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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 10:15

À l'ouverture de la pré-COP22 de Marrakech, l'OCDE note une hausse des flux financiers du Nord vers le Sud par Simon Roger pour Le Monde du 19 octobre 2016.

À suivre le rythme soutenu de ratification de l'accord de Paris sur le climat – par 81 pays représentant 60  % des émissions mondiales de gaz à effet de serre –, on en conclurait presque que la mobilisation de la communauté internationale, saluée fin 2015, avance sans encombre.

Ce serait omettre un autre dossier clé de la réussite de l'après-COP21, celui du financement des 100  milliards de dollars par an (91  milliards d'euros) promis, d'ici à 2020, par les pays du Nord à ceux du Sud confrontés aux effets du réchauffement. Une vieille promesse qui date de la conférence de Copenhague, en  2009, mais qui est toujours vivace dans les pays en développement et qui en fait un test de confiance face à la parole donnée par les pays industrialisés.

Ces derniers l'ont bien compris, commandant aux experts de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) une " projection des finances climat vers l'objectif 2020 des 100  milliards de dollars ", rendue publique lundi 17  octobre.

La date est opportune. Mardi débute à Marrakech, au Maroc, où se tiendra la prochaine conférence climat en novembre, une session ministérielle de deux jours pour faire le point sur l'avancée des sujets. La ministre française de l'environnement, Ségolène Royal, qui supervise la présidence tricolore de la COP, s'est donc envolée pour cette " pré-COP " avec dans ses bagages la note technique de 44 pages de l'OCDE qui doit être au cœur des discussions des 18  et 19 octobre.

Que dit le document ? Les trente-huit pays signataires du rapport, commandé par les coprésidences française et marocaine et piloté par l'Australie et le Royaume-Uni, tentent d'envoyer un signal positif : " Nous pensons que nous remplirons l'objectif des 100  milliards de dollars à travers une variété de sources et réaffirmons notre engagement à le faire. "

Un message politique assorti de deux chiffres forts. Grâce aux engagements annoncés par divers États en  2015, les financements publics pourraient représenter à eux seuls 67  milliards de dollars en  2020, alors qu'une précédente analyse de l'OCDE, en octobre  2015, estimait ces flux à 42  milliards, en moyenne, sur les années 2013 et 2014.

Autre indication intéressante, l'OCDE évalue les conséquences des financements publics sur la mobilisation de fonds privés (on parle d'effet de levier). L'addition du public et du privé pourrait atteindre 77  milliards de dollars en  2020 selon l'hypothèse la plus basse… ou 133  milliards selon le scénario le plus optimiste ! La fourchette risque de dérouter plus d'un pays en développement face à l'objectif des 100  milliards. " Plus de 90  milliards de dollars de finance climat, publique et privée, devraient être mobilisés au total en  2020 ", avance prudemment Ségolène Royal.

Prise de conscience

Ce choix de privilégier des hypothèses plutôt qu'une valeur moyenne s'explique. Dans la première photographie réalisée en octobre  2015, les statisticiens de l'OCDE avaient estimé ce montant à 52  milliards de dollars en  2013 et à 62  milliards en  2014. Censé conforter l'idée que la mobilisation financière progressait, le calcul avait eu l'effet inverse, déclenchant l'ire des pays du Sud qui jugeaient la somme très insuffisante.

Pour autant, les pays de l'OCDE ne pouvaient faire l'impasse sur l'actualisation des données et la définition de cette " feuille de route des 100  milliards " qui figure noir sur blanc dans les décisions de l'accord de Paris. " Les pays industrialisés se savaient attendus au tournant, observe Armelle Le Comte, de l'ONG Oxfam France. Le financement a été le point faible de l'accord de Paris. "

Cette prise de conscience collective des pays de l'OCDE était d'autant plus urgente que la comptabilisation financière avance lentement du côté des Nations unies (ONU), qui envisagent de rendre leur propre synthèse en mai  2017. Trop tard pour la présidence française de la COP21, à quelques semaines du passage de témoin, le 7  novembre, au Maroc. " Sur la ratification comme sur le financement, la dynamique avance ", assure Ségolène Royal.

Plus timorées, les ONG rappellent la faiblesse des financements spécifiquement mobilisés pour l'adaptation au changement climatique. Ces derniers devraient doubler, de 8 à 16  milliards de dollars, d'ici à 2020, indique l'OCDE. Mais " cela reste largement insuffisant au regard des besoins sur le terrain. L'adaptation n'atteindrait en  2020, malgré cette augmentation, que 20  % des 100  milliards de dollars promis, insiste Armelle Le Comte. Or, l'ONU estime que les coûts de l'adaptation pourraient atteindre d'ici à 2030 entre 140 et 300  milliards de dollars. "

" Sur ce volet, le travail de l'OCDE n'est pas terminé, reconnaît Marie Scolan, co-auteure avec Pierre Ducret de Climat, un défi pour la finance (à paraître le 20  octobre, Les Petits Matins). Le financement de l'adaptation est un sujet complexe, très lié aux circonstances locales des pays bénéficiaires. Par ailleurs, pour des enjeux de négociations politiques, cette problématique a été isolée, alors qu'il faudrait l'intégrer à la question plus large du financement du développement durable. "

" Un dossier mineur "

Ces deux spécialistes de la stratégie climat de la Caisse des dépôts voient dans le rapport du 17  octobre  un réel effort de clarification des chiffres, difficile à mener puisque la feuille de route est pluriannuelle alors que les ministres des finances raisonnent en programmation budgétaire annuelle. Le sujet du financement climat n'est plus délaissé par les grands argentiers, constatent les deux économistes.

Ils louent aussi " un inventaire intéressant, qui commence à lister les outils de financement public capables de déclencher des financements privés ". Le document détaille en effet les divers mécanismes à l'œuvre : fonds vert pour le climat, initiative pour les énergies renouvelables en Afrique, actions propres à certains pays, etc.

" À l'échelle du financement de la transformation de l'économie mondiale, le dossier des 100  milliards de dollars est mineur, ajoute tout de même Pierre Ducret. Le sujet essentiel, c'est la mobilisation de l'épargne domestique partout dans le monde, qui représente, elle, des millions de milliards. "

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 16:18
Nous pouvons stopper le CETA !

Grâce à un soutien politique chancelant, et la preuve croissante de ses dangers, le traité commercial UE-Canada (CETA) peut être mis à l’arrêt. Après la mobilisation parisienne le week-end dernier, voici une mobilisation européenne : informations du groupe Europe Écologie au Parlement Européen, suivies de celles d'Alternatiba, et de L’accord UE-Canada n’est pas compatible avec l’accord de Paris par Attac. N'oubliez pas aussi notre article 12 raisons de s’opposer au CETA. Bonne lecture.

Groupe des Verts/ALE du Parlement européen

Les campagnes citoyennes, associatives, écologistes et d'autres élus progressistes semblent désormais être payantes. Au cours des derniers jours, le CETA a subi une série de revers et il semble maintenant que nous avons une chance de bloquer la signature de l'accord par les dirigeants européens.

De retour d'une campagne de mobilisation outre-Atlantique – après quelques démêlés à la frontière canadienne, José BOVE témoigne des effets dangereux de l'accord au Canada et en Europe pour la souveraineté alimentaire, la qualité des services publics, les emplois décents, l’accès aux médicaments, le développement de l’économie locale, et la prise de mesures concrètes de lutte contre les changements climatiques. Prenant la plume avec Maude Barlow la Présidente du Conseil des Canadiens il prouve qu'une collaboration entre Européens et Canadiens existe de longue date, sans accord de libre-échange (tribune dans Mediapart).

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau avait initialement prévu de signer l'accord lors d'un sommet UE-Canada la semaine prochaine à Bruxelles. Mais hier, les ministres européens du commerce ne sont pas parvenus à une décision sur la poursuite de la procédure. Ce blocage survient quelques jours seulement après la décision de la Cour constitutionnelle allemande de poser des conditions strictes à l'approbation du CETA et après la décision d'un troisième parlement régional belge contre la signature de l'accord par la Belgique.

La décision repose maintenant sur les chefs d'État et de gouvernement européens qui se réunissent en Conseil européen demain. Mais il est hors de question qu'ils prennent cette décision en bénéficiant de la non-transparence et de la non-information des Européen-nes sur ce traité. La délégation Europe Écologie a interpellé François Hollande en lui demandant de suspendre la décision du Conseil ainsi que de saisir la Cour européenne de justice pour qu’elle se prononce sur la compatibilité du CETA avec les traités européens (courrier).

Demain, au Sommet CETA des citoyen-nes, des maires, et des représentants régionaux de toute l'Europe, se joindront aux députés européens, à des invités canadiens et des ONG pour exprimer leur opposition au CETA.

À partir de 11h demain, nous partagerons sur les réseaux sociaux les réactions et analyses de nos eurodéputés et invités avec les mots clés #CETASummit ou @eurodeputesEE. Le débat au sein du Parlement européen à partir de 14h sera public et visionnable en ligne (programme en PJ et lien du webstream).

Lise DESHAUTEL, Coordinatrice de la Délégation Europe Écologie

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Alternatiba

Après la première victoire historique des derniers jours, avec le report du vote du CETA et les mobilisations impressionnantes qui ont eu lieu aux quatre coins de l'Europe, il est temps d'enfoncer le clou pour en finir avec les traités de libre-échange ! Il est temps de porter maintenant la bataille au niveau européen, et c'est pourquoi nous vous invitons à deux temps de mobilisation à Bruxelles :

* Les TTIP GAME OVER – PREPARATION DU TERRAIN DE JEU (TTIP = TAFTA)
les 3, 4 et 5 novembre à Bruxelles, RDV AU QUARTIER EUROPÉEN – 2e ROUND !
Après avoir gagné le premier round des TTIP Game Over, du 11-15 Juillet, l’équipe des TTIP Game Over lance la préparation du terrain de jeu pour le deuxième round (Résumé du premier round disponible sur le site <
https://ttipgameover.net/blog/fr/> internet). Dans la ville où les chef(fe)s d’état signent les accords de libre-échange et où les multinationales et leurs lobbyistes se croient maître du jeu, il est temps d’imposer nos propres règles. Les TTIP Game Over lancent un appel Européen pour continuer la bataille contre les accords de libres échanges, avec un RDV de trois actions de désobéissance civile et non violentes. Nous viserons les acteurs principaux qui se cachent derrière cette nouvelle génération toxique d’accords de libre-échange. Nous aurons pour cible les lobbies institutionnels, les gouvernements qui les soutiennent, et leur plus grand fan : la Commission Européenne. Pendant ces trois jours d’actions, TTIP Game Over se chargera de la logistique pour soutenir les actions et les rencontres à Bruxelles (logement, repas, QG, remise des prix le samedi 5, etc). Venir à Bruxelles sera l’occasion de rencontrer d’autres activistes et de construire une solidarité européenne. Si tu ne peux pas faire le déplacement, tu peux organiser ton action dans ta propre ville et nous envoyer son compte-rendu via notre site internet. À Bruxelles, il est temps de passer à l’action ensemble !

Du côté français, plusieurs organisations dont Alternatiba soutiennent les TTIP GO et aident à la mobilisation française par :

- l’organisation d’un bus pour Bruxelles, le jeudi 3 Novembre au matin et un retour pour le dimanche 6 Novembre dans la matinée. Tarif : environ 60€ A/R (sous réserve de suffisamment d'inscrit-e-s ! - moins cher si on arrive à 50 inscrit-e-s)

- Deux temps d’information, réflexion et de formation aux actions les 25 Octobre (au soir) et le 1er Novembre (en journée) à Paris (si interessé-e-s, nous le dire par retour de mail <mailto:ttipgameover@riseup.net> ou dans le formulaire).

Afin d'évaluer le nombre de personnes intéressées et voir s'il est toujours pertinent d'envisager un bus collectif, merci de remplir ce formulaire<http://framaforms.org/ttip-game-over-organisation-france-1476864987> pour nous tenir au courant de vos intentions (pas de panique, c'est du libre). Et ce avant le 25 octobre au soir dernier délai pour réservation des bus ! (notez bien que logement et repas sur place seront pris en charge par l'équipe des TTIP Game over).

* Le 27 et 28 octobre 2016, les chef-fe-s d’État européens et canadien se rassembleront peut être à Bruxelles pour signer le CETA... nos ami-e-s belges s'organisent pour une grande action de perturbation de ce sommet ! Pour les rejoindre > mailto:cetahangover@riseup.net<cetahangover@riseup.net>
A bientôt à Paris ou Bruxelles,

Jessica & Victor, pour Alternatiba, jessica.zeganadin@gmail.com & victor.vauquois@gmail.com

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L’Accord UE-Canada n’est pas compatible avec l’Accord de Paris

Par Aitec pour Attac France sur https://france.attac.org/actus-et-medias/salle-de-presse/article/l-accord-ue-canada-n-est-pas-compatible-avec-l-accord-de-paris le mardi 18 octobre 2016.

Depuis plusieurs années, nous alertons les pouvoirs publics sur le danger que fait peser la négociation d’accords visant à libéraliser le commerce et l’investissement sur la possibilité de mener une politique déterminée et efficace pour contenir le réchauffement climatique. Ségolène Royal, Ministre de l’environnement, de l’énergie et de la mer, s’est récemment saisi de la question en annonçant qu’elle était en train de « vérifier que le CETA est parfaitement climato-compatible avec l’accord de Paris » et qu’il « contribue bien à l’objectif de maintenir le réchauffement climatique en-dessous de 2 °C ».

Alors que le CETA pourrait être signé le 27 octobre prochain, en présence du Premier ministre canadien Justin Trudeau, cette vérification est une urgence absolue. François Hollande, lors de la conférence environnementale d’avril 2016, en avait posé les contours : « La France sera très vigilante (…) pour que les accords commerciaux ne remettent pas en cause, de manière subreptice, les avancées qui ont été décidées lors de la COP 21 », précisant que la France ne « pourrait signer des traités commerciaux si les chapitres relatifs au développement durable ne sont pas contraignants ».

Sur la base de ces deux exigences, nous considérons que le CETA ne fournit pas les garanties suffisantes pour être accepté par la France. Le document que nous publions aujourd’hui détaille, analyse du texte et éléments techniques à l’appui, pourquoi le CETA n’est pas climato-compatible et pourquoi il contribue à saper l’objectif, fixé par l’article 2 de l’Accord de Paris, visant à contenir le réchauffement climatique bien en-deçà de 2 °C, et idéalement en deçà de 1,5 °C. « Sans procès d’intention » ni « instrumentalisation politique », pour reprendre les termes de la Ministre de l’environnement, et en nous basant sur le texte de l’accord et les documents publiés par la Commission européenne, nous montrons que :

1.     Le CETA fera croître les émissions de gaz à effet de serre transatlantiques, de l’aveu même de l’étude d’impact de la Commission européenne, et il ne permettra pas de les réduire comme l’exige l’Accord de Paris.

2.     Le texte du CETA ne fait aucune mention de l’urgence climatique ou de l’Accord de Paris, pas plus que d’un objectif de réduction d’émission de GES ou de décarbonisation de l’économie ; la Déclaration interprétative d’octobre 2016 mentionne l’Accord de Paris comme élément du paysage, sans proposer de nouvelles dispositions afférentes et être opposable au droit commercial.

3.     L’environnement est perçu comme un sous-secteur de la libéralisation du commerce, et les réglementations climatiques et environnementales comme des restrictions au commerce.

4.     La protection des investisseurs intervient au détriment de la capacité des États et collectivités à opérer la transition énergétique, les entreprises extractives et d’infrastructures étant dotées de moyens nouveaux pour empêcher les États de contrôler, voire limiter, leurs activités.

5.     Il n’y a aucun dispositif contraignant en matière d’environnement ou de développement durable.

6.     Le CETA promeut et organise la libéralisation du secteur de l’énergie au détriment du déploiement des énergies renouvelables et de la sobriété énergétique.

7.     Le CETA institue une préférence pour les énergies fossiles – et plus largement pour les matières premières – au détriment du déploiement des énergies renouvelables.

Pour ces sept raisons, nous appelons François Hollande et le gouvernement à reconnaître que le CETA remet en cause les (trop rares) avancées décidées lors de la COP 21. Par conséquent, et, conformément aux engagements pris, nous appelons François Hollande à s’opposer à la ratification du CETA. Au nom de l’urgence climatique.

Notre fiche technique de décryptage : Le CETA est-il climato-compatible ? (lisible sur https://france.attac.org/actus-et-medias/salle-de-presse/article/l-accord-ue-canada-n-est-pas-compatible-avec-l-accord-de-paris)


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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 09:50

Boris Cyrulnik, Matthieu Ricard et Elisabeth de Fontenay font partie des personnalités plaidant pour une vraie prise en compte de la maltraitance animale au niveau de l'État dans cette tribune pour Le Monde le 19 octobre 2016, suivi de Octroyer de nouveaux droits aux animaux  par Audrey Garric

Aux origines, les animaux ont été des compagnons et des partenaires, puis, en Occident, sous l'impulsion de la religion, ils sont devenus des êtres inférieurs. Avec le développement de l'industrie, ils ont été transformés en annexes de machines et en matière première exploitable pour servir l'économie humaine. La place de l'animal dans nos sociétés s'est ainsi construite sur des fondements culturels anciens. Une construction qui nous conditionne encore de nos jours, mais qu'une évolution scientifique a bouleversée. Ces dernières années, notre façon de considérer les animaux a, en effet, subi une profonde révolution. Nous savons que les capacités mentales des animaux varient selon les espèces et les individus et qu'elles ne dépendent pas de la taille de leur cerveau. Les animaux, jugés pendant longtemps sans raison, ont montré depuis qu'ils possèdent des compétences sophistiquées.

Moutons, cochons, éléphants… ils ont une vie sociale, une mémoire à long terme, reconnaissent leurs congénères individuellement, communiquent entre eux. Les poissons, comme les oiseaux, utilisent des outils, coopèrent, anticipent. Alors que des centaines de millions d'années d'évolution nous séparent du poulpe, son cerveau d'escargot lui permet pourtant d'avoir une excellente mémoire, un raisonnement logique, des capacités de déduction, d'innovation, de jeu, d'apprentissage. La recherche a constaté que l'intelligence est née plusieurs fois sur la planète, et qu'il n'existe pas, dans le cerveau, une catégorie de cellules spécifiquement humaines.

Des neuroscientifiques internationaux affirment que tous les mammifères, oiseaux et autres créatures, y compris le poulpe, possèdent une conscience, ce qui veut dire qu'ils sont sensibles au plaisir et à la souffrance. Grâce à de nombreux travaux, on sait aujourd'hui que la douleur et la souffrance existent chez les animaux, des poissons aux mammifères. L'intelligence, la conscience, l'empathie, la vie émotionnelle, le rire, la souffrance et même une forme de culture, ces attributs qui définissaient l'homme et lui seul, appartiennent désormais à un répertoire commun à l'homme et à l'animal, qu'il n'est plus possible de contester. Les animaux ne sont donc pas des machines ni des êtres à disposition des humains, ils sont des individus inventifs, expressifs. Ils ne devraient donc plus être vus comme un ensemble de matériaux constitutifs d'une biodiversité, mais une communauté d'individus capables de ressentir, d'agir et de réagir singulièrement.

Chaque jour, de nouveaux travaux scientifiques montrent que les animaux sont dotés de compétences. Ces nouveaux éclairages mettent en lumière un décalage flagrant entre des faits incontestables, le respect qui leur est dû, et les décisions politiques et économiques qui bafouent leur bien-être. Bien qu'ils soient donc devenus ces êtres sensibles au regard de la science et de la loi, les animaux restent pourtant soumis à une évaluation marchande et sont encore considérés comme des biens. Leur sort reste à la merci des souffrances utiles, des dérogations et des normes admissibles. En somme, la législation se soucie des animaux à condition que leur protection ne dérange pas. La satisfaction des enjeux culturels et économiques continue de primer sur les intérêts des animaux.

Punir les actes de cruauté

Si leur sensibilité n'est désormais plus contestable et si la souffrance constitue le point de départ de toute position éthique, à quoi tout cela doit-il nous engager ? Que devient notre légitimité à les exploiter et à les faire souffrir ? Comment doit-on aujourd'hui les considérer ? Comme des biens ou des personnes non humaines telles que la science les définit ? Le temps est venu de penser et d'instituer d'autres rapports avec eux. Quels sont les changements précis à opérer ? Comment -devrions-nous vivre demain avec les animaux ? Pour répondre à ces questions et être à l'initiative de réelles modifications dans nos rapports avec les animaux, nous demandons la création d'un secrétariat d'État à la condition animale conduit par des experts multidisciplinaires et légitimes, spécialistes de la question animale.

Pour que les évolutions scientifiques en faveur des animaux domestiques et sauvages soient prises en compte dans les décisions politiques, éducatives, juridiques, économiques et sociales ; que des budgets dignes de ce nom soient consacrés au développement des méthodes alternatives à l'expérimentation animale ; que de nouvelles économies alternatives à l'exploitation animale soient encouragées et soutenues, favorisant ainsi la création d'emplois et de nouvelles entreprises ; que la place de l'animal dans l'éducation soit repensée ; que soit favorisé un enseignement du droit animalier dans les universités ; que les policiers et magistrats soient formés au bien-être animal ; que les contrôles pour lutter contre la maltraitance soient renforcés et que les actes de cruauté soient punissables ; que des médiateurs pour les animaux soient envisagés pour veiller à l'application des lois et du droit.

Prendre en compte les intérêts des animaux, avec qui nous partageons ce monde, est devenu une question sociétale, politique et démocratique et ne peut que favoriser la construction d'une société plus humaine dans l'intérêt des hommes, des animaux, de la planète.

