteur doit être ductile, c’est-à-dire apte à se déformer sous l’effort, sans rompre, mais aussi tenace pour résister à la propagation d’une fissure sous contrainte mécanique. Très peu de forges dans le monde sont capables d’en fabriquer. La calotte et le fond de cuve de Flamanville ont été façonnés dans l’usine Creusot Forge, en Saône-et-Loire, où les lingots de 156 tonnes en provenance de l’usine voisine d’Industeel (ArcelorMittal) sont forgés puis moulés sur une énorme presse pour prendre la forme d’un couvercle ou d’un fond de cuve de réacteur, d’une virole de générateur de vapeur ou encore d’une branche de tuyauterie.

La forge du Creusot a une longue histoire, qui débute en 1782 et s’étoffe à partir de 1836 sous l’égide de la dynastie industrielle des Schneider. Sous le contrôle du baron Édouard-Jean Empain à partir de 1969, l’activité donne naissance l’année d’après à Creusot-Loire, qui compte jusqu’à 22 000 salariés (6). L’atelier d’usinage de pièces nucléaires — qui marque alors un tournant technologique — est inauguré en 1974. Mais la demande s’essouffle après l’achèvement des principales centrales françaises, la baisse des prix du pétrole et la catastrophe de Tchernobyl, en 1986, qui provoque le gel des investissements dans le monde.

Un savoir-faire et des procédures émoussés

En 2003, l’homme d’affaires Michel-Yves Bolloré (frère de Vincent) rachète la forge pour une bouchée de pain, alors que l’activité est en veilleuse depuis près de vingt ans et que le site ne compte plus que quatre cents salariés. Le savoir-faire et les procédures se sont émoussés. Dès le 16 décembre 2005, le chef du Bureau de contrôle des chaudières nucléaires (BCCN) écrit à la direction d’Électricité de France (EDF) : « Le BCCN a récemment constaté de nombreux écarts concernant le forgeron Creusot Forge. Ces éléments mettent en cause la qualité des travaux et de la surveillance de ses sous-traitants (7). »

Après une visite au Creusot, le BCCN repère des « déviances » qui auraient dû être signalées par le fabricant lui-même ou par son commanditaire. Le président de l’ASN de l’époque, M. André-Claude Lacoste, aurait averti Areva : « Votre fournisseur a de gros problèmes, changez-en ou rachetez-le (8) ! » Areva annonce ce rachat en septembre et s’exécute fin 2006 pour la somme surprenante de 170 millions d’euros (9). C’est dans cette période mouvementée, entre septembre 2006 et janvier 2007, que les calottes du couvercle et du fond de la cuve de l’EPR ont été élaborées…

Les anomalies constatées relèvent d’un phénomène bien connu de ségrégation des atomes du carbone que l’on ajoute au fer lors de la fabrication de l’acier. David Rodney, physicien spécialiste des métaux, décrit le risque de rupture : « Le fait qu’il y ait une concentration en carbone un peu trop importante dans certaines pièces des centrales nucléaires les rend à la fois plus dures et plus fragiles, d’autant que la résilience de l’acier diminue du fait du bombardement par les neutrons. En fonctionnement normal, cela ne pose pas de problème ; mais, en cas d’arrêt d’urgence du réacteur, la baisse de la température entraîne une contrainte forte sur les matériaux. » Alors que la teneur en carbone n’aurait pas dû dépasser 0,22 %, celle mesurée par Areva était par endroits de 0,30 %.

Comment expliquer que le japonais Mitsubishi Heavy Industries soit parvenu à forger correctement des composants équivalents pour l’EPR finlandais ? « Creusot Forge a fait un choix différent de Mitsubishi, qui pouvait utiliser un lingot plus grand. Areva a voulu croire que ce qui fonctionnait avec une pièce plus petite pourrait convenir à cette nouvelle échelle. Dès le départ, l’alerte sur le risque de ségrégation du carbone était plus élevée que d’habitude et aurait dû mener à des contrôles plus poussés », explique l’expert indépendant Yves Marignac, directeur de l’agence d’information sur l’énergie Wise-Paris. Quant à EDF, responsable du chantier de Flamanville, elle semble s’en être remise aux garanties apportées par Areva sur la qualité de la cuve avant d’accepter que celle-ci soit installée.

Les syndicats de la filière déplorent une perte de compétence et une stratégie d’entreprise devenue illisible, dans le contexte du rachat d’Areva NP (Nuclear Power, construction de réacteurs) par EDF décidé en 2016 : « Quand la logique financière se substitue à la réalité de la production, on en arrive là. Les économies sur la matière utilisée, sur les salariés et la non-prise en compte des retours du terrain ont joué en notre défaveur. Le gouvernement a ouvert le capital d’Areva à l’étranger et a démantelé le groupe en misant sur le tout-export avant de penser à ce qu’on pourrait faire pour la France », témoigne M. Laurent Roussel, délégué syndical Areva NP.

L’affaire de l’EPR a mis en lumière un défaut de qualification du procédé de fabrication qui donne des sueurs froides à toute la filière. En s’intéressant à l’ensemble des composants façonnés dans les réacteurs avec la même technique que la cuve de l’EPR, l’autorité de sûreté a ouvert la boîte de Pandore. De nombreuses irrégularités ont été repérées dans le contrôle de pièces vitales élaborées par Areva au Creusot et par Japan Casting & Forging Corporation au Japon. Le 22 septembre 2016, l’ASN en publie une liste (10) : « On découvre que le fond des générateurs de vapeur a été fabriqué dans les mêmes conditions et qu’il y a des problèmes de teneur en carbone. Il y a aussi la question du phosphore dans ces alliages. C’est d’une complexité sans fin. On se heurte aux limites techniques de ces prétendus fleurons de l’industrie, commente le physicien nucléaire Bernard Laponche. Les contrôles se font sur la base de déclarations fournies par les industriels eux-mêmes. On s’aperçoit que le mensonge règne. » Selon l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), mandaté par l’ASN, « les justifications permettant de montrer que cet affaiblissement est sans conséquence pour la sûreté ont pu être apportées rapidement pour les couvercles de cuves », mais de nombreux générateurs de vapeur nécessitent « des investigations complémentaires » (11). Par chance, l’hiver n’a pas été trop rigoureux, car les recherches de l’ASN ont conduit à plusieurs arrêts afin de pouvoir vérifier dix-huit des cinquante-huit réacteurs en fonctionnement.

Lors de ses vœux à la presse, le 18 janvier 2017, M. Chevet estime « préoccupante » la situation de la filière et souligne que l’ASN a identifié un ensemble de dossiers dits barrés, suspectés d’irrégularités, qui « s’apparentent à des faux, des falsifications ». Une inspection internationale menée sous sa conduite au Creusot, du 28 novembre au 2 décembre dernier, a révélé une « culture de qualité » défaillante : absence d’identification des causes, sous-effectif de l’équipe qualité, absence de qualification de la fonction de superviseur, etc. (12). « Aucun contrôle spécifique n’est mis en œuvre par Areva NP pour détecter ce type de pratique », notent les inspecteurs à propos des irrégularités.

Exemple de ces irrégularités concernant le réacteur numéro 2 de Fessenheim, qui a dû être arrêté en juin 2016 : « On a constaté que la tenue mécanique de la virole basse d’un générateur de vapeur n’était pas garantie. En 2012, Areva ne nous avait pas informés de cet écart », explique M. Rémy Catteau, directeur des équipements sous pression nucléaires à l’ASN. Une « anomalie de trop » qui a conduit à un signalement auprès du procureur de la République : une enquête préliminaire a été ouverte en décembre dernier à la suite de plaintes déposées par plusieurs associations pour mise en danger de la vie d’autrui.

EDF sur la sellette

Alors que les leçons de la catastrophe de Fukushima conduisent à renforcer la sécurité en mobilisant les opérateurs des sites, ces découvertes tombent très mal. L’autorité de sûreté sera de son côté confrontée à un manque de moyens dans une période qui verra l’essentiel des réacteurs nucléaires atteindre la fin de leur durée de vie. Les « grands carénages » nécessaires à la prolongation de leur fonctionnement au-delà de quarante années pourraient s’avérer très coûteux et ne peuvent concerner certaines pièces, comme les cuves.

Mais EDF fait bonne figure. Lors d’une visite de presse le 16 novembre 2016 à Flamanville, où s’activent 4 300 travailleurs, M. Xavier Ursat, directeur exécutif chargé de l’ingénierie et des projets EDF, explique aux journalistes que « le chantier a été remis sur les rails ». Le planning « ambitieux et réaliste sera tenu » (13). Pour EDF, il ne fait aucun doute que l’équipement est suffisamment robuste pour être déclaré apte à produire. « Les caractéristiques de ténacité mesurées dans les pièces [testées] respectent les attendus de la lettre de suite de l’ASN émise en décembre 2015. Le projet Flamanville 3 continue sa progression à un rythme soutenu et les essais de mise en service du réacteur interviendront dès 2017 », affirme de son côté Areva. Le 15 mars dernier, EDF annonçait la prochaine étape : « le chargement de son combustible et son démarrage, à la fin du quatrième trimestre 2018 ». Une manière de passer l’éponge en augmentant un peu plus la pression qui pèse sur l’ASN.

Car, d’ici à l’automne 2017, le « gendarme du nucléaire » doit statuer sur les derniers résultats de l’évaluation de la cuve, fournis en novembre 2016. Areva a joué avec le feu, alors qu’elle avait été avertie par l’ASN dès 2007 de la prise de risque industriel importante liée au caractère tardif de la qualification technique des matériaux. Cette décision sera d’autant plus cruciale pour EDF que l’entreprise publique a signé un marché géant avec le Royaume-Uni le 29 septembre 2016. Deux EPR coûtant au total 22 milliards d’euros doivent être construits à Hinkley Point par EDF et l’énergéticien chinois China General Nuclear Power Corporation. Les risques économiques de l’opération liés aux clauses du contrat inquiètent d’ailleurs beaucoup les syndicats de l’entreprise publique ; ils ont conduit à la démission du directeur financier d’EDF, M. Thomas Piquemal, en mars 2016, puis d’un membre du conseil d’administration.

Que l’autorité de sûreté invalide la réception des pièces défaillantes ou demande une puissance d’exploitation réduite, et toute la filière tremblera. La vraie faiblesse du nucléaire français réside autant dans la vulnérabilité des cuves que dans l’arrogance techniciste de ses promoteurs.

(1) Pour evolutionary power reactor (« réacteur électrique évolutionnaire »).

(2) Lettre du président de l’ASN au président du collectif pour le contrôle des risques radioactifs (PDF), 29 juillet 2015.

(3) « Précisions techniques sur les anomalies de fabrication de la cuve de l’EPR de Flamanville » (PDF), note d’information de l’ASN, 8 avril 2015.

(4) Mycle Schneider et Antony Patrick Froggatt, Word Nuclear Industry Status Report 2016.

(5) L’Usine nouvelle, no 3434, Antony, 3 septembre 2015.

(6) Didier Hugue, « Un site passé aux mains de plusieurs repreneurs », Les Échos, Paris, 3 mai 2016.

(7) Lettre du chef du BCCN au directeur d’EDF (PDF), 16 décembre 2005.

(8) Sylvain Tronchet, « Cuve de l’EPR de Flamanville : l’incroyable légèreté d’Areva et EDF », émission « Secrets d’info », France Inter, 1er avril 2017.

(9) Ibid.

(10) Note de l’ASN du 22 septembre 2016, « Liste des irrégularités détectées au sein de Creusot Forge » (PDF).

(11) Note d’information de l’IRSN (PDF), 18 octobre 2016.

(12) « Inspection multinationale — usine Creusot Forge » (PDF), courrier de l’ASN au président d’Areva, 31 janvier 2017.

(13) Philippe Collet, « Nucléaire : la relance d’EDF suspendue à la cuve de l’EPR », Actu- environnement.com, 17 novembre 2016.

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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 09:04

Par Laurent Bonelli, Maître de conférences à l’université Paris Nanterre, auteur de La France a peur. Une histoire sociale de l’« insécurité », La Découverte, Paris, 2008. Article publié dans Le Monde Diplomatique de mai 2017.

Paul Klee. — « Ein Gefangener wird abgeführt » (Un prisonnier est emmené), 1939 © ADAGP, Paris 2017, Bridgeman images

Paul Klee. — « Ein Gefangener wird abgeführt » (Un prisonnier est emmené), 1939 © ADAGP, Paris 2017, Bridgeman images

La politique offre parfois un spectacle amusant. Lorsque M. François Fillon (Les Républicains), mis en examen par trois juges pour complicité et recel de détournement de fonds publics, complicité et recel d’abus de bien sociaux, puis pour faux et usage de faux et escroquerie aggravée, en appelle à « une détermination sans faille, des principes simples : tolérance zéro, impunité zéro ». Ou lorsque Mme Marine Le Pen (Front national), qui souhaite « appliquer la tolérance zéro et en finir avec le laxisme judiciaire », refuse de se rendre avant fin juin aux convocations de la police dans l’affaire de recel d’abus de confiance qui touche ses proches assistants, en se drapant dans son immunité de parlementaire européenne.

Au-delà de ces incongruités, la question de la sécurité est revenue s’installer au cœur de la campagne présidentielle, comme elle le fait régulièrement depuis 2002. Certains candidats se sont distingués par des propositions particulièrement radicales, comme l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans (pour M. Fillon) ou la mise en place d’un « plan de désarmement des banlieues » (pour Mme Le Pen), mais les modalités proposées par la plupart d’entre eux convergeaient étonnamment. Garantir la sécurité requerrait simplement une augmentation quantitative des moyens pour l’assurer : plus de personnel (public ou privé), plus d’infrastructures (prisons, centres fermés, systèmes technologiques), plus de lois.

Cette philosophie a été suivie avec constance par les gouvernements qui se sont succédé depuis la fin des années 1990. Plus d’une quarantaine de lois ont été votées. Elles ont créé de nouveaux délits (la mendicité agressive, le racolage passif, la fraude d’habitude dans les transports en commun, les rassemblements dans les halls d’immeuble, etc.), systématisé et durci les sanctions pénales ou renforcé les pouvoirs de la police (allongement des gardes à vue, extension des capacités d’écoute et d’interception, développement des fichiers, etc.). Conséquence logique de ce mouvement : les prisons françaises débordent, avec aujourd’hui près de 70 000 détenus, auxquels s’ajoutent plus de 170 000 personnes sous le coup de sanctions alternatives à l’emprisonnement ou bénéficiant d’aménagements de peine. Le nombre d’individus sous main de justice a ainsi augmenté de près de 50 % entre 1997 et 2017. Les rues de nos villes et de nos campagnes sont-elles plus sûres ? Y a-t-il moins d’agressions, de cambriolages, de vols, de violences sexuelles, d’attentats ?

Devant cet échec, les principaux candidats à l’élection ont parié sur une nouvelle fuite en avant. Qu’ils aient été convaincus d’en tirer un avantage politique ou qu’ils manquent d’imagination, ils ont oublié que l’action publique produit des effets sur les individus et les sociétés. Et qu’elle peut reproduire ou aggraver les maux qu’elle prétend combattre. Ne serait-il pas temps d’amorcer une décroissance sécuritaire ?

Premier chantier : la prison, dont tous les travaux montrent les effets délétères sur les individus. La détention renforce d’abord les antagonismes avec les représentants des institutions. On peut aisément imaginer que ceux qui sont condamnés n’entretenaient pas auparavant des rapports pacifiés avec l’école, la police ou la justice. Or, en prison — parce que l’institution règle l’ensemble de leur existence —, ces rapports se durcissent et prennent un tour plus violent encore. Pour ces mêmes raisons, la solidarité entre détenus se renforce. Appartenir à un collectif apparaît comme une nécessité pour se protéger tant contre la violence institutionnelle que contre celle des autres prisonniers. C’est là que se forgent des relations, parfois des amitiés, qui perdurent au-delà de la détention et marquent durablement les carrières délinquantes ou d’activisme violent.

De surcroît, l’expérience carcérale vient obscurcir les perspectives d’avenir de ceux qui l’ont connue. Le stigmate pénal aggrave la situation d’individus déjà peu instruits et relégués sur le marché de l’emploi, quand ils ne sont pas discriminés en raison de leur origine. Ce cercle vicieux explique largement la récidive et donne tout son sens à la désignation des prisons comme « écoles du crime » (1). Au lieu d’en construire de nouvelles, pourquoi ne pas commencer par les vider, comme le font plusieurs pays européens (2) ? Cette option fut choisie par M. Robert Badinter lorsqu’il était garde des sceaux. Entre mai et octobre 1981, l’effectif carcéral diminua de 40 % (soit 19 000 personnes) (3), sans que le pays devienne pour autant un coupe-gorge. Vingt ans plus tard, les députés français concluaient dans le même sens : « La prison aujourd’hui apparaît une sanction inadaptée à plusieurs types de délinquants : toxicomanes, étrangers, mineurs, malades mentaux. Il faut donc sortir d’un système de sanctions axé sur le tout-carcéral et développer d’autres formes de rappel à la loi pour mieux assurer la sécurité en limitant la récidive (4). » Cette lucidité momentanée ne fut guère suivie d’effets, puisque, dans les mois suivants, ils votèrent de nouvelles lois dont l’effet mécanique était d’envoyer ces mêmes personnes derrière les barreaux.

Un second chantier concerne les stupéfiants. La France est l’un des pays européens où la consommation de cannabis est la plus importante. En 2015, 40,9 % des 16-64 ans en avaient fumé au moins une fois dans leur vie, et 22,1 % des 16-34 ans au cours des douze derniers mois. Or cette pratique est lourdement réprimée. En 2014, 176 700 personnes ont été mises en cause par les services de police et de gendarmerie pour usage simple (soit 83 % des infractions à la législation sur les stupéfiants). Et, en 2013, 59 % des condamnations pénales concernant les stupéfiants portaient sur l’usage simple (5). Bien que cela reste sa justification première, la répression ne semble pas empêcher la consommation. En outre, ce contentieux épuise littéralement l’activité des forces de l’ordre et de l’autorité judiciaire. Pour quelques grammes d’herbe, des policiers vont interrompre leur patrouille, mener un interrogatoire, assurer le cas échéant une garde à vue ; un avocat va être appelé, des magistrats et des greffiers mobilisés pour une sanction souvent légère (amende, travaux d’intérêt général, stage de sensibilisation, etc.), dont les effets sur la récidive paraissent pour le moins incertains. Ce temps de travail et son coût public ne seraient-ils pas mieux investis ailleurs ? Ne permettraient-ils pas de cibler des formes de délinquance plus sérieuses ? D’investir davantage dans la prévention et la pédagogie en matière de toxicomanie ? Comme y ont invité MM. Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Benoît Hamon (Parti socialiste) ou Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste), il est sans doute temps non pas de dépénaliser, mais de légaliser la consommation de cannabis, en suivant l’exemple de l’Autriche, de l’Uruguay et de plusieurs États américains (dont la Californie).

