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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 11:41

  Le dernier « post » sur le site des Lilas consacré au PLU (le Plan Local d’Urbanisme) date du 29 janvier 2016. Après l’annulation pour cause d’attentats et le non-report à une date ultérieure d’un des 3 ateliers prévus, cet article (http://www.ville-leslilas.fr/plu2016/2-0-50/a-la-une/comte-rendu-de-l-atelier-du-plu-du-16-janvier-2016) faisait le Compte-rendu de l'Atelier du PLU du 16 janvier 2016 (qui a réuni plus de 50 personnes au gymnase Liberté) et présentait les principaux enseignements à en tirer – et nous y retrouvions nombre des propositions formulées ce jour-là.

Enfin prêt, le diagnostic, en principe préalable au PADD (le Projet d’Aménagement et de Développement Durable qui lui-même avait été présenté en Conseil municipal le 16 décembre 2015), était présenté en conseil municipal le 17 février 2016. Nous pensions qu’il serait mis à disposition de la population dans les ateliers du PLU pour éclairer les discussions des citoyens en janvier, ou sur le site de la ville, ce n’a pas été le cas, ou bien nous ne l’avons pas trouvé. Nous y avons donc consacré une lettre au Maire des Lilas, en lui proposant de la transmettre au cabinet d’experts accompagnant la ville pour la rédaction du PLU final, et un article : PLU des Lilas : enfin un Diagnostic et état initial de l’environnement ... à compléter.

Depuis, pas de nouvelles de cette révision du PLU. Nous avons donc noté avec plaisir la date de la seule réunion publique consacrée à exposer les choix faits par la municipalité dans ce nouveau PLU, le 5 octobre 2016. La ville y a consacré un rapide article sur le site PLU2016, http://www.ville-leslilas.fr/plu2016/2-0-53/a-la-une/reunion-publique-le-5-octobre-2016 : « Cette réunion s'est tenue devant un public très nombreux en Mairie des Lilas. Elle a permis de faire le point sur l'avancement du PLU et en particulier de présenter aux habitants les projets d'orientations d'aménagement et de programmation, concernant le secteur du Fort, du parc Lucie-Aubrac, les abords de la future station de métro Serge Gainsbourg au quartier des Sentes. » Le document-diaporama projeté ce soir-là y a été mis en lien, vous pouvez le télécharger sur http://www.ville-leslilas.fr/plu2016/media/files/presentation_reunion_publique_du_5_octobre_2016.pdf)

Nous sommes intervenus sur quelques points, que nous reprenons ici et complétons à la lecture détaillée du document-diaporama.

Tout d’abord, après des ateliers qui n'ont pas permis une appropriation complète du débat, faute de documents initialement fournis, dont le diagnostic de la ville, et réduits en nombre, nous avons fait part de nos remerciements à la municipalité pour l’écoute des remarques des citoyens. En témoigne par exemple, l’aménagement retenu aux abords du Parc Lucie Aubrac avec la préservation d’une bande de 15m non construite entre la rue du Centre et le Parc Lucie Aubrac, et la réduction potentielle du nombre de logements qui seraient construits autour du Parc (p 6 du document Présentation réunion 5 octobre 2016).

Mais cette préservation de 15 m a des répercussions sur l’aménagement du Parc en perte d’espaces verts : le hangar qui abrite les Services techniques de la ville, et surtout l’espace vert contigu qui lui sert de pépinière, changent de destination et deviennent au ¾ constructibles.

Si ceci doit se traduire par une perte sèche d’espace vert en zone dense de la ville – nous sommes contre ! Nous demandons à ce que le métrage précis des zones nouvellement créées et perdues soit communiqué.

30% de logements sociaux au minimum autour du Parc Lucie Aubrac, comme dans tout programme de nouvelle construction de 1000m² ou +, une bonne façon d’assurer nos 25% de logements sociaux lilasiens obligatoires.

En revanche, nous continuons à dire que la répartition entre les catégories de HLM n’est pas à la hauteur des besoins des lilasiens demandeurs d’un logement social : au moins 70% d’entre eux auraient droit à un loyer très modéré type PLAI, alors que ceux-ci ne représentent qu’environ 10% des HLM présents sur la ville (pas de chiffres précis disponibles nous disait le maire suite à des changements de statut). D’où notre proposition d’action positive privilégiant la construction de PLAI dans 50% au moins des logements sociaux à venir. Ce n’est pas la solution retenue : aux Lilas, autour du Parc, comme dans les 18 emplacements de « mixité sociale » retenus, les logements sociaux obligatoires se répartiront en 30% de PLAI, 30% de PLS et 40% de PLUS. Nous souhaitons aussi – nous l’avons dit en réunion - avoir un décompte des prévisions de logements plus précis par zone.

Nous avons salué l’affirmation réitérée du maire « il y a trop de voitures aux Lilas », faisant suite à l’organisation d’une « journée sans voiture » aux Lilas, une initiative qui existe depuis 1998 et non l’année dernière comme l’affirme Infos Lilas, et que nous avions proposée en vain au maire il y a plus de 10 ans… – tout vient à point à qui sait attendre ?

Avec « Encourager les mobilités apaisées et les alternatives à la voiture individuelle » (p 8 du document), nous saluons donc le résultat d’un arbitrage pas facile pour la municipalité, entre les aspirations parfois contradictoires des lilasiens, et les choix qu’elle a entraîné sur certains points du PLU, 1,5 m² de stationnement vélo/logement, et quelques projets de « zones de rencontre » et de « zones 30 » – redisons ici nos souhaits :

* la possibilité d’une zone 30 sur toute la ville, une solution adoptée par bien des villes denses comme la nôtre,

* la piste cyclable nécessaire rue de Paris, prévue dans le schéma départemental des pistes cyclables,

* et aussi l’urgence de stationnement vélos autour de la Mairie des Lilas, complètement saturés aujourd’hui – sans parler des parkings gardés (exemple vécu : un vélo volé tous les 5 ans en moyenne, quels que soient la chaîne et le cadenas).

 

 

Le quartier d’innovation d’intérêt métropolitain autour du Fort, dont l’aménagement répondrait à un concours international rassemblant urbanistes, architectes, paysagistes, nous semble une bonne solution, envisageant l’ouverture du site par un accès direct au Nord (et pas à l’E ? à l’O ?), et un habitat étudiant social.

Nous serons attentifs à ce que l’éco-quartier annoncé en soit vraiment un selon des critères environnementaux réels.

p 5 Présentation réunion 5 octobre 2016

Mais ces Orientations d’Aménagement et de Programmation prévues commencent par réduire la surface du projet potentiel, en retirant un cinquième environ de la surface du Fort, la protection paysagère et écologique de la zone UF, mitant ainsi les perspectives du projet d’aménagement.

Nous regrettons fortement qu’une partie UFb « mangeant » le  cinquième de la surface du Fort, ait été créée pour faciliter la construction par TDF d’un restaurant d’entreprise – inutile pour les lilasiens (sauf quelques cas particuliers qui y mangeront), qu’il privera d’un foncier si rare aux Lilas.

 

Nous avons également affirmé que sur la biodiversité et le respect des documents régionaux comme le SDRIF (Schéma directeur de la région Île-de-France), le SRCE (le Schéma régional de continuité écologique) et sa trame bleue et verte (les cours d’eau et les espaces verts ou naturels), le compte n’y était pas. Les dispositions retenues en obligation de pleine terre, de végétalisation des espaces libres et des toitures nous semblent positives. En revanche, nous ne sommes pas certains que le projet d’intérêt métropolitain présenté et la zone UF élargie au nord-ouest du Fort, ne grignote pas la trame verte et bleue qui passe par le « parc canin » à l’ouest du Fort, et nous seront très attentifs à préserver cette continuité le long du Fort depuis la base de la Corniche des Forts jusqu’à Pantin.

De même, la continuité écologique qui traverse Les Lilas du N-E au S-O en passant par la RD20, l’avenue du Maréchal Juin, n’a pas été renforcée comme nécessaire selon le SRCE, alors que la largeur des voies permettrait une végétalisation importante des trottoirs ou d’un terre-plein central. Nous renouvelons donc notre appel sur ces 2 points.

En conclusion, dans la perspective d’un développement nécessaire des énergies renouvelables aux Lilas, nous nous félicitons de la bonification d’emprise pour haute performance énergétique, même si d’autres préconisations plus fortes de normes énergétiques (isolation + énergies renouvelables) pour les futures constructions auraient pu trouver leur place dans le PLU de la ville des Lilas, les engageant au-delà de la RT 2012 vers des Bâtiments à Basse Consommation (BBC) ou « à énergie positive ».

  Pierre Stoeber, pour le groupe local EELV des Lilas

 

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 09:19

Plusieurs articles sur ce sujet sur ce blog, surtout Le cerveau assiégé par les perturbateurs endocriniens,   et  Perturbateurs endocriniens : l’histoire secrète d’un scandale.

Aux États-Unis, l'exposition aux substances chimiques entraînerait 340 milliards de dollars par an de dégâts sanitaires, par Stéphane Foucart pour Le Monde le 19 octobre 2016.

Environ 340  milliards de dollars (308  milliards d'euros) par an : le chiffre est si faramineux qu'il soulève nécessairement le scepticisme. Pourtant, à en croire l'analyse conduite par des chercheurs américains et publiée mardi 18  octobre dans la revue The Lancet Diabetes and Endocrinology, il ne s'agit pas d'une exagération mais plutôt d'une sous-estimation du coût économique annuel, aux États-Unis, des dégâts sanitaires attribuables aux perturbateurs endocriniens (PE), qu'il s'agisse de l'obésité, du diabète, des troubles de la fertilité ou encore des troubles neurocomportementaux.

Les PE sont une catégorie de molécules (bisphénols, dioxines, phtalates, etc.) interférant avec le système hormonal et présentes dans de nombreux pesticides, solvants et plastiques, dans certains cosmétiques ou conditionnements alimentaires. Certains peuvent produire des effets délétères à de faibles niveaux d'exposition.

Ceux-ci sont variables. Une analyse semblable, conduite sur la population européenne, avait conclu à un coût environ deux fois moindre : environ 157  milliards d'euros. " Ces estimations sont basées sur des éléments de preuve qui s'accumulent rapidement grâce à  des études conduites en laboratoire ou sur les humains, et qui montrent l'association entre l'exposition à ces substances et une variété d'effets délétères ", explique Leonardo Trasande, professeur associé à l'université de New York et co-auteur de ces travaux. Ces différences importantes entre les États-Unis et l'Europe sont principalement dues à des différences de réglementation, qui conduisent à des niveaux d'exposition des populations sensiblement différents pour certaines substances.

Présents jusque dans les aliments

Pour mener leur étude, les chercheurs ont utilisé des données d'exposition de la population américaine aux PE en question. Ils ont ensuite croisé ces données avec les résultats d'études conduites en laboratoire et d'enquêtes épidémiologiques montrant leurs effets sur les humains.

Des études de qualité ne sont pas disponibles sur toutes les substances suspectes. " Nous n'avons pris en compte qu'environ 5  % des PE présents sur le marché ", précise M. Trasande. De même, les chercheurs n'ont considéré que les maladies et les troubles pour lesquels existent des preuves solides d'un lien avec une exposition à ces produits.

Selon l'analyse, les substances les plus coûteuses en termes sanitaires sont les " PBDE " (polybromodiphényléthers), une classe d'ignifugeants (ou " retardateurs de flamme ") massivement utilisés outre-Atlantique depuis plus de trente ans dans les meubles rembourrés et l'électronique. Aujourd'hui étroitement régulés ou interdits, ils sont très persistants dans l'environnement et se retrouvent dans les poussières domestiques et jusque dans la chaîne alimentaire. Ils causeraient des dégâts, à hauteur de 240  milliards de dollars annuels environ, aux États-Unis.

Ils sont suivis par les plastifiants – bisphénol A (BPA) et phtalates –, présents dans certains récipients alimentaires, dont le coût sanitaire annuel serait de 56  milliards de dollars, puis par les pesticides (organophosphorés notamment), pour quelque 42  milliards par an.

Perte d'intelligence collective

Quels sont les maladies et les troubles en jeu ? Obésité et diabète (5  milliards de dollars annuels attribuables aux PE), troubles de l'appareil reproducteur et infertilité (45  milliards de dollars) et, surtout, les effets neurologiques et neurocomportementaux qui se taillent la part du lion, avec un coût de plus de 280  milliards de dollars par an. Une grande part de ce fardeau est due à l'érosion des capacités intellectuelles, calculées en points de quotient intellectuel (QI), des enfants exposés in utero à des perturbateurs ayant des effets nocifs sur le neurodéveloppement.

Comment évaluer le poids économique de cette perte d'intelligence collective ? " La littérature scientifique documentant avec rigueur la perte de productivité économique provoquée par la perte de QI est substantielle, répond M. Trasande. Nous savons qu'à chaque point de QI perdu correspond une perte moyenne de 2  % de productivité économique sur l'ensemble d'une vie. A l'échelle d'une population, c'est très important. "

Il serait tentant de rapporter le coût de 340  milliards de dollars des perturbateurs endocriniens en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) américain – soit 2,3  % en l'occurrence. Cela peut être trompeur. " Attention : ce genre d'externalités négatives ne se traduit pas automatiquement par une baisse de même ampleur du PIB, prévient l'économiste Alain Grandjean. Evaluer les effets réels de ces coûts cachés sur le PIB relève d'un autre exercice, très compliqué. "

En substance, si certains des coûts mis au jour peuvent conduire à une baisse du PIB, d'autres peuvent se traduire, de manière paradoxale, par une hausse de l'activité. Derrière un " coût " peuvent en effet se cacher des phénomènes disparates, comme une baisse de productivité économique, mais aussi des frais de prise en charge médicale et le développement de médicaments. " Ce genre d'interrogation a au moins un avantage collatéral, conclut M.  Grandjean. Cela montre clairement que le PIB n'est pas un indicateur de bien-être. "

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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 14:08

Deux inspecteurs de l’Autorité de sûreté nucléaire, chargés du contrôle des conditions de travail et de la sûreté sur le chantier de l’EPR, futur réacteur en construction, et dans trois autres centrales en Normandie, ont subi pressions et menaces de leur direction, au profit d’EDF. Et au mépris de la sécurité.

Par Pascale Pascariello pour Mediapart le 18 octobre 2016

 « Je suis inspecteur du travail à la division de Caen de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Depuis 2011, j’ai subi et encaissé, dans le cadre de mon activité professionnelle, de nombreuses et parfois très lourdes pressions voire menaces, de multiples injonctions contradictoires, qui ont généré une situation de souffrance au travail. » C’est ainsi que débute le recours d’Alain auprès du président du tribunal administratif de Caen, en août 2016, pour faire reconnaître en accident du travail son épuisement psychologique survenu le 16 octobre 2015.

La direction de l’Autorité de sûreté nucléaire « a essayé de m’imposer sa position ou d’influer sur les choix que j’avais à faire dans le cadre de ma mission d’inspecteur du travail », en particulier, « sur des sujets pouvant représenter des enjeux pour EDF – l’exploitant des centrales –, dès qu’un contrôle pouvait engendrer des suites impactant EDF de façon notable (suites pénales, impact industriel…) ou qu’il a fait l’objet d’une intervention hiérarchique d’EDF », explique Alain.

Résultat : il y a un an, il s’écroule. Ce burn-out oblige Alain à interrompre son activité professionnelle durant sept mois. L’expertise médicale est claire : « Épuisement professionnel. Le trouble peut être considéré comme un accident du travail, conséquence d’une série d’événements survenant par le fait ou à l’occasion du travail. »

Ces deux inspecteurs ont mené, entre 2010 et 2014, des contrôles qui ont abouti, pour certains, à des procès retentissants. Suite à l’accident mortel d’un soudeur le 24 janvier 2011, sur le chantier de l’EPR, leur enquête retient la responsabilité de deux entreprises, dont Bouygues. Toujours sur le chantier du futur réacteur nucléaire, leurs inspections ont révélé la situation de travail illégal de près de 500 ouvriers polonais et roumains. Encadrés et dirigés par Bouygues, ils n’avaient ni congés payés, ni droit au chômage, et un salaire inférieur à la convention collective française.

en mars 2015, l’une des plus importantes affaires de travail illégal jugée en France. Bouygues a été condamné à 25 000 euros d’amende. Il sera rejugé en appel du 7 au 10 novembre prochain. procès en correctionnelleCe système de fraude, dont Bouygues a bénéficié entre 2009 et 2012 sur l’EPR, lui a permis quelques belles économies. L’Urssaf, quant à elle, estime son préjudice global entre 9 et 12 millions d’euros. Le contrôle mené par les deux inspecteurs, Alain et Laurent, aboutira à un

Loin d’être félicités pour leur professionnalisme, ces deux inspecteurs ont subi de nombreuses pressions de leur direction. Parmi les nombreux faits que rapporte Alain dans son dossier : en juin 2011, il se heurte à EDF qui fait obstacle à une inspection inopinée dans la centrale de Flamanville. Informé, le procureur de la République de Cherbourg demande à Alain de lui signaler, par écrit, ce délit afin qu’il rappelle à EDF son obligation de respecter la loi. Mais Alain est confronté à sa direction qui tente de le dissuader de notifier ce délit à la justice. Néanmoins, il ne cède pas à ces pressions et envoie un courrier au parquet de Cherbourg. Quelques semaines plus tard, il est convoqué par sa direction pour un entretien « officieux » de sanction.

Il est alors informé que son comportement remet en cause sa carrière. Sa direction va jusqu’à lui reprocher d’avoir adressé à EDF un courrier signalant les poursuites judiciaires encourues. « J’observe que ma hiérarchie, très prompte pour me demander de me justifier, tant pour ce qui concerne mes constats que pour ce qui concerne mon comportement quand EDF s’en plaint, est beaucoup moins prompte à réagir quand il s’agit de me défendre vis-à-vis d’EDF », constate Alain.

Les pressions de ce type se multiplient, les entretiens de sanction également. On reproche par exemple à Alain d’alerter, en septembre 2013, le ministère du travail sur une organisation mise en place par EDF dans les centrales nucléaires en matière de radioprotection et présentant des risques pour les salariés. Alain informe EDF, par courrier, qu’au regard des irrégularités constatées, il envisage de proposer une mise en demeure. Là encore, il est convoqué pour un rappel à l’ordre par sa direction. Pire, ignorant les conclusions de l’inspecteur, la direction de l’Autorité de sûreté nucléaire et le ministère du travail décident conjointement de réviser la réglementation… en faveur d’EDF.

Qu’elle est loin la belle image d’une institution indépendante et transparente prônée par Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de sûreté nucléaire. Le 6 novembre 2012, dès sa nomination, lors de son audition par la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, Pierre-Franck Chevet déclarait : « Selon moi, l’ASN repose sur quatre valeurs essentielles : compétence et rigueur, indépendance et transparence. Toutes sont nécessaires mais ne sont suffisantes qu’inscrites dans la durée. » Bel exercice de communication qui tranche avec une tout autre réalité.

Les échanges de mails entre Alain et sa hiérarchie témoignent de toutes les difficultés rencontrées lorsqu’il signale des irrégularités manifestes et graves de la part d’EDF. Il doit faire face au comportement de l’exploitant des centrales, peu disposé à l’informer de ses manquements en matière de sécurité et sûreté nucléaire. Il doit, en outre, affronter sa direction qui fait obstacle à ses conclusions lorsqu’elles vont à l’encontre d’EDF.

Certains échanges décrivent comment l’ASN valide les irrégularités d’EDF. Alain alerte ainsi sa direction : « Je constate qu’EDF Flamanville ment et nous dissimule volontairement des informations relatives à la radioprotection. Je prévois un rappel à l’ordre. Et je dois défendre (une nouvelle fois) mot pour mot mes observations et justifier ma position vis-à-vis de ma hiérarchie et donc y consacrer un temps et une énergie non nuls. Bilan : EDF ment et nous offre même les preuves écrites. Est-il envisagé un rappel à l’ordre écrit par l’ASN ? Non. Qui s’en prend plein la g… ? L’inspecteur du travail qui projette de rappeler par écrit à EDF que le mensonge aux autorités administratives et judiciaires est un délit. »

« Je constate qu’EDF Flamanville ment »

Face à ces pressions exercées sur ces inspecteurs, et alors même que l’Autorité de sûreté nucléaire, gendarme du nucléaire, se doit d’être affranchie de tout lien avec EDF, la justice va intervenir. En effet, en octobre 2013, survient un nouvel incident sur le chantier de l’EPR : une pièce d’un appareil de manutention, le pont polaire, situé à l’intérieur du bâtiment réacteur, est projetée en l’air et fait une chute de 20 mètres. Par chance, aucun ouvrier n’est blessé. Alain et son collègue, Laurent, procèdent au contrôle de cet équipement, utilisé pour lever et installer des composants pouvant atteindre plus de 560 tonnes. Il s’agit d’un appareil primordial en terme de sûreté nucléaire et de sécurité des travailleurs.

Le rapport des inspecteurs révèle qu’EDF a mis en place un dispositif non conforme, qui ne dispose d’aucun système d’arrêt d’urgence. Vu la gravité des faits constatés, Alain et son collègue alertent à plusieurs reprises EDF. Le premier électricien de France ignore ces rappels à l’ordre. Il s’apprête même à utiliser son dispositif à haut risque pour installer la cuve du réacteur, mettant ainsi en danger les salariés et les installations. Les deux inspecteurs saisissent la Direction régionale du travail (DIRECCTE) pour mettre en demeure l’électricien. EDF dispose alors de six mois pour rendre sa machine aux normes. D’ici là, interdiction formelle de l’utiliser.

Mais EDF n’a pas l’intention de respecter la loi. Il a d’ailleurs préparé une grande journée de communication en rameutant la presse locale et nationale pour assister à l’installation de la cuve de l’EPR.

La direction régionale du travail rappelle alors EDF à l’ordre, dans un courrier du 16 janvier 2014 : « Vous envisagez de réaliser les premières manutentions dès le 21 janvier 2014. Je vous rappelle qu’il n’existe aucune possibilité, applicable à votre situation, de déroger à la loi qui interdit d’utiliser des équipements de travail qui ne répondent pas aux règles techniques de conceptions. »

Allant à l’encontre de ses propres inspecteurs et de la Direction régionale du travail, c’est le directeur général de l’Autorité de sûreté nucléaire, en personne, qui, le 21 janvier 2014, écrit à EDF : « Je vous informe ne pas avoir d’objection à la réalisation des opérations de levages des gros composants. » La direction de l’ASN autorise ainsi EDF à enfreindre la loi et à utiliser un équipement dangereux, en l’état, pour les salariés et la sûreté nucléaire.

Les faits sont si graves que le procureur de la République Éric Bouillard décide d’y donner suite en ouvrant une enquête préliminaire. Motifs : « Mise à disposition aux salariés de matériel dangereux » et « utilisation de ce matériel malgré une mise en demeure ».

En juin 2014, il la transmet à Nanterre, afin « que soit entendue la direction de l’Autorité de sûreté nucléaire », dont le siège est situé à Montrouge, en région parisienne.

Contacté par Mediapart, le procureur Éric Bouillard souhaite comprendre pourquoi l’ASN, une autorité « qui doit être indépendante à l’égard de celui qu’elle contrôle, surtout en matière de sûreté nucléaire, a contredit ses propres inspecteurs et a autorisé EDF, alors qu’il existait une interdiction d’utiliser cette machine, à enfreindre la loi au risque de mettre en danger des hommes et des installations ». Depuis, Éric Bouillard a été nommé à la tête du parquet d’Ajaccio. Il a tenté avant son départ, en septembre 2015, de savoir où en était l’enquête du côté de Nanterre : silence radio.

Contacté par Mediapart, Nanterre explique ne pas retrouver le dossier d’enquête. Est-il resté au fond des tiroirs ? Impossible donc de se pencher sur les liens entre l’ASN et EDF. La transparence a ses limites.

Après ce nouvel affront de leur direction, Laurent, le collègue d’Alain, ne tiendra pas longtemps. Épuisé psychologiquement, il devra cesser son travail, en juillet 2014. Le président de l’ASN, Pierre-Franck Chevet, n’ignore rien de la situation. En effet, suite au burn-out de son collègue, Alain lui adresse, le 30 juillet 2014, un courrier détaillé faisant état de l’ensemble des pressions subies.

La réponse du président de l’ASN ne viendra que deux mois plus tard. Il félicite le travail de l’inspecteur et regrette à demi-mot le comportement d’EDF. Cependant, nulle part, il n’y est fait mention des diverses pressions exercées. Encore moins des solutions pour y remédier. Ainsi que le regrette Alain, « le courrier du président de l’ASN n’exprime aucune reconnaissance des “dysfonctionnements” que je décrivais ni aucune proposition de nature à éviter qu’ils ne se renouvellent ».

Avec le départ de son collègue, la situation d’Alain ne va pas s’améliorer. Épuisé, il assume, seul, le travail de deux inspecteurs. Mais un espoir survient, en septembre 2015, lorsqu’il apprend que son collègue, Laurent, est prêt à réintégrer son poste, toujours vacant. Fausse joie. Le 16 octobre, il apprend officieusement que la direction de l’ASN s’oppose au retour de Laurent, pourtant seul postulant à ce poste.

Alain s’effondre et envoie ce mail à sa direction : « Je suis au bord de l’explosion. D’un côté par la charge de travail avec des dossiers importants… de l’autre la perspective qu’il n’y ait toujours personne sur le poste alors qu’il y a un candidat [Laurent] qui correspond parfaitement est juste insupportable pour moi. Quel est l’objectif réel de l’ASN ? Me détruire ? Me pousser au départ ? Au burn-out ? Au suicide ? » Le même jour, une alerte du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) est lancée pour « danger grave et imminent » concernant Alain, en « situation professionnelle de détresse ». Alain a été en arrêt maladie durant sept mois.

Alain et son collègue ne sont pas seuls. Plus de dix ingénieurs de l’Autorité de sûreté nucléaire ont tenu à leur apporter, par écrit, leurs témoignages et soutiens. Tous reconnaissent l’investissement et la rigueur des deux inspecteurs, formant un « binôme efficace et vertueux » pour reprendre l’une des attestations. Alain est notamment présenté comme « un agent performant et motivé ayant une énorme capacité de travail, très soucieux de sa mission au service des conditions de travail des salariés ». Certains ingénieurs s’interrogent, également, sur le comportement de leur direction à leur encontre.

 

Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) (Reuters/Charles Platiau)

L’un d’entre eux fait ce constat: « Les difficultés avec l’exploitant (EDF) et pressions sont supportées directement par l’inspecteur et pas par l’administration (l’ASN). Cette situation est d’autant plus difficile lorsque les positions de la hiérarchie de l’ASN et de l’inspecteur ne sont pas partagées… J’ai souvenir d’un moment difficile pour Alain et son homologue, lorsqu’ils ont constaté que le pont polaire de l’EPR, et surtout les équipements devant soulever les équipements lourds, n’étaient pas conformes à la réglementation. Là encore, ils ont eu beaucoup de mal à faire accepter leur position par la hiérarchie de l’ASN […]. Pour conclure, je suis inquiet de la situation, singulièrement pour la santé d’Alain, mais également plus largement en observant que l’administration ne sait pas prendre en compte les risques psycho-sociaux encourus par ses agents. »

Alors même que le silence est d’usage au sein du corps des Mines, Alain a également reçu une lettre signée par dix-neuf ingénieurs de l’Autorité de sûreté nucléaire, en avril 2016. En voici un extrait : « Nous tenions à t’exprimer notre soutien et notre admiration devant ton courage. Ton courage, nous le connaissions déjà. Il était clair devant ton investissement sans relâche […]. Ton courage à ne jamais baisser les armes dans l’adversité quand la plupart d’entre nous auraient sans doute plié pour se protéger. En s’y mettant à tous, on va bien trouver un moyen de te renvoyer l’ascenseur […]. »

Le burn-out d’Alain n’a pas été sans conséquence à l’intérieur de l’ASN. Pierre-Franck Chevet a adressé, en mai 2016, à la division de Caen, dont dépend l’ingénieur, le message suivant : « Bonsoir, je comprends l’émotion que vous avez ressentie à la suite de l’intervention de Alain. Un point a eu lieu entre les représentants du personnel siégeant au CHSCT et la direction générale de lʼASN. Cette réunion a permis un partage d’informations et un examen des premières actions pouvant contribuer à vous apporter un soutien. J’invite celles et ceux d’entre vous qui en éprouvent le besoin à s’adresser à la cellule d’écoute qui vient d’être mise en place […]. »

Le CHSCT a lancé une expertise sur les conditions de travail, confiée au cabinet Idenea qui devrait prochainement rendre ses conclusions. Alain ne serait pas un cas isolé au sein de l’ASN, selon le CHSCT, qui n’a pas souhaité s’exprimer davantage sur la situation. L’ASN a refusé de reconnaître l’épuisement professionnel d’Alain en accident du travail.

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 13:02

Les hydrofluorocarbures utilisés pour le refroidissement constituent de puissants gaz à effet de serre

Par Clémentine Thiberge pour Le Monde le 15 octobre 2016.

C'est une nouvelle victoire dans la lutte contre le changement climatique. Les 197 Etats signataires du protocole de Montréal, réunis à Kigali (Rwanda) pour le 28e sommet des parties au protocole, ont négocié, dans la nuit du 15  octobre, les derniers détails d'un accord sur le climat, qui aura mis sept ans à aboutir. Les discussions ne se sont pas déroulées sous les feux des projecteurs, contrairement à l'accord de Paris de décembre  2015. Mais ses résultats pourraient avoir un impact aussi significatif, voire davantage, sur le ralentissement du changement climatique. L'amendement de Kigali – nom officiel de l'accord – signe en effet la fin progressive des hydro-fluorocarbures (HFC), gaz dont l'effet de serre est 14 000 fois plus puissant que le CO2. Ces gaz sont principalement utilisés comme réfrigérants, dans les climatiseurs et les réfrigérateurs.

Les réunions ministérielles, qui ont débuté jeudi, se sont déroulées sous haute tension car, selon Clare Perry, une responsable de l'ONG Environmental Investigation Agency, " aucun pays ne veut être responsable de l'échec de la plus grande avancée de l'année 2016 en matière de climat. "

En effet, cet amendement vient se greffer au protocole de Montréal, un des traités environnementaux les plus efficaces jamais négociés. Adopté en  1987 par la communauté internationale, ce traité a abouti, entre autres, à la suppression définitive des chlorofluorocarbures (CFC), principaux responsables de la destruction de la couche d'ozone. Les CFC font également partie des gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique. Grâce aux efforts consentis depuis cette date, le trou dans la couche d'ozone a diminué d'une superficie équivalente à celle de l'Inde.

Hausse annuelle de 10  % à 15  %

Seul point noir : ce traité a engendré une explosion de l'utilisation des hydrofluorocarbures. Introduits après le protocole de Montréal comme produits de substitution aux CFC, employés principalement comme gaz réfrigérants et agents propulseurs dans les aérosols. Selon une étude de l'université de Berkeley, leurs émissions progressent aujourd'hui à un rythme annuel de 10 à 15  %.

L'élimination des HFC est donc désormais un des leviers d'atténuation du changement climatique les plus rapides, disponible à moyen terme. Les premières estimations montrent que l'accord trouvé dans la nuit du 15  octobre permettra d'atteindre environ 72  milliards de tonnes équivalent CO2 d'émission évitées d'ici à 2050 – ce qui représente l'équivalent des émissions annuelles de l'Allemagne. A plus long terme, la réduction cumulée des émissions mondiales pourrait éviter jusqu'à 0,5  °C de réchauffement à l'échelle mondiale d'ici à 2100, et ainsi permettre de réaliser un quart de l'objectif de 2  °C fixé par l'accord de Paris sur le climat, selon une étude publiée l'an dernier par l'Institut pour la gouvernance et le développement durable (IGSD), un think tank basé à Washington.

" Un amendement ambitieux sur les HFC est probablement l'action la plus importante que nous puissions réaliser à ce stade pour limiter le réchauffement de notre planète et la protéger pour les générations futures, a annoncé le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, dans son discours à l'attention des parties. Aucun pays n'a le droit de tourner le dos à cet effort. "

Et tous ont joué le jeu en fonction de leurs capacités. Le texte de l'accord divise les pays en trois groupes en fonction de la date à laquelle ils devront réduire l'usage de ces gaz industriels. Tous ensemble, les pays devront réduire les niveaux de HFC de 85 % d'ici à 2047. Les pays développés, comprenant les Etats-Unis et la plupart des pays d'Europe, ouvriront le chemin : ils s'engagent à diminuer l'usage des HFC de 10  % d'ici à 2019 pour les supprimer progressivement d'ici à 2050. Le groupe ambitieux de pays en voie de développement, qui inclut la Chine, a décidé de geler leur production d'ici à 2024. Enfin, alors que le pays était pressenti comme un des freins à l'amendement, l'Inde a consenti, avec un petit groupe de pays moins ambitieux, à geler sa production de HFC d'ici à 2028. L'accord trouvé pour ce dernier groupe a permis de tenir compte des inquiétudes des pays situés dans les régions les plus chaudes de la planète – principalement les pays du Golfe – qui dépendent énormément des systèmes de climatisation.

" Victoire pour le climat "

Afin d'accompagner la transition de ces régions, seize pays – dont les Etats-Unis, le Japon, l'Allemagne et la France – et plusieurs -organismes et donateurs privés ont promis de verser une aide de 80  millions de dollars (71,5  millions d'euros). A titre d'exemple, la suppression des HFC d'ici 2050 coûterait à l'Inde environ 34  milliards de dollars (30  milliards d'euros), selon une étude du -Conseil en énergie, environnement et eau.

Pour Didier Hauglustaine, directeur de recherche au CNRS, la transition ne devrait pas être difficile. " Les industriels ont montré qu'ils étaient capables de le faire pour les CFC. Il n'y a pas de raison pour que ce soit différent pour les HFC, explique-t-il. Le protocole de Montréal a été bénéfique pour l'ozone dans l'élimination des substances nocives, il devrait l'être aussi pour le climat. " Pour le chercheur, l'amendement adopté est " le lien entre le protocole de Montréal et l'accord de Paris, entre la protection de l'ozone et celle du climat. " Et, à la différence de l'accord de Paris, le protocole de Montréal est un traité cœrcitif qui engage tous les pays dans des mesures d'atténuation obligatoires, et qui est soutenu par des sanctions. Une bonne nouvelle, donc, pour l'application du traité.

" C'est une grande victoire pour le climat, confirme Miguel Arias Cañete, commissaire européen au climat et à l'énergie. Nous avons pris des mesures concrètes pour honorer nos engagements faits à Paris au mois de décembre  2015. " Lors de l'accord de Paris, qui devrait entrer en vigueur en novembre lors de la COP22 de Marrakech, la communauté internationale s'était en effet engagée à contenir la hausse des températures " bien en deçà des 2°  C " et " poursuivre les efforts " pour la limiter à 1,5  °C. Jusqu'à présent les engagements volontaires des Etats mettent le climat terrestre sur la trajectoire d'un réchauffement d'environ 3  °C.

Une avancée majeure saluée par la              communauté internationale

L'accord de Kigali, adopté samedi 15  octobre, n'a pas bénéficié de la même mise en lumière, ni de la même couverture médiatique, que l'accord de Paris. Il est pourtant autant, sinon plus ambitieux en matière de lutte contre le changement climatique. La communauté internationale, qui a travaillé depuis sept ans sur ces négociations, s'est félicitée d'un " accord historique ".

" Nous nous souviendrons de ce jour comme l'un des plus importants dans nos efforts pour sauver la seule planète dont nous disposons ", a souligné l'Agence américaine pour la protection de l'environnement. Application concrète de l'accord de Paris, cet amendement doit permettre d'éviter l'émission de 73  milliards de tonnes d'équivalent CO2 d'ici à 2050. " A Paris, nous avions promis de protéger le monde des pires effets du changement climatique, a réagi le directeur du programme des Nations unies pour l'environnement, Erik Solheim. Aujourd'hui, nous honorons cette promesse. "

" Cet amendement est une avancée majeure, confirme David Doniger, le directeur du programme Climat et air de l'ONG américaine Natural Defence Resources council. C'est le plus grand pas que nous pouvions faire dans l'année suivant l'accord de Paris contre les menaces croissantes du changement climatique. C'est un signal clair envoyé au marché pour commencer à remplacer les produits chimiques dangereux avec une nouvelle génération d'alternatives respectueuses du climat et économes en énergie. "

Les alternatives aux HFC sont disponibles

Hydrocarbures, eau, dioxyde de carbone, ammoniac, les alternatives aux HFC sont aujourd'hui déjà disponibles. Mais leur gestion sera le point crucial de ces prochains mois. " Le succès de cet accord sera déterminé par la façon dont les pays en développement vont se passer des HFC, prévient Paula Tejon Carbajal, de l'ONG Greenpeace International. Et il faudra surtout éviter encore une autre alternative chimique comme les HFC toxiques et adopter des réfrigérants naturels. Ce sera décisif dans les mois et les années à venir. "

Pour la France, la ministre de l'environnement s'est " réjouit de l'accord obtenu " mais, contrairement au secrétaire d’État américain John Kerry, Ségolène Royal n'a pas fait le déplacement pour ces négociations. Le pays, représenté par l'ambassadeur Xavier Sticker, s'était investi en amont sur les engagements financiers mis en place pour permettre aux pays des régions les plus chaudes une transition plus efficace.

Cet accord intervient à la veille de l'ouverture de la COP22, qui aura lieu au Maroc du 7 au 18  novembre. " La marche vers Marrakech commence aujourd'hui à Kigali. C'est l'étape la plus importante de la mise en œuvre de l'accord de Paris, a précisé Hakima El Haite, la ministre marocaine de l'énergie, l'eau et l'environnement et Championne du climat pour la COP22. Un mouvement global d'actions concrètes a commencé, et nous ne retournerons pas en arrière. "

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 15:45

La firme américaine est accusée par des associations d’avoir commercialisé des produits toxiques responsables de la mort de milliers de personnes.

Par Rémi Baroux pour LE MONDE le 14 octobre 2016 sur http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2016/10/14/la-multinationale-monsanto-traduite-devant-un-tribunal-international-citoyen_5013629_3244.html

Monsanto traduit devant un tribunal international citoyen à La Haye

Les charges retenues contre la multinationale Monsanto sont lourdes et lui valent d’être poursuivie devant un tribunal international qui se réunit à La Haye (Pays-Bas) les samedi 15 et dimanche 16 octobre. Accusée de « violations des droits humains, crimes contre l’humanité et écocide », la firme américaine se voit notamment reprocher la commercialisation de produits toxiques qui ont causé la mort de milliers de personnes, comme les polychlorobiphényles (PCB), le glyphosate – herbicide connu sous la marque Roundup – ou encore l’acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique (ou 2,4,5-T), constituant de l’« agent orange », herbicide pulvérisé par avion au-dessus des forêts par l’armée américaine durant la guerre du Vietnam.

La société, née aux États-Unis en 1901 – son créateur John F. Queeny l’avait baptisée ainsi en hommage à son épouse Olga Monsanto – se voit aussi traînée sur le banc des accusés pour un modèle d’agriculture industrielle générateur de fortes émissions de gaz à effet de serre, pour la dépendance du monde paysan à ses semences et leurs brevets, pour le « lobbying auprès des agences de réglementation et des autorités gouvernementales »… en bref, pour l’ensemble de son œuvre.

Le procès est symbolique : il est organisé par un réseau associatif et militant, mais ce sont bien cinq juges de renommée internationale qui vont avoir la charge d’évaluer les faits reprochés à Monsanto et de juger des dégâts causés par la multinationale. La Sénégalaise Dior Fall Sow est consultante pour la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, et ex-avocate générale du Tribunal pénal international pour le Rwanda. L’Australienne Gwynn MacCarrick a travaillé, elle, auprès du bureau du procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Quant au Mexicain Jorge Abraham Fernandez Souza, il a notamment été rapporteur au tribunal Russell sur la répression en Amérique latine et est conseiller auprès de la commission nationale d’arbitrage entre l’Armée zapatiste de libération nationale et le gouvernement mexicain.

« Une mascarade » pour Monsanto

Vingt plaignants venus des Amériques, d’Afrique, d’Asie et d’Europe, leurs avocats et trente témoins et experts des cinq continents complètent le dispositif de ce rendez-vous qui a été annoncé durant la conférence de Paris sur le climat, la COP21, début décembre 2015. Dans le comité d’organisation de ce Tribunal Monsanto, se retrouvent l’Indienne Vandana Shiva, ardente défenseure des causes environnementales et féministes, l’avocate française Corinne Lepage, Olivier De Schutter, ancien rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, la juriste en droit international Valérie Cabanes ou encore Ronnie Cummins, directeur international de la puissante organisation de consommateurs aux États-Unis, l’Organic Consumers Association (OCA).

Ce procès se veut « exemplaire contre les entreprises transnationales et leurs dirigeants qui contribuent au dérèglement du climat et de la biosphère, menaçant la sûreté de la planète », et il dépasse le seul cas de Monsanto. La multinationale a d’ailleurs sans surprise décliné l’invitation à participer à cette mise au pilori. Pour Monsanto, ce procès est « une parodie » qui « détourne l’attention de discussions essentielles sur les besoins en alimentation et en agriculture du monde entier ». Il n’était donc pas question d’y participer.

Pour Monsanto cette « mascarade » est orchestrée par la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique, « une instance qui chapeaute les organisations d’agriculture bio et leurs associés (…) et bien d’autres qui s’opposent fondamentalement à l’agriculture moderne »

De leur côté, les organisateurs du Tribunal Monsanto font valoir que l’ensemble de l’initiative représente un coût total d’environ 500 000 euros, financés par une levée de fond sur Internet et, pour moitié, par des sociétés comme Biocoop, des fondations comme celles de Léa Nature, Lehmann Natur (enseigne bio allemande) ou encore l’organisation OCA.

Faire évoluer le cadre du droit international

Mais le rendez-vous de La Haye ne se résume pas à une confrontation, médiatisée, entre des organisations écologiques et une multinationale spécialisée dans les biotechnologies agricoles, dont le jugement ne sera pas communiqué avant décembre. Outre la condamnation d’un système agro-industriel, l’enjeu est de faire évoluer le cadre du droit international, en y intégrant le crime d’écocide, c’est-à-dire toute attaque contre l’environnement, destruction ou altération durable des écosystèmes dont dépendent les populations.

En organisant le procès Monsanto, ainsi que l’Assemblée des peuples qui se tiendra en parallèle – six cents personnes se sont inscrites pour ces deux événements –, à quelques centaines de mètres du siège de la Cour pénale internationale (CPI), le message est clair. « Il faut amender le statut de Rome [celui de la CPI] pour y intégrer le crime d’écocide, aux côtés de ceux de génocide, de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité », professe ainsi Valérie Cabanes. Et de rappeler qu’il a fallu plus d’une cinquantaine d’années – après le tribunal de Nuremberg, en 1945 – pour qu’une institution juridique internationale vouée à juger les crimes internationaux les plus graves, la CPI, ne voie le jour en juillet 1998.

Le débat avance : le 15 septembre, la CPI a annoncé qu’elle allait se pencher sur les crimes contre l’environnement (destruction environnementale, exploitation illégale des ressources naturelles et dépossessions foncières illicites).

Pour les plaignants et les organisateurs de ce tribunal, l’enjeu est, au-delà du cas Monsanto, de faire en sorte que les dirigeants d’entreprises et les responsables politiques puissent être jugés et condamnés pour des destructions de terres, des pollutions d’océan ou encore de sources d’eau potable.

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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 13:59
Juste lancé, le coopek est la première monnaie « nationale d’intérêt local »

Le coopek est une nouvelle monnaie complémentaire, lancée lundi 3 octobre. Mais pas locale : c’est dans tout le pays qu’on pourra l’utiliser. Parmi ses innovations, la dématérialisation et la capacité d’emprunter.

Par Baptiste Giraud, correspondance de Bordeaux (Gironde) pour Reporterre sur https://reporterre.net/Juste-lance-le-coopek-est-la-premiere-monnaie-nationale-d-interet-local.

Ce devait d’abord être une monnaie régionale, le mipys (pour Midi-Pyrénées). Puis l’occito, suite à la fusion des régions. Finalement ce sera… le coopek, et pour toute la France ! « L’échelon local ne suffit pas pour faire de l’investissement et financer des projets. Alors, on a décidé que le fonctionnement serait national, mais d’intérêt local », explique l’initiateur du projet, Gérard Poujade. Alors qu’une bonne trentaine de monnaies locales complémentaires (MLC) circulent déjà en France, que d’autres sont en préparation, ce changement d’échelle pourrait donner un sacré coup de fouet à l’économie alternative.

Maire de la commune du Séquestre (Tarn), ancien vice-président de la région Midi-Pyrénées et démissionnaire du PS en 2015, Gérard Poujade insiste : « Le coopek se veut la monnaie de la transition énergétique, alimentaire, bas carbone, et sociale. »

Comment ? D’abord, comme toute MLC, en incitant à consommer les produits de producteurs et distributeurs locaux respectant une charte. Le coopek reprend à son compte les valeurs portées par les monnaies locales : placer l’humanité et ses besoins au centre du système économique, empêcher la spéculation, développer une économie locale non délocalisable et respectueuse de l’environnement. Le tout dans un cadre démocratique, puisque les coopeks seront émis par une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Chaque usager devra en être sociétaire, et pourra participer aux décisions lors des assemblées générales.

Des prêts à taux zéro

Ce beau programme, le coopek ambitionne de le réaliser à l’échelle du territoire national, et non plus d’un seul bassin local. Ainsi, de nombreux échanges monétaires qui échappaient aux MLC pourront se faire en coopeks : notamment l’achat de denrées alimentaires auprès de fournisseurs par les épiceries, ou de matériaux pour la construction de logements. « Pour installer des panneaux solaires, par exemple, il faut un bureau d’étude, un poseur, un fabricant d’électronique de puissance, un fabricant de panneaux, et un acheteur de l’énergie produite. Aujourd’hui, on a tous ces acteurs dans le réseau Coopek », explique avec fierté Gérard Poujade.

Deuxième nouveauté, et pas la moindre : le coopek permettra aux associations et entreprises de faire des emprunts. En coopeks bien entendu. « Vous voulez construire une centrale solaire, des logements sociaux, installer des maraichers ? On va pouvoir vous financer », affirme-t-il. Ces prêts à taux zéro fonctionneront sur le principe du « crédit mutuel interentreprises » et prendront la forme d’autorisations de découvert pour les porteurs de projets en adéquation avec la charte. Les entreprises ou associations concernées pourront alors investir en achetant du matériel, des biens, faire appel à des artisans, etc. le tout étant facturé en coopeks.

Concrètement, chaque particulier peut adhérer à la SCIC pour 50 € (qui lui sont reversés sous forme de coopeks à dépenser), puis s’abonner au système de paiement électronique pour 20 € par an. Car, pour des raisons pratiques, il était nécessaire que le coopek soit numérique. Plutôt que de s’envoyer des enveloppes de billets, et de passer son temps à compter les petites coupures, chaque utilisateur disposera d’une carte de paiement et d’un compte accessible sur le web.

« Prendre le temps de construire au fur et à mesure le réseau »

Ainsi, si je « change » 100 €, mon compte sera crédité de 105 coopeks (un bonus de 5 % est appliqué) à dépenser dans le réseau de professionnels adhérents. En parallèle, un autre 5 % est versé à un fonds de dotation, Écodota (partenariat entre Coopek et Sylvestris, la maison-mère d’Écocert), dont la finalité est de financer par des dons des projets relevant de l’économie sociale et solidaire. Enfin, les 100 € « changés ». Et cet argent ne dormira pas, mais permettra à la banque d’octroyer des prêts (en euros), pour des projets de transition énergétique.la Nef en coopeks alimentent un fonds de garantie (c’est une obligation légale) déposé à

« On est l’inverse du mec qui sort l’iPad et veut faire un énorme buzz le jour J, plaisante Gérard Poujade. On veut prendre le temps de construire au fur et à mesure le réseau avec les usagers qui s’y intéressent. » Pour y parvenir, la SCIC a découpé le territoire en plus de 300 « secteurs » géographiques, qui seront « aktivés ») sont opérationnels.en Occitanie les uns après les autres une fois qu’ils contiendront suffisamment de particuliers et de professionnels partenaires. Aujourd’hui, 14 secteurs (surtout

Pour arriver à couvrir tout le territoire, le directeur du coopek et son équipe estiment qu’il ne faudra pas moins de trois ans. « Les gens qui vont adhérer tout de suite vont nous servir à monter le réseau : regardons ensemble qui a envie d’en faire partie parmi les entreprises, artisans, et autres. Il faut une progression robuste du coopek, de telle sorte que les gens apprennent à s’en servir, y voient un intérêt, se l’approprient et soient porteurs du projet. »

« Faire passer à l’étape électronique » les monnaies locales complémentaires

Dans ce nouveau système ambitieux, quid des MLC existantes ? « Au départ, il y avait une peur de la compétition, confie Philippe Derudder, grand promoteur des MLC. Mais après discussion, je perçois que le coopek pourrait devenir un outil de liaison entre toutes les MLC de France. En particulier pour permettre aux distributeurs de payer à distance leurs fournisseurs en monnaie électronique. Car, il reste difficile de trouver au niveau local toutes les productions dont on a besoin, et les vendeurs locaux se fournissent bien souvent en dehors du territoire local. »

Frédéric Bosqué, membre du mouvement Sol, était lui aussi méfiant au départ. Mais aujourd’hui, même s’il regrette que l’ensemble du réseau des MLC n’ait pas été associé dès le départ, il reconnaît que leur point de vue a été pris en compte pour améliorer le projet. Il espère que le coopek permettra de « faire passer à l’étape électronique » les MLC : « Beaucoup de collectivités notamment refusaient de participer aux MLC tant que cela ne fonctionnait qu’avec des billets », dit-il. Le coopek pourrait donc les aider en devenant un complément électronique à leur monnaie physique.

Si l’inquiétude n’a pas complètement disparu, il y a « une carte à jouer », estime Derudder, selon qui « le désir de coopération » est pour l’instant le plus fort. Le coopek bénéficie du soutien de la région Occitanie, de la société Biocoop, de coopératives d’activité et d’emploi (CAE) et de nombreuses PME de l’économie sociale et solidaire. Alliée aux réseaux militants locaux des MLC, cette nouvelle monnaie complémentaire pourrait un jour devenir incontournable.

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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 09:54

Les réfugiés ne fuient pas que la guerre. Pour des femmes et des hommes d'Afrique ou du Moyen-Orient, il s'agit aussi d'échapper aux persécutions dues à leur homosexualité. Même si celles-ci sont loin de s'interrompre à leur arrivée en Europe.

Par Blaise Gauquelin, correspondant du Monde à Vienne (France).

POLINE HARBALI

POLINE HARBALI

Adeyinka est une " fière Nigériane ". C'est important pour elle de le dire, même si, comme, pour les autres réfugiés interrogés, nous avons dû changer son nom pour ne pas la mettre en danger. " Au pays ", elle ne manquait de rien. Son père avait beaucoup d'argent. Elle y a fait d'excellentes études. Et elle " aime sa religion ", l'islam. A 33  ans, hébergée dans un foyer réservé aux lesbiennes migrantes, dans la banlieue de Vienne, en Autriche, elle survit désormais avec les quelques dizaines d'euros que lui donne chaque semaine une association caritative chrétienne.

" Je suis belle, et cela m'a causé beaucoup de problèmes. Je serais morte si je n'avais pas pris la route ", énonce-t-elle sur un ton déterminé, dans un bar où elle se sent en confiance, parce qu'elle est accompagnée d'une responsable de l'association autrichienne Queer Base, l'une des très rares en Europe à apporter, grâce à des fonds municipaux, un soutien spécifique aux demandeurs d'asile gays, trans et lesbiens.

Le parcours d'Adeyinka est à l'image de celui des milliers d'homosexuels qui ont gagné l'Europe au milieu des Syriens, des Irakiens et des Afghans fuyant les conflits, à l'occasion de la vague historique des migrants de 2015. Il est entaché de la violence particulière -réservée aux minorités sexuelles, mais aussi éclairé d'une entraide qui semble spécifique à cette communauté.

Beaucoup de migrants prennent la route pour des raisons intimes. C'est un fait méconnu par les sociétés occidentales, comme par leurs pouvoirs publics. Et pour cause : la plupart du temps, les principaux intéressés cachent les raisons réelles de leur exil forcé, ce qui complique leur accès à l'asile.

Il est difficile de prendre contact avec eux. Encore plus dur d'obtenir leur confiance. Ils ont peur de la trahison et de la mort, car leur tête, souvent, est mise à prix par un clan, une tribu, un chef de famille ou une autorité religieuse.

C'est le cas pour Adeyinka, notre " belle Nigériane ", qui ose pour la première fois raconter la litanie de brimades que constitue sa vie. Elle a été mariée de force à un homme d'affaires " laid et vieux ". " Il se disait très pieux, mais cela ne l'a pas empêché de me -violer et de me mettre enceinte plusieurs fois, alors qu'il voyait le dégoût que m'inspirait le moindre de nos contacts. Ses enfants, mes enfants, je les ai détestés. "

Un jour, elle est surprise en train de faire l'amour avec sa maîtresse et battue à coups de ceinture. Son époux la jettera ensuite dans la voiture de deux hommes. " Ils m'ont enfermée dans une maison où j'ai été torturée sexuellement pendant des jours. J'ai réussi à m'enfuir, j'ai récupéré l'argent que j'économisais depuis des années en secret et je suis partie. "

Le Niger, la Libye : la jeune femme connaissait bien le chemin de l'Europe. Elle avait préparé sa route. Pour traverser la Méditerranée, comme des centaines de milliers d'anonymes, elle a payé ces passeurs redoutés, qui font basculer les destins. " Pour nous, femmes noires, la couleur de nos peaux est une malédiction. Aux yeux des trafiquants, nous valons plus que l'or ! Ils m'ont vendue à la mafia nigériane, en Italie. J'avais quitté un enfer, pour devoir en découvrir un autre, sans doute plus sombre encore. "

Adeyinka aurait dû servir dans un réseau de prostitution forcée. Pourtant, la route des migrants homosexuels est parfois semée d'anges gardiens. Car nombre d'entre eux doivent en effet leur survie à des gays et des les-biennes, qui les ont aidés dans leur périple. " Un homo italien a tout de suite compris que je n'étais pas comme les autres filles. Je me suis sentie en confiance. Je lui ai dit que j'étais lesbienne. Il m'a pris un billet de train et m'a dit d'aller en Autriche. Si j'étais restée en Italie, les Nigérians m'auraient tuée. Ici, dès que je croise une femme noire, je regarde ailleurs. Je sais que la mafia me recherche. Dans la rue, je ne parle à personne. Les hommes m'accostent sans arrêt : “How much, how much ?” Ils veulent encore -disposer de mon corps. "

" Surtout ne pas attirer les ennuis "

Adeyinka, qui ne sait pas ce que sont devenus ses enfants et ne pense pas les revoir un jour, ne se sent à son aise que les jeudis, à la tombée de la nuit. Toutes les semaines, une soirée est organisée pour que les demandeurs d'asile homosexuels puissent se retrouver, casser leur isolement, se rendre compte qu'ils ne sont pas tout seuls.

Le lieu de leur rencontre est tenu secret : les menaces sont multiples. Une transsexuelle a été retrouvée morte étranglée en janvier 2015 dans sa chambre de Vienne. Elle était pourtant originaire d'un pays souvent considéré comme sûr : la Turquie, où les conditions de survie des personnes transgenre sont en fait terrifiantes. Il est très difficile à leurs ressortissants d'obtenir le statut de réfugié en -Europe. Il n'y a pas longtemps, un Irakien jugé efféminé s'est fait insulter par une famille arabe, dans le métro. Il y a aussi les skinheads, qui aiment à " casser du pédé ". Et puis, bien sûr, le danger islamiste. " Mais heureusement, on a de bons contacts avec une des membres de l'association LGBT de la police, qui a sensibilisé ses collègues à notre cas particulier ", explique Cécile Balbous, une Française, salariée de Queer Base. Une fois à l'intérieur, les demandeurs d'asile se lâchent.

Ils sont chaque fois une cinquantaine. -Maçon originaire des territoires conquis au Moyen-Orient par le groupe Etat islamique, serveur somalien, étudiante afghane : tous échangent avec des Autrichiens venus pour les aider. Leur hantise : qu'un djihadiste se fasse passer pour homo et intègre à son tour la soirée. Chaque fois, les nouveaux venus sont scrutés. Et gare aux hommes trop " virils " ou à ceux qui n'ont pas les bons codes vestimentaires : on les prend souvent pour des espions. Les préjugés n'épargnent personne.

Parmi les piliers du jeudi, il y a Mokhran. Cet Erythréen a passé six mois dans un camp du Tyrol à tenter de masquer son homosexualité pour échapper aux questions insistantes de certains des migrants. " Il faut faire le bonhomme dans ces camps, raconte-t-il en tirant sur sa cigarette. Dissimuler qui on est vraiment : mettre une capuche, marcher comme les autres réfugiés. Surtout ne pas attirer les ennuis. "

Cette fois, la soirée est proposée par une association gay juive. Les disques qui passent sont israéliens ou syriens. Et c'est la découverte de tout un monde pour Mokhran qui, à 19  ans, n'a lui aussi connu que les humiliations, l'angoisse et les coups. " C'est la première fois que je peux m'amuser, danser, rigoler, être moi-même ", hurle-t-il pour tenter de couvrir la musique des divas orientales.

" Les réfugiés viennent d'une zone interdite, commente Marty Huber, une autre salariée de l'association Queer Base. Au début, ils ne savent pas comment gérer leur liberté nouvelle. Pour eux, être homo parfois, c'est faire des trucs trash. On tente de canaliser un peu ces découvertes qu'ils font, après des années de frustration. " Les primo-arrivants sont conseillés sur les pratiques à risque, notamment lorsqu'ils pensent à devenir des travailleurs du sexe. On leur suggère de se faire discrets sur les réseaux sociaux : la géolocalisation des applications de drague sur mobile a par exemple valu à l'un d'eux d'être passé à tabac.

Certains demandeurs doivent également monter des dossiers complexes pour la prise en charge de traitements antirétroviraux ou hormonaux, très chers dans les deux cas. D'autres menacent de se suicider, coincés dans des coins de campagne depuis plus d'un an où ils sont brimés, dans l'attente de leur premier entretien. S'ils quittent la commune dans laquelle ils sont enregistrés, leur dossier de demande d'asile est suspendu – ils se retrouvent alors sans hébergement, sans sécurité sociale et sans argent –, et les homosexuels ne sont pas toujours considérés comme faisant partie des groupes vulné-rables pouvant déposer une demande de transfert vers Vienne.

" frères de destin "

On leur conseille également de ne jamais mentir aux personnels qui étudient leur demande, alors que certains ont peur de dévoiler la raison exacte de leur fuite, notamment à cause des traducteurs, dont plusieurs ont été jugés ostensiblement homophobes. Il faut parfois répondre aux questions intimidantes de l'employé du ministère de l'intérieur, qui s'étonne de voir des parcours de lesbiennes mariées et mères de famille ou demande pourquoi tel jeune homme ne tait tout simplement pas ses préférences sexuelles pour pouvoir retourner dans son pays d'origine.

Les réfugiés homosexuels souffrent de solitude. Comme les autres migrants, ils ont laissé derrière eux leur culture, leur pays, leur langue d'origine, mais aussi, la plupart du temps, leur entourage, dont ils doivent faire le deuil. Pour se reconstruire, ils se raccrochent à leurs " frères de destin ", ceux qui, comme eux, ont dû fuir en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

Un groupe d'Africains de l'Est, pas exemple, est devenu inséparable. Quatre garçons d'une vingtaine d'années, qui habitent tous dans une maison mise à leur disposition par la municipalité. Parmi eux, il y a Suleyman, qui ne sait ni lire ni écrire. Il a dû assister à la lapidation de son petit ami, enterré jusqu'à la tête. Lui-même a été condamné à mort.

Abdelkrim, un garçon androgyne de 19 ans qui veut devenir top-modèle et adore s'habiller en fille, est particulièrement content : hier, un dentiste lui a réparé les dents qu'on lui avait brisées, pour le punir de " s'être laissé monter comme une femme ". " Mes problèmes ont surgi lorsque j'avais 12 ans et que j'ai commencé à me maquiller, raconte-t-il. La tante qui m'élevait m'a alors interdit de sortir. Chez moi, si quelqu'un découvre que tu es gay, il doit te dénoncer, sinon il est puni aussi. " Emprisonné après un scandale, Abdelkrim devait être tué d'une balle dans la tête à sa majorité. Il a pu fuir grâce à la complicité d'un policier qui s'était entiché de lui. Un autre amoureux lui a fourni un faux passeport et le billet d'avion pour Istanbul.

Ce matin-là, flanqué de ses compagnons, il va chercher son allocation au siège d'une ONG. " On y va en groupe, comme ça, les autres réfugiés n'osent pas nous insulter ", murmure-t-il. Dans la rue, les quatre compères font semblant de ne pas se connaître. Ils écoutent Rihanna sur leurs iPhone.

En attendant le bus qui tarde à venir, Suleyman est accosté par un homme originaire du même pays que lui. Il ne lui répond pas. " S'il voit que je lui parle dans sa langue, il va nous filmer et poster la vidéo sur YouTube. " Des pages entières localisent les réfugiés homos en Europe et incitent à la violence à leur égard. Car même ici, la chasse aux gays n'est pas finie.

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 14:17

L'augmentation des températures est responsable de la perte cumulée de       40 000 kilomètres carrés de surfaces forestières depuis trente ans

Par Stéphane Foucart pour Le Monde le 11 octobre 2016.

À chaque grand feu de forêt, la question se pose du lien avec le changement climatique. Sans que jamais aucun chiffre ne puisse être donné. Dans une étude publiée lundi 10  octobre par la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), des chercheurs américains estiment, pour la première fois, la part prise par l'élévation des températures dans l'augmentation récente de fréquence et d'intensité des incendies dans le Grand Ouest américain. En Californie, en juin et en juillet, ils ont provoqué de grandes évacuations ; près de 90 000 personnes ont dû abandonner temporairement leur logement.

Les conclusions des chercheurs sont éloquentes : au cours des trente dernières années, le réchauffement aurait été le principal contributeur à l'augmentation des superficies forestières parties en fumée dans l'ouest des États-Unis. La hausse des températures serait responsable " d'un doublement de la superficie totale de forêt brûlée depuis 1984 ", écrivent les auteurs – l'équivalent de 40 000  kilomètres carrés cumulés depuis cette date. Soit, peu ou prou, la superficie de l'ancienne Aquitaine… Et ce, notent les auteurs, en dépit des sommes considérables investies par le gouvernement dans la lutte contre les incendies : plus de 2  milliards de dollars (1,8  milliard d'euros) en  2015.

Les causes de la contribution du réchauffement au risque d'incendie sont bien connues. Les auteurs mettent en avant la prévalence accrue de la sécheresse et l'allongement de la saison à risque – celle-ci est passée de dix-neuf jours au début de la période étudiée à vingt-huit jours en moyenne. Les variations de ces paramètres au cours de la période étudiée " permettent d'expliquer la grande majorité de la tendance observée ", explique Park Williams, chercheur au Lamont-Doherty Earth Observatory (université Columbia à New York) et coauteur de ces travaux.

Insectes xylophages

En réalité, les auteurs ont probablement, de leur propre aveu, sous-estimé la contribution du changement climatique aux feux de forêt. En particulier, leur étude n'a pas tenu compte des insectes xylophages qui, grâce à l'augmentation des températures, peuvent s'installer à des latitudes plus hautes. L'augmentation de la mortalité des arbres due à ces ravageurs conduit à une accumulation de bois sec, présumée favorable aux départs de feu.

" Il y a beaucoup de travaux conduits en ce moment sur cet aspect, tempère toutefois M. Williams. Et on constate dans certains cas que les forêts où ces insectes ravageurs ont tué beaucoup d'arbres ne sont pas nécessairement plus sensibles au risque d'incendie. "

Dans le sud de la France, le changement climatique devrait également conduire à un risque accru d'incendies. Au tournant du siècle, les seules régions françaises classées à haut risque d'incendies estivaux étaient celles de l'arc méditerranéen. Mais, selon des simulations numériques conduites par Météo France, croisées avec les données de l'Office national des forêts, toute l'Aquitaine sera également classée au même niveau de risque avant le milieu du siècle, en raison de l'augmentation des températures.

Pourtant, et de manière contre-intuitive, en dépit de ce risque théorique accru, la forêt méditerranéenne française ne brûle pas plus aujourd'hui qu'à la fin des années 1980. Au contraire : abstraction faite de l'été caniculaire de 2003, qui détient le record avec 70 000 hectares partis en fumée, la tendance est largement à la baisse. D'environ 35 000 hectares en moyenne annuelle dans les années 1980, les pertes dépassent rarement 10 000 hectares par an depuis 2004. Et ce, malgré le réchauffement.

Vérité aux États-Unis, erreur en Europe ? " De nombreux facteurs interviennent et le réchauffement climatique n'est que l'un d'eux, explique Park Williams. La grande différence entre la plupart des forêts européennes et la forêt de l'ouest des États-Unis est que les premières sont au contact des hommes depuis des milliers d'années et sont donc fragmentées, tandis que la seconde représente des superficies immenses encore sauvages. "

À mesure que la forêt américaine brûlera et, elle aussi, se fragmentera, " on devrait voir les surfaces incendiées cesser d'augmenter et plafonner ", prévoit M. Williams. Maigre consolation.

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 14:52
Bagnolet, lundi. L’association des Sans-radios de l’Est parisien, présidé par Michel Léon, a obtenu la pose d’un émetteur de Radio numérique terrestre sur la tour des Mercuriales. Avec un poste adapté, finie le brouillage sur les ondes. (LP/E.M.)

Bagnolet, lundi. L’association des Sans-radios de l’Est parisien, présidé par Michel Léon, a obtenu la pose d’un émetteur de Radio numérique terrestre sur la tour des Mercuriales. Avec un poste adapté, finie le brouillage sur les ondes. (LP/E.M.)

Après une action collective en justice à laquelle j’ai participé, voici le communiqué de l’association fondée il y a 14 ans, et l’article du Parisien rendant compte de cette victoire citoyenne. Bonne lecture                                                                 Pierre Stoeber

Communiqué   Radio France en RNT dans l’Est parisien 
Les Sans Radio retrouvent les ondes

♦ La lutte engagée depuis 2002 a enfin abouti : les Sans Radio de l’Est parisien constatent, après ce pénible combat citoyen de quatorze ans, qu’il est enfin possible d’écouter dans de bonnes conditions les stations de service public du groupe Radio France autour de la porte de Bagnolet. C’était leur principal objectif !

♦ En effet, suite à une décision du CSA du 22 juin 2016, l’opérateur TowerCast a reçu l’autorisation de diffuser, depuis juillet dernier et jusque fin mars 2017, à titre expérimental, selon la norme DAB+ en RNT (Radio numérique terrestre), à partir d’une des tours Mercuriales, les sept stations du groupe Radio France. Plus de brouillage sur France Inter, plus de souffle sur France Musique ou sur FIP, plus de grésillements ni sur France-Culture, ni sur France Info, le Mouv ou France Bleue.

♦ Les Sans Radio se félicitent de l’adoption localement par le Groupe Radio France de cette solution technologique, déjà en cours dans l’Europe entière, et qui ici, dans l’Est parisien, perpétue l’égalité d’accès au service public, droit constitutionnel pour lequel les Sans Radio se sont battus sans relâche.

Les Sans Radio de l’Est parisien - 15, av de la Dhuys - 93170 Bagnolet

< sans.radio@laposte.net > 06 79 41 78 77

L’ensemble du dossier est disponible sur le site de la ville de Bagnolet, http://www.ville-bagnolet.fr

Pour trouver le Bon de commande / « Sans Radio de l’Est parisien », aller sur http://www.sansradio.org/2016/10/radio-france-en-rnt-c-est-parti.html

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Quatorze ans de combat pour pouvoir écouter la radio dans l’Est parisien !

Par Elsa Marnette pour Le Parisien le 3 octobre 2016.

Tout automobiliste qui s’approche de la porte de Bagnolet le sait : la chanson qui sort de son autoradio risque d’être temporairement enfouie sous un brouhaha de grésillements. Pareil pour 40 000 foyers de Bagnolet, Montreuil, Romainville, Les Lilas et du XXe arrondissement de Paris qui vivent dans un rayon d’1,8 km autour des tours des Mercuriales : ils ne reçoivent pas correctement un tiers des 48 stations FM.

Mais cela va s’arranger, au moins pour écouter les sept fréquences du groupe Radio France et quelques radios libres : l’association des Sans-radios de l’Est parisien a récemment trouvé un accord avec Towercast pour que la société — dont une antenne est en partie responsable du brouillage — installe un émetteur de radio numérique terrestre (RNT) en haut des Mercuriales. En achetant un appareil adapté, miracle ! Aucun brouillage des ondes.

« C’est un moment important de notre histoire »

Validée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel, cette expérimentation commencée en juillet durera au moins jusqu’à mars 2017. Une sacrée victoire pour Michel Léon, le président des Sans-radios qui s’est lancé dans la bataille en 2002, à coups de pétitions, de rencontres avec les élus et d’actions en justice. L’idée d’utiliser la RNT a germé parmi les experts de l’association dès 2008.

 « Du conseil régional au conseil d’arrondissement, toutes les strates des collectivités locales ont émis des vœux, vante celui qui a fédéré jusqu’à 380 adhérents. C’est un moment important de notre histoire. » Ils sont aujourd’hui encore une centaine et les plus actifs, qui ont participé financièrement aux actions en justice, recevront une subvention pour acheter une radio (dont les prix vont de 50 à 300 €). L’association précise qu’elle bénéficie de tarifs préférentiels chez un fabricant.

« Vous vous rendez compte du temps qu’il a fallu »

« Maintenant, on veut faire en sorte que le maximum d’auditeurs de la zone écoutent la radio, pour convaincre que la RNT, c’est quand même top », poursuit Michel Léon.

Ce lundi après-midi, il est allé remettre sa nouvelle radio à une habitante du XXe arrondissement. L’appareil trônera bientôt à côté du lit de la vieille dame, où l’écoute de France Culture chassera « les pensées déprimantes ». « Vous vous rendez compte du temps qu’il a fallu ? interroge-t-elle. Je considérais ça comme un mépris des gens du XXe arrondissement. »

Qui dit expérimentation dit bilan à l’issue, précise Towercast, assurant être « en accord total » avec l’association et le CSA. Pour Michel Léon, le dossier est clos puisque « l’égalité d’accès au service public » est respectée. Il souhaite bientôt organiser une « grande fête », sans doute que la bande sonore y sera assurée par Radio France.

www.sansradio.org

Les sans-radios, un combat qui remonte à 2002

Qu’est-ce que la radio numérique terrestre ?

Comme son nom l’indique, la radio numérique terrestre (RNT) s’apparente à la télévision numérique terrestre (TNT). Elle a été mise en service en 2014 à Paris, Marseille et Nice, et le Conseil supérieur de l’audiovisuel a récemment lancé un appel pour couvrir d’autres zones. La RNT vient en plus de la bande FM, apportant une « qualité du son, un enrichissement de l’offre radiophonique, un maintien de la gratuité et de l’anonymat de l’écoute » selon le CSA. Mais son développement se fait dans une relative discrétion, au grand désespoir du président des Sans-radios de l’Est parisien. Michel Léon assure que « la Norvège va abandonner la bande FM à la fin de l’année et que la RNT se développe partout en Europe ».

Pour commander un récepteur via le Bon de commande / « Sans Radio de l’Est parisien », aller sur http://www.sansradio.org/2016/10/radio-france-en-rnt-c-est-parti.html

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 17:24

Après le succès des opposants au projet d'aéroport, le démarrage du chantier en octobre semble impossible

Par Rémi Barroux pour Le Monde le 10 octobre 2016.

Quelle va être la réponse du gouvernement au succès des opposants à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes qui ont réuni, samedi 8  octobre, plus de 40 000 personnes selon eux (12 800 selon la police) sur la " zone à défendre ", la ZAD ? Le scénario officiel, annoncé maintes fois par le premier ministre, Manuel Valls, reste celui d'une évacuation du secteur et du démarrage du chantier en octobre ou à l'automne. Mais il aura bien du mal à être concrétisé.

La réussite de ce week-end militant, dans le bocage, à une quinzaine de kilomètres au nord de Nantes, est en effet de nature à compliquer encore plus la réalisation d'un projet déjà encalminé depuis de longues années. Elle montre que, malgré la victoire du oui lors de la consultation locale, le 26  juin, sur le transfert de l'actuelle plate-forme aéroportuaire Nantes Atlantique vers le petit bourg de Notre-Dame-des-Landes, les opposants sont loin d'avoir désarmé.

En proposant cette consultation, le gouvernement espérait accroître la légitimité de ce programme et décrocher la partie la plus modérée de l'opposition, en faisant valoir le respect de la démocratie. Cela n'a pas fonctionné, aucun des soutiens aux " zadistes " n'ayant manifesté l'idée d'abandonner la lutte. Et si les 55  % du oui signifient l'échec des opposants, ces derniers peuvent se targuer d'une large victoire de leur camp dans les villages directement affectés par la construction de l'aéroport. Surtout, ils peuvent se prévaloir d'un différentiel très faible à Nantes, malgré l'engagement de la maire socialiste : 100 voix de moins sur près de 85 000 votants.

" Chant des bâtons "

Les zadistes comptent ainsi sur une importante base de sympathisants locaux, qui se traduisait, samedi, par la présence de nombreuses voitures immatriculées en Loire-Atlantique et dans les départements voisins. Ils ont prévu une mobilisation immédiate des soutiens les plus proches en cas d'irruption des gendarmes. Les milliers de personnes venues de la France entière planter un bâton – la manifestation avait été baptisée " le chant des bâtons " – se sont aussi engagées à venir les reprendre pour défendre la ZAD dès le début d'une éventuelle opération d'évacuation.

Tous se préparent à l'épreuve de force. " Il y aura une telle opposition en France que même s'ils arrivaient à vider la ZAD, ils ne pourraient pas tenir le terrain longtemps. Nous, on le connaît par cœur, tous les recoins, les chemins, on reconstruira toujours ", annonce ainsi Vincent Delabouglise, agriculteur et responsable du réseau Copain 44 (Collectif des organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d'aéroport), promettant deux cents tracteurs sur la zone dans l'heure qui suivrait l'intervention, et plusieurs centaines d'autres pour bloquer des cibles dans tout le pays. " Tout est organisé, tout le monde sait déjà ce qu'il aura à faire ", ajoute-t-il.

Le gouvernement aura aussi affaire à la CGT. " Nous nous préparons à bloquer l'aéroport s'ils viennent ici sur la ZAD ", explique Tristan Leroy, responsable cégétiste de l'aéroport de Nantes Atlantique. Francis Lemasson, de la CGT-Vinci, prévient lui aussi : " Nous appellerons tous les salariés qui seraient amenés à travailler sur le chantier à faire valoir leur droit de retrait, car ils seraient en danger, obligés de travailler sous la protection des gendarmes. "

Autant de troubles nécessiteront une mobilisation policière de plusieurs milliers de personnels que le gouvernement aura du mal à dégager. Car la priorité réaffirmée par le ministre de l'intérieur reste la sécurité face à la menace terroriste et l'évacuation de la " jungle " où sont installés les  migrants à Calais, qui mobilise déjà de nombreux CRS et gendarmes mobiles.

" Je pense que les occupants de la ZAD vont gagner, je ne vois pas comment le gouvernement peut les évacuer. Mitterrand avait compris et arrêté les projets d'extension du camp militaire du Larzac et de la centrale nucléaire de Plogoff - Finistère - ", selon Christian Roqueirol. Cet éleveur de brebis, venu avec une trentaine d'agriculteurs du Larzac, voit dans la lutte de Notre-Dame-des-Landes " beaucoup de similitudes " avec son combat des années 1970.

Contentieux avec Bruxelles

Du reste, le gouvernement n'en a pas fini avec les diverses procédures. " L'ouverture de l'aéroport, initialement prévue en  2017, a été repoussée en raison du durcissement de l'opposition au projet et d'un contentieux européen portant sur l'évaluation environnementale du futur site ", reconnaît la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement, dans un document publié en septembre. " Et la France s'est engagée à suivre les prescriptions de la Commission européenne ", rappelle Stéphan de Ribou, le sous-préfet chargé de mission pour l'Aéroport du Grand Ouest.

Le contentieux avec Bruxelles ne sera réglé qu'à l'occasion de l'adoption du nouveau schéma de cohérence territoriale (SCOT), qui organise l'urbanisme de la métropole Nantes-Saint-Nazaire. L'enquête publique sur ce schéma se termine le 21  octobre. Une prolongation d'un mois peut ensuite être demandée. Remarques et avis seront alors intégrés dans ce SCOT qui devra ensuite être approuvé par les élus du pôle métropolitain. Ce n'est qu'alors, explique-t-on à la préfecture de Loire-Atlantique, que la France se retournera vers Bruxelles. Autant dire que rien ne devrait pouvoir se faire avant la fin de l'année, voire début 2017.

D'autant que les opposants, qui ironisent sur le profil des trois commissaires enquêteurs du SCOT – retraités de l'agroalimentaire, de la gendarmerie nationale et du BTP –, comptent bien déposer des recours contre ce document. Ils prévoient aussi d'attaquer le dernier arrêté préfectoral du 13  septembre autorisant la destruction du campagnol amphibie, une espèce menacée présente sur la zone du futur aéroport.

Après, comme le rappelle la préfecture, il faudra évacuer, au moins en partie, la zone pour pouvoir défricher puis débuter le chantier. Et avant d'entamer le terrassement pour l'aérogare et les pistes, il faudra construire le barreau de desserte routière. Autant d'étapes qui sont encore loin d'être programmées et un agenda quasiment impossible à tenir à quelques mois de l'élection présidentielle.

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