Collectif

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Octroyer de nouveaux droits aux animaux

C'est un tournant majeur dans notre société. Depuis quelques années, notre regard sur les animaux a radicalement changé. Ils ne sont plus les machines ou les objets d'autrefois, maltraités, dénigrés ou ridiculisés, mais des individus sensibles, conscients et expressifs.

Dans le livre Révolutions animales. Comment les animaux sont devenus intelligents, en librairie mercredi 19  octobre, 75 spécialistes internationaux de la question animale – des éthologues, des paléontologues, des philosophes, des psychologues, des juristes, des médecins ou des sociologues – démontrent comment cette prise de conscience entraîne une nouvelle façon de cohabiter avec les êtres vivants non humains. Une nouvelle voie qui ne passe plus par leur exploitation systématique mais conduit à repenser leurs droits et nos obligations à leur égard.

Marc Bekoff, Gilles Bœuf, Florence Burgat, Boris Cyrulnik, Elisabeth de Fontenay, Jane Goodall, Matthieu Ricard ou encore Peter Singer livrent un ouvrage de référence sur le monde animal, à la fois passionnant, dense et engagé, illustré par une centaine de magnifiques photos.

plaisir et souffrance

" La science a participé à faire évoluer la perception que nous avions des animaux, en nous rendant accessibles leurs univers mentaux ", explique l'auteure et documentariste Karine Lou Matignon, qui a dirigé l'ouvrage. Les preuves scientifiques s'accumulent quant au " génie animal ", tout ce qui constituait jadis et à tort le propre de l'homme : les bêtes sont douées de sensibilité et d'intelligence, capables d'entraide et de compassion, de souvenirs et d'anticipation.

Comme nous, elles éprouvent plaisir et souffrance et ressentent le deuil. " Les animaux savent climatiser leur habitat (termites), construire des barrages extraordinaires (castor) ou jeter un filet sur leur proie (araignée) ", rappelle Gilles Bœuf, professeur à l'université Pierre-et-Marie-Curie et ancien président du Muséum national d'histoire naturelle.

" Jugée hier avec condescendance, cette sollicitude pour les animaux induite par la connaissance est devenue une question sociétale bien vivace qu'on ne peut plus ignorer ", poursuit Karine Lou Matignon. De fait, le mouvement est en marche : alors que la société civile se mobilise, des cours de droit animalier commencent à être enseignés dans tous les pays, la question du bien-être animal est intégrée dans les Constitutions allemande ou autrichienne et le Parti pour les animaux néerlandais est représenté au Parlement européen depuis 2014.

Les auteurs appellent à cesser l'abattage industriel des bêtes, à développer des méthodes alternatives à l'expérimentation animale (comme la mise en culture de cellules humaines) et à reconnaître une personnalité non humaine aux animaux ainsi qu'un statut politique : une citoyenneté pour les domestiques et une souveraineté pour les sauvages.

 

Audrey Garric

 

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 11:41

  Le dernier « post » sur le site des Lilas consacré au PLU (le Plan Local d’Urbanisme) date du 29 janvier 2016. Après l’annulation pour cause d’attentats et le non-report à une date ultérieure d’un des 3 ateliers prévus, cet article (http://www.ville-leslilas.fr/plu2016/2-0-50/a-la-une/comte-rendu-de-l-atelier-du-plu-du-16-janvier-2016) faisait le Compte-rendu de l'Atelier du PLU du 16 janvier 2016 (qui a réuni plus de 50 personnes au gymnase Liberté) et présentait les principaux enseignements à en tirer – et nous y retrouvions nombre des propositions formulées ce jour-là.

Enfin prêt, le diagnostic, en principe préalable au PADD (le Projet d’Aménagement et de Développement Durable qui lui-même avait été présenté en Conseil municipal le 16 décembre 2015), était présenté en conseil municipal le 17 février 2016. Nous pensions qu’il serait mis à disposition de la population dans les ateliers du PLU pour éclairer les discussions des citoyens en janvier, ou sur le site de la ville, ce n’a pas été le cas, ou bien nous ne l’avons pas trouvé. Nous y avons donc consacré une lettre au Maire des Lilas, en lui proposant de la transmettre au cabinet d’experts accompagnant la ville pour la rédaction du PLU final, et un article : PLU des Lilas : enfin un Diagnostic et état initial de l’environnement ... à compléter.

Depuis, pas de nouvelles de cette révision du PLU. Nous avons donc noté avec plaisir la date de la seule réunion publique consacrée à exposer les choix faits par la municipalité dans ce nouveau PLU, le 5 octobre 2016. La ville y a consacré un rapide article sur le site PLU2016, http://www.ville-leslilas.fr/plu2016/2-0-53/a-la-une/reunion-publique-le-5-octobre-2016 : « Cette réunion s'est tenue devant un public très nombreux en Mairie des Lilas. Elle a permis de faire le point sur l'avancement du PLU et en particulier de présenter aux habitants les projets d'orientations d'aménagement et de programmation, concernant le secteur du Fort, du parc Lucie-Aubrac, les abords de la future station de métro Serge Gainsbourg au quartier des Sentes. » Le document-diaporama projeté ce soir-là y a été mis en lien, vous pouvez le télécharger sur http://www.ville-leslilas.fr/plu2016/media/files/presentation_reunion_publique_du_5_octobre_2016.pdf)

Nous sommes intervenus sur quelques points, que nous reprenons ici et complétons à la lecture détaillée du document-diaporama.

Tout d’abord, après des ateliers qui n'ont pas permis une appropriation complète du débat, faute de documents initialement fournis, dont le diagnostic de la ville, et réduits en nombre, nous avons fait part de nos remerciements à la municipalité pour l’écoute des remarques des citoyens. En témoigne par exemple, l’aménagement retenu aux abords du Parc Lucie Aubrac avec la préservation d’une bande de 15m non construite entre la rue du Centre et le Parc Lucie Aubrac, et la réduction potentielle du nombre de logements qui seraient construits autour du Parc (p 6 du document Présentation réunion 5 octobre 2016).

Mais cette préservation de 15 m a des répercussions sur l’aménagement du Parc en perte d’espaces verts : le hangar qui abrite les Services techniques de la ville, et surtout l’espace vert contigu qui lui sert de pépinière, changent de destination et deviennent au ¾ constructibles.

Si ceci doit se traduire par une perte sèche d’espace vert en zone dense de la ville – nous sommes contre ! Nous demandons à ce que le métrage précis des zones nouvellement créées et perdues soit communiqué.

30% de logements sociaux au minimum autour du Parc Lucie Aubrac, comme dans tout programme de nouvelle construction de 1000m² ou +, une bonne façon d’assurer nos 25% de logements sociaux lilasiens obligatoires.

En revanche, nous continuons à dire que la répartition entre les catégories de HLM n’est pas à la hauteur des besoins des lilasiens demandeurs d’un logement social : au moins 70% d’entre eux auraient droit à un loyer très modéré type PLAI, alors que ceux-ci ne représentent qu’environ 10% des HLM présents sur la ville (pas de chiffres précis disponibles nous disait le maire suite à des changements de statut). D’où notre proposition d’action positive privilégiant la construction de PLAI dans 50% au moins des logements sociaux à venir. Ce n’est pas la solution retenue : aux Lilas, autour du Parc, comme dans les 18 emplacements de « mixité sociale » retenus, les logements sociaux obligatoires se répartiront en 30% de PLAI, 30% de PLS et 40% de PLUS. Nous souhaitons aussi – nous l’avons dit en réunion - avoir un décompte des prévisions de logements plus précis par zone.

Nous avons salué l’affirmation réitérée du maire « il y a trop de voitures aux Lilas », faisant suite à l’organisation d’une « journée sans voiture » aux Lilas, une initiative qui existe depuis 1998 et non l’année dernière comme l’affirme Infos Lilas, et que nous avions proposée en vain au maire il y a plus de 10 ans… – tout vient à point à qui sait attendre ?

Avec « Encourager les mobilités apaisées et les alternatives à la voiture individuelle » (p 8 du document), nous saluons donc le résultat d’un arbitrage pas facile pour la municipalité, entre les aspirations parfois contradictoires des lilasiens, et les choix qu’elle a entraîné sur certains points du PLU, 1,5 m² de stationnement vélo/logement, et quelques projets de « zones de rencontre » et de « zones 30 » – redisons ici nos souhaits :

* la possibilité d’une zone 30 sur toute la ville, une solution adoptée par bien des villes denses comme la nôtre,

* la piste cyclable nécessaire rue de Paris, prévue dans le schéma départemental des pistes cyclables,

* et aussi l’urgence de stationnement vélos autour de la Mairie des Lilas, complètement saturés aujourd’hui – sans parler des parkings gardés (exemple vécu : un vélo volé tous les 5 ans en moyenne, quels que soient la chaîne et le cadenas).

 

 

Le quartier d’innovation d’intérêt métropolitain autour du Fort, dont l’aménagement répondrait à un concours international rassemblant urbanistes, architectes, paysagistes, nous semble une bonne solution, envisageant l’ouverture du site par un accès direct au Nord (et pas à l’E ? à l’O ?), et un habitat étudiant social.

Nous serons attentifs à ce que l’éco-quartier annoncé en soit vraiment un selon des critères environnementaux réels.

p 5 Présentation réunion 5 octobre 2016

Mais ces Orientations d’Aménagement et de Programmation prévues commencent par réduire la surface du projet potentiel, en retirant un cinquième environ de la surface du Fort, la protection paysagère et écologique de la zone UF, mitant ainsi les perspectives du projet d’aménagement.

Nous regrettons fortement qu’une partie UFb « mangeant » le  cinquième de la surface du Fort, ait été créée pour faciliter la construction par TDF d’un restaurant d’entreprise – inutile pour les lilasiens (sauf quelques cas particuliers qui y mangeront), qu’il privera d’un foncier si rare aux Lilas.

 

Nous avons également affirmé que sur la biodiversité et le respect des documents régionaux comme le SDRIF (Schéma directeur de la région Île-de-France), le SRCE (le Schéma régional de continuité écologique) et sa trame bleue et verte (les cours d’eau et les espaces verts ou naturels), le compte n’y était pas. Les dispositions retenues en obligation de pleine terre, de végétalisation des espaces libres et des toitures nous semblent positives. En revanche, nous ne sommes pas certains que le projet d’intérêt métropolitain présenté et la zone UF élargie au nord-ouest du Fort, ne grignote pas la trame verte et bleue qui passe par le « parc canin » à l’ouest du Fort, et nous seront très attentifs à préserver cette continuité le long du Fort depuis la base de la Corniche des Forts jusqu’à Pantin.

De même, la continuité écologique qui traverse Les Lilas du N-E au S-O en passant par la RD20, l’avenue du Maréchal Juin, n’a pas été renforcée comme nécessaire selon le SRCE, alors que la largeur des voies permettrait une végétalisation importante des trottoirs ou d’un terre-plein central. Nous renouvelons donc notre appel sur ces 2 points.

En conclusion, dans la perspective d’un développement nécessaire des énergies renouvelables aux Lilas, nous nous félicitons de la bonification d’emprise pour haute performance énergétique, même si d’autres préconisations plus fortes de normes énergétiques (isolation + énergies renouvelables) pour les futures constructions auraient pu trouver leur place dans le PLU de la ville des Lilas, les engageant au-delà de la RT 2012 vers des Bâtiments à Basse Consommation (BBC) ou « à énergie positive ».

  Pierre Stoeber, pour le groupe local EELV des Lilas

 

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 09:19

Plusieurs articles sur ce sujet sur ce blog, surtout Le cerveau assiégé par les perturbateurs endocriniens,   et  Perturbateurs endocriniens : l’histoire secrète d’un scandale.

Aux États-Unis, l'exposition aux substances chimiques entraînerait 340 milliards de dollars par an de dégâts sanitaires, par Stéphane Foucart pour Le Monde le 19 octobre 2016.

Environ 340  milliards de dollars (308  milliards d'euros) par an : le chiffre est si faramineux qu'il soulève nécessairement le scepticisme. Pourtant, à en croire l'analyse conduite par des chercheurs américains et publiée mardi 18  octobre dans la revue The Lancet Diabetes and Endocrinology, il ne s'agit pas d'une exagération mais plutôt d'une sous-estimation du coût économique annuel, aux États-Unis, des dégâts sanitaires attribuables aux perturbateurs endocriniens (PE), qu'il s'agisse de l'obésité, du diabète, des troubles de la fertilité ou encore des troubles neurocomportementaux.

Les PE sont une catégorie de molécules (bisphénols, dioxines, phtalates, etc.) interférant avec le système hormonal et présentes dans de nombreux pesticides, solvants et plastiques, dans certains cosmétiques ou conditionnements alimentaires. Certains peuvent produire des effets délétères à de faibles niveaux d'exposition.

Ceux-ci sont variables. Une analyse semblable, conduite sur la population européenne, avait conclu à un coût environ deux fois moindre : environ 157  milliards d'euros. " Ces estimations sont basées sur des éléments de preuve qui s'accumulent rapidement grâce à  des études conduites en laboratoire ou sur les humains, et qui montrent l'association entre l'exposition à ces substances et une variété d'effets délétères ", explique Leonardo Trasande, professeur associé à l'université de New York et co-auteur de ces travaux. Ces différences importantes entre les États-Unis et l'Europe sont principalement dues à des différences de réglementation, qui conduisent à des niveaux d'exposition des populations sensiblement différents pour certaines substances.

Présents jusque dans les aliments

Pour mener leur étude, les chercheurs ont utilisé des données d'exposition de la population américaine aux PE en question. Ils ont ensuite croisé ces données avec les résultats d'études conduites en laboratoire et d'enquêtes épidémiologiques montrant leurs effets sur les humains.

Des études de qualité ne sont pas disponibles sur toutes les substances suspectes. " Nous n'avons pris en compte qu'environ 5  % des PE présents sur le marché ", précise M. Trasande. De même, les chercheurs n'ont considéré que les maladies et les troubles pour lesquels existent des preuves solides d'un lien avec une exposition à ces produits.

Selon l'analyse, les substances les plus coûteuses en termes sanitaires sont les " PBDE " (polybromodiphényléthers), une classe d'ignifugeants (ou " retardateurs de flamme ") massivement utilisés outre-Atlantique depuis plus de trente ans dans les meubles rembourrés et l'électronique. Aujourd'hui étroitement régulés ou interdits, ils sont très persistants dans l'environnement et se retrouvent dans les poussières domestiques et jusque dans la chaîne alimentaire. Ils causeraient des dégâts, à hauteur de 240  milliards de dollars annuels environ, aux États-Unis.

Ils sont suivis par les plastifiants – bisphénol A (BPA) et phtalates –, présents dans certains récipients alimentaires, dont le coût sanitaire annuel serait de 56  milliards de dollars, puis par les pesticides (organophosphorés notamment), pour quelque 42  milliards par an.

Perte d'intelligence collective

Quels sont les maladies et les troubles en jeu ? Obésité et diabète (5  milliards de dollars annuels attribuables aux PE), troubles de l'appareil reproducteur et infertilité (45  milliards de dollars) et, surtout, les effets neurologiques et neurocomportementaux qui se taillent la part du lion, avec un coût de plus de 280  milliards de dollars par an. Une grande part de ce fardeau est due à l'érosion des capacités intellectuelles, calculées en points de quotient intellectuel (QI), des enfants exposés in utero à des perturbateurs ayant des effets nocifs sur le neurodéveloppement.

Comment évaluer le poids économique de cette perte d'intelligence collective ? " La littérature scientifique documentant avec rigueur la perte de productivité économique provoquée par la perte de QI est substantielle, répond M. Trasande. Nous savons qu'à chaque point de QI perdu correspond une perte moyenne de 2  % de productivité économique sur l'ensemble d'une vie. A l'échelle d'une population, c'est très important. "

Il serait tentant de rapporter le coût de 340  milliards de dollars des perturbateurs endocriniens en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) américain – soit 2,3  % en l'occurrence. Cela peut être trompeur. " Attention : ce genre d'externalités négatives ne se traduit pas automatiquement par une baisse de même ampleur du PIB, prévient l'économiste Alain Grandjean. Evaluer les effets réels de ces coûts cachés sur le PIB relève d'un autre exercice, très compliqué. "

En substance, si certains des coûts mis au jour peuvent conduire à une baisse du PIB, d'autres peuvent se traduire, de manière paradoxale, par une hausse de l'activité. Derrière un " coût " peuvent en effet se cacher des phénomènes disparates, comme une baisse de productivité économique, mais aussi des frais de prise en charge médicale et le développement de médicaments. " Ce genre d'interrogation a au moins un avantage collatéral, conclut M.  Grandjean. Cela montre clairement que le PIB n'est pas un indicateur de bien-être. "

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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 14:08

Deux inspecteurs de l’Autorité de sûreté nucléaire, chargés du contrôle des conditions de travail et de la sûreté sur le chantier de l’EPR, futur réacteur en construction, et dans trois autres centrales en Normandie, ont subi pressions et menaces de leur direction, au profit d’EDF. Et au mépris de la sécurité.

Par Pascale Pascariello pour Mediapart le 18 octobre 2016

 « Je suis inspecteur du travail à la division de Caen de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Depuis 2011, j’ai subi et encaissé, dans le cadre de mon activité professionnelle, de nombreuses et parfois très lourdes pressions voire menaces, de multiples injonctions contradictoires, qui ont généré une situation de souffrance au travail. » C’est ainsi que débute le recours d’Alain auprès du président du tribunal administratif de Caen, en août 2016, pour faire reconnaître en accident du travail son épuisement psychologique survenu le 16 octobre 2015.

La direction de l’Autorité de sûreté nucléaire « a essayé de m’imposer sa position ou d’influer sur les choix que j’avais à faire dans le cadre de ma mission d’inspecteur du travail », en particulier, « sur des sujets pouvant représenter des enjeux pour EDF – l’exploitant des centrales –, dès qu’un contrôle pouvait engendrer des suites impactant EDF de façon notable (suites pénales, impact industriel…) ou qu’il a fait l’objet d’une intervention hiérarchique d’EDF », explique Alain.

Résultat : il y a un an, il s’écroule. Ce burn-out oblige Alain à interrompre son activité professionnelle durant sept mois. L’expertise médicale est claire : « Épuisement professionnel. Le trouble peut être considéré comme un accident du travail, conséquence d’une série d’événements survenant par le fait ou à l’occasion du travail. »

Ces deux inspecteurs ont mené, entre 2010 et 2014, des contrôles qui ont abouti, pour certains, à des procès retentissants. Suite à l’accident mortel d’un soudeur le 24 janvier 2011, sur le chantier de l’EPR, leur enquête retient la responsabilité de deux entreprises, dont Bouygues. Toujours sur le chantier du futur réacteur nucléaire, leurs inspections ont révélé la situation de travail illégal de près de 500 ouvriers polonais et roumains. Encadrés et dirigés par Bouygues, ils n’avaient ni congés payés, ni droit au chômage, et un salaire inférieur à la convention collective française.

en mars 2015, l’une des plus importantes affaires de travail illégal jugée en France. Bouygues a été condamné à 25 000 euros d’amende. Il sera rejugé en appel du 7 au 10 novembre prochain. procès en correctionnelleCe système de fraude, dont Bouygues a bénéficié entre 2009 et 2012 sur l’EPR, lui a permis quelques belles économies. L’Urssaf, quant à elle, estime son préjudice global entre 9 et 12 millions d’euros. Le contrôle mené par les deux inspecteurs, Alain et Laurent, aboutira à un

Loin d’être félicités pour leur professionnalisme, ces deux inspecteurs ont subi de nombreuses pressions de leur direction. Parmi les nombreux faits que rapporte Alain dans son dossier : en juin 2011, il se heurte à EDF qui fait obstacle à une inspection inopinée dans la centrale de Flamanville. Informé, le procureur de la République de Cherbourg demande à Alain de lui signaler, par écrit, ce délit afin qu’il rappelle à EDF son obligation de respecter la loi. Mais Alain est confronté à sa direction qui tente de le dissuader de notifier ce délit à la justice. Néanmoins, il ne cède pas à ces pressions et envoie un courrier au parquet de Cherbourg. Quelques semaines plus tard, il est convoqué par sa direction pour un entretien « officieux » de sanction.

Il est alors informé que son comportement remet en cause sa carrière. Sa direction va jusqu’à lui reprocher d’avoir adressé à EDF un courrier signalant les poursuites judiciaires encourues. « J’observe que ma hiérarchie, très prompte pour me demander de me justifier, tant pour ce qui concerne mes constats que pour ce qui concerne mon comportement quand EDF s’en plaint, est beaucoup moins prompte à réagir quand il s’agit de me défendre vis-à-vis d’EDF », constate Alain.

Les pressions de ce type se multiplient, les entretiens de sanction également. On reproche par exemple à Alain d’alerter, en septembre 2013, le ministère du travail sur une organisation mise en place par EDF dans les centrales nucléaires en matière de radioprotection et présentant des risques pour les salariés. Alain informe EDF, par courrier, qu’au regard des irrégularités constatées, il envisage de proposer une mise en demeure. Là encore, il est convoqué pour un rappel à l’ordre par sa direction. Pire, ignorant les conclusions de l’inspecteur, la direction de l’Autorité de sûreté nucléaire et le ministère du travail décident conjointement de réviser la réglementation… en faveur d’EDF.

Qu’elle est loin la belle image d’une institution indépendante et transparente prônée par Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de sûreté nucléaire. Le 6 novembre 2012, dès sa nomination, lors de son audition par la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, Pierre-Franck Chevet déclarait : « Selon moi, l’ASN repose sur quatre valeurs essentielles : compétence et rigueur, indépendance et transparence. Toutes sont nécessaires mais ne sont suffisantes qu’inscrites dans la durée. » Bel exercice de communication qui tranche avec une tout autre réalité.

Les échanges de mails entre Alain et sa hiérarchie témoignent de toutes les difficultés rencontrées lorsqu’il signale des irrégularités manifestes et graves de la part d’EDF. Il doit faire face au comportement de l’exploitant des centrales, peu disposé à l’informer de ses manquements en matière de sécurité et sûreté nucléaire. Il doit, en outre, affronter sa direction qui fait obstacle à ses conclusions lorsqu’elles vont à l’encontre d’EDF.

Certains échanges décrivent comment l’ASN valide les irrégularités d’EDF. Alain alerte ainsi sa direction : « Je constate qu’EDF Flamanville ment et nous dissimule volontairement des informations relatives à la radioprotection. Je prévois un rappel à l’ordre. Et je dois défendre (une nouvelle fois) mot pour mot mes observations et justifier ma position vis-à-vis de ma hiérarchie et donc y consacrer un temps et une énergie non nuls. Bilan : EDF ment et nous offre même les preuves écrites. Est-il envisagé un rappel à l’ordre écrit par l’ASN ? Non. Qui s’en prend plein la g… ? L’inspecteur du travail qui projette de rappeler par écrit à EDF que le mensonge aux autorités administratives et judiciaires est un délit. »

« Je constate qu’EDF Flamanville ment »

Face à ces pressions exercées sur ces inspecteurs, et alors même que l’Autorité de sûreté nucléaire, gendarme du nucléaire, se doit d’être affranchie de tout lien avec EDF, la justice va intervenir. En effet, en octobre 2013, survient un nouvel incident sur le chantier de l’EPR : une pièce d’un appareil de manutention, le pont polaire, situé à l’intérieur du bâtiment réacteur, est projetée en l’air et fait une chute de 20 mètres. Par chance, aucun ouvrier n’est blessé. Alain et son collègue, Laurent, procèdent au contrôle de cet équipement, utilisé pour lever et installer des composants pouvant atteindre plus de 560 tonnes. Il s’agit d’un appareil primordial en terme de sûreté nucléaire et de sécurité des travailleurs.

Le rapport des inspecteurs révèle qu’EDF a mis en place un dispositif non conforme, qui ne dispose d’aucun système d’arrêt d’urgence. Vu la gravité des faits constatés, Alain et son collègue alertent à plusieurs reprises EDF. Le premier électricien de France ignore ces rappels à l’ordre. Il s’apprête même à utiliser son dispositif à haut risque pour installer la cuve du réacteur, mettant ainsi en danger les salariés et les installations. Les deux inspecteurs saisissent la Direction régionale du travail (DIRECCTE) pour mettre en demeure l’électricien. EDF dispose alors de six mois pour rendre sa machine aux normes. D’ici là, interdiction formelle de l’utiliser.

Mais EDF n’a pas l’intention de respecter la loi. Il a d’ailleurs préparé une grande journée de communication en rameutant la presse locale et nationale pour assister à l’installation de la cuve de l’EPR.

La direction régionale du travail rappelle alors EDF à l’ordre, dans un courrier du 16 janvier 2014 : « Vous envisagez de réaliser les premières manutentions dès le 21 janvier 2014. Je vous rappelle qu’il n’existe aucune possibilité, applicable à votre situation, de déroger à la loi qui interdit d’utiliser des équipements de travail qui ne répondent pas aux règles techniques de conceptions. »

Allant à l’encontre de ses propres inspecteurs et de la Direction régionale du travail, c’est le directeur général de l’Autorité de sûreté nucléaire, en personne, qui, le 21 janvier 2014, écrit à EDF : « Je vous informe ne pas avoir d’objection à la réalisation des opérations de levages des gros composants. » La direction de l’ASN autorise ainsi EDF à enfreindre la loi et à utiliser un équipement dangereux, en l’état, pour les salariés et la sûreté nucléaire.

Les faits sont si graves que le procureur de la République Éric Bouillard décide d’y donner suite en ouvrant une enquête préliminaire. Motifs : « Mise à disposition aux salariés de matériel dangereux » et « utilisation de ce matériel malgré une mise en demeure ».

En juin 2014, il la transmet à Nanterre, afin « que soit entendue la direction de l’Autorité de sûreté nucléaire », dont le siège est situé à Montrouge, en région parisienne.

Contacté par Mediapart, le procureur Éric Bouillard souhaite comprendre pourquoi l’ASN, une autorité « qui doit être indépendante à l’égard de celui qu’elle contrôle, surtout en matière de sûreté nucléaire, a contredit ses propres inspecteurs et a autorisé EDF, alors qu’il existait une interdiction d’utiliser cette machine, à enfreindre la loi au risque de mettre en danger des hommes et des installations ». Depuis, Éric Bouillard a été nommé à la tête du parquet d’Ajaccio. Il a tenté avant son départ, en septembre 2015, de savoir où en était l’enquête du côté de Nanterre : silence radio.

Contacté par Mediapart, Nanterre explique ne pas retrouver le dossier d’enquête. Est-il resté au fond des tiroirs ? Impossible donc de se pencher sur les liens entre l’ASN et EDF. La transparence a ses limites.

Après ce nouvel affront de leur direction, Laurent, le collègue d’Alain, ne tiendra pas longtemps. Épuisé psychologiquement, il devra cesser son travail, en juillet 2014. Le président de l’ASN, Pierre-Franck Chevet, n’ignore rien de la situation. En effet, suite au burn-out de son collègue, Alain lui adresse, le 30 juillet 2014, un courrier détaillé faisant état de l’ensemble des pressions subies.

La réponse du président de l’ASN ne viendra que deux mois plus tard. Il félicite le travail de l’inspecteur et regrette à demi-mot le comportement d’EDF. Cependant, nulle part, il n’y est fait mention des diverses pressions exercées. Encore moins des solutions pour y remédier. Ainsi que le regrette Alain, « le courrier du président de l’ASN n’exprime aucune reconnaissance des “dysfonctionnements” que je décrivais ni aucune proposition de nature à éviter qu’ils ne se renouvellent ».

Avec le départ de son collègue, la situation d’Alain ne va pas s’améliorer. Épuisé, il assume, seul, le travail de deux inspecteurs. Mais un espoir survient, en septembre 2015, lorsqu’il apprend que son collègue, Laurent, est prêt à réintégrer son poste, toujours vacant. Fausse joie. Le 16 octobre, il apprend officieusement que la direction de l’ASN s’oppose au retour de Laurent, pourtant seul postulant à ce poste.

Alain s’effondre et envoie ce mail à sa direction : « Je suis au bord de l’explosion. D’un côté par la charge de travail avec des dossiers importants… de l’autre la perspective qu’il n’y ait toujours personne sur le poste alors qu’il y a un candidat [Laurent] qui correspond parfaitement est juste insupportable pour moi. Quel est l’objectif réel de l’ASN ? Me détruire ? Me pousser au départ ? Au burn-out ? Au suicide ? » Le même jour, une alerte du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) est lancée pour « danger grave et imminent » concernant Alain, en « situation professionnelle de détresse ». Alain a été en arrêt maladie durant sept mois.

Alain et son collègue ne sont pas seuls. Plus de dix ingénieurs de l’Autorité de sûreté nucléaire ont tenu à leur apporter, par écrit, leurs témoignages et soutiens. Tous reconnaissent l’investissement et la rigueur des deux inspecteurs, formant un « binôme efficace et vertueux » pour reprendre l’une des attestations. Alain est notamment présenté comme « un agent performant et motivé ayant une énorme capacité de travail, très soucieux de sa mission au service des conditions de travail des salariés ». Certains ingénieurs s’interrogent, également, sur le comportement de leur direction à leur encontre.

 

Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) (Reuters/Charles Platiau)

L’un d’entre eux fait ce constat: « Les difficultés avec l’exploitant (EDF) et pressions sont supportées directement par l’inspecteur et pas par l’administration (l’ASN). Cette situation est d’autant plus difficile lorsque les positions de la hiérarchie de l’ASN et de l’inspecteur ne sont pas partagées… J’ai souvenir d’un moment difficile pour Alain et son homologue, lorsqu’ils ont constaté que le pont polaire de l’EPR, et surtout les équipements devant soulever les équipements lourds, n’étaient pas conformes à la réglementation. Là encore, ils ont eu beaucoup de mal à faire accepter leur position par la hiérarchie de l’ASN […]. Pour conclure, je suis inquiet de la situation, singulièrement pour la santé d’Alain, mais également plus largement en observant que l’administration ne sait pas prendre en compte les risques psycho-sociaux encourus par ses agents. »

Alors même que le silence est d’usage au sein du corps des Mines, Alain a également reçu une lettre signée par dix-neuf ingénieurs de l’Autorité de sûreté nucléaire, en avril 2016. En voici un extrait : « Nous tenions à t’exprimer notre soutien et notre admiration devant ton courage. Ton courage, nous le connaissions déjà. Il était clair devant ton investissement sans relâche […]. Ton courage à ne jamais baisser les armes dans l’adversité quand la plupart d’entre nous auraient sans doute plié pour se protéger. En s’y mettant à tous, on va bien trouver un moyen de te renvoyer l’ascenseur […]. »

Le burn-out d’Alain n’a pas été sans conséquence à l’intérieur de l’ASN. Pierre-Franck Chevet a adressé, en mai 2016, à la division de Caen, dont dépend l’ingénieur, le message suivant : « Bonsoir, je comprends l’émotion que vous avez ressentie à la suite de l’intervention de Alain. Un point a eu lieu entre les représentants du personnel siégeant au CHSCT et la direction générale de lʼASN. Cette réunion a permis un partage d’informations et un examen des premières actions pouvant contribuer à vous apporter un soutien. J’invite celles et ceux d’entre vous qui en éprouvent le besoin à s’adresser à la cellule d’écoute qui vient d’être mise en place […]. »

Le CHSCT a lancé une expertise sur les conditions de travail, confiée au cabinet Idenea qui devrait prochainement rendre ses conclusions. Alain ne serait pas un cas isolé au sein de l’ASN, selon le CHSCT, qui n’a pas souhaité s’exprimer davantage sur la situation. L’ASN a refusé de reconnaître l’épuisement professionnel d’Alain en accident du travail.

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 13:02

Les hydrofluorocarbures utilisés pour le refroidissement constituent de puissants gaz à effet de serre

Par Clémentine Thiberge pour Le Monde le 15 octobre 2016.

C'est une nouvelle victoire dans la lutte contre le changement climatique. Les 197 Etats signataires du protocole de Montréal, réunis à Kigali (Rwanda) pour le 28e sommet des parties au protocole, ont négocié, dans la nuit du 15  octobre, les derniers détails d'un accord sur le climat, qui aura mis sept ans à aboutir. Les discussions ne se sont pas déroulées sous les feux des projecteurs, contrairement à l'accord de Paris de décembre  2015. Mais ses résultats pourraient avoir un impact aussi significatif, voire davantage, sur le ralentissement du changement climatique. L'amendement de Kigali – nom officiel de l'accord – signe en effet la fin progressive des hydro-fluorocarbures (HFC), gaz dont l'effet de serre est 14 000 fois plus puissant que le CO2. Ces gaz sont principalement utilisés comme réfrigérants, dans les climatiseurs et les réfrigérateurs.

Les réunions ministérielles, qui ont débuté jeudi, se sont déroulées sous haute tension car, selon Clare Perry, une responsable de l'ONG Environmental Investigation Agency, " aucun pays ne veut être responsable de l'échec de la plus grande avancée de l'année 2016 en matière de climat. "

En effet, cet amendement vient se greffer au protocole de Montréal, un des traités environnementaux les plus efficaces jamais négociés. Adopté en  1987 par la communauté internationale, ce traité a abouti, entre autres, à la suppression définitive des chlorofluorocarbures (CFC), principaux responsables de la destruction de la couche d'ozone. Les CFC font également partie des gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique. Grâce aux efforts consentis depuis cette date, le trou dans la couche d'ozone a diminué d'une superficie équivalente à celle de l'Inde.

Hausse annuelle de 10  % à 15  %

Seul point noir : ce traité a engendré une explosion de l'utilisation des hydrofluorocarbures. Introduits après le protocole de Montréal comme produits de substitution aux CFC, employés principalement comme gaz réfrigérants et agents propulseurs dans les aérosols. Selon une étude de l'université de Berkeley, leurs émissions progressent aujourd'hui à un rythme annuel de 10 à 15  %.

L'élimination des HFC est donc désormais un des leviers d'atténuation du changement climatique les plus rapides, disponible à moyen terme. Les premières estimations montrent que l'accord trouvé dans la nuit du 15  octobre permettra d'atteindre environ 72  milliards de tonnes équivalent CO2 d'émission évitées d'ici à 2050 – ce qui représente l'équivalent des émissions annuelles de l'Allemagne. A plus long terme, la réduction cumulée des émissions mondiales pourrait éviter jusqu'à 0,5  °C de réchauffement à l'échelle mondiale d'ici à 2100, et ainsi permettre de réaliser un quart de l'objectif de 2  °C fixé par l'accord de Paris sur le climat, selon une étude publiée l'an dernier par l'Institut pour la gouvernance et le développement durable (IGSD), un think tank basé à Washington.

" Un amendement ambitieux sur les HFC est probablement l'action la plus importante que nous puissions réaliser à ce stade pour limiter le réchauffement de notre planète et la protéger pour les générations futures, a annoncé le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, dans son discours à l'attention des parties. Aucun pays n'a le droit de tourner le dos à cet effort. "

Et tous ont joué le jeu en fonction de leurs capacités. Le texte de l'accord divise les pays en trois groupes en fonction de la date à laquelle ils devront réduire l'usage de ces gaz industriels. Tous ensemble, les pays devront réduire les niveaux de HFC de 85 % d'ici à 2047. Les pays développés, comprenant les Etats-Unis et la plupart des pays d'Europe, ouvriront le chemin : ils s'engagent à diminuer l'usage des HFC de 10  % d'ici à 2019 pour les supprimer progressivement d'ici à 2050. Le groupe ambitieux de pays en voie de développement, qui inclut la Chine, a décidé de geler leur production d'ici à 2024. Enfin, alors que le pays était pressenti comme un des freins à l'amendement, l'Inde a consenti, avec un petit groupe de pays moins ambitieux, à geler sa production de HFC d'ici à 2028. L'accord trouvé pour ce dernier groupe a permis de tenir compte des inquiétudes des pays situés dans les régions les plus chaudes de la planète – principalement les pays du Golfe – qui dépendent énormément des systèmes de climatisation.

" Victoire pour le climat "

Afin d'accompagner la transition de ces régions, seize pays – dont les Etats-Unis, le Japon, l'Allemagne et la France – et plusieurs -organismes et donateurs privés ont promis de verser une aide de 80  millions de dollars (71,5  millions d'euros). A titre d'exemple, la suppression des HFC d'ici 2050 coûterait à l'Inde environ 34  milliards de dollars (30  milliards d'euros), selon une étude du -Conseil en énergie, environnement et eau.

Pour Didier Hauglustaine, directeur de recherche au CNRS, la transition ne devrait pas être difficile. " Les industriels ont montré qu'ils étaient capables de le faire pour les CFC. Il n'y a pas de raison pour que ce soit différent pour les HFC, explique-t-il. Le protocole de Montréal a été bénéfique pour l'ozone dans l'élimination des substances nocives, il devrait l'être aussi pour le climat. " Pour le chercheur, l'amendement adopté est " le lien entre le protocole de Montréal et l'accord de Paris, entre la protection de l'ozone et celle du climat. " Et, à la différence de l'accord de Paris, le protocole de Montréal est un traité cœrcitif qui engage tous les pays dans des mesures d'atténuation obligatoires, et qui est soutenu par des sanctions. Une bonne nouvelle, donc, pour l'application du traité.

" C'est une grande victoire pour le climat, confirme Miguel Arias Cañete, commissaire européen au climat et à l'énergie. Nous avons pris des mesures concrètes pour honorer nos engagements faits à Paris au mois de décembre  2015. " Lors de l'accord de Paris, qui devrait entrer en vigueur en novembre lors de la COP22 de Marrakech, la communauté internationale s'était en effet engagée à contenir la hausse des températures " bien en deçà des 2°  C " et " poursuivre les efforts " pour la limiter à 1,5  °C. Jusqu'à présent les engagements volontaires des Etats mettent le climat terrestre sur la trajectoire d'un réchauffement d'environ 3  °C.

Une avancée majeure saluée par la              communauté internationale

L'accord de Kigali, adopté samedi 15  octobre, n'a pas bénéficié de la même mise en lumière, ni de la même couverture médiatique, que l'accord de Paris. Il est pourtant autant, sinon plus ambitieux en matière de lutte contre le changement climatique. La communauté internationale, qui a travaillé depuis sept ans sur ces négociations, s'est félicitée d'un " accord historique ".

" Nous nous souviendrons de ce jour comme l'un des plus importants dans nos efforts pour sauver la seule planète dont nous disposons ", a souligné l'Agence américaine pour la protection de l'environnement. Application concrète de l'accord de Paris, cet amendement doit permettre d'éviter l'émission de 73  milliards de tonnes d'équivalent CO2 d'ici à 2050. " A Paris, nous avions promis de protéger le monde des pires effets du changement climatique, a réagi le directeur du programme des Nations unies pour l'environnement, Erik Solheim. Aujourd'hui, nous honorons cette promesse. "

" Cet amendement est une avancée majeure, confirme David Doniger, le directeur du programme Climat et air de l'ONG américaine Natural Defence Resources council. C'est le plus grand pas que nous pouvions faire dans l'année suivant l'accord de Paris contre les menaces croissantes du changement climatique. C'est un signal clair envoyé au marché pour commencer à remplacer les produits chimiques dangereux avec une nouvelle génération d'alternatives respectueuses du climat et économes en énergie. "

Les alternatives aux HFC sont disponibles

Hydrocarbures, eau, dioxyde de carbone, ammoniac, les alternatives aux HFC sont aujourd'hui déjà disponibles. Mais leur gestion sera le point crucial de ces prochains mois. " Le succès de cet accord sera déterminé par la façon dont les pays en développement vont se passer des HFC, prévient Paula Tejon Carbajal, de l'ONG Greenpeace International. Et il faudra surtout éviter encore une autre alternative chimique comme les HFC toxiques et adopter des réfrigérants naturels. Ce sera décisif dans les mois et les années à venir. "

Pour la France, la ministre de l'environnement s'est " réjouit de l'accord obtenu " mais, contrairement au secrétaire d’État américain John Kerry, Ségolène Royal n'a pas fait le déplacement pour ces négociations. Le pays, représenté par l'ambassadeur Xavier Sticker, s'était investi en amont sur les engagements financiers mis en place pour permettre aux pays des régions les plus chaudes une transition plus efficace.

Cet accord intervient à la veille de l'ouverture de la COP22, qui aura lieu au Maroc du 7 au 18  novembre. " La marche vers Marrakech commence aujourd'hui à Kigali. C'est l'étape la plus importante de la mise en œuvre de l'accord de Paris, a précisé Hakima El Haite, la ministre marocaine de l'énergie, l'eau et l'environnement et Championne du climat pour la COP22. Un mouvement global d'actions concrètes a commencé, et nous ne retournerons pas en arrière. "

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 15:45

La firme américaine est accusée par des associations d’avoir commercialisé des produits toxiques responsables de la mort de milliers de personnes.

Par Rémi Baroux pour LE MONDE le 14 octobre 2016 sur http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2016/10/14/la-multinationale-monsanto-traduite-devant-un-tribunal-international-citoyen_5013629_3244.html

Monsanto traduit devant un tribunal international citoyen à La Haye

Les charges retenues contre la multinationale Monsanto sont lourdes et lui valent d’être poursuivie devant un tribunal international qui se réunit à La Haye (Pays-Bas) les samedi 15 et dimanche 16 octobre. Accusée de « violations des droits humains, crimes contre l’humanité et écocide », la firme américaine se voit notamment reprocher la commercialisation de produits toxiques qui ont causé la mort de milliers de personnes, comme les polychlorobiphényles (PCB), le glyphosate – herbicide connu sous la marque Roundup – ou encore l’acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique (ou 2,4,5-T), constituant de l’« agent orange », herbicide pulvérisé par avion au-dessus des forêts par l’armée américaine durant la guerre du Vietnam.

La société, née aux États-Unis en 1901 – son créateur John F. Queeny l’avait baptisée ainsi en hommage à son épouse Olga Monsanto – se voit aussi traînée sur le banc des accusés pour un modèle d’agriculture industrielle générateur de fortes émissions de gaz à effet de serre, pour la dépendance du monde paysan à ses semences et leurs brevets, pour le « lobbying auprès des agences de réglementation et des autorités gouvernementales »… en bref, pour l’ensemble de son œuvre.

Le procès est symbolique : il est organisé par un réseau associatif et militant, mais ce sont bien cinq juges de renommée internationale qui vont avoir la charge d’évaluer les faits reprochés à Monsanto et de juger des dégâts causés par la multinationale. La Sénégalaise Dior Fall Sow est consultante pour la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, et ex-avocate générale du Tribunal pénal international pour le Rwanda. L’Australienne Gwynn MacCarrick a travaillé, elle, auprès du bureau du procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Quant au Mexicain Jorge Abraham Fernandez Souza, il a notamment été rapporteur au tribunal Russell sur la répression en Amérique latine et est conseiller auprès de la commission nationale d’arbitrage entre l’Armée zapatiste de libération nationale et le gouvernement mexicain.

« Une mascarade » pour Monsanto

Vingt plaignants venus des Amériques, d’Afrique, d’Asie et d’Europe, leurs avocats et trente témoins et experts des cinq continents complètent le dispositif de ce rendez-vous qui a été annoncé durant la conférence de Paris sur le climat, la COP21, début décembre 2015. Dans le comité d’organisation de ce Tribunal Monsanto, se retrouvent l’Indienne Vandana Shiva, ardente défenseure des causes environnementales et féministes, l’avocate française Corinne Lepage, Olivier De Schutter, ancien rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, la juriste en droit international Valérie Cabanes ou encore Ronnie Cummins, directeur international de la puissante organisation de consommateurs aux États-Unis, l’Organic Consumers Association (OCA).

Ce procès se veut « exemplaire contre les entreprises transnationales et leurs dirigeants qui contribuent au dérèglement du climat et de la biosphère, menaçant la sûreté de la planète », et il dépasse le seul cas de Monsanto. La multinationale a d’ailleurs sans surprise décliné l’invitation à participer à cette mise au pilori. Pour Monsanto, ce procès est « une parodie » qui « détourne l’attention de discussions essentielles sur les besoins en alimentation et en agriculture du monde entier ». Il n’était donc pas question d’y participer.

Pour Monsanto cette « mascarade » est orchestrée par la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique, « une instance qui chapeaute les organisations d’agriculture bio et leurs associés (…) et bien d’autres qui s’opposent fondamentalement à l’agriculture moderne »

De leur côté, les organisateurs du Tribunal Monsanto font valoir que l’ensemble de l’initiative représente un coût total d’environ 500 000 euros, financés par une levée de fond sur Internet et, pour moitié, par des sociétés comme Biocoop, des fondations comme celles de Léa Nature, Lehmann Natur (enseigne bio allemande) ou encore l’organisation OCA.

Faire évoluer le cadre du droit international

Mais le rendez-vous de La Haye ne se résume pas à une confrontation, médiatisée, entre des organisations écologiques et une multinationale spécialisée dans les biotechnologies agricoles, dont le jugement ne sera pas communiqué avant décembre. Outre la condamnation d’un système agro-industriel, l’enjeu est de faire évoluer le cadre du droit international, en y intégrant le crime d’écocide, c’est-à-dire toute attaque contre l’environnement, destruction ou altération durable des écosystèmes dont dépendent les populations.

En organisant le procès Monsanto, ainsi que l’Assemblée des peuples qui se tiendra en parallèle – six cents personnes se sont inscrites pour ces deux événements –, à quelques centaines de mètres du siège de la Cour pénale internationale (CPI), le message est clair. « Il faut amender le statut de Rome [celui de la CPI] pour y intégrer le crime d’écocide, aux côtés de ceux de génocide, de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité », professe ainsi Valérie Cabanes. Et de rappeler qu’il a fallu plus d’une cinquantaine d’années – après le tribunal de Nuremberg, en 1945 – pour qu’une institution juridique internationale vouée à juger les crimes internationaux les plus graves, la CPI, ne voie le jour en juillet 1998.

Le débat avance : le 15 septembre, la CPI a annoncé qu’elle allait se pencher sur les crimes contre l’environnement (destruction environnementale, exploitation illégale des ressources naturelles et dépossessions foncières illicites).

Pour les plaignants et les organisateurs de ce tribunal, l’enjeu est, au-delà du cas Monsanto, de faire en sorte que les dirigeants d’entreprises et les responsables politiques puissent être jugés et condamnés pour des destructions de terres, des pollutions d’océan ou encore de sources d’eau potable.

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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 13:59
Juste lancé, le coopek est la première monnaie « nationale d’intérêt local »

Le coopek est une nouvelle monnaie complémentaire, lancée lundi 3 octobre. Mais pas locale : c’est dans tout le pays qu’on pourra l’utiliser. Parmi ses innovations, la dématérialisation et la capacité d’emprunter.

Par Baptiste Giraud, correspondance de Bordeaux (Gironde) pour Reporterre sur https://reporterre.net/Juste-lance-le-coopek-est-la-premiere-monnaie-nationale-d-interet-local.

Ce devait d’abord être une monnaie régionale, le mipys (pour Midi-Pyrénées). Puis l’occito, suite à la fusion des régions. Finalement ce sera… le coopek, et pour toute la France ! « L’échelon local ne suffit pas pour faire de l’investissement et financer des projets. Alors, on a décidé que le fonctionnement serait national, mais d’intérêt local », explique l’initiateur du projet, Gérard Poujade. Alors qu’une bonne trentaine de monnaies locales complémentaires (MLC) circulent déjà en France, que d’autres sont en préparation, ce changement d’échelle pourrait donner un sacré coup de fouet à l’économie alternative.

Maire de la commune du Séquestre (Tarn), ancien vice-président de la région Midi-Pyrénées et démissionnaire du PS en 2015, Gérard Poujade insiste : « Le coopek se veut la monnaie de la transition énergétique, alimentaire, bas carbone, et sociale. »

Comment ? D’abord, comme toute MLC, en incitant à consommer les produits de producteurs et distributeurs locaux respectant une charte. Le coopek reprend à son compte les valeurs portées par les monnaies locales : placer l’humanité et ses besoins au centre du système économique, empêcher la spéculation, développer une économie locale non délocalisable et respectueuse de l’environnement. Le tout dans un cadre démocratique, puisque les coopeks seront émis par une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Chaque usager devra en être sociétaire, et pourra participer aux décisions lors des assemblées générales.

Des prêts à taux zéro

Ce beau programme, le coopek ambitionne de le réaliser à l’échelle du territoire national, et non plus d’un seul bassin local. Ainsi, de nombreux échanges monétaires qui échappaient aux MLC pourront se faire en coopeks : notamment l’achat de denrées alimentaires auprès de fournisseurs par les épiceries, ou de matériaux pour la construction de logements. « Pour installer des panneaux solaires, par exemple, il faut un bureau d’étude, un poseur, un fabricant d’électronique de puissance, un fabricant de panneaux, et un acheteur de l’énergie produite. Aujourd’hui, on a tous ces acteurs dans le réseau Coopek », explique avec fierté Gérard Poujade.

Deuxième nouveauté, et pas la moindre : le coopek permettra aux associations et entreprises de faire des emprunts. En coopeks bien entendu. « Vous voulez construire une centrale solaire, des logements sociaux, installer des maraichers ? On va pouvoir vous financer », affirme-t-il. Ces prêts à taux zéro fonctionneront sur le principe du « crédit mutuel interentreprises » et prendront la forme d’autorisations de découvert pour les porteurs de projets en adéquation avec la charte. Les entreprises ou associations concernées pourront alors investir en achetant du matériel, des biens, faire appel à des artisans, etc. le tout étant facturé en coopeks.

Concrètement, chaque particulier peut adhérer à la SCIC pour 50 € (qui lui sont reversés sous forme de coopeks à dépenser), puis s’abonner au système de paiement électronique pour 20 € par an. Car, pour des raisons pratiques, il était nécessaire que le coopek soit numérique. Plutôt que de s’envoyer des enveloppes de billets, et de passer son temps à compter les petites coupures, chaque utilisateur disposera d’une carte de paiement et d’un compte accessible sur le web.

« Prendre le temps de construire au fur et à mesure le réseau »

Ainsi, si je « change » 100 €, mon compte sera crédité de 105 coopeks (un bonus de 5 % est appliqué) à dépenser dans le réseau de professionnels adhérents. En parallèle, un autre 5 % est versé à un fonds de dotation, Écodota (partenariat entre Coopek et Sylvestris, la maison-mère d’Écocert), dont la finalité est de financer par des dons des projets relevant de l’économie sociale et solidaire. Enfin, les 100 € « changés ». Et cet argent ne dormira pas, mais permettra à la banque d’octroyer des prêts (en euros), pour des projets de transition énergétique.la Nef en coopeks alimentent un fonds de garantie (c’est une obligation légale) déposé à

« On est l’inverse du mec qui sort l’iPad et veut faire un énorme buzz le jour J, plaisante Gérard Poujade. On veut prendre le temps de construire au fur et à mesure le réseau avec les usagers qui s’y intéressent. » Pour y parvenir, la SCIC a découpé le territoire en plus de 300 « secteurs » géographiques, qui seront « aktivés ») sont opérationnels.en Occitanie les uns après les autres une fois qu’ils contiendront suffisamment de particuliers et de professionnels partenaires. Aujourd’hui, 14 secteurs (surtout

Pour arriver à couvrir tout le territoire, le directeur du coopek et son équipe estiment qu’il ne faudra pas moins de trois ans. « Les gens qui vont adhérer tout de suite vont nous servir à monter le réseau : regardons ensemble qui a envie d’en faire partie parmi les entreprises, artisans, et autres. Il faut une progression robuste du coopek, de telle sorte que les gens apprennent à s’en servir, y voient un intérêt, se l’approprient et soient porteurs du projet. »

« Faire passer à l’étape électronique » les monnaies locales complémentaires

Dans ce nouveau système ambitieux, quid des MLC existantes ? « Au départ, il y avait une peur de la compétition, confie Philippe Derudder, grand promoteur des MLC. Mais après discussion, je perçois que le coopek pourrait devenir un outil de liaison entre toutes les MLC de France. En particulier pour permettre aux distributeurs de payer à distance leurs fournisseurs en monnaie électronique. Car, il reste difficile de trouver au niveau local toutes les productions dont on a besoin, et les vendeurs locaux se fournissent bien souvent en dehors du territoire local. »

Frédéric Bosqué, membre du mouvement Sol, était lui aussi méfiant au départ. Mais aujourd’hui, même s’il regrette que l’ensemble du réseau des MLC n’ait pas été associé dès le départ, il reconnaît que leur point de vue a été pris en compte pour améliorer le projet. Il espère que le coopek permettra de « faire passer à l’étape électronique » les MLC : « Beaucoup de collectivités notamment refusaient de participer aux MLC tant que cela ne fonctionnait qu’avec des billets », dit-il. Le coopek pourrait donc les aider en devenant un complément électronique à leur monnaie physique.

Si l’inquiétude n’a pas complètement disparu, il y a « une carte à jouer », estime Derudder, selon qui « le désir de coopération » est pour l’instant le plus fort. Le coopek bénéficie du soutien de la région Occitanie, de la société Biocoop, de coopératives d’activité et d’emploi (CAE) et de nombreuses PME de l’économie sociale et solidaire. Alliée aux réseaux militants locaux des MLC, cette nouvelle monnaie complémentaire pourrait un jour devenir incontournable.

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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 09:54

Les réfugiés ne fuient pas que la guerre. Pour des femmes et des hommes d'Afrique ou du Moyen-Orient, il s'agit aussi d'échapper aux persécutions dues à leur homosexualité. Même si celles-ci sont loin de s'interrompre à leur arrivée en Europe.

Par Blaise Gauquelin, correspondant du Monde à Vienne (France).

POLINE HARBALI

POLINE HARBALI

Adeyinka est une " fière Nigériane ". C'est important pour elle de le dire, même si, comme, pour les autres réfugiés interrogés, nous avons dû changer son nom pour ne pas la mettre en danger. " Au pays ", elle ne manquait de rien. Son père avait beaucoup d'argent. Elle y a fait d'excellentes études. Et elle " aime sa religion ", l'islam. A 33  ans, hébergée dans un foyer réservé aux lesbiennes migrantes, dans la banlieue de Vienne, en Autriche, elle survit désormais avec les quelques dizaines d'euros que lui donne chaque semaine une association caritative chrétienne.

" Je suis belle, et cela m'a causé beaucoup de problèmes. Je serais morte si je n'avais pas pris la route ", énonce-t-elle sur un ton déterminé, dans un bar où elle se sent en confiance, parce qu'elle est accompagnée d'une responsable de l'association autrichienne Queer Base, l'une des très rares en Europe à apporter, grâce à des fonds municipaux, un soutien spécifique aux demandeurs d'asile gays, trans et lesbiens.

Le parcours d'Adeyinka est à l'image de celui des milliers d'homosexuels qui ont gagné l'Europe au milieu des Syriens, des Irakiens et des Afghans fuyant les conflits, à l'occasion de la vague historique des migrants de 2015. Il est entaché de la violence particulière -réservée aux minorités sexuelles, mais aussi éclairé d'une entraide qui semble spécifique à cette communauté.

Beaucoup de migrants prennent la route pour des raisons intimes. C'est un fait méconnu par les sociétés occidentales, comme par leurs pouvoirs publics. Et pour cause : la plupart du temps, les principaux intéressés cachent les raisons réelles de leur exil forcé, ce qui complique leur accès à l'asile.

Il est difficile de prendre contact avec eux. Encore plus dur d'obtenir leur confiance. Ils ont peur de la trahison et de la mort, car leur tête, souvent, est mise à prix par un clan, une tribu, un chef de famille ou une autorité religieuse.

C'est le cas pour Adeyinka, notre " belle Nigériane ", qui ose pour la première fois raconter la litanie de brimades que constitue sa vie. Elle a été mariée de force à un homme d'affaires " laid et vieux ". " Il se disait très pieux, mais cela ne l'a pas empêché de me -violer et de me mettre enceinte plusieurs fois, alors qu'il voyait le dégoût que m'inspirait le moindre de nos contacts. Ses enfants, mes enfants, je les ai détestés. "

Un jour, elle est surprise en train de faire l'amour avec sa maîtresse et battue à coups de ceinture. Son époux la jettera ensuite dans la voiture de deux hommes. " Ils m'ont enfermée dans une maison où j'ai été torturée sexuellement pendant des jours. J'ai réussi à m'enfuir, j'ai récupéré l'argent que j'économisais depuis des années en secret et je suis partie. "

Le Niger, la Libye : la jeune femme connaissait bien le chemin de l'Europe. Elle avait préparé sa route. Pour traverser la Méditerranée, comme des centaines de milliers d'anonymes, elle a payé ces passeurs redoutés, qui font basculer les destins. " Pour nous, femmes noires, la couleur de nos peaux est une malédiction. Aux yeux des trafiquants, nous valons plus que l'or ! Ils m'ont vendue à la mafia nigériane, en Italie. J'avais quitté un enfer, pour devoir en découvrir un autre, sans doute plus sombre encore. "

Adeyinka aurait dû servir dans un réseau de prostitution forcée. Pourtant, la route des migrants homosexuels est parfois semée d'anges gardiens. Car nombre d'entre eux doivent en effet leur survie à des gays et des les-biennes, qui les ont aidés dans leur périple. " Un homo italien a tout de suite compris que je n'étais pas comme les autres filles. Je me suis sentie en confiance. Je lui ai dit que j'étais lesbienne. Il m'a pris un billet de train et m'a dit d'aller en Autriche. Si j'étais restée en Italie, les Nigérians m'auraient tuée. Ici, dès que je croise une femme noire, je regarde ailleurs. Je sais que la mafia me recherche. Dans la rue, je ne parle à personne. Les hommes m'accostent sans arrêt : “How much, how much ?” Ils veulent encore -disposer de mon corps. "

" Surtout ne pas attirer les ennuis "

Adeyinka, qui ne sait pas ce que sont devenus ses enfants et ne pense pas les revoir un jour, ne se sent à son aise que les jeudis, à la tombée de la nuit. Toutes les semaines, une soirée est organisée pour que les demandeurs d'asile homosexuels puissent se retrouver, casser leur isolement, se rendre compte qu'ils ne sont pas tout seuls.

Le lieu de leur rencontre est tenu secret : les menaces sont multiples. Une transsexuelle a été retrouvée morte étranglée en janvier 2015 dans sa chambre de Vienne. Elle était pourtant originaire d'un pays souvent considéré comme sûr : la Turquie, où les conditions de survie des personnes transgenre sont en fait terrifiantes. Il est très difficile à leurs ressortissants d'obtenir le statut de réfugié en -Europe. Il n'y a pas longtemps, un Irakien jugé efféminé s'est fait insulter par une famille arabe, dans le métro. Il y a aussi les skinheads, qui aiment à " casser du pédé ". Et puis, bien sûr, le danger islamiste. " Mais heureusement, on a de bons contacts avec une des membres de l'association LGBT de la police, qui a sensibilisé ses collègues à notre cas particulier ", explique Cécile Balbous, une Française, salariée de Queer Base. Une fois à l'intérieur, les demandeurs d'asile se lâchent.

Ils sont chaque fois une cinquantaine. -Maçon originaire des territoires conquis au Moyen-Orient par le groupe Etat islamique, serveur somalien, étudiante afghane : tous échangent avec des Autrichiens venus pour les aider. Leur hantise : qu'un djihadiste se fasse passer pour homo et intègre à son tour la soirée. Chaque fois, les nouveaux venus sont scrutés. Et gare aux hommes trop " virils " ou à ceux qui n'ont pas les bons codes vestimentaires : on les prend souvent pour des espions. Les préjugés n'épargnent personne.

Parmi les piliers du jeudi, il y a Mokhran. Cet Erythréen a passé six mois dans un camp du Tyrol à tenter de masquer son homosexualité pour échapper aux questions insistantes de certains des migrants. " Il faut faire le bonhomme dans ces camps, raconte-t-il en tirant sur sa cigarette. Dissimuler qui on est vraiment : mettre une capuche, marcher comme les autres réfugiés. Surtout ne pas attirer les ennuis. "

Cette fois, la soirée est proposée par une association gay juive. Les disques qui passent sont israéliens ou syriens. Et c'est la découverte de tout un monde pour Mokhran qui, à 19  ans, n'a lui aussi connu que les humiliations, l'angoisse et les coups. " C'est la première fois que je peux m'amuser, danser, rigoler, être moi-même ", hurle-t-il pour tenter de couvrir la musique des divas orientales.

" Les réfugiés viennent d'une zone interdite, commente Marty Huber, une autre salariée de l'association Queer Base. Au début, ils ne savent pas comment gérer leur liberté nouvelle. Pour eux, être homo parfois, c'est faire des trucs trash. On tente de canaliser un peu ces découvertes qu'ils font, après des années de frustration. " Les primo-arrivants sont conseillés sur les pratiques à risque, notamment lorsqu'ils pensent à devenir des travailleurs du sexe. On leur suggère de se faire discrets sur les réseaux sociaux : la géolocalisation des applications de drague sur mobile a par exemple valu à l'un d'eux d'être passé à tabac.

Certains demandeurs doivent également monter des dossiers complexes pour la prise en charge de traitements antirétroviraux ou hormonaux, très chers dans les deux cas. D'autres menacent de se suicider, coincés dans des coins de campagne depuis plus d'un an où ils sont brimés, dans l'attente de leur premier entretien. S'ils quittent la commune dans laquelle ils sont enregistrés, leur dossier de demande d'asile est suspendu – ils se retrouvent alors sans hébergement, sans sécurité sociale et sans argent –, et les homosexuels ne sont pas toujours considérés comme faisant partie des groupes vulné-rables pouvant déposer une demande de transfert vers Vienne.

" frères de destin "

On leur conseille également de ne jamais mentir aux personnels qui étudient leur demande, alors que certains ont peur de dévoiler la raison exacte de leur fuite, notamment à cause des traducteurs, dont plusieurs ont été jugés ostensiblement homophobes. Il faut parfois répondre aux questions intimidantes de l'employé du ministère de l'intérieur, qui s'étonne de voir des parcours de lesbiennes mariées et mères de famille ou demande pourquoi tel jeune homme ne tait tout simplement pas ses préférences sexuelles pour pouvoir retourner dans son pays d'origine.

Les réfugiés homosexuels souffrent de solitude. Comme les autres migrants, ils ont laissé derrière eux leur culture, leur pays, leur langue d'origine, mais aussi, la plupart du temps, leur entourage, dont ils doivent faire le deuil. Pour se reconstruire, ils se raccrochent à leurs " frères de destin ", ceux qui, comme eux, ont dû fuir en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

Un groupe d'Africains de l'Est, pas exemple, est devenu inséparable. Quatre garçons d'une vingtaine d'années, qui habitent tous dans une maison mise à leur disposition par la municipalité. Parmi eux, il y a Suleyman, qui ne sait ni lire ni écrire. Il a dû assister à la lapidation de son petit ami, enterré jusqu'à la tête. Lui-même a été condamné à mort.

Abdelkrim, un garçon androgyne de 19 ans qui veut devenir top-modèle et adore s'habiller en fille, est particulièrement content : hier, un dentiste lui a réparé les dents qu'on lui avait brisées, pour le punir de " s'être laissé monter comme une femme ". " Mes problèmes ont surgi lorsque j'avais 12 ans et que j'ai commencé à me maquiller, raconte-t-il. La tante qui m'élevait m'a alors interdit de sortir. Chez moi, si quelqu'un découvre que tu es gay, il doit te dénoncer, sinon il est puni aussi. " Emprisonné après un scandale, Abdelkrim devait être tué d'une balle dans la tête à sa majorité. Il a pu fuir grâce à la complicité d'un policier qui s'était entiché de lui. Un autre amoureux lui a fourni un faux passeport et le billet d'avion pour Istanbul.

Ce matin-là, flanqué de ses compagnons, il va chercher son allocation au siège d'une ONG. " On y va en groupe, comme ça, les autres réfugiés n'osent pas nous insulter ", murmure-t-il. Dans la rue, les quatre compères font semblant de ne pas se connaître. Ils écoutent Rihanna sur leurs iPhone.

En attendant le bus qui tarde à venir, Suleyman est accosté par un homme originaire du même pays que lui. Il ne lui répond pas. " S'il voit que je lui parle dans sa langue, il va nous filmer et poster la vidéo sur YouTube. " Des pages entières localisent les réfugiés homos en Europe et incitent à la violence à leur égard. Car même ici, la chasse aux gays n'est pas finie.

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