D’autres changements s’avèrent nécessaires, parmi lesquels le contrôle des forces de l’ordre. La longue liste des violences policières, tragiquement actualisée par les affaires Adama Traoré, Théo L. et Liu Shaoyao, éclaire la défaillance du contrôle de la police. Les services internes, comme l’inspection générale de la police nationale (IGPN), sanctionnent efficacement les manquements à la discipline, mais restent timorés lorsqu’il s’agit de traiter les affaires de violences lors de contrôles ou d’interpellations (6). Quant à la justice, elle apparaît prisonnière des relations d’interdépendance qu’elle entretient au quotidien avec les forces de l’ordre, si bien que les condamnations qu’elle prononce demeurent particulièrement clémentes par rapport à celles rendues dans d’autres affaires. La mise en place d’une agence extérieure dotée d’un pouvoir d’investigation et de sanction (sur les carrières, par exemple) pourrait améliorer la situation.

De la même manière, l’extension — au gré des lois successives — des pouvoirs d’enquête des policiers ne garantit pas plus d’efficacité, mais plus d’arbitraire. L’envahissement des procédures administratives en matière d’écoutes, de géolocalisation et, avec l’état d’urgence, de perquisition et d’assignation à résidence ne permet pas d’améliorer la qualité des enquêtes. La nécessité de rendre compte à un magistrat oblige au contraire les enquêteurs à ficeler leurs dossiers, à justifier leurs actes autrement qu’auprès de leurs collègues.

Proposer une décroissance sécuritaire, c’est d’abord prendre acte du fait que la sécurité n’est pas le contraire de l’insécurité. L’une et l’autre entretiennent un rapport dialectique, si bien que les efforts pour assurer la première peuvent largement conforter la seconde en enfantant des individus et des groupes irrémédiablement déviants. C’est également une manière d’en finir avec des discours paresseux qui martèlent, contre toute évidence, que l’action policière et judiciaire peut résoudre les questions de drogue, de violence, de prostitution, de migration ou de pauvreté, simplement en s’attaquant à leurs manifestations les plus visibles. Souvent entendu dans les manifestations, le slogan « Pas de justice, pas de paix » résume mieux que bien d’autres l’idée selon laquelle la légitimité de l’ordre politique et social ne peut reposer sur la seule action répressive.

(1) Lire « Le récidiviste, voilà l’ennemi ! », Le Monde diplomatique, août 2014.

(2) Lire Léa Ducré et Margot Hemmerich, « Les Pays-Bas ferment leurs prisons », Le Monde diplomatique, novembre 2015.

(3) Robert Badinter, Les Épines et les Roses, Fayard, Paris, 2011.

(4) Commission d’enquête sur la situation dans les prisons françaises, Assemblée nationale, Paris, juin 2000.

(5) Drogues, chiffres-clés, Observatoire français des drogues et des toxicomanies, juin 2015, www.ofdt.fr

(6) Cédric Moreau de Bellaing, Force publique. Une sociologie de l’institution policière, Économica, Paris, 2015.

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28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 17:53

L'appel au vote Macron fonctionne comme un supplice chinois. Car le candidat d’En Marche a l’insupportable talent d’alimenter, chaque jour un peu plus, les raisons que l’on aurait de ne surtout pas voter pour lui, tellement il incarne un projet de régression sociale. Et chaque jour un peu plus, il donne du crédit à la possibilité d'une catastrophe démocratique. Ce qu'il faut à tout prix éviter. Par Laurent Mauduit le 27 avril 2017 sur son blog Le Réveil sur Mediapart.

Pour quiconque a des valeurs ancrées à gauche et rêve d’une République démocratique et sociale, le vote Macron fonctionne comme un supplice chinois. Car le candidat d’En Marche a l’insupportable talent d’alimenter, chaque jour un peu plus, les raisons que l’on aurait de ne surtout pas voter pour lui, tellement il incarne un projet de régression sociale, tellement aussi il symbolise ce système oligarchique français qui anémie notre démocratie. Mais c’est comme une terrible et implacable fatalité : le rejet légitime que suscite cette candidature, l’aversion quasi-viscérale qu’elle engendre dans ce qui reste du « peuple de gauche » rend aussi chaque jour un peu plus possible l’insupportable perspective d’une victoire de la candidate néo-fasciste du Front national.

Pour sortir de ce piège, il n’est donc d’autre solution que de réfléchir sereinement. De tâtonner. D'avoir les uns envers les autres cette capacité d'écoute et de bienveillance que certains courants de la gauche ne pratiquent qu'avec parcimonie. De mutualiser l’immense débat, désordonné mais précieux, qui se fait jour depuis que l’on a appris avec effroi, au soir du 23 avril, que pour la deuxième fois dans l’histoire de la Ve République l’extrême droite s’était qualifiée pour le second tour de l’élection présidentielle. Cet immense débat dont Mediapart s’applique à être la caisse de résonance ou l’organisateur, aussi bien dans son journal que dans son club.

Après beaucoup d’autres, dont mon cher ami Michel Broué (lire ici son billet de blog A nos amis de gauche qui deviennent fous, 2) ou visionner là un entretien avec lui sur sur Mediapart), je voudrais donc dire modestement le regard que j’ai, pour ce qui me concerne, sur les terribles évènements que nous traversons. En même temps que mon opinion sur le meilleur moyen de sortir de ce piège.

Un premier constat, me semble-t-il, s’impose à l’esprit : cette histoire terrible que nous vivons, et qui pourrait se conclure si nous n’y prenons garde par une catastrophe démocratique sans précédent depuis Vichy, par le renversement de la République, est la chronique d’un sinistre depuis très longtemps annoncé, celui d’un parti socialiste qui a accompagné l’émergence d’un capitalisme à l’anglo-saxonne, de plus en plus tyrannique. Un parti socialiste qui a d’abord mollement résisté à ce basculement vers un capitalisme instaurant une tyrannie du capital sur le travail ; puis qui a accompagné ce basculement ; et pour finir qui l’a accéléré brutalement, avec l'aide de zélés hauts fonctionnaires. Dont, au premier rang, Emmanuel Macron.

Très vite, quand ce quinquennat a commencé, le « peuple de gauche », ou ce qu’il en reste, a pu ainsi comprendre qu’une histoire grave était en train de se jouer. On a pu deviner qu’au-delà des maladresses d’un homme, François Hollande, qui n’a jamais été à la hauteur de ses responsabilités ni de sa fonction, au-delà des reniements innombrables dont on pouvait l’accuser et du climat crépusculaire dans lequel il a entraîné tout le pays, c’était à un événement historique auquel nous assistions: les dernières convulsions du plus vieux parti de la gauche française, le parti socialiste, qui est entré en agonie.

Ce sentiment que le pays arrive à un point de bascule de son histoire, ou du moins de celle de la gauche, a d’ailleurs très vite cheminé dans les esprits. Progressivement, c’est devenu une forte évidence : quelque chose d’irréparable, voire d’irréversible, s’est produit depuis l’accession des socialistes au pouvoir. Depuis bientôt trente ans, ces derniers ont souvent plaidé des circonstances atténuantes pour justifier leurs erreurs ou leurs reniements et réclamé à leurs électeurs de leur faire confiance, envers et contre tout. Ils ont battu leur coulpe après leur défaite calamiteuse lors des élections législatives de 1993. Puis fait amende honorable en 2002.

Chaque fois, le « peuple de gauche » (si la formule a encore un sens) a joué le jeu. Chaque fois, d’innombrables citoyens, quelle que soit leur conviction partisane – Nouveau parti anticapitaliste, Front de gauche, Europe Écologie-Les Verts (EELV), parti socialiste, etc. –, ont été au rendez-vous. Quels qu’aient été leurs ressentiments, leur déception et leur lassitude, la grande majorité d’entre eux a continué à voter au second tour d’une élection pour le candidat de gauche le mieux placé. Ne serait-ce que pour faire barrage à la droite.

Nul doute que, en mai 2012, le candidat Hollande a encore largement bénéficié de cette fidélité de l’électorat de gauche à son camp. Il a bénéficié des voix d’un électorat pourtant de plus en plus remonté contre les dirigeants socialistes, mais fidèle aux valeurs fondatrices de la gauche, et à l’idéal qu’elle a parfois porté.

