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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 08:07

Par Rémi Barroux le 11 juillet 2016 pour Le Monde sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/07/11/l-ocde-pointe-les-insuffisances-de-la-politique-environnementale-de-la-france_4967468_3244.html

Bien, mais peut et doit mieux faire. En cette période de résultats aux examens, la France reçoit, lundi 11 juillet, son carnet de notes de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur ses engagements et sa politique environnementale.

« La France a mené une politique volontaire et ambitieuse en matière d’environnement, marquée en 2015 par la loi de transition énergétique et l’accord de Paris à la COP21, et en 2016 par le projet de loi sur la biodiversité. Le grand défi est maintenant de tenir ces engagements », a déclaré le secrétaire général de l’organisation économique internationale, Angel Gurria.

Ce rapport devait être remis lundi matin par Simon Upton, directeur de l’environnement de l’OCDE, à la commissaire générale au développement durable, Laurence Monnoyer-Smith.

Tous les dix ans, chacun des trente-cinq pays membres de l’OCDE et quelques pays « partenaires » (comme le Brésil ou la Colombie) est évalué sur sa politique environnementale. L’occasion surtout de mettre en regard les objectifs affichés et les résultats atteints. « La France s’est fixé des objectifs ambitieux, ce qui est positif, mais dans de nombreux domaines, des progrès sont à faire », explique la responsable du rapport, Frédérique Zegel, analyste des politiques à l’OCDE.

Examen nuancé, voire sévère

Le tableau d’ensemble est plutôt louangeur, marqué au début de la décennie étudiée par le Grenelle de l’environnement en 2007 et conclu par l’accord de Paris de la conférence sur le climat. Mais, chapitre par chapitre, l’examen se montre plus nuancé, voire plus sévère. Et les recommandations, les « défis », comme l’écrivent prudemment les économistes de l’OCDE, soulignent les points faibles des politiques environnementales françaises.

Au chapitre de la pollution de l’air, si la baisse des émissions de la plupart des polluants atmosphériques est réelle depuis 2000, elle est due à de nouvelles réglementations plus strictes, explique l’OCDE, mais aussi à la baisse de la consommation d’énergie et à la désindustrialisation de l’économie. Surtout, alertent les auteurs du rapport, les émissions d’oxydes d’azote ont dépassé les plafonds fixés par la législation européenne, à cause de la croissance du parc et de la circulation des véhicules diesel.

« Les plans mis en œuvre ne sont pas assez contraignants, leur gouvernance est ambiguë et les péages urbains et restrictions de circulation encore rares », constate l’OCDE, qui recommande de « promouvoir les zones à circulation restreinte et expérimenter les péages urbains ».

Autre point noir mis en avant par l’évaluation, la pollution des eaux due notamment à l’usage intensif des pesticides, qui fait de la France l’un des gros consommateurs de produits phytosanitaires dans le monde. « Si les excédents d’azote et de phosphore ont baissé, l’usage des pesticides a augmenté de 29 % entre 2008 et 2014, contrairement aux objectifs du plan Ecophyto. » Dans ce domaine, l’organisation internationale propose l’instauration d’une « redevance sur les engrais minéraux azotés ».

Autant de points et de recommandations que le ministère de l’environnement affirme avoir déjà mis en perspective, voire inscrits dans des textes législatifs. « La France a progressé par exemple sur la fiscalité écologique, ainsi que nous l’avions recommandé dans le précédent rapport, en 2005, notamment avec la mise en place d’un comité pour cette fiscalité, le rattrapage entre diesel et essence, la mise en œuvre d’une composante carbone dans la fiscalité, mais il reste beaucoup de dérogations, comme pour l’agriculture, le transport routier de marchandises ou l’aérien », détaille Frédérique Zegel.

L’abandon de l’écotaxe critiqué

En France, les taxes environnementales représentaient 2 % du PIB, alors que la moyenne des pays européens membres de l’OCDE est de 2,4 %. Les économistes soulignent la faible application du principe pollueur-payeur, notamment concernant la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, qui n’est pas liée au coût du service rendu et au faible financement par les entreprises.

L’abandon de l’écotaxe par Ségolène Royal, la ministre de l’environnement, qui visait à taxer le transport routier de marchandises pour favoriser les modes de frets ferroviaire et fluvial, est aussi critiqué. « L’abandon de l’écotaxe poids lourds a clairement contredit le principe pollueur-payeur en maintenant une couverture partielle des coûts externes, y compris environnementaux, d’utilisation de l’infrastructure routière », écrivent les rapporteurs.

Parmi les recommandations, l’OCDE préconise ainsi de développer l’évaluation environnementale des aides publiques « pour supprimer les soutiens potentiellement dommageables à l’environnement ». Parmi ces soutiens « dommageables » sont pointées les aides au foncier contribuant à l’étalement urbain, les aides à l’agriculture ou à la pêche intensive ainsi que la « sous-tarification de la pollution des eaux ».

Dégradation des zones humides

Si chaque rapport environnemental national donne lieu à une discussion avec le pays concerné et l’ensemble des nations membres de l’organisation – pour la France, cet examen collectif s’est déroulé le 8 mars –, de fait, l’OCDE s’efforce de présenter les points positifs autant que les faiblesses des politiques environnementales. « Ces rapports doivent servir chaque pays à s’auto-évaluer, à se comparer aussi aux autres pays et à améliorer leurs performances », résume Frédérique Zegel.

« Le dialogue social environnemental doit être renforcé »

Autre exemple de cet exercice d’équilibre mesuré, la démocratie environnementale. « Le dialogue social environnemental doit être renforcé », conclut l’OCDE sur ce chapitre. En plein conflit sur le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, mais aussi de nombreux projets d’infrastructure contestés (tunnel ferroviaire Lyon-Turin, barrage de Sivens, Center Parc de Roybon…), l’avertissement prend tout son sens.

Si la réforme du dialogue environnemental est récente et que ses effets ne pourront être enregistrés qu’à moyen terme, les rapporteurs insistent notamment sur la dégradation, depuis 2000, des zones humides : « L’artificialisation des sols augmente deux fois plus vite que la population. » Et si l’organisation reconnaît le renforcement de l’application du principe « éviter, réduire et compenser », elle note que l’évaluation de la performance du volet compensation reste « difficile à mettre en œuvre ». Il faut, dit l’OCDE, évaluer l’impact des projets dans leur ensemble, un argument rappelé autant par la Commission européenne que par les opposants à ces projets qu’ils jugent « inutiles ».

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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 10:02

Le 11 juillet 2016, par Ludovic Lamant, envoyé spécial de Mediapart à Bruxelles.

Mediapart publie l’offre que l’UE va présenter aux États-Unis, en matière d’énergie, pour le futur traité transatlantique. C’est l’un des sujets les plus houleux au menu du 14e « round » de négociations, cette semaine à Bruxelles. L’UE espère doper ses importations de gaz pour contourner la Russie. Des ONG jugent ce chapitre en totale contradiction avec l’accord de Paris sur le climat.

Malgré les difficultés qui s’amoncellent, le patron de la commission européenne continue d’y croire. Jean-Claude Juncker espère conclure les négociations du traité de libre-échange avec les États-Unis (TTIP selon le sigle officiel, ou Tafta pour ses adversaires) d’ici à la fin de l’année. En tout cas, sur les « principaux blocs » du texte, a-t-il dit en fin de semaine dernière, à l’issue d’une rencontre avec Barack Obama. Dans cette optique, le nouveau round de négociations qui s’ouvre ce lundi à Bruxelles, le 14e depuis le début des discussions à l’été 2013, pourrait être décisif : « Le rythme des échanges est devenu très intense », assure une source européenne impliquée de près dans les discussions.

Les négociateurs européens vont présenter à leurs homologues une petite dizaine de propositions de chapitres (sur un total de 24 chapitres censés constituer le futur – et encore très incertain – TTIP – lire sous l'onglet Prolonger). Mais rien ne dit que les Américains, plutôt sur la défensive depuis le début des discussions, les valident à ce stade. L’UE s’apprête, en particulier, à présenter l’un des chapitres au contenu sulfureux, et qu’elle considère comme l’une de ses priorités stratégiques : celui qui porte sur « l’énergie et les matières premières ». Mediapart publie en exclusivité l’intégralité de ce texte, obtenu en amont par plusieurs organisations de la société civile en Europe, dont l’Aitec et Attac en France.

La publication de ce chapitre fait suite à la fuite, en 2014 dans le Washington Post, d'un "non paper", c’est-à-dire d'un document de travail fixant les grandes lignes de la position européenne sur les enjeux énergétiques, et qui avait déjà provoqué des remous aux États-Unis. Le nouveau document, daté du 20 juin 2016, « a été convenu en lien avec les États membres au cours des dernières semaines », selon une source interne à la commission.

D’après l’analyse des ONG, il confirme l’essentiel de leurs craintes : si ce texte est appliqué en l’état, assurent-elles, il ne permettra ni aux États-Unis ni à l’UE de tenir les engagements climatiques pris lors de la conférence climatique de Paris, en décembre 2015. « L’UE préfère accroître ses importations d’énergies fossiles, plutôt que de respecter l’accord de paris, et aucun mécanisme de protection ou de sauvegarde ne permettra de faire primer les enjeux climatiques sur la course à la compétitivité », lit-on dans une note rédigée par Amélie Canonne (Aitec) et Maxime Combes (Attac), publiée lundi.

En matière énergétique, les situations de l’UE et des États-Unis sont à front renversé. L’Union est très dépendante de la Russie, pour ses importations de pétrole comme de gaz. À l’inverse, les États-Unis sont devenus depuis peu le premier producteur mondial de gaz, grâce à la technologie controversée de la fracturation hydraulique (le « fracking »), qui permet l’extraction d’hydrocarbures de schiste. L’objectif, pour les Européens – et surtout les capitales d’Europe orientale –, est simple, dans la foulée de la crise ukrainienne : il s’agit de faciliter les importations de gaz et de pétrole depuis les États-Unis, pour réduire leur dépendance à Moscou.

Dans ce contexte, le Congrès des États-Unis a adopté en décembre 2015 une décision spectaculaire : la levée de l’interdiction qui bloquait depuis quarante ans toute exportation de pétrole. Si bien que le TTIP, ici, pourrait bien ne pas servir à grand-chose : l’horizon s’est déjà dégagé, pour les exportations d’or noir vers l’UE.

Mais le cœur de la bataille reste l’accès au gaz produit aux États-Unis. Certains bateaux livrent déjà des cargaisons de gaz naturel sur le sol européen. Mais le TTIP permettrait de faciliter les choses, et surtout de monter en puissance. Le document présenté par l’UE propose ainsi d’éliminer « toutes les restrictions en matière d’exportations de gaz naturel » (page 2). Ce sera l’un des points durs de la négociation avec les Américains : elle portera sur l’allègement, voire la suppression des licences d’exportation de gaz naturel vers l'Europe. Le dossier est très sensible aux États-Unis, parce que la hausse des exportations vers l'Europe pourrait provoquer, par ricochet, une hausse des prix de l'énergie sur son marché intérieur. Si l'UE obtient gain de cause, Washington sera sans doute en droit d’exiger de généreuses contreparties.

À gros traits, la logique du TTIP se résume ici, pour ses adversaires, à substituer les importations d’énergies fossiles de Russie à des importations des mêmes énergies fossiles des États-Unis, au nom d’intérêts géostratégiques. C’est l’une des raisons qui font dire aux ONG que le futur Tafta contredit l’accord de Paris. Il pourrait créer un « effet d’appel à l’extraction et à la commercialisation de gaz » aux États-Unis, lit-on dans l’étude conjointe de l’Aitec et Attac, ce qui entraînerait l’expansion du « fracking », et l’accroissement des risques écologiques, mais aussi, côté européen, le développement d’infrastructures coûteuses pour réceptionner et stocker ce gaz naturel.

Quelle réaction des Américains?

Du côté de la commission, on parle d’un texte qui « consolide juridiquement l’ouverture de nos marchés de l’énergie » et « contribue à l’augmentation de la diversité de nos approvisionnements ». Il reprend par exemple des dispositions déjà existantes dans les textes du Gatt (l’ancêtre de l’Organisation mondiale du commerce) sur l’interdiction faite aux deux parties de contrôler leurs exportations d’énergie (en jouant sur les volumes, par l'intermédiaire de quotas, ou sur les prix). Mais il s’agit aussi d’assumer une « transition vers une économie sobre en carbone », par exemple en renforçant « la coopération dans le domaine de la recherche », ou encore en s’inspirant de « bonnes pratiques » de part et d’autre de l’Atlantique, en matière d’étiquetage.

Mais là encore, ces « bonnes pratiques » du volet « coopération » du texte laissent sceptiques les organisations de la société civile. À titre d’exemple, l’article 6 alinéa 2 plaide pour l'« autorégulation industrielle », notamment en matière d’étiquetage des appareils électroménagers ou d’éclairage. Mais le recours à cette « autocertification », chaque fois, selon le texte, « qu’elle produira des effets de manière plus rapide, ou à moindre coût, que des systèmes contraignants », n’est pas sans risque, selon les adversaires du TTIP. Elle pourrait ainsi mettre à mal certains articles de la directive européenne sur l'efficacité énergétique, un texte adopté en 2012 qui fixe des objectifs d’« efficacité énergétique » pour l’Europe.

La commissaire au commerce Cecilia Malmström en septembre 2015 à Bruxelles © CE

La commissaire au commerce Cecilia Malmström en septembre 2015 à Bruxelles © CE

Les associations regrettent aussi que la sensibilité du secteur énergétique sur le plan environnemental ne soit « nullement prise en considération, puisque le texte ne comporte aucune exception ou mesure de sauvegarde sérieuse en cas de crise écologique ou de risque environnemental ». D’autant que le mécanisme d’arbitrage État-investisseur (ISDS, dans le jargon), qui autorise une multinationale à attaquer en justice un État, et que la commission européenne espère transformer en une Cour des investissement, pourrait bien s’appliquer aux questions énergétiques (aucune exception ne semble prévue, à la lecture du chapitre).

Comment les négociateurs américains vont-ils réagir à cette proposition ? « Nous n’en savons fichtrement rien », assure une source européenne proche des négociations. Mais les débats s’annoncent difficiles, et les représentants du Congrès américain soucieux de défendre le protectionnisme américain suivent de près l’enjeu des exportations de gaz.

À ce stade, certains observateurs restent sceptiques sur la nécessité d’intégrer au TTIP un chapitre spécifique sur l’énergie. Ce fut déjà le cas dans les accords signés par l’UE avec l’Ukraine, la Géorgie ou Singapour. L’Alena (l’accord de libre-échange États-Unis - Canada - Mexique) en contient un également. Mais la pratique reste rare. Il n’existe pas de chapitre équivalent, par exemple, dans le Ceta, l’accord cousin du TTIP, négocié entre l’UE et le Canada. Dans la majorité de ces textes, l’énergie est considérée comme une marchandise comme les autres.

Les discussions qui s’ouvrent cette semaine à Bruxelles devraient aussi permettre d’y voir plus clair sur l’avenir de cette fameuse Cour des investissements : les Américains, très réticents jusqu’à présent, vont-ils maintenir leur hostilité à l'égard de ce chapitre ? Quant à l’accès des entreprises européennes aux marchés publics aux États-Unis, il figure lui aussi parmi les sujets de discorde attendus. Tout cela fait dire à la plupart des observateurs que le TTIP n’a aucune chance de voir le jour, même dans une version « consolidée », sans toilettage juridique, d’ici à la fin du gouvernement Obama en janvier 2017.

Les capitales, elles, doutent. « Le TTIP va tomber à l’eau », a prédit le 5 juillet le ministre italien du commerce, tandis que l’eurodéputé qui dirige la commission commerce au parlement de Strasbourg, lui, ne voit « pratiquement plus aucune chance » pour la conclusion d’un TTIP d’ici à la fin de l’année. Le chef du gouvernent français, Manuel Valls, a déclaré de son côté, fin juin, qu’« il ne peut pas y avoir d’accord de traité transatlantique », après le résultat du Brexit. Mais Jean-Claude Juncker, lui, estime avoir été conforté par l'ensemble des chefs d'État et de gouvernement, dans sa volonté de conclure un accord, lors du sommet européen fin juin. Les négociations techniques devraient se poursuivre tout l’été, tandis qu’une réunion clé entre Cecilia Malmström, la commissaire au commerce, et son homologue américain, est annoncée pour mi-septembre. Ils devraient alors prendre une décision sur la suite des opérations.

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 14:12

Le 11 juillet 2016 par Jade Lindgaard pour Mediapart, après Notre-Dame des Landes : vers un conflit de légitimité démocratique !

Environ 25 000 personnes se sont rassemblées ce week-end contre le projet d’aéroport. Les opposants commencent à s’organiser contre le risque d’une évacuation forcée de la ZAD. Au discours gouvernemental, ils opposent d’autres visions de la démocratie et de la liberté.

Chaque année depuis seize ans, les opposants au projet d’aéroport de NDDL se rassemblent sur un champ proche de la ZAD pour un week-end de débats et de concerts. Mais cette fois-ci, l’attente était particulière : après le référendum favorable à l’aérogare, combien de personnes continueraient-elles à se mobiliser ? La réponse rassure les organisateurs : environ 25 000 personnes sont passées par le lieu-dit Montjean les 9 et 10 juillet, selon leur estimation, contre 15 000 l’année dernière. C’est une « très forte mobilisation », selon l’Acipa, organisation historique des opposants, « on ne pouvait pas espérer meilleure réponse ». Sylvain Fresneau, un des agriculteurs condamnés à l’expulsion par la justice en début d’année, décrit des volontaires « encore plus nombreux que d’habitude ». Un habitant de la ZAD se réjouit : « Après la consultation, le mouvement se relève. C’est assez extraordinaire, le nombre qu’on est ce week-end. On est toujours aussi nombreux. »

Au lieu-dit Montjean, le 10 juillet 2016 (JL)

Au lieu-dit Montjean, le 10 juillet 2016 (JL)

Samedi en début d’après-midi, alors que les militants commencent à fouler l’herbe de la prairie où se dressent sept chapiteaux de débats, on ne compte plus les bénévoles en gilet jaune qui s’affairent sur le parking, sous les bâches des stands du QG d’organisation ou derrière les listes organisant le covoiturage. Une foule en t-shirts multicolores peuple le lieu. Beaucoup arborent l’autocollant ou le badge des opposants à l’aéroport, reconnaissable à son avion barré de rouge sur fond jaune. Des Nantais qui ont fait campagne pour le « non » à la consultation y croisent des membres de comités de soutien venus de Bretagne, du sud-est du pays ou de Paris. Les militants contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo, à Bure (Meuse), sont les invités d’honneur du week-end. Assis sur des rangées de chaises en plastique, des milliers de personnes écoutent les conférences sur la démocratie, la désobéissance ou les violences policières pendant que d’autres s’arrêtent aux stands associatifs et militants (La Confédération paysanne, France nature environnement, la CGT, Solidaires, journaux alternatifs…).
Des repas sont servis par des restaurateurs commerciaux ou des cuisines autogérées de la ZAD, qui proposent à chacun de laver son assiette et ses couverts dans les bassines de l’« autowash ». Les occupants de la zone à défendre accueillent sous leur tente des militants contre le projet de liaison ferroviaire Lyon-Turin et diffusent tracts, livres, affiches et le journal ZAD News. Une banderole rose et noir flotte à l’entrée de leur espace : « Zone à défendre : résistance & sabotage ». Des enfants sillonnent le champ à bord d’une voiture rouge à pédales. Leurs rires et leurs cris égaient les débats qui s’enchaînent.

Et maintenant que va-t-il se passer ? Dominique Fresneau, coprésident de l’Acipa, appelle à un nouveau week-end de rassemblement contre l’aéroport les 8 et 9 octobre. La date n’est pas choisie au hasard : le gouvernement a plusieurs fois annoncé vouloir évacuer les occupants de la ZAD à l’automne ou en octobre. « Manuel Valls donne un rendez-vous en octobre, on ne va pas rester les bras croisés à l’attendre. » Plusieurs heures de discussions ont été consacrées à l’organisation de la résistance aux évacuations ce week-end. Des militants se demandent s’il vaut mieux prévoir de converger vers la ZAD en cas d’expulsion, ou privilégier des actions décentralisées visant le gouvernement ou Vinci, la multinationale concessionnaire du projet d’aéroport. Blocages des voies de circulation et de transport, soutien logistique extérieur, appel aux cheminots, manifestations communes avec les opposants à la loi travail : chacun y va de sa proposition lors de la réunion intercomités, pleine à craquer, samedi après-midi. En 2012, lors de la première tentative d’évacuation de la ZAD, des milliers de personnes étaient venues soutenir les opposants à l’aéroport. « Cette fois-ci, cela se passera peut-être très différemment,  avec des assignations à résidence, des arrestations préventives », met en garde un occupant de la ZAD, du fait de l’état d’urgence et des méthodes répressives contre les militants opposés à la loi El Khomri.L’association Des ailes pour l’Ouest, favorable au projet d’aéroport, a déjà appelé le gouvernement à vider la zone de ses occupants et à commencer le chantier : « La participation massive à la consultation du 26 juin et le choix très clair, à plus de 55 %, ne laissent aucune alternative à l’État. » Pour eux, « ce vote fait force de loi et s’impose à tous, y compris les zadistes qui doivent partir d’eux-mêmes durant l’été ». L’association annonce vouloir « prendre des initiatives » pour que les habitants du département appellent au départ des occupants de la ZAD et soutiennent les forces de l’ordre.

Sur un chapiteau du rassemblement contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 9 juillet 2016 (JL)

Sur un chapiteau du rassemblement contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 9 juillet 2016 (JL)

Dimanche matin, durant deux heures, les principaux collectifs composant le mouvement contre l’aéroport ont défendu leur vision de la démocratie : contre le rouleau compresseur institutionnel, l’incapacité des pouvoirs publics à se remettre en cause, l’expertise officielle biaisée, le mépris des mobilisations citoyennes. Pour une démocratie directe, instruite des savoirs militants et de contre-expertise citoyenne, nourrie de solidarités, de volonté d’alternatives au monde marchand, de confiance dans la créativité contestataire et d’amour de son lieu de vie. Deux habitants de la ZAD ont expliqué leur désaccord avec l'« idéal de démocratie » car « on n’a aucune envie de gouvernement, même pas d’un gouvernement qui serait notre propre gouvernement et qui produirait des décisions qu’il faudrait respecter ». Ils lui préfèrent l’auto-organisation, le refus des oppressions et des dominations : « La critique de la démocratie va de pair avec les enjeux d’émancipation, de réappropriation populaire de la politique et du sens de nos vies. » Les naturalistes en lutte ont décrit leur travail d’« experts par passion pour la nature, pour l’équité et pour la vérité ». À leurs yeux, l’émergence d’une contre-expertise indépendante et sa réalisation autonome sont une expérience « démocratique » riche mais la confrontation de ces nouvelles connaissances avec le système en place « ne permet hélas que d’éclairer par un cas concret toutes les barrières qui garantissent actuellement la neutralisation d’une démocratie réelle ». Leur hommage à Rémi Fraisse, naturaliste tué par les gendarmes lors d’un rassemblement contre le barrage de Sivens en 2014 a été longuement applaudi.

Acipa, paysans, juristes, atelier citoyen, élus contre l’aéroport, Coordination des opposants : chaque porte-parole a affiché sa détermination à poursuivre la lutte. L’émotion était palpable, dans les mélodies jouées à la cornemuse par un militant musicien. Dans les paroles de Sylvie Thébault, agricultrice historique de la ZAD condamnée à l’expulsion : « Nous, agriculteurs, avons cru au bon sens, à l’intelligence des décideurs et avons été ridicules. »

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 09:39
Le nucléaire perd du terrain face aux énergies renouvelables. (Pixabay.com)

Le nucléaire perd du terrain face aux énergies renouvelables. (Pixabay.com)

La compétitivité de l’atome est de plus en plus mise à mal face aux énergies vertes rappelle David Vives dans ce résumé de la situation nucléaire française le 8 juillet pour http://www.epochtimes.fr/nucleaire-francais-contradictions-13871.html.

Du 28 au 30 juin, la World Nuclear Exhibition, grand messe du nucléaire, battait son plein au Bourget. La filière, qui regroupe en France le travail de 2 500 entreprises, est en difficulté. Face aux énergies renouvelables, dont l’efficacité et l’exploitation ne cessent de progresser, l’énergie de l’atome est de moins en moins compétitive.

En 2015, dans le monde, 300 milliards d’euros ont été investis dans les énergies renouvelables, soit dix fois plus que dans le nucléaire.

Deuxième parc nucléaire au monde derrière les États-Unis, la France défend une très bonne réputation de sûreté et compte ses VRP de luxe, tels Emmanuel Macron.

L’industriel Hubert Wargner, directeur du développement pour le secteur Énergie pour Alten, assurait que « le savoir-faire français reste une référence ». Face à la concurrence russe ou coréenne, les Français tentent d’imposer leur griffe dans le mix électrique mondial et de gagner du terrain sur les marchés émergents comme la Chine.

Faible compétitivité de l’atome ?

En coulisses, pourtant, les chiffres du nucléaire montrent une réalité plus complexe. D’après un document interne d’EDF que s’est procuré le JDD, près de 300 milliards d’euros devront être mis sur la table pour renouveler le parc nucléaire français. Suivant les nouvelles recommandations de sécurité de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), en vigueur depuis Fukushima, le prolongement de dix ans du parc nucléaire actuel coûtera entre 100 et 260 milliards d’euros au lieu des 35 milliards initialement prévus par EDF.. Soit plus que le coût de sa construction, qui s’élevait selon la Cour des comptes à 96 milliards d’euros.
Le prix du nucléaire se ressent aussi dans la facture d’électricité qui a augmenté de 20 % en trois ans et devrait probablement continuer à grimper. Le coût des externalités, qui comprend subventions, dépollutions, cadeaux aux dictateurs africains – l’uranium du nucléaire français provient pour une large part du sous-sol de l’Afrique –, opérations militaires de sécurisation des sites, se reporte également sur la facture.

Ces nouvelles alourdissent un peu plus le bilan financier d’Areva et d’EDF, au bord de la faillite. La valeur boursière d’EDF, détenue à 85 % par l’État, a perdu 136 milliards d’euros en sept ans. Pour finir, le projet d’enfouissement des déchets nucléaires de Cigéo a été estimé à 33 milliards d’euros par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA), au lieu des 15 milliards initialement prévus.

Coût du nucléaire en France

Coût du nucléaire en France

Le pari très risqué de l’EPR

L’EPR en phase de construction, pressenti comme l’avenir de la filière nucléaire française, remplit difficilement ses promesses. En plus d’enregistrer un retard de cinq ans, le réacteur nouvelle génération a présenté des défauts de sûreté au dernier contrôle effectué par l’ANR. Pourtant, cela n’empêche pas EDF de vendre son projet sur le marché : à Hinkley Point, en Angleterre, le fournisseur d’énergie s’est engagé à assumer les deux tiers de la construction de deux réacteurs EPR, pour un total de 24 milliards d’euros.
Le projet rencontre une vive contestation outre-Manche, même parmi les défenseurs du nucléaire. Là encore, la viabilité économique du projet est remise en question : l’Angleterre a promis de racheter l’électricité à EDF 125 euros le MWh. Mais la dévaluation de la livre pourrait faire peser encore un peu plus le coût du projet côté anglais. En mai, Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, se demandait « si [la France devait] poursuivre ce projet ». « Je pense que si Hinkley Point ne se concrétisait pas, cela ne mettrait pas en péril le secteur français du nucléaire », continuait-elle, interrogée par le Financial Times.

« La principale difficulté avec l’EPR est qu’on a lancé plusieurs chantiers en même temps dans le monde, sans avoir pour l’instant aucun retour d’expérience complet sur la construction d’un réacteur », affirme Hubert Wargner. Pourtant, malgré les échecs et les perspectives des EPR actuels, les commandes ne cessent d’affluer. Xavier Bertrand affiche sa volonté d’avoir une centrale EPR dans les Hauts-de-France. Emmanuel Macron prend également la défense de la filière.
L’estimation initiale du prix du MWh que délivreront ces nouvelles centrales, de l’ordre de 46 euros, n’a cessé de grimper depuis 2010. Bien que ces coûts soient difficiles à prévoir, en 2012, la Cour des comptes signalait que le MWh pourrait valoir entre 70 et 90 euros. Avec l’augmentation des dépenses liées à la maintenance et les retards, ce coût pourrait aujourd’hui atteindre
120 euros.

Le boom des énergies renouvelables

Si ces chiffres devaient se confirmer, le choix du nucléaire s’avère de plus en plus difficile à justifier. Car en face, la concurrence des énergies vertes est rude. Le prix de l’éolien terrestre (80 euros/MWh), mais surtout du photovoltaïque, dont les technologies future pourraient porter le prix de l’électricité à 50 euros/MWh en 2050. En 2014, une équipe franco-allemande a atteint un taux de conversion lumière/électricité de 46 % (contre 10 % actuellement). De plus, plus 80 % de ses infrastructures construites aujourd’hui sont recyclables.

« Quand on regarde les prix vers lesquels on va, que ce soit pour l’éolien, le solaire, les nouveaux moyens de production en nucléaire ou en fossile, on est en train de converger vers une gamme entre 80 et 120 euros du MWh », affirme Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables. En 2015, dans le monde, 300 milliards d’euros ont été investis dans les énergies renouvelables, soit dix fois plus que dans le nucléaire. D’après l’Agence internationale de l’énergie, la tendance est à la baisse du coût des énergies solaires, ce qui pourrait faire du solaire la première source d’énergie mondiale d’ici à 2050.« Pour les années à venir, les énergies renouvelables ne seront plus un facteur d’augmentation du prix de l’électricité, mais au contraire un facteur de stabilité du prix », précise Jean-Louis Bal.

Les énergies renouvelables présentent également des difficultés. Par exemple, il est difficile de produire du solaire la nuit. Ou encore, les infrastructures actuelles des pays développés, pensées pour intégrer l’énergie issue du nucléaire ou des énergies fossiles. Cependant, les pays émergents, qui ont opté plus tôt pour les énergies vertes, peuvent à terme faire peser le mix électrique en faveur du renouvelable. Des coopératives françaises et belges telles qu’Enercoop ou Ecopoxer proposent déjà une électricité 100 % renouvelable. Se pose la question, pour le gouvernement français, des acteurs qu’il privilégiera dans son mix électrique futur.

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 17:14

À l’initiative du Collectif pour la défense et l’extension du parc de la Courneuve George-Valbon et du collectif Notre parc n’est pas à vendre.

Il y a plus d’un an, l’architecte Roland Castro, soutenu par Manuel Valls et Stéphane Troussel, proposait un projet appelé « Central Park » visant à bétonner le parc de la Courneuve : 24 000 logements et une amputation d’au minimum 80 hectares classés Natura 2000.

Une grande mobilisation populaire, avec plus de 16 000 personnes signataires de la pétition, s’est opposée à ce projet anti-écologique, antisocial et antidémocratique. Nous avons fait reculer une partie des autorités publiques qui ne parlent plus de ce projet. C’est une première et importante victoire.

Mais, aujourd’hui, le parc est toujours menacé.

Nous sommes face à une multitude de projets portés par l’État, le Conseil départemental, le Grand Paris et certains élus locaux.

L’État souhaite toujours bétonner les “franges” du parc et des élus locaux demandent à construire sur les parties du parc situées à Dugny, comme La Pigeonnière.

Le terrain des Essences qui appartient à l’État va servir à des constructions qui vont impacter le parc. Quant à l’Aire des Vents, le président du Conseil départemental voudrait y installer le village des médias en cas d’obtention des JO en 2024. Là encore, ce projet aboutirait à construire des bâtiments.

Provisoires ? Définitifs ?

Tous ces projets s’élaborent loin des habitants et des usagers. Ils ont pour point commun de vouloir réduire, morceler ou privatiser le parc pour des promoteurs immobiliers. Ils sont dangereux.

Pour un projet d’extension et de valorisation

Notre Collectif défend une autre vision et un autre projet pour le parc. À l’heure des enjeux climatiques, de santé publique et des inégalités d’accès aux espaces verts de détente et de loisir, le seul projet ambitieux et d’avenir pour les habitant-e-s des quartiers c’est l’extension du parc. Les créateurs du parc avaient imaginé qu’il atteindrait 800 hectares. Il n’est pas trop tard pour reprendre cette ambition à la hauteur des enjeux du 21e siècle.

Pour ces raisons, nous appelons les habitant-e-s du 93, les salarié-e-s et les usagers du parc à se mobiliser et à nous rejoindre pour une grande journée dimanche 10 juillet (Rdv devant la Maison du parc) avec…

dès 10h : ballades découvertes à pied et en vélo dans le parc ;

12h-14h : grand pique-nique ;

14h-16h : ateliers et débats sur les projets qui menacent le parc et son avenir ;

Atelier Photos : le parc en famille (Venez nous faire partager vos prises de vues réalisées sur le parc en famille, seul-e-s ou en groupes)

www.petitions24.net/stop_au_projet_central_park

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 14:31

(communiqué)

Europe Écologie Les Verts apprend avec consternation l’évacuation des opposants au projet Cigéo de la forêt de Mandres, près de Bure, dans la Meuse.

La forêt était occupée par des militants pacifiques s’opposant au défrichage illégal que voulait pratiquer l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Cette agence, chargée de faire construire et d’exploiter Cigéo a commencé les travaux sans base légale.

Les écologistes rappellent que la loi décidant de l’enfouissement des déchets radioactifs n’est pas encore votée, ni le lieu formellement décidé.

À Sivens, c’est une situation similaire qui a entrainé la mort de Rémi Fraisse : le gouvernement avait décidé de passer en force, et de déloger des occupants pacifiques, provoquant le drame que nous connaissons. Depuis, la déclaration d’utilité publique a été annulée par un tribunal. ll aura fallu qu’un jeune étudiant en botanique perde la vie pour qu’un barrage inutile et illégal ne se fasse pas.

Enfin, Europe Écologie Les Verts rappelle sont opposition au projet Cigéo. Cigéo, c’est l’enfouissement à plus de 500 mètres sous terre de déchets radioactifs à vie longue, c’est à dire qu’ils resteront radioactifs pendant plus de 100 000 ans, et certains pendant 1 million d’années. Ce projet met en danger la nappe phréatique et les terres en surface, et engage l’humanité.

Les écologistes appellent à mettre fin à ce projet démesuré, et rappellent que la réversibilité des solutions est une exigence pour les générations futures.

Julien Bayou, Sandra Regol, porte-parole nationaux

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 08:34

 

Par Philippe Mesmer (correspondant à Tokyo) et Pierre Le Hir, pour Le Monde le 6 juillet 2016.

Des salariés de Tepco dans le réacteur 4 de Fukushima, en novembre 2013. | POOL New / Reuters / REUTERS

C’est une découverte qui renforce la spécificité de la catastrophe nucléaire de Fukushima et modifie l’étude de son impact environnemental et sanitaire. Lors de la conférence de géochimie Goldschmidt organisée du 26 juin au 1er juillet à Yokohama, au sud de Tokyo, une équipe réunissant des chercheurs de différentes universités, notamment de Kyushu (sud-ouest du Japon) et de Nantes (Loire-Atlantique), a révélé que 89 % des émissions de césium radioactif des trois réacteurs dont le cœur a fondu en mars 2011, l’ont été sous la forme de microparticules de verre.

Celles-ci ont été décelées dans les poussières recueillies, le 15 mars 2011, par un filtre à air installé sur un bâtiment de Suginami, un arrondissement de l’ouest de Tokyo. Elles ont été détectées grâce à des analyses postérieures menées « par autoradiographie et par microscopie électronique à balayage », explique Satoshi Utsunomiya, professeur du département de chimie de l’université de Kyushu, et l’un des auteurs de la présentation. De telles particules ont aussi été trouvées dans des échantillons de sols de rizières prélévés un an après la catastrophe à Okuma, une ville où se situe la centrale nucléaire et où, d’après le professeur Utsunomiya, « le sol est fortement contaminé ».

Interaction entre les cœurs fondus et le béton

L’existence de ces microparticules était connue depuis 2013 et avait déjà donné lieu à plusieurs publications. Mais ce qu’on ignorait, c’est que la quasi-totalité du césium relâché dans l’environnement par les explosions survenues dans les réacteurs de Fukushima ne se présentait pas sous forme d’aérosols classiques, mais de ces minuscules billes de verre.

D’une taille comprise entre 0,58 et 5,3 micromètres (millionièmes de mètres), elles sont composées principalement de silice et contiennent également du fer, du zinc, du plomb et du chlore. Elles concentrent une forte quantité de césium 134 et de césium 137, deux isotopes radioactifs qui constituent des produits de fission de la réaction nucléaire.

« Leur formation pourrait être le résultat d’une interaction entre les cœurs fondus et le béton des réacteurs », avance le professeur Utsunomiya. Celle-ci aurait été provoquée par la température extrême, de l’ordre de 2 000 °C, qui a été atteinte lors de la catastrophe dans les bâtiments nucléaires. Un tel phénomène n’avait pas été observé lors de l’accident de Tchernobyl de 1986 – même si on a trouvé du césium piégé dans des particules de combustible irradié dans le voisinage de la centrale ukrainienne –, ni lors des analyses réalisées après des essais nucléaires.

Plus irradiantes et persistantes

Un employé de Tepco marche devant le réacteur 1 de la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon, en février 2016. | TORU HANAI / AP

La particularité de ces microbilles de verre est d’être, à masse équivalente, « beaucoup plus irradiantes »que les autres aérosols, parce que le césium y est très concentré, explique Bernd Grambow, directeur de l’unité de recherche Subatech (École des mines de Nantes, CNRS, université de Nantes), qui a participé à ces travaux. Mais aussi d’être plus persistantes, car elles sont, sinon insolubles, beaucoup plus difficilement dissoutes.

Ces caractéristiques posent la question de leur impact sanitaire potentiel. D’autant que si la radioactivité du césium 134 diminue de moitié tous les deux ans, celle du césium 137 n’est divisée par deux qu’au bout de trente ans. Ces radionucléides, s’ils sont ingérés ou inhalés, se fixent sur les muscles. « Comme tous les radionucléides incorporés, le césium est susceptible, en fonction de la durée et de la dose d’exposition, d’augmenter la probabilité d’apparition de cancers radio-induits, sur le long terme », expose Jean-René Jourdain, directeur adjoint de la protection de l’homme à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) français.

« D’un point de vue scientifique, les conséquences radiologiques de l’inhalation de césium vont devoir être réévaluées, à la lumière de la découverte de ces particules dont la solubilité est très faible »

Olivier Masson, spécialiste des aérosols à l’IRSN

Dans le cas présent, à supposer que des riverains de Fukushima – ou des habitants de Tokyo – aient inhalé des microbilles au césium et que celles-ci soient demeurées longtemps dans leurs poumons, des atteintes locales, fibroses ou même nécroses, sont théoriquement possibles.

Aux yeux des experts, il n’existe pourtant pas de risque sanitaire significatif et « il n’y a pas lieu de reconsidérer le bilan de Fukushima ». En effet, « l’organisme met en œuvre des mécanismes d’épuration et d’élimination », explique Olivier Masson, spécialiste des aérosols à l’IRSN. « Nous ne sommes pas du tout dans le cas de figure de l’iode radioactif qui se fixe sur la glande thyroïde et qui constitue, lors d’un accident relâchant des radioéléments, le principal danger », ajoute-t-il.

Pour autant, il estime que « d’un point de vue scientifique, les conséquences radiologiques de l’inhalation de césium vont devoir être réévaluées, à la lumière de la découverte de ces particules dont la solubilité est très faible ».

Opérations de décontamination

La détection de ces microparticules à Tokyo, à 230 km de la centrale endommagée, confirme en tout cas l’importance des rejets radioactifs et l’étendue des zones touchées dans les jours qui ont suivi la fusion de trois des six réacteurs de l’installation de Fukushima, après le séisme et le tsunami du 11 mars 2011. Le professeur Utsunomiya précise : « Aujourd’hui, il n’y a plus d’émissions de radionucléides de la centrale, car les réacteurs sont refroidis. Le problème actuel du site est celui des fuites d’eau contaminée. »

Cette découverte pourrait aussi modifier les modélisations des retombées en cas de catastrophe nucléaire, et la manière de conduire les opérations de décontamination du césium. Sur ce point, le gouvernement japonais est engagé dans une vaste opération couvrant près de 2 400 km², pour un coût estimé à 2 480 milliards de yens (22 milliards d’euros). Son efficacité n’est pas toujours avérée. Nombre de maisons doivent être décontaminées à plusieurs reprises, la pluie et le vent déplaçant les substances radioactives, surtout en zones montagneuses.

La présentation de ces analyses, qui devraient faire l’objet d’une publication dans une revue scientifique, survient alors que le gouvernement cherche à relancer le nucléaire au Japon. Actuellement, seuls les deux réacteurs de la centrale Sendai, dans le département de Kagoshima (sud-ouest), ont redémarré.

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 12:47

SANTÉ. Chaque année en France, près de 1 400 personnes meurent prématurément  à cause des poussières de charbon émises par les centrales de nos voisins.

Par Élodie Chermann le 6 juillet 2016 pour Le Parisien.                                      Suivi de Dans les Balkans, la dictature du charbon par Simon Roger, envoyé spécial du Monde en Bosnie-Herzégovine et Monténégro.

NON, la France n’en a pas fini avec le charbon. D’après une étude publiée hier par les ONG WWF, Alliance pour la santé et l’environnement (Heal), Réseau action climat-Europe (CAN Europe) et Sandbag, les émissions de poussières de charbon causent près de 1 400 décès prématurés dans l’Hexagone chaque année. 

Nos installations, qui se comptent sur les doigts d’une main, n’y sont pas pour grand-chose. La faute revient essentiellement à celles de nos voisins allemands, britanniques, polonais, espagnols et tchèques. « Dans l’imaginaire collectif, le charbon renvoie au XIX  e siècle, au temps des machines à vapeur, constate Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement. Or il représente encore 24 % du mix énergétique en Europe et 18 % des émissions de gaz à effet de serre. » 

Un coût sanitaire de 62,3 Mds€

Le fruit d’une étrange réaction en chaîne. « Quand les Etats-Unis ont mis la priorité sur le gaz de schiste il y a une dizaine d’années, la demande de charbon a chuté et avec elle son prix. Dès lors, certains pays dont la Pologne et l’Allemagne ont profité de l’aubaine pour rouvrir des centrales. » Le hic, c’est que le charbon émet à la fois du dioxyde de soufre et des particules fines, les plus dangereuses pour la santé. « Quand elles atteignent le poumon profond, ces suies provoquent une réponse inflammatoire qui peut se traduire par des pathologies respiratoires comme les bronchites ou les crises d’asthme, explique Francelyne Marano, professeur émérite de biologie et de toxicologie à l’université Paris-Diderot. Dans certains cas, elles peuvent se propager dans le sang avec le risque d’entraîner un accident cardiaque, voire, chez les personnes fragiles, la mort. » 

Ainsi, les coûts sanitaires liés au charbon se seraient élevés à plus de 62,3 Mds€ en 2013. « Les pollutions ne connaissent pas de frontières ! rappelle Pascal Canfin, directeur général du WWF France. Quand un pays se remet au charbon, ce sont tous ses voisins qui en font les frais. » Sans aucun moyen de s’en prémunir. 

« L’arbre du charbon ne doit cependant pas cacher la forêt du diesel », insiste Franck Laval, porte-parole d’Ecologie sans frontière. « Chaque année, en Europe, 450 000 personnes meurent à cause de la qualité de l’air. Et les premières touchées par le risque de maladies cardio-vasculaires sont celles qui vivent dans une bande de 300 m autour des grands axes routiers. Il ne faut pas se tromper de combat ! »

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Dans les Balkans, la dictature du charbon

Malgré leur impact sur l’environnement, douze centrales sont en activité, réparties entre la Bosnie, la Serbie, le Monténégro, le Kosovo et la Macédoine. À proximité des douze centrales, les sols, les sédiments, l’eau, la chaîne alimentaire, tout est contaminé. Dix-sept autres devraient être construites à l’horizon 2030.

Par Simon Roger (Bosnie-Herzégovine et Monténégro, envoyé spécial) le 5 juillet 2016 pour Le Monde sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/07/05/dans-les-balkans-la-dictature-du-charbon_4963690_3244.html?xtmc=balkans&xtcr=2

Centrale à Ugljevik en Bosnie, en mars 2016. Photos :  Ziyah Gafic pour Le Monde.

Hérissée de hautes tours de refroidissement, la centrale à charbon de Tuzla n’en finit pas d’envelopper l’agglomération de l’est de la Bosnie-Herzégovine de ses panaches de fumée. Inaugurée en 1963, la doyenne des centrales bosniennes est aussi la plus puissante des unités de production électrique du pays (715 mégawatts). Et l’une des plus polluantes. Pour prendre la mesure des impacts environnementaux de l’usine vieillissante, il faut emprunter une piste forestière semée d’ornières et de pierres saillantes. « La route principale est sous vidéosurveillance, le poste de de sécurité repérerait rapidement notre voiture et nous obligerait à rebrousser chemin » explique, les mains cramponnées sur le volant, Goran Stojak, le villageois chargé de représenter les communautés riveraines de la centrale auprès des autorités cantonales. La fin du parcours, à pied, traverse une forêt d’arbres chétifs. Au bord du lac où se déversent les eaux usées de l’usine, stagne un liquide saumâtre dont le PH est si basique – PH 12, comparable à celui de l’eau de javel – que l’étang ne compte plus un seul poisson.

En activité depuis 1963, Thermoelektrana Tuzla est la doyenne des centrales à charbon bosniennes

« Les rejets de la centrale détruisent tout, observe le technicien du bâtiment. La combustion du minerai produit beaucoup de gaz carbonique (CO2) – principal responsable du réchauffement climatique –, mais également de l’oxyde d’azote (NOx), du dioxyde de soufre (SO2), des matières particulaires (PM) et des métaux lourds, qui font du charbon la plus nocive des énergies fossiles. Cela fait des années que nous envoyons des courriers à l’inspection fédérale pour dénoncer cette pollution massive, l’absence de système de recyclage des eaux usées, le refus d’indemniser les propriétaires des terrains sur lesquels sont évacuées les cendres. Nos actions sont restées sans réponse. » Enfin, pas tout à fait, puisque des agents de police ont été dépêchés en 2015 au domicile de Goran Stojak, le sommant de ne plus relayer les plaintes des villageois.

Les suies produites par la combustion du minerai rendent les champs environnants infertiles

« Aidez-nous »

Lorsque les fumées toxiques sont trop épaisses, les habitants de Divkovici restent confinés chez eux

« Certaines journées, les fumées sont si denses que l’on est obligé de rentrer chez soi et de se calfeutrer, souligne Goran Stojak. Ici, on lutte pour survivre. » Kristina, sa femme, a été licenciée de la centrale en représailles aux revendications de son mari. Son fils d’un an et demi présente des troubles pulmonaires. Divkovici, le village majoritairement croate où vit la famille Stojak, comptait 540 habitants au début des années 1990. La guerre de Bosnie (1991-1995) et la pollution ont eu raison de ce hameau agricole, où ne subsistent aujourd’hui que 80 personnes. « Beaucoup d’entre nous sont morts prématurément, plus personne ne veut rester », se désole Pejo Tucijic. La veille, il a enterré sa sœur, emportée par un cancer du poumon. « Aidez-nous », exhorte le retraité, qui n’attend plus rien des pouvoirs publics, qu’il accuse de favoriser les intérêts de la population bosniaque au détriment de la minorité croate.

Pejo Tucijic,le lendemain de l'enterrement de sa soeur emportée par un cancer du poumon, à Divkovici

Pejo Tucijic n’a pas davantage confiance en la direction de l’usine, qui n’a pas tenu sa promesse de fournir gratuitement l’électricité au village. « Avec ces cendres qui s’immiscent partout, on consomme au contraire plus d’électricité et plus d’eau », grommelle Mila Divkovic, 58 ans, dont la pension de 160 euros par mois parvient péniblement à nourrir son mari et ses deux fils sans emploi. En Bosnie, le salaire moyen s’établit autour de 415 euros par mois, et le taux de chômage dépasse les 40 %. A la lisière de son terrain apparaît une étendue vierge, couverte de suies acheminées par de longs pipelines rouillés. « Le sol est recouvert de 10 centimètres de résidus, indique Goran Stojak, en malaxant ce sable gris. Une ONG de Sarajevo a été invitée, à grand renfort de caméras, à venir replanter des acacias. Rien n’a poussé. Mais le plus grave, c’est d’avoir confié à des enfants la tâche de manipuler cette terre toxique. »

Le remblai qui délimitait initialement l’aire de dépôt a été aplani, seuls deux panneaux érigés aux extrémités de cette étendue infertile mettent les riverains en garde : « accès interdit aux personnes étrangères à la centrale, pipelines interdits, baignade interdite ». Le cours d’eau en contrebas, aux rives d’un noir profond, a trouvé un autre usage. « L’eau de surface est un très bon pesticide pour nos cultures maraîchères », confie le porte-parole des villageois. Plusieurs échantillons ont été prélevés par le Centre pour l’écologie et l’énergie (CEE), une ONG de Tuzla, pour analyse.

Le village de 540 habitants au début des années 1990 n'en compte plus que 80 aujourd'hui. Envoyés dans un laboratoire tchèque offrant les garanties d’indépendance nécessaires, les prélèvements révèlent par exemple des taux de chrome jusqu’à 80 microgrammes par litre (µg/l), alors que les concentrations habituelles dans les eaux de surface sont inférieures à 2 µg/l. Les oignons, carottes, patates et choux du potager de Mila Divkovic présentent eux aussi des concentrations élevées de chrome, arsenic, cadmium, mercure, nickel, plomb… dont on retrouve la trace dans des échantillons de cheveux également expertisés. « Les sols, les sédiments, l’eau, la chaîne alimentaire, tout est contaminé », insiste Abdel Jozic, enseignant au département d’ingénierie environnementale de la faculté de technologie de Tuzla.

« Tout est contaminé »

À quelques encablures de la centrale prospèrent une cimenterie, une cokerie, une fabrique de soude et des décharges de produits industriels.

« Comme si cela ne suffisait pas pour une agglomération de 140 000 habitants, de nouvelles unités de la centrale et une usine de retraitement des huiles usagées doivent prochainement sortir de terre », ironise Denis Zisko, du CEE. La topographie des lieux aggrave encore la situation : la majeure partie des fumées émises par le complexe minier, auxquelles s’ajoutent les émanations des systèmes de chauffage domestique et les gaz d’échappement du parc automobile très vétuste, restent prisonnières de la vallée occupée par Tuzla.

Pays riche en lignite, la Bosnie prévoit de tripler son nombre de centrales dans les dix ans à venir

« L’air présente des concentrations de particules fines allant jusqu’à 200 microgrammes par mètre cube d’air, alors que l’OMS prend pour référence un taux moyen de 10 µg/m3 d’air », pointe Dzemila Agic. Mais la directrice du CEE veut garder espoir. « Les gens prennent peu à peu conscience du danger. En janvier, nous avons réussi à mettre en place un groupe de travail sur la qualité de l’air, il va obliger les autorités à s’atteler au problème. » L’une des priorités de l’instance d’une cinquantaine de membres composée de citoyens, d’experts et de scientifiques est d’arrêter un dispositif de lutte contre les pics de pollution. « L’hiver dernier, les écoliers ont poursuivi leurs activités sportives durant les journées les plus polluées, se désole Dzemila Agic. Nos établissements scolaires ferment les jours de tempête de neige, d’inondation ou de canicule, mais rien n’est prévu en cas de pic de pollution. »

Les légumes du potager de Mila Divkovic présentent des taux de pollution élevés : "je le sais, mais comment faire autrement ?"

Niveau de pollution extrême

À Tuzla, aucune mesure de fermeture des établissements scolaires n'est prévue pendant les pics de pollution

En janvier, la ville voisine de Lukavac a connu, elle aussi, un sursaut citoyen lorsque un millier de personnes ont manifesté après la publication des données de la station de mesure de la qualité de l’air locale. Les chiffres faisaient état de niveaux de pollution inquiétants et sans doute sous-évalués, estime Abdel Jozic, car « près de 75 % des données n’ont pas été correctement enregistrées ». « Plusieurs paramètres, comme la direction du vent ou le taux d’humidité de l’air, n’ont pas été pris en compte par les instruments de mesure, pas plus que plusieurs polluants, le benzène par exemple », ajoute l’enseignant.

Wagonnets de charbon traversant le lac de Lukavac

Pour pallier les informations lacunaires transmises par les stations de mesure, l’ONG basée à Bruxelles Health and Environment Alliance (HEAL) a croisé diverses bases de données, afin d’évaluer le « coût » de santé publique des quatre centrales à charbon de Bosnie. Selon le rapport rendu public ce printemps à Sarajevo, les dépenses sanitaires liées à cette activité atteignent 3,1 milliards d’euros par an. Les deux tiers sont supportés par les Etats riverains, les fumées toxiques traversant aussi facilement les frontières que le nuage radioactif de Tchernobyl en son temps ! « Le recours au charbon provoque des bronchites, des crises d’asthme, d’autres symptômes respiratoires en Bosnie, mais aussi hors de ses frontières. On estime que plus de 2 500 décès prématurés sont causés chaque année en Europe par les centrales à charbon bosniennes, alerte la pneumologue Zehra Dizdarevic, associée à l’étude de l’ONG européenne. En décembre 2015, les pics de pollution à Sarajevo avaient fait la “une” des journaux pendant trois jours, avant que le sujet ne disparaisse. Mais la question reste toujours aussi préoccupante. »

À Banovici, une femme remplit sa brouette de débris de minerai

Alors que sept pays de l’Union européenne ont définitivement tourné le dos au charbon pour la production électrique (la Belgique, les Pays baltes, le Luxembourg, Chypre et Malte) et que le Royaume-Uni a réduit d’un tiers ses capacités, les Balkans restent attachés au minerai noir. Douze centrales sont aujourd’hui en activité et dix-sept autres devraient être construites à l’horizon 2030 en dépit des efforts de diversification énergétique prônés par la Communauté de l’énergie, l’instance de coopération qui lie depuis 2006 l’UE et les Balkans. Tuzla, en Fédération de Bosnie-Herzégovine, et Ugljevik, en République serbe [l’autre entité administrative de Bosnie-Herzégovine], prévoient d’augmenter leur capacité respective de 900 et 600 mégawatts : deux villes-clés sur la carte du charbon balkanique.

Centrale d'Ugljevik

La route entre Sarajevo et Tuzla, comme celle reliant Tuzla à Ugljevik portent les mêmes stigmates de la guerre. Elles sont bordées de nombreux cimetières et de petites pancartes représentant une tête de mort qui signalent la présence de mines dans les sous-bois. La Bosnie en recenserait plus d’un million. Aux abords d’Ugljevik, les drapeaux aux trois couleurs, rouge, bleu et blanc, flottant aux balcons des édifices publics rappellent que la ville est en République serbe. La centrale thermique, ouverte en 1985, affiche d’autres signes distinctifs : une cheminée culminant à 310 mètres et une charpente métallique massive, vestige d’un chantier inachevé. « La construction de cette unité a été interrompue par la guerre, explique Igor Kalaba, du Centre pour l’environnement de Banja Luka. Une action judiciaire a été lancée par la compagnie d’électricité slovène, partenaire du projet, qui réclame 760 millions d’euros d’indemnisation. »

Culminant à 310 mètres, la cheminée de la centrale d'Ugljevik, en République serbe de Bosnie, est l'une des plus hautes d'Europe

Risque « majeur » pour l’emploi

Ce procès ne freine pas les ambitions de la direction de la centrale, qui couvre déjà près de 45 % des besoins énergétiques de la République serbe et met la touche finale à un nouveau projet. Baptisée Ugljevik 3, la troisième tranche de l’usine pourrait voir le jour dès 2020, avec l’aide de l’homme d’affaires russe Rashid Sardarov et de compagnies chinoises, déjà présentes à Stanari, plus à l’ouest, où une centrale de nouvelle génération vient d’entrer en exploitation. À Ugljevik, des baraquements à flanc de colline sont déjà prêts à accueillir les futurs ouvriers chinois, et une usine de désulfuration, financée par des capitaux japonais, doit compléter le dispositif.

« Les technologies nouvelles qui vont réduire les émissions polluantes requièrent des investissements lourds, argumente Zlatko Malovic, le chef de projet d’Ugljevik 3, réquisitionné pour répondre à la presse et encadrer la visite de l’usine actuelle. Les Asiatiques ont été les premiers à répondre positivement à notre demande de capitaux. » « La nouvelle centrale va nous permettre d’exporter de l’électricité », opine Vasilije Peric, le maire d’Ugljevik. « Si l’on se passait du charbon, le risque pour l’emploi serait majeur », estime l’élu, souvent interpellé par ses administrés sur le niveau de pollution extrême – l’usine émet 154 000 tonnes de SO2 par an, trois fois plus que celle de Tuzla – de cette localité réputée autrefois pour la saveur de ses prunes. Le charbon assure un emploi à près de 2 000 habitants d’Ugljevik et permet à cette ville de 4 000 âmes d’afficher l’un des plus faibles taux de chômage de Bosnie.

L’environnement sacrifié au nom des impératifs énergétiques ? La question posée par les bassins miniers de Tuzla et d’Ugljevik vaut tout autant pour le Monténégro voisin. Pljevlja, au nord du pays, est elle aussi sous l’emprise du charbon. À 6 km de la frontière serbe et 15 km du territoire bosnien, la ville est cernée par trois mines : l’une à 700 mètres du centre de cette cité qui fut longtemps ottomane, une deuxième à 1 kilomètre, la dernière à 6 kilomètres.

Centre-ville de Pljevlja. Plus d'1,6 million de tonnes de charbon sont brûlées chaque années par la centrale de la grande ville minière du Monténégro

À Pljevlja, l'extraction et la transformation du charbon a fait grimper les maladies respiratoires de cette ville de plus de 20 000 habitants

Le matin, Pljevlja se réveille souvent dans un brouillard à l’odeur âcre, si épais que la lumière du jour peine à s’y frayer un chemin. « Charbon, zinc, argent, or, bois… Cette région nous a pourtant tout donné, s’exclame Milorad Mitrovic, directeur de Breznica, la plus ancienne ONG environnementale du Monténégro. C’est la richesse qui nous tue, pas la pauvreté. » Adversaire infatigable de la centrale, l’activiste a été traîné 107 fois devant les tribunaux, accusé le plus souvent de troubles à l’ordre public, et innocenté à 105 reprises. « J’ai été condamné une fois à trente jours de prison, une autre fois à 5 000 euros d’amende », amende levée à la suite d’une campagne de soutien dont l’écho s’est propagé jusqu’au Parlement européen.

« Huit funérailles par jour »

En 2015, il a été l’un des organisateurs de la chaîne humaine qui a rassemblé des centaines de citoyens venus dénoncer les agissements de la centrale vieillissante, qui n’est pas équipée des filtres aptes à retenir une partie des polluants atmosphériques, sûre du soutien des autorités locales. « Fermer la centrale serait la pire des solutions, réagit Ljubisa Curcic, le vice-maire de Pljevlja. Beaucoup de familles vivent directement ou indirectement du charbon. » Des énergies renouvelables qui permettraient de diversifier la production d’électricité du Monténégro, l’édile ne veut retenir que les barrages hydroélectriques dressés dans ce pays montagneux. « Les centrales à charbon et les barrages hydrauliques composent le plat unique de l’offre énergétique, plaisante la chercheuse Pippa Gallop, du réseau Bankwatch, installée à Zagreb. Le potentiel solaire est pourtant énorme dans les Balkan. » « Le prix à payer pour se libérer des énergies fossiles est bien plus élevé que le prix du charbon », tranche le vice-maire de Pljevlja, occultant les rejets toxiques du 1,6 million de tonnes de lignite, une roche sédimentaire brûlée chaque année par la centrale.

Centrale de Pljevlja

Selon les données recueillies auprès des hôpitaux de la ville par Greenhome, une ONG de Podgorica, la situation sanitaire est pourtant catastrophique. « On enregistrait 23 % de maladies respiratoires en 1985, le chiffre a atteint 50 % en 2001, détaille Nikola Ninkovic, de Greenhome. Les cas de cancers se multiplient aussi. Le taux, de 10,5 % en 2008, s’est élevé à 13,1 % en 2012. » « L’hiver, quand la production de la centrale est à son maximum, on atteint une moyenne de huit funérailles par jour », ajoute Milorad Mitrovic. Un expert de l’OMS a été missionné à Pljevlja pour établir un diagnostic précis de la pollution de l’air. Son rapport, attendu mi-avril, n’a pas encore été rendu public.

Milorad Mitrovic, de l'ONG Breznica, a déjà été poursuivi 107 fois en justice en raison de ses activités militantes.

« La nouvelle centrale va améliorer la qualité de l’environnement », assure avec aplomb Ljubisa Curcic, confiant dans la construction d’un second bloc en complément de la tranche mise en service en 1982. L’étude de faisabilité menée en 2008 avait pourtant conclu que le projet n’était pas viable, le stock de charbon exploitable ne permettant de faire tourner la centrale plus de quinze ans (et non quarante ans, la durée de vie moyenne d’une centrale). « Puisque les autorités ne trouvaient personne pour réaliser le projet, elles ont décidé de le financer elles-mêmes, à travers la compagnie où le gouvernement est majoritaire », témoigne Dejan Mijovic, le consultant coauteur du rapport. À Pljevlja, 74 % du capital de la centrale actuelle et 43 % du capital des mines appartiennent à des compagnies gouvernementales. Dans un tel contexte politique, le charbon risque d’imposer son diktat, pour de longues années encore, sur le modèle énergétique régional.

Centrale de Pljevlja

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 12:46

Une idée révolutionnaire... ou pas

par Mona Chollet pour Le Monde Diplomatique

Du Forum économique de Davos à la Silicon Valley en passant par les assemblées du mouvement Nuit debout en France, le revenu de base est sur toutes les lèvres depuis quelques mois. La Finlande affirme vouloir l’instaurer ; les Suisses ont voté sur le sujet en juin. Mais, entre l’utopie émancipatrice que portent certains et la réforme limitée que veulent les autres, il y a un monde…

Parler d’instaurer un revenu garanti sans préciser ce que l’on entend par là revient à discuter de l’adoption d’un félin sans dire si on pense à un chaton ou à un tigre », remarque M. Olli Kangas, directeur de recherche de Kela, l’institut finlandais de protection sociale. Or, depuis quelques mois, l’idée rencontre de plus en plus d’écho en Europe et au-delà ; et ses partisans de la première heure ne peuvent se défendre de l’impression de voir des chatons, des tigres et diverses créatures hybrides bondir en tous sens devant leurs yeux ahuris.

Certes, sur une définition minimale du revenu de base, tout le monde s’entend. Chaque individu recevrait de la collectivité, de sa naissance à sa mort, sans condition ni contrepartie, une somme régulière, cumulable avec ses autres revenus, dont ceux tirés d’un travail. Dans les versions de gauche, on imagine un montant proche du salaire minimum. assez élevé pour couvrir les besoins de base (autour de 1 000 euros), ce qui permettrait de refuser un emploi jugé inintéressant, nuisible et/ou mal payé. Il s’agit de reconnaître les diverses formes que peut prendre la contribution de chacun à la société : travail rémunéré ou non, formation — avant l’entrée dans la vie active ou pour une reconversion —, aide à ses proches, investissement associatif, création, etc. L’un des défenseurs actuels de cette version en France. Baptiste Mylondo, l’associe à des mesures drastiques de réduction des inégalités : impôt sur le revenu fortement progressif, taxe sur le patrimoine, instauration d’un revenu maximum (avec une échelle de un à quatre).

Alliances transpartisanes

À l’autre extrémité du spectre, dans la version libérale — théorisée par l’économiste américain Milton Friedman (1912-2006) —, le montant est trop faible pour que l’on puisse se passer d’emploi. Au lieu de renforcer le pouvoir de négociation des salariés, le revenu de base fonctionnerait alors comme une subvention aux employeurs, qui seraient tentés de baisser les salaires. Et il (...)

A suivre sur http://www.monde-diplomatique.fr/2016/07/CHOLLET/55965.

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4 juillet 2016 1 04 /07 /juillet /2016 14:57
Les énergies vertes feraient gagner plus de 3 points de PIB à la France

par Pierre Le Hir, le 30 juin pour Le Monde sur http://lemonde.fr/energies/article/2016/06/30/les-energies-vertes-feraient-gagner-plus-de-3-points-de-pib-a-la-france-selon-l-ademe_4961563_1653054.html

Un déploiement massif des énergies vertes en France aurait un impact positif sur la croissance, l’emploi et le pouvoir d’achat des ménages. C’est la conclusion d’une étude prospective de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) , rendue publique jeudi 30 juin. Voilà un an, l’établissement public avait fait sensation, avec un rapport qui montrait qu’un mix électrique « 100 % renouvelable » en 2050 était possible dans l’Hexagone, pour un coût comparable à celui d’un bouquet conservant 50 % de nucléaire.

Cette fois, l’Ademe s’est livrée à une évaluation socio-économique d’un tel scénario. Celui-ci, précise-t-elle, s’inscrit dans la perspective d’une division par deux de la consommation énergétique totale en 2050, telle que la prévoit la loi de transition énergétique, et nécessite donc de maîtriser la demande d’électricité. Il impose aussi une baisse continue du coût des filières renouvelables. Il exige encore de développer des solutions de « flexibilité » de la demande et de stockage de ressources intermittentes.

Trois hypothèses ont été retenues : un mix 100 % renouvelable privilégiant l’éolien terrestre et en mer, un deuxième également 100 % renouvelable mais à « acceptabilité modérée » (ce qui restreint l’éolien terrestre et le solaire au sol au profit du solaire en toiture et des énergies marines), le dernier avec seulement 80 % de renouvelable (le complément étant d’origine nucléaire ou fossile)

Gains de point de PIB

Les résultats sont spectaculaires. A l’horizon 2050, le produit intérieur brut (PIB) de la France serait, selon l’hypothèse retenue, supérieur de 3,6 % à 3,9 au niveau qu’il atteindrait en l’absence de transition énergétique. Explication : les « effets récessifs » de cette transition (baisse d’activité liée à la moindre production d’énergie, hausse du coût de production de l’électricité, augmentation de la fiscalité environnementale) sont plus que compensés par ses « effets expansionnistes » (hausse de l’emploi liée aux investissements dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, baisse de la facture énergétique à moyen terme, redistribution des recettes de la fiscalité énergétique aux ménages et aux entreprises, diminution des importations de combustibles fossiles…)

L’emploi est lui aussi tiré vers le haut, avec « 830 000 à 900 000 emplois supplémentaires » selon les variantes.. Les postes perdus dans les secteurs du nucléaire, de l’automobile et des ressources fossiles sont, là encore, plus que regagnés par ceux créés dans les services, la construction et la production d’énergies renouvelables.

Autre indicateur au vert : le revenu disponible des ménages. Il est bonifié, pour l’ensemble de la population française, d’environ 250 milliards d’euros, soit approximativement 3 300 euros par habitant. Cela en raison de la baisse de la facture énergétique des foyers (quasiment divisée par deux) du fait d’une consommation réduite, en même temps que du regain d’activité économique.
« Investir pour le climat » est aussi « un moteur pour notre croissance », commente le président de l’Ademe, Bruno Léchevin. Cette mutation énergétique permettrait en effet de faire chuter les émissions de CO2 de la France de 68 % à 72 % au milieu du siècle. Là encore, un vrai bénéfice.

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C’est ce que dit aussi Giulietta Gamberini dans La Tribune sur http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/la-transition-energetique-ferait-gagner-presque-4-points-de-pib-en-2050-583463.html :
La transition énergétique ferait gagner presque 4 points de PIB en 2050

En cas de 100% d'énergies renouvelables dans la consommation énergétique en 2050, le revenu disponible des ménages dépasserait de 3.300 euros (constants 2010) par habitant celui prévu selon le scénario tendanciel.. (Crédits : REUTERS/Jean-Paul Pelissier)

Les emplois et les revenus disponibles des ménages bénéficieraient aussi d'importants investissements dans les énergies renouvelables et dans l'efficacité énergétique, par rapport au scénario "business as usual", relève un nouveau rapport de l'Ademe.

Une énième étude conforte les espoirs qui ont suivi la COP21. Investir dans la transition énergétique serait non seulement bon pour le climat et la santé, mais aussi porteur de croissance et d'emplois, relève jeudi 30 juin l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) dans un rapport.

Un système énergétique plus efficace et moins carboné pourrait notamment conduire en 2050 à un niveau de PIB supérieur à celui engendré par un scénario "business as usual", estime l'étude, qui compare ce dernier à trois hypothèses d'évolution différentes: celle d'un quota des renouvelables dans la consommation d'électricité s'élevant, en 2050, à 80%; celle d'un apport des renouvelables étendu à 100%; et celle d'une part des renouvelables de 100% mais avec une empreinte au sol réduite - impliquant plus d'éolien offshore et d'énergies marines par rapport à l'éolien terrestre et plus de solaire en toiture, donc des coûts plus élevés. Selon la variante retenue (et donc les investissements nécessaires), l'écart du PIB comparé au scénario tendanciel oscillerait entre 3,6 et 3,9 points.

Le plein emploi en vue

Une telle trajectoire générerait aussi entre 800.000 et 900.000 emplois supplémentaires, et donc une diminution du chômage comprise -par rapport au scénario tendanciel- entre 3,6% et 3,3% de la population active, affirme l'Ademe. Puisque, selon les hypothèses de croissance de l'UE, le taux de chômage serait de 8% en 2050, "la transition énergétique permettrait de se rapprocher du plein emploi", observe Fabrice Boissier, directeur général délégué de l'agence.

Logiquement, croissance et emplois auraient aussi un impact positif sur le revenu disponible des ménages qui, en cas de 100% d'énergies renouvelables dans la consommation énergétique en 2050, dépasserait de 3.300 euros (constants 2010) par habitant celui prévu en cas d'évolution "business as usual" -un gain de 255 milliards d'euros au total. Et cela au net tant de la facture énergétique - qui baisserait de 25% en moyenne, car la diminution de la consommation dépasserait l'augmentation des prix- que de la dette des investissements d'efficacité énergétique...

Les investissements dans l'efficacité énergétique au centre

Ces investissements visant des économies d'énergie seraient d'ailleurs au centre des trois scénarios analysés par l'Ademe, représentant environ la moitié du surcroît total nécessaire, de l'ordre de 7 à 9% de la formation brute de capital fixe sur la période 2016-2050. Ils seraient à l'origine de la grande partie des gains en termes tant de PIB, que d'emplois et de pouvoir d'achat. Ils expliqueraient donc aussi le caractère comparable des effets économiques des trois variantes de la transition énergétique analysées.

Leur financement constitue donc le nerf de la guerre, souligne Bruno Lechevin, président de l'agence, qui suggère de s'appuyer sur trois leviers. Le premier est représenté par les choix de fiscalité en matière d'énergie, à savoir du prix du carbone. La loi de transition énergétique pour la croissance verte a fixé une trajectoire, à travers la contribution climat énergie, qui devrait amener la tonne de CO2 à coûter 100 euros en 2030 (contre 22 euros en 2016), rappelle l'Ademe, soulignant l'opportunité d'agir à un moment où les prix des énergies fossiles sont au plus bas.

Le risque climatique encore sous-évalué

L'Ademe insiste aussi sur la nécessité d'inciter les investisseurs à prendre en compte le risque climatique dans leurs décisions. En ce sens, la nouvelle obligation prévue par la loi de transition énergétique pour les investisseurs institutionnels français et les entreprises cotées, de publier certaines informations et de se soumettre à des stress tests spécifiques, est saluée comme "une avancée inédite dans le monde".

Dernier levier à ne pas négliger: faciliter l'accès des particuliers et des acteurs économiques aux financements, l'emprunt restant un frein majeur aux investissements dans la transition énergétique. L'adéquation entre l'ensemble des politiques mises en place et les objectifs poursuivis devra être vérifiée à l'occasion de l'examen du rapport annuel sur le financement de la transition énergétique, désormais obligatoire.

Un impact différent selon les secteurs

Même si cette dimension n'a pas été prise en compte par l'étude, la transition énergétique constitue par ailleurs aussi une "opportunité d'améliorer la balance commerciale nationale, puisqu'elle implique une diminution des importations d'énergie et de ressources", souligne Bruno Lechevin. En revanche, il est évident que l'équilibre entre effets positifs et négatifs varierait selon les secteurs.

L'étude de l'Ademe, qui a voulu aller au-delà d'un regard seulement global, montre que trois d'entre eux profiteraient directement de la transformation: la construction, l'électricité renouvelable et les transports. Les services, qui devraient représenter près de 80% de l'économie française en 2050, bénéficieraient aussi d'un effet d'entraînement. Au contraire, le nucléaire, l'automobile et les énergies fossiles en pâtiraient. "Les investissements doivent donc s'accompagner de plans de formation", initiale comme continue, observe donc Bruno Lechevin: des initiatives à lancer dès aujourd'hui puisque les travailleurs de 2050 sont déjà en train de se former

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Et pour le dire autrement, Batiactu le 30 juin 2016, sur
http://www.batiactu.com/edito/un-deploiement-massif-enr-garantirait-pres-un-million-45536.php

Un déploiement massif des EnR garantirait près d'un million d'emplois

Source : Enr © Istock/Photo d'illustration

La transition énergétique serait bel et bien un facteur de croissance : selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), près d'un million d'emplois pourraient être créés d'ici à 2050, si la France adoptait un scénario de décarbonation de son électricité. Les effets sur l'économie seraient extrêmement bénéfiques, avec un PIB augmenté de presque 4 %.

Bruno Léchevin, le président de l'Ademe, est clair : "Investir pour le climat, ça vaut le coup, car c'est vraiment un moteur pour notre croissance". Selon son agence, un déploiement massif des énergies électriques renouvelables (éolien et photovoltaïque en tête), donnerait un coup de fouet à la croissance économique du pays et à l'emploi. C'était déjà la conclusion de Greenpeace, dans son scénario "Energy (R)Evolution" estimait que des millions d'emplois pourraient être créés dans le monde si les énergies fossiles étaient abandonnées d'ici à 2050.

De son côté, l'Ademe, a continué de travailler sur ses propres scénarios qui étudient différentes trajectoires de la transition énergétique. L'hypothèse de base reste que la consommation énergétique française sera de toute façon divisée par deux grâce aux mesures d'efficacité déjà amorcées. "Selon la variante étudiée, la transition vers un système énergétique décarboné, et la diminution de la consommation finale d'énergie pourraient conduire à des niveaux de PIB de 3,6 à 3,9 % supérieurs", annonce-t-elle. L'emploi bénéficierait de ce développement des énergies renouvelables : là encore, entre 800.000 et 900.000 postes pourraient être créés, équivalent à "une diminution du chômage comprise entre 3,6 et 3,3 % de la population active". Corollaire, malgré un investissement nécessaire à l'amélioration de l'efficacité énergétique, le niveau de vie s'améliorerait pour les ménages grâce à un meilleur "revenu disponible" découlant d'une facture énergétique réduite. La différence serait même conséquente, avec un maximum estimé de 3.300 € de plus par habitant et par an. Selon l'Ademe, les services, la construction et les transports collectifs seraient les secteurs gagnants de cette transition verte, tandis que les grands perdants seraient logiquement les combustibles fossiles, le nucléaire et l'industrie automobile (à motorisation thermique).

Mais quel serait le prix de cette révolution énergétique si bénéfique ? D'après ses calculs, plus de 1.000 milliards d'euros… soit un surinvestissement de +7 à +9 % sur les trente prochaines années. Afin de parvenir à financer cet effort colossal, l'Ademe propose également quelques pistes : la mise en place d'une fiscalité forte sur le carbone, la facilitation du recours au crédit par les particuliers pour des travaux de rénovation énergétique, et la réorientation des stratégies d'investissement des acteurs économiques en fonction des risques et objectifs climatiques. Les problèmes d'acceptabilité des EnR, qu'il s'agisse de parcs éoliens ou de centrales photovoltaïques de grandes dimensions, ne manqueront toutefois pas de venir s'inviter dans les débats et mettre quelques bâtons dans les roues des porteurs de tels projets.

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