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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 13:29

Comme chaque année, j'ai participé comme bédéphile de toujours, quand Yves Frémion faisait le fanzine « Le petit Mickey qui n'a pas peur des gros », et aussi écologiste, à la présélection des nominés du prix Tournesol. Mes préférés n'ont pas été retenus, mais voici quelques nouvelles du prix.         

Pierre Stoeber

Le 19éme prix Tournesol, récompensant la BD la plus écologiste de l’année, a été décerné vendredi 30 janvier en « off » du Festival BD d’Angoulême au manga coréen « Le parfum des hommes » de Kim Su-Bak, édité par l’éditeur indépendant suisse Atrabile.

Le jury, présidé par la Secrétaire nationale d’EELV, Emmanuelle Cosse, a choisi ce livre après un large débat, où « Lip », de Laurent Galandon et Damien Vidal (Dargaud) a longtemps fait figure de favori. Ce prix, organisé sous la houlette de EELV est décerné chaque année par un jury différent, composé d’écologistes, de journalistes et d’artistes de trois pays francophones.

« Le parfum des hommes » raconte une histoire authentique où l’on montre la multinationale Samsung dans ses pires agissements en Corée. L’héroïne Yumi est une ouvrière qui travaille dans les semi-conducteurs, mais ses conditions de travail, lamentables, la rendent vite leucémique, car exposée sans protection à des matériaux hautement toxiques. La firme nie évidemment toute responsabilité et tout le monde se défile, politiques, administratifs, médias : nul ne veut se mettre à dos une firme aussi puissante. Le père de Yumi, Hwang Sang-ki, va enquêter, prétexte pour Kim Su-bak de dresser un dossier implacable et universel sur la maltraitance ouvrière et le cynisme des grandes entreprises.

Le taux de maladies graves dans cette usine est très élevé, dans l’indifférence générale, mais l’auteur et son personnage dévoilent au passage les malversations financières, les spéculations et les magouilles de la firme, certes parfaitement nommée, mais représentative de toutes les grandes multinationales. Ce combat se termine par des éléments de victoire propres à développer l’espoir, mais les ripostes des grands vampires de l’industrie sont sans fin.

Inconnue en France, cette affaire exemplaire pourrait se raconter en changeant le nom de la firme ou d’activité, dans tous les pays du monde. En ce sens, Kim Su-bak a réalisé un album magistral, combinant une information sans faille et une narration soutenue. Son dessin, en noir et blanc, est très efficace et inclut parfois la photo, pour rendre plus palpable l’authenticité de l’affaire.

Kim s’était fait connaître en France par un précédent album, « Quitter la ville » (2009), déjà ancré dans la réalité des ouvriers du bâtiment.

Le 30 janvier 2015

Yves Frémion, secrétaire du Prix Tournesol
Emmanuelle Cosse, présidente du jury du prix Tournesol.

 

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 10:28

Agon

La censure par le populaire

Gestions populistes de l’art et de la culture

                     Barbara Métais-Chastanie

Un article passionnant sur Agôn [En ligne], mis à jour le : 18/11/2014, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3127

Table des matières

Du Blanc-Mesnil à Montpellier : usages populistes du « populaire »  

« C’est très bien » : la vie en rose qu’on nous propose  

Ce que censure veut dire  

Ce que la société ne t’a pas donné  

« Il appartient aujourd'hui aux êtres dissonants de résister autant que faire se peut à cette fiction discriminante de béatitude, d'une part en traquant les dérives de ce langage afin que sa vacuité saute aux yeux du plus grand nombre, d'autre part en alimentant in situ sa dissonance. L'enjeu est à la fois de déstabiliser les tenants de ce langage dominant, et de se forger une ligne de conduite critique. » Eric Chauvier, Que du Bonheur.

Depuis quelques mois, un même mot d’ordre se fait entendre ici et là : celui selon lequel les lieux d’art et de culture devraient être des lieux « populaires » et « ouverts à tous ». Rien de nouveau sous le soleil si l’on veut bien se rappeler que c’était le même élan qui guidait déjà Jean Vilar et Antoine Vitez dans la défense d’un « théâtre élitaire pour tous » (Vitez) dès les années cinquante. Pourtant le « populaire » semble aujourd’hui n’être qu’un vulgaire cache-sexe pour des politiques culturelles populistes et réactionnaires qui n’hésitent pas à prendre les commandes de lieux artistiques quand leur programmation ne s’ajuste pas aux cahiers des charges municipaux. On le sait les élus sont sensibles aux polémiques et le consensus doit régner pour éviter les risques politiques : les propositions divertissantes ont le mérite d’arrondir les angles en répondant aux attentes de collectivités souvent plus soucieuses d’aménager le territoire que de le voir se soulever sous l’effet de tensions et de désaccords profonds.

Celui qui est toujours instrumentalisé, celui pour qui parlent ceux qui agitent la poupée du « populaire » moribond, c’est le public. Le « vrai » public entendons-nous bien. Celui qui comme la Vérité d’X-Files est toujours ailleurs. Pas celui qui applaudit des deux mains les dramaturgies d’avant-garde (toujours intello celui-là), pas celui qui va trop souvent au théâtre, au musée ou qui a l’audace de lire quand sa ministre de la Culture lui rappelle que ça prend trop de temps (toujours suspect celui-là), pas celui qui baigne dans la culture, dans l’art ou dans l’école (il ne sait pas ce que c’est que le réel, celui-là). Non, le Vrai public, le Brut, l’Ignorant, le Mal-à-l’aise, celui qui sue à l’idée d’une pièce de trois heures, celui qui tremble quand on lui annonce un classique. Celui qu’on dit « empêché » après l’avoir affublé pendant longtemps de l’étiquette de « non-public ». Et c’est au nom de ce Vrai Public, qui n’a pas plus d’existence que le « Bon Chasseur » des Inconnus1, au nom du « Peuple », que le « populaire » se voit réduit au rang d’objet de culture consensuel. Ce n’est pas pour mon public, mes habitants ne veulent plus de ça, entend-on souvent ad nauseam. Car le « populaire » sait pour le peuple, pour le public, pour les habitants ce qui est « bon » pour eux, ce qui est « fait » pour eux, ce qu’ils ont « envie de voir » et ce qu’ils sont « en mesure de comprendre ».

L’actualité, au Blanc-Mesnil et à Montpellier, comme les conditions politiques actuelles, ne font que confirmer la soumission des artistes et des lieux artistiques au bon-vouloir des élus locaux. Autant de signes qui font craindre pour l’indépendance de l’art et pour le devenir de sa fonction émancipatrice.

Du Blanc-Mesnil à Montpellier : usages populistes du « populaire »

Ce jeudi 13 novembre le conseil municipal de la ville de Blanc-Mesnil a, en effet, voté la sortie du conventionnement du Forum, mettant fin au partenariat qui liait la Ville, le Département, le Ministère de la Culture et la Région Ile-de-France. Cette décision, Thierry Meignen, le nouveau Maire UMP, cherchait à la porter depuis son élection en ménageant des zones de flou et en refusant de donner des indications claires sur ses intentions. Pendant plus de sept mois, les contradictions l’auront disputé à la rétention menant l’équipe du théâtre du Forum d’incertitude en incertitude. Pour que ton chien n’aboie pas, fais-le courir ici et là. Beau précepte suivi avec soin par la nouvelle municipalité qui critiquait, elle aussi, une programmation jugée trop exigeante (« Le conventionnement est présenté comme trop contraignant, et serait contraire aux intérêts de la ville en matière culturelle », précise Xavier Croci, Directeur du Forum).

la panacée

C’est cette même rhétorique populiste et paternaliste qui frappe aujourd’hui à Montpellier. La Panacée – Centre de culture contemporaine dirigé par Franck Bauchard – est sous la menace d’une mise à l’index et fait les frais d’une ingérence municipale proprement policière. Tous les projets de programmation pour l’année à venir sont suspendus au bon vouloir du nouveau Maire qui souhaite, lui aussi, autre chose pour ses habitants : le nouvel élu à la culture reprochera à La Panacée « d’avoir raté son rendez-vous avec le public ». Dimanche, La Panacée a fermé ses portes avec l’exposition « Une lettre arrive toujours à destinations ». Et l’équipe ne sait pas quand elle les réouvrira et encore moins sur quoi : un opérateur local a annoncé sur sa page Facebook une exposition à La Panacée au mois d’avril ; d’autres évènements semblent s’annoncer pour le mois de mars… Situation proprement ubuesque puisque ignorée des principaux intéressés car là aussi le directeur du lieu s’est vu confisquer la main sur sa programmation. Mis sous la tutelle d’une fonctionnaire de la Ville, La Panacée se trouve depuis septembre dans une situation proche de celle de l’âge de glace : le programme pour l’année 2015, présenté et affiné entre les mois de mai et septembre, est gelé. Il a fait l’objet d’un ensemble de critiques sur son accessibilité, son lien avec le territoire, les partenaires et artistes locaux...  sans être pour autant formellement invalidé. Sous l’ère Frêche, Montpellier avait déjà raté l’occasion d’accueillir des œuvres d’artistes d’envergure, poussant ainsi Yvon Lambert à poser les valises de sa fondation en Avignon. Quelque chose de l’art du XXIe siècle semblait trouver de justes conditions d’exposition à la Panacée qui est en train de sombrer.

Philippe Saurel, l’homme de l’anti-système, dissident du PS, sera-t-il aussi bassement populiste que ses homologues de droite et d’extrême droite ? Rien d’étonnant tant le discours anti-élitiste de dénonciation des avant-gardes semble être une tendance partagée à gauche comme à droite, surtout en des temps de crise où la culture est priée de payer son tribu au social pour justifier de son utilité.

Les critiques anti-élitistes et l’interférence des problématiques artistiques et des grilles politiques ne sont pas nouvelles. On se souvient que le Front national, associé à certains élus de la droite républicaine, avait fait du Centre Chorégraphique de Rillieux-La-Pape de Maguy Marin l’une de ses principales cibles lors de sa campagne pour les municipales. La danse contemporaine à Rillieux-La-Pape ? Vous n’y pensez pas. Le contribuable n’a pas à payer pour ça.

C’était en 2001.

Pour la police des esprits, la danse contemporaine faisait alors lit commun avec l’insécurité dans la liste des choses à combattre.

Avant, il y avait eu l’éviction de Gérard Paquet à la direction du Théâtre National de la Danse et de l'Image de Châteauvallon après l’arrivée au pouvoir de Jean-Marie Chevallier à Toulon en 1995, l’une des premières Mairie FN de France avec Marignane et Orange. Le fondateur du centre culturel, ouvertement anti-fasciste, ne pouvait pas faire bon ménage avec un Maire frontiste. Après avoir refusé toute subvention de la ville, invité le groupe de rap NTM à donner un concert, il se voit poursuivi en justice et menacé de licenciement. En 1997, il est prié de quitter le lieu qu’il avait fondé en 1964.

Dix ans plus tard, c’est désormais l’UMP qui s’occupe de sangler les museaux en brandissant le pavillon réactionnaire d’un « populaire » qui n’en a plus que le costume. Les coups de force se multiplient : en avril 2014, Abdel Seshaf directeur du théâtre municipal de Roanne est licencié pour d’obscures raisons d’irrégularité de contrat par Yves Nicolin, le nouveau Maire UMP. En avril également, le nouveau Maire UMP de Saint-Etienne, Gaël Perdriau, licencie cinq membres de la direction de l’Opéra-Théâtre dont le chef d’orchestre Laurent Campellonne, pour raisons économiques cette fois.

Pasolini annonçait déjà dans ses Écrits corsaires la puissante progression de ce nouveau fascisme, celui du conformisme, du conservatisme, de l’anti-intellectualisme et de sa suite, la consommation culturelle. Il semble que depuis le virage à droite des années quatre-vingt, il trouve sa pleine mesure.

« C’est très bien » : la vie en rose qu’on nous propose

la vie en rose

En juin 2014, le Centre Théo Argence de Saint-Priest voit sa programmation amputée de plus de la moitié de ses spectacles. Les motifs de l’annulation ? La nouvelle mairie UMP souhaite, en effet, voir à l’affiche du théâtre des formes « plus populaires ». Le « populaire », comme nous l’explique avec forces répétitions l’édito de saison qui n’est d’ailleurs pas signé par la directrice du lieu, Anne Courel, littéralement menottée par les décisions municipales, mais par Gilles Gascon, Mai(t)re de Saint-Priest, et par Catherine Laval, 1ère adjointe à la Culture (avec majuscule), c’est donc enfoncer les portes, de préférence ouvertes : « L’accès à la culture ne se fait pas par une seule porte d’entrée. Chacun doit pouvoir venir avec sa sensibilité, sa liberté, ses goûts ; voir ou entendre ce qu’il aime et peut-être, s’il le désire, découvrir autre chose, à son rythme, en toute liberté. »

Manifestement les portes ouvertes sur la ville et ses habitants, sur des ateliers en direction des San-Priots, sur les écritures contemporaines et les problématiques qu’elles empoignent du Théâtre Théo Argence pendant les quatre années de la direction d’Anne Courel, n’étaient aux yeux du Maire et de ses acolytes que des couteaux sans manche auxquels manquait la lame.

En lieu et place de l’invention singulière d’une langue, comme pouvaient la porter Mariette Navaro, Alexandra Badea ou encore Sylvain Levey, pour ne citer que quelques auteurs associés au projet de La Fabrique, en lieu et place de la recherche collective d’un sens réunissant artistes et habitants, en lieu et place de l’invention d’une poétique et d’une politique qui répondaient à d’autres lois que celles qui règlent le parcours quotidien en tenant tête aux formes de l’exclusion, aux formes du mépris, aux formes du pessimisme, la nouvelle Mairie a donc choisi le vaudeville, l’opérette et la chanson française. Que le public se rassure pourtant, c’est « un beau programme ». C’est le Maire, lui-même, qui nous le dit et « C’est très bien » comme nous en persuadera un spectacle porté par trois interprètes qui voient « la vie en rose et c’est très chouette ! ».  « C’est très bien » est programmé en décembre. Preuve que de vrais choix dramaturgiques ont guidé ces perspectives de programmation : c’est bien connu, en hiver, les couleurs, c’est que du bonheur.

Ce que censure veut dire

Romeo Castellucci

Romeo Castellucci, Sur le concept du visage de Dieu, 2011.

Ces formes d’ingérence policière sont aussi scandaleuses que leurs récurrences sont inquiétantes. Qu’il s’agisse du FN, de l’UMP ou du PS, la mode semble être aujourd’hui à une resucée molle du terme « populaire », vague chewing-gum qui passe de bouche en bouche, pour faire oublier qu’il a perdu son goût. Le « populaire » alors, ce « populaire » au « sens noble du terme » comme nous rappelle le Maire de Saint-Priest, quel est-il sinon ce concept flou qui se résumerait à l’équation suivante : le plus petit dénominateur commun est la seule chose à laquelle doit pouvoir se ramener une œuvre pour échapper au constat d’élitisme. On serait tenté d’en rire (jaune) si cette réappropriation populiste du populaire ne s’exprimait pas désormais par une politique de censure, institutionnelle (comme dans les cas précédemment cités) et réactionnaire (comme dans le cas d’Exhibit B de Brett Bailey2, des pièces de Rodrigo Garcia3 ou de Romeo Castellucci4, du film de Céline Sciamma5, du court-métrage de Benjamin Parent6, menacés par des groupes d’extrême droite). Il est étonnant d’ailleurs de remarquer qu’on n’a jamais autant brandi le « populaire » et son « peuple » que depuis qu’on l’a vidé de sa substance en rangeant au placard la lutte des classes et les outils de l’analyse marxiste. Baudruche vide, gonflée ici et là par de méchantes bouches, le « populaire » ne renverrait donc plus qu’à lui-même, vague « pour tous », dont on ne sait pas vraiment ce qu’il désigne sinon la perte d’une lecture dialectique où les rapports sociaux étaient pensés de manière relationnelle et antagoniste, comme autant d’« espace où pourraient émerger des rapports sociaux absolument neufs » (F. Jameson).

« Populaire » désigne pourtant tout autre chose que la somme de ces compromis : il est le nom de ce grand rêve, caressé par Vilar, par Vitez et par ceux qui tiennent à son exigence, le nom qui veut que l’expérience esthétique soit le fruit d’un apprentissage et qu’elle demande le temps long de ce qui se dépose, ce qui dit que le public n’existe pas mais qu’il est construit, attendu, espéré ou corseté par des formes qui dessinent pour lui la carte de ses possibilités, que chacun-e – quel-le qu’il soit – est en mesure de décider de ce qui l’intéressera ou non – car La Princesse de Clèves circule en toute main –, que la culture ne saurait se réduire à une vague collection d’objets disposés sur des étagères municipales mais qu’elle est d’abord une série de relations individuelles et collectives construites avec ceux-ci, que l’émancipation intellectuelle se découvre au cœur d’expériences esthétiques qui vous arrachent aux évidences pessimistes partout ressassées, que non « ce n’est pas bien » car l’art ne saurait se réduire à un divertissement compensatoire visant à faire oublier la vie moribonde qui se débat derrière les murs, que non « ce n’est pas bien » car l’expérience esthétique est aussi une manière d’organiser le pessimisme et de distribuer dans le réel une force critique et l’élan du nouveau, que non « ce n’est pas bien » car il est temps de forcer l’exigence à quitter l’espace de la seule vie privée pour inventer ensemble d’autres conditions d’existence, que non « ce n’est pas bien » car l’ignorance et le jugement hâtif ne doivent pas être la mesure d’une politique artistique, que non « ce n’est pas bien » car le populaire dans votre bouche n’est que paresse à chercher du contentement pour atténuer le scandale de ce monde-ci, que non « ce n’est pas bien » car la culture doit être l’objet d’enjeux discutables, et que toute forme de mainmise est une censure qui ne dit pas son nom, que non « ce n’est pas bien » car un lieu de programmation et de résidence ne doit pas se transformer en prestataire de service d’une idéologie feutrée et revancharde, que non « ce n’est pas bien » car un lieu artistique doit viser autre chose que tenir « le spectateur dans la réplétion inerte de l’homme qui a payé pour qu’on le débarrasse sans douleur de ses quelques menus fantômes. » (R. Barthes)

Ce que la société ne t’a pas donné

Pasolini Salo

P.P. Pasolini, Salo ou les 120 jours de Sodome, 1976.

Sans recourir aux fausses évidences de ceux qui s’abritent parfois derrière la défense d’une culture majusculée, sans mobiliser les œuvres dites difficiles pour stigmatiser ceux qui regardent The Voice ou aiment Nabila et Lady Gaga, en refusant la simplification outrancière d’un partage hiérarchique entre ce qui est in et ce qui est off, entre ce qui est de l’ordre de la culture et ce qui est de l’ordre du spectacle, il importe de rappeler ces mots que Pier Paolo Pasolini avait écrits sur les murs du hangar où il joua pour la première fois Orgie : « Le théâtre facile est objectivement bourgeois ; le théâtre difficile est pour les élites  bourgeoises cultivées ; le théâtre très difficile est le seul théâtre démocratique.

Ouvrier, ta difficulté à comprendre ce théâtre consiste en un manque pur et simple de ces instruments que la société ne t’a pas donnés. »

Il importe alors d’interroger ce que visent ceux qui brandissent cette fracture, ce qu’ils cherchent à construire en s’appuyant sur cette répartition falsifiée qui voudrait distribuer d’un côté l’art élitiste, excluant car réservé aux élus et nobles éclairés, et de l’autre une culture divertissante, tout public, pour chacun plus que pour tous.

Que masque cette mobilisation d’une fracture purement idéologique sinon l’abandon du projet émancipatoire par l’art et la culture au profit d’une politique de réparation sociale si possible rapide, peu coûteuse et consensuelle ?

Car c’est bien à ces inégalités – économiques, sociales culturelles – qui distribuent les inégalités d’accès aux œuvres qu’il faut s’attaquer et non aux jugements de surface qui n’en sont que les symptômes.

C’est à ces fabriques de l’exclusion qu’il faut s’en prendre, en interrogeant cette logique de distribution poujadiste qui décide de ce qui fait écart et de ce que « peut/veut » voir le peuple.

C’est ce parcage dans le pré carré du paternalisme social qu’il faut interroger car si on n'apprend pas à faire l'expérience d'une étrangeté (dans la langue comme dans l'Histoire), si on ne place pas la poésie, l’art ou la philosophie là où ils ne sont pas attendus (parce qu'on suppose à la place de l'autre que ça ne l'intéressera pas, parce qu'on anticipe sur une répartition a priori des compétences, des désirs et des savoirs), ils resteront l'apanage de ceux qui possèdent la langue, de ceux qui possèdent le savoir, de ceux qui savent mettre l'une après l'autre idées et réflexions et peuvent lire Dan Brown en citant du Victor Hugo.

Le véritable modèle des nantis, c’est celui qui concède à l’exclu, au précariat et au prolétariat un folklore médiocre, pour justifier et confirmer ce qu’il se proposait de démontrer.

Ce qu’il faut interroger et mettre au jour, c’est l’usage populiste et réactionnaire de l’étendard du « populaire ». Sans cela, on continuera à obéir aux frontières des « bons à penser/regarder », quand ceux qui sont seulement « bon à manger/travailler/se divertir/etc. » seront priés de passer leur chemin.

Telle était d’ailleurs l’ambition de ces lieux transformés l’un après l’autre, par des méthodes de censure municipale, en de vagues supermarchés de compromis culturels.

Je repense à ce mot d’ordre que se donnait Barthes, en conclusion de son éditorial paru dans la revue Théâtre populaire en 1954 : « Les complaisances dont jouit actuellement le théâtre bourgeois sont telles que notre tâche ne peut être d’abord que destructrice. »

Détruire donc pour empêcher cette « complicité avec la manipulation artificielle des idées avec lesquelles le néocapitalisme est en train de former son nouveau pouvoir » (P.P. Pasolini)

Détruire donc parce qu’être « laïques, libéraux, ne signifie rien, quand il manque cette force morale qui réussisse à vaincre la tentation d’être partie prenante d’un monde qui apparemment fonctionne, avec ses lois attirantes et cruelles. Il n’y a pas besoin d’être fort pour affronter le fascisme dans ses formes délirantes et ridicules. Il faut être très fort pour affronter le fascisme comme normalité, comme codification, je dirais allègre, mondaine, socialement élue, du fond brutalement égoïste d’une société. » (P.P. Pasolini)

Notes

1  Voir ici : https://www.youtube.com/watch?v=4kJ4ojtHJ4M

2  Voir l’article d’Alice Carré et celui de Caroline Chatelet sur le site de la revue Agôn.

3  Les représentations de Golgota Picnic ont même été annulées en Pologne au mois de juin 2014 sous la pression des extrémistes catholiques qui menaçaient de mettre le feu au centre culturel de Zamek. En France, en 2011, des catholiques intégristes et de militants de diverses mouvances d’extrême droite avaient manifesté pour empêcher que le spectacle ait lieu.

4  En 2011, lors de sa programmation au Théâtre de la Ville, la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu avait fait l’objet de menaces et d’importantes manifestations des catholiques extremistes et de militants de l’extrême droite.

5  Programmé dans le cadre « d’Ecole et Cinéma » , le film Tomboy (2011) de Céline Sciamma est devenu la cible d’attaques des intégristes catholiques et autres pourfendeurs de la théorie du genre (tout aussi inexistante que le Vrai public, est-il besoin de le rappeler) qui ont même été jusqu’à tenter d’en empêcher la diffusion sur la chaîne Arte.

6  C’est au court-métrage « Ce n’est pas un film de cowboy » que s’en prennent d’autres militants d’un conservatisme politique et social en se mobilisant contre sa programmation dans le cadre d’un festival du film de l’éducation en pays de Loire en novembre 2014.

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 15:10

par Olivier Doubre, pour Politis n° 1302 du 8 au 14 mai 2014.

 

Dans leur nouvel ouvrage, Pierre Dardot et Christian Laval montrent que le concept de «  Commun  » ou de biens communs peut fonder une alternative démocratique au système néolibéral.

Avec cet « essai sur la révolution au XXIe siècle », Pierre Dardot et Christian Laval mettent en exergue la force et la richesse de la revendication du ou des « commun(s) », synthèse entre anticapitalisme, écologie politique et forme démocratique d’un « autogouvernement collectif » en vue d’une société nouvelle. (...)

-> La suite sur http://www.politis.fr/Le-commun-une-idee-neuve-de,26905.html ou en achetant Politis, où vous trouverez aussi « Le socle d’une nouvelle gauche ? » entretien avec les 2 auteurs. De l’un d’eux, un autre article autour du même "Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle".

Aujourd’hui, le commun est une « idée neuve »

Par Pierre Dardot, philosophe ; l'Humanité 22/02/13

 « Appropriation sociale » : la formule est moins le nom d’une solution que celui d’un problème. Que fait-elle entendre ? Le verbe « approprier » peut signifier deux choses. Tout d’abord, on peut approprier une chose à une certaine fin, par exemple approprier une terre à la satisfaction de certains besoins sociaux par sa mise en culture. Mais, selon un autre sens, on dira qu’il s’agit de s’approprier quelque chose, c’est-à-dire de faire de quelque chose sa propriété ou sa possession, soit que cette chose soit la propriété d’un ou de plusieurs autres, soit que, n’étant la propriété de personne, elle soit vacante et disponible. Dans les deux sens, le terme renvoie au « propre » (du latin proprius), mais de deux manières différentes : d’une part, le fait d’être propre à quelque chose (rapport de finalité ou de convenance entre une chose et une ou plusieurs personnes), d’autre part, le fait d’être le propre d’une ou de plusieurs personnes (rapport d’appartenance liant une chose à une ou plusieurs personnes). Bien entendu, les deux sens peuvent être conjugués. On fera ainsi valoir que la forme de l’appartenance décide en dernière analyse de l’accomplissement de la fin. Par exemple, seule l’appartenance de la terre à un collectif de paysans permettrait d’approprier celle-ci à sa destination, alors que son appropriation privée la détournerait de cette même destination. Quel sens y a-t-il à qualifier l’appropriation de « sociale » ? L’adjectif désigne le caractère même de l’acte d’appropriation dans sa relation à son bénéficiaire: l’appropriation est « sociale » ou « collective » en ce qu’elle permet d’approprier quelque chose à sa destination sociale et d’en faire bénéficier la société.

Qui ne voit cependant que la formule ainsi comprise est susceptible de recouvrir des pratiques extrêmement diverses? On pourra l’utiliser pour désigner la constitution par les salariés d’une coopérative de production à la suite de l’abandon d’une entreprise par son patron (changement de statut juridique). Mais on pourra tout aussi bien recourir à elle pour nommer la réalisation dans des pratiques sociales d’un titre de propriété qui était resté jusque là purement juridique (propriété étatique ou publique), soit l’exercice effectif par les travailleurs d’un pouvoir jusqu’alors confisqué par une administration publique rompue aux techniques managériales. A la limite, on pourra aller jusqu’à faire signifier à la formule toute extension du pouvoir des salariés dans les entreprises, quelle que soit leur régime de propriété, en estimant que toute entreprise a pour vocation de servir la société. Des formes très différentes sont ainsi ramenées à la question de la propriété des moyens de production : qu’il s’agisse de changer la forme de propriété, de donner un contenu social à une forme de propriété encore vide, ou de conquérir de nouveaux pouvoirs visant à transformer de l’intérieur une forme de propriété donnée, on pense toujours en termes de passage du « formel » au « réel », c’est-à-dire de réalisation de la propriété sociale.

Or on peut justement se demander si la réaffirmation sous un nouveau nom de la primauté de la question de la propriété sociale ne passe pas à côté de l’essentiel. La question vaut en effet d’être posée à la lumière tant du nouveau rôle de l’Etat comme partenaire des grandes entreprises privées que des nouvelles normes internationales (les « droits de propriété intellectuelle »). L’expérience menée par la municipalité de Naples pour inscrire dans le droit la reconnaissance de l’eau comme « bien commun » comme celle de la lutte contre la « biopiraterie » pratiquée par les multinationales de l’agrochimie sur les ressources naturelles (en particulier les semences) nous instruisent sur la voie à suivre: il ne s’agit pas d’opposer une bonne appropriation à une mauvaise appropriation (par exemple de bons brevets aux mauvais brevets), mais d’opposer à toute appropriation la préservation d’un « bien commun » par un acte instituant. Car rien n’est commun par nature, par vocation ou par destination, seules en décident des pratiques collectives. Ce qui importe, c’est donc la co-coproduction de règles de droit ici et maintenant, c’est-à-dire l’institution d’un droit du commun dans et par des pratiques.

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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 14:14

Capture d'écran du film documentaire «Global Gachis».

Capture d'écran du film documentaire «Global Gachis». (DR)

Dix films sont visibles gratuitement en ligne jusqu'au 30 avril. Ils traitent de thèmes tels que la biodiversité, l'agriculture, la consommation de viande, l'accès à l'eau, la pollution ou encore l'économie verte et l'énergie.

Une famille américaine qui se sèvre de produits chimiques, le monde de la viande «comme vous ne l’avez jamais vu» ou encore la sècheresse dans le sud de l’Ethiopie : 10 documentaires sont en compétition dans le cadre du premier festival online du film écologique. Pour cette deuxième édition, les documentaires sont proposés gratuitement en streaming jusqu’au 30 avril, sur le site du green up film festival, créé par une association belge Wake up!.

L’idée est de sensibiliser le public aux problématiques écologiques en invitant les internautes à voter pour l’un des dix films en compétition sur les thèmes de la biodiversité, l’alimentation et l’agriculture, la pollution, l’eau, l’économie verte et l’énergie.

New-York, la révolution verte raconte la ville de demain, Secret des champs décrypte la manière dont les plantes cultivées cohabitent avec les être vivants, LoveMEATender s’interroge sur le coût réel de notre consommation de viande, et Global Gâchis se penche sur le tiers de la production mondiale de nourriture gâchée quand un milliard d’êtres humains ne mangent pas à leur faim.

E-Wasteland porte le regard sur les 50 millions de tonnes de e-déchets générés par an, et qui finissent dans les pays du Sud, et Chemerical suit une famille américaine qui apprend à se passer des produits chimiques pour l’entretien et les cosmétiques.

Le Puit narre la vie des éleveurs Borana à l’arrivée de la saison sèche dans le sud de l’Ethiopie, Nôgô l’insalubrité, la vie quotidienne dans un quartier de Bamako avec le difficile accès à l’eau, Ensemble plonge dans la vie de quatre coopératives en Europe, une autre réponse à la crise, et enfin De plein fouet, le climat vu au Sud témoigne des effets du réchauffement déjà ressentis.

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 16:46

Le nouveau cinéma "parisien" mais proche ;-)

ouvre ses portes demain soir, à la Porte des Lilas !

Voici un tableau intéressant de cette initiative culturelle.

La dynastie Henochsberg,

le cinéma en famille

LE MONDE | 20.10.2012 Par Clarisse Fabre

 

Question : pourquoi les sièges sont-ils numérotés au Saint-Germain-des-Prés, salle parisienne mythique où les cinéastes de la Nouvelle Vague  aimaient par-dessus tout sortir  leurs films ?

 

 

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 16:20

 Would you make sex with an arab ?

C’est le titre du dernier film de Yolande Zauberman. Cette documentariste travaille sur la question des structures sociales exclusives et du racisme depuis plus de 25 ans. Elle réalise en 1987 un premier documentaire magnifique sur l’apartheid en Afrique du Sud, Classified People.  Le second, Caste Criminelle (1989), est tourné en Inde, et est sélectionné au Festival de Cannes. Mais elle a aussi réalisé des fictions comme en 1993 Moi Ivan, toi Abraham, un très beau film dramatique en noir et blanc mêlant des personnages chrétiens, juifs et communistes.

Dans Would you make sex with an arab ? , l’auteur se contente de poser cette question – et la réciproque Would you make sex with a jew ? –  à des juifs et des arabes israéliens, femmes et hommes.

Make love, not war ? Les réponses sont plus complexes, et composent un portrait passionnant des sociétés sémites de cette partie du Moyen-Orient.

C’est mon coup de cœur de la semaine : le film vient de sortir, et ne sera pas longtemps à l’affiche !

Pierre Stoeber

 

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 14:00

De livre en livre, Philippe Squarzoni raconte les questionnements et rencontres d'un citoyen engagé. Son style mélange dessin, graphisme photographique, documentaire et introspection personnelle dans des télescopages et collages nous permettant de nous identifier à lui.

 Le voilà qui revient avec une œuvre majeure, Saison brune.

 

 Saison brune

Été 2006 : Philippe Squarzoni finalise son album politique Dol, mais il lui reste un passage à traiter, celui de l'écologie. Peu connaisseur, il veut maîtriser son sujet et parler en détail du changement climatique. S'ensuivent six ans de recherches...

Gageons qu'il pourrait s'agir du prochain prix Tournesol, remis chaque année par un jury écologiste au festival de BD d'Angoulême !

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 09:39

Le Commun ou la relocalisation du politique – c'est le titre du n°39 de la revue EcoRev’ qui vient de paraître. Introduit par un très beau discours du chef indien Seattle en 1854 – il y a seulement 150 ans – on y parle aussi de Sortir de la crise de la dette par le haut, avec Carlo Vercellone, on y croise les contributions autour de l'eau d'Anne Le Strat et Jean-Luc Touly, mais aussi d'autres plus philosophiques comme celles d'Antonio Negri, ou d'Annie Léonard.

De cette dernière, je vous propose de partager ce petit film, L'histoire des choses, The story of stuff  (cliquer sur Caption en bas à D pour les sous titres en Français).

Et plus si affinités, vous verrez sur le site http://www.storyofstuff.org/, d'autres films comme l'histoire de la dette, l'histoire de l'électronique, de l'eau en bouteille, des cosmétiques,...et comment on peut CHANGER !

A bientôt j'espère...

Pierre Stoeber

Plus de détail sur Ecorev' n°39 :

Pour un lecteur militant, comme celui d’EcoRev’, le Commun est un concept qui permet de dénoncer les processus de privatisation et de marchandisation des ressources naturelles - mais aussi de certains biens et services publics produits ou consommés collectivement, tout en reconnaissant la puissance de l’universel...

Un numéro dédié à la mémoire d’Elinor Ostrom (1933-2012), première femme à obtenir un Prix Nobel d’économie (en 2009) pour ses développements sur la théorie des communs.

[pour vous procurer la revue, rendez-vous ici.]

Au travers de ce numéro, nous vous invitons donc à découvrir le concept de Commun d’abord et avant tout comme une utopie concrète, un modèle politique qui pointe en ligne de mire les droits politiques du corps social à produire et vivre de ses différences.
Un concept qui, en un certain sens, contribue à relocaliser la politique, à la ramener au plus près des besoins, des aspirations et des singularités de chacun.

Le Commun ou la relocalisation du politique - Dossier coordonné par Patrick Dieuaide

 p. 2 - Éditorial par La rédaction

p. 3 - Classique : Le Commun de toute éternité ! par Seatle

Le Commun dans la cité

p. 6 - Partager plus, gaspiller moins, Entretien avec Annie Leonard

p. 11 - Vitruve : une école (hors) du Commun, Entretien avec Gérard Delbet

p. 17 - L’Université populaire Quart Monde : une co-construction du savoir, Entretien avec Geneviève Tardieu

La gestion du Commun, à la frontière politique du public et du privé

p. 24 - Des Communs sans tragédie : E. Ostrom vs. G .Hardin, par Alice Le Roy

p. 28 - Appendre à gérer le Commun, Entretien avec Martine Antona et François Bousquet

p. 32 - L’eau bien commun de l’humanité, Entretien avec Jean-Luc Touly

p. 35 - Vers une démocratie locale de l’eau à Paris ? Entretien avec Anne Le Strat

Une économie du Commun ?

p. 38 - Ecommony - La production collaborative dans les approches alternatives économiques à potentiel universel, par Friederike Habermann

p. 45 - Rendre autonome la production entre pairs, par MicheL Bauwens

p. 50 - Du Welfare au Commonfare - Sortir de la crise de la dette par le haut, par CarLo Vercellone

Politique et Utopie du Commun

p. 57 - Le Commun comme mouvement pour la démocratie réelle, Entretien avec Délia Fernandez

p. 64 - Le Commun, c’est un "faire ensemble", Entretien avec Antonio Négri

p. 70 - Contre l’utopie du capital, les hétérotopies du communisme, par Josep Rafanell I Orra

 

 

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 10:32

Les salafistes tunisiens sont repassés à l’offensive contre des évènements culturels, bloquant des spectacles jugés contraires à l’islam sous les yeux de la police, si bien que des artistes dénoncent la "complicité" du gouvernement, dominé par les islamistes.
Dans la nuit de jeudi à vendredi à Bizerte (nord), quelque 200 militants radicaux, armés de bâtons et de sabres, ont attaqué un évènement organisé dans le cadre de la "Journée al-Aqsa", faisant cinq blessés.

Selon des organisateurs, les policiers ont attendu une heure avant de disperser les assaillants. Quatre salafistes ont été arrêtés, a indiqué le ministère de l’Intérieur. La manifestation de Bizerte a été marquée par la présence de de Samir Kantar, un militant du Front de libération de Palestine (FLP) qui a passé près de trente ans dans les prisons israéliennes avant d’être libéré en 2008 dans la cadre d’un échange avec le Hezbollah.
Il s’agissait du troisième spectacle en trois jours a avoir été pris pour cible par des fondamentalistes. Les deux fois précédentes aucun acte de violence n’avait été signalé. Ainsi, mardi soir, des islamistes radicaux ont bloqué la scène sur laquelle devait se produire le célèbre comique Lofti Abdelli, accusé d’offense à l’islam. Le lendemain, le groupe iranien Mehrab était empêché de se produire au Festival international de musique sacrée et soufie. Leur méfait : être chiites, une atteinte au sacré selon des fondamentalistes sunnites. Par ailleurs, deux festivals ont dû être annulés cet été, les organisateurs disant avoir reçu des menaces de la mouvance salafiste.
Ces actions, en pleine saison de festivals et de jeûne du ramadan, interviennent après une période d’accalmie relative depuis mi-juin et le saccage par des fondamentalistes d’une exposition d’art près de Tunis qui avait été suivi de violences dans plusieurs régions.
Aucun mouvement n’a diffusé de revendications, et le principal, Ansar Al Charia (les partisans de la charia), refuse tout contact avec les médias étrangers.
Artistes et organisations de la société civile se disent d’autant plus inquiets que les forces de l’ordre se montrent discrètes, excepté à Bizerte où elle est intervenue fermement quoique tardivement.
Dès lors, certains soupçonnent de complicité les islamistes du parti au pouvoir, Ennahda. "On laisse faire les salafistes", s’emporte Leïla Toubel, célèbre dramaturge tunisienne. "Comment croire que ce gouvernement et Ennahda ne sont pas impliqués ? Je voudrais bien croire qu’ils n’y sont pour rien mais ces gens (les salafistes, ndlr) sont restés impunis", poursuit-elle, dénonçant une "complicité au moins par le silence".
"Ce qui est grave dans cette affaire, en plus de l’activisme des extrémistes religieux qui prend chaque jour plus d’ampleur, c’est le laxisme des autorités qui capitulent à chaque fois devant les diktats de quelques énergumènes barbus", estime le journal en ligne Kapitalis, très critique du pouvoir.
Le ministère de l’Intérieur, contacté par l’AFP, n’a pas commenté ces accusations. Le ministère de la Culture a vu dans l’annulation forcée du spectacle de Lofti Abdelli une "atteinte à la liberté d’expression", sans expliquer la passivité des policiers.
Ennahda était déjà dans la ligne de mire de défenseurs des droits de l’Homme pour avoir déposé un projet de loi punissant de prison ferme l’atteinte au sacré. L’opposition et la société civile ont aussi a maintes reprises critiqué le manque d’empressement des autorités à sévir contre les salafistes.
Le chef d’Ennahda, Rached Ghannouchi avait expliqué en juillet chercher le dialogue avec cette mouvance afin de ne pas retomber dans "l’oppression, la torture, l’emprisonnement" qui caractérisaient le régime du président tunisien déchu Zine el Abidine Ben Ali. "Les chasser et les pourchasser ne fera qu’augmenter leur exclusion et radicaliser leur engagement", jugeait-il.
(18 août 2012 - Avec les agences de presse - http://www.assawra.info - Site du Mouvement démocratique arabe "Résister à l'occupation, c'est vivre libre")

 

 

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 19:26

Faut-il en finir avec le système HADOPI ? A gauche, socialistes comme écologistes veulent abroger cette loi emblématique du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Mais pour Eva Joly, candidate à l'élection présidentielle, il faut aussi arrêter de diaboliser le partage non-marchand des oeuvres sur Internet.
DADVSILOPPSIHADOPIACTA : derrière ces acronymes, dix années de gouvernement de droite dans le domaine du numérique. Ces évolutions pourraient difficilement être plus éloignées de la vision que je me fais de l’Internet en 2012.
 
La France doit montrer l'exemple sur le partage
Sous le prétexte de protéger les droits d’auteur, Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse depuis cinq ans de pratiquer une politique répressive à l’égard du partage sur Internet, à travers la loi HADOPI et sa riposte graduée arbitraire. Parallèlement, la promesse d’encourager l’offre légale à travers des tarifs accessibles à tous est restée sans suite, tout en justifiant une politique de concentration des principaux diffuseurs de contenu, qui profitent majoritairement de ce statu quo.
 
Cette politique est aujourd’hui dénoncée par tous comme un échec. Il faut maintenant définir les contours d’un véritable projet culturel à la hauteur des révolutions que l’usage d’Internet impulse à notre société. Je veux organiser le soutien à la création avec l'idée qu’entre partage et confiscation, il faudra toujours privilégier le choix du plus large accès à tous.
Pour ces raisons, je souhaite que la France soit la première à franchir le pas, et qu'à la manière des plus grands combats qu’elle a pu mener tout au long de son histoire, elle devienne le fer de lance d’une société tournée vers la confiance de chacun, le partage entre tous et l’innovation par tous.
 
Libérons les internautes d'HADOPI
En réalité, je pense qu’HADOPI était, dès le départ, la mauvaise réponse à une mauvaise question. L’erreur initiale, encore trop courante aujourd’hui, fut d’estimer que ceux qui échangeaient des fichiers sur Internet étaient des "pirates". Suivant la pensée écologiste, il est impossible pour moi d’admettre que prêter un livre ou partager de la musique soit considéré comme un acte de "piraterie".
 
Après cinq années de faux débats, sans solution ni bénéfice pour les artistes, il est urgent de changer les termes de la discussion : ne plus opposer une "riposte graduée" à de prétendus pirates du partage, mais soutenir la création en libérant les internautes. Je souhaite poser les termes d’un nouveau contrat social qui confère des droits et des devoirs et repose sur deux mesures politiques précises : la légalisation du partage entre individus, associée à l’instauration d’une contribution à la création.
L’idée d’une légalisation n’est pas nouvelle : dès les élections européennes de 2009, les Verts européens proposaient une reconnaissance du partage non-marchand. Aujourd’hui encore, je suis la seule candidate dans cette élection à promouvoir un changement réel à travers cette proposition.
 
L'après-HADOPI socialiste, un manque d'audace
Le Parti socialiste, par les interventions de ses différents responsables, trace bien le chemin vers une abrogation rapide d’HADOPI. Mais il ne semble pas remettre en question la volonté sarkozyste de maintenir en vie un système pourtant à bout de souffle. Les propositions du candidat socialiste se contentent de peu : développer l’offre légale, apprendre aux enfants que "télécharger, c’est mal", et fermer les yeux sur les millions d’internautes qui partagent des fichiers quotidiennement.
Une telle vision est faussée, car elle propose ouvertement de maintenir dans l’illégalité de nombreux internautes, plutôt que d’adapter une loi hors d’âge. En somme, un système construit autour d’une désobéissance assumée, qui abandonne l’usager à une situation d’insécurité juridique face aux plaintes des ayant-droits.
 
La culture sur Internet doit être accessible à tous
Le partage n’est pas une pratique marginale et conjoncturelle. Il fait partie des usages contemporains de l’Internet et continuera d’en faire partie. Il s’agit dès lors de dépasser les idées préconçues pour proposer un nouveau système, un véritable changement de paradigme grâce à la légalisation du partage non-marchand.
Cette reconnaissance du partage s’accompagnera de l’instauration d’un système durable de rétribution des créateurs, établi dans la concertation. Loin d’un processus figé, la vision que je porte correspond au contraire à un arbitrage entre différentes solutions possibles : le mécénat global, la contribution créative, ou encore certaines des propositions émises par Richard Stallman, que j’avais rencontré en décembre dernier, concernant la répartition du financement.
Ce système permettra de redistribuer chaque année un milliard d’euros, de quoi soutenir significativement la création aux côtés des artistes, notamment les plus précaires. Cette contribution devra nécessairement établir une distinction relative au revenu des usagers, afin de ne pas imposer une participation supplémentaire à des internautes n’en ayant pas les moyens financiers.

En 2012, envisager le partage sur Internet selon un modèle purement répressif, c’est l’envisager selon une vision faussée. Mais c’est aussi, et surtout, la sinistre promesse d’entraver l’innovation pour les années à venir. Car au-delà du partage, de la création et de la culture, c'est l'innovation et l’accès aux biens communs immatériels qui sont en jeu. Ces questions se retrouvent dans le combat que je mène contre ACTA, dont les dangers sont une preuve supplémentaire de la nécessité d’organiser le numérique à l’avantage de tous, et non au bénéfice de quelques uns seulement.
 
Le numérique revêt une importance cruciale dans mon projet présidentiel, parce qu’il concerne plus largement la question des biens communs. La liberté sur Internet et l’accès à la culture font partie de ces biens communs. Je ferai tout pour les préserver, au même titre que je souhaite protéger l’environnement, la biodiversité ou les patrimoines culturels. Car je suis convaincue que le partage n’est pas un problème, mais une solution.

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L'écologie aux Lilas et au Pré ...

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