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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 11:22

Au sens littéral du terme, le biomimétisme (du grec bios, la vie et mímêsis, imitation) indique notre capacité à nous tourner vers la nature pour trouver des solutions à nos problèmes techniques. Cependant, en 1997, une dimension fondamentale a été révélée par Janine Benyus lors de la parution de son livre Biomimicry. Pour cette auteure américaine, le biomimétisme n'est pas seulement une démarche inspirée du vivant pour produire des biens et des services innovants mais elle doit être aussi réalisée de manière durable et respectueuse de notre planète. Ce qui signifie : à l'échelle appropriée, sans gaspillage, en utilisant le moins d'énergie possible, sans produits toxiques, en préservant la diversité et le 'génie' de la vie. Aujourd'hui, le biomimétisme est devenu une science transdisciplinaire à part entière. Un article publié le 5 juin 2015 sur Parlons Sciences (site web Muséum de Toulouse).

Le biomimétisme, un concept, une philosophie pleine d'avenir

S'inspirer de la nature pour innover dans le domaine de la technologie est une activité que l'homme pratique depuis plusieurs siècles. Ainsi, par exemple, au XVe siècle, lorsque Léonard De Vinci conçut son célèbre ornithoptère, il observa minutieusement insectes, chauve-souris et oiseaux au vol battu pour construire une machine volante mue par propulsion humaine. En remontant encore plus loin dans le temps, des historiens suggèrent que l'invention de la roue, il y a plus de 5 500 ans, a été possible grâce à l'observation des bousiers, ces petits insectes qui roulent une sphère de bouse dans laquelle ils pondent leurs œufs afin que les larves s'en nourrissent.

Photo Scarabaeinae cc by-sa Frédéric Ripoll, collection Muséum de Toulouse.

Photo Scarabaeinae cc by-sa Frédéric Ripoll, collection Muséum de Toulouse.

Aujourd'hui, le biomimétisme consiste tout d'abord à observer et étudier les êtres vivants et leurs interactions pour comprendre leur fonctionnement, puis transposer les mécanismes du vivant vers des systèmes non biologiques. Le champ couvert par le biomimétisme englobe la plupart de nos activités : agriculture, énergie, science des matériaux, information, santé, etc. Son impact est considérable ; en témoigne la course dans laquelle se sont lancés scientifiques de tous horizons, ingénieurs, industriels, ONG et bureaux de consultants. Des biologistes détaillent le fonctionnement des organismes, résultat de près de 3,5 milliards d'années d'évolution, jalonnée d'essais et d'impasses ; les architectes scrutent la croissance des arbres pour construire des bâtiments plus solides et durables ; des urbanistes observent les fourmis pour résoudre les problèmes du trafic ; des ingénieurs s'inspirent des requins, hiboux, pélicans, etc. pour améliorer avions et voitures. Découvrons quelques exemples de biomimétisme dans ses trois principaux niveaux d'inspiration : la forme, les matériaux et procédés, les écosystèmes.

A la recherche de la forme la mieux adaptée

C'est probablement dans le domaine de l'aérodynamique que l'inspiration de la nature a été la plus féconde. L'ornithoptère de L. de Vinci n'a jamais volé, mais cet « homme-oiseau » constitue bien le premier prototype d'un objet volant autonome en énergie. Il aura fallu attendre 2 010 pour qu'un groupe international d'étudiants, mené par Todd Reichert de l'Université de Toronto, construise sur les plans de Vinci le « snowbird » et le fasse voler pendant quelques secondes.

Dessin : Machine volante à ailes battantes. Plume et encre sur papier. Extrait du Codex Atlanticus f.858r

Dessin : Machine volante à ailes battantes. Plume et encre sur papier. Extrait du Codex Atlanticus f.858r

Plus proche de nous, observons le TGV japonais : les ingénieurs se sont inspirés des plumes du hibou moyen duc et du bec du martin pêcheur pour réduire le bruit et la consommation électrique du Shinkansen 500 tout en augmentant sa vitesse.

Photo :  nez du train effilé comme l'est le bec du Martin pêcheur. cc by-sa MK Products via wikimedia

Photo :  nez du train effilé comme l'est le bec du Martin pêcheur. cc by-sa MK Products via wikimedia

L'analyse au microscope de la peau de requin a révélé des rainures qui, en provoquant des micros tourbillons autour de l'animal (effet « riblet »), réduisent la résistance de l'eau. Cette étude a d'abord débouché sur la fabrication de combinaisons de natation avant d'inspirer les ingénieurs d'Airbus pour réduire la résistance à l'air des avions de type A320.

Photo :  les denticules cutanées de la peau de requin (ici un requin citron) vues en microscopie électronique à balayage engendrent des micro tourbillons qui diminuent les frottements, permettant ainsi au requin de nager vite et sans bruit. cc by-sa Pascal Deynat/Odontobase via wikimedia

Photo :  les denticules cutanées de la peau de requin (ici un requin citron) vues en microscopie électronique à balayage engendrent des micro tourbillons qui diminuent les frottements, permettant ainsi au requin de nager vite et sans bruit. cc by-sa Pascal Deynat/Odontobase via wikimedia

A Toulouse, les chercheurs de l'IMFT et du laboratoire LAPLACE s'inspirent de la structure et du fonctionnement des ailes des grands prédateurs pour concevoir les ailes des avions de demain. Leur objectif est de développer des ailes et ailerons flexibles et « intelligents », capables de changer de forme et de se mouvoir en harmonie avec les sollicitations extérieures, comme des ailes d'oiseaux, mais adaptées aux très grandes vitesses des avions et à leur taille. Leurs travaux visent à accroître les performances aérodynamiques (augmentation de la portance et diminution de la résistance à l'air) et de manœuvrabilité des ailes d'avion, tout en réduisant le bruit généré par les bords de fuite (la partie arrière, la plus effilée). Pour ce faire, ils utilisent une association de 3 matériaux (alliages à mémoire de forme, actuateurs piézo, polymères à haute performance) pour obtenir en des endroits très précis de grandes ou de petites déformations des ailes de l'avion en réponse aux changements d'environnement.

La voiture n'est pas en reste dans cette course vers un aérodynamisme amélioré. Ainsi, en 2005 la marque Mercedes Benz a conçu Bionic, une voiture inspirée du poisson-coffre (Ostracion cubicus), un poisson tropical des récifs coralliens des  océans Indien et Pacifique. Photobioniccarpoisson C'est sa forme, qui lui confère un coefficient de traînée très faible, et la rigidité de son exosquelette qui ont séduit les ingénieurs de Mercédès pour dessiner la carrosserie d'un « concept-voiture ». D'après des travaux récents d'une équipe belge, le poisson coffre serait loin d'être le meilleur modèle. Peut-être ce modèle restera-t-il au… coffre ! (Van Wassenbergh S, van Manen K, Marcroft TA, Alfaro ME, & Stamhuis EJ (2015). Boxfish swimming paradox resolved: forces by the flow of water around the body promote manoeuvrability. Journal of the Royal Society, Interface / the Royal Society, 12 (103) PMID: 25505133).

A la recherche de matériaux, de structures et de procédés 

Aux Etats-Unis, 4 grandes industries de matériaux - papier, plastique, métaux et produits chimiques - représentent à elles seules 71% des émissions toxiques de l'industrie (ref. J.E. Young et A. Sachs, the next efficiency revolution, 1994). Le rêve d'un biomiméticien de la science des matériaux est de fabriquer à température et pression ambiantes et sans solvant des biomatériaux adaptés et évolutifs, à l'instar de ce que la nature fait : nanomatériaux, céramiques, verre, colle, …

Velcro, scratch et compagnie

L'exemple le plus célèbre de matériau biomimétique est celui de la bardane (Arctium) de la famille des Composées dont les bractées en forme de crochets minuscules et élastiques ont inspiré Georges de Mestral, l'inventeur du velcro (velours crochet), qui déposa son brevet en 1952.

Photo de la bardane. cc by-sa Dominique Morello

Photo de la bardane. cc by-sa Dominique Morello

Depuis, les ingénieurs se sont intéressés à d'autres systèmes « collants ». Par exemple, le gecko (tel Tarentola mauritanica) n'a pas de ventouse au bout de ses pattes et pourtant il adhère aux parois, même lisses, grâce au système d'adhérence constitué d'une multitude de soies micrométriques qui recouvrent ses doigts. Une structure analogue se retrouve chez des araignées sauteuses de la famille des Salticidae et chez un insecte xylophage (Clytus arietis).  Des biophysiciens s'en sont inspirés pour créer des adhésifs ultrarésistants et autonettoyants.

Lotus, surfaces hydrophobes et vitres propres

Les feuilles de plus de 200 plantes, les plumes de certains oiseaux ou encore les pattes de certains insectes sont super-hydrophobes, c'est à dire que l'eau n'adhère pas à leur surface. C'est en étudiant la feuille de lotus que les chercheurs ont découvert que sa surface n'était pas lisse mais très rugueuse comme le montre cette image de microscopie électronique.

Le biomimétisme, un concept, une philosophie pleine d'avenir

Les scientifiques ont reproduit ces microstructures, puis ils en ont créées à l'échelle du nanomètre (10-9 m). Les applications sont nombreuses : tissus imperméables, bétons hydrofugés, revêtements de baignoire, à l'image de cette peinture autonettoyante destinée à revêtir les bâtiments : non seulement l'eau n'adhère pas mais elle entraine dans sa chute toutes les particules de saleté. Aujourd'hui la NASA envisage d'utiliser de telles surfaces antiadhérentes dans la construction d'objets spatiaux dont l'entretien paraît effectivement bien difficile !

Morphos, cristaux photoniques et ordinateurs

La couleur des ailes du Morpho (Amérique centrale) fascine depuis des  siècles. Mais c'est l'avènement d'instruments d'optique sophistiqués (comme par exemple le microscope électronique à balayage) qui a permis de décortiquer la structure fine des écailles et de modéliser les propriétés optiques de l'aile. Sa couleur bleu vif n'est pas due à des pigments mais à la structure en « nanotrous » des écailles sur lesquelles la lumière se réfléchit. Des industriels s'en inspirent pour donner aux vêtements de la couleur sans colorants ni pigments ou lutter contre la contrefaçon en insérant dans les billets de banque ce type de nanostructure (Morpho complet).

Fil d'araignée et câbles plus forts que l'acier : 

A la fois solide, résistant et élastique, le fil d'araignée a des qualités uniques, fortement convoitées dans plusieurs domaines de recherche : fabrication de gilets pare-balles, de câbles pour ponts suspendus, de fil de suture biocompatible pour la chirurgie

Photo : l'araignée et sa toile. Copyright Philippe Annoyer, expédition Sangha, Centrafrique 

Photo : l'araignée et sa toile. Copyright Philippe Annoyer, expédition Sangha, Centrafrique 

La quête à l'appropriation du fil de l'araignée n'est pas nouvelle, mais malheureusement l'araignée ne s'élève pas comme les vers à soie. Et, malgré nos connaissances approfondies sur les gènes qui codent les protéines constituantes, nous n'avons pas encore très bien compris comment fait l'araignée pour les structurer et fabriquer une fibre insoluble et très résistante. Dans les années 90, des chercheurs ont réussi à faire exprimer des fragments de ces protéines dans des bactéries et mieux encore, des scientifiques canadiens en ont produit dans le lait de  chèvres génétiquement modifiées (transgéniques). Mais, il reste une étape critique d'assemblage et de production à grande échelle. Il paraît que la firme allemande AMSilk est en passe d'en fabriquer des ... tonnes.

Béton vert, corail et biominéralisation. 

Dans le domaine de la construction, la fabrication du béton de ciment est énergivore puisqu'elle nécessite de chauffer à 1450 °C un mélange de calcaire et d'aluminosilicates (argile). Approximativement 5% des émissions de gaz à effet de serre proviennent de cette industrie. Or le béton est un produit qu'on consomme sans modération : un peu plus de 3 milliards de tonnes par an ! Plusieurs pistes sont actuellement suivies pour produire du béton vert, comme celle développée par l'entreprise Calera aux Etats Unis : son fondateur Brent Constantz s'inspire de la façon dont les coraux construisent les récifs par biominéralisation. Dans son procédé, le CO2 n'est plus émis lors de la cuisson mais au contraire utilisé pour fabriquer du carbonate de calcium solide, un ingrédient essentiel du ciment. On ne connaît pas encore les performances de ce ciment dont les procédés de fabrication restent secrets ; mais si cette approche marche, elle sera révolutionnaire. Le « recyclage » du CO2 émis par d'autres industries (centrales nucléaires, serres,…) qui se trouvent à proximité des usines de béton et utilisé pour fabriquer un nouveau matériau est une illustration du principe de fonctionnement de l'écologie (ou symbiose) industrielle fondée sur l'utilisation des déchets comme ressources. Un exemple bien connu est celui de Kalundborg, une ville danoise dans laquelle 4 entreprises se sont regroupées en écoparc dans lequel les déchets de chacune servent de combustible ou de matière première à l'entreprise voisine, constituant ainsi une chaine d'utilisation de déchets industriels.

Bioluminescence,  LED et éclairage public

Nous observons depuis très longtemps la capacité qu'ont de nombreuses espèces vivantes à produire de la lumière de manière autonome et à l'utiliser pour se repérer dans l'obscurité, communiquer, attirer des partenaires sexuels ou des proies, se camoufler ou repousser les prédateurs. Plus de 700 genres de 16 phyla différents sont lumineux, tels les bactéries, les vers, les insectes, les champignons, les méduses, les poissons… mais les araignées, les amphibiens, les crabes et les mammifères ne le sont pas. Cette lumière résulte d'une réaction biochimique, appelée bioluminescence et les recherches sur les différents mécanismes responsables de la bioluminescence ont eu de nombreuses retombées tant dans les activités humaines quotidiennes que dans le monde scientifique. Par exemple, la mise en œuvre de cette réaction dans un tube à essai, appelée chimioluminescence, est utilisée dans des bâtons lumineux, les « glowsticks », employés à des fins d'éclairage ou de signalisation. L'étude de la cuticule de l'abdomen des lucioles a permis d'augmenter de 65% la puissance lumineuse des LED. Des plantes luminescentes ont également été créées selon ces principes et certains rêvent d'éclairer nos rues ou nos habitations sans électricité grâce aux techniques de bioluminescence. A l'inverse, des animaux marins, calmars, seiches ou pieuvres, experts en art du camouflage, nous apportent une application originale : la cape d'invisibilité. En effet, les pigments de la peau de ces animaux contiennent une protéine, la réflectine, qui en milieu acide devient opaque aux infrarouges. Elle est utilisée dans le domaine militaire pour dissimuler des hommes ou des équipements aux dispositifs de vision nocturne fondés sur l'émission des infrarouges.

Les recherches sur la bioluminescence d'autres animaux marins (méduse, corail…) ont conduit également à identifier deux protéines d'intérêt majeur au plan scientifique. La première, l'aequorine, émet de la lumière en présence de calcium et permet ainsi d'étudier les activités cellulaires liées au calcium (illustration bancs de méduses bioluminescentes Aequorea victoria, vivant sur la côte ouest de l'Amérique du nord. Les cellules situées en bordure de leur ombrelle contiennent l'aequorine et La GFP). La deuxième, la « green fluorescent protein » ou GFP, émet de la fluorescence lorsqu'elle reçoit une énergie lumineuse de longueur d'onde appropriée et permet de visualiser de nombreux phénomènes biologiques dans l'organisme de manière non invasive et en temps réel. Par exemple, il est possible de coupler une protéine donnée à la GFP et ainsi de suivre sa localisation dans la cellule (noyau, membrane, cytoplasme, etc.) ou encore d'étudier la migration de la cellule ainsi « marquée » dans un organisme au cours du développement (illustration poisson zèbre copyright, CNRS, CBD. La GFP de cet embryon transgénique de poisson zèbre "colorie" son système nerveux). Ces découvertes ont révolutionné la biologie et ont valu en 2008 l'attribution du prix Nobel de Chimie à ses découvreurs Martin Chalfie, Osamu Shimomura et Roger Tsien.

A la recherche de fonctionnements moins énergivores et plus rationnels

En observant des insectes sociaux, des architectes s'inspirent du système de climatisation passive des termitières pour construire des immeubles à faible consommation énergétique. Des informaticiens étudient les déplacements des fourmis pour optimiser les réseaux de communication et de transport.

Architecture et termites

Les termites de la famille des Macrotermitinés construisent leurs termitières de manière à créer un système de ventilation naturelle qui maintient une température intérieure constante de 30°C environ.  Cette température est nécessaire au développement d'un champignon de grande taille (Termitomyces) qu'ils cultivent et qui leur assure des capacités digestives indispensables. (illustrations termites). Des cheminées centrales surplombent le nid par lequel l'air chaud est évacué, créant un courant d'air dans les parties basses du nid. Ce courant circule sous terre où il est rafraîchi au contact de puits profonds creusés par les termites ouvriers. Cet air frais remonte par le centre de la termitière qu'il rafraichit et est évacué par les cheminées et ainsi de suite.

L'architecte Michael Pearce s'est inspiré de ce système de climatisation naturelle pour concevoir l'Eastgate Centre à Harare, au Zimbabwe. La température à l'intérieur des 31 000 m2 de bureaux et de commerces est constamment de 25°. 90 % d'économie d'énergie par rapport à un immeuble similaire équipé de climatiseurs électriques sont réalisés.

Fourmis, circulation et internet

Chaque fourmi a des capacités limitées, mais le groupe peut réaliser des tâches complexes. Ainsi, certains comportements collectifs des fourmis permettent de résoudre des problèmes difficiles comme par exemple sélectionner le plus court chemin pour aller du nid à une source de nourriture. Les informaticiens et les ingénieurs ont pu transformer ce comportement collectif en méthodes utiles pour l'optimisation et le contrôle des réseaux. Elles portent le nom d' « algorithmes d'optimisation par colonie de fourmis ». Ces algorithmes sont déjà testés dans les transports aériens, la sécurité des réseaux de communication ou le trajet des milliards d'informations transitant chaque seconde sur internet.

Conclusion

Nous n'avons ébauché ici qu'une fraction des succès ou promesses du biomimétisme. Ainsi, les végétaux n'ont été illustrés que par quelques exemples  alors que ce règne est source de nombreuses inspirations (vêtements intelligents, structure de nos futures villes). Notre objectif était de mettre en évidence la partie visible de l'iceberg de la bioinspiration et de montrer que, si de nombreuses percées ont été réalisées dans ce domaine, le temps nécessaire pour comprendre les processus biologiques sous-jacents et les copier ou du moins s'en inspirer, est considérable. En résumé, le biomimétisme c'est une philosophie partagée par des biologistes, des architectes, des urbanistes, des chimistes, des physiciens, des ingénieurs, des collectivités territoriales, des amoureux de la nature, pour innover en s'inspirant des êtres vivants tout en préservant la biosphère. Souhaitons que nous amorcions ainsi une véritable transition vers un autre mode de vie dont nous avons réellement besoin, comme le dit si bien Janine Benyus : « Contrairement à la révolution industrielle, la révolution biomimétique ouvre une ère qui ne repose pas sur ce que nous pouvons prendre de la nature mais sur ce que nous pouvons en apprendre… l'Homo industrialis ayant atteint les limites de ce que pouvait supporter la nature entrevoit sa propre disparition en même temps que celle d'autres espèces qu'il entraine avec lui…Plus nous nous rapprocherons de la nature, plus nous aurons de chance d'être acceptés sur cette Terre dont nous ne devons jamais oublier que nous ne sommes pas les seuls propriétaires».


Dominique Morello (Chercheuse CNRS, mise à disposition au Muséum), Mario Tovar Simoncic (historien des sciences), avec la contribution des scientifiques du CNRS suivants : Marianna Braza (Institut de Mécaniques des Fluides de Toulouse), Philippe Cochard et Marc Moreau (CBD), Jean François Guillet et Thomas Lorne (CIRIMAT) et Gérard Latil (CRCA).

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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 14:43

De la condition animale, la philosophe Florence Burgat a fait à la fois un objet d'étude et une cause. Auteure notamment d'Une autre existence. La condition animale (Albin Michel, 2012), elle défend la thèse d'une continuité entre l'homme et les animaux – sans nier les caractères propres à chaque espèce. Dans son nouvel ouvrage, L'Humanité carnivore (Seuil, 472 p., 26  euros), elle interroge les soubassements anthropologiques de la consommation de viande. A ses yeux, le " meurtre alimentaire " que nous pratiquons est un choix, dont la principale raison est l'affirmation d'une séparation totale entre l'homme et l'animal. Propos recueillis par Catherine Vincent pour Le Monde du 26 août 2017. Lire aussi  Florence Burgat : « L’institution de l’alimentation carnée reflète un désir très profond de l’humanité » et Le véganisme est-il un humanisme ?.

Sarah Bouillaud/Hans Lucas pour « Le Monde »

Sarah Bouillaud/Hans Lucas pour « Le Monde »

Le fait que l'homme soit carnivore -semble universel. Durant la préhistoire, dites-vous, nos ancêtres n'étaient -pourtant pas les grands chasseurs que l'on se plaît à décrire…

Les recherches récentes en paléoanthropologie ont en tout cas mis en évidence que les premiers hommes, et avant eux les autres -hominidés, avaient des pratiques alimentaires très diverses. La part végétale de leur alimentation a longtemps été ignorée, pour une raison simple : ces aliments laissent peu de vestiges, contrairement aux ossements animaux. On pense aujourd'hui que les hommes préhistoriques ont été bien plus charognards que chasseurs. Ils étaient surtout opportunistes : ils mangeaient ce qu'ils trouvaient.

Il en va de même au cours de l'histoire. A l'exception de régions impropres à la vie végétale, comme le Grand Nord, où la viande est l'alimentation de base, l'établissement de l'agriculture a fourni très tôt la base d'un régime -culinaire végétarien, centré sur les légumes ou les céréales. En Grèce antique, par exemple. Il est beaucoup question de sacrifices animaux dans les textes d'Homère, mais on sait désormais que 80  % de l'apport calorique total des Grecs anciens était fourni par les céréales. Par la suite, le régime carné s'accroît dans toute l'Europe, jusqu'à la période que Fernand Braudel appelle l'" Europe carnivore " (autour du XVe  siècle). Mais à toutes les époques, dans -diverses parties du monde, il y eut aussi des tentatives pour instituer le végétarisme – notamment en Inde, au Japon, en Corée et en Chine. Non pour des raisons de tabous alimentaires religieux, mais au nom de principes éthiques fondés sur le respect des vies animales.

On peut évoquer la nécessité alimentaire, les habitudes culturelles, le plaisir -gustatif. Mais ce qui justifie surtout notre -consommation de viande, selon vous, c'est un rapport fondamentalement meurtrier aux animaux. Pourquoi ce choix ?

Parce qu'il sépare l'humanité du règne animal. Ce que j'appelle " humanité ", c'est le -moment où les êtres humains prennent conscience d'eux-mêmes comme d'une totalité. Dès lors, ils ont à cœur de se distinguer du reste des vivants par la violence, notamment envers les animaux. Le fait qu'un grand nombre de législations aient désormais rendu -licite leur mise à mort industrielle pour organiser une exploitation de cette ressource à grande échelle s'explique évidemment par des raisons économiques. Mais on n'a pas épuisé la question de ce traitement meurtrier en s'en tenant simplement aux bénéfices -matériels que l'on en tire : il y a aussi un enjeu métaphysique. En dehors des situations de survie, le fait de tuer en masse des individus pour les manger constitue un acte d'anéantissement très particulier.

Pour penser cet acte en profondeur, il faut aller de la viande aux animaux dont elle provient, et intégrer cette dimension – l'individu mis à mort pour que je le mange – au cœur de ce plaisir. Cette approche était déjà celle des philosophes allemands Max Horkheimer et Theodor Adorno, qui se sont intéressés au milieu du XXe  siècle à la question de l'abattoir, cette figure de l'exploitation contemporaine de l'animal. Ils y voyaient l'aggravation d'un processus très ancien, qui a participé très tôt à la manière dont l'humain se constitue comme sujet.

Que dit cette violence intrinsèque -sur notre rapport à l'animalité ?

Je pense que si nous maltraitons les animaux, c'est précisément parce que nous savons que ce ne sont pas des êtres insensibles : personne ne peut croire cela, même en construisant des artifices théoriques de dénégation. C'est en raison de notre proximité avec eux que nous mettons en œuvre ce qu'Adorno et Horkheimer appellent une " dimension haineuse ". Cette dimension qui nous autorise à reproduire indéfiniment des animaux dans le seul but de les tuer, cette mise à mort perpétuelle désormais élevée à l'échelle industrielle.

Continuer de les manger tout en sachant qu'une alimentation peut être équilibrée sans produits carnés, est-ce une manière de les maintenir à distance ? De ne pas leur accorder les droits que certains -demandent pour eux ?

Exactement. Beaucoup de gens seraient prêts à accorder de meilleures conditions de vie aux animaux. Mais ces derniers, en effet, changeraient radicalement de statut si des sociétés -décidaient d'arrêter de les manger. On peut s'étonner de la résistance de la plupart de nos concitoyens à cette idée. On peut se demander : pourquoi tant de haine ? Pourquoi préfère-t-on les animaux morts plutôt que vivants ? Le spécialiste du droit animalier Jean-Pierre Marguénaud dit que le législateur se pose trois questions quand il écrit des textes dans ce domaine : quand, comment et quels animaux tuer ? Les lois qui les protègent sont pour l'essentiel des réglementations sur la manière de les mettre à mort. C'est une réalité très troublante, mais on n'arrive pas à la penser car on y est immergé.

Dans " L'Humanité carnivore ", vous -explorez le rôle de la chasse dans -le processus d'hominisation. Quels sont les éléments du débat ?

Au début du XXe  siècle, les préhistoriens donnaient à la chasse une importance aujourd'hui jugée disproportionnée par tous les spécialistes. Il y avait cette idée que ce qui fait l'homme, c'est le moment où il commence à tuer les animaux. Depuis, sous l'impulsion de techniques de datation plus pointues et de nouvelles disciplines (telle la paléobotanique, qui a permis de reconstituer la flore de certaines époques), on s'est rendu compte qu'il fallait réviser cette idéologie. Rien ne prouve que la chasse ait été l'unique activité à l'origine de l'organisation -sociale. C'est ce qu'ont notamment révélé les études féministes, qui ont montré l'importance de la cueillette – dont on ne sait pas si elle était réservée aux femmes – et de ce qui a pu être fabriqué à partir des végétaux.

Autre piste de recherche passionnante : le moment où la chasse, sans doute dans un premier temps motivée par des raisons vitales, devient une activité de loisir. Ce moment -diffère selon les sociétés, mais il change radicalement le sens de cette fonction. Qu'est-ce qui se passe dans la psyché humaine pour que cet acte meurtrier devienne un loisir ? Aujourd'hui, les chasseurs ont à cœur de dire qu'ils sont des amis de la nature, qu'ils participent à la régulation des populations. Mais il y a quelque chose d'étrange à imaginer que la vue d'un animal sauvage – une perdrix qui s'envole, un lièvre qui détale, une biche, un chevreuil – suscite chez le chasseur le désir de l'abattre. Qu'il tombe raide, qu'il ne se relève pas, et qu'éventuellement on le mange. C'est quelque chose sur quoi notre esprit bute.

Cette attitude bien établie vis-à-vis des animaux peut-elle être remise en cause par la tendance actuelle du véganisme ?

Il se passe en tout cas quelque chose, vis-à-vis de quoi on ne reviendra pas en arrière. En France, tout le monde connaît désormais le mot " végan ", alors qu'on l'employait à peine il y a deux ans. Les images insoutenables prises en caméra cachée dans des abattoirs par l'association L214 y sont pour beaucoup, mais elles sont arrivées au bon moment : un -moment où nous, chercheurs, avions construit au fil des ans une légitimité de cette question – en lui donnant un arrière-plan historique, philosophique, juridique. Cette mise en perspective de la recherche, associée à la force de diffusion d'Internet, a permis aux médias de recevoir ces images autrement que par le passé. Car ce n'est pas la première fois que le scandale des abattoirs est dénoncé. Mais jusqu'alors, cela n'avait pas pris.

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 12:09

Les véganes ne consomment aucun produit d’origine animale et militent contre toute forme d’exploitation des animaux. Cependant, le mode de vie végane, qui rejette notamment l’élevage paysan, n’implique pas automatiquement des considérations écolos. Reporterre s’est penché sur la question. Correspondance de Perpignan (Pyrénées-Orientales) par Marion Paquet le 15 juin 2017 pour Reporterre. Lire aussi Le véganisme est-il un humanisme ?  et Florence Burgat : « L’institution de l’alimentation carnée reflète un désir très profond de l’humanité ».

