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4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 10:45

Europe Ecologie Les Verts appelle à manifester demain - ci-dessous nos propositions. L’association basque Bizi (fondée en 2007 à Bayonne, initiatrice de la dynamique Alternatiba) appelle ses adhérents à rejoindre la mobilisation contre la réforme des retraites du 5 décembre au nom de la défense de notre modèle de protection sociale et de solidarité mais aussi pour des raisons écologistes. Tribune publiée le 27 novembre par Reporterre. Lire aussi Les mauvais comptes de la retraite selon Macron.

1000 personnes bloquent le Pont Saint-Esprit à Bayonne le 21 septembre 2019.

1000 personnes bloquent le Pont Saint-Esprit à Bayonne le 21 septembre 2019.

Le jeudi 5 décembre s’annonce d’ores et déjà comme un moment clef pour faire barrage à l’offensive du gouvernement contre le modèle social en vigueur depuis 1945. Une mobilisation d’ampleur se prépare à l’occasion de cette grève inter-pro contre la réforme des retraites. Bizi appelle ses militant.e.s et sympathisant.e.s à y participer pleinement, pour défendre notre modèle de protection sociale et de solidarité, mais également pour ne pas laisser cette réforme aggraver les crises climatique et écologique.

Nous manifesterons ce 5 décembre pour dire stop à cette triple offensive néolibérale que nous subissons aujourd’hui de plein fouet :

  • la réforme brutale du calcul de l’assurance chômage plonge des centaines de milliers de personnes dans une pauvreté encore plus forte. En même temps, elle fragilise la situation des salariés face aux patrons, en renforçant la crainte de perdre son travail. Elle pousse ainsi à accepter de futures dégradations des niveaux de salaire et des conditions de travail ;
  • la baisse non compensée de certaines cotisations sociales, le refus d’en augmenter d’autres, provoque un déficit de la Sécurité sociale artificiellement créé par le gouvernement. Cela permet de justifier la baisse des prestations, la dégradation inexorable de l’Hôpital public et de favoriser ainsi les systèmes privés d’assurance ou de santé ;
  • la réforme de la retraite individuelle — ne l’appelons pas universelle — à points aura deux conséquences : en mettant en place un système, non plus à prestations définies mais à cotisations définies, elle fera automatiquement baisser le niveau des retraites notamment pour les populations les plus précarisées, victimes du chômage ou du temps partiel pendant une partie de leur carrière. En refusant de toucher au niveau des cotisations retraite, et en figeant un pourcentage de la dépense des retraites par rapport au PIB, on fait là aussi baisser les prestations des retraites en même temps qu’on pousse les gens à travailler plus longtemps. Là également, cette réforme attaque le principe de solidarité et de protection sociale publique et vise à faire glisser notre société vers le principe de l’individualisme à tout crin et les systèmes privés de protection sociale. Cela engraissera encore plus les fonds de pension et compagnies d’assurance privées sur le dos des majorités les moins riches de la population.

Si l’on fait travailler plus longtemps la population sans vouloir augmenter le chômage de masse actuel, cela ne peut se faire que d’une manière : en produisant plus ! 

En plus de précariser encore davantage les personnes les plus fragiles aggravant ainsi les injustices sociales, cette réforme des retraites s’inscrit en outre dans une logique d’aggravation de la crise écologique et climatique. Comme le revendiquait le Premier ministre lui-même jeudi 21 novembre sur France Inter, il faudra « travailler plus longtemps dans la vie, progressivement, mais travailler plus longtemps, soit par la durée de cotisations, soit par une mesure d’âge (...) Il faut dire aux Français, clairement, tranquillement, le faire progressivement, que nous allons travailler plus longtemps ».

Mais, si l’on fait travailler plus longtemps la population sans vouloir augmenter le chômage de masse actuel, cela ne peut se faire que d’une manière : en produisant plus ! Produire plus signifie tout simplement extraire plus de ressources de la planète, brûler plus d’énergies non renouvelables et rejeter plus de déchets et de gaz à effet de serre réchauffant l’atmosphère et les océans. Or, le jour du dépassement de notre empreinte écologique est atteint chaque année plus tôt aggravant les grands déséquilibres et notre dette écologique envers nos enfants, le pic de nombreuses matières premières et ressources non renouvelables est bientôt atteint, nous assistons à la sixième extinction de masse des espèces et nous frôlons des seuils irréversibles de changement climatique.

Comment, dans une telle situation, accepter des logiques et des prétendues solutions ne pouvant qu’aggraver et accélérer la catastrophe en cours ? Comment accepter de scier plus longtemps et plus vite la branche sur laquelle l’humanité est assise ?

Il nous faut réagir aujourd’hui, cette bataille est gagnable ! 

Bien d’autres logiques et solutions existent. Partage du travail et des richesses, développement des liens, de la culture et du soin plus que des biens et de la consommation ostentatoire, lutte contre l’obsolescence programmée, démarchandisation de nombreuses activités, renforcement des systèmes de solidarité et gestion collective des biens communs, etc. C’est sur ces rails là qu’il faut guider les évolutions de notre système de santé, d’assurance chômage et de retraite, pas sur ceux nous menant tout droit vers un monde à la Mad Max !

Il nous faut réagir aujourd’hui, cette bataille est gagnable ! De plus en plus de monde se mobilise pour défendre la solidarité et la justice sociale ou pour réagir à l’urgence écologique et climatique. Ensemble, nous pouvons stopper cette nouvelle offensive antisociale et antiécologique du gouvernement. C’est le moment !

Les propositions d'Europe Ecologie Les Verts
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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 09:08

Malgré le moratoire de l'Europe sur ces substances depuis 2013, une étude montre la persistance de ces produits dans l’environnement et dans le pollen et le nectar de cultures dont ils ont été bannis. D’après Stéphane Foucart le 27 novembre 2019 pour Le Monde. Lire aussi La disparition des abeilles programmée en EuropeLes insectes pourraient disparaître de la planète d’ici 100 ans, Les insectes pourraient disparaître de la planète d’ici 100 ans et Ce que les abeilles murmurent à l’oreille des humains.

Des abeilles mortes dans une ruche sont exposées lors d’une manifestation d’apiculteurs à Rennes, en 2018. DAMIEN MEYER / AFP

Des abeilles mortes dans une ruche sont exposées lors d’une manifestation d’apiculteurs à Rennes, en 2018. DAMIEN MEYER / AFP

L’effet délétère des pesticides « tueurs d’abeilles » ne cessera pas avec leur retrait du marché. Les désormais fameux néonicotinoïdes persistent en effet dans l’environnement et imprègnent des cultures non traitées, plusieurs années après avoir été interdits, à des niveaux demeurant dangereux pour les abeilles et les pollinisateurs sauvages – parfois à des concentrations plusieurs dizaines de fois supérieures à celles de cultures traitées. Ce sont les conclusions saillantes d’une étude française à paraître jeudi 28 novembre dans la revue Science of the Total Environment.

Des résultats qui s’inscrivent dans la lignée de publications montrant la dispersion et la persistance dans l’environnement des « néonics », et qui prennent toute leur importance à la lumière des récents travaux indiquant un effondrement accéléré des populations d’insectes dans les campagnes des pays du Nord.

Les auteurs, conduits par Dimitry Wintermantel (INRA, CNRS) et Vincent Bretagnolle (CNRS), chercheurs au Centre d’études biologiques de Chizé (CNRS, Université de La Rochelle), ont analysé du nectar et du pollen prélevés sur quelque 300 parcelles de colza, réparties sur la zone atelier Plaine et Val de Sèvre, une plaine céréalière de 450 kilomètres carrés utilisée à des fins de recherche sur les liens entre pratiques agricoles et écosystèmes.

Plusieurs centaines d’échantillons ont été prélevés sur ces champs entre 2014 et 2018, c’est-à-dire après la mise en place du moratoire de 2013 interdisant l’utilisation des trois principales molécules (imidaclopride, thiaméthoxame, clothianidine) sur les cultures visitées par l’abeille, comme le colza, le tournesol ou encore le maïs.

Aucune tendance à la baisse

Résultats : malgré ces interdictions d’usage, les chercheurs retrouvent des traces de « néonics » dans 43 % des échantillons de colza analysés, l’imidaclopride étant de loin la substance la plus fréquente. Plus étonnant, aucune tendance à la baisse n’est observée. En 2014, on retrouvait de l’imidaclopride dans environ 70 % des parcelles, ce taux chutant à seulement 5 % l’année suivante, pour remonter à plus de 90 % en 2016, descendre à 30 % en 2017 pour remonter encore, cette fois autour de 55 % en 2018.

Dans leur très grande majorité, les taux de contamination des pollens et nectars testés sont inférieurs à 1 partie par milliard (ppb). Mais les concentrations peuvent aussi être spectaculaires. En 2016, en deux occasions, les chercheurs ont trouvé plus de 45 ppb d’imidaclopride dans les échantillons testés. Soit plus de cinq fois la concentration de produit attendue dans le nectar ou le pollen de colzas traités.

Le risque est-il réel ? Les auteurs répondent par l’affirmative. Après avoir utilisé un modèle simulant le risque de mortalité pour trois types d’abeilles (domestiques, bourdons et abeilles solitaires), ils estiment qu’au cours des deux pires années – 2014 et 2016 –, 12 % des parcelles étaient assez contaminées pour tuer 50 % des abeilles domestiques s’y aventurant. Jusqu’à 20 % des champs conduisent à la mortalité de la moitié des bourdons qui y butinent. Ces deux mêmes années, environ 10 % des parcelles présentent un tel risque pour les abeilles solitaires.

Les risques des années pluvieuses

« Nous avons utilisé un modèle conservateur, celui de l’Autorité européenne de sécurité des aliments, précise M. Bretagnolle. Celui-ci ne tient compte que de la mortalité induite par le produit pur, et non des effets de synergies possibles avec des pathogènes naturels ou d’autres pesticides présents sur la parcelle. Il n’évalue pas non plus les effets sublétaux. » Ces effets non directement mortels, peuvent survenir chez certains pollinisateurs dès la consommation régulière de nectar ou de pollen contaminés à hauteur de 0,1 ppb – soit plus de 400 fois moins que les plus hautes concentrations retrouvées par les chercheurs français. Ces effets peuvent affecter la fertilité, l’immunité ou encore les capacités d’orientation des individus et ainsi éroder, année après année, les populations de pollinisateurs.

« Ces résultats sont doublement alarmants, estime l’écologue Fabrice Helfenstein, qui n’a pas participé à ces travaux. D’abord parce qu’ils montrent que la fréquence de détection de ces produits est élevée, ensuite parce qu’on ne constate pas de déclin, dans le temps, de cette fréquence de détection et de leur concentration dans l’environnement. » Les chercheurs français ont cherché des éléments de réponse à cette énigme : ils constatent, notamment, que les années pluvieuses coïncident avec l’étendue de la contamination des parcelles.

« Il est plausible que ces substances, qui sont solubles dans l’eau, sont remobilisées en cas de fortes pluies, et redistribuées sur des parcelles n’ayant pas nécessairement été traitées l’année précédente », dit M. Bretagnolle. Les néonicotinoïdes étant des molécules dites « systémiques » (qui imprègnent tous les tissus de la plante), elles peuvent être réabsorbées par la végétation poussant sur des sols contaminés. Un constat étayé par plusieurs travaux récents, montrant notamment que le nectar et le pollen des fleurs sauvages poussant aux marges des parcelles traitées sont une voie d’exposition importante des abeilles à ces produits.

Des parcelles « bio » contaminées

En dépit du caractère frappant de ces résultats, M. Helfenstein se dit « peu étonné ». « Vu le caractère massif de leur utilisation au cours des dernières années, principalement en traitement préventif des semences, on peut s’attendre à trouver des néonicotinoïdes dans tous les paysages où ils ont été utilisés », dit-il. L’écologue parle en connaissance de cause : il a dirigé des travaux analogues publiés en mars dans le Journal of Applied Ecology, conduits par plusieurs chercheurs de l’université de Neuchâtel (Suisse). Avec des conclusions allant dans le même sens.

Ces chercheurs ont tenté d’évaluer la présence des principaux « néonics » sur des parcelles conventionnelles, biologiques ou dans des zones d’intérêt écologique (bocages, prairies, etc.), soumise à des mesures de préservation environnementales strictes. Les chercheurs avaient collecté plus de 700 échantillons de sols et de végétations prélevés dans des exploitations ou des propriétés de l’ensemble des régions de basse altitude de la Confédération helvétique.

Tous les échantillons d’exploitations conventionnelles contenaient au moins un « néonic », tandis que 93 % de ceux prélevés sur des fermes « bio » en contenaient également. Et ce, alors que les exploitations en question étaient converties depuis au moins dix ans. Plus étonnant : 80 % des prélèvements effectués dans les zones d’intérêt écologique portaient aussi des traces de ces substances.

Les chercheurs suisses ont utilisé une autre méthode d’évaluation des risques que celle de leurs confrères français. Ils ont considéré 72 espèces d’invertébrés favorables aux cultures (pollinisateurs, prédateurs d’espèces nuisibles, etc.) et, en se fondant sur la toxicité d’un seul des produits mesurés (la clothianidine), ils estiment que les taux de cette seule substance retrouvée sur les parcelles conventionnelles, représentent un risque létal pour 5,3 % à 8,6 % des espèces considérées et un risque sublétal pour 31,6 % à 41,2 % d’entre elles. Ces risques sont très inférieurs sur les autres parcelles (« bio » et zones d’intérêt écologique).

Chercheurs suisses et français cherchent désormais à trouver des financements pour maintenir un réseau de surveillance de la rémanence de ces produits dans l’environnement des deux pays. « Ce projet a démarré en 2018, c’est-à-dire l’année de leur interdiction, non seulement sur les cultures attractives pour l’abeille, mais aussi sur le blé, l’orge, etc., explique Sabrina Gaba (INRA), coordinatrice du projet. Il concerne dix sites en France, représentant toutes les zones de grandes cultures françaises. »

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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 09:02

La France doit quitter le Traité sur la charte de l’énergie, car il est une arme entre les mains des multinationales pour ralentir ou bloquer des politiques climatiques ambitieuses. Par Maxime Combes, économiste, porte-parole d'Attac, le 20 novembre 2019 pour Politis. Lire aussi Alerte de l'ONU : après une décennie perdue pour le climat, les États s’éloignent toujours plus de leurs promesses de réduction des gaz à effet de serre, La France continue à soutenir les énergies fossiles alors que le monde prévoit d’en produire 120 % en trop et COP 21 + 3 ans : les banques françaises toujours au charbon.

L'entreprise candienne Vermilion a contraint la france à reculer sur le projet de loi sur les hydrocarbures en la menaçant de poursuites.

L'entreprise candienne Vermilion a contraint la france à reculer sur le projet de loi sur les hydrocarbures en la menaçant de poursuites.

Longtemps resté dans l’oubli, le Traité de la charte de l’énergie (1), regroupant plus d’une cinquantaine d’États (de l’Europe occidentale au Japon en passant par l’Asie centrale), est aujourd’hui utilisé par les multinationales de l’énergie pour attaquer les pouvoirs publics lorsque ces derniers prennent des mesures en matière de transition énergétique qui contreviennent à leurs intérêts. Ainsi, parmi des dizaines de cas, l’entreprise suédoise Vattenfall poursuit l’Allemagne pour sa décision d’abandonner le nucléaire ; l’entreprise allemande Uniper attaque les Pays-Bas pour leur décision de fermer des centrales à charbon ; l’entreprise britannique Rockhopper s’en prend à l’Italie à la suite de son moratoire sur les forages offshore.

De « l’Affaire du siècle » aux mises en demeure de Total, une grande attention a récemment été portée sur les actions entreprises par des ONG, des citoyens ou même des collectivités territoriales pour obtenir devant la justice des décisions favorables concernant le climat : il s’agit de mobiliser les embryons de droit international et national sur les enjeux climatiques pour obliger les entreprises et les États à faire plus en matière de lutte contre les dérèglements climatiques. Une moindre attention est portée aux outils de droit dont disposent les multinationales pour dissuader et sanctionner les États ainsi que les collectivités territoriales.

Le cas hollandais est emblématique. On se souvient de la décision de justice condamnant l’État à faire davantage en matière climatique après une action menée par l’ONG Urgenda au nom de 886 citoyens (2). Cette décision a accéléré le débat sur la sortie du charbon, ce qui reste le moyen le plus rapide pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, après Uniper, déjà cité, ce sont coup sur coup les entreprises allemande et suédoise RWE et Vattenfall qui annoncent vouloir poursuivre les Pays-Bas en cas de vote d’une loi qui planifie la fermeture de centrales à charbon et prévoie d’interdire l’utilisation du charbon pour la production électrique d’ici à 2030. Elles s’estiment victimes d’une expropriation indirecte et de pertes de profits.

Une étude (3) a documenté l’utilisation du Traité de la charte de l’énergie par les multinationales de l’énergie qui réclament des sommes faramineuses aux États. Si elles ne sortent pas gagnantes à chaque fois, elles peuvent faire pression sur les pouvoirs publics pour retarder ou amoindrir la portée des lois de transition énergétique. C’est ce qui est advenu en France lors de l’examen de la loi Hulot sur les hydrocarbures : il a été montré (4) que l’entreprise canadienne Vermilion a menacé le gouvernement de poursuites après une première mouture du projet de loi assez ambitieuse. Résultat : Nicolas Hulot et le gouvernement ont fait machine arrière, protégeant ainsi les droits acquis des industriels.

Cette confrontation entre un droit du climat encore incomplet et peu contraignant et un droit de l’investissement robuste et contraignant ne fait sans doute que commencer. La transformation des soubassements énergétiques de notre formidable machine à réchauffer la planète qu’est l’économie mondiale doit nécessairement conduire à revoir fortement à la baisse la durée de vie des infrastructures pétrolières, gazières et charbonnières. Les entreprises privées, qui en sont le plus souvent propriétaires, ne vont pas s’abstenir de faire valoir leurs droits devant ces outils de justice parallèle (les mécanismes d’arbitrage entre États et entreprises : ISDS, ICS, etc.) auxquels les pouvoirs publics leur ont donné accès.

