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C'est dans la colonne de droite tout en bas...

23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 18:00

Le professeur John DeCicco, chercheur à l’Institut américain de l’Énergie, vient de publier une étude détaillée expliquant pourquoi et comment, aux États-Unis, le recours systématique aux carburants d’origine végétale, essentiellement à partir de maïs, est encore plus néfaste pour le climat que l’essence ou le diesel produits à partir du pétrole. Par Claude-Marie Vadrot pour Politis le 19 septembre 2016 à lire sur www.politis.fr.

Cette étude, consultable sur le site de l'université du Michigan, est d’autant plus importante que...

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 12:49
Le Campagnol amphibie menacé de disparition...

Le Campagnol amphibie menacé de disparition...

Depuis la déclaration d’utilité publique en 2008, et en dépit des mensonges et des conflits d’intérêts qui truffent le dossier de l’aéroport, l’État poursuit la mise en œuvre du projet. Après la consultation de juin, plusieurs scénarios d'évacuation sont à l'étude.

17 septembre 2016, par Jade Lindgaard et Ellen Salvi pour Mediapart

Le sujet de Notre-Dame-des-Landes avait disparu de la politique nationale depuis l’été et la victoire du oui lors de la consultation du mois de juin sur la construction de l’aéroport. Aucune déclaration de François Hollande ni de Manuel Valls, le ministre le plus résolu à faire évacuer la ZAD de ses occupants. Ce silence ne valait pas indifférence. Petit à petit, l’État prépare les conditions nécessaires à une expulsion manu militaride la zone d’occupation.

Mardi 13 septembre, une étape décisive a été franchie avec la publication par le préfet de Loire-Atlantique de l’arrêté autorisant la destruction du campagnol amphibie, petit rongeur inscrit sur la liste rouge des espèces menacées de disparition. C’était le dernier obstacle administratif à lever avant que les travaux ne puissent être légalement entamés. Présent sur la zone du projet d’aéroport, ce mammifère protégé doit faire l’objet de mesures de compensation en cas de démarrage du chantier de construction. Des animaux doivent être prélevés et déplacés vers des emplacements en dehors de la ZAD. Mais tous ne pourront être sauvés. D’où l’obligation légale d’obtenir une dérogation à sa protection avant de lancer les pelleteuses sur la zone humide.

L’arrêté précise le calendrier possible pour l’intervention : concernant le campagnol amphibie, les secteurs d’habitat seront détruits « si possible » entre le 1er juillet et le 31 octobre, période d’absence de sol humide ou inondé (« l’assec »). Plus précisément, le maître d’ouvrage a jusqu’au 15 octobre pour missionner un expert afin de constater l’absence de sol humide. Il a ensuite quinze jours « pour réaliser les travaux, afin de limiter le risque que de nouvelles pluies rendent le milieu favorable à l’espèce ». Pour les autres espèces à protéger sur le site – notamment des arbres où niche la faune –, les mois de septembre et octobre sont les seuls à ne connaître aucune restriction d’intervention au nom de la sensibilité des espèces. La fenêtre de tir pour l’expulsion semble correspondre à la seconde quinzaine d’octobre.

Avocat des opposants, Thomas Dubreuil s’étonne de l’absence de périodes interdisant la destruction du campagnol amphibie. L’arrêté fait peser peu de contraintes sur le maître d’ouvrage, la société AGO, filiale de Vinci. Il porte la marque d’une priorité accordée à la logique économique sur la préservation du milieu, l’une des plus grandes zones humides de France.

Le texte de la préfecture prend le temps, en introduction, de dérouler tous les arguments des porteurs du projet d’aéroport : il « répond à des raisons impératives d’intérêt public majeur, notamment pour assurer le développement socioéconomique de la métropole Nantes/Saint-Nazaire, dans une logique d’anticipation sur les besoins de déplacement induits par l’évolution démographique, l’activité économique et touristique du Grand Ouest pour pallier la saturation du site aéroportuaire de Nantes-Atlantique et ses risques pour la santé liés aux nuisances sonores ».

Au passage, il contredit la position du ministère de l’écologie, fondée sur le rapport rendu par ses trois experts, au printemps dernier : « Il n’existe pas d’autre solution alternative satisfaisante. » Ségolène Royal avait pourtant affirmé le contraire. Mais depuis la consultation de juin, elle a déclaré ne plus vouloir s’opposer au projet d’aéroport et laisse les mains libres à Manuel Valls. L’arrêté préfectoral reflète en tous points la position de Matignon sur le dossier. Depuis la parution de la déclaration d’utilité publique en 2008, et en dépit des faiblesses argumentaires, des mensonges et des conflits d’intérêts qui truffent le dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l’État poursuit inéluctablement la mise en œuvre du projet. 

Le gouvernement s’apprête-t-il à expulser la ZAD ? En milieu de semaine, la position de l’Élysée était double : respect du vote des citoyens (favorable à 55 % à la construction), détails opérationnels entre les mains du premier ministre. Une réunion s’est tenue à l’Élysée en juillet, après la consultation. Manuel Valls y a réaffirmé sa volonté d’évacuer la zone occupée au nom de l’État de droit, Bernard Cazeneuve a dit sa réticence à affecter plusieurs milliers de gendarmes pour plusieurs semaines ou mois alors que la France vit sous une menace terroriste aiguë.

Jeudi 15 juin, le quotidien Presse Océan a publié ce qui ressemble à un plan d’intervention : le ministère de l’intérieur prévoit selon eux de mobiliser jusqu’à 3 000 gendarmes pour une action progressive, secteur par secteur. Un large périmètre de sécurité serait établi autour de la ZAD pour en bloquer l’accès. Environ 600 gendarmes pourraient être requis pour la première phase.

Mais selon d’autres sources, tous les scénarios seraient sur la table de Manuel Valls : évacuation complète, partielle, ou pas d’évacuation du tout. Sollicitée par Mediapart, la préfecture de Loire-Atlantique n’a rien confirmé mais semblait surprise des éléments publiés par Presse Océan. Contacté à son tour, le cabinet du ministère de l’intérieur n’a pas répondu à nos questions. Annoncée au lendemain de la consultation, la réunion d’information du préfet en direction des élus locaux n’a toujours pas eu lieu.