Au lendemain de l’élection de 2012 et depuis lors, le lien entre ces électeurs et, plus largement, le lien entre les citoyens et le cœur du pouvoir socialiste s’est indéniablement brisé. A tout jamais brisé. La colère et le sentiment de déloyauté, de trahison ont pris un autre tour. François Hollande a privé le « peuple de gauche » de sa victoire arrachée à la présidentielle et prolongé quasiment en tout point la politique de Nicolas Sarkozy. Ou même, François Hollande, aidé par Emmanuel Macron, a souvent fait bien pire que Nicolas Sarkozy. Nombreux sont ceux qui ont alors assuré qu’on ne les reprendrait plus jamais à voter pour le PS – en dépit de la menace d’une droite dure ou extrême. Ici est la rupture majeure.

Et puis il y a eu les coups de grâce portés par François Hollande contre son propre camp, avec l’odieux projet (avorté) de déchéance de la nationalité, auparavant défendu par le seul Front national ; avec encore la loi El Khomri, qui a ébranlé le code du travail de manière beaucoup plus grave que les mesures prises sous le quinquennat précédent. Au fil des mois, le « peuple de gauche » – ou ce qu’il en reste – en est donc venu par lui-même à cette triste mais implacable évidence : dans sa configuration actuelle, la gauche est morte. C’est une histoire longue, ancienne de près de deux siècles, qui s’achève sous nos yeux, et que je me suis souvent appliqué à chroniquer (Lire en particulier Sous le naufrage de Hollande, l’agonie du socialisme français). Dans de très nombreux livres, écrits d'abord avec mon vieux complice Gérard Desportes (La gauche imaginaire ou L'adieu au socialisme) pour dresser le bilan des années Jospin, puis écrits seul (L'étrange défaite ou A tous ceux qui ne se résignent pas à la défaîte qui vient), je me suis aussi appliqué à décrire la lente et irrémédiable descente aux enfers du socialisme français.

C’est donc de cette agonie du socialisme français dont Emmanuel Macron est en quelque sorte la borne témoin. Il symbolise à lui tout seul ce que ce quinquennat a charrié de pire. Il en est le symbole d’ailleurs à un double titre. D’abord, c’est lui qui a mis en œuvre ou porté quelques-unes des réformes les plus réactionnaires de ce quinquennat, mettant le plus gravement en cause le modèle social français. Ensuite, il est l’un de ceux qui symbolise aussi de la manière la plus caricaturale qui soit l’adaptation des élites socialistes aux puissances de l’argent, leur intégration dans le système oligarchique français. Ces élites oligarchiques qui d’une alternance à l’autre, sous la gauche comme sous la droite, ont passé près de trente ans à répéter qu’il n’y avait qu’une seule politique économique et sociale possible : la politique économique néo-libérale. Pas de doute donc, comme je l’ai un jour relevé, Emmanuel Macron est bel et bien le candidat de l’oligarchie (Lire Emmanuel Macron, le candidat de l'oligarchie).

C’est donc tout cela dont Emmanuel Macron est le révélateur. Il a commencé à préparer un projet de démantèlement du code du travail sous Nicolas Sarkozy dans le cadre de la Commission Attali ; avant de l’appliquer sous François Hollande (Lire Aux origines de la loi Macron: un projet néolibéral concocté pour Sarkozy). Et maintenant qu’il brigue la présidence de la République, c’est ce même projet de dynamitage social qu’il voudrait encore accélérer.

C’est donc peu dire que pour beaucoup, l’idée de voter Macron s’apparente bel et bien à un supplice. Pourquoi voter pour un candidat qui incarne tout cela ? Par quel masochisme?

Par surcroît, c’est peu dire que la sincérité n’est pas la première des qualités d’Emmanuel Macron – sans doute a-t-il beaucoup appris en ce domaine auprès de François Hollande, qui a construit tout son quinquennat sur une duperie. Je livre ici les preuves que j’en ai accumulées – mais il doit sans doute en exister de nombreuses autres. Par deux fois, j’ai apporté les preuves de graves mensonges publics commis par lui. Oui… des mensonges qui, en d’autres pays que le nôtre, auraient ans doute sonné la fin de la carrière politique de son auteur.

Avec l’aide de mon confrère Adrien de Tricornot, j’ai par exemple apporté la preuve qu’Emmanuel Macron avait, en 2010, trahi la Société des rédacteurs du Monde, dont il était le banquier conseil, lors du rachat du journal par Niel, Pigasse et Bergé, en étant lors de cette opération financière l’agent double du camp adverse, et notamment de l’un de ses organisateurs, Alain Minc (Lire Médias : quand Macron était l’agent double de Minc dans la bataille du « Monde »).

Sur Mediapart, j’ai aussi apporté la preuve du mensonge éhonté qu’il a commis lors de la privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Alors qu’il avait juré ses grands dieux qu’il ne s’agissait pas d’une privatisation au motif que l’Etat resterait majoritaire au capital aux côtés des collectivités territoriales, j’ai révélé le pacte secret d’actionnaires que l’Etat, sur ses instructions, avait passé avec un oligarque chinois corrompu (Lire Aéroport de Toulouse : Macron rattrapé par son mensonge).

Alors, m’aurait-on dit, voici peu, que je devrais me résoudre à voter Macron ? Je l’avoue, je me serais étranglé de colère ou d’indignation que l’on me suggère une telle perspective. Macron ? Jamais ! Impossible…

Et au surplus, il y a eu ce comportement stupéfiant du candidat d’En Marche au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle. Alors que tous tout ce que le pays compte de républicains, à gauche tout autant qu’à droite, a été saisi d’une terrible inquiétude à l’annonce de la qualification de Marine Le Pen pour le second tour, lui a été faire la fête. Ce n’était pas le Fouquet’s, mais cela y ressemblait tout de même un petit peu (Lire Ils étaient à la Rotonde, invités par Emmanuel Macron).

Qui ne se souvient qu’en 2002, face à la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour, Jacques Chirac, au soir du premier tour, comme au soir du second, avait trouvé les mots justes ? Il avait pris le ton grave, et avait fait comprendre au pays qu’il mesurait la gravité exceptionnels des évènements. « Ce vote m’oblige », avait-il dit au pays.

En vérité, ce vote ne l’a pas du tout par la suite « obligé » – et cela a sûrement aussi contribué à conduire le pays au désastre qu’il connaît aujourd’hui. Mais au moins, pendant un temps, même bref, Jacques Chirac avait-il fait mine de manifester qu’il comprenait que sa victoire ne lui appartenait pas ; qu’il en était en quelque sorte redevable à toutes les forces vives du pays, et pas seulement à ses partisans; qu'il s'agissait en somme d'une victoire de la République sur ses ennemis.

Emmanuel Macron, lui, ne fait pas même semblant. Indifférent au fait qu’une éventuelle victoire – qu’il serait aujourd’hui bien présomptueux de croire assurée- serait en grande partie le produit d’un sursaut du pays contre les dangers de l’extrême droite, il ne tend la main à personne. Il y a de la morgue et de l’assurance dans le personnage. Oligarque jusqu’au bout des ongles, enfant adultérin et monstrueux de l’Inspection des finances et de l’agence Havas…

Et comme par un fait exprès, tout semble se conjuguer pour donner de la candidature d'Emmanuel Macron l'image la plus dissuasive qui soit pour l'électeur de gauche normalelemnt constitué. Ainsi vient-on d'assister à un numéro de drague appuyé de Laurence Parisot, l'ex-présente du Medef, à destination de l'ancien banquier de Rotschild, le pressant dans Marianne de la nommer à Matignon en cas de victoire. Et lui déclarant sa flamme avec empressement : « J'ai une expérience, je suis crédible. Donc je peux être prête ». De quoi assurément faire fuire encore un peu plus les citoyens pour lesquels le gouvernement auquel appartenait Emmanuel Macron avait déjà fait la part beaucoup trop belle aux milieux patronaux.

Du même coup, on se prend à penser – à craindre – ce que pourrait être le terrible scénario de ce second tour de l’élection présidentielle. Emmanuel Macron est tellement l’adversaire idéal dont pouvait rêver la néo-fasciste Marie Le Pen ; il est tellement la caricature de l’oligarchie française, accommodante pour les grandes fortunes et intransigeantes pour les plus modestes ; il vit tellement loin du pays, enfermé dans une bulle de technos et de communicants, qu’on se prend à redouter un scénario noir : une chute progressive dans l’opinion d’Emmanuel Macron ; et une montée en proportion de Marine Le Pen. Une montée... peut-être jusqu'à la ligne de danger.

C’est cela le supplice chinois dont je parlais tout à l’heure. Il tient au fait que 2017 n’a plus grand-chose à voir avec 2002. Voici 15 ans, pendant l’entre-deux tours, nul ne savait à l’avance que Jacques Chirac l’emporterait avec plus de 82% des voix. Mais, passé le traumatisme du premier tour, il est vite apparu que le champion du RPR, soutenu par toutes les forces républicaines, de gauche et de droite, l’emporterait haut la main.

Mais aujourd’hui, c’est une autre configuration. Plus Macron fait du Macron, plus on se prend à penser qu’il risque de perdre du crédit dans l’opinion. Au point de faire craindre une possible victoire de l’extrême droite. C’est précisément cela le supplice chinois – pardon le supplice Macron : chaque jour, le candidat d’En Marche semble s’appliquer à être la caricature de lui-même et à donner de nouveaux arguments à ceux qui n’ont pas voté pour lui au premier tour de ne surtout pas le faire au second. Et chaque jour, face à l’inconstance de la candidature Macron, face à ses aspects repoussants, on peut craindre que la victoire de l’extrême droite ne devienne possible. En 2002, elle semblait impossible ; aujourd’hui, il serait dramatiquement irresponsable de l’exclure. Bref, l’extrême droite est cette fois-ci bel et bien aux portes du pouvoir, ce qui n’était pas encore le cas en 2002. Et naturellement, cela change tout.

Oui, cela change tout, car en 2002, on pouvait, lorsque l’on était de gauche, ne pas vouloir s’abaisser ou s’abîmer à voter pour Jacques Chirac. On le pouvait avec d’autant moins d’inquiétude que la victoire de Jean-Marie Le Pen apparaissait impossible. Mais en 2017, tout a changé : l’extrême droite néo-fasciste pourrait l'emporter.

Or, ma consoeur Marine Turchi a formidablement documenté sur Mediapart, au travers d’innombrables et courageuses enquêtes, que derrière l’image ripolinée que Marine Le Pen voudrait donnait du Front national, il y a toujours la vielle extrême droite française, violente et rance, xénophobe et raciste, en un mot plus que jamais antirépublicaine, avec dans les arrière-salles du parti des groupuscules violents et néonazis. On peut bien sûr en douter, tant les grands médias, oubliant les vieux principes du journalisme honnête selon lesquels le Front national doit être un objet d’enquête et non un objet de débat, donnent peu à voir sur cette réalité inchangée de l’extrême droite française. Mais il suffit de se reporter aux enquêtes de Marine Turchi dont je parle pour comprendre la gravité du danger auquel la République est aujourd’hui confrontée – enquête que l’on peut retrouver ici, , , , , , , , ou encore .

Pour ce qui me concerne, c’est ce constat qui m’a conduit à surmonter mes préventions – pis que cela-, mon aversion à l'égard de la candidature Macron. Qui m’a conduit, quelle que soit la rage ou la colère que j’éprouve, à ne plus penser qu’à une seule chose : tout sauf, sauf la possible victoire d’un parti néo-fasciste ou post-fasciste - peu importe la qualification que l'on retienne ! Tout sauf la possible victoire d’un groupe autour duquel prospère d’innombrables groupuscules qui n’ont cessé d’être xénophobes, racistes voire néo-nazis. Tout sauf Marine Le Pen, même si c’est au prix de cette détestable candidature d’Emmanuel Macron. C’est en substance ce que j’avais suggéré dans un « parti pris » peu avant le premier tour (Lire Pour conjurer le spectre des années 30); c’est ce ce sentiment d’urgence qui m’anime plus que jamais.

Comme le dit remarquablement mon confrère et ami Denis Sieffert sur Politis (son éditorial vidéo est ici), il sera bien temps, ensuite, de débattre d’un rebond de la gauche, en prévision des élections législatives qui suivront. Car si Emmanuel Macron finissait envers et contre tout par gagner, on sait que sa victoire serait fragile - le résultat d'une combinaison de facteurs tellement hors normes qu'ils auraient peu de chances de jouer une seconde fois. On sait aussi que la gauche authentique – les Insoumis qui ont emporté une si formidable résultat lors du premier tour, les écologistes qui restent ancrés à gauche, les frondeurs qui n’ont pas cessé de l’être, les communistes…- pourraient alors, si enfin les sectarismes et les intolérances étaient mis de côté- enclencher une dynamique unitaire qui redonnerait de l’espoir.

On peut, certes, aussi observer qu'une possible victoire d'Emmanuel Macron et la mise en oeuvre du programme de régression sociale qu'il préconise alimenterait encore davantage le vote protestataire et conduirait, cette fois immanquablement, à la victoire de Marine Le Pen à la prochaine échéance. Mais, dans la défense de la République, chaque jour gagné est une opportunité pour organiser la riposte. Une opportunité qu'il serait dangereux de négliger.

Pour cela, il faut donc battre Marine Le Pen. Par tous les moyens, aussi douloureux qu’ils soient. C’est le seul moyen de déjouer le supplice Macron : refonder la gauche, et pour commencer, gagner cette première bataille décisive…

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Published by Vert Lilas - dans Elections National
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28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 09:56

Les cas d'intoxications mortelles sur le littoral breton restent non élucidés malgré les alertes des associations. Par Martine Valo le 26 avril 2017 pour Le Monde.

Ramassage d’algues vertes à  Saint-Michel-en-Grève (Côtesd’Armor), en juin 2015. CASTELLI/ANDIA.FR

Ramassage d’algues vertes à Saint-Michel-en-Grève (Côtesd’Armor), en juin 2015. CASTELLI/ANDIA.FR

Yves-Marie Le Lay et André Ollivro forment un tandem d'irréductibles lanceurs d'alerte bien connu en Bretagne. Ils dénoncent sans relâche les méfaits des algues vertes, conséquence de l'agriculture intensive, qui s'échouent sur les côtes par dizaines de milliers de tonnes chaque année à la belle saison. Jeudi 27 avril, les deux dirigeants de l'association Halte aux marées vertes ont prévu de porter leur combat sur le terrain judiciaire à Saint-Brieuc, dans les Côtes-d'Armor.

Leur démarche est double : d'une part, ils veulent assister à l'audience du tribunal des affaires de Sécurité sociale consacrée au dossier de Thierry Morfoisse, un conducteur de camion mort en juillet 2009 alors qu'il déchargeait une cargaison d'algues vertes. Sa famille attend depuis des années que sa mort brutale soit reconnue comme un accident du travail.

D'autre part, MM. Le Lay et Ollivro ont prévu de se rendre au tribunal de grande instance de la ville déposer une plainte contre X pour " mise en danger de la vie d'autrui ". Les deux hommes souhaitent se constituer partie civile avec l'association Générations futures à la suite d'un autre décès, celui de Jean-René Auffray, ce joggeur retrouvé sans vie le nez dans un mélange de sable et d'algues en décomposition, le 8 septembre 2016, dans l'estuaire du Gouessant, entre Hillion et Morieux (Côtes-d'Armor).

Pourquoi ne pas admettre comme explication une banale crise cardiaque ? Parce que, à cet endroit précis, au moins trente-six sangliers ont péri, intoxiqués à l'hydrogène sulfuré (H2S), six ans plus tôt. Et parce que plusieurs accidents survenus sur le littoral des Côtes-d'Armor méritent plus d'attention qu'un classement sans suite. Si les algues vertes sont ramassées sur les plages, les vasières se révèlent un piège mortel.

En 2011, après l'hécatombe de sangliers, les analyses de leurs dépouilles avaient établi la responsabilité du H2S, un gaz que les algues dégagent en pourrissant. Nathalie Kosciusko-Morizet, alors ministre de l'écologie, commande deux rapports d'experts. Ces derniers soulignent que respirer pendant quelques secondes des concentrations de 1 000 parties par million (ppm) d'hydrogène sulfuré cause des formes suraiguës d'intoxication chez les humains, avec des atteintes du système nerveux central et des symptômes de détresse respiratoire. La mort survient ensuite par arrêt cardiaque au bout de cinq à dix minutes.

Affaires classées

Pourtant, le procureur de Saint-Brieuc, Bertrand Leclerc, n'a pas immédiatement été frappé par les circonstances de la mort de M. Auffray. Dans un premier temps, il n'a pas demandé d'autopsie du défunt, sportif confirmé de 50 ans, avant de se raviser et d'ordonner l'exhumation de son corps quinze jours plus tard. Entre-temps, les associations de défense de l'environnement s'étaient bruyamment mobilisées pour réclamer une enquête.

En décembre 2016, le procureur concluait que les médecins légistes n'avaient pas " exclu un décès d'origine toxique ". Il notait aussi que les vasières du Gouessant, où les émanations de gaz peuvent " atteindre rapidement plus de 1 000 ppm ", paraissent constituer " un risque réel ". Néanmoins, début avril, il classait l'affaire, faute " de lien de causalité direct ",comme pour les cas précédents. L'appel de huit médecins et toxicologues réclamant la communication du compte rendu de l'autopsie n'a pas été entendu.

" On est dans un certain déni, parfois, reconnaît Thierry Burlot, vice-président (PS) du conseil régional chargé de l'environnement. Le danger existe, je pense qu'on sous-estime les risques. " Le propos est méritoire, car, en Bretagne, on ne s'épanche guère publiquement sur ce phénomène. La préfecture des Côtes-d'Armor, par exemple, refuse d'évoquer ce " sujet sensible " en période électorale.

D'autres accidents attendus

" Il y aura d'autres accidents, pronostique Pierre Philippe, médecin urgentiste au centre hospitalier de Lannion, mais je ne suis pas sûr que cela changera quoi que ce soit. " Le docteur Philippe est l'un des premiers à avoir tenté d'alerter sur la toxicité de l'hydrogène sulfuré. Il a commencé à s'interroger sur ce danger après avoir reçu, en juin 1989, le corps d'un premier joggeur, âgé de 26 ans, retrouvé sur un amas d'ulves à Saint-Michel-en-Grève (Côtes-d'Armor).

" J'ai essayé d'obtenir les résultats de son autopsie, on m'a renvoyé de laboratoires en procureur, je n'ai -jamais pu les consulter ", témoigne le médecin. Dix ans plus tard, un conducteur d'engin est pris de convulsions et tombe dans le coma en collectant des algues vertes sur la même plage. Puis, le 28 juillet 2009, un cheval est foudroyé lors d'une promenade au bord de la mer, toujours à Saint-Michel-en-Grève. Son cavalier -arrive aux urgences.

" Si je n'avais pas été de service ce jour-là, l'animal serait parti à l'équarrissage en un rien de temps, relate Pierre Philippe. Nous avons dû insister, son propriétaire et moi, pour obtenir que des prélèvements soient réalisés. " La présence très importante de H2S est finalement attestée. " Au fur et à mesure, je me suis rendu compte qu'il existe de toute évidence une volonté de désinformation sur ce sujet, affirme M. Philippe. A chaque fois, on commence par nier la réalité du lien -entre des œdèmes pulmonaires et l'hydrogène sulfuré. "

Conséquence directe de l'agriculture intensive, les marées vertes s'étendent désormais de la Normandie à la Vendée, mais la Bretagne reste la plus touchée, dans huit baies en particulier. Deux d'entre elles ont enregistré plusieurs accidents : à Saint-Michel-en-Grève et à Hillion. Avant l'épisode des sangliers, cette côte-là avait déjà défrayé la chronique à l'été 2008, avec la mort de deux chiens de 13 kg et 20 kg, tombés raides morts sur un tas d'ulves en quelques instants. Leur propriétaire avait porté plainte. La justice n'avait pas donné suite, les prélèvements réalisés sur les chiens ne permettant pas de conclure.

Après plusieurs plaintes déposées à leur sujet par des défenseurs de l'environnement, le cas des sangliers, lui, continue d'être instruit au pôle santé du tribunal de grande instance de Paris.

La famille de Thierry Morfoisse a reçu au contraire une même fin de non-recevoir. Le conducteur de 48 ans est décédé le 22 juillet 2009, juste après avoir déchargé pour la troisième fois de la journée le contenu de sa benne à la déchetterie de Launay-Lantic. A cette époque, les ulves y mijotent plusieurs jours à l'air libre et les employés ne portent aucun équipement de protection. Le 7 septembre, une enquête est ouverte par le pro-cureur de Saint-Brieuc d'alors, -Gérard Zaug. Il classe l'affaire sans suite deux mois plus tard, en mettant en doute l'état de santé préalable de M. Morfoisse, et sans entendre les collègues du chauffeur.

Halte aux marées vertes, l'association d'André Ollivro et Yves-Marie Le Lay, s'est battue pour que l'on n'en reste pas là. En 2010, des analyses finissent par être rendues publiques : une forte présence de H2S est décelée dans le sang de M. Morfoisse. La famille porte plainte. Le pôle santé se saisit du dossier et ordonne une expertise toxicologique. Celle-ci ne sera finalement pas jugée probante, faute d'un échantillon correctement conservé. Par ailleurs, la caisse primaire d'assurance maladie des Côtes-d'Armor a refusé de reconnaître le caractère professionnel de l'accident.

Le défenseur de la famille, Me François Lafforgue, va tenter d'obtenir un arbitrage plus favorable. Il tient à la disposition des juges des affaires sociales la liste des accidents survenus dans les -Côtes-d'Armor. L'avocat conseille aussi MM. Ollivro et Le Lay, qui espèrent que toutes leurs démarches juridiques parviendront au moins à imposer un nouveau protocole en cas de décès suspect sur le littoral. Ils demandent que soient prélevés et conservés dans de bonnes conditions deux échantillons de sang de la victime.

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Des échouages précoces et massifs

Le littoral breton enregistre le pire début de saison des marées vertes depuis 2009, avec des échouages massifs d'algues vertes apparus dès -janvier. Les ramassages ont déjà commencé alors qu'ils avaient démarré à la mi-mai en 2016 et 2015. Plus de 1 600 tonnes d'algues ont été récoltées dans la baie de Saint-Michel-en-Grève (Côtes-d'Armor) depuis début 2017.

Il est trop tôt pour pronostiquer ce qu'il en sera cet été, mais les spécialistes savaient que le printemps s'annonçait mal, à cause des fortes concentrations d'ulves observées à l'automne 2016, après un printemps précédent pluvieux.

La région a conduit un plan de lutte entre 2011 et 2016 – de 114 millions d'euros au total –, qui vise à convaincre les agriculteurs de changer de pratiques. Depuis 2010, les taux des nitrates sont en baisse dans les rivières, mais la Bretagne n'a pas fini de payer ses pratiques agricoles passées.

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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 15:43

Le politologue belge François Gemenne déconstruit l’expression « appel d’air », qui déshumanise les migrants et repose sur un mensonge. Entretien par Ingrid Merckx le 26 avril 2017 pour Politis. Lire aussi par François Gemenne Migrants : dix raisons de les accueillir dignement en Europe et d'ouvrir les frontières et Dynamiques nouvelles des migrations internationales.            Mobilisons-nous localement avec La Grande Grande Parade Métèque qui aura lieu cette année le samedi 1er juillet 2017. Premiers chars en construction début mai, tous les détails et l'adhésion sur cf http://www.lagrandeparademeteque.org/.

Philippe Huguen-AFP

Philippe Huguen-AFP

Spécialiste en géopolitique de l’environnement, François Gemenne explique en quoi l’idée d’appel d’air fait fi des études sérieuses sur les migrations pour servir le « bon sens populaire », alimenter la peur brandie par l’extrême droite et justifier des politiques d’accueil restrictives. Il rappelle que la France n’est plus un pays attirant et que ce qui pousse les gens à choisir un pays c’est la langue, la famille éventuellement déjà établie et la possibilité d’y trouver du travail.

D’où vient la notion d’appel d’air ? A-t-elle une réalité ?

François Gemenne : J’aurais beaucoup de mal à retracer la généalogie exacte de cette expression. Mais deux choses sont certaines. D’abord, elle s’inscrit dans la lignée des métaphores qui visent à déshumaniser les migrants : l’appel d’air, la vague, le grand remplacement, la fuite d’eau… Toutes ces expressions considèrent les migrants comme des choses matérielles, et les flux migratoires comme des problèmes à résoudre, voire des réparations domestiques à effectuer. Quand on sait que plus de 5 000 migrants sont morts l’an dernier en Méditerranée, ce vocabulaire est indécent.

Ensuite, comme toutes les expressions que je viens de mentionner, celle-ci trouve sa source dans un prétendu « bon sens populaire » qui ne se vérifie pas du tout dans les études sérieuses. Tout le problème de notre perception des migrations est là : nos connaissances ne corroborent pas nos a priori, nos perceptions des migrations sont très différentes des réalités. Mais un mensonge simple est plus facile à croire qu’une vérité compliquée, et beaucoup de politiques ont, hélas, parfaitement compris cela.

La thèse de l’appel d’air suppose que les migrants maîtrisent leur trajet et le choix de leur destination. Cette vision tient-elle face à une guerre, à une catastrophe, à des persécutions, à la misère… ?

L’idée de l’appel d’air, c’est qu’un pays qui aurait une politique migratoire plus ouverte, ou une politique sociale plus généreuse, attirerait automatiquement un grand nombre de migrants. Or, on sait que les politiques du pays d’accueil n’entrent pas en ligne de compte dans le choix du pays de destination : ce qui compte, c’est la maîtrise de la langue, la présence antérieure de membres de sa famille ou de sa communauté, et la possibilité d’y trouver un travail.

C’est encore moins le cas lorsqu’on doit fuir une situation désespérée : là, on va où l’on peut, et on essaie généralement de rester assez proche de la zone que l’on a fuie. N’oublions pas que la majorité des déplacés du conflit syrien, par exemple, ont fui à l’intérieur même de la Syrie, et les autres sont dans les pays limitrophes. Seule une toute petite minorité est en Europe. Et lorsqu’on doit avoir recours aux services d’un passeur, c’est évidemment le passeur qui décide. C’est pour cela que l’Europe, en fermant ses frontières extérieures, a de facto confié les rênes de sa politique migratoire aux passeurs : ce sont eux qui décident.

Cette crainte de l’appel d’air, qui était brandie par l’extrême droite, a contaminé une bonne partie de la gauche au pouvoir, qui l’utilise pour justifier des politiques d’accueil restrictives. Faut-il y voir une forme de lepénisation des esprits ou une conséquence de ce qu’on a appelé la « crise des réfugiés », avec des zones de concentration de migrants et une crispation de certains habitants des régions concernées, comme dans le Calaisis ?

Les deux facteurs ont dû jouer pour la gauche. D’abord, depuis le milieu des années 1980, elle a largement accepté le cadre de pensée de l’extrême droite sur les questions d’asile et d’immigration – ce que Laurent Fabius a exprimé avec sa célèbre formule « le FN pose les bonnes questions mais apporte les mauvaises réponses ». Depuis cette époque, c’est le FN qui pose les questions, dicte les termes du débat et impose le vocabulaire – de l’« appel d’air » aux « islamo-gauchistes ». Pour la gauche, c’est une défaite politique et morale absolue.

Ensuite, il y a bien sûr l’incapacité totale des gouvernements de l’Union européenne – à l’exception de quelques-uns, voir Berlin et Stockholm – et de l’Union européenne elle-même à gérer dignement la « crise des réfugiés », à apporter une réponse à la hauteur de l’ambition de son projet politique. Le résultat a été une fuite en avant généralisée, et l’on a concentré migrants et réfugiés dans des camps, aux points de fermeture des frontières : à Calais, en Grèce, en Serbie… Calais restera, qu’on le veuille ou non, un point de passage vers l’Angleterre, qui elle-même restera, qu’elle le veuille ou non, une destination majeure pour les migrants. Plus tôt on reconnaîtra cela, plus on pourra mettre en place une politique appropriée.

Hormis le NPA et Lutte ouvrière, les partis de gauche ne défendent plus l’ouverture des frontières, la liberté de circulation et la régularisation des sans-papiers, comme lors du mouvement de défense des sans-papiers (avec l’occupation de l’église Saint-Bernard en 1996) ou de la création du Réseau -éducation sans frontières. La gauche marque-t-elle un recul sur l’accueil et la solidarité avec les migrants ?

Oui. Et c’est absolument dramatique. La gauche a considérablement reculé sur les questions d’ouverture et de solidarité. Elle a reculé sur les trois termes de la devise républicaine, en fait : la liberté de circulation, l’égalité des droits et la fraternité entre les hommes. Comme je le disais, c’est une faillite totale.

Cependant, il reste tout de même des raisons d’espérer : en Belgique, le parti écologiste francophone (Écolo), qui est un parti de gouvernement, une force politique importante dans le pays, vient d’inscrire la liberté de circulation dans les objectifs programmatiques. En France, un candidat comme Benoît Hamon a sollicité des chercheurs (dont moi-même) pour porter des propositions plus ouvertes sur cette question, tels le visa humanitaire ou la lutte contre les discriminations. Tout n’est donc pas perdu quand même !

Comment comprendre qu’on veuille ne pas « accueillir trop bien » pour ne pas créer un appel d’air ? En quoi l’appel d’air s’entrechoque-t-il avec les droits de l’homme et plus précisément le droit d’asile ?

C’est complètement absurde. C’est comme si l’on disait : faisons en sorte que notre marché du travail soit sclérosé, on attirera moins de migrants ! Imposons le breton comme langue nationale : puisque aucun migrant ne parle breton, ça les découragera de venir ! Le mieux que l’on puisse faire, pour ne pas créer un appel d’air, c’est de plonger le pays en récession et d’y supprimer les libertés publiques…

La réalité, c’est d’abord que la France n’est pas – n’est plus – un pays attirant pour les migrants et les réfugiés. L’exemple le plus frappant est celui de la jungle de Calais, où 10 000 personnes attendaient dans des conditions humanitaires lamentables dans l’espoir de franchir la frontière britannique, alors que 70 % d’entre eux étaient éligibles à l’asile en France ! La « France terre d’asile », c’est un mythe, une légende, hélas. En outre, il faut toujours rappeler que le droit d’asile est un droit de l’homme fondamental : un pays n’a pas à chercher à faire augmenter ou diminuer le nombre de demandeurs d’asile. Il doit accorder l’asile à ceux qui ont besoin d’une protection, selon les termes de la Convention de Genève. Il n’y a aucune discussion à avoir là-dessus.

Peut-on contredire l’argument de l’appel d’air ? Que répondre à ceux qui l’emploient, voire l’instrumentalisent ?

Ce qui crée cette idée, je crois, c’est l’impression qu’il existe une « crise migratoire » généralisée, avec des millions de personnes massées aux portes de l’Europe, et que tout pays qui ouvrirait une brèche dans la logique de rejet des migrants et des réfugiés les verrait débarquer en masse. Je pense que les gens restent marqués par l’exemple allemand, quand la décision digne et courageuse de la chancelière Angela Merkel de suspendre l’application des accords de Dublin (et donc de ne plus renvoyer les demandeurs d’asile à leur point d’arrivée en Europe) avait entraîné l’arrivée de près d’un million de réfugiés. Mais cette arrivée n’était pas chaotique, elle était organisée ! Et elle faisait partie de ce qu’Angela Merkel a appelé le « rendez-vous de l’Allemagne avec la mondialisation ».

Nous persistons à ne pas vouloir organiser les migrations de peur de créer un « appel d’air » : mais c’est précisément cette désorganisation, cette obstination à vouloir vainement « résister » aux migrations, qui crée le chaos ! C’est notre aveuglement idéologique qui empêche la recherche de toute solution pragmatique.

Tous les pays ne sont pas exposés de la même manière aux catastrophes climatiques, que devient l’appel d’air face à cette inégalité environnementale ?

Les impacts du changement climatique, qui déplacent aujourd’hui déjà des millions de personnes, touchent en premier lieu les pays en développement. Et les migrations liées au climat sont d’abord des déplacements internes, que les pays en développement ont souvent beaucoup de mal à gérer. C’est pour cela qu’une partie d’entre eux se transforment en migrations internationales, parfois vers l’Europe.

Rappelons que l’agriculture représente le principal moyen de subsistance d’environ 50 % de la population africaine. Cela signifie que toute variation climatique a un impact direct sur les revenus d’au moins 50 % des Africains. Ceux que nous appelons « migrants économiques » sont aussi souvent, en réalité, des « migrants climatiques ». Nous nous obstinons à vouloir séparer clairement les motifs des migrations, alors que ces différents motifs se superposent et s’influencent mutuellement : pour ceux qui dépendent directement de l’agriculture, l’environnement et l’économie, c’est la même chose ! De la même façon, nous persistons à séparer strictement les migrations internes des migrations internationales, alors que les secondes sont souvent la continuation des premières.

François Gemenne Chercheur en science politique à l’université de Liège (Cedem) et à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (Cearc), chercheur associé au Ceri/Sciences Po.

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 09:07

Un modèle énergétique décarboné est « techniquement et économiquement possible », selon l’ETC, une organisation internationale regroupant les grands acteurs industriels et environnementaux de l’énergie. Après le succès de la Marche pour la science samedi 22 avril (lire Valérie Masson-Delmotte : « Défendre la science, ce n’est pas seulement pour le climat » ) : coïncidant avec le jour de la Terre, elle a mobilisé plusieurs dizaines de milliers de manifestants à Washington, mais aussi donné lieu à plusieurs centaines de cortèges aux États-Unis et à travers le monde et visait à rappeler le rôle essentiel que la science joue dans la société. Un article de Pierre Le Hir le 25 avril 2017 pour Le Monde.

Éviter la surchauffe de la planète, tout en stimulant le progrès économique et social, est à notre portée. Venant d’associations écologistes, la profession de foi n’aurait rien de très neuf. Mais elle émane de l’Energy Transitions Commission (ETC), une organisation internationale regroupant de grands acteurs industriels de l’énergie (dont des entreprises du secteur fossile comme le pétrolier Shell ou la compagnie minière BHP Billiton), des établissements financiers (Banque mondiale, HSBC, Bank of America Merrill Lynch…), ainsi que des partenaires scientifiques et environnementaux (comme le World Resources Institute, le Rocky Mountain Institute ou l’European Climate Foundation).

Ce rassemblement « œcuménique », qui compte parmi ses membres l’ancien vice-président américain Al Gore, veut réconcilier développement économique et action climatique. C’est dans ce cadre qu’il publie, mardi 25 avril, un rapport de 120 pages traçant la voie vers une « meilleure énergie » et une « plus grande prospérité ».

Le point de départ est l’engagement pris par la communauté internationale, lors de la COP21 de 2015 à Paris, de contenir la hausse des températures « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels ». Pour empêcher cet emballement, rappellent les auteurs, il est impératif de faire chuter les émissions mondiales de CO2 à 20 milliards de tonnes (gigatonnes ou Gt) par an à l’horizon 2040, soit une division par deux par rapport à leur niveau actuel (36 Gt), sachant qu’elles grimperont à 47 Gt si les rejets de gaz à effet de serre se poursuivent au rythme actuel. Une rupture « techniquement et économiquement possible si nous agissons dès maintenant », assure le président de l’ETC, le Britannique Adair Turner. Cela, tout en garantissant à chacun « une énergie abordable, fiable et durable ».

Priorité à l’électricité décarbonée

Il y faut une transformation radicale du système énergétique mondial, qui repose aujourd’hui à 80 % sur les ressources fossiles (charbon, pétrole et gaz), responsables des trois quarts des émissions carbonées de l’humanité. La priorité devrait être donnée à une électricité décarbonée, issue de ressources renouvelables. Celle-ci, dont le coût ne devrait pas excéder 70 dollars (65 euros) le mégawattheure en 2035 – un niveau compétitif par rapport aux fossiles –, pourrait représenter 80 % du mix électrique mondial en 2040, dont 45 % provenant du solaire et de l’éolien, grâce à la baisse continue du prix de ces technologies et des systèmes de stockage. Ce verdissement contribuerait pour moitié à la réduction des émissions de CO2.

