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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 08:50

Le 2 septembre 2016 par Jade Lindgaard pour https://www.mediapart.fr/journal/france/020916/plus-les-agriculteurs-polluent-plus-ils-touchent-d-aides-de-l-europe

Alors que les pays européens tentent de trouver un accord sur la politique agricole commune en 2020, une étude démontre que les aides directes bénéficient le plus aux agriculteurs les plus pollueurs. Mais elle prouve aussi que dans le contexte actuel de déséquilibre entre l’offre et la demande, la stratégie de produire toujours plus n’est pas la bonne.
C’est l’angle mort du récent conflit social dans le monde du lait et de la réunion des ministres de l’agriculture, le 2 septembre à Chambord : les effets de la production agricole et des aides européennes sur l’environnement. Pourtant, le choix par les producteurs laitiers de leur modèle économique ne peut plus ignorer le sujet : la politique agricole commune (PAC) consacre un budget spécifique aux aides agro-environnementales (appelé « second pilier »). Surtout, la protection de l’environnement est aujourd’hui l’un des principaux arguments mis en avant par les États membres pour justifier le versement de plus de 50 milliards d’euros d’aides annuelles directes au secteur agricole (soit plus de 40 % du budget communautaire).

Autour des notions de « bien commun », de « multifonctionnalité », de « services écosystémiques » et de « services environnementaux », les décideurs politiques européens intègrent de plus en plus le problème de la pollution, des émissions de gaz à effet de serre et de la consommation d’eau dans leurs décisions touchant le domaine agricole – d’où les passes d’armes entre Bruxelles et la France sur Notre-Dame-des-Landes, le barrage de Sivens ou encore les nitrates. Cela dit, les aides directes européennes consacrées à la protection de l’environnement restent bien inférieures (20 %) aux aides à la compétitivité et aux revenus des agriculteurs (80 %).

Observant cet usage de l’environnement comme justification des aides de la PAC, une chercheuse doctorante, Alessandra Kirsch, s’est demandée si les aides directes versées par l’Europe aux agriculteurs répondaient aux objectifs environnementaux qu’elle affiche. Les réponses qu’elle apporte sont doublement instructives, alors que les producteurs laitiers sont loin d’être les seuls agriculteurs européens touchés par une crise économique – les céréaliers sont confrontés eux aussi à une sévère baisse des cours.

Sur l’ensemble des aides directes aux agriculteurs (à l’hectare, à la tête de bétail, ou par exploitant) et toutes productions confondues, les exploitants qui ont le moins bon impact sur l’environnement touchent le plus d’aides en moyenne. Selon les calculs d’Alessandra Kirsch, si l’on compare le niveau de subventions perçues par les exploitations, par hectare de surface agricole utile (SAU), en fonction du classement des exploitations selon leur degré de « durabilité environnementale »,
celles qui sont les moins respectueuses de l’environnement touchent les aides les plus élevées.

 

Manifestation d'agriculteurs aux abords du siège de Lactalis, à Laval, le 23 août 2016 ©Reuters

Autrement dit, les exploitations qui polluent le plus touchent le plus de subventions à l’hectare. C’est l’effet du mode de calcul des aides de la PAC, qui reflètent l’historique de l’exploitation. Le système des aides de la PAC d’avant 1992 reliait les aides aux rendements. Comme ils augmentaient avec l’usage des engrais et des pesticides, les exploitations les plus productives touchaient davantage de subventions. Les réformes suivantes ont attribué des montants d’aides fixes aux surfaces, en accordant des primes supérieures aux zones où les rendements étaient historiquement plus élevés.

Cela ne veut pas dire pour autant que c’est parce qu’ils touchent plus d’aides qu’ils polluent davantage, insiste Alessandra Kirsch. Mais qu’historiquement, les exploitants les plus indifférents à l’impact de leur activité sur l’écosystème ont bénéficié de plus de soutien que les autres. En réalité, les aides européennes à l’agriculture agissent de manière contradictoire. Les aides de la PAC sont réparties en deux « piliers » : aides à la compétitivité et aides à la protection de l’environnement. Les premières représentent 80 % des sommes versées, contre 20 % pour celles gratifiant la réduction des impacts négatifs sur l’écosystème.

Mais qu’est-ce qu’une exploitation qui traite bien son environnement ? Il n’est pas si facile de le définir, car il faut prendre en compte les impacts sur l’eau, les sols, l’air, la biodiversité. Or ils ne sont pas toujours corrélés. On peut avoir un bon taux de prairie, mais utiliser son tracteur plus que les autres et donc consommer beaucoup d’énergie. Par ailleurs, le monde agricole français est très divers. Les besoins et impacts de la culture des oléagineux et protéagineux (16 % des exploitations) sont très différents des élevages bovins. Chaque exploitation, à l’intérieur même d’un type de production donné, est caractérisée par des atouts et des faiblesses. La dernière réforme de la PAC, en 2013, veut harmoniser le paiement des aides quel que soit l’historique de l’exploitation, atténuant ainsi le déséquilibre en faveur des exploitations historiquement plus productives.

France Nature Environnement (FNE) a dénoncé cette année dans un rapport le faux verdissement de la PAC à cause des exceptions qui accompagnent plusieurs mesures environnementales. Deux exemples phares illustrent parfaitement la réalité derrière le verdissement de la PAC, explique dans un communiqué Marie-Catherine Schulz-Vannaxay, coordinatrice du réseau agriculture de FNE : « L’autorisation d’épandre des pesticides sur les 5 % de surfaces dédiées à la biodiversité dans les fermes, tandis que l’obligation de diversifier ses cultures pour réduire les usages de pesticides ou de fertilisants a été supprimée pour la principale monoculture, celle du maïs. »

Derrière ce triste diagnostic, se cache une bonne nouvelle : les performances économiques de ceux qui polluent le moins ne sont pas inférieures aux autres. C’est l’autre enseignement fort de l’étude d’Alessandra Kirsch : les exploitations impactant moins leur environnement produisent moins (de lait, de viande, de blé, de maïs…) que les autres, mais elles maîtrisent mieux leurs consommations intermédiaires. Si bien que les exploitants qui ont fourni le plus d’efforts pour réduire leur impact sur l’environnement ont un revenu au moins comparable aux autres. Ceux qui font le choix de modérer leurs objectifs de production consomment moins d’intrants (engrais, pesticides, herbicides…) et obtiennent ainsi des marges de rentabilité comparables, voire supérieures à ceux qui produisent plus mais dépensent plus pour maximiser leur production. C’est aussi vrai pour les grandes superficies : en grandes cultures, la dimension économique n’est pas un handicap au développement des pratiques plus favorables à l’environnement, constate la chercheuse. Dans le contexte actuel de déséquilibre entre l’offre et la demande de lait, la stratégie de produire toujours plus n’est pas la bonne.

Ce travail tout récent d’analyse empirique sur la distribution des revenus de la PAC – la thèse n’a pas encore été publiée – indique à quel point les injonctions politiques de l’Union peuvent être contradictoires sur l’agriculture. Cela n’aide pas les paysans et les exploitants à s’adapter à la nouvelle réalité économique – les quotas laitiers ont été supprimés le 31 mars 2015. Vendredi 2 septembre, plusieurs syndicats agricoles ont manifesté aux abords du château de Chambord, où se réunissaient les ministres européens pour trouver un accord sur la PAC en 2020. « Notre agriculture est à genoux », a indiqué le président de la Coordination rurale, Bernard Lannes, qui organisait un « grand repas populaire » à l’entrée du domaine. Pendant ce temps, près de 120 militants de la Confédération paysanne manifestaient à Blois pour « une vraie régulation européenne pour les paysans en détresse », car « Pour nous, c’est pas la vie de château ».

Alors que les aides directes sont indispensables au revenu des agriculteurs européens (surtout pour les céréaliers et les éleveurs bovins, qui connaîtraient sinon des pertes comptables sèches, selon le réseau d’information comptable agricole), le monde agricole se trouve dans une situation économique si difficile qu’il peine à imaginer pouvoir changer de modèle et se divise sur fond de drame social.

 

 

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 12:04

Par Martine Valo pour Le Monde le 29 août 2016.

Une truie et ses porcelets dans un élevage porcin de Ploeour-Lanvern (Finistère), le 11 août 2015. FRED TANNEAU / AFP

Landunvez, la cité bretonne, s’enorgueillit de ses plages de sable doré. Typique de ce littoral encore préservé du Finistère nord, elle a tout ce qu’il faut pour plaire : vieux château, menhir, dolmen, chapelles et un petit port de plaisance. Voilà pour son côté face.

Côté pile, la commune a gardé sa vocation agricole. Et dans le bourg, les tensions montent autour d’un élevage industriel de porcs, l’une des plus grandes usines à cochons de la région sur le point de s’agrandir – encore – pour atteindre une production de 26 000 porcs par an.

Cette fois, les riverains se rebiffent. Le 1er août, deux associations ont déposé un recours devant le tribunal administratif de Rennes, afin d’obtenir l’annulation de l’autorisation préfectorale délivrée le 1er avril à la société Avel Vor.

22 200 tonnes de lisier par an

Les protestataires dénoncent une étude d’impact insuffisante mais leurs griefs tiennent en un mot : trop. Trop d’odeurs, trop de lisier (22 200 tonnes par an annoncées), trop d’algues vertes dans le port de plaisance, d’eaux marron non identifiées ruisselant vers la mer, de tracteurs et d’épandage, d’azote dans une zone déjà en excédent structurel, d’ammoniac, de poussières.

Ils pâtissent déjà de ces nuisances du fait de cette exploitation de bientôt 18 000 mètres carrés surplombée de quatre silos et qui a déjà beaucoup grossi en 2013. Le tout à 250 mètres de l’école et à 1,5 kilomètre de la mer.

Qu’en sera-t-il avec la nouvelle configuration qui va faire passer le nombre d’emplacements de 675 à 850 pour les truies, de 5 360 à 8 700 pour les porcs à l’engraissement et de 3 200 à 4 200 pour les porcelets ? De quoi concentrer 13 750 têtes à la fois sur un seul site, sans compter le millier de cochons logés par le même propriétaire dans deux autres installations à Landunvez toujours.

Les craintes des habitants sont d’autant plus vives que le projet ne s’accompagne pas d’une unité de méthanisation, jugée « pas rentable » par l’exploitant, mais d’une seconde lagune de stockage de lisier de 7 000 mètres cubes.

« Des tensions ? Il y a toujours des gens pour et des gens contre, élude le maire (sans étiquette) Jean Héliès. De toute façon, l’extension est presque terminée et le préfet a dit oui. Je n’ai aucune raison de remettre en cause l’avis de gens plus compétents que moi et d’assassiner ceux qui travaillent ! »

Malgré trois alertes aux bactéries fécales qui l’ont conduit à fermer les plages plusieurs fois cet été, l’élu assure que tout va bien. « Il y a moins d’algues vertes qu’il y a sept-huit ans » et « il n’y a jamais eu autant de touristes », affirme-t-il. Il lie ce mouvement d’humeur à la présidente de l’association Avenir et environnement en pays d’Iroise (AEPI), Anne Bertrand, « qui avait été battue aux élections municipales ».

2 000 signatures pour 1 500 habitants

Pas sûr que la polémique relève de la chronique clochemerlesque. La pétition lancée par l’AEPI contre l’agrandissement de la porcherie Arvel Vor a rapidement recueilli 2 000 signatures, soit davantage que les 1 500 habitants de la commune. La respectée association Eau et rivières de Bretagne a apporté son soutien et son expertise dans le dépôt du recours. « D’autres riverains m’ont contacté pour se joindre à notre démarche », confie l’avocat Sébastien Le Briéro, qui défend les deux associations.

Le 28 juillet, Anne Bertrand avait convoqué une assemblée générale. Elle ne s’attendait pas à ce que le dirigeant d’Avel Vor, Philippe Bizien en personne, s’y invite, avec une vingtaine d’éleveurs. « Je ne pouvais pas faire évacuer la salle, je ne suis plus au tribunal », sourit cette magistrate à la retraite.

Mais elle ne s’est pas laissée démonter et, « malgré les ricanements », a exposé sa vision du dossier jusqu’à ce que Philippe Bizien intervienne. Supputant des relents de « lutte des classes » autour de ses élevages, il a prévenu ses adversaires : « L’argent que je perdrai, j’irai le chercher. »

Produire toujours plus

Philippe Bizien, qui n’a pas voulu répondre aux sollicitations du Monde, est une personnalité de la filière porc. Il compte plusieurs maires de Landunvez parmi ses ancêtres. Il détient surtout de nombreuses responsabilités professionnelles. Président du Comité régional porcin, il est aussi vice-président d’Aveltis – un groupement qui vend trois millions de porcs charcutiers par an pour un chiffre d’affaires de 440 millions d’euros en 2015 –, et siège à l’Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne.

En Bretagne, la concentration de porcs ne semble pas inquiéter les élus. En 2016, la région a débloqué une enveloppe de 50 millions d’euros sur cinq ans pour aider les éleveurs, en particulier pour construire et rénover leurs bâtiments, soit une enveloppe de 180 millions d’euros en comptant les subsides de l’Etat, selon les comptes du vice-président du conseil régional, Olivier Allain.

Il s’agissait de lancer « un signal fort aux éleveurs qui veulent aller de l’avant », déclarait en mai dans une revue professionnelle, Réussir porc, cet ex-responsable de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles et de la chambre d’agriculture des Côtes-d’Armor, élu à la région sur la liste socialiste. Un appel à produire toujours plus malgré un marché en berne, concentré entre de moins en moins de mains : la moitié des éleveurs détenaient plus de 99 % du cheptel français en 2010.

« Pas sous les vents dominants »

Le message a été reçu à Landunvez. Mais le projet d’usine à cochons a été diversement apprécié par les différents services de l’Etat. Tandis que l’autorité environnementale s’interrogeait sur les impacts « d’une concentration de porcs aussi importante », notamment de la « gêne ressentie par les riverains », et des conséquences sur la qualité de l’eau, le commissaire enquêteur s’inquiétait, lui, de trouver dans une bande de 100 mètres à 300 mètres autour de l’élevage industriel « un lotissement, une école, une salle de sport ». Témoignant qu’il n’avait reçu que des points de vue critiques lors de son enquête, il a lui-même rendu un avis négatif.

De son côté, la direction départementale de la protection des populations du Finistère délivrait, en février, un satisfecit à ce projet. Aucun problème d’odeur par exemple, vu que « les habitations à proximité ne sont pas sous les vents dominants ». Pas de difficultés non plus avec les retombées d’azote ammoniacal, car « il n’existe pas de milieux naturels sensibles dans un rayon de 1 000 mètres ». Juste la quasi-totalité du bourg et la mer d’Iroise au bout.

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 08:56

La biodiversité offre une protection relative face à la hausse des températures, selon une étude
Par Pierre Le Hir pour Le Monde le 30 août 2016

Une vue de l’Amazonie en Guyane française, en 2012. JODY AMIET / AFP

C’est, au choix, une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la planète et pour l’humanité. Les optimistes retiendront que la forêt amazonienne est capable, grâce à la très grande diversité de ses arbres, de s’adapter à un changement climatique de relativement faible amplitude. Les pessimistes noteront, eux, que cette forêt ne résisterait pas à une forte hausse des températures. L’enjeu est crucial, en raison de l’importance de cet écosystème tropical humide qui, s’étendant sur plus de 6 millions de km2 répartis entre neuf pays (Brésil, Pérou, Colombie, Bolivie, Venezuela, Guyana, Surinam, Equateur, Guyane française), constitue la plus grande réserve mondiale d’espèces animales et végétales, en même temps qu’un gigantesque puits de carbone.

L’idée que la diversité d’un milieu naturel représente un atout qui lui permet de mieux faire face aux aléas est largement admise par les écologues. Pour la première fois, une équipe de chercheurs allemands et néerlandais l’a testée à grande échelle, sur l’ensemble du bassin amazonien. Dans un article publié lundi 29 août dans la revue Nature Climate Change, elle montre que la diversité de cette forêt favorise sa résilience au changement climatique. C’est-à-dire sa capacité à reconstituer sa matière végétale (biomasse) et à continuer de remplir des fonctions comme le stockage de gaz carbonique. Du moins jusqu’à un certain seuil de réchauffement.

Exceptionnelle biodiversité

Boris Sakschewski, de l’Institut de recherche de Potsdam (Allemagne) sur les effets du changement climatique, et ses collègues ont fait fonctionner des modèles numériques, en prenant en compte les « traits fonctionnels » des arbres : des caractéristiques telles que la hauteur des troncs, la densité du bois, la surface des feuilles ou la taille des graines, qui assurent la dynamique d’un peuplement sylvestre et lui permettent de se régénérer plus ou moins efficacement.

Ils ont aussi retenu deux scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, sur les quatre étudiés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Le premier, qui mise sur une stabilisation des émissions avant la fin du siècle à un niveau bas, prévoit une hausse des températures comprise entre 1,1 et 2,6 °C à l’horizon 2100. Le second, dans lequel les émissions continuent de croître au rythme actuel, conduit à une montée du thermomètre pouvant atteindre 4,8 °C.

Il apparaît que dans la première hypothèse, celle du plafonnement de la courbe d’émissions et de réchauffement, la plus grande partie du territoire boisé de l’Amazonie (84 %) parvient à se régénérer sur le long terme. Cette aptitude s’explique par son exceptionnelle biodiversité, beaucoup plus riche que celle des forêts tempérées, avec pas moins de 16 000 espèces d’arbres répertoriées. Grâce à cette profusion, décrivent les chercheurs, la forêt tropicale humide devrait s’adapter, au prix toutefois de changements de grande ampleur. Les grands arbres dominants actuels pourraient ainsi céder leur place à des essences de plus petite taille, moins sensibles au stress hydrique.

Perte massive de superficie

En revanche, dans l’hypothèse d’une poursuite incontrôlée des émissions de gaz à effet de serre, entraînant une atmosphère beaucoup plus chaude et des saisons sèches plus sévères, seule une infime portion (13 %) du bassin amazonien serait en mesure de se régénérer à longue échéance. Dans ce cas, la biodiversité forestière ne fonctionne plus comme une « assurance contre les impacts du changement climatique ».

« Cette étude marque une avancée importante, car les climatologues se sont jusqu’à présent fondés, pour anticiper la réponse des forêts tropicales à l’effet de serre, sur des modèles qui ne prenaient pas en compte la biodiversité, commente Jérôme Chave, directeur de recherche au laboratoire Evolution et diversité biologique de Toulouse (CNRS-Université Paul-Sabatier). Ce travail montre que la diversité végétale de la forêt amazonienne peut avoir un effet tampon face au changement climatique. » Si du moins, ajoute-t-il, « cette forêt n’est pas affectée par d’autres facteurs ».

Le dérèglement du climat n’est en effet ni la seule, ni même la première menace qui pèse sur cet irremplaçable couvert boisé. Celui-ci, mis à mal par une déforestation massive et par le développement de la culture du soja et du palmier à huile, a déjà perdu, au cours du dernier demi-siècle, près du cinquième de sa superficie.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 15:30

José Bové revient sur les déclarations du Secrétaire d’État français au commerce annonçant que la France demanderait à ses homologues européens l’arrêt des négociations du traité de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis. L’eurodéputé demande qu’en toute cohérence l’accord avec le Canada (CETA) ne soit pas ratifié.

Mathias Fekl, Secrétaire d’État au Commerce extérieur, a annoncé ce matin qu’il demande à la Commission européenne de stopper les négociations pour la mise en place d’un accord commercial de libre-échange avec les États-Unis. Il rejoint l’Allemagne, qui a déclaré l’échec des négociations ce weekend. La mobilisation européenne massive a finalement payé, je m’en félicite. Après cette victoire nous devons maintenir la pression sur le Secrétaire d’État du Commerce extérieur pour qu’il s’oppose aussi à la signature de l’Accord avec le Canada, le CETA.

Les négociations avec le Canada sont calamiteuses. Sur le volet agricole, elles vont mettre en danger l’élevage extensif dans les zones de montagne. Avons-nous réellement besoin d’importer de la viande de bœuf produite au Canada ? À cette question de bon sens, Monsieur Fekl n’a pas de réponse convaincante. Les agriculteurs canadiens qui sont relativement protégés par un système de régulation des volumes, vont être ensevelis par la vague blanche européenne de lait. Des deux côtés de l’Atlantique les petits paysans seront éliminés.

Les consommateurs et les citoyens européens se sont mobilisés ces dernières années contre la course au productivisme en agriculture. Leur détermination a débouché sur des victoires _ qui n’ont rien de symbolique _ comme l’absence de culture d’OGM dans pratiquement tous les pays de l’UE, l’interdiction d’utiliser des hormones de croissance dans l’élevage bovin ou le coup d’arrêt au glyphosate. L’Europe applique, parfois contrainte et forcée, un principe de précaution dont le gouvernement canadien n’a que faire. Il n’est pas possible d’uniformiser nos standards de consommation.

Autre raison fondamentale à mon opposition à cet Accord, le peu de cas qui est fait de la protection des Appellations d’Origine Contrôlées. Sur 1400 AOP, l’Europe n’a réussi à en faire reconnaitre que 140, soit 10%. Le score final sur ce dossier est sans appel : Canada 9 - Union européenne 1. Aucun entraineur n’oserait qualifier cela de réussite. Lactalis a déposé la marque FETA Président aux États-Unis et se tient prêt à couper les pattes aux paysans grecs. Ceci est totalement inadmissible.

Enfin pour couronner le tout, la mise en place d’un système de tribunaux arbitraux permettant aux entreprises d’attaquer les législations des États et de l’Union européenne est maintenue avec quelques correctifs mineurs. De nombreuses entreprises globales américaines ont une filiale au Canada et pourront utiliser ce dispositif pour remettre en cause des avancées sociales ou environnementales. Peu étonnant dans ces conditions que le TAFTA soit arrêté : elles n’en ont plus vraiment besoin.

Mi-octobre, je me rendrai au Canada à l’invitation de Maud Barlow et du Conseil des Canadiens. Là-bas comme ici, les gens ne veulent pas de cet accord de libre-échange. Nous avons coulé le TAFTA. Il nous reste deux mois pour couler le CETA.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 14:50

Par Maxime Vaudano sur http://transatlantique.blog.lemonde.fr/2016/08/30/pourquoi-la-france-veut-elle-maintenant-enterrer-le-tafta/. 

Une pancarte anti-Tafta à Francfort (Allemagne), le 26 mars 2016. ( REUTERS/Ralph Orlowski)

Le demi-tour du gouvernement socialiste français sur l’accord Tafta est désormais achevé. Après avoir approuvé le lancement des négociations transatlantiques en 2013, après les avoir soutenues pendant plusieurs années envers et contre les oppositions qui montaient d’un peu partout dans la société civile et dans l’échiquier politique, François Hollande et son gouvernement ont planté mardi 30 août le dernier clou dans le cercueil de l’accord de libre-échange Europe/Etats-Unis.

L’annonce a été faite par la voix du secrétaire d’Etat au commerce extérieur Matthias Fekl, qui a promis sur RMC qu’il demanderait au nom de la France « l’arrêt pur, simple et définitif de ces négociations » lors de sa prochaine rencontre avec ses homologues européens, fin septembre.

1. Est-ce étonnant ?

Pas tant que ça. Le gouvernement français prépare le terrain depuis plusieurs mois. La défiance croissante de l’opinion et plusieurs fuites de documents de négociation avaient déjà poussé François Hollande et Manuel Valls à monter au créneau à partir du printemps 2016, en menaçant de mettre un véto français au Tafta (également désigné sous le sigle TTIP). L’annonce-choc de Matthias Fekl, qui intervient au lendemain dune déclaration similaire de son homologue social-démocrate allemand Sigmar Gabriel, n’est que le prolongement de cette position.

2. Pourquoi maintenant ?

A priori, rien ne justifie la brusque montée de fièvre de la France contre le Tafta. Lors du conseil européen des 28 et 29 juin, les Etats européens avaient reconfirmé un par un au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker leur volonté de poursuivre les négociations – y compris la France.

Depuis, un 14e cycle de négociation du Tafta s’est tenu en juillet, mais au vu de ce qui en a filtré, il ne s’y est rien passé de dramatique qui justifierait un arrêt brutal des négociations. Tout juste a-t-il pu confirmer le manque de bonne volonté des négociateurs américains, qui irrite au plus haut point des Européens.

Mais voilà, après avoir réfléchi tout l’été, Matthias Fekl considère que « nous sommes aujourd’hui à un moment de vérité et de décision » et qu’il faut arrêter les frais.

En réalité, ce coup de poing sur la table conjoint avec Sigmar Gabriel ne fait qu’acter l’impasse dans laquelle sont actuellement enlisées les négociations, fruit d’un attentisme bien logique des deux côtés de l’Atlantique à l’approche de rendez-vous électoraux importants – la présidentielle américaine en novembre 2016, la présidentielle française en avril-mai 2017 et les élections fédérales allemandes à l’automne 2017. Aucun des deux camps n’est prêt à des compromis substantiels (indispensables à l’avancée des négociations) avant d’être relégitimé par le poids politique de ces scrutins.

Comme le président Hollande sait qu’il n’y a aucune chance, dans les circonstances actuelles, que la négociation du Tafta se finisse avant la fin de son mandat, cela ne lui coûte pas cher de marquer son opposition à un accord que villipende une grande partie de la gauche.

3. Quel est l’intérêt d’arrêter les négociations ?

Aucun, si l’on est réaliste. En effet, contrairement à la gauche radicale ou aux écologistes, Hollande, Valls et Fekl ne s’opposent pas au principe même du Tafta et du libre-échange. Ils jugent simplement que les négociateurs européens n’obtiennent pour l’instant pas des concessions suffisantes de la part de leurs homologues américains, peu conciliants. Mais pourquoi ne pas laisser les négociations aller à leur terme avant de se faire une idée sur le contenu de l’accord, et éventuellement le rejeter ? « Attendons le résultat final pour ensuite faire notre choix », plaident ainsi les eurodéputés LR Tokia Saïfi et Franck Proust.

Matthias Fekl explique aujourd’hui que « sur l’alimentation, l’énergie, la santé, les services publics, la culture », la direction qu’ont prises les négociations n’est pas bonne, ce qui justifie « un coup d’arrêt clair, net et définitif ».

On est très loin du discours de ses débuts au gouvernement, il y a deux ans, lorsqu’il intimait aux critiques de prendre patience en attendant la fin des négociations pour se faire une idée claire du contenu de l’accord. « Je pourrais très bien aller demain devant les caméras et dire qu’on dénonce ce mécanisme et qu’on le refuse. Mais ça, c’est du spectacle ! Ce n’est pas ça la politique. On doit construire des positions à plusieurs », disait-il ainsi à l’automne 2014 à propos des tribunaux d’arbitrage, qu’il voulait réformer (et il a réussi) plutôt que rejeter en bloc. De même, il a toujours vanté son combat pour la transparence des négociations, qui avaient accompli selon lui des progrès considérables depuis son entrée en fonction, pour couper l’herbe sous le pied de ses détracteurs.

4. Les négociations peuvent-elles vraiment s’arrêter ?

Comme l’a reconnu lui-même Matthias Fekl, la France n’a pas le pouvoir d’arrêter seule les négociations : « la Commission [européenne] a parfaitement la possibilité de continuer à négocier jusqu’à la fin des temps, et personne ne peut s’y opposer ». La réalité est que la seule chose que Paris peut faire, dans l’immédiat, c’est de retirer son soutien politique à la négociation – ce qui ne semble pas impressionner la commissaire européenne Cecilia Malmström, qui a assuré mardi que « les négociations continuent », en réaffirmant l’objectif (irréaliste) de les conclure d’ici la fin 2016.

Matthias Fekl espère que d’autres pays « emboîtent le pas » à la France en septembre, avec l’ambition de rassembler la majorité qualifiée indispensable pour annuler le mandat de négociation confié à la Commission européenne en 2013. Mais rien n’est moins sûr. Car même si le Royaume-Uni (fervent partisan du Tafta) est hors jeu pour cause de Brexit, l’accord transatlantique compte encore de nombreux partisans au Nord et à l’Est de l’Europe, sans même parler de l’Allemagne, où la conservatrice Angela Merkel pourrait s’opposer aux velléités de son ministre de l’économie social-démocrate Sigmar Gabriel de saborder un accord qu’elle a toujours soutenu.

Si la majorité voulue par la France n’est pas réunie, la Commission européenne pourra continuer de négocier au ralenti, comme actuellement, en se concentrant sur les sujets les moins politiques, en attendant l’arrivé de nouveaux dirigeants en France et aux Etats-Unis.

Si, au contraire, la France réussissait à saborder le Tafta, cela ne signerait pas forcément son arrêt de mort définitif. En effet, Matthias Fekl explique qu’il souhaite mettre un terme à cette négociation enlisée « pour ensuite pouvoir reprendre des discussions sur des bases modernes avec les Etats-Unis, prenant en compte l’environnement, l’écologie, le social et les PME ». « Il faut reprendre plus tard les choses sur de bonnes bases, en faisant la transparence d’emblée, en mettant d’emblée les parlementaires et les citoyens devant les informations, et en concluant des accords modernes […] prenant en compte l’environnement, l’écologie, le social et les PME […] – ce n’est pas le cas aujourd’hui », poursuit-il.

En clair, lancer un Tafta 2 pour réussir là où le Tafta 1 a échoué. On a du mal à voir ce qui pourrait empêcher cette nouvelle tentative d’achopper sur les mêmes résistances américaines…

5. Quid de l’accord CETA entre l’Europe et le Canada ?

Si Matthias Fekl n’espère plus rien du traité transatlantique, il est toujours partisan de l’accord CETA entre l’Europe et le Canada, qu’il qualifie de « bon traité », car « c’est l’anti-Tafta » sur « beaucoup de points qui sont critiqués » dans la négociation avec les Américains.

De l’avis général, le CETA est en effet beaucoup plus favorable à l’Europe que ce qui se profile pour le Tafta. Mais il est toutefois loin de faire l’unanimité : il a été négocié dans la même « opacité » que dénonce M. Fekl pour le Tafta, est loin d’être exemplaire au niveau de l’environnement et des normes sociales et contient toujours un mécanisme de règlement arbitral qui, bien que réformé, suscite encore des interrogations.

Malgré ça, le gouvernement français en est très satisfaite et ne devrait pas faire obstacle à sa ratification, qui doit commencer à l’automne. Ce qui montre qu’il est encore loin d’être passé dans le camp des adversaires du libre-échange.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 11:12

La fonte du permafrost dans le nord du pays, causée par des records de chaleur, a libéré le dangereux bacille

Par Isabelle Mandraud pour Le Monde le 30 août 2016

Examen vétérinaire dans la péninsule de Yamal. Les rennes sont les premiers exposés à la menace de l’anthrax. MINISTÈRE RUSSE DES SITUATIONS D’URGENCE/AFP

Dans un épais rapport de 1 000 pages publié en 2014, les climatologues russes avaient glissé, au chapitre des conséquences du réchauffement global, le risque de l’apparition de l’anthrax, une bactérie potentiellement mortelle. Ils ne savaient pas encore qu’à peine deux ans plus tard leurs craintes se révéleraient justifiées. Le 1er août, dans la péninsule de Yamal, tout au nord de la Russie, un garçon de 12 ans est mort de cette infection, connue aussi sous le nom de « maladie du charbon », et supposée disparue depuis des décennies.

« C’est la première fois qu’une épidémie d’anthrax apparaît en Russie depuis 1941 », affirme Alexandre Platonov, le directeur du laboratoire des infections naturelles à l’Institut d’épidémiologie de Moscou. Et « logiquement », ajoute-t-il, « la vaccination a pris fin en 2007 » – le temps que les derniers programmes de prévention s’éteignent. Une grave erreur, pour certains. Cet été, 23 personnes ont aussi été contaminées, ainsi que 2 500 rennes. Envoyés sur place, 500 militaires ont reçu pour mission de brûler le plus vite possible les carcasses de ces animaux très répandus dans cette région arctique une fois et demie plus grande que la France.

« Hausse des températures »

Le réchauffement climatique est bien en cause. Dans son bureau, d’où il a extirpé le volumineux rapport de 2014, Sergueï Semenov, le directeur de l’Institut russe du climat, compulse sur son ordinateur les dernières données. « En juin, bien que Yamal se trouve au-delà du cercle polaire, la température moyenne normale (soit 12,3 0C) a augmenté de 6,7 0C ; en juillet, elle a été supérieure de 5,7 0C à la norme, rapporte-t-il. C’est la première fois que l’on observe une telle hausse des températures. Jamais, jusqu’ici, nous n’avions enregistré pareille anomalie ! »

Les cinq stations météorologiques du territoire de la Iamalo-Nénétsie sont formelles. Cet été, les températures ont oscillé entre 29 0C et 35 0C, du jamais-vu dans cette partie du monde. Sur l’ordinateur du scientifique, l’endroit est rouge cramoisi.

Ces dernières années, les hivers étaient certes un peu moins rigoureux, mais jamais l’été n’avait connu des changements aussi profonds. Or, en fondant, le pergélisol, ou permafrost, la partie des sols en permanence gelée dans les régions arctiques, qui recouvre, selon M. Semonov, 66 % du territoire russe, a libéré la bactérie de l’anthrax. Parfaitement conservée comme dans un congélateur, elle est capable, sous formes de spores, de se développer et de se propager dans l’air, l’eau ou la poussière.

Virus inconnus

Les troupeaux de rennes sauvages sont les premiers concernés par cette menace, mais aussi leurs congénères domestiques élevés par les Nénètses, un peuple nomade autochtone et l’ethnie la plus nombreuse en Sibérie, susceptible d’être contaminée à son tour par le bétail. Selon les experts, la transmission de Bacillus anthracis – médiatisé comme arme bactériologique après une série d’envoi d’enveloppes contaminées aux États-Unis en septembre 2001 – peut se faire aussi par piqûres de taons, nombreux dans la région.

Plusieurs cimetières, des fosses communes de troupeaux contaminés par le passé, ont été enfouis dans la toundra et les scientifiques russes s’inquiètent de la résurgence d’infections que l’on pensait disparues, engendrée par la fonte du pergélisol.

Début août, lors d’une conférence de presse à Moscou, Viktor Maléiev, le directeur de l’Institut d’épidémiologie, évoquait des risques sanitaires inquiétants avec la libération de virus comme la variole ou d’autres, inconnus, conservés depuis la « période des mammouths » : « Il est évident que le changement climatique va nous apporter plus d’une surprise, et nous devons être prêts. » À ses côtés, Boris Kerchengoltz, chercheur spécialisé dans le pergélisol à l’Académie russe des sciences de la Iakoutie, se montrait encore plus alarmant sur ces « infections millénaires dangereuses » : « Comment se comporteront ces micro-organismes dans notre environnement ? Personne ne le sait. »

« Foyer de maladie »

Yamal, l’une des régions russes d’exploitation de pétrole et de gaz les plus prometteuses dans ce secteur, attire aujourd’hui tous les regards. Mais, selon Vladimir Tchouprov, qui pilote le programme énergie de Greenpeace Russie, « le problème ne se limite pas à cette région. D’autres foyers possibles d’anthrax et de peste menacent la Iakoutie ou Taïmyr [une autre péninsule au nord de la Sibérie] ».

L’organisation écologiste, dont les militants mènent une mission au Taïmyr et qui ont vu leur Zodiac saboté par des inconnus, dénonce le projet d’un nouveau gisement pétrolier dans cette région qui, selon elle, pourrait aggraver la situation.

Greenpeace s’appuie notamment sur des courriers de scientifiques. Dans l’une de ces lettres, datée d’il y a tout juste un an et dont Le Monde a obtenu une copie, le chef du département vétérinaire de l’Institut de l’agriculture et de l’écologie de l’Arctique affirmait que la région de Taïmyr constitue « un foyer de maladies, en particulier de l’anthrax, avec 39 fosses communes [de rennes sauvages] ». « Sur le territoire des travaux prévus, poursuit Alexandre Prokoudine, il en existe deux, chacune de 60 km2, datant de l’épidémie de 1931, plus, non loin, trois autres de la même époque d’une surface de 60 à 200 km2 (…). Les travaux de terrassement dans les zones à grand risque d’anthrax vont, bien sûr, augmenter le danger de résurgence de cette infection. »

Apparition de tornades

Le réchauffement climatique n’est pas limité à la Russie mais il menace tout particulièrement le plus vaste Etat du monde. « Notre pays se réchauffe plus que d’autres, souligne le climatologue Semenov, et depuis 1976 l’augmentation des températures moyennes y est deux fois plus accentuée. »

La Russie a ainsi constaté l’apparition de tornades, totalement inconnues jusqu’alors sur son territoire. Mais l’Arctique, surtout, est concernée par le réchauffement et le scientifique pointe d’autres dangers, si la situation devait perdurer : « Les fondations des habitations et des oléoducs, construits sur la dureté de la terre gelée, deviennent moins solides, moins fiables, dit-il en montrant des photos d’immeubles en partie effondrés en Iakoutie. Il faudra de nouvelles normes de construction, plus profondes, ce qui nécessitera beaucoup d’argent. » Déjà, des tuyaux ont commencé à être installés sous le ballast des chemins de fer, pour refroidir la terre.

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 12:28

Dans le cadre de la Semaine européenne de la mobilité, participez à la balade à vélo en boucles à la découverte des forts de l'Est parisien le dimanche 18 septembre 2016 après-midi.
Organisée par l'antenne Est ensemble à vélo de l'association francilienne MDB (Mieux se déplacer à bicyclette), en partenariat avec la Ville de Romainville et le territoire Est ensemble du Grand Paris, effectuez un parcours facile à partir de Romainville jusqu'aux communes des Lilas et Noisy-le-Sec.
La balade guidée est construite en 2 boucles autonomes et complémentaires formant un grand "8" d'une durée totale de deux heures, pauses-découverte comprises : les deux boucles sont à enchaîner à partir du même lieu de départ, celui de l'hôtel de ville de Romainville.
Pour des questions d'organisation (nombre de participants limité à 20 personnes),
inscription gratuite et obligatoire auprès de la Ville de Romainville, organisatrice de la journée, par courriel :
abourgeois@ville-romainville.fr
Pour tous contacts et informations : est@mdb.org ou au 01 43 20 26 02


>> 1er parcours : boucle Est du fort de Noisy.
Lieu et horaire de départ : 14 h 30, place de la Laïcité devant la mairie de Romainville.

Le parcours ira à la découverte du fort de Noisy, situé sur la commune de Romainville.
Le groupe sera encadré par des membres de l'association et accompagné par un guide-cycliste qui évoquera l'histoire des forts autour de Paris, du fort de Noisy et des futures liaisons de transport dans le secteur : prolongements du métro ligne 11 et du tramway ligne T1. Un quizz sera proposé aux participants.
Avec un relief en pente douce durant la boucle et l'utilisation de petites rues à très faible trafic, la balade est ouverte à tous cyclistes, même à des débutants. Les enfants doivent être accompagnés et pour ceux de moins de 7 ans, ils devront être installés dans un siège enfant ou dans une remorque.
Le parcours passera place Carnot à Romainville, rejoindra la mairie de Noisy-le-Sec et longera le glacis du fort de Noisy
Retour par les quartiers sud et le vieux Romainville.


>> 2e parcours : boucle ouest du fort de Romainville.
Lieu et horaire de départ : 15 h 30, place de la Laïcité devant la mairie de Romainville.

Le parcours ira à la découverte du fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas.
Le groupe sera encadré par des membres de l'association et accompagné par un guide-cycliste qui évoquera l'histoire des forts autour de Paris, du fort de Romainville et de la future base de loisirs de la Corniche des Forts.
Retour au centre de Romainville par la cité Marcel Cachin et le vieux Romainville.
Aucun relief durant la boucle et utilisation de petites rues à très faible trafic. Les enfants doivent être accompagnés et pour ceux de moins de 7 ans, ils devront être installés dans un siège enfant ou dans une remorque.

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 10:00

Des prélèvements seront conservés en Antarctique durant des siècles

Des scientifiques forent la glace avec un carottier au col du Dôme, dans le massif du Mont-Blanc. SARAH DEL BEN/WILD TOUCH/FONDATION UGA

Des scientifiques forent la glace avec un carottier au col du Dôme, dans le massif du Mont-Blanc. SARAH DEL BEN/WILD TOUCH/FONDATION UGA

Par Pierre Le Hir, envoyé spécial du Monde à Chamonix Mont-Blanc (Haute-Savoie)

De la gare d’arrivée du téléphérique de l’aiguille du Midi (3 842 mètres) dominant la vallée de Chamonix, le regard cogne d’abord contre un enchevêtrement de parois englacées et d’arêtes rocheuses. Puis il s’envole, sur une ligne d’horizon d’un bleu sans nuage, vers les courbes du col du Dôme (4 300 mètres), sur la voie classique de l’ascension du mont Blanc. Ce mercredi 24 août, le grand beau est de sortie et l’on distingue, sur la neige étincelante, de minuscules taches sombres.

Ce sont les tentes où, depuis la mi-août, bivouaquent une douzaine de chercheurs (des Français, des Italiens, un Américain et un Russe) engagés dans une extraordinaire aventure scientifique : le projet « Protecting Ice Memory », conçu par les laboratoires de glaciologie de l’université de Grenoble, du CNRS et de l’université Ca’Foscari de Venise. Il s’agit de prélever des échantillons glaciaires dans les différents massifs du monde et de les acheminer en Antarctique, afin de préserver la mémoire des glaces pour les générations futures.

« Valeur inestimable »

Le col du Dôme est le premier site retenu pour cette entreprise mémorielle, explique le chef de la mission, Patrick Ginot, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Près d’une tonne d’équipement y a été déposée par hélicoptère, une base de vie aménagée, un carottier (instrument de forage) installé. Les échantillons remontés à la surface, par section d’un mètre, sont placés dans des caisses isothermes, avant d’être descendus par hélicoptère dans la vallée, où un camion frigorifique les achemine jusqu’à une chambre froide près de Grenoble.

« Jusqu’ici, la manip a vraiment bien marché, se félicite le chercheur. Alors que nous avions prévu cinq jours par carottage, deux jours et demi nous ont suffi. Sauf mauvaise surprise, à la fin de la semaine, nous plions bagage. » Une carotte de 126 mètres – l’épaisseur de la glace jusqu’au socle rocheux – a déjà été retirée voilà quelques jours. Une deuxième, de 129 mètres, a suivi. Une troisième doit encore être extraite.

L’un des trois échantillons sera analysé par des équipes de Grenoble et de Venise, afin de déterminer la composition physico-chimique de ses différentes strates et d’établir ainsi une base de données de référence. Les deux autres mettront le cap vers l’Antarctique, en 2020 si tout se passe comme prévu. Ils rejoindront, sur les hauts plateaux du continent blanc, la base scientifique franco-italienne Concordia, à 3 233 mètres d’altitude. Ils y seront stockés dans une cavité creusée sous la neige, à une température moyenne de − 54 °C qui garantira leur conservation pour les décennies, voire les siècles à venir.

Ce « congélateur » naturel devrait par la suite recevoir de nouvelles carottes, issues de différents glaciers continentaux. Les prochains forages, encore plus acrobatiques, doivent être réalisés en 2017 sur le glacier bolivien de l’Illimani, à 6 432 mètres. D’autres pays (Allemagne, Autriche, Brésil, Canada, Chine, États-Unis, Népal, Russie ou Suisse) envisagent de s’associer à l’initiative. Ainsi se constituera une bibliothèque mondiale d’archives glaciaires, « d’une valeur inestimable » aux yeux du climatologue français Jean Jouzel, ancien vice-président du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat.

« Les glaciers sont des livres d’histoire, image Jérôme Chappellaz, chercheur CNRS au Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement. En déchiffrant leur alphabet, on peut reconstituer le passé de notre planète. » Au fur et à mesure qu’elle se dépose, année après année, la neige ensevelit en effet avec elle de multiples informations sur le climat, l’environnement ou les pollutions ambiantes. Plus l’on creuse profond et plus l’on remonte dans le temps. Les presque 130 mètres des échantillons remontés du col du Dôme vont ainsi permettre d’explorer une période d’un siècle et demi.

Les scientifiques ont appris à faire parler ces archives. En particulier, la température qui prévalait au moment où sont tombés les cristaux de neige se déduit de la proportion des différentes formes (isotopes) de l’oxygène et de l’hydrogène des molécules d’eau qui les composent. En se tassant, les grains de neige emprisonnent aussi des bulles d’air, dont on peut mesurer a posteriori la composition gazeuse. C’est cette méthode qui a permis d’établir une corrélation entre la température planétaire et la concentration atmosphérique de gaz à effet de serre.

Ce n’est pas tout. La neige retient aussi des impuretés, poussières, particules ou aérosols, qui sont autant de témoins des activités humaines. De précédents carottages au col du Dôme ont mis en évidence la présence de divers polluants – oxydes de soufre, oxydes d’azote ou métaux lourds – attestant du développement industriel des vallées alpines au XXe siècle.

On trouve encore, couchés sur ces froids registres, des organismes biologiques, virus et bactéries. Ou encore des radioéléments. « Dans un carottage effectué en 1994, relate Jérôme Chappellaz, on voit, à 30 centimètres de profondeur, un pic très net de césium 137, trace du passage du nuage radioactif de Tchernobyl en avril 1986. »

Archéologie préventive

Gardiens immémoriaux de notre histoire, les glaciers reculent pourtant presque partout sur le globe, devant les coups de boutoir du réchauffement. Avant la fin du siècle, tous les domaines englacés situés en dessous de 3 500 mètres, dans les Alpes, et de 5 400 mètres, dans les Andes, auront probablement disparu. Sans même attendre cette débâcle, s’inquiète le chercheur, « la hausse des températures va entraîner, dans les toutes prochaines années, une percolation de l’eau de fonte à l’intérieur des glaciers, qui va les altérer irrémédiablement ».

Des pages uniques de notre histoire commune vont ainsi s’effacer à tout jamais. Ce qui donne tout son sens au projet de conservatoire antarctique. Ce programme, porté par la Fondation Université Grenoble-Alpes, n’en est cependant qu’à ses prémices. Il lui faut, d’abord, boucler le budget de 3 millions d’euros nécessaire à ses cinq premières années de fonctionnement, avec le concours de mécènes et le lancement, à l’automne, d’une campagne de financement participatif. Il lui faut, ensuite, mettre en place une gouvernance mondiale du futur sanctuaire polaire.

Comment, dans les temps à venir, les chercheurs exploiteront-ils les échantillons glaciaires sauvés du désastre ? Quelles « trouvailles scientifiques totalement inédites », ainsi que l’escompte Jean Jouzel, feront-ils alors, en utilisant des technologies probablement plus avancées ? « Nul ne le peut le dire aujourd’hui », répond Jérôme Chappellaz.

C’est aussi ce qui fait la beauté de ce projet. Une beauté glaçante en vérité, qui voit les scientifiques contemporains contraints, pour conjurer l’oubli, à une forme d’archéologie préventive. Peut-être nos descendants s’émerveilleront-ils du génie des scientifiques qui, au début du XXIe siècle, eurent l’idée de confier à la calotte antarctique la mémoire de leur civilisation. Sans doute songeront-ils aussi, avec effarement, à la folie destructrice de leurs ancêtres, incapables de préserver une planète tempérée où l’on pouvait encore croire les neiges éternelles.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 11:04

Une étude menée au Royaume-Uni sur dix-huit ans illustre de façon incontestable la relation entre pesticides et déclin des butineurs sauvages.

Par Martine Valo pour Le Monde le 18 août 2016.

Les insecticides de la famille des néonicotinoïdes, les plus efficaces jamais synthétisés, tuent massivement abeilles et bourdons. Il n’y a plus désormais que les firmes agro-chimiques pour le nier. Ou du moins pour sous-estimer le rôle de ces pesticides dans le déclin catastrophique des colonies d’insectes butineurs. Ces sociétés préfèrent le réduire à un facteur pathogène parmi d’autres : virus, monocultures réduisant et fragmentant leurs habitats, champignons, invasion de frelons, réchauffement climatique...

Il semble, au contraire, que les néonicotinoïdes multiplient par trois cette mortalité́ accélérée. C’est ce que défend une étude britannique publiée mardi 16 août par la revue Nature Communications et signée par sept chercheurs du centre pour l’écologie et l’hydrologie de Wallingford et de Fera Science Limited, un centre de recherche semi-privé sur l’environnement et l’alimentation sis à York (nord de l’Angleterre).

Voilà des années que les apiculteurs alertent sur l’impact des néonicotinoïdes, qu’ils lient à l’effondrement du nombre de leurs colonies d’abeilles, depuis que l’usage de ces produits chimiques s’est généralisé́ dans les campagnes occidentales, à partir de 1995.

De précédentes études scientifiques ont évalué́ leurs effets sub-létaux et neurotoxiques sur les abeilles domestiques, en particulier. Elles ont montré notamment que celles-ci perdent leur sens de l’orientation, ou que les bourdons donnent naissance à 80 % de femelles en moins...

Des preuves solides

Mais tous ces travaux n'ont pas apporté de « preuves solides » de l'impact de ces pesticides sur la disparition des espèces sauvages dans la nature, avancent les auteurs de la présente étude. À défaut d'établir un lien irréfutable de cause à effet, ces derniers estiment qu’ils illustrent cette fois de façon incontestable la relation entre produits chimiques et déclin des insectes en ayant croisé dix-huit années de données nationales, portant sur 62 des 250 espèces sauvages d’Angleterre, avec leur exposition aux champs de colza traités aux néonicotinoïdes. Cette échelle de temps paraît pertinente, écrivent-ils, pour observer les évolutions des populations d’insectes et, en parallèle, « les répercussions des changements historiques dans la gestion de l’agriculture ».

Les chercheurs ont eu recours aux relevés rigoureusement effectués au Royaume-Uni par des entomologistes volontaires, amateurs ou non, de la société́ nationale Bees, Wasps and Ants Recording, de 1994 à 2011. Ils en ont écarté́ les abeilles domestiques, car les apiculteurs les déplacent parfois en fonction des floraisons. Ils ont retenu les insectes sauvages repérés au moins cinq cents fois sur des parcelles d’un kilomètre carré ayant fait l’objet d’au moins deux recensements complets en dix-huit ans. Soit au final, une collection de 31 800 inventaires.

Quant au colza, il a été choisi pour sa progression fulgurante. Cet oléagineux est désormais la principale culture traitée aux néonicotinoïdes et couvre ainsi 8,2 millions d’hectares en Europe.

L’année 2002 sert enfin de référence : c’est celle où s’est répandue outre-Manche cette famille de pesticides qui a pour caractéristique d’enrober la semence, puis de persister dans toute la plante, fleurs y compris, et dans les sols. Les chercheurs ont comparé́ les courbes d’abondance que chaque espèce d’abeilles aurait dû suivre si ses effectifs avaient poursuivi la tendance dessinée avant 2002, avec les trajectoires réelles ultérieures.

Un déclin accéléré

Leurs modèles en ont déduit que, dans un premier temps, le colza fournit aux abeilles de quoi butiner, mais ce bienfait ne compense pas la toxicité́ des pesticides. Au contraire. « Nous estimons que, depuis 2002, l’usage de néonicotinoïdes est à lui seul responsable d’une perte supérieure à 20 % pour cinq espèces [Halicte tumulorum, Lasioglossum fulvicorne, L. malachurum, L. pauxillum et Osmia spinulosa] », affirment les auteurs. La même cause suscite un déclin de 10 % chez vingt-quatre espèces, de plus de 15 % pour onze autres, voire de 30 % chez les plus touchées.

Au total, les espèces sauvages friandes de colza traité aux néonicotinoïdes déclinent trois fois plus que les autres, observent-ils. Cependant, les non-butineuses ne sont pas non plus épargnées et semblent contaminées par d’autres fleurs ayant poussé́ à proximité́ de ces oléagineux.

Après bien des atermoiements, l’Union européenne a accepté́, en 2013, d’interdire sur son territoire trois insecticides néonicotinoïdes sur certaines cultures. Officiellement décidé pour deux ans, le moratoire est encore en vigueur aujourd’hui.

En France, la nouvelle loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, adoptée le 20 juillet, prévoit de tous les bannir au 1er septembre 2018 sur l’ensemble des terres agricoles… mais avec de possibles dérogations jusqu’en 2020.

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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 14:59

Par Pierre Le Hir (Bure (Meuse), envoyé spécial pour Le Monde, 15 août 2016

« Et la forêt, elle est à qui ? Elle est à nous ! Andra, dégage ! » Dimanche 14 août en fin de matinée, le slogan claque dans le cortège qui s’avance, sous un soleil de plomb, vers une forêt dominant le petit village de Bure, aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne.

Il donne la nouvelle tonalité, plus radicale que pastorale, de la lutte contre le Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) que prévoit de construire ici l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) pour y enfouir les résidus nucléaires les plus dangereux.

Joignant le geste à la parole, environ 400 opposants – militants historiques de la région, agriculteurs, villageois mais aussi, en plus grand nombre, jeunes activistes pour beaucoup cagoulés et masqués – investissent un domaine forestier où, depuis plusieurs semaines, l’Andra mène des travaux de reconnaissance.

D’ordinaire, les gendarmes mobiles et les vigiles de l’agence quadrillent le terrain, empêchant toute intrusion et multipliant les contrôles d’identité. Aujourd’hui, ils ont choisi de se retirer pour éviter tout incident. Pas un seul uniforme en vue. La forêt est ouverte, seulement survolée par un hélicoptère.

« Sabotage collectif et joyeux »

Les manifestants en profitent. Plusieurs dizaines d’entre eux, munis de masses, de barres à mine, de béliers, de pioches et de cordes, abattent l’un après l’autre les pans d’une enceinte de béton avec lesquels l’agence a fortifié son chantier.

D’autres taguent la paroi où s’étalent des devises colorées. « Vos déchets on n’en veut pas », « ni ici ni ailleurs », « que revive la forêt communale », ou plus loin, en grosses lettres jaunes, « on défait le mur ! ». D’autres encore replantent des arbrisseaux sur les parcelles déboisées.

« Un monde sans mur » FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

« Ce sont les tombes de l’Andra », dit un jeune opposant qui se fait appeler Sylvestre et qui revendique « un acte de sabotage collectif et joyeux ». « La vraie violence, défend-il, c’est celle d’une agence qui colonise le territoire, défriche la forêt en toute illégalité et construit un mur de la honte. »

De fait, la fronde contre la « poubelle nucléaire de Bure », longtemps limitée aux associations locales et aux réseaux antinucléaires, a changé de visage et de méthodes, depuis que l’Andra a entrepris des travaux dans ce massif de 220 hectares, dit bois Lejuc, sur la commune de Mandres-en-Barrois (Meuse).

Il se trouve en effet à l’aplomb du futur site de stockage, conçu pour confiner à 500 mètres sous terre, dans 300 kilomètres de galeries, 80 000 mètres cubes de déchets hautement radioactifs et à vie longue, pour un coût prévisionnel de 25 milliards d’euros.

 

Un cimetière radioactif à 500 mètres sous terre. Andra

Ces travaux, indique l’Andra, consistent en « une campagne de reconnaissance géotechnique destinée à recueillir les données nécessaires aux études de conception du projet Cigéo ». En clair, des forages et des relevés de terrain qui lui permettront de présenter, en 2018, une demande d’autorisation de création du centre de stockage, pour un démarrage du chantier de construction en 2021 et une mise en service en 2025.

Camp fortifié

Pour « sécuriser le site dont elle est propriétaire », l’agence a d’abord planté une double rangée de piquets et de barbelés. Cette clôture a été arrachée et cisaillée par des militants, qui en ont fait des barricades derrière lesquelles ils ont tenu la forêt pendant trois semaines, entre le 19 juin et le 7 juillet, avant d’être délogés par les gendarmes mobiles.

A la place, c’est un mur de béton de deux mètres de hauteur qui a été érigé, transformant le chantier en camp fortifié. Il doit s’étirer sur près de quatre kilomètres de long et sa pose, au milieu d’une large saignée, a entraîné, selon les opposants, le défrichement de sept hectares sur lesquels « des chênes centenaires ont été tronçonnés ».

« Nous n’avons jamais interdit à personne de se promener dans les bois qui nous appartiennent, d’y pique-niquer ou d’y cueillir des champignons, répond Jean-Paul Baillet, directeur du centre Meuse-Haute-Marne de l’agence. Mais nous devons protéger nos salariés, qui subissent des menaces, et nos matériels scientifiques, qui ont fait l’objet de dégradations. »

En poussant à l’intérieur de la forêt, on découvre en effet la carcasse calcinée d’un bâtiment préfabriqué de l’Andra qui a été incendié la veille, au milieu d’un stock de tubes de forage et de cloisons de béton prêtes à être posées.

Le bois Lejuc, ce bout de forêt perdu au milieu de nulle part, est ainsi devenu le foyer de la contestation anti-Cigéo et, plus largement, des luttes antinucléaires. Les opposants se défendent pourtant de vouloir créer ici une nouvelle « zone à défendre », à l’image de celles de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) ou de Sivens (Tarn).

De son côté, l’Andra dit vouloir avant tout « éviter la violence ». Mais la mobilisation, dont la journée du 14 août n’était qu’une étape, n’en semble pas moins partie pour durer. « Aujourd’hui, nous avons fait tomber les murs, se félicitait dimanche un jeune activiste. C’est aussi la chape de plomb de la fatalité et de la résignation qui s’est fissurée. Ce que nous vivons ici, c’est le renouveau du mouvement antinucléaire. »

Quatre cents manifestants se sont rassemblés près de Bure (Meuse), dimanche 14 août, pour s’opposer au projet de « poubelle nucléaire ». FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Guérilla militante et juridique

D’autant qu’à la guérilla militante les anti-Cigéo ajoutent la guérilla juridique, en conjuguant actions sur le terrain et dans les prétoires. Et ils ont remporté un premier succès. Le 1er août, le tribunal de grande instance de Bar-le-Duc, saisi par des associations et des habitants de Mandres-en-Barrois, a considéré que l’Andra avait procédé, pour installer son mur, à un défrichement « illicite ».

Il lui a ordonné de suspendre tout déboisement et de remettre les lieux en état – c’est-à-dire d’y replanter des arbres – dans un délai de six mois, sauf à obtenir de la préfecture l’autorisation de défrichement nécessaire. L’Andra reconnaît « une erreur d’appréciation » sur la réalité du déboisement, tout en annonçant qu’elle « n’exclut pas de reprendre les travaux de pose de la clôture dans les prochains jours ».

De mémoire d’opposant, c’est la première fois que le projet d’enfouissement des déchets radioactifs subit un revers devant un tribunal. « C’est une victoire historique, juge Régine Millarakis, militante de longue date contre le projet Cigéo et membre de la coordination Burestop. Elle nous redonne du courage pour continuer à nous battre face à un organisme public qui agit comme un rouleau compresseur. »

Directeur des opérations industrielles de l’Andra, Patrice Torres craint, lui, que toutes ces actions « ne fassent perdre du temps et de l’énergie pour un projet essentiel pour la nation et pour l’Etat ».

Dimanche, alors que la nuit tombait, les manifestants quittaient le bois Lejuc. Ils annonçaient avoir mis à bas l’enceinte de béton sur un kilomètre, soit la presque totalité de sa longueur. Une nacelle de vigie, installée à l’orée du bois, montait la garde.

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L'écologie aux Lilas et au Pré ...

Pour une restauration scolaire de qualité, durable, équitable, accessible aux Lilas

Les zadistes de Gonesse ont-ils raison de s’opposer à une gare en plein champ ?

Une nouvelle ZAD près de chez vous

Pour le projet CARMA contre la reprise des travaux de la gare "Triangle de Gonesse"

Les Lilas écologie - en campagne pour gagner

Les Lilas Ecologie en campagne

Le gouvernement abandonne Europacity, pas l’artificialisation des terres agricoles

Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre

Aux Lilas, les citoyens s’unissent pour produire de l’électricité verte

Les promoteurs, les arbres et la cité - lettre ouverte à BNP Paribas

Toxic Tour de Pantin à Romainville dimanche 16 juin 2019

Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050

Merci aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens qui ont voté " Pour le climat, tout doit changer ! "

Pollution de l’air dans les écoles et crèches franciliennes

Volonté politique de créer une régie publique de l’eau à Est Ensemble, mythe ou réalité ?

À la base … un revenu ?

Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h

La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique

La Forêt passe à l'attaque !

Plâtre et béton sur la Corniche

Agir ensemble pour les Coquelicots le 7 décembre

Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts

Destruction des océans, sur-pêche, pêche électrique... avec Bloom mardi 20 novembre

À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas