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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 10:21

Parmi les outils économiques insuffisants mais nécessaires au « monde d’après », une plongée dans le monde « merveilleux » des ultras riches à travers l’idée du revenu maximum. Par Benjamin Joyeux le 18 juin 2020 pour L’écolo des montagnes. Lire aussi Relancer l'économie... dans la bonne direction  et Pour un revenu de base individuel, universel et libre d’obligation.

Rapport Oxfam 20 janvier 2020

Rapport Oxfam 20 janvier 2020

Toujours plus d’inégalités

Dans le « monde d’hier », en janvier dernier, la veille de l’ouverture du Forum économique mondial de Davos, Oxfam nous alertait déjà dans son rapport annuel sur l’ampleur des inégalités mondiales, devenues « hors de contrôle ». L’ONG établissait un constat implacable, dénonçant « un système économique injuste et sexiste, profitant en très grande partie à une infime minorité de riches hommes blancs, au détriment d’une très grande partie de la population, et en premier lieu des plus pauvres, des femmes et des filles. » [1]

Depuis lors, les mesures de confinement pour endiguer la pandémie de Coronavirus ont constitué un révélateur de ces inégalités et n’ont fait que les accentuer dans les pays dans lesquels elles étaient déjà criantes. Ainsi en Inde par exemple, la situation pour les plus démunis comme les travailleurs migrants, qui était déjà déplorable avant la crise sanitaire, est devenue impossible avec le confinement [2].

La France, pays qui se targue de son triptyque « liberté, égalité, fraternité », ne fut pas en reste concernant les inégalités. Tout le monde a pu constater par exemple que celles et ceux qui en avaient les moyens, possédant notamment une résidence secondaire sur la côte ou à la campagne, quittaient à la hâte Paris et les grandes villes la veille du confinement général, pendant que les autres restaient enfermés, pour beaucoup les uns sur les autres dans des logements exigus [3].

Tout récemment, le 9 juin dernier, l’Observatoire des inégalités a publié un rapport intitulé « Les riches en France », dans lequel il est indiqué notamment que le 1 % des Français les plus riches a les revenus parmi les plus hauts de toute l’Europe, revenus qui sont 6,7 fois plus élevés chez les 10 % les plus fortunés que chez les 10 % les moins aisés, en moyenne. Comme l’indique clairement ce rapport, au cours des deux dernières décennies, les personnes riches en France se sont simplement « enrichies » davantage.

Le revenu maximum, contre les inégalités

Il semble ainsi que, dans ce contexte d’explosion criante des inégalités, la question d’un plafond, d’une limitation de la richesse, mérite tout autant d’être posée que celle de la nécessaire lutte contre la pauvreté.

Le retour du revenu maximum ?

Qu’on l’appelle « revenu maximum », « salaire maximum » ou encore « salaire maximal admissible », l’idée d’instaurer un plafond de revenu n’est pas neuve dans le débat public. Elle semble néanmoins avoir disparu des écrans radar ces derniers temps, comme si on l’avait, de façon inconsciente ou intentionnelle, classée définitivement au rayon des mesures utopistes, voire « bolchéviques » pour ses détracteurs (bien souvent les mêmes qui seraient les premiers concernés par sa mise en œuvre). Alors folle cette idée d’instaurer un plafond de revenu à ne pas dépasser ? En ces temps d’explosion tant des inégalités que des déficits publics accentuée par les mesures de confinement prises ces deux derniers mois, ne s’agirait-il pas plutôt d’une mesure de salubrité publique ?

Une idée ancienne et répandue 

Platon énonçait déjà au Ve siècle avant notre ère, comme le rappelle utilement l’économiste français spécialiste des indicateurs de richesse Jean Gadrey sur son blog [4], que « le législateur doit établir quelles sont les limites acceptables à la richesse et à la pauvreté ». Celui-ci proposait alors un rapport de 1 à 4 entre les revenus les plus bas et les plus élevés.

Le plafonnement des revenus apparaît également en 1563 sous le règne d’Elisabeth I dans la loi britannique « Statute of Artificers » qui limite les revenus de certains travailleurs à cause du manque de main d’œuvre lié aux épidémies.

Plus près de nous, le revenu maximal a été imposé par quelques gouvernements sociaux-démocrates, comme celui de la Suède durant les années 1960.

Sans aller jusqu’au revenu maximum, aux Etats-Unis, pays pas vraiment réputé pour sa rapacité fiscale à l’égard des plus riches, des années 30 jusqu’en 1980, le taux supérieur de l’impôt pour les plus fortunés est toujours resté au-dessus de 70 %, et il fut en moyenne à plus de 80 %, comme le rappelle l’économiste Thomas Piketty [5]. Un impôt quasi-confiscatoire a donc existé au pays de l’Oncle Sam durant la majeure partie du 20e siècle, mettant à mal l’idée pourtant répandue aujourd’hui qu’une très forte imposition des plus hauts revenus pouvant aller jusqu’à un plafonnement indépassable serait une utopie communiste. L’idée avait d’ailleurs été relancée par le président américain Barack Obama en février 2009, annonçant son intention de limiter à 500 000 dollars les revenus annuels globaux des patrons d’entreprises renflouées par l’État suite à la crise « des subprimes » [6].

Le revenu maximum, contre les inégalités

Les Suisses sont eux allés jusqu’à soumettre l’idée d’un plafonnement des salaires des patrons à un référendum en 2013, proposition malheureusement rejetée par 65% des votants (35% l’avaient tout de même soutenue) [7].

Si dans deux pays berceaux de « l’éthique protestante et de l’esprit du capitalisme », l’idée du revenu maximum a pu y creuser son sillon, celle-ci devrait prospérer en France, pays de la « passion égalitaire » [8]. Pourtant il n’en est rien. Dans le champ politique, seuls Europe Ecologie avait repris l’idée du salaire maximum dans son programme des élections européennes de 2009, de même que le Front de Gauche lors de la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle de 2012 [9]. Depuis lors, c’est quelque peu silence radio du côté des politiques, la majorité actuelle ayant même préféré à l’opposé supprimer l’Impôt de solidarité sur la fortune en octobre 2017 (un « totem vieux de 35 ans » soi-disant « inefficace et complexe », dixit le ministre de l’économie Bruno Lemaire [10]).

Le principe de limiter l’accumulation de richesse parait au contraire tout simple pour certains : le revenu maximum faisait ainsi partie des revendications des Gilets Jaunes, un revenu qui n’excéderait pas 15 000 euros mensuels (proposition 22) [11]. Cette somme, si elle paraît faible pour nombre de cadres et de dirigeants, est pourtant astronomique pour une immense majorité de Français, à l’heure où 93% des salariés gagnent moins de 5000 euros par mois et où neuf millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté [12]. 

En fait, au regard de l’histoire récente, c’est l’absence de plafond ou en tous cas de forte limitation des plus hauts revenus qui constitue une exception historique. Ce n’est qu’à partir des années 1980 qu’on ne jura plus que par le laissez-faire. Il fallait laisser les riches s’enrichir, et compter sur le « trickle down effect », en Français le « ruissellement », pour que les pauvres finissent automatiquement par en profiter aussi.

Tant et si bien qu’en 2005, le multimilliardaire américain Warren Buffet pouvait déclarer d’une voix assurée sur CNN : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner ».

Aujourd’hui, les riches semblent avoir tellement bien gagné la bataille culturelle que même une proposition modeste comme celle de l’acteur Vincent Lindon [13] en pleine crise sanitaire, une taxe « Jean Valjean » minime, de 1 à 5 %, pour les patrimoines supérieurs à … 10 millions d’euros, est accueillie avec une belle indifférence, avant d’être bien vite remisée « sous le tapis ».

Le point de vue de Jean Gadrey

Pour tenter d’y voir un peu plus clair, L’écolo des montagnes a voulu interroger directement l’économiste Jean Gadrey sur le revenu maximum :

Le revenu maximum, contre les inégalités

Benjamin Joyeux : « –  Monsieur Gadrey, est-ce qu’un plafonnement des revenus vous paraît être une idée pertinente aujourd’hui pour répondre à l’explosion des inégalités que l’on observe partout sur la planète et qui semble s’être accentuée avec la crise sanitaire ?

Jean Gadrey : – Ce n’est pas seulement pertinent, c’est indispensable. Non seulement pour des raisons morales ou de justice sociale mettant en question l’indécence des inégalités, mais, de façon de plus en plus claire, parce que les seuils de soutenabilité écologique étant atteints ou dépassés, l’excès de richesse des uns interdit aux autres de vivre décemment, voire de survivre, en les privant de biens communs essentiels « plafonnés » par la nature.

BJ : – Pourquoi cette idée semble avoir disparu du débat public actuel ?

JG : – Je ne suis pas certain qu’elle ait disparu. Il est vrai que les plus riches, souvent détenteurs des grands médias et capables de faire élire des dirigeants politiques défendant leurs intérêts, ont les moyens de faire passer cette idée pour une utopie dangereuse. Mais du côté de la société civile et de ses organisations, l’idée de plafonds de richesse associés à des seuils de vie digne reste vivace et influe sur une partie des délibérations publiques.

BJ : – Comment et sous quelle forme une telle mesure pourrait être mise en œuvre rapidement sans provoquer une « fuite des capitaux », comme ses détracteurs en brandissent la menace dès qu’on invoque cette idée (alors qu’un impôt quasi confiscatoire a existé aux Etats-Unis par exemple et en maints endroits de la planète jusqu’au début des années 80) ?

La façon sans doute la plus simple et la plus populaire passe par une forte progressivité de l’imposition des revenus jusqu’à une tranche d’imposition à 100 % pour les très hauts revenus, ainsi que par des mesures semblables portant sur les patrimoines. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi que les « revenus primaires » (avant impôts), surtout les salaires, soient soumis à des normes d’écart maximum acceptable. Des propositions crédibles existent en ce sens. Quant à une éventuelle « fuite des capitaux » c’est une question à la fois de volonté politique nationale (sanctionner les « fugueurs ») et de volonté de faire avancer une Europe de la convergence des normes sociétales plutôt qu’une Europe de la concurrence sociale et fiscale. Ce n’est pas irréaliste : on a connu des décennies où, dans tous les pays dits développés, la fiscalité des hauts revenus et des gros patrimoines était très élevée. »

D’un point de vue moins économique mais plus symbolique, le revenu maximum peut également constituer un instrument fondamental pour décaler le regard de notre imaginaire collectif, afin de favoriser un monde plus sobre mais surtout plus désirable.

Un RMA pour renverser l’imaginaire

Dans son livre sorti en 2007 Comment les riches détruisent la planète, le journaliste et fondateur de Reporterre Hervé Kempf décrit très bien comment le mode de vie des plus aisés est incompatible avec les limites de la biosphère. Pire, ce mode de vie s’avère néfaste pour le reste de l’humanité car il influence toute la société vers un comportement anti-écologique. Hervé Kempf rappelle dans son ouvrage que l’économie ne fonctionne pas que selon le prisme de l’offre et de la demande, mais également selon le principe de l’ostentation, défini par l’économiste américain d’origine norvégienne Thorstein Veblen au début du 20e siècle. Celui-ci démontre que les classes aisées, à l’abri des besoins matériels immédiats et de la contrainte du travail autre que souhaité, sont avant tout mues par le désir de se démarquer de leur voisin. Et ce comportement finit par influencer l’ensemble de la société, les plus favorisés donnant le tempo de ce qui symbolise la richesse et le succès. La quintessence de cet esprit ostentatoire fut parfaitement résumée par le « fils de pub » Jacques Séguéla, qui n’avait sans doute pas mesuré toute l’ampleur de sa réflexion en déclarant à la télévision en 2009 : « Si à 50 ans on n’a pas une Rolex, c’est qu’on a quand même raté sa vie » [14].

Le revenu maximum, contre les inégalités

Nous inspirant de ce livre et de cette citation, il y a onze ans, à quelques semaines des élections européennes de mai 2009, nous étions quelques-un-e-s au sein d’un petit groupe d’activistes écolos à décider de créer le collectif Sauvons les riches. Nous partions d’un constat simple : le mode de vie des ultra riches, censé être enviable par tous, étant totalement incompatible avec les exigences écologiques nécessaires à notre temps, il fallait arrêter de les envier ou les critiquer, pour les plaindre et commencer à les soigner avec humour. Notre proposition politique était très simple elle aussi : instaurer un revenu maximum, pour lutter concrètement à la fois contre l’explosion des inégalités sociales et contre le changement climatique, justice sociale et justice climatique constituant les deux facettes de la même médaille.

Collectif Sauvons le riches !

Collectif Sauvons le riches !

Nous sommes partis à l’époque à l’assaut de quelques citadelles des ultra riches pour leur demander de signer notre pétition pour un revenu maximum, en commençant bien sûr par Jacques Séguéla : pique-nique improvisé au Bristolabordage festif d’un yacht déguisés en pirates, distribution de pantoufles d’or en plein conseil d’administration de Natixis, remise d’un diplôme de « fils à Papa » à Jean Sarkozy en plein Rotary Club, etc. Nous avons eu durant quelques semaines une bonne couverture médiatique et l’une d’entre nous fut même élue à la surprise générale députée européenne sur la liste Europe Ecologie en juin 2009. Mais de revenu maximum, il ne fut ensuite plus vraiment question dans le débat public.

Le revenu maximum, contre les inégalités

Cette expérience m’a appris une chose : plutôt que de critiquer les riches en donnant le sentiment de les envier, inverser l’imaginaire en les plaignant et en proposant de les aider est beaucoup plus subversif. En effet, dans notre imaginaire collectif de société ostentatoire et consommatrice à outrance, les ultra riches et leur mode de vie sont le symbole de la réussite sociale et ils tirent leur fierté de ce constat. Si vous inversez l’imaginaire en décrivant leurs pratiques sociales comme tristes et absurdes, ils perdent leur aura d’attractivité. C’est également ce que le journaliste et désormais député François Ruffin a magistralement réussi à faire subir à Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France, dans son film Merci patron [15].

Vous l’avez compris si vous avez lu cet article jusqu’au bout, comme pour d’autres sujets tels le changement climatique ou l’éradication de la pauvreté, le revenu maximum n’est pas une utopie ou une hérésie économique, mais relève uniquement de la volonté politique et de l’imaginaire dans lequel il s’inscrit. Aujourd’hui plus que jamais, le revenu maximum semble bien être un outil « indispensable » dans l’imaginaire du « monde d’après ».

Pour aller plus loin :

Dernier rapport de l’Observatoire des inégalités : https://www.inegalites.fr/5-millions-de-riches-en-France

Blog de Jean Gadrey : https://blogs.alternatives-economiques.fr/gadrey/2008/11/17/l-eventail-acceptable-des-revenus-platon-georges-marchais-etc

Tribune d’Hervé Kempf sur Reporterre en 2010 : https://reporterre.net/Le-revenu-maximum-un-levier-pour

Article de Mathieu Dejean sur Slate d’août 2014 : http://www.slate.fr/story/90553/salaire-maximum

Tribune de Sauvons les Riches sur Médiapart en décembre 2018 : https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/141218/il-est-urgent-d-instaurer-un-revenu-maximum

Article de Pablo Maillé dans Usbek et Rica le 10 juin 2020 : https://usbeketrica.com/article/crise-economique-faut-il-instaurer-un-revenu-maximum


[1] Lire https://www.oxfamfrance.org/rapports/celles-qui-comptent/

[2] Lire par exemple https://blogs.mediapart.fr/benjamin-joyeux/blog/020420/l-urgence-d-un-monde-pour-tout-le-monde-jai-jagat-au-temps-du-corona

[3] Lire par exemple https://www.huffingtonpost.fr/entry/avec-le-coronavirus-et-le-confinement-le-scandale-des-inegalites-sociales-eclate_fr_5e735534c5b63c3b648b2938

[4] Lire : https://blogs.alternatives-economiques.fr/gadrey/2008/11/17/l-eventail-acceptable-des-revenus-platon-georges-marchais-etc

[5] Lire https://www.liberation.fr/france/2009/03/17/roosevelt-n-epargnait-pas-les-riches_546501

[6] Lire https://www.lefigaro.fr/societes/2009/02/05/04015-20090205ARTFIG00344-obama-va-plafonner-les-salaires-des-patrons-.php

[7] Lire https://www.lemonde.fr/economie/article/2013/11/23/referendum-en-suisse-sur-le-salaire-des-chefs-d-entreprise_3519227_3234.html

[8] Voir https://www.armand-colin.com/legalite-une-passion-francaise-9782200283230

[9] Lire https://www.liberation.fr/france/2011/09/12/melenchon-propose-le-smic-a-1700-euros-et-un-salaire-maximum_760707

[10] Lire https://www.lefigaro.fr/impots/2017/10/20/05003-20171020ARTFIG00357-les-deputes-ont-vote-la-suppression-de-l-isf.php

[11] Lire par exemple https://blogs.mediapart.fr/jeremiechayet/blog/021218/liste-des-42-revendications-des-gilets-jaunes

[12] Lire notamment https://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/02/13/20002-20180213ARTFIG00255-un-independant-sur-dix-gagne-aujourd-hui-moins-de-500-euros-par-mois.php

[13] Lire https://www.huffingtonpost.fr/entry/vincent-lindon-propose-une-taxe-jean-valjean-pour-que-les-plus-riches-aident-les-plus-precaires_fr_5eb2c094c5b6bf4b8ef497fc

[14] Lire https://www.20minutes.fr/economie/572979-20090217-economie-si-agrave-50-ans-on-n-a-pas-une-rolex-c-est-qu-on-a-rate-sa-vie

[15] Voir https://vimeo.com/ondemand/mercipatronqc/216327543

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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 16:50

L’économiste Daniel Cohen analyse la crise sanitaire comme un moment de basculement de l’économie dans un nouveau régime de croissance et du rôle de l’État dans un nouveau mode d’intervention sociale. Propos recueillis par Antoine Reverchon pour Le Monde, qui s'est aussi exprimé sur ce blog dans " S'approprier les technologies nouvelles, sans les subir ".

Lire aussi Détruire le capitalisme avant qu’il ne nous détruise (à propos de Lubrizol), Pour un allongement de la garantie des objets, Effondrement et justice sociale, Il faut immédiatement mettre en œuvre une nouvelle organisation sociale et culturelle et De Google à Pokémon Go, un capitalisme de surveillance. Et aussi Agnès Sinaï, collapsologue : « Les maires sont en première ligne face à l’effondrement » qui entre en résonance avec ce que nous vivons...

Daniel Cohen est professeur à l’École d’économie de Paris – dont il est un des membres fondateurs – et directeur du département d’économie de l’École normale supérieure. Membre du conseil de surveillance du Monde, il est aussi l’auteur de nombreux ouvrages, dans lesquels il mêle diverses sciences sociales et histoire pour décrire de façon accessible aux non-économistes les grandes mutations socio-économiques anciennes et contemporaines, dont Les Origines du populisme, avec Yann Algan, Elizabeth Beasley et Martial Foucault (Seuil, 2019), et, chez Albin Michel : Il faut dire que les temps ont changé… (2018) ; Le monde est clos et le désir infini (2015) ; Homo Economicus (2013) ; La Prospérité du vice (2009).

Daniel Cohen est professeur à l’École d’économie de Paris – dont il est un des membres fondateurs – et directeur du département d’économie de l’École normale supérieure. Membre du conseil de surveillance du Monde, il est aussi l’auteur de nombreux ouvrages, dans lesquels il mêle diverses sciences sociales et histoire pour décrire de façon accessible aux non-économistes les grandes mutations socio-économiques anciennes et contemporaines, dont Les Origines du populisme, avec Yann Algan, Elizabeth Beasley et Martial Foucault (Seuil, 2019), et, chez Albin Michel : Il faut dire que les temps ont changé… (2018) ; Le monde est clos et le désir infini (2015) ; Homo Economicus (2013) ; La Prospérité du vice (2009).

Il est courant, dans le débat public, de comparer la crise actuelle à celles de 2003 (consécutive à l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère, SRAS), de 2008 et même de 1929. Ces comparaisons ont-elles un sens ?

La première comparaison qui est venue à l’esprit, lorsque la crise du coronavirus a commencé, a été en effet la crise sanitaire de 2003, elle aussi venue de Chine. Elle avait occasionné 774 morts et provoqué un ralentissement de la croissance économique mondiale de 0,2 % à 0,3 % à l’époque.

On en est désormais très très loin ! Avant même que la crise ne se propage aux autres pays, l’impact direct de la crise chinoise sur le reste de la planète avait changé d’échelle. Le produit intérieur brut (PIB) de la Chine a été multiplié entre-temps par huit et son rôle dans le commerce international a également bondi, pour représenter à lui seul 20 % des échanges !

Ce « virus chinois », comme l’appelle le président américain Donald Trump, a permis de mesurer l’extraordinaire dépendance où se trouvent un très grand nombre de secteurs industriels à l’égard de la Chine.

La pandémie pourrait bien clore à cet égard un cycle économique qui a commencé avec les réformes de Deng Xiaoping en Chine au début des années 1980 et la chute du mur de Berlin, en 1989. L’onde de choc de cette mondialisation s’épuise. La guerre commerciale lancée par Donald Trump a d’ailleurs convaincu les Chinois eux-mêmes qu’ils devaient réduire leur dépendance à l’égard des États-Unis.

La crise de 2008 n’était-elle pas déjà une manifestation de cet épuisement ?

La crise de 2008 était née du projet délirant des grandes banques commerciales américaines de sous-traiter à des intermédiaires la tâche d’accorder des crédits à des ménages eux-mêmes en grande vulnérabilité, les fameux subprimes. Des produits extrêmement toxiques avaient été injectés dans le système financier international provoquant un effondrement général des marchés.

La réponse des gouvernements de l’époque avait été à la hauteur de la crise. On se souvient des réunions du G7 et du G20, qui avaient permis une riposte forte, coordonnée et mondiale. Rien de tel aujourd’hui avec des personnages comme Donald Trump, Jair Bolsonaro, Boris Johnson qui tournent tous le dos au multilatéralisme.

A l’époque, il s’agissait d’affronter une crise dont l’épicentre était, comme en 1929, financier, et d’éviter les conséquences que l’on a connues dans les années 1930, à savoir la contagion de l’économie réelle par le krach financier, et son effondrement. Et on y est à peu près parvenu : malgré une onde de choc initiale aussi violente qu’en 1929, la récession mondiale n’a finalement duré que neuf mois…

La crise économique actuelle est en réalité profondément différente de celles de 2008 ou de 1929. Elle est d’emblée une crise de l’économie réelle. L’enjeu n’est pas, comme hier, de chercher à la soutenir par des mesures d’offre ou de demande. Ce qu’on attend de l’Etat est, paradoxalement, qu’il veille à ce que bon nombre d’entreprises ferment leurs portes. Du fait des mesures de confinement, il faut que le produit intérieur brut (PIB) baisse ! Le rôle majeur des politiques publiques, à ce stade, n’est pas de relancer l’économie, mais de s’assurer qu’elle reste dans un état d’hibernation satisfaisant, qui lui permette de repartir rapidement ensuite. Ce ne sont pas des mesures d’ordre macroéconomique qu’on lui demande, mais des mesures microéconomiques.

Il ne s’agit pas non plus de mesures de soutien à la demande – elles ne seront nécessaires que quand la pandémie sera terminée, car que peuvent acheter des consommateurs confinés à des entreprises à l’arrêt ? Des mesures d’offre sont nécessaires, mais dans les secteurs-clés dans la résolution de la crise sanitaire, qu’il s’agisse du fonctionnement des hôpitaux et de la médecine de ville, des entreprises produisant masques, tests, appareils respiratoires…

Pour le reste de l’économie, on attend surtout de l’État des mesures de soutien à chaque entreprise, à chaque individu en perte d’activité. Ce n’est pas du crédit qu’il faut distribuer, mais du soutien budgétaire direct qui soulage la trésorerie des entreprises, le revenu des ménages. A cet égard, le principe est simple, le déficit doit être tout simplement égal à la perte d’activité due à la pandémie. Si l’on suit les statistiques produites par l’Insee, chaque mois de confinement pourrait coûter 3 points de croissance sur l’année. C’est aussi idéalement le chiffre du déficit public pour accompagner la crise. Si la crise dure deux mois, ce serait le double…

Parce qu’il ne s’agit pas d’une crise de crédit, rien ne serait pire que de répondre à cette crise avec les seuls outils de 2008 actionnés par les banques centrales – baisse de taux, facilités monétaires, mécanisme de stabilité –, même s’il est évidemment indispensable d’éviter que la crise de l’économie réelle ne se transforme aussi en une crise financière.

Le bon outil est l’outil budgétaire, mais tous les Etats ne disposent pas en ce domaine des mêmes marges de manœuvre. Je pense notamment à l’Italie. Aider l’Italie à se financer, par exemple par le recours au Mécanisme européen de stabilité, serait une bonne chose, ça lui permettrait de réduire ses coûts de financement. Mais à ce niveau aussi, ce n’est pas de crédit mais de soutien budgétaire dont l’Italie a besoin.

Le budget européen, qui représente tout de même 1 % du PIB de l’Union européenne, doit pouvoir financer directement, par exemple, le fonctionnement des hôpitaux les plus atteints. Le débat sur les « coronabonds », un emprunt européen d’urgence, est à cet égard décisif. Il permettrait à l’Europe de réaliser immédiatement des transferts budgétaires importants, à charge de réduire ensuite certaines dépenses pour payer les intérêts de la dette émise…

Les États-Unis viennent de lancer un plan de 2 000 milliards de dollars (1 825 milliards d’euros), dont une grande partie vont aller directement sur les comptes des entreprises et des ménages, quitte à creuser un gigantesque trou budgétaire. C’est à ce type d’action que vous pensez ?

Ce plan représente 10 % du PIB américain et est en effet important. Mais c’est, en partie, pour ce qui concerne le soutien aux ménages, un essaimage à l’aveuglette : on donne 1 000 dollars par adulte et 500 dollars par enfant à tous les ménages dont le revenu est inférieur à 75 000 dollars par an, mais sans aucune considération pour leur situation réelle. On ne peut exclure que Donald Trump vise surtout à préserver ses chances d’être réélu.

Un État moderne, un État du XXIe siècle, devrait avoir la capacité de faire du sur-mesure, de la microéconomie « chirurgicale », en ciblant les aides entreprise par entreprise, individu par individu. Nous avons maintenant les outils pour cela, comme le prélèvement à la source, les déclarations de TVA et de charges sociales des entreprises, qui permettent de flécher les aides vers ceux qui subissent la crise le plus violemment.

La contrepartie de cette possibilité est, bien sûr, le risque d’une surveillance généralisée, car nous allons nous apercevoir que l’État a acquis les mêmes capacités de communiquer – et de surveiller – tout le corps social, à l’égal des GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon].

Cette crise signale-t-elle la fin du capitalisme néolibéral mondialisé ?

C’est certainement la fin, ou le début du recul du capitalisme mondialisé tel qu’on l’a connu depuis quarante ans, c’est-à-dire à la recherche incessante de bas coûts en produisant toujours plus loin. Mais elle signale aussi l’accélération d’un nouveau capitalisme, le capitalisme numérique…

Pour en saisir la portée et les menaces nouvelles que recèle ce capitalisme numérique, il faut revenir en arrière, au temps où l’on pensait que la désindustrialisation allait conduire, dans les pays développés, à une société de services. L’idée, théorisée notamment par l’économiste français Jean Fourastié [1907-1990], était que les humains travailleraient non plus la terre ou la matière, mais l’humain lui-même : prendre soin, éduquer, former, distraire autrui, serait le cœur d’une économie enfin humanisée. Ce rêve postindustriel était libérateur, épanouissant… Mais comme le souligne Fourastié, il n’était plus synonyme de croissance…

Si la valeur du bien est le temps que je passe à m’occuper d’autrui, cela veut dire aussi que l’économie ne peut plus croître, sauf à accroître indéfiniment le temps de travail.

Le capitalisme a trouvé une parade à ce « problème », celle de la numérisation à outrance. Si l’être que je suis peut être transformé en un ensemble d’informations, de données qui peuvent être gérées à distance plutôt qu’en face-à-face, alors je peux être soigné, éduqué, diverti sans avoir besoin de sortir de chez moi… Je vois des films sur Netflix plutôt que d’aller en salle, je suis soigné sans aller à l’hôpital… La numérisation de tout ce qui peut l’être est le moyen pour le capitalisme du XXIe siècle d’obtenir de nouvelles baisses de coût…

Le confinement général dont nous faisons l’objet à présent utilise massivement ces techniques : le télétravail, l’enseignement à distance, la télémédecine… Cette crise sanitaire apparaîtra peut-être, rétrospectivement, comme un moment d’accélération de cette virtualisation du monde. Comme le point d’inflexion du passage du capitalisme industriel au capitalisme numérique, et de son corollaire, l’effondrement des promesses humanistes de la société postindustrielle.

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1 septembre 2019 7 01 /09 /septembre /2019 09:47

L’ancien membre de l’Internationale situationniste explique pourquoi, afin d’abolir la civilisation marchande, il est préférable de miser sur un « pacifisme insurrectionnel », plutôt que sur la tactique de lutte du black bloc. Propos recueillis par Nicolas Truong pour Le Monde le 29 août 2019.              Lire aussi Vers une civilisation de la gratuité et Violences sexuelles, violence à la Terre, une même culture et.

Publié par Gabriella Giudici le 4 juillet 2013 sur son blog Philosophie et sciences humaines

Publié par Gabriella Giudici le 4 juillet 2013 sur son blog Philosophie et sciences humaines

Né en 1934 à Lessines en Belgique, Raoul Vaneigem est l’auteur du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, paru en 1967. Il a récemment publié Contribution à l’émergence de territoires libérés de l’emprise étatique et marchande (Rivages, 2018) et vient de faire paraître Appel à la vie contre la tyrannie étatique et marchande (Libertalia, 96 pages, 8 euros). L’ancien membre de l’Internationale situationniste se félicite de la multiplication des mouvements populaires – comme celui des « gilets jaunes » – lancés par un peuple qui « a décidé de n’avoir d’autre guide que lui-même ». Un plaidoyer pour une autogestion de la vie quotidienne, inspirée de l’expérience zapatiste.

Quelle est la nature de la mutation – ou de l’effondrement – en cours ? En quel sens la fin d’un monde n’est-elle pas la fin du monde, mais le début d’un nouveau ? Et quelle est cette civilisation que vous voyez, timidement, poindre sur les décombres de l’ancienne ?

Bien qu’ayant échoué à mettre en œuvre le projet d’une autogestion de la vie quotidienne, le Mouvement des occupations, qui fut la tendance la plus radicale de Mai 68, pouvait néanmoins se prévaloir d’un acquis d’une importance considérable. Il avait suscité une prise de conscience qui allait marquer un point de non-retour dans l’histoire de l’humanité. La dénonciation massive du welfare state (État-providence) – de l’état de bien-être consumériste, du bonheur vendu à tempérament – avait porté un coup mortel à des vertus et à des comportements imposés depuis des millénaires et passant pour d’inébranlables vérités : le pouvoir hiérarchique, le respect de l’autorité, le patriarcat, la peur et le mépris de la femme et de la nature, la vénération de l’armée, l’obédience religieuse et idéologique, la concurrence, la compétition, la prédation, le sacrifice, la nécessité du travail.

L’idée s’est alors fait jour que la vraie vie ne pouvait se confondre avec cette survie qui ravale le sort de la femme et de l’homme à celui d’une bête de somme et d’une bête de proie. Cette radicalité, on a cru qu’elle avait disparu, balayée par les rivalités internes, les luttes de pouvoir, le sectarisme contestataire ; on l’a vue étouffée par le gouvernement et par le Parti communiste, dont ce fut la dernière victoire. Elle fut surtout, il est vrai, dévorée par la formidable vague d’un consumérisme triomphant, celui-là même que la paupérisation croissante assèche aujourd’hui lentement mais sûrement.

Et pourtant, malgré la récupération et le long étouffement de ce mouvement d’émancipation, quelque chose était en train d’advenir ?

C’était oublier que l’incitation forcenée à consommer portait en elle la désacralisation des valeurs anciennes. La libération factice, prônée par l’hédonisme de supermarché, propageait une abondance et une diversité de choix qui n’avaient qu’un inconvénient, celui de se payer à la sortie. De là naquit un modèle de démocratie où les idéologies s’effaçaient au profit de candidats dont la campagne promotionnelle était menée selon les techniques publicitaires les plus éprouvées. Le clientélisme et l’attrait morbide du pouvoir achevèrent de ruiner une pensée dont le dernier gouvernement en date ne craint pas d’exhiber l’effarant délabrement.

Cinq décennies ont fait oublier que sous la conscience prolétarienne, laminée par le consumérisme, se manifestait une conscience humaine dont un long assoupissement n’a pas empêché la soudaine résurgence. La civilisation marchande n’est plus que le cliquetis d’une machine qui broie le monde pour le déchiqueter en profits boursiers. Tout se grippe par le haut. Ce qui naît par le bas, ce qui prend sa substance dans le corps social, c’est un sens de l’humanité, une priorité de l’être. Or l’être n’a pas sa place dans la bulle de l’avoir, dans les rouages de la mondialisation affairiste. Que la vie de l’être humain et le développement de sa conscience affirment désormais leur priorité dans l’insurrection en cours est ce qui m’autorise à évoquer la naissance d’une civilisation où, pour la première fois, la faculté créatrice inhérente à notre espèce va se libérer de la tutelle oppressive des dieux et des maîtres.

Depuis 1967, vous ne cessez de décrire l’agonie de la civilisation marchande. Pourtant, celle-ci perdure et se développe chaque jour davantage à l’ère du capitalisme financier et numérique. N’êtes-vous pas prisonnier d’une vision progressiste (ou téléologique) de l’histoire que vous partagez avec le néolibéralisme (tout en le combattant) ?

Je n’ai que faire des étiquettes, des catégories et autres tiroirs de rangement du spectacle. L’inconvénient d’un système qui se grippe, c’est que son dysfonctionnement peut durer longtemps. Nombre d’économistes n’en finissent pas de pousser des cris d’orfraie dans l’attente d’un krach financier inéluctable. Catastrophisme ou non, l’implosion de la bulle monétaire est dans l’ordre des choses.

L’heureux effet d’un capitalisme qui continue d’enfler à en crever, c’est qu’à l’instar d’un gouvernement qui au nom de la France réprime, condamne, mutile, éborgne et appauvrit le peuple français, il incite ceux d’en bas à défendre avant toute chose leur existence quotidienne. Il stimule la solidarité locale, il encourage à répondre par la désobéissance civile et par l’auto-organisation à ceux qui rentabilisent la misère, il invite à reprendre en mains la res publica, la chose publique ruinée chaque jour davantage par l’escroquerie des puissances financières. Que les intellectuels débattent des concepts à la mode dans les tristes arènes de l’égotisme, c’est leur droit.

On me permettra de m’intéresser davantage à la créativité qui va, dans les villages, les quartiers, les villes, les régions, réinventer l’enseignement bousillé par la fermeture des écoles et par l’éducation concentrationnaire ; restaurer les transports publics ; découvrir de nouvelles sources d’énergie gratuite ; propager la permaculture en renaturant les terres empoisonnées par l’industrie agroalimentaire ; promouvoir le maraîchage et une nourriture saine ; fêter l’entraide et la joie solidaire. La démocratie est dans la rue, non dans les urnes.

Parler de « totalitarisme démocratique » ou de « cupidité concentrationnaire » à propos de notre monde est-il une façon adéquate de décrire la réalité ou bien de la surenchère révolutionnaire ?

Dénoncer les oppresseurs et les manipulateurs ne me paraît plus nécessaire, tant le mensonge est devenu évident. Le premier venu dispose de ce que l’on pourrait appeler « l’échelle de Trump » pour mesurer le niveau de déficience mentale des falsificateurs, sans recourir au jugement moral. Mais l’important n’est pas là. Il a fallu des années de décervelage pour que Goebbels puisse estimer que « plus un mensonge est gros, mieux il passe ». Qui a aujourd’hui sous les yeux l’état du secteur hospitalier et dans les oreilles les promesses d’améliorations ministérielles n’a aucune peine à comprendre que traiter le peuple en ramassis d’imbéciles ne fait que souligner le ravage psychopathologique des gens de pouvoir.

Je n’ai d’autre choix que miser sur la vie. Je veux croire qu’il existe sous le rôle et la fonction de flic, de juge, de procureur, de journaliste, de politique, de manipulateur, de tribun, d’expert en subversion, un être humain qui supporte de plus en plus mal l’absence d’authenticité vécue à laquelle le condamne l’aliénation du mensonge lucratif.

Le souci de surenchère, de plus-value m’est étranger. Je ne suis ni chef, ni gestionnaire d’un groupe, ni gourou, ni maître à penser. Je sème mes idées sans me préoccuper du sol fertile ou stérile où elles tomberont. En l’occurrence, j’ai tout simplement lieu de me réjouir de l’apparition d’un mouvement qui n’est pas populiste – comme le souhaiteraient les fauteurs d’un chaos propice aux magouilles – mais qui est un mouvement populaire, décrétant dès le départ qu’il refuse les chefs et les représentants autoproclamés. Voilà qui me rassure et me conforte dans la conviction que mon bonheur personnel est inséparable du bonheur de tous et de toutes.

Pourquoi un face-à-face stérile entre « gauchisme paramilitaire » et « hordes policières » s’est-il instauré, notamment depuis les manifestations contre la loi travail ? Et comment en sortir ?

Les technocrates s’obstinent avec un tel cynisme à tourmenter le peuple comme une bête prise au piège de leur impuissance arrogante, qu’il faut s’étonner de la modération dont fait preuve la colère populaire. Le black bloc est l’expression d’une colère que la répression policière a pour mission d’attiser. C’est une colère aveugle dont les mécanismes du profit mondial ont aisément raison. Briser des symboles n’est pas briser le système. Pire qu’une sottise, c’est un assouvissement hâtif, peu satisfaisant, frustrant, c’est le dévoiement d’une énergie qui serait mieux venue dans l’indispensable construction de communes autogérées.

Je ne suis solidaire d’aucun mouvement paramilitaire et je souhaite que le mouvement des « gilets jaunes » en particulier et de la subversion populaire en général ne se laisse pas entraîner par une colère aveugle où s’enliseraient la générosité du vivant et sa conscience humaine. Je mise sur l’expansion du droit au bonheur, je mise sur un « pacifisme insurrectionnel » qui ferait de la vie une arme absolue, une arme qui ne tue pas.

Le mouvement des « gilets jaunes » est-il un mouvement révolutionnaire ou réactionnaire ?

Le mouvement des « gilets jaunes » n’est que l’épiphénomène d’un bouleversement social qui consacre la ruine de la civilisation marchande. Il ne fait que commencer. Il est encore sous le regard hébété des intellectuels, de ces débris d’une culture sclérosée, qui tinrent si durablement le rôle de conducteur du peuple et n’en reviennent pas d’être virés du jour au lendemain. Eh bien le peuple a décidé de n’avoir d’autre guide que lui-même. Il va tâtonner, balbutier, errer, tomber, se relever mais il a en lui cette lumière du passé, cette aspiration à une vraie vie et à un monde meilleur que les mouvements d’émancipation, jadis réprimés, pilés, écrasés ont, dans leur élan brisées, confiées à notre présent pour les reprendre à la source et en parachever le cours.

Votre conception de l’insurrection est à la fois radicale (refus de dialoguer avec l’État, justification du sabotage, etc.) et mesurée (refus de la lutte armée, de la colère réduite à la casse, etc.). Quelle est votre éthique de l’insurrection ?

Je ne vois, après la flambée de Mai 68, d’autres insurrections que l’apparition du mouvement zapatiste au Chiapas, l’émergence d’une société communaliste au Rojava et, oui, dans un contexte très différent, la naissance et la multiplication de ZAD, de zones à défendre où la résistance d’une région à l’implantation de nuisances a créé une solidarité du « vivre-ensemble ». J’ignore ce que signifie une éthique de l’insurrection. Nous sommes seulement confrontés à des expériences pleines de joies et de fureurs, de développements et de régressions. Parmi les questionnements, deux me paraissent indispensables. Comment empêcher le déferlement des soudards étatiques dévastant des lieux de vie où la gratuité s’accorde mal avec le principe du profit ? Comment éviter qu’une société, qui prône l’autonomie individuelle et collective, laisse se reconstituer en son sein la vieille opposition entre des gens de pouvoir et une base trop peu confiante en ses potentialités créatrices ?

Ni patriarcat ni matriarcat, dites-vous. Pourquoi faut-il aller au-delà du virilisme et du féminisme ? Et qu’entendez-vous par l’instauration de la « prééminence acratique de la femme » ?

Le piège du dualisme, c’est qu’il empêche le dépassement. Je n’ai pas lutté contre le patriarcat pour que lui succède un matriarcat, qui est la même chose à l’envers. Il y a du masculin chez la femme et du féminin chez l’homme, voilà une gamme assez ample pour que la liberté du désir amoureux y module à loisir. Ce qui me passionne chez l’homme et chez la femme, c’est l’être humain. On ne me fera pas admettre que l’émancipation de la femme consiste à accéder à ce qui a rendu le mâle si souvent méprisable : le pouvoir, l’autorité, la cruauté guerrière et prédatrice. Une femme ministre, chef d’État, flic, affairiste ne vaut guère mieux que le mâle qui l’a tenue pour moins que rien.

En revanche, il serait temps de s’aviser qu’il existe une relation entre l’oppression de la femme et l’oppression de la nature. Elles apparaissent l’une et l’autre lors du passage des civilisations pré-agraires à la civilisation agro-marchande des États-cités. Il m’a semblé que la société qui s’esquisse aujourd’hui devait, en raison d’une nouvelle alliance avec la nature, marquer la fin de l’antiphysis (de l’anti-nature) et, partant, reconnaître à la femme la prépondérance « acratique », c’est-à-dire sans pouvoir, dont elle jouissait avant l’instauration du patriarcat (j’ai emprunté le mot au courant libertaire espagnol des acrates.)

« La commune révoque le communautarisme », écrivez-vous. Qu’est-ce qui vous permet de penser qu’une fois l’âge de l’autogestion de la vie advenu, les problèmes sociaux (rapport de domination de toutes sortes, misogynie, identitarisme, etc.) seront résolus ? En quoi l’émergence d’un nouveau style de vie mettrait à l’abri de l’égoïsme, du pouvoir et des préjugés ?

Rien n’est jamais acquis mais la conscience humaine est un puissant moteur de changement. Lors d’une conversation avec le « sous-commandant insurgé » Moises, dans la base zapatiste de La Realidad, au Chiapas, celui-ci expliquait : « Les Mayas ont toujours été misogynes. La femme était un être inférieur. Pour changer cela, nous avons dû insister pour que les femmes acceptent d’exercer un mandat dans la “junte de bon gouvernement”, où sont débattues les décisions des assemblées. Aujourd’hui, leur présence est très importante, elles le savent et il ne viendrait plus à un homme l’idée de les traiter de haut. »

On a toujours identifié le progrès au progrès technique qui, de Gilgamesh à nos jours, est gigantesque. En revanche si l’on en juge par l’écart entre la population des premières cités-États et les peuples aujourd’hui soumis aux lois du profit, le progrès du sort réservé à l’humain est, tout aussi incontestablement, infime. Peut-être le temps est-il venu d’explorer les immenses potentialités de la vie et de privilégier enfin le progrès non de l’avoir mais de l’être.

En quoi le zapatisme est-il l’une des tentatives les plus réussies de l’autogestion de la vie quotidienne ?

Comme le disent les zapatistes : « Nous ne sommes pas un modèle, nous sommes une expérience. » Le mouvement zapatiste est né d’une collectivité paysanne maya. Il n’est pas exportable, mais il est permis de tirer des leçons de la nouvelle société dont il tente de jeter les bases. La démocratie directe postule l’offre de mandataires qui, passionnés par un domaine particulier, proposent de mettre leur savoir à la disposition de la collectivité. Ils sont délégués, pour un temps limité, à la « junte de bon gouvernement » où ils rendent compte aux assemblées du résultat de leurs démarches.

La mise en commun des terres a eu raison des conflits, souvent sanglants, qui mettaient aux prises les propriétaires de parcelles. L’interdiction de la drogue dissuade l’intrusion des narcotrafiquants, dont les atrocités accablent une grande partie du Mexique. Les femmes ont obtenu l’interdiction de l’alcool, qui risquait de raviver les violences machistes dont elles furent longtemps victimes.

L’Université de la Terre de San Cristobal dispense un enseignement gratuit des métiers les plus divers. Aucun diplôme n’est délivré. Les seules exigences sont le désir d’apprendre et l’envie de propager partout son savoir. Il y a là une simplicité capable d’éradiquer la complexité bureaucratique et la rhétorique abstraite qui nous arrachent à nous-mêmes à longueur d’existence. La conscience humaine est une expérience en cours.

Le climat se réchauffe, la biodiversité s’érode et l'Amazonie brûle. La lutte contre la dévastation de la nature qui mobilise une partie de la population mondiale et de sa jeunesse peut-elle être un des leviers de « l’insurrection pacifiste » que vous prônez ?

L’incendie de la forêt amazonienne fait partie du vaste programme de désertification que la rapacité capitaliste impose aux États du monde entier. Il est pour le moins dérisoire d’adresser des doléances à ces États qui n’hésitent pas à dévaster leurs propres territoires nationaux au nom de la priorité accordée au profit. Partout les gouvernements déforestent, étouffent les océans sous le plastique, empoisonnent délibérément la nourriture.

Gaz de schiste, ponctions pétrolières et aurifères, enfouissement de déchets nucléaires ne sont qu’un détail en regard de la dégradation climatique qu’accélère chaque jour la production de nuisances par des entreprises qui sont près de chez nous, à portée de main du peuple qui en est victime. Les gouvernants obéissent aux lois de Monsanto et accusent d’illégalité un maire qui interdit les pesticides sur le territoire de sa commune. On lui impute le crime de préserver la santé des habitants. Voilà où le combat se situe, à la base de la société, là où la volonté d’un mieux-vivre jaillit de la précarité des existences.

Dans ce combat, le pacifisme n’est pas de mise. Je veux lever ici toute ambiguïté. Le pacifisme risque de n’être qu’une pacification, un humanitarisme prônant le retour à la niche des résignés. Par ailleurs, rien n’est moins pacifique qu’une insurrection, mais rien n’est plus odieux que ces guerres menées par le gauchisme paramilitaire et dont les chefs s’empressent d’imposer leur pouvoir au peuple qu’ils se vantaient d’affranchir. Pacifisme sacrificiel et intervention armée sont les deux termes d’une contradiction à dépasser. La conscience humaine aura progressé de façon appréciable lorsque les tenants du pacifisme bêlant auront compris qu’ils donnent à l’État le droit de matraque et de mensonge chaque fois qu’ils se prêtent au rituel des élections et vont choisir, selon les libertés de la démocratie totalitaire, des représentants qui ne représentent qu’eux-mêmes, plébiscitant des intérêts publics qui deviendront des intérêts privés.

Quant aux tenants d’une colère vengeresse, on peut espérer que, lassés des jeux de rôles mis en scène par les médias, ils apprennent et s’emploient à porter le fer à l’endroit où les coups atteignent vraiment le système : le profit, la rentabilité, le portefeuille. Propager la gratuité est l’aspiration la plus naturelle de la vie et de la conscience humaine dont elle nous a accordé le privilège. L’entraide et la solidarité festive dont fait montre l’insurrection de la vie quotidienne sont une arme dont aucune arme qui tue ne viendra à bout. Ne jamais détruire un homme et ne jamais cesser de détruire ce qui le déshumanise. Anéantir ce qui prétend nous faire payer le droit imprescriptible au bonheur. Utopie ? Tournez la question comme vous voulez. Nous n’avons d’autre alternative que d’oser l’impossible ou de ramper comme des larves sous le talon de fer qui nous écrase.

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15 mai 2019 3 15 /05 /mai /2019 09:08

Capitalisme, défections des écologistes pour En marche, relations avec la France insoumise, programme pour l’Europe… la tête de liste d'Europe Ecologie-Les Verts aux élections européennes du 24 mai répond sans détour à nos questions. Entretien avec Yannick Jadot par Marie Astier et Hervé Kempf le 14 mai 2019 pour Reporterre ! Lire aussi Qu'est-ce qu'on attend pour remettre la finance à sa place ?, J’veux du bonheur ! et Sauver le climat ? Pourquoi tout doit changer.

Yannick Jadot a rencontré Reporterre

Yannick Jadot a rencontré Reporterre

Reporterre — Quel est l’objectif d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) pour ces élections européennes ? 10 %, 15 % des voix ?

Yannick Jadot — Mon objectif est que l’écologie renoue avec ses meilleurs scores. Je veux mettre l’écologie au cœur du paysage politique européen et français. Parce que si on est convaincu du risque de chaos climatique et d’anéantissement de la biodiversité, si on voit la dislocation accélérée de l’Union européenne, les extrêmes droites qui montent partout, la guerre de tous contre tous que le modèle libéral a instaurée, il faut proposer une alternative au modèle libéral qui soit un modèle de coopération, de bienveillance et de solidarité.

Et donc votre objectif ?

J’ai toujours dit 15 %.

C’est un objectif plutôt élevé, vu les sondages…

Il y a dix ans, trois semaines avant qu’on fasse 16 %, on était à 8 % dans les sondages. Là, on voit bien que la campagne électorale démarre seulement. Les électrices et les électeurs, pour beaucoup, n’ont pas encore décidé de leur vote. Cela va se jouer dans les dix derniers jours

Il y a dix ans, Daniel Cohn-Bendit dirigeait la liste des Verts. Il y a deux semaines, il a signé
une tribune appelant à voter Macron et la République en marche (LREM), et avec des mots durs à l’égard d’EELV. Comment avez-vous vécu cette tribune de Daniel Cohn-Bendit ?

Beaucoup d’écologistes se sont perdus depuis quelques années. Certains sont allés avec sincérité chez Emmanuel Macron, à En marche, pour essayer d’écologiser ce parti. Finalement, c’est Nicolas Hulot qui a tiré le meilleur bilan de l’écologie sous Emmanuel Macron en disant que c’était une mystification ! En Marche a aujourd’hui dans sa liste aux élections européennes des pro-glyphosate, des anti-glyphosate ; des prochasse, des antichasse ; des pro-accord de libre-échange, des anti-accord de libre-échange ; des pronucléaire, des antinucléaire. Et, depuis deux ans, systématiquement, le président Macron a arbitré pour le glyphosate, pour le nucléaire, pour les accords de libre-échange, pour la chasse ! Donc, ces écologistes se sont perdus. Ils se sont entichés d’un président incontestablement intelligent mais qui semble totalement prisonnier des lobbies du vieux monde.

Daniel Cohn-Bendit, Jean-Paul Besset, Pascal Canfin, Pascal Durand, François de Rugy, Barbara Pompili… Comment expliquez-vous qu’il y ait tant de personnalités d’EELV qui passent chez LREM ?

Nous avons un système électoral extrêmement préjudiciable aux formations politiques petites et moyennes. Il y a des gens — comme de Rugy — qui ont considéré à un moment donné qu’il fallait aller avec les socialistes quand c’étaient eux qui tenaient le manche. Puis, ils se sont aperçus que les socialistes ne tenaient plus le manche, mais Macron, et ils ont continué leur dérive vers le pouvoir.

Je sais tout ce que ce pays et l’écologie doivent à tous les militants qui, eux, n’ont pas fait ce voyage. Si nous n’avons pas d’OGM dans notre pays, c’est parce qu’il y a des militants écologistes qui sont allés arracher des OGM. Pareil pour les gaz de schiste.

« Ceux qui ont tenté – parfois avec courage – comme Nicolas Hulot ou Matthieu Orphelin de mettre « les mains dans le cambouis » de ce gouvernement l’ont finalement fui. »

« Ceux qui ont tenté – parfois avec courage – comme Nicolas Hulot ou Matthieu Orphelin de mettre « les mains dans le cambouis » de ce gouvernement l’ont finalement fui. »

Mais Pascal Canfin et Pascal Durand ont été militants écologistes et maintenant ils sont à La République en marche.

Pascal Durand sait combien En marche, en défendant les pires pratiques de chasse, ne correspond pas à ses convictions. Quant à Pascal Canfin, il a dit qu’il avait obtenu des assurances du président. Je ne sais pas lesquelles. Je crois qu’ils font le pari de faire évoluer cette majorité. Ceux qui ont tenté — parfois avec courage — comme Nicolas Hulot ou Matthieu Orphelin de mettre « les mains dans le cambouis » de ce gouvernement l’ont finalement fui.

Quel pont idéologique y a-t-il entre EELV et LREM ?

Il y a chez les écologistes l’idée qu’on ne peut pas attendre des alternances politiques pour transformer la société. L’urgence écologique ne peut pas attendre. Et il y en a toujours qui pensent que seuls — y compris dans un milieu hostile —, ils peuvent transformer les choses. Moi, je n’ai jamais été qu’écologiste toute ma vie. Et j’ai une très belle liste de gens convaincus. Pour eux, il n’y a pas de débat. Il faut transformer le modèle de développement, sortir du capitalisme financier, combattre ce libéralisme prédateur. Il n’y a pas de compromis avec la technocratie et le libéralisme d’En marche.

Dans son discours au dernier congrès d’Europe Écologie-Les Verts David Cormand a parlé de « ni droite ni gauche » [en mars 2019]. Cela pourrait-il expliquer ces départs d’EELV vers En marche ?

Avec David Cormand, on n’a jamais dit « ni droite ni gauche ». Nous n’avons jamais fait de compromis avec le productivisme de droite mais, aujourd’hui, l’écologie doit aussi s’affranchir du productivisme de gauche. Quand on fait campagne contre le Lyon-Turin, les retenues d’eau en Poitou-Charentes et dans tout le sud-ouest pour irriguer le maïs, contre tous les grands détournements autoroutiers de Rouen, de Strasbourg, de Beynac, contre EuropaCity, on est obligé de constater que, trop souvent, les socialistes sont alliés avec la droite, avec les libéraux, sur tous ces grands projets qui détruisent l’environnement.

Reconnaissez avec moi que le quinquennat Sarkozy, de droite, le quinquennat Hollande, qui se revendique de gauche, le quinquennat Macron, qui se revendique et de droite et de gauche, c’est la même obsession du nucléaire, les mêmes contraintes sur le renouvelable, les mêmes sous-investissements dans l’isolation des logements, la même augmentation des pesticides et la même inaction contre la pollution de l’air.

Donc, nous devons dépasser un clivage qui a totalement ignoré la question de l’environnement.

Vous voulez que l’écologie devienne l’idée dominante. Pourquoi avoir refusé l’alliance avec d’autres formations à gauche qui la défendent dans leur programme ?

L’élection européenne est une élection proportionnelle à un tour. Prenons deux mouvements politiques qui, je crois sincèrement, abordent la question écologique : les écologistes, évidemment, et la France insoumise. Imaginez qu’on aille aux élections ensemble. Vous pensez vraiment qu’il y a une partie des écologistes qui vont voter s’il y a la France insoumise, et vous pensez vraiment qu’il y a une partie de la France insoumise qui va voter si la France insoumise se met avec les écologistes ? Eh bien, non. La réalité, c’est que, si on se met ensemble, on ne fera pas 1 + 1 = 2,5. On fera 1 + 1 = 1,5. Et, donc, moins de députés au Parlement européen.

Pourquoi est-ce la première élection européenne où on nous parle de l’union de la gauche ? Parce que le Parti socialiste a explosé, du fait de ses contradictions, notamment face au libéralisme. La liste officielle, on ne sait pas si elle va faire 5 %. La liste socialiste dissidente de Hamon, on ne sait pas si elle va faire 3 %. Ils utilisent l’écologie comme un prétexte, parce que, franchement, sur le terrain, on ne les voit pas beaucoup ! Le groupe socialiste au Parlement européen a voté pour que le nucléaire soit reconnu comme une énergie verte. C’est une aberration absolue !

J’ai dit non à des unions de façades. On m’a proposé d’être la tête de liste d’un grand rassemblement avec Hamon, avec le PS, j’ai dit non. Je veux regarder les électeurs droit dans les yeux. Je ne veux pas faire des alliances à Paris puis des choses différentes à Strasbourg.

 « L’Europe est un espace de confrontation politique où il y a des majorités qui mettent en place des politiques publiques. Or, ces majorités sont libérales et conservatrices. »

« L’Europe est un espace de confrontation politique où il y a des majorités qui mettent en place des politiques publiques. Or, ces majorités sont libérales et conservatrices. »

Après les élections européennes, comment envisagez-vous de retendre la main ou de refaire des alliances ?

Les élections municipales et les élections régionales sont des élections proportionnelles à deux tours. Donc, on construit des coalitions de gouvernements municipaux ou régionaux. Cela se fait sur la base d’un contrat. Tant qu’il est respecté, vous êtes dans la coalition.

Vous dénoncez le libéralisme. Êtes-vous anticapitaliste ?

Je combats le capitalisme financier. Je combats ce libéralisme prédateur sur l’environnement, les femmes, les hommes, les animaux et sur l’économie même. On m’a attaqué parce que j’ai dit que j’étais pour la liberté d’entreprendre, que le marché pouvait exister.

Donc, êtes-vous anticapitaliste ?

Je suis contre ce capitalisme-là. Mais, il n’y en a pas d’autre, d’ailleurs.

Donc, êtes-vous anticapitaliste ?

Oui, on peut dire que je suis anticapitaliste, oui. Mais je suis pour une économie régulée. Les écologistes ont toujours été pour une économie plurielle. Mais, quand un paysan bio vend sa production sur le marché, je préfère cela à ce qu’il le vende dans un sovkhoze.

Aujourd’hui, l’Europe protège-t-elle ou détruit-elle l’environnement ?

L’Europe ne devrait pas être cette petite mondialisation libérale, technocratique, autoritaire. Simplement, l’Europe est un espace de confrontation politique où il y a des majorités qui mettent en place des politiques publiques. Or, ces majorités sont libérales et conservatrices. Le Parlement européen aurait pu voter contre le Ceta [le traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne]. Il suffisait d’un vote ! Malheureusement, les socialistes ont rejoint les libéraux et les conservateurs pour voter le Ceta.

Et puis, il y a quelques jours, j’étais dans une des réserves de la LPO [Ligue de protection des oiseaux] à Oléron et parce que c’est une zone Natura 2000, parce que c’est le droit européen, il y a certains oiseaux, certaines populations, qui se redéveloppent.

Donc, ce qui est très frustrant dans la situation d’aujourd’hui, c’est qu’à la fois, on a une dégradation environnementale, mais que, en même temps, on a les solutions.

Durant la dernière mandature, quels sont les trois succès que vous pourriez attribuer aux écologistes européens ?

D’abord, autour de la question de la transparence. Nous avons obtenu des commissions d’enquête sur les paradis fiscaux avec Eva Joly, une commission d’enquête sur le diesel avec Karima Delli, et, avec Michèle Rivasi, devant la Cour européenne de justice, la transparence absolue sur toutes les évaluations sur des pesticides et produits chimiques.

Un deuxième succès a été l’interdiction de la pêche en eau profonde et l’interdiction de la pêche électrique.

Pour cela, vous avez dû faire des alliances.

Les écologistes ne gagnent jamais seuls. Personne ne gagne jamais seul. Il n’y a pas un groupe qui soit majoritaire au Parlement européen. Quand vous gagnez un vote, c’est que vous avez obtenu des votes d’autres parlementaires. Mais c’est parce que vous êtes fort dans votre groupe et que votre groupe vous soutient et que vous arrivez à élargir.

Enfin, troisième succès, les lanceurs d’alerte. Quand on a voté, Antoine Delcourt, était à Strasbourg. Il a dit : « C’est le groupe Vert qui, dans le Parlement, et le Parlement dans les institutions, font qu’aujourd’hui on a la réglementation la plus protectrice au monde des lanceurs d’alerte. »

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14 mai 2019 2 14 /05 /mai /2019 09:08

Nos propositions pour l’Élection européenne du 26 mai 2019 - un des sept livrets thématiques tirés du Programme de la Liste Europe Écologie menée par Yannick Jadot. Cf notre site Pour le climat, tout doit changer, et sur ce blog J’veux du bonheur ! et Sauver le climat ? Pourquoi tout doit changer.

Qu'est-ce qu'on attend pour remettre la finance à sa place ?

Le néo-libéralisme des années 1980 a conduit à un vaste mouvement de financiarisation à l’échelle mondiale, soutenu et accompagné par les gouvernements successifs. Ce mouvement a été rendu possible par la répartition inégalitaire des richesses créées entre salarié.e.s et actionnaires, actée par l’ensemble des institutions comme l’unique mode de fonctionnement possible.

Il a pris trois formes : la déréglementation financière, qui a libéralisé et élargi les activités financières des banques, la désintermédiation bancaire qui, en faisant disparaître les intermédiaires financiers, a permis aux entreprises d’accéder directement aux marchés de capitaux et enfin le décloisonnement, qui a mis fin à la segmentation des marchés financiers et favorisé leur interconnexion croissante, accélérant la course aux placements les plus rentables.

Nos propositions :

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14 février 2019 4 14 /02 /février /2019 11:58

Comment répondre à la fois aux aspirations des gilets jaunes et à l'impératif écologique ? Une piste : la création d'une « carte carbone » qui repose sur un quota annuel de droits d'émissions de CO2 pour chaque habitant. Tribune d’Yves Cochet, président de l'institut Momentum, ancien ministre de l'Environnement, parue le 12 février 2019 dans Libération. Lire aussi Des taxes carbone efficaces et approuvées par la population – c’est possible !

Dans une station-service d'Arnage, le 6 décembre. Photo Jean-François Monier. AFP

Dans une station-service d'Arnage, le 6 décembre. Photo Jean-François Monier. AFP

Chacun se lamente sur l’apparente contradiction entre la vigueur du mouvement des gilets jaunes et la soi-disant nécessaire hausse de la taxe sur les carburants, pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Curieusement, malgré notre attention, voire notre addiction aux chaînes d’information en continu, qui alternent le direct manifestant et le plateau de grands débatteurs par centaines d’heures, nous n’avons jamais entendu, depuis deux mois, l’énoncé d’une proposition rationnelle qui permettrait de répondre tout à la fois aux objectifs des COP climatiques et aux aspirations des gilets jaunes.

Cette proposition se nomme « carte carbone ». Elle a été envisagée au Royaume-Uni sous les gouvernements de Tony Blair et Gordon Brown, justement après un épisode très intense de protestation sociale autour d’un projet de hausse de taxe sur les carburants. Après ces « fuel protests », le gouvernement cherchait à imaginer des formes de politiques énergétiques et climatiques qui ne reposent pas sur des taxes, définitivement trop impopulaires.

La carte carbone se déplie ainsi : chaque habitant de la France reçoit un quota annuel de droits d’émissions de CO2 qui encadre toute consommation d’énergie (pétrole, gaz, charbon, électricité…). Si, par exemple, vous voulez faire le plein dans une station-service, vous payez le carburant en euros et votre carte carbone à puce est également décrémentée des droits d’émissions correspondant à la quantité de carburant que vous avez achetée. Le budget carbone de la France –c’est-à-dire la quantité nationale d’émissions de CO2 – doit diminuer régulièrement jusqu’en 2050 pour atteindre alors -75% du volume de nos émissions de 1990 (objectif des COP et engagement de la France). En conséquence, les quotas individuels annuels, strictement égaux d’une personne à l’autre, diminuent en même proportion. Ainsi, contrairement à la taxe carbone dont l’effet climatique est incertain et le rejet social patent, la carte carbone permet à coup sûr de respecter l’objectif de diminution de nos émissions de CO2 et de fonder la solidarité entre nos concitoyens. « Cap and share », disent nos amis anglais, « plafonner et partager ».

Une justice sociale garantie

Certes, tout le monde n’a pas la même consommation d’énergie. Des bourses d’échanges, régionales ou nationale, seraient mises en place pour permettre aux plus gros consommateurs d’acheter des unités supplémentaires aux plus économes, si ces derniers en ont à revendre. La justice sociale est doublement garantie avec la carte carbone. D’abord, en situation de pénurie, chacun a sa part réservée d’énergie (le quota individuel de chacun) : c’est en effet en limitant la demande des plus gros consommateurs qu’on assure une consommation minimale pour tous. Deuxièmement, au vu de la corrélation très forte entre niveaux de revenu et niveaux de consommation d’énergie, la possibilité d’acheter et de vendre des quotas bénéficie aux plus pauvres. En effet, ces derniers sont à la fois ceux qui consacrent la plus grande proportion de leur revenu à l’achat d’énergie et ceux qui en consomment le moins en quantité, d’où l’injustice sociale flagrante des politiques de taxe sur les carburants. Conséquemment, une politique énergétique qui s’appuie plus sur les quantités (quotas de carbone) que sur les prix (taxe sur les carburants) est socialement plus juste, et même plus redistributive.

Conjointement, l’intégrité environnementale est, elle aussi, doublement renforcée par la carte carbone. D’abord par le respect de la limitation du volume d’émissions de CO2 à laquelle la France s’est engagée. L’ensemble des quotas individuels distribués correspond en effet au budget carbone global du pays, et il n’est pas prévu de mécanismes ou d’échappatoire permettant d’autoriser des émissions supplémentaires. Si des transactions peuvent exister d’un consommateur à l’autre, elles se font donc en jeu à somme nulle. La carte carbone permet également d’inscrire les consommations d’énergie fossile dans le temps du délai : un temps marqué par le compte à rebours. La crise écologique globale se caractérise en effet par le risque de franchir des seuils de basculement entraînant des ruptures systémiques irréversibles. Pour les éviter, il ne s’agit pas de faire mieux, mais de faire suffisamment et dans un certain délai. La carte carbone inclut cette dimension temporelle de la crise écologique en instituant dès le départ l’idée d’un budget carbone déclinant par paliers datés, avec une perspective de descente énergétique jusqu’en 2050 (au moins). De cette manière, la contrainte matérielle de la quantité d’énergies fossiles disponibles à la combustion est directement liée à la contrainte de la temporalité de leur usage, reflétant ainsi les limites environnementales matérielles et temporelles qui s’imposent aux sociétés.

Limites écologiques

Au-delà de son intérêt écologique et social, la carte carbone correspond à notre vision du monde : il existe des limites écologiques à ne pas dépasser sous peine de précipiter l’ensemble de l’humanité vers un effondrement mettant en cause l’existence même de l’espèce humaine. Avec la carte carbone – dont on peut étendre le principe à d’autres aménités environnementales – la politique suivie garantie le respect des limites. La nécessité de réduire fortement nos consommations d’énergie oblige à reconsidérer les politiques énergétiques sous un angle nouveau : étant donné l’état de dépendance énergétique dans lequel nous nous trouvons, peut-on encore envisager de laisser les lois du marché et l’addition des arbitrages individuels des consommateurs décider de l’allocation, de la distribution, du rythme et des quantités d’énergie que nous consommons ? La carte carbone permettrait une reprise en main collective et politique de la consommation d’énergies fossiles, reprise en main légitimée par les dégradations du système-Terre qui s’installent aujourd’hui comme des situations de longue durée. Il faut désormais envisager pour l’énergie ce que nous avons choisi à plusieurs moments de notre histoire pour faire face à des pénuries et la nécessité de garantir à tous un accès minimum à des ressources essentielles mais limitées: le rationnement.

Le lecteur : « C’est le rationnement que vous proposez ! »;
Nous : « Oui, cela est écologiquement et socialement juste »;
Le lecteur : « C’est la décroissance ! »;
Nous : « Oui, équitable et solidaire »; 
Le lecteur : « C’est la fin du monde ! »; 
Nous : « Tel que nous le connaissons, oui. »

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 11:25

« Nous voulons que la gratuité soit la condition pour repenser le contenu social, écologique, démocratique du service public dans le but d’en finir avec le capitalisme et son monde. » Ci-dessous l’appel lancé à l’initiative de l’Observatoire international pour la gratuité (OIG) le 1er octobre 2018, qui rassemble plusieurs dizaines d’acteurs du mouvement social, de chercheurs de différents champs universitaires, de dirigeants et militants politiques, syndicaux et associatifs de la gauche alternative et de l’écologie antilibérale. Dans la perspective des élections municipales, une célébration des communs et du service public à laquelle nous souscrivons totalement. Lire aussi Jouir des biens communs sans posséder.

Vers une civilisation de la gratuité

Le vieux monde s’achève et ne peut prolonger artificiellement son existence qu’en sacrifiant le climat, les écosystèmes, les communs et plus d’un milliard d’êtres humains. Ce vieux monde crève de la marchandisation systématique de tout ce qui peut l’être. Il ne s’agit pas seulement d’un changement de politiques ni même de société mais de civilisation. Un autre monde existe déjà autour des expériences de gratuité qui se développent mondialement.

Nous parlons bien sûr d’une gratuité construite, économiquement construite, mais aussi socialement, écologiquement, anthropologiquement et bien sûr politiquement construite. Le livre-manifeste « gratuité vs capitalisme » (Paul Ariès, Larousse) de l’Observatoire international de la gratuité (1) rend compte de toutes les formes de gratuité existantes et à développer dans une perspective d’égalité sociale, de préservation du climat et des écosystèmes et de démocratie réelle. Comme nous y invitait le poète Rimbaud, il y a urgence à redevenir des voyants et à prendre conscience que des milliers d’ilots de la gratuité peuvent devenir demain des archipels et après-demain de véritables continents. Nous, toutes et tous, amoureux et amoureuses de la gratuité de l’eau et de l’énergie élémentaires, des transports en commun urbain et des TER, de la restauration scolaire, des services culturels et funéraires, etc., nous clamons que l’heure est venue d’en finir avec une gratuité d’accompagnement du système, la gratuité pour les seuls naufragés, une gratuité qui ne va jamais sans condescendance ni flicage, pour passer à une véritable gratuité d’émancipation qui commence non seulement à démarchandiser, à démonétariser, mais aussi à sortir d’une conception individualiste des besoins. La gratuité est un chemin qui conduit à une société des usagers davantage maîtres de leurs usages.

Nous voulons la gratuité du bon usage face au renchérissement du mésusage. Pourquoi payer son eau le même prix pour faire son ménage et pour remplir sa piscine privée ? Ce qui vaut pour l'eau vaut aussi pour l'ensemble des communs.  

Nous voulons que la gratuité soit la condition pour repenser le contenu social, écologique, démocratique du service public dans le but d’en finir avec le capitalisme et son monde.

Au moment où les débats fleurissent à propos des prochaines élections municipales, nous vous invitons à faire de la défense et de la promotion de la sphère de la gratuité un enjeu essentiel des prochains scrutins, nous appelons toutes les personnes de bonne volonté à partager les fruits des mille et une formes de gratuité et à coopérer pour faire pousser cette belle idée.

Signer l'appel : http://appelgratuite.canalblog.com

(1)   L’Observatoire international pour la gratuité (OIG) lance une mobilisation continue avec trois premiers rendez-vous : septembre 2018, la publication du livre-manifeste « Gratuité vs capitalisme » signé par Paul Ariès au nom de l’OIG, véritable état des lieux de toutes les formes de gratuité existantes et à venir ; le 1er octobre, lancement d’un appel en faveur de la gratuité comme nouveau chemin et projet de civilisation, déjà signé par la gauche de gauche et l’écologie antilibérale ; le 5 janvier 2019, l’organisation à Lyon d’un forum national de la gratuité.

Les premiers signataires de l’appel :

Paul Ariès (Observatoire International de la gratuité, OIG, rédacteur en chef de la revue Les Zindigné.e.s), Gabriel Amard (co-président d'une association nationale de soutien à la gestion citoyenne et publique de l'Eau, orateur national de la France insoumise), Ian Brossat (chef de file du PCF aux élections européennes, maire adjoint de Paris), Danielle Simonnet (coordinatrice du PG, conseillère municipal de Paris), Clémentine Autain (députée FI, Ensemble !), Jean Ziegler (ancien rapporteur spécial auprès de l'ONU sur la question du droit à l'alimentation, vice-président du Conseil des droits de l'homme de l'ONU), Pierre Zarka (Observatoire des Mouvements sociaux, OMOS, ACU/Ensemble !), Olivier Besancenot (dirigeant national du NPA), Pierre Laurent (secrétaire national du PCF), Marjolaine Rauze (maire PCF de Morsang-sur-Orge, conseillère départementale de l’Essonne), Emilie Hache, Marc Dufumier (agronome), Jean-Marie Harribey (économiste), Eric Coquerel (coordinateur du PG, député FI), Nathalie Perrin-Gilbert  (maire du 1er arrondissement de Lyon, conseillère municipale et métropolitaine de Lyon), Jean-Michel Drevon, (Institut de recherche de la FSU), Alain Coulombel (secrétaire national adjoint EELV), Thomas Coutrot (économiste, ATTAC-France), Laurence de Cock (historienne), André Chassaigne (député PCF, président du groupe GDR à l'Assemblée nationale), Alain Bruneel (député PCF du Nord),  Christophe Aguiton (sociologue, militant syndical et politique), Agnès Sinaï (président de l’institut Momentum), Aurélie Trouvé (économiste et ingénieure, ATTAC-France), Francine Bavey (Coopérative Ecologie sociale), Myriam Martin (Ensemble !, conseillère régionale FI d’Occitanie), Viktor Dedaj (administrateur du site Le Grand Soir), Magali Giovannangeli (présidente de la communauté d'agglomération d'Aubagne de 2011  à 2014),  Pierre Khalfa (Fondation Copernic), Willy Pelletier (Fondation Copernic), Julien Bayou (conseiller régional EELV île-de-France), Maud Assila (secrétaire national du PG), Claudio Calfuquir, Laurence Pache (PG),  Sarah Legrain (secrétaire nationale du PG), Emilie Marche (conseillère régionale RCES, PG-FI), Jean-Christophe Sellin (secrétaire national du PG et membre du conseil régional d’Occitanie), Benoît Schneckenburger (Philosophe, FI), Mounia Benaili (PG), Corinne Morel-Darleux (Secrétaire national du PG et Conseillère régionale), Leila Chaibi (oratrice nationale de la FI, Co-fondatrice des collectifs jeudi noir et Génération précaire), Julien Poix (PG), Sophie Rauszer (PG), Theophile Malo (PG), Marie Laure Darrigade (PG), Hélène Le Cacheux (PG), Fabienne Grebert (élue régionale RCES), Andréa Kotarac (conseiller régional FI), Patrick Le Moal (Fondation Copernic), Noël Mamère (ancien député EELV), Patrick Farbiaz (Coopérative Ecologie sociale), Jean-Francois Pellissier (co porte-parole d’ Ensemble !), Vincent Buard  (Ensemble ! français de l’étranger), Serge Latouche (professeur émérite d’économie politique, courant de la décroissance), Germain Sarhy (village Emmaüs Lescar-Pau), Philippe Boursier (Fondation Copernic), Christine Poupin (porte-parole du NPA), Denis Vichérat (co-président de la maison d’édition Utopia) , Marc Humbert (professeur émérite d’économie politique, vice-président de l’association des amis des convivialistes),  Pierre-François Grond, Sophie Wahnich (historienne), Jean Gadrey (économiste, ATTAC), Gustave Massiah (économiste, altermondialiste), Roger Martelli (historien, directeur de la revue Regards), Fabrice Flipo (philosophe), Alain Véronèse, Jean-Louis Sagot-Duvauroux (homme de théâtre, penseur de la gratuité), Jacques Testart, Christian Vélot, Florent Bussy (philosophe et rédacteur les Zindigné.e. s/OIG), Thierry Brugvin (OIG, courant antiproductiviste), Bernard Gensane (administrateur du site Le Grand Soir), Maxime Vivas (administrateur du site Le Grand Soir), René Ollier et Catherine Marc (collectif "Rouen Métropole transports gratuits"),  Corinne Iehl (conseillère du 7° arrondissement e Lyon et conseillère métropolitaine, Ensemble !), Laurence Boffet (conseillère du 1° arrondissement de Lyon, Ensemble !), Anne Charmasson-Creus (présidente du collectif Services Publics de la Croix-Rousse, Lyon), Gilbert Dumas (responsable syndical retraités, Lyon), Armand Creus (Ensemble ! 69), Alain Touleron (Ensemble ! 69). Yvon Quiniou (philosophe), Raymond Zaharia (ATTAC, réseau Semences paysannes),  Isabelle Granjon (conseillère municipale et conseillère du 1er arrondissement de Lyon), Elliott Aubin (adjoint à la maire du 1er arrondissement de Lyon), Laurence Boffet (Conseillère du 1er arrondissement de Lyon), François Geze, Geneviève Azam (économiste, ATTAC), Christine Bergé, Jean-Luc Flavenot (assistant de conservation aux Archives Départementales du Rhône, élu CGT des personnels du département du Rhône, membre du PCF), Gilbert Rist, Didier Harpagès, Brigitte Giry (EELV), Sandrine Larizza (militante CGT, membre de la coopération intégrale du lyonnais), Tony Ferri, Laurence Lyonnais, Laurent Paillard (philosophe, rédacteur les Zindigné.e.s), Yann Fiévet (socio-économiste, rédacteur les Zindigné.e. s), Michel Husson (économiste), Lauro Silvio (adhérent à l'April pour la liberté de l'informatique, de l'information pour la coopération), Sylvie Larue (ACU/Ensemble !), Makam Rafatdjou (ACU/Ensemble !), Pierre Goldberg (ACU/Ensemble !), Catherine Bottin-Destrom (ACU/Ensemble !), Pierre Cours-Salies (ACU/Ensemble !), Luc Quinton (ACU/Ensemble !), Christiane de Dryuer (ACU/Ensemble !), Patrick Daré (ACU/Ensemble !), Michel Mourereau (Observatoire des mouvements sociaux, OMOS),  Bénédicte Goussault (OMOS), Benoit Borrits (OMOS), Daniel Vergnaud (OMOS), Josiane Zarka (OMOS), Laure Pascarel (co-présidente de la maison d’édition Utopia), David Flacher (porte parole du mouvement Utopia), Jean-Pierre Hardy (membre d’Utopia, conseiller municipal d’Auzeville (31)), Franck Pupunat (co-animateur du mouvement Utopia), Jean-Luc Pasquinet (Objecteur de croissance), Enzo Traverso, Cyril Cineux (adjoint PCF au maire de Clermont-Ferrand en charge des transports), Martin Rieussec Fournier (cofondateur LJH et Generations Cobayes), Gilles Lemaire, Jean-Pierre Hardy (Conseiller municipal), Gérard Leras (ancien vice-président de la région Rhône-Alpes, vice- président d'AGTER), Pascal Franchet (président du CADTM France), Bruno Della Sudda  (militant altermondialiste et autogestionnaire, membre d'Ensemble!-Nice), Pascal Boissel (psychiatre, Union syndicale de la psychiatrie),   Catherine Samary (économiste, membre du Conseil scientifique d'Attac), Jérémie Nestel (fondateur de Libreacces), Patrice Grevet (économiste, professeur honoraire à l'université Lille 1), Josef Zisyadis (ancien député national suisse, président de Slow food Suisse), Catherine Gonnet (OIG), Luc et Christian Terras (revue Golias), Simon Lecomte (OIG), Charlotte Belge (OIG), Michel Guibert (OIG), Maurice Levy (OIG), Camille Lecomte (OIG), Christian Sunt (objecteur de croissance, Décroissance Occitanie), Christian Causse (FI et militant CGT),  Eliane Vioennot (linguiste), Benoit Reiss (codirecteur des éditions Cheyne et poète), Pierre Lafond (PCF), Michel Lepesant (Maison commune de la décroissance), Baptiste Mylondo, Chloé Landriot (enseignante, poétesse),  Paul Zveguinzoff (psychologue clinicien, formateur et coordinateur de l’association Agir pour sa santé), Jean-Pierre Garnier (sociologue urbain), Jean-Luc Roques (maître de conférence Université de Perpignan), Christopher Pollmann (Professeur des universités agrégé de droit public), Vincent Lhuillier (maître de conférence en Economie),  Sophie Ozanne (ancienne élue municipale NPA à Louviers), Olivier Tonneau (enseignant-chercheur à l'université de Cambridge), Christian David (altermondialiste, ATTAC), Roger Winterhalter (maire honoraire de Lutterbach, ancien conseiller régional et représentant de la Maison de la citoyenneté mondiale), Alain Desjardin,  Jacques Bidet (philosophe, professeur émérite à l'université de Paris-Nanterre), Alima Boumédienne Thiery (avocate), Didier Epsztajn, Renda Belmallem (étudiante, objectrice de croissance), Willy Gianinazzi, Bernard Duterme (Centre Tricontinental), Abderrahim Afarti (bibliothécaire Paris), Emmanuelle Vibert (journaliste), Eliane Viennot (chercheuse et féministe), Benoit Reuss (éditeur et poète), Jean-Pierre Siméon, Nelly Pégeault, Loiseau Pierre., Antoine Math, chercheur,  Janie Arnéguy (conseillère Municipale Ensemble! Nîmes), Noémie Moreaux (luthier), Gilbert Guilhem (CGT), Sylvie Colin, Lysianne Cavallo, Alice Grinand (coordonnatrice des communications au Comité de Solidarité/Trois-Rivières),  Monique Kaiser, Pascal Taine, Guillaume Tanneux (FI), Anne Quecy (retraitée EN), Caroline Chateaux, Elise Lowy, Olivier Montigny, Martine Auzou (enseignante retraitée), Didier Epsztajn (animateur du blog « entre les lignes entre les mots »),  Germain Anne (docteur en médecine),  Catherine Peltier (Alternatiba et Attac 14), Dominique Bouchery (musicien, FI), Martin Rieussec-Fournier (co-fondateur #LesJoursHeureux et Générations Cobayes), Serge Seninsky, Jean-Luc Flavenot (assistant de conservation aux Archives Départementales du Rhône, Élu CGT des personnels du Département du Rhône, Membre du PCF), Stef Vincent, Juliette Bouchery (comédienne et auteure, Insoumise et membre de collectifs citoyens),  Danielle Montel, Pierre Fauconnier (retraité, projets open source et apiculture de loisir), Aurélien Murith (musicien, membre de la Fédération anarchiste), Sylvie Giosa (salariée précaire, membre de la SFEPM et du GMHL, associations pour la protection de l'environnement),  Chrysis Caporal (élue EELV à Champigny sur Marne), Françoise Boireaud (citoyenne engagée et défenseuse syndicale CGT), Chantal Zamblera  (psychologue à la retraite, membre de la France insoumise), Axel Bony (professeur d'EPS, militant Snep-FSU 91), Philippe Gastrein (agrégé en SVT, animateur de groupe d'action FI), Christophe Didion (employé de la fonction publique, adhérent d'associations comme Attac, l'April et Sortir du nucléaire), Amandine Touzeau (docteure en biologie), Alain Aumont, Pierre Goldberg, Hervé Gatignol (animateur bénévole de Lab'idouillerie, ressourcerie autogérée et atelier participatif de l'association Rien Ne Se Perd), Michèle Kiintz (ACU), Jean Brafman (FI), Guillaume Dubourg,  Brunet Marc (Attac 84), Hubert Nadin (collectif citoyen du pays de Dieulefit), Monique et Jean-Pierre Jeannin,  Claire Hilgers (Belgique),  David Lemuhot (ingénieur formation), Clémence Dethier, Sylvain Bernard, Pierre Namur, Jeanine Fradin, Bérangère Toussaint, Héléna Aerts, Michel Barthélémy, Michel G. Dehon (Belgique, Membre mpOC et du CADTM), Pauline Oppé, Jean-Pierre Quayret, Benjamin Roy, Cécile Daude (maître de Conférences de Grec, retraitée), Damien Pennetreau, Rosemarie Oster-Grellety, Robin Pringels, Danielle Montel (OMOS, ACU, technicienne pharmacologue, retraitée de Sanofi), Brigitte Bonnefille, Eric Soriano, Robin Gérard, Daniel Vergnaud (technicien, OMOS), Maxence Gallice, Bruno Thiery, Pierre Sarramagnan-Souchier, Gérard Bertre (FI), Tereza Estarque (Institut d’Étude de la Complexité),  Bruno Cadez (militant communiste), Jean-Jacques Pascal (Utopia), Jean Pires, Christian Demey, Anne Querrien, JP Denotte,  Antoine De Santis (retraité),   Damienne Derreumaux,  Lionel Darriet, Patrick flambard, Vincent Bruyère,   Brun Ludovic, Marcel Lopez, Eric Goujot, Christophe Blanckaert, Liliane Guillerm , Franck Barske (anarchiste, décroissant, délégué syndical CGT),Valérie Carlenc, Gilles Guiniot, Jocelyne Prudhon, Joaquin Valdivielso (Université de les îles Baléares, Majorque, Espagne),  Jean-Michel Cléricali, Karinne Grennier, Michel Peyrache, Eole Bonneault, Jocelyne Guillochet, Simon Olivieri (ingénieur commercial, Norvège),  Fanny Dulin,  Agnès Ricciardi, Maxime Malecki, Jean-Pierre Cattelain, Dominique Liot (ex-Robin des bois de l'énergie, monteur eRDF à la retraite ), Bertrand Dubard de Gaillarbois, Angela Bovo, Marco Candore, Cédric Azière, François Roux (FI Briançon), Chantal Behar, Odile Veillerette, Claudie Blanc Urbita, Marie Pichevin, Pascal Bonnefond (chercheur), Bernard Lombardo, Hafid El Mehdaoui, Patrice Moingeon, Jean-Pierre Gay (retraité, FI),  Jean Lafont (membre du Comité exécutif de Mouvement Ecolo), Lucile Daumas (retraitée), Isabelle Catalan,  Yves Jean, Nicole Roger (militante associative),  Jean Paul Vanhoove, François Bonnes, Etienne Adam (syndicaliste militant des droits de l'homme Caen),  Jean Rouveyrol, Alain Steinberg, Bernard Clément, Marie-Line Clément, Anne Lamouille, Xavier Sengelen, Pierre-Yves Chatagnier, Catherine Peltier  (retraitée, militante associative), Régine Pactat, Mohand Acherar (écologue et militant altermondialiste), Philippe Bayer, Gwenhaël Blorville (docteur en sociologie et rédacteur en chef de La Gazette de Gouzy), Agnès Bonnaud , Valérie Dessey, Didier Coupeau, Marie-Christine Callet, Jean-Michel Masson, Louis Moreau de Bellaing (membre du Mauss), Laurent Eyraud-Chaume (comédien), Benoît de Cornulier, Caroline Guibet Lafaye (CNRS, centre Émile-Durkheim), Richard Larmenier, Pascal Paquin (militant associatif), Bernard Clément (Ensemble ! 52), François Caussarieu (Ensemble !), Monique Demare, Vincent Buard, Claude Layalle, Daniel Lessard, Denys Piningre (cinéaste documentariste), Sylvie Faye-Pastor (Ensemble !), Pierre-Yves Pira (Ensemble !), Christiane Dedryver (ACU), Dominique Blanchard (ACU), José Tovar (ACU), Michèle et Roland Scheer (ACU), Daniel Rome (ACU).

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28 août 2018 2 28 /08 /août /2018 09:19

Dans quelle mesure les paradis fiscaux participent-ils à la destruction d’espaces naturels ? Plusieurs chercheurs du Centre sur la résilience de Stockholm, de l’Académie royale des sciences de Suède et de l’université d’Amsterdam, sous la direction de Victor Galaz, ont creusé le sujet pendant trois ans. Leurs résultats viennent d’être publiés dans la revue Nature Ecology and Evolution. D'après Le Monde et Libération, août 2018. Lire aussi Évasion fiscale : le casse permanent - Une semaine contre les paradis fiscaux.

La déforestation de l'Amazonie fait partie des secteurs étudiés par le Centre pour la résilience de Stockholm. Photo Carl de Souza. AFP

La déforestation de l'Amazonie fait partie des secteurs étudiés par le Centre pour la résilience de Stockholm. Photo Carl de Souza. AFP

Les « Panama Papers » et autres « Paradise Papers » – ces fuites de documents confidentiels qui, passés au crible par le Consortium international des journalistes d’investigation, ont, en 2016 et 2017, braqué les projecteurs sur le système tentaculaire des sociétés offshore et des paradis fiscaux – ont surtout été analysés sous l’angle économique, politique ou social. Mais leurs possibles implications environnementales sont restées dans l’ombre. C’est sur ce volet qu’une étude publiée lundi 13 août dans la revue Nature Ecology & Evolution, apporte un éclairage inédit.

Ce travail a été mené par des chercheurs de l’université de Stockholm (Suède), de l’Académie royale des sciences de Suède et de l’université d’Amsterdam (Pays-Bas), sous la direction de Victor Galaz, directeur adjoint du Stockholm Resilience Centre. Ils se sont intéressés à des activités économiques prédatrices de ressources naturelles. D’une part, la pêche industrielle qui, à l’échelle mondiale, épuise les stocks de poissons - dont ils ont ciblé le volet illégal -. D’autre part, les filières du soja et de la viande de bœuf qui, au Brésil, contribuent massivement à la déforestation de l’Amazonie.

En consultant les données les plus récentes, datant de septembre 2017, de l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol), ainsi que les registres d’organismes régionaux, ils ont établi que sur 209 navires impliqués dans des activités de pêche illicite, non déclarée et non réglementée (« illegal, unreported and unregulated fishing »), 70 % étaient enregistrés, ou l’avaient été, dans un pays répertorié comme un paradis fiscal. En tête de liste arrivent le Belize et la République du Panama, suivis de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, du Costa Rica, des Seychelles et de la Dominique.

Le nombre de bateaux concernés – 146 – peut paraître faible. Mais il reste vraisemblable que le gros de la pêche illégale échappe à la surveillance d’Interpol et que le chiffre réel se révèle donc très supérieur. En outre, les chercheurs soulignent que, parmi les près de 258 000 navires de pêche en situation régulière recensés, sur tous les océans du globe par la base de données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), un peu plus de 4 % seulement sont sous pavillon d’un paradis fiscal. C’est donc la forte propension des armateurs de bateaux aux pratiques illicites à se faire enregistrer dans un Etat à la fiscalité opaque qui, à leurs yeux, pose question.

S’agissant cette fois de la filière agro-industrielle brésilienne, les chercheurs ont épluché les données publiques de la Banque centrale du Brésil, sur la période d’octobre 2000 à août 2011, date à laquelle elles n’ont plus été accessibles. Ils se sont focalisés sur les neuf plus grandes multinationales intervenant dans le secteur du soja (cultivé dans ce pays sur 35 millions d’hectares) et de la viande bovine (dont le Brésil est le premier exportateur mondial, avec 23 millions de têtes abattues en 2017). Ces deux activités qui parfois gagnent des terrains au prix de brutalité et de destruction d’espaces forestiers, sont en partie liées, les tourteaux de soja servant à nourrir le cheptel.

Il apparaît que 68 % des capitaux étrangers investis dans ces sociétés entre 2000 et 2011, soit 18,4 milliards de dollars (16 milliards d’euros), ont été transférés par le biais d’un ou plusieurs paradis fiscaux, principalement les îles Caïman (Royaume-Uni), les Bahamas et les Antilles néerlandaises. L’article ne cite pas les entreprises concernées, les auteurs voulant pointer l’absence de transparence des réseaux de financement plutôt que montrer du doigt tel ou tel groupe agroalimentaire.

Quelles conclusions tirer de cette étude ? « Il est impossible d’établir une relation de causalité directe entre paradis fiscaux et dégradation environnementale, conduisant dans un cas à plus de surpêche, dans l’autre à davantage de déforestation, commente Jean-Baptiste Jouffray, doctorant au Stockholm Resilience Centre et cosignataire de la publication. Nous mettons simplement en évidence, pour la première fois dans un article scientifique, un lien entre des pays où les pratiques fiscales sont frappées du sceau du secret et des activités économiques préjudiciables aux écosystèmes. »

Ce travail, ajoute-t-il, est « un appel à une prise de conscience politique de la nécessité d’ajouter la dimension environnementale aux débats sur les paradis fiscaux ». Les capitaux transitant par ces pays favorisent-ils le prélèvement de ressources naturelles ? Aident-ils à contourner les législations environnementales ? Les pertes de recettes publiques dues à l’évasion fiscale amputent-elles la capacité des Etats à agir pour protéger la nature ? Ces mêmes pertes ne constituent-elles pas des subventions indirectes à des activités nocives pour l’environnement ?

Autant de questions qui, pour les auteurs de l’étude, doivent être traitées « si l’on veut atteindre les objectifs de développement durables des Nations unies ». Paradis fiscal, enfer écologique ?

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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 09:07

Dans leur dernier rapport, les Amis de la Terre dénoncent les engagements de la Société générale dans l’exportation des gaz de schiste des États-Unis vers l’Europe. D’après Eric Serres le 7 mars 2018 pour l’Humanité.

Première livraison de Gaz de schiste en Norvège, il y a un an, d’autres vont suivre dans les ports français . Llja C. Hendel/Laif-REA

Première livraison de Gaz de schiste en Norvège, il y a un an, d’autres vont suivre dans les ports français . Llja C. Hendel/Laif-REA

La semaine risque d’être chargée pour la Société générale. Les agences de la banque française sont submergées depuis quelques jours de demandes de rendez-vous pour ouvertures de comptes ou autres. Un flux jamais connu, qui a une histoire. Une sale histoire « qui a rapport avec le rôle clé joué par la banque dans l’exportation du gaz de schiste américain vers l’Union européenne », explique Lorette Philippot, chargée de campagne finance privée des Amis de la Terre, avant d’ajouter : « C’est une nouvelle forme d’action que nous avons mise au point. Tous les rendez-vous que nous avons pris sont évidemment fictifs. Les agents de la banque se retrouveront face à des fauteuils vides à l’heure dite. » Après le vol des chaises de la BNP à la suite de son rôle de conseiller financier dans le projet texan de Rio Grande LNG et finalement son retrait, c’est aujourd’hui « la politique de la chaise vide » que les Amis de la Terre ont mise en place.

Faisant fi du climat et des enjeux liés et des impératifs climatiques et injonctions scientifiques, la banque française persiste en effet à donner conseil et aussi à financer à coups de milliards de dollars les énergies fossiles les plus polluantes dans le monde. « Elle a, par exemple, accordé plus de 2,4 milliards de dollars aux entreprises développant ce type de projets en Amérique du Nord entre 2014 et 2016 », explique-t-on du côté des Amis de la Terre.

BNP Paribas se retire, la Société générale persiste

Un chiffre qui fait d’elle, ni plus ni moins, la 7e banque internationale et la 1re française la plus impliquée dans les énergies fossiles : « Loin devant BNP Paribas, Crédit agricole ou Natixis », continue la chargée de campagne finance. Alors que BNP a annoncé, fin 2017, son retrait de tout le secteur du gaz de schiste (exploration, production, transport et exportation sous forme liquéfiée), sa concurrente persiste et signe.« Pis, elle s’en vante ! s’insurge Lorette Philippot. Son argument est de dire que le gaz naturel liquéfié, lorsqu’il brûle, émet moitié moins de CO2 que le charbon. Mais elle omet de préciser que le gaz produit aux États-Unis est pour grande partie dû à l’extraction de gaz de schiste, dont on connaît les conséquences sur l’environnement. »

De fait, pour ce nouveau terminal de Rio Grande LNG, qui fera le double de taille du projet suivi par la BNP, la Société générale dispense ses conseils afin d’obtenir des aides financières à hauteur de 20 milliards de dollars. Et comme si cela ne suffisait pas, elle est aussi impliquée auprès de NextDecade, entreprise américaine chargée de la construction du double gazoduc Rio Bravo Pipeline. Entreprise américaine, d’ailleurs pas peu fière de cet appui français, qui explique sans se démonter que la banque a été « impliquée dans l’intégralité des projets de terminaux GNL autorisés aux États-Unis et a participé dans le monde à 45 opérations dans le secteur du gaz liquéfié ». C’est dire la notoriété de l’institution financière « made in France » ! Mais aussi de quoi agacer l’ONG environnementale et surtout faire monter au créneau les populations locales et plus particulièrement amérindiennes qui, dans ce sud du Texas à la frontière du Mexique, voient dans ces projets la destruction d’une terre vierge et surtout d’une économie locale essentiellement fondée sur la pêche et le tourisme. « La banque a beau expliquer qu’il y a dialogue avec les populations, en fait, il s’agit juste d’information, sans que les comités opposés au projet ne puissent intervenir », conclut la chargée de campagne finance.

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 09:07

Le gouvernement envisage 10 milliards d'euros de privatisations. Même s'il s'agit de financer l'innovation, le projet a de quoi inquiéter. Car il n'y a plus grand-chose à céder, hormis des entreprises stratégiques ou des services publics. Le profit s'imposera-t-il à l’intérêt général ? Par Laurent Mauduit le 7 juillet 2017 pour Mediapart.

Même si le gouvernement n’a encore donné que très peu de détails sur les privatisations qu’il envisage pour la durée du quinquennat, deux raisons majeures font craindre qu’elles ne soient les plus controversées que la France ait jamais connues. D’abord, la France a déjà abandonné aux appétits privés les sociétés industrielles, financières et commerciales qu’elle contrôlait et ne détient plus dans certains de ces groupes que des participations minoritaires. L’essentiel des futures cessions d’actifs pourrait donc porter sur des biens d’un autre type : des « biens communs », comme disent les économistes, c’est-à-dire des entreprises qui assument des missions de service public. Ensuite, si le passé parle pour l’avenir, les privatisations conduites par Emmanuel Macron du temps où il était ministre de l’économie constituent  un très mauvais présage pour les futures opérations.

Bruno Le Maire a présenté mercredi, lors d'un discours à l'occasion de « la soirée de l'attractivité » au Cercle de l'Union interalliée, à Paris, la philosophie générale du projet, consistant à engager « d’importantes cessions d’actifs » pour apporter quelque 10 milliards d’euros à un fonds qui devrait servir à financer l’innovation. « Nous mettrons dix milliards d'euros à disposition pour financer l'innovation et, en particulier, l'innovation de rupture », a expliqué le ministre, avant d’ajouter : « Ces dix milliards d'euros seront financés par la cession d'actifs de l’État dans un certain nombre d'entreprises, qui seront placés et rapporteront les moyens financiers nécessaires pour financer l'innovation. […] J'assume d'annoncer d'ici quelques mois des cessions d'actifs importantes dans les entreprises publiques, qui permettront au contribuable de savoir que son argent est placé pour le futur et non pas pour le passé. »

Lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait déjà annoncé son intention de créer un fonds pour l’innovation disposant d’une force de frappe de 10 milliards d’euros, constitué grâce aux dividendes empochés par l’État en provenance des groupes dans lesquels il détient des participations et aux ressources générées par des cessions d’actifs publics. Bruno Le Maire n’a donc fait que réciter le nouveau catéchisme élyséen.

Il y a beaucoup à craindre des privatisations à venir. La première raison coule de source : la France a tellement privatisé dans le passé que les entreprises qui sont encore dans le giron public sont d’un type particulier. Il y a d’abord eu la première grande vague de privatisations des années 1986-1988, avec une cascade de ventes au privé de ce que l’on appelait à l’époque des « bijoux de famille », essentiellement des géants de l’industrie ou de la finance : Saint-Gobain, CGE, Matra ou encore Suez pour l’industrie ; Paribas, CCF ou Société générale pour le secteur de la banque ; et encore TF1 ou Havas pour la communication…

Après un moment célèbre de pause, celui du « ni-ni » (ni nationalisation ni privatisation) édicté par François Mitterrand pour son second septennat, la fureur des privatisations a repris dès 1993, avec des cessions partielles ou totales : celles de BNP, d’Elf, de Rhône-Poulenc ou encore de la Seita, organisées par le gouvernement d’Alain Juppé ; puis celles des AGF, de Pechiney, d’Usinor-Sacilor, de Renault ou encore de Bull, également mises en œuvre par le gouvernement d’Alain Juppé…

On a cru, lors de l’alternance de 1997, que le nouveau premier ministre, Lionel Jospin, respecterait son engagement d’interrompre les privatisations. Or il a davantage privatisé que ses prédécesseurs (lire Lionel raconte (assez mal) Jospin), ouvrant leur capital ou cédant totalement au privé des entreprises comme Air France, Eramet, le GAN, etc. Lionel Jospin a aussi commencé à privatiser des biens d’un autre type : en engageant l’ouverture du capital hautement symbolique de France Telecom, qui à l’époque était considéré comme une entreprise assumant des missions de service public ; puis en lançant la scandaleuse privatisation des autoroutes, bradant ainsi les missions d’aménagement du territoire induites par ces sociétés ; et bradant aussi l’intérêt public, puisque ces sociétés ont été abandonnées au privé au moment précis où elles devenaient hautement rentables.

Le jackpot des autoroutes, dont les finances publiques auraient eu tant besoin, a été cédé au privé au pire des moments. Et cela a continué, avec des cessions des compagnies d’autoroutes, des décombres de la société Thomson ou encore de ceux du Crédit lyonnais, sous le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Ayant de moins en moins d’entreprises à privatiser, Dominique de Villepin, lui, a poursuivi la cession des autoroutes et a engagé la privatisation d’autres services publics : ceux du gaz et de l’électricité, avec l’ouverture du capital de GdF puis d’EDF.

Après la tempête financière qui durant tout le quinquennat de Nicolas Sarkozy a rendu beaucoup trop hasardeuse toute opération de privatisation, le ballet des privatisations a repris avec François Hollande, aidé en cela par son ministre de l’économie, un certain… Emmanuel Macron. Avec notamment la mise en vente de plusieurs aéroports, dont ceux de Toulouse, Lyon et Nice.

Plus les années ont passé, plus les privatisations ont soulevé de polémiques. Privatiser, par exemple, une société gestionnaire d’un aéroport n’a pas grand-chose à voir avec la cession au privé d’une banale société marchande. Dans le premier cas, la société publique a des missions d’intérêt public. Prenons, à titre d’illustration, la société gestionnaire de l’aéroport de Toulouse-Blagnac : quand le ministre de l’économie a décidé de sa privatisation, il a pris un risque considérable, pour au moins deux raisons. Parce que, dans l’économie régionale, l’aéroport a une fonction évidemment décisive, et il apparaît très contestable que l’État abandonne cette fonction de régulation à des appétits privés. Ensuite, l’aéroport de Toulouse est l’un des plus enclavés en Europe à l’intérieur d’une grande métropole. La société qui le gère doit donc être soucieuse des exigences environnementales (nuisances sonores, etc.). En somme, abandonner au privé de semblables sociétés, c’est évidemment compromettre la sauvegarde de l’intérêt public.

Privatisation de 10 % des biens publics

Que reste-t-il à privatiser pour alimenter le fonds de 10 milliards d’euros évoqué par Bruno Le Maire ? La réponse coule de source : il ne reste que des actifs publics hautement sensibles, dont la privatisation pourrait s’avérer dangereuse. Pour le mesurer, ouvrons le dernier rapport d’activité disponible de l’Agence des participations de l’État (APE), qui porte sur les exercices 2015-2016. Le document s’apparente à une publicité à la gloire du gouvernement socialiste et il est donc à manier avec d’extrêmes précautions. Il n’en présente pas moins les chiffres clés. 

Dans ce document, on relève que les participations de l’État s’élevaient, au 30 avril 2016, à 90 milliards d’euros. Cette indication permet donc de bien mesurer l’importance du plan de privatisation envisagé par Emmanuel Macron puisqu’il porte sur plus de 10 % des ultimes actifs détenus par l’État. Il faut ensuite entrer dans le détail de ces participations (résumées par l’infographie ci-dessous) pour comprendre qu’elles ont toutes, à un titre ou à un autre, un caractère stratégique et que leur abandon au privé poserait des problèmes.

les prinicipales participations de l'État

les prinicipales participations de l'État

L’État pourrait-il ainsi envisager de céder les parts qu’il détient dans Renault (19,7 % du capital, valorisé actuellement autour de 4,6 milliards d’euros) ou dans PSA (13,7 % pour 2,2 milliards d’euros) ? On pourrait alors observer que la puissance publique a la détestable habitude de socialiser les pertes, en volant au secours de l’industrie automobile quand elle va mal, et de privatiser les profits dès qu’elle va mieux. En tout état de cause, de telles cessions ne permettraient pas d'atteindre les 10 milliards d’euros annoncés.

Une cession des parts dans Orange (13,5 % du capital pour environ 5 milliards d'euros) ou dans Air France-KLM (17,6 %, pour un peu plus de 600 millions d’euros) poserait tout autant des problèmes stratégiques. En pleine révolution numérique, est-il par exemple concevable que la puissance publique abandonne au privé tous les leviers de la téléphonie et de l’accès à Internet, facilitant la constitution d’immenses fortunes, réalisées en un temps record, le plus souvent sur le démembrement des anciens monopoles publics, comme en ont profité des milliardaires tels que Patrick Drahi ou Xavier Niel ?

Autre question de même nature : alors qu’à la fin de la guerre, la puissance publique avait à juste titre considéré que le pluralisme de la presse reposait aussi sur l’universalité de sa diffusion, et avait donc adopté une loi célèbre pour la garantir, connue sous le nom de « loi Bichet », est-il concevable que les kiosques du futur, qui seront numériques, ne soient pas assujettis au même principe d’universalité et ne mettent en vente sur leurs portails, à l’image du portail SFR Presse de Patrick Drahi, que les journaux qui leur plaisent ? À l’aune de cette seule question, dont l’État se désintéresse totalement, on mesure la gravité qu’aurait un retrait total de celui-ci dans un domaine aussi stratégique que la téléphonie et l’accès à Internet.

La Poste ou la SNCF en débat

Alors, l’État devrait-il privatiser les derniers aéroports qu’il contrôle, à commencer par Aéroports de Paris (50 % du capital pour environ 7 milliards d’euros) ? L’État abandonnerait à des logiques privées de court terme un bien commun autour duquel peuvent se construire la politique économique de la région capitale, la politique environnementale ; et bien d’autres politiques encore…

À cette liste de privatisations à hauts risques, il faut faire des ajouts. Car on ne peut pas exclure que des projets encore plus explosifs ne voient le jour. Comme une privatisation de La Poste, qui est actuellement contrôlée à 100 % par des actionnaires publics (73,6 % pour l’État, le solde pour la Caisse des dépôts), à la manière de ce qui est advenu depuis longtemps en Allemagne ? Emmanuel Macron ne l’a jamais évoqué, mais il serait aventureux d’exclure cette hypothèse. Tout comme il serait imprudent d’exclure une privatisation totale ou partielle de la SNCF.

En somme, ce qui se joue, avec ces ultimes privatisations, c’est la fin des derniers services publics. Voilà belle lurette que des groupes comme La Poste ou la SNCF se sont progressivement émancipés des logiques de service public auxquelles ils étaient autrefois astreints, reposant sur les principes d’égalité d’accès des citoyens et de péréquation des tarifs. Dans le cadre d’une privatisation rampante, les logiques de rentabilité et de profit ont progressivement pris le pas, avant même qu’une véritable privatisation n’intervienne. Avec la fermeture des lignes secondaires non rentables ou la multiplicité obscure des tarifs, comment dire par exemple que la SNCF répond toujours à l’obligation de péréquation des tarifs, qui était autrefois à la base du service public des transports ?

Il reste une dernière estocade à donner : prolonger la privatisation rampante par une privatisation en bonne et due forme. Emmanuel Macron n’est-il pas homme à briser cet ultime tabou ?

Il subsiste une seconde raison, qui a trait au passé, de légitimement redouter que les prochaines privatisations ne soient pas au-dessus de tout soupçon. Du temps où il était ministre de l’économie, Emmanuel Macron a en effet déjà conduit des cessions au privé. Et il s’en est acquitté d’une étrange façon : à la manière d’un banquier d’affaires – ce qu’il fut en d’autres temps-, sans le moindre souci de l’intérêt général.

La privatisation de l’aéroport de Toulouse a suscité à l’époque de vives polémiques. Lors de la cession de la société en 2014, Emmanuel Macron avait en effet promis que l’État, avec les acteurs publics (État, Région, département et chambre de commerce), resterait majoritaire, et que les nouveaux investisseurs ne contrôleraient que 49 % de la société et seraient donc minoritaires. Or, comme Mediapart l’a révélé à l’époque, cela s’est avéré être une manipulation.

D’abord, on a vite découvert que l’acquéreur était un groupe chinois peu recommandable, implanté dans des paradis fiscaux, avec à sa tête un oligarque chinois corrompu. Surtout, comme nous l’avions révélé, Emmanuel Macron a menti : l’État a en effet à l'époque passé secrètement un pacte d’actionnaires avec cet oligarque chinois, lui conférant les pleins pouvoirs (on peut retrouver toutes nos enquêtes dans l'encadré Lire aussi).

À titre d'illustration, voici ci-dessous un extrait de ce pacte d'actionnaires passé secrètement par l’État français avec l'oligarque chinois, au mépris de l'intérêt public :

Pacte d'actionnaires pour la privatisation de l’aéroport de Toulouse

Pacte d'actionnaires pour la privatisation de l’aéroport de Toulouse

L'affaire n’en est pas restée là. Car quelque temps plus tard, à l’automne 2016, les actionnaires chinois de l’aéroport de Toulouse-Blagnac se sont servi un dividende exceptionnel de 15 millions d’euros, en puisant dans les réserves accumulées les années antérieures. En bref, ils sont allés puiser dans les réserves de la société, mises de côté pour faire face aux investissements futurs, pour se rembourser d’une partie de leur mise de départ. Le vote sur ce dividende a été acquis avec l’appui des représentants de l’APE. En somme, les investisseurs chinois et l’État, en totale complicité, se sont comportés comme un fonds rapace, siphonnant la trésorerie de l’entreprise, au risque de mettre à mal son développement.

Le 28 juin, les investisseurs chinois ont franchi un pas de plus – toujours avec l’appui de l’État français – en faisant voter un nouveau versement de dividendes de 7,85 millions d’euros (lire ici l’article d’Actu Toulouse), comprenant une nouvelle ponction sur les réserves de l'entreprise à hauteur de 1,5 million d'euros. Au fil des mois, les collectivités locales (le département et la Région), qui ont essayé de défendre les intérêts publics, ont ainsi eu la consternante surprise de constater que l'APE avait partie liée avec les oligarques chinois contre eux, pour les aider à siphonner le plus possible d'argent. Pour mémoire, le commissaire aux participations de l'État, Martin Vial, qui pilote de la sorte l'APE et brade ainsi l'intérêt général, est l'époux de Florence Parly, l'ex-socialiste promue par Emmanuel Macron ministre des armées.

En somme, la privatisation de l'aéroport de Toulouse est sans doute la pire, économiquement la plus dangereuse et éthiquement la plus contestable, que la France ait connue. Malheureusement, sous le prétexte de financer la nouvelle économie, elle marque sans doute aussi par anticipation l’ouverture d’une ère nouvelle : les sulfureuses privatisations du quinquennat Macron…

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