Le Traité de la charte de l’énergie fonctionne donc à la fois comme une arme de dissuasion massive à disposition des multinationales de l’énergie pour ralentir ou bloquer des politiques de transition énergétique et comme un outil de sanction financière envers les États lorsqu’ils décident néanmoins de mener des politiques climatiques plus ambitieuses. De ce fait, ce traité protège les pollueurs. On peut même calculer qu’il garantit l’émission de cinq fois plus de gaz à effet de serre que ne le permettrait le budget carbone européen s’il était respecté (5).

C’est la raison pour laquelle une vingtaine d’organisations de la société civile en Europe, parmi lesquelles l’Aitec, Attac France, les Amis de la Terre France ou le CCFD-Terre solidaire, ont appelé les États membres de l’Union européenne à quitter le Traité de la charte de l’énergie (5). Alors que la COP 25 a été transférée à Madrid, l’UE et les États européens, à commencer par la France et Emmanuel Macron, feraient bien de suivre ce conseil plutôt que nous entraîner droit dans le mur.

(1) Le Traité sur la charte de l’énergie, appelé aussi Charte énergétique européenne, a été signé en 1994 et est entré en vigueur en 1998. (2) « Pays-Bas : l’État condamné pour ses gaz à effet de serre », Politis, n° 1525, 31 octobre 2018.

(3) Résumé du rapport « Un traité pour les gouverner tous », Corporate Europe Observatory (CEO) et Transnational Institute (TNI), juin 2018.

(4) « Loi Hulot : nouvelles révélations sur le lobbying au sommet de l’État », Observatoire des multinationales, 30 août 2018.

(5) « The Energy Charter Treaty (ECT). Assessing its geopolitical, climate and financial impacts », septembre 2019, disponible sur www.openexp.eu

(6) « Lettre ouverte de la société civile sur le Traité sur la charte de l’énergie », 23 septembre 2019, www.collectifstoptafta.org

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29 novembre 2019 5 29 /11 /novembre /2019 09:24

Le ministère doit rendre public le nombre d'établissements potentiellement dangereux. La santé des enseignants et des élèves est en jeu, s'alarment des associations et syndicats. Tribune collective d’un collectif de syndicats et d'associations publiée le 25 novembre 2019 dans Libération. Lire aussi Amiante : un permis de tuer pour les industriels.

Opération de désamiantage dans une école à Nantes en 1996. Reuters

Opération de désamiantage dans une école à Nantes en 1996. Reuters

En juin 2019, Santé publique France a publié des chiffres inédits sur les cas de mésothéliomes pleuraux, ces cancers spécifiquement liés à l’amiante, dans l’Education nationale. Sur la base de ce rapport, on estime qu’en vingt ans, au moins 410 agents et professeurs de l’Education nationale ont perdu la vie en raison d’une exposition à l’amiante dans un établissement scolaire (1). Après le diagnostic d’un mésothéliome, l’espérance de vie moyenne est réduite à douze mois. Ces chiffres, déjà très inquiétants, ne répertorient pas les autres cancers liés à l’amiante et ne concernent que les personnels. Et qu’en est-il pour les élèves, exposés au même risque ?

Face à ces constats alarmants, nous réclamons un plan d’action contre l’amiante dans l’Education nationale, et souhaitons rencontrer le ministre de l’Education nationale afin d’anticiper les situations de blocage et de prévenir les risques d’exposition à l’amiante et leurs effets pour les élèves et les personnels. Ces dernières années, plusieurs écoles se sont retrouvées face au même scénario : des enseignants, des parents, soutenus par des associations et des organisations syndicales, ont alerté les responsables de l’Education nationale. Ils se heurtent systématiquement à l’inertie du ministère. Les personnels qui exercent leur droit de retrait font face à des pressions de leur hiérarchie dans des situations où le danger est pourtant manifeste.

De l’invisibilisation des risques

Le manque d’informations fiables, la communication souvent désastreuse des collectivités territoriales et des rectorats inquiètent la communauté éducative. La disparition programmée des CHSCT, les menaces pesant sur l’Observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement (ONS) concourent à l’invisibilisation des risques et des atteintes à la santé.

Interrogé à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a annoncé la constitution d’une cellule sur le bâti, sans donner d’informations sur son fonctionnement, sa constitution, son périmètre d’action ou son financement. En précisant cependant que l’entretien des établissements scolaires est de la responsabilité des collectivités locales. Mais la santé, la sécurité des élèves et des personnels sont du ressort de votre ministère. Pour quelles raisons n’est-il pas en mesure de rendre public le nombre d’établissements concernés et potentiellement dangereux ? Comment se fait-il que la loi ne soit pas respectée dans de nombreux établissements scolaires ? Pourquoi ne pas informer les parents, qui confient chaque jour leurs enfants à l’institution ? Monsieur le ministre, combien faudra-t-il de morts et de malades supplémentaires, avant que le problème soit réellement pris en compte et élevé au rang de priorité nationale ?

Du non-respect de la loi

Depuis plus de vingt ans, la réglementation amiante n’est pas respectée. Il est temps d’agir. Nous réclamons la transparence. Nous exigeons que toutes les mesures soient prises afin de protéger la santé des enfants et des personnels. Nous réclamons la constitution d’une base de données consultable par tous, afin d’établir un état des lieux exhaustif de la présence d’amiante dans les établissements scolaires. Nous réclamons la réalisation et la mise à jour des dossiers techniques amiante (DTA), conformément à la réglementation. Nous réclamons le repérage systématique avant travaux, y compris pour les travaux de maintenance. Nous réclamons également des mesures d’urgence qui concernent la formation des agents de maintenance et d’entretien (2), de l’ensemble des personnels, ainsi que l’information des usagers. Nous exigeons que chaque agent concerné dispose d’une fiche d’exposition au risque amiante.

Alors que les dernières décennies ont été émaillées de combats emblématiques contre l’amiante, et que l’incurie institutionnelle nous coûte toujours plus de 3 000 morts par an, personne ne devrait plus risquer sa vie en étudiant ou en travaillant dans les écoles.

(1) Santé Publique France/Programme national de surveillance du mésothéliome pleural (PNSM) : vingt années de surveillance (1998-2017) des cas de mésothéliome, de leurs expositions et des processus d’indemnisation.

(2) Conformément aux travaux de sous-section 4 de l’article 1 de l’arrêté du 23 février 2012.

Signataires : FCPE, Ferc CGT, FSU, SUD Education Union syndicale Solidaires, UNL Andeva (Association nationale de défense des victimes de l’amiante), AVA (Association nationale des victimes de l’amiante et autres polluants), Association Henri Pézerat, Ban Asbestos France, CAAJ (Comité anti-amiante Jussieu), UAE (Urgence amiante écoles), USB (Urgence santé Brassens), Avalé 13 (Association des victimes de l’amiante dans les locaux de l’éducation des Bouches-du-Rhône).

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28 novembre 2019 4 28 /11 /novembre /2019 09:23

Obtenir l’interdiction des pesticides de synthèse dans l’Union européenne d’ici quinze ans est-il possible ? C’est l’objectif que se sont fixées 90 organisations européennes, qui ont lancé une initiative citoyenne européenne, pour récolter un million de signatures à déposer sur le bureau de la Commission européenne.

En France, Nous voulons des coquelicots se rassemblera vendredi 6 décembre - ici devant la mairie des Lilas à 18h30. D’après AFP le 25 novembre 2019. Lire aussi Les SDHI, ces pesticides qui alarment les scientifiques, Le Conseil d’Etat annule en partie l’arrêté « pesticides », jugé insuffisamment protecteur de la santé et de l’environnement, Des résidus de pesticides dans les 3/4 des fruits et 43% des légumes non bio, Les pesticides perturbateurs endocriniens présents dans les eaux de surface en France et Les cours d'eau européens gravement pollués par des produits agricoles interdits.

Actuellement, chaque État de l'UE peut instaurer un programme de réduction des pesticides (photo d'illustration). | ARCHIVES OUEST-FRANCE

Actuellement, chaque État de l'UE peut instaurer un programme de réduction des pesticides (photo d'illustration). | ARCHIVES OUEST-FRANCE

Interdire les pesticides de synthèse dans l’Union européenne d’ici à 15 ans : c’est l’objectif d’une Initiative citoyenne européenne (ICE) lancée lundi, qui espère récolter plus d’un million de signatures pour contraindre la Commission européenne à ouvrir le débat.

Cette initiative a été lancée par sept citoyens de l’Union européenne, vivant en Italie, en Roumanie, en France, en Autriche, en Allemagne, en Belgique et en Grèce, selon une présentation de l’ONG française Générations futures. Leur demande a été validée par la Commission européenne.

55 000 signatures nécessaires en France

Les ICE sont un outil de participation citoyenne qui permet de saisir la Commission sur des sujets d’initiative populaire. Une ICE, lancée en 2017, a déjà conduit la Commission européenne à revoir sa législation sur le glyphosate, herbicide controversé. Cette nouvelle récolte de signatures se déroulera jusqu'au 30 septembre 2020 - cliquez sur ce lien vers le site de Générations futures pour la France. « Obtenir que les pays se mettent d’accord pour l’interdiction des pesticides en 15 ans, c’est plutôt ambitieux », reconnaît Nadine Lauverjat, coordinatrice de Générations Futures. Mais pour elle, il faut « sortir d’un système agricole à bout ».

En France, il faudra récolter au moins 55 000 signatures pour cette ICE. Un appel, « Nous voulons des coquelicots », pour l’interdiction des pesticides de synthèse a recueilli près de 979 000 signatures. Le gouvernement français s’est déjà engagé à sortir de l’essentiel des usages du glyphosate au 1er janvier 2021, et de tous les usages début 2023.

Des programmes de réduction des pesticides possibles

Les ONG soutenant cette démarche demandent précisément « l’interdiction progressive des pesticides de synthèse dans l’agriculture européenne à hauteur de 80 % d’ici 2030, en priorisant les pesticides les plus toxiques, afin de devenir un territoire 'zéro-pesticide' au plus tard en 2035 », selon le dossier de presse.

Elles préconisent de « donner priorité aux exploitations agricoles de petite taille, diversifiées et ayant des pratiques durables » et de « restaurer la biodiversité » dans les zones agricoles, alors que la situation est catastrophique, avec une disparition massive des insectes et de leurs prédateurs (oiseaux, hérissons, lézards, amphibiens).

Actuellement, chaque État de l’UE peut instaurer un programme de réduction des pesticides. En France, deux plans successifs en ce sens ont échoué. Une nouvelle mouture prévoit de réduire de 50 % l’utilisation des produits phytopharmaceutiques d’ici 2025.

Pour Nadine Lauverjat, l’exemple français des 3 000 fermes Dephy engagées dans des pratiques économes en pesticides montre que c’est possible.

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27 novembre 2019 3 27 /11 /novembre /2019 09:09

A quelques jours du lancement de la COP 25 à Madrid, l’ONU appelle dans un rapport publié ce mardi à une action urgente : la courbe des rejets de GES en 2018 augmente en dépit des maigres efforts entrepris. Des solutions n’attendent pourtant que d’être appliquées. D’après Aude Massiot pour Libération et Victor Chaix pour Reporterre le 26 novembre 2019. Lire aussi La France continue à soutenir les énergies fossiles alors que le monde prévoit d’en produire 120 % en trop, Le méthane croit de manière alarmante dans l’atmosphère, Des Etats inCOPables de sauver l’humanité ? et La France rétrogradée en 21ème position des performances climatiques.

Alerte de l'ONU : après une décennie perdue pour le climat, les États s’éloignent toujours plus de leurs promesses de réduction des gaz à effet de serre

Même l’ONU ne retient plus ses mots pour qualifier le retard pris dans la lutte contre le dérèglement climatique : «une décennie perdue», annonçait dès le titre l’un de ses comptes rendus sur le climat diffusé en septembre. Une manière juste de résumer le dixième rapport annuel onusien publié ce mardi sur l’écart entre la réalité de «nos émissions de gaz à effet de serre» et les objectifs.

Rapport du PNUE sur la différence entre les actions nécessaires et l'augmentation constatée des gaz à effet de serre.

Malgré l’enjeu magistral, et quelques efforts politiques encore timides, cette courbe de nos émissions, que tout le monde scrute avec l’espoir qu’elle fléchira enfin, n’a pas encore entamé sa descente. Au rythme actuel, elle pourrait même continuer à croître jusqu’en 2030. Or, dans ses multiples rapports, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) s’est montré très clair : si l’humanité espère limiter la hausse mondiale des températures à 1,5° C ou 2° C par rapport à l’époque préindustrielle, elle doit faire baisser ses émissions dès 2020. Jusqu’à atteindre un équilibre entre ce qui est émis et ce qui est aspiré par les forêts, les océans et les sols, au tournant du siècle.

Transformations

Ces objectifs, inscrits dans l’accord de Paris, n’ont pas été choisis au hasard. Il s’agit de paliers clés au-delà desquels certaines populations humaines, animales et végétales, verront leur survie menacée. A + 2° C, la quasi-totalité des coraux seront morts. Cette disparition irréversible entraînerait des bouleversements en chaîne sur de nombreux écosystèmes et espèces qui survivent grâce à ces coraux. Et les littoraux perdront la barrière naturelle qui les protège des tempêtes.

Le temps presse : nous avons déjà atteint la barre du + 1° C à l’échelle mondiale. Les terres se réchauffent deux fois plus vite et des régions comme l’Arctique, quatre fois plus. Une réalité dont doivent tenir compte ceux qui estiment que beaucoup d’efforts ont été menés ces dernières années. D’après l’ONU, ces actions sont très en deçà des transformations structurelles nécessaires pour être à la hauteur de l’enjeu climatique. «Les pays dont les émissions baissent n’ont pas été en mesure, pour l’instant, de compenser la croissance des autres pays, et des secteurs qui ne sont pas pris en compte dans le décompte [de l’accord de Paris, ndlr], comme l’aviation et le transport maritime», souligne le rapport. Les émissions mondiales ont grimpé de 1,6 % tous les ans, depuis 2008, avec une accélération en 2018.

Alerte de l'ONU : après une décennie perdue pour le climat, les États s’éloignent toujours plus de leurs promesses de réduction des gaz à effet de serre

Lundi, l’Organisation mondiale de météorologie (OMM) a joint sa voix à celle du Giec : la concentration en dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre émis par l’homme, a atteint un record l’an passé, poursuivant sa course folle à 407,8 parties par million. « La dernière fois que la Terre a connu une concentration de CO2 comparable, c’était il y a 3 à 5 millions d’années, souligne le secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas. Les températures étaient alors supérieures de 2 à 3° C, le niveau des océans de 10 à 20 mètres par rapport à aujourd’hui. »

Le problème est qu’une fois dégagé, le CO2 reste dans l’atmosphère pendant des siècles, et plus longtemps dans les océans. Il n’est pas le seul. Le méthane, produit surtout par les ruminants et les fuites lors de l’extraction de gaz, ainsi que l’oxyde nitreux, effet collatéral de l’agriculture intensive, sont de plus en plus présents dans notre atmosphère.

Tout cela a un effet évident : en trente ans, l’effet réchauffant de ces gaz s’est renforcé de 43 %, un phénomène aussi appelé le forçage radiatif. L’ONU Environnement le martèle : plus on prend du retard sur les efforts menés, plus ceux à venir seront difficiles pour redresser la barre. Il faut dire que le bilan est presque dramatique : « Le niveau actuel d’émissions de gaz à effet de serre est quasiment le même que ce que [nos rapports] prévoyaient pour 2020 si aucune politique n’était mise en place », poursuit le rapport.

Les économies du G20 portent une lourde responsabilité dans cet échec. A elles seules, elles cumulent 78 % des émissions mondiales. Fait encourageant, néanmoins, ces pays devraient respecter leurs engagements pour 2020. Mais comme souvent, la vision à moyen et long terme fait défaut. Dans le groupe du G20, six pays (le Canada, les Etats-Unis, l’Indonésie, le Mexique, la Corée du Sud et l’Afrique du Sud) devraient rater leurs objectifs de 2030, sans actions supplémentaires.

Émissions de CO2 en gigatonnes par pays (valeur absolue à gauche, par habitant à droite)

Émissions de CO2 en gigatonnes par pays (valeur absolue à gauche, par habitant à droite)

Potentiel

Premier pollueur au monde, Pékin est bien sûr attendu au tournant. Mais il ne faut pas oublier que la hausse fulgurante de ses émissions depuis les années 80, et plus fortement de 2000 à 2012, a été largement portée par la délocalisation des industries lourdes d’Europe, ou des Etats-Unis, vers la Chine. Si on s’intéresse à ce que chaque habitant émet, en moyenne, directement ou indirectement par sa consommation, les Européens se placent juste au-dessus des Chinois, et bien en-dessous des Américains.

Émissions de CO2 en gigatonnes. En ligne continue, les émissions du pays ; en ligne discontinues, les émissions liées à sa consommation (à gauche, le pays dans son entier, à droite, par habitant)

Émissions de CO2 en gigatonnes. En ligne continue, les émissions du pays ; en ligne discontinues, les émissions liées à sa consommation (à gauche, le pays dans son entier, à droite, par habitant)

Pour lancer le changement, pas besoin d’attendre des découvertes technologiques miraculeuses. Les solutions existent déjà et n’attendent qu’à être mises en place. Dès 2017, l’ONU concluait qu’en «ne prenant en compte que les technologies viables et en adoptant des postulats prudents, les émissions mondiales pourraient être réduites […] de manière à rester bien en dessous de 2° C et 1,5° C». Mieux encore, une grande partie de cet énorme potentiel d’amélioration est concentrée dans seulement six secteurs : l’énergie solaire, éolienne, les appareils économes, les véhicules pour passagers durables, le reboisement et l’arrêt de la déforestation. «L’hypothèse de base pour ces estimations est que tous les pays agissent rapidement et mettent en place ces mesures avec le meilleur rapport coût-efficacité, dans leur contexte national, nuance l’ONU. C’est évidemment très idéaliste.» Rien qu’une suppression des subventions au secteur fossile permettrait une baisse de 10 % des émissions de CO2 en dix ans.

Alerte de l'ONU : après une décennie perdue pour le climat, les États s’éloignent toujours plus de leurs promesses de réduction des gaz à effet de serre

Paquet législatif

Depuis 2010, les capacités de production d’énergies renouvelables augmentent de 8 à 9 % par an. La fabrication d’électricité par le charbon, l’énergie la plus polluante, a chuté cette année de 3 %, un record, d’après le site CarbonBrief. Encore faut-il que la consommation mondiale décline aussi. Pour l’instant, les renouvelables permettent seulement de compenser l’augmentation de ce qui est consommé.

Autre bonne nouvelle, de plus en plus de pays s’engagent à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Alors que la 25e Conférence onusienne sur le climat (COP 25) s’ouvre à Madrid le 2 décembre pour deux semaines, la Commission européenne devrait publier une première partie de son fameux «Green Deal européen» le 11 décembre. Annoncé cet été, ce paquet législatif a pour ambition d’engager réellement l’Union européenne dans la transition écologique. Belle avancée ou green washing ? Toutes les hypothèses sont sur la table. Beaucoup espèrent que l’UE sera le premier gros pollueur à présenter un plan d’action plus ambitieux que celui publié pour la COP 21, en 2015. Les négociations de la convention de l’ONU sur le climat prévoient qu’en 2020, les contributions nationales soient revues par les Etats. Avec, de préférence, des exigences plus fortes.

Contrairement à ce qui pourrait sembler logique, les engagements des Etats présentés en 2015 lors de la signature de l’accord de Paris ne permettent pas de respecter ce traité. Elles mèneraient la planète vers un réchauffement de plus de 3 °C, et ce si elles sont respectées, ce qui n’est pas encore le cas. Les gouvernements doivent donc quintupler leurs efforts. Et l’ONU est intransigeante : «La conséquence de ces chiffres est claire : pour que les objectifs de Paris restent en vie, le monde ne peut se permettre de perdre une nouvelle décennie.»

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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 09:37

La goélette scientifique Tara a sillonné neuf cours d’eau européens pour y étudier la pollution aux microplastiques. Le chercheur Jean-François Ghiglione évoque les premières conclusions de la mission. Propos recueillis par Martine Valo le 23 novembre 2019 pour Le Monde. Lire aussi Les microplastiques polluent jusque dans les montagnes, Nous mangeons du plastique et Les océans pollués par des particules invisibles de plastique.

Jean-François Ghiglione, directeur scientifique de Tara Océan – Mission Microplastiques 2019, lors d'une mission en 2014.

Jean-François Ghiglione, directeur scientifique de Tara Océan – Mission Microplastiques 2019, lors d'une mission en 2014.

Jean-François Ghiglione est directeur de recherche CNRS au Laboratoire d’océanographie microbienne (Lomic) de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) et directeur scientifique de la mission de recherche « Microplastiques 2019 ». Cette campagne de six mois, mise en place par la Fondation Tara Océan, s’achève avec le retour de la goélette dans son port de Lorient, dans le Morbihan, samedi 23 novembre.

Quelles premières conclusions peut-on tirer de cette vaste récolte d’échantillons dans neuf fleuves d’Europe ?

La première observation, c’est que le plastique est omniprésent dans tous les fleuves où nous avons fait escale avec la goélette Tara. En fait, 100 % de nos 2 700 échantillons, tous collectés selon le même protocole dans nos 45 stations de prélèvement d’eau, contiennent des microplastiques, c’est-à-dire des particules inférieures à 5 millimètres. C’est vrai en Méditerranée, comme nous l’avions constaté en 2014 lors d’une de nos précédentes expéditions, c’est vrai aussi dans les estuaires de la Tamise, de l’Elbe, du Rhin, de la Seine, de l’Ebre, du Rhône, du Tibre, de la Garonne et de la Loire.

Jusqu’à présent, on pensait que les cours d’eau charriaient des macrodéchets – une bouteille, un sac –, d’une durée de vie longue, de 100 ans à 400 ans, qui se dégradaient ensuite en mer sous l’effet du soleil et des vagues. Ce n’est pas le cas.

La plupart des plastiques que nous avons récoltés sont déjà fragmentés lorsqu’ils atteignent la côte. C’est une mauvaise nouvelle : cela signifie que la lutte contre le plastique en mer se passe forcément à terre puisqu’il est impossible d’en « nettoyer » les fleuves comme les océans. Prétendre le contraire revient à diffuser un mauvais message. On peut tout au plus récupérer quelques déchets dans l’eau moyennant beaucoup d’argent, c’est tout. Contre ces fragments minuscules, le seul moyen est de couper le robinet à la source.

La goélette Tara au large de Lorient, en octobre 2018. Thierry Creux/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

La goélette Tara au large de Lorient, en octobre 2018. Thierry Creux/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

Quels types de plastique avez-vous collectés ?

Dix-sept laboratoires de recherche, soit quarante-six scientifiques – chimistes, océanographes, physiciens, biologistes – sont impliqués dans cette mission et sont déjà à l’œuvre pour exploiter toutes ces « pièces à conviction ». Nous attendons des résultats d’analyses qui nous permettront de préciser leur nature : polyéthylène, polypropylène, polystyrène ou autres, ainsi que leurs provenances : emballages, gobelets, bouchons, fragments issus du secteur du bâtiment, de pneus, fibres de vêtements, microbilles utilisées en cosmétique ou dans les dentifrices…

Cette quantification est importante car elle permettra d’améliorer les modèles statistiques qui évaluent les grands flux des plastiques. Ceux-ci estiment aujourd’hui que 10 % du contenu de nos poubelles finissent en mer. Selon nos premières observations, ils mériteraient d’être corrigés en prenant en compte des données de terrain de chaque fleuve, qui sont encore trop parcellaires. Or ces estimations sont déterminantes pour éclairer les législateurs sur la réduction, le recyclage et globalement le traitement des déchets.

Est-ce que l’on constate des différences entre l’amont et l’aval des grandes villes d’estuaires où vous avez travaillé ?

Pas vraiment. La pollution est donc émise ailleurs, sans doute dans d’autres villes le long du fleuve, voire dans tout le bassin-versant. Cependant, nous avons aussi systématiquement échantillonné les berges des estuaires. Celles du Tibre, en Italie, apparaissent clairement comme les plus fournies en macrodéchets, on marchait dessus. Les abords de Londres sont bien chargés aussi, comme les rives de la Seine.

« 49° 26’ 11.8” N 0° 10’ 47.2” E Seine ». Ce diptyque, issu du travail « L’Europe en plastiques », montre des échantillons de plastique collectés sur les berges de la Seine, en aval de Rouen. SAMUEL BOLLENDORFF
« 49° 26’ 11.8” N 0° 10’ 47.2” E Seine ». Ce diptyque, issu du travail « L’Europe en plastiques », montre des échantillons de plastique collectés sur les berges de la Seine, en aval de Rouen. SAMUEL BOLLENDORFF

« 49° 26’ 11.8” N 0° 10’ 47.2” E Seine ». Ce diptyque, issu du travail « L’Europe en plastiques », montre des échantillons de plastique collectés sur les berges de la Seine, en aval de Rouen. SAMUEL BOLLENDORFF

Confirmez-vous que les particules de microplastique sont de véritables « éponges à polluants » ?

En effet, elles se dispersent comme autant de minuscules radeaux transportant quantité de contaminants hydrophobes : gouttelettes d’hydrocarbures, traces de métaux lourds, de pesticides, des DDT, PCB. Les animaux marins, les oiseaux vont les ingérer. Des polluants biologiques vont aussi s’y accrocher. Il s’agit de micro-organismes si abondants et si différents de l’environnement naturel qu’on leur a donné le nom de « plastisphère ». Cela pose toute une série de questions.

Sont-ils pathogènes non seulement pour les animaux comme cela a déjà été montré, mais aussi pour les humains ? Que nous apprennent-ils sur le phénomène des espèces invasives ? En 2011, après le tsunami qui a frappé le Japon, certains organismes ont été retrouvés de l’autre côté de l’océan, sur la côte canadienne, après avoir traversé la soupe de microplastique du gyre [tourbillon d’eau océanique formé de courants marins] du Pacifique Nord. Ils ont donc survécu à des conditions variées et sont parvenus à s’installer dans un nouvel environnement, au risque de perturber durablement les écosystèmes qu’ils colonisent.

Est-ce que ces organismes se cachent sous le biofilm composé de plein de bactéries qui prend place sur les particules à la dérive ? Comme ils se trouvent dans des conditions différentes de leurs milieux naturels, développent-ils des capacités particulières ? Les espèces sont-elles en compétition ? S’envoient-elles des antibiotiques ? Nous travaillons sur ce thème avec une entreprise de biotechnologie qui recherche, notamment, des molécules antifouling [biocides contre les organismes aquatiques].

Enfin, existe-t-il des bactéries de la « plastisphère » capables de biodégrader le plastique ? Nous pensons depuis longtemps que sa fragmentation dans l’eau est aussi due à un phénomène de ce type. Pour être fixés sur ce point, nous avons utilisé des filets manta aux mailles extrêmement fines afin d’étudier les débris les plus petits, donc les plus vieux.

Cette exploration de la « plastisphère » donnera-t-elle lieu à des publications scientifiques ?

A partir de janvier, le Genoscope-CEA va commencer à effectuer un séquençage de l’ADN des organismes vivants qui colonisent les particules de plastique. A la fin 2020, ces travaux iront grossir la base de données de Tara qui est l’une des plus importantes au monde sur la vie planctonique et qui fait référence. Nous pensons que nous serons en mesure d’ajouter six milliards de séquences d’ADN des organismes impactés par ces polluants, selon les mêmes protocoles.

