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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 15:53
Une manifestation est prévue depuis les 8 et 9 juillet...

Une manifestation est prévue depuis les 8 et 9 juillet...

Le préfet de Loire-Atlantique a publié un arrêté autorisant la destruction du campagnol amphibie, un rongeur présent sur le site et protégé

Par Yan Gauchard, correspondant à Nantes pour Le Monde le 15 septembre 2016

Incontestablement, l’étau se resserre autour des opposants. Le préfet de Loire-Atlantique a publié, mercredi 14 septembre, les derniers arrêtés préalables au lancement des travaux du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Ces documents autorisent le transfert et la destruction du campagnol amphibie, rongeur classé au rang d’espèce protégée, dont la présence sur la zone avait été oubliée lors du diagnostic environnemental initial. Dans le bocage nantais, on affecte une certaine nonchalance, mais la question taraude les esprits : l’imposant contingent de gendarmes mobiles et de CRS, promis par le premier ministre Manuel Valls pour évacuer le site, sera-t-il mobilisé en octobre pour faire place nette sur le terrain ?

Fin août, Stéphan de Ribou, sous-préfet en charge du dossier de l’aéroport, indiquait que les premiers défrichements ne pourraient être orchestrés tant que les derniers arrêtés n’étaient pas publiés. C’est chose faite. « C’est un bon présage, qui suit le calendrier annoncé par Manuel Valls, salue Alain Mustière, président des Ailes pour l’Ouest, association défendant le projet. C’est aussi la suite logique de la consultation » organisée le 26 juin à l’échelle de la Loire-Atlantique, scrutin qui a vu le oui à l’aéroport recueillir 55,17 % des suffrages, avec un taux de participation de 51,08 %.

« Pas du bluff »

Le sénateur Bruno Retailleau (LR), président de la région et du syndicat mixte aéroportuaire, structure rassemblant les collectivités qui participent au financement du projet, salue « un signal fort de l’État » et veut désormais croire que « plus rien n’empêche l’évacuation de la ZAD [zone d’aménagement différé, rebaptisée « zone à défendre » par les anti-aéroport] et le démarrage des travaux ». Près de 2 500 gendarmes et CRS devraient être mobilisés, estime M. Retailleau.

« Est-ce vraiment le prélude d’une opération des forces de l’ordre ?, interroge Julien Durand, figure emblématique des opposants. On peut le prendre comme ça, mais on ne va pas s’affoler. C’est une stratégie pour maintenir la pression. On va s’occuper de ces arrêtés sur le plan juridique. » Des recours vont être engagés devant le tribunal administratif de Nantes, mais la procédure n’aura pas de caractère suspensif. « Ces arrêtés, ce n’est pas du bluff, admet Françoise Verchère, ancienne conseillère départementale (Parti de gauche), porte-parole du Collectif des élus doutant de la pertinence de l’aéroport. La machine administrative continue imperturbablement sa route. Cela confirme aussi que les porteurs du projet s’assoient sur les jugements scientifiques, puisque le Conseil national de la protection de la nature a émis en avril 2014 un avis défavorable à la destruction du campagnol amphibie. »

La bataille juridique est loin d’être finie. Les recours relatifs aux arrêtés préfectoraux promulgués en décembre 2013 au titre de la loi sur l’eau et de la biodiversité doivent être jugés en appel. Une nouvelle requête vient d’être déposée auprès du Conseil d’État, en vue d’obtenir l’abrogation de la déclaration d’utilité publique du projet. Les adversaires de l’aéroport, qui rappellent que le chef de l’État s’est engagé à ne pas démarrer les travaux avant l’épuisement des recours, soulignent aussi que le contentieux européen n’est pas réglé.

Bruxelles exige une évaluation globale de l’impact du projet prenant en compte la plate-forme aéroportuaire, mais aussi les futures dessertes routières et les liaisons ferroviaires prévues à long terme. La révision du Schéma de cohérence territoriale (SCOT) métropolitain de Nantes-Saint-Nazaire, qui doit être validée en janvier au plus tard, doit permettre de solder ce litige, selon les porteurs du projet. « En attendant, si l’État lance les travaux, il sera en infraction vis-à-vis de l’Europe, affirme Mme Verchère. Manuel Valls a promis que les travaux seraient lancés dans le respect des procédures nationales et européennes, il serait plaisant que les gens qui appellent sans cesse au respect de l’État de droit appliquent ces principes. »

Une grande mobilisation est annoncée samedi 8 octobre. Les opposants espèrent engranger un succès comparable au rassemblement du 27 février, qui a vu déferler sur le site entre 15 000 personnes (estimation des autorités) et 50 000 personnes (chiffre des organisateurs). « On est droit dans nos bottes, on ne bougera pas, prévient Dominique Fresneau, un autre opposant historique. On est chez nous. Si les forces de l’ordre attaquent, on se défendra. » L’ouverture de l’aéroport, projet officiellement chiffré à 650 millions d’euros, dont la délégation a été confiée à une filiale de Vinci, était initialement prévue en 2017.

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8 octobre 2016 - Notre-Dame-des-Landes - Que résonnent les chants de nos bâtons !

https://www.acipa-ndl.fr/actualites/divers/item/686-8-octobre-2016-nddl-que-resonnent-les-chants-de-nos-batons

Manif – Construction – Fête

Acculé par les mobilisations massives des 9 janvier et 27 février, le gouvernement a organisé en juin une consultation biaisée. Se croyant forts du résultat de cette mascarade, les pro-aéroport et le premier ministre ont confirmé leur intention de procéder cet automne à l'évacuation et à la destruction de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, de ses cultures, de sa faune et de sa flore, de ses habitats et activités ainsi que des liens entre toutes celles et ceux qui se sont attaché.e.s à ce bocage. Ces déclarations font fi de la situation juridique du dossier puisqu'entre autres les autorisations de travaux ne sont toujours pas  accordées.

Les porteurs du projet ne semblent pas avoir non plus mesuré la détermination de celles et ceux qui  habitent ce bocage, des militant.e.s engagé.e.s à leurs côtés, le soutien dont ce mouvement bénéficie dans la région et bien au-delà, ainsi que l'implication des comités locaux. Ces 2000 ha de bocage et ce qui s'y vit sont aujourd'hui porteurs d'espoirs indéracinables face au saccage du vivant, des terres agricoles et à la marchandisation du monde. Il est impensable qu'ils disparaissent !

À l'initiative de l'ensemble du mouvement d'opposition au projet d'aéroport, nous marquerons donc le 8 octobre notre volonté commune d'empêcher toute agression contre la ZAD et tout démarrage des travaux. En écho à bien d'autres luttes paysannes, comme au Larzac, nous ferons résonner le sol de milliers de bâtons. Nous les laisserons sur place, en nous engageant ensemble à venir les reprendre, en cas d'intervention, et à défendre la ZAD, ses habitant.e.s, paysan.nes et l'avenir qui s'y construit.

Nous monterons également ensemble un hangar dont les éléments ont été fabriqués durant l'été sur la ZAD par des dizaines de charpentier.e.s. Cette œuvre collective concrétisera notre volonté de nous organiser pour la résistance en créant un lieu qui sera une base d'appui en cas de tentative d'expulsion, autant qu'une structure commune pour le futur.

Convergeons vers Notre-Dame-des-Landes le 8 octobre 2016,
Tous et toutes ensemble, empêchons l'aéroport !

Des bus sont organisés au départ de Paris. Inscriptions dès maintenant par internet  http://www.nddl-idf.fr/2016/09/manif-8-oct-bus-paris/

Plus d'infos sur les sites acipa-ndl.fr et zad.nadir.org

Télécharger l'affiche et le flyer

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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 10:23

Le 15 septembre 2016 par martine orange pour Médiapart

Après deux mois d’atermoiements, la première ministre britannique a donné son accord au projet de construction de deux EPR par EDF. Cette décision jette la consternation au sein du groupe et parmi les opposants. Tous redoutent que le projet ne soit fatal à l’électricien public. « Le feuilleton n’est pas terminé », prédit cependant Greenpeace.

 « C’est une catastrophe. » Depuis qu’ils ont appris la décision du gouvernement britannique de valider le projet d’Hinkley Point, ce jeudi 15 septembre, les salariés d’EDF sont comme sonnés. EDF est en danger de mort, à les en croire.