Des efforts de recherche « substantiels » devraient toutefois être menés pour décarboner aussi les secteurs difficiles à électrifier « à des coûts raisonnables », comme les transports, la construction ou certaines activités industrielles, en poussant les bioénergies ou le captage du CO2. Dans le même temps, la « productivité énergétique », ratio entre la production économique et l’énergie consommée, devrait être très fortement améliorée, en déployant des produits et des services moins énergivores. Ce qui pourrait contribuer pour près de 30 % à la baisse des émissions de carbone.

Dans ce nouveau paysage, les fossiles n’auraient pas complètement disparu. Mais leur part aurait reculé d’un tiers. La diminution nécessaire est drastique pour le charbon (– 70 %) et très significative pour le pétrole (– 30 %), le recours au gaz restant en revanche quasiment stable (+ 2 %). Pour éliminer l’excès résiduel d’émissions carbonées, il faudrait encore déployer des procédés de captage et de stockage du CO2 à grande échelle et développer son recyclage en matière première incorporée à des productions industrielles.

« Importants bénéfices sociaux »

Pour réussir cette transition, les auteurs évaluent entre 300 et 600 milliards de dollars (275 à 550 milliards d’euros) par an les investissements supplémentaires à consacrer au système énergétique. Une charge qui, selon eux, « ne constitue pas un défi macroéconomique majeur », si on la rapporte au PIB mondial (environ 70 000 milliards de dollars). Mais les dépenses devraient être réorientées, à la baisse dans les combustibles fossiles (–175 milliards de dollars par an durant les deux prochaines décennies), à la hausse dans les renouvelables et les technologies bas carbone (+ 300 milliards par an). Une large part des crédits devrait aller à la sobriété énergétique des bâtiments et des équipements (+ 450 milliards par an).

Face à ce coût, les rédacteurs du rapport mettent en avant d’« importants bénéfices sociaux », comme l’amélioration de la qualité de l’air, de la santé et de l’espérance de vie, ainsi que « les opportunités économiques » liées à l’essor de nouvelles filières industrielles. Pour le vice-président de l’ETC, l’Indien Ajay Mathur, « le monde peut transformer les défis en opportunités non seulement dans les économies développées, mais aussi dans les pays émergents ».

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 18:08

Trente et un ans après la catastrophe nucléaire, rien n’est prévu pour démanteler le réacteur ukrainien sinistré. Par Pierre Le Hir le 25 avril 2017 pour Le Monde.

Aux Lilas, ce mercredi 26 avril 2017 à 18h30 sur le parvis de la Mairie, une commémoration des 31 ans du début de l'accident nucléaire survenue à Tchernobyl (Ukraine), aura lieu, autour de quelques textes lus, prises de parole spontanées, distribution de tracts, dessins, messages, initiée par Ensemble ! (ensemble.lllp@gmail.com). Vous êtes invité-e-s à participer de la manière qui vous conviendra le mieux - tract ci-dessous.

La nouvelle arche de confinement posée sur le réacteur accidenté, vue de la ville abandonnée de Pripiat, le 5 avril. GLEB GARANICH / REUTERS

La nouvelle arche de confinement posée sur le réacteur accidenté, vue de la ville abandonnée de Pripiat, le 5 avril. GLEB GARANICH / REUTERS

Le 26 avril 1986, le réacteur n° 4 de la centrale de Tchernobyl explosait, provoquant la plus grave catastrophe de l’histoire de l’atome civil. Trente et un an après, le risque nucléaire en Ukraine reste « très préoccupant », estime Michel Chouha, spécialiste de l’Europe de l’Est à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), l’établissement public français chargé de la recherche et de l’expertise dans ce domaine.

La pose, fin 2016, d’une arche géante sur le réacteur accidenté, destinée à assurer son confinement pendant cent ans, a été largement médiatisée. La situation est-elle désormais sécurisée ?

La nouvelle arche de confinement constitue une avancée très significative dans la sécurisation du vieux sarcophage [construit dans l’urgence après l’accident et très dégradé depuis] et, de manière plus générale, du site de Tchernobyl. Mais il ne faut pas en exagérer la portée. Sa construction visait trois objectifs : protéger le vieux sarcophage des agressions climatiques pour qu’il ne se dégrade pas davantage ; éviter la dispersion des matières radioactives qu’il renferme dans l’environnement ; permettre son démantèlement et l’enlèvement de toutes les matières radioactives dans des conditions optimales.

Le dernier objectif est de loin le plus important. Car le but ultime est la transformation du site de Tchernobyl, à terme, en un site « écologique » sûr. Or, sans le démantèlement du vieux sarcophage et l’enlèvement de toutes les matières radioactives qu’il renferme encore, ce résultat ne pourra jamais être atteint et l’arche n’aura pas rempli sa mission. Elle représente une étape, certes majeure, mais le plus important reste à réaliser et doit commencer le plus tôt possible. L’arche est conçue pour durer cent ans, mais cela ne veut nullement dire que l’on peut attendre cent ans. L’état de l’ancien sarcophage ne permet pas d’attendre. Il faut agir avant qu’il ne soit trop tard.

Le réacteur accidenté contient toujours une énorme quantité de matériaux radioactifs. Existe-t-il un plan pour le démanteler ?

Au moment de l’accident, le cœur du réacteur contenait environ 200 tonnes de combustible nucléaire – uranium et plutonium –, dont près de 90 % sont encore ensevelis sous le vieux sarcophage, avec les ruines du bâtiment du réacteur (principalement des structures métalliques et du béton). Il faut y ajouter les 5 000 tonnes de matériaux divers (métaux, sable, argile, bore, etc.) qui ont été déversés sur l’installation dans les jours qui ont suivi l’accident, pour éteindre le feu et enterrer le cœur très radioactif du réacteur détruit.

A ce jour, les programmes de démantèlement du vieux sarcophage et de retrait des matières radioactives ne sont pas encore établis. Les technologies qu’il faudra mettre en œuvre pour assurer ces opérations, qui devront se réaliser en grande partie de manière robotisée, ne sont pas non plus au point. Les politiques et les programmes à suivre devront d’abord être définis par les autorités ukrainiennes locales et nationales. Il faudra ensuite développer les outils et les méthodes appropriés, pour enfin procéder au démantèlement et à l’enlèvement de toutes les matières radioactives. Tout cela nécessitera au moins plusieurs décennies. Aujourd’hui, il n’existe même pas de stratégie arrêtée.

L’Ukraine a-t-elle les moyens scientifiques, techniques et financiers de mener à bien un tel chantier ?

L’Ukraine est un pays de tradition scientifique et technique. Mais ses moyens sont sans commune mesure avec les défis de ce démantèlement. Les opérations à mener, de haute technicité, n’ont encore jamais été réalisées à pareille échelle. Pour ce chantier exceptionnel, l’Ukraine aura besoin d’un concours international. La tâche sera plus difficile et plus longue que la construction de l’arche, et une coopération sera nécessaire avec des pays avancés dans le domaine des hautes technologies.

Les coûts seront eux aussi très lourds. Il est très probable que l’Ukraine se retrouve dans l’incapacité de faire face seule à cet immense défi. Elle fera alors très vraisemblablement de nouveau appel à la communauté internationale pour un effort commun, comme cela a été le cas pour l’arche dont le coût, de près de 1,5 milliard d’euros, a été financé par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, avec le concours d’une quarantaine de pays, principalement européens.

L’Ukraine reste un pays très nucléarisé avec, outre la centrale de Tchernobyl dont le dernier réacteur a été arrêté en 2000, quatre autres complexes atomiques de conception ancienne. La sûreté de cette filière est-elle assurée ?

Avec un parc de 15 réacteurs en exploitation, la part d’électricité d’origine nucléaire atteint environ 50 % en Ukraine, ce qui en fait l’un des cinq premiers pays au monde selon ce critère. Elle possède en outre des réacteurs de recherche, des installations d’entreposage de combustible nucléaire usé, ainsi que des installations de traitement et d’entreposage de déchets radioactifs, avec des volumes accumulés très importants. Tout cela constitue une source de risque qui exige une veille constante, pour maintenir une sûreté sans faille en toute circonstance.

Les instabilités politiques ou sociales sont, de façon générale, des facteurs défavorables. Les conditions économiques dégradées le sont tout autant. Or, depuis trois ans, l’Ukraine est en conflit ouvert avec son grand voisin, la Russie. Ce conflit, très dommageable au plan global, revêt un caractère particulièrement critique pour ce qui concerne le secteur nucléaire. Les 15 réacteurs de l’Ukraine sont tous de conception russe. Le conflit pourrait isoler l’exploitant ukrainien de son fournisseur. Des pièces détachées pourraient manquer. La maintenance des réacteurs risque d’en pâtir. Sans compter le problème de la fourniture de combustible, que l’Ukraine tente de résoudre en recourant à des fournisseurs étrangers, avec les risques qui en découlent.

Tous ces éléments réunis rendent la situation très préoccupante. D’autant que l’exploitant a décidé de prolonger d’une vingtaine d’années la durée de fonctionnement de ces réacteurs. L’Ukraine est vraisemblablement le pays qui présente aujourd’hui le niveau de risque nucléaire le plus élevé en Europe.

À Tchernobyl, « il faut agir avant qu’il ne soit trop tard »
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