En couplant ces données avec les analyses chimiques et physiques, nous espérons publier, d’ici deux ans, trois ou quatre études pluridisciplinaires dans les grandes revues scientifiques internationales.

A la fin de vos travaux, en saura-t-on davantage sur ce que nous ingérons comme plastique ?

Dans les neuf fleuves observés, nous avons immergé cinq morceaux de plastique neufs de compositions différentes. Au bout d’un mois, dans les trois premiers fleuves dont nous avons commencé à exploiter les résultats, ces éléments, neutres au départ, étaient devenus toxiques tant ils avaient accumulé de contaminants. Un chimiste qui a travaillé sur ces dispositifs expérimentaux a même trouvé des molécules qui ne ressemblent à rien de connu…

En parallèle, nous avons placé dans ces nasses des moules qui nous renseigneront sur la quantité de particules absorbées et sur la contamination par les additifs. Ces produits qui entrent dans la composition des plastiques sont souvent des perturbateurs endocriniens (bisphénol A, phtalates). Avec la base de données, nous en saurons plus sur les pollutions accumulées dans la chaîne alimentaire via les microplastiques. Nous avons choisi d’utiliser ces mollusques, car il s’agit d’animaux bio-indicateurs, qui filtrent vingt-cinq litres d’eau par jour et parce que nous les mangeons en entier à la différence d’un poisson par exemple, dont nous ôtons l’estomac. Lorsque nous consommons une portion de moules, nous pouvons ingérer jusqu’à 300 particules de plastique.

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:42

Le fort tremblement de terre survenu lundi 11 novembre dans le sud-est de la France interroge la communauté scientifique. Une carrière de l’entreprise Lafarge exploitée à proximité de l’épicentre intrigue les chercheurs : pourrait-elle l’avoir influencé ou déclenché ? Le CNRS a décidé d’enquêter. Si cette hypothèse n’est pas établie, l’activité humaine a déjà provoqué des séismes, en France comme à l’étranger. D’après Pauline de Deus pour l’Humanité et Nicolas Berrod pour Le Parisien. Lire aussi Les « richesses de la nature » sont devenues « ressources extractives » : imposons la transparence dans les industries minières ! et Des tremblements de terre provoqués par les humains.

Un habitant constate les dégâts causés par le séisme, au Teil (Ardèche), le 12 novembre 2019.  AFP/Jeff Pachoud

Un habitant constate les dégâts causés par le séisme, au Teil (Ardèche), le 12 novembre 2019. AFP/Jeff Pachoud

L’homme peut-il déclencher un tremblement de terre ? Au sein de la communauté scientifique, cette question n’en est plus vraiment une. À l’étranger, il existe au moins 15 cas de séismes liés à des carrières et des mines à ciel ouvert. Et cela, sans compter les autres activités humaines (exploitation d’hydrocarbures, mise en eau de grands barrages, etc.) Dans le cas du séisme intervenu aux alentours de Montélimar, dans la Drôme et l'Ardèche, la question a immédiatement été posée. Il faut dire que son intensité, estimée à 5,4 sur l’échelle de Richter, est particulièrement rare en France. Au Teil, commune où est localisé l’épicentre, c’était la toute première fois que les habitants sentaient la terre remuer, lundi 11 novembre. Quelques secondes auront suffi pour blesser quatre personnes et rendre des centaines de bâtiments inhabitables. Au total, près 1 400 personnes doivent être relogées.

Des tirs de mines réguliers

Hormis sa force, l’autre caractéristique de ce séisme est sa faible profondeur. Alors que les tremblements de terre de cette magnitude interviennent généralement à une dizaine de kilomètres de la surface, celui-ci s’est produit à moins de 3 kilomètres et a atteint la surface. Difficile de connaître la localisation précise de l’épicentre, mais une chose est sûre : la carrière de calcaire exploitée par LafargeHolcim est située au-dessus de la faille qui a rompu. A-t-elle pu influencer le déroulement de ce séisme, voire même le déclencher ? Ce sont les questions auxquelles cherchent à répondre une quinzaine de chercheurs du CNRS et d’autres organismes et universités partenaires.

Cette carrière dite de la montagne Saint-Victor est bien connue en Ardèche. C’est là, entre la commune du Teil et celle de Viviers, que les frères Pavin de Lafarge, Léon et Édouard, ont débuté une activité industrielle à partir de 1833. Aujourd’hui, la carrière est toujours active. Le groupe Lafarge, fusionné en 2015 avec son concurrent Holcim, en est l’exploitant et continue de se développer sur son territoire historique. En 2018, un arrêté préfectoral a permis à la cimenterie de poursuivre son activité pour une durée de trente ans et même d’étendre sa zone d’exploitation à 13 hectares supplémentaires – 170 hectares au total. Ce document précise que la production moyenne de la carrière est de 1,4 million de tonnes de calcaire par an, avec, au maximum, 3 100 tonnes par jour.

Pour casser la roche et en extraire du calcaire, des tirs de mines ont lieu régulièrement. Au Teil, dans le quartier Frayol, proche de la carrière, les habitants ont l’habitude d’entendre les explosions. Quand la terre a tremblé, c’est à ça qu’ils ont immédiatement pensé : « Comme si tout un stock avait explosé », raconte un couple. Mais, d’après Christophe Voisin, sismologue à l’Institut des sciences de la terre (ISTerre) et membre du groupe de recherche du CNRS, plusieurs autres pistes sont suivies, dont celle de l’impact d’une extraction superficielle (à 30 mètres de profondeur) mais intensive sur la faille et sur le déroulement du séisme lui-même.

Quels sont les éléments qui accréditent cette piste ?

Une équipe de chercheurs, composée notamment de sismologues et d'un représentant de l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), s'est rendue sur place. Comme l'a révélé Le Point jeudi 14 novembre, ces experts n'excluent pas que la carrière soit liée à ce tremblement de terre. « Rien n'est établi, mais c'est quelque chose qui nous intéresse », nous confirme Bertrand Delouis, sismologue au laboratoire Géoazur et qui dirige cette « cellule post-sismique ».

Extraire de la roche dans une carrière allège ce qui se trouve au-dessus de la surface, et cela fragilise les sous-sols. Pour illustrer ce phénomène, Florent Brenguier, de l'Institut des sciences de la Terre (ISTerre) de Grenoble, prend l'exemple d'une table qu'on cherche à bouger. « Plus la charge sur la table est importante, plus c'est compliqué de la déplacer », souligne-t-il.

Les experts analysent « plusieurs critères » pour établir un éventuel lien entre la carrière et le séisme, explique Jean Schmittbuhl, directeur de recherche au CNRS et membre du Réseau National de surveillance sismique (RéNaSS). « Il y a la distance avec une activité humaine, la sismicité naturelle dans la zone, la profondeur du séisme, etc », énumère le sismologue.

Chose intrigante : le séisme en Ardèche s'est produit à faible profondeur, entre 1 et 3 km, et la faille est visible à la surface. Les images satellites ont montré que la carrière est située au-dessus de la rupture. Un groupe de scientifiques mandaté par le CNRS va évaluer la probabilité que l'activité de la carrière soit à l'origine du déclenchement du séisme.

Mais attention : même si l'exploration de la carrière est en cause, elle ne serait pas la seule responsable. Cette région de la vallée du Rhône est, en effet, connue pour sa sismicité naturelle importante. « Sans cette carrière, le séisme de lundi aurait de toute façon eu lieu, mais sans doute beaucoup plus tard, par exemple dans 1000 ans », souligne Florent Brenguier. Plutôt que « causé par », on parlerait plutôt d'un séisme « déclenché par » la carrière.

Le lien entre le séisme et l'exploitation d'une carrière étudié de près en Ardèche

De son côté, le directeur général adjoint de l'IRSN en charge du pôle santé environnement, Jean-Christophe Gariel, nous indique suivre très attentivement l'avancée de ces études. Il faut dire que plusieurs centrales nucléaires sont présentes dans la zone. « Si on me dit du jour au lendemain qu'on va faire de l'exploitation de gaz de schiste ou construire une carrière à côté d'une centrale nucléaire, et que ça conduira à de la sismicité induite, ça change beaucoup de choses », souligne le responsable, qui attend, « calmement », de « récupérer toutes les informations » concernant le tremblement de terre dans l'Ardèche.

Contacté, le groupe Lafarge dit n'être « pas en mesure, en l'état actuel de ses connaissances, de porter un avis sur l'existence d'un lien éventuel entre ses opérations et le séisme ». L'entreprise assure aussi être « en lien avec les scientifiques ». Lafarge est « très coopérative », confirme le groupe de chercheurs qui lui demandent notamment les quantités de pierres retirées.

L'activité humaine a-t-elle déjà causé des séismes en France ?

Oui… mais dans des cas différents de celui d'une carrière. Mardi puis mercredi, deux secousses de magnitude moins élevée (3,1 et 2,6) ont été ressenties dans l'est de la France, notamment à Strasbourg. Le RéNaSS classe sur son site ces séismes comme étant des « événements induits ». Cela signifie que l'origine humaine est l'hypothèse la plus probable à l'heure actuelle, même si, là aussi, des analyses en cours.

Dans cette région, c'est la géothermie qui pourrait être en cause. Car le groupe Fonroche exploite un site à proximité. Pour capter la chaleur souterraine, beaucoup d'eau est injectée à très forte forte puissance dans le sous-sol. « Ça lubrifie les roches, qui glissent plus facilement au niveau des failles, ce qui peut déclencher des séismes », expose Florent Brenguier.

Fonroche s'est défendu dans un communiqué, assurant que son usine était « à l'arrêt depuis le 8 novembre au matin », soit quatre jours avant la secousse. Ce qui ne dédouane pas forcément l'entreprise pour autant. « On a déjà connu dans la région une activité sismique différée de quelques jours, mais d'une magnitude beaucoup plus faible », souligne Jean Schmittbuhl.

Le lien entre le séisme et l'exploitation d'une carrière étudié de près en Ardèche

Le même phénomène peut se produire à proximité des sites d'extraction de gaz ou de pétrole de schiste, qui utilisent la méthode de la fracturation hydraulique. Cette technique, critiquée également pour son impact néfaste sur l'environnement, est interdite en France par la loi du 13 juillet 2011.

Concernant les carrières, il y a régulièrement des « tirs de carrière » qui provoquent des secousses, mais il n'y a pas eu en France de séisme tectonique déclenché à proximité d'un tel site.

Quels sont les précédents dans le monde ?

À l'étranger, on trouve la trace de séismes induits de forte magnitude. En Corée du Sud, les études ont montré que la secousse de magnitude 5,4 en novembre 2017 avait été causée par la géothermie dans la région.

Aux Etats-Unis, « la zone la plus sismique n'est plus la Californie, mais l'Oklahoma, où il y a beaucoup d'exploitation de gaz et de pétrole de schiste », souligne Florent Brenguier.

Concernant l'impact d'une carrière, des précédents existent également, notamment en Pennsylvanie dans les années 1990.

Certains pays ont préféré prendre les devants. Le Royaume-Uni a annoncé début novembre suspendre la fracturation hydraulique pour extraire du gaz en schiste, en raison du risque de séismes. En août dernier, les habitants de la région du Lancashire avaient ressenti une secousse d'une magnitude de 2,9. Le régulateur officiel a établi un lien probable avec un site d'exploitation de gaz de schiste, situé à proximité.

Une causalité difficile à démontrer

Si, après l’enquête scientifique, un lien entre l’activité industrielle et le séisme est avéré, pourrait-il remettre en question l’exploitation d’une cinquantaine de carrières de cimenterie présentes en France ? « Il faut attendre les conclusions du rapport. Mais chaque situation présente ses propres caractéristiques », insiste Christophe Voisin, prudent. À moins de 15 kilomètres de là, toujours au bord du Rhône, une carrière de calcaire, exploitée par le groupe Calcia, est aussi située à proximité de failles. Alors que sa voisine n’est autre que la centrale nucléaire de Cruas-Meysse, la question du risque mérite d’être posée. Mais la réponse n’est pas si simple. « La sismicité induite (provoqué par l’activité humaine) est une discipline de recherche encore récente, précise le scientifique. Elle va être amenée à se développer. » Le travail du CNRS concernant ce séisme ainsi que sur ceux de Strasbourg – intervenus les 12 et 14 novembre, à quelques kilomètres d’un site de géothermie profonde – pourrait permettre d’en savoir plus sur ces risques et de commencer à s’en prémunir. « Toutefois, les liens de causalité entre rupture sismique et activité industrielle restent difficiles à démontrer », avertit le sismologue.

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24 novembre 2019 7 24 /11 /novembre /2019 14:13

Les projets de nouvelles centrales nucléaires montrent que la prise de conscience du potentiel des énergies renouvelables est encore fragile dans les cercles dirigeants, dénonce le chercheur Daniel Lincot. Tribune publié le 22 novembre 2019 dans Le Monde. Lire aussi Aux Lilas, les citoyens s’unissent pour produire de l’électricité verte  et Les énergies renouvelables stagnent, une mauvaise nouvelle pour le climat.

Alors que se multiplient les appels à la relance d’un programme électronucléaire en France, allant de la construction de nouveaux EPR à la mise en service de mini-réacteurs pour faire face à l’incapacité supposée des énergies renouvelables de répondre efficacement aux enjeux de la transition énergétique, il est utile de rappeler que ces dernières représentent au contraire aujourd’hui un véritable espoir.

Un des premiers savants à avoir pris toute la mesure du potentiel immense de l’énergie solaire pour répondre aux besoins de l’humanité est Augustin Mouchot (1825-1912), professeur de mathématiques au lycée de Tours, qui se lance en 1860 dans la création de machines « suffisamment puissantes transformant la chaleur en énergie mécanique ». Il crée alors des machines à vapeur fonctionnant grâce à la concentration de la lumière solaire, dont le symbole est l’imprimerie solaire présentée à l’Exposition universelle de 1878, pour laquelle il reçoit la médaille d’or et qui suscite une immense ferveur populaire. Il publiera en 1879 un ouvrage visionnaire, intitulé La Chaleur solaire et ses applications industrielles, véritable texte fondateur des applications industrielles de l’énergie solaire.

Il faudra attendre la moitié du XXe siècle pour que les applications industrielles de l’énergie solaire thermique reviennent sur le devant de la scène, en particulier en France, grâce à une personnalité hors du commun, Félix Trombe (1906-1985). C’est à son retour de détention en 1941 (il avait été fait prisonnier le 20 juin 1940) qu’il reprend le concept des fours solaires d’Augustin Mouchot pour atteindre de très hautes températures. Il mène ensuite, dans son laboratoire du CNRS à Meudon, des expériences à plus de 3 000 °C grâce, ironie de l’histoire, à un four utilisant un concentrateur solaire fabriqué à partir d’un ancien miroir de la DCA allemande.

Un grand programme pionnier

Puis, sous la conduite du CNRS, de grands projets sont lancés à partir de 1958 avec la construction, à Odeillo (Pyrénées-Orientales), d’un grand four solaire de 1 MW, qui fut inauguré en 1969. C’était alors la logique des grands projets chers au général de Gaulle, au même titre que le Concorde ou la conquête spatiale. Le programme de solaire thermique connaîtra son apogée avec le premier choc pétrolier, qui verra le lancement, en 1976, du programme Thémis, une centrale visant cette fois à produire de l’électricité, dont la construction fut achevée en 1983 à Targassonne, non loin d’Odeillo, avec le CNRS et EDF. A la pointe des technologies mondiales, le programme fut cependant brutalement arrêté en mai 1986, pour cause de pétrole peu cher et de nucléaire triomphant. On assiste aujourd’hui à son redémarrage au niveau international.

Une autre voie permettant de capter et de transformer directement l’énergie solaire en électricité a été ouverte également au début du XIXe siècle avec la découverte, par Edmond Becquerel (1820-1891), en 1839 au Muséum d’histoire naturelle à Paris, de l’effet photovoltaïque. Ce n’est que plus d’un siècle plus tard, avec la mise au point des premières cellules solaires photovoltaïques efficaces au silicium, en 1954 aux États-Unis, que cette découverte a pris son envol pour la conversion d’énergie. Son utilisation industrielle ne s’est pas fait attendre, dès 1958, avec l’alimentation des premiers satellites en énergie.

La volonté de la France d’être présente dans ce domaine stratégique fit que, dès la fin des années 1950, avec le CNES et le CNRS, le développement d’une industrie photovoltaïque nationale fut une priorité. Les entreprises françaises étaient alors parmi les premières mondiales et le restèrent jusqu’au début des années 2000, avant que n’intervienne le décollage industriel du photovoltaïque terrestre. Le décrochage des ambitions françaises dans ce domaine se situe au début des années 1980, encore une fois en raison de l’écrasante domination du nucléaire. Elles ne renaîtront qu’autour de 2006 avec le Grenelle de l’environnement et la mise en place d’une politique de soutien volontariste par des tarifs d’achat, prolongée aujourd’hui par la loi sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). La France a ainsi commencé à combler son retard dans le domaine.

Des énergies renouvelables compétitives

L’irruption dans le débat de l’hypothèse d’un nouveau programme électronucléaire doit nous alerter car il montre que la prise de conscience du potentiel des énergies renouvelables est encore fragile dans les cercles dirigeants. Les énergies renouvelables, solaires et éoliennes, sont pourtant devenues compétitives, et la sûreté d’un recours massif au nucléaire est remise en cause par les accidents de Tchernobyl et de Fukushima.

Le développement à grande échelle, en particulier du photovoltaïque, inimaginable il y a dix ans, est maintenant enclenché, avec 100 GW installés annuellement, qui pourraient atteindre plusieurs centaines de GW durant la prochaine décennie. Cette croissance est boostée par le prix en sortie d’usine de modules à environ 30 centimes de dollar par watt, conduisant à des prix de vente de 64 euros le MWh en France en moyenne pour le dernier appel d’offres de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), et autour de 20 dollars ou moins dans plusieurs régions du monde. Elle entraîne également un cercle vertueux sur le développement des technologies de stockage, de réseau intelligent et de numérisation.

Pourquoi ne pas décider de mettre en place un programme de création d’usines photovoltaïques en France, comme on parle de construire de nouveaux EPR ? Cela aurait du sens quand on sait qu’une usine de fabrication de panneaux solaires coûte aujourd’hui environ 200 millions d’euros pour une production de 1 GW par an, soit l’équivalent d’une tranche nucléaire, et que, si l’on tient compte de l’équivalence en énergie produite, il faudrait environ 5 GW, soit 1 milliard d’euros. Chaque usine de 5 GW fabriquerait en un an des installations solaires qui pourraient être mises en place en quelques mois et produiraient l’équivalent en énergie d’une tranche de centrale nucléaire. Ne serait-il pas plus judicieux que l’État investisse dans un plan de création de telles usines plutôt que pour de nouveaux EPR ?

Daniel Lincot est directeur de recherche au CNRS. Il a coécrit, avec Wolfgang Palz, Le Triomphe du soleil. L’Énergie du nouveau siècle, en France et dans le monde (à paraître).

 

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 09:12

À rebours de la décision historique de la Banque européenne d’investissement de ne plus financer les énergies fossiles, l’Assemblée nationale a décidé le 15 novembre de maintenir les aides à l’export aux secteurs du pétrole et du gazLes perspectives de production de gaz, de pétrole et de charbon d’ici à 2030 excèdent très largement les objectifs de l’accord de Paris sur le climat, alertent les Nations unies dans un rapport publié mercredi 20 novembre. D'après Marie-Noëlle Bertrand les 19 et 20 Novembre 2019 pour l’Humanité. Lire aussi Le méthane croit de manière alarmante dans l’atmosphère, COP 21 + 3 ans : les banques françaises toujours au charbon et Climat : les banques continuent de financer les énergies fossiles.

W. Grubitzsch/dpa Picture-Alliance

W. Grubitzsch/dpa Picture-Alliance

La France, championne du monde du climat, voit-elle d’un mauvais œil la révolution verte de sa propre finance publique ? Au lendemain de la décision historique de la Banque européenne d’investissement (BEI) de ne plus soutenir les projets liés aux énergies fossiles, l’Assemblée nationale a refusé pour sa part de mettre fin aux aides à l’export consacrées aux filières du gaz et du pétrole.

Le rejet est intervenu vendredi, dans le cadre de la discussion sur le projet de loi de finances. Pire, souligne Delphine Batho, députée de gauche non affiliée et ex-ministre de l’Écologie : en contradiction totale avec les objectifs de l’accord de Paris sur le climat, le Parlement « a même rouvert la possibilité d’accorder une garantie de l’État à certains investissements dans des centrales à charbon ».

Les discours ambiants ne laissaient pourtant pas penser qu’il en irait ainsi. La veille, jeudi 14 novembre, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, s’était empressé de saluer la décision sans précédent de la BEI. La plus grande banque publique au monde venait d’acter, avec l’appui de la France, le fait que, à compter de 2022, elle ne financera plus aucun projet industriel impliquant des combustibles fossiles, qu’il s’agisse de charbon, de gaz ou de pétrole. « Nous lancerons la stratégie d’investissement climatique la plus ambitieuse de toutes les institutions financières publiques quelles qu’elles soient », assurait dans la foulée Werner Hoyer, son président, promettant également d’aligner, dès 2020, l’ensemble des activités de la BEI sur l’accord de Paris.

« Une décision historique, qui constitue la première étape vers la création de la Banque européenne du climat, proposée par le président Macron », avait instantanément commenté le ministre Français de l’Économie.

« C’est une victoire importante pour le mouvement climatique »

Il n’a pas été le seul à s’en réjouir, quand ce revirement de la BEI répond à une revendication de longue date de plusieurs ONG. « C’est une victoire importante pour le mouvement climatique », a ainsi réagi Colin Roche, de Friends of the Earth. En creux, se dessinait la perspective que la décision de la BEI inspire les institutions financières nationales. « Si le gouvernement français (en) a été le moteur », notait ainsi dans les colonnes de Libération Cécile Marchand, chargée de campagne climat aux Amis de la Terre-France, « il s’agit maintenant d’être cohérent et d’en faire de même (…) à travers les aides à l’export, discutées actuellement dans le cadre du projet de loi de finances 2020. »

L’espoir n’était pas sans fondement : en septembre, face à l’ONU, Emmanuel Macron avait affirmé vouloir aller dans ce sens. Une fois n’est pas exception, les actes n’ont pas suivi.

Vendredi après-midi, Delphine Batho a présenté un amendement visant à mettre fin aux aides à l’export pour toutes les énergies fossiles, gaz et pétrole inclus. Pour l’heure, le PLF, via son article 68, ne prévoit de mettre fin qu’aux seules aides accordées au charbon, au gaz de schiste ou au pétrole bitumineux. Or, rappelle la députée, aucun dossier de ce type n’est en cours devant BpiFrance, la nouvelle agence française de crédit à l’exportation. « L’article 68 n’apporte donc rien. » Des mesures ciblant plus largement l’ensemble des combustibles fossiles auraient en revanche pu peser dans la balance climatique. « Au cours des dix dernières années, la France a consacré 9,3 milliards d’euros au financement de garanties de l’État en faveur de projets d’extraction de pétrole ou de gaz à l’international », rappelle encore Delphine Batho. Et de citer, singulièrement, les 311 millions d’euros accordés en 2009 à la création d’une usine de liquéfaction de gaz au Yémen pour des sous-traitants de Total.

Son argument s’est vu rejeté sèchement par Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès de Bruno Le Maire. La majorité parlementaire a suivi. Celle-ci a en revanche retenu un sous-amendement au même article 68 visant, cette fois, à assouplir la fin des aides à l’export au charbon, excluant de ces interdictions certaines technologies telles que celles de capture et stockage du CO2.

Au niveau mondial,  la production de combustibles fossiles a atteint un niveau record

À quelques semaines de la prochaine conférence de l’ONU sur le climat – la COP25, qui démarrera le 2 décembre à Madrid –, le rapport inédit que relaie aujourd’hui le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) a de quoi interpeller. Partis comme ils sont partis, les gouvernements s’apprêtent, dans leur ensemble, à excéder amplement la production de gaz, de pétrole et de charbon par rapport à ce qu’il conviendrait pour être dans les clous de l’accord de Paris sur le climat adopté en 2015. Et ce n’est pas peu dire.

Additionnés les uns aux autres, les plans nationaux prévoient, d’ici à 2030, de produire environ 50 % de combustibles fossiles en plus qu’il n’est possible de le faire pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C, soit l’objectif le moins ambitieux issu de la COP21. Si l’on se réfère à son objectif le plus téméraire – celui de limiter le réchauffement à 1,5 °C maximum –, la surproduction planifiée est encore plus éloquente : le monde, globalement, a d’ores et déjà prévu d’extraire du sous-sol 120 % de combustibles fossiles en trop d’ici à 2030. Autrement dit, en dépit des alertes aujourd’hui partagées, les États les plus producteurs mais aussi ceux les plus consommateurs d’énergies fossiles continuent de mener la planète vers la fournaise.

2019 paraît être en ce sens une année type. Quatre ans après l’adoption de l’accord de Paris, « la production de combustibles fossiles mondiaux a atteint un niveau record », souligne le rapport, opportunément baptisé Production Gap Carbon (littéralement : Écart de production carbone) et coproduit par le Pnue et plusieurs organisations internationales, think tanks économiques ou scientifiques. Le charbon, le pétrole et le gaz naturel « demeurent les sources d’énergie dominantes, représentant 81 % de l’approvisionnement total en énergie primaire », poursuit-il, citant l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ces combustibles sont, de loin, les principaux responsables des bouleversements climatiques, rappelle-t-il encore, représentant plus de 75 % des émissions de gaz à effet de serre globales et près de 90 % des seules émissions de dioxyde de carbone (CO2).

La poursuite d’investissement dans les hydrocarbures épinglée

« Ce rapport montre pour la première fois à quel point l’écart est important entre les objectifs de Paris et les politiques des pays en matière de production », souligne Michael Lazarus, auteur principal de l’étude et directeur du Stockholm Environment Institute’s US Center. Certes, d’autres analyses, réévaluées chaque année depuis 2009 par le Pnue, avaient déjà contribué à mettre en évidence l’écart entre objectifs et émissions de gaz à effet de serre. Mais ce premier bilan des perspectives de production s’avère encore plus inquiétant, souligne le Pnue.

Pour les réaliser, le Production Gap Report a comparé les données économiques rendues publiques par les États aux scénarios mis en avant par le Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat). Celles concernant le charbon restent les plus inquiétantes – les pays prévoient d’en sortir 150 % de plus en 2030 que le niveau compatible avec une limitation du réchauffement à 2 °C, et 280 % de plus que ce qui serait compatible avec une limitation du réchauffement à 1,5 °C. Mais le pétrole et le gaz sont eux aussi en bonne voie pour exploser le bilan carbone planétaire, dont la production pourrait, en 2040, excéder de 40 % à 50 % ce qu’il convient de faire pour ne pas réchauffer l’atmosphère au-delà de 2 °C.

Le rapport met directement en cause la poursuite des investissements dans les infrastructures, tellement massifs qu’ils « bloquent », en quelque sorte, toute perspective de renoncer aux hydrocarbures pendant encore de très nombreuses années. Les financements publics sont singulièrement pointés du doigt. « De nombreux gouvernements financent la production de combustibles fossiles par l’intermédiaire des institutions de finances publiques (…) telles que les banques nationales, bilatérales et multilatérales de développement et des agences de crédit à l’exportation. » Avis à la France, qui, le 15 novembre, a reconduit la possibilité d’accorder des aides à l’export au gaz et au pétrole.

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