Jusqu’au bout, les multiples opposants, au sein de l’entreprise comme à l’extérieur, en France comme en Grande-Bretagne, avaient espéré que Theresa May allait enterrer ce projet « suicidaire ». Le coup d’arrêt inattendu que la première ministre britannique avait donné fin juillet, quelques heures après son adoption très serrée par le conseil d’administration d’EDF, n’était-il pas le premier signe du retrait ?

Après deux mois de réflexion, Theresa May a finalement donné son feu vert au projet très controversé d’Hinkley Point. Le gouvernement britannique autorise EDF et son partenaire chinois China General Nuclear Power (CGNP) à construire deux EPR d’ici à 2025 pour un coût estimé à 18 milliards de livres (23 milliards d’euros). Le projet est censé fournir à terme 7 % de l’électricité britannique.

Projet d'Hinkley Point © EDF

Le gouvernement français était particulièrement pressé d’obtenir cette annonce et a, semble-t-il, fortement incité Theresa May à annoncer ses intentions sur Hinkley Point rapidement, en tout cas bien avant la fin septembre, comme la première ministre britannique en avait l’intention à l’origine. Car la construction de deux EPR britanniques par EDF est la première pièce du puzzle imaginé par le gouvernement français pour réorganiser la filière nucléaire française. Ou, pour le dire plus brutalement, cacher sa faillite.

Le 22 septembre, le conseil d’administration d’EDF doit se prononcer sur le rachat d’Areva NP, la branche qui construit les réacteurs nucléaires. Aucun audit sérieux n’a été réalisé sur cette activité, en complète déroute. EDF s’est juste entendu avec le gouvernement pour la reprendre au prix fixé de 2,5 milliards d’euros. Sans Hinkley Point, il aurait été difficile d’en justifier le prix de rachat : Areva NP n’a aucune commande et des montagnes de risques juridiques à venir, à commencer par la cuve de Flamanville. Et l’État a un besoin impératif de l’argent d’EDF pour l’aider à recapitaliser Areva, en faillite. D’où le besoin d’une réponse rapide du gouvernement britannique.

Le principal obstacle soulevé par Theresa May pour donner son accord au projet d’Hinkley Point était la présence du partenaire chinois CGNP aux côtés d’EDF. Celui-ci doit, selon un accord signé en octobre 2015 entre David Cameron et le président chinois Xi Jinping, participer à la construction de deux autres EPR à Sizewell (dans l’est de l’Angleterre) et réaliser seul un autre réacteur de conception entièrement chinoise à Bradwell. Beaucoup soulignaient le danger de laisser des actifs essentiels à la sécurité nationale dans des mains chinoises. La préoccupation existe manifestement jusqu’à Washington : la justice américaine faisait opportunément savoir cet été que le groupe chinois et certains de ses responsables étaient poursuivis pour espionnage. Au cours de l’été, les relations entre Londres et Pékin se sont beaucoup tendues sur le sujet, le gouvernement chinois prenant ombrage des soupçons du gouvernement britannique.

« Après avoir réexaminé le projet d’Hinkley Point, nous allons introduire une série de mesures pour renforcer la sécurité et s’assurer qu’Hinkley Point ne pourra pas changer de main sans l’accord du gouvernement », a expliqué le secrétaire d’État à l’économie, Greg Clark, aux députés britanniques jeudi matin, en leur annonçant le feu vert du gouvernement, qui marque la relance du nucléaire en Grande-Bretagne. Selon ce nouvel accord, EDF ne pourra céder tout ou partie de sa participation dans Hinkley Point sans obtenir l’agrément préalable du gouvernement britannique. Par la suite, le gouvernement britannique entend disposer d’une « golden share » (action préférentielle) dans tous les projets nucléaires, afin de garder un droit de contrôle.

Officiellement, il s’agit de la seule modification dans l’accord signé sur Hinkley Point. En tout cas, c’est la seule qui a été notifiée pour l’instant par le gouvernement britannique. Celui-ci a insisté sur le fait que les termes de l’accord commercial n’étaient pas modifiés : le gouvernement britannique s’engage à racheter l’électricité produite par les deux EPR au prix constant de 92,5 livres (108 euros au cours actuel) le mégawatt pendant trente-cinq ans. Ce qui en fait l’énergie la plus chère par rapport à toutes les autres, renouvelables compris. Il n’est pas sûr pour autant que ce prix de rachat soit suffisant pour rendre rentable le projet. D’autant que l’opacité règne sur ce dossier : EDF peut avoir une garantie de prix, mais sans garantie de volume, cela ne vaut pas grand-chose.

Selon EDF, les modifications demandées par le gouvernement britannique sont « mineures » et ne nécessitent pas de nouvelles négociations. Une façon d’exclure par avance toute nouvelle discussion au sein du conseil d’administration. Le président d’EDF, Jean-Bernard Lévy, souhaite sans nul doute l’éviter. Son conseil est plus divisé que jamais sur le sujet. Après qu’il a caché à l’ensemble des administrateurs l’intention du premier ministre britannique de réexaminer le projet pour leur arracher un vote dans la précipitation, la défiance règne. Cinq administrateurs salariés ont engagé une action en justice pour contester les conditions de ce vote et faire sanctionner la situation de conflits d’intérêts dans laquelle se trouvent plusieurs administrateurs “indépendants”.

Cela ne semble guère embarrasser le président d’EDF : il a le soutien du gouvernement. Dès l’annonce de la décision britannique, Manuel Valls s’est fendu d’un tweet, pour se féliciter de cette « excellente nouvelle pour la filière nucléaire française et pour l'emploi dans l’Hexagone ». De son côté, Michel Sapin soulignait que ce projet était « un indéniable succès pour l’industrie française » et « serait d’un grand apport pour l’emploi en France ». Le secrétaire d’État à l’industrie, Christophe Sirugue, parvient même en chiffrer déjà l’incidence : au moins 4 500 emplois seraient créés grâce à Hinkley Point. Un argument repris de l’autre côté de la Manche : le gouvernement britannique pense que Hinkley Point va permettre de créer au moins 26 000 emplois.

Les éléments de langage gouvernementaux mettant en avant les performances du nucléaire français et les emplois à venir ont du mal à trouver grâce auprès des opposants au projet. Tous soulignent les dangers encourus par le groupe qui risque, selon eux, de se retrouver piégé dans un projet industriel et financier à hauts risques, sans avoir les moyens de se développer dans les énergies renouvelables en France, de maintenir son parc et d’assurer la sûreté nucléaire. À terme, tous redoutent le démantèlement de l’électricien public.

 « Il est irresponsable d’engloutir des milliards dans ce projet au risque d’entraîner la faillite d’EDF », a réagi Martine Billard, au nom du Parti de gauche. « Au lieu d’investir dans cet exorbitant éléphant blanc, le gouvernement devrait faire tout ce qu’il peut pour soutenir l’éolien offshore, l’efficacité énergétique et les nouvelles technologies innovantes comme le stockage d’énergie », a dit en écho Caroline Lucas, responsable des Verts en Grande-Bretagne.

« Ce n’est pas la fin du feuilleton », assure Greenpeace à Paris comme à Londres. « Hinkley Point ne se fera pas, en raison des lourds risques techniques, légaux et financiers qui pèsent sur ce projet », soutient l’ONG, rappelant notamment les problèmes de la cuve de Flamanville et les dangers juridiques qui pèsent sur la recapitalisation d’EDF, qui pourrait être contestée au niveau européen.

Le secrétaire d’État à l’industrie a assuré qu’il avait entendu les peurs des salariés de l’entreprise. Il a assuré que l’État serait aux côtés d’EDF pour l’aider à se réorganiser. Cela suffira-t-il pour rassurer les personnels de l’entreprise ? Après les syndicats, les ingénieurs du groupe, la Cour des comptes, les écologistes, sans parler du directeur financier du groupe qui a spectaculairement démissionné pour dénoncer les dangers de ce projet, c’est autour de l’agence de notation Moody’s de lancer à son tour une alarme. Tout de suite après l’annonce, elle avait publié un avis soulignant les risques d’Hinkley Point pour EDF, compte tenu « de son ampleur et de sa complexité ». « Le bilan du groupe devra assumer les conséquences financières d’une très longue phase de construction au cours de laquelle cet investissement ne générera pas de trésorerie », prévient l’agence qui a déjà dégradé le groupe en mai. C’est exactement l’analyse que font les syndicats d’EDF, censés naturellement tout ignorer des réalités industrielles et financières.

Comment expliquer que le gouvernement et la direction d’EDF restent sourds à tant d’avertissements, venus d’horizons si divers, et qui disent tous la même chose ? Mais il est vrai que le nucléaire en France ne se discute pas. C’est juste le fait du prince.

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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 10:13
Auchan devra revoir son projet de gigantesque complexe de loisirs et de commerces dans le nord-est de Paris

Auchan devra revoir son projet de gigantesque complexe de loisirs et de commerces dans le nord-est de Paris

Par Laetitia Van Eeckhout pour Le Monde le 14 septembre 2016

Si elle veut poursuivre son projet EuropaCity, méga-complexe commercial et de loisirs prévu au nord de Paris, la branche immobilière du groupe Auchan, Immochan, devra l'amender. Telle est la conviction exprimée en conclusion du rapport remis lundi 12  septembre par Claude Brévan, présidente de la commission spéciale chargée d'organiser le débat public sur ce projet. " Quantité d'informations qualifiées ont été apportées, dont le maître d'ouvrage doit se saisir pour faire évoluer son projet ", soutient-elle.

Christophe Dalstein, directeur d'EuropaCity, a annoncé dès lundi sa volonté de poursuivre son projet et " de le faire évoluer dans son offre et sa conception architecturale, en y associant l'ensemble des parties prenantes ". Le promoteur a trois mois pour présenter un projet amendé et argumenté, avant que ne soit lancée l'enquête publique environnementale.

La promesse de 11 800 emplois

Tel qu'imaginé par son promoteur, EuropaCity rassemblerait, sur 80 hectares de terres agricolessitués dans le triangle de Gonesse (Val-d'Oise), à mi-chemin entre les pistes de Roissy et celle du Bourget, quelque 500 commerces – une concentration inédite en France –, 2 700 chambres d'hôtel et de multiples espaces consacrés aux loisirs et à la culture : un parc aquatique avec surf et spa, des pistes de ski d'intérieur, un parc d'attractions de 150 000  m2, une halle d'exposition, un cirque, une ferme urbaine…

Cette sorte de " temple du temps libre ", dont l'ouverture est programmée pour 2024, doit attirer, selon le promoteur, 30  millions de visiteurs par an, dont 6  millions de touristes français et étrangers – soit le double de ceux que draine Disneyland Paris à Marne-la-Vallée ou encore l'équivalent de la fréquentation touristique de Paris en  2013.

Le niveau des investissements privés (3,1  milliards d'euros), le projet d'une nouvelle gare de métro sur le tracé du Grand Paris Express spécialement conçue pour la desserte du site, et surtout, la perspective de la création de 11 800 emplois – une aubaine pour ce territoire – ne manquent pas d'allécher les élus locaux. Ces promesses, cependant, laissent sceptiques les associations locales opposées au projet.

D'abord, selon elles, parce qu'il y a un grand écart entre les emplois proposés à EuropaCity et les qualifications des habitants du territoire. Par ailleurs parce que ces estimations ne prennent pas en compte les emplois potentiellement détruits par la concurrence de ce méga-complexe sur les commerces de proximité et dans les nombreux centres commerciaux alentour.

En outre, même si le schéma directeur de la région Ile-de-France de 2013 prévoit l'urbanisation au sud du triangle de Gonesse de 300 hectares, dont les 80  ha du projet, la question de l'" artificialisation " de ces sols, réputés particulièrement fertiles, reste un des principaux points de contestation. Le débat public sur EuropaCity est clos, mais tout laisse à penser que la controverse sur ce projet pharaonique est loin de l'être.

Les échanges ont confronté " deux visions de la société aux antipodes l'une de l'autre ", observe Claude Brévan dans son rapport : " D'un côté, une société qui s'affranchirait de la course à la consommation pour aller vers davantage de sobriété et s'engagerait vers une transition écologique et énergétique ; de l'autre une société attachée aux modes de vie urbains ou aspirant à y avoir accès, mais taraudée par le chômage, et pour laquelle seul un modèle plus classique de croissance et de développement économique permet d'apporter des solutions durables. "

Deux philosophies, insiste-t-elle, " d'autant moins conciliables que les très importants montants financiers en jeu, apportés par une entreprise privée aux filiales multiples, associée à  une entreprise chinoise, fournissaient l'occasion d'ouvrir des polémiques ". Pour monter son projet Auchan s'est en effet associé au géant chinois du divertissement, Wanda.

" Stopper les projets inutiles "

Pour la responsable du dialogue, le projet d'Auchan a été conçu " en dehors d'un contexte territorial  et n'a pas établi de réelles ramifications sociales, fonctionnelles et urbaines avec son environnement ".

Dans le domaine environnemental notamment, la contradiction avec les engagements souscrits quelques mois auparavant lors de la COP21, concernant notamment l'impact du projet sur les émissions de CO2, a été soulignée. Mais son promoteur n'a pas cessé de mettre en avant sa volonté de créer un écosystème interne vertueux. Il produirait la totalité de ses besoins en énergie, collecterait les eaux de pluie, voire recyclerait les eaux usées après traitement local, développerait un tri sélectif des déchets à la source et valoriserait les biodéchets grâce à des unités de méthanisation.

Et ce " alors qu'il existe aux alentours des centres de tri et de traitement des déchets, et qu'il y aurait d'importantes sources géothermiques, relève Claude Brévan. Il est essentiel que se mettent en place des partenariats concrets qui permettent de désinsulariser ce projet pour l'arrimer au territoire et d'écouter les craintes d'opposants, sans les disqualifier ".

Pour l'association France Nature Environnement, le maître d'ouvrage doit " tirer les conclusions qui s'imposent et renoncer à ce projet ". " Il est urgent de stopper les grands projets inutiles qui ne répondent pas aux besoins des populations et engendrent de graves problèmes environnementaux ainsi que la destruction de nos ressources vitales ", insiste son président, Denez L'Hostis.

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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 10:24
Lannion (Côtes-d’Armor), hier. Entre 4 000 et 5 000 personnes ont manifesté hier pour dénoncer le début de l’extraction du sable coquillier dans la baie de Lannion. Une exploitation qui menacerait l’écosystème.AFP/FRED TANNEAU

Lannion (Côtes-d’Armor), hier. Entre 4 000 et 5 000 personnes ont manifesté hier pour dénoncer le début de l’extraction du sable coquillier dans la baie de Lannion. Une exploitation qui menacerait l’écosystème.AFP/FRED TANNEAU

En baie de Lannion (Côtes-d’Armor), l’extraction de sable coquillier a commencé la semaine dernière. Les opposants ne baissent pas les bras.

Le 12 septembre 2016 par Nora Moreau, correspondante du Parisien à Lannion

Ils veulent être le grain de sable qui va gripper la machine. Entre 4 000 et 5 000 personnes ont manifesté hier matin dans les rues de Lannion (Côtes-d'Armor) pour dire, une nouvelle fois, non à l'exploitation sous-marine de sable coquillier en baie de Lannion par la Compagnie armoricaine de navigation (CAN), filiale du groupe Roullier. Avec des slogans sans équivoque : « Non au pillage ! », « Dunes à défendre », « Sauvons nos poissons ».

Ce dossier polémique, ouvert depuis plusieurs années, est vu par les habitants du Trégor, au nord-ouest des Côtes-d'Armor, comme une « véritable menace écologique ». Deux actions en justice ont été engagées pour s'y opposer, d'abord par les élus de treize communes littorales, puis par des associations environnementales locales réunies sous le nom Peuples des dunes de Batz à Bréhat. Plusieurs associations Peuples des dunes se sont constituées pour faire barrage à cette exploitation dévastatrice du littoral atlantique, à la suite de la première lutte victorieuse contre le projet Lafarge d'extraction de sable en mer, dit PER Sud Lorient – cf. http://le-peuple-des-dunes.org/

« Le recours des collectivités pour contrecarrer cette extraction a été rejeté lundi dernier par le tribunal administratif de Rennes et il aura fallu moins de 24 heures à la CAN pour venir extraire, en pleine nuit, des milliers de mètres cubes de sable », s'indigne Yves-Marie Le Lay, membre du jeune collectif.

Ces premières extractions nocturnes ont déclenché un véritable branle-bas de combat en Bretagne. « Nous allons, nous aussi, faire appel et saisir le Conseil d'Etat dans les dix prochains jours », prévient Alain Bidal, président de Peuples des dunes, qui sera reçu, cet après-midi à Paris par la ministre de l'Environnement Ségolène Royal, elle-même opposée à l'extraction.

Une nouvelle qui soulage un peu les opposants, après un week-end passé à grincer des dents à la suite des propos tenus par Emmanuel Macron. L'ancien ministre de l'Economie a en effet déclaré samedi qu'il n'était « pas acceptable » que ces extractions « à la sauvette » aient été faites avant « toute décision définitive du tribunal ». « Il est gonflé ! C'est quand même lui qui a donné son feu vert à la CAN en avril 2015 », s'offusque le collectif.

Un décret paru en septembre 2015 autorisait officiellement l'entreprise à commencer des prélèvements. La zone d'extraction, d'une surface totale de 4 km², est située entre deux zones Natura 2000. Le volume d'extraction ne pourra pas excéder 250 000 m³ par an (pas plus de 50 000 m³ la première année). La vente de ce sable calcaire se ferait principalement aux agriculteurs.

« On est en train de piller un bien public, s'indigne Corinne, 53 ans, militante anti-extraction de la première heure. C'est inadmissible. » Et Yves-Marie Le Lay d'ajouter : « La faune et la flore sont menacées. On compte plus de 90 espèces vivantes dans les dunes. Des coquillages, des algues, des vers, des poissons... dont le lançon, qui est un maillon essentiel de cet écosystème. Si les extractions continuent, d'ici deux ans, les dommages seront irréversibles. »

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 13:52

Les milieux vierges ont reculé de 3 millions de kilomètres carrés, soit 10 %, en vingt ans

par Clémentine Thiberge pour Le Monde le 9 septembre 2016

Trois millions de kilomètres carrés, c’est la superficie de l’Inde. C’est aussi la surface de nature sauvage que notre planète a perdue depuis le début des années 1990, selon une étude australienne parue jeudi 8 septembre dans la revue Current Biology.

Pour établir ce résultat, les auteurs, James Watson et James Allan, se sont basés sur des cartes représentant l’empreinte humaine mondiale, c’est-à-dire l’ensemble des zones modifiées par l’homme. En comparant les données actuelles à celles du début des années 1990, ils sont arrivés à un constat alarmant : en vingt ans, 10 % des espaces sauvages – libres de toute perturbation humaine – ont disparu de la Terre.

Répartis en majorité en Amérique du Nord, dans le nord de l’Asie, en Afrique du Nord et sur le continent australien, ils ne couvrent aujourd’hui que 30,1 millions de km2 – soit moins d’un quart de la surface terrestre. « La perte du caractère sauvage de la planète en seulement deux décennies est stupéfiante », alerte James Watson, professeur de conservation de la biodiversité à l’université du Queensland.

Or, les milieux sauvages sont indispensables à la biodiversité mais aussi à l’absorption du carbone atmosphérique, à la régulation du climat à l’échelle locale ou encore à la vie de certaines populations humaines. « Leur valeur écologique est indéniable, confirme James Watson. Avec l’être humain qui altère une grande partie des processus naturels, ces zones servent aussi d’observatoires naturels pour étudier les impacts écologiques du changement climatique. »

« Risque d’extinction »

Dimanche 4 septembre, la mise à jour de la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a également montré que les zones sauvages de la Terre sont des refuges pour de nombreuses espèces en péril comme les zèbres des plaines, les éléphants d’Afrique ou encore les lions. « L’habitat d’un tiers des espèces mammifères terrestres se chevauche avec des milieux sauvages, indique James Watson. La perte de ces zones augmente donc le risque d’extinction des espèces déjà menacées. »

Toutes les régions du monde ne sont pas égales face au déclin de ces milieux. En Amazonie et en Afrique centrale, la situation vire à la catastrophe. Avec des pertes respectives de 30 % et 14 %, la dégradation des territoires sauvages s’y est accélérée significativement ces deux dernières décennies. « L’exploitation forestière et l’agriculture sont plus importantes dans ces zones, explique James Watson. Et la mise en place des espaces protégés prend du temps. »

Certes, les chercheurs australiens ont réussi à observer une augmentation des zones de protection dans le monde – leur surface a presque doublé depuis le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992. Mais, malgré cette progression, les efforts ne suffisent pas à pallier les pertes : en vingt ans, 2,5 millions de km2 ont été déclarés zones protégées pendant que 3,3 millions de km2 disparaissaient. « Aujourd’hui, les milieux sauvages se dégradent à une vitesse supérieure à celle de leur protection, prévient James Allan. Si on continue à ce rythme, il ne restera aucune parcelle de nature vierge d’ici à la fin du siècle. »

La situation est irréversible. « Ces milieux ne peuvent pas retourner à l’état sauvage s’ils ont été occupés par l’homme, insiste James Watson. Une fois érodés, les processus écologiques qui maintiennent ces écosystèmes ne reviennent jamais à leur état initial. »

Pour Harold Levrel, professeur d’économie écologique à AgroParisTech, qui n’a pas participé à l’étude, ce phénomène, « bien qu’intolérable, n’est pas complètement surprenant » dans un contexte de croissance démographique. « Il faut savoir qu’en vingt ans, à l’échelle mondiale, le nombre d’êtres humains a augmenté de 30 %, explique-t-il. Et dans certaines régions d’Afrique ou d’Amérique du Sud, on arrive à 60 %. La pression sur les écosystèmes est donc proportionnelle. »

Autre menace qui pèse sur ces régions, la fragmentation des espaces est de plus en plus importante. Ce phénomène est notable car, sous le seuil de 10 000 km2, les aires de nature sauvage ne peuvent plus être considérées comme « milieu naturel significatif ».

« Gestion plus globale »

Certes, la majorité (82,3 %) des espaces sauvages sont composés de grandes étendues. Mais sur quatorze biomes – ou écorégions – présents dans le monde, trois d’entre eux n’ont aujourd’hui plus une surface suffisamment grande pour être inclus dans les milieux sauvages. Localisées principalement sous les tropiques (mangroves, bois de conifères ou forêts sèches d’arbres à feuilles caduques), « ces écozones n’ont quasiment plus d’opportunités de protection et sont vouées à la disparition », selon James Allan.

Pour des régions comme la forêt amazonienne, il est encore temps, selon les chercheurs. Mais, alors que les efforts de conservation sont généralement efficaces dans les zones protégées, « à ce jour, les espaces préservés dans le monde ne sont pas suffisants pour protéger efficacement les milieux, et ceux qui existent ne sont pas forcément bien gérés, déplore James Watson. Il est nécessaire d’arriver à une gestion plus globale de ces régions. »

Selon le scientifique, peu de règles régissent la perte d’écosystèmes à grande échelle. La difficulté réside souvent dans la taille des espaces qui dépassent les frontières des pays. « Aujourd’hui, les mesures se concentrent sur l’extinction des espèces et la gestion des systèmes déjà dégradés – qui sont bien sûr aussi des problèmes majeurs –, mais on suppose que les milieux sauvages vont bien. Cette étude prouve le contraire », continue le chercheur.

Au moment où se tient le Congrès mondial de la nature, à Hawaï, aux Etats-Unis, les auteurs insistent sur la nécessité d’aboutir à des accords internationaux qui reconnaissent l’importance des milieux sauvages et leur vulnérabilité. Pour eux, il y a urgence : « Si nous ne réagissons pas rapidement, tout aura disparu, ce qui serait une catastrophe pour la conservation, pour le climat, et pour certaines des communautés humaines les plus vulnérables de la planète. »

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 10:27

« Les changements dans l’océan se font cinq fois plus vite que dans n’importe quel écosystème terrestre », annonce Dan Laffoley, vice-président de la Commission mondiale des aires protégées de l’UICN. Il reste beaucoup à faire pour que les sociétés humaines prennent la mesure du « plus grand défi caché de notre génération »

Le 6 septembre par Martine Valo, Hawaï, envoyée spécial pour Le Monde, cf. http://abonnes.lemonde.fr/climat/article/2016/09/06/si-l-ocean-se-meurt-la-planete-aussi_4992961_1652612.html

Au milieu du hall d’exposition du congrès de l’Union internationale pour la protection de la nature (UICN), qui se tient à Hawaï jusqu’au 10 septembre, trône une très grosse mappemonde de l’agence météorologique et océanique américaine (NOAA). Elle se taille un franc succès auprès du public en montrant en accéléré le réchauffement de l’océan, ainsi que l’augmentation de son taux de salinité depuis la fin du XXe siècle : la planète vire à l’écarlate.

Et la gigantesque masse océanique qui la couvre à 71 % – soit 360,6 millions de kilomètres carrés –, devrait encore gagner un à quatre degrés d’ici à 2100. Même la température de l’eau des grandes profondeurs est en train de s’élever et, près des côtes, le thermomètre grimpe 35 % plus vite que dans la haute mer depuis les années 1960.

Les scientifiques estiment que l’océan a absorbé 93 % du réchauffement dû à l’émission de gaz à effet de serre générés par les activités humaines depuis 1970. « Sans cela, il ferait 36 degrés Celsius de plus qu’actuellement sur la terre, ce serait invivable », traduit Carl Gustaf Lundin, directeur du programme marin de l’UICN. Or « 70 % de la biodiversité se trouve dans l’océan », rappelle-t-il. Ce rôle de tampon face aux changements climatiques a un coût élevé pour les écosystèmes marins, c’est ce que le réseau de défense de la nature montre dans une volumineuse compilation d’études scientifiques, qu’elle rend publique lundi 5 septembre. Quatre-vingts scientifiques originaires de douze pays ont contribué à cette somme – inédite par son ampleur. Le tableau est édifiant.

Migrations des organismes marins

« Les changements dans l’océan se font cinq fois plus vite que dans n’importe quel écosystème terrestre », annonce Dan Laffoley, vice-président de la Commission mondiale des aires protégées de l’UICN et l’un des principaux coauteurs. Des régions polaires jusqu’aux régions tropicales, des groupes entiers d’espèces, comme les méduses, les tortues et les oiseaux de mer, se sont mis à remonter de dix degrés de latitude vers les pôles.

Tous les organismes marins ont commencé à migrer : phytoplancton, algues, invertébrés, poissons, mais pas tous selon la même trajectoire. Non seulement le plancton, à la base de la chaîne alimentaire de la faune marine, change d’aires de répartition depuis cinquante ans, mais sa saisonnalité se modifie, et il devient plus petit par endroits. Note plus positive : il se diversifie dans les eaux froides.

Ces nouvelles donnes ont des effets « dramatiques », insistent les auteurs, sur la reproduction et la nutrition de nombre d’espèces. Le réchauffement a, par exemple, un effet dévastateur sur les tortues, dont six des sept espèces marines sont classées en danger d’extinction par l’UICN. Entre autres maux, il perturbe l’incubation des œufs, augmentant dangereusement le nombre de femelles, au point de compromettre la génération suivante.

Certains phénomènes sont connus : le blanchiment des coraux est un indicateur évident, repérable à l’œil nu, du réchauffement et de l’acidification de l’eau. La totalité d’entre eux devrait être affectée d’ici à 2050, alors qu’ils fournissent l’habitat d’un quart des espèces de poissons. Il est plus difficile de sensibiliser le public au sort des algues, bien que les scientifiques s’inquiètent tout autant de la dégradation accélérée des fonds côtiers. La destruction des forêts de laminaires fait perdre certains poissons et, pire encore, leur habitat, tout en favorisant les proliférations d’autres algues, ce qui réduit la quantité d’oxygène dans l’eau.

Impacts sur la santé humaine

Près des côtes, les changements vont avoir des impacts manifestes. Certaines populations y sont dépendantes des produits de la mer. La pêche et l’aquaculture fournissent environ 15 % de protéines animales à 4,3 milliards de personnes dans le monde. Or, sous l’effet de l’élévation des températures – à laquelle s’ajoutent les attaques de méduses et de divers pathogènes –, les élevages conchylicoles, de crustacés ou de saumon seront amenés à déménager. Quant aux pêcheurs côtiers, il y aura parmi eux des gagnants et des perdants. En Somalie, par exemple, particulièrement mal dotée, la pêche pourrait passer de 1,29 kg à 0,85 kg de poissons par personne et par an.

En comparaison, dans les îles du Pacifique, où les eaux sont très riches, la consommation moyenne tourne autour de 35 kg par personne et procure jusqu’à 90 % de protéines animales à leurs habitants. Les ressources pourraient y diminuer de 20 % vers 2050. Mais le problème de cette partie du monde tient surtout à la destruction des coraux. Celle-ci laisse le champ libre à des dinoflagellées, du phytoplancton sur lequel se développent des toxines, que viennent brouter des poissons herbivores et qui finissent par se concentrer dans les grands prédateurs, comme les mérous. On observe ainsi une véritable « épidémie » de ciguatera en Polynésie française ces dernières années, souligne le rapport.

Celui-ci consacre d’ailleurs un chapitre particulièrement glaçant aux impacts de ces mutations sur la santé humaine. « Davantage de chaleur, moins d’oxygène, plus de microbes », résume Dan Laffoley. Les passages qui s’ouvrent entre l’Atlantique et le Pacifique avec la fonte des glaces ne vont pas seulement être une aubaine pour le fret et les organisateurs de croisières. Les espèces envahissantes vont elles-mêmes pouvoir circuler davantage, les virus aussi. Plus nombreux, les pathogènes voient en outre leur circulation favorisée par la montée du niveau des mers, qui accélère les échanges avec les bactéries terrestres dans les estuaires.

D’une façon générale, les rivages apparaissent de plus en plus vulnérables, pas seulement à cause de la montée du niveau des mers. Les relations complexes qui lient étroitement océan et climat jouent un rôle dans l’accentuation de la force des tempêtes. Or les humains ont altéré nombre de barrières de protection naturelles, comme les mangroves, dont 30 % ont disparu en un siècle. Une fois encore, le réchauffement a aggravé ces destructions.

Il reste beaucoup à faire pour que les sociétés humaines prennent la mesure du « plus grand défi caché de notre génération », selon les auteurs du rapport. Au-delà du monde marin, c’est bien la planète tout entière qui va être bouleversée par les changements en cours. « L’océan a une capacité de résilience, il faut l’aider », plaide cependant M. Lundin. Malgré son rôle vital pour la planète et les sociétés humaines, l’océan ne représente qu’un aspect marginal des négociations climatiques.

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 16:33

L'extinction des espèces végétales et animales est particulièrement massive dans les îles, selon la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature, qui tire le signal d'alarme

Par Martine Valo pour Le Monde le 5 septembre 2016.

La faune et la flore disparaissent inexorablement de la planète. " Nous les perdons à un rythme inédit ", assure Jane Smart, directrice de la conservation au sein de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Celle-ci a publié, dimanche 4  septembre, l'actualisation de sa fameuse liste rouge des espèces menacées, et le constat est très inquiétant. Sur les 82 954 espèces animales et végétales prises en compte, 23 928 (29  %) sont qualifiées de " menacées ", dont 5 107 sont en " danger critique ", 7 602 " en danger " et 11 219 sont considérées comme " vulnérables ".

Cet inventaire a été réalisé par ce vaste réseau de protection de l'environnement auquel collaborent environ 10 000 experts internationaux et auquel adhèrent ONG et gouvernements. La dernière actualisation générale de la liste rouge datait de 2009.

" Pour effectuer nos mises à jour, nous nous appuyons sur trois générations d'animaux, ou bien sur des évolutions observées pendant un laps de temps d'au moins dix ans pour ceux qui se reproduisent assez vite, comme certains poissons, explique Jean-François Vié, directeur adjoint du programme global de sauvegarde des espèces à l'UICN. Une espèce est appeléevulnérable lorsque nous observons 30  % d'effectifs en moins. "

Espèces invasives

Le diagnostic rendu public à l'occasion du congrès mondial que l'UICN organise tous les quatre ans – cette année à Honolulu (Hawaï), jusqu'au 10  septembre – indique que, depuis le XVIe  siècle, 855 espèces ont disparu ; 68 n'existent plus hors d'une structure de conservation, dans un parc ou un jardin botanique. " Il est possible de maintenir des animaux en vie dans un lieu protégé puis de les relâcher un jour… à condition qu'il existe encore un biotope pour les accueillir ", note Jœ Walston, l'un des responsables de la Wildlife Conservation Society, une ONG environnementale américaine.

Néanmoins, au fond des mers, dans les forêts, les rivières, les savanes, le patrimoine naturel s'affaiblit, des populations disparaissent tandis que quelques autres envahissent leurs espaces. Et les îles sont les plus touchées par ce phénomène. L'UICN ayant donné rendez-vous au milieu du Pacifique à 8 300 délégués venus de plus de 180 pays, l'organisation a tenu à souligner l'extrême vulnérabilité de ces écosystèmes. L'archipel américain subit de multiples atteintes dues à l'introduction volontaire ou non de cochons, de chèvres, de rats, de limaces et de nombreuses plantes qui détruisent sa flore endémique. Sur 415 de ces végétaux répertoriés, la grande majorité est menacée d'extinction, quatre d'entre eux n'existent plus dans la nature, tandis que trente-huit ont totalement disparu.

" Prédateurs, champignons, insectes : on peut considérer que 80  % des espèces envahissantes entrées sur le sol américain se trouvent dans cet archipel ", résume Piero Genovesi, du groupe spécialisé sur les espèces invasives au sein de l'UICN.

Réchauffement, chasse, pêche…

Ce phénomène constitue la cause principale de l'érosion du patrimoine vivant dans l'ensemble des îles ; dans le reste du monde, il en est le deuxième facteur, indiquent les experts qui collaborent à la liste rouge. L'envahissement est associé à une disparition sur deux au cours des quatre derniers siècles, et il en serait le responsable unique dans un cas sur cinq, selon M.  Genovesi. " A Hawaï, par exemple, le paludisme aviaire apporté par un moustique au XIXe  siècle a causé la perte de la moitié des oiseaux en un siècle ", rappelle-t-il.

Aucune région n'échappe plus au déclin, car le patrimoine vivant est désormais majoritairement victime de la perte d'habitats naturels. Les espèces ne résistent pas à la dégradation générale de leur environnement – réduit, fragmenté, pollué ou carrément détruit. Le réchauffement climatique accentue la pression avec son lot de sécheresses et de tempêtes ; la chasse et la pêche ajoutent à l'hécatombe. Et tout ce que l'humain convoite : peau, viande, corne, défenses, griffes, fourrure, place irrémédiablement leurs propriétaires sur la liste des espèces " vulnérables ", " en danger " ou, pis, les conduit à rejoindre la catégorie " en danger critique d'extinction ".

Tel est le sort du gorille oriental (Gorilla beringei), le plus grand primate existant, qui vit notamment en République démocratique du Congo. Ses effectifs se sont réduits de 70  % en vingt ans, du fait de la chasse illégale. Le gorille Grauer, l'une des deux sous-espèces de cette région, a même perdu 77  % de sa population depuis 1994. Au total, quatre des six espèces de grands singes sont maintenant en " danger critique ", à un pas de l'extinction.

Une famille de tortues endémiques du Brésil (Mesoclemmys hogei) suit la même pente. Dix de ses dix-huit sous-populations se sont évanouies au cours des quarante dernières années. Elles habitaient notamment l'Etat de Rio de Janeiro avant que la destruction de leur biotope ne cause leur perte.

Le tableau est si sombre que l'UICN prend soin de mettre en avant les espèces dont la situation s'améliore. Ses experts veulent montrer que de sérieuses mesures de protection peuvent permettre d'enrayer le déclin. Ainsi, l'antilope du Tibet se rétablit : elle est à présent " quasi menacée ". Un vrai progrès pour celle qui était tuée pour sa laine shahtoosh si fine et si chère. Plus emblématique encore, le panda géant prospère ou presque : il rejoint les animaux " vulnérables ", et non plus " en danger ", grâce à la volonté de l'Etat chinois. Las, l'ursidé va devoir affronter la réduction des bambous qui l'abritent, car le réchauffement devrait les faire régresser de 35  % d'ici à la fin du siècle. Autant dire que tous les gains récents seront perdus.

Les experts alertent aussi sur le cas d'un gecko de Malaisie (Cyrtodactylus hidupselamanya). Il n'est pas totalement en état critique, mais cela devrait arriver dans les cinq ans avec l'extraction du calcaire sur lequel il vit. Autres nouveaux venus : la chauve-souris géante(Nyctalus lasiopterus) présente en Europe et en Afrique du Nord, qui manque de vieux arbres pour se loger. Ou encore le desman de Moscovie (Desmana moschata), un petit mammifère semi-aquatique, cousin de la taupe, victime de pêches musclées en Russie et en Ukraine.

Le koala d'Australie en danger

Enfin, en Australie, le koala fait lui aussi désormais partie de la grande famille des mal portants. Sa situation inquiète le grand public. Une enquête parlementaire a été commandée sur l'inefficacité des mesures mises en œuvre pour sa conservation. Les effectifs d'un autre petit marsupial endémique, l'antechine fauve (Antechinus bellus), qui vit dans le nord de l'Australie, ont chuté de plus de 30  % en moins de dix ans, sans émouvoir autant.

Pourtant, être classé ne serait-ce que parmi les espèces " quasi menacées " s'avère déjà de très mauvais augure, assure Jean-François Vié, de l'UICN. " Regardez les zèbres des plaines, autrefois communs en Afrique : ils ont diminué de 24  %, ce n'est pas rien ! ", lance-t-il. La liste rouge de 2016 évalue leur population autour de 500 000  animaux, alors qu'elle était de 660 000 il y a quatorze ans. Cibles des chasseurs pour leur chair et leur peau, dans certains pays ces mammifères ne se rencontrent plus que dans les parcs protégés. Et M. Vié d'enfoncer le clou : " Cette vague d'extinctions est un indicateur de la dégradation de notre planète. "Autrement dit, même les humains ne devraient pas tarder à s'en apercevoir.

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 08:50

Le 2 septembre 2016 par Jade Lindgaard pour https://www.mediapart.fr/journal/france/020916/plus-les-agriculteurs-polluent-plus-ils-touchent-d-aides-de-l-europe

Alors que les pays européens tentent de trouver un accord sur la politique agricole commune en 2020, une étude démontre que les aides directes bénéficient le plus aux agriculteurs les plus pollueurs. Mais elle prouve aussi que dans le contexte actuel de déséquilibre entre l’offre et la demande, la stratégie de produire toujours plus n’est pas la bonne.
C’est l’angle mort du récent conflit social dans le monde du lait et de la réunion des ministres de l’agriculture, le 2 septembre à Chambord : les effets de la production agricole et des aides européennes sur l’environnement. Pourtant, le choix par les producteurs laitiers de leur modèle économique ne peut plus ignorer le sujet : la politique agricole commune (PAC) consacre un budget spécifique aux aides agro-environnementales (appelé « second pilier »). Surtout, la protection de l’environnement est aujourd’hui l’un des principaux arguments mis en avant par les États membres pour justifier le versement de plus de 50 milliards d’euros d’aides annuelles directes au secteur agricole (soit plus de 40 % du budget communautaire).

Autour des notions de « bien commun », de « multifonctionnalité », de « services écosystémiques » et de « services environnementaux », les décideurs politiques européens intègrent de plus en plus le problème de la pollution, des émissions de gaz à effet de serre et de la consommation d’eau dans leurs décisions touchant le domaine agricole – d’où les passes d’armes entre Bruxelles et la France sur Notre-Dame-des-Landes, le barrage de Sivens ou encore les nitrates. Cela dit, les aides directes européennes consacrées à la protection de l’environnement restent bien inférieures (20 %) aux aides à la compétitivité et aux revenus des agriculteurs (80 %).

Observant cet usage de l’environnement comme justification des aides de la PAC, une chercheuse doctorante, Alessandra Kirsch, s’est demandée si les aides directes versées par l’Europe aux agriculteurs répondaient aux objectifs environnementaux qu’elle affiche. Les réponses qu’elle apporte sont doublement instructives, alors que les producteurs laitiers sont loin d’être les seuls agriculteurs européens touchés par une crise économique – les céréaliers sont confrontés eux aussi à une sévère baisse des cours.

Sur l’ensemble des aides directes aux agriculteurs (à l’hectare, à la tête de bétail, ou par exploitant) et toutes productions confondues, les exploitants qui ont le moins bon impact sur l’environnement touchent le plus d’aides en moyenne. Selon les calculs d’Alessandra Kirsch, si l’on compare le niveau de subventions perçues par les exploitations, par hectare de surface agricole utile (SAU), en fonction du classement des exploitations selon leur degré de « durabilité environnementale »,
celles qui sont les moins respectueuses de l’environnement touchent les aides les plus élevées.

 

Manifestation d'agriculteurs aux abords du siège de Lactalis, à Laval, le 23 août 2016 ©Reuters

Autrement dit, les exploitations qui polluent le plus touchent le plus de subventions à l’hectare. C’est l’effet du mode de calcul des aides de la PAC, qui reflètent l’historique de l’exploitation. Le système des aides de la PAC d’avant 1992 reliait les aides aux rendements. Comme ils augmentaient avec l’usage des engrais et des pesticides, les exploitations les plus productives touchaient davantage de subventions. Les réformes suivantes ont attribué des montants d’aides fixes aux surfaces, en accordant des primes supérieures aux zones où les rendements étaient historiquement plus élevés.

Cela ne veut pas dire pour autant que c’est parce qu’ils touchent plus d’aides qu’ils polluent davantage, insiste Alessandra Kirsch. Mais qu’historiquement, les exploitants les plus indifférents à l’impact de leur activité sur l’écosystème ont bénéficié de plus de soutien que les autres. En réalité, les aides européennes à l’agriculture agissent de manière contradictoire. Les aides de la PAC sont réparties en deux « piliers » : aides à la compétitivité et aides à la protection de l’environnement. Les premières représentent 80 % des sommes versées, contre 20 % pour celles gratifiant la réduction des impacts négatifs sur l’écosystème.

Mais qu’est-ce qu’une exploitation qui traite bien son environnement ? Il n’est pas si facile de le définir, car il faut prendre en compte les impacts sur l’eau, les sols, l’air, la biodiversité. Or ils ne sont pas toujours corrélés. On peut avoir un bon taux de prairie, mais utiliser son tracteur plus que les autres et donc consommer beaucoup d’énergie. Par ailleurs, le monde agricole français est très divers. Les besoins et impacts de la culture des oléagineux et protéagineux (16 % des exploitations) sont très différents des élevages bovins. Chaque exploitation, à l’intérieur même d’un type de production donné, est caractérisée par des atouts et des faiblesses. La dernière réforme de la PAC, en 2013, veut harmoniser le paiement des aides quel que soit l’historique de l’exploitation, atténuant ainsi le déséquilibre en faveur des exploitations historiquement plus productives.

France Nature Environnement (FNE) a dénoncé cette année dans un rapport le faux verdissement de la PAC à cause des exceptions qui accompagnent plusieurs mesures environnementales. Deux exemples phares illustrent parfaitement la réalité derrière le verdissement de la PAC, explique dans un communiqué Marie-Catherine Schulz-Vannaxay, coordinatrice du réseau agriculture de FNE : « L’autorisation d’épandre des pesticides sur les 5 % de surfaces dédiées à la biodiversité dans les fermes, tandis que l’obligation de diversifier ses cultures pour réduire les usages de pesticides ou de fertilisants a été supprimée pour la principale monoculture, celle du maïs. »

Derrière ce triste diagnostic, se cache une bonne nouvelle : les performances économiques de ceux qui polluent le moins ne sont pas inférieures aux autres. C’est l’autre enseignement fort de l’étude d’Alessandra Kirsch : les exploitations impactant moins leur environnement produisent moins (de lait, de viande, de blé, de maïs…) que les autres, mais elles maîtrisent mieux leurs consommations intermédiaires. Si bien que les exploitants qui ont fourni le plus d’efforts pour réduire leur impact sur l’environnement ont un revenu au moins comparable aux autres. Ceux qui font le choix de modérer leurs objectifs de production consomment moins d’intrants (engrais, pesticides, herbicides…) et obtiennent ainsi des marges de rentabilité comparables, voire supérieures à ceux qui produisent plus mais dépensent plus pour maximiser leur production. C’est aussi vrai pour les grandes superficies : en grandes cultures, la dimension économique n’est pas un handicap au développement des pratiques plus favorables à l’environnement, constate la chercheuse. Dans le contexte actuel de déséquilibre entre l’offre et la demande de lait, la stratégie de produire toujours plus n’est pas la bonne.

Ce travail tout récent d’analyse empirique sur la distribution des revenus de la PAC – la thèse n’a pas encore été publiée – indique à quel point les injonctions politiques de l’Union peuvent être contradictoires sur l’agriculture. Cela n’aide pas les paysans et les exploitants à s’adapter à la nouvelle réalité économique – les quotas laitiers ont été supprimés le 31 mars 2015. Vendredi 2 septembre, plusieurs syndicats agricoles ont manifesté aux abords du château de Chambord, où se réunissaient les ministres européens pour trouver un accord sur la PAC en 2020. « Notre agriculture est à genoux », a indiqué le président de la Coordination rurale, Bernard Lannes, qui organisait un « grand repas populaire » à l’entrée du domaine. Pendant ce temps, près de 120 militants de la Confédération paysanne manifestaient à Blois pour « une vraie régulation européenne pour les paysans en détresse », car « Pour nous, c’est pas la vie de château ».

Alors que les aides directes sont indispensables au revenu des agriculteurs européens (surtout pour les céréaliers et les éleveurs bovins, qui connaîtraient sinon des pertes comptables sèches, selon le réseau d’information comptable agricole), le monde agricole se trouve dans une situation économique si difficile qu’il peine à imaginer pouvoir changer de modèle et se divise sur fond de drame social.

 

 

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 12:04

Par Martine Valo pour Le Monde le 29 août 2016.

Une truie et ses porcelets dans un élevage porcin de Ploeour-Lanvern (Finistère), le 11 août 2015. FRED TANNEAU / AFP

Landunvez, la cité bretonne, s’enorgueillit de ses plages de sable doré. Typique de ce littoral encore préservé du Finistère nord, elle a tout ce qu’il faut pour plaire : vieux château, menhir, dolmen, chapelles et un petit port de plaisance. Voilà pour son côté face.

Côté pile, la commune a gardé sa vocation agricole. Et dans le bourg, les tensions montent autour d’un élevage industriel de porcs, l’une des plus grandes usines à cochons de la région sur le point de s’agrandir – encore – pour atteindre une production de 26 000 porcs par an.

Cette fois, les riverains se rebiffent. Le 1er août, deux associations ont déposé un recours devant le tribunal administratif de Rennes, afin d’obtenir l’annulation de l’autorisation préfectorale délivrée le 1er avril à la société Avel Vor.

22 200 tonnes de lisier par an

Les protestataires dénoncent une étude d’impact insuffisante mais leurs griefs tiennent en un mot : trop. Trop d’odeurs, trop de lisier (22 200 tonnes par an annoncées), trop d’algues vertes dans le port de plaisance, d’eaux marron non identifiées ruisselant vers la mer, de tracteurs et d’épandage, d’azote dans une zone déjà en excédent structurel, d’ammoniac, de poussières.

Ils pâtissent déjà de ces nuisances du fait de cette exploitation de bientôt 18 000 mètres carrés surplombée de quatre silos et qui a déjà beaucoup grossi en 2013. Le tout à 250 mètres de l’école et à 1,5 kilomètre de la mer.

Qu’en sera-t-il avec la nouvelle configuration qui va faire passer le nombre d’emplacements de 675 à 850 pour les truies, de 5 360 à 8 700 pour les porcs à l’engraissement et de 3 200 à 4 200 pour les porcelets ? De quoi concentrer 13 750 têtes à la fois sur un seul site, sans compter le millier de cochons logés par le même propriétaire dans deux autres installations à Landunvez toujours.

Les craintes des habitants sont d’autant plus vives que le projet ne s’accompagne pas d’une unité de méthanisation, jugée « pas rentable » par l’exploitant, mais d’une seconde lagune de stockage de lisier de 7 000 mètres cubes.

« Des tensions ? Il y a toujours des gens pour et des gens contre, élude le maire (sans étiquette) Jean Héliès. De toute façon, l’extension est presque terminée et le préfet a dit oui. Je n’ai aucune raison de remettre en cause l’avis de gens plus compétents que moi et d’assassiner ceux qui travaillent ! »

Malgré trois alertes aux bactéries fécales qui l’ont conduit à fermer les plages plusieurs fois cet été, l’élu assure que tout va bien. « Il y a moins d’algues vertes qu’il y a sept-huit ans » et « il n’y a jamais eu autant de touristes », affirme-t-il. Il lie ce mouvement d’humeur à la présidente de l’association Avenir et environnement en pays d’Iroise (AEPI), Anne Bertrand, « qui avait été battue aux élections municipales ».

2 000 signatures pour 1 500 habitants

Pas sûr que la polémique relève de la chronique clochemerlesque. La pétition lancée par l’AEPI contre l’agrandissement de la porcherie Arvel Vor a rapidement recueilli 2 000 signatures, soit davantage que les 1 500 habitants de la commune. La respectée association Eau et rivières de Bretagne a apporté son soutien et son expertise dans le dépôt du recours. « D’autres riverains m’ont contacté pour se joindre à notre démarche », confie l’avocat Sébastien Le Briéro, qui défend les deux associations.

Le 28 juillet, Anne Bertrand avait convoqué une assemblée générale. Elle ne s’attendait pas à ce que le dirigeant d’Avel Vor, Philippe Bizien en personne, s’y invite, avec une vingtaine d’éleveurs. « Je ne pouvais pas faire évacuer la salle, je ne suis plus au tribunal », sourit cette magistrate à la retraite.

Mais elle ne s’est pas laissée démonter et, « malgré les ricanements », a exposé sa vision du dossier jusqu’à ce que Philippe Bizien intervienne. Supputant des relents de « lutte des classes » autour de ses élevages, il a prévenu ses adversaires : « L’argent que je perdrai, j’irai le chercher. »

Produire toujours plus

Philippe Bizien, qui n’a pas voulu répondre aux sollicitations du Monde, est une personnalité de la filière porc. Il compte plusieurs maires de Landunvez parmi ses ancêtres. Il détient surtout de nombreuses responsabilités professionnelles. Président du Comité régional porcin, il est aussi vice-président d’Aveltis – un groupement qui vend trois millions de porcs charcutiers par an pour un chiffre d’affaires de 440 millions d’euros en 2015 –, et siège à l’Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne.

En Bretagne, la concentration de porcs ne semble pas inquiéter les élus. En 2016, la région a débloqué une enveloppe de 50 millions d’euros sur cinq ans pour aider les éleveurs, en particulier pour construire et rénover leurs bâtiments, soit une enveloppe de 180 millions d’euros en comptant les subsides de l’Etat, selon les comptes du vice-président du conseil régional, Olivier Allain.

Il s’agissait de lancer « un signal fort aux éleveurs qui veulent aller de l’avant », déclarait en mai dans une revue professionnelle, Réussir porc, cet ex-responsable de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles et de la chambre d’agriculture des Côtes-d’Armor, élu à la région sur la liste socialiste. Un appel à produire toujours plus malgré un marché en berne, concentré entre de moins en moins de mains : la moitié des éleveurs détenaient plus de 99 % du cheptel français en 2010.

« Pas sous les vents dominants »

Le message a été reçu à Landunvez. Mais le projet d’usine à cochons a été diversement apprécié par les différents services de l’Etat. Tandis que l’autorité environnementale s’interrogeait sur les impacts « d’une concentration de porcs aussi importante », notamment de la « gêne ressentie par les riverains », et des conséquences sur la qualité de l’eau, le commissaire enquêteur s’inquiétait, lui, de trouver dans une bande de 100 mètres à 300 mètres autour de l’élevage industriel « un lotissement, une école, une salle de sport ». Témoignant qu’il n’avait reçu que des points de vue critiques lors de son enquête, il a lui-même rendu un avis négatif.

De son côté, la direction départementale de la protection des populations du Finistère délivrait, en février, un satisfecit à ce projet. Aucun problème d’odeur par exemple, vu que « les habitations à proximité ne sont pas sous les vents dominants ». Pas de difficultés non plus avec les retombées d’azote ammoniacal, car « il n’existe pas de milieux naturels sensibles dans un rayon de 1 000 mètres ». Juste la quasi-totalité du bourg et la mer d’Iroise au bout.

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 08:56

La biodiversité offre une protection relative face à la hausse des températures, selon une étude
Par Pierre Le Hir pour Le Monde le 30 août 2016

Une vue de l’Amazonie en Guyane française, en 2012. JODY AMIET / AFP

C’est, au choix, une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la planète et pour l’humanité. Les optimistes retiendront que la forêt amazonienne est capable, grâce à la très grande diversité de ses arbres, de s’adapter à un changement climatique de relativement faible amplitude. Les pessimistes noteront, eux, que cette forêt ne résisterait pas à une forte hausse des températures. L’enjeu est crucial, en raison de l’importance de cet écosystème tropical humide qui, s’étendant sur plus de 6 millions de km2 répartis entre neuf pays (Brésil, Pérou, Colombie, Bolivie, Venezuela, Guyana, Surinam, Equateur, Guyane française), constitue la plus grande réserve mondiale d’espèces animales et végétales, en même temps qu’un gigantesque puits de carbone.

L’idée que la diversité d’un milieu naturel représente un atout qui lui permet de mieux faire face aux aléas est largement admise par les écologues. Pour la première fois, une équipe de chercheurs allemands et néerlandais l’a testée à grande échelle, sur l’ensemble du bassin amazonien. Dans un article publié lundi 29 août dans la revue Nature Climate Change, elle montre que la diversité de cette forêt favorise sa résilience au changement climatique. C’est-à-dire sa capacité à reconstituer sa matière végétale (biomasse) et à continuer de remplir des fonctions comme le stockage de gaz carbonique. Du moins jusqu’à un certain seuil de réchauffement.

Exceptionnelle biodiversité

Boris Sakschewski, de l’Institut de recherche de Potsdam (Allemagne) sur les effets du changement climatique, et ses collègues ont fait fonctionner des modèles numériques, en prenant en compte les « traits fonctionnels » des arbres : des caractéristiques telles que la hauteur des troncs, la densité du bois, la surface des feuilles ou la taille des graines, qui assurent la dynamique d’un peuplement sylvestre et lui permettent de se régénérer plus ou moins efficacement.

Ils ont aussi retenu deux scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, sur les quatre étudiés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Le premier, qui mise sur une stabilisation des émissions avant la fin du siècle à un niveau bas, prévoit une hausse des températures comprise entre 1,1 et 2,6 °C à l’horizon 2100. Le second, dans lequel les émissions continuent de croître au rythme actuel, conduit à une montée du thermomètre pouvant atteindre 4,8 °C.

Il apparaît que dans la première hypothèse, celle du plafonnement de la courbe d’émissions et de réchauffement, la plus grande partie du territoire boisé de l’Amazonie (84 %) parvient à se régénérer sur le long terme. Cette aptitude s’explique par son exceptionnelle biodiversité, beaucoup plus riche que celle des forêts tempérées, avec pas moins de 16 000 espèces d’arbres répertoriées. Grâce à cette profusion, décrivent les chercheurs, la forêt tropicale humide devrait s’adapter, au prix toutefois de changements de grande ampleur. Les grands arbres dominants actuels pourraient ainsi céder leur place à des essences de plus petite taille, moins sensibles au stress hydrique.

Perte massive de superficie

En revanche, dans l’hypothèse d’une poursuite incontrôlée des émissions de gaz à effet de serre, entraînant une atmosphère beaucoup plus chaude et des saisons sèches plus sévères, seule une infime portion (13 %) du bassin amazonien serait en mesure de se régénérer à longue échéance. Dans ce cas, la biodiversité forestière ne fonctionne plus comme une « assurance contre les impacts du changement climatique ».

« Cette étude marque une avancée importante, car les climatologues se sont jusqu’à présent fondés, pour anticiper la réponse des forêts tropicales à l’effet de serre, sur des modèles qui ne prenaient pas en compte la biodiversité, commente Jérôme Chave, directeur de recherche au laboratoire Evolution et diversité biologique de Toulouse (CNRS-Université Paul-Sabatier). Ce travail montre que la diversité végétale de la forêt amazonienne peut avoir un effet tampon face au changement climatique. » Si du moins, ajoute-t-il, « cette forêt n’est pas affectée par d’autres facteurs ».

Le dérèglement du climat n’est en effet ni la seule, ni même la première menace qui pèse sur cet irremplaçable couvert boisé. Celui-ci, mis à mal par une déforestation massive et par le développement de la culture du soja et du palmier à huile, a déjà perdu, au cours du dernier demi-siècle, près du cinquième de sa superficie.

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