Les véganes sont-ils écolos ?

Sur le stand des militants de l’association Animalibre, en ce jour de marché, des images-chocs dénoncent la souffrance animale : des photos de bêtes maltraitées dans les abattoirs, dans les cirques… mais aussi des petites gourmandises pour attirer les badauds de cette place très fréquentée du centre-ville de Perpignan (Pyrénées-Orientales). Les défenseurs des animaux veulent montrer qu’il existe des alternatives véganes à l’alimentation traditionnelle : des saucisses et des nuggets végétaux, du faux jambon… tout un panel de substituts. Ces produits ne sont pas nécessairement issus d’une agriculture biologique ni raisonnée. Certains, achetés en supermarchés, contiennent même de l’huile de palme, mais ce qui importe, avant tout, pour ces militants, c’est la condition animale : « Le véganisme, c’est la justice pour tous les êtres, dit Tiamat Robillard, la présidente de l’association Animalibre, le droit à la liberté, au bonheur de chaque être sur Terre. Militer pour le véganisme, c’est militer pour la vie. Les animaux ne sont pas sur cette planète pour nous, mais avec nous. »

Certains des substituts présentés sur le stand proviennent même d’entreprises bien connues des amateurs de charcuterie, comme Herta et Fleury Michon. « Aujourd’hui, les rayons véganes se développent dans les grandes surfaces, remarque Tiamat Robillard. Même si je n’aime pas trop les produits industriels, je me dis que si nous n’achetons pas les produits de ces marques, nous n’allons pas les encourager à développer l’offre végane. Personnellement, j’ai horreur de voir des aliments qui ressemblent à de la viande, comme les steaks ou les saucisses végétales, mais ça aide à convaincre les gens qu’il y a des moyens, simples et qui ont bon goût, d’éviter la souffrance animale. » En effet, pour la plupart des convertis, le premier argument n’est pas l’impact écologique des aliments, mais leur sensibilité à la souffrance animale. La présidente de l’association Animalibre reconnaît qu’il y a des véganes « qui n’ont pas encore conscience de l’écologie. Par exemple, lorsque l’on fait des manifestations, je dois demander aux gens de ramasser leurs mégots… jeter son mégot par terre, ce n’est pas un geste écolo du tout ! Mais dans la majorité des cas, le véganisme ouvre à l’écologie ».

« La consommation de viande, à l’échelle mondiale, est un problème écologique majeur »

« Végane et écolo ne vont pas forcément de pair », confirme Aurélie, qui voit dans un steak un cadavre d’animal. Influencées par de nombreuses vidéos sur internet, Aurélie et sa famille sont devenues véganes du jour au lendemain, bébé compris. C’est ensuite que la conscience écologiste est venue, comme pour Marta : « L’industrie de la viande est très polluante, explique la jeune femme, qui a bien retenu les informations véhiculées par l’association L214. Avant d’être végane, je ne faisais pas forcément attention à mon impact environnemental, mais maintenant j’essaye d’être plus écolo dans mes choix alimentaires. J’évite les produits trop industriels, pour privilégier le bio et le local… même si parfois je m’accorde des substituts végétaux. Si je suis plus écolo aujourd’hui, c’est grâce au véganisme. »

« Militer pour le véganisme, c’est militer pour la vie. Les animaux ne sont pas sur cette planète pour nous, mais avec nous », selon Tiamat Robillard, la présidente de l’association Animalibre.

« Militer pour le véganisme, c’est militer pour la vie. Les animaux ne sont pas sur cette planète pour nous, mais avec nous », selon Tiamat Robillard, la présidente de l’association Animalibre.

L’association L214, devenue célèbre pour ses vidéos qui dénoncent la maltraitance dans les abattoirs, a d’ailleurs une page internet dédiée aux pratiques du véganisme. Sur celle-ci, on peut lire que « ce que nous mangeons a des conséquences directes sur le climat et l’environnement. Végétaliser notre alimentation agit efficacement contre le changement climatique, réduit la pollution et la déforestation et permet la préservation des forêts ».

« Il est très clair, depuis maintenant plusieurs années, que la consommation de viande, à l’échelle mondiale, est un problème écologique majeur, développe Stanislas Carnino, porte-parole de l’association L214. La production de produits animaux dans son ensemble – des cultures pour l’alimentation animale aux abattoirs, en passant par l’élevage, le transport, etc. — est responsable de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, selon une évaluation de la FAO [l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture] en 2014. »

Toujours selon une étude de la FAO, dans les pays occidentaux, la quantité de protéines végétales mangées par les animaux pour produire un kilo de protéines animales n’est pas avantageuse : il en faut moyenne 7 kg pour les bovins, 6 kg pour les poulets et les cochons, et 3 kg pour les œufs. Seuls les bovins, qui se nourrissent exclusivement de fourrage et de pâturages, n’ont besoin que d’un kilogramme de protéines végétales pour produire un kilogramme de viande.

« Je ne veux pas cautionner l’élevage industriel, cette filière dégueulasse »

Il est 11 h, et Laurence s’apprête à cuisiner un repas pour sa famille. Sur la table, quelques légumes, tomates, courgettes bio, des oléagineux (noix du brésil, cacahuètes...) des olives, des légumineuses et des féculents. La majorité de ces produits sont estampillés du label AB. Aide-soignante, maman d’un enfant handicapé, elle me confie faire parfois ses courses en supermarché, mais s’approvisionne le plus possible chez les producteurs locaux. Elle vient d’ailleurs d’acquérir une parcelle pour faire pousser elle-même ses légumes et une pour produire son huile. « Je suis devenue végane il y a 6 ans, par amour des animaux, mais j’étais écolo avant, raconte Laurence. J’étais à fond dans le respect de la nature et des animaux. j’ai toujours fait attention au tri pour le recyclage, j’ai des vêtements de seconde main, j’ai connu les prémices de la bio… tout ça a fait un cheminement. Être écolo, pour moi, c’est se dire que tu n’es pas supérieur à la nature. Tu respectes la terre, qui te nourrit, l’eau que tu bois, nous ne devons pas soumettre la nature ni l’exploiter. Et les animaux font partie de cette nature. L’écologie, c’est une question de respect de la nature et du vivant et donc pour moi, être végane est une évidence. »

Laurence dans sa cuisine

Laurence dans sa cuisine

Laurence nous a préparé un véritable banquet, cake aux olives végane, courgettes farcies, houmous, meringues, flan au chocolat et petits gâteaux à la noix de coco. Tout cela sans une once de produits animaux.

L’alimentation végétale serait plus respectueuse de l’environnement qu’un régime carné et omnivore, d’après les militants. Mais qu’en pensent les écologistes ?

Yann Arthus-Bertrand, photographe et président de la fondation Goodplanet, s’étonne que les écologistes ne parlent pas davantage de véganisme. Lui-même est végétarien et estime que, compte tenu des impacts de l’élevage sur l’environnement, il est urgent de limiter sa consommation de viande. « J’aimerais qu’on arrête de manger de la viande, parce que je ne veux pas cautionner l’élevage industriel, cette filière dégueulasse, s’indigne l’écologiste. Des espèces disparaissent chaque année à cause des problèmes environnementaux. On parle du problème de la surpêche, mais nous entretenons cette surpêche en mangeant du poisson. Pour moi être écolo, c’est ne pas manger de viande. C’est comparable à un écolo qui fume. »

Et quand, en se faisant l’avocat du diable, on lui demande si, manger des bananes et du soja importés de l’autre bout de la terre, c’est écolo, il vous répond que « l’élevage industriel, c’est pire ».

« On peut être végane, qui est un choix de vie écologique, sans être écologiste »

Le site bonpourleclimat.org ne lui donnera pas nécessairement tort. Vous pouvez y calculer les émissions de CO2 de vos plats et comparer. Par exemple : 100 grammes de soja, importé d’hors Europe, émet 280 grammes de CO2, alors que la même quantité de bœuf, local, produit 2.867 g de CO2.

Le repas végane préparé par Laurence

Le repas végane préparé par Laurence

Le parti Europe Écologie-Les Verts (EELV) reconnaît de son côté que la production de viande souffre des dérives industrielles. Il a pris position dans une tribune publiée en 2012 et toujours d’actualité : « Contraints par la logique économique de l’industrie agroalimentaire, trop d’éleveurs ont recours à des méthodes de production organisées autour de la recherche de rentabilité maximale, faisant trop souvent fi des conditions de vie des animaux, de la préservation de l’environnement et de la qualité des aliments produits, écrit EELV. Notre alimentation est ainsi devenue responsable de graves pollutions environnementales, de nombreuses maladies, dites de civilisation, et d’une grande souffrance animale. » Le parti écologiste recommande donc la réduction significative de la production et de la consommation de produits issus d’animaux (viandes, produits laitiers, œufs). « Le végétarisme doit être reconnu comme un régime alimentaire à part entière et équilibré. Le véganisme ne doit pas être découragé. »

Pour autant, Europe Écologie-Les Verts ne promeut pas le mode de vie végane. « On peut être végane, qui est un choix de vie écologique, sans être écologiste, nuance Fabienne Roumet, cofondatrice et coresponsable de la commission Condition animale, surtout lorsqu’il y a un effet de mode. » On pense ici aux personnes qui commandent le menu végétalien dans les fast foods« Tout dépend de comment est effectué le choix végane », précise l’écologiste.

Les membres d’EELV sont divisés. « Une partie reconnaît que le végétarisme est un choix de vie écologique positif (disparition de l’élevage et donc de ses ravages sur les forêts, l’eau, le climat, etc.), précise Fabienne Roumet. D’autres, proches de la Confédération paysanne, considèrent que l’élevage, à condition qu’il ne soit pas intensif, participe et est même nécessaire à une agriculture écologique. »

Un élevage non intensif est nécessaire à une agriculture écologique

Tous admettent qu’il faut mettre fin à l’élevage industriel, (et non à l’élevage tout court), et réduire drastiquement, à terme, la consommation des produits d’origine animale.

Si les écologistes ne prônent pas un véganisme universel, c’est parce qu’ils estiment que l’élevage et la pêche raisonnés ont aussi un intérêt environnemental. Ils participent à l’entretien des montagnes et des forêts, permettent de lutter contre les incendies et de perpétuer des espèces qui, sans l’intervention de l’homme, pourraient disparaître. « Un mode de production fondé sur le respect de l’animal, de l’agriculteur et du consommateur doit être privilégié, par le choix de la qualité, accessible à tous, face à la quantité », concluent les Verts.

Les véganes sont-ils écolos ?

Véganisme et écologie ne vont donc pas de pair. La sensibilité au bien-être animal n’inclut pas nécessairement une conscience écologiste. Cela peut être un mode de vie, qui favorise cette prise de conscience, et dont le régime alimentaire a des impacts bénéfiques sur l’environnement, à condition que les produits véganes ne soient pas non plus issus d’une industrie néfaste.

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 09:07

Une vaste étude menée aux États-Unis montre des effets en cascade pour l'ensemble des écosystèmes. Par Audrey Garric le 5 mai 2017 pour Le Monde. Lire aussi Le grand orchestre de la nature est peu à peu réduit au silence, Bernie Krause, harmonies vivantes et Jana Winderen, micro climax.

Matériel de captation acoustique pour mesurer l’impact du trafic routier dans le parc de Mesa Verde (Colorado). NATIONAL PARK SERVICE

Matériel de captation acoustique pour mesurer l’impact du trafic routier dans le parc de Mesa Verde (Colorado). NATIONAL PARK SERVICE

L'homme vient rompre la quiétude des animaux jusque dans les espaces les plus sauvages. Pas seulement du fait de la déforestation ou du braconnage, mais également en raison du bruit qu'entraînent ses activités. Cette pollution sonore constitue une nouvelle menace pour les aires protégées et les espèces qu'elles abritent : elle réduit leur survie et leur reproduction, entraînant des effets en cascade pour l'ensemble des écosystèmes. Voilà l'alerte lancée par une étude publiée dans la revue Science, vendredi 5  mai, la première menée à une échelle aussi large, celle des Etats-Unis.

" La pollution sonore est souvent perçue comme un problème inhérent aux villes. Or, l'expansion de l'urbanisation, des réseaux de transports et des activités humaines dans les zones rurales change la donne. Le bruit affecte également les espaces protégés, qui sont un instrument important de conservation de la biodiversité, et qui procurent des bénéfices aux humains ", expose Rachel Buxton, biologiste de la conservation à l'université du Colorado et principale auteure de l'étude.

Les tourterelles désertent

L'équipe a analysé 1,5  million d'heures d'enregistrements acoustiques recueillis dans 492  sites. Ils ont ensuite extrapolé à l'ensemble des 100 000  zones protégées, qui représentent 14  % du territoire terrestre du pays. Enfin, ils ont calculé l'excès de bruit d'origine anthropique par rapport aux niveaux sonores considérés comme " naturels ".

Résultats : la pollution sonore liée aux humains double le bruit de fond dans 63  % des aires protégées, et le multiplie par dix dans 21  % de ces zones. Ces nuisances réduisent ainsi de 50  % à 90  % les endroits où les sons naturels peuvent être entendus : ce qui pouvait être perçu à une distance de trente mètres ne peut plus l'être qu'entre  trois et  quinze mètres. Plus inquiétant encore : 14  % des territoires qui abritent des espèces menacées voient leur bruit multiplié par dix.

" Nous avons été étonnés de découvrir que tant d'aires protégées subissent des niveaux de bruit capables d'affecter la santé des humains et des animaux – même si de vastes zones sauvages restent silencieuses, avance Rachel Buxton, dont l'équipe a dressé la carte des endroits plus ou moins touchés. De manière générale, les réserves gérées par les autorités locales sont plus bruyantes que les zones les plus sauvages, notamment parce que les premières se trouvent dans ou à proximité de grands centres urbains. " En cause, selon les chercheurs, le vacarme des voitures, des trains, des avions, des zones résidentielles, des chantiers de constructionet des activités d'extraction (bois, minerais, pétrole et gaz).

" Le bruit généré par une route ne s'arrête pas aux trente mètres de largeur de l'asphalte, il affecte les oiseaux jusqu'à 1,5  kilomètre de part et d'autre, détaille Thierry Lengagne, chercheur (CNRS) à l'université de Lyon-I, qui n'a pas participé à l'étude. Ces nuisances mettent en danger les animaux. "

Les effets délétères du bruit sont connus de longue date pour l'homme. Il perturbe le sommeil, la capacité à travailler et peut entraîner des troubles cognitifs et des risques cardio-vasculaires. Des législations ont été adoptées pour limiter cette pollution, comme la restriction des vols de nuit. Mais rien de tel n'existe en ce qui concerne la faune et la flore.

Ce n'est qu'en  2003 que des chercheurs néerlandais publient la première étude sur le sujet, dans Nature. Ils y démontrent que les mésanges des villes, comparées à celles des champs, augmentent la puissance mais aussi la fréquence de leurs émissions sonores, c'est-à-dire chantent plus aigu, pour couvrir le bruit des activités humaines.

En multipliant les recherches, les scientifiques découvrent alors que les tourterelles, faute de pouvoir modifier les basses fréquences de leur répertoire, désertent les bordures de bois situées à proximité d'autoroutes ; que les forêts voient la diversité de leurs essences réduite, alors que certains oiseaux pollinisateurs qui ont fui ne dispersent plus les graines dont ils se nourrissent ; que les baleines, qui utilisent leur ouïe plutôt que leur vue, sont menacées par les sonars des explorations pétrolières.

Augmentation du stress

" C'est maintenant prouvé : le bruit des hommes peut empêcher un animal d'entendre d'autres sons importants, qui lui permettent de se diriger, de chercher de la nourriture, de défendre son territoire, d'éviter des prédateurs, d'attirer un partenaire ou de maintenir des groupes sociaux, explique Rachel Buxton. En modifiant le comportement ou la répartition des espèces clés, des écosystèmes entiers peuvent être affectés par le bruit. "

En janvier, des chercheurs du CNRS, dont Thierry Lengagne, ont montré que la sélection génétique des espèces pouvait elle aussi être modifiée. Des rainettes soumises à l'agitation de la circulation routière subissent une augmentation considérable du stress, qui affecte leur état sanitaire. La coloration des sacs vocaux des mâles décline, alors qu'elle permet normalement aux femelles de repérer les partenaires les plus performants.

" L'intérêt de la nouvelle publication dans Science est d'avoir évalué de manière systématique l'étendue du désastre. On sait maintenant que la pollution sonore est partout, assure le chercheur. Il est urgent de mettre en place une vraie législation, qui implique de modifier les activités humaines. " Aux Etats-Unis, on tente déjà de réduire le bruit dans certaines zones protégées, avec des navettes pour limiter le trafic routier ou en demandant l'alignement des couloirs aériens sur les principales routes.

" Bien des stratégies d'atténuation du bruit fonctionnent. Il faut les généraliser, selon George Wittemyer, professeur à l'université du Colorado et coauteur de l'étude. Les gens doivent aussi considérer le son comme une composante de l'environnement naturel. "

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 18:33

Sept candidats sur onze se sont prononcés sur l’interdiction des cages, de la corrida, du gavage ou encore de l’expérimentation animale. Le sujet reste toutefois marginal dans les discours et les meetings. Par Audrey Garric le 17 avril 2017 pour Le Monde.

Lira aussi Les défenseurs des animaux lancent un Manifeste pour peser dans le débat présidentiel, L'avis des bêtes  et Pour un secrétariat d'État à la condition animale.

L’interdiction de la corrida fait partie des sujets que 26 ONG  veulent installer dans le débat politique. ANDER GILLENEA / AFP

L’interdiction de la corrida fait partie des sujets que 26 ONG veulent installer dans le débat politique. ANDER GILLENEA / AFP

Pour la première fois, la condition animale s’invite dans une élection présidentielle. Jadis marginalisée ou moquée, elle s’est aujourd’hui imposée comme un sujet légitime pour les candidats à la fonction suprême. Les prétendants l’ont bien senti : l’attente des électeurs est forte, alors que se succèdent les scandales de maltraitance dans des abattoirs et que foisonnent les livres d’intellectuels en faveur d’une société plus respectueuse des droits des animaux.

A six jours du premier tour, sept candidats sur onze ont répondu au manifeste AnimalPolitique, lancé par une coalition – inédite – de vingt-six ONG qui souhaitent inscrire cette cause dans le débat politique. Les associations (L214, la Fondation Brigitte Bardot, etc.) leur demandaient de s’engager sur trente propositions, qui vont de l’interdiction des cages, de la castration à vif ou du gavage des animaux d’élevage jusqu’à l’obligation de les étourdir avant l’abattage en passant par la lutte contre l’expérimentation animale.

Benoît Hamon (Parti socialiste) est le plus en pointe sur le sujet : il s’est prononcé pour 29 des 30 mesures, bottant en touche sur l’interdiction de la corrida et des combats de coqs. Il devance Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), qui soutiennent 26 propositions, Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste) 23, Jacques Cheminade (Solidarité et progrès) 22, Marine Le Pen (Front national) 20 et Emmanuel Macron (En marche !) 18.

Les candidats sont notés

François Fillon (Les Républicains) et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) ont chacun envoyé une lettre générale sur la condition animale, « des textes qui ne sont pas exploitables car ils ne se positionnent pas sur des mesures précises », indique Lucille Peget, la coordinatrice du projet AnimalPolitique. Jean Lassalle (Résistons !) et François Asselineau (Union populaire républicaine) n’ont, quant à eux, pas répondu.

« Cette mobilisation est exceptionnelle, s’enthousiasme Lucille Peget. C’est la première fois qu’il y a de telles prises de position sur la condition animale lors d’une élection, d’autant plus sur des questions pointues. Alors qu’il y a quelques années encore, cette thématique n’avait ni crédibilité ni visibilité, elle est aujourd’hui omniprésente dans le débat public. »

Dans un sondage IFOP pour la coalition d’ONG, publié en mars, 39 % des personnes interrogées affirment que les propositions des candidats en matière de protection animale pourraient influencer leur bulletin de vote le 23 avril, soit un bond de 10 points par rapport à l’élection présidentielle de 2012. En outre, 72 % d’entre eux souhaitent que les compétiteurs s’engagent sur des mesures concrètes en la matière.

« Les lobbys restent très puissants »

« Nous constatons que relativement peu de sujets font consensus parmi les sept candidats, du moins dans les thèmes majeurs, note toutefois Lucille Peget. Les sujets les plus délicats, qui n’ont pas emporté d’adhésion, sont l’interdiction du gavage et des corridas, la fin de l’utilisation des animaux dans les cirques et la réforme de la chasse, sans doute parce que les lobbys restent très puissants. »

A l’inverse, tous les prétendants se sont dits favorables à plusieurs mesures moins conflictuelles : interdire la capture des animaux sauvages dans leur milieu naturel à des fins de divertissement, lancer un plan national pour trouver des méthodes de remplacement à l’expérimentation animale ou encore améliorer l’insécurité liée à la chasse pour permettre la coexistence de toutes les activités de pleine nature.

Philippe Poutou est le seul candidat à avoir également répondu au programme Veggie 2017, présenté par l’Association végétarienne de France en faveur d’une « alimentation plus éthique et plus écologique ». Il a validé 7 des 10 mesures proposées par l’ONG, telles que l’instauration d’un menu végétarien alternatif dans les cantines, l’interdiction des lobbies de la viande et du lait dans les écoles ou la mise en place d’une politique agricole de transition vers un modèle plus végétal.

« C’est aussi une manière pour les candidats de récupérer facilement des voix. Pour beaucoup d’entre eux, cela ne coûte rien de rajouter quelques phrases dans leurs programmes à ce sujet », analyse Daniel Boy, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po

Pour la première fois, en outre, le bien-être animal apparaît dans certains programmes. Jean-Luc Mélenchon souhaite végétaliser l’alimentation et redéfinir les normes d’élevage, tandis que Benoît Hamon promet un plan contre la maltraitance des animaux et Marine Le Pen veut faire de leur protection une priorité nationale, quand bien même il ne s’agit que de sa 137proposition (sur 144). « C’est une belle évolution comparé à 2012, qui marque une nouvelle phase. Mais ce n’est pas suffisant et l’on veillera à ce que ces promesses ne restent pas vaines », assure Samuel Airaud, chargé pour L214 de l’observatoire Politique & animaux.

Le site note, au moyen d’un algorithme, les partis et les personnalités politiques selon leurs actes, déclarations ou propositions pour ou contre les animaux. Jean-Luc Mélenchon caracole en tête avec 15,7/20, devant Benoît Hamon (14,7) et Philippe Poutou (14,4). Marine Le Pen décroche 10,9/20, tandis qu’Emmanuel Macron n’obtient pas la moyenne (7,1) et François Fillon finit bon dernier (4,1). Reste que dans les débats et les meetings, le sujet est éclipsé et ne parvient pas à rivaliser avec le chômage, la sécurité ou les déficits publics. La cause animale, aussi légitime qu’elle soit devenue, reste marginale.

« C’est aussi une manière pour les candidats de récupérer facilement des voix. Pour beaucoup d’entre eux, cela ne coûte rien de rajouter quelques phrases dans leurs programmes à ce sujet. Mais dans les discours, lorsqu’il faut faire des choix, les animaux passent à la trappe », analyse Daniel Boy, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

Création du Parti animaliste

Le FN, en particulier, « instrumentalise ouvertement le bien-être animal à des fins électoralistes », dénonce l’eurodéputé écologiste Pascal Durand, dans une tribune publiée dans Libération. Par leurs votes devant le Parlement européen – contre la fin des cages pour les lapins ou la limitation de la durée de transport des animaux –, « les eurodéputés frontistes soutiennent les grands groupes agroalimentaires qui ne pensent “animal” que par le prisme de l’exploitation et du profit », juge-t-il.

Pour porter cette cause, certains défenseurs des animaux se sont alors lancés eux-mêmes dans le combat politique, en créant, en novembre un Parti animaliste, à l’image de ceux qui existent dans plusieurs pays européens, notamment aux Pays-Bas. « Nous voulons identifier un électorat pour lequel la question animale est une priorité, de manière à amener les autres partis à s’en emparer plus largement », explique l’une des coprésidentes, Hélène Thouy, avocate au barreau de Bordeaux.

Le parti, qui veut notamment abolir les « pratiques génératrices de souffrance », créer un ministère de la protection animale et adosser à la Constitution française une charte de la protection animale, revendique un millier d’adhérents. Totalement indépendant d’un point de vue financier, il a d’ores et déjà investi 80 candidats aux législatives, et en vise une centaine, tous issus de la société civile.

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Published by Vert Lilas - dans Animal Elections
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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 12:26

Chasseuse de matières sonores au cœur de la diversité animale, la Norvégienne se produit au festival Présences électronique, à Paris. Par Olivier Lamm le 10 avril 2017 pour Libération. Lire aussi sur le même sujet Bernie Krause, harmonies vivantes et Le grand orchestre de la nature est peu à peu réduit au silence.

Jana Winderen, traqueuse de sons. (Photo F. Petursson)

Jana Winderen, traqueuse de sons. (Photo F. Petursson)

L’instrument préféré de Jana Winderen est le Telinga, un micro muni d’une parabole qui permet d’attraper des sons minuscules jusqu’à 50 mètres de distance. Perfectionné à la limite du magique, le Telinga, tout comme sa collection d’hydrophones (conçus pour enregistrer sous l’eau) ou le micro miniature DPA 4060 (idéal pour capter les petits insectes) permet à cette musicienne norvégienne de saisir des phénomènes géologiques ou organiques hors d’atteinte de l’homme, dans un confort tout relatif - Jana Winderen doit tout de même voyager pour investiguer, et créer. Le voyage est même, avec la technologie de pointe, la condition sine qua non de son art. Diplômée en art et en écologie piscicole, la Norvégienne œuvre dans la sphère mal comprise du field recording, domaine de l’art sonore à équidistance du musical et du scientifique, dont les performeurs sont les ruisseaux et les montagnes, les rumeurs des villes, des campagnes ou des océans.

Pour créer ses disques et BO d’installation, Winderen, comme ses comparses et prédécesseurs Chris Watson ou Eric La Casa, explore le monde à la recherche d’environnements et phénomènes exceptionnels pour s’en faire l’écho. Son art dépend ainsi à égalité des sons qu’elle trouve et de ce qu’elle choisit d’en restituer, et son empreinte d’artiste des genres de lieux qu’elle affectionne - en l’occurrence les souterrains et océans de Russie jusqu’en Arctique, dont l’homme, dans sa bulle, a décrété qu’ils étaient silencieux, et où elle traque pour le contredire toutes les espèces qui font bruisser le monde hors de la portée de son oreille.

En 2009, elle faisait par exemple se décrocher quelques mâchoires dans les milieux mélomanes et scientifiques avec The Noisiest Guys on the Planet («les gars les plus bruyants sur la planète»), compte rendu d’investigations sonores au large des côtes scandinaves à la rencontre des Decapoda - famille des crustacés à cinq paires de pattes dont font partie les galathées, les crevettes ou les écrevisses - qui témoignait de leur existence jusque dans leurs activités les plus intimes avec une clarté ahurissante.

Quarante ans après le Chant des baleines de Roger Payne, hit inattendu qui fit découvrir au grand public la magnifique étrangeté des cris des baleines à bosse, l’œuvre de Jana Winderen, récemment prolongée par des immersions chez les insectes d’eau douce (The Listener, 2016) dans les bancs de phytoplancton (The Wanderer, 2015) ou parmi les chauve-souris (Out of Range, 2014) révèle littéralement la texture de la vie à des échelles et des endroits où l’on pensait qu’elle existait nécessairement sans nous. Non seulement saisissants dans leurs matières et textures, ses paysages sonores en deviennent poignants quand l’auditeur s’autorise à s’y projeter lui-même, côtoyant ce qu’il reconnaît, pourquoi pas, comme des cousins éloignés.

À Présences électronique, Jana Winderen présentera une œuvre intitulée Déclassifiée, basée sur «des enregistrements de phoque barbu, de crépitements de crustacés, d’orque, de baleine à bosse et baleine-pilote, de grognements de morue, de goberge, d’aiglefin et de poisson-crapaud».

Festival Présences électronique Le CentQuatre, 5, rue Curial, 75019. Du 14 au 16 avril. Accès gratuit, mais places à retirer une heure avant les concerts. Rens. : www.104.fr

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 15:07

Pourquoi l’humanité met-elle à mort des animaux pour les manger ? Pourrait-elle s’en passer ? Comment et pourquoi ? La philosophe Florence Burgat réfléchit aux raisons de la violence faite aux animaux, guidée par le souci d’étendre leurs droits. Un bel entretien avec Florence Burgat, par Lorène Lavocat pour Reporterre le 2 février 2017.

Lire aussi L'avis des bêtes, Pour un secrétariat d'État à la condition animale, et    Le véganisme est-il un humanisme ?... et aussi De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

Florence Burgat : « L’institution de l’alimentation carnée reflète un désir très profond de l’humanité »

Florence Burgat est philosophe, directeur de recherche à l’Inra, détachée aux Archives Husserl de Paris (ENS-CNRS). Ses recherches portent sur les approches phénoménologiques de la vie animale ; la condition animale dans les sociétés industrielles : le droit animalier (épistémologie juridique) ; l’anthropologie de l’humanité carnivore, à laquelle elle consacre son nouveau livre, L’humanité carnivore (Seuil).

 

Reporterre - Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la cause animale ?

Florence Burgat - Ce sont des images d’abattage que j’ai vues par hasard dans un film portant sur tout autre chose. En quelques instants, la viande a pris à mes yeux un sens totalement différent et je me suis mise à associer à cette chair inerte la réalité de son processus d’engendrement. J’ai alors pris une décision réfléchie : si je ne voulais pas participer à ce que je venais de voir, il était impératif de cesser de manger les animaux. J’ai compris que la viande n’avait aucune autonomie, qu’elle était la chair équarrie d’un animal tué — de trois millions d’animaux tués chaque jour en France, dans ses abattoirs.

Par la suite, j’ai décidé de consacrer mon travail en philosophie à cette question. Ma première interrogation a été la suivante : comment expliquer qu’une société comme la nôtre, policée et tranquille, puisse comporter dans ses replis des lieux où l’on égorge des animaux pour les manger alors que les ressources alimentaires dont nous disposons nous en dispensent ? Comment expliquer que nous nous accommodons si bien de cette violence, que nous nous racontons qu’elle n’existe pas ? L’abattoir est une monstruosité au sens propre du terme, une anomalie, un vice, une difformité engendrée par l’humanité carnivore, un lieu où le mal se déploie et se répète en toute impunité.

Qu’entendez-vous par autonome ?

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les animaux sont abattus et vendus dans la rue. Personne ne peut se raconter que la viande sur les étals n’a rien à voir avec les animaux dont elle provient. À partir de 1850 (et de la loi Grammont portant sur les mauvais traitements envers les animaux), les premiers abattoirs sont construits, pour des raisons d’hygiène, mais aussi pour soustraire aux yeux du public la mise à mort des animaux. Pour le législateur, la banalisation de la violence envers les animaux émousse en l’homme la disposition — c’est d’ailleurs ce que dit Kant — la plus utile à la moralité : la pitié ou la compassion. Autrement dit, s’habituer à la vue du sang, à la cruauté envers les animaux, c’est s’habituer à l’ouvrier qui tapera sa femme, ou à d’autres types de violence.

En quelques décennies, l’abattage des animaux va donc être soustrait à la vue du public. Les consommateurs n’auront plus affaire aux bouchers qui vendaient les animaux qu’ils avaient tués, mais à des commerçants dont le rôle est cantonné à la vente. Bien d’autres éléments concourent au mécanisme psychologique de « l’oubli » de l’animal dans la viande. Mentionnons parmi eux les stratégies parfaitement maîtrisées du marketing et leurs slogans publicitaires, les images trompeuses qui illustrent les « produits animaux » ou encore les discours vantant les mérites nutritionnels, prétendument irremplaçables, de la viande.

Longtemps, j’ai cru que cette occultation du processus de mise à mort expliquait la facilité avec laquelle nous mangeons de la viande sans penser que nous mangeons en vérité des animaux. Mais à présent, cette analyse me semble relever d’une courte vue. Nous n’ignorons en fait rien de cette vérité, et les animaux entiers ou reconnaissables dans les étals des bouchers sont là pour nous rappeler qu’il s’agit bien de cadavres d’animaux qui peu de temps auparavant étaient en vie comme nous souhaitons tous le rester ! La mauvaise foi ne doit pas être évincée de l’analyse, et moins encore l’ambivalence qui est au fondement de la vie psychique. « Nous savons bien, mais quand même », pour reprendre une formule chère aux psychanalystes…

Frans Snyders. Étal de gibier, entre 1625 et 1635.

Frans Snyders. Étal de gibier, entre 1625 et 1635.

L’idée selon laquelle nul (ou presque) ne veut renoncer à l’alimentation carnée s’est confirmée au moment de la diffusion des images de L214. La médiatisation des vidéos faisant la lumière sur la mise à mort des animaux dans les abattoirs aurait dû, si nous étions vraiment dans « l’oubli » de cette généalogie, entraîner une réaction massive de rejet de cette viande, dont la vérité était révélée. Il n’en fut rien, même si le véganisme a le vent en poupe, comme on dit. En effet, de nouvelles stratégies surgissent, de nouveaux discours œuvrent à pérenniser la consommation de « viande », qu’il est pourtant désormais impossible de dissocier de la mise à mort des animaux.

Dans mon livre L’Humanité carnivore, je montre en quoi l’institution de l’alimentation carnée reflète un désir très profond de l’humanité, qui n’est bien sûr pas à entendre comme l’agrégat des individus, mais comme une entité qui prend conscience d’elle-même en se pensant contre l’animalité. La manducation [Ensemble des actions mécaniques qui constituent l’acte de manger, NDLR] des animaux ne répond plus depuis longtemps à une nécessité ; l’enjeu est métaphysique et identitaire dans cette violence très singulière qui ne consiste pas simplement à tuer, mais à manger, c’est-à-dire à absorber, digérer, excréter.

L’horreur que nous inspire le cannibalisme confirme la spécificité de la violence propre à la manducation qui suit une mise à mort. Les anthropologues ont en effet mis au jour un « cannibalisme de gourmandise », où des hommes mangent d’autres hommes « parce c’est bon ». Il peut être curieux de penser que le cannibalisme nous répugne plus que la torture, qui constitue une situation où l’autre continue à être tenu pour un sujet qui doit répondre à une question. La manducation, qui implique un processus de décomposition, ravale celui qui est ainsi traité à un rang qui ne peut être comparé à aucun autre. Quoi de plus absolu que la manducation pour affirmer une forme d’anéantissement d’autrui ?

Et quelles sont les pistes de réponse que vous avez pu trouver pour expliquer l’attachement de l’humanité à la manducation des animaux ?

Il n’y a pas une explication simple, d’une part, et l’on ne peut pas s’en tenir à l’Occident moderne et technicien, d’autre part, car c’est l’humanité tout entière qui est embarquée. C’est finalement à l’archéologie de la violence que la question de l’humanité confronte.

La violence de la manducation, quand elle s’institue, serait consubstantielle au moment où l’humanité prend conscience d’elle-même comme d’une entité séparée des animaux ; c’est du moins ainsi que, métaphysiquement, elle se pense. Elle aurait pu se penser autrement, et le transhumanisme qui se prépare constitue peut-être une définition entièrement neuve de l’humanité. Il est frappant de constater que même les sociétés dites « continuistes », qui, ne posant pas de coupure radicale entre l’humain et les non-humains, qui considèrent les animaux comme leurs lointains parents, les tuent et les mangent. Les rituels de « pardon » ne sont que des mascarades.

Frans Snyders. Nature morte avec fruits, gibier mort, légumes et singe, écureuil et chat vivants, avant 1657.

Frans Snyders. Nature morte avec fruits, gibier mort, légumes et singe, écureuil et chat vivants, avant 1657.

C’est dans le dernier chapitre de mon livre que je tente de montrer comment l’humanité pourrait changer de régime. Ce changement ne serait pas motivé par un sursaut moral ou éthique, mais pourrait être la réponse aux problèmes environnementaux et aux injustices causés par l’élevage. La végétalisation de l’alimentation pourrait s’imposer pour des questions de survie d’une humanité extraordinairement nombreuse. Si ce renversement advient, je pense que la cuisine végane, les viandes végétales, la viande in vitro [fabriquée à partir de cellules musculaires d’animaux] pourraient tout à fait continuer à occuper la place de la viande. Grâce à ces similicarnés, nous pourrions passer à un autre régime tout en pensant que nous mangeons toujours des animaux. Le marketing pourra en l’occurrence jouer un rôle déterminant, comme il joue actuellement un rôle déterminant dans l’édification de nos représentations de la viande que nous mangeons, en ménageant sciemment une distance avec les animaux dont elle provient. C’est lui qui forge de bout en bout nos représentations de la viande, de l’animal.

Faites-vous une distinction entre différents types d’élevages, de chasses ? N’y a-t-il pas notamment une différence à faire entre un élevage industriel et un élevage paysan ?


Les pratiques d’élevage incriminées dans le contexte de l’industrialisation — la séparation des animaux, la contention, les pratiques de mutilation — sont aussi anciennes que l’élevage. Par exemple chez les Romains, pour que les volailles grossissent sans bouger, on les mettait dans des poteries, puis dans des petites cages. Le processus est le même, seulement, il s’aggrave. L’élevage d’antan faisait en petit ce que l’élevage industriel fait en grand. La sélection génétique des animaux était réalisée par bricolage empirique, aujourd’hui elle utilise les outils de la génétique. Mais fondamentalement, l’élevage industriel n’a rien inventé. La différence tient dans des moyens scientifiques et techniques qui permettent à l’industrie de l’élevage d’enrôler dans son entreprise un nombre considérable d’animaux.

Antoine van Dyck et Frans Snyders. Chasse au sanglier, vers 1619.

Antoine van Dyck et Frans Snyders. Chasse au sanglier, vers 1619.

Pourrait-on imaginer créer un élevage qui respecte les animaux ?


Que signifie « respecter les animaux » ? Estimez-vous que faire naître dans le but d’engraisser rapidement un individu dans le but de le tuer pour le manger s’accommode avec le « respect ». Que respectez-vous dans un tel contexte, même si vous créez des conditions de vie convenables pour les animaux ? Le mot ne va pas. Je pense qu’il peut y avoir des règles du métier, une déontologie, un cahier des charges. Mais le respect, qui est un terme très fort, dont la connotation est d’abord morale, est incompatible avec le « meurtre avec préméditation » par lequel certains auteurs qualifient l’élevage pour la boucherie.

Bien sûr, il peut y avoir des conditions de vie différentes d’un type d’élevage à l’autre, mais aussi d’un éleveur à l’autre. Mais si l’on respecte les animaux, par principe, on fait autre chose qu’un métier qui vit de la mort, qui plus est en bas âge, des animaux.

Un collègue végétarien me rapportait une remarque qu’on lui avait faite : « Un animal qu’on aurait bien soigné, qui aurait eu une bonne vie, cela te gênerait-il de le manger ? » Sa réponse est d’après moi très intéressante : « En somme, tu me demandes si cela me gênerait de manger mon chat. »

Pourquoi fondamentalement ne faut-il pas de manger des animaux ?

Dans la mesure où nous ne sommes plus les charognards que nous avons été durant le paléolithique, manger les animaux revient à les tuer, et à les tuer en masse, puisque l’humanité est carnivore. On a envie de retourner la question à l’envoyeur : pourquoi la boucherie est-elle une bonne chose et pour qui ? Nous ne sommes pas dans des situations de survie ou de légitime défense qui, seules, justifient à mes yeux la mise à mort.

Dans deux précédents ouvrages de phénoménologie animale, j’ai montré que la vie animale est individuée, subjective. Contrairement à une vision contemporaine qui fait de l’animal un « simple vivant » et de l’homme un « existant », il faut convenir du fait que l’animal en face de moi est aussi un existant qui n’a qu’une vie à vivre, que son existence est singulière et que c’est la sienne. Aucune autre vie ne peut la remplacer. Voilà ce que l’éleveur de boucherie ne voit pas : il pense au mieux l’animal comme un élément d’un ensemble (le troupeau). La vie animale est elle aussi persévérance dans l’être.

Et que faites-vous des relations de prédation : il y a bien des animaux qui mangent d’autres animaux…

Certains animaux, les carnivores physiologiques, tuent d’autres animaux pour se nourrir, en effet. L’homme est un omnivore physiologique, qui peut donc adopter plusieurs régimes alimentaires. L’humanité n’a jamais été aussi libre qu’aujourd’hui pour choisir son régime. Et il n’est pas un prédateur comme un autre : il est armé de puissants artéfacts… Par ailleurs, il est curieux de voir que, s’agissant de l’alimentation carnée, l’interlocuteur qui la défend se plaît tout à coup à se présenter comme un « animal comme un autre », un vulgaire prédateur qui aurait lui aussi le droit naturel de tuer d’autres animaux. Alors que c’est évidemment en raison d’une position de surplomb, de supériorité sur le monde animal que nous avons institué un système dans lequel les animaux sont systématiquement les perdants, et l’homme le gagnant.

Frans Snyders. Lion tuant un sanglier.

Frans Snyders. Lion tuant un sanglier.

Qu’en est-il des végétaux ?

Les dissertations sur la vie végétale arrivent à un certain point de la conversation pour noyer le poisson, si l’on ose dire. Les plantes seraient elles aussi douées de sensibilité, etc. de sorte que les manger serait un geste aussi problématique que celui qui consiste à égorger un mammifère. L’argument manque de finesse et de discernement. La sensibilité ainsi entendue peut être une irritabilité, une réaction à une situation. Les plantes n’ont pas de soi, de vie personnelle, d’expérience en première personne.

Je mentionne ici quelques-uns des critères phénoménologiques qu’il faut prendre en compte. L’animal vit sa vie en première personne, c’est lui qui est sujet de ses expériences. Qu’est-ce qui atteste dans le comportement de la plante cette autonomie, cette liberté, cette spontanéité, cette épreuve de la vie et de la mort qui sont ce qui rassemble dans un même ensemble ontologique humains et animaux ?

Si nous devions établir des droits des végétaux, il faudrait fonder ces droits sur d’autres critères que ceux qui fondent les droits fondamentaux humains et ceux sur lesquels doivent de même être fondés ceux qu’il faut conférer aux animaux. Je veux parler du critère de la sensibilité : l’être sensible fait l’expérience de la douleur, précisons : de sa douleur.

On voit quand même des avancées, il y a des évolutions juridiques… par exemple, l’animal a été reconnu comme un être sensible.

Oui, vous avez raison. Des signes d’une évolution sont indéniables. La prise de conscience, comme on dit, précède toujours le changement dans les comportements et dans les pratiques. Le travail de déconstruction que nous faisons — les philosophes, les historiens, les juristes — joue un rôle déterminant dans la prise au sérieux d’un problème tourné en ridicule il y a encore très peu de temps. Dans les milieux universitaires, la question animale suscite beaucoup moins de la brutalité verbale et d’exclusion qu’il y a quinze ans. Quand j’ai commencé à travailler sur la « question animale », j’étais complètement isolée et mes amis à l’université jugeaient cette option de recherche suicidaire, du point de vue de la carrière. Je constate que plusieurs collègues ont modifié leur façon de penser et… leur façon de se nourrir. Une minorité, certes.

Frans Snyders. Le Concert des oiseaux, vers 1630

Frans Snyders. Le Concert des oiseaux, vers 1630

Que pouvons-nous faire, chacun d’entre nous, pour la défense de la cause animale ?

Bien des choses, selon ce qui nous touche le plus. Certains sont révoltés par la fourrure, d’autres par la corrida, d’autres encore par la chasse, d’autres par les abandons d’animaux dits de compagnie. Renoncer aux produits animaux constitue l’acte le plus important, et il est celui qui commande tous les autres. On n’a jamais vu un « végétarien éthique » être pour la fourrure, la corrida et les mauvais traitements envers les animaux ! C’est aussi l’acte le plus contraignant d’un point de vue moral en tout cas, le plus volontaire — tandis qu’être contre la chasse ou la corrida, voilà qui ne demande pas grand effort.

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 12:17

Jamais la question animale n'a été aussi présente dans les débats de société et le champ politique. Au risque, craignent certains, d'en oublier les libertés et les droits de l'homme par Catherine Vincent pour Le Monde le 25 novembre 2016

Photographie tirée de la série « Amelia and the Animals », représentant la fille de la photographe · Robin Schwartz

Photographie tirée de la série « Amelia and the Animals », représentant la fille de la photographe · Robin Schwartz

 

Ce n'est plus une tendance, c'est une lame de fond. Un Parti animaliste vient d'être créé, un collectif d'intellectuels appelle à la création d'un secrétariat d'État à la condition animale, les colloques se succèdent autour du statut juridique et éthique des bêtes, un collectif nommé Animal politique publie cette semaine un manifeste visant à " inscrire la condition animale dans le débat politique des prochaines échéances électorales "

Dans la société française comme dans l'arène politique, jamais cette question n'a été si présente. Au point que certains s'en inquiètent. C'est le cas du philosophe Francis Wolff, qui dénonce la perspective de " droits des animaux " comme " une caricature grotesque des droits de l'homme ". Ou encore du sénateur Jean-Louis Carrère, qui invite à " établir des garde-fous afin que la préoccupation pour le bien-être animal ne puisse prendre le pas sur les libertés et les droits de l'homme ". La prise en compte du point de vue animal éprouverait-elle notre humanité ? Le fait d'accorder un statut juridique particulier aux animaux relève-t-il, comme l'affirment certains, d'un " anti-humanisme " ? Ou bien s'agit-il, au contraire, d'un " humanisme augmenté " ?

Émergence de l'" antispécisme "

Au regard des avancées de la science, la cause est entendue : les animaux sont des êtres sensibles – donc capables de souffrir –, doués d'intelligence, d'émotions et parfois de culture. Or, les vidéos tournées en caméra cachée dans les élevages industriels ou les abattoirs en témoignent : jamais l'humanité ne les a maltraités, exploités et consommés de manière aussi massive qu'à notre époque. Ce paradoxe criant a favorisé l'émergence, ces dernières décennies, d'un courant de pensée " anti-spéciste " selon lequel les espèces animales méritent le même respect que l'espèce humaine et sont des " sujets de vie ".

C'est sur ce fondement éthique que des associations ont obtenu en France, en février  2015, la redéfinition de l'animal dans le code civil : il est désormais considéré comme un " être vivant doué de sensibilité ". Mais cette prise en compte du point de vue animal ne va pas sans heurts. Car admettre que ce qui nous sépare des bêtes est moins une différence de nature que de degré, cela revient à bouleverser en profondeur la position, très surplombante, que l'homme s'est donnée par rapport à la nature. Une position héritée de la Grèce antique, qui culmina en Europe à partir du XVIe  siècle sous le nom d'humanisme.

Au départ, Platon comme Aristote avaient pourtant imaginé un modèle continuiste : selon cette représentation biologique, il n'existait pas de séparation tranchée entre les espèces inférieures, les hommes et les dieux. Mais cette théorie, pour les Anciens, présentait un défaut de taille : elle ne reflétait pas le statut particulier de l'homme, même si celui-ci détenait des facultés paraissant lui être propres. " Il fallait donc construire un modèle théorique capable de rendre compte d'une “nature humaine”, irréductiblement distincte du reste de la nature ", précise Patrice Rouget, enseignant en philosophie et auteur de La Violence de l'humanisme (Calmann-Lévy, 2014).

Pour s'en sortir, Platon et Aristote ébauchèrent alors une seconde représentation, " selon laquelle le genre des animés se divise en trois catégories essentiellement distinctes : l'animal, l'homme et le dieu ". C'est dans cette conception métaphysique de l'homme " que se noue, dès le début de la philosophie, le destin des animaux tel qu'il ne fera que s'aggraver jusqu'à aujourd'hui ", résume Patrice Rouget. Une philosophie renforcée dans un premier temps par le christianisme, pour lequel, rappelle l'historien Eric Baratay, professeur à l'université Lyon III, " l'image de la bête est forgée en opposition à celle de l'homme ". Puis confirmée par Descartes et son " animal-machine ", qui donne à notre supériorité humaine une caution scientifique déterminante dans l'Europe du XVIIe  siècle : c'est à cette époque que s'épanouit l'humanisme, un courant culturel et moral très préoccupé par les droits fondamentaux de l'être humain – mais fort peu par le reste du vivant.

Il faut attendre le néodarwinisme du XXe  siècle pour voir apparaître en Occident une autre forme d'humanisme, dite évolutionniste. Encouragé par la pensée écologique dans les années 1970, ce mouvement philosophique s'interroge sur la place et le destin de l'humanité dans son environnement. La question, cependant, reste très anthropocentrée : s'il s'agit de savoir comment optimiser les relations de l'homme et de son biotope, c'est avant tout dans notre propre intérêt.

Il en va autrement, en théorie du moins, dans les cultures orientales. Le bouddhisme, contrairement aux religions monothéistes, rejette l'idée que l'homme occupe le sommet de la création : il estime que tous les êtres ont le droit fondamental d'exister et de ne pas souffrir. De même l'hindouisme prône largement le végétarisme et considère l'alimentation carnée au regard de la souffrance infligée aux bêtes. D'où l'assertion de Gandhi, hindouiste convaincu : " On peut juger de la grandeur d'une nation par la façon dont les animaux y sont traités. "

L'homme d'un côté, les animaux de l'autre : en Occident, telle est la règle. Pour combien de temps  encore ? Seule certitude : le socle de cette tradition philosophique se fragilise à mesure que s'accumulent les connaissances des éthologues, ces spécialistes du comportement animal qui rognent année après année notre " propre de l'homme ". Et les conditions faites aux bêtes, médiatisées sous la pression croissante des associations, sont venues déranger les consciences. Mais cette évolution suscite un fort clivage, comme en témoignent deux événements récents survenus dans l'arène politico-médiatique française.

Le premier s'est joué le 4  octobre, sous les ors du Sénat, où se tenait un colloque au titre explicite : " L'Homme et les animaux : vers un conflit de civilisations ? " Pour ses organisateurs – parmi lesquels l'Observatoire national des cultures taurines, fervent défenseur de la corrida –, il y a un " danger de rupture entre des populations attachées aux valeurs de l'humanisme et celles qui prétendent lui substituer l'idéologie animaliste ". L'anthropologue Jean-Pierre Digard (CNRS), par ailleurs membre de l'Académie d'agriculture, s'y est notamment inquiété de la modification apportée en  2015 au statut des animaux dans le code civil, considérant qu'elle mettait en cause, entre autres, " l'humanisme hérité des Lumières dans lequel l'animalisme n'a de cesse d'enfoncer de nouveaux coins ". Cette préoccupation a pris une tournure plus politique lorsque le sénateur (PS) des Landes, Jean-Louis Carrère, a annoncé, lors du même colloque, son intention de demander la création d'une commission d'enquête parlementaire sur le mouvement animaliste. " Il y a dans l'animalisme, dont les ramifications s'étendent dans le monde entier, des origines financières qui me préoccupent ", a précisé l'élu, interrogé par téléphone. Il n'en dira pas plus.

La seconde joute récente concernant l'importance qu'il convient d'accorder aux animaux s'est jouée dans nos colonnes. Le 18  octobre y était publié un manifeste, signé par une vingtaine de personnalités scientifiques et juridiques – parmi lesquelles le psychiatre et éthologue Boris Cyrulnik, le moine bouddhiste Matthieu Ricard et la philosophe Élisabeth de Fontenay. Elles demandaient la création d'un secrétariat d'État à la condition animale. " Prendre en compte les intérêts des animaux, avec qui nous partageons ce monde, est devenu une question sociétale, politique et démocratique et ne peut que favoriser la construction d'une société plus humaine dans l'intérêt des hommes, des animaux, de la planète ", concluaient-elles.

Le 27  octobre, le philosophe Francis Wolff, professeur émérite à l'ENS, publiait en réponse une tribune cinglante, affirmant que nous n'avons nul besoin d'un secrétariat d'État pour améliorer la protection des animaux. " Les grands moments de sensibilité “animalitaire” sont rarement corrélés à des mouvements de compassion “humanitaire” ", estimait-il. Et d'ajouter qu'au regard des " quelques milliers de réfugiés " que nous peinons à accueillir sur notre sol " on est parfois mieux défendu “chez nous” lorsqu'on est un animal d'une autre espèce que lorsqu'on est un être humain d'une autre culture ". Animalisme contre humanisme, nous y revoilà.

" Pourquoi le fait d'être juste avec les animaux entraînerait-il obligatoirement le fait d'être injuste avec les humains ? ", rétorque Vinciane Despret. Si cette philosophe, professeure à l'université de Liège (Belgique), salue le procédé auquel Francis Wolff a recours – " utiliser le pouvoir mobilisateur du scandale fait aux animaux pour demander plus de justice pour les réfugiés, c'est faire son métier de philosophe humaniste " , elle ne partage pas sa vision exclusive selon laquelle ou bien on s'occupe des humains, ou bien on s'occupe des animaux. " En politique, l'idée première est de concilier le plus d'intérêts possible, en les hiérarchisant selon les priorités. C'est à cela qu'il est intéressant de réfléchir, plutôt que perdre son temps autour d'un conflit entre animalisme et humanisme ", estime-t-elle. Mais le conflit existe bel et bien. Si frontal parfois qu'il faut en interroger les raisons.

" Tyrannie du bien "

La première pourrait être la légitime défense. " Certains défenseurs de l'humanisme “classique” répondent de manière outrancière à des attaques qui l'ont été aussi, souligne la philosophe Corine Pelluchon, auteure d'un Manifeste animaliste à paraître en janvier  2017 chez Alma. Les mouvements de libération animale ne sont pas toujours bienveillants envers l'humanité et exercent parfois une “tyrannie du bien” contre laquelle d'autres réagissent. " Mais il y a sans doute autre chose. Un choc culturel ? Une résistance à reconsidérer la place de l'homme dans la nature, la peur d'y perdre nos privilèges ? Pour Vinciane Despret, les travaux d'anthropologues tels que Philippe Descola ou le Brésilien Eduardo Viveiros de Castro, en montrant qu'il existait d'autres conceptions que la nôtre sur le rapport de l'homme à la nature, ont en tout cas produit " un effet de déstabilisation sur notre métaphysique anthropocentrée, une intelligence collective qui fait que beaucoup d'entre nous comprennent qu'on ne peut plus penser comme on pensait auparavant ".

À ce point de bascule entre deux conceptions philosophiques, les tenants de l'humanisme classique mèneraient-ils un combat d'arrière-garde ? Cela expliquerait pourquoi leurs arguments peinent à convaincre. Tel celui, brandi de façon récurrente, de la grande loi de protection des animaux promulguée par l'Allemagne nazie en  1933, qui laisserait penser que la sensibilité à la souffrance animale est sourde à la souffrance humaine. " On sait maintenant que ce projet de loi avait été déposé au Parlement en  1928 par le SPD, le Parti social-démocrate d'Allemagne… On est donc loin de l'affrontement politique auquel certains veulent faire croire ! ", corrige Eric Baratay.

Anthropocentrisme

Ce spécialiste de l'histoire des relations hommes-animaux rappelle par ailleurs que l'opposition entre animalisme et humanisme n'existait pas au XIXe  siècle, lorsque la protection animale s'est développée en France. " Que ce soit pour Hugo, Zola, Michelet ou Maupassant, la défense des animaux allait de pair avec celle des femmes, des enfants, des pauvres. En  1850, lorsqu'on adopte en France la loi de protection des animaux, elle est soutenue par Victor Schœlcher, qui fait abolir l'esclavage ", détaille l'historien, pour qui la défense des animaux, loin de s'y opposer, procède d'un " humanisme élargi ".  Il en va de même pour l'écrivain Vincent Message, qui souligne que " si nous restons enfermés dans l'étroitesse de notre anthropocentrisme, le seul héritage que laissera notre espèce sera d'avoir provoqué la sixième extinction massive de l'histoire de la planète ".

" Opposer les intérêts des hommes et ceux des animaux relève d'une pensée disjonctive, qui nous laisse croire que nous devrions choisir entre ces causes, alors que tout -indique au contraire qu'elles se recoupent, qu'il faut penser la convergence des luttes ", ajoute l'auteur de Défaite des maîtres et possesseurs (Seuil, 304  p., 18  euros) – roman remarqué dans lequel les hommes ne sont plus l'espèce dominante de notre planète. " Prendre en compte les intérêts des animaux, c'est élargir notre sphère de considération morale, développer des valeurs d'empathie et d'altruisme qui permettent de lutter plus largement contre toutes les formes de violence et de discrimination. " On retrouve cette conception ouverte dans un passionnant ouvrage de Sue Donaldson et Will Kymlicka, Zoopolis (Alma, 408 pages, 25,90  euros), dans lequel ces deux philosophes canadiens ébauchent une politique des droits des animaux fondée sur l'idée de communauté citoyenne.

Enrichir nos sphères culturelles et morales en accueillant la communauté des bêtes : tel est aussi le message du Parti animaliste, présenté le 14  novembre, qui rejoint la quinzaine de partis se consacrant à cette cause dans le monde. Annonçant vouloir se concentrer sur la question animale, " afin que celle-ci ne soit plus diluée parmi d'autres thématiques ", cette formation entend " prouver que les avancées dans ce domaine seront salutaires pour les animaux, mais aussi pour les humains ".

Une initiative que Corine Pelluchon salue avec confiance, estimant que " ses fondateurs, modestes et engagés, sont allés voir ce qui se fait en Europe depuis dix ans dans ce domaine et ont bénéficié des conseils de ces autres partis ". Le rôle de cette nouvelle structure ? À ses yeux, il s'agit de contribuer à former l'opinion publique, et, plus encore, celle de nos représentants. " A droite comme à gauche, ces derniers n'ont pas encore compris combien cette question devenait importante socialement et culturellement, affirme la philosophe. Ils n'ont pas compris que la cause animale, loin d'être une obsession d'extrémistes, est la cause de l'humanité. Car elle souligne tous les dysfonctionnements, aux effets délétères pour nos sociétés humaines, de notre modèle actuel fondé sur l'exploitation sans limites des vivants et de la nature. "

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 11:13
Le collectif citoyen 269 Life France mène des actions chocs pour informer le grand public, comme ici à Paris, le 26 septembre 2015

Le collectif citoyen 269 Life France mène des actions chocs pour informer le grand public, comme ici à Paris, le 26 septembre 2015

Effet de mode ou tradition ancestrale ? Être végane apparaît avant tout comme l’application d’une philosophie de vie refusant la supériorité de l’être humain sur les animaux. Abolir toute forme d’exploitation animale en est la priorité. Au XIXe siècle, le philosophe Jeremy Bentham repoussait déjà les limites de la réflexion en affirmant que le plus important n’était pas de savoir si les animaux peuvent parler ou raisonner, mais de savoir s’ils souffrent. Une dimension éthique mettant les hommes, « ces autres animaux », face à leurs responsabilités, tout comme les vidéos de l’association L214, révélant la réalité des abattoirs. Le masque dissimulant la violence envers les animaux pour satisfaire les besoins de la société se fissure, mais les avancées politiques, juridiques ou universitaires se font à pas de fourmi en France. Les militants recourent donc à des campagnes choc et à l’action directe pour interpeller l’opinion. Si les quolibets et le mépris envers les véganes s’atténuent, les motivations profondes de leur mode de vie restent encore un mystère pour beaucoup. Or, que ce soit pour des raisons sanitaires, écologiques ou morales, tous partagent cette envie de changement, avant d’être mis au pied du mur par l’extinction de certaines espèces. Comme un instinct de survie.

Vanina Delmas pour Politis le 23 novembre 2016

Le véganisme est-il un humanisme ?

Véganisme : Animal politique

Si le véganisme apparaît à certains comme une nouvelle mode alimentaire, le combat auquel il se rattache a débuté dans l’Antiquité. En jeu : la domination de l’homme sur les bêtes et la mainmise sur son environnement par Ingrid Merckx pour Politis le 23 novembre 2016.

Le Parti animaliste a été lancé le 14 novembre. Il promeut « une évolution de société qui prend en compte les intérêts des animaux et qui repense la relation entre les animaux et les humains ».Objectif : faire émerger la question animale dans le champ politique, comme dans un certain nombre de pays d’Europe, dont les Pays-Bas, mais aussi l’Australie et les États-Unis.

Le 18 octobre, vingt-trois personnalités, dont le neurologue, psychiatre et éthologue Boris Cyrulnik, le moine bouddhiste -Matthieu Ricard et la philosophe Élisabeth de Fontenay [^1], signent une pétition réclamant la création d’un secrétariat d’État à la Condition animale : « Que devient notre légitimité à exploiter et à faire souffrir les animaux ? » Le 3 novembre, de nouvelles images diffusées par l’association L214 révèlent les conditions dans lesquelles sont abattues des vaches gestantes dans un grand abattoir public, à Limoges, alors qu’une commission d’enquête parlementaire a remis en septembre soixante-cinq propositions pour mettre fin à la « torture » et à la « barbarie ».

Les mots sont forts. Comme la plupart de ceux utilisés pour dénoncer l’exploitation animale : « meurtre » pour l’abattage, « viol » à propos de l’insémination artificielle, « vol » concernant le lait. Pour que les femelles donnent du lait, il faut qu’elles soient gestantes. « Les petits sont tués à la -naissance. C’est pourquoi véganes et anti-spécistes considèrent que le lait “c’est comme la viande” en matière d’exploitation animale », explique Marianne Celka, docteure en sociologie de l’université Paul-Valéry de Montpellier et chercheuse à l’Institut de recherche sociologiques et anthropologiques (Irsa-CRI) [^2].

« Végane » et « antispéciste » : ces deux appellations gagnent du terrain dans le débat public. « Les véganes sont antispécistes, mais l’inverse n’est pas forcément vrai », poursuit Marianne Celka. L’antispécisme étant, en France, considéré comme le versant le plus politique d’un mouvement qui va de la protection des animaux à leur libération. Quand le véganisme regroupe ceux qui décident de cesser de consommer tout produit provenant de l’animal : viande, poisson, œufs, lait, miel, mais aussi cuir, laine, soie et sous-produits alimentaires ou cosmétiques. « Une subculture », dit-elle. Un mode de vie, une « philosophie », une question morale ou éthique.

« Un choix politique », tranche la philosophe Florence Burgat [^3], consternée par la volonté de certains États américains d’accorder au véganisme un statut comparable à celui des pratiques religieuses. « Croire, c’est le contraire de savoir. Le véganisme ne relève pas d’une croyance, mais d’une démonstration qui se fonde sur le degré de sensibilité et de conscience des animaux pour aboutir à la volonté de leur voir reconnaître des droits moraux et légaux. »

« Après la libération des esclaves et des femmes, le temps serait venu de libérer les animaux », résume aussi Marianne Celka. Emphatiques, provocateurs, choquants les véganes ? « Ils emploient un vocabulaire très dur en réponse à l’obscénité de l’industrialisation », analyse la chercheuse. Mais ils campent moins des « illuminés préférant l’animal à l’homme », comme on les caricature, que des rationnels soucieux de rétablir les grands déséquilibres entraînés par l’industrialisation et la surconsommation. Lévi-Strauss, Kant ou Derrida à l’appui, ils interrogent la violence qu’on accepte sur les animaux comme préparation à l’acceptation de son pendant sur l’homme. Les antispécistes viennent plutôt de mouvances de gauche que du milieu de la protection animale, souligne aussi Yves Bonnardel dans Les Cahiers antispécistes.

« Notre ère postmoderne est marquée par un retour de la sensibilité pour la nature : il faudrait la respecter plutôt que l’exploiter. En ce sens, le véganisme est un écologisme », estime Marianne Celka. « Les véganes sont plutôt écolos, observe pour sa part Florence Burgat, mais l’inverse n’est pas vrai : le parti vert reste très anthropocentré. »

Francisation d’un concept anglais (« speciesism », créé dans les années 1970 par le psychologue Richard D. Ryder, par analogie avec les questions de racisme et de sexisme), l’antispécisme s’est forgé en France pour rassembler les critiques de l’anthropomorphisme. Le mot « végane » est plus ancien : il remonte à 1944, quand Donald Watson crée au Royaume-Uni la Vegan Society, par scission avec la Vegetarian Society, laquelle lui refusait un article condamnant la -consommation de produits laitiers. Le véganisme, ou végétalisme, est né officiellement comme une forme plus poussée, plus aboutie, plus « cohérente » du végétarisme. Car, au-delà des abattoirs, c’est tout le système d’exploitation de l’animal qui est condamné : élevage, laboratoires et loisirs (zoo, parcs d’attractions, animaux de compagnie…). Mais la matrice est la même : le rejet et le dégoût des violences exercées sur l’animal par l’espèce dominante.

Or, ce rejet est très ancien. Renan Larue [^4], titulaire d’une chaire sur l’histoire du végétarisme et du véganisme à l’université de Santa Barbara, en Californie, le fait remonter à l’Antiquité. En 268, le philosophe Porphyre de Tyre aurait rédigé un traité végétarien d’abstinence animale et le premier livre d’éthique animale en Occident. Chez les philosophes grecs, il y a une fracture entre les pythagoriciens, défenseurs de la cause animale, et les stoïciens anthropocentristes, pour qui « tout est fait pour servir l’homme ». On trouve déjà ce que Renan Larue appelle le « bingo de l’alimentation carnivore ». À savoir un concentré des arguments visant à contredire ou à ridiculiser les végétariens. Le plus étonnant étant que ces arguments se sont maintenus malgré des siècles de philosophie contraire, Voltaire, Rousseau, Derrida, Schopenhauer ou encore Adorno s’offusquant de notre cruauté envers les animaux.

Le droit a évolué. En 1850, les actes de maltraitance animale sont interdits en France et en Angleterre. En janvier 2015, dans l’Hexagone, l’animal est reconnu « comme un être vivant doué de sensibilité ». Mais les préjugés ont la vie dure : « L’homme s’est toujours nourri de viande, comme les lions » ; « Si l’animal souffre, l’arbre aussi ? » ; « Tu ne veux pas tuer des vaches, mais les moustiques ? » ; « Les droits des animaux, d’accord, mais devant les droits de l’homme ? »… L’histoire du véganisme, c’est aussi une affaire de dénigrement et de faux procès, s’agace Florence Burgat : « L214 s’est vu reprocher de ne pas défendre les migrants. Mais les associations ont un objet statutaire : dans leur cas, il s’agit des animaux destinés à la boucherie. Par ailleurs, pourquoi les causes seraient-elles concurrentes ? D’autant que, quand on s’oppose au système d’exploitation de l’animal, on s’oppose en général à toutes les formes d’exploitation. » Pas de hasard si l’animalisme est né à la fin du XIXe siècle, inspiré par le sort des ouvriers dans les usines anglaises.

Hors norme et autodidactes, les véganes sont rompus au démontage d’idées reçues. Mais ce combat est un peu recouvert aujourd’hui par la « mode végane », qui a explosé notamment grâce aux réseaux sociaux. Blogs, restaurants, boutiques… La tendance regrouperait aujourd’hui 2 % de la population française. Dans le monde, elle concerne plutôt les urbains des capitales occidentales, plutôt laïcs, y -compris à Tel Aviv, où le véganisme en vogue serait plutôt le fait d’une génération occidentalisée que d’une nouvelle tendance du judaïsme.

Les relations entre véganisme et religions nourrissent beaucoup de fantasmes. L’emploi du terme « holocauste » par les antispécistes de l’association internationale 269 Life, très active en Israël, n’aide pas. Et Renan Larue consacre un chapitre de son livre à l’incompatibilité entre le christianisme et l’éthique animale. « Mais il fait l’impasse sur l’abattage rituel commun au judaïsme et à l’islam,conteste Florence Burgat. C’est un trait commun aux trois religions monothéistes, qui sont des religions carnées. L’hindouisme et le bouddhisme sont plus portés sur le végétarisme, pour des raisons complexes qui ne sont pas forcément liées au respect de l’animal. Paradoxalement, l’Inde est un grand exportateur de viande. » Autre trait du véganisme : c’est un mouvement très féminin. Une caractéristique historique de la libération animale. « La sollicitude envers l’animal privé de raison est une vaine considération dont la civilisation occidentale a laissé le soin aux femmes », ironise Élisabeth de Fontenay.

Aujourd’hui, le nerf de la critique « anti-végane », c’est l’argument diététique : peut-on se passer de viande et de produits laitiers sans mettre sa santé en danger ? Plusieurs actions en justice, aux États-Unis et en Italie, ont été intentées contre des parents véganes accusés de maltraitance alimentaire sur leurs enfants. Le débat fait rage entre médecins, pédiatres, nutritionnistes et naturopathes. Les véganes citent la bio--nutritionniste Marion Kaplan, qui rappelle que les apports nutritionnels varient selon la personne et son âge. En gros, il faut surveiller et adapter : ce qui est mauvais pour les uns ne l’est pas forcément pour d’autres.

Autre référence : le médecin Jérôme Bernard-Pellet, selon qui l’hostilité du monde médical envers le végétalisme est encore très importante en France. « Pourtant, une alimentation végétalienne bien menée – notamment supplémentée en vitamine B12 – ne donne aucune carence », affirme-t-il, rappelant que toutes les protéines sont disponibles dans le monde végétal. Il cite également des revues médicales internationales qui font l’éloge du végétalisme en matière de réduction des maladies cardio-vasculaires et du nombre de cancers du côlon et de la prostate. Effet connexe : attentifs à la provenance de ce qu’ils ingèrent, les véganes consomment des produits de meilleure qualité.

Le bémol, c’est pour les nourrissons. En toute logique, les véganes et les antispécistes devraient se faire les défenseurs de l’allaitement maternel pendant les six premiers mois. Mais entre 6 mois et 3 ans ? Les études et les prises de position médicale manquent. Pour des raisons culturelles ? En vue de la présidentielle, 26 organisations se sont rassemblées en un collectif, Animal politique, qui défend trente propositions pour induire un changement de société.

[^1] Auteur du Silence des bêtes, Fayard, 1998.

[^2] « L’animalisme : enquête sociologique sur une idéologie et une pratique contemporaines des relations homme/animal », Marianne Celka, thèse disponible en ligne.

[^3] Auteur du Droit animalier (PUF, 2016) et de L’Humanité carnivore__, Le Seuil (à paraître en février 2017).

[^4] Auteur du Végétarisme et ses ennemis. Vingt-cinq siècles de débat, PUF.

Les happenings de rue (ici une militante de Peta en 2015) visent à populariser la cause animale

Les happenings de rue (ici une militante de Peta en 2015) visent à populariser la cause animale

Véganisme : Une lutte animale, mais pas seulement

Trop souvent réduits au statut d’amoureux des bêtes, les militants antispécistes défendent des idéologies plus complexes par Vanina Delmas pour Politis le 23 novembre 2016

Des corps nus, recouverts de faux sang ou de cellophane dans des barquettes en plastique géantes, en pleine rue, ou la distribution de faux membres humains aux passants… Ces happenings sanglants, volontairement choquants, se multiplient dans les grandes villes françaises, à l’initiative d’associations très déterminées dans leur défense de la cause animale. Début octobre, le joyeux cortège de la Veggie Pride défilait sous les fenêtres des Parisiens en criant : « Ni exploités ni maltraités, liberté pour les animaux ». C’était la 16e édition de ce festival antispéciste, faisant la part belle au véganisme. Preuve que ce mouvement n’est pas vraiment nouveau.

Un an plus tôt, une enquête de l’association L214 faisait tomber les murs de l’abattoir d’Alès (Gard) en montrant la souffrance des chevaux, vaches et porcs lors de leurs derniers instants. La vidéo mise en ligne montre notamment les cochons rassemblés dans une fosse pour être asphyxiés au CO2. La caméra filme leur regard, obligeant à détourner les yeux. Leurs cris obligent à couper le son. Le choc des images fonctionne : les médias s’emparent du sujet, l’opinion publique est ébranlée, l’établissement ferme et, six mois plus tard, une commission d’enquête parlementaire « sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français » est créée à l’Assemblée nationale. Des réactions à la vitesse de l’éclair qui cachent un travail de longue haleine.

« Nous nous sommes formés sur le tas car nous sentions l’urgence du problème, explique Brigitte Gothière, cofondatrice de L214. Mais les journalistes, les juges et nos détracteurs nous poussent à aller plus loin dans la vérification de nos sources. Certaines de nos enquêtes pas suffisamment abouties restent dans un tiroir pour le moment. Tout cela montre aussi que la question animale n’est plus seulement associée à la sensibilité d’individus, mais qu’elle est devenue sérieuse. »

À l’ère des réseaux sociaux, Youtube n’a pas échappé à la communauté végane. Jihem Doe, végane depuis cinq ans, a lancé sa chaîne, qui compte déjà plus de 11 000 abonnés. Un format court, fondé sur la bataille d’idées, un rythme énergique et de l’humour pour « démocratiser » ce sujet. « Je peux parler de tout, sur le ton que je veux, sans me soucier d’une ligne à suivre comme dans une association lambda, explique-t-il. Je trouvais que la communauté de vidéastes véganes en France se focalisait trop sur l’alimentation et que ça manquait de lutte animale. J’essaye d’incarner le végane qu’on aimerait croiser. » Une autre méthode pour déconstruire le stéréotype hippie et sectaire.

Pourtant, la popularité récente du mouvement végane ne convainc pas tous les militants. Ulrike Seitan (il s’agit d’un pseudonyme), membre du collectif Les Panthères enragées, regrette que l’on soit toujours dans une optique de consommation. « Aujourd’hui, de plus en plus de produits labellisés véganes remplissent les rayons des -supermarchés, il y a même des industries comme Herta qui produisent des saucisses végétales ! Pour moi, la lutte se fait encore et toujours absorber par le capital », s’indigne-t-elle. Ce collectif, l’un des plus radicaux, prône l’action directe, du sabotage économique d’industries à la libération d’animaux. « Au tout début, le mouvement de libération animale était tourné en ridicule. Puis le phénomène s’est inversé, jusqu’à ce que l’on nous considère comme des terroristes, il y a environ six ans, car tous prenaient en exemple le groupe d’activistes anglais Front de libération des animaux », rappelle Ernesto Gayvara (un pseudonyme également !), militant depuis une dizaine d’années. Leur intransigeance les rapproche de l’essence du mouvement antispéciste français, qui a émergé dans les années 1990.

Marginale en France, la question de l’éthique animale a été prise en considération dans les pays anglo-saxons dès les années 1970. En 1976, le philosophe utilitariste Peter Singer associait le concept d’altruisme aux rapports hommes/-animaux dans son livre La Libération animale, devenu une référence mondiale. Novices, les Français ont pioché dans ces exemples pour importer la lutte, tout en la modelant à leur façon : moins dans le sensible et plus dans le rationnel, incarné par la naissance des Cahiers antispécistes. De plus, les influences anarchistes les ont incités à inscrire la lutte contre le spécisme dans une critique -globale de la société, au même titre que les combats contre le capitalisme, le fascisme ou le racisme. « Entre la filiation anarchiste, les références utilitariste et juridique, associées à la méfiance à l’égard de l’affectif […], les militants français ont forgé un style qui leur permet à la fois de se démarquer de la défense animale – ils ne veulent pas être considérés comme les partisans des animaux – et de l’écologie – ils se déclarent antinaturalistes », écrit Catherine-Marie Dubreuil, ethnologue qui suit le mouvement français depuis ses balbutiements, dans Libération animale et végétarisation du monde, ethnologie de l’antispécisme.

Au fil du temps, les divergences sur les modes d’action plus ou moins radicaux ou le choix des collaborations avec d’autres groupes ont divisé la cellule-souche du mouvement. Même le vocabulaire tend à se transformer : « abolition » est préféré à « libération », tout comme « végane », jugé moins élitiste qu’« antispéciste ». Une myriade d’associations s’est donc créée, avec le même objectif, lutter contre l’exploitation animale par l’homme, mais différents moyens pour y parvenir.

L’association 269 Life France a connu plusieurs dissidences. Venue d’Israël en 2012, elle se duplique rapidement ailleurs, notamment dans l’Hexagone. Repérée par ses opérations de marquage au fer rouge, elle a toujours tenu à mettre en avant la souffrance animale comme argument prioritaire et à rester dans la légalité. Puis Alexandra Blanchard a décidé de quitter son poste de présidente pour créer sa propre association en 2015, Vegan Impact. Ses motivations profondes, liées à l’alimentation, à la santé et à l’environnement, étaient incompatibles avec celles de 269 Life France. Il faut avouer que ce sont là des arguments peu revendiqués par les autres associations antispécistes.

Dans le même temps se crée 269 Life Libération animale. « Le mouvement était trop frileux. Nous préférons aller au-devant des ennemis, choquer et prôner la désobéissance civile pour incarner un vrai contre-pouvoir », souligne Tiphaine Lagarde, la présidente. À l’inverse de L214, qu’elle juge trop prudente, elle souhaite une abolition immédiate et totale de l’exploitation animale, à coup d’actions choc et médiatiques, comme l’occupation du « couloir de la mort » d’un abattoir pendant huit heures, début novembre.

La médiatisation est un filon très exploité par les défenseurs des animaux. Cette année, Peta France a obtenu une grande victoire : la marque française de prêt-à-porter The Kooples a annoncé qu’elle bannirait la fourrure à partir de 2017. Le résultat des pressions répétées de l’association (manifestations, pétition, vidéos sanglantes) et de l’intervention très médiatisée du rockeur Pete Doherty. Une méthode à l’américaine assumée : « La réputation et la longévité de cette association viennent de ses campagnes très médiatiques et soutenues par des personnalités connues, résume Anissa Putois, chargée de campagne pour Peta France. C’est très efficace pour inscrire la question animale à l’agenda médiatique et faire changer les choses au niveau des entreprises. »

Frapper un grand coup aux portes des industriels et lancer des campagnes nationales contre la maltraitance animale donne l’espoir d’avancer à pas de géant. Mais les petits pas à l’échelle locale comptent tout autant. En Bretagne, le Collectif rennais pour l’égalité animale (CRPEA) multiplie manifestations et conférences. « Nous souhaitons diffuser la notion de spécisme et faire prendre conscience de l’oppression qu’elle représente tout en travaillant avec la mairie pour des changements concrets : trouver des solutions éthiques pour les animaux “nuisibles”, sensibiliser les écoles au végétarisme et au végétalisme, prévoir un vétérinaire municipal pour les personnes démunies », énumère François, végane depuis 2009 et membre actif. La révolution n’a pas encore eu lieu. Mais, loin des happenings de rues et du tourbillon médiatique, quelques-uns prennent soin, au quotidien, d’animaux rescapés ou « sauvés de la mort » au dernier moment dans des refuges paisibles, véritables sanctuaires dédiés à la protection des animaux.

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 19:38

Des associations de défense des droits des animaux ont présenté le manifeste « Animal politique ». Entouré de figures médiatiques comme Matthieu Ricard, le collectif a expliqué vouloir porter la question de la condition animale dans le débat public en interpellant les candidats à l’élection présidentielle par Marie Astier pour Reporterre.

Les défenseurs des animaux lancent un Manifeste pour peser dans le débat présidentiel
  • Paris, reportage

« La question de la condition animale, les politiques s’en fichent. Ils la balayent d’un coup de poignet. » Ce constat, c’est une députée socialiste qui le fait. Geneviève Gaillard tente de mobiliser sur le sujet dans les couloirs parlementaires depuis son premier mandat, en 1997 : « Nous ne pouvons plus considérer que les animaux ne sont pas doués de sensibilité. Pour leur donner une place dans notre droit, nous avons vu le besoin de fédérer les associations de défense des droits des animaux », explique à ses côtés sa collègue la députée écolo Laurence Abeille.

Pour une fois, la question mobilise. Dans la salle de conférence du grand hôtel parisien se serrent militants, journalistes et personnalités venues en soutien. L’actrice Hélène de Fougerolles, le journaliste Allain Bougrain-Dubourg ou encore la dessinatrice Luce Lapin ont fait le déplacement. Ce mardi 22 novembre, un collectif de 26 ONG de défense des droits des animaux présentait son manifeste de 30 propositions intitulé « Animal politique ». Objectif : faire émerger la question animale dans le débat public.

« Après l’abolition de l’esclavage ou le vote des femmes, il faut se demander : quel grand pas reste-t-il à faire pour l’humanité ? intervient le moine bouddhiste Matthieu Ricard, soutien du collectif. 120 millions d’animaux sont tués chaque heure pour les besoins de l’humanité. »

Interdiction des cages et de la corrida

L’introduction du manifeste, elle, remarque que « malgré l’intérêt croissant des Français pour la cause animale, la dénonciation des actes de cruauté et la reconnaissance de la sensibilité des animaux par la science et le droit, l’engagement des politiques pour améliorer leur situation reste très insuffisant et en décalage avec les attentes de la majorité des Français ».

« 120 millions d’animaux sont tués chaque heure pour les besoins de l’humanité », a expliqué Matthieu Ricard.

« 120 millions d’animaux sont tués chaque heure pour les besoins de l’humanité », a expliqué Matthieu Ricard.

Les propositions sont déclinées selon six thématiques : animaux d’élevage, de compagnie, de divertissement, faune sauvage, etc. Les organisations demandent l’interdiction des cages ou du gavage en élevage, l’obligation d’étourdissement des animaux avant l’abattage, l’arrêt de l’utilisation des animaux pour l’expérimentation scientifique, des mesures pour limiter l’abandon des animaux de compagnie, ou encore la reconnaissance du statut d’être vivant doué de sensibilité à l’animal sauvage. Dans les semaines et mois qui viennent, ces points seront présentés à chaque candidat à la présidentielle afin de les pousser à s’engager sur le sujet. « Cela nous permettra de noter les candidats en fonction des propositions sur lesquelles ils voudront bien s’engager », explique Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot.

« On veut que ces propositions soient retenues, défendues par les politiques. Donc nous avons limité nos ambitions, tout en gardant certaines mesures symboliques comme l’abolition de la corrida », précise-t-il encore. Plusieurs associations qui prônent habituellement aussi l’abolition de la chasse ont accepté le choix pragmatique de plaider pour son interdiction « seulement » le dimanche.

Une bonne dose de pragmatisme a aussi été nécessaire pour trouver des propositions qui conviennent à des organisations ayant des buts allant de l’amélioration des conditions d’élevage des animaux (le CIWF — Compassion in World Farming —, par exemple) à l’abolition de toute forme d’exploitation des animaux par l’homme (L214, par exemple). Sur l’estrade, la députée Geneviève Gaillard rappelle qu’elle mange elle-même de la viande. « Mais, elle est abattue dans des conditions qui ne me conviennent pas », explique-t-elle. Elle recueille quelques applaudissements, mais bien moins que Matthieu Ricard, proclamant que « le seul moyen de manger de la viande casher, c’est d’être végétarien ! »

Tous les partis consultés

« Nos associations reflètent la diversité de la société. On a aussi des propositions qui s’adressent à des gens qui consomment de la viande, insiste Agathe Gignoux, du CIWF. On peut en manger mieux. L’ultramajorité des personnes ne sont pas végétariennes, et c’est important de montrer qu’elles peuvent agir pour le bien-être animal, et que les politiques aussi peuvent leur proposer quelque chose. On a des propositions qui sont réalistes, réalisables, qui font avancer la cause animale de façon progressive. »

« Nous évaluerons les candidats en fonction de leurs engagements », dit Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot.

« Nous évaluerons les candidats en fonction de leurs engagements », dit Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot.

Cette initiative intervient alors que le Parti animaliste a été officiellement lancé il y a à peine plus d’une semaine. Il vise à présenter des candidats aux élections législatives. « Nous avons le même combat. Mais le scrutin majoritaire à deux tours laisse peu de chances d’avoir des candidats animalistes élus, note Laurence Abeille. Le collectif est un autre outil, il pourra travailler avec le gouvernement. »

Il se déclare politique dans le sens où il entend soulever « un débat de société », mais apolitique « au sens partisan ». Tous les partis présentant un candidat à la présidentielle seront abordés. « Même le Front national, précise Christophe Marie. La question revient souvent, car, aujourd’hui, c’est ce parti que l’on entend le plus sur le sujet. En lui demandant de se positionner par rapport à notre manifeste, nous pourrons montrer qu’il n’est absolument pas cohérent sur sa manière de défendre les animaux. Et il faut que les autres partis se positionnent pour ne pas laisser au FN un boulevard sur ce sujet. »

Chaque candidat sera donc comparé aux autres en fonction de ses réponses à la liste de propositions. Rendez-vous aurait déjà été pris auprès de Jean-Luc Mélenchon et de Yannick Jadot. Benoît Hamon pourrait se montrer ouvert. Pour le reste, il faut attendre que tous les candidats soient choisis et déclarés.

Cependant, la présidentielle ne sera « qu’une première étape », précise Muriel Chrisostome, de la SPA (Société protectrice des animaux). « On veut s’inscrire durablement dans le débat politique français, ce manifeste est un acte fondateur. »

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Published by Vert Lilas - dans Animal Elections
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