Bruno Retailleau, président (LR) de la région Pays de la Loire, n’a toujours pas été reçu par Manuel Valls, malgré une demande adressée par écrit dès juillet. Depuis le début de septembre, il appelle à cor et à cri à l’expulsion de la zone, protestant notamment contre l’organisation par les militants de formations d’autodéfense. « Côté administratif, c’est réglé. Reste à voir politiquement ce qu’il se passe. Je n’ai pas plus d’infos », explique-t-il à Mediapart.

Les obstacles politiques à l’expulsion manu militari de la ZAD sont nombreux. La mort de Rémi Fraisse, ce militant écologiste tué par la grenade d’un gendarme sur la ZAD du Testet (Tarn) en octobre 2014, est dans tous les esprits. Le décès d’une ou plusieurs personnes sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes à quelques mois des élections présidentielles jetterait une ombre indélébile sur le bilan de François Hollande. Il semble difficile d’imaginer que l’exécutif, si vulnérable électoralement, soit prêt à prendre un tel risque politique.

Par ailleurs, les gendarmes sont massivement requis par la surveillance des frontières pour bloquer l’arrivée des migrants, notamment à Vintimille, et pourraient être mobilisés pour évacuer le camp de Calais, priorité affichée du gouvernement.

Et il reste un obstacle juridique de taille : dans le cadre de sa procédure de pré-contentieux avec l’Union européenne sur le dossier de l’aéroport – Bruxelles demande une nouvelle étude d’impact –, la France s’est engagée à réviser le Schéma de cohérence territoriale Nantes-Saint-Nazaire (SCOT) de 2007. Après plusieurs mois de travail, un document a été rédigé. Mais il fait l’objet d’une enquête publique jusqu’au 21 octobre. Il doit ensuite faire l’objet de plusieurs réunions de calage jusqu’en décembre et doit être voté par le conseil régional, au plus tôt à la veille des vacances de Noël. Il ne sera donc achevé que début 2017.

Or Paris s’est engagé à ne pas démarrer les travaux avant l’achèvement de ce processus. Et Bruxelles considérerait comme une infraction l’ouverture du chantier avant remise du SCOT. De leur côté, les opposants historiques ont déposé de nouveaux recours contre la déclaration d’utilité publique et vont attaquer les arrêtés sur le campagnol amphibie. Ils appellent à un rassemblement sur la ZAD le samedi 8 octobre pour y planter des bâtons, en référence au mouvement d’occupation du plateau du Larzac.

D’après le collectif Copains, la mobilisation est forte parmi les agriculteurs tandis que les comités de soutien affichent une motivation sans faille. Dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes, chacun redoute la confrontation et s’y prépare.

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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 10:13
Auchan devra revoir son projet de gigantesque complexe de loisirs et de commerces dans le nord-est de Paris

Auchan devra revoir son projet de gigantesque complexe de loisirs et de commerces dans le nord-est de Paris

Par Laetitia Van Eeckhout pour Le Monde le 14 septembre 2016

Si elle veut poursuivre son projet EuropaCity, méga-complexe commercial et de loisirs prévu au nord de Paris, la branche immobilière du groupe Auchan, Immochan, devra l'amender. Telle est la conviction exprimée en conclusion du rapport remis lundi 12  septembre par Claude Brévan, présidente de la commission spéciale chargée d'organiser le débat public sur ce projet. " Quantité d'informations qualifiées ont été apportées, dont le maître d'ouvrage doit se saisir pour faire évoluer son projet ", soutient-elle.

Christophe Dalstein, directeur d'EuropaCity, a annoncé dès lundi sa volonté de poursuivre son projet et " de le faire évoluer dans son offre et sa conception architecturale, en y associant l'ensemble des parties prenantes ". Le promoteur a trois mois pour présenter un projet amendé et argumenté, avant que ne soit lancée l'enquête publique environnementale.

La promesse de 11 800 emplois

Tel qu'imaginé par son promoteur, EuropaCity rassemblerait, sur 80 hectares de terres agricolessitués dans le triangle de Gonesse (Val-d'Oise), à mi-chemin entre les pistes de Roissy et celle du Bourget, quelque 500 commerces – une concentration inédite en France –, 2 700 chambres d'hôtel et de multiples espaces consacrés aux loisirs et à la culture : un parc aquatique avec surf et spa, des pistes de ski d'intérieur, un parc d'attractions de 150 000  m2, une halle d'exposition, un cirque, une ferme urbaine…

Cette sorte de " temple du temps libre ", dont l'ouverture est programmée pour 2024, doit attirer, selon le promoteur, 30  millions de visiteurs par an, dont 6  millions de touristes français et étrangers – soit le double de ceux que draine Disneyland Paris à Marne-la-Vallée ou encore l'équivalent de la fréquentation touristique de Paris en  2013.

Le niveau des investissements privés (3,1  milliards d'euros), le projet d'une nouvelle gare de métro sur le tracé du Grand Paris Express spécialement conçue pour la desserte du site, et surtout, la perspective de la création de 11 800 emplois – une aubaine pour ce territoire – ne manquent pas d'allécher les élus locaux. Ces promesses, cependant, laissent sceptiques les associations locales opposées au projet.

D'abord, selon elles, parce qu'il y a un grand écart entre les emplois proposés à EuropaCity et les qualifications des habitants du territoire. Par ailleurs parce que ces estimations ne prennent pas en compte les emplois potentiellement détruits par la concurrence de ce méga-complexe sur les commerces de proximité et dans les nombreux centres commerciaux alentour.

En outre, même si le schéma directeur de la région Ile-de-France de 2013 prévoit l'urbanisation au sud du triangle de Gonesse de 300 hectares, dont les 80  ha du projet, la question de l'" artificialisation " de ces sols, réputés particulièrement fertiles, reste un des principaux points de contestation. Le débat public sur EuropaCity est clos, mais tout laisse à penser que la controverse sur ce projet pharaonique est loin de l'être.

Les échanges ont confronté " deux visions de la société aux antipodes l'une de l'autre ", observe Claude Brévan dans son rapport : " D'un côté, une société qui s'affranchirait de la course à la consommation pour aller vers davantage de sobriété et s'engagerait vers une transition écologique et énergétique ; de l'autre une société attachée aux modes de vie urbains ou aspirant à y avoir accès, mais taraudée par le chômage, et pour laquelle seul un modèle plus classique de croissance et de développement économique permet d'apporter des solutions durables. "

Deux philosophies, insiste-t-elle, " d'autant moins conciliables que les très importants montants financiers en jeu, apportés par une entreprise privée aux filiales multiples, associée à  une entreprise chinoise, fournissaient l'occasion d'ouvrir des polémiques ". Pour monter son projet Auchan s'est en effet associé au géant chinois du divertissement, Wanda.

" Stopper les projets inutiles "

Pour la responsable du dialogue, le projet d'Auchan a été conçu " en dehors d'un contexte territorial  et n'a pas établi de réelles ramifications sociales, fonctionnelles et urbaines avec son environnement ".

Dans le domaine environnemental notamment, la contradiction avec les engagements souscrits quelques mois auparavant lors de la COP21, concernant notamment l'impact du projet sur les émissions de CO2, a été soulignée. Mais son promoteur n'a pas cessé de mettre en avant sa volonté de créer un écosystème interne vertueux. Il produirait la totalité de ses besoins en énergie, collecterait les eaux de pluie, voire recyclerait les eaux usées après traitement local, développerait un tri sélectif des déchets à la source et valoriserait les biodéchets grâce à des unités de méthanisation.

Et ce " alors qu'il existe aux alentours des centres de tri et de traitement des déchets, et qu'il y aurait d'importantes sources géothermiques, relève Claude Brévan. Il est essentiel que se mettent en place des partenariats concrets qui permettent de désinsulariser ce projet pour l'arrimer au territoire et d'écouter les craintes d'opposants, sans les disqualifier ".

Pour l'association France Nature Environnement, le maître d'ouvrage doit " tirer les conclusions qui s'imposent et renoncer à ce projet ". " Il est urgent de stopper les grands projets inutiles qui ne répondent pas aux besoins des populations et engendrent de graves problèmes environnementaux ainsi que la destruction de nos ressources vitales ", insiste son président, Denez L'Hostis.

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 08:56

La biodiversité offre une protection relative face à la hausse des températures, selon une étude
Par Pierre Le Hir pour Le Monde le 30 août 2016

Une vue de l’Amazonie en Guyane française, en 2012. JODY AMIET / AFP

C’est, au choix, une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la planète et pour l’humanité. Les optimistes retiendront que la forêt amazonienne est capable, grâce à la très grande diversité de ses arbres, de s’adapter à un changement climatique de relativement faible amplitude. Les pessimistes noteront, eux, que cette forêt ne résisterait pas à une forte hausse des températures. L’enjeu est crucial, en raison de l’importance de cet écosystème tropical humide qui, s’étendant sur plus de 6 millions de km2 répartis entre neuf pays (Brésil, Pérou, Colombie, Bolivie, Venezuela, Guyana, Surinam, Equateur, Guyane française), constitue la plus grande réserve mondiale d’espèces animales et végétales, en même temps qu’un gigantesque puits de carbone.

L’idée que la diversité d’un milieu naturel représente un atout qui lui permet de mieux faire face aux aléas est largement admise par les écologues. Pour la première fois, une équipe de chercheurs allemands et néerlandais l’a testée à grande échelle, sur l’ensemble du bassin amazonien. Dans un article publié lundi 29 août dans la revue Nature Climate Change, elle montre que la diversité de cette forêt favorise sa résilience au changement climatique. C’est-à-dire sa capacité à reconstituer sa matière végétale (biomasse) et à continuer de remplir des fonctions comme le stockage de gaz carbonique. Du moins jusqu’à un certain seuil de réchauffement.

Exceptionnelle biodiversité

Boris Sakschewski, de l’Institut de recherche de Potsdam (Allemagne) sur les effets du changement climatique, et ses collègues ont fait fonctionner des modèles numériques, en prenant en compte les « traits fonctionnels » des arbres : des caractéristiques telles que la hauteur des troncs, la densité du bois, la surface des feuilles ou la taille des graines, qui assurent la dynamique d’un peuplement sylvestre et lui permettent de se régénérer plus ou moins efficacement.

Ils ont aussi retenu deux scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, sur les quatre étudiés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Le premier, qui mise sur une stabilisation des émissions avant la fin du siècle à un niveau bas, prévoit une hausse des températures comprise entre 1,1 et 2,6 °C à l’horizon 2100. Le second, dans lequel les émissions continuent de croître au rythme actuel, conduit à une montée du thermomètre pouvant atteindre 4,8 °C.

Il apparaît que dans la première hypothèse, celle du plafonnement de la courbe d’émissions et de réchauffement, la plus grande partie du territoire boisé de l’Amazonie (84 %) parvient à se régénérer sur le long terme. Cette aptitude s’explique par son exceptionnelle biodiversité, beaucoup plus riche que celle des forêts tempérées, avec pas moins de 16 000 espèces d’arbres répertoriées. Grâce à cette profusion, décrivent les chercheurs, la forêt tropicale humide devrait s’adapter, au prix toutefois de changements de grande ampleur. Les grands arbres dominants actuels pourraient ainsi céder leur place à des essences de plus petite taille, moins sensibles au stress hydrique.

Perte massive de superficie

En revanche, dans l’hypothèse d’une poursuite incontrôlée des émissions de gaz à effet de serre, entraînant une atmosphère beaucoup plus chaude et des saisons sèches plus sévères, seule une infime portion (13 %) du bassin amazonien serait en mesure de se régénérer à longue échéance. Dans ce cas, la biodiversité forestière ne fonctionne plus comme une « assurance contre les impacts du changement climatique ».

« Cette étude marque une avancée importante, car les climatologues se sont jusqu’à présent fondés, pour anticiper la réponse des forêts tropicales à l’effet de serre, sur des modèles qui ne prenaient pas en compte la biodiversité, commente Jérôme Chave, directeur de recherche au laboratoire Evolution et diversité biologique de Toulouse (CNRS-Université Paul-Sabatier). Ce travail montre que la diversité végétale de la forêt amazonienne peut avoir un effet tampon face au changement climatique. » Si du moins, ajoute-t-il, « cette forêt n’est pas affectée par d’autres facteurs ».

Le dérèglement du climat n’est en effet ni la seule, ni même la première menace qui pèse sur cet irremplaçable couvert boisé. Celui-ci, mis à mal par une déforestation massive et par le développement de la culture du soja et du palmier à huile, a déjà perdu, au cours du dernier demi-siècle, près du cinquième de sa superficie.

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 10:00

Des prélèvements seront conservés en Antarctique durant des siècles

Des scientifiques forent la glace avec un carottier au col du Dôme, dans le massif du Mont-Blanc. SARAH DEL BEN/WILD TOUCH/FONDATION UGA

Des scientifiques forent la glace avec un carottier au col du Dôme, dans le massif du Mont-Blanc. SARAH DEL BEN/WILD TOUCH/FONDATION UGA

Par Pierre Le Hir, envoyé spécial du Monde à Chamonix Mont-Blanc (Haute-Savoie)

De la gare d’arrivée du téléphérique de l’aiguille du Midi (3 842 mètres) dominant la vallée de Chamonix, le regard cogne d’abord contre un enchevêtrement de parois englacées et d’arêtes rocheuses. Puis il s’envole, sur une ligne d’horizon d’un bleu sans nuage, vers les courbes du col du Dôme (4 300 mètres), sur la voie classique de l’ascension du mont Blanc. Ce mercredi 24 août, le grand beau est de sortie et l’on distingue, sur la neige étincelante, de minuscules taches sombres.

Ce sont les tentes où, depuis la mi-août, bivouaquent une douzaine de chercheurs (des Français, des Italiens, un Américain et un Russe) engagés dans une extraordinaire aventure scientifique : le projet « Protecting Ice Memory », conçu par les laboratoires de glaciologie de l’université de Grenoble, du CNRS et de l’université Ca’Foscari de Venise. Il s’agit de prélever des échantillons glaciaires dans les différents massifs du monde et de les acheminer en Antarctique, afin de préserver la mémoire des glaces pour les générations futures.

« Valeur inestimable »

Le col du Dôme est le premier site retenu pour cette entreprise mémorielle, explique le chef de la mission, Patrick Ginot, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Près d’une tonne d’équipement y a été déposée par hélicoptère, une base de vie aménagée, un carottier (instrument de forage) installé. Les échantillons remontés à la surface, par section d’un mètre, sont placés dans des caisses isothermes, avant d’être descendus par hélicoptère dans la vallée, où un camion frigorifique les achemine jusqu’à une chambre froide près de Grenoble.

« Jusqu’ici, la manip a vraiment bien marché, se félicite le chercheur. Alors que nous avions prévu cinq jours par carottage, deux jours et demi nous ont suffi. Sauf mauvaise surprise, à la fin de la semaine, nous plions bagage. » Une carotte de 126 mètres – l’épaisseur de la glace jusqu’au socle rocheux – a déjà été retirée voilà quelques jours. Une deuxième, de 129 mètres, a suivi. Une troisième doit encore être extraite.

L’un des trois échantillons sera analysé par des équipes de Grenoble et de Venise, afin de déterminer la composition physico-chimique de ses différentes strates et d’établir ainsi une base de données de référence. Les deux autres mettront le cap vers l’Antarctique, en 2020 si tout se passe comme prévu. Ils rejoindront, sur les hauts plateaux du continent blanc, la base scientifique franco-italienne Concordia, à 3 233 mètres d’altitude. Ils y seront stockés dans une cavité creusée sous la neige, à une température moyenne de − 54 °C qui garantira leur conservation pour les décennies, voire les siècles à venir.

Ce « congélateur » naturel devrait par la suite recevoir de nouvelles carottes, issues de différents glaciers continentaux. Les prochains forages, encore plus acrobatiques, doivent être réalisés en 2017 sur le glacier bolivien de l’Illimani, à 6 432 mètres. D’autres pays (Allemagne, Autriche, Brésil, Canada, Chine, États-Unis, Népal, Russie ou Suisse) envisagent de s’associer à l’initiative. Ainsi se constituera une bibliothèque mondiale d’archives glaciaires, « d’une valeur inestimable » aux yeux du climatologue français Jean Jouzel, ancien vice-président du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat.

« Les glaciers sont des livres d’histoire, image Jérôme Chappellaz, chercheur CNRS au Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement. En déchiffrant leur alphabet, on peut reconstituer le passé de notre planète. » Au fur et à mesure qu’elle se dépose, année après année, la neige ensevelit en effet avec elle de multiples informations sur le climat, l’environnement ou les pollutions ambiantes. Plus l’on creuse profond et plus l’on remonte dans le temps. Les presque 130 mètres des échantillons remontés du col du Dôme vont ainsi permettre d’explorer une période d’un siècle et demi.

Les scientifiques ont appris à faire parler ces archives. En particulier, la température qui prévalait au moment où sont tombés les cristaux de neige se déduit de la proportion des différentes formes (isotopes) de l’oxygène et de l’hydrogène des molécules d’eau qui les composent. En se tassant, les grains de neige emprisonnent aussi des bulles d’air, dont on peut mesurer a posteriori la composition gazeuse. C’est cette méthode qui a permis d’établir une corrélation entre la température planétaire et la concentration atmosphérique de gaz à effet de serre.

Ce n’est pas tout. La neige retient aussi des impuretés, poussières, particules ou aérosols, qui sont autant de témoins des activités humaines. De précédents carottages au col du Dôme ont mis en évidence la présence de divers polluants – oxydes de soufre, oxydes d’azote ou métaux lourds – attestant du développement industriel des vallées alpines au XXe siècle.

On trouve encore, couchés sur ces froids registres, des organismes biologiques, virus et bactéries. Ou encore des radioéléments. « Dans un carottage effectué en 1994, relate Jérôme Chappellaz, on voit, à 30 centimètres de profondeur, un pic très net de césium 137, trace du passage du nuage radioactif de Tchernobyl en avril 1986. »

Archéologie préventive

Gardiens immémoriaux de notre histoire, les glaciers reculent pourtant presque partout sur le globe, devant les coups de boutoir du réchauffement. Avant la fin du siècle, tous les domaines englacés situés en dessous de 3 500 mètres, dans les Alpes, et de 5 400 mètres, dans les Andes, auront probablement disparu. Sans même attendre cette débâcle, s’inquiète le chercheur, « la hausse des températures va entraîner, dans les toutes prochaines années, une percolation de l’eau de fonte à l’intérieur des glaciers, qui va les altérer irrémédiablement ».

Des pages uniques de notre histoire commune vont ainsi s’effacer à tout jamais. Ce qui donne tout son sens au projet de conservatoire antarctique. Ce programme, porté par la Fondation Université Grenoble-Alpes, n’en est cependant qu’à ses prémices. Il lui faut, d’abord, boucler le budget de 3 millions d’euros nécessaire à ses cinq premières années de fonctionnement, avec le concours de mécènes et le lancement, à l’automne, d’une campagne de financement participatif. Il lui faut, ensuite, mettre en place une gouvernance mondiale du futur sanctuaire polaire.

Comment, dans les temps à venir, les chercheurs exploiteront-ils les échantillons glaciaires sauvés du désastre ? Quelles « trouvailles scientifiques totalement inédites », ainsi que l’escompte Jean Jouzel, feront-ils alors, en utilisant des technologies probablement plus avancées ? « Nul ne le peut le dire aujourd’hui », répond Jérôme Chappellaz.

C’est aussi ce qui fait la beauté de ce projet. Une beauté glaçante en vérité, qui voit les scientifiques contemporains contraints, pour conjurer l’oubli, à une forme d’archéologie préventive. Peut-être nos descendants s’émerveilleront-ils du génie des scientifiques qui, au début du XXIe siècle, eurent l’idée de confier à la calotte antarctique la mémoire de leur civilisation. Sans doute songeront-ils aussi, avec effarement, à la folie destructrice de leurs ancêtres, incapables de préserver une planète tempérée où l’on pouvait encore croire les neiges éternelles.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 11:04

Une étude menée au Royaume-Uni sur dix-huit ans illustre de façon incontestable la relation entre pesticides et déclin des butineurs sauvages.

Par Martine Valo pour Le Monde le 18 août 2016.

Les insecticides de la famille des néonicotinoïdes, les plus efficaces jamais synthétisés, tuent massivement abeilles et bourdons. Il n’y a plus désormais que les firmes agro-chimiques pour le nier. Ou du moins pour sous-estimer le rôle de ces pesticides dans le déclin catastrophique des colonies d’insectes butineurs. Ces sociétés préfèrent le réduire à un facteur pathogène parmi d’autres : virus, monocultures réduisant et fragmentant leurs habitats, champignons, invasion de frelons, réchauffement climatique...

Il semble, au contraire, que les néonicotinoïdes multiplient par trois cette mortalité́ accélérée. C’est ce que défend une étude britannique publiée mardi 16 août par la revue Nature Communications et signée par sept chercheurs du centre pour l’écologie et l’hydrologie de Wallingford et de Fera Science Limited, un centre de recherche semi-privé sur l’environnement et l’alimentation sis à York (nord de l’Angleterre).

Voilà des années que les apiculteurs alertent sur l’impact des néonicotinoïdes, qu’ils lient à l’effondrement du nombre de leurs colonies d’abeilles, depuis que l’usage de ces produits chimiques s’est généralisé́ dans les campagnes occidentales, à partir de 1995.

De précédentes études scientifiques ont évalué́ leurs effets sub-létaux et neurotoxiques sur les abeilles domestiques, en particulier. Elles ont montré notamment que celles-ci perdent leur sens de l’orientation, ou que les bourdons donnent naissance à 80 % de femelles en moins...

Des preuves solides

Mais tous ces travaux n'ont pas apporté de « preuves solides » de l'impact de ces pesticides sur la disparition des espèces sauvages dans la nature, avancent les auteurs de la présente étude. À défaut d'établir un lien irréfutable de cause à effet, ces derniers estiment qu’ils illustrent cette fois de façon incontestable la relation entre produits chimiques et déclin des insectes en ayant croisé dix-huit années de données nationales, portant sur 62 des 250 espèces sauvages d’Angleterre, avec leur exposition aux champs de colza traités aux néonicotinoïdes. Cette échelle de temps paraît pertinente, écrivent-ils, pour observer les évolutions des populations d’insectes et, en parallèle, « les répercussions des changements historiques dans la gestion de l’agriculture ».

Les chercheurs ont eu recours aux relevés rigoureusement effectués au Royaume-Uni par des entomologistes volontaires, amateurs ou non, de la société́ nationale Bees, Wasps and Ants Recording, de 1994 à 2011. Ils en ont écarté́ les abeilles domestiques, car les apiculteurs les déplacent parfois en fonction des floraisons. Ils ont retenu les insectes sauvages repérés au moins cinq cents fois sur des parcelles d’un kilomètre carré ayant fait l’objet d’au moins deux recensements complets en dix-huit ans. Soit au final, une collection de 31 800 inventaires.

Quant au colza, il a été choisi pour sa progression fulgurante. Cet oléagineux est désormais la principale culture traitée aux néonicotinoïdes et couvre ainsi 8,2 millions d’hectares en Europe.

L’année 2002 sert enfin de référence : c’est celle où s’est répandue outre-Manche cette famille de pesticides qui a pour caractéristique d’enrober la semence, puis de persister dans toute la plante, fleurs y compris, et dans les sols. Les chercheurs ont comparé́ les courbes d’abondance que chaque espèce d’abeilles aurait dû suivre si ses effectifs avaient poursuivi la tendance dessinée avant 2002, avec les trajectoires réelles ultérieures.

Un déclin accéléré

Leurs modèles en ont déduit que, dans un premier temps, le colza fournit aux abeilles de quoi butiner, mais ce bienfait ne compense pas la toxicité́ des pesticides. Au contraire. « Nous estimons que, depuis 2002, l’usage de néonicotinoïdes est à lui seul responsable d’une perte supérieure à 20 % pour cinq espèces [Halicte tumulorum, Lasioglossum fulvicorne, L. malachurum, L. pauxillum et Osmia spinulosa] », affirment les auteurs. La même cause suscite un déclin de 10 % chez vingt-quatre espèces, de plus de 15 % pour onze autres, voire de 30 % chez les plus touchées.

Au total, les espèces sauvages friandes de colza traité aux néonicotinoïdes déclinent trois fois plus que les autres, observent-ils. Cependant, les non-butineuses ne sont pas non plus épargnées et semblent contaminées par d’autres fleurs ayant poussé́ à proximité́ de ces oléagineux.

Après bien des atermoiements, l’Union européenne a accepté́, en 2013, d’interdire sur son territoire trois insecticides néonicotinoïdes sur certaines cultures. Officiellement décidé pour deux ans, le moratoire est encore en vigueur aujourd’hui.

En France, la nouvelle loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, adoptée le 20 juillet, prévoit de tous les bannir au 1er septembre 2018 sur l’ensemble des terres agricoles… mais avec de possibles dérogations jusqu’en 2020.

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 18:00

 

Catastrophes climatiques cotées en Bourse

Sécheresses, ouragans, inondations : aux quatre coins du monde, les catastrophes climatiques charrient leur lot de drames humains et d’images spectaculaires. Et posent une question prosaïque : qui paiera les dégâts ? Quand ils ont trop à perdre, les assureurs se défaussent sur les Etats. Mais ces derniers, étranglés par la dette, peinent à assumer. Ils se tournent alors vers les marchés financiers, leurs calculs glacials et leurs produits spéculatifs.

par Razmig Keucheyan, mars 2014, Le Monde diplomatique, http://www.monde-diplomatique.fr/2014/03/KEUCHEYAN/50199

 En novembre 2013, le « supertyphon » Haiyan s’abattait sur l’archipel des Philippines : plus de six mille morts, un million et demi de logements détruits ou endommagés, 13 milliards de dollars de dégâts matériels. Trois mois plus tard, deux courtiers appartenant aux compagnies d’assurances privées Munich Re et Willis Re, accompagnés de représentants du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNISDR), présentaient aux sénateurs philippins un nouveau produit financier destiné à pallier les déficiences supposées de l’Etat en matière de gestion des désastres climatiques : le Philippines Risk and Insurance Scheme for Municipalities (PRISM). Une sorte d’emprunt catastrophe à haut rendement que les municipalités proposeraient à des investisseurs privés (1). Ces derniers percevraient des taux d’intérêt plantureux subventionnés par l’Etat, mais, en cas de sinistre d’une force et d’une gravité prédéfinies, ils perdraient leur mise.

« Dérivés climatiques » (weather derivatives), « obligations catastrophe » (catastrophe bonds ou cat bonds) et autres produits d’assurance climatique connaissent un succès retentissant. En plus de pays asiatiques, le Mexique, la Turquie, le Chili ou encore l’Etat américain de l’Alabama, durement affecté par l’ouragan Katrina en 2005, y ont recouru sous une forme ou une autre. Pour les promoteurs de ces instruments, il s’agit de confier l’assurance des risques naturels et tout ce qui l’entoure − primes, évaluation des menaces, dédommagement des victimes − aux marchés financiers. Mais pourquoi la finance s’imbrique-t-elle à la nature précisément au moment où celle-ci manifeste des signes d’épuisement toujours plus distincts ?

Pendant plusieurs siècles, la Terre a procuré au système économique matières premières et ressources à bas prix. L’écosystème parvenait également à absorber les déchets de la production industrielle. Or ces deux fonctions ne s’opèrent plus aussi facilement. Non seulement le prix des matières premières et de la gestion des déchets augmente, mais la multiplication et l’aggravation des désastres naturels font monter le coût global de l’assurance. Laquelle exerce une pression à la baisse sur le taux de profit des acteurs industriels. Ainsi la crise écologique n’est-elle pas seulement le reflet, mais aussi le possible déclencheur d’une crise du capitalisme.

Dans ce contexte, la financiarisation paraît offrir une échappatoire : les compagnies d’assurances et de réassurances (lire « Noir palmarès ») mettent en œuvre de nouvelles façons de disperser le risque, dont la principale est la titrisation des dangers climatiques. Une transposition à l’échelon météorologique des mécanismes testés avec le succès qu’on sait dans l’immobilier américain...

Parmi les produits les plus fascinants de ce nouvel arsenal financier : l’« obligation catastrophe ». Une obligation est un titre de créance ou une fraction de dette échangeable sur un marché, et qui fait l’objet d’une cotation. La particularité des cat bonds tient à ce qu’ils procèdent non pas d’une dette contractée par un Etat pour renouveler ses infrastructures, ou par une entreprise pour financer l’innovation, mais de la nature et de ses aléas. Ils concernent un événement dont il est possible mais pas certain qu’il advienne, et dont on sait qu’il occasionnera des dégâts matériels et humains importants. Dès lors, il s’agit de disperser les risques dans l’espace et le temps, de manière à les rendre financièrement insensibles. Dans la mesure où les marchés se déploient à l’échelle mondiale, ces risques atteignent par la titrisation un « étalement » maximal.

Ce prodige de l’ingénierie financière a vu le jour en 1994, peu après qu’une série de fléaux au coût hors norme (l’ouragan Andrews en Floride en 1992, le tremblement de terre de Northridge en Californie en 1994) eurent obligé l’industrie de l’assurance à trouver des ressources nouvelles. Depuis, environ deux cents cat bonds ont été émis, dont vingt-sept au cours de la seule année 2007, pour un montant de 14 milliards de dollars.

Ouragan caribéen contre tsunami en Asie

Comme tout titre financier, les obligations climatiques passent sous les fourches Caudines des agences de notation — Standard & Poor’s, Fitch et Moody’s —, qui leur accordent généralement la note médiocre de BB, signe qu’elles ne sont pas sans risque. La valeur d’un cat bond fluctue sur le marché en fonction de la plus ou moins grande probabilité que la menace se réalise et en fonction de l’offre et de la demande du titre concerné. Il arrive que ces titres continuent de s’échanger à l’approche d’une catastrophe et même au cours de son déroulement, par exemple lors d’une canicule en Europe ou d’un ouragan en Floride. C’est ce que les traders spécialisés appellent, avec le sens de la formule qui les caractérise, live cat bond trading — le commerce de titres en direct (2).

Une bourse d’échange de titres intitulée Catex, pour Catastrophe Risk Exchange, localisée dans le New Jersey, est apparue en 1995. Un investisseur excessivement exposé aux tremblements de terre californiens pourra y diversifier son portefeuille en échangeant ses cat bonds contre d’autres portant sur des ouragans caribéens ou sur un tsunami dans l’océan Indien. Catex a également pour fonction de fournir à ses clients des bases de données leur permettant d’évaluer les risques.

Acteur crucial du dispositif, les agences de modélisation se livrent au catastrophe modeling, soit la modélisation des catastrophes. Leur objectif est de calculer la nature et de réduire autant que faire se peut l’incertitude. Il existe un petit nombre d’agences de modélisation dans le monde, la plupart américaines : Applied Insurance Research (AIR), Eqecat et Risk Management Solutions (RMS). En fonction de variables telles que la vitesse des vents, la taille des cyclones, les températures, mais aussi des caractéristiques physiques de la zone concernée (matériaux employés dans la construction, type de terrain, population), elles évaluent le coût d’une catastrophe, ainsi que les indemnités versées par les assureurs. Et, par conséquent, déterminent le prix d’un cat bond.

La plupart des obligations de ce type émises jusqu’à présent l’ont été par des assureurs et des réassureurs. Mais, depuis le milieu des années 2000, les Etats eux-mêmes mettent sur le marché des cat bonds « souverains », comme on parle de dette souveraine. Cette tendance, lancée par des théoriciens de l’assurance issus de la Wharton School de l’université de Pennsylvanie, l’une des écoles de commerce les plus prestigieuses du monde, est activement encouragée par la Banque mondiale et par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Ce déplacement illustre le lien étroit qui se noue entre la crise budgétaire des Etats (endettement et baisse de leurs recettes) et la crise environnementale. Du fait des difficultés qu’ils traversent, les Etats s’avèrent de moins en moins capables d’assumer le coût assurantiel des désastres climatiques par des moyens conventionnels, c’est-à-dire principalement par l’impôt. Ils le seront d’autant moins que le nombre et la puissance de ces cataclysmes augmentent à cause du changement climatique. Pour des gouvernements aux abois, la financiarisation de l’assurance des risques climatiques représente une bouffée d’oxygène : la titrisation comme substitut à l’impôt et à la solidarité nationale. C’est là un point de fusion de la crise écologique et de la crise financière, comme le montre l’exemple du Mexique.

Ouragans dans le golfe du Mexique, séismes, glissements de terrain ou éruption du Popocatépetl, qui surplombe Mexico : le pays semble cerné par les menaces. Assureur en dernier ressort en cas de catastrophe, l’Etat indemnise les victimes sur le budget fédéral, c’est-à-dire grâce à l’impôt, selon le principe de solidarité nationale consubstantiel à l’Etat-nation moderne. En 1996, le gouvernement mettait en place un Fonds pour les désastres naturels (Fondo de desastres naturales, dit « Fonden ») destiné à la fois à fournir une aide d’urgence aux sinistrés et à permettre la reconstruction des infrastructures. Ce dispositif a fonctionné jusqu’à ce qu’une série de catastrophes au coût exorbitant s’abattent sur le pays. En 2005, le gouvernement fédéral a dépensé 800 millions de dollars pour pallier leurs conséquences, alors qu’il n’avait prévu d’y consacrer que... 50 millions (3).

Des critères très contraignants

L’idée de titriser l’assurance des risques de tremblement de terre se concrétise l’année suivante, sur l’impulsion de la Banque mondiale. En 2009, le pays décide d’inclure dans le dispositif les ouragans, ce qui donne lieu à un programme dit « multicat », couvrant une multiplicité de risques. Autour de la table des négociations, rien que des gens sérieux : le ministre des finances du Mexique, ainsi que des représentants de la banque Goldman Sachs et du réassureur Swiss Re Capital Markets, chargés de vendre le programme aux investisseurs. Munich Re est également partie prenante, de même que deux grands cabinets d’avocats américains, Cadwalader, Wickersham & Taft et White & Case. AIR, l’agence de modélisation chargée de mettre en place les paramètres de déclenchement de l’obligation — le seuil de gravité au-delà duquel les investisseurs perdent leur mise —, a élaboré deux modèles : l’un pour les séismes, l’autre pour les ouragans. Une fois le cat bond enregistré aux îles Caïmans par Goldman Sachs et Swiss Re, il est vendu aux investisseurs au cours de tournées de promotion organisées par les banques.

Chaque fois qu’une catastrophe frappe le Mexique, l’agence AIR détermine donc si l’événement correspond aux paramètres établis par les contractants. Si c’est le cas, les investisseurs doivent mettre l’argent à disposition de l’Etat mexicain. Dans le cas contraire, ils ne déboursent rien, mais continuent de toucher une généreuse prime d’assurance.

En avril 2010, un séisme ravage l’Etat de Basse-Californie ; mais son épicentre se trouve au nord de la zone délimitée par le cat bond : l’argent de l’obligation n’est pas libéré, et le Mexique continue à payer des intérêts. De même, quand un ouragan frappe deux mois plus tard l’Etat de Tamaulipas, sa puissance est inférieure au seuil prédéterminé, et Mexico ne voit pas la couleur des dollars. Les critères sont si contraignants que seuls trois des deux cents cat bonds émis depuis quinze ans ont été déclenchés (The Economist, 5 octobre 2013).

En Asie du Sud-Est, région particulièrement exposée, la mise en place de cat bonds souverains s’opère selon des modalités particulières (4). En Indonésie, le plus important pays musulman du monde, les principes de l’assurance islamique, le takaful, s’appliquent. N’ignorant pas que ce secteur connaît depuis une décennie une croissance annuelle de 25 % (contre 10 % pour le marché de l’assurance traditionnelle), le réassureur Swiss Re fait beaucoup d’efforts pour renforcer sa sharia credibility, selon sa propre expression (5). Les pays en développement sont souvent les plus durement frappés par les catastrophes climatiques, à la fois pour des raisons géographiques et parce qu’ils ne disposent pas pour y faire face des mêmes moyens que les pays occidentaux. La montée du niveau des mers affecte les Pays-Bas aussi bien que le Bangladesh, mais il est préférable d’affronter les flots à Amsterdam plutôt qu’à Munshiganj (6).

Les obligations catastrophe — ou, dans un autre genre, les quotas carbone — ne sont pas les seuls produits financiers branchés sur des processus naturels. Les dérivés climatiques (weather derivatives), par exemple, proposent aux investisseurs des paris sur le temps qu’il va faire, c’est-à-dire sur des variations de la météo qui n’impliquent pas l’interruption du cours normal de la vie sociale. D’un événement sportif à une récolte en passant par un concert rock ou les fluctuations du prix du gaz, bien des aspects des sociétés modernes sont influencés par le temps. On estime qu’un quart de la richesse annuelle produite par les pays développés est susceptible d’en subir l’impact (7). Le principe du dérivé climatique est presque enfantin : un montant financier est libéré au profit de son acheteur au cas où les températures — ou un autre paramètre météo — dépassent, ou au contraire n’atteignent pas, un niveau prédéterminé ; par exemple, si le froid — et donc les dépenses énergétiques — excède un certain seuil, ou si la pluie limite la fréquentation d’un parc d’attractions en été.

Dans le domaine agricole, certains dérivés ont pour sous-jacent — l’actif réel sur lequel porte l’instrument financier — le temps de germination des plantes. Un index tel que les degrés-jours de croissance (growing degree days) mesure l’écart entre la température moyenne dont une récolte a besoin pour mûrir et la température réelle, déclenchant un versement en cas de dépassement du seuil fixé. Dans le cadre d’un swap (« échange »), deux entreprises que les variations du climat affectent de manière opposée peuvent décider de s’assurer mutuellement. Si une entreprise énergétique perd de l’argent en cas d’hiver trop doux et une société organisant des événements sportifs, en cas d’hiver trop rigoureux, elles se verseront un montant prédéterminé selon que le mercure monte ou descend (8).

Les ancêtres des dérivés climatiques sont apparus dans l’agriculture au XIXe siècle, notamment aux Etats-Unis, au Chicago Board of Trade. Ils portaient sur des matières premières telles que le coton et le blé (9). Au moment de la libéralisation et du décloisonnement des marchés financiers, dans les années 1970, et de la prolifération des produits dérivés, les sous-jacents potentiels se sont multipliés. Pionnières dans ce domaine, les multinationales de l’énergie, parmi lesquelles Enron, y trouvent un moyen de « lisser » leurs risques de pertes (10). Ainsi, après l’hiver 1998-1999, particulièrement doux aux Etats-Unis du fait du phénomène de la Niña, certains énergéticiens échaudés décident d’utiliser les dérivés pour se « couvrir ».En effet, pour ces entreprises, des fluctuations de quelques degrés impliquent des variations financières colossales. A partir de 1999, les dérivés climatiques s’échangent au Chicago Mercantile Exchange, historiquement spécialisé dans les produits agricoles. L’émergence de ces produits financiers va de pair avec le mouvement de privatisation des services météorologiques, notamment dans les pays anglo-saxons : ce sont eux qui, en dernière instance, déterminent le seuil au-delà duquel un dérivé se déclenche.

Dans un article sous-titré « Pourquoi l’environnement a besoin de la haute finance », trois théoriciens de l’assurance suggèrent à présent de mettre en place des species swaps, une forme de dérivé portant sur le risque de disparition des espèces (11). L’interpénétration de la finance et de la nature revêt ici une de ses formes les plus radicales : il s’agit de rendre la préservation des espèces profitable pour les entreprises, afin de les inciter à prendre soin de la biodiversité. En effet, cette mission coûteuse incombe pour le moment à l’Etat, dont les caisses sont de plus en plus fréquemment vides. Ici encore, l’argument de la crise fiscale justifie la financiarisation de la nature.

Imaginons que l’Etat de Floride signe avec une entreprise un contrat de species swap ayant comme sous-jacent une variété de tortue menacée vivant dans les parages de la société contractante. Si le nombre de spécimens s’accroît du fait de l’attention prodiguée par l’entreprise, l’Etat verse à cette dernière des intérêts ; si, au contraire, les tortues se raréfient ou approchent du seuil d’extinction, c’est l’entreprise qui verse de l’argent à l’Etat, afin que celui-ci puisse engager une opération de sauvetage.

Les « hypothèques environnementales » (environmental mortgages) — sortes de subprime dont le sous-jacent n’est pas un bien immobilier mais une portion d’environnement —, les titres adossés aux forêts (forest backed securities) ou encore les mécanismes financiers liés aux zones humides (wetlands), libéralisés aux Etats-Unis par l’administration de M. George H. Bush dans les années 1990, offrent d’autres exemples de produits du même type.

Le capitalisme, explique le théoricien de l’écosocialisme James O’Connor, implique des « conditions de production (12) ». A mesure qu’il se développe, il affaiblit et même détruit ses conditions de production. Si le pétrole bon marché a permis pendant plus d’un siècle le fonctionnement de ce que Timothy Mitchell appelle la « démocratie carbone (13) », sa raréfaction renchérit considérablement les coûts de l’industrie. Le capital a besoin de ces conditions de production, mais ne peut faire autrement que de les épuiser. C’est ce que O’Connor appelle la « seconde contradiction » du système : celle entre le capital et la nature, la première opposant le capital et le travail.

Ces deux contradictions s’enchevêtrent : le travail humain génère de la valeur en transformant la nature. La première contradiction conduit à une baisse tendancielle du taux de profit, c’est-à-dire à l’apparition de crises profondes du système. La seconde induit quant à elle un renchérissement croissant de l’entretien des conditions de production, qui pèse également à la baisse sur le taux de profit, puisque des volumes croissants de capitaux employés à cet entretien — par exemple, pour la recherche de réserves de pétrole toujours plus difficiles d’accès — ne sont pas transformés en profits.

Dans cette configuration, l’Etat moderne joue le rôle d’interface entre le capital et la nature : il régule l’usage des conditions de production afin que celles-ci puissent être exploitées. L’objectif de l’écosocialisme consiste à défaire le triptyque que forment le capitalisme, la nature et l’Etat. Il s’agit d’empêcher ce dernier d’œuvrer en faveur des intérêts du capital et de réorienter son action en faveur du bien-être des populations et de la préservation des équilibres naturels. La conférence Paris Climat 2015 (COP 21), dans laquelle le gouvernement de M. François Hollande semble placer de grands espoirs, offrira au mouvement global pour la justice climatique l’occasion de faire entendre cette revendication.

Razmig Keucheyan

Sociologue. Ce texte s’inspire de son ouvrage La nature est un champ de bataille. Essai d’écologie politique, Zones, Paris (parution le 6 mars).

 

 

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