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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 10:13
Auchan devra revoir son projet de gigantesque complexe de loisirs et de commerces dans le nord-est de Paris

Auchan devra revoir son projet de gigantesque complexe de loisirs et de commerces dans le nord-est de Paris

Par Laetitia Van Eeckhout pour Le Monde le 14 septembre 2016

Si elle veut poursuivre son projet EuropaCity, méga-complexe commercial et de loisirs prévu au nord de Paris, la branche immobilière du groupe Auchan, Immochan, devra l'amender. Telle est la conviction exprimée en conclusion du rapport remis lundi 12  septembre par Claude Brévan, présidente de la commission spéciale chargée d'organiser le débat public sur ce projet. " Quantité d'informations qualifiées ont été apportées, dont le maître d'ouvrage doit se saisir pour faire évoluer son projet ", soutient-elle.

Christophe Dalstein, directeur d'EuropaCity, a annoncé dès lundi sa volonté de poursuivre son projet et " de le faire évoluer dans son offre et sa conception architecturale, en y associant l'ensemble des parties prenantes ". Le promoteur a trois mois pour présenter un projet amendé et argumenté, avant que ne soit lancée l'enquête publique environnementale.

La promesse de 11 800 emplois

Tel qu'imaginé par son promoteur, EuropaCity rassemblerait, sur 80 hectares de terres agricolessitués dans le triangle de Gonesse (Val-d'Oise), à mi-chemin entre les pistes de Roissy et celle du Bourget, quelque 500 commerces – une concentration inédite en France –, 2 700 chambres d'hôtel et de multiples espaces consacrés aux loisirs et à la culture : un parc aquatique avec surf et spa, des pistes de ski d'intérieur, un parc d'attractions de 150 000  m2, une halle d'exposition, un cirque, une ferme urbaine…

Cette sorte de " temple du temps libre ", dont l'ouverture est programmée pour 2024, doit attirer, selon le promoteur, 30  millions de visiteurs par an, dont 6  millions de touristes français et étrangers – soit le double de ceux que draine Disneyland Paris à Marne-la-Vallée ou encore l'équivalent de la fréquentation touristique de Paris en  2013.

Le niveau des investissements privés (3,1  milliards d'euros), le projet d'une nouvelle gare de métro sur le tracé du Grand Paris Express spécialement conçue pour la desserte du site, et surtout, la perspective de la création de 11 800 emplois – une aubaine pour ce territoire – ne manquent pas d'allécher les élus locaux. Ces promesses, cependant, laissent sceptiques les associations locales opposées au projet.

D'abord, selon elles, parce qu'il y a un grand écart entre les emplois proposés à EuropaCity et les qualifications des habitants du territoire. Par ailleurs parce que ces estimations ne prennent pas en compte les emplois potentiellement détruits par la concurrence de ce méga-complexe sur les commerces de proximité et dans les nombreux centres commerciaux alentour.

En outre, même si le schéma directeur de la région Ile-de-France de 2013 prévoit l'urbanisation au sud du triangle de Gonesse de 300 hectares, dont les 80  ha du projet, la question de l'" artificialisation " de ces sols, réputés particulièrement fertiles, reste un des principaux points de contestation. Le débat public sur EuropaCity est clos, mais tout laisse à penser que la controverse sur ce projet pharaonique est loin de l'être.

Les échanges ont confronté " deux visions de la société aux antipodes l'une de l'autre ", observe Claude Brévan dans son rapport : " D'un côté, une société qui s'affranchirait de la course à la consommation pour aller vers davantage de sobriété et s'engagerait vers une transition écologique et énergétique ; de l'autre une société attachée aux modes de vie urbains ou aspirant à y avoir accès, mais taraudée par le chômage, et pour laquelle seul un modèle plus classique de croissance et de développement économique permet d'apporter des solutions durables. "

Deux philosophies, insiste-t-elle, " d'autant moins conciliables que les très importants montants financiers en jeu, apportés par une entreprise privée aux filiales multiples, associée à  une entreprise chinoise, fournissaient l'occasion d'ouvrir des polémiques ". Pour monter son projet Auchan s'est en effet associé au géant chinois du divertissement, Wanda.

" Stopper les projets inutiles "

Pour la responsable du dialogue, le projet d'Auchan a été conçu " en dehors d'un contexte territorial  et n'a pas établi de réelles ramifications sociales, fonctionnelles et urbaines avec son environnement ".

Dans le domaine environnemental notamment, la contradiction avec les engagements souscrits quelques mois auparavant lors de la COP21, concernant notamment l'impact du projet sur les émissions de CO2, a été soulignée. Mais son promoteur n'a pas cessé de mettre en avant sa volonté de créer un écosystème interne vertueux. Il produirait la totalité de ses besoins en énergie, collecterait les eaux de pluie, voire recyclerait les eaux usées après traitement local, développerait un tri sélectif des déchets à la source et valoriserait les biodéchets grâce à des unités de méthanisation.

Et ce " alors qu'il existe aux alentours des centres de tri et de traitement des déchets, et qu'il y aurait d'importantes sources géothermiques, relève Claude Brévan. Il est essentiel que se mettent en place des partenariats concrets qui permettent de désinsulariser ce projet pour l'arrimer au territoire et d'écouter les craintes d'opposants, sans les disqualifier ".

Pour l'association France Nature Environnement, le maître d'ouvrage doit " tirer les conclusions qui s'imposent et renoncer à ce projet ". " Il est urgent de stopper les grands projets inutiles qui ne répondent pas aux besoins des populations et engendrent de graves problèmes environnementaux ainsi que la destruction de nos ressources vitales ", insiste son président, Denez L'Hostis.

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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 10:24
Lannion (Côtes-d’Armor), hier. Entre 4 000 et 5 000 personnes ont manifesté hier pour dénoncer le début de l’extraction du sable coquillier dans la baie de Lannion. Une exploitation qui menacerait l’écosystème.AFP/FRED TANNEAU

Lannion (Côtes-d’Armor), hier. Entre 4 000 et 5 000 personnes ont manifesté hier pour dénoncer le début de l’extraction du sable coquillier dans la baie de Lannion. Une exploitation qui menacerait l’écosystème.AFP/FRED TANNEAU

En baie de Lannion (Côtes-d’Armor), l’extraction de sable coquillier a commencé la semaine dernière. Les opposants ne baissent pas les bras.

Le 12 septembre 2016 par Nora Moreau, correspondante du Parisien à Lannion

Ils veulent être le grain de sable qui va gripper la machine. Entre 4 000 et 5 000 personnes ont manifesté hier matin dans les rues de Lannion (Côtes-d'Armor) pour dire, une nouvelle fois, non à l'exploitation sous-marine de sable coquillier en baie de Lannion par la Compagnie armoricaine de navigation (CAN), filiale du groupe Roullier. Avec des slogans sans équivoque : « Non au pillage ! », « Dunes à défendre », « Sauvons nos poissons ».

Ce dossier polémique, ouvert depuis plusieurs années, est vu par les habitants du Trégor, au nord-ouest des Côtes-d'Armor, comme une « véritable menace écologique ». Deux actions en justice ont été engagées pour s'y opposer, d'abord par les élus de treize communes littorales, puis par des associations environnementales locales réunies sous le nom Peuples des dunes de Batz à Bréhat. Plusieurs associations Peuples des dunes se sont constituées pour faire barrage à cette exploitation dévastatrice du littoral atlantique, à la suite de la première lutte victorieuse contre le projet Lafarge d'extraction de sable en mer, dit PER Sud Lorient – cf. http://le-peuple-des-dunes.org/

« Le recours des collectivités pour contrecarrer cette extraction a été rejeté lundi dernier par le tribunal administratif de Rennes et il aura fallu moins de 24 heures à la CAN pour venir extraire, en pleine nuit, des milliers de mètres cubes de sable », s'indigne Yves-Marie Le Lay, membre du jeune collectif.

Ces premières extractions nocturnes ont déclenché un véritable branle-bas de combat en Bretagne. « Nous allons, nous aussi, faire appel et saisir le Conseil d'Etat dans les dix prochains jours », prévient Alain Bidal, président de Peuples des dunes, qui sera reçu, cet après-midi à Paris par la ministre de l'Environnement Ségolène Royal, elle-même opposée à l'extraction.

Une nouvelle qui soulage un peu les opposants, après un week-end passé à grincer des dents à la suite des propos tenus par Emmanuel Macron. L'ancien ministre de l'Economie a en effet déclaré samedi qu'il n'était « pas acceptable » que ces extractions « à la sauvette » aient été faites avant « toute décision définitive du tribunal ». « Il est gonflé ! C'est quand même lui qui a donné son feu vert à la CAN en avril 2015 », s'offusque le collectif.

Un décret paru en septembre 2015 autorisait officiellement l'entreprise à commencer des prélèvements. La zone d'extraction, d'une surface totale de 4 km², est située entre deux zones Natura 2000. Le volume d'extraction ne pourra pas excéder 250 000 m³ par an (pas plus de 50 000 m³ la première année). La vente de ce sable calcaire se ferait principalement aux agriculteurs.

« On est en train de piller un bien public, s'indigne Corinne, 53 ans, militante anti-extraction de la première heure. C'est inadmissible. » Et Yves-Marie Le Lay d'ajouter : « La faune et la flore sont menacées. On compte plus de 90 espèces vivantes dans les dunes. Des coquillages, des algues, des vers, des poissons... dont le lançon, qui est un maillon essentiel de cet écosystème. Si les extractions continuent, d'ici deux ans, les dommages seront irréversibles. »

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 13:52

Les milieux vierges ont reculé de 3 millions de kilomètres carrés, soit 10 %, en vingt ans

par Clémentine Thiberge pour Le Monde le 9 septembre 2016

Trois millions de kilomètres carrés, c’est la superficie de l’Inde. C’est aussi la surface de nature sauvage que notre planète a perdue depuis le début des années 1990, selon une étude australienne parue jeudi 8 septembre dans la revue Current Biology.

Pour établir ce résultat, les auteurs, James Watson et James Allan, se sont basés sur des cartes représentant l’empreinte humaine mondiale, c’est-à-dire l’ensemble des zones modifiées par l’homme. En comparant les données actuelles à celles du début des années 1990, ils sont arrivés à un constat alarmant : en vingt ans, 10 % des espaces sauvages – libres de toute perturbation humaine – ont disparu de la Terre.

Répartis en majorité en Amérique du Nord, dans le nord de l’Asie, en Afrique du Nord et sur le continent australien, ils ne couvrent aujourd’hui que 30,1 millions de km2 – soit moins d’un quart de la surface terrestre. « La perte du caractère sauvage de la planète en seulement deux décennies est stupéfiante », alerte James Watson, professeur de conservation de la biodiversité à l’université du Queensland.

Or, les milieux sauvages sont indispensables à la biodiversité mais aussi à l’absorption du carbone atmosphérique, à la régulation du climat à l’échelle locale ou encore à la vie de certaines populations humaines. « Leur valeur écologique est indéniable, confirme James Watson. Avec l’être humain qui altère une grande partie des processus naturels, ces zones servent aussi d’observatoires naturels pour étudier les impacts écologiques du changement climatique. »

« Risque d’extinction »

Dimanche 4 septembre, la mise à jour de la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a également montré que les zones sauvages de la Terre sont des refuges pour de nombreuses espèces en péril comme les zèbres des plaines, les éléphants d’Afrique ou encore les lions. « L’habitat d’un tiers des espèces mammifères terrestres se chevauche avec des milieux sauvages, indique James Watson. La perte de ces zones augmente donc le risque d’extinction des espèces déjà menacées. »

Toutes les régions du monde ne sont pas égales face au déclin de ces milieux. En Amazonie et en Afrique centrale, la situation vire à la catastrophe. Avec des pertes respectives de 30 % et 14 %, la dégradation des territoires sauvages s’y est accélérée significativement ces deux dernières décennies. « L’exploitation forestière et l’agriculture sont plus importantes dans ces zones, explique James Watson. Et la mise en place des espaces protégés prend du temps. »

Certes, les chercheurs australiens ont réussi à observer une augmentation des zones de protection dans le monde – leur surface a presque doublé depuis le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992. Mais, malgré cette progression, les efforts ne suffisent pas à pallier les pertes : en vingt ans, 2,5 millions de km2 ont été déclarés zones protégées pendant que 3,3 millions de km2 disparaissaient. « Aujourd’hui, les milieux sauvages se dégradent à une vitesse supérieure à celle de leur protection, prévient James Allan. Si on continue à ce rythme, il ne restera aucune parcelle de nature vierge d’ici à la fin du siècle. »

La situation est irréversible. « Ces milieux ne peuvent pas retourner à l’état sauvage s’ils ont été occupés par l’homme, insiste James Watson. Une fois érodés, les processus écologiques qui maintiennent ces écosystèmes ne reviennent jamais à leur état initial. »

Pour Harold Levrel, professeur d’économie écologique à AgroParisTech, qui n’a pas participé à l’étude, ce phénomène, « bien qu’intolérable, n’est pas complètement surprenant » dans un contexte de croissance démographique. « Il faut savoir qu’en vingt ans, à l’échelle mondiale, le nombre d’êtres humains a augmenté de 30 %, explique-t-il. Et dans certaines régions d’Afrique ou d’Amérique du Sud, on arrive à 60 %. La pression sur les écosystèmes est donc proportionnelle. »

Autre menace qui pèse sur ces régions, la fragmentation des espaces est de plus en plus importante. Ce phénomène est notable car, sous le seuil de 10 000 km2, les aires de nature sauvage ne peuvent plus être considérées comme « milieu naturel significatif ».

« Gestion plus globale »

Certes, la majorité (82,3 %) des espaces sauvages sont composés de grandes étendues. Mais sur quatorze biomes – ou écorégions – présents dans le monde, trois d’entre eux n’ont aujourd’hui plus une surface suffisamment grande pour être inclus dans les milieux sauvages. Localisées principalement sous les tropiques (mangroves, bois de conifères ou forêts sèches d’arbres à feuilles caduques), « ces écozones n’ont quasiment plus d’opportunités de protection et sont vouées à la disparition », selon James Allan.

Pour des régions comme la forêt amazonienne, il est encore temps, selon les chercheurs. Mais, alors que les efforts de conservation sont généralement efficaces dans les zones protégées, « à ce jour, les espaces préservés dans le monde ne sont pas suffisants pour protéger efficacement les milieux, et ceux qui existent ne sont pas forcément bien gérés, déplore James Watson. Il est nécessaire d’arriver à une gestion plus globale de ces régions. »

Selon le scientifique, peu de règles régissent la perte d’écosystèmes à grande échelle. La difficulté réside souvent dans la taille des espaces qui dépassent les frontières des pays. « Aujourd’hui, les mesures se concentrent sur l’extinction des espèces et la gestion des systèmes déjà dégradés – qui sont bien sûr aussi des problèmes majeurs –, mais on suppose que les milieux sauvages vont bien. Cette étude prouve le contraire », continue le chercheur.

Au moment où se tient le Congrès mondial de la nature, à Hawaï, aux Etats-Unis, les auteurs insistent sur la nécessité d’aboutir à des accords internationaux qui reconnaissent l’importance des milieux sauvages et leur vulnérabilité. Pour eux, il y a urgence : « Si nous ne réagissons pas rapidement, tout aura disparu, ce qui serait une catastrophe pour la conservation, pour le climat, et pour certaines des communautés humaines les plus vulnérables de la planète. »

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 10:27

« Les changements dans l’océan se font cinq fois plus vite que dans n’importe quel écosystème terrestre », annonce Dan Laffoley, vice-président de la Commission mondiale des aires protégées de l’UICN. Il reste beaucoup à faire pour que les sociétés humaines prennent la mesure du « plus grand défi caché de notre génération »

Le 6 septembre par Martine Valo, Hawaï, envoyée spécial pour Le Monde, cf. http://abonnes.lemonde.fr/climat/article/2016/09/06/si-l-ocean-se-meurt-la-planete-aussi_4992961_1652612.html

Au milieu du hall d’exposition du congrès de l’Union internationale pour la protection de la nature (UICN), qui se tient à Hawaï jusqu’au 10 septembre, trône une très grosse mappemonde de l’agence météorologique et océanique américaine (NOAA). Elle se taille un franc succès auprès du public en montrant en accéléré le réchauffement de l’océan, ainsi que l’augmentation de son taux de salinité depuis la fin du XXe siècle : la planète vire à l’écarlate.

Et la gigantesque masse océanique qui la couvre à 71 % – soit 360,6 millions de kilomètres carrés –, devrait encore gagner un à quatre degrés d’ici à 2100. Même la température de l’eau des grandes profondeurs est en train de s’élever et, près des côtes, le thermomètre grimpe 35 % plus vite que dans la haute mer depuis les années 1960.

Les scientifiques estiment que l’océan a absorbé 93 % du réchauffement dû à l’émission de gaz à effet de serre générés par les activités humaines depuis 1970. « Sans cela, il ferait 36 degrés Celsius de plus qu’actuellement sur la terre, ce serait invivable », traduit Carl Gustaf Lundin, directeur du programme marin de l’UICN. Or « 70 % de la biodiversité se trouve dans l’océan », rappelle-t-il. Ce rôle de tampon face aux changements climatiques a un coût élevé pour les écosystèmes marins, c’est ce que le réseau de défense de la nature montre dans une volumineuse compilation d’études scientifiques, qu’elle rend publique lundi 5 septembre. Quatre-vingts scientifiques originaires de douze pays ont contribué à cette somme – inédite par son ampleur. Le tableau est édifiant.

Migrations des organismes marins

« Les changements dans l’océan se font cinq fois plus vite que dans n’importe quel écosystème terrestre », annonce Dan Laffoley, vice-président de la Commission mondiale des aires protégées de l’UICN et l’un des principaux coauteurs. Des régions polaires jusqu’aux régions tropicales, des groupes entiers d’espèces, comme les méduses, les tortues et les oiseaux de mer, se sont mis à remonter de dix degrés de latitude vers les pôles.

Tous les organismes marins ont commencé à migrer : phytoplancton, algues, invertébrés, poissons, mais pas tous selon la même trajectoire. Non seulement le plancton, à la base de la chaîne alimentaire de la faune marine, change d’aires de répartition depuis cinquante ans, mais sa saisonnalité se modifie, et il devient plus petit par endroits. Note plus positive : il se diversifie dans les eaux froides.

Ces nouvelles donnes ont des effets « dramatiques », insistent les auteurs, sur la reproduction et la nutrition de nombre d’espèces. Le réchauffement a, par exemple, un effet dévastateur sur les tortues, dont six des sept espèces marines sont classées en danger d’extinction par l’UICN. Entre autres maux, il perturbe l’incubation des œufs, augmentant dangereusement le nombre de femelles, au point de compromettre la génération suivante.

Certains phénomènes sont connus : le blanchiment des coraux est un indicateur évident, repérable à l’œil nu, du réchauffement et de l’acidification de l’eau. La totalité d’entre eux devrait être affectée d’ici à 2050, alors qu’ils fournissent l’habitat d’un quart des espèces de poissons. Il est plus difficile de sensibiliser le public au sort des algues, bien que les scientifiques s’inquiètent tout autant de la dégradation accélérée des fonds côtiers. La destruction des forêts de laminaires fait perdre certains poissons et, pire encore, leur habitat, tout en favorisant les proliférations d’autres algues, ce qui réduit la quantité d’oxygène dans l’eau.

Impacts sur la santé humaine

Près des côtes, les changements vont avoir des impacts manifestes. Certaines populations y sont dépendantes des produits de la mer. La pêche et l’aquaculture fournissent environ 15 % de protéines animales à 4,3 milliards de personnes dans le monde. Or, sous l’effet de l’élévation des températures – à laquelle s’ajoutent les attaques de méduses et de divers pathogènes –, les élevages conchylicoles, de crustacés ou de saumon seront amenés à déménager. Quant aux pêcheurs côtiers, il y aura parmi eux des gagnants et des perdants. En Somalie, par exemple, particulièrement mal dotée, la pêche pourrait passer de 1,29 kg à 0,85 kg de poissons par personne et par an.

En comparaison, dans les îles du Pacifique, où les eaux sont très riches, la consommation moyenne tourne autour de 35 kg par personne et procure jusqu’à 90 % de protéines animales à leurs habitants. Les ressources pourraient y diminuer de 20 % vers 2050. Mais le problème de cette partie du monde tient surtout à la destruction des coraux. Celle-ci laisse le champ libre à des dinoflagellées, du phytoplancton sur lequel se développent des toxines, que viennent brouter des poissons herbivores et qui finissent par se concentrer dans les grands prédateurs, comme les mérous. On observe ainsi une véritable « épidémie » de ciguatera en Polynésie française ces dernières années, souligne le rapport.

Celui-ci consacre d’ailleurs un chapitre particulièrement glaçant aux impacts de ces mutations sur la santé humaine. « Davantage de chaleur, moins d’oxygène, plus de microbes », résume Dan Laffoley. Les passages qui s’ouvrent entre l’Atlantique et le Pacifique avec la fonte des glaces ne vont pas seulement être une aubaine pour le fret et les organisateurs de croisières. Les espèces envahissantes vont elles-mêmes pouvoir circuler davantage, les virus aussi. Plus nombreux, les pathogènes voient en outre leur circulation favorisée par la montée du niveau des mers, qui accélère les échanges avec les bactéries terrestres dans les estuaires.

D’une façon générale, les rivages apparaissent de plus en plus vulnérables, pas seulement à cause de la montée du niveau des mers. Les relations complexes qui lient étroitement océan et climat jouent un rôle dans l’accentuation de la force des tempêtes. Or les humains ont altéré nombre de barrières de protection naturelles, comme les mangroves, dont 30 % ont disparu en un siècle. Une fois encore, le réchauffement a aggravé ces destructions.

Il reste beaucoup à faire pour que les sociétés humaines prennent la mesure du « plus grand défi caché de notre génération », selon les auteurs du rapport. Au-delà du monde marin, c’est bien la planète tout entière qui va être bouleversée par les changements en cours. « L’océan a une capacité de résilience, il faut l’aider », plaide cependant M. Lundin. Malgré son rôle vital pour la planète et les sociétés humaines, l’océan ne représente qu’un aspect marginal des négociations climatiques.

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 16:33

L'extinction des espèces végétales et animales est particulièrement massive dans les îles, selon la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature, qui tire le signal d'alarme

Par Martine Valo pour Le Monde le 5 septembre 2016.

La faune et la flore disparaissent inexorablement de la planète. " Nous les perdons à un rythme inédit ", assure Jane Smart, directrice de la conservation au sein de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Celle-ci a publié, dimanche 4  septembre, l'actualisation de sa fameuse liste rouge des espèces menacées, et le constat est très inquiétant. Sur les 82 954 espèces animales et végétales prises en compte, 23 928 (29  %) sont qualifiées de " menacées ", dont 5 107 sont en " danger critique ", 7 602 " en danger " et 11 219 sont considérées comme " vulnérables ".

Cet inventaire a été réalisé par ce vaste réseau de protection de l'environnement auquel collaborent environ 10 000 experts internationaux et auquel adhèrent ONG et gouvernements. La dernière actualisation générale de la liste rouge datait de 2009.

" Pour effectuer nos mises à jour, nous nous appuyons sur trois générations d'animaux, ou bien sur des évolutions observées pendant un laps de temps d'au moins dix ans pour ceux qui se reproduisent assez vite, comme certains poissons, explique Jean-François Vié, directeur adjoint du programme global de sauvegarde des espèces à l'UICN. Une espèce est appeléevulnérable lorsque nous observons 30  % d'effectifs en moins. "

Espèces invasives

Le diagnostic rendu public à l'occasion du congrès mondial que l'UICN organise tous les quatre ans – cette année à Honolulu (Hawaï), jusqu'au 10  septembre – indique que, depuis le XVIe  siècle, 855 espèces ont disparu ; 68 n'existent plus hors d'une structure de conservation, dans un parc ou un jardin botanique. " Il est possible de maintenir des animaux en vie dans un lieu protégé puis de les relâcher un jour… à condition qu'il existe encore un biotope pour les accueillir ", note Jœ Walston, l'un des responsables de la Wildlife Conservation Society, une ONG environnementale américaine.

Néanmoins, au fond des mers, dans les forêts, les rivières, les savanes, le patrimoine naturel s'affaiblit, des populations disparaissent tandis que quelques autres envahissent leurs espaces. Et les îles sont les plus touchées par ce phénomène. L'UICN ayant donné rendez-vous au milieu du Pacifique à 8 300 délégués venus de plus de 180 pays, l'organisation a tenu à souligner l'extrême vulnérabilité de ces écosystèmes. L'archipel américain subit de multiples atteintes dues à l'introduction volontaire ou non de cochons, de chèvres, de rats, de limaces et de nombreuses plantes qui détruisent sa flore endémique. Sur 415 de ces végétaux répertoriés, la grande majorité est menacée d'extinction, quatre d'entre eux n'existent plus dans la nature, tandis que trente-huit ont totalement disparu.

" Prédateurs, champignons, insectes : on peut considérer que 80  % des espèces envahissantes entrées sur le sol américain se trouvent dans cet archipel ", résume Piero Genovesi, du groupe spécialisé sur les espèces invasives au sein de l'UICN.

Réchauffement, chasse, pêche…

Ce phénomène constitue la cause principale de l'érosion du patrimoine vivant dans l'ensemble des îles ; dans le reste du monde, il en est le deuxième facteur, indiquent les experts qui collaborent à la liste rouge. L'envahissement est associé à une disparition sur deux au cours des quatre derniers siècles, et il en serait le responsable unique dans un cas sur cinq, selon M.  Genovesi. " A Hawaï, par exemple, le paludisme aviaire apporté par un moustique au XIXe  siècle a causé la perte de la moitié des oiseaux en un siècle ", rappelle-t-il.

Aucune région n'échappe plus au déclin, car le patrimoine vivant est désormais majoritairement victime de la perte d'habitats naturels. Les espèces ne résistent pas à la dégradation générale de leur environnement – réduit, fragmenté, pollué ou carrément détruit. Le réchauffement climatique accentue la pression avec son lot de sécheresses et de tempêtes ; la chasse et la pêche ajoutent à l'hécatombe. Et tout ce que l'humain convoite : peau, viande, corne, défenses, griffes, fourrure, place irrémédiablement leurs propriétaires sur la liste des espèces " vulnérables ", " en danger " ou, pis, les conduit à rejoindre la catégorie " en danger critique d'extinction ".

Tel est le sort du gorille oriental (Gorilla beringei), le plus grand primate existant, qui vit notamment en République démocratique du Congo. Ses effectifs se sont réduits de 70  % en vingt ans, du fait de la chasse illégale. Le gorille Grauer, l'une des deux sous-espèces de cette région, a même perdu 77  % de sa population depuis 1994. Au total, quatre des six espèces de grands singes sont maintenant en " danger critique ", à un pas de l'extinction.

Une famille de tortues endémiques du Brésil (Mesoclemmys hogei) suit la même pente. Dix de ses dix-huit sous-populations se sont évanouies au cours des quarante dernières années. Elles habitaient notamment l'Etat de Rio de Janeiro avant que la destruction de leur biotope ne cause leur perte.

Le tableau est si sombre que l'UICN prend soin de mettre en avant les espèces dont la situation s'améliore. Ses experts veulent montrer que de sérieuses mesures de protection peuvent permettre d'enrayer le déclin. Ainsi, l'antilope du Tibet se rétablit : elle est à présent " quasi menacée ". Un vrai progrès pour celle qui était tuée pour sa laine shahtoosh si fine et si chère. Plus emblématique encore, le panda géant prospère ou presque : il rejoint les animaux " vulnérables ", et non plus " en danger ", grâce à la volonté de l'Etat chinois. Las, l'ursidé va devoir affronter la réduction des bambous qui l'abritent, car le réchauffement devrait les faire régresser de 35  % d'ici à la fin du siècle. Autant dire que tous les gains récents seront perdus.

Les experts alertent aussi sur le cas d'un gecko de Malaisie (Cyrtodactylus hidupselamanya). Il n'est pas totalement en état critique, mais cela devrait arriver dans les cinq ans avec l'extraction du calcaire sur lequel il vit. Autres nouveaux venus : la chauve-souris géante(Nyctalus lasiopterus) présente en Europe et en Afrique du Nord, qui manque de vieux arbres pour se loger. Ou encore le desman de Moscovie (Desmana moschata), un petit mammifère semi-aquatique, cousin de la taupe, victime de pêches musclées en Russie et en Ukraine.

Le koala d'Australie en danger

Enfin, en Australie, le koala fait lui aussi désormais partie de la grande famille des mal portants. Sa situation inquiète le grand public. Une enquête parlementaire a été commandée sur l'inefficacité des mesures mises en œuvre pour sa conservation. Les effectifs d'un autre petit marsupial endémique, l'antechine fauve (Antechinus bellus), qui vit dans le nord de l'Australie, ont chuté de plus de 30  % en moins de dix ans, sans émouvoir autant.

Pourtant, être classé ne serait-ce que parmi les espèces " quasi menacées " s'avère déjà de très mauvais augure, assure Jean-François Vié, de l'UICN. " Regardez les zèbres des plaines, autrefois communs en Afrique : ils ont diminué de 24  %, ce n'est pas rien ! ", lance-t-il. La liste rouge de 2016 évalue leur population autour de 500 000  animaux, alors qu'elle était de 660 000 il y a quatorze ans. Cibles des chasseurs pour leur chair et leur peau, dans certains pays ces mammifères ne se rencontrent plus que dans les parcs protégés. Et M. Vié d'enfoncer le clou : " Cette vague d'extinctions est un indicateur de la dégradation de notre planète. "Autrement dit, même les humains ne devraient pas tarder à s'en apercevoir.

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 08:50

Le 2 septembre 2016 par Jade Lindgaard pour https://www.mediapart.fr/journal/france/020916/plus-les-agriculteurs-polluent-plus-ils-touchent-d-aides-de-l-europe

Alors que les pays européens tentent de trouver un accord sur la politique agricole commune en 2020, une étude démontre que les aides directes bénéficient le plus aux agriculteurs les plus pollueurs. Mais elle prouve aussi que dans le contexte actuel de déséquilibre entre l’offre et la demande, la stratégie de produire toujours plus n’est pas la bonne.
C’est l’angle mort du récent conflit social dans le monde du lait et de la réunion des ministres de l’agriculture, le 2 septembre à Chambord : les effets de la production agricole et des aides européennes sur l’environnement. Pourtant, le choix par les producteurs laitiers de leur modèle économique ne peut plus ignorer le sujet : la politique agricole commune (PAC) consacre un budget spécifique aux aides agro-environnementales (appelé « second pilier »). Surtout, la protection de l’environnement est aujourd’hui l’un des principaux arguments mis en avant par les États membres pour justifier le versement de plus de 50 milliards d’euros d’aides annuelles directes au secteur agricole (soit plus de 40 % du budget communautaire).

Autour des notions de « bien commun », de « multifonctionnalité », de « services écosystémiques » et de « services environnementaux », les décideurs politiques européens intègrent de plus en plus le problème de la pollution, des émissions de gaz à effet de serre et de la consommation d’eau dans leurs décisions touchant le domaine agricole – d’où les passes d’armes entre Bruxelles et la France sur Notre-Dame-des-Landes, le barrage de Sivens ou encore les nitrates. Cela dit, les aides directes européennes consacrées à la protection de l’environnement restent bien inférieures (20 %) aux aides à la compétitivité et aux revenus des agriculteurs (80 %).

Observant cet usage de l’environnement comme justification des aides de la PAC, une chercheuse doctorante, Alessandra Kirsch, s’est demandée si les aides directes versées par l’Europe aux agriculteurs répondaient aux objectifs environnementaux qu’elle affiche. Les réponses qu’elle apporte sont doublement instructives, alors que les producteurs laitiers sont loin d’être les seuls agriculteurs européens touchés par une crise économique – les céréaliers sont confrontés eux aussi à une sévère baisse des cours.

Sur l’ensemble des aides directes aux agriculteurs (à l’hectare, à la tête de bétail, ou par exploitant) et toutes productions confondues, les exploitants qui ont le moins bon impact sur l’environnement touchent le plus d’aides en moyenne. Selon les calculs d’Alessandra Kirsch, si l’on compare le niveau de subventions perçues par les exploitations, par hectare de surface agricole utile (SAU), en fonction du classement des exploitations selon leur degré de « durabilité environnementale »,
celles qui sont les moins respectueuses de l’environnement touchent les aides les plus élevées.

 

Manifestation d'agriculteurs aux abords du siège de Lactalis, à Laval, le 23 août 2016 ©Reuters

Autrement dit, les exploitations qui polluent le plus touchent le plus de subventions à l’hectare. C’est l’effet du mode de calcul des aides de la PAC, qui reflètent l’historique de l’exploitation. Le système des aides de la PAC d’avant 1992 reliait les aides aux rendements. Comme ils augmentaient avec l’usage des engrais et des pesticides, les exploitations les plus productives touchaient davantage de subventions. Les réformes suivantes ont attribué des montants d’aides fixes aux surfaces, en accordant des primes supérieures aux zones où les rendements étaient historiquement plus élevés.

Cela ne veut pas dire pour autant que c’est parce qu’ils touchent plus d’aides qu’ils polluent davantage, insiste Alessandra Kirsch. Mais qu’historiquement, les exploitants les plus indifférents à l’impact de leur activité sur l’écosystème ont bénéficié de plus de soutien que les autres. En réalité, les aides européennes à l’agriculture agissent de manière contradictoire. Les aides de la PAC sont réparties en deux « piliers » : aides à la compétitivité et aides à la protection de l’environnement. Les premières représentent 80 % des sommes versées, contre 20 % pour celles gratifiant la réduction des impacts négatifs sur l’écosystème.

Mais qu’est-ce qu’une exploitation qui traite bien son environnement ? Il n’est pas si facile de le définir, car il faut prendre en compte les impacts sur l’eau, les sols, l’air, la biodiversité. Or ils ne sont pas toujours corrélés. On peut avoir un bon taux de prairie, mais utiliser son tracteur plus que les autres et donc consommer beaucoup d’énergie. Par ailleurs, le monde agricole français est très divers. Les besoins et impacts de la culture des oléagineux et protéagineux (16 % des exploitations) sont très différents des élevages bovins. Chaque exploitation, à l’intérieur même d’un type de production donné, est caractérisée par des atouts et des faiblesses. La dernière réforme de la PAC, en 2013, veut harmoniser le paiement des aides quel que soit l’historique de l’exploitation, atténuant ainsi le déséquilibre en faveur des exploitations historiquement plus productives.

France Nature Environnement (FNE) a dénoncé cette année dans un rapport le faux verdissement de la PAC à cause des exceptions qui accompagnent plusieurs mesures environnementales. Deux exemples phares illustrent parfaitement la réalité derrière le verdissement de la PAC, explique dans un communiqué Marie-Catherine Schulz-Vannaxay, coordinatrice du réseau agriculture de FNE : « L’autorisation d’épandre des pesticides sur les 5 % de surfaces dédiées à la biodiversité dans les fermes, tandis que l’obligation de diversifier ses cultures pour réduire les usages de pesticides ou de fertilisants a été supprimée pour la principale monoculture, celle du maïs. »

Derrière ce triste diagnostic, se cache une bonne nouvelle : les performances économiques de ceux qui polluent le moins ne sont pas inférieures aux autres. C’est l’autre enseignement fort de l’étude d’Alessandra Kirsch : les exploitations impactant moins leur environnement produisent moins (de lait, de viande, de blé, de maïs…) que les autres, mais elles maîtrisent mieux leurs consommations intermédiaires. Si bien que les exploitants qui ont fourni le plus d’efforts pour réduire leur impact sur l’environnement ont un revenu au moins comparable aux autres. Ceux qui font le choix de modérer leurs objectifs de production consomment moins d’intrants (engrais, pesticides, herbicides…) et obtiennent ainsi des marges de rentabilité comparables, voire supérieures à ceux qui produisent plus mais dépensent plus pour maximiser leur production. C’est aussi vrai pour les grandes superficies : en grandes cultures, la dimension économique n’est pas un handicap au développement des pratiques plus favorables à l’environnement, constate la chercheuse. Dans le contexte actuel de déséquilibre entre l’offre et la demande de lait, la stratégie de produire toujours plus n’est pas la bonne.

Ce travail tout récent d’analyse empirique sur la distribution des revenus de la PAC – la thèse n’a pas encore été publiée – indique à quel point les injonctions politiques de l’Union peuvent être contradictoires sur l’agriculture. Cela n’aide pas les paysans et les exploitants à s’adapter à la nouvelle réalité économique – les quotas laitiers ont été supprimés le 31 mars 2015. Vendredi 2 septembre, plusieurs syndicats agricoles ont manifesté aux abords du château de Chambord, où se réunissaient les ministres européens pour trouver un accord sur la PAC en 2020. « Notre agriculture est à genoux », a indiqué le président de la Coordination rurale, Bernard Lannes, qui organisait un « grand repas populaire » à l’entrée du domaine. Pendant ce temps, près de 120 militants de la Confédération paysanne manifestaient à Blois pour « une vraie régulation européenne pour les paysans en détresse », car « Pour nous, c’est pas la vie de château ».

Alors que les aides directes sont indispensables au revenu des agriculteurs européens (surtout pour les céréaliers et les éleveurs bovins, qui connaîtraient sinon des pertes comptables sèches, selon le réseau d’information comptable agricole), le monde agricole se trouve dans une situation économique si difficile qu’il peine à imaginer pouvoir changer de modèle et se divise sur fond de drame social.

 

 

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 12:04

Par Martine Valo pour Le Monde le 29 août 2016.

Une truie et ses porcelets dans un élevage porcin de Ploeour-Lanvern (Finistère), le 11 août 2015. FRED TANNEAU / AFP

Landunvez, la cité bretonne, s’enorgueillit de ses plages de sable doré. Typique de ce littoral encore préservé du Finistère nord, elle a tout ce qu’il faut pour plaire : vieux château, menhir, dolmen, chapelles et un petit port de plaisance. Voilà pour son côté face.

Côté pile, la commune a gardé sa vocation agricole. Et dans le bourg, les tensions montent autour d’un élevage industriel de porcs, l’une des plus grandes usines à cochons de la région sur le point de s’agrandir – encore – pour atteindre une production de 26 000 porcs par an.

Cette fois, les riverains se rebiffent. Le 1er août, deux associations ont déposé un recours devant le tribunal administratif de Rennes, afin d’obtenir l’annulation de l’autorisation préfectorale délivrée le 1er avril à la société Avel Vor.

22 200 tonnes de lisier par an

Les protestataires dénoncent une étude d’impact insuffisante mais leurs griefs tiennent en un mot : trop. Trop d’odeurs, trop de lisier (22 200 tonnes par an annoncées), trop d’algues vertes dans le port de plaisance, d’eaux marron non identifiées ruisselant vers la mer, de tracteurs et d’épandage, d’azote dans une zone déjà en excédent structurel, d’ammoniac, de poussières.

Ils pâtissent déjà de ces nuisances du fait de cette exploitation de bientôt 18 000 mètres carrés surplombée de quatre silos et qui a déjà beaucoup grossi en 2013. Le tout à 250 mètres de l’école et à 1,5 kilomètre de la mer.

Qu’en sera-t-il avec la nouvelle configuration qui va faire passer le nombre d’emplacements de 675 à 850 pour les truies, de 5 360 à 8 700 pour les porcs à l’engraissement et de 3 200 à 4 200 pour les porcelets ? De quoi concentrer 13 750 têtes à la fois sur un seul site, sans compter le millier de cochons logés par le même propriétaire dans deux autres installations à Landunvez toujours.

Les craintes des habitants sont d’autant plus vives que le projet ne s’accompagne pas d’une unité de méthanisation, jugée « pas rentable » par l’exploitant, mais d’une seconde lagune de stockage de lisier de 7 000 mètres cubes.

« Des tensions ? Il y a toujours des gens pour et des gens contre, élude le maire (sans étiquette) Jean Héliès. De toute façon, l’extension est presque terminée et le préfet a dit oui. Je n’ai aucune raison de remettre en cause l’avis de gens plus compétents que moi et d’assassiner ceux qui travaillent ! »

Malgré trois alertes aux bactéries fécales qui l’ont conduit à fermer les plages plusieurs fois cet été, l’élu assure que tout va bien. « Il y a moins d’algues vertes qu’il y a sept-huit ans » et « il n’y a jamais eu autant de touristes », affirme-t-il. Il lie ce mouvement d’humeur à la présidente de l’association Avenir et environnement en pays d’Iroise (AEPI), Anne Bertrand, « qui avait été battue aux élections municipales ».

2 000 signatures pour 1 500 habitants

Pas sûr que la polémique relève de la chronique clochemerlesque. La pétition lancée par l’AEPI contre l’agrandissement de la porcherie Arvel Vor a rapidement recueilli 2 000 signatures, soit davantage que les 1 500 habitants de la commune. La respectée association Eau et rivières de Bretagne a apporté son soutien et son expertise dans le dépôt du recours. « D’autres riverains m’ont contacté pour se joindre à notre démarche », confie l’avocat Sébastien Le Briéro, qui défend les deux associations.

Le 28 juillet, Anne Bertrand avait convoqué une assemblée générale. Elle ne s’attendait pas à ce que le dirigeant d’Avel Vor, Philippe Bizien en personne, s’y invite, avec une vingtaine d’éleveurs. « Je ne pouvais pas faire évacuer la salle, je ne suis plus au tribunal », sourit cette magistrate à la retraite.

Mais elle ne s’est pas laissée démonter et, « malgré les ricanements », a exposé sa vision du dossier jusqu’à ce que Philippe Bizien intervienne. Supputant des relents de « lutte des classes » autour de ses élevages, il a prévenu ses adversaires : « L’argent que je perdrai, j’irai le chercher. »

Produire toujours plus

Philippe Bizien, qui n’a pas voulu répondre aux sollicitations du Monde, est une personnalité de la filière porc. Il compte plusieurs maires de Landunvez parmi ses ancêtres. Il détient surtout de nombreuses responsabilités professionnelles. Président du Comité régional porcin, il est aussi vice-président d’Aveltis – un groupement qui vend trois millions de porcs charcutiers par an pour un chiffre d’affaires de 440 millions d’euros en 2015 –, et siège à l’Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne.

En Bretagne, la concentration de porcs ne semble pas inquiéter les élus. En 2016, la région a débloqué une enveloppe de 50 millions d’euros sur cinq ans pour aider les éleveurs, en particulier pour construire et rénover leurs bâtiments, soit une enveloppe de 180 millions d’euros en comptant les subsides de l’Etat, selon les comptes du vice-président du conseil régional, Olivier Allain.

Il s’agissait de lancer « un signal fort aux éleveurs qui veulent aller de l’avant », déclarait en mai dans une revue professionnelle, Réussir porc, cet ex-responsable de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles et de la chambre d’agriculture des Côtes-d’Armor, élu à la région sur la liste socialiste. Un appel à produire toujours plus malgré un marché en berne, concentré entre de moins en moins de mains : la moitié des éleveurs détenaient plus de 99 % du cheptel français en 2010.

« Pas sous les vents dominants »

Le message a été reçu à Landunvez. Mais le projet d’usine à cochons a été diversement apprécié par les différents services de l’Etat. Tandis que l’autorité environnementale s’interrogeait sur les impacts « d’une concentration de porcs aussi importante », notamment de la « gêne ressentie par les riverains », et des conséquences sur la qualité de l’eau, le commissaire enquêteur s’inquiétait, lui, de trouver dans une bande de 100 mètres à 300 mètres autour de l’élevage industriel « un lotissement, une école, une salle de sport ». Témoignant qu’il n’avait reçu que des points de vue critiques lors de son enquête, il a lui-même rendu un avis négatif.

De son côté, la direction départementale de la protection des populations du Finistère délivrait, en février, un satisfecit à ce projet. Aucun problème d’odeur par exemple, vu que « les habitations à proximité ne sont pas sous les vents dominants ». Pas de difficultés non plus avec les retombées d’azote ammoniacal, car « il n’existe pas de milieux naturels sensibles dans un rayon de 1 000 mètres ». Juste la quasi-totalité du bourg et la mer d’Iroise au bout.

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 08:56

La biodiversité offre une protection relative face à la hausse des températures, selon une étude
Par Pierre Le Hir pour Le Monde le 30 août 2016

Une vue de l’Amazonie en Guyane française, en 2012. JODY AMIET / AFP

C’est, au choix, une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la planète et pour l’humanité. Les optimistes retiendront que la forêt amazonienne est capable, grâce à la très grande diversité de ses arbres, de s’adapter à un changement climatique de relativement faible amplitude. Les pessimistes noteront, eux, que cette forêt ne résisterait pas à une forte hausse des températures. L’enjeu est crucial, en raison de l’importance de cet écosystème tropical humide qui, s’étendant sur plus de 6 millions de km2 répartis entre neuf pays (Brésil, Pérou, Colombie, Bolivie, Venezuela, Guyana, Surinam, Equateur, Guyane française), constitue la plus grande réserve mondiale d’espèces animales et végétales, en même temps qu’un gigantesque puits de carbone.

L’idée que la diversité d’un milieu naturel représente un atout qui lui permet de mieux faire face aux aléas est largement admise par les écologues. Pour la première fois, une équipe de chercheurs allemands et néerlandais l’a testée à grande échelle, sur l’ensemble du bassin amazonien. Dans un article publié lundi 29 août dans la revue Nature Climate Change, elle montre que la diversité de cette forêt favorise sa résilience au changement climatique. C’est-à-dire sa capacité à reconstituer sa matière végétale (biomasse) et à continuer de remplir des fonctions comme le stockage de gaz carbonique. Du moins jusqu’à un certain seuil de réchauffement.

Exceptionnelle biodiversité

Boris Sakschewski, de l’Institut de recherche de Potsdam (Allemagne) sur les effets du changement climatique, et ses collègues ont fait fonctionner des modèles numériques, en prenant en compte les « traits fonctionnels » des arbres : des caractéristiques telles que la hauteur des troncs, la densité du bois, la surface des feuilles ou la taille des graines, qui assurent la dynamique d’un peuplement sylvestre et lui permettent de se régénérer plus ou moins efficacement.

Ils ont aussi retenu deux scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, sur les quatre étudiés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Le premier, qui mise sur une stabilisation des émissions avant la fin du siècle à un niveau bas, prévoit une hausse des températures comprise entre 1,1 et 2,6 °C à l’horizon 2100. Le second, dans lequel les émissions continuent de croître au rythme actuel, conduit à une montée du thermomètre pouvant atteindre 4,8 °C.

Il apparaît que dans la première hypothèse, celle du plafonnement de la courbe d’émissions et de réchauffement, la plus grande partie du territoire boisé de l’Amazonie (84 %) parvient à se régénérer sur le long terme. Cette aptitude s’explique par son exceptionnelle biodiversité, beaucoup plus riche que celle des forêts tempérées, avec pas moins de 16 000 espèces d’arbres répertoriées. Grâce à cette profusion, décrivent les chercheurs, la forêt tropicale humide devrait s’adapter, au prix toutefois de changements de grande ampleur. Les grands arbres dominants actuels pourraient ainsi céder leur place à des essences de plus petite taille, moins sensibles au stress hydrique.

Perte massive de superficie

En revanche, dans l’hypothèse d’une poursuite incontrôlée des émissions de gaz à effet de serre, entraînant une atmosphère beaucoup plus chaude et des saisons sèches plus sévères, seule une infime portion (13 %) du bassin amazonien serait en mesure de se régénérer à longue échéance. Dans ce cas, la biodiversité forestière ne fonctionne plus comme une « assurance contre les impacts du changement climatique ».

« Cette étude marque une avancée importante, car les climatologues se sont jusqu’à présent fondés, pour anticiper la réponse des forêts tropicales à l’effet de serre, sur des modèles qui ne prenaient pas en compte la biodiversité, commente Jérôme Chave, directeur de recherche au laboratoire Evolution et diversité biologique de Toulouse (CNRS-Université Paul-Sabatier). Ce travail montre que la diversité végétale de la forêt amazonienne peut avoir un effet tampon face au changement climatique. » Si du moins, ajoute-t-il, « cette forêt n’est pas affectée par d’autres facteurs ».

Le dérèglement du climat n’est en effet ni la seule, ni même la première menace qui pèse sur cet irremplaçable couvert boisé. Celui-ci, mis à mal par une déforestation massive et par le développement de la culture du soja et du palmier à huile, a déjà perdu, au cours du dernier demi-siècle, près du cinquième de sa superficie.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 15:30

José Bové revient sur les déclarations du Secrétaire d’État français au commerce annonçant que la France demanderait à ses homologues européens l’arrêt des négociations du traité de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis. L’eurodéputé demande qu’en toute cohérence l’accord avec le Canada (CETA) ne soit pas ratifié.

Mathias Fekl, Secrétaire d’État au Commerce extérieur, a annoncé ce matin qu’il demande à la Commission européenne de stopper les négociations pour la mise en place d’un accord commercial de libre-échange avec les États-Unis. Il rejoint l’Allemagne, qui a déclaré l’échec des négociations ce weekend. La mobilisation européenne massive a finalement payé, je m’en félicite. Après cette victoire nous devons maintenir la pression sur le Secrétaire d’État du Commerce extérieur pour qu’il s’oppose aussi à la signature de l’Accord avec le Canada, le CETA.

Les négociations avec le Canada sont calamiteuses. Sur le volet agricole, elles vont mettre en danger l’élevage extensif dans les zones de montagne. Avons-nous réellement besoin d’importer de la viande de bœuf produite au Canada ? À cette question de bon sens, Monsieur Fekl n’a pas de réponse convaincante. Les agriculteurs canadiens qui sont relativement protégés par un système de régulation des volumes, vont être ensevelis par la vague blanche européenne de lait. Des deux côtés de l’Atlantique les petits paysans seront éliminés.

Les consommateurs et les citoyens européens se sont mobilisés ces dernières années contre la course au productivisme en agriculture. Leur détermination a débouché sur des victoires _ qui n’ont rien de symbolique _ comme l’absence de culture d’OGM dans pratiquement tous les pays de l’UE, l’interdiction d’utiliser des hormones de croissance dans l’élevage bovin ou le coup d’arrêt au glyphosate. L’Europe applique, parfois contrainte et forcée, un principe de précaution dont le gouvernement canadien n’a que faire. Il n’est pas possible d’uniformiser nos standards de consommation.

Autre raison fondamentale à mon opposition à cet Accord, le peu de cas qui est fait de la protection des Appellations d’Origine Contrôlées. Sur 1400 AOP, l’Europe n’a réussi à en faire reconnaitre que 140, soit 10%. Le score final sur ce dossier est sans appel : Canada 9 - Union européenne 1. Aucun entraineur n’oserait qualifier cela de réussite. Lactalis a déposé la marque FETA Président aux États-Unis et se tient prêt à couper les pattes aux paysans grecs. Ceci est totalement inadmissible.

Enfin pour couronner le tout, la mise en place d’un système de tribunaux arbitraux permettant aux entreprises d’attaquer les législations des États et de l’Union européenne est maintenue avec quelques correctifs mineurs. De nombreuses entreprises globales américaines ont une filiale au Canada et pourront utiliser ce dispositif pour remettre en cause des avancées sociales ou environnementales. Peu étonnant dans ces conditions que le TAFTA soit arrêté : elles n’en ont plus vraiment besoin.

Mi-octobre, je me rendrai au Canada à l’invitation de Maud Barlow et du Conseil des Canadiens. Là-bas comme ici, les gens ne veulent pas de cet accord de libre-échange. Nous avons coulé le TAFTA. Il nous reste deux mois pour couler le CETA.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 14:50

Par Maxime Vaudano sur http://transatlantique.blog.lemonde.fr/2016/08/30/pourquoi-la-france-veut-elle-maintenant-enterrer-le-tafta/. 

Une pancarte anti-Tafta à Francfort (Allemagne), le 26 mars 2016. ( REUTERS/Ralph Orlowski)

Le demi-tour du gouvernement socialiste français sur l’accord Tafta est désormais achevé. Après avoir approuvé le lancement des négociations transatlantiques en 2013, après les avoir soutenues pendant plusieurs années envers et contre les oppositions qui montaient d’un peu partout dans la société civile et dans l’échiquier politique, François Hollande et son gouvernement ont planté mardi 30 août le dernier clou dans le cercueil de l’accord de libre-échange Europe/Etats-Unis.

L’annonce a été faite par la voix du secrétaire d’Etat au commerce extérieur Matthias Fekl, qui a promis sur RMC qu’il demanderait au nom de la France « l’arrêt pur, simple et définitif de ces négociations » lors de sa prochaine rencontre avec ses homologues européens, fin septembre.

1. Est-ce étonnant ?

Pas tant que ça. Le gouvernement français prépare le terrain depuis plusieurs mois. La défiance croissante de l’opinion et plusieurs fuites de documents de négociation avaient déjà poussé François Hollande et Manuel Valls à monter au créneau à partir du printemps 2016, en menaçant de mettre un véto français au Tafta (également désigné sous le sigle TTIP). L’annonce-choc de Matthias Fekl, qui intervient au lendemain dune déclaration similaire de son homologue social-démocrate allemand Sigmar Gabriel, n’est que le prolongement de cette position.

2. Pourquoi maintenant ?

A priori, rien ne justifie la brusque montée de fièvre de la France contre le Tafta. Lors du conseil européen des 28 et 29 juin, les Etats européens avaient reconfirmé un par un au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker leur volonté de poursuivre les négociations – y compris la France.

Depuis, un 14e cycle de négociation du Tafta s’est tenu en juillet, mais au vu de ce qui en a filtré, il ne s’y est rien passé de dramatique qui justifierait un arrêt brutal des négociations. Tout juste a-t-il pu confirmer le manque de bonne volonté des négociateurs américains, qui irrite au plus haut point des Européens.

Mais voilà, après avoir réfléchi tout l’été, Matthias Fekl considère que « nous sommes aujourd’hui à un moment de vérité et de décision » et qu’il faut arrêter les frais.

En réalité, ce coup de poing sur la table conjoint avec Sigmar Gabriel ne fait qu’acter l’impasse dans laquelle sont actuellement enlisées les négociations, fruit d’un attentisme bien logique des deux côtés de l’Atlantique à l’approche de rendez-vous électoraux importants – la présidentielle américaine en novembre 2016, la présidentielle française en avril-mai 2017 et les élections fédérales allemandes à l’automne 2017. Aucun des deux camps n’est prêt à des compromis substantiels (indispensables à l’avancée des négociations) avant d’être relégitimé par le poids politique de ces scrutins.

Comme le président Hollande sait qu’il n’y a aucune chance, dans les circonstances actuelles, que la négociation du Tafta se finisse avant la fin de son mandat, cela ne lui coûte pas cher de marquer son opposition à un accord que villipende une grande partie de la gauche.

3. Quel est l’intérêt d’arrêter les négociations ?

Aucun, si l’on est réaliste. En effet, contrairement à la gauche radicale ou aux écologistes, Hollande, Valls et Fekl ne s’opposent pas au principe même du Tafta et du libre-échange. Ils jugent simplement que les négociateurs européens n’obtiennent pour l’instant pas des concessions suffisantes de la part de leurs homologues américains, peu conciliants. Mais pourquoi ne pas laisser les négociations aller à leur terme avant de se faire une idée sur le contenu de l’accord, et éventuellement le rejeter ? « Attendons le résultat final pour ensuite faire notre choix », plaident ainsi les eurodéputés LR Tokia Saïfi et Franck Proust.

Matthias Fekl explique aujourd’hui que « sur l’alimentation, l’énergie, la santé, les services publics, la culture », la direction qu’ont prises les négociations n’est pas bonne, ce qui justifie « un coup d’arrêt clair, net et définitif ».

On est très loin du discours de ses débuts au gouvernement, il y a deux ans, lorsqu’il intimait aux critiques de prendre patience en attendant la fin des négociations pour se faire une idée claire du contenu de l’accord. « Je pourrais très bien aller demain devant les caméras et dire qu’on dénonce ce mécanisme et qu’on le refuse. Mais ça, c’est du spectacle ! Ce n’est pas ça la politique. On doit construire des positions à plusieurs », disait-il ainsi à l’automne 2014 à propos des tribunaux d’arbitrage, qu’il voulait réformer (et il a réussi) plutôt que rejeter en bloc. De même, il a toujours vanté son combat pour la transparence des négociations, qui avaient accompli selon lui des progrès considérables depuis son entrée en fonction, pour couper l’herbe sous le pied de ses détracteurs.

4. Les négociations peuvent-elles vraiment s’arrêter ?

Comme l’a reconnu lui-même Matthias Fekl, la France n’a pas le pouvoir d’arrêter seule les négociations : « la Commission [européenne] a parfaitement la possibilité de continuer à négocier jusqu’à la fin des temps, et personne ne peut s’y opposer ». La réalité est que la seule chose que Paris peut faire, dans l’immédiat, c’est de retirer son soutien politique à la négociation – ce qui ne semble pas impressionner la commissaire européenne Cecilia Malmström, qui a assuré mardi que « les négociations continuent », en réaffirmant l’objectif (irréaliste) de les conclure d’ici la fin 2016.

Matthias Fekl espère que d’autres pays « emboîtent le pas » à la France en septembre, avec l’ambition de rassembler la majorité qualifiée indispensable pour annuler le mandat de négociation confié à la Commission européenne en 2013. Mais rien n’est moins sûr. Car même si le Royaume-Uni (fervent partisan du Tafta) est hors jeu pour cause de Brexit, l’accord transatlantique compte encore de nombreux partisans au Nord et à l’Est de l’Europe, sans même parler de l’Allemagne, où la conservatrice Angela Merkel pourrait s’opposer aux velléités de son ministre de l’économie social-démocrate Sigmar Gabriel de saborder un accord qu’elle a toujours soutenu.

Si la majorité voulue par la France n’est pas réunie, la Commission européenne pourra continuer de négocier au ralenti, comme actuellement, en se concentrant sur les sujets les moins politiques, en attendant l’arrivé de nouveaux dirigeants en France et aux Etats-Unis.

Si, au contraire, la France réussissait à saborder le Tafta, cela ne signerait pas forcément son arrêt de mort définitif. En effet, Matthias Fekl explique qu’il souhaite mettre un terme à cette négociation enlisée « pour ensuite pouvoir reprendre des discussions sur des bases modernes avec les Etats-Unis, prenant en compte l’environnement, l’écologie, le social et les PME ». « Il faut reprendre plus tard les choses sur de bonnes bases, en faisant la transparence d’emblée, en mettant d’emblée les parlementaires et les citoyens devant les informations, et en concluant des accords modernes […] prenant en compte l’environnement, l’écologie, le social et les PME […] – ce n’est pas le cas aujourd’hui », poursuit-il.

En clair, lancer un Tafta 2 pour réussir là où le Tafta 1 a échoué. On a du mal à voir ce qui pourrait empêcher cette nouvelle tentative d’achopper sur les mêmes résistances américaines…

5. Quid de l’accord CETA entre l’Europe et le Canada ?

Si Matthias Fekl n’espère plus rien du traité transatlantique, il est toujours partisan de l’accord CETA entre l’Europe et le Canada, qu’il qualifie de « bon traité », car « c’est l’anti-Tafta » sur « beaucoup de points qui sont critiqués » dans la négociation avec les Américains.

De l’avis général, le CETA est en effet beaucoup plus favorable à l’Europe que ce qui se profile pour le Tafta. Mais il est toutefois loin de faire l’unanimité : il a été négocié dans la même « opacité » que dénonce M. Fekl pour le Tafta, est loin d’être exemplaire au niveau de l’environnement et des normes sociales et contient toujours un mécanisme de règlement arbitral qui, bien que réformé, suscite encore des interrogations.

Malgré ça, le gouvernement français en est très satisfaite et ne devrait pas faire obstacle à sa ratification, qui doit commencer à l’automne. Ce qui montre qu’il est encore loin d’être passé dans le camp des adversaires du libre-échange.

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Toxic Tour de Pantin à Romainville dimanche 16 juin 2019

Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050

Merci aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens qui ont voté " Pour le climat, tout doit changer ! "

Pollution de l’air dans les écoles et crèches franciliennes

Volonté politique de créer une régie publique de l’eau à Est Ensemble, mythe ou réalité ?

À la base … un revenu ?

Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h

La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique

La Forêt passe à l'attaque !

Plâtre et béton sur la Corniche

Agir ensemble pour les Coquelicots le 7 décembre

Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts

Destruction des océans, sur-pêche, pêche électrique... avec Bloom mardi 20 novembre

À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas

Des défenseurs de la Maternité des Lilas s'enchaînent devant le ministère de la santé

Romainville n'aura pas d'usine de méthanisation

Journal n°2 de Les Lilas Autrement (décembre 2014)

écolo ! n°19 : le téléphérique un GPII

écolo ! n°18

Gaz de schiste : du mirage économique au cauchemar écologique ?

Journée de la transition le 27 septembre aux Lilas

écolo ! n°17 : un nouveau modèle énergetique français

écolo ! n°16 : TAFTA ou TIPP, le traité de libre-échange transatlantique signerait la fin du projet