Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Bienvenu.e

  • : Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • : Culture, information, réflexion de l'écologie politique par les militants et les élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas, du Pré Saint-Gervais, d'Est Ensemble
  • Contact

Recherche

Nous contacter ...

S'abonner à la Lettre d'information ...

C'est dans la colonne de droite tout en bas...

16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 13:02

Les hydrofluorocarbures utilisés pour le refroidissement constituent de puissants gaz à effet de serre

Par Clémentine Thiberge pour Le Monde le 15 octobre 2016.

C'est une nouvelle victoire dans la lutte contre le changement climatique. Les 197 Etats signataires du protocole de Montréal, réunis à Kigali (Rwanda) pour le 28e sommet des parties au protocole, ont négocié, dans la nuit du 15  octobre, les derniers détails d'un accord sur le climat, qui aura mis sept ans à aboutir. Les discussions ne se sont pas déroulées sous les feux des projecteurs, contrairement à l'accord de Paris de décembre  2015. Mais ses résultats pourraient avoir un impact aussi significatif, voire davantage, sur le ralentissement du changement climatique. L'amendement de Kigali – nom officiel de l'accord – signe en effet la fin progressive des hydro-fluorocarbures (HFC), gaz dont l'effet de serre est 14 000 fois plus puissant que le CO2. Ces gaz sont principalement utilisés comme réfrigérants, dans les climatiseurs et les réfrigérateurs.

Les réunions ministérielles, qui ont débuté jeudi, se sont déroulées sous haute tension car, selon Clare Perry, une responsable de l'ONG Environmental Investigation Agency, " aucun pays ne veut être responsable de l'échec de la plus grande avancée de l'année 2016 en matière de climat. "

En effet, cet amendement vient se greffer au protocole de Montréal, un des traités environnementaux les plus efficaces jamais négociés. Adopté en  1987 par la communauté internationale, ce traité a abouti, entre autres, à la suppression définitive des chlorofluorocarbures (CFC), principaux responsables de la destruction de la couche d'ozone. Les CFC font également partie des gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique. Grâce aux efforts consentis depuis cette date, le trou dans la couche d'ozone a diminué d'une superficie équivalente à celle de l'Inde.

Hausse annuelle de 10  % à 15  %

Seul point noir : ce traité a engendré une explosion de l'utilisation des hydrofluorocarbures. Introduits après le protocole de Montréal comme produits de substitution aux CFC, employés principalement comme gaz réfrigérants et agents propulseurs dans les aérosols. Selon une étude de l'université de Berkeley, leurs émissions progressent aujourd'hui à un rythme annuel de 10 à 15  %.

L'élimination des HFC est donc désormais un des leviers d'atténuation du changement climatique les plus rapides, disponible à moyen terme. Les premières estimations montrent que l'accord trouvé dans la nuit du 15  octobre permettra d'atteindre environ 72  milliards de tonnes équivalent CO2 d'émission évitées d'ici à 2050 – ce qui représente l'équivalent des émissions annuelles de l'Allemagne. A plus long terme, la réduction cumulée des émissions mondiales pourrait éviter jusqu'à 0,5  °C de réchauffement à l'échelle mondiale d'ici à 2100, et ainsi permettre de réaliser un quart de l'objectif de 2  °C fixé par l'accord de Paris sur le climat, selon une étude publiée l'an dernier par l'Institut pour la gouvernance et le développement durable (IGSD), un think tank basé à Washington.

" Un amendement ambitieux sur les HFC est probablement l'action la plus importante que nous puissions réaliser à ce stade pour limiter le réchauffement de notre planète et la protéger pour les générations futures, a annoncé le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, dans son discours à l'attention des parties. Aucun pays n'a le droit de tourner le dos à cet effort. "

Et tous ont joué le jeu en fonction de leurs capacités. Le texte de l'accord divise les pays en trois groupes en fonction de la date à laquelle ils devront réduire l'usage de ces gaz industriels. Tous ensemble, les pays devront réduire les niveaux de HFC de 85 % d'ici à 2047. Les pays développés, comprenant les Etats-Unis et la plupart des pays d'Europe, ouvriront le chemin : ils s'engagent à diminuer l'usage des HFC de 10  % d'ici à 2019 pour les supprimer progressivement d'ici à 2050. Le groupe ambitieux de pays en voie de développement, qui inclut la Chine, a décidé de geler leur production d'ici à 2024. Enfin, alors que le pays était pressenti comme un des freins à l'amendement, l'Inde a consenti, avec un petit groupe de pays moins ambitieux, à geler sa production de HFC d'ici à 2028. L'accord trouvé pour ce dernier groupe a permis de tenir compte des inquiétudes des pays situés dans les régions les plus chaudes de la planète – principalement les pays du Golfe – qui dépendent énormément des systèmes de climatisation.

" Victoire pour le climat "

Afin d'accompagner la transition de ces régions, seize pays – dont les Etats-Unis, le Japon, l'Allemagne et la France – et plusieurs -organismes et donateurs privés ont promis de verser une aide de 80  millions de dollars (71,5  millions d'euros). A titre d'exemple, la suppression des HFC d'ici 2050 coûterait à l'Inde environ 34  milliards de dollars (30  milliards d'euros), selon une étude du -Conseil en énergie, environnement et eau.

Pour Didier Hauglustaine, directeur de recherche au CNRS, la transition ne devrait pas être difficile. " Les industriels ont montré qu'ils étaient capables de le faire pour les CFC. Il n'y a pas de raison pour que ce soit différent pour les HFC, explique-t-il. Le protocole de Montréal a été bénéfique pour l'ozone dans l'élimination des substances nocives, il devrait l'être aussi pour le climat. " Pour le chercheur, l'amendement adopté est " le lien entre le protocole de Montréal et l'accord de Paris, entre la protection de l'ozone et celle du climat. " Et, à la différence de l'accord de Paris, le protocole de Montréal est un traité cœrcitif qui engage tous les pays dans des mesures d'atténuation obligatoires, et qui est soutenu par des sanctions. Une bonne nouvelle, donc, pour l'application du traité.

" C'est une grande victoire pour le climat, confirme Miguel Arias Cañete, commissaire européen au climat et à l'énergie. Nous avons pris des mesures concrètes pour honorer nos engagements faits à Paris au mois de décembre  2015. " Lors de l'accord de Paris, qui devrait entrer en vigueur en novembre lors de la COP22 de Marrakech, la communauté internationale s'était en effet engagée à contenir la hausse des températures " bien en deçà des 2°  C " et " poursuivre les efforts " pour la limiter à 1,5  °C. Jusqu'à présent les engagements volontaires des Etats mettent le climat terrestre sur la trajectoire d'un réchauffement d'environ 3  °C.

Une avancée majeure saluée par la              communauté internationale

L'accord de Kigali, adopté samedi 15  octobre, n'a pas bénéficié de la même mise en lumière, ni de la même couverture médiatique, que l'accord de Paris. Il est pourtant autant, sinon plus ambitieux en matière de lutte contre le changement climatique. La communauté internationale, qui a travaillé depuis sept ans sur ces négociations, s'est félicitée d'un " accord historique ".

" Nous nous souviendrons de ce jour comme l'un des plus importants dans nos efforts pour sauver la seule planète dont nous disposons ", a souligné l'Agence américaine pour la protection de l'environnement. Application concrète de l'accord de Paris, cet amendement doit permettre d'éviter l'émission de 73  milliards de tonnes d'équivalent CO2 d'ici à 2050. " A Paris, nous avions promis de protéger le monde des pires effets du changement climatique, a réagi le directeur du programme des Nations unies pour l'environnement, Erik Solheim. Aujourd'hui, nous honorons cette promesse. "

" Cet amendement est une avancée majeure, confirme David Doniger, le directeur du programme Climat et air de l'ONG américaine Natural Defence Resources council. C'est le plus grand pas que nous pouvions faire dans l'année suivant l'accord de Paris contre les menaces croissantes du changement climatique. C'est un signal clair envoyé au marché pour commencer à remplacer les produits chimiques dangereux avec une nouvelle génération d'alternatives respectueuses du climat et économes en énergie. "

Les alternatives aux HFC sont disponibles

Hydrocarbures, eau, dioxyde de carbone, ammoniac, les alternatives aux HFC sont aujourd'hui déjà disponibles. Mais leur gestion sera le point crucial de ces prochains mois. " Le succès de cet accord sera déterminé par la façon dont les pays en développement vont se passer des HFC, prévient Paula Tejon Carbajal, de l'ONG Greenpeace International. Et il faudra surtout éviter encore une autre alternative chimique comme les HFC toxiques et adopter des réfrigérants naturels. Ce sera décisif dans les mois et les années à venir. "

Pour la France, la ministre de l'environnement s'est " réjouit de l'accord obtenu " mais, contrairement au secrétaire d’État américain John Kerry, Ségolène Royal n'a pas fait le déplacement pour ces négociations. Le pays, représenté par l'ambassadeur Xavier Sticker, s'était investi en amont sur les engagements financiers mis en place pour permettre aux pays des régions les plus chaudes une transition plus efficace.

Cet accord intervient à la veille de l'ouverture de la COP22, qui aura lieu au Maroc du 7 au 18  novembre. " La marche vers Marrakech commence aujourd'hui à Kigali. C'est l'étape la plus importante de la mise en œuvre de l'accord de Paris, a précisé Hakima El Haite, la ministre marocaine de l'énergie, l'eau et l'environnement et Championne du climat pour la COP22. Un mouvement global d'actions concrètes a commencé, et nous ne retournerons pas en arrière. "

Partager cet article
Repost0
12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 14:17

L'augmentation des températures est responsable de la perte cumulée de       40 000 kilomètres carrés de surfaces forestières depuis trente ans

Par Stéphane Foucart pour Le Monde le 11 octobre 2016.

À chaque grand feu de forêt, la question se pose du lien avec le changement climatique. Sans que jamais aucun chiffre ne puisse être donné. Dans une étude publiée lundi 10  octobre par la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), des chercheurs américains estiment, pour la première fois, la part prise par l'élévation des températures dans l'augmentation récente de fréquence et d'intensité des incendies dans le Grand Ouest américain. En Californie, en juin et en juillet, ils ont provoqué de grandes évacuations ; près de 90 000 personnes ont dû abandonner temporairement leur logement.

Les conclusions des chercheurs sont éloquentes : au cours des trente dernières années, le réchauffement aurait été le principal contributeur à l'augmentation des superficies forestières parties en fumée dans l'ouest des États-Unis. La hausse des températures serait responsable " d'un doublement de la superficie totale de forêt brûlée depuis 1984 ", écrivent les auteurs – l'équivalent de 40 000  kilomètres carrés cumulés depuis cette date. Soit, peu ou prou, la superficie de l'ancienne Aquitaine… Et ce, notent les auteurs, en dépit des sommes considérables investies par le gouvernement dans la lutte contre les incendies : plus de 2  milliards de dollars (1,8  milliard d'euros) en  2015.

Les causes de la contribution du réchauffement au risque d'incendie sont bien connues. Les auteurs mettent en avant la prévalence accrue de la sécheresse et l'allongement de la saison à risque – celle-ci est passée de dix-neuf jours au début de la période étudiée à vingt-huit jours en moyenne. Les variations de ces paramètres au cours de la période étudiée " permettent d'expliquer la grande majorité de la tendance observée ", explique Park Williams, chercheur au Lamont-Doherty Earth Observatory (université Columbia à New York) et coauteur de ces travaux.

Insectes xylophages

En réalité, les auteurs ont probablement, de leur propre aveu, sous-estimé la contribution du changement climatique aux feux de forêt. En particulier, leur étude n'a pas tenu compte des insectes xylophages qui, grâce à l'augmentation des températures, peuvent s'installer à des latitudes plus hautes. L'augmentation de la mortalité des arbres due à ces ravageurs conduit à une accumulation de bois sec, présumée favorable aux départs de feu.

" Il y a beaucoup de travaux conduits en ce moment sur cet aspect, tempère toutefois M. Williams. Et on constate dans certains cas que les forêts où ces insectes ravageurs ont tué beaucoup d'arbres ne sont pas nécessairement plus sensibles au risque d'incendie. "

Dans le sud de la France, le changement climatique devrait également conduire à un risque accru d'incendies. Au tournant du siècle, les seules régions françaises classées à haut risque d'incendies estivaux étaient celles de l'arc méditerranéen. Mais, selon des simulations numériques conduites par Météo France, croisées avec les données de l'Office national des forêts, toute l'Aquitaine sera également classée au même niveau de risque avant le milieu du siècle, en raison de l'augmentation des températures.

Pourtant, et de manière contre-intuitive, en dépit de ce risque théorique accru, la forêt méditerranéenne française ne brûle pas plus aujourd'hui qu'à la fin des années 1980. Au contraire : abstraction faite de l'été caniculaire de 2003, qui détient le record avec 70 000 hectares partis en fumée, la tendance est largement à la baisse. D'environ 35 000 hectares en moyenne annuelle dans les années 1980, les pertes dépassent rarement 10 000 hectares par an depuis 2004. Et ce, malgré le réchauffement.

Vérité aux États-Unis, erreur en Europe ? " De nombreux facteurs interviennent et le réchauffement climatique n'est que l'un d'eux, explique Park Williams. La grande différence entre la plupart des forêts européennes et la forêt de l'ouest des États-Unis est que les premières sont au contact des hommes depuis des milliers d'années et sont donc fragmentées, tandis que la seconde représente des superficies immenses encore sauvages. "

À mesure que la forêt américaine brûlera et, elle aussi, se fragmentera, " on devrait voir les surfaces incendiées cesser d'augmenter et plafonner ", prévoit M. Williams. Maigre consolation.

Partager cet article
Repost0
6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 10:34
Des moustiques « Aedes aegypti », le 11 février 2016. Ricardo Mazalan / AP

Des moustiques « Aedes aegypti », le 11 février 2016. Ricardo Mazalan / AP

Par Nathaniel Herzberg le 4 octobre 2016 pour Le Monde sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/10/04/les-insectes-envahissants-une-catastrophe-economique_5007870_3244.html#ImMDGGd5tJ3eW71Q.99

Les scientifiques tirent depuis des années la sonnette d’alarme concernant les dangers des espèces envahissantes, sans susciter de réaction des pouvoirs publics. Franck Courchamp, écologue à l’université Paris-Sud, et Frédéric Simard, entomologiste à l’Institut de recherche et développement (IRD), livrent, mardi 4 octobre, un chiffre qui devrait faire réfléchir : les invasions d’insectes à travers le monde coûtent, à elles seules, au moins 69 milliards d’euros chaque année.

Leur étude, publiée dans la revue Nature Communications, ne tient pas compte des dégâts causés par l’ensemble des moustiques, teignes, termites et autres capricornes… Ils seraient en effet bien plus importants. On estime que ces insectes réduisent chaque année la production agricole mondiale de 10 % à 16 % et en consomment autant après les récoltes. Les chercheurs se sont concentrés sur les « envahisseurs », autrement dit les espèces introduites, volontairement ou non, par l’homme sur un territoire dont elles étaient jusqu’ici absentes, et sur lesquelles elles ont prospéré.

Ce qui fait déjà beaucoup. Les scientifiques estiment que 87 % des 2 500 invertébrés terrestres (des vers aux batraciens, des escargots aux araignées) ayant colonisé de nouveaux territoires sont des insectes. « Il n’était pas possible de tous les étudier, souligne Franck Courchamp. Pour réaliser un premier chiffrage, nous nous sommes concentrés sur les dix espèces considérées comme les plus coûteuses. »

Un termite importé par les GI

Le termite de Formose est de celles-là. Les GI qui rentraient d’Asie après la seconde guerre mondiale n’avaient pas remarqué le petit insecte caché dans leurs caisses de bois. Erreur on ne peut plus funeste. L’isoptère a trouvé dans le sud du pays un climat chaud et humide idéal à son développement. Et dans les maisons de bois du Deep South (« Sud profond »), un festin à sa mesure. Il a peu à peu pris le pas sur le termite local. Ses colonies de plusieurs millions d’individus, courant sur des dizaines de mètres, ont envahi la Louisiane, puis de nombreux États américains. Les campagnes d’éradication conduites outre-Atlantique ont toutes échoué. Classé au sommet de la hiérarchie des cent pires espèces envahissantes – toutes catégories confondues – par l’Union internationale de conservation de la nature (IUCN), il coûterait aujourd’hui à lui seul 26,7 milliards d’euros annuels à la collectivité.

Il n’est pas seul. Ainsi la teigne des choux, originaire de Méditerranée, a-t-elle conquis le monde. Le petit papillon et surtout ses chenilles ne se contentent pas de ronger les feuilles périphériques. Elles réunissent celles du centre par des fils de soie et les souillent de leurs excréments. La facture qu’elles laissent derrière elles atteint chaque année 4,1 milliards d’euros. Même origine, même effet pour le longicorne brun de l’épinette : ce coléoptère européen a gagné l’Amérique, où il pond dans les anfractuosités des épicéas. Les galeries forées par les larves dégradent les arbres et désespèrent les forestiers. Bilan pour la collectivité : 4 milliards d’euros, pour le seul Canada.

La spongieuse coûte sans doute un peu moins cher. Les dégâts causés aux forêts et aux vergers en Amérique du Nord, en Europe occidentale et en Afrique du Nord par cette chenille eurasienne ont été chiffrés à 2,8 milliards d’euros. Mais elle ne cesse d’élargir ses goûts alimentaires, pourtant déjà bien étendus, puisqu’elle attaquerait 300 espèces d’arbres. Quant au capricorne asiatique, il n’a rien trouvé de mieux, en débarquant en Europe et en Amérique du Nord, que de s’attaquer aux arbres les plus sains. Marronniers, platanes, peupliers, bouleaux, saules : l’addition s’élève à 2,7 milliards.

« Sommet de l’iceberg »

Si l’agriculture et les biens sont les premiers touchés, la santé humaine est elle aussi frappée par ces envahisseurs. Avec en tête de liste deux moustiques cousins : Aedes aegypti et Aedes albopictus. Originaire d’Afrique, le premier a gagné l’Amérique du Sud pendant la traite négrière et est devenu le premier vecteur de la dengue, de la fièvre jaune et désormais du fameux Zika. Le second, mieux connu sous le nom de « moustique tigre », a pris son envol en Asie. Il est porteur des mêmes pathologies, auxquelles on peut ajouter le chikungunya, et on le trouve désormais sur tous les continents, à l’exception de l’Antarctique.

Parmi les cadeaux que nous transmettent les Aedes, la dengue reste le pire. La maladie a reculé en intensité dans ses pays d’origine, mais elle ne cesse de s’étendre géographiquement. Si bien que, sur les 6,1 milliards d’euros de coûts de santé annuels attribués aux insectes invasifs, 84 % proviennent de cette infection virale. Ils concernent les frais d’hospitalisation, le remboursement des médicaments et les campagnes d’éradication ou de prévention. « Mais ce n’est que le sommet de l’iceberg, insiste Frédéric Simard. Les dépenses pour les ménages n’ont jamais été calculées. Pas plus que les coûts indirects : manque à gagner et séquelles pour les malades, absentéisme pour les entreprises… »

« En deçà de la réalité »

Car ce travail ne fait que recenser « l’état de l’Art », comme disent les universitaires. Une compilation de 737 articles, livres, rapports. « Nous avons exclu beaucoup d’études douteuses mais aussi conservé certaines, lorsqu’elles étaient les seules disponibles sur des espèces essentielles », explique Franck Courchamp. C’est notamment le cas du termite de Formose, dont il juge « discutable » la méthode de chiffrage des coûts, mais qu’il ne pouvait écarter. « Le seul fait qu’aucune autre étude n’existe en dit beaucoup. En réalité, nous sommes très en deçà de la réalité, poursuit-il. En Afrique, il n’existe pratiquement aucune donnée. En Asie, en Amérique du Sud et même en Europe, elles restent lacunaires. La plupart des travaux proviennent d’Amérique du Nord. »

Les lacunes sont aussi spécifiques. « De nombreuses espèces n’ont pas été étudiées », insiste Franck Courchamp. Thématiques, surtout. Les dégâts écologiques (réduction de la biodiversité et de l’abondance des espèces) n’ont pas été pris en compte. Ceux subis par les services écosystémiques, pas davantage. Dans les deux cas, faute de données. Au cours de précédents travaux, l’un des coauteurs de l’étude, l’économiste Jean-Michel Salles, avait pourtant chiffré à 153 milliards d’euros le service rendu par les pollinisateurs. Mais, à défaut d’étude disponible, les ravages causés par le frelon asiatique sur les abeilles européennes, probablement l’envahisseur le plus menaçant en France, n’ont pas été pris en compte.

La pointe de l’iceberg, donc. Et encore celle-ci est-elle en train de fondre sous l’effet du réchauffement. Le laboratoire de Franck Courchamp à Paris-Sud a calculé que l’aire de répartition des insectes envahisseurs aura crû de 18 % d’ici à 2050 sous l’effet du changement climatique. Les scientifiques demandent donc aux pouvoirs publics de développer d’urgence des politiques de prévention, de surveillance et, quand c’est possible, d’éradication des nuisibles. Et invitent leurs collègues à multiplier les études afin de mieux mesurer l’étendue du phénomène. Pour eux, le travail ne fait que commencer.

Partager cet article
Repost0
2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 11:23

L'Union européenne, au terme d'une procédure inédite, a donné son feu vert à une ratification du traité de Paris

Par Simon Roger pour Le Monde le 1er octobre 2016

Un an après le sommet de la COP21 et son accord universel pour contenir le réchauffement, la conférence prévue du 7 au 18 novembre à Marrakech (COP22) ne devait être qu'un point d'étape. Finalement, elle pourrait constituer un moment décisif dans l'histoire de la gouvernance climatique puisque, selon toute vraisemblance, c'est au Maroc qu'entrera en vigueur l'accord de Paris sur le climat.

Cette hypothèse, improbable il y a encore un mois, a pris de l'épaisseur vendredi 30 septembre avec l'adoption par le conseil des ministres européens de l'environnement, à Bruxelles, d'un projet de décision validant la ratification de l'Union. Le document autorise également les Etats membres à rejoindre individuellement le texte de Paris, et non de manière simultanée, comme le veut la pratique communautaire habituelle. Dimanche 2  octobre, date anniversaire de la naissance du Mahatma Gandhi, l'Inde devrait à son tour adresser au secrétariat des Nations unies sa notification de ratification : le premier ministre Narendra Modi s'y est personnellement engagé.

Pour entrer en vigueur, le compromis adopté le 12  décembre 2015 doit recueillir l'assentiment d'au moins 55 pays (sur les 195 États investis dans les négociations) représentant au moins 55  % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le premier seuil a été franchi le 21  septembre à New York, à l'occasion de la rencontre des chefs d’État organisée en marge de l'assemblée générale de l'ONU. Ce jour-là, 31 pays ont rejoint l'accord de Paris, portant à 60 le nombre de ratifications et à 48 % la part des émissions couvertes.

La barre des 55 % paraissait plus difficile à atteindre alors que plusieurs grands pays émetteurs manquent encore à l'appel – le Canada, l'Australie, le Japon ou la Russie – et que l'Union européenne (UE) est paralysée par des dissensions internes sur sa politique climat. Sous la houlette de la ministre de l'environnement, Ségolène Royal, la présidence française de la COP21 s'est donc activée dans les coulisses de Bruxelles. S'appuyant sur une note commandée en mai au service juridique du Conseil, la France s'est d'abord appliquée à convaincre ses partenaires que la répartition des efforts de réduction des émissions n'était pas un préalable à la ratification.

Durant l'été, elle a obtenu des services juridiques de l'ONU l'assurance que les États membres de l'UE seraient comptabilisés individuellement dans le calcul des 55  % (et non comme un ensemble régional). " Il a fallu soulever une à une les objections, avance Ségolène Royal. Des pays comme la Pologne ont été durs à convaincre, mais tout le monde a compris que l'urgence climatique supposait une urgence dans les procédures européennes. "

La décision adoptée à l'unanimité le 30  septembre ne sera définitivement entérinée qu'après un vote du Parlement européen, mardi 4  octobre. Un examen qui ne devrait pas poser problème. " Dans toutes ses résolutions relatives à la COP, le Parlement demande une ratification rapide de l'accord et de plus grandes ambitions pour le climat et la transition énergétique ", assure le député européen Yannick Jadot, qui s'inquiète en revanche du décalage entre la dynamique diplomatique et la faiblesse des engagements concrets en faveur de la transition énergétique.

" Il fallait accélérer le pas "

Après un délai procédural de 24  heures, six Etats membres – l'Allemagne, l'Autriche, la France, la Hongrie, Malte et la Slovaquie – comptant pour 4,39  % des émissions mondiales, rejoindront l'accord climat le 5  octobre. Ajoutées aux 4,1  % d'émissions imputées à l'Inde, le seuil des 55  % sera donc franchi à cette date.

