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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 10:34

Selon l’ONG Global Witness, 185 défenseurs de l’environnement ont été tués dans le monde en un an.

Par Pierre Le Hir le 20 juin 2016 pour Le Monde sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/06/20/2015-annee-meurtriere-pour-les-defenseurs-de-l-environnement_4953736_3244.html .

Marina Alves de Araujo, la veuve de Raimundo Chagas, assassiné en 2010 en raison d’un conflit forestier dans l’Amazonie brésilienne. GLOBAL WITNESS

Pour les militants écologistes et les peuples indigènes en lutte contre l’accaparement et la destruction de leurs terres, de leurs forêts ou de leurs cours d’eau, 2015 a été une année noire. C’est ce que fait apparaître le rapport « On Dangerous Ground » (en terrain dangereux) publié, lundi 20 juin, par l’ONG Global Witness. Celle-ci est spécialisée dans la dénonciation des conflits, de la corruption et des violations des droits de l’homme associés à l’exploitation des ressources naturelles.

À l’échelle de la planète, le rapport ne recense pas moins de 185 assassinats liés à des enjeux environnementaux – soit un mort tous les deux jours –, perpétrés dans 16 pays. Un chiffre en hausse de 59 % par rapport à 2014, et encore jamais atteint depuis que l’ONG effectue cette recension macabre, débutée en 2002. Le bilan réel est « sans aucun doute plus élevé », souligne Global Witness, la collecte des informations étant très difficile.

« Pour chaque assassinat que nous avons été en mesure de documenter, d’autres n’ont pu être vérifiés, ou n’ont pas été signalés, écrit-elle. Et pour chaque vie perdue, bien d’autres sont brisées par l’omniprésence de la violence, des menaces et de la discrimination. »

Évolution des assassinats liés à des enjeux environnementaux, entre 2010 et 2015. Global Witness

« Accaparement des terres »

L’an passé, les défenseurs de l’environnement ont payé le tribut le plus lourd au Brésil (50 morts), aux Philippines (33) et en Colombie (26). Ils ont été tués dans des conflits associés majoritairement à l’extraction minière, mais aussi à des activités agro-industrielles, forestières, hydroélectriques ou de braconnage. Quant aux auteurs de ces assassinats, le rapport indique que des groupes paramilitaires sont « soupçonnés » d’implication dans 16 cas, l’armée dans 13, la police dans 11, et des services de sécurité privés dans 11 autres.

Des meutres surtout liés aux industries minière et forestière.

Nombre d’assassinats liés à des enjeux environnementaux, par pays entre 2010 et 2015. Global Witness

« Alors que la demande de produits comme les minerais, le bois et l’huile de palme se poursuit, des gouvernements, des entreprises et des bandes criminelles s’emparent des terres au mépris des populations qui y vivent », dénonce Billy Kyte, chargé de campagne à Global Witness. Or, note le rapport, « peu d’éléments indiquent que les autorités ont pleinement enquêté sur les crimes, ou pris des mesures pour que leurs responsables rendent des comptes ».

Le Brésil, les Philippines et la Colombie particulièrement frappés - Global Witness

Terres ancestrales

Face à cette criminalité quasi organisée, les populations indigènes sont les plus vulnérables. « Du fait de l’insuffisance de leurs droits fonciers et de leur isolement géographique, elles sont particulièrement exposées à l’accaparement de leurs terres pour l’exploitation des ressources naturelles », pointe l’ONG. Près de 40 % des victimes dénombrées en 2015 appartenaient ainsi à des communautés indigènes. « Celles-ci sont de plus en plus menacées par l’expansion territoriale des entreprises minières ou forestières », constate Billy Kyte.

Les États amazoniens du Brésil, en particulier, ont connu « des niveaux de violence sans précédent ». « Des fermes, des plantations agricoles ou des gangs d’exploitants forestiers illégaux empiètent sur les terres des communautés, décrit le rapport. La forêt tropicale a fait place à des milliers de campements illégaux, tandis que la frontière agricole est repoussée jusque dans des réserves indigènes auparavant intactes. »

La pression est très forte : 80 % du bois en provenance du Brésil serait exploité illégalement, et ces grumes représenteraient le quart des coupes illégales alimentant les marchés mondiaux, à destination notamment des États-Unis, de l’Europe et de la Chine.

La fin brutale de certains défenseurs de l’environnement a été rapportée dans les médias. Ainsi, en septembre 2015, sur l’île de Mindanao (sud des Philippines), la jeune militante Michelle Campos a assisté à l’assassinat par un groupe paramilitaire, sous les yeux de l’armée régulière, de son père et de son grand-père – des chefs de la communauté autochtone –, ainsi que d’un directeur d’école. Ils refusaient leur expropriation par des compagnies minières convoitant le charbon, le nickel et l’or du sous-sol. Quelque 3 000 indigènes ont dû fuir leurs villages, où 25 meurtres ont été signalés sur la seule année écoulée. Mais beaucoup de personnes mortes pour leur terre restent anonymes.

Militants criminalisés

Selon les données recueillies par Global Witness, l’Afrique demeure relativement épargnée par ces exactions, à l’exception de la République démocratique du Congo, où onze rangers de parcs nationaux ont été tués. Un constat « d’autant plus surprenant que beaucoup de pays africains sont en proie à de fortes violences, et que les conflits paraissent souvent liés à la terre et aux ressources naturelles », observe l’ONG. L’explication pourrait être un déficit de remontée d’informations en provenance de zones rurales isolées, où les organisations humanitaires sont peu représentées.

« Choix des consommateurs »

Pour autant, le rapport souligne une « hausse du nombre de cas de criminalisation de militants à travers l’Afrique » : arrestation au Cameroun du directeur d’une ONG luttant contre des plantations d’huile de palme ; menaces en République démocratique du Congo contre le coordinateur d’une ONG agissant pour la protection des forêts communautaires ; emprisonnement à Madagascar d’un militant écologiste qui dénonçait un trafic de bois de rose ; condamnation en Sierra Leone du porte-parole d’une association de propriétaires terriens affectés par l’emprise des palmiers à huile…

La situation sur le continent africain n’est pas la seule à être mal documentée. « Les informations font défaut pour des pays comme la Chine ou la Russie, où ONG et médias sont entravés », explique Billy Kyte.

À ses yeux, « les agressions dont sont victimes les défenseurs de l’environnement sont le symptôme d’une répression plus large qui frappe les acteurs de la société civile, dans des pays où les intérêts des gouvernements et des compagnies privées entrent en collusion ».

Comment protéger les militants de la cause environnementale ? « Les gouvernements et les entreprises doivent mettre fin aux projets qui bafouent les droits des communautés à jouir de leurs terres, afin d’enrayer la spirale de la violence », plaide Global Witness. Ajoutant : « Les assassinats toujours impunis dans les villages miniers reculés, ou en plein cœur des forêts tropicales, sont alimentés par les choix que font les consommateurs à l’autre bout de la planète. »

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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 12:42

À l’occasion de Journée mondiale des réfugiés 2016, un article de Maryline Baumard du 20 juin 2016 pour Le Monde sur http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2016/06/20/avec-65-3-millions-de-deracines-fin-2015-la-planete-bat-un-nouveau-record_4953783_1654200.html et un appel collectif de plus de quatre-vingt associations : « Pour un accueil digne et respectueux des droits fondamentaux des étrangers en France ».

Des réfugiés dans un camp à Paris le 27 mai. MATTHIEU ALEXANDRE / AFP

Pour la première fois, fin 2015, le seuil des 60 millions de personnes déracinées a été franchi. Ce sont 65,3 millions qui ont quitté leur foyer, chassés par les conflits et les persécutions, s’inquiète le rapport annuel du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), rendu public lundi 20 juin. L’augmentation a été importante en un an puisque, fin 2014, ils étaient 59,5 millions. Ces 65,3 millions représentent l’intégralité de la population française, ou un être humain sur 113.

Le groupe se compose des 21,3 millions de réfugiés que compte désormais le monde, auxquels s’ajoutent 3,2 millions de demandeurs d’asile en attente de traitement de leur dossier dans les pays industrialisés, et 40,8 millions de personnes déplacées au sein de leur propre pays.

« Politiques contre l’asile »

Ce record s’explique par la multiplication des conflits. À ceux qui durent depuis des décennies, comme en Somalie ou en Afghanistan, s’ajoute en 2015 l’impact important de situations plus récentes, comme la guerre en Syrie (qui dure depuis plus de cinq ans), ainsi que celles du Soudan, du Yémen, du Burundi, de l’Ukraine, ou de République centrafricaine. Par ailleurs, le rythme d’intégration des réfugiés et des personnes déplacées internes est en chute depuis la fin de la guerre froide, ce qui ne contribue pas à faire baisser le nombre de déracinés.

La Syrie en tête des pays les plus fuis

Le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, s’appuie d’ailleurs sur la sortie du rapport pour faire une nouvelle fois part de ses craintes. « Davantage de personnes sont déracinées par la guerre et la persécution, c’est déjà inquiétant en soi, mais en plus, les facteurs menaçant les réfugiés se multiplient », déclare-t-il, insistant sur le fait qu’« un nombre terrifiant de réfugiés et de migrants décède en mer chaque année » et qu’« à terre, les personnes fuyant la guerre ne peuvent poursuivre leur voyage car les frontières sont fermées. Des politiques se dressent contre l’asile dans certains pays. »

Avec ses 4,9 millions de personnes chassées, la Syrie arrive en tête des pays les plus fuis. L’Afghanistan vient ensuite avec 2,7 millions, et la Somalie avec 1,1 million. A eux trois, ces pays produisent la moitié des réfugiés à travers le monde. Pour les déplacés internes, c’est la Colombie qui décroche le triste record avec 6,9 millions, suivi de la Syrie avec 6,6 millions et de l’Irak avec 4,4 millions. En 2015, c’est le Yémen qui a généré le plus grand nombre de nouveaux déplacés internes.

Alors qu’ils se pensent exclusivement terre d’accueil, les pays du Vieux Continent ont aussi produit quelque 593 000 réfugiés – originaires d’Ukraine pour la plupart, puisque les chiffres fournis par Kiev font état de 1,6 million d’Ukrainiens déplacés internes – et en ont accueilli 4,4 millions. Ce chiffre comprend le gros million de réfugiés et de migrants arrivés en 2015 dans l’Europe des 28, auxquels s’ajoutent les 2,5 millions de réfugiés installés en Turquie.

Près de 20% de réfugiés au Liban

En effet, 86 % des déracinés trouvent asile dans des pays à faible et moyen revenu, à proximité des situations de conflit, et la Turquie arrive au premier chef en 2015, comme les années précédentes. C’est même le plus important pays hôte au monde. Si l’on calcule en pourcentage de la population autochtone, c’est en revanche le Liban qui a accueilli le plus de réfugiés avec 183 pour 1000 habitants. L’Allemagne arrive en tête pour les demandes d’asile, avec 441 900 dépôts de dossiers, loin devant les États-Unis et leurs 172 700 dossiers.

Compte tenu de l’état du monde, seuls 201 400 réfugiés ont pu retourner dans leur pays d’origine en 2015. Le nombre des admis à une réinstallation n’a, lui, été que de 107 100, et moins de 32 000 réfugiés ont pu être naturalisés au cours de l’année, dont une majorité au Canada. Autant de données qui gonflent le groupe des déracinés.

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Journée mondiale des réfugiés 2016 :

 « Pour un accueil digne et respectueux des droits fondamentaux des étrangers en France »

Publié à l’occasion de la journée mondiale des réfugiés le 20 juin 2016

Près de 60 millions de personnes étaient déplacées, demanderesses d’asile ou réfugiées à la fin de l’année 2015 selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés : un chiffre sans précédent depuis la seconde guerre mondiale.

En France, un peu plus de 80 000 personnes ont sollicité l’asile en 2015. Si les premiers mois de l’année 2016 indiquent une augmentation relative (+23%) de ces demandes, ces chiffres sont sans commune mesure avec l’ampleur du défi et des efforts fournis par des pays tels que le Liban, la Turquie ou d’autres pays en d’Afrique.

S’il faut reconnaître les efforts déployés par le Gouvernement français pour renforcer les capacités d’accueil proposées aux réfugiés et demandeurs d’asile,  ces mesures sont très insuffisantes et ne permettent pas à la France d’honorer ses engagements : non hébergement de nombreuses personnes demandant l’asile, délai de plusieurs mois pour accéder à la procédure, dégradation de la qualité de l’accompagnement, persistance de campements indignes, etc.

A l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, nous demandons une nouvelle fois au gouvernement de prendre les mesures à la hauteur de la situation, de respecter ses engagements internationaux, et de favoriser l’accueil dans la dignité et de manière pérenne des personnes contraintes à fuir la guerre et les persécutions. Face à une Europe frileuse qui se ferme et se replie sur elle-même, la France doit montrer la voie en apportant une réponse courageuse et humaniste.

 

ACCES SECURISE DES ETRANGERS AU TERRITOIRE FRANÇAIS et EUROPEEN

Nous réaffirmons avec force qu’il est urgent d’assurer un accès légal et sécurisé au territoire français des étrangers fuyant les dictatures et les zones de guerre. Le renforcement des contrôles aux frontières et les accords bilatéraux qui conduisent à enfermer et trier les étrangers, à l’instar de l’accord UE-Turquie, sont indignes et contraires aux valeurs que les Etats prétendent défendre. Ces mesures sont en outre criminelles car elles incitent les exilés à se tourner vers les réseaux et à prendre toujours plus de risques pour rejoindre l’Europe.

Depuis le début de l’année 2016, plus de 2 800 personnes au moins sont mortes en Méditerranée.

A l’inverse des choix politiques qui font primer les intérêts sécuritaires au détriment des droits humains, nous demandons d’une part que soient généralisés les mécanismes de réinstallation vers l’Europe des réfugiés à partir des pays de premier accueil, et d’autre part que soit étendue et facilitée la délivrance de visas aux personnes présentes dans ces pays et, souhaitant solliciter l’asile en France ou en Europe.

 

POUR UN PLAN NATIONAL SUR LE PREMIER ACCUEIL

Un plan national d’accueil global des exilés assurant leur prise en charge dès leur arrivée sur le territoire doit être mis en place. Aujourd’hui, les exilés arrivant en France au terme de leur parcours et qui n’ont pas de ressources ou de soutien communautaire n’ont souvent d’autre choix que de grossir les campements, dans le Calaisis comme à Paris, parfois durant plusieurs mois, avant d’être orientés vers un hébergement. Durant cette période, les citoyens et les associations tentent d’apporter le minimum vital aux exilés : repas, couvertures, kits d’hygiène...

Ces conditions de vie déplorables, qui touchent des personnes déjà affaiblies, sont intolérables et viennent dégrader encore l’état de santé physique et mentale de ces personnes.

Afin d’accueillir humainement ces personnes et de respecter nos engagements européens, un plan d’accueil global assurant l’hébergement de l’ensemble des exilés dès leur arrivée doit être adopté. Il reposera, entre autres choses, sur l’augmentation de l'offre de logements et d’hébergements pour l’ensemble des publics à la rue, sur la réduction des délais d’attente pour accéder à la procédure d’asile, sur la mise en œuvre d’un accompagnement sanitaire et social adapté, sur l’amplification des ouvertures de places d’hébergement pour les demandeurs d’asile et des bénéficiaires d’une protection afin de fluidifier l’ensemble du dispositif.

 

AMELIORER L’ACCUEIL DES ETRANGERS POUR CONSTRUIRE UNE SOCIETE OUVERTE ET SOLIDAIRE

L’insertion des étrangers en France est fortement liée à l’accueil qui leur est réservé à leur arrivée. Elle dépend aussi de l’accompagnement social dont ils pourront bénéficier tout au long de leur parcours. Sur ce point, la réforme de l’asile de l’été 2015 a abouti à une dégradation de l’accompagnement dans les structures d’hébergement qui ont dû réduire leur mission d’insertion, et ce, alors qu’un tiers des demandeurs d’asile obtiennent une protection internationale. Le regard sur les demandeurs d’asile doit changer. Ils ne peuvent plus être considérés comme de potentiels déboutés, mais comme nos futurs concitoyens, amenés à construire avec nous une société commune. Atteindre cet objectif passera nécessairement par la mobilisation des services publics et des associations sur l’accompagnement et l’accès aux droits sociaux, l’accès aux soins, l’apprentissage du français, la scolarisation des enfants, l’accès au logement, la formation professionnelle et l’accès à l’emploi.

Des dizaines de milliers de citoyens, bénévoles, salariés d’associations sont déjà mobilisés au côté des exilés arrivés en France. Le gouvernement se doit de prendre enfin le relais de cette dynamique d’accueil et de solidarité et, au-delà des politiques de gestion de crise à court terme, d’engager une politique volontariste d’accueil et d’intégration conforme à nos engagements internationaux et aux valeurs de la République.

Signataires :

FNARS, Secours Catholique, Médecins du Monde,  Cimade, Emmaüs France, Emmaüs Solidarité, Comede, Fondation Abbé Pierre, France Terre d’Asile, Centre d’action social protestant (CASP), Fondation Armée du Salut, Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives, Réseau ELENA, Ligue des droits de l’homme (LDH), UNIOPSSJRS France, Mouvement des compagnons bâtisseurs, Groupement des Éducateurs Sans Frontières (GREF), Associations des cités du secours catholiques (ACSC), Fédération Entraide Protestante (FEP), Mouvement contre le racisme de pour l'amitié entre les peuples (MRAP) , Collectif National Droits de l'Homme (CNDH), Médecins sans frontières (MSF), Secours Islamique France, Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT), Centre Primo Levi, CCFD Terre Solidaire, Réseau Éducation Sans Frontières (RESF), Habitat et Humanisme, ADVOCACY France, Dom'Asile, Mouvement des Amoureux au ban public, Association Service Social Familial Migrants (ASSFAM), Grdr, Fapil, Apprentis d’Auteuil, Osiris, Collectif Les morts de la rue, Hors la Rue, Collectif bidonville dans la ville,  Secours Populaire 76, Turbulences Marne La Vallée,  Carrefour des solidarités Littoral Nord, Ecodrom 93, Aide à la scolarisation des enfants tsiganes et jeunes en difficulté 69 (ASET 69), Association pour la Démocratie Nice, Association d'accueil des demandeurs d'asile (AADA), Français langue d’accueil, L’Auberge des Migrants, Habitat et Citoyenneté, SALAM Nord Pas de Calais, Welcome Metz, COVIAM, L’Union juive française pour la paix, Association montalbanaise d'aide aux réfugiés (AMAR), Agir Café Lyon, La Fanfare Des pavés (Association artis-Mbc), Comité Français pour la Solidarité Internationale, Collectif "lecture Lyon 02", Association Contact Moselle, Collectif Romeurope Antony-Wissous, Collectif Romeurope94, Collectif "Migrants: changeons notre regard!" Réseau de solidarité des associations messines (RESAM), Collectif des accidentés du travail, handicapés et retraités pour l'égalité des droits (CATRED), Alynéa, Secours populaire du 76, Fédération de Seine-Maritime du Secours populaire, La belle porte, Flandre Terre Solidaire, Femmes migrantes debout Migrations Santé Alsace, Association Rasine Kaf, Observatoire régional de l'intégration et de la ville (ORIV), Association Habitat-Cité, Association À Travers Chants, Maison des femmes de Paris, RAJFIRE, Association C.L.A.S.S.E.S., "Un toit pas sans toi", CEMÉA Alsace, CCBL, Observatoire du CRA de Palaiseau, Roms Action Grenoble, Réseau rouennais de Solidarité avec les Migrants, réfugiés, exilés, étrangers (RSM), Université populaire de Lyon, Collectif Lyonnais pour l'Accès à la Scolarisation et le Soutien aux Enfants des Squats.

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 10:02
Un cerveau humain en 3D haute résolution_GUIDO-FOTOLIA

Un cerveau humain en 3D haute résolution_GUIDO-FOTOLIA

Par Stéphane Foucart le 20 juin 2016 pour Le Monde sur http://www.lemonde.fr/pollution/article/2016/06/20/le-cerveau-assiege_4953797_1652666.html

En 2015, Edward Dutton (université d’Oulu, Finlande) et Richard Lynn (université d’Ulster, Royaume-Uni) publiaient, dans la revue Intelligence, une étude, passée inaperçue, mais dont les journaux auraient, peut-être, pu faire quelques manchettes. L’affaire est en effet d’une importance cardinale : les deux chercheurs documentaient, pour la première fois, une chute du quotient intellectuel (QI) moyen en France. Selon leurs estimations, ce dernier aurait perdu près de quatre points entre 1999 et 2009. A l’échelle d’une population, c’est énorme.

Ce genre de travaux essuie généralement un haussement d’épaules ou un revers de main. D’autant plus qu’en l’occurrence les auteurs ont fondé leurs calculs sur un petit échantillon de quatre-vingts personnes. Mais, à bien y regarder, l’étude des deux chercheurs britanniques mérite au contraire toute notre attention.

Plusieurs raisons à cela. La première est que, s’il est reproduit et confirmé par d’autres études, ce résultat signale la première inversion, en France, de la tendance séculaire qui voit augmenter régulièrement l’indice d’intelligence individuelle – c’est-à-dire, pour éviter de parler d’« intelligence », de l’amélioration des compétences cérébrales, au sens quasi mécanique du terme. La deuxième raison de prendre au sérieux les résultats de MM. Dutton et Lynn est que cette inversion de la tendance à l’augmentation du QI est également constatée en Norvège, au Danemark, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Australie, en Suède…

Fonctions cognitives en régression

Dans de nombreux pays où les données permettent suffisamment de recul historique, une légère érosion des facultés cognitives est mesurée, environ depuis le milieu des années 1990. Il y a toujours, bien évidemment, des biais possibles, des erreurs, des effets d’échantillonnage… Mais même en Finlande, où la conscription donne lieu à des tests de QI standardisés, pratiqués sur toute une génération ou presque (25 000 jeunes par an sont testés depuis 1988), une étude des deux mêmes auteurs, publiée en 2013, montre une chute de deux points de QI entre 1997 et 2009, mesurée avec une grande précision. Les trois fonctions cognitives testées (représentation des formes, arithmétique, raisonnement verbal) sont toutes en régression.

Que viennent faire ces informations dans cette chronique ? Descartes nous a appris à nous placer si haut en surplomb du monde naturel, que nous avons bien du mal à imaginer que notre cerveau, siège du cogito, puisse être également modelé par notre environnement. Nous acceptons volontiers que notre foie puisse être intoxiqué, que notre prostate, nos glandes mammaires, notre pancréas puissent s’abîmer au contact des polluants de l’environnement. Mais que l’organe de notre intelligence soit affecté de la même façon, et que ces dégâts puissent altérer notre esprit, notre humeur, notre propension à la joie ou à l’insouciance, nous est intolérable. Le cerveau, pense-t-on, c’est de l’éducation greffée sur de la génétique. Un point c’est tout.

Lien entre perturbateurs endocriniens et troubles neuro-comportementaux

C’est pourtant faux. On peut, pour s’en convaincre, lire un livre savant paru fin mai en France, et dont il avait été question dans ces colonnes à sa publication par Oxford University Press (Le Monde du 3 décembre 2014). Dans Le Cerveau endommagé (Odile Jacob, 416 p., 39,90 euros), la biologiste Barbara Demeneix (CNRS/Muséum national d’histoire naturelle) montre comment la perturbation du système hormonal par une multitude de substances présentes dans notre environnement domestique (solvants, plastiques, etc.) ou dans la chaîne alimentaire (pesticides, additifs, etc.), peut altérer la construction de certaines structures cérébrales, notamment au cours de la période intra-utérine.

La chercheuse, dont les travaux sur le système thyroïdien sont mondialement reconnus, travaille depuis plus de dix ans sur la question. Elle a ratissé toute la connaissance, de l’épidémiologie à l’épigénétique en passant par l’endocrinologie et la biologie du développement ; elle conclut à un lien fort entre l’exposition généralisée de la population aux perturbateurs endocriniens — ces substances capables d’interférer avec le système hormonal — et l’augmentation d’une variété de troubles neuro-comportementaux (troubles de l’attention, hyperactivité, autismes, etc.).

Faillite réglementaire

Depuis longtemps, elle s’attend à ce que ses idées soient confortées par un début de baisse, dans la population générale, des capacités cognitives. Désormais, nous y sommes, même si d’autres causes que les contaminants chimiques ne sont pas à exclure…
S’il faut évoquer, aujourd’hui, les travaux de Barbara Demeneix, ce n’est pas seulement à l’occasion de la parution française de son livre. C’est aussi et surtout que la semaine passée a marqué le dernier épisode en date, et l’acmé, d’une interminable faillite réglementaire.

Mercredi 15 juin, avec, au compteur, deux ans et demi de retard et une condamnation de la Cour de justice de l’Union européenne, Bruxelles a proposé des critères d’identification des perturbateurs endocriniens — critères qui permettront de les retirer du marché. Hélas, la proposition de Bruxelles exige des niveaux de preuve presque impossibles à atteindre pour déclarer une substance « perturbateur endocrinien ». Les sociétés savantes, les ONG et certains États-membres sont vent debout.

Bruxelles n’a pas compris qu’il ne s’agit plus de prendre des mesures de précaution, mais des mesures d’urgence. Nous ne le voyons plus seulement par les hausses d’incidence des maladies hormonales « classiques » (cancers hormono-dépendants, diabète, infertilité, etc.) : nos cerveaux et ceux des générations futures, condition sine qua non de notre intelligence collective, sont en première ligne.

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 14:26

Par Hasna Hussein, sociologue des médias, pour Le Monde sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/06/18/terrorisme-assez-avec-les-scoops-de-l-epouvante_4953153_3232.html#WP5XXLBeIVPsoEwX.99

Un couple de fonctionnaires du ministère de l’intérieur, dont un policier, a été assassiné dans la nuit du lundi 13 au mardi 14 juin à leur domicile de Magnanville (Yvelines). Cet attentat a été perpétré au nom de l’organisation Etat islamique (EI) par Larossi Abballa, un individu condamné en 2013 pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes.

La couverture médiatique de ce double meurtre vient confirmer le rôle négatif joué par les médias audiovisuels et principalement par les chaînes d’information en continu, ainsi que par certains journalistes et « experts » du djihad en France dans le relais et le traitement de l’information.

Peu de temps après ces assassinats, ces « experts » se sont empressés de diffuser sur les réseaux sociaux des détails mis en ligne par l’auteur des crimes lui-même, contribuant ainsi à élargir de façon exponentielle l’assiette du public réceptif (l’auteur venait tout juste de créer son compte sur Twitter) de quelques dizaines ou de centaines de ses amis sur Facebook à plusieurs centaines de milliers.

Semer la terreur

Depuis, ces chaînes d’information et la presse diffusent ces détails qui ne font que répondre à l’objectif principal de ce genre d’attaque : semer la terreur au sein de la société française.

Ce n’est pas sur le fait de relayer l’information au sujet de l’assassinat du couple de Magnanville que nous mettons l’accent ici, mais sur le fait de livrer les détails morbides du modus operandi de l’individu, comme se sont plu à le faire certains observateurs, commentant le liveFacebook utilisé par le criminel comme on commente un match de foot en direct.

Il est indigne de partager sur les réseaux sociaux des informations relatives à la mise en ligne de la vidéo de ces assassinats, comme par exemple des photos des victimes ou de l’auteur se mettant en scène sur un réseau social, de reprendre les détails du contenu de son message de revendication, de son appel au meurtre au nom du djihad, de ses interrogations sur le sort à réserver à l’enfant de 3 ans du couple assassiné ou d’autres menaces que cet individu a pu proférer.

Des détails qui ont été « likés », « retweetés », partagés ou repris par plusieurs centaines d’internautes, voire par plusieurs milliers, ainsi que par de nombreux médias audiovisuels et écrits français. Ces détails ont également suscité une forme de curiosité morbide chez d’autres internautes, confinant dans certains cas à la fascination, les incitant à retrouver le contenu original posté par l’assaillant.

Inversion des valeurs

Le scoop de l’épouvante recherché, grâce à la diffusion de ce genre d’information brutale, par certains « experts » du djihad, et par les médias les relayant, contribue à catalyser l’angoisse et la terreur des Français.

Dépourvus de tout esprit critique et éthique dans leur traitement de l’actualité du djihad, ces « experts » se posent en purs et simples relais de la parole belliqueuse à travers leurs comptes Facebook ou Twitter. Ils semblent ne rechercher que le scoop ou le buzz de leurs propres profils de réseaux sociaux, sans jamais apporter la plus-value des sciences humaines et sociales ou même d’un travail journalistique conscient et conséquent : le traitement critique.

Or, rapporter des faits n’est pas, en l’espèce, suffisant. Donner le matériau djihadiste brut sans déconstruire les soubassements de la propagande, ou sans aucune mise à distance, n’est ni professionnel ni responsable. On voudrait ici nous faire croire que, sur un tel sujet, la (prétendue) neutralité est souhaitable et que toute manifestation d’indignation ou de condamnation est déjà un manque d’objectivité. Inversion des valeurs…

Faire le récit du déroulé d’images du criminel après son acte, depuis le pavillon de ses victimes, ou bien les capter et les rediffuser, manque au plus élémentaire des devoirs éthique et déontologique.

Pas le moindre esprit critique

On peut aussi se demander si les relais médiatiques ayant diffusé en boucle des images d’un Abaaoud ou d’un Merah souriants face à la caméra n’ont pas contribué à une sorte d’« héroïsation » – fût-ce d’un héros négatif, pour reprendre l’expression de Farhad Khosrokhavar – de ces personnages qui, précisément, recherchaient cette exposition médiatique.

Le porte-parole de l’EI, Abou Mohammed Al-Adnani, a prononcé récemment un nouveau discours sur le thème « Ils tuent et se font tuer », appelant les sympathisants de son organisation terroriste à commettre des attentats pendant le mois sacré du ramadan.

L’enregistrement audio, qui a été diffusé par l’entreprise de production de l’EI, Al-Forqân, et mis en ligne depuis le début du mois de juin, est uniquement en langue arabe. Depuis, les « experts » du djihad se sont, encore une fois et dans un souci de faire croître leur notoriété, précipités sur les médias audiovisuels français pour reproduire le message, toujours sans le moindre esprit critique ! Ce moment où l’expert devient un porte-parole du porte-parole !

Le propagandiste du IIIe Reich, Joseph Goebbels, disait : « Nous ne parlons pas pour dire quelque chose, mais pour obtenir un certain effet. » Effet réussi quand des « experts », cherchant également à conserver un statut privilégié auprès de leur réseau d’informateurs, se gardent bien de les froisser en évitant soigneusement de démonter, de critiquer ou même d’analyser la propagande djihadiste.

Failles du système médiatique

Ces « experts » semblent faire tout pour ne pas susciter la colère de leurs centaines de contacts numériques sympathisants de l’EI. Dans le numéro 8 de son magazine francophone, Dar Al-Islam, paru en novembre 2015, l’EI prend la défense d’un « pauvre » « expert » malmené pour avoir affirmé, sur Twitter, la « force » et la légitimité « islamique » de l’EI.

Voilà comment les membres d’une organisation terroriste ou ses sympathisants, considérés comme idiots ou psychopathes, s’appuient ironiquement sur les failles du système médiatique contemporain, sur la course à l’info et à l’« expertise », tout autant que sur l’inconséquence analytique et critique de certains « experts », pour faire la promotion de leurs basses œuvres. Le pire est de faire passer cela pour de la neutralité ou de l’objectivité.

Hasna Hussein

Sociologue des médias et chercheuse associée à l’Observatoire des radicalisations (EHESS-FMSH, Paris) et au Centre Émile Durkheim (Bordeaux), elle est aussi membre du conseil scientifique du Centre d’action et de lutte contre la radicalisation des individus (Capri).

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 14:40

(Re)découvrez les 7 absurdités du projet d'aéroport Notre Dame des Landes.
Indispensable avant le référendum local du 26 juin. Seuls les habitants du 44 (Loire Atlantique) pourront voter mais nous pouvons tous partager ce film soutenu par la Fondation Nicolas Hulot, Agir pour l'environnement, la FNE, Réseau Action Climat, WWF.

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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 14:17

Par ivanf le 16 juin 2016 sur https://blogs.mediapart.fr/ivanf/blog/160616/les-mille-et-un-mensonges-de-la-dgac

Le dossier noir de la DGAC est en ligne sur le site de l’atelier citoyen : http://www.ateliercitoyen.org/wp-content/uploads/2016/06/dossier_noirDGAC.pdf .  Il montre que depuis 2002, la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC), service de l’État, a volontairement trompé les citoyens, trafiqué les chiffres et les données pour favoriser la construction du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

L’originalité du document est que la contradiction n'est pas donnée par les opposants à l'aéroport mais par les rapports officiels, les données indépendantes ou simplement par les contradictions internes à la DGAC. Il livre des données brutes et démonte de manière efficace les contre-vérités de la DGAC sur Notre-Dame-des-Landes. 

La DGAC a été assez inventive pour justifier le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et a probablement fabriqué de nouveaux mensonges pour justifier les mensonges précédents. Certaines de ces contrevérités sont encore présentes dans le document d’information publié récemment par la CNDP.

La DGAC est Maître d’Ouvrage du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, elle prévoit de manière très juste un accroissement important du nombre de passagers de l’aéroport de Nantes, mais cela ne suffit pas à justifier la construction d’un nouvel aéroport. Pour le débat public de 2003, la DGAC explique donc, que l’aéroport actuel sera saturé en 2010 et sera impossible à agrandir, qu’une seule piste limite le trafic, que 40 000 voire 80 000 Nantais seraient impactés par le bruit, qu’un accroissement de l’emport (nombre de passagers par avion) est irréaliste. En 2003, la DGAC élabore pour Nantes un plan d’exposition au bruit à horizon 2010 dont l’amplitude ne sera jamais atteinte et pour cause puisque le nombre de vols prévus est surévalué de moitié. Enfin elle décrit le site choisi de Notre-Dame-des-Landes comme n’ayant « aucun espace naturel, paysager et écologique remarquable». 

En 15 ans l’emport a doublé. Selon Nantes Métropole 5 300 personnes, non 40 000, sont concernées par le bruit aérien. En 2016, la possibilité d’absorber la croissance du trafic par l’aéroport existant est confirmée dans le récent rapport du CGEDD. Ce dernier condamne par ailleurs la nécessité de 2 pistes pour le nouvel aéroport comme un « argument d’autorité » de la DGAC. 

Des rapports scientifiques financés par l’État en 2013 et 2015, notent les insuffisances de la DGAC sur les questions environnementales, et souligne l’importance floristique et faunistique du site. 

Certaines manipulations sont plus complexes à comprendre mais non moins intéressantes : 
Ainsi la DGAC commandite une évaluation économique pour la déclaration d’utilité publique de 2007. Celle-ci appuie les bénéfices du projet sur le temps de trajet gagné par les passagers de NDDL, après une saturation de l’aéroport actuel annoncée pour 2019. L’analyse se base sur des moyens de transport « terrestre » (train, route…). Dans le dossier de déclaration d’utilité publique, le temps gagné en transport « aérien » n’est jamais mentionné. Les calculs analysés par les opposants au projet semblent particulièrement surévalués. Suite à une contre-expertise, la DGAC tente en 2012 de justifier ses calculs en introduisant du temps gagné par déplacement « aérien ». En 2013, elle dévoile de nouveaux tableaux indiquant que l’essentiel des bénéfices socio-économiques du projet est basé sur du temps passé en avion. Le détail de ce calcul n’a jamais été diffusé, il reste à ce jour invérifiable. Ce temps de déplacement en avion est édifiant, littéralement, c’est une fabrication récente qui n'apparaît qu’en 2012. Le dossier de déclaration d’utilité publique de 2007 ne parle que de transport « terrestre ». 

Autre dossier farfelu, celui de l’aménagement de l’aéroport existant de Nantes Atlantique. La DGAC expliquait en 2002, qu’il était impossible d’agrandir l’aéroport actuel, que l’ « extension maximale » se limiterait à 4 millions de passagers. Pourtant en 2013, il lui est demandé de fournir une évaluation du réaménagement de l’actuel aéroport. Elle y répond avec un projet allant jusqu’à 9 millions de passagers et montre qu’il est très largement possible d’agrandir les halls de départ et d’arrivée, les salles d’embarquement, les parkings avions, d’augmenter le nombre de comptoirs d’enregistrement, et de portiques de contrôle sureté, de réaménager la piste et même le chenil pour trois chiens. Le projet est sans commune mesure avec celui de Vinci pour Notre-Dame-des-Landes et mieux vaut ne pas le comparer car la DGAC a prévu dans son réaménagement de l’aérogare existante, des espaces souvent deux fois plus grands que le projet de Vinci. Les postes de stationnement des avions sont trois fois plus grands, et l’estimation des travaux s’en trouve largement surévaluée, à l’image de la démolition reconstruction du chenil que la DGAC évalue pour 602 000€ hors taxe. Les travaux prévus sont tels qu’il en devient difficile de les comparer avec des références connues, ainsi les travaux d’infrastructures gigantesques (piste, parking avions) sont évalués à 283 millions d’euros, alors qu’en 2007, le dossier d’évaluation de la même DGAC mentionnait une réfection de la piste existante pour 35 millions d’euros. 

Dernière manipulation et non des moindres : le guidage des avions au-dessus de la ville de Nantes et les équipements de navigation aérienne. L’aéroport existant ne dispose pas d’équipements de surveillance et de guidage précis, il est sous-équipé (absence de radar, d’ILS sur la piste 21…)
La fluidité du trafic, la sécurité des vols et l’amélioration du guidage des avions nécessitent la mise en place d’équipements déjà présents sur les principaux aéroports régionaux, au trafic parfois inférieur à celui de Nantes Atlantique. 
La DGAC a modifié les trajectoires en 2013. Selon l’ACNUSA, les nouvelles trajectoires impactent une population plus importante. L’ACNUSA demande en vain depuis 2014 une révision du plan de gêne sonore ouvrant le droit à des aides à l’insonorisation.
De plus, un “code de bonne conduite environnementale” signé en 2009 pour limiter le survol des zones urbanisées” n’est pas toujours appliqué par les contrôleurs aériens qui acceptent des atterrissages suivant une trajectoire survolant la ville (nord-sud) alors qu’en fonction du sens du vent, une trajectoire survolant le lac de Grand-Lieu conviendrait parfaitement. 

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 15:18

le 13 juin 2016 sur http://eau-iledefrance.fr/la-crue-avant-et-apres/

La crue qui a touché l’Île-de-France,  a provoqué la mort de quatre personnes, en a blessé 24 et laisse un lourd bilan économique, estimé à un milliard d’euros. Cela amène à s’interroger sur ses causes (le lien avec le changement climatique et avec les pratiques agricoles) et ses conséquences, en matière de pollution.

Vagues en provenance de l’aéroport de Roissy se déversant dans la Reneuse à Gressy le 30 mai 2016 vers 18h30

Les pluies intenses ont-elles un rapport avec le changement climatique ?

La climatologue Valérie Masson-Delmotte apporte une réponse circonstanciée dans un article publié par UP Magazine. En théorie, une atmosphère plus chaude peut potentiellement transporter 7 % d’humidité en plus par degré de réchauffement. Et le Groupe international d’experts sur le climat (GIEC) a documenté l’augmentation de la fréquence ou de l’intensité des précipitations intenses, au moins en Europe et en Amérique du Nord, dans son rapport de 2013.

La scientifique remarque « à quel point ce printemps a été exceptionnellement arrosé depuis 1688, même en moyenne sur trois mois. En moyenne, pour les 30 dernières années, l’Île-de-France reçoit 15 % de pluies en plus au printemps par rapport à la moyenne du XIXe siècle. »

Données historiques de précipitation à Paris en mars-avril-mai (cumul sur trois mois) à partir du travail de Vicky Slonosky, complétées jusqu’en 2016 avec les données Météo France

Les études récentes montrent sans ambiguïté  l’augmentation de l’intensité des précipitations extrêmes dans le  Sud de la France et la forte augmentation de l’intensité des crues décennales ou centennales. « Il faudra un peu de temps pour que les chercheurs  puissent analyser les événements de forte pluie de ces derniers jours, mais il semble que de nombreux records de précipitations aient été dépassés comme l’indique Météo France, dans un contexte également de températures de surface élevées sur l’océan Atlantique au voisinage de l’Europe. »

Mais d’ores et déjà, conclut l’experte du climat, « ces éléments demandent  de prendre en compte le risque d’une augmentation de l’intensité des pluies record pour la gestion de l’écoulement des eaux, en protégeant les zones humides pour bénéficier de leur effet « tampon ». Cela s’ajoute à tous les autres aspects de gestion de l’écoulement des eaux en relation avec les plans d’urbanisation et de préparation aux événements rares.

L’ampleur des inondations est accentuée par la dégradation des sols agricoles

Les inondations qui ont frappé la France ces derniers jours ont pris dans certaines régions une tournure catastrophique, noyant tout sur leur passage. S’il faut attribuer ces phénomènes extrêmes aux pluies diluviennes qui n’ont cessé de tomber pendant des jours, ces dernières n’expliquent pas tout. C’est ce que montre un article de Marie Astier et Émilie Massemin dans Reporterre.

Les sols agricoles dégradés par de longues pratiques intensives, au lieu de jouer le rôle d’éponge, ont joué le rôle d’une toile cirée.  Selon l’agronome Jacques Caplat, « On a peu d’arbres et peu de rotation des cultures, donc peu de racines. Le gigantisme des parcelles a entraîné l’utilisation de machines agricoles de plus en plus lourdes, qui tassent le sol. L’eau ne peut plus s’infiltrer ! » Les haies ont été arrachées, alors qu’elles faisaient barrage aux ruissellements. La disparition des zones humides dégrade encore la situation, car elles constituaient « des espaces-tampons capables d’absorber beaucoup plus d’eau que les endroits secs ».

Quand les inondations révèlent et accentuent la pollution

Le blog de l’ADENCA (Association de Défense de l’ENvironnement de Claye-Souilly et ses Alentours) attire l’attention sur plusieurs situations inquiétantes en Seine et Marne.

 En bordure de Marne (zone industrielle de Lagny-sur-Marne et Saint Thibault des Vignes), il y a le cas d’Yprema qui est autorisée à stocker des mâchefers d’incinération mais aussi :

– l’incinérateur d’ordures ménagères Sietrem qui stocke des  gaz inflammables en réservoirs;

– l’entreprise  de bitume Enrobés de l’Est qui utilise de la houille, des matières bitumineuses et qui possède cinq cuves sur le site dont nous ne connaissons pas le contenu;

– l’usine Eqiom Bétons (ex Holcim);

– un site dont nous ne connaissons pas le propriétaire, qui stocke des déchets en bordure de Marne…

En amont de l’usine de production d’eau potable d’Annet-sur-Marne, il y a  des rejets de l’usine Savoy Technology, troisième émetteur de cuivre dans l’eau en France en 2014. Les effluents industriels, après traitement physico-chimique dans la station de la société, sont rejetés dans le réseau d’eaux usées communal, raccordé à la station d’épuration de Quincy-Voisins qui a été mis en service en 1983, et qui  est saturée depuis de nombreuses années, tant sur le plan de la pollution que sur celui des débits à traiter. Lors des crues du Grand Morin, des retours d’eau de la rivière peuvent s’opérer par le trop-plein du poste du camping de Condé-Sainte-Libiaire (qui était sous les eaux lors des récentes crues).

A Claye-Souilly, malgré les menaces imminentes d’inondations du collège des Tourelles par la Beuvronne, Aéroport de Paris a continué à rejeter dans la Reneuse (affluent de la Beuvronne) à Gressy, l’eau en provenance de son bassin de rétention des Renardières, contrairement à ce que prévoit l’arrêté préfectoral réglementant ces rejets. La rivière Reneuse, affluent de la Beuvronne, prend sa source sur la commune de Villeparisis, elle reçoit les eaux de ruissellement du site pollué, de l’ancienne usine Labaz (groupe Sanofi) de Villeparisis de conditionnement pharmaco-chimique, précédé par une usine de fabrication de peintures et vernis… Les résultats d’un contrôle des eaux et des sédiments réalisés en 2015 dans la basse Beuvronne, sont désastreux: faut-il s’en étonner ?

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 18:51

Paris, le 9 juin 2016 – Le prolongement excessif de l'état d'urgence, mesure censée rester exceptionnelle, et les modalités de sa mise en oeuvre menacent l'état de droit, déclare aujourd'hui la FIDH qui publie aujourd'hui, avec le soutien de son organisation membre, la Ligue des droits de l’Homme (LDH), un rapport de mission internationale d’enquête intitulé "Mesures antiterroristes contraires aux droits humains : Quand l'exception devient la règle."

© AFP

La mission, qui s’est déroulée du 14 au 18 mars 2016, portait sur la réponse française aux récents attentats terroristes, afin d’en examiner la compatibilité avec le respect des droits humains. Les chargés de mission de la FIDH, Maître ta Mbaye, avocate mauritanienne, Maître Mokhtar Trifi, avocat tunisien et Monsieur Ramzi Kassem, professeur de droit américain, ont rencontré un grand nombre d'acteurs de la société civile française, des syndicats de magistrats, d'avocats, de police, la CNCDH et le Défenseur des droits, des personnes ayant été assignées à résidence ou perquisitionnées et leurs avocats, des parlementaires, des membres du Conseil d'état ainsi que des représentants de la Chancellerie.
« Cette mission a permis de dresser des constats particulièrement alarmants sur la mise en œuvre de l’état d’urgence depuis novembre 2015 : il ressort de l’analyse de la FIDH un affaiblissement important du principe d’égalité, à travers la mise en place de mesures qui stigmatisent une partie de la population, ainsi qu’un recul important de l’état de droit » a déclaré Karim Lahidji, président de la FIDH.
Le rapport publié ce jour reflète le contenu des discussions menées par la délégation de la FIDH avec les différents interlocuteurs rencontrés et présente une analyse des enjeux, en termes de respect des droits humains et de l’état de droit, des différentes mesures adoptées ou en cours d’examen en France au nom de la lutte contre le terrorisme, avec un focus particulier sur la mise en oeuvre de l'état d'urgence et l'absence de recours effectif.

« Le rapport dénonce la mise en place d’un régime d’exception permanent, au nom de la lutte contre le terrorisme, puisqu’au delà de l’état d’urgence, l’arsenal législatif adopté récemment ou en cours d’adoption entend pérenniser les mesures issues de l’état d’urgence, conduisant à un affaiblissement durable des libertés individuelles » a déclaré Françoise Dumont, présidente de la LDH.

Lire le rapport Mesures antiterroristes contraires aux droits humains : quand l’exception devient la règle

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 17:07

Un bon débat sur la socialisation des revenus hier mardi 14 juin en mairie des Lilas, centré sur le revenu de base, individuel, inconditionnel, universel, donnant quelques clés sur son financement et comment effectuer la transition vers un nouveau système redistributif. La conclusion collective : c'est un outil à mettre au service d'un programme plus large de transformation de la société – un élément présent depuis longtemps dans le programme d'Europe Écologie Les Verts.

Pour poursuivre, 4 mini-films du Mouvement Français pour un Revenu de Base pour comprendre... Bon visionnage !

Le revenu de base face aux défauts du RSA

Financer le revenu de base par l'impôt

Pourquoi individualiser l'impôt et les prestations sociales ?

Forfaitiser les aides aux familles : c'est plus juste !

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 18:27

Contre l’ordre actuel, deux types de combats se côtoient, parfois rivalisent. La propagande par le fait recherche une prise de conscience morale et politique. Elle a recours à des techniques spectaculaires, souvent individuelles, mais peine à maintenir l’élan initial. Moins en vogue, l’organisation privilégie un travail de longue haleine, plus collectif, moins ludique. Il arrive pourtant que ces deux fleuves se rejoignent.

par Astra Taylor dans le Monde Diplomatique, juin 2016

Herebert Wegehaupt " Cercles concentriques", 1927-1928

Herebert Wegehaupt " Cercles concentriques", 1927-1928

Il y a une dizaine d’années, j’assistai à une conférence intitulée « 1968 » dans une université du New Jersey. L’orateur, Mark Rudd, une figure du mouvement étudiant et de la contre-culture des années 1960, avait pris sa retraite au Nouveau-Mexique après avoir enseigné les mathématiques au sein d’établissements d’enseignement supérieur fréquentés surtout par des pauvres. Dans son discours, il s’amusa à démystifier la célébrité qui lui était tombée dessus lorsque, âgé d’une vingtaine d’années, il joua un rôle important dans l’occupation de l’université Columbia, à New-York. À la même époque, il fut également partie prenante du Weather Underground, un groupe radical apprécié des médias, adepte de la « propagande par le fait », qui connut son heure de gloire en faisant exploser des bombes devant le Capitole puis le Pentagone (heureusement sans faire de victimes).

L’assistance, composée pour l’essentiel d’étudiants et de jeunes gens politisés, ne demandait qu’à s’enflammer pour le passé révolutionnaire de Rudd, fascinée par sa condition de fugitif pendant des années. Les « Weathermen », se disait-on, y sont peut-être allés trop fort et n’ont rien accompli de tangible ; mais au moins ils ont agi !

Rudd ébranla notre romantisme bon marché. À la différence de la plupart de ses anciens camarades, devenus plus conservateurs avec l’âge, il était resté fidèle aux idéaux politiques de sa jeunesse. Mais il n’adhérait plus à la tactique de la confrontation directe qui lui avait valu sa notoriété. La pavane machiste, les appels à prendre les armes, tout cela, nous disait-il, n’avait représenté qu’une illusion délirante. En s’attribuant le rôle avantageux d’avant-garde destinée à catalyser une force combattante au service des « peuples du monde », lui et ses camarades ne réussirent qu’à démobiliser la base militante que d’autres avaient mis des années à rassembler, au prix de beaucoup d’efforts.

Ce qu’il ne mesurait pas à l’époque, nous expliqua- t-il sans chercher à ménager nos fantasmes insurrectionnels, c’était la différence entre l’« activisme » et l’organisation, entre la mise en scène de ses idéaux et la construction d’un mouvement. Ce message, il ne cesse de le marteler. « La seule fois, m’a-t-il dit récemment, où j’ai entendu le mot “activiste” il y a cinquante ans, c’était sous forme d’insulte adressée aux militants étudiants par nos ennemis d’alors, les administrateurs de l’université et les éditorialistes. »

À la différence du terme « organisateur (1) », ancré dans l’histoire du syndicalisme et de la gauche américaine, celui d’« activiste », aux origines ambiguës, s’est progressivement imposé pour désigner les personnes engagées dans une action de régénération individuelle et politique au sens large. « Nous-mêmes avions l’habitude de nous qualifier tour à tour de révolutionnaires, de radicaux, de militants, de socialistes, de communistes ou d’organisateurs », se souvient Roxanne Dunbar-Ortiz, une historienne de gauche forte de cinquante ans d’expérience des mouvements sociaux. L’apparition du mot « activiste » sur la scène publique coïncida, selon elle, avec la généralisation du « discrédit de la gauche ».

Maintenir la mobilisation

Une grande partie des camarades de lutte de Rudd et de Dunbar-Ortiz venaient de familles imprégnées d’idées communistes, syndicalistes, ou alors ils avaient pris part au combat pour les droits civiques dans les États du Sud. Ils s’y étaient familiarisés avec un mouvement adossé aux Églises et à des structures communautaires, payant souvent - pauvrement - des organisateurs afin qu’ils maintiennent la population mobilisée pendant de longues périodes, alors même que les perspectives de victoire étaient lointaines.

C’est seulement après la fin des années 1960 et à la faveur de nouveaux combats — centrés sur le féminisme, l’émancipation des homosexuels, l’écologie, les droits des handicapés — que les activistes ont commencé à proliférer. Au cours des années 1980 et 1990, le terme s’est imposé. Les mouvements qualifiés de la sorte ont accompli un travail énorme en un temps très court, bien souvent grâce à la mise en œuvre de techniques qui enrichirent les formes de lutte traditionnelles ; ils inventèrent notamment des procédures ouvertes, démocratiques et antihiérarchiques. Cependant, tout à leur désir de s’affranchir de l’héritage pesant de la gauche traditionnelle, ils ont parfois jeté par- dessus bord des tactiques, traditions et méthodes qui auraient pu leur être utiles.

Les activistes ont tiré parti d’une période où les contestataires se détournaient de ce qu’ils estimaient être des idéologies désuètes au profit de choix politiques plus incisifs et plus radicaux. À partir des années 1960, il devint également courant de chercher à se dégager de la figure du leader charismatique, compte tenu des dégâts essuyés par le mouvement social lorsque le personnage ayant endossé ce rôle finissait assassiné (Martin Luther King), perdait la raison (Eldridge Cleaver (2)) ou retournait sa veste (Jerry Rubin (3)). Dans le même temps, les syndicats américains pâtirent d’avoir laissé s’installer à leur tête des bureaucrates timorés ou corrompus. Le désenchantement envers les professionnels du changement social a alors gagné les cercles les plus idéalistes.

Mais, pendant que la gauche se détachait de ses racines organisationnelles, les conservateurs, eux, créaient des structures nouvelles, des think tanks, des groupes d’affaires arrosés d’argent par les multinationales ; ils galvanisaient l’infanterie évangélique de la « majorité morale » ; ils déroulaient le terrain à la « révolte fiscale » des grosses fortunes. La gauche gagnerait donc à réapprendre à s’organiser pour rendre son activisme plus durable, plus efficace, pour soutenir et amplifier son élan lorsque l’intensité des protestations de rue décline. Autrement dit, fonder des organisations politiques, débattre de stratégies à long terme, faire émerger des dirigeants (choisis en fonction de leur fiabilité et non de leur charisme) et réfléchir à la manière de les soutenir. La progression de l’activisme au cours des dernières décennies est un phénomène salutaire. Toutefois, les modes d’organisation qui assuraient jadis le succès des mouvements sociaux ne se sont pas développés au même rythme, bien au contraire.

Aujourd’hui, les activistes américains ont des repères politiques très différents de ceux de leurs aînés. Nul n’a plus de parent membre du Parti communiste, les syndicats sont moribonds et, de la longue lutte du mouvement des droits civiques, qui aurait encore tant à nous apprendre, ne subsiste qu’une série d’images pieuses et de contes de fées. Le terme même d’« activiste » a été dévoyé de son sens. Dorénavant, il décrit davantage un tempérament qu’un spectre donné d’opinions et de pratiques politiques. Nombre de ceux qu’on qualifie ainsi paraissent se délecter de leur marginalisation et se soucier comme d’une guigne de l’efficacité, en imaginant peut-être que leur isolement constitue une marque de noblesse ou une preuve de vertu.

De larges segments de l’activisme contemporain risquent donc de succomber au piège de l’individualisme. Or l’organisation est coopérative par nature : elle aspire à entraîner, à construire et à exercer un pouvoir partagé. Elle consiste, comme l’écrit le jeune sociologue et militant Jonathan Smucker, à transformer un « bloc social en force politique ». N’importe qui peut se dire activiste, même quelqu’un qui, en tentant sans relâche d’attirer l’attention sur un sujet important, agit seul et ne répond de ses actes envers personne. Faire en sorte que nos semblables prennent conscience d’un problème — l’un des objectifs privilégiés par l’activisme contemporain — peut se révéler fort utile. Mais l’éducation n’est pas la même chose que l’organisation, laquelle n’implique pas uniquement d’éclairer l’individu qui reçoit votre message, mais aussi d’agréger des personnes autour d’un intérêt commun afin qu’elles puissent combiner leurs forces. L’organisation, tâche de longue haleine et souvent fastidieuse, implique de créer des infrastructures et des institutions, de trouver des points vulnérables dans les défenses de vos adversaires, de convaincre des individus dispersés d’agir au sein d’une même équipe.

Depuis 2011, nombre d’acteurs des mouvements sociaux ayant surgi aux quatre coins du monde sont tombés dans le piège décrit par Mark Rudd : « L’activisme comme expression de nos sentiments profonds n’est que l’un des éléments de la construction d’un mouvement. C’est une tactique qui a été élevée au rang de stratégie en l’absence de toute stratégie. La plupart des jeunes militants pensent que s’organiser consiste à prendre les dispositions nécessaires à la tenue d’un rassemblement ou d’un concert de soutien. » On pourrait ajouter à cette liste : créer un hashtag sur les réseaux sociaux, poster une pétition en ligne, animer des débats entre internautes. Le travail réel d’organisation a perdu de son cachet auprès de nombreux cercles militants, figés dans leur croyance en une insurrection spontanée et dans une suspicion profonde envers toute institution, direction ou tentative de prise de pouvoir.

À certaines périodes, des rassemblements, des concerts, des hashtags, des pétitions et des débats en ligne trouvent leur pleine utilité. Le problème surgit lorsque ces pratiques représentent l’horizon ultime de l’engagement politique. « C’est une bonne chose qu’au cours des dernières années bien des gens aient eu envie d’agir, et que le développement des nouvelles technologies ait facilité leur passage à l’acte », observe L. A. Kauffman, qui achève la rédaction d’une histoire de l’action directe. S’engager dans de petites actions concrètes — signer une pétition, participer à un rassemblement, etc. — peut en effet encourager ensuite à se mettre au service d’objectifs plus généraux, par exemple contrarier les élites et s’attaquer à leurs profits.

Mais des organisateurs de la vieille école, comme les syndicalistes, continuent simultanément à abattre un travail inestimable. Et un nombre croissant d’individus font l’expérience de nouvelles formes de pouvoir économique et de résistance. L’un des défis majeurs de notre époque néolibérale et postfordiste consiste donc à trouver des moyens inventifs de mettre à jour le modèle du syndicalisme et à l’adapter aux conditions actuelles de financiarisation et d’insécurité sociale. À construire de nouveaux liens entre les millions de travailleurs échoués, privés d’un emploi stable, de droits syndicaux, afin qu’ils constituent une puissance avec laquelle il faudra compter.

Les organisateurs du combat pour la justice climatique, par exemple, ont mis au point des formes de mobilisation originales contre les profits des compagnies pétrolières en poussant le gouvernement américain à ne plus délivrer de licences d’exploitation de mines de charbon sur des terres publiques. Lancée en 2012 par des étudiants sur leurs campus, cette campagne contre les énergies fossiles a contraint des investisseurs totalisant 3 400 milliards de dollars (3 000 milliards d’euros) de fonds à se retirer du marché. L’action s’est rapidement propagée au-delà des cercles universitaires, jusqu’à rallier une soixantaine de villes dans le monde. « L’un des plus grands succès de cette campagne jusqu’ici est qu’elle a ruiné la confiance dans les projets de l’industrie des énergies fossiles, se réjouit Jamie Henn, l’un des instigateurs du mouvement et cofondateur du groupe de lutte pour l’environnement 350.org. Ce ne sont plus seulement de petites écoles de beaux- arts de gauche qui prennent au sérieux le risque carbone, mais d’énormes institutions financières telles que la Banque d’Angleterre, le fonds souverain norvégien et les fonds de pension californiens. »

Internet montre des limites

Le mouvement Black Lives Matter (« Les vies des Noirs comptent ») peut également se prévaloir d’un résultat impressionnant, puisqu’il a remis sur le devant de la scène la question des oppressions subies par les Noirs aux États-Unis. De jeunes collectifs comme les Dream Defenders (« Défenseurs du rêve »), un groupe fondé en Floride après le meurtre raciste de Trayvon Martin, revendiquent un modèle d’organisation qui accepte la présence de dirigeants et qui doute des effets d’un activisme uniquement basé sur Internet. « Pour changer la vie de nos communautés, nous avons besoin de pouvoir, pas seulement de “followers” », ont expliqué les dirigeants du groupe.

Quand la notion d’activisme est née il y a un siècle dans l’esprit du philosophe allemand Rudolf Eucken, elle privilégiait le monde spirituel plutôt que le monde matériel. Cette préférence s’observe encore chez ceux qui croient que l’action, même déconnectée de toute stratégie cohérente, peut provoquer magiquement une sorte d’épiphanie sociale. Heureusement, les activistes n’ont pas totalement évincé les organisateurs. Une multitude d’espaces subsistent où, selon Mark Rudd, se pratique le triptyque « éducation, construction d’une base, coalition », qu’on pourrait décrire comme la création d’une identité collective alliée à un partage du pouvoir économique. Mais ces efforts, peu spectaculaires, se voient trop souvent ensevelis par le dernier buzz en ligne.

Ces derniers mois, des dizaines de milliers d’Américains se sont rués dans les meetings de M. Bernie Sanders pour l’entendre dénoncer la « classe des milliardaires ». Dès lors qu’un nombre croissant de jeunes et une majorité de nouveaux électeurs démocrates ont une perception positive du mot « socialisme », un travail d’organisation efficace et intelligent permettrait d’appuyer cette résurgence renversante de la sensibilité de gauche et de canaliser l’énergie qu’elle charrie au-delà du rituel étriqué du scrutin présidentiel et de la politique électoraliste.

Les élites n’ont jamais eu de mal à faire passer ceux qui contestent leur pouvoir pour des perdants et des grincheux. Il leur sera toujours plus difficile de disqualifier des organisateurs qui ont réussi à mobiliser une base populaire qui agit de façon stratégique.

Astra Taylor

Écrivaine, réalisatrice de documentaires sur les intellectuels radicaux, militante contre la dette. Une version plus longue de ce texte a été publiée dans le dernier numéro du trimestriel américain The Baffler (Cambridge, Massachusetts).

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