Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Bienvenu.e

  • : Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • : Culture, information, réflexion de l'écologie politique par les militants et les élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas, du Pré Saint-Gervais, d'Est Ensemble
  • Contact

Recherche

Nous contacter ...

S'abonner à la Lettre d'information ...

C'est dans la colonne de droite tout en bas...

15 septembre 2018 6 15 /09 /septembre /2018 09:56

" Les arbres sont des créatures sociales et sociables ". L'écrivain américain Richard Powers fait des rois des végétaux les vrais héros de " L'Arbre-monde ", son nouveau roman. Ces arbres si importants dans l'imaginaire littéraire et, matière première du papier, dans l'économie de l'édition. Et pour cause : l'arbre porte en lui l'écriture dans le liber, pellicule végétale située entre le bois et l'écorce, et étymologie latine du mot " livre ". Propos recueillis par Florence Noiville pour Le Monde.

« L’Arbre-monde » de Richard Powers

Découvert en 1985 avec Trois fermiers s'en vont au bal (Cherche-Midi, 2004), Richard Powers est l'un des écrivains les  plus puissants de la scène littéraire américaine. Après des études de physique, il se lance en littérature, explorant les relations entre sciences (physique, génétique), technologies et art (la musique en particulier). Il reçoit en  2006 le National Book Award pour La  Chambre aux échos (Cherche-Midi, 2008). Dans son douzième roman, L'Arbre-monde, ses héros mesurent près de 100 mètres de hauteur et sont vieux de plusieurs siècles : ce sont les arbres autour desquels s'enroulent les destins de neuf personnes convergeant vers la Californie, où un séquoia géant est menacé de destruction. Un éco-roman dont l'auteur explique qu'il a profondément changé sa propre manière d'être au monde et ses liens avec les autres vivants, les " non-humains ".

Pour l'écriture de ce roman, vous vous êtes installé dans les Appalaches. E vous n'en êtes pas revenu. Vous vivez avec et parmi les arbres. Qu'est-ce qui vous frappe ?

J'ai été stupéfait de découvrir, pendant les six ans passés à faire des recherches pour ce roman, que 95  % à 98  % des forêts américaines avaient été abattues. Toutes les forêts de feuillus originelles ont disparu. J'avais lu qu'un des rares endroits où l'on peut encore trouver des vestiges de la forêt primaire est l’arrière-pays reculé des Great Smoky Mountains. Il y a trois ans – j'étais encore immergé dans l'écriture –, je suis allé les voir, dans le Tennessee. Je pensais savoir à quoi m'attendre. J'avais tort ! Au moment où j'ai pénétré dans la forêt primaire, j'ai compris à quoi ressemblaient les forêts de ce pays lorsque les Européens sont arrivés. A quoi elles ressemblaient il y a des milliers d'années, depuis la fin de l'ère glaciaire. Dans une forêt primaire, les sons, les odeurs, les sensations sont différentes. La biodiversité est d'une richesse qui saute aux yeux, même pour un néophyte en langage des arbres.

" L'Arbre-monde ", votre roman, suggère que ces derniers ont beaucoup à nous dire…

Tous, de l'aralie épineuse – la " canne du diable ", bizarrement tordue, aux énormes feuilles composées – à l'imposant tulipier – qui peut atteindre sept ou huit mètres de circonférence – ont beaucoup à nous apprendre. Exemple ? Un arbre isolé attaqué par des insectes est capable de diffuser des insecticides pour se défendre. L'arbre émet des signaux chimiques aéroportés pour prévenir ses congénères, qui peuvent ainsi se protéger. Ou pourrait dire que les arbres s'associent en un vaste système immunitaire partagé. Plus incroyable : ils peuvent être reliés par des filaments de champignon qui s'insinuent dans les cellules des racines et tissent une toile souterraine sur des kilomètres carrés. Ces réseaux fongiques s'apparentent à une immense économie solidaire qui unit même des espèces différentes. Les arbres partagent leur nourriture et leurs remèdes. Un sapin de Douglas géant peut renflouer un bouleau malade ou rabougri ! Les arbres sont des créatures bien plus sociales et sociables que nous ne l'imaginons. Il n'y a pas d'individu isolé dans une forêt.

Le fait que les arbres aient un " plan de développement ", comme vous dites dans la si belle histoire du châtaignier de l'Iowa, sur une échelle de temps considérable, ne rend-il pas les destins de vos personnages humains quasi dérisoires en comparaison ?

La vie humaine n'est en aucun cas dérisoire. Mais nous ne sommes pas l'unique centre de la création. S'il y a une dimension politique dans mon roman, c'est celle-là : il y a du sens en dehors de nous, humains. Et nous devons changer notre façon de l'appréhender. La fiction, qui fait directement appel aux affects, à l'identification et au besoin de récit, est une arme unique pour influer sur les cœurs et les esprits, comme les statistiques et l'argumentation peuvent rarement le faire.

L'idée que les arbres peuvent prendre soin les uns des autres est présente dans les mythes comme celui de Philémon et Baucis. Redécouvrons nous aujourd'hui ce que les Anciens savaient depuis longtemps ?

Quand j'ai dit à mon entourage que j'écrivais un roman où les arbres sont des personnages parmi d'autres, j'ai senti du scepticisme. Mais plus je mesurais les relations de dépendance entre arbres et humains, plus je me demandais pourquoi il existait si peu de livres de ce type. Puis j'ai pris conscience du fait qu'une grande part de la littérature place le non-humain au cœur de l'imaginaire (lire ci-contre). Depuis les mythes grecs et les  fables d'Ovide jusqu'à l'animisme dans la  tradition européenne du conte populaire, ou aux panthéismes des littératures indigènes, les arbres sont partout, représentés comme des créatures actives, avec des besoins et des desseins. Ce n'est qu'avec l'essor d'un humanisme individualiste et utilitariste en Occident que notre littérature a sombré dans l'obsession exclusive d'une psychologie intime qui n'assigne de sens qu'à l'individu, comme si les humains offraient la seule histoire possible. Peut-être nous sommes-nous persuadés d'avoir pris définitivement l'ascendant sur la nature. Que ce qui se joue entre humains et non-humains est désormais scellé en notre faveur. Pourtant, la nature revient nous hanter et la grande épopée de notre tentative de survie sur Terre se rejoue sur un mode urgent et tragique.

Après les incendies qui ont ravagé la Californie cet été, le président Donald Trump a déclaré qu'il faudrait abattre les arbres car, s'il y avait moins d'arbres, il y aurait moins d'incendies…

Cette déclaration grotesque mais dévastatrice me met en rage. En l'espace de vingt mois, cette administration a entrepris de démanteler l'essentiel d'une législation environnementale cruciale, conquise de haute lutte. Plus rien n'est en sécurité aux États-Unis, pas même nos parcs nationaux, dont certains sont déjà offerts en pâture à l'exploitation mercantile. Cette remarque ahurissante de Trump s'inscrit dans une vision paternaliste qui place les hommes au-dessus des femmes, les Blancs au-dessus des autres races, les Américains au-dessus des autres nations, et confère aux humains un pouvoir absolu sur tous les êtres vivants.

La domination de l'homme sur le non-humain n'est pas la solution. Comme le dit dans le roman ma petite bande d'activistes : le contrôle tue, l'union guérit. Si nous voulons continuer à vivre sur cette planète, nous devons œuvrer à rétablir les innombrables connexions qui nous lient au monde non humain. Encore une fois, pendant des millénaires, la littérature a fait de ces connexions une matière à récits. Les romanciers sérieux d'aujourd'hui doivent se remémorer ces récits et ces mythes, et entreprendre d'en inventer de nouveaux. Nous ne sommes pas seuls au monde. Il est grand temps de faire connaissance avec nos voisins et de revenir sur terre.

Partager cet article
Repost0
13 septembre 2018 4 13 /09 /septembre /2018 21:04

Quelques photos et mots de Lucie Ferrandon et Josiane Roger.                Lire aussi Hulot démissionne, pas nous ! Journée mondiale d'actions locales pour le climat le 8 septembre 2018.

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris
Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

C ‘était une marche essentiellement citoyenne qui a eu lieu samedi au départ de l’hôtel de ville, une foule variée colorée et tous âges et styles (50 000 personnes selon les organisateurs). L’ambiance était  plutôt  bon enfant voire festive, mais avec une réelle implication des participants, le désir profond de changer les choses. 

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris
Yann Arthus-Bertrand

Yann Arthus-Bertrand

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

La présence de partis politiques était relativement discrète : La FI (très présente) EELV (avec une bonne troupe de militants), le PC, REV (Rassemblement des écologistes pour le vivant) et les associations nombreuses : Bloom, association vouée à la protection de la mer était représentée par une énorme pieuvre rose, Attac qui distribuait des faux billets de banque « les financement des énergies fossiles ? pas avec notre argent ! », Alternatiba …

Les citoyens et les militants ont exprimé ainsi leur crainte de voir le climat et les conditions des hommes définitivement dégradées, reste à convaincre le pouvoir politique et surtout financier d’agir !

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris
Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris
Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris
Partager cet article
Repost0
11 septembre 2018 2 11 /09 /septembre /2018 12:37

Face à l’urgence, mise en lumière cet été par une succession de catastrophes écologiques, 700 scientifiques français exhortent les gouvernants français à passer de l’incantation aux actes pour enfin se diriger vers une société sans carbone. D’autant que les solutions sont disponibles. Tribune collective parue le 7 septembre 2018 dans Libération. Lire aussi « Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité » : l’appel de 200 personnalités pour sauver la planète et La démission de Nicolas Hulot est une invitation à changer de cap - 10 associations écologistes lancent un appel à Emmanuel Macron.

Des panneaux solaires à Gardanne (Bouches-du-Rhône), en juin. JEAN-PAUL PELISSIER / REUTERS

Des panneaux solaires à Gardanne (Bouches-du-Rhône), en juin. JEAN-PAUL PELISSIER / REUTERS

Nous sommes d’ores et déjà pleinement entrés dans le « futur climatique ». Hausse des températures moyennes et récurrence des chaleurs extrêmes, y compris dans le nord de notre hémisphère tout cet été, fonte des glaciers et de la banquise, sécheresses, modification de l’aire de distribution de certains animaux et espèces végétales, destruction d’écosystèmes rares et précieux, hausse du niveau de la mer, désoxygénation et acidification des océans, etc. : les manifestations concrètes du changement climatique ne cessent de s’accumuler. Quant au futur, les projections d’impact sur les milieux, les espèces et les humains sont systématiquement revues à la hausse au fur et à mesure des nouvelles connaissances.

Et pourtant l’essentiel de la lutte pour contenir le réchauffement tarde à être mis en place. L’accord de Paris de décembre 2015 appelle à mener de front la réduction rapide et drastique de nos émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation aux impacts déjà bien réels du réchauffement. Le but : limiter la hausse des températures mondiales en dessous de 2°C d’ici à 2100 par rapport aux niveaux préindustriels.

Cela suppose d’engager une révolution de nos modes de développement, de notre rapport collectif à l’énergie et aux ressources naturelles, à la consommation, à la mobilité, au logement, aux loisirs, etc. Un projet d’une telle ampleur ne se réalisera pas en se contentant de signer un accord international. Les discours politiques ne manquent pas, du « make our planet great again » français en réponse à l’annonce du retrait américain de l’accord de Paris, à l’appel des ministres de l’environnement de l’UE, en juin, à relever le niveau d’ambition climatique de l’Europe en 2030.

Mais les discours sont insuffisants, comme le montrent les récents chiffres d’émissions de gaz à effet de serre provenant de la combustion des énergies fossiles, qui indiquent des tendances inquiétantes (+ 1,8 % en Europe et + 3,2 % en France en 2017 par rapport à 2016). Il est tout aussi crucial qu’urgent de sortir du champ de l’incantatoire et de traduire concrètement ces discours en choix politiques forts et clairs au service d’une transformation sociétale profonde.

Cette transformation, si elle est ambitieuse et représente un chemin bien différent de celui que nous suivons, n’est pas une utopie. Elle repose pour beaucoup sur des solutions déjà disponibles : diminution de la consommation d’énergie, recours à des énergies décarbonées, meilleure isolation des bâtiments, mobilité repensée évitant les moteurs thermiques, ferroutage, agriculture écologique, production ­locale, verdissement des villes, économie collaborative et circulaire, révolution numérique, etc., autant de changements qui, s’ils sont bien conçus et combinés entre eux, nous aideraient à atteindre les objectifs climatiques tout en permettant de réduire notre empreinte sur la planète, notamment en diminuant la pollution et notre impact sur la biodiversité.

Si la transition est possible, elle ne va pourtant pas de soi. Encore faut-il se saisir des solutions, puisque notre réussite collective dépendra de l’échelle et surtout de la vitesse à laquelle elles seront déployées. C’est pourquoi se préoccuper du changement climatique doit réellement devenir un objectif politique de premier ordre. Pour être cohérente, cette transition doit être transcrite dans l’ensemble des politiques sectorielles et dans tous les projets d’aménagement et de développement, en sélectionnant les solutions permettant conjointement l’efficacité climatique et la préservation de la biodiversité. Il faut également anticiper et accompagner les reconversions à l’échelle des branches économiques et des territoires. Nous en appelons donc aux décideurs politiques. Nous sommes conscients du rôle qu’ont à jouer d’autres acteurs, notamment les entreprises et la société civile, mais il appartient aux gouvernements et aux Parlements de mettre en place les conditions – législatives, réglementaires, institutionnelles, budgétaires et fiscales – d’une transition vers une société sans carbone. Ils doivent rapidement et fortement réviser leur feuille de route climatique et la rendre à la fois plus transformationnelle et plus opérationnelle. Ils doivent accepter de prendre des mesures pour agir à long terme.

Au niveau international, les opportunités de susciter une telle dynamique seront nombreuses dans les mois à venir : Global Climate Action Summit ce mois-ci en Californie, nouveau rapport du GIEC en octobre, COP 24 en Pologne en décembre, sommet climat du secrétaire général de l’ONU à New York dans un an. La neutralité carbone, qui traduit l’ambition «zéro émission nette de gaz à effet de serre», est l’objectif que les pays signataires de l’accord de Paris se sont engagés à atteindre collectivement au cours de la deuxième moitié du XXIe siècle.

Saisie par une ONG, la justice néerlandaise a condamné l’Etat des Pays-Bas à réduire de 25 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020. Ce type de recours juridique doit être pris au sérieux : un accord international n’est pas la fin mais le commencement d’un processus politique qui doit être mis en œuvre avec rigueur. Seuls des changements immédiats et des engagements de court terme, dans le cadre d’objectifs clairs et ambitieux à horizon 2030, peuvent nous permettre de relever le défi climatique. Celui-ci nous enseigne que le long terme dépend de décisions de court terme, lesquelles permettront aux générations futures de ne pas devoir se résigner au pire.

Partager cet article
Repost0
7 septembre 2018 5 07 /09 /septembre /2018 11:15

L’appétit de ces animaux augmente en fonction de la température. Une étude dans « Science » s’inquiète de leur impact sur le riz, le maïs et le blé. D'après Clémentine Thiberge pour Le Monde le 31 août 2018. Lire aussi La hausse de CO2 dans l'atmosphère appauvrit la qualité nutritionnelle des aliments.

Les insectes pourraient causer une chute de 10 % à 25 % des récoltes pour chaque degré supplémentaire. © Martina, Fotolia

Les insectes pourraient causer une chute de 10 % à 25 % des récoltes pour chaque degré supplémentaire. © Martina, Fotolia

Les scientifiques ne cessent d’alerter : le climat a un impact sur les aliments que nous cultivons. Une étude publiée dans la revue Science le 30 août révèle que le changement climatique devrait diminuer le rendement des récoltes de céréales. Une équipe dirigée par des scientifiques des universités de Washington, du Colorado et du Vermont y rapporte que l’activité des insectes ravageurs de cultures va croître avec la hausse des températures. L’étude se base sur trente-huit espèces, dont le puceron, le perce-tige et la tordeuse du riz.

« Les pertes de récoltes pour trois céréales de base – riz, maïs et blé – vont augmenter considérablement à mesure que le climat va se réchauffer, explique Scott Merrill, chercheur à l’université du Vermont et coauteur de l’étude. La chaleur augmentant le taux métabolique et la croissance des populations d’insectes nuisibles, les cultures vont subir une pression accrue de ces ravageurs. »

Les régions tropicales moins touchées

Pour arriver à ces conclusions, l’équipe a analysé des données collectées depuis les années 1980 à partir d’expériences en laboratoire sur les taux de métabolisme et de reproduction des insectes. Contrairement aux mammifères, les insectes sont ectothermes, ce qui signifie que leur température corporelle varie en fonction de celle de leur environnement. Ainsi, la température de l’air affecte leur consommation d’oxygène, leurs besoins caloriques et donc leur taux métabolique. « Plus la température est élevée, plus leur appétit augmente, constate Scott Merrill, ce qui est dévastateur pour les cultures. »

Le lien avec la croissance de cette population animale est cependant plus complexe. Il existe en effet une température optimale à laquelle les insectes se développent le mieux. S’il fait trop chaud ou trop froid, la population augmentera plus lentement. C’est pourquoi les pertes de culture seront plus sévères dans les pays tempérés que sous les tropiques. « Les régions tempérées n’ont pas atteint cet optimum, donc si la température augmente à ces endroits, les populations vont croître plus rapidement, précise Scott Merrill. Dans les tropiques, les insectes sont déjà proches de leur température optimale, les populations vont donc diminuer ; il fera, en effet, trop chaud pour ces animaux. »

Les chercheurs ont examiné comment les insectes nuisibles réagiraient dans le cadre de divers scénarios climatiques. Selon eux, les pertes de cultures pourraient augmenter de 10 % à 25 % par degré de réchauffement. Une hausse de la température moyenne mondiale de deux degrés entraînerait des pertes de 31 % pour le maïs, 19 % pour le riz et 46 % pour le blé. Dans ces conditions, les pertes annuelles totales de cultures atteindraient respectivement 62, 92 et 59 millions de tonnes. Cette projection constitue « le scénario le moins alarmiste, précise Curtis Deutsch, chercheur à l’université de Washington et auteur principal de l’étude. Les températures pourraient augmenter de 2 à 5 0C d’ici à la fin du siècle ».

« Les chercheurs américains ont utilisé des données fiables et très simples, estime Simon Fellous, chercheur à l’INRA. Leurs résultats participent au corpus général qui nous rappelle que les modifications induites par les humains risquent de bouleverser drastiquement notre alimentation. »

« Double coup dur » pour la France

La Chine, les Etats-Unis et la France, qui produisent la majeure partie du maïs, du blé et du riz, figurent parmi les pays qui devraient connaître les plus fortes pertes, selon Scott Merrill, mais « la France aura un double coup dur car elle est grande productrice de maïs et de blé ». La réduction des rendements de ces trois cultures est particulièrement préoccupante car, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, elles sont des cultures de base pour 4 milliards de personnes et représentent environ les deux tiers de leur apport énergétique.

Les agriculteurs et les gouvernements pourraient essayer de réduire l’impact de la prolifération des insectes en utilisant la rotation des cultures ou en essayant de produire des céréales résistantes aux nuisibles, estiment les auteurs de l’étude. Mais ces modifications risquent de prendre du temps et ne sont pas accessibles à tous les pays.

« Il y a beaucoup de choses que les pays les plus riches peuvent faire pour réduire les effets négatifs en développant des stratégies de lutte intégrée contre les ravageurs, explique Scott Merrill. Mais les pays les plus pauvres, qui dépendent de ces cultures comme céréales de base, vont avoir plus de difficultés. » La lutte contre ce fléau risque donc d’accroître encore un peu plus les inégalités entre les pays face au changement climatique.

Partager cet article
Repost0
4 septembre 2018 2 04 /09 /septembre /2018 12:25

D’Alain Delon à Patti Smith, tous ont répondu à l’appel de Juliette Binoche et de l’astrophysicien Aurélien Barrau pour une action politique « ferme et immédiate » face au changement climatique. Publié le 3 septembre 2018 dans Le Monde.

Des pompiers américains, le 2 août 2015 à Clear Lake (Californie, Etats-Unis). Photo JOSH EDELSON-AFP

Des pompiers américains, le 2 août 2015 à Clear Lake (Californie, Etats-Unis). Photo JOSH EDELSON-AFP

Quelques jours après la démission de Nicolas Hulot, nous lançons cet appel : face au plus grand défi de l’histoire de l’humanité, le pouvoir politique doit agir fermement et immédiatement. Il est temps d’être sérieux.

Nous vivons un cataclysme planétaire. Réchauffement climatique, diminution drastique des espaces de vie, effondrement de la biodiversité, pollution profonde des sols, de l’eau et de l’air, déforestation rapide : tous les indicateurs sont alarmants. Au rythme actuel, dans quelques décennies, il ne restera presque plus rien. Les humains et la plupart des espèces vivantes sont en situation critique.

Pas trop tard pour éviter le pire

Il est trop tard pour que rien ne se soit passé : l’effondrement est en cours. La sixième extinction massive se déroule à une vitesse sans précédent. Mais il n’est pas trop tard pour éviter le pire.

Nous considérons donc que toute action politique qui ne ferait pas de la lutte contre ce cataclysme sa priorité concrète, annoncée et assumée, ne serait plus crédible. Nous considérons qu’un gouvernement qui ne ferait pas du sauvetage de ce qui peut encore l’être son objectif premier et revendiqué ne saurait être pris au sérieux. Nous proposons le choix du politique – loin des lobbys – et des mesures potentiellement impopulaires qui en résulteront.

C’est une question de survie. Elle ne peut, par essence, pas être considérée comme secondaire. De très nombreux autres combats sont légitimes. Mais si celui-ci est perdu, aucun ne pourra plus être mené.

Isabelle Adjani, actrice ; Laure Adler, journaliste ; Pedro Almodovar, cinéaste ; Laurie Anderson, artiste ; Charles Aznavour, chanteur ; Santiago Amigorena, écrivain ; Pierre Arditi, acteur ; Niels Arestrup, acteur ; Ariane Ascaride, actrice ; Olivier Assayas, cinéaste ; Yvan Attal, acteur, cinéaste ; Josiane Balasko, actrice ; Aurélien Barrau, astrophysicien (Institut universitaire de France) ; Nathalie Baye, actrice ; Emmanuelle Béart, actrice ; Xavier Beauvois, cinéaste ; Alain Benoit, physicien (Académie des sciences) ; Jane Birkin, chanteuse, actrice ; Juliette Binoche, actrice ; Benjamin Biolay, chanteur ; Dominique Blanc, actrice ; Gilles Boeuf, biologiste ; Mathieu Boogaerts, chanteur ; John Boorman, cinéaste ; Romane Bohringer, actrice ; Carole Bouquet, actrice ; Stéphane Braunschweig, metteur en scène ; Zabou Breitman, actrice, metteuse en scène ; Nicolas Briançon, acteur, metteur en scène ; Irina Brook, metteuse en scène ; Valeria Bruni Tedeschi, actrice, cinéaste ; Florence Burgat, philosophe ; Gabriel Byrne, acteur ; Cali, chanteur ; Sophie Calle, artiste ; Jane Campion, cinéaste ; Isabelle Carré, actrice ; Emmanuel Carrère, écrivain ; Anne Carson, auteure et professeure ; Michel Cassé, astrophysicien ; Laetitia Casta, actrice ; Bernard Castaing, physicien (Académie des sciences) ; Antoine de Caunes, journaliste, cinéaste ; Alain Chamfort, chanteur ; Boris Charmatz, chorégraphe ; Christiane Chauviré, philosophe ; Jeanne Cherhal, chanteuse ; François Civil, acteur ; Hélène Cixous, écrivaine ; Isabel Coixet, cinéaste ; Françoise Combes, astrophysicienne (Collège de France) ; François Cluzet, acteur ; Gregory Colbert, photographe, cinéaste ; Bradley Cooper, acteur ; Brady Corbet, acteur ; Béatrice Copper-Royer, psychologue ; Marion Cotillard, actrice ; Denis Couvet, écologue ; Camille Cottin, actrice ; Clotilde Courau, actrice ; Franck Courchamp, écologue (Académie européenne des sciences) ; Nicole Croisille, chanteuse ; David Cronenberg, cinéaste ; Alfonso Cuaro, cinéaste ; Willem Dafoe, acteur ; Philippe Decouflé, chorégraphe ; Sébastien Delage, musicien ; Vincent Delerm, chanteur ; Alain Delon, acteur ; Catherine Deneuve, actrice ; Claire Denis, cinéaste ; Philippe Descola, anthropologue (Collège de France) ; Alexandre Desplat, compositeur ; Manu Dibango, musicien ; Hervé Dole, astrophysicien (Institut universitaire de France) ; Valérie Dréville, actrice ; Diane Dufresne, chanteuse ; Sandrine Dumas, actrice, metteuse en scène ; Romain Duris, acteur ; Lars Eidinger, acteur ; Marianne Faithfull, chanteuse ; Pierre Fayet, physicien (Académie des sciences) ; Ralph Fiennes, acteur ; Frah (Shaka Ponk), chanteur ; Cécile de France, actrice ; Stéphane Freiss, acteur ; Thierry Frémaux, directeur de festival ; Jean-Michel Frodon, critique, professeur ; Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile ; Pierre-Henri Gouyon, biologiste ; Julien Grain, astrophysicien ; Anouk Grinberg, actrice ; Mikhaïl Gromov, mathématicien (Académie des sciences) ; Sylvie Guillem, danseuse étoile ; Arthur H, chanteur ; Ethan Hawke, acteur ; Christopher Hampton, scénariste ; Nora Hamzawi, actrice ; Ivo Van Hove, metteur en scène ; Isabelle Huppert, actrice ; Agnès Jaoui, actrice, cinéaste ; Michel Jonasz, chanteur ; Camelia Jordana, chanteuse ; Jean Jouzel, climatologue (Académie des sciences) ; Juliette, chanteuse ; Anish Kapoor, sculpteur, peintre ; Mathieu Kassovitz, acteur ; Angélique Kidjo, chanteuse ; Cédric Klapisch, cinéaste ; Thierry Klifa, cinéaste ; Panos H. Koutras, cinéaste ; Lou de Laâge, actrice ; Ludovic Lagarde, metteur en scène ; Laurent Lafitte, acteur ; Laurent Lamarca, chanteur ; Maxence Laperouse, comédien ; Camille Laurens, écrivaine ; Bernard Lavilliers, chanteur ; Sandra Lavorel, écologue (Académie des sciences) ; Jude Law, acteur; Patrice Leconte, cinéaste ; Roland Lehoucq, astrophysicien ; Gérard Lefort, journaliste ; Nolwenn Leroy, chanteuse ; Peter Lindbergh, photographe ; Louane, chanteuse ; Luce, chanteuse ; Ibrahim Maalouf, musicien ; Vincent Macaigne, metteur en scène, acteur ; Benoît Magimel, acteur ; Yvon Le Maho, écologue (Académie des sciences) ; Andreï Makine, écrivain de l’Académie Française ; Abd al Malik, rappeur ; Sophie Marceau, actrice ; Virginie Maris, philosophe ; André Markowicz, traducteur ; Nicolas Martin, journaliste ; Vincent Message, écrivain ; Wajdi Mouawad, metteur en scène ; Nana Mouskouri, chanteuse ; Jean-Luc Nancy, philosophe ; Arthur Nauzyciel, metteur en scène ; Safy Nebbou, cinéaste ; Pierre Niney, acteur ; Helena Noguerra, chanteuse ; Claude Nuridsany, cinéaste ; Michael Ondaatje, écrivain ; Thomas Ostermeier, metteur en scène ; Clive Owen, acteur ; Corine Pelluchon, philosophe ; Laurent Pelly, metteur en scène ; Raphaël Personnaz, acteur ; Dominique Pitoiset, metteur en scène ; Denis Podalydès, acteur ; Pomme, chanteuse ; Martin Provost, cinéaste ; Olivier Py, metteur en scène ; Susheela Raman, chanteuse ; Charlotte Rampling, actrice ; Raphaël, chanteur ; Régine, chanteuse ; Cécile Renault, astrophysicienne ; Robin Renucci, acteur ; Jean-Michel Ribes, metteur en scène ; Tim Robbins, acteur ; Muriel Robin, actrice ; Isabella Rossellini, actrice ; Brigitte Roüan, actrice, cinéaste ; Carlo Rovelli, physicien (Institut universitaire de France) ; Eric Ruf, directeur de la Comédie-Française ; Céline Sallette, actrice ; Rodrigo Santoro, acteur ; Marjane Satrapi, cinéaste ; Kristin Scott Thomas, actrice ; Albin de la Simone, musicien ; Abderrahmane Sissako, cinéaste ; Marianne Slot, productrice ; Patti Smith, chanteuse, écrivaine ; Sabrina Speich, géoscientifique ; Marion Stalens, réalisatrice ; Kristen Stewart, actrice ; Tom Stoppard, dramaturge ; Peter Suschitzky, chef opérateur ; Malgorzata Szumowska, cinéaste ; Béla Tarr, cinéaste ; Gilles Taurand, scénariste ; Alexandre Tharaud, musicien ; James Thierrée, danseur, chorégraphe ; Mélanie Thierry, actrice ; Danièle Thompson, cinéaste ; Melita Toscan du Plantier, attachée de presse ; Jean-Louis Trintignant, acteur ; John Turturro, acteur ; Hélène Tysman, pianiste ; Pierre Vanhove, physicien ; Karin Viard, actrice ; Polydoros Vogiatzis, acteur ; Rufus Wainwright, chanteur ; Régis Wargnier, cinéaste ; Jacques Weber, acteur ; Wim Wenders, cinéaste ; Sonia Wieder-Atherton, musicienne ; Bob Wilson, metteur en scène ; Lambert Wilson, acteur ; Jia Zhang-ke, cinéaste ; Elsa Zylberstein, actrice

Partager cet article
Repost0
2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 09:13

Par le groupe local Europe Écologie Les Verts Le Pré Saint-Gervais-Les Lilas le 31 août 2018.

Hulot démissionne, pas nous !  . . . . . . . . . . .  Journée mondiale d'actions locales pour le climat le 8 septembre 2018

La démission de Nicolas HULOT du ministère de la Transition écologique, a pris tout le monde de court. Évoqué à maintes reprises, son départ éventuel a été souvent raillé, il a le mérite de la clarté et son constat est lucide : « ... on s’évertue à entretenir voire à réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres. (.. ) sur le sujet que je porte (Emmanuel Macron et Edouard Philippe) n’ont pas la même grille de lecture. On n’a pas compris que c’est le modèle dominant qui est la cause ». (extraits de son interview sur France-Inter le 28/08/2018).

Après avoir énoncé tous les renoncements du gouvernement sur des objectifs ambitieux, il a enfin pris conscience de l’incompatibilité entre le modèle néo-libéral porté par le gouvernement et Emmanuel Macron et ses convictions fortes sur la nécessité de changer de modèle économique pour réaliser la transition écologique dont notre humanité a besoin.

On pourra se moquer de la prétention qu’avait ce ministre extrêmement populaire, de porter à lui tout seul un changement aussi radical.

Avant lui de nombreux ministres écologistes (Dominique Voynet, Cécile Duflot,...), ou socialistes (Delphine Batho, Nicole Bricq,...) – voire centristes (Corinne Lepage) ont échoué et se sont heurtés au poids des lobbies de l’énergie, de la chasse, ou à ceux des grands acteurs économiques et financiers. Ceux-ci ne représentent que l’ordinaire d’un monde politique qui ne veut pas remettre en cause le rôle prépondérant du système économique néolibéral dans la crise de notre monde.

Les constats d’impasse faits par Nicolas Hulot, nous les dénonçons depuis bien longtemps. L’écologie exige de la cohérence, elle doit être une boussole directrice pour conduire toutes les politiques publiques et celles-ci doivent rendre possible un changement de modèle.

L’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ou le discours adressé à Donald Trump (« Make Our Planet Great Again ») ont pu entretenir l’illusion sur l’engagement écologiste du président de la République. Cette illusion se fracasse aujourd’hui, du fait de la réalité des choix opérés en faveur des pesticides contre la santé des agriculteurs, en faveur des forages pétroliers et de la « folie du nucléaire » contre la recherche d’économies massives de l’énergie et le développement des énergies renouvelables, en faveur des grands projets inutiles plutôt que de la protection de la nature et des sols, en faveur du clientélisme électoral et de l’attention portée aux chasseurs contre la biodiversité et l’intérêt de toutes et tous,

L’heure n'est pas à l'amertume...

... car la société civile et de nombreux acteurs de terrain – y compris des collectivités territoriales – ont compris que la transition suppose des changements de comportement majeurs, des investissements de long terme, et une renonciation à un système où le profit immédiat domine et creuse les inégalités.
Les citoyens se mobilisent de plus en plus, au travers de démarches alternatives, pour
rendre concrète et désirable la transition écologique. Loin des illusions liées à la recherche d’hommes « providentiels », ils mettent en œuvre des alliances pour résister, confronter, expérimenter. Ils proposent un changement de notre façon de produire, travailler, consommer et vivre avec l’ensemble du monde animal, végétal et humain. Ils sont présents partout, dans les associations, dans les partis qui se réclament du changement écologique et social, dans le monde syndical, économique, agricole...

Europe Écologie-les Verts a toujours porté ces combats, à l’échelle locale, nationale et européenne.  L’Europe n’est pas à la hauteur de ces enjeux et la montée des exils forcés exige des choix de solidarité à une échelle au moins européenne. Les replis nationalistes n’auront aucune place, autre que tragique, dans les choix à venir.

Nous invitons tous ceux que la fin de l’illusion macroniste réjouit, à rejoindre dès maintenant :

« LA JOURNÉE MONDIALE D’ACTIONS LOCALES POUR LE CLIMAT »,

Action internationale pour la fin des combustibles fossiles, organisée à l’appel de Attac, 350.org et de nombreuses ONG.

le Samedi 8 septembre 2018  à 14h sur le parvis de l’ Hôtel de Ville à Paris, pour une chorégraphie géante suivie par une marche vers la Place de la République.

CONTACTEZ-NOUS !
Europe Écologie Les Verts Le Pré Saint-Gervais - Les Lilas
80 bis rue de Romainville, 93260 Les Lilas,    
http://leslilasecologie.fr    
06 03 00 54 72 - 01 48 97 22 97

Partager cet article
Repost0
1 septembre 2018 6 01 /09 /septembre /2018 09:08

Les enjeux sont immenses : il s’agit de doter d’un cadre juridique la conservation de la biodiversité marine. D’après l’Institut Paul Ricard, Libération et Le Monde le 31 août 2018. Lire aussi La pêche industrielle exploite plus de la moitié de la surface des océans, Les océans pollués par des particules invisibles de plastique, La pollution chimique gagne les abysses, Les mystérieux canyons sous-marins, trésors en péril et Les zones mortes se multiplient dans les océans.

Une sculpture de baleine, faite de cinq tonnes de déchets plastique pêchés dans le Pacifique, à Bruges, en Belgique, le 14 juillet. JOHN THYS / AFP

Une sculpture de baleine, faite de cinq tonnes de déchets plastique pêchés dans le Pacifique, à Bruges, en Belgique, le 14 juillet. JOHN THYS / AFP

Elle n’appartient – encore – à personne, mais suscite bien des convoitises. La haute mer recouvre près de la moitié de la planète, constitue près des deux tiers de l’océan mondial, qui lui-même produit une bonne partie de notre oxygène et l’essentiel des protéines de populations entières, et recèle des ressources biologiques ignorées. Et pourtant, la haute mer ne bénéficie jusqu’à présent d’aucune protection ou presque.

Voilà dix ans qu’est débattue l’idée de doter d’un cadre juridique les eaux internationales – c’est-à-dire l’immensité située au-delà des zones économiques exclusives (ZEE) régies par les pays côtiers. Ce dossier, très sensible, aurait pu se perdre dans les méandres de l’actualité diplomatique mondiale ; il a pourtant fini par aboutir à l’ouverture officielle de négociations sous l’égide des Nations unies.

Une première session de discussion est programmée du 4 au 17 septembre. L’objectif est de parvenir d’ici à 2020 à établir « un instrument juridiquement contraignant sur la conservation et l’utilisation durables de la biodiversité marine dans les zones situées au-delà des juridictions nationales ». Au ministère des affaires étrangères, on fait remarquer que le seul grand accord international actuellement en gestation à l’ONU a donc trait à l’océan.

Brevets à foison

Une autre façon de présenter la haute mer consiste à rappeler qu’elle représente 95 % de l’espace habité par des formes de vie sur cette planète. Et il serait étonnant que l’homme n’y trouve pas quelques ressources à puiser en plus des richesses halieutiques qu’il y prélève déjà sans ménagement.

La protection ou l’exploitation de la haute mer se négocie à l’ONU

Des chercheurs du Centre universitaire de résilience et de l’Académie royale des sciences de Stockholm ainsi que de l’université de Colombie britannique, au Canada, ont créé une base de données avec 13 000 séquences génétiques provenant de 862 espèces marines (plancton, mollusques, poissons) associées à un brevet, parmi les 38 millions collectés depuis trente ans. Ils rapportent, dans la revue Science Advances du 6 juin, que 84 % de ces brevets ont été déposés par des entreprises. Pharmacie, chimie, agroalimentaire, cosmétique, biocarburants : malgré des coûts élevés, 221 groupes se sont lancés dans ces recherches. Ils sont pour la plupart américains, japonais et surtout allemands. Le groupe BASF aurait en effet déposé près de la moitié (47 %) de ces brevets.

« Pour un séquençage ADN, il n’est même plus indispensable de disposer du poisson lui-même, il suffit de recueillir l’eau dans laquelle il s’est trouvé », a précisé Françoise Gaill, coordinatrice du comité scientifique de la plate-forme Océan et climat, à l’occasion d’une conférence sur les enjeux de la haute mer organisée à la Maison des océans, à Paris, le 21 juin. Le marché des ressources marines pourrait évoluer vite. Or « 193 pays n’ont rien déposé du tout… », a fait remarquer la biologiste.

Les organismes vivant près des sources hydrothermales intéressent particulièrement la recherche pour leurs capacités à s’adapter à la pression, la chaleur extrême, l’acidité ou l’absence de lumière. Or ces formations se trouvent précisément en haute mer, où pour le moment, la seule règle est celle du premier arrivé, premier servi.

Le principe est à peu près le même pour la pêche à quelques exceptions près, comme la chasse à la baleine. La préservation de certains grands migrateurs, notamment les thons, est censée être assurée par des organisations régionales de gestion de la pêche, mais ils sont en réalité majoritairement surexploités. Actuellement, environ 6 % de la totalité de la pêche mondiale est réalisée au-delà des zones économiques exclusives, ce qui représente 8 % des revenus du secteur, selon une étude émanant de plusieurs universités américaines, canadienne et australienne, publiée elle aussi dans Science Advances du 6 juin.

Partage des connaissances

La Chine, avec cinq autres pays (Taïwan, Japon, Indonésie, Espagne et Corée du Sud), capte la majorité de cette manne. La pêche si loin des côtes coûte très cher. Le secteur ne tiendrait pas s’il n’était soutenu à plus de 50 % par des subventions, indique Rashid Sumaila de l’université de Colombie britannique, l’un des auteurs de cette étude. Peu de revenus, beaucoup de dégâts parmi des espèces peu nombreuses qui se reproduisent extrêmement lentement. « Pourquoi continuer ?, interroge-t-il. Fermer la haute mer à la pêche permettrait aux stocks de poissons de se renouveler et serait tout bénéfice, écologiquement et socialement, pour des populations du Bangladesh ou de Guinée Bissau. »

Prudemment, les négociateurs ont jusqu’à présent écarté ce dossier des discussions préalables. Le poisson y figure en tant que ressource génétique, mais pas halieutique. Paradoxalement, la question des aires marines protégées (AMP) est, elle, bien inscrite au programme de l’ONU. Mais si le futur accord décide qu’il est possible de préserver une zone de reproduction ou de migration de la faune marine au milieu du Pacifique ou de l’Atlantique, qui la surveillera ?

Outre la question des zones de conservation et celle des ressources génétiques, le partage des connaissances, qui ne devraient pas manquer de se développer à l’avenir, est inscrit au programme des négociations. Les pays en développement y tiennent beaucoup, certains encourageant la reconnaissance de la haute mer comme « patrimoine de l’humanité » – on se dirigerait plutôt vers la notion, plus floue, de « bien commun ».

Enfin, le quatrième chapitre porte sur l’instauration d’études d’impact pour tout chantier dans les eaux internationales, au-delà de certains seuils à définir. Car la haute mer n’est plus un espace à l’abri des activités humaines. Traversée de milliers de kilomètres de câbles sous-marins, sillonnée par les cargos géants – 80 % du transport maritime emprunte ses routes de navigation –, elle nourrit des projets de toutes sortes dans le secteur des énergies renouvelables, de l’aquaculture, de la géo-ingénierie, sans parler des industries d’extraction qui s’intéressent, elles, à ses grands fonds. Cette future activité dépend de l’Autorité internationale des fonds marins qui siège à Kingston, en Jamaïque.

Régulation du climat

Faute de consensus entre les Etats pour établir un traité international à part entière, le projet d’instrument juridiquement contraignant, s’il aboutit, devrait prendre la forme d’un complément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, dite « de Montego Bay », adoptée en 1982 après des décennies de discussion. A la sortie des années 1970, les menaces qui pesaient sur la santé de l’océan mondial n’étaient pas perçues avec la même acuité et n’avaient pas la même ampleur, en dehors des pollutions dues aux marées noires, et la Convention ne s’intéresse quasiment pas aux risques environnementaux.

Certains protagonistes dont l’Union européenne, la France en particulier, voudraient saisir l’occasion onusienne pour voir reconnu le rôle fondamental de l’océan dans la régulation du climat de la Terre. A l’été 2017, l’administration Trump a fait savoir qu’il n’était pas question pour elle de signer une telle déclaration. Les Etats-Unis n’ont d’ailleurs jamais ratifié la convention de Montego Bay.

Partager cet article
Repost0
31 août 2018 5 31 /08 /août /2018 15:26

10 associations écologistes lancent un appel à Emmanuel Macron

La Fondation pour la Nature et l'Homme, Agir pour l’environnement, France nature environnement, Générations futures, Les Amis de la Terre, Réseau sortir du nucléaire, l'Action des citoyens pour le désarmement nucléaire, l'Association pour la protection des animaux sauvages, Virage énergies et la Société nationale de protection de la nature réagissent, jeudi 30 août, à la démission du ministre d'Etat. Lire aussi Le dérèglement climatique risque de transformer la Terre en « étuve ».

Nicolas Hulot et Emmanuel Macron lors d'un meeting au marché de Rungis (Val-de-Marne), le 11 octobre 2017. (REUTERS)

Nicolas Hulot et Emmanuel Macron lors d'un meeting au marché de Rungis (Val-de-Marne), le 11 octobre 2017. (REUTERS)

La démission de Nicolas Hulot a surpris par sa soudaineté. Quinze mois durant, l'ancien ministre a buté sur les résistances institutionnelles et des arbitrages politiques trop souvent perdus. L'orientation politique du chef de l'Etat ne laissait que peu de place à une véritable transition écologique et solidaire. Malgré l'ambition affichée du ministre de l'Ecologie, la volonté d'Emmanuel Macron de ménager la chèvre écologique et le chou productiviste n'a pas contribué à créer la condition d'une politique écologique lisible et cohérente.

La superficialité de l'engagement écologique d'Emmanuel Macron implicitement révélée

De la non-interdiction du glyphosate aux multiples décisions favorables à la construction de nouvelles autoroutes, du non-choix en matière de transition énergétique à l'importation d'huile de palme, des ultimes cadeaux faits au lobby de la chasse en passant par le Ceta, la longue liste des petits arrangements et grands renoncements a rythmé l'année ministérielle de Nicolas Hulot. Or, ce dernier a toujours justifié sa présence au sein du gouvernement Philippe par sa volonté tenace de mettre enfin la France sur les rails de la transition écologique.

Nicolas Hulot a constaté, amèrement mais honnêtement, que notre pays a hoqueté, voire régressé, en matière environnementale. L'utilisation de pesticides continue à augmenter année après année, la biodiversité s'effondre, la part du rail continue sa chute vertigineuse, nos émissions de gaz à effet de serre ont, quant à elles, poursuivi leur sinistre ascension et la part du nucléaire civil demeure inchangée et celle du nucléaire militaire va augmenter de 50%.

Implicitement, le départ du désormais ancien ministre de l'Ecologie révèle la superficialité de l'engagement écologique d'Emmanuel Macron, optant pour une écologie des mots, privilégiant les discours aux actes, espérant que la simple présence de Nicolas Hulot justifierait une politique bien loin de la rupture maintes fois annoncée.

Le symptôme d'une immense incompréhension

Le départ précipité de Nicolas Hulot est l'occasion de requestionner la place du ministre de l'Ecologie dans le dispositif institutionnel. Placé au sommet de l'ordre protocolaire, le ministre de l'Ecologie est sommé de trouver des compromis entre acteurs aux intérêts profondément divergents. Grenelle et autres conférences environnementales n'y ont rien changé. Face au ministère de l'Agriculture, à ceux de l'Economie, de l'Industrie ou de la Défense, face aux lobbies agricoles, nucléaires, à celui du BTP, face à l'orientation libérale du gouvernement Philippe, la marge de manœuvre du ministre de l'Ecologie était étroite, voire inexistante. La notoriété médiatique est insuffisante face aux petits soldats du productivisme, prêts à tout pour préserver leurs acquis. Cette démission est l'occasion de rappeler que l'homme providentiel n'existe pas et qu'un ministre, fût-il déterminé, est et demeure un homme seul. Au regard des tensions que suscite la transition écologique, il est nécessaire de créer et entretenir une mobilisation citoyenne et populaire.

L'heure n'est pas à l'amertume. Au regard des crises écologiques et des menaces qui s'amoncellent, l'urgence commande de ne pas verser dans un défaitisme sans lendemain. Cette démission est le symptôme d'une immense incompréhension. La transition écologique n'est ni une promenade de santé ni un supplément d'âme pour politiciens sans imagination. Emmanuel Macron aurait tort de mésestimer le symbole que représente cette démission surprise. Faire "comme si" serait la pire des réponses à apporter à Nicolas Hulot. Les crises écologiques qui s'amoncellent n'ont que faire de nos illusions et beaux discours. Ces crises ne disparaîtront pas d'un coup de baguette verte.

L'action n'est plus une option, mais une nécessité

Face aux menaces climatiques, militaires et à l'effondrement des écosystèmes, l'action n'est plus une option mais une nécessité, une urgence, une éthique.

Emmanuel Macron ne peut continuellement aspirer à la synthèse là où nous attendons des choix clairs, ambitieux et pleinement assumés. En matière écologique, nous ne pouvons plus soutenir l'agriculture biologique et "en même temps" le glyphosate, la sobriété énergétique et "en même temps" le nucléaire, une redynamisation des centres-villes et "en même temps" Europacity et l'artificialisation des terres agricoles, la nécessaire préservation de la biodiversité et "en même temps" la baisse du prix du permis de chasse, la mise en œuvre de la COP21 et "en même temps" la multiplication des projets autoroutiers, les fermes-usines et "en même temps" une agriculture paysanne, le libéralisme et "en même temps" l'écologie.

La démission de Nicolas Hulot est une invitation à changer de cap tout en osant rompre avec la facilité des Trente glorieuses et "cinquante" gaspilleuses. Face aux conservatismes qui s'expriment à tous les niveaux de l'Etat, la démission de Nicolas Hulot appelle un sursaut. Nul doute qu'au lendemain d'une démission qui a tant fait parler, Emmanuel Macron devra faire sien l'aphorisme de Pierre Mendès-France, "gouverner, c'est choisir".

*Les signataires : La Fondation pour la Nature et l'Homme ; Agir pour l'environnement ; France Nature Environnement ; Générations futures ; Les Amis de la Terre ; Réseau sortir du nucléaire ; Action des citoyens pour le désarmement nucléaire ; Association pour la protection des animaux sauvages ; Virage énergies ; Société nationale de protection de la nature

Partager cet article
Repost0
30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 10:44

La hausse des concentrations de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, responsable du changement climatique, réduit la teneur en protéines et en minéraux (fer et zinc) des cultures vivrières, en particulier le riz, le blé et les légumineuses, et risque d’entraîner des carences pour des centaines de millions de personnes supplémentaires. Cette nouvelle étude conduite par des chercheurs américains du département de santé environnementale de l'Université d'Harvard, a été publiée lundi 27 août dans la revue Nature Climate Change. D'après AFP et Le Monde le 27 août 2018. Lire aussi Les émissions mondiales de CO2 repartent à la hausse, Déforestation : les forêts émettent plus de CO2 qu’elles n’en absorbent et Les émissions de gaz à effet de serre augmentent en France, en contradiction avec nos engagements climatiques.