" Si les 55  % n'étaient pas atteints le 7  octobre, le rendez-vous de Marrakech - qui débute le 7  novembre - ne marquerait pas l'entrée en vigueur de l'accord ", souligne Ralph Bodle, expert à l'Institut écologique de Berlin, rappelant que l'accord climat ne peut s'appliquer que trente jours après le dépôt des ratifications. Puisque le scénario des 55  % est désormais crédible, " l'UE veut être en mesure de participer pleinement à la première réunion d'entrée en vigueur ", poursuit le juriste.

" Après la ratification des Etats-Unis et de la Chine - début septembre, à la veille du G20 de Hangzhou - , l'Europe devait accélérer le pas, estime la ministre suédoise Isabella Lövin, présente à Bruxelles. Elle a prouvé aujourd'hui qu'elle n'avait perdu ni sa crédibilité ni son leadership dans ce dossier crucial. "

" Le leadership n'est plus en Europe, corrige Pascal Canfin, directeur général du WWF France. D'un point de vue climatique, c'est assez logique que les grands émergents prennent l'ascendant. D'un point de vue énergétique et industriel, c'est problématique. La dynamique de la transition énergétique, aujourd'hui, elle est en Chine. "

Sur un plan plus politique, c'est l'annonce sino-américaine qui a poussé Narendra Modi à présenter en conseil des ministres le décret de ratification. Tout comme l'Inde, qui ne souhaite pas passer pour le mauvais élève dans la mise en œuvre de l'accord de Paris, certains pays européens semblent sensibles à l'enjeu réputationnel lié à ce sujet.

Rangées parmi les États les plus hostiles à la ratification en raison notamment de ses ressources en houille et en lignite, la Pologne ne s'est pas opposée à la décision du 30  septembre. La venue de Ségolène Royal le 27  septembre à Varsovie a peut-être contribué à rapprocher les positions, mais son homologue Jan Szyszko sait surtout qu'" une ratification rapide de l'accord de Paris aiderait certainement le gouvernement polonais à améliorer son image d'enfant terrible de l'UE ", analyse Julia Michalak, de l'Institut polonais des relations internationales.

Au niveau régional, " les Etats membres d'Europe de l'Est pourraient créer une dynamique intéressante autour du climat, à l'instar de la Hongrie, premier pays avec la France à ratifier l'accord de Paris " complète la chercheuse.

" Une UE à deux vitesses "

Pologne, Danemark, Slovénie et Suède envisagent de ratifier le traité mi-octobre. Le Parlement portugais a voté le 30  septembre en faveur de la ratification, le Parlement grec devrait l'imiter le 4  octobre. Italie, Pays-Bas et Royaume-Uni espèrent parachever la procédure d'ici la fin de l'année.

La situation est floue en revanche en Belgique et figée en Espagne où le gouvernement intérimaire n'est pas habilité à enclencher la ratification parlementaire. " En dépit de la volonté politique affichée par l'Europe, il est clair que l'on se retrouve face à une UE à deux vitesses sur le climat ", constate Valvanera Ulargui, directrice générale de l'office espagnol du changement climatique.

Lorsque débutera, au Maroc, la première réunion de mise en œuvre des engagements pris à la COP21, " tout le monde pourra participer aux discussions, soumettre des propositions, mais seuls les pays ayant ratifié un mois plus tôt pourront délibérer " note Ralph Bodle. Pour éviter une situation trop inconfortable, les négociateurs envisagent d'ouvrir symboliquement cette session mi-novembre, lors du sommet des chefs d'Etat présidé par Mohammed VI, puis de la refermer très vite.

  • Les Chiffres

    12 %

    Part des émissions mondiales de gaz à effet de serre qui viennent de l'UE

    Pris comme un ensemble régional, l'Europe à vingt-huit apparaît comme le troisième plus gros pollueur de la planète après la Chine (20,1 %) et les Etats-Unis (17,9 %), selon les chiffres de l'ONU. Derrière l'Union européenne figurent la Russie (7,5 %), l'Inde (4,1 %) et le Japon (3,8 %). Au sein de l'Union européenne, c'est l'Allemagne qui émet le plus de gaz à effet de serre (2,56 % du total mondial) devant le Royaume-Uni (1,55 %), la France (1,34 %), l'Italie (1,18 %) et la Pologne (1,06 %).

    47,8 %

    Part des émissions mondiales qui sont couvertes par l'accord de Paris au 1er octobre

    Soixante et une parties ont jusqu'ici ratifié l'accord de Paris selon les Nations unies, soit 47,8 % des émissions.

    2 °C

    Hausse maximale de la température prévue par l'accord sur le climat

    Le traité international, adopté le 12 décembre 2015 à Paris, prévoit de maintenir le réchauffement climatique " bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels " et de " poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C ".

Partager cet article
Repost0
28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 20:16

Plusieurs publications scientifiques revoient à la hausse les perspectives du réchauffement à venir

Par Stéphane Foucart pour Le Monde le 27 septembre 2016

Climat : les mauvaises nouvelles s’accumulent - La pollution de l’air touche 92 % de l’humanité

Que l’on regarde l’élévation du mercure ou les revues scientifiques, les nouvelles du climat ne sont franchement pas bonnes. Côté thermomètre, la National Oceanic and Atmospheric Administration américaine vient d’annoncer que le mois d’août avait été, en moyenne mondiale, le plus chaud jamais observé depuis le début des relevés en 1880. Pour ne rien arranger, il est aussi le seizième mois consécutif à battre son record de température – une telle séquence n’a jamais été enregistrée en cent trente-sept ans de mesures.

Les derniers travaux de recherche publiés dans les revues savantes – sur l’élévation future des températures, sur la capacité des sols à éponger les émissions humaines de gaz à effet de serre ou sur la stabilité des glaciers polaires – ne sont pas plus réjouissants.

Comme souvent en matière climatique, les mauvaises nouvelles viennent aussi de l’étude des climats du passé. Mardi 27 septembre, la revue Nature Climate Change devait publier la première reconstruction continue des températures terrestres au cours des deux derniers millions d’années, suggérant une sensibilité du climat au dioxyde de carbone (CO2) bien plus forte qu’estimée généralement.

Grande prudence

Selon l’auteure de ces travaux, Carolyn Snyder, chercheuse à l’Environmental Protection Agency de Washington, le corollaire de cette reconstruction est que les niveaux atmosphériques actuels de CO2 – environ 400 parties par million (ppm) – pourraient mettre la planète sur la voie d’un réchauffement à long terme de quelque 5 °C par rapport aux niveaux préindustriels.

Très impressionnants, ces chiffres doivent être pris avec grande précaution. D’abord, ils représentent un réchauffement attendu sur des échelles de temps de l’ordre du millénaire – le temps nécessaire à certains grands processus (redistribution de la végétation, fonte des glaces, etc.) de s’accomplir et se stabiliser. Ensuite, ils sont très supérieurs aux chiffres généralement acceptés par les scientifiques. Selon l’analyse de Carolyn Snyder, atteindre 550 ppm, soit un doublement du CO2 atmosphérique par rapport au XIXe siècle, conduirait ainsi sur le très long terme à un réchauffement de... 9 °C !

« Cette estimation est tellement au-dessus de celles qui prévalent actuellement, autour de 5 °C à 6 °C, qu’elle doit être considérée comme une singularité et doit être traitée avec un niveau de scepticisme approprié », estime le paléoclimatologue Michael Mann, professeur à l’université de Pennsylvanie. Une grande prudence partagée par plusieurs chercheurs cités par la revue Nature. M. Mann s’interroge notamment sur le caractère représentatif de la soixantaine d’échantillons de sédiments marins analysés pour reconstruire les températures passées.

« Je vois cette étude comme provocante et intéressante, ajoute-t-il, mais ces estimations chiffrées doivent être prises avec des pincettes jusqu’à ce qu’elles soient examinées soigneusement par la communauté scientifique. »

Toutefois, ajoute en substance le chercheur, si ces chiffres étaient confirmés, ils signifieraient que la sensibilité climatique à court terme – celle qui se joue à l’échelle du siècle et qui intéresse plus particulièrement les humains – serait plus élevée que les estimations actuelles.

Celles-ci reposent en partie sur des modèles de simulation du climat, qui situent aujourd’hui l’augmentation de la température moyenne entre 1,5 °C et 4,5 °C pour un doublement de la concentration atmosphérique de CO2. Fourchette qu’il faudra donc, peut-être, revoir à la hausse. De quoi rendre plus compliqué encore le respect des engagements des Etats à maintenir le thermomètre terrestre « nettement en dessous de 2 °C » de réchauffement.

D’autres mauvaises nouvelles pourraient conduire à une telle révision. Dans l’édition de la revue Science du 23 septembre, la biogéochimiste Yujie He (université de Californie à Irvine) et ses coauteurs publient une série de mesures montrant que le carbone présent dans le premier mètre de sol est bien plus vieux que ce que simulent les modèles numériques.

En clair, écrivent les chercheurs, « les modèles surestiment le potentiel de séquestration du carbone par les sols de près d’un facteur deux ». Lorsqu’ils simulent le climat futur, les modèles attribuent donc aux sols une capacité à éponger le CO2 – en stockant plus ou moins durablement les débris végétaux, par exemple – beaucoup plus importante qu’elle ne l’est en réalité... « En conséquence, une plus grande fraction des émissions humaines de CO2 pourrait demeurer dans l’atmosphère et contribuer au réchauffement », concluent les auteurs.

Une conclusion que tempère toutefois Jean-François Soussana, directeur scientifique chargé de l’environnement à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Selon le chercheur, qui n’a pas participé à ces travaux, une grande part de l’erreur des modèles concerne surtout les couches les plus profondes du sol, c’est-à-dire le vaste stock de carbone enfoui « entre 20 cm à 40 cm, et un mètre de profondeur », explique-t-il.

Rôle tampon de l’agriculture

Or l’objectif de ralentir le changement climatique en adaptant les usages des sols (agriculture, foresterie, etc.) pour y accumuler du carbone, précise M. Soussana, « porte uniquement sur l’horizon de surface, c’est-à-dire jusqu’à 40 cm de profondeur ». Rendre l’agriculture « climatiquement vertueuse » et lui faire jouer un rôle tampon reste donc possible.

Ralentir la dislocation des calottes de glace polaires sera en revanche beaucoup plus compliqué. Or, dernière mauvaise nouvelle, l’inlandsis du Groenland perd ses glaces plus rapidement que les mesures satellites ne l’ont jusqu’ici suggéré. Dans l’édition du 21 septembre de la revue Science Advances, une équipe de chercheurs européens et américains revoit à la hausse la masse glaciaire perdue par la grande île. En tenant compte des mouvements du manteau terrestre, il faudrait, selon les auteurs, ajouter environ 8 % aux décharges de glace mesurées jusqu’à présent. Soit l’équivalent de 20 milliards de tonnes par an.

La correction peut sembler mineure. Mais le Groenland est un contributeur important à la hausse du niveau marin. Surtout, les spécialistes n’ont cessé d’aggraver, au cours des dernières années, leur diagnostic sur la stabilité de ses glaces. C’est le cas dans la majorité des compartiments de la science climatique : la réalité excède bien souvent les prévisions des chercheurs.

-----------------------------

La pollution de l’air touche 92 % de l’humanité

La Méditerranée orientale, l’Asie du Sud-Est et le Pacifique occidental sont les plus touchés.

Le nombre de décès liés à la pollution atteint 6,5 millions de personnes par an.

La pollution de l’air affecte la quasi-totalité de la planète. Selon une nouvelle étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publiée mardi 27 septembre, 92 % de la population mondiale vit dans des lieux où les niveaux de qualité de l’air extérieur ne respectent pas les limites fixées, notamment pour les particules fines très dangereuses pour la santé dont le diamètre est inférieur à 2,5 microns (PM 2,5).

Ces polluants sont émis principalement par les transports, le chauffage, l’industrie et l’agriculture, mais l’activité humaine n’est pas seule en cause. « Les tempêtes de sable, en particulier dans les régions situées à proximité d’un désert, peuvent avoir une influence sur la qualité de l’air », note l’agence onusienne.

L’OMS s’appuie sur des données très détaillées provenant de mesures prises par satellite, des modèles de transport aérien et des moniteurs de stations au sol pour plus de 3 000 lieux à travers le monde, en milieu rural ou urbain. Ce modèle a été élaboré en collaboration avec l’université de Bath, au Royaume-Uni.

Les niveaux de pollution de l’air sont « particulièrement élevés » en Méditerranée orientale, dans l’Asie du Sud-Est et dans le Pacifique occidental. A l’exception de la région des Amériques, toutes les autres régions du monde ont moins de 20 % de leur population vivant dans des lieux où la qualité de l’air correspond aux normes de l’OMS. L’agence recommande de ne pas dépasser une moyenne annuelle de 10 microgrammes par mètre cube d’air (μg/m3) et 25 μg/m3 sur vingt-quatre heures. Le jour de Noël 2015, la concentration de PM 2,5 avait, par exemple, atteint 620 μg/m3 à Pékin.

Action urgente

L’enjeu en termes de santé publique est considérable : 3 millions de décès par an sont liés à la pollution de l’air extérieur. Si l’on ajoute celle de l’air intérieur, le nombre de décès atteint 6,5 millions de personnes, soit 11,6 % des décès dans le monde. Les maladies cardiovasculaires, les accidents vasculaires cérébraux et le cancer du poumon, sont à l’origine de 94 % des décès liés à la pollution de l’air extérieur. Près de 90 % de ces décès surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, et près de deux décès sur trois surviennent dans les régions de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental.

« La pollution de l’air pèse lourdement sur la santé des populations les plus vulnérables : femmes, enfants et personnes âgées, assure le Dr Flavia Bustreo, sous-directrice générale à l’OMS.

L’OMS appelle à une action urgente. « Il existe des solutions, des systèmes de transports plus viables, la gestion des déchets solides, l’utilisation de poêles et de combustibles propres pour les ménages ainsi que les énergies renouvelables et la réduction des émissions industrielles », rappelle le Dr Maria Neira, directrice du département santé publique à l’OMS.

 

Partager cet article
Repost0
23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 18:00

Le professeur John DeCicco, chercheur à l’Institut américain de l’Énergie, vient de publier une étude détaillée expliquant pourquoi et comment, aux États-Unis, le recours systématique aux carburants d’origine végétale, essentiellement à partir de maïs, est encore plus néfaste pour le climat que l’essence ou le diesel produits à partir du pétrole. Par Claude-Marie Vadrot pour Politis le 19 septembre 2016 à lire sur www.politis.fr.

Cette étude, consultable sur le site de l'université du Michigan, est d’autant plus importante que...

Partager cet article
Repost0
19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 12:49
Le Campagnol amphibie menacé de disparition...

Le Campagnol amphibie menacé de disparition...

Depuis la déclaration d’utilité publique en 2008, et en dépit des mensonges et des conflits d’intérêts qui truffent le dossier de l’aéroport, l’État poursuit la mise en œuvre du projet. Après la consultation de juin, plusieurs scénarios d'évacuation sont à l'étude.

17 septembre 2016, par Jade Lindgaard et Ellen Salvi pour Mediapart

Le sujet de Notre-Dame-des-Landes avait disparu de la politique nationale depuis l’été et la victoire du oui lors de la consultation du mois de juin sur la construction de l’aéroport. Aucune déclaration de François Hollande ni de Manuel Valls, le ministre le plus résolu à faire évacuer la ZAD de ses occupants. Ce silence ne valait pas indifférence. Petit à petit, l’État prépare les conditions nécessaires à une expulsion manu militaride la zone d’occupation.

Mardi 13 septembre, une étape décisive a été franchie avec la publication par le préfet de Loire-Atlantique de l’arrêté autorisant la destruction du campagnol amphibie, petit rongeur inscrit sur la liste rouge des espèces menacées de disparition. C’était le dernier obstacle administratif à lever avant que les travaux ne puissent être légalement entamés. Présent sur la zone du projet d’aéroport, ce mammifère protégé doit faire l’objet de mesures de compensation en cas de démarrage du chantier de construction. Des animaux doivent être prélevés et déplacés vers des emplacements en dehors de la ZAD. Mais tous ne pourront être sauvés. D’où l’obligation légale d’obtenir une dérogation à sa protection avant de lancer les pelleteuses sur la zone humide.

L’arrêté précise le calendrier possible pour l’intervention : concernant le campagnol amphibie, les secteurs d’habitat seront détruits « si possible » entre le 1er juillet et le 31 octobre, période d’absence de sol humide ou inondé (« l’assec »). Plus précisément, le maître d’ouvrage a jusqu’au 15 octobre pour missionner un expert afin de constater l’absence de sol humide. Il a ensuite quinze jours « pour réaliser les travaux, afin de limiter le risque que de nouvelles pluies rendent le milieu favorable à l’espèce ». Pour les autres espèces à protéger sur le site – notamment des arbres où niche la faune –, les mois de septembre et octobre sont les seuls à ne connaître aucune restriction d’intervention au nom de la sensibilité des espèces. La fenêtre de tir pour l’expulsion semble correspondre à la seconde quinzaine d’octobre.

Avocat des opposants, Thomas Dubreuil s’étonne de l’absence de périodes interdisant la destruction du campagnol amphibie. L’arrêté fait peser peu de contraintes sur le maître d’ouvrage, la société AGO, filiale de Vinci. Il porte la marque d’une priorité accordée à la logique économique sur la préservation du milieu, l’une des plus grandes zones humides de France.

Le texte de la préfecture prend le temps, en introduction, de dérouler tous les arguments des porteurs du projet d’aéroport : il « répond à des raisons impératives d’intérêt public majeur, notamment pour assurer le développement socioéconomique de la métropole Nantes/Saint-Nazaire, dans une logique d’anticipation sur les besoins de déplacement induits par l’évolution démographique, l’activité économique et touristique du Grand Ouest pour pallier la saturation du site aéroportuaire de Nantes-Atlantique et ses risques pour la santé liés aux nuisances sonores ».

Au passage, il contredit la position du ministère de l’écologie, fondée sur le rapport rendu par ses trois experts, au printemps dernier : « Il n’existe pas d’autre solution alternative satisfaisante. » Ségolène Royal avait pourtant affirmé le contraire. Mais depuis la consultation de juin, elle a déclaré ne plus vouloir s’opposer au projet d’aéroport et laisse les mains libres à Manuel Valls. L’arrêté préfectoral reflète en tous points la position de Matignon sur le dossier. Depuis la parution de la déclaration d’utilité publique en 2008, et en dépit des faiblesses argumentaires, des mensonges et des conflits d’intérêts qui truffent le dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l’État poursuit inéluctablement la mise en œuvre du projet. 

Le gouvernement s’apprête-t-il à expulser la ZAD ? En milieu de semaine, la position de l’Élysée était double : respect du vote des citoyens (favorable à 55 % à la construction), détails opérationnels entre les mains du premier ministre. Une réunion s’est tenue à l’Élysée en juillet, après la consultation. Manuel Valls y a réaffirmé sa volonté d’évacuer la zone occupée au nom de l’État de droit, Bernard Cazeneuve a dit sa réticence à affecter plusieurs milliers de gendarmes pour plusieurs semaines ou mois alors que la France vit sous une menace terroriste aiguë.

Jeudi 15 juin, le quotidien Presse Océan a publié ce qui ressemble à un plan d’intervention : le ministère de l’intérieur prévoit selon eux de mobiliser jusqu’à 3 000 gendarmes pour une action progressive, secteur par secteur. Un large périmètre de sécurité serait établi autour de la ZAD pour en bloquer l’accès. Environ 600 gendarmes pourraient être requis pour la première phase.

Mais selon d’autres sources, tous les scénarios seraient sur la table de Manuel Valls : évacuation complète, partielle, ou pas d’évacuation du tout. Sollicitée par Mediapart, la préfecture de Loire-Atlantique n’a rien confirmé mais semblait surprise des éléments publiés par Presse Océan. Contacté à son tour, le cabinet du ministère de l’intérieur n’a pas répondu à nos questions. Annoncée au lendemain de la consultation, la réunion d’information du préfet en direction des élus locaux n’a toujours pas eu lieu.

Bruno Retailleau, président (LR) de la région Pays de la Loire, n’a toujours pas été reçu par Manuel Valls, malgré une demande adressée par écrit dès juillet. Depuis le début de septembre, il appelle à cor et à cri à l’expulsion de la zone, protestant notamment contre l’organisation par les militants de formations d’autodéfense. « Côté administratif, c’est réglé. Reste à voir politiquement ce qu’il se passe. Je n’ai pas plus d’infos », explique-t-il à Mediapart.

Les obstacles politiques à l’expulsion manu militari de la ZAD sont nombreux. La mort de Rémi Fraisse, ce militant écologiste tué par la grenade d’un gendarme sur la ZAD du Testet (Tarn) en octobre 2014, est dans tous les esprits. Le décès d’une ou plusieurs personnes sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes à quelques mois des élections présidentielles jetterait une ombre indélébile sur le bilan de François Hollande. Il semble difficile d’imaginer que l’exécutif, si vulnérable électoralement, soit prêt à prendre un tel risque politique.

Par ailleurs, les gendarmes sont massivement requis par la surveillance des frontières pour bloquer l’arrivée des migrants, notamment à Vintimille, et pourraient être mobilisés pour évacuer le camp de Calais, priorité affichée du gouvernement.

Et il reste un obstacle juridique de taille : dans le cadre de sa procédure de pré-contentieux avec l’Union européenne sur le dossier de l’aéroport – Bruxelles demande une nouvelle étude d’impact –, la France s’est engagée à réviser le Schéma de cohérence territoriale Nantes-Saint-Nazaire (SCOT) de 2007. Après plusieurs mois de travail, un document a été rédigé. Mais il fait l’objet d’une enquête publique jusqu’au 21 octobre. Il doit ensuite faire l’objet de plusieurs réunions de calage jusqu’en décembre et doit être voté par le conseil régional, au plus tôt à la veille des vacances de Noël. Il ne sera donc achevé que début 2017.

Or Paris s’est engagé à ne pas démarrer les travaux avant l’achèvement de ce processus. Et Bruxelles considérerait comme une infraction l’ouverture du chantier avant remise du SCOT. De leur côté, les opposants historiques ont déposé de nouveaux recours contre la déclaration d’utilité publique et vont attaquer les arrêtés sur le campagnol amphibie. Ils appellent à un rassemblement sur la ZAD le samedi 8 octobre pour y planter des bâtons, en référence au mouvement d’occupation du plateau du Larzac.

D’après le collectif Copains, la mobilisation est forte parmi les agriculteurs tandis que les comités de soutien affichent une motivation sans faille. Dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes, chacun redoute la confrontation et s’y prépare.

Partager cet article
Repost0
16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 10:13
Auchan devra revoir son projet de gigantesque complexe de loisirs et de commerces dans le nord-est de Paris

Auchan devra revoir son projet de gigantesque complexe de loisirs et de commerces dans le nord-est de Paris

Par Laetitia Van Eeckhout pour Le Monde le 14 septembre 2016

Si elle veut poursuivre son projet EuropaCity, méga-complexe commercial et de loisirs prévu au nord de Paris, la branche immobilière du groupe Auchan, Immochan, devra l'amender. Telle est la conviction exprimée en conclusion du rapport remis lundi 12  septembre par Claude Brévan, présidente de la commission spéciale chargée d'organiser le débat public sur ce projet. " Quantité d'informations qualifiées ont été apportées, dont le maître d'ouvrage doit se saisir pour faire évoluer son projet ", soutient-elle.

Christophe Dalstein, directeur d'EuropaCity, a annoncé dès lundi sa volonté de poursuivre son projet et " de le faire évoluer dans son offre et sa conception architecturale, en y associant l'ensemble des parties prenantes ". Le promoteur a trois mois pour présenter un projet amendé et argumenté, avant que ne soit lancée l'enquête publique environnementale.

La promesse de 11 800 emplois

Tel qu'imaginé par son promoteur, EuropaCity rassemblerait, sur 80 hectares de terres agricolessitués dans le triangle de Gonesse (Val-d'Oise), à mi-chemin entre les pistes de Roissy et celle du Bourget, quelque 500 commerces – une concentration inédite en France –, 2 700 chambres d'hôtel et de multiples espaces consacrés aux loisirs et à la culture : un parc aquatique avec surf et spa, des pistes de ski d'intérieur, un parc d'attractions de 150 000  m2, une halle d'exposition, un cirque, une ferme urbaine…

Cette sorte de " temple du temps libre ", dont l'ouverture est programmée pour 2024, doit attirer, selon le promoteur, 30  millions de visiteurs par an, dont 6  millions de touristes français et étrangers – soit le double de ceux que draine Disneyland Paris à Marne-la-Vallée ou encore l'équivalent de la fréquentation touristique de Paris en  2013.

Le niveau des investissements privés (3,1  milliards d'euros), le projet d'une nouvelle gare de métro sur le tracé du Grand Paris Express spécialement conçue pour la desserte du site, et surtout, la perspective de la création de 11 800 emplois – une aubaine pour ce territoire – ne manquent pas d'allécher les élus locaux. Ces promesses, cependant, laissent sceptiques les associations locales opposées au projet.

D'abord, selon elles, parce qu'il y a un grand écart entre les emplois proposés à EuropaCity et les qualifications des habitants du territoire. Par ailleurs parce que ces estimations ne prennent pas en compte les emplois potentiellement détruits par la concurrence de ce méga-complexe sur les commerces de proximité et dans les nombreux centres commerciaux alentour.

En outre, même si le schéma directeur de la région Ile-de-France de 2013 prévoit l'urbanisation au sud du triangle de Gonesse de 300 hectares, dont les 80  ha du projet, la question de l'" artificialisation " de ces sols, réputés particulièrement fertiles, reste un des principaux points de contestation. Le débat public sur EuropaCity est clos, mais tout laisse à penser que la controverse sur ce projet pharaonique est loin de l'être.

Les échanges ont confronté " deux visions de la société aux antipodes l'une de l'autre ", observe Claude Brévan dans son rapport : " D'un côté, une société qui s'affranchirait de la course à la consommation pour aller vers davantage de sobriété et s'engagerait vers une transition écologique et énergétique ; de l'autre une société attachée aux modes de vie urbains ou aspirant à y avoir accès, mais taraudée par le chômage, et pour laquelle seul un modèle plus classique de croissance et de développement économique permet d'apporter des solutions durables. "

Deux philosophies, insiste-t-elle, " d'autant moins conciliables que les très importants montants financiers en jeu, apportés par une entreprise privée aux filiales multiples, associée à  une entreprise chinoise, fournissaient l'occasion d'ouvrir des polémiques ". Pour monter son projet Auchan s'est en effet associé au géant chinois du divertissement, Wanda.

" Stopper les projets inutiles "

Pour la responsable du dialogue, le projet d'Auchan a été conçu " en dehors d'un contexte territorial  et n'a pas établi de réelles ramifications sociales, fonctionnelles et urbaines avec son environnement ".

Dans le domaine environnemental notamment, la contradiction avec les engagements souscrits quelques mois auparavant lors de la COP21, concernant notamment l'impact du projet sur les émissions de CO2, a été soulignée. Mais son promoteur n'a pas cessé de mettre en avant sa volonté de créer un écosystème interne vertueux. Il produirait la totalité de ses besoins en énergie, collecterait les eaux de pluie, voire recyclerait les eaux usées après traitement local, développerait un tri sélectif des déchets à la source et valoriserait les biodéchets grâce à des unités de méthanisation.

Et ce " alors qu'il existe aux alentours des centres de tri et de traitement des déchets, et qu'il y aurait d'importantes sources géothermiques, relève Claude Brévan. Il est essentiel que se mettent en place des partenariats concrets qui permettent de désinsulariser ce projet pour l'arrimer au territoire et d'écouter les craintes d'opposants, sans les disqualifier ".

Pour l'association France Nature Environnement, le maître d'ouvrage doit " tirer les conclusions qui s'imposent et renoncer à ce projet ". " Il est urgent de stopper les grands projets inutiles qui ne répondent pas aux besoins des populations et engendrent de graves problèmes environnementaux ainsi que la destruction de nos ressources vitales ", insiste son président, Denez L'Hostis.

Partager cet article
Repost0
1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 08:56

La biodiversité offre une protection relative face à la hausse des températures, selon une étude
Par Pierre Le Hir pour Le Monde le 30 août 2016

Une vue de l’Amazonie en Guyane française, en 2012. JODY AMIET / AFP

C’est, au choix, une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la planète et pour l’humanité. Les optimistes retiendront que la forêt amazonienne est capable, grâce à la très grande diversité de ses arbres, de s’adapter à un changement climatique de relativement faible amplitude. Les pessimistes noteront, eux, que cette forêt ne résisterait pas à une forte hausse des températures. L’enjeu est crucial, en raison de l’importance de cet écosystème tropical humide qui, s’étendant sur plus de 6 millions de km2 répartis entre neuf pays (Brésil, Pérou, Colombie, Bolivie, Venezuela, Guyana, Surinam, Equateur, Guyane française), constitue la plus grande réserve mondiale d’espèces animales et végétales, en même temps qu’un gigantesque puits de carbone.

L’idée que la diversité d’un milieu naturel représente un atout qui lui permet de mieux faire face aux aléas est largement admise par les écologues. Pour la première fois, une équipe de chercheurs allemands et néerlandais l’a testée à grande échelle, sur l’ensemble du bassin amazonien. Dans un article publié lundi 29 août dans la revue Nature Climate Change, elle montre que la diversité de cette forêt favorise sa résilience au changement climatique. C’est-à-dire sa capacité à reconstituer sa matière végétale (biomasse) et à continuer de remplir des fonctions comme le stockage de gaz carbonique. Du moins jusqu’à un certain seuil de réchauffement.

Exceptionnelle biodiversité

Boris Sakschewski, de l’Institut de recherche de Potsdam (Allemagne) sur les effets du changement climatique, et ses collègues ont fait fonctionner des modèles numériques, en prenant en compte les « traits fonctionnels » des arbres : des caractéristiques telles que la hauteur des troncs, la densité du bois, la surface des feuilles ou la taille des graines, qui assurent la dynamique d’un peuplement sylvestre et lui permettent de se régénérer plus ou moins efficacement.

Ils ont aussi retenu deux scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, sur les quatre étudiés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Le premier, qui mise sur une stabilisation des émissions avant la fin du siècle à un niveau bas, prévoit une hausse des températures comprise entre 1,1 et 2,6 °C à l’horizon 2100. Le second, dans lequel les émissions continuent de croître au rythme actuel, conduit à une montée du thermomètre pouvant atteindre 4,8 °C.

Il apparaît que dans la première hypothèse, celle du plafonnement de la courbe d’émissions et de réchauffement, la plus grande partie du territoire boisé de l’Amazonie (84 %) parvient à se régénérer sur le long terme. Cette aptitude s’explique par son exceptionnelle biodiversité, beaucoup plus riche que celle des forêts tempérées, avec pas moins de 16 000 espèces d’arbres répertoriées. Grâce à cette profusion, décrivent les chercheurs, la forêt tropicale humide devrait s’adapter, au prix toutefois de changements de grande ampleur. Les grands arbres dominants actuels pourraient ainsi céder leur place à des essences de plus petite taille, moins sensibles au stress hydrique.

Perte massive de superficie

En revanche, dans l’hypothèse d’une poursuite incontrôlée des émissions de gaz à effet de serre, entraînant une atmosphère beaucoup plus chaude et des saisons sèches plus sévères, seule une infime portion (13 %) du bassin amazonien serait en mesure de se régénérer à longue échéance. Dans ce cas, la biodiversité forestière ne fonctionne plus comme une « assurance contre les impacts du changement climatique ».

« Cette étude marque une avancée importante, car les climatologues se sont jusqu’à présent fondés, pour anticiper la réponse des forêts tropicales à l’effet de serre, sur des modèles qui ne prenaient pas en compte la biodiversité, commente Jérôme Chave, directeur de recherche au laboratoire Evolution et diversité biologique de Toulouse (CNRS-Université Paul-Sabatier). Ce travail montre que la diversité végétale de la forêt amazonienne peut avoir un effet tampon face au changement climatique. » Si du moins, ajoute-t-il, « cette forêt n’est pas affectée par d’autres facteurs ».

Le dérèglement du climat n’est en effet ni la seule, ni même la première menace qui pèse sur cet irremplaçable couvert boisé. Celui-ci, mis à mal par une déforestation massive et par le développement de la culture du soja et du palmier à huile, a déjà perdu, au cours du dernier demi-siècle, près du cinquième de sa superficie.

Partager cet article
Repost0
30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 10:00

Des prélèvements seront conservés en Antarctique durant des siècles

Des scientifiques forent la glace avec un carottier au col du Dôme, dans le massif du Mont-Blanc. SARAH DEL BEN/WILD TOUCH/FONDATION UGA

Des scientifiques forent la glace avec un carottier au col du Dôme, dans le massif du Mont-Blanc. SARAH DEL BEN/WILD TOUCH/FONDATION UGA

Par Pierre Le Hir, envoyé spécial du Monde à Chamonix Mont-Blanc (Haute-Savoie)

De la gare d’arrivée du téléphérique de l’aiguille du Midi (3 842 mètres) dominant la vallée de Chamonix, le regard cogne d’abord contre un enchevêtrement de parois englacées et d’arêtes rocheuses. Puis il s’envole, sur une ligne d’horizon d’un bleu sans nuage, vers les courbes du col du Dôme (4 300 mètres), sur la voie classique de l’ascension du mont Blanc. Ce mercredi 24 août, le grand beau est de sortie et l’on distingue, sur la neige étincelante, de minuscules taches sombres.

Ce sont les tentes où, depuis la mi-août, bivouaquent une douzaine de chercheurs (des Français, des Italiens, un Américain et un Russe) engagés dans une extraordinaire aventure scientifique : le projet « Protecting Ice Memory », conçu par les laboratoires de glaciologie de l’université de Grenoble, du CNRS et de l’université Ca’Foscari de Venise. Il s’agit de prélever des échantillons glaciaires dans les différents massifs du monde et de les acheminer en Antarctique, afin de préserver la mémoire des glaces pour les générations futures.

« Valeur inestimable »

Le col du Dôme est le premier site retenu pour cette entreprise mémorielle, explique le chef de la mission, Patrick Ginot, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Près d’une tonne d’équipement y a été déposée par hélicoptère, une base de vie aménagée, un carottier (instrument de forage) installé. Les échantillons remontés à la surface, par section d’un mètre, sont placés dans des caisses isothermes, avant d’être descendus par hélicoptère dans la vallée, où un camion frigorifique les achemine jusqu’à une chambre froide près de Grenoble.

« Jusqu’ici, la manip a vraiment bien marché, se félicite le chercheur. Alors que nous avions prévu cinq jours par carottage, deux jours et demi nous ont suffi. Sauf mauvaise surprise, à la fin de la semaine, nous plions bagage. » Une carotte de 126 mètres – l’épaisseur de la glace jusqu’au socle rocheux – a déjà été retirée voilà quelques jours. Une deuxième, de 129 mètres, a suivi. Une troisième doit encore être extraite.

L’un des trois échantillons sera analysé par des équipes de Grenoble et de Venise, afin de déterminer la composition physico-chimique de ses différentes strates et d’établir ainsi une base de données de référence. Les deux autres mettront le cap vers l’Antarctique, en 2020 si tout se passe comme prévu. Ils rejoindront, sur les hauts plateaux du continent blanc, la base scientifique franco-italienne Concordia, à 3 233 mètres d’altitude. Ils y seront stockés dans une cavité creusée sous la neige, à une température moyenne de − 54 °C qui garantira leur conservation pour les décennies, voire les siècles à venir.

Ce « congélateur » naturel devrait par la suite recevoir de nouvelles carottes, issues de différents glaciers continentaux. Les prochains forages, encore plus acrobatiques, doivent être réalisés en 2017 sur le glacier bolivien de l’Illimani, à 6 432 mètres. D’autres pays (Allemagne, Autriche, Brésil, Canada, Chine, États-Unis, Népal, Russie ou Suisse) envisagent de s’associer à l’initiative. Ainsi se constituera une bibliothèque mondiale d’archives glaciaires, « d’une valeur inestimable » aux yeux du climatologue français Jean Jouzel, ancien vice-président du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat.

« Les glaciers sont des livres d’histoire, image Jérôme Chappellaz, chercheur CNRS au Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement. En déchiffrant leur alphabet, on peut reconstituer le passé de notre planète. » Au fur et à mesure qu’elle se dépose, année après année, la neige ensevelit en effet avec elle de multiples informations sur le climat, l’environnement ou les pollutions ambiantes. Plus l’on creuse profond et plus l’on remonte dans le temps. Les presque 130 mètres des échantillons remontés du col du Dôme vont ainsi permettre d’explorer une période d’un siècle et demi.

Les scientifiques ont appris à faire parler ces archives. En particulier, la température qui prévalait au moment où sont tombés les cristaux de neige se déduit de la proportion des différentes formes (isotopes) de l’oxygène et de l’hydrogène des molécules d’eau qui les composent. En se tassant, les grains de neige emprisonnent aussi des bulles d’air, dont on peut mesurer a posteriori la composition gazeuse. C’est cette méthode qui a permis d’établir une corrélation entre la température planétaire et la concentration atmosphérique de gaz à effet de serre.

Ce n’est pas tout. La neige retient aussi des impuretés, poussières, particules ou aérosols, qui sont autant de témoins des activités humaines. De précédents carottages au col du Dôme ont mis en évidence la présence de divers polluants – oxydes de soufre, oxydes d’azote ou métaux lourds – attestant du développement industriel des vallées alpines au XXe siècle.

On trouve encore, couchés sur ces froids registres, des organismes biologiques, virus et bactéries. Ou encore des radioéléments. « Dans un carottage effectué en 1994, relate Jérôme Chappellaz, on voit, à 30 centimètres de profondeur, un pic très net de césium 137, trace du passage du nuage radioactif de Tchernobyl en avril 1986. »

Archéologie préventive

Gardiens immémoriaux de notre histoire, les glaciers reculent pourtant presque partout sur le globe, devant les coups de boutoir du réchauffement. Avant la fin du siècle, tous les domaines englacés situés en dessous de 3 500 mètres, dans les Alpes, et de 5 400 mètres, dans les Andes, auront probablement disparu. Sans même attendre cette débâcle, s’inquiète le chercheur, « la hausse des températures va entraîner, dans les toutes prochaines années, une percolation de l’eau de fonte à l’intérieur des glaciers, qui va les altérer irrémédiablement ».

Des pages uniques de notre histoire commune vont ainsi s’effacer à tout jamais. Ce qui donne tout son sens au projet de conservatoire antarctique. Ce programme, porté par la Fondation Université Grenoble-Alpes, n’en est cependant qu’à ses prémices. Il lui faut, d’abord, boucler le budget de 3 millions d’euros nécessaire à ses cinq premières années de fonctionnement, avec le concours de mécènes et le lancement, à l’automne, d’une campagne de financement participatif. Il lui faut, ensuite, mettre en place une gouvernance mondiale du futur sanctuaire polaire.

Comment, dans les temps à venir, les chercheurs exploiteront-ils les échantillons glaciaires sauvés du désastre ? Quelles « trouvailles scientifiques totalement inédites », ainsi que l’escompte Jean Jouzel, feront-ils alors, en utilisant des technologies probablement plus avancées ? « Nul ne le peut le dire aujourd’hui », répond Jérôme Chappellaz.

C’est aussi ce qui fait la beauté de ce projet. Une beauté glaçante en vérité, qui voit les scientifiques contemporains contraints, pour conjurer l’oubli, à une forme d’archéologie préventive. Peut-être nos descendants s’émerveilleront-ils du génie des scientifiques qui, au début du XXIe siècle, eurent l’idée de confier à la calotte antarctique la mémoire de leur civilisation. Sans doute songeront-ils aussi, avec effarement, à la folie destructrice de leurs ancêtres, incapables de préserver une planète tempérée où l’on pouvait encore croire les neiges éternelles.

Partager cet article
Repost0

L'écologie aux Lilas et au Pré ...

Pour une restauration scolaire de qualité, durable, équitable, accessible aux Lilas

Les zadistes de Gonesse ont-ils raison de s’opposer à une gare en plein champ ?

Une nouvelle ZAD près de chez vous

Pour le projet CARMA contre la reprise des travaux de la gare "Triangle de Gonesse"

Les Lilas écologie - en campagne pour gagner

Les Lilas Ecologie en campagne

Le gouvernement abandonne Europacity, pas l’artificialisation des terres agricoles

Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre

Aux Lilas, les citoyens s’unissent pour produire de l’électricité verte

Les promoteurs, les arbres et la cité - lettre ouverte à BNP Paribas

Toxic Tour de Pantin à Romainville dimanche 16 juin 2019

Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050

Merci aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens qui ont voté " Pour le climat, tout doit changer ! "

Pollution de l’air dans les écoles et crèches franciliennes

Volonté politique de créer une régie publique de l’eau à Est Ensemble, mythe ou réalité ?

À la base … un revenu ?

Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h

La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique

La Forêt passe à l'attaque !

Plâtre et béton sur la Corniche

Agir ensemble pour les Coquelicots le 7 décembre

Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts

Destruction des océans, sur-pêche, pêche électrique... avec Bloom mardi 20 novembre

À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas