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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 10:04

Nous vous en parlions en avril 2013 dans  Le grand orchestre de la nature est peu à peu réduit au silence. Depuis cinquante ans, le musicien et bioacousticien américain répertorie les bruits du monde animal menacé d’extinction par l’homme. Des artistes internationaux illustrent ses archives sonores à la Fondation Cartier.

Par OLIVIER LAMM pour Libération sur http://next.liberation.fr/musique/2016/08/01/bernie-krause-harmonies-vivantes_1469754

Bernie Krause au Sugarloaf Ridge State Park de Kenwood, Californie, en 2015. Photo Ramin Rahimian

Le monde naturel disparaît à grands feux, juste sous nos oreilles. Lentement, sûre- ment, il s’évapore aussi sous nos yeux, mais à un rythme qui sert malheureusement trop bien à notre oubli et notre aveuglement. Alors depuis bientôt cinq décennies, le bioacousticien américain Bernie Krause en parcourt les derniers sanctuaires pour l’enregistrer, le comprendre, et nous apprendre à l’écouter. Des marais sauvages du Costa Rica aux profondeurs de l’océan Pacifique, des prairies californiennes à l’Amazonie, il traque les signatures sonores des larves, des grands singes, des anémones. Attrapé au cœur d’une catastrophe dont il ne mesurait pas l’ampleur quand il a posé pour la première fois un micro dans un champ, à la fin des années 60 (la sixième extinction de masse des espèces anima- les), ce guitariste passé par les studios de la Motown et le départe- ment de musique électronique du Mills College a troqué sa casquette de musicien contre une blouse de scientifique militant.

PLAGE DE FRÉQUENCES

Au fur et à mesure des voyages et des années, il est devenu l’un des premiers témoins de l’impact de l’homme sur son environnement, souvent notable à l’oreille bien avant d’être visible à l’œil, et développé une discipline unique en son genre, l’écologie des paysages sonores. A la suite des travaux pionniers du Canadien R. Murray Shafer, Krause a ordonné le monde en trois catégories complémentaires : la géophonie, qui rassemble tous les sons non organiques comme l’eau, le vent, les activités volcaniques, etc. ; la biophonie, qui comprend tous les sons produits par un organisme donné dans un lieu donné ; et l’anthrophonie, qui réunit toute la musique des hommes, qu’elle soit volontaire (musique, théâtre) ou involontaire, chaotique, incohérente. Enfin il a établi le principe de niche, qui envisage que chaque organisme s’exprime sur une plage de fréquences très précise qui lui permet d’interagir en toute «harmonie» avec les autres, et que celle-ci est amenée à changer si le paysage sonore dans lequel cet organisme vit est modifié. Ainsi, chaque environnement sonore naturel est comme un orchestre dont les pupitres seraient précisément distribués et redistribués au fur et à mesure de l’évolution. Mais pour reconnaître cette étonnante musicalité du vivant, il convient d’apprendre à l’écouter – ce que les civilisations humaines de ce début de XXIe siècle semblent peu disposées à faire.

Sur la terrasse de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, qui organise depuis le 2 juillet la première grande exposition consacrée à son œuvre et à sa cause, Krause, mid-westernien au regard doux de 78 ans, tente de nous expliquer pourquoi nous avons tant tardé à ouvrir nos oreilles au grand orchestre du vivant. «La seule raison pour laquelle nous ne reconnaissons pas la musicalité du monde biologique, c’est que nous n’avons pas de mot pour la désigner. Parce que nous baignons dans une culture de l’image, même nos gardes forestiers semblent incapables de témoigner des merveilleux mondes sonores dans lesquels ils ont le privilège de travailler.» Appréhender la partie sonore d’un lieu comme un paysage sonore ne nécessite pourtant aucun apprentissage pénible. Souvent, une simple initiation suffit. «Je travaille souvent avec des enfants. Il suffit de leur mettre un enregistreur entre les mains et un casque sur les oreilles et de les lâcher dans un jardin pour qu’ils se mettent à utiliser le micro comme une paire de jumelles.»

BALADE EN FORÊT

Sa propre illumination, Bernie Krause l’a eue par accident. Originaire de la cité industrielle de Detroit, élevé dans une grande famille sans animaux, son rapport initial à la nature était peu ou prou le même que celui des Pères pèlerins : éloigné, aliéné, effrayé. La première fois qu’il est entré dans une forêt pour l’enregistrer, il était mort de peur, sans pouvoir l’expliquer. Ce n’est que des années plus tard qu’il a découvert qu’il était le produit d’une culture terrorisée par son environnement, alors que pendant des millénaires, l’espèce humaine avait participé en toute harmonie au grand concert du vivant. «Je n’utilise jamais le mot “nature” dans mon travail. Sa racine étymologique est très dérangeante : elle remonte au IVe siècle, quand Constantin le Grand a demandé à ses clercs de dé- finir tout ce qui était sauvage, dangereux, inexplicable, incontrôlable. Alors, ils ont inventé un mot avec un suffixe féminin, natura, dont la définition était en désaccord avec Dieu. Voilà. Rien n’a changé depuis. Nous ne cessons de vouloir contrôler cette merveille qui nous a fait naître, de penser que nous pouvons l’améliorer. Pire, nous pensons que nous en sommes séparés.”

Avant de lancer en 1968 Wild Sanctuary, sa fondation de sauvegarde des paysages sonores naturels, Bernie Krause était réputé dans le monde de la pop comme l’un des manipulateurs les plus agiles du synthétiseur Moog, dont il ne jouait pas seulement sur les disques du duo Beaver Krause, avec son confrère Paul Beaver, mais sur ceux des Monkees, des Doors, des Byrds ou de George Harrison. C’est une balade en forêt et, étrangement, la perspective de pouvoir travailler seul, qui a tout changé. «J’ai une mauvaise vue de naissance, alors j’ai toujours été très intéressé par le monde du son. Je me suis toujours informé par lui. La possibilité de le capter et de le reproduire me semblait être un miracle. A la fin des années 60, j’ai commencé à produire des albums de musique électronique avec Paul Beaver dont In a Wild Sanctuary, l’un des tout premiers albums consacrés au thème de l’écologie. Il semblait logique de sortir du studio pour aller y enregistrer la nature. Ce fut une révélation au moins dix fois plus puissante que celle que j’avais connue en commençant à travailler dans un studio. Je dois aussi avouer que j’ai saisi la chance de travailler dans la nature pour une raison très égoïste : je m’y sentais bien mieux qu’avec les divas d’Hollywood. Mais très rapidement, je me suis surtout rendu compte que ces enregistrements pouvaient aider à prendre conscience de phénomènes dont on parlait alors très peu, même dans la communauté scientifique : la destruction des habitats naturels et les effets des entreprises humaines sur l’environnement à toutes les échelles, même celles invisibles à l’œil humain.»

«DISPARITION MASSIVE»

En cinquante ans, Bernie Krause a réalisé plus de 5 000 heures d’enregistrements d’habitats naturels abritant plus de 15 000 espèces. Au fur et à mesure qu’il est retourné sur les lieux de ses enregistrements du passé, il a constaté la vitesse ahuris- sante avec laquelle notre environnement sonore s’est appauvri : là où il fallait dix heures d’enregistrement pour isoler une heure de grande valeur sonore il y a quarante ans, il en faut aujourd’hui mille. «La grande majorité de mes archives provient de lieux qui n’existent plus dans l’état dans lequel j’ai capturé leur paysage sonore. Assis- ter de manière si précise à une disparition si massive et si rapide est très douloureux. Je ne suis pas non plus rassuré par le constat que mon travail n’intéresse toujours personne cinquante après que je l’ai commencé. C’est pourtant la voix du monde naturel. On enseigne la préservation de l’environnement dans toutes les grandes universités américaines, à Harvard, à Yale, à Stanford, mais aucune ne s’intéresse au son. C’est comme si on préparait une gigantesque banque de données de films muets. C’est si frustrant.»

 C’est à la fois pour rendre hommage à son œuvre d’archiviste et pour amplifier ses appels incessants à préserver ce qui demeure de notre environnement dévasté que la Fondation Cartier a invité Raymond Depardon, Ryuichi Sakamoto (lire ci-dessous) ou encore Adriana Varejão à mettre en images quelques-uns des trésors sonores de Krause. Le studio web Upian a également conçu avec Krause lui- même et la chanteuse Camille un site internet (1), qui s’offre à la fois comme un prolongement de l’exposition et une initiation idéale aux miracles de l’harmonie acoustique du règne animal. Qui sait, peut-être peut-il encore être sauvé ? • 

(1) Legrandorchestredesanimaux.com

LE GRAND ORCHESTRE DES ANIMAUX

Fondation Cartier, 261, bd Raspail, 75014. Jusqu’au 8 janvier 2017. Rens. : fondation.cartier.com

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 10:02

L’Anses a discrètement publié un rapport très attendu sur l’exposition des agriculteurs aux pesticides. Elle pointe un manque de transparence, y compris de ses propres services. cf. http://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/16915-Pesticides-le-rapport-explosif-de-l-Anses-sur-l-exposition-des-agriculteurs

comzeal/epictura

comzeal/epictura

Il aura fallu du temps à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) pour publier ce rapport, fruit d’un travail de cinq années passées à éplucher la littérature relative aux pesticides, les données sur les travailleurs exposés, et les maladies engendrées. Par trois fois, la publication de ces 1000 pages réunies en sept volumes a été reportée ; les ONG craignaient que le texte ne soit enterré à jamais.

Désaccords internes

Mais il est bel et bien en ligne, sur le site de l’Agence. Diffusé en pleines vacances d’été, certes, sans communiqué de presse ni conférence, c’est vrai ; mais on peut désormais le consulter.

Preuve de l’embarras autour par ce rapport ultra-sensible, l’Anses explique son retard par la réception tardive d’une note faisant état d’une position divergente « émanant de deux experts du groupe de travail ayant mené cette expertise ». Une sorte de véto posé en interne par ces deux chercheurs, alors que les travaux de l’agence visent notamment à évaluer la capacité de ses propres services à faire face à la question de l’exposition aux pesticides.

Opacité des données 

Or, c’est bien un aveu d’échec qui apparaît en filigrane dans ce rapport. L’exposition des travailleurs aux produits phytopharmaceutiques demeure largement sous-documentée, faute d’études indépendantes, souligne l’Anses. Le nombre d’agriculteurs exposés s’élève à un million, mais c’est sans compter les « centaines de milliers de travailleurs non permanents ainsi que plusieurs dizaines de milliers de stagiaires ».

« Aucune organisation en France n’est en charge de produire [les données relatives aux expositions aux pesticides]. Ces données, qui peuvent également être utilisées dans le cadre de l'homologation des produits, sont pour certaines produites par des organismes non indépendants (ayant un intérêt économique à la vente de pesticides, soit directement via la vente de produits, soit indirectement via la commercialisation de produits d'aval) », peut-on lire.

Politiques inadaptées

Le groupe d’experts relève également que les mesures déployées pour limiter l’exposition relèvent d’une logique inappropriée. Ces politiques sont « en grande partie centrées sur quelques déterminants matériels de l’exposition relevant du comportement individuel des personnes au travail : mesures d’hygiène, port d’équipements de protection individuelle ».

Or, « selon les principes généraux de prévention en santé travail, ces mesures ne devraient être utilisées qu’en dernière intention après la substitution et la mise en œuvre de mesures de prévention collective, relatives par exemple à l’organisation du travail ».

Les experts recommandent de limiter en premier lieu le recours aux pesticides, impératif qui doit prévaloir dans les années à venir. Par ailleurs, un effort intense sur la formation aux dangers, aux risques et à la sécurité d’utilisation doit être déployé. « Les préoccupations de santé au travail relatives à l’exposition aux pesticides des personnes travaillant dans l'agriculture sont prises en compte de façon très hétérogène et parfois réduite lors de la formation initiale destinée à ces personnes », ce qui ne permet pas de sensibiliser les premiers concernés, déplore l’Anses.

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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 12:13

Par Denis Cosnard le 26 juillet 2016 pour Le Monde.

C’est parti ! Avec un certain retard sur d’autres pays européens, la France s’apprête à inciter à son tour les entreprises et les ménages qui le souhaitent à produire et consommer leur propre électricité, à partir notamment de panneaux solaires. Un double coup de pouce va être donné par l’État en ce sens, alors que seuls 15 000 foyers français et quelques dizaines d’entreprises se sont pour le moment lancés dans l’aventure de l’autoconsommation.

Première étape : mercredi 27 juillet, Ségolène Royal, la ministre de l’énergie, doit présenter en conseil des ministres un projet d’ordonnance relative à l’autoconsommation d’électricité. Le texte, auquel la Commission de régulation de l’énergie vient de donner un avis favorable, permet de donner un cadre à une pratique en plein décollage. Il en donne une définition précise et prévoit que les particuliers et les entreprises consommant leur propre courant pourront bénéficier d’un tarif spécifique, plus avantageux, pour leur utilisation du réseau de distribution de l’électricité. Ce tarif sera arrêté par la Commission de régulation.

 

Un appel d’offres aux entreprises

Deuxième coup de pouce : le ministère compte lancer « dans les prochains jours » un appel d’offres, le premier du genre, à destination des entreprises industrielles, tertiaires et agricoles tentées par l’autoconsommation – les ménages en sont exclus. Il vise en particulier les centres commerciaux qui posent des panneaux solaires sur leurs toits ou leurs ombrières de parking, et utilisent l’électricité pour l’éclairage et la climatisation.

L’État entend retenir dans ce cadre 100 à 400 projets, pour un volume total de 40 mégawatts. Les projets retenus recevront des subventions.

« Cet appel d’offres va vraiment donner le top départ de l’autoconsommation pour les entreprises en France », se réjouit Damien Mathon, le délégué général du Syndicat des énergies renouvelables. Depuis un an et demi, les installations électriques en autoconsommation sont estimées à environ 1 mégawatt par mois, explique-t-il. L’appel d’offres devrait donc permettre de construire des installations d’une puissance équivalente à toutes celles mises en place depuis plus de trois ans. A la clé, des investissements évalués entre 60 et 80 millions d’euros, selon le Syndicat des énergies renouvelables.

Changement de modèle économique

Produire de l’électricité avec des panneaux solaires ou des éoliennes, et l’utiliser soi-même : en France, la pratique demeure marginale. À 90 % ou 95 %, les particuliers et les entreprises qui s’équipent ne consomment pas l’énergie ainsi générée. Ils préfèrent la revendre à EDF, qui est obligée de l’acheter à un tarif élevé, subventionné par l’État. Pour leurs besoins, ils avaient jusqu’à présent intérêt à s’alimenter comme tout le monde chez EDF ou chez l’un de ses concurrents, à un prix inférieur.

Mais cette équation est en train de changer. Le prix des panneaux photovoltaïque a chuté. La technologie devient de plus en plus compétitive. Dans le même temps, le tarif de rachat de l’électricité solaire, conçu pour stimuler le décollage de cette filière, ne cesse de baisser. Au bout du compte, produire et utiliser sa propre électricité commence donc à être parfois plus rentable que la revendre. Surtout si l’État apporte une petite aide financière.

« Avec ce premier appel d’offres, on va expérimenter le modèle économique », estime M. Mathon. L’opération permettra de mesurer l’ampleur des subventions encore nécessaires, sachant que l’Etat retiendra les projets les moins gourmands en aides publiques. Le cahier des charges a été conçu pour favoriser des projets dans lesquels la production prévue correspond le plus possible à la consommation, tout en permettant aux entreprises de revendre leur surplus de courant à EDF.

 

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 13:17
35 heures : ce que dit le rapport secret de l’IGAS

Par Bertrand Bissuel pour Le Monde du 19 juillet 2016.

Le texte, dont la parution a été bloquée, conclut que la réduction du temps de travail peut favoriser l’emploi .

Le chef de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), Pierre Boissier, ne voulait pas qu’un rapport, réalisé par deux de ses pairs, soit diffusé. C’est raté. Le Monde a pu prendre connaissance de ce document d’une centaine de pages (sans les annexes), qui évalue les « politiques d’aménagement [et de] réduction du temps de travail dans la lutte contre le chômage ».

Une étude fouillée et prudente, qui parvient au constat que des dispositifs tels que les 35 heures, instaurées par les « lois Aubry » de 1998 et 2000, peuvent, sous certaines conditions, contribuer à réduire le nombre de demandeurs d’emploi. Est-ce à cause de cette conclusion, sur un sujet sensible politiquement et source de controverses acharnées, que le rapport avait été bloqué ? Certains membres de l’IGAS le pensent.

Quoi qu’il en soit, l’affaire plonge ce service de hauts fonctionnaires dans un climat pesant.

En se lançant dans cette mission d’expertise, les deux inspecteurs des affaires sociales poursuivaient un objectif : soupeser « le potentiel » de création d’emplois des divers outils « relatifs au temps de travail ». Conscients que le sujet est, « depuis une quinzaine d’années », matière à « polémique », ils se sont efforcés « de reposer les termes du débat (...) de manière dépassionnée ». Durant leurs travaux, ils ont auditionné une quarantaine de personnalités qualifiées et passé au tamis la littérature disponible sur cette thématique, en scrutant les actions à l’œuvre dans d’autres pays européens. Plusieurs dizaines d’accords d’entreprises et de branches ont également été étudiés.

« Vive bataille idéologique »

De cette masse d’informations, plusieurs enseignements se dégagent. D’abord, la France n’est pas la seule nation à avoir réduit la durée du travail. Cette tendance, engagée depuis des décennies, a touché les autres Etats européens : entre 1998 et 2013, la baisse a oscillé entre – 9,2 % et – 13,3 % en Allemagne, en Espagne, dans l’Hexagone, en Italie et aux Pays-Bas ; seul le Royaume-Uni se distingue avec un recul beaucoup plus faible (– 2,8 %).

Dès lors, écrivent les auteurs du rapport, « la question n’est pas tant de se prononcer pour ou contre la réduction du temps de travail, mais plutôt d’identifier quelles sont les modalités d’une réduction la plus efficace possible ». Plusieurs leviers peuvent être actionnés, l’un d’eux consistant à proposer aux employeurs de baisser la durée du travail de 10 %, tout en allégeant les cotisations sociales. Deux curseurs sur lesquels les « lois Aubry » ont joué.

Or, celles-ci ont permis de créer 350 000 postes « sur la période 1998-2002 », d’après les deux inspecteurs des affaires sociales, qui se prévalent de plusieurs études considérées comme « robustes » – l’une de la direction des statistiques du ministère du travail (Dares), l’autre de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). « Ce chiffre n’est aujourd’hui plus tellement remis en question », affirment les signataires du rapport, même si la mesure de l’impact des « lois Aubry » constitue « l’enjeu d’une vive bataille idéologique ».

Au passage, ils contestent l’idée selon laquelle les 35 heures auraient eu un effet négatif sur la compétitivité de notre économie.

Selon eux, « la France est l’un des pays qui a le mieux maîtrisé l’évolution de ses coûts [salariaux] ». De plus, ajoutent-ils, le prix des produits n’est pas le seul paramètre qui influe sur les performances des entreprises à l’exportation. Et si la France a subi des « pertes de parts de marché, (...) elles n’ont rien d’exceptionnel par rapport aux autres pays européens », abstraction faite de l’Allemagne, « et dans une moindre mesure », de l’Espagne.

« Conclusions erronées »

Au fil des pages sont démontées les positions de plusieurs économistes connus – Pierre Cahuc, Francis Kramarz, Stéphane Carcillo, entre autres – qui ont mis en doute les effets sur l’emploi des 35 heures. Laurent Bigorgne, le directeur de l’Institut Montaigne – un think tank libéral – en prend pour son grade pour avoir soutenu

que « les Français ne travaillent pas assez » : « Conclusions erronées », estiment les deux auteurs du rapport. A leurs yeux, « les politiques du temps de travail » peuvent ouvrir « des pistes d’amélioration (...) qui ne doivent pas être négli­gées », même si elles sont « loin de fournir » à elles seules des solutions au chômage de masse.

Fait extrêmement rare, ce rapport, bouclé au mois de mai, n’a pas été communiqué au gouvernement. Pourquoi ? Sollicitée par Le Monde, la direction de l’IGAS n’avait pas souhaité livrer les raisons qui avaient joué, en l’espèce.

Elle s’était bornée à rappeler, d’une manière générale, que « des travaux insuffisamment achevés ou présentant des faiblesses méthodologiques ne sont pas transmis par le chef de l’IGAS ». Elle avait ajouté, s’agissant de cette mission d’évaluation sur le temps de travail dans les entreprises, qu’un relecteur, un comité des pairs et une commission ad hoc, récemment mise en place au sein de l’Inspection, s’étaient tous prononcés dans le même sens, « celui de la non-transmission ».

C’est faux, objecte le Syndicat des membres de l’IGAS (Smigas), dans son dernier bulletin d’information : « L’avis du relecteur, dont nous disposons, ne demande pas la non-transmission du rapport au gouvernement. » Même chose pour l’avis du comité des pairs, mais celui-ci, présidé par Louis-Charles Viossat, comporte « une formulation très atypique et particulièrement contestable », juge le Smigas, sans plus de précision.

Quant à l’avis de la commission ad hoc, il « est peu étayé » et « pose en lui-même » la question du « bien-fondé » de cette instance, créée il y a quelques semaines. Le Smigas et la CFDT ont d’ailleurs réclamé le retrait de l’arrêté fondant cette commission, car elle n’offre, selon eux, aucune « garantie » (absence de critères sur la non-transmission au gouvernement, pas d’indication sur la motivation des avis...). Le Smigas y voit même un danger, car la procédure nouvellement instaurée tend « vers une instrumentalisation dans le sens du jugement en opportunité politique sur ce que les membres de l’inspection auraient ou non le droit d’écrire ». Sale ambiance.

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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 09:12
Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le 15 juillet 2016, par Lorène Lavocat pour Reporterre sur https://reporterre.net/Europacity-le-debat-public-se-conclut-sur-des-positions-inconciliables

Pendant quatre mois, plus de 2.000 personnes ont participé aux discussions sur le projet pharaonique d’Europacity à Gonesse, dans le Val-d’Oise. Porté par le groupe Auchan, ce complexe de commerces et de loisirs conduirait à la perte de terres cultivées de grande qualité pour une création d’emplois discutée.

Cinq réunions publiques, neuf ateliers, trois conférences-débats, un bus dédié, un forum internet... pour discuter du mégaprojet d’Europacity, la Commission nationale du débat public (CNDP) n’a pas lésiné sur les moyens. Depuis le 15 mars, plus de 2.000 personnes ont ainsi participé aux assemblées organisées dans le Val-d’Oise et en Seine-Saint-Denis. Au cœur des débats, le pharaonique complexe à 3,1 milliards d’euros, porté par le groupe Auchan, mêlant commerces, loisirs et culture, prévu en 2024 à Gonesse (Val-d’Oise). « La Commission a fait le maximum pour qu’il y ait des échanges voulus », observe Alain Boulanger, qui a assisté à la plupart des réunions.

Pourtant, cet opposant historique au projet, membre du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPGT), dénonce un faux débat : « C’était un double monologue, pas un dialogue. » Un sentiment partagé — quoique nuancé — par la présidente la Commission particulière. Dans ses conclusions, présentées au public le 4 juillet dernier, Claude Brévan a ainsi noté des « points de vue inconciliables », notamment quant à la délicate question de l’opportunité du projet.

« Le travail n’a peut-être pas été totalement inutile »

Car si le débat public devait avant tout s’interroger sur la pertinence d’Europacity, les opposants ne sont pas parvenus à faire table rase du mégacomplexe. « On nous a sans cesse caricaturés comme des écolos antitout, hors du temps, alors comment discuter ? » se demande Alain Boulanger. Claude Brévan se veut pourtant optimiste : « Oui, ce débat a souvent semblé piétiner. Mais en réalité, on voit une progression, même si les partisans ne sont pas devenus des opposants et vice versa. On a vu apparaître des “oui, mais...”, des nuances dans les affirmations des uns et des autres. »

La présidente espère ainsi que « le travail n’a peut-être pas été totalement inutile ». C’est également l’avis de Christophe Dalstein, le directeur d’Alliages et Territoires (la filiale d’Auchan porteuse du projet), qui salue, dans un communiqué, « un temps d’échange riche et particulièrement dense, un grand moment de démocratie locale ». Même Alain Boulanger reconnaît l’utilité du débat pour « bousculer les certitudes ». « Ce n’est pas le doute qui rend fou, ce sont les certitudes, philosophe-t-il. Après ces quatre mois de réunion, tout un chacun doit être ébranlé dans ses convictions. »

La maquette du projet Europacity.

Mais au sortir de ce débat public, nombre de questions restent en suspens. Dont un point principal : le nombre d’emplois « nets » (les emplois créés moins ceux détruits) créés par Europacity. Une étude, réalisée par le cabinet McKinsey pour l’intercommunalité Paris, terre d’envol, estime qu’Europacity va cannibaliser 75 à 90 % du chiffre d’affaires des commerces du secteur, et créer… 1.400 emplois, au lieu de 11.800 annoncés par Auchan. Plus tempéré, l’expert mandaté par la CNPD chiffre la création d’emplois nets entre 7.400 et 8.100, dont la moitié seulement serait en effet accessible aux habitants de la zone.

« Psychopathes de la croissance » 

« Si le projet se poursuit, il y a encore du travail à faire, conclut Claude Brévan. Le public a le sentiment qu’on a affaire à un projet fermé sur lui-même, conçu comme si l’on était sur une île, et qui n’est pas ramifié avec le reste : il a été conçu comme un paquebot, en quelque sorte. » Un paquebot qui vient à peine de débuter sa traversée, comme le rappelle Alain Boulanger : « Le débat ne fait que commencer ! »

La discussion vient d’ailleurs de s’engager au niveau du Conseil régional d’Île-de-France. Si la présidence de la région, via Jérôme Chartier (élu Les Républicains du Val-d’Oise), s’est prononcée en faveur d’Europacity, vu comme « une potentielle dynamisation de la capacité du territoire à attirer des investisseurs internationaux privés pour des projets d’envergure », les élus écologistes se sont montrés très réservés.

« Je crois qu’il est extrêmement dangereux de s’engager sur ce projet, irréversible pour ce qui est des terres agricoles, pour se retrouver dans quelques années avec un éléphant blanc, en se disant : “Mince, on n’avait pas envisagé que les centres commerciaux allaient se cannibaliser ou que les touristes ne passent pas ici” », a ainsi déclaré Julien Bayou lors de la réunion de clôture, le 4 juillet dernier.

Mais peut-on encore stopper le « paquebot » ? Dans sa contribution au débat public, l’eurodéputé écologiste Pascal Durand se montre pessimiste : « Rien ne semble arrêter cet instinct de mort et de destruction du vivant. Ni la qualité du sol, pourtant exceptionnelle, ni la présence de paysans, ni le respect de l’environnement ou les objectifs de limitation des gaz à effet de serre, ni la sauvegarde des emplois locaux, ni le maintien d’un cadre de vie en harmonie avec le vivant. » Et il conclut : « Ces “psychopathes de la croissance”, selon la formule de Fabrice Nicolino, ne conçoivent la société que comme ça : des parkings à la place de fermes urbaines, des échangeurs, du béton, du bitume et, pour horizon, une piste de ski sur une montagne en kit. »

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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 08:07

Par Rémi Barroux le 11 juillet 2016 pour Le Monde sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/07/11/l-ocde-pointe-les-insuffisances-de-la-politique-environnementale-de-la-france_4967468_3244.html

Bien, mais peut et doit mieux faire. En cette période de résultats aux examens, la France reçoit, lundi 11 juillet, son carnet de notes de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur ses engagements et sa politique environnementale.

« La France a mené une politique volontaire et ambitieuse en matière d’environnement, marquée en 2015 par la loi de transition énergétique et l’accord de Paris à la COP21, et en 2016 par le projet de loi sur la biodiversité. Le grand défi est maintenant de tenir ces engagements », a déclaré le secrétaire général de l’organisation économique internationale, Angel Gurria.

Ce rapport devait être remis lundi matin par Simon Upton, directeur de l’environnement de l’OCDE, à la commissaire générale au développement durable, Laurence Monnoyer-Smith.

Tous les dix ans, chacun des trente-cinq pays membres de l’OCDE et quelques pays « partenaires » (comme le Brésil ou la Colombie) est évalué sur sa politique environnementale. L’occasion surtout de mettre en regard les objectifs affichés et les résultats atteints. « La France s’est fixé des objectifs ambitieux, ce qui est positif, mais dans de nombreux domaines, des progrès sont à faire », explique la responsable du rapport, Frédérique Zegel, analyste des politiques à l’OCDE.

Examen nuancé, voire sévère

Le tableau d’ensemble est plutôt louangeur, marqué au début de la décennie étudiée par le Grenelle de l’environnement en 2007 et conclu par l’accord de Paris de la conférence sur le climat. Mais, chapitre par chapitre, l’examen se montre plus nuancé, voire plus sévère. Et les recommandations, les « défis », comme l’écrivent prudemment les économistes de l’OCDE, soulignent les points faibles des politiques environnementales françaises.

Au chapitre de la pollution de l’air, si la baisse des émissions de la plupart des polluants atmosphériques est réelle depuis 2000, elle est due à de nouvelles réglementations plus strictes, explique l’OCDE, mais aussi à la baisse de la consommation d’énergie et à la désindustrialisation de l’économie. Surtout, alertent les auteurs du rapport, les émissions d’oxydes d’azote ont dépassé les plafonds fixés par la législation européenne, à cause de la croissance du parc et de la circulation des véhicules diesel.

« Les plans mis en œuvre ne sont pas assez contraignants, leur gouvernance est ambiguë et les péages urbains et restrictions de circulation encore rares », constate l’OCDE, qui recommande de « promouvoir les zones à circulation restreinte et expérimenter les péages urbains ».

Autre point noir mis en avant par l’évaluation, la pollution des eaux due notamment à l’usage intensif des pesticides, qui fait de la France l’un des gros consommateurs de produits phytosanitaires dans le monde. « Si les excédents d’azote et de phosphore ont baissé, l’usage des pesticides a augmenté de 29 % entre 2008 et 2014, contrairement aux objectifs du plan Ecophyto. » Dans ce domaine, l’organisation internationale propose l’instauration d’une « redevance sur les engrais minéraux azotés ».

Autant de points et de recommandations que le ministère de l’environnement affirme avoir déjà mis en perspective, voire inscrits dans des textes législatifs. « La France a progressé par exemple sur la fiscalité écologique, ainsi que nous l’avions recommandé dans le précédent rapport, en 2005, notamment avec la mise en place d’un comité pour cette fiscalité, le rattrapage entre diesel et essence, la mise en œuvre d’une composante carbone dans la fiscalité, mais il reste beaucoup de dérogations, comme pour l’agriculture, le transport routier de marchandises ou l’aérien », détaille Frédérique Zegel.

L’abandon de l’écotaxe critiqué

En France, les taxes environnementales représentaient 2 % du PIB, alors que la moyenne des pays européens membres de l’OCDE est de 2,4 %. Les économistes soulignent la faible application du principe pollueur-payeur, notamment concernant la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, qui n’est pas liée au coût du service rendu et au faible financement par les entreprises.

L’abandon de l’écotaxe par Ségolène Royal, la ministre de l’environnement, qui visait à taxer le transport routier de marchandises pour favoriser les modes de frets ferroviaire et fluvial, est aussi critiqué. « L’abandon de l’écotaxe poids lourds a clairement contredit le principe pollueur-payeur en maintenant une couverture partielle des coûts externes, y compris environnementaux, d’utilisation de l’infrastructure routière », écrivent les rapporteurs.

Parmi les recommandations, l’OCDE préconise ainsi de développer l’évaluation environnementale des aides publiques « pour supprimer les soutiens potentiellement dommageables à l’environnement ». Parmi ces soutiens « dommageables » sont pointées les aides au foncier contribuant à l’étalement urbain, les aides à l’agriculture ou à la pêche intensive ainsi que la « sous-tarification de la pollution des eaux ».

Dégradation des zones humides

Si chaque rapport environnemental national donne lieu à une discussion avec le pays concerné et l’ensemble des nations membres de l’organisation – pour la France, cet examen collectif s’est déroulé le 8 mars –, de fait, l’OCDE s’efforce de présenter les points positifs autant que les faiblesses des politiques environnementales. « Ces rapports doivent servir chaque pays à s’auto-évaluer, à se comparer aussi aux autres pays et à améliorer leurs performances », résume Frédérique Zegel.

« Le dialogue social environnemental doit être renforcé »

Autre exemple de cet exercice d’équilibre mesuré, la démocratie environnementale. « Le dialogue social environnemental doit être renforcé », conclut l’OCDE sur ce chapitre. En plein conflit sur le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, mais aussi de nombreux projets d’infrastructure contestés (tunnel ferroviaire Lyon-Turin, barrage de Sivens, Center Parc de Roybon…), l’avertissement prend tout son sens.

Si la réforme du dialogue environnemental est récente et que ses effets ne pourront être enregistrés qu’à moyen terme, les rapporteurs insistent notamment sur la dégradation, depuis 2000, des zones humides : « L’artificialisation des sols augmente deux fois plus vite que la population. » Et si l’organisation reconnaît le renforcement de l’application du principe « éviter, réduire et compenser », elle note que l’évaluation de la performance du volet compensation reste « difficile à mettre en œuvre ». Il faut, dit l’OCDE, évaluer l’impact des projets dans leur ensemble, un argument rappelé autant par la Commission européenne que par les opposants à ces projets qu’ils jugent « inutiles ».

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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 10:02

Le 11 juillet 2016, par Ludovic Lamant, envoyé spécial de Mediapart à Bruxelles.

Mediapart publie l’offre que l’UE va présenter aux États-Unis, en matière d’énergie, pour le futur traité transatlantique. C’est l’un des sujets les plus houleux au menu du 14e « round » de négociations, cette semaine à Bruxelles. L’UE espère doper ses importations de gaz pour contourner la Russie. Des ONG jugent ce chapitre en totale contradiction avec l’accord de Paris sur le climat.

Malgré les difficultés qui s’amoncellent, le patron de la commission européenne continue d’y croire. Jean-Claude Juncker espère conclure les négociations du traité de libre-échange avec les États-Unis (TTIP selon le sigle officiel, ou Tafta pour ses adversaires) d’ici à la fin de l’année. En tout cas, sur les « principaux blocs » du texte, a-t-il dit en fin de semaine dernière, à l’issue d’une rencontre avec Barack Obama. Dans cette optique, le nouveau round de négociations qui s’ouvre ce lundi à Bruxelles, le 14e depuis le début des discussions à l’été 2013, pourrait être décisif : « Le rythme des échanges est devenu très intense », assure une source européenne impliquée de près dans les discussions.

Les négociateurs européens vont présenter à leurs homologues une petite dizaine de propositions de chapitres (sur un total de 24 chapitres censés constituer le futur – et encore très incertain – TTIP – lire sous l'onglet Prolonger). Mais rien ne dit que les Américains, plutôt sur la défensive depuis le début des discussions, les valident à ce stade. L’UE s’apprête, en particulier, à présenter l’un des chapitres au contenu sulfureux, et qu’elle considère comme l’une de ses priorités stratégiques : celui qui porte sur « l’énergie et les matières premières ». Mediapart publie en exclusivité l’intégralité de ce texte, obtenu en amont par plusieurs organisations de la société civile en Europe, dont l’Aitec et Attac en France.

La publication de ce chapitre fait suite à la fuite, en 2014 dans le Washington Post, d'un "non paper", c’est-à-dire d'un document de travail fixant les grandes lignes de la position européenne sur les enjeux énergétiques, et qui avait déjà provoqué des remous aux États-Unis. Le nouveau document, daté du 20 juin 2016, « a été convenu en lien avec les États membres au cours des dernières semaines », selon une source interne à la commission.

D’après l’analyse des ONG, il confirme l’essentiel de leurs craintes : si ce texte est appliqué en l’état, assurent-elles, il ne permettra ni aux États-Unis ni à l’UE de tenir les engagements climatiques pris lors de la conférence climatique de Paris, en décembre 2015. « L’UE préfère accroître ses importations d’énergies fossiles, plutôt que de respecter l’accord de paris, et aucun mécanisme de protection ou de sauvegarde ne permettra de faire primer les enjeux climatiques sur la course à la compétitivité », lit-on dans une note rédigée par Amélie Canonne (Aitec) et Maxime Combes (Attac), publiée lundi.

En matière énergétique, les situations de l’UE et des États-Unis sont à front renversé. L’Union est très dépendante de la Russie, pour ses importations de pétrole comme de gaz. À l’inverse, les États-Unis sont devenus depuis peu le premier producteur mondial de gaz, grâce à la technologie controversée de la fracturation hydraulique (le « fracking »), qui permet l’extraction d’hydrocarbures de schiste. L’objectif, pour les Européens – et surtout les capitales d’Europe orientale –, est simple, dans la foulée de la crise ukrainienne : il s’agit de faciliter les importations de gaz et de pétrole depuis les États-Unis, pour réduire leur dépendance à Moscou.

Dans ce contexte, le Congrès des États-Unis a adopté en décembre 2015 une décision spectaculaire : la levée de l’interdiction qui bloquait depuis quarante ans toute exportation de pétrole. Si bien que le TTIP, ici, pourrait bien ne pas servir à grand-chose : l’horizon s’est déjà dégagé, pour les exportations d’or noir vers l’UE.

Mais le cœur de la bataille reste l’accès au gaz produit aux États-Unis. Certains bateaux livrent déjà des cargaisons de gaz naturel sur le sol européen. Mais le TTIP permettrait de faciliter les choses, et surtout de monter en puissance. Le document présenté par l’UE propose ainsi d’éliminer « toutes les restrictions en matière d’exportations de gaz naturel » (page 2). Ce sera l’un des points durs de la négociation avec les Américains : elle portera sur l’allègement, voire la suppression des licences d’exportation de gaz naturel vers l'Europe. Le dossier est très sensible aux États-Unis, parce que la hausse des exportations vers l'Europe pourrait provoquer, par ricochet, une hausse des prix de l'énergie sur son marché intérieur. Si l'UE obtient gain de cause, Washington sera sans doute en droit d’exiger de généreuses contreparties.

À gros traits, la logique du TTIP se résume ici, pour ses adversaires, à substituer les importations d’énergies fossiles de Russie à des importations des mêmes énergies fossiles des États-Unis, au nom d’intérêts géostratégiques. C’est l’une des raisons qui font dire aux ONG que le futur Tafta contredit l’accord de Paris. Il pourrait créer un « effet d’appel à l’extraction et à la commercialisation de gaz » aux États-Unis, lit-on dans l’étude conjointe de l’Aitec et Attac, ce qui entraînerait l’expansion du « fracking », et l’accroissement des risques écologiques, mais aussi, côté européen, le développement d’infrastructures coûteuses pour réceptionner et stocker ce gaz naturel.

Quelle réaction des Américains?

Du côté de la commission, on parle d’un texte qui « consolide juridiquement l’ouverture de nos marchés de l’énergie » et « contribue à l’augmentation de la diversité de nos approvisionnements ». Il reprend par exemple des dispositions déjà existantes dans les textes du Gatt (l’ancêtre de l’Organisation mondiale du commerce) sur l’interdiction faite aux deux parties de contrôler leurs exportations d’énergie (en jouant sur les volumes, par l'intermédiaire de quotas, ou sur les prix). Mais il s’agit aussi d’assumer une « transition vers une économie sobre en carbone », par exemple en renforçant « la coopération dans le domaine de la recherche », ou encore en s’inspirant de « bonnes pratiques » de part et d’autre de l’Atlantique, en matière d’étiquetage.

Mais là encore, ces « bonnes pratiques » du volet « coopération » du texte laissent sceptiques les organisations de la société civile. À titre d’exemple, l’article 6 alinéa 2 plaide pour l'« autorégulation industrielle », notamment en matière d’étiquetage des appareils électroménagers ou d’éclairage. Mais le recours à cette « autocertification », chaque fois, selon le texte, « qu’elle produira des effets de manière plus rapide, ou à moindre coût, que des systèmes contraignants », n’est pas sans risque, selon les adversaires du TTIP. Elle pourrait ainsi mettre à mal certains articles de la directive européenne sur l'efficacité énergétique, un texte adopté en 2012 qui fixe des objectifs d’« efficacité énergétique » pour l’Europe.

La commissaire au commerce Cecilia Malmström en septembre 2015 à Bruxelles © CE

La commissaire au commerce Cecilia Malmström en septembre 2015 à Bruxelles © CE

Les associations regrettent aussi que la sensibilité du secteur énergétique sur le plan environnemental ne soit « nullement prise en considération, puisque le texte ne comporte aucune exception ou mesure de sauvegarde sérieuse en cas de crise écologique ou de risque environnemental ». D’autant que le mécanisme d’arbitrage État-investisseur (ISDS, dans le jargon), qui autorise une multinationale à attaquer en justice un État, et que la commission européenne espère transformer en une Cour des investissement, pourrait bien s’appliquer aux questions énergétiques (aucune exception ne semble prévue, à la lecture du chapitre).

Comment les négociateurs américains vont-ils réagir à cette proposition ? « Nous n’en savons fichtrement rien », assure une source européenne proche des négociations. Mais les débats s’annoncent difficiles, et les représentants du Congrès américain soucieux de défendre le protectionnisme américain suivent de près l’enjeu des exportations de gaz.

À ce stade, certains observateurs restent sceptiques sur la nécessité d’intégrer au TTIP un chapitre spécifique sur l’énergie. Ce fut déjà le cas dans les accords signés par l’UE avec l’Ukraine, la Géorgie ou Singapour. L’Alena (l’accord de libre-échange États-Unis - Canada - Mexique) en contient un également. Mais la pratique reste rare. Il n’existe pas de chapitre équivalent, par exemple, dans le Ceta, l’accord cousin du TTIP, négocié entre l’UE et le Canada. Dans la majorité de ces textes, l’énergie est considérée comme une marchandise comme les autres.

Les discussions qui s’ouvrent cette semaine à Bruxelles devraient aussi permettre d’y voir plus clair sur l’avenir de cette fameuse Cour des investissements : les Américains, très réticents jusqu’à présent, vont-ils maintenir leur hostilité à l'égard de ce chapitre ? Quant à l’accès des entreprises européennes aux marchés publics aux États-Unis, il figure lui aussi parmi les sujets de discorde attendus. Tout cela fait dire à la plupart des observateurs que le TTIP n’a aucune chance de voir le jour, même dans une version « consolidée », sans toilettage juridique, d’ici à la fin du gouvernement Obama en janvier 2017.

Les capitales, elles, doutent. « Le TTIP va tomber à l’eau », a prédit le 5 juillet le ministre italien du commerce, tandis que l’eurodéputé qui dirige la commission commerce au parlement de Strasbourg, lui, ne voit « pratiquement plus aucune chance » pour la conclusion d’un TTIP d’ici à la fin de l’année. Le chef du gouvernent français, Manuel Valls, a déclaré de son côté, fin juin, qu’« il ne peut pas y avoir d’accord de traité transatlantique », après le résultat du Brexit. Mais Jean-Claude Juncker, lui, estime avoir été conforté par l'ensemble des chefs d'État et de gouvernement, dans sa volonté de conclure un accord, lors du sommet européen fin juin. Les négociations techniques devraient se poursuivre tout l’été, tandis qu’une réunion clé entre Cecilia Malmström, la commissaire au commerce, et son homologue américain, est annoncée pour mi-septembre. Ils devraient alors prendre une décision sur la suite des opérations.

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 14:12

Le 11 juillet 2016 par Jade Lindgaard pour Mediapart, après Notre-Dame des Landes : vers un conflit de légitimité démocratique !

Environ 25 000 personnes se sont rassemblées ce week-end contre le projet d’aéroport. Les opposants commencent à s’organiser contre le risque d’une évacuation forcée de la ZAD. Au discours gouvernemental, ils opposent d’autres visions de la démocratie et de la liberté.

Chaque année depuis seize ans, les opposants au projet d’aéroport de NDDL se rassemblent sur un champ proche de la ZAD pour un week-end de débats et de concerts. Mais cette fois-ci, l’attente était particulière : après le référendum favorable à l’aérogare, combien de personnes continueraient-elles à se mobiliser ? La réponse rassure les organisateurs : environ 25 000 personnes sont passées par le lieu-dit Montjean les 9 et 10 juillet, selon leur estimation, contre 15 000 l’année dernière. C’est une « très forte mobilisation », selon l’Acipa, organisation historique des opposants, « on ne pouvait pas espérer meilleure réponse ». Sylvain Fresneau, un des agriculteurs condamnés à l’expulsion par la justice en début d’année, décrit des volontaires « encore plus nombreux que d’habitude ». Un habitant de la ZAD se réjouit : « Après la consultation, le mouvement se relève. C’est assez extraordinaire, le nombre qu’on est ce week-end. On est toujours aussi nombreux. »

Au lieu-dit Montjean, le 10 juillet 2016 (JL)

Au lieu-dit Montjean, le 10 juillet 2016 (JL)

Samedi en début d’après-midi, alors que les militants commencent à fouler l’herbe de la prairie où se dressent sept chapiteaux de débats, on ne compte plus les bénévoles en gilet jaune qui s’affairent sur le parking, sous les bâches des stands du QG d’organisation ou derrière les listes organisant le covoiturage. Une foule en t-shirts multicolores peuple le lieu. Beaucoup arborent l’autocollant ou le badge des opposants à l’aéroport, reconnaissable à son avion barré de rouge sur fond jaune. Des Nantais qui ont fait campagne pour le « non » à la consultation y croisent des membres de comités de soutien venus de Bretagne, du sud-est du pays ou de Paris. Les militants contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo, à Bure (Meuse), sont les invités d’honneur du week-end. Assis sur des rangées de chaises en plastique, des milliers de personnes écoutent les conférences sur la démocratie, la désobéissance ou les violences policières pendant que d’autres s’arrêtent aux stands associatifs et militants (La Confédération paysanne, France nature environnement, la CGT, Solidaires, journaux alternatifs…).
Des repas sont servis par des restaurateurs commerciaux ou des cuisines autogérées de la ZAD, qui proposent à chacun de laver son assiette et ses couverts dans les bassines de l’« autowash ». Les occupants de la zone à défendre accueillent sous leur tente des militants contre le projet de liaison ferroviaire Lyon-Turin et diffusent tracts, livres, affiches et le journal ZAD News. Une banderole rose et noir flotte à l’entrée de leur espace : « Zone à défendre : résistance & sabotage ». Des enfants sillonnent le champ à bord d’une voiture rouge à pédales. Leurs rires et leurs cris égaient les débats qui s’enchaînent.

Et maintenant que va-t-il se passer ? Dominique Fresneau, coprésident de l’Acipa, appelle à un nouveau week-end de rassemblement contre l’aéroport les 8 et 9 octobre. La date n’est pas choisie au hasard : le gouvernement a plusieurs fois annoncé vouloir évacuer les occupants de la ZAD à l’automne ou en octobre. « Manuel Valls donne un rendez-vous en octobre, on ne va pas rester les bras croisés à l’attendre. » Plusieurs heures de discussions ont été consacrées à l’organisation de la résistance aux évacuations ce week-end. Des militants se demandent s’il vaut mieux prévoir de converger vers la ZAD en cas d’expulsion, ou privilégier des actions décentralisées visant le gouvernement ou Vinci, la multinationale concessionnaire du projet d’aéroport. Blocages des voies de circulation et de transport, soutien logistique extérieur, appel aux cheminots, manifestations communes avec les opposants à la loi travail : chacun y va de sa proposition lors de la réunion intercomités, pleine à craquer, samedi après-midi. En 2012, lors de la première tentative d’évacuation de la ZAD, des milliers de personnes étaient venues soutenir les opposants à l’aéroport. « Cette fois-ci, cela se passera peut-être très différemment,  avec des assignations à résidence, des arrestations préventives », met en garde un occupant de la ZAD, du fait de l’état d’urgence et des méthodes répressives contre les militants opposés à la loi El Khomri.L’association Des ailes pour l’Ouest, favorable au projet d’aéroport, a déjà appelé le gouvernement à vider la zone de ses occupants et à commencer le chantier : « La participation massive à la consultation du 26 juin et le choix très clair, à plus de 55 %, ne laissent aucune alternative à l’État. » Pour eux, « ce vote fait force de loi et s’impose à tous, y compris les zadistes qui doivent partir d’eux-mêmes durant l’été ». L’association annonce vouloir « prendre des initiatives » pour que les habitants du département appellent au départ des occupants de la ZAD et soutiennent les forces de l’ordre.

Sur un chapiteau du rassemblement contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 9 juillet 2016 (JL)

Sur un chapiteau du rassemblement contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 9 juillet 2016 (JL)

Dimanche matin, durant deux heures, les principaux collectifs composant le mouvement contre l’aéroport ont défendu leur vision de la démocratie : contre le rouleau compresseur institutionnel, l’incapacité des pouvoirs publics à se remettre en cause, l’expertise officielle biaisée, le mépris des mobilisations citoyennes. Pour une démocratie directe, instruite des savoirs militants et de contre-expertise citoyenne, nourrie de solidarités, de volonté d’alternatives au monde marchand, de confiance dans la créativité contestataire et d’amour de son lieu de vie. Deux habitants de la ZAD ont expliqué leur désaccord avec l'« idéal de démocratie » car « on n’a aucune envie de gouvernement, même pas d’un gouvernement qui serait notre propre gouvernement et qui produirait des décisions qu’il faudrait respecter ». Ils lui préfèrent l’auto-organisation, le refus des oppressions et des dominations : « La critique de la démocratie va de pair avec les enjeux d’émancipation, de réappropriation populaire de la politique et du sens de nos vies. » Les naturalistes en lutte ont décrit leur travail d’« experts par passion pour la nature, pour l’équité et pour la vérité ». À leurs yeux, l’émergence d’une contre-expertise indépendante et sa réalisation autonome sont une expérience « démocratique » riche mais la confrontation de ces nouvelles connaissances avec le système en place « ne permet hélas que d’éclairer par un cas concret toutes les barrières qui garantissent actuellement la neutralisation d’une démocratie réelle ». Leur hommage à Rémi Fraisse, naturaliste tué par les gendarmes lors d’un rassemblement contre le barrage de Sivens en 2014 a été longuement applaudi.

Acipa, paysans, juristes, atelier citoyen, élus contre l’aéroport, Coordination des opposants : chaque porte-parole a affiché sa détermination à poursuivre la lutte. L’émotion était palpable, dans les mélodies jouées à la cornemuse par un militant musicien. Dans les paroles de Sylvie Thébault, agricultrice historique de la ZAD condamnée à l’expulsion : « Nous, agriculteurs, avons cru au bon sens, à l’intelligence des décideurs et avons été ridicules. »

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 09:39
Le nucléaire perd du terrain face aux énergies renouvelables. (Pixabay.com)

Le nucléaire perd du terrain face aux énergies renouvelables. (Pixabay.com)

La compétitivité de l’atome est de plus en plus mise à mal face aux énergies vertes rappelle David Vives dans ce résumé de la situation nucléaire française le 8 juillet pour http://www.epochtimes.fr/nucleaire-francais-contradictions-13871.html.

Du 28 au 30 juin, la World Nuclear Exhibition, grand messe du nucléaire, battait son plein au Bourget. La filière, qui regroupe en France le travail de 2 500 entreprises, est en difficulté. Face aux énergies renouvelables, dont l’efficacité et l’exploitation ne cessent de progresser, l’énergie de l’atome est de moins en moins compétitive.

En 2015, dans le monde, 300 milliards d’euros ont été investis dans les énergies renouvelables, soit dix fois plus que dans le nucléaire.

Deuxième parc nucléaire au monde derrière les États-Unis, la France défend une très bonne réputation de sûreté et compte ses VRP de luxe, tels Emmanuel Macron.

L’industriel Hubert Wargner, directeur du développement pour le secteur Énergie pour Alten, assurait que « le savoir-faire français reste une référence ». Face à la concurrence russe ou coréenne, les Français tentent d’imposer leur griffe dans le mix électrique mondial et de gagner du terrain sur les marchés émergents comme la Chine.

Faible compétitivité de l’atome ?

En coulisses, pourtant, les chiffres du nucléaire montrent une réalité plus complexe. D’après un document interne d’EDF que s’est procuré le JDD, près de 300 milliards d’euros devront être mis sur la table pour renouveler le parc nucléaire français. Suivant les nouvelles recommandations de sécurité de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), en vigueur depuis Fukushima, le prolongement de dix ans du parc nucléaire actuel coûtera entre 100 et 260 milliards d’euros au lieu des 35 milliards initialement prévus par EDF.. Soit plus que le coût de sa construction, qui s’élevait selon la Cour des comptes à 96 milliards d’euros.
Le prix du nucléaire se ressent aussi dans la facture d’électricité qui a augmenté de 20 % en trois ans et devrait probablement continuer à grimper. Le coût des externalités, qui comprend subventions, dépollutions, cadeaux aux dictateurs africains – l’uranium du nucléaire français provient pour une large part du sous-sol de l’Afrique –, opérations militaires de sécurisation des sites, se reporte également sur la facture.

Ces nouvelles alourdissent un peu plus le bilan financier d’Areva et d’EDF, au bord de la faillite. La valeur boursière d’EDF, détenue à 85 % par l’État, a perdu 136 milliards d’euros en sept ans. Pour finir, le projet d’enfouissement des déchets nucléaires de Cigéo a été estimé à 33 milliards d’euros par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA), au lieu des 15 milliards initialement prévus.

Coût du nucléaire en France

Coût du nucléaire en France

Le pari très risqué de l’EPR

L’EPR en phase de construction, pressenti comme l’avenir de la filière nucléaire française, remplit difficilement ses promesses. En plus d’enregistrer un retard de cinq ans, le réacteur nouvelle génération a présenté des défauts de sûreté au dernier contrôle effectué par l’ANR. Pourtant, cela n’empêche pas EDF de vendre son projet sur le marché : à Hinkley Point, en Angleterre, le fournisseur d’énergie s’est engagé à assumer les deux tiers de la construction de deux réacteurs EPR, pour un total de 24 milliards d’euros.
Le projet rencontre une vive contestation outre-Manche, même parmi les défenseurs du nucléaire. Là encore, la viabilité économique du projet est remise en question : l’Angleterre a promis de racheter l’électricité à EDF 125 euros le MWh. Mais la dévaluation de la livre pourrait faire peser encore un peu plus le coût du projet côté anglais. En mai, Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, se demandait « si [la France devait] poursuivre ce projet ». « Je pense que si Hinkley Point ne se concrétisait pas, cela ne mettrait pas en péril le secteur français du nucléaire », continuait-elle, interrogée par le Financial Times.

« La principale difficulté avec l’EPR est qu’on a lancé plusieurs chantiers en même temps dans le monde, sans avoir pour l’instant aucun retour d’expérience complet sur la construction d’un réacteur », affirme Hubert Wargner. Pourtant, malgré les échecs et les perspectives des EPR actuels, les commandes ne cessent d’affluer. Xavier Bertrand affiche sa volonté d’avoir une centrale EPR dans les Hauts-de-France. Emmanuel Macron prend également la défense de la filière.
L’estimation initiale du prix du MWh que délivreront ces nouvelles centrales, de l’ordre de 46 euros, n’a cessé de grimper depuis 2010. Bien que ces coûts soient difficiles à prévoir, en 2012, la Cour des comptes signalait que le MWh pourrait valoir entre 70 et 90 euros. Avec l’augmentation des dépenses liées à la maintenance et les retards, ce coût pourrait aujourd’hui atteindre
120 euros.

Le boom des énergies renouvelables

Si ces chiffres devaient se confirmer, le choix du nucléaire s’avère de plus en plus difficile à justifier. Car en face, la concurrence des énergies vertes est rude. Le prix de l’éolien terrestre (80 euros/MWh), mais surtout du photovoltaïque, dont les technologies future pourraient porter le prix de l’électricité à 50 euros/MWh en 2050. En 2014, une équipe franco-allemande a atteint un taux de conversion lumière/électricité de 46 % (contre 10 % actuellement). De plus, plus 80 % de ses infrastructures construites aujourd’hui sont recyclables.

« Quand on regarde les prix vers lesquels on va, que ce soit pour l’éolien, le solaire, les nouveaux moyens de production en nucléaire ou en fossile, on est en train de converger vers une gamme entre 80 et 120 euros du MWh », affirme Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables. En 2015, dans le monde, 300 milliards d’euros ont été investis dans les énergies renouvelables, soit dix fois plus que dans le nucléaire. D’après l’Agence internationale de l’énergie, la tendance est à la baisse du coût des énergies solaires, ce qui pourrait faire du solaire la première source d’énergie mondiale d’ici à 2050.« Pour les années à venir, les énergies renouvelables ne seront plus un facteur d’augmentation du prix de l’électricité, mais au contraire un facteur de stabilité du prix », précise Jean-Louis Bal.

Les énergies renouvelables présentent également des difficultés. Par exemple, il est difficile de produire du solaire la nuit. Ou encore, les infrastructures actuelles des pays développés, pensées pour intégrer l’énergie issue du nucléaire ou des énergies fossiles. Cependant, les pays émergents, qui ont opté plus tôt pour les énergies vertes, peuvent à terme faire peser le mix électrique en faveur du renouvelable. Des coopératives françaises et belges telles qu’Enercoop ou Ecopoxer proposent déjà une électricité 100 % renouvelable. Se pose la question, pour le gouvernement français, des acteurs qu’il privilégiera dans son mix électrique futur.

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 17:14

À l’initiative du Collectif pour la défense et l’extension du parc de la Courneuve George-Valbon et du collectif Notre parc n’est pas à vendre.

Il y a plus d’un an, l’architecte Roland Castro, soutenu par Manuel Valls et Stéphane Troussel, proposait un projet appelé « Central Park » visant à bétonner le parc de la Courneuve : 24 000 logements et une amputation d’au minimum 80 hectares classés Natura 2000.

Une grande mobilisation populaire, avec plus de 16 000 personnes signataires de la pétition, s’est opposée à ce projet anti-écologique, antisocial et antidémocratique. Nous avons fait reculer une partie des autorités publiques qui ne parlent plus de ce projet. C’est une première et importante victoire.

Mais, aujourd’hui, le parc est toujours menacé.

Nous sommes face à une multitude de projets portés par l’État, le Conseil départemental, le Grand Paris et certains élus locaux.

L’État souhaite toujours bétonner les “franges” du parc et des élus locaux demandent à construire sur les parties du parc situées à Dugny, comme La Pigeonnière.

Le terrain des Essences qui appartient à l’État va servir à des constructions qui vont impacter le parc. Quant à l’Aire des Vents, le président du Conseil départemental voudrait y installer le village des médias en cas d’obtention des JO en 2024. Là encore, ce projet aboutirait à construire des bâtiments.

Provisoires ? Définitifs ?

Tous ces projets s’élaborent loin des habitants et des usagers. Ils ont pour point commun de vouloir réduire, morceler ou privatiser le parc pour des promoteurs immobiliers. Ils sont dangereux.

Pour un projet d’extension et de valorisation

Notre Collectif défend une autre vision et un autre projet pour le parc. À l’heure des enjeux climatiques, de santé publique et des inégalités d’accès aux espaces verts de détente et de loisir, le seul projet ambitieux et d’avenir pour les habitant-e-s des quartiers c’est l’extension du parc. Les créateurs du parc avaient imaginé qu’il atteindrait 800 hectares. Il n’est pas trop tard pour reprendre cette ambition à la hauteur des enjeux du 21e siècle.

Pour ces raisons, nous appelons les habitant-e-s du 93, les salarié-e-s et les usagers du parc à se mobiliser et à nous rejoindre pour une grande journée dimanche 10 juillet (Rdv devant la Maison du parc) avec…

dès 10h : ballades découvertes à pied et en vélo dans le parc ;

12h-14h : grand pique-nique ;

14h-16h : ateliers et débats sur les projets qui menacent le parc et son avenir ;

Atelier Photos : le parc en famille (Venez nous faire partager vos prises de vues réalisées sur le parc en famille, seul-e-s ou en groupes)

www.petitions24.net/stop_au_projet_central_park

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