Un très grand nombre d’aliments auront une moindre valeur nutritive, comme le riz, ici prêt à être repiqué, à Ahmedabad (Inde), en 2017. AMIT DAVE / REUTERS

Un très grand nombre d’aliments auront une moindre valeur nutritive, comme le riz, ici prêt à être repiqué, à Ahmedabad (Inde), en 2017. AMIT DAVE / REUTERS

Le CO2 ou la double peine. On savait déjà que la hausse de la teneur de l’atmosphère en gaz à effet de serre – et singulièrement en dioxyde de carbone – menaçait la sécurité alimentaire de la planète en induisant des sécheresses plus fréquentes, plus sévères et plus durables, des précipitations torrentielles plus intenses, une submersion des zones littorales par des eaux salines, et une recrudescence des attaques de ravageurs et de pathogènes. Or, cette hausse risque aussi de réduire la qualité nutritionnelle de l’alimentation de plusieurs centaines de millions de personnes dans le monde.

C’est l’alerte que lance une étude menée par deux chercheurs américains de l’université Harvard, publiée lundi 27 août dans la revue Nature Climate Change. Ses auteurs concluent que, dans les prochaines décennies, l’augmentation de la concentration atmosphérique de CO2 pourrait entraîner l’appauvrissement d’un grand nombre de cultures de base en protéines, en fer et en zinc, avec des effets délétères sur la santé humaine.

« L’impact d’un niveau élevé de CO2 atmosphérique sur la qualité nutritionnelle des cultures a été mis en évidence depuis plus de vingt ans, d’abord dans le cadre de tests en laboratoire ou sous serre, puis par de très nombreux essais en plein champ, indique Alain Gojon, directeur du laboratoire de biochimie et physiologie moléculaire des plantes (CNRS-INRA-SupAgro-université de Montpellier), qui n’a pas contribué à cette étude. Il existe aujourd’hui un très large consensus scientifique, étayé par des dizaines de publications et des milliers de données, sur le fait que cet impact est massif et global : il touche la majorité des espèces végétales, partout dans le monde. »

Ces essais, consistant à injecter du CO2 sur des plantations à l’air libre pour les maintenir dans une sorte de bulle enrichie en gaz carbonique, ont montré, précise le chercheur, « une réduction de 10 % à 20 % de la teneur en protéines, une baisse de moindre importance des taux de minéraux comme le fer, le zinc, le magnésium ou le calcium, mais aussi, plus récemment, une diminution de 20 % à 40 % pour les vitamines ».

Risque de carences en nutriments

Les auteurs de la nouvelle publication ont pris comme point de départ une concentration de CO2 de 550 parties par million (ppm), unité de mesure indiquant le nombre de molécules de gaz carbonique pour un million de molécules de l’atmosphère.

Le chiffre n’a rien de virtuel. La concentration atmosphérique de CO2, qui a atteint en 2016 le niveau record de 405 ppm, devrait en effet grimper à 550 ppm entre 2050 et 2100, en fonction des scénarios d’émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Seule une baisse drastique des émissions anthropiques (produites par l’homme) permettrait de rester en dessous de ce seuil. De précédents travaux ont montré que, à ce niveau de concentration de CO2, la quantité de protéines, de fer et de zinc est globalement réduite de 3 % à 17 %, pour beaucoup de végétaux.

Les chercheurs ont alors fait tourner un modèle pour calculer, à partir des ressources alimentaires disponibles par habitant, ainsi que des projections de croissance démographique (soit une population mondiale de 9,7 milliards d’individus en 2050), le nombre de personnes supplémentaires exposées, au milieu du siècle, à un risque de carences en nutriments. Cela, pour 151 pays et 225 espèces végétales, ce qui donne à leur travail une portée beaucoup plus vaste que celles des études antérieures.

Il apparaît qu’aux quelque 660 millions de personnes qui souffrent actuellement d’une insuffisance de protéines s’en ajouteraient 122 millions. Le 1,5 milliard d’individus déjà en manque de zinc s’accroîtrait de 175 millions. Et pour le 1,4 milliard d’enfants de moins de 5 ans et de femmes en âge de procréer vivant dans des régions où le taux d’anémie est déjà supérieur à 20 %, la perte d’apport en fer serait de plus de 4 %.

Les plus pauvres sont les plus vulnérables

Comme toujours, la peine se répartira inégalement. Les pays les plus affectés seraient ceux d’Asie du Sud et du Sud-Est – à commencer par l’Inde –, d’Afrique et du Moyen-Orient.

Rien d’étonnant à ce que les aires géographiques parmi les plus pauvres soient également les plus vulnérables, dans la mesure où l’essentiel de leur apport en protéines est d’origine végétale. L’Amérique du Nord ou l’Europe, aux régimes plus carnés, se trouvent, de ce fait, moins exposées.

Le risque est à grande échelle, puisqu’un très grand nombre d’aliments auront une moindre valeur nutritive, qu’il s’agisse de céréales comme le riz – base de l’alimentation de la moitié de l’humanité –, le blé ou l’orge, ou de légumineuses telles que lentilles, pois ou haricots. En revanche, d’autres plantes qui font appel à un type de photosynthèse différent, dont le maïs, le millet et le sorgho, ne réagissent pas, ou peu, à l’accroissement de la concentration de CO2.

Scénarios d’émissions mondiales de carbone (à gauche) et de concentrations atmosphériques de CO2 (à droite) d’ici à 2100. NATURE CLIMATE CHANGE

Scénarios d’émissions mondiales de carbone (à gauche) et de concentrations atmosphériques de CO2 (à droite) d’ici à 2100. NATURE CLIMATE CHANGE

Les végétaux fournissant aujourd’hui 63 % des protéines consommées sur la planète, ainsi que 81 % des rations de fer et 68 % de celles de zinc, le danger est celui d’une extension de la malnutrition, entraînant troubles de la croissance, du métabolisme, du système immunitaire ou du développement cognitif. Cela, alors que plus de 2 milliards d’humains présentent déjà une carence en nutriments.

Sans doute ces résultats ne sont-ils qu’une modélisation. Les auteurs précisent qu’ils font l’hypothèse de régimes alimentaires inchangés, sans prendre en compte les mutations socio-économiques qui se produiront dans les pays concernés, ni les conséquences plus globales du réchauffement sur les ressources alimentaires. Leur étude n’en appelle pas moins, soulignent-ils, une « surveillance active des besoins nutritionnels des populations » dans les pays les plus à risque.

« Les pays développés aussi concernés »

« Le grand intérêt de ce travail est d’alarmer sur un phénomène dont l’ampleur n’avait pas été anticipée, juge Alain Gojon. Les pays développés sont eux aussi concernés. D’une part parce que la diminution de la teneur en protéines et minéraux des végétaux s’accompagne d’une augmentation de leur teneur en sucres, ce qui peut provoquer des déséquilibres alimentaires. D’autre part parce que des régions déjà déficitaires en protéines végétales pour l’alimentation animale, comme l’Europe, vont le devenir encore plus. »

Reste que les mécanismes par lesquels un haut niveau de CO2 atmosphérique dégrade la qualité nutritive des plantes demeurent mystérieux. « Il existe deux familles d’hypothèses, indique l’agronome français. Soit le taux élevé de CO2 altère la physiologie générale des végétaux, qui sont moins aptes à prélever dans le sol l’azote nécessaire à la fabrication des protéines et les différents minéraux ; soit il réduit la disponibilité de ces éléments dans les sols, peut-être en raison d’une compétition accrue entre les plantes et les micro-organismes. »

Le laboratoire qu’il dirige va lancer, cet automne, un programme collaboratif de recherche, financé par le projet Montpellier université d’excellence, pour tenter de comprendre comment le CO2, cause du dérèglement climatique, peut aussi être fauteur de carences alimentaires.

Partager cet article
Repost0
29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 11:43

D’après l’ONU, les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre pris jusqu’à présent par les Etats signataires de l’accord de Paris conduiraient à un monde à + 3°C. Dans un rapport publié début août, des chercheurs internationaux préviennent que si la Terre connaît une hausse de deux degrés dans les prochaines décennies, elle pourrait arriver à un point de rupture aux conséquences nombreuses. Des mises en garde qui acte l’urgence de la situation que dénonce Nicolas Hulot, et devrait inciter les pays à agir radicalement. D’après Le Monde et Libération, août 2018. Lire aussi Des citoyens attaquent en justice l’Europe pour son échec à les protéger contre le réchauffement climatique, 15 jours de négociations climatiques à Bonn se concluent sans « mode d’emploi » commun pour appliquer l’accord de Paris, 2018 : les vrais chiffres des financements climat et « La nature face au choc climatique » : la moitié des espèces des régions les plus riches en biodiversité menacées d’extinctions.

Le dérèglement climatique risque de transformer la Terre en « étuve »

Jamais, au cours des quinze mois de vaine tentative de mutation écologique de l’appareil d’Etat français par Nicolas Hulot, autant de rapports alarmistes n’ont décrété avec une telle virulence l’état d’urgence climatique et environnementale de la planète. Une accumulation de signaux d’alarme appelant à un sursaut radical qui, sans aucun doute, a pesé lourd dans la décision de l’ex-ministre de la Transition écologique et solidaire, frustré de s’« accommoder des petits pas alors que la situation mérite qu’on change d’échelle ».

Dernière en date, une étude publiée le 6 août par la revue Proceedings of the National Academy of Sciences met en garde sur « une réaction en chaîne incontrôlable », un « basculement irréversible ». Et prédit « des endroits inhabitables sur la Terre ». Elle prévient : « Les décisions des dix à vingt prochaines années vont déterminer la trajectoire du monde pour les 10 000 années suivantes… » Intitulée « Trajectoires du système Terre dans l’anthropocène », elle a inspiré Hulot mardi lorsqu’il a évoqué à deux reprises la Terre « étuve ».

Collapsologie délirante, quarante-six ans après le rapport Meadows sur les Limites à la croissance rédigé par des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology pour le Club de Rome ? Non, simples projections de climatologues dont les modèles montrent que le climat change plus, et plus vite que prévu. Moins d’une semaine plus tôt, 500 scientifiques de 65 pays s’inquiétaient ainsi de la hausse rapide du niveau des océans - 7,7 centimètres entre 1993 et 2017 -, de l’acidification des eaux qui détruit à certains endroits jusqu’à 95 % des coraux au large de l’Australie et de la multiplication des cyclones tropicaux.

Auteur du discours prononcé par Jacques Chirac au Sommet de la Terre de Johannesburg en 2002 dans lequel il prophétisait « notre maison brûle et nous regardons ailleurs », Hulot découvre de l’intérieur les gouvernements pyromanes et leur incapacité à changer d’ambitions, de système de pensée comme de production, alors que la planète danse au-dessus d’un précipice. Emmanuel Macron a d’ailleurs avoué son impuissance en décembre, lors du One Planet Summit : « On ne va pas assez vite et c’est ça le drame. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. »

Un rapport spécial du GIEC

On ne pourra pas dire que ce n’est pas la faute de l’humain-prédateur. Une enquête parue en juillet chiffre à seulement 0,001 % la probabilité que l’homme ne soit pas responsable, au moins en partie, du changement climatique. Le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) l’évaluait jusqu’alors à 5 %.

En juin, il a d’ailleurs transmis aux Etats ses conclusions d’un rapport spécial qui doit être dévoilé en octobre, mais dont une version préliminaire a fuité. Alors que l’accord de Paris sur le climat de 2015 vise à contenir le réchauffement mondial sous les 2°C, voire 1,5°C, par rapport à l’ère préindustrielle d’ici à 2100, ce seuil pourrait être dépassé dès 2040. La raison : au rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre, la température augmente d’environ 0,17°C par décennie. Et l’inversion de la courbe du CO2 ne se profile toujours pas. Elle a atteint un record en 2017. Sa croissance a même été multipliée par quatre depuis le début des années 60. Pire : « Les engagements de réduction pris jusqu’à présent par les Etats signataires conduiraient à un monde à + 3°C, déplorait en mai la responsable climat de l’ONU, Patricia Espinosa. Le laps de temps qui nous est imparti pour s’attaquer au changement climatique arrive bientôt à échéance. »

Hulot le sait bien, lui qui a pourtant dû se battre pour interdire le glyphosate dans trois ans au lieu de cinq ou avaler la fin des subventions pour les vélos électriques… Comme il sait bien qu’un dépassement de 1,5°C aurait des conséquences irréversibles sur la survie des espèces et des écosystèmes, sur l’accès à l’eau ou aux terres arables, comme sur les migrations climatiques déjà évaluées à 250 millions de personnes d’ici à 2050. Ajoutée à la démographie galopante (la planète a gonflé de 2 milliards d’habitants depuis 1992), la pression sur les ressources naturelles est en effet sans précédent.

Dépassements

Un rapide coup de loupe sur les six derniers mois. En mars, le CNRS s’inquiète du « déclin massif » des insectes en France et de la disparition des oiseaux à « une vitesse vertigineuse » en raison de l’intensification des pratiques agricoles. Neuf mois plus tôt, une enquête rappelait que la disparition d’espèces a été multipliée par 100 depuis 1900. Avril : le Pakistan enregistre un record mondial de température mensuelle de 50,2°C. Mai : la concentration moyenne de CO2 atteint 410 parties par million, 46 % de plus qu’en 1880. Juin : le Centre commun de recherche de l’UE assure que la désertification frappe 7 % du continent, que trois quarts des terres de la planète seraient dégradées et que 90 % pourraient le devenir d’ici à 2050. Juillet : la Suède, la Californie et même l’Arctique subissent des incendies records ; la canicule embrase l’Europe ; la Colombie a perdu un cinquième de ses glaciers en sept ans. Août : le jour du dépassement, qui marque le moment de l’année où la Terre a consommé plus de ressources naturelles que la planète ne lui permet, tombe le 1er du mois ; le Kerala en Inde connaît une mousson sans précédent, au moins 445 morts, 1 million de déplacés… En novembre, plus de 15 000 scientifiques prévenaient, vingt-cinq ans après un appel de 1 700 chercheurs: « Non seulement l’humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre ces défis environnementaux annoncés, mais il est très inquiétant de constater que la plupart d’entre eux se sont considérablement aggravés. » Et d’ajouter : « Nous avons déclenché un phénomène d’extinction de masse, le sixième en 540 millions d’années environ, au terme duquel de nombreuses formes de vie pourraient disparaître totalement, ou en tout cas se trouver au bord de l’extinction d’ici à la fin du siècle. »

James Ephraim Lovelock, théoricien de l’Hypothèse Gaïa selon laquelle l’ensemble des êtres vivants sur Terre formerait ainsi un vaste super organisme, écrivait en 2006 : « Notre avenir est semblable à celui des passagers d’un petit bateau qui naviguerait tranquillement vers les chutes du Niagara, sans savoir que les moteurs sont sur le point de tomber en panne. » A 99 ans, ce Britannique a depuis longtemps prédit qu’avant la fin du siècle 80 % de la population de la planète aura disparu. L’enquête du 6 août abonde dans son sens.

Hulot a, lui, décidé, de quitter le radeau gouvernemental. Pour tenter de regagner les rives des mobilisations citoyennes globales, seules capables de faire bouger les choses, bousculer la myopie politique des démocraties occidentales ? « On est à un point de rupture psychique et physique du monde », disait-il préparant la COP 21 il y a trois ans. Ajoutant, prémonitoire : « Si les politiques n’ouvrent pas le chemin à Paris, les peuples se fraieront une voie. »

Partager cet article
Repost0

Archives

L'écologie aux Lilas et au Pré ...

Les maires et élus écologistes ne se résignent pas à laisser l’avenir s’assombrir de jour en jour

Pour une restauration scolaire de qualité, durable, équitable, accessible aux Lilas

Les zadistes de Gonesse ont-ils raison de s’opposer à une gare en plein champ ?

Une nouvelle ZAD près de chez vous

Pour le projet CARMA contre la reprise des travaux de la gare "Triangle de Gonesse"

Les Lilas écologie - en campagne pour gagner

Les Lilas Ecologie en campagne

Le gouvernement abandonne Europacity, pas l’artificialisation des terres agricoles

Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre

Aux Lilas, les citoyens s’unissent pour produire de l’électricité verte

Les promoteurs, les arbres et la cité - lettre ouverte à BNP Paribas

Toxic Tour de Pantin à Romainville dimanche 16 juin 2019

Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050

Merci aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens qui ont voté " Pour le climat, tout doit changer ! "

Pollution de l’air dans les écoles et crèches franciliennes

Volonté politique de créer une régie publique de l’eau à Est Ensemble, mythe ou réalité ?

À la base … un revenu ?

Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h

La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique

La Forêt passe à l'attaque !

Plâtre et béton sur la Corniche

Agir ensemble pour les Coquelicots le 7 décembre

Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts

Destruction des océans, sur-pêche, pêche électrique... avec Bloom mardi 20